Bonus
Bonus
LES
JOIES
D’EN BAS
()
TOUT SUR LE
SEXE
FÉMININ
LES JOIES D’EN BAS
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Titre original :
Gleden med skjeden
© H. Aschehoug & Co. (W. Nygaard), Oslo, 2017
Publié avec l’accord d’Oslo Literary Agency
11
retours sympathiques de la part de connaissances et d’in-
connus, et nos billets ont été lus plus de 1,4 million de
fois.
Ce blog que nous avons longtemps cru destiné aux
adolescentes s’est révélé ratisser large. Nous recevons tous
les jours des questions d’hommes et de femmes de tous
âges. Souvent, on nous pose des questions sur ce que nous
pensions être élémentaire et enseigné au collège. D’autres
fois, il est évident que les lecteurs cherchent avant tout la
confirmation que leur expérience est “normale” et que rien
ne cloche chez eux. Malheureusement, ce sont surtout des
femmes qui se retrouvent dans cette catégorie.
C’est donc pour vous que nous avons écrit ce livre, pour
vous les femmes qui n’êtes pas sûres de fonctionner comme
il faut, vous qui pensez que vous devriez avoir une autre
apparence. Nous espérons que cet ouvrage vous apportera
l’assurance dont vous avez besoin. Nous l’avons aussi écrit
pour vous qui êtes satisfaites et fières de l’incroyable organe
que vous avez entre les jambes, et qui aimeriez mieux le
connaître. Le sexe féminin est passionnant, et nous sommes
convaincues qu’une bonne santé sexuelle passe avant tout
par la connaissance de son corps.
12
de 16 ans, désireuses d’être cool et de se faire accepter, à
dépasser leurs limites sexuelles. Ces actes étaient si trash
que nous avions peine à croire ce que nous lisions. Il est
choquant de lire que des garçons de 18 ans trouvent
acceptable de se servir de leur prestige pour obtenir que
des filles de seconde se livrent à des fellations sur dix gar-
çons en file indienne. Comme l’écrivait alors le quotidien
VG, il s’agit là d’une culture qui gomme la distinction
entre relation sexuelle consentie et agression sexuelle, et
cette tendance est dangereuse2. Ces dernières années,
nous avons assisté à une sexualisation croissante de la
culture des jeunes, en particulier chez les filles. Les ado-
lescents ne grandissent pas dans un environnement facile.
Et malheureusement, pour beaucoup, grandir implique
de vivre des expériences sexuelles désagréables, qui repré-
senteront un poids tout au long de leur vie. Ça ne devrait
pas être le cas.
Quand les femmes font des choix liés à leur corps et à
leur sexualité, ces choix s’inscrivent dans un contexte plus
général. Qu’il s’agisse de contraception, d’avortement,
d’identité ou de pratique sexuelles, ils sont guidés par des
facteurs culturels, religieux et politiques.
Nous souhaitons que les femmes puissent faire des
choix autonomes, en ayant toutes les informations à leur
disposition ; nous souhaitons que ces choix reposent sur
des connaissances médicales, et non sur des rumeurs, des
malentendus ou sur la peur. De bonnes connaissances de
base sur le fonctionnement du corps favorisent la prise
de décisions personnelles avec assurance et confiance. Il
faut démystifier la sexualité et prendre possession de notre
corps. Avec ce livre, nous espérons vous aider à faire des
13
choix intelligents et informés qui vous conviennent à
vous.
14
sur certaines choses. Nous aussi, nous étions victimes des
mythes qui entourent le sexe féminin – car ils sont nom-
breux. Ceux qui concernent l’hymen sont sans doute parmi
les plus coriaces, et ils continuent de mettre des filles en
danger dans le monde entier. Pourtant, peu de médecins
se soucient de cette petite partie du corps. Certains entre-
tiennent même les fausses croyances et pratiquent des exa-
mens à la demande de parents qui veulent s’assurer de la
virginité de leur fille. Dans notre chasse aux réponses sur
l’hymen, nous avons vu de grands pontes de la gynécolo-
gie balayer nos questions en les considérant comme sans
intérêt ou sans importance. C’est inacceptable quand on
connaît les conséquences que l’absence de rupture de l’hy-
men peut avoir sur la vie des femmes. Dans ce livre, nous
nous sommes efforcées, dans la mesure de nos moyens,
de dire la vérité sur cette membrane.
Un autre mythe est celui qui entoure la question de la
contraception hormonale, jugée dangereuse, car non natu-
relle. Cette suspicion autour de la contraception hormo-
nale entraîne des milliers de grossesses involontaires chez
des filles qui lui préfèrent des méthodes de contraception
peu sûres. Nous comprenons la confusion ambiante et la
peur des effets secondaires, et nous nous agaçons d’en-
tendre un certain nombre de professionnels de la santé
minimiser les inquiétudes à leur sujet sans fournir de
bonnes explications. C’est pourquoi nous avons choisi de
consacrer une grande place à la contraception dans ce livre.
Nous passons en revue les principales recherches sur les
effets indésirables possibles, tels que les sautes d’humeur
et la baisse de la libido. Nous présentons ouvertement
les incertitudes, mais cherchons avant tout à éviter une
15
panique injustifiée. Les effets indésirables graves sont très
rares et peu d’éléments portent à croire que la dépression
ou la baisse de libido frappent un pourcentage élevé des
femmes ayant recours à la contraception hormonale. Il y
a toujours des exceptions, mais nous espérons que la lec-
ture de ce livre vous aidera à faire la part des choses entre
les effets courants et ceux qui ne le sont pas.
D’autres mythes ne sont pas directement préjudiciables,
mais ils montrent que le monde de la recherche médicale a
été bien trop longtemps un monde d’hommes. Quand des
copines se plaignent de ne jamais avoir “d’orgasme vagi-
nal”, on voit à quel point la compréhension de la sexua-
lité féminine a été façonnée par les besoins des hommes.
L’orgasme vaginal, ça n’existe pas en tant que tel. Il n’y a
que des orgasmes déclenchés de différentes manières, tous
aussi délicieux les uns que les autres. Nous espérons que
les femmes pourront cesser de se sentir inférieures parce
qu’elles ont besoin d’autres formes de stimulation que la
pénétration.
De nombreux autres sujets sont abordés dans cet ou-
vrage et nous espérons que vous vous réjouissez de ce
voyage à travers le sexe de la femme, depuis la vulve jus-
qu’aux ovaires. Avec un peu de chance, la lecture de ce livre
sera aussi instructive pour vous que sa rédaction l’a été
pour nous. Le plus important à nos yeux serait qu’après
l’avoir lu vous puissiez lâcher vos inquiétudes. Un corps
n’est rien qu’un corps. Nous en avons tous un et, au fil de
la vie, il nous offre des joies et des malheurs. Soyez fières
de ce qu’il arrive à accomplir et soyez patientes avec lui
quand il galère.
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Pour finir, permettez-nous de remercier quelques per-
sonnes en particulier. Non content d’être un type génial et
un excellent médecin, Marius Johansen a effectué un for-
midable travail de relecture scientifique de notre manuscrit.
Nous espérons avoir à nouveau plein d’occasions de colla-
borer avec lui. D’autres personnes très compétentes de la
profession ont apporté leurs connaissances de spécialistes
à cet ouvrage. Merci à Kjartan Moe, Trond Diseth, Kari
Ormstad, Sveinung W. Sørbye, Jorun Thørring, Anne Lise
Helgesen, Anders Røyneberg, Eszter Vanky, Berit Austveg
et Reidun Førde pour les précieuses conversations, relec-
tures et indications. Il nous faut aussi remercier les méde-
cins de l’université d’Oslo, qui, en salle de cours ou lors
de patientes discussions pendant les pauses, ont apporté
sans le savoir des réponses aux questions que nous nous
posions. Soulignons ici que les éventuelles erreurs de ce
livre relèvent de notre pleine et entière responsabilité.
Nous souhaitons aussi remercier nos collègues d’hier et
d’aujourd’hui du Medisinernes Seksualopplysning Oslo,
du centre d’écoute de la fondation SUSS, du centre Sex
og Samfunn et de la clinique Olafia3, qui ont su créer des
environnements d’apprentissage agréables et stimulants.
Nous sommes par ailleurs incroyablement reconnaissantes
envers nos chères amies et collègues qui ont relu le livre, en
ont discuté, et nous ont averties quand nous nous étions
égarées dans des explications incompréhensibles. Chères
Thea Elnan, Kaja Voss, Emilie Nordskar, Karen Skad-
sheim, sans vous, ce livre aurait été moins bon et nos vies
plus ennuyeuses.
Merci à vous qui lisez notre blog, à vous qui avez sug-
géré des thèmes à aborder, qui avez posé des questions
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intelligentes et qui nous avez soutenues depuis le premier
jour. C’est pour vous que nous avons écrit ce livre. Merci
aussi à Bjørn Skomakerstuen, qui supervisait nos pre-
miers billets de blog au sein du journal en ligne Nettavi-
sen, pour nous avoir pris sous son aile protectrice et avoir
été si positif à l’égard de ce que nous écrivions, nous en
avons presque été gênées.
Un remerciement tout particulier à notre éditrice Naz-
neen Khan-Østrem chez Aschehoug. Tu as fait un travail
fabuleux et tu as été de bon conseil. Nous avons été ravies
de parler avec toi de toutes sortes de sujets – du punk aux
menstruations. Te savoir à nos côtés a été très rassurant.
Merci à Hanne Sigbjørnsen, alias Tegnehanne, d’avoir des-
siné les meilleures illustrations que nous pouvions imagi-
ner. Faire équipe avec une infirmière aussi drôle – quelle
chance !
Et pour finir, nous souhaitons bien sûr remercier nos
familles.
18
longs monologues, voire mes diatribes assez vives sur l’hy-
men, les douleurs de la vulve, l’herpès et autres sujets dou-
teux, parfois même dans des lieux publics inappropriés.
Merci aussi à mon grand-père de nous avoir comparées
à Karl Evang (1902-1981), pionnier de la vulgarisation
médicale en Norvège. Je vous aime tous infiniment ! Et,
surtout, je voudrais remercier Henning pour bien plus de
choses que je n’arrive à formuler ici.
Bonne lecture !
Nina et Ellen,
Oslo, le 15 novembre 2016.
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20
L’APPAREIL GÉNITAL
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LA VULVE : LA PARTIE VISIBLE
22
Mont du pubis
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celui-ci est indéniablement source de beaucoup de joie !
La plupart des gens qui parlent de vagin pour qualifier le
sexe féminin veulent dire vulve, et c’est par elle que nous
allons commencer la description du formidable organe
sexuel de la femme.
La vulve est construite comme une fleur, avec une
double corolle de pétales. Et croyez-le ou non, nous n’avons
pas trouvé la métaphore de la fleur toutes seules. Pour
regarder les différentes parties de la vulve, il convient de
commencer par l’extérieur avant de se pencher vers l’inté-
rieur.
Anus Vagin
24
Certaines femmes n’ont que deux petites bosses de peau
qui encadrent le reste de la vulve.
Les grandes lèvres sont recouvertes de peau ordinaire,
comme celle que vous avez sur le reste du corps. Cette peau
est pleine à craquer de glandes sébacées, de glandes sudo-
rifères et de follicules pileux. Outre les poils, qui sont une
bonne chose, vous pouvez avoir des boutons et de l’eczéma
sur les grandes lèvres, ce qui est moins sympathique. Mais
qu’on le veuille ou non, la peau reste de la peau.
Les petites lèvres sont souvent plus longues que les
grandes, mais ça n’a rien d’obligatoire. Elles peuvent être
pleines de frisures et de festons, comme un tutu de prin-
cesse. Quand vous vous regardez dans le miroir, il est bien
possible que vos petites lèvres dépassent franchement de
vos grandes lèvres. Chez d’autres, le seul moyen de les
apercevoir est d’écarter les grandes lèvres.
Contrairement aux grandes lèvres dodues, les petites
lèvres sont fines et très sensibles, pas autant que le clito-
ris, qui est l’endroit le plus sensible du corps, mais elles
sont pleines de terminaisons nerveuses et les toucher peut
donc être très agréable.
Les petites lèvres ne sont pas recouvertes de peau ordi-
naire, mais d’une muqueuse. Des muqueuses, vous en
avez déjà vu, sur votre globe oculaire par exemple, ou
dans votre bouche. Cela signifie simplement que les
petites lèvres sont recouvertes d’une couche de mucus
protectrice et hydratante. La peau ordinaire est surmon-
tée de deux couches de cellules mortes. Cette couverture
la protège et lui permet de s’accommoder de la séche-
resse. Les muqueuses, elles, n’en disposent pas et sont
donc moins robustes face à l’usure. Des petites lèvres
25
longues sont donc facilement irritées par le frottement
d’un pantalon serré. À l’inverse de la peau ordinaire, les
muqueuses préfèrent rester humides. Il n’y a pas de poils
sur les muqueuses et les parties de la vulve à l’intérieur
des grandes lèvres sont donc glabres.
Si vous écartez vos petites lèvres, vous trouverez une
zone qu’on appelle le vestibule. Du latin vestibulum, ce
mot désigne le hall d’entrée d’une maison. Si vous aimez
les châteaux ou les opéras, c’est l’entrée majestueuse ornée
de colonnes et de tapis moelleux. Le vestibule de la femme
n’est flanqué d’aucune colonne notable, mais c’est néan-
moins une entrée. Vous y trouvez deux trous : la sortie de
la vessie, ou méat urétral, et l’orifice du vagin. La sortie
de la vessie se situe entre le clitoris et le vagin.
Nous avons beau faire pipi tous les jours, nous ne savons
pas toujours où cela se passe. Certaines s’imaginent même
qu’elles ne disposent pas d’une sortie spéciale, mais sont
faites comme les hommes, avec un seul trou pour deux
choses. Nous ne faisons pas pipi avec notre vagin, mais
la méprise est facile, même quand on connaît beaucoup
de sexes féminins différents. L’orifice de l’urètre peut être
dur à repérer, même avec un miroir. C’est un tout petit
trou, souvent entouré d’un tas de liserés de peau, mais qui
cherche trouve.
26
à l’utérus. D’ordinaire, il est compressé, si bien que les
parois antérieure et postérieure se touchent. Cela contri-
bue à vous rendre étanche. Songez-y !
Quand vous êtes excitée, le vagin s’allonge et s’élargit
– il est très extensible. Un peu comme une jupe plissée.
Touchez-le et vous verrez comme il est grenu.
Les muscles autour du vagin sont puissants, ce dont
vous pouvez vous rendre compte en enfonçant un doigt
dans votre vagin et en serrant. Comme les autres mus-
cles, ceux du périnée se renforcent quand on les fait tra-
vailler.
La paroi intérieure du vagin est recouverte d’une mu-
queuse humide. Si une petite partie de l’humidité du
vagin provient de glandes situées autour du col de l’uté-
rus, l’essentiel résulte d’un écoulement depuis l’intérieur
du corps à travers la paroi vaginale qui, elle, est dépour-
vue de glandes. L’humidité vaginale est toujours présente,
mais s’accentue quand vous êtes émoustillée. Une plus
grande quantité de fluide percole à travers la paroi vagi-
nale quand l’irrigation sanguine de l’ensemble de l’appa-
reil génital augmente. Ce que vous remarquez quand le
clitoris et les petites lèvres enflent. Le liquide qui appa-
raît avec l’excitation sexuelle réduit les frictions dans le
vagin quand vous vous masturbez ou que vous avez un
rapport sexuel. Moins de frictions, cela signifie moins
de dommages sur la paroi vaginale, qui peut souvent en
prendre un coup quand on fait l’amour. Après un rap-
port sexuel, il n’est pas inhabituel d’avoir de petites éra-
flures qui saignent ou de sentir son vagin un peu irrité.
Par bonheur, c’est sans danger aucun. La paroi vaginale
sait bien se réparer elle-même.
27
Au fluide qui traverse la paroi vaginale s’ajoute un peu
de cyprine, sécrétée par deux glandes situées à l’arrière
du vestibule, vers les fesses, de part et d’autre de l’orifice
vaginal. Ces glandes sont appelées glandes vestibulaires
ou glandes de Bartholin, d’après l’anatomiste danois Cas-
par Bartholin. Elles produisent donc la cyprine, liquide
qui favorise la lubrification de l’orifice vaginal. Elles sont
ovales, de la taille d’un petit pois, et peuvent être à l’ori-
gine de problèmes. Si le canal par lequel elles sécrètent la
cyprine se bouche, un kyste peut se former à l’entrejambe.
On le sent comme une petite boule dure ou un petit bal-
lon d’un côté de la vulve. Si un tel kyste s’infecte, l’af-
faire peut devenir douloureuse, mais le problème peut se
résoudre par une intervention chirurgicale. L’importance
des glandes vestibulaires dans la lubrification vaginale est
contestée1. Les femmes souffrant de problèmes de kystes
et d’infections qui se font enlever ces glandes connaissent
malgré tout une augmentation de la lubrification vaginale
en situation d’excitation sexuelle.
28
stimulation. Il se situerait à une certaine hauteur de la
paroi vaginale antérieure, donc vers le ventre, et il se sti-
mulerait par un geste de “viens par ici” fait avec un doigt.
Imaginez une sorcière de Disney cherchant à vous attirer
et vous aurez le mouvement adéquat. Certaines femmes
décrivent la stimulation du point G comme meilleure et
différente de la stimulation vaginale par ailleurs. Comme
vous l’avez peut-être remarqué, le vagin en soi n’est pas
particulièrement sensible en comparaison de la vulve, et
surtout du clitoris. La sensibilité est plus importante au
niveau de l’entrée du vagin et moindre plus haut.
Les médias parlent souvent du point G comme s’il
s’agissait d’une structure anatomique propre. C’est une
impression qu’on peut retirer en particulier de la lecture
des rubriques “sexe”, des guides sur la sexualité ou des
récits de femmes sur leurs propres expériences sexuelles.
En 2012, un article britannique passant en revue toutes
les études sur le point G comme zone spécifique du vagin
a conclu que les preuves de son existence étaient maigres
et que la majeure partie des travaux sur le sujet avait
recours à des questionnaires dans lesquels les femmes
elles-mêmes décrivaient le point G. Cette méta-analyse
montre que même les femmes qui croient au point G ont
souvent du mal à le situer. Les auteurs indiquent par ail-
leurs que les études fondées sur les techniques d’image-
rie n’ont pas réussi à identifier une structure séparée qui
pourrait provoquer l’orgasme ou le plaisir sexuel chez la
femme, à part le clitoris2.
Une hypothèse avance qu’il ne s’agirait pas d’une struc-
ture physique propre, mais d’une partie interne profonde
du clitoris qui, lors des rapports sexuels, serait stimulée à
29
travers la paroi vaginale. En 2010, des chercheurs ont publié
les résultats d’une étude au cours de laquelle ils avaient exa-
miné la paroi vaginale antérieure d’une femme lors d’un
rapport sexuel avec pénétration. Ils ont eu recours aux ultra-
sons pour étudier ce qui se passait et situer le point G. Ils ne
l’ont pas trouvé, mais ont conclu que les parties internes du
clitoris se situaient si près de la paroi vaginale antérieure que
la solution à l’énigme du point G pourrait être le clitoris3.
Il se peut aussi que le point G ait un rapport avec un
ensemble de glandes se trouvant sur l’urètre, qui est proche
de la paroi vaginale antérieure. Appelées glandes de Skene
ou glandes para-urétrales, elles sont le pendant féminin de
la prostate, glande qui chez l’homme entoure une partie de
l’urètre. Les glandes para-urétrales sont associées à l’éjacu-
lation féminine4. Certaines études affirment que le point G
est essentiel pour atteindre l’orgasme avec éjaculation,
mais il ne s’agit pour l’heure que d’hypothèses, car si nous
savons avec certitude que certaines femmes connaissent
l’orgasme avec éjaculation, nous ne savons même pas si le
point G existe réellement.
Il est surprenant que la paroi vaginale, qui est pour-
tant une zone accessible, soit entourée d’un tel mystère.
Surtout quand on pense à toute l’encre qui a coulé sur le
point G. Nous attendons donc avec impatience la publi-
cation d’autres travaux de qualité sur le corps féminin.
LE CLITORIS, UN ICEBERG
30
est habituellement décrit, est de la taille d’un raisin sec
et se trouve sur le haut du sexe féminin, bien en sécu-
rité à la jonction des petites lèvres. Mais en réalité, ce
petit bouton n’est que le sommet d’un iceberg ! Dans
les ombres du bas-ventre se cache un organe qui dépasse
l’entendement.
Les anatomistes ont beau l’avoir montré depuis le milieu
du xixe siècle*, peu savent que le clitoris est avant tout un
organe souterrain. Alors que le pénis de l’homme est décrit
en détail dans les atlas et manuels d’anatomie humaine,
le clitoris demeure une curiosité. En 1948 encore, l’at-
las d’anatomie renommé qu’est le Gray’s Anatomy avait
choisi de ne pas mettre de nom sur le clitoris. Le monde
de la médecine sous domination masculine n’a pas non
plus manifesté de grand intérêt pour une exploration plus
poussée du clitoris. L’unanimité n’est toujours pas faite
sur ses éléments constituants ni sur son fonctionnement.
Pour la recherche médicale, c’est franchement étonnant.
Une chose dont nous sommes sûres : ce qui est souvent
décrit comme étant le clitoris n’est en réalité qu’une frac-
tion d’un grand organe se déployant à la fois vers l’intérieur
du bassin et vers le bas, de part et d’autre de la vulve5. Si
nous chaussions des lunettes à rayons X, nous verrions que
le complexe clitoridien a la forme d’un Y renversé. Le petit
raisin, également appelé gland du clitoris, se situe tout en
haut. Il peut mesurer entre 0,5 et 3,5 cm de long, mais
paraît plus petit puisqu’il est entièrement ou partiellement
31
recouvert d’un petit capuchon6. Le gland est la seule partie
visible du clitoris. Puis vient le corps du clitoris qui descend
vers l’intérieur en formant un coude comme un boome-
rang, avant de se séparer en deux piliers reposant de part et
d’autre du sexe, enfouis sous les lèvres génitales.
orifice vaginal
32
Cette description semble peut-être familière à celles qui
ont bien suivi les cours de sciences de la vie et de la terre
(SVT). N’était-ce pas le pénis de l’homme qui avait un
gland, des corps caverneux et des corps spongieux ? La
source principale du plaisir féminin, le clitoris, est un secret
bien caché, ce qui tranche avec un pénis en érection, plus
tape-à-l’œil. Il peut donc sembler surprenant que le clito-
ris et le pénis soient deux versions différentes d’un même
organe.
Jusqu’à environ douze semaines, les embryons de gar-
çons et de filles ont un entrejambe parfaitement identique,
dominé par une sorte de mini-pénis (ou de méga-clitoris !)
appelé tubercule génital. Ce tubercule a le potentiel de se
développer en organe sexuel féminin ou masculin. Le pénis
et le clitoris se développant à partir de la même structure
de base, il existe entre les deux organes de nombreux points
communs quant à la forme mais aussi au fonctionnement.
La tête du pénis étant en fait la même chose que le bou-
ton du clitoris, on leur a donné à tous deux le même nom :
gland. Le gland est le point le plus sensible du corps féminin
et du corps masculin. On estime que le gland, chez l’homme
comme chez la femme, contient plus de 8 000 terminaisons
nerveuses. Chacune reçoit des informations de pression et
de contact et renvoie les signaux au cerveau, où l’informa-
tion est interprétée soit comme douleur soit comme plaisir.
Plus il y a de terminaisons nerveuses, plus les signaux que
reçoit le cerveau sont nuancés et puissants. Cependant, le
gland du clitoris est nettement plus sensible que le gland
du pénis, car les terminaisons nerveuses sont rassemblées
sur une zone beaucoup plus petite : leur concentration est
cinquante fois plus élevée7 !
33
Malheureusement, comprendre que le clitoris était le
bouton sur lequel il fallait appuyer a peut-être fait croire à
certains hommes que toute pression était agréable. Quand
une simple pression légère n’apporte pas de résultats, ils
appuient davantage et plus fort, mais ce n’est pas comme
ça que ça fonctionne. Le clitoris étant si riche en terminai-
sons nerveuses, la moindre variation de l’attouchement est
perçue. Cela donne des possibilités insoupçonnées de sti-
mulation et de plaisir, mais cela signifie aussi qu’on peut
rapidement ressentir de la douleur ou de l’engourdisse-
ment. Les terminaisons nerveuses refusent alors de trans-
mettre les signaux au cerveau. Le bouton du clitoris est
mis sur “off”. Il faut le laisser tranquille pour qu’il soit de
nouveau disposé à parler. Autrement dit, le clitoris, c’est
un peu comme la drague, si vous y allez trop franco, le
succès n’est pas toujours au rendez-vous.
Les corps caverneux permettent aux pénis de l’homme de
durcir quand ils se remplissent de sang. Pourquoi ceux de
la femme ne feraient-ils donc pas la même chose ? Quand
nous sommes excitées, le complexe clitoridien peut gonfler
jusqu’à doubler de taille8. Il s’agit bel et bien d’une impres-
sionnante érection. Les piliers du clitoris et les bulbes du
vestibule étant sous les petites lèvres et autour des orifices
de l’urètre et du vagin, la vulve peut grossir en cas d’exci-
tation. Par ailleurs, l’afflux sanguin donne au vestibule et
aux petites lèvres une teinte violacée plus sombre.
Les similitudes ne s’arrêtent pas là. Les hommes aiment
frimer avec leurs érections matinales et nocturnes, mais
nous aussi, nous en avons. Dans les années 1970, une
étude de l’université de Floride a comparé deux femmes
ayant un grand clitoris avec des hommes. Les chercheurs
34
ont découvert que, pendant le sommeil paradoxal, les
femmes avaient autant “d’érections” nocturnes que les
hommes9. Une autre étude a montré que les femmes
connaissent jusqu’à huit “érections” par nuit, pendant une
durée totale d’une heure et vingt minutes10 !
Comme vous le voyez, bien des aspects du clitoris ne
sont pas enseignés en cours de SVT. Ce fier organe est
resté ignoré, sous-estimé et caché bien trop longtemps.
Car c’est seulement en comprenant comment le clitoris
se déploie et englobe toutes les parties de notre sexe que
nous saisissons de quel formidable instrument de plaisir
nous sommes dotées.
SANGLANTE VIRGINITÉ
35
L’idée de la virginité est omniprésente dans la culture
populaire. Pour le vampire Jessica, dans True Blood, chaque
rapport sexuel est comme le premier et, chaque fois, elle
doit saigner. Le doute entoure la reine Margaery Tyrell
dans Game of Thrones. Est-elle vraiment toujours pure,
après avoir épousé son troisième roi ?
Les classiques aussi s’intéressent à la virginité et au sai-
gnement. Dans Kristin Lavransdatter, l’adaptation ciné-
matographique du roman de Sigrid Undset, que nous
avons tous regardée en classe, l’héroïne ne s’exclamait pas
“Merde !” quand le sang coulait sur sa cuisse, mais “Qui
voudrait d’une fleur dont on a arraché les pétales ?” Elle
pleurait amèrement dans les bras de son amant, Erlend,
qui, lui, n’avait aucune raison de pleurer. En tant qu’hom-
me, Erlend n’avait pas de vertu à perdre.
Le langage médical aussi utilise la métaphore de la fleur
innocente pour parler de la femme. La perte de virginité
Ah !
Le m
yth
e
de l
’hym
en
Avec
: la m
adone
Sans :
la pu
tain
36
est nommée “défloration”, une terminologie incontestable-
ment obsolète11. On en viendrait presque à croire qu’à tra-
vers les cultures et l’histoire, les hommes se sont concertés
afin d’élaborer des moyens pour contrôler la femme, limiter
sa sexualité et sa capacité à disposer de son propre corps.
37
En Norvège, le terme employé, jomfruhinne (membrane
de virginité), contribue à maintenir cette croyance dans
l’esprit collectif. Quand on entend “membrane”, on ima-
gine quelque chose ressemblant à un film alimentaire étiré
qui craque si on y fait un trou. Pop ! Mais si vous observez
votre sexe avec un miroir, vous verrez qu’il n’existe pas de
film recouvrant une partie du vagin, même si vous n’avez
jamais eu de relations sexuelles. Mais ne laissons pas un
mythe en remplacer un autre. Dernièrement, nous avons
entendu de nombreuses déclarations du type : “L’hy-
men n’existe pas.” C’est exact qu’il n’existe pas de “sceau”
apposé sur le vagin, mais cela ne signifie pas pour autant
qu’il n’y ait pas de structure anatomique à l’origine de ce
malentendu.
38
et régulier. Souvent il est bosselé ou festonné, et ce n’est
pas là un signe d’activité sexuelle. Certains hymens pré-
sentent des fragments s’étirant au travers de l’orifice vagi-
nal. D’autres ressemblent à une passoire, avec un tas de
petits trous à la place de l’unique gros trou au centre.
D’autres encore apparaissent sous la forme de simples
petites franges le long de la paroi vaginale. Et quelques
très rares hymens recouvrent toute l’entrée du vagin. Ils
sont alors plutôt rigides et durs ; ce cas de figure est épi-
neux parce que le sang des menstruations doit bien sortir
quelque part ! Souvent, le problème n’est découvert que
lors des premières règles. Le sang menstruel reste empri-
sonné dans le vagin et peut provoquer de vives douleurs.
L’intervention chirurgicale est nécessaire. Ce rare cas est
celui qui s’apparente le plus au mythe de l’hymen for-
mant un sceau13.
Quelle que soit sa forme, et hormis dans les rares cas
où il recouvre entièrement l’orifice, l’hymen est souple
et flexible. Cependant, il n’en reste pas moins le point le
plus étroit du vagin. Et si le vagin a une extrême capacité
d’extension et de contraction – c’est après tout la voie par
laquelle naît un bébé – l’hymen ne peut pas toujours s’éti-
rer suffisamment pour un rapport sexuel. Il fonctionne
un peu comme un élastique : si on tire vraiment trop fort
dessus, il claque.
Lors du premier rapport sexuel avec pénétration, l’hy-
men s’étire avec le reste du vagin. Chez de nombreuses
femmes, tout se passe sans encombre, mais chez d’autres,
l’hymen peut se déchirer et saigner légèrement. Autrement
dit, certaines saignent lors de leur premier rapport sexuel,
d’autres non. Tout dépend de la flexibilité de l’hymen. Pour
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les femmes qui ont un hymen d’une forme particulière,
avec par exemple une partie qui s’étire au-dessus de l’ori-
fice vaginal, celle-ci devra souvent se déchirer pour laisser
passer des doigts ou un pénis.
Il est difficile d’établir avec certitude le nombre de
femmes qui saignent de l’hymen lors de leur premier rap-
port sexuel. Des chiffres existent, mais ils varient. Deux
études que nous avons consultées indiquaient respective-
ment que 56 % et 40 % des femmes avaient saigné lors
de leur premier rapport sexuel consenti par voie vagi-
nale. Il ne s’agit donc pas de la totalité des femmes, loin
de là, mais elles sont tout de même un certain nombre à
connaître un saignement14.
Les études en question ont été menées en interrogeant
des femmes sur leur premier rapport sexuel. Nous n’avons
donc aucun moyen de savoir si c’était l’hymen qui saignait
(même si l’hymen est le point le plus étroit du vagin) ou si
le sang venait d’ailleurs. Comme nous l’avons mentionné
dans le passage sur le vagin, il est à la fois possible et fré-
quent que de petites éraflures de la paroi vaginale saignent
si on a des rapports sexuels un peu vigoureux, si on n’est
pas suffisamment lubrifiée ou si les muscles du sexe sont
trop contractés. Cela peut se produire lors du premier rap-
port sexuel ou lors de rapports ultérieurs.
40
Il paraît que des médecins norvégiens continuent à
effectuer ce test sur des jeunes femmes, à la demande de
parents désireux d’obtenir une preuve que leur fille est
“intacte15” ; et cela, malgré le refus des spécialistes de la
médecine légale de reconnaître à cette pratique une quel-
conque valeur scientifique16. Il y a même des médecins qui
délivrent des certificats de virginité à des jeunes femmes
terrifiées à l’idée de ne pas saigner lors de leur nuit de noces
et par les conséquences qu’elles subiraient alors.
Il est avéré qu’en général il n’y a pas de différence visible
entre l’hymen d’une fille ayant eu des relations sexuelles
et celui d’une vierge17. Cette pratique du test de virgi-
nité apparaît alors absurde. Et même si l’hymen peut être
endommagé pendant un rapport sexuel quand il est sou-
mis à un fort étirement, cela ne signifie pas pour autant
que la blessure demeurera. Très souvent, l’hymen se répare
sans cicatrices visibles18.
Les recherches sur l’hymen et ses altérations après les
débuts sexuels ont souvent été faites à partir d’examens de
femmes et de filles qui avaient subi une agression sexuelle.
Une méta-analyse norvégienne indique que des modifica-
tions de l’hymen autrefois considérées comme suspectes
chez les enfants, telles que, par exemple, un hymen présen-
tant une large ouverture19 ou un bord étroit, sont aujour-
d’hui interprétées comme des constats non spécifiques et
ne constituent pas une preuve d’agression sexuelle20. On
peut aussi trouver ces variantes d’hymen chez des petites
filles qui n’ont pas subi d’agression sexuelle. Les auteurs de
l’article soulignent par ailleurs que l’absence de résultats
ne démontre pas qu’une fillette n’a pas été victime d’une
agression sexuelle.
41
De manière générale, on ne peut pas savoir si une femme
a eu des relations sexuelles ou non en regardant entre ses
jambes. L’hymen n’est pas l’apanage des femmes qui n’ont
jamais fait l’amour et, comme les autres parties du corps,
il a un aspect variable. Désolées, mais les tests de virginité,
ça ne veut strictement rien dire.
Malheureusement, cet état de fait n’est pas connu de
tous. Des femmes continuent d’avoir recours à l’inter-
vention chirurgicale, dite hyménoplastie, pour garan-
tir un saignement lors de la nuit de noces. En Norvège,
cette intervention s’effectuait à la clinique privée Volvat
à Oslo. En 2006, la clinique a cessé cette pratique21 sur
l’avis du Conseil d’éthique médicale, qui considérait l’hy-
ménoplastie comme une fausse solution à une probléma-
tique d’ordre culturel22.
L’hyménoplastie existe toujours. Et pour 30 dollars,
vous pouvez acheter sur Internet de faux hymens avec
du sang de théâtre, qui vous garantissent de pouvoir kiss
your deep dark secret goodbye, c’est-à-dire de “vous libérer
de votre secret le plus intime” et de vous marier en toute
sécurité23. En 2009, des hommes politiques égyptiens
ont d’ailleurs souhaité interdire l’importation de ce pro-
duit24.
Pourquoi laissons-nous des jeunes filles recourir à de
telles solutions au lieu d’informer que l’absence de sai-
gnement n’est pas synonyme de virginité perdue ? La
vraie question est de savoir pourquoi les femmes devraient
apporter la preuve de leur virginité. Nous devons cesser de
nous focaliser ainsi sur le saignement et supprimer pour de
bon les tests de virginité. Et, surtout, nous devons aban-
donner l’idée que la virginité elle-même est importante.
42
La difficulté est de trouver de la bonne documentation
sur l’hymen, et surtout de faire la part des choses entre
ce qui est vrai, ce qui l’est moins et ce qui est carrément
faux. Dans notre chasse à l’information sur l’hymen, nous
avons trouvé peu d’éléments qui soient à la fois exacts et
accessibles à tous. Nous avons trouvé un certain nombre
d’articles scientifiques à ce sujet, mais dans les manuels de
gynécologie de fac de médecine, l’hymen est à peine men-
tionné, et si c’est le cas, beaucoup de contrevérités y sont
propagées. En définitive, nous n’avons pas plus de réponses
à nos nombreuses questions. C’est à s’arracher les cheveux
de constater que les médecins ont porté si peu d’intérêt à
une partie du corps qui continue de causer aujourd’hui la
perte de l’honneur de certaines femmes ou, dans le pire des
cas, leur mort. Plus alarmant encore, c’est de constater que
même les informations existantes ne sont pas accessibles à
celles qui en ont besoin. Nous avons là un important tra-
vail de sensibilisation à faire. Il ne reste plus qu’à s’y mettre.
L’AUTRE TROU
43
en débarrasser. Il s’agit évidemment là d’une tâche essen-
tielle depuis la nuit des temps, puisque notre corps nous a
équipés non seulement d’un, mais de deux sphincters. Si
l’un fait défaut, nous avons une écluse de sécurité en plus.
Le sphincter interne est piloté par ce que nous appelons
le système nerveux autonome, une partie du système ner-
veux que nous ne contrôlons pas. Au moment où le corps
sent que le rectum se remplit d’excréments, des signaux
sont envoyés au sphincter interne pour qu’il se relaxe. C’est
le réflexe de défécation, qui se traduit par le besoin sou-
dain de trouver les toilettes les plus proches.
Si on n’avait rien que ce réflexe primitif, nous irions à
la selle de façon intempestive, comme les enfants en bas
âge. Mais l’être humain est un être social. Le sphincter
externe – celui que l’on sent quand on se met un doigt
dans l’anus et qu’on serre – est celui qui décide en der-
nier ressort. Il prend en compte notre volonté et nous
permet de nous retenir jusqu’à ce que les conditions
d’intimité soient réunies. Si vous contractez ce sphincter
suffisamment longtemps, le corps comprend et les ins-
tincts primitifs savent qu’ils ont perdu. Les excréments
remontent discrètement dans l’intestin et attendent
patiemment qu’une meilleure occasion se présente. La
fenêtre de défécation, comme on l’appelle, se referme
pour un certain temps.
L’anus est le recoin sombre de l’entrejambe, mais par
bonheur il est bien plus qu’un récipient à excréments. La
zone autour et l’entrée de l’anus regorgent de terminai-
sons nerveuses qui n’attendent que d’être stimulées. Cer-
taines femmes ajoutent une dimension à leur vie sexuelle
en conviant l’anus à la fête. D’autres se satisferont peut-être
44
de lui envoyer de temps à autre une pensée chaleureuse en
songeant à la beauté de son fonctionnement.
45
soit environ 5 millions. Certains d’entre eux, par exemple
autour des organes sexuels et sur les aisselles, sont particu-
lièrement sensibles aux hormones. Pendant la puberté, le
corps connaît une explosion d’hormones sexuelles. Alors,
les follicules pileux sensibles aux hormones se mettent à
grandir et à former des poils plus épais et plus sombres.
La répartition de ces follicules est déterminée par les gènes
et explique pourquoi certains hommes ont une fourrure
dense sur le dos alors que d’autres ont à peine un poil sur
le torse. Même si on en a l’impression, les poils ne sont pas
plus nombreux à la puberté, c’est juste que le duvet tout
mignon se transforme peu à peu en poils “adultes”. Si l’on
s’imagine souvent que le rasage accroît la pilosité, c’est parce
qu’on commence à se raser au moment où la pilosité change.
Quand on a le bas-ventre qui pique comme un héris-
son le lendemain du rasage, on croit parfois que les poils
deviennent plus épais, plus drus ou poussent plus vite
quand on les rase. Cela ne se peut pas. Nos poils sont
essentiellement de la matière morte. En l’occurrence, tout
ce que vous voyez au-dessus de la peau est de la protéine
morte. Il n’y a de vie que dans le follicule, qui ignore que
vous avez sectionné le poil. Les morts-vivants sont réser-
vés aux séries fantastiques. Dans le monde réel, le folli-
cule pileux continue de produire des poils exactement au
même rythme qu’avant, dans la bienheureuse ignorance
que vous détruisez tout ce qu’il produit.
De plus, c’est la taille du follicule qui détermine l’épais-
seur du poil. Vous pouvez donc vous raser autant que vous
voudrez. Le poil, en revanche, peut sembler plus rigide,
parce qu’il est plus court quand il repousse. Les poils aux-
quels on ne touche pas s’usent, leurs pointes s’affinent
46
toujours plus et on a l’impression qu’ils sont plus doux.
En rasant le poil, on le coupe là où il est le plus épais, à la
surface de la peau. Quand il repousse, la pointe est donc
plus épaisse pendant un certain temps26.
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rencontre souvent moins de problèmes de poils incarnés
qu’avec les autres méthodes.
Le plus gros problème de l’épilation reste les poils incar-
nés ou encore pseudofolliculitis barbae 29. Quand on s’épile, les
poils peuvent s’enrouler sur eux-mêmes, en particulier s’ils
sont frisés, et, en repoussant, se développer sous la peau, ce
qui cause une inflammation du follicule pileux et l’apparition
de petits boutons. Si on les triture, une infection bactérienne
risque de s’y ajouter. Les boutons peuvent alors gonfler, voire
devenir douloureux, et souvent laisser une cicatrice.
Les méthodes pour éviter les poils incarnés lors de l’épila-
tion abondent dans les médias. Et nous gobons les conseils
des spécialistes de la beauté, car un sexe épilé décoré de
boutons et de poils incarnés, ça n’est pas très classe. Faut-il
pour autant acheter la crème hors de prix que l’esthéti-
cienne essaie de vous vendre ? Ou le Gillette Venus Swirl à
cinq euros la lame de rechange ?
Malheureusement, vous jetez votre argent par les fenê-
tres. Si vous êtes très touchée par ce genre de désagréments,
il peut valoir le coup de préférer la crème dépilatoire aux
autres méthodes. Si vous choisissez d’épiler à la pince, à la
cire ou au rasoir, soyez attentive à l’hygiène. Les femmes
qui ont fréquemment des follicules infectés devraient
désinfecter la zone avant et après l’épilation.
Pour finir, on ne soulignera jamais assez qu’il faut évi-
ter de triturer un poil incarné ou infecté, car une cicatrice
risque de se former. Et, dans le pire des cas, l’infection peut
s’étendre. Si elle est importante, le follicule peut atteindre
la taille d’un raisin. Il faut alors consulter un médecin, qui
pourra vider l’abcès en douceur et, si nécessaire, prescrire
des antibiotiques.
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