J’ai écrit le livre en moins de trois mois, le plus souvent dans des chambres d’hôtel
européennes – d’abord à Londres, puis à Bristol, Prague, Saint-Pétersbourg et enfin
Budapest. La première version était longue et bâclée. Elle comprenait 366 pages et au
moins autant de coquilles et de digressions inutiles. Mon but à l’époque était assez
prosaïque : je voulais gagner de l’argent en ligne sans devoir être physiquement
présent. J’étais sur la route depuis quatre ans et ça commençait à me peser. Mais je
voulais aussi faire connaître mes idées et, avec un peu de chance, renouveler le secteur
du conseil en séduction. J’avais l’impression que mon message était très différent de la
vaste majorité des conseils néfastes habituellement prodigués aux hommes. Le livre
est sorti le 5 juillet 2011. C’était une autoédition commercialisée sur Amazon et sur
mon propre site. Le premier mois, il ne s’est vendu qu’à quelques centaines
d’exemplaires. La plupart des acheteurs étaient des lecteurs de mon blog et d’anciens
clients. Ils m’ont fait part des nombreuses coquilles et erreurs qu’ils avaient repérées.
J’ai donc révisé l’ouvrage dans les semaines qui ont suivi, puis j’ai vite enchaîné sur
d’autres projets. Mais au fil des mois, le livre a pris son envol. Les ventes ne cessaient
d’augmenter malgré l’absence de publicité et la couverture pourrie que j’avais bricolée
sur Photoshop. Mon bouquin s’est propagé comme un virus, chaque lecteur le
recommandant à des amis qui eux-mêmes le recommandaient ou l’offraient à leurs
amis, frères et cousins, voire à leurs pères ou oncles récemment divorcés. Il a bientôt
fait une apparition si fracassante sur les sites et les forums spécialisés que j’ai reçu des
e-mails me demandant d’arrêter les spams. Pourtant, je ne faisais pas de spamming.
Je ne faisais rien. C’était simplement les lecteurs! Préface de l’auteur à l’édition actuelle
13 Au début de l’année 2012, j’ai eu le plaisir de constater que les ventes me
rapportaient assez d’argent pour en vivre. J’ai donc arrêté mon activité de coach pour
me concentrer sur l’écriture. Le même été, j’ai effectué la première révision en bonne et
due forme. J’ai embauché un graphiste pour concevoir une couverture digne de ce nom.
J’ai supprimé une cinquantaine de pages particulièrement pédantes ou inutiles. J’ai
simplifié certains termes et théories en essayant de rendre la lecture aussi accessible
que possible. Ce que je considère comme la première version «professionnelle » du
livre est sortie en août 2012. Il s’est alors hissé au rang de best-seller des livres de
drague, surpassant non seulement les grands classiques du genre comme The Game
de Neil Strauss ou la Mystery Method d’Erik Von Markovik, mais aussi la plupart des
guides de séduction féminins, ce qui est plutôt inhabituel dans ce secteur. Il est
longtemps resté premier des ventes dans sa catégorie sur Amazon. C’est devenu un
incontournable, au point que de nombreux forums et sites de conseil le citent dans
leur FAQ ou leur barre latérale avec la mention «Lisez cet ouvrage avant de poser toute
question». En 2013, j’avais l’impression d’en avoir fini avec ce livre. J’étais prêt à passer
à autre chose. Je voulais relancer mon site et écrire des articles destinés aux deux sexes
sur des sujets divers et variés – de la psychologie aux effets culturels du smartphone et
des réseaux sociaux. J’abandonnais définitivement le conseil en séduction. Au cours
des deux années suivantes, mon site a explosé. Plus de vingt millions de personnes
l’ont consulté pendant la seule année 2015. Mais L’Art subtil de séduire était toujours
là, en arrière-plan, comme pour me rappeler d’où je venais et combien j’avais eu raison
de prendre des risques. Car, la plupart des gens l’ignorent, mais publier un tel livre était
alors risqué. 14 L’art subtil de séduire En 2011, quasiment aucun spécialiste ne
conseillait d’être honnête, encore moins d’accueillir les râteaux comme une bonne
chose ! Le concept de « vulnérabilité » était mal vu par la plupart des hommes, et tout
ce qui ne permettait pas de baiser le plus vite possible était en général considéré
comme inutile. Enfin, comble de l’horreur, je parlais d’émotions, de traumas et de
sentiment d’infériorité. Personne n’avait envie d’entendre parler de ça! Mais pour avoir
travaillé avec des centaines d’hommes partout dans le monde, je savais que la plupart
de leurs problèmes avec les femmes n’avaient pas grand-chose à voir avec le fait de
savoir quoi dire ou quelles tactiques utiliser pour attirer les filles dans leur lit. La grande
majorité de leurs problèmes étaient émotionnels. Ils découlaient d’une incapacité
profonde à entrer dans une relation intime et d’une image de soi négative, elle-même
due à un sentiment d’infériorité ou d’incompétence face aux femmes. Ces hommes
avaient peur de regarder la réalité en face en continuant de sourire. Je savais donc que
je prenais un risque en écrivant un tel livre : soit il renouvellerait de fond en comble le
secteur du conseil en séduction, soit il ferait un bide complet. Aujourd’hui, je suis
heureux de constater que la plupart des spécialistes m’ont emboîté le pas en vantant
les mérites de l’honnêteté, de la vulnérabilité et de l’investissement en soi pour inciter
les hommes à vraiment s’améliorer au lieu de simplement faire semblant. Je reçois
parfois des e-mails de lecteurs qui m’envoient des vidéos ou des textes de spécialistes
qui étaient encore de parfaits connards il y a seulement cinq ans (du genre à porter
des accoutrements ridicules et à conseiller de sortir son sexe en public ou de crier des
choses absurdes aux femmes). Maintenant, nombre d’entre eux conseillent de mener
une