Hommage à Alice Rajaonah, magistrate engagée
Hommage à Alice Rajaonah, magistrate engagée
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À Alice RAJAONAH,
la force tranquille qui s’en est allée,
le devoir accompli.
Ineffables souvenirs…
À Loïc PHILIP,
Mentor bienveillant, inégalable,
inégalé.
Éternelle reconnaissance.
À Madagascar,
l’île (anciennement) heureuse
de l’océan Indien
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SOMMAIRE
AVANT-PROPOS : Chère Alice…………………………………………………………. p. 5
PRÉFACE : Pr. Raymond Ranjeva ………………………………………………………. p. 7
PROLOGUE………………………………………………………………………………. p. 9
I. « Les bonnes feuilles » de deux redoutables analystes sur la période péri et post
élection présidentielle de novembre-décembre 2023…………………………………........ p. 10
- Derrière le mégalomane, l’apprenti dictateur ?.............................................................. p. 11
- Victoire sans gloire, mais avec péril…………………………………………………... p. 13
- Dernière chance pour un mandat enfin digne…………………………………………. p. 15
- Que fait-on du fait accompli ?........................................................................................ p. 17
- Pourquoi vouloir devenir ministre ?............................................................................... p. 19
- Beaucoup de recyclages pas vraiment écolos…………………………………………. p. 21
II. 60 longues années de vie sociopolitique postcoloniale à Madagascar : l’innommable
désastre…………………………………………………………………………………….. p. 23
- Le gigantesque gâchis des 50 premières années d’indépendance (publié initialement
en janvier 2010)…………………………………………………………............................. p. 24
- Archives Courrier International - Lundi 15 avril 2002…………………………........... p. 30
- Courrier des lecteurs LEXPRESSMADA 28/11/2011………………………………... p. 32
- Une révolution rend-elle un peuple plus heureux ?........................................................ p. 35
- La dictature éclairée … ………………………………………………………………. p. 38
- « Madagascar, le duel » de Patrick RAJOELINA : impressions et points de vue……. p. 42
- Sur l’enseignement en général………………………………………………………… p. 44
- Archives Les Annonces de la Seine - Lundi 29 novembre 2010, numéro 60…………. p. 48
- Archives Le Monde - 26/06/2009……………………………………………………... p. 49
II.1 Une tendance récessive aggravée par l’irruption des chefs d’entreprise
dans les coulisses du pouvoir ?............................................................................................. p. 51
- 2002-2009 : les chefs d’entreprise investissent la magistrature suprême……………... p. 52
- MAPAR, IRD, UPAR, ARMADA, CMP : le ralliement à Andry Rajoelina et son
TGV fait valser les étiquettes……………………………………………………………… p. 54
- Une tendance récessive que rien ne semble pouvoir endiguer : l’énigme
et le paradoxe…………………………………………………………………………........ p. 55
- Les élites : une minorité de pouvoir à la source de l’instabilité sociopolitique
chronique………………………………………………………………………………….. p. 57
II.2 Les chroniques d’avril 2024 de Ragidro…………………………………………........ p. 58
- Résilience vs Résignation, se relever ou se soumettre………………………………… p. 59
- Diplomatie intelligente, un oxymore ?........................................................................... p. 62
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- Une grande leçon de non-diplomatie……………………………………………….. p. 64
III. Des instruments de politique économique au service du développement ?
Oui mais, si et seulement si… …………………………………………………………….. p. 67
III.1 : La fiscalité…………………………………………………………………………... p. 68
- Préface : Pr Loïc Philip………………………………………………………………... p. 69
- Ouvrage « Réforme fiscale et révolution socialiste à Madagascar » (Collection
Repères pour Madagascar et l’océan Indien, L’Harmattan) 4ème de couverture ………… p. 72
- La fiscalité au service du développement (entretien avec R. Rabetafika)……………. p. 73
III.2 : Les Codes d’investissement de 1989
• Loi n° 89-026 du 29/12/89 relative au Code des investissements
• Loi n° 89-027 du 29/12/89 relative au régime de zone franche industrielle………….. p. 79
- Préface : Pr Charles Cadoux †……………………………………………………....... p. 80
- Relance économique à Madagascar : Code des Investissements et Zone Franche
Industrielle - Premier bilan et perspectives APOI/CNRS XII 1990-1991, 08/1992……… p. 82
› Le cadre juridique de l’investissement à Madagascar…………………………….. p. 85
› Analyse critique du fondement des privilèges octroyés………………………....... p. 98
III.3 : Les Codes d’investissement de 2007
• Loi n° 2007-036 du 14/01/2008 sur les investissements à Madagascar
• Loi n° 2007-037 du 14/01/2008 sur les Zones et Entreprises Franches……………… p. 127
Contribution aux MÉLANGES offerts au Doyen Pierre BELTRAME (PUAM, 2010) :
« Les Codes d’investissement, fer de lance du développement économique
de Madagascar ? »................................................................................................................ p. 128
› Le cadre juridique de l’investissement à Madagascar…………………………….. p. 135
› Réflexions d’ensemble sur le fondement des privilèges octroyés………………… p. 144
- Les dispositions fiscales des Codes d’investissement…………………............ p. 151
- Les dangers des régimes fiscaux de faveur……………………………………. p. 152
- Les perspectives d’avenir…………………………………………………........ p. 155
III.4 : Le Code d’investissement de 2023…………………………………………………. p. 163
Loi n° 2023-002 du 27/07/2023 sur les investissements à Madagascar…………………… p. 164
Tableau comparatif des régimes des Codes d’investissement de 2008 et de 2023………... p. 180
Une nouvelle loi qui ouvrirait des perspectives favorables à l’horizon ? Rien n’est moins sûr… p. 183
POSTFACE 1 : En souvenir de Christiane MEYER………………………………………. p. 185
POSTFACE 2 : Zama France, une diaspora active, un irréfutable vivier de compétences .. p. 190
La Diaspora se mobilise pour apporter sa contribution au développement de Madagascar.. p. 191
ZAMA Aix 2016 : interview croisée de Roger RABETAFIKA et Patrick RAKOTOMALALA p. 197
ZAMA Aix 2016 : remerciements………………………………………………………….. p. 201
ÉPILOGUE………………………………………………………………………………… p. 203
ANNEXE : Marc Ravalomanana, 1er Président « merina » issu des urnes……………….. p. 207
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Chère Alice
Tu as été ma grande sœur, ma marraine, mais surtout ma maman de substitution quand tu as décidé
de me prendre sous la protection de tes ailes si bienveillantes pendant toute mon adolescence.
Les mots me manquent aujourd’hui pour te dire tout ce que je ressens. Je ne suis pas là, physiquement,
mais mes pensées les plus affectueuses, comme celles de Njaka et de Fabien, t’accompagnent, en communion
de cœur et d’esprit avec toute la famille réunie.
Marius et toi avez su me couler dans le précieux moule des grandes valeurs universelles auxquelles
vous avez cru vous-mêmes :
- l’intégrité,
- l’honnêteté,
- la probité,
- la sobriété,
- l’humilité,
- la rigueur.
Merci pour cela.
Merci aussi d’avoir suscité en moi un
intérêt particulier pour les sujets relatifs au
développement du pays, pour les actualités
internationales, pour la chose publique en
général.
Merci encore de m’avoir appris à écouter
et aimer la musique classique.
Merci, enfin, de m’avoir encouragé
et soutenu à faire du judo, la meilleure école
d’apprentissage de la discipline et du respect
de l’autre. La société dans laquelle nous vivons
aujourd’hui a tellement besoin de se référer à ces
valeurs.
Tes études de droit t’ont ouvert la voie
vers une prestigieuse carrière dans
la magistrature. Tu y as grimpé les échelons
de l’échelle jusqu’au plus haut sommet
de la hiérarchie, sans jamais égratigner
les valeurs universelles qui sont devenues
tes marques de fabrique.
Pendant de très longues années passées, d’abord à Toamasina, ensuite au Palais de Justice à Anosy,
tu as été une magistrate exemplaire, une implacable « garde des sots » - S.O.T.S - qui poursuivait ceux qui,
par leurs actes répréhensibles, troublaient l’ordre social, économique et public, mais sans jamais te départir
d’un regard humaniste et bienveillant. J’ai eu l’occasion de te suivre en Province où tu avais présidé des cours
criminelles. J’y ai touché du doigt - grâce aux interminables mais passionnantes joutes oratoires qui
opposaient les magistrats du Parquet à l’armada d’avocats de la défense des prévenus - les problèmes soulevés
par les conséquences des erreurs judiciaires, magistralement décortiquées dans le célèbre ouvrage éponyme
de René Floriot.
Et tu es devenue ministre de la Justice, Garde des Sceaux - S.C.E.A.U.X - ceux de la République
aujourd’hui gravement malade. Tu t’es appliquée à la servir jusqu’au bout.
Ma question a toujours été de savoir ce que tu es allée faire dans cette arène. Il me souvient même
avoir pris le risque de t’exprimer ma profonde réprobation. Mais j’ai fini par comprendre - et admettre -
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ce que tu as voulu faire : aller voir de l’intérieur ce qui n’était plus acceptable, et apporter ta contribution à
l’amélioration de ce qui pouvait l’être… À entendre les avis et commentaires de ceux et celles qui t’ont
accompagnée dans cette noble croisade, tu as parfaitement assumé la responsabilité qu’on t’a assignée.
Quand tu m’as dit un jour : « mon petit frère, j’ai vécu les plus belles années de ma vie aux commandes
de ce Ministère de la Justice ! », le message est parfaitement passé.
« Va, tant pis si je pleure,
Tant pis si se meurent
Mes rêves dorés… » nous chantait Alain Barrière.
Que ton âme repose en paix avec le profond sentiment du devoir accompli !
Roger
Puyloubier, le 11 septembre 2024
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PRÉFACE
L’ouvrage collectif de Roger Rabetafika et Alain Rasendra
que j’ai le privilège de préfacer avec joie est une
véritable invitation à connaître et apprendre ce qui est
malgache.
S’il est un lien commun à tous les contributeurs,
c’est la passion pour Madagascar et les Malgaches.
La richesse et l’intérêt de ce traité sont l’application
à la lettre de la « Chatham House Rule ». Le respect
du fihavanana transparaît dans les contributions :
libération de la pensée et de la parole pour évoquer
le drame de ce Pays.
Ressasser les malheurs et les causes contribueraient à la consolidation du mal. Depuis 1972,
l’expérience de cette libération du verbe a été vécue. Mais force a été de constater l’aggravation
de la situation générale au milieu d’une politique du verbe fleuri. Le recueil des études, articles
et autres est précieux, non seulement à titre informatif mais également à titre pédagogique
lorsqu’on resitue ces documents sur le long terme. En un mot, le mal a été le fruit d’une
démarche épistémologique globale : un manque de dialectique avec un enfermement dans une
morale d’intention. Il me semble prématuré à l’heure actuelle de faire la part des responsabilités
politiques respectives pour le choix du refus du discernement, l’échec étant toujours orphelin.
Un rêve ou une rêverie que cette révolution de 1972 ?
La deuxième partie est un passage à la morale de responsabilité, un véritable traité de finances
publiques à l’usage de tout lecteur désireux de réaliser des affaires à Madagascar. La fiscalité
et la protection des investissements retiennent à juste titre l’attention de Roger Rabetafika,
orfèvre en finances publiques. Cette discipline a été un véritable cauchemar pour les étudiants
des facultés de droit, non pas en raison de l’aridité de la matière mais à cause de
l’incompréhension des enjeux politiques de cette matière. La trace du Professeur Loïc Philip,
le Maître des finances publiques malgaches, y a laissé ses empreintes en rappelant que la santé
politique et démocratique d’un régime se mesure à l’aune de la légalité financière ! Un défi à
bon entendeur… Les études techniques qui y fourmillent sont, sauf erreur de ma part,
excellentes et utiles car compréhensibles et directement utilisables. L’accent mis sur la gravité
de l’insuffisance de véritables ressources publiques ramène au problème fondamental toujours
d’actualité : Madagascar cimetière de beaux projets !
Malédiction résultant de l’action des politiciens ? Providentialisme surnaturel ou scientifique ?
Usure ou indifférence ? À l’analyse, les maux qui gangrènent ont pour cause des actes
potestatifs. L’indifférence est un choix délibéré dicté par l’adhésion à une conception
individualiste de la rédemption ! tandis que les mauvaises options sont les conséquences
de mauvais choix ou de calculs liés à l’impéritie ou au manque d’intelligence.
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Roger Rabetafika, messager de l’espérance, souligne l’existence d’une nouvelle génération
animée par l’engagement marqué par la triple audace : penser, parler et agir, seules voies du
salut.
Aussi ai-je la joie de vous inviter à réserver le meilleur accueil à cet ouvrage qui vous amènera
à connaître, comprendre et aimer Madagascar et les Malgaches. Une véritable aventure
intellectuelle, humaine et sociale.
Puisse l'ouverture de l'esprit à l'intelligence véritable : le discernement et l'engagement
des citoyens et amis allumer le feu vert de la libération des esprits et la solidarité pour vaincre
le sentiment d’impuissance et d’isolement.
Antananarivo, vendredi 13 septembre 2024
Raymond Ranjeva
Président d’Honneur de l’Académie malgache
Ancien Juge et vice-Président de la Cour
internationale de Justice
Ancien Recteur de l’Université d’Antananarivo
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PROLOGUE
Ouvrage conçu et réalisé par Alain RASENDRA, Roger RABETAFIKA et Fabien RABETAFIKA.
Reproduction, même partielle, et vente interdites.
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I. « Les bonnes feuilles » de deux redoutables analystes
sur la période péri et post élection présidentielle
de novembre-décembre 2023
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Février 2024
Derrière le mégalomane, l’apprenti dictateur ?
mardi 28 novembre 2023 | Ndimby A., Patrick A.
Même si elle manque d’élégance et de moralité, la stratégie du clan Rajoelina s’est avérée efficace. L’alliance
de fait mise en place pour assurer sa réélection a joué efficacement son rôle, tant au niveau politique (l’Union
pour Andry Rajoelina autour du parti TGV), institutions électorales (CENI, HCC), forces de répression, sans
oublier les différents rouages de l’administration. Si la victoire au premier tour est claire dans les
circonstances extrêmement discutables et discutées de la présidentielle biaisée de 2023, le niveau
de participation déclaré par la CENI (46,36%) continuera à être considéré par beaucoup comme artificiel.
L’hypothèse de manipulations pour le gonfler afin de limiter l’humiliation d’une abstention record
et afficher qu’Andry Rajoelina aurait obtenu plus de voix qu’en 2018 n’est pas impossible, même si
la mégalomanie du candidat à la réélection s’est abstenue des taux victorieux des dictatures africaines
d’autrefois, entre 90% et 100%.
Car c’est bien de mégalomanie dont il s’agit. Andry Rajoelina a un ego hypertrophié qui ne supporte pas
d’être surpassé, et personne n’a été capable de baliser ses lubies. Il voulait pouvoir dire qu’il était capable
de remporter une victoire au premier tour comme Marc Ravalomanana en 2006. Il voulait pouvoir dire qu’il
a un 6ème dan en art martial comme Siteny. Il voulait pouvoir dire qu’il a laissé son empreinte dans l’enceinte
sacrée du Rova d’Antananarivo comme les monarques d’antan, malgré son absence totale de légitimité pour
ce faire. À chaque fois, les Malgaches ont laissé faire, et les gardiens du Temple, chacun dans leurs domaines,
ont été impuissants.
Andry Rajoelina a toujours trouvé les alliances nécessaires pour réaliser ses dérives. Un Hanshi 10ème dan
pour le grade de karaté ; des andriana félons pour le Colisée ; des officiers pour intimider et réprimer
l’opposition ; des institutions et des fonctionnaires pour le premier tour dia vita ; un général obéissant et
brutal pour protéger les intérêts au pouvoir pendant la Transition ; une Académie militaire pour ériger
un musée au culte de la personnalité, etc.
Il n’y a eu qu’un seul point sur lequel les citoyens ont réussi à faire échouer le rouleau compresseur des envies
fantasques depuis 2019 : le projet Tanamasoandro à Ambohitrimanjaka. Mais pour le reste, depuis le coup
d’État de 2009 jusqu’à la nationalité française du candidat à la présidentielle malgache, en passant par
l’initiative du téléphérique, tout le monde a fini par se coucher devant Rajoelina et son éminence bleue :
par peur, par lassitude, ou par vénalité. Ce mouvement du Collectif des candidats finira aussi par s’éteindre
pour les mêmes raisons. L’argent n’a pas d’odeur, mais il a la voix des sirènes.
Rajoelina a choisi le forcing d’une victoire électorale au premier tour malgré le déficit flagrant de légitimité
de la méthode, aggravé par un prévisible taux d’abstention record, en escomptant sans doute que
son expérience post-coup d’État de 2009 lui permettrait ensuite de mater les résistances, y compris celles
de la communauté internationale. Il y a cependant un changement majeur avec cette élection : la communauté
internationale semble commencer à abandonner ses habituels posture et langage diplomatiques. L’absence
des ambassadeurs invités par la CENI lors de la proclamation des résultats officieux est un message.
Le contenu du communiqué de l’OIF en est un autre. Toutefois, comme l’a souligné le bureau
de Transparency-International à Madagascar, le jeu de la communauté internationale reste ambigu. Avec
la victoire d’un candidat français qui a prêté allégeance à la France, on imagine déjà quelle grande puissance
pourrait être tentée de pousser à la roue afin de faire avaler la pilule.
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Risques d’arrogance
Depuis quelques temps, le clan Rajoelina accumule les dérapages sans scrupules. Il est à prévoir que le train
de la mégalomanie et de l’arrogance grossira après cette victoire au premier tour, et les dérives dictatoriales
viendront dans ses wagons. En effet, faute de pouvoir convaincre par la force des arguments, Rajoelina devra
s’habituer à imposer sa volonté par l’argument de la force. Les derniers mois ont pu montrer qu’il avait
le soutien inconditionnel des forces de répression et du système judiciaire, qui ont renié leur éthique derrière
le paravent de vagues motifs juridiques.
S’il a y une leçon que l’Histoire a laissée à Madagascar, c’est que les deuxièmes mandats sont propices
à l’exacerbation au sein du pouvoir exécutif d’un sentiment de toute-puissance et d’un orgueil souvent mal
placé. De Tsiranana à Ravalomanana, il en est résulté une montée des tentations prévaricatrices
et une dégradation sensible de la gouvernance entre les premiers et les deuxièmes mandats.
On est donc en droit de s’attendre à la répétition de ce scénario, alors que l’arrestation de lanceurs d’alerte
ou de leaders syndicaux constitue un exemple des pratiques déjà devenues fréquentes pour faire taire
les empêcheurs de gouverner de travers.
Mais, s’il y a une autre leçon que l’Histoire a laissée à Madagascar et ailleurs, c’est que la violence pour
s’accrocher au pouvoir a une date de péremption. Par conséquent, on peut se demander jusqu’à quelle limite
ce système basé sur la force pourra-t-il tenir ?
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Victoire sans gloire, mais avec péril
vendredi 1er décembre 2023 | Ndimby A., Patrick A.
Aujourd’hui, les yeux seront braqués vers la Haute cour constitutionnelle (HCC), qui va proclamer
les résultats officiels de la présidentielle 2023. Toutefois, le suspense n’est pas au rendez-vous : il est facIle
et guère risqué d’affirmer qu’il n’y aura aucune surprise. À peu de choses près, la HCC devrait donc se placer
dans la tendance des résultats officieux donnés il y a quelques jours par la Commission électorale nationale
indépendante (CENI). Depuis des années, la HCC a habitué les citoyens à envoyer valser les litiges électoraux
à coups de « azo raisina fa tsy mitombona » (requête recevable mais infondée), protégée par le caractère
« tsy azo ivalozana » (inattaquable) de ses décisions. L’on peut donc d’ores et déjà prévoir deux choses.
Premièrement, la HCC va proclamer la réélection au premier tour du président sortant Andry Rajoelina.
Deuxièmement, elle va annoncer un taux de participation probablement survitaminé pour se rapprocher
de celui de 2018, et ce afin de limiter l’humiliation d’une élection n’ayant pas soulevé d’enthousiasme
chez les électeurs, et donc en manque flagrant de légitimité. Il faut toutefois souligner que même le taux
de participation de 2018 (48%) était déjà assez minable. Celui de 2023 va donc battre le record de minabilité,
en sus de celui du manque de crédibilité.
Le Collectif des candidats, qui est revenu à 11 membres après le retour du frère prodigue Siteny
Randrianasoloniaiko, a pourtant fait mercredi un résumé solide et étayé des faits sur lesquels la HCC
mériterait de se pencher sérieusement. Malheureusement, les choses sont ainsi faites à Madagascar :
les efforts des observateurs électoraux sérieux et des candidats pour présenter des requêtes ne sont que du
temps perdu, car en matière électorale ou pénale, le pouvoir judiciaire est toujours soucieux de ne pas froisser
l’Exécutif. La communauté internationale s’empressera ensuite de reconnaître les résultats de l’élection, après
quelques froncements de sourcils émis pour la forme. À travers l’EMMONAT, les forces de répression ont
déjà averti qu’elles se mettront au service de celui dont l’élection sera proclamée. Jusqu’à preuve du contraire,
on doute que ce soit un autre qu’Andry Rajoelina. Par conséquent, les couleurs sont connues d’avance,
et le solelakisme a de beaux jours en perspective. Force est d’ailleurs de constater que les officiers
de gendarmerie qui font les carrières les plus fulgurantes sont ceux de la Circonscription d’Antananarivo
qui s’illustrent par le zèle dans la répression des manifestations. L’on s’attend d’ores et déjà à ce que la route
de certains colonels obéissants et sans états d’âme ou scrupules soit bientôt étoilée, sur les traces de leur
illustre grand ancien, Richard Ravalomanana, docIle et efficace au service des intérêts d’Andry Rajoelina
dans ses fonctions actuelles de chef d’État intérimaire.
Madagascar s’achemine donc vers ce qui sera le pire contexte post-électoral que le pays ait connu depuis
1972. Dès le stade pré-électoral, le pouvoir a multiplié les actes arbitraires, les tracasseries et les intimidations
pour limiter le potentiel des rivaux du candidat d’État. Le scrutin a été par la suite boycotté par les trois-
quarts des candidats, les récriminations de la société civiloe se sont multipliées, le communiqué de
l’Organisation internationale de la Francophonie a révélé une lucidité et surtout un parler vrai très rares chez
les organisations internationales, et l’opposition fait bloc et se prépare à rejeter les résultats. On attend
maintenant les déclarations de l’Union européenne, de l’Union africaine et de la SADC sur cette élection
aux forceps, qui aura vu Rajoelina peu avare de manœuvres douteuses pour assurer sa réélection.
Au-delà de l’insuffisance des moyens de la CENI qui n’a obtenu que le tiers du budget nécessaire, il y a une
chose qui a vraiment manqué à la présidentielle 2023 : la volonté sincère du pouvoir en place à organiser
une élection libre, équitable et transparente. Le système politique en général et les institutions en particulier
ont été incapables de servir de balises. À partir de là, il était impossible d’avoir des résultats qui s’imposent
à tous. L’on ne saura jamais si Rajoelina aurait été capable de gagner à la loyale. Mais peut-on attendre
d’un ancien auteur de coup d’État qu’il agisse à la loyale, dans le respect des règles et valeurs
démocratiques ?
Reste maintenant à savoir comment les déçus vont réagir à des résultats officiels qui feront fi des requêtes
qu’ils ont exprimées. Il est à craindre que le pays s’achemine vers un nouveau dialogue de sourds, entre d’une
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part, un pouvoir arrogant et impopulaire qui espère stabiliser son déficit de légitimité par la force, et d’autre
part, une opposition qui sera tentée de changer de registre après s’être jusqu’ici évertuée à essayer de jouer
le jeu démocratique : candidature à une élection, demandes d’autorisations de manifestation, requêtes
déposées auprès des institutions idoines etc. Les opposants pourront par la suite dire qu’au moins ils auront
essayé de respecter les règles. Mais jusqu’à quand ?
Les observateurs qui veulent encore croire qu’il puisse exister une voie de sortie politique autre qu’un stérile
statu quo n’ont guère d’éléments allant dans leur sens à mettre en avant. Une très hypothétique ouverture
politique serait dans les conditions actuelles perçue comme un vulgaire marchandage entre coquins, conclu
dans le dos de l’opinion publique. Quant aux recommandations pour donner plus de crédibilité, donc plus de
sens, aux élections à Madagascar, elles continuent de prendre la poussière, et il faudrait une énorme volonté
politique pour les mettre en œuvre avant les prochaines élections législatives. Pour le pouvoir actuel, ce serait
avouer que la réélection d’Andry Rajoelina s’est passée dans des conditions très perfectibles ; donc cela
ne se fera très certainement pas.
Nous risquons donc, pendant les prochains mois, de continuer à voir le centre de la Capitale occupé par
d’imposants regroupements de forces dites de l’ordre, mais qui ne feront que dissimuler un profond désordre.
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Dernière chance pour un mandat enfin digne
samedi 16 décembre 2023 | Ndimby A., Patrick A.
Le citoyen français Andry Rajoelina va aujourd’hui être pour la troisième fois investi chef d’État de
Madagascar. La première investiture avait suivi le coup d’État de 2009. Après une mise à l’écart pendant
cinq ans, il fut ensuite démocratiquement élu en 2018, puis dernièrement réélu dans un scrutin qu’il serait
impossible de qualifier de démocratique, car ni libre ni équitable. Pour faire passer la pilule de son coup
d’État de 2009, Andry Rajoelina avait affirmé vouloir rétablir la démocratie, mettre fin à la dictature, et placer
Madagascar sur les rails du développement et de la bonne gouvernance. Sur tous ces points, le bilan jusqu’ici
est de l’ordre du tragi-comique. Le mandat qui sera inauguré aujourd’hui sera donc celui de la dernière chance
pour redorer son blason.
La lucidité voudrait que l’expérience des premiers passages au pouvoir préfigure ce que sera le nouveau.
La confiance à placer dans les valeurs démocratiques, morales, éthiques et patriotiques d’un homme ayant
dans le passé commis un coup d’État par la force, et ne s’étant pas embarrassé de scrupules pour bétonner
sa réélection actuelle, ne peut être que très limitée. La Transition 2009-2013, puis le mandat 2019-2023,
regorgent d’exemples flagrants de violations des règles constitutionnelles, d’actes de corruption,
de mensonges éhontés, de décisions irrationnelles et de déclarations intempestives qui autorisent
un questionnement sur la volonté et la capacité du personnage à assumer dans la dignité les fonctions de chef
d’État.
L’échec d’Andry Rajoelina à endosser le costume d’un chef d’État digne est le résultat d’au moins trois
facteurs interdépendants : un passé dans les métiers de la communication qui a exacerbé un goût pour
le spectaculaire et le superficiel, une tendance à la mégalomanie personnelle et son choix de s’entourer
de courtisans qui lui disent ce qu’il veut et non ce qu’il doit entendre. Les longues queues depuis cette nuit
pour assister à la cérémonie d’investiture de ce matin s’expliquent au moins autant par les appâts, comme
une tombola, que par une véritable affection pour la vedette du jour. Peu importe le vin pourvu qu’on ait
l’ivresse du stade rempli.
Dans certaines de ses interviews de promotion de son dernier livre, le Président Obama avait avoué que toute
personne qui cherche le pouvoir est mue par l’ego, mais qu’une fois celui-ci obtenu, la nécessité d’agir pour
le bien du pays prenait le dessus. Le poids prépondérant de l’ego dans la conquête du pouvoir est évident
chez Andry Rajoelina. Il lui reste cependant une possibilité d’assurer la deuxième partie du constat
du Président Obama pour chercher à démontrer qu’il est capable d’agir véritablement pour le bien du pays,
au-delà des maquettes, des effets d’annonce et des slogans creux, et laisser une trace honorable dans
la mémoire collective.
En principe, ce sera son dernier mandat, du moins si les règles constitutionnelles sont suivies, ce qui pourrait
lui laisser un horizon dégagé pour penser à l’héritage qu’il laissera sur le long terme au lieu d’être obnubilé
par le besoin de se faire réélire. Toutefois l’expérience montre aussi qu’en Afrique, les limites du nombre
de mandats ne résistent guère à un désir effréné de pouvoir, surtout lorsque l’on peut compter sur la loyauté
d’une Justice et d’une Administration accommodantes et la servilité de forces de l’ordre. Un changement
de Constitution pour s’adapter aux volontés et aux intérêts du dirigeant n’est pas une pratique rare, y compris
à Madagascar. Il faudra donc attendre avec curiosité et une pointe d’amusement si Andry Rajoelina résistera
ou non à cette tentation.
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Confiance à bâtir
Apaisement politique et démocratie, bonne gouvernance et développement : tels sont donc les grands
chantiers qui attendent Andry Rajoelina et sur lesquels la tenue de ses engagements de 2009 et 2018 reste
entièrement à faire. Un exemple parmi d’innombrables possibles : l’avant-dernière place (124ème sur 125
pays) occupée par Madagascar dans le rapport sur l’indice mondial de la faim 2023 est une incongruité dans
un pays dirigé par quelqu’un pourtant très fier de son titre de « champion » de la lutte contre la malnutrition.
En transversal, il devra s’attacher à restaurer la confiance envers l’État et l’État de Droit, et rétablir sa
légitimité mise à mal par une réélection dans des conditions déplorables. Il lui reste à démontrer que tout ceci
figure dans ses priorités, car jusqu’à preuve du contraire, au vu de l’arrogance et du mépris des Lois
des derniers mois, ce sont plutôt les dérives dictatoriales qui sont à prévoir.
La preuve la plus tangible d’un éventuel changement d’attitude serait un assainissement en profondeur de son
entourage. D’ailleurs, la réélection de 2023 démontre la puissance et la détermination des groupes d’intérêts
politico-financiers derrière lui. L’on attendra donc aussi avec curiosité et une pointe d’amusement si Andry
Rajoelina aura le courage et les moyens de prendre ses distances.
Après une élection biaisée, ignorée par la majorité du corps électoral (donc sans grande légitimité), et dont
le caractère inéquitable a été protégé par le préfet de police de la capitale et ses forces de répression, Andry
Rajoelina est mal élu, mais élu quand même. Cela n’a pas empêché les résultats d’être validés par la Justice
et adoubés par la communauté internationale. Ceux qui ne sont pas contents ont le droit de se taire. Au pays
du mora mora, après les trano mora, les tsena mora, les vary mora, Antanimora n’est jamais très loin pour
les récalcitrants.
16
Que fait-on du fait accompli ?
samedi 6 janvier | Ndimby A., Patrick A.
Le retour de Christian Ntsay à la Primature n’est qu’un épisode supplémentaire de la tragicomédie que
le pays subit depuis quelques mois. Il est quand même étrange qu’il ait été proposé à ce poste par les mêmes
parlementaires qui avaient majoritairement déposé une motion de censure contre lui il y a un an, et à laquelle
il n’avait échappé de justesse que grâce à la protection présidentielle. Cela est-il une occasion de s’interroger
sur le Président, sur le Premier ministre, sur les députés, ou sur le système ?
Qu’on le veuille ou non, la réélection d’Andry Rajoelina pour un nouveau mandat est un fait accompli,
et pour le moment, l’opposition est groggy. Au petit jeu malsain de la politique à la malgache, Andry
Rajoelina a démontré qu’il était meilleur stratège que ses concurrents et qu’il était déterminé. Si l’absence de
scrupules pour conquérir le pouvoir ou s’y maintenir est un trait commun à tous les politiciens malgaches,
Andry Rajoelina avait un atout que les autres n’avaient pas : l’accès aux prérogatives de la force publique.
Ses partisans n’ont pas lésiné sur les moyens pour rogner les aIles de la concurrence à coups d’actes
arbitraires. L’opposition a donc été acculée dans les cordes, et n’a pas été en mesure de trouver les parades
nécessaires pour faire face. Elle a accumulé les erreurs de stratégie qui l’ont affaiblie tandis qu’Andry
Rajoelina caracolait sans péril vers une victoire sans gloire.
Une des raisons de la déroute de l’opposition est l’absence de lucidité dans la lecture des dynamiques
politiques, et donc dans la forme et le fond de leurs revendications. Demander à la HCC de rejeter
la candidature d’Andry Rajoelina du fait de sa nationalité était un combat perdu d’avance, quelle que soit sa
légitimité. Idem pour la demande d’annulation du premier tour et d’organisation d’une nouvelle élection.
Il ne s’agit pas ici de philosophie et d’idéologie, mais d’analyse de rapports de force en vue de déterminer ce
qui est faisable, et non ce qu’il est souhaitable. Baser une opposition sur la base de tels moulins à vent
ne pouvait que mener vers des désillusions.
Il faut cependant reconnaître que le Collectif des candidats a essayé de mener le combat, mais la population
n’a pas suivi. L’opposition n’a jamais réussi à obtenir la masse critique suffisante, ni en quantité
ni en témérité, pour transformer les manifestations en locomotives vers un basculement. La brutalité des
forces de répression au service des autorités en place a évidemment joué son rôle dans l’intimidation
des leaders de l’opposition et des citoyens. Il serait toutefois stupide de penser que la désaffection
de la population envers l’opposition signifie un soutien au pouvoir. Le taux d’abstention souligne clairement
le mépris des trois-quarts des électeurs inscrits envers les offres politiques présentes le 16 novembre 2023.
On est toutefois en droit de se demander si le grand appétit bien connu des politiciens malgaches n’a pas été
une porte d’entrée pour “motiver” certains membres du Collectif des candidats à courber l’échine. Pour
certains prédestinés à être zéro virgule, il y a peut-être eu la conviction que s’il fallait finir par se taire, autant
que ce soit la bouche pleine. On attendra avec curiosité les premières nominations du nouveau mandat, pour
voir si le chant des sirènes a encouragé la transhumance d’opposants défroqués vers l’Union pour Andry
Rajoelina.
Quelques nominations motivées par des calculs uniquement politiciens ne suffiraient pas à changer la donne
: un pays profondément divisé, dominé par une nomenklatura absolument pas motivée à bâtir au sein de
la société malagasy le dialogue et la confiance nécessaires pour casser une stagnation économique et sociale
qui perdure depuis des décennies.
17
Pour le moment, le clan Rajoelina se comporte donc en pays conquis, et plus rien ne s’oppose à ce que
le phénomène de respect aléatoire des règles et balises ne s’amplifie. Le clan présidentiel est passé maître
dans la gestion par maquettes et poudre aux yeux. La répression se fait toujours au nom d’une application
des dispositions de la Loi, mais politiquement orientée et ciblant uniquement les contestataires de tous bords.
Toutefois, ces derniers jours, dans les cas du scandale du riz à Majunga et de la tentative de vol de terrain
dans l’Avaradrano, il y a un peu d’agitation anti-corruption pour faire croire que le pouvoir change
sérieusement de braquet. Toutefois, la population a l’habitude des maquettes et des actions tape-à-l’œil
en forme d’échantillons, juste pour une éphémère médiatisation. Autre innovation annoncée par le chef de
l’État lors de la présentation du Premier ministre : les futurs membres du gouvernement passeront des tests
pour s’assurer de leur intégrité et de leur compétence. Cela doit être un comble d’avoir à être évalué
dans ces domaines par un ancien auteur de coup d’État dont la place désastreuse de Madagascar dans
les classements internationaux souligne la non-performance, malgré les tentatives d’utiliser le Covid-19,
la guerre en Ukraine et les cyclones comme alibi. Phénomènes d’ailleurs subis par de nombreux pays.
Toutefois, aujourd’hui le juridisme est l’argument préféré des partisans du régime : c’est la HCC dûment
constituée qui a sorti les résultats de l’élection. Ceux-ci doivent donc être reconnus et acceptés à cause
de ce caractère légal. Quant à la légitimité et la Justice, c’est une autre histoire. La réélection reste donc pour
le moment un fait accompli qui s’impose à tous, bon gré ou mal gré. En attendant.
18
Pourquoi vouloir devenir ministre ?
samedi 13 janvier | Ndimby A., Patrick A.
Comme d’habitude, le folklore qui prévaut avant l’annonce d’un nouveau gouvernement bat son plein : appel
à déposer les CV, campagnes de communication pour se rendre visible, supputations médiatiques sur qui
mérite de rester et qui devrait partir etc. L’appel aux CV est devenu une habitude locale tout en demeurant
toujours aussi ridicule : si l’on n’a pas été en mesure d’acquérir l’envergure pour être repéré par les chasseurs
de tête, on devrait réfléchir à deux fois avant d’avoir la prétention de vouloir occuper un fauteuil ministériel.
Il est vrai toutefois que depuis 2009, la compétence, l’intégrité et le patriotisme ne sont plus des conditions
sine qua non, tandis que la capacité à créer des éclats médiatiques l’est devenue. Il suffit de regarder la liste
de personnes qui ont occupé de hauts emplois de l’État ces dernières années.
Au-delà de ces considérations, il serait intéressant de se demander pourquoi certaines personnes se bousculent
au portillon pour se faire appeler Monsieur le ou Madame la ministre. Bien entendu, tous diront que c’est par
patriotisme, afin d’apporter sa contribution pour redresser Madagascar. Argument qui ne pèse que quand on
croit aux foutaises, du moins pour la plupart. Bonbons sucettes, écrans plats, paniers garnis, intervention
« motivée » d’un ministre de la justice dans un dossier pénal : quelques mots-clés qui subsistent du passé
sans qu’aucune sanction n’ait été prise.
Les ambitions politiques, de manière générale, sont d’abord et avant tout motivées par l’ego. L’envie d’être
« quelqu’un », d’avoir du pouvoir, de se faire cirer les pompes, d’avoir des gardes de corps, de bénéficier
des avantages de la fonction, et de pouvoir montrer au fokontany, au fiangonana, au fianakaviana qu’on a
réussi. À ceci s’ajoute la possibilité d’accès à des sources d’enrichissement sans cause sur ou sous la table.
Les exemples concrets de personnes ayant fait fructifier de manière curieuse et flagrante leur patrimoine
immobilier et automobile après un passage au gouvernement doit en inspirer beaucoup. On ne parlera même
pas du droit de cuissage que s’octroient certains.
Un regard lucide nous amène également à poser les conditions paradoxales dans lesquelles les fonctions
ministérielles s’exercent à Madagascar. D’un côté, comme dans tous les pays du monde, il est demandé aux
ministres d’avoir des résultats. De l’autre côté, les ressources sont faibles, car l’essentiel du budget est destiné
au paiement des salaires. Il suffit de voir tous les impayés de l’État qui causent des revendications et
des grèves récurrentes. Ceux qui veulent des résultats doivent donc chercher à « bricoler », avec les méthodes
et les risques que cela suppose.
De plus, l’espace disponible pour opérer des réformes et laisser une marque dans l’Histoire à travers
ses propres initiatives s’est considérablement rétréci. L’exercice du pouvoir est devenu complètement vertical
; toutes les décisions importantes, et même celles qui ne semblent pas l’être, sont prises au château. Dans un
tel contexte, il est bien difficile pour les ministres, et même pour le premier d’entre eux, de promouvoir
des idées ambitieuses.
Néanmoins, les places semblent bonnes : cela fait bien des années qu’aucun ministre n’a émis la moindre
divergence d’opinion sur la conduite des affaires, ou démissionné par conviction personnelle. Les ministres
sont soit limogés, soit démissionnés, tout en n’étant pas remerciés au sens le plus courant du terme, forcés
d’assumer jusqu’au bout leur rôle de fusible.
Sinon, en matière de changement gouvernemental sous d’autres cieux, la France vient de se doter
d’un ministre délégué chargé du Renouveau démocratique. Dommage que quand le président français de la
République de Madagascar s’empresse de singer les pratiques de sa patrie, il ne s’intéresse qu’aux
infrastructures et spectacles du Puy du Fou.
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Beaucoup de recyclages pas vraiment écolos
mardi 16 janvier | Ndimby A., Patrick A.
Il faut reconnaître que sur le papier, le gouvernement Ntsay qui a été présenté dimanche semble a priori avoir
fière allure : de nombreux technocrates, plusieurs titulaires d’un doctorat, des majors de promotion dans leurs
disciplines, des jeunes au parcours séduisant. On constate qu’il y a deux viviers qui montent en puissance :
l’Université catholique de Madagascar et le clan des réputés proches de l’homme d’affaires Mamy
Ravatomanga. La seule question qui se pose est la marge de manœuvre de ces technocrates, avec un pouvoir
présidentiel hyper-puissant et centralisateur, qui fait que même le Premier ministre est réduit au rang
de marionnette. À cet égard, alors que des ministères comportent les mêmes attributions dans leurs intitulés,
l’institution de secrétariats d’État auprès de la Présidence en charge de l’économie, du commerce,
de l’artisanat ou de la jeunesse pourrait être considérée comme défiant la raison, si elle n’était avant tout
révélatrice. Il est vrai qu’après une campagne électorale, il faut multiplier les parts de gâteau à partager pour
limiter le nombre de frustrés.
Équipe a priori séduisante donc, mais a priori seulement. En effet, une fois que l’on gratte sous le vernis
de la nouveauté, on s’aperçoit qu’il y a quand même une forte proportion de vieilles planches pour essayer
de construire un nouveau meuble. Plus de la moitié du Gouvernement est composée de revenants. Parmi eux,
la nomination du bien connecté Naina Andriantsitohaina suscite des interrogations : incapable de gérer
correctement la Capitale en tant que Maire, il a été catapulté ministre de la Décentralisation et
de l’Aménagement du territoire. Ce n’est pas vraiment qu’il ait été pire que ses prédécesseurs : le problème
est justement qu’il n’ait pas été meilleur. Et ce, malgré ses rodomontades et la propagande électorale qui
disait que les problèmes seraient résolus une fois que la Capitale aurait un édIle de la Capitale aux mêmes
couleurs politiques que le régime central. Un maire n’ayant pas convaincu dans l’aménagement d’une seule
ville peut-il être un ministre de l’Aménagement performant pour tout un pays ?
Aux côtés de Naina Andriantsitohaina, le retour de plusieurs personnalités au profil largement plus politique
que technique, et au bilan discutable, conforte l’impression de plat réchauffé. Le jeu de chaises musicales
entre Augustin Andriamananoro et Lalatiana Rakotondrazafy prête à sourire de par les âpres négociations
qu’on devine en coulisses. Par ailleurs, le maintien à leurs postes d’Edgard Razafindravahy et de Rindra
Hasimbelo Rabarinirinarison confirme le poids de certains lobbys économiques. Quant à l’ancien
Commandant de la Gendarmerie nationale, le général Rakotondrazaka, il a été récompensé de son efficacité
dans la répression des manifestations de l’opposition avant le premier tour de la présidentielle. On se demande
toutefois avec amusement ce qu’il en est advenu de ceux qui se sont mis au plus offrant pour rejoindre l’Upar
: était-ce un coup pour rien, ou le meilleur est-il encore à venir ?
Comme dirait l’autre, dia niandry teo i Paoly, fa tsy izy no nandrasana.
Pour tenter de convaincre de sa bonne volonté, Andry Rajoelina a souligné les innovations apportées
au processus de désignation des ministres : tests, exposés, grand oral, tests psychométriques. L’idée de base
aurait été de vérifier leur compétence, leur maîtrise du domaine, et leur intégrité. Cela part d’un bon
sentiment, même si on ne peut qu’être perplexe en pensant que le premier qui aurait probablement échoué à
ce processus est le chef de l’État lui-même si on avait appliqué à son encontre ces méthodes méritocratiques.
Heureusement pour lui que le niveau d’instruction de la majorité des électeurs la rend sensible au werawera.
En parlant justement de werawera, la présentation des membres du gouvernement a aussi donné lieu à une
folklorique prestation de serment. Les serments, c’est comme les promesses et les velirano : cela n’engage
que ceux qui y croient.
21
Cette nouvelle équipe serait-elle la dream team qui pourra redresser Madagascar ? Jusqu’à preuve
du contraire, force est d’en douter. La folie, disait Einstein, est de répéter la même chose et de s’attendre à
un résultat différent. Dans la mesure où rien ne change dans le contexte, avec le même chef d’État, le même
Premier ministre, le même environnement, les mêmes réseaux occultes et influents aux bras tentaculaires
comme une pieuvre (en italien, camorra), le tout aggravé par l’arrogance que va générer une victoire
au premier tour, même obtenue par des bricolages anti-démocratiques. Si ces paramètres restent les mêmes,
la lucidité appelle à s’abstenir de fantasmer, jusqu’à preuve du contraire. Car si la beauté d’une équipe sur
papier en faisait automatiquement une machine à gagner, il y a longtemps que le PSG aurait été champion
d’Europe.
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II. 60 longues années de vie sociopolitique postcoloniale
à Madagascar : l’innommable désastre
23
LE GIGANTESQUE GÂCHIS DES 50 PREMIÈRES ANNÉES D’INDÉPENDANCE
(Publié initialement en janvier 2010)
*************
Ile-continent de 587 000 kms2 située à 400 km des côtes orientales africaines et à 10 000 km de la
France, Madagascar célébrera dans six mois le cinquantième anniversaire de son indépendance. Ses quelque
19 millions d’habitants, dont au moins 70 % vivent, d’après les spécialistes, en-dessous du seuil de pauvreté,
auront-ils la tête et le cœur à se réjouir de cet important événement ? Rien n’est moins sûr. Leur seule et
véritable préoccupation, aujourd’hui, se focalise sur la recherche de la pitance quotidienne dans un monde
totalement absurde où la surconsommation et l’opulence la plus criante du plus petit nombre cohabitent avec
la famine et l’indigence la plus dégradante du plus grand nombre. La Grande Ile fait partie des pays les plus
pauvres du monde et ne doit, désormais, sa survie qu’à l’afflux des aides internationales et au développement
d’une économie parallèle informelle où le népotisme, le copinage, l’affairisme, la vénalité et la corruption
rongent, comme un gigantesque cancer, tous les rouages de la vie politique, économique, financière, sociale
et culturelle du pays.
Comment et pourquoi cette ile, qui fut pourtant l’un des plus beaux fleurons de l’Afrique francophone au
lendemain de la décolonisation de 1960, en est-elle arrivée là ?
« Il serait hasardeux d’expliquer le déclin de ce pays, qui regorge pourtant de ressources naturelles
agricoles et minières abondantes et variées, par de simples théories économiques qui mettent en
avant, par exemple, son éloignement géographique par rapport aux grands centres d’intérêt
commerciaux et financiers mondiaux, son climat capricieux qui ravage régulièrement ses régions
côtières, son manque d’ouverture et d’intégration commerciale et financière, notamment vis-à-vis
des grands pôles commerciaux africains régionaux (COMESA, SADC) 1, ou encore la faiblesse des
efforts financiers qu’il peut déployer pour assurer la promotion de ses ressources humaines. Ces
facteurs doivent, naturellement, être pris en compte, mais une analyse poussée de leurs prétendus
impacts sur la situation conduit très rapidement à démontrer qu’il s’agit, en réalité, d’évidentes
contre-vérités. En tout état de cause, ils ne peuvent pas, à eux seuls, expliquer l’important retard
pris par la Grande Ile en termes, notamment, d’infrastructure, de technologie ou encore de
développement humain. »
Successivement Protectorat (1895), Colonie (1896) et République membre de l’Union française (1958-
1960), avant de recouvrer son indépendance le 26 juin 1960, la Grande Ile s’est fait remarquer, pendant les
douze premières années de son indépendance, par sa légendaire stabilité politique. Cette première période
postcoloniale présidée par Philibert Tsiranana, fut particulièrement marquée par l’omniprésence et
l’omnipotence des conseillers techniques étrangers - français dans leur quasi-totalité - qui étaient aux
1 Les pays membres de la COMESA et de la SADC sont : l’Angola, le Burundi, les Comores, la République Démocratique du
Congo, Djibouti, l’Égypte, l’Érythrée, l’Éthiopie, le Kenya, la Libye, Madagascar, le Malawi, l’Ile Maurice, les Seychelles, le
Swaziland, le Soudan, l’Ouganda, la Zambie, le Zimbabwe, le Botswana, le Lesotho, le Mozambique, la Tanzanie, la Namibie
et l’Afrique du Sud. Un gigantesque marché de plus de 350 millions de consommateurs potentiels.
2 FOURMANN E., « Madagascar après la crise, perspectives économiques 2003-2004 », Rapport de la Direction de la stratégie -
Département des politiques générales - Division des études macroéconomiques au siège de l’Agence Française de
Développement, janvier 2003.
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commandes des principaux leviers de la machine administrative, économique et financière du pays.
Madagascar connut néanmoins une certaine forme de progrès : sa population mangeait à sa faim et « l’Ile
heureuse », comme on se complaisait alors à l’appeler, était exportatrice de riz, l’aliment de base du
Malgache qui en consommerait 140 kgs par an.
En réalité, dès le milieu des années soixante, les Malgaches ont commencé à manifester leurs
mécontentements vis-à-vis du pouvoir en place. A leur manière, ils dénoncèrent, d’une part la totale
domination de l’économie de leur pays par les étrangers, d’autre part la mainmise du Parti Social-Démocrate
(PSD), parti politique gouvernemental, sur l’ensemble de l’appareil politico-administratif et de production de
l’ile.
Il faut noter, en effet, que les étrangers contrôlaient 80 % de l’économie moderne du pays et détenaient 90%
des capitaux qui y étaient investis. Sur les dizaines de milliards de FMG que drainaient annuellement
les entreprises étrangères, 36 à 40 % étaient régulièrement transférés hors de la Grande Ile. Enfin, une
comparaison des revenus annuels des différents éléments de la population faisait apparaître des différences
considérables entre, d’une part les citadins et les ruraux autochtones, d’autre part les étrangers, les disparités
étant allées de 1 à 25. Quant au PSD, un auteur avait affirmé qu’il était parvenu à une telle puissance qu’une
véritable symbiose s’était faite entre lui, le Régime et l’État, et qu’on ne pouvait même plus dire que
l’Administration intervenait en sa faveur parce que cette dernière, justement, est devenue un des principaux
rouages de ce parti, avec toutes les dérives que cette situation devait immanquablement engendrer.
La première crise politique éclata ainsi en 1971 lorsque la Gendarmerie Nationale tenta d’écraser
la révolte des éleveurs du Sud-Ouest qui refusaient de payer leurs impôts. Une grève générale, déclenchée
un an plus tard, par des lycéens et des universitaires sur la quasi-totalité du pays amplifia le mouvement.
La nuit du 12 mai 1972, quelque 400 grévistes réunis à l’Université d’Antananarivo furent alors arrêtés et
déportés au bagne de Nosy-Lava.
Cette erreur tactique et politique majeure signa l’arrêt de mort du Régime en place et propulsa au pouvoir,
en qualité de chef du Gouvernement, le Général Gabriel Ramanantsoa. La Grande Ile connut alors une
nouvelle période politique relativement courte (1972-1975) mais très complexe, émaillée d’affrontements
divers entre différentes forces civiles, militaires, politiques et même ethniques. Le point d’orgue en fut
la disparition tragique - qui reste à élucider - du Colonel Richard Ratsimandrava, le malheureux successeur
du Général Ramanantsoa, assassiné le 11 février 1975 après seulement six jours d’exercice du pouvoir. Mais,
paradoxalement, le pays se stabilisa de nouveau après l’avènement, le 1er janvier 1976, de la République
démocratique de Madagascar (RDM).
Ministre des Affaires étrangères du Général Ramanantsoa, négociateur des nouveaux Accords de coopération
avec la France et promoteur de l’ouverture de Madagascar vers les pays de l’Est, Didier Ratsiraka accéda à
la magistrature suprême du pays par la voix directe du peuple, après avoir fait adopter par la même
consultation populaire une nouvelle Constitution et sa « Charte de la Révolution socialiste malgache »,
une sorte de profession de foi dans laquelle il manifesta sa volonté, par ailleurs tout à fait légitime,
de se démarquer de l’influence française. Il mit en place, par le biais de la révolution socialiste tous azimuts,
de nouvelles structures étatiques plus adaptées, de son point de vue, à l’objectif d’indépendance plus réelle
de son pays vis-à-vis de l’extérieur.
Dès la fin de l’année 1976, l’étatisation de l’économie de la Grande Ile s’est ainsi traduite par le contrôle
à 61 % par l’État socialiste malgache de la machine économique, dont 100 % pour les assurances et
les banques, l’eau et l’électricité, 78 % pour les exportations, 70 % pour le commerce intérieur, 60 % pour
les importations, 35 % pour l’industrie et 14 % pour les transports maritimes.
L’histoire est-elle un éternel recommencement ? La question reste posée car, pour la seconde fois, elle vit
25
l’émergence, l’organisation et le développement au sein d’un nouveau parti politique, l’Avant-Garde de
la Révolution socialiste malgache (AREMA), d’une nouvelle bourgeoisie d’affaires nationale au pouvoir
tentaculaire, gravitant autour de Didier Ratsiraka et infiltrée dans tous les rouages de la vie politique,
économique, sociale et culturelle du pays : les Forces armées, les banques, les assurances, la Justice,
les sociétés d’État, les grandes compagnies privées et, bien entendu, l’Administration.
Cette nouvelle intrusion de la politique partisane dans la gestion des affaires publiques, couplée avec
un climat de morosité de l’économie mondiale, constitua le ferment d’une nouvelle et très importante crise
économique, financière et sociale, tous les indicateurs macro-économiques du pays ayant alors viré au rouge.
En 1985, appelés au chevet d’un État malgache au bord de la cessation de paiement, le FMI et la Banque
mondiale apportèrent leurs remèdes-miracles, avec les conditionnalités draconiennes d’usage dans leur
célèbre Programme d’Ajustement Structurel (PAS) : libéralisation du commerce, privatisation ou dissolution
des sociétés d’État, levée du monopole d’État sur les activités bancaires, dévaluation du franc malgache,
assainissement progressif des finances publiques et arrêt des recrutements dans la Fonction Publique,
allègement des charges fiscales pesant sur les entreprises, encouragement du développement du secteur
informel de l’économie, etc.
Quatre ans plus tard, Didier Ratsiraka revint cependant à la magistrature suprême du pays, après des élections
censées avoir été démocratiques, organisées à la suite de l’échec retentissant de la présidence d’Albert Zafy
(1991-1996) qui a fait l’objet d’une procédure constitutionnelle d’empêchement par les membres les plus
influents de son propre camp. Mais les événements dramatiques consécutifs à l’élection présidentielle
de la fin de l’année 2001 3. le chassèrent encore une fois du pouvoir. En juin 2002, il fut contraint
de se réfugier de nouveau en France et vit toujours dans les quartiers chics de la capitale française.
Totalement inconnu du grand public avant son arrivée à la tête de la Mairie d’Antananarivo dont il assura
la gestion avec une redoutable efficacité, Marc Ravalomanana étonna tout le monde lorsqu’il se présenta aux
élections présidentielles de décembre 2001. Déclaré vainqueur après le premier tour qui a généré moult
rebondissements, il déchaîna toutes les passions, tant sur le territoire national qu’à l’extérieur, le fulgurant
développement des NTIC ayant permis à la diaspora, via Internet, de prendre une part importante, et sans
doute même déterminante, aux débats qui se sont livrés sur le sujet. Il y eut, bien entendu, l’admiration
3 Le bras de fer auquel se sont livrés les deux candidats à l’élection présidentielle du 16 décembre 2001, Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana,
qui a vu la victoire de ce dernier, a failli plonger le pays dans une effroyable guerre civiloe aux conséquences incalculables.
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débordante de ses supporters, mais aussi la suspicion, la rancœur, l’esprit de vengeance et la haine viscérale
de ses détracteurs.
Mais la situation économique, financière et sociale que le régime de Didier Ratsiraka lui a laissée
en héritage était la plus dramatique que la Grande Ile ait jamais connue depuis son indépendance. Didier
Ratsiraka, bien entendu, n’en était pas le seul responsable. Toute sa cour était également et totalement
impliquée dans ce terrible échec, plus particulièrement tous ces technocrates hyper-doués (Polytechnique,
Centrale, Mines, ISA, IEP, IAE, EDHEC, MBA, etc.) qui, par amitié et fidélité sans doute, ont mis leur
science, leur savoir et leur savoir-faire au service de leur chef suprême. Pendant les 25 années de règne sans
partage du Président de la RDM, ils n’ont su ni contenir ni neutraliser les manœuvres les plus abjectes
des affairistes de tous bords et des opportunistes sans foi ni loi qui ont procédé au pillage systématique et
au dépeçage scientifique de toutes les richesses du pays, ravalant ainsi ce dernier aux premiers rangs des pays
les plus pauvres du monde.
Marc Ravalomanana s’était engagé à changer cette situation incompréhensible et intolérable. Il a essayé de
s’en donner les moyens, mais il n’y eut ni miracles ni « développement rapide et durable », pour reprendre
une expression qu’il semblait affectionner. Il s’est pourtant attaqué, avec conviction et résolution, aux sujets
les plus urgents : le développement des infrastructures routières, l’amélioration de la protection sanitaire et
sociale, le renforcement du système éducatif, mais aussi la bataille contre la corruption, pour inverser le cours
de l’histoire et soulager la grande majorité des Malgaches de son insoutenable pauvreté.
À l’instar de ses prédécesseurs, il n’a malheureusement pas su maîtriser à temps les manœuvres insidieuses
de son entourage. Le nouveau parti politique Tiako i Madagasikara (TIM) qu’il a créé et fait développer,
notamment, est devenu une véritable machine de guerre, non seulement ultra dominante au sein des deux
chambres du Parlement, mais encore et surtout infiltrée dans les rouages du pouvoir politique, administratif,
financier et de production du pays. Tout naturellement, il a fini par verser dans les errements, les dérapages
et les dérives totalitaires du PSD et de l’AREMA en leur temps, signant de facto l’arrêt de mort du Régime.
Il est cependant important, par fidélité à l’Histoire, de mentionner que, très objectivement, Marc
Ravalomanana était encore le seul homme politique malgache, depuis l'indépendance de l’ile, à avoir eu une
vraie vision du développement de son pays et à tenter de se donner les moyens de faire avancer les choses.
En quelques années, il a réussi ce que personne d'autre n'a fait, ne serait-ce que pour les infrastructures
routières ou le développement de l'agrobusiness. La cécité politique dont il a fait preuve reste
incompréhensible, car les signes avant-coureurs de son déclin étaient là, bien visibles, notamment lorsque le
TIM perdit la mairie de la capitale aux élections municipales du 12 décembre 2007, au profit d’un jeune et
riche chef d’entreprise, Andry Rajoelina, self made man comme lui.
4 La population malgache comprend 18 ethnies. L’Histoire a toujours enseigné que les Merina, minoritaires, originaires des Hauts Plateaux,
auraient eu la mainmise sur l’essentiel de l’appareil politico-administratif et de production du pays. On avait ainsi l’habitude de les opposer aux
17 autres ethnies de l’île, en appliquant la politique parfaitement rodée mais désormais éculée du régime colonial : « diviser pour régner ».
5 Il ne fut réélu qu’avec 54,79 % des voix.
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écouter davantage ses conseillers, les plus lucides et les plus honnêtes d’entre eux. Il y en a eu. Cela lui aurait
évité de commettre les trois erreurs politiques majeures qui lui furent fatales et qui ont permis à Andry
Rajoelina de lui ravir sa place dans les conditions dramatiques qui sont rappelées dans les lignes
qui suivent.
Plagiat de la révolution orange ukrainienne de 2004, la révolution orange malgache de décembre 2008,
est la résultante de trois évènements politiquement sensibles qui ont définitivement scellé le sort de l’avenir
politique du dernier Président de la République élu de la Grande Ile, réfugié aujourd’hui en Afrique du Sud :
- d’abord, la fermeture de la télévision Viva TV, propriété d’Andry Rajoelina, accusée
d’avoir diffusé une récente interview de Didier Ratsiraka sur la situation politique
du pays, cette fermeture ayant été citée comme un exemple parmi d’autres d’une nième
atteinte des pouvoirs publics en place à la liberté d’expression ;
- ensuite, la révélation de la négociation d’un important contrat entre l’État malgache et
la société sud-coréenne Daewoo Logistics, relatif à un projet de location de terres pour
la culture de maïs et de palmiers à huile : une véritable hérésie d’après ses détracteurs,
quand on sait l’attachement viscéral du Malgache à la terre de ses ancêtres ;
- enfin, l’achat par Marc Ravalomanana, d’un nouvel avion présidentiel dont le coût -
60 millions de dollars - aurait plus ou moins correspondu au montant des aides
internationales qui devaient être versées aux Pouvoirs Publics malgaches pour
des actions, non pas d’apparat, comme on a pu le lui reprocher, mais de développement.
En moins de trois mois, ce mouvement prétendument populaire, alimenté et animé en fait par une foule
tananarivienne disparate, déçue de la mauvaise gouvernance de Marc Ravalomanana, a conduit Andry
Rajoelina (entre-temps démis de ses fonctions de maire de la capitale) et sa troupe à prendre le pouvoir par
la force, avec l’aide d’une petite (mais puissamment outillée) fraction de l’armée.
Le bilan de ce coup d’État, condamné par l’ensemble de la Communauté internationale, fut très lourd :
au moins une centaine de morts, des arrestations arbitraires, un appareil de production - plus particulièrement
du Groupe Tiko - pillé et vandalisé, des incitations à la violence, des mutineries, une atteinte invraisemblable
à l’intégrité de diplomates étrangers et, enfin, des accusations - totalement infondées - de tentatives d’attentats
à la bombe contre les adversaires les plus actifs de cette prise de pouvoir illégal.
Une grave crise institutionnelle s’en est suivie, à laquelle se sont mêlés, de surcroît, les anciens Présidents
de la République, Didier Ratsiraka, Albert Zafy et, naturellement, Marc Ravalomanana, chacun d’eux
s’obstinant à vouloir reprendre une part active, au plus haut niveau de l’État (du moins de ce qu’il en reste),
à la gestion des affaires nationales et internationales du pays, par le biais de leurs mouvances politiques
respectives.
Plus d’un an après le début de cette crise, aucune solution sérieuse ne semble pourtant se profiler à l’horizon,
en dépit des interventions maintes fois répétées et des menaces de sanctions lourdes - notamment financières
- de plus en plus précises, brandies par la Communauté internationale (Union africaine, SADC, Union
Européenne, États Unis), laquelle n’a de cesse de prôner le rétablissement de l’ordre constitutionnel,
la mise en place d’institutions transitoires dites « consensuelles et inclusives » et le retour de la démocratie.
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Les dernières actualités politiques malgaches apportent chaque jour leurs lots de mauvaises surprises.
L’exemple dramatique et le plus injuste est l’exclusion de Madagascar du bénéfice de l’AGOA (African
Growth and Opportunity Act, un système de préférence douanière qui permet à certains pays africains de
pénétrer plus facilement le marché américain), avec en perspective la destruction de quelque 180 000
emplois directs et indirects liée à la fermeture probable d’au moins une vingtaine d’usines textiles des zones
franches touchées par cette mesure à très large connotation politique. C’est également le cas du processus
de paix, initié et mis en place au forceps par la Communauté internationale, qui a volé en éclats après
la récente décision unilatérale d’Andry Rajoelina de s’en retirer.
Il devient ainsi de plus en plus illusoire de croire et d’espérer que tous les politiciens impliqués dans
ce désastre finiront un jour par revenir à la raison et à s'accorder sur un règlement fraternel, consensuel et
définitif de leurs querelles ignominieuses. A cause de leur entêtement, de leurs atermoiements, de leurs
tergiversations et de leur mauvaise foi manifeste, le Malgache de la rue continue, lentement mais sûrement,
sa descente vers les bas-fonds de l'indigence la plus absolue. Malgré sa patience légendaire, il ne serait pas
surprenant qu’il participe, demain, à des actes de désespoir total : une émeute de la faim, par exemple.
Aussi, la tentation est-elle grande, aujourd’hui, de s’en remettre à l’intermédiation de l’armée, avec un grand
« A », celle qui aurait encore le sens de l’honneur, de la parole donnée, de la discipline (c’est son métier !)
et de « l’intérêt supérieur de la Nation », cette notion trop de fois galvaudée au cours de cette crise
interminable et honteuse. Cette armée aurait pour principale mission de rétablir l’ordre, en mettant
en veilleuse la politique et, surtout, en écartant de la direction actuelle des affaires nationales tous
les protagonistes de ce désordre institutionnel inacceptable. Elle organiserait ensuite, le plus rapidement
possible, de nouvelles élections, pour départager par les urnes tous les prétendants à des fonctions publiques,
présidentielles en premier lieu. Ces consultations seraient organisées sous la surveillance étroite
d’observateurs internationaux, pour garantir l’égalité des chances des candidats et, surtout, la liberté de
choix de chaque citoyen.
La seule et lancinante question est de savoir si la Grande Muette qui, elle aussi, subit actuellement
de plein fouet les affres de l’indiscipline de certains de ses éléments, est réellement en mesure de se donner
les moyens de la réalisation de cette noble mission, pour que triomphent enfin dans ce merveilleux pays, non
pas les hommes ni les mouvances politiques, mais les nouveaux projets de société et les programmes
de développement viables et réalisables qui lui ont tant manqué au cours de ces dernières décennies.
Ce sera sans doute le prix fort à payer pour le retour d’une vraie paix sociale, durable et profitable au plus
grand nombre. Et c’est tout le mal qu’on puisse souhaiter à la Grande Ile à la veille de la célébration
du cinquantenaire de son indépendance, en attendant l’arrivée prochaine d’un nouveau Président de
la République qui aurait à la fois « la naïve droiture » d’Albert Zafy dans la conduite des affaires nationales,
« la belle prestance » de Didier Ratsiraka, du temps de sa splendeur, au niveau international, « l’instinctive
habileté » de Marc Ravalomanana dans les activités économiques et, enfin (soyons fous), « l’insolent
jusqu'au-boutisme » d’Andry Rajoelina, le tout dans le seul, unique et exclusif « intérêt supérieur
de la Nation » 6.
Roger RABETAFIKA
Institut Supérieur d’Études Comptables
Faculté de Droit et de Science Politique
Université Paul Cézanne d’Aix-Marseille III
6 Merci à Lily R. d’avoir insufflé une petite note d’espoir dans l’implacable noirceur de ce bilan.
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Courrier des lecteurs LEXPRESSMADA 28/11/2011
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L’expérience ainsi menée a voulu être originale à double titre :
- d’abord, dans son esprit : passer du jour au lendemain d’un libéralisme modéré
moribond au socialisme révolutionnaire pur et dur, et revenir, seize ans plus tard,
à une forme d’ultra libéralisme à la malgache ;
- ensuite et surtout, dans sa réalisation : ce sont les plus hauts responsables
de l’État socialiste malgache, et vous en premier, avec votre équipe de technocrates
hyperdoués (Polytechnique, Centrale, Mines, ISA, IEP, IAE, EDHEC, MBA, etc.) qui,
après la retentissante faillite de la Révolution socialiste tous azimuts, ont engagé leurs
responsabilités et leur crédibilité dans la mise en œuvre de cette politique
de libéralisation et de privatisation de l’économie du pays. Vous étiez donc
« condamnés » à réussir et, en cas d’insuccès, très logiquement, à vous démettre.
Vous démettre car, après l’échec cuisant des deux politiques économiques
diamétralement opposées que vous avez servies aux Malgaches, vous ne pouvez plus,
décemment, leur proposer de vous renouveler leur confiance pour votre « nouvelle
République humaniste et écologique » …Et ils vous l’ont fait bien comprendre !
La réalité est là, cruelle, incompréhensible, inadmissible : Madagascar fait désormais
partie des premiers pays les plus pauvres du monde ! Les images insupportables
« d’un peuple désemparé, démoralisé, démobilisé, dont la seule préoccupation est
la recherche de la pitance quotidienne » ; celles, tout aussi inacceptables, « d’un
monde absurde où la surconsommation côtoie la famine, où la richesse côtoie la misère
la plus dégradante » (cf. J. Rajaonah- Ratsimisetra « Affronter la crise », Lettre
mensuelle de Jureco n° 52, 04/91 p. 10) sont, la plupart du temps, les seules
illustrations que les journalistes occidentaux aient pu montrer, ces dernières années,
de ce pays qui fut pourtant l’un des plus beaux fleurons de l’Afrique, au lendemain de
la décolonisation.
La Grande Ile ne doit aujourd’hui sa survie qu’à l’afflux des aides internationales et
au développement d’une économie parallèle où le népotisme, le copinage, l’affairisme,
la vénalité et la corruption rongent, comme un gigantesque cancer, tous les rouages
de la vie politique, économique, financière, sociale et culturelle du pays.
Vous livrez, depuis plus de trois mois, une lutte sans merci contre un homme qui a
gagné les élections présidentielles du 16 décembre 2001 dès le premier tour (une
réalité chiffrée, vérifiable à tout moment, que vous refusez toujours d’accepter). Il vous
dérange, semble-t-il, à cause de ses origines (paysanne et merina), des succès qu’il a
enregistrés dans la gestion de ses affaires privées (agroalimentaire) et publiques
(Mairie d’Antananarivo), enfin, de la foi inébranlable qui l’anime. Vous l’avez traité
de « petit laitier », de « roi du yaourt », d’adepte d’une secte comparable à celle
du tristement célèbre Temple solaire, et de « nazi ».
Dans tous les discours que vous prononcez dans les campagnes de propagande
que vous menez à travers l’ile, vous (et vos suppôts) suscitez la haine tribale, espérant
vous maintenir au pouvoir en poussant clairement les Malgaches à s’entretuer.
Dans les Provinces autonomes que vous avez si habilement créées (comme si,
à l’époque, vous craigniez déjà les mouvements d’humeur des habitants de la capitale :
traumatisme de 1991 oblige !), vos partisans, sur votre initiative ou avec votre
assentiment, n’arrêtent pas de mener des manœuvres d’intimidation et de subversion
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contre tous ceux qui osent manifester la moindre sympathie pour votre adversaire.
Ils s’engagent même aujourd’hui dans de très graves opérations de sabotage,
totalement irresponsables, destinées - semble-t-il - à asphyxier la Capitale.
Si vous êtes désormais comptable devant la Nation toute entière de la plus grave
débâcle économique, financière, sociale et culturelle que Madagascar ait jamais
connue, d’aucuns vous accusent aussi d’être impliqué dans la plupart des événements
dramatiques que les Malgaches ont vécus depuis votre accession au pouvoir :
les accidents - jamais élucidés - d’avions et d’hélicoptères où nous avons perdu
de grands hommes d’État, les tueries du 10 août 1991, de janvier, février, mars et avril
2002, tous justiciables de la Haute Cour de Justice sur le plan interne et du Tribunal
Pénal International au niveau du concert des Nations.
Auriez-vous la conscience tranquille et pourriez-vous encore vous regarder en face
si vous deviez être en plus le premier Chef d’État malgache responsable de l’explosion
d’une guerre civile dans votre pays ?
En toute objectivité, il me semble que les Malgaches (à propos desquels vous aviez dit,
il y a quelques années, qu’ils « n’étaient pas à la hauteur de vos ambitions ») vous ont
signifié, sans la moindre ambiguïté, leur volonté de tourner une page importante
de leur histoire.
Puisque vous et votre équipe de technocrates hyperdoués êtes dans l’incapacité
de sortir ce pays de sa pauvreté, et l’immense majorité de sa population de la misère
noire dans laquelle vous l’avez sciemment enfermée depuis 1975, ayez la sagesse et
le courage de vous retirer pendant qu’il en est encore temps. L’art d’être champion,
disait un célèbre écrivain, c’est aussi savoir perdre avec grâce.
Et, dans un esprit sain d’alternance au pouvoir (c’est cela aussi la démocratie !), laissez
au « petit laitier » et aux hommes et femmes de bonne volonté qui l’accompagnent
le soin de mener à bien cette gigantesque et indispensable bataille du développement.
Sa réussite fulgurante à la tête, d’une part de sa célèbre société Tiko, d’autre part
de la Communauté urbaine d’Antananarivo, est sans doute de bon augure.
Vous avez encore les moyens de sortir par la grande porte. Pour une fois, dans votre
(trop) longue carrière politique, soyez bon joueur et souhaitez-lui « Bonne Chance ».
Roger RABETAFIKA
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Une révolution rend-elle un peuple plus heureux ?
30 août 2011 tags:
Madagascar, Ndimby A.
par Ndimby A.
Si l'objectif d'une révolution est de pouvoir mettre sa photo géante dans un Palais d'État, alors
elle est bien cher payée.
« La vision de la démocratie qui est actuellement soutenue par les organismes internationaux
est une vision considérée comme occidentale, et fondée sur les libertés civiloes et politiques.
Sa diffusion a été favorisée à la fin de la Guerre froide au détriment de la vision véhiculée par
le bloc socialiste, qui était fondée sur la satisfaction des besoins élémentaires (logement,
nourriture, emploi etc.) ». J’ai extrait ces lignes (avec le consentement de l’auteur)
d’un mémoire universitaire qui m’avait été donné à lire pour correction et commentaires.
Il y a un texte intéressant qui circule sur Facebook actuellement, publié par Bana Congo Na
Italie, et qui résume la vie en Libye avant la crise actuelle : « l’électricité et l’eau à usage
domestique gratuite ; le prix d’un litre d’essence à 0,08 EUROS ; des prêts sans intérêts pour
les citoyens ; pas d’impôts à payer, ni de TVA ; la Libye était le pays le moins endetté du monde
(dette publique de 3,3% du PIB contre 84,5% en France, 88,9% aux États-Unis, 225,8% Japon)
; pour chaque étudiant voulant faire ses études à l’étranger, le « gouvernement » attribue une
bourse de 1 627,11 Euros par mois ; lorsqu’un couple se marie, l’État paye le premier
appartement ou maison ; chaque famille libyenne, sur présentation du livret de famille, reçoit
une aide de 300 EUROS par mois » etc. Au vu de ces points, je suppose que beaucoup
de Malgaches auraient voulu être Libyens, quand même pour beaucoup moins que ça,
beaucoup de femmes de la Grande ile semblent vouloir devenir libanaises.
Mais voilà, les Libyens n’avaient donc pas la démocratie. Question : un peuple a-t-il plus besoin
de vivre à l’aise, ou du droit de vote ? J’aimerai poser la question à un Libyen, à un Iraquien,
à un Singapourien, et de manière générale à ces pays dont la population a un bon niveau de vie,
sans nécessairement être considérés libres. J’ai déjà eu l’occasion d’écrire dans ces colonnes
combien j’avais trouvé choquante la réaction de cet officiel américain, à qui on reprochait
le désastre socio-économique dans lequel leur intervention avait plongé l’Iraq, et qui avait
répondu avec arrogance : « oui, mais maintenant, ils ont la démocratie ». Entre les lignes,
ils n’ont plus d’emploi, rien à manger, pas d’électricité, pas de sécurité, mais Dieu merci,
ils ont la démocratie. Diantre, il vaut mieux entendre cela que d’être sourd.
Ceci étant dit, il faut faire une distinction entre la période avant la révolution libyenne de 2011,
et celle d’après, car il était tout à fait normal que la communauté internationale chasse par
la force le fou chevelu qui massacrait son peuple. Mais avant que ces massacres ne se fassent,
excepté le droit de vote et le fait de voir le Mouammar chaque jour à la télévision, le peuple
de Lybie vivait-il aussi mal que ça ? Et par extension, la question se pose pour tous ceux
qui se sont embarqués dans l’aventure hasardeuse de révolutions soi-disant démocratiques :
les Tunisiens, les Égyptiens et les Malgaches vivent-ils mieux et plus en sécurité qu’avant ?
Il faut toutefois souligner que les révolutions au Maghreb n’ont rien à avoir avec la Révolution
orange à Madagascar : au Maghreb, c’étaient des révolutions spontanées de la classe moyenne
et d’une population éduquée, d’où le rôle d’internet et de Facebook. À Madagascar,
c’est la plèbe qui a été manipulée par des politiciens, pour se venger de la fermeture d’une radio
et de deux panneaux Trivision. Mais la question reste la même : en matière de sécurité,
d’emploi, de pouvoir d’achat, de perspectives économiques ou démocratiques, le Malgache
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de 2008 ne se portait-t-il pas mieux que celui de 2011 ? Et pour aller plus loin, malgré tout ce
dont on accusait Ravalomanana, au moins il mangeait du beurre et du yaourt à prix abordable,
et non de l’huIle non raffinée et allergogène comme celle dont les importateurs véreux inondent
le marché actuellement. De quoi se dire la fameuse phrase : tout ça pour ça ?
La démonstration par le Qatar
Il est vrai que la liste des pays classés « non libres » par Freedom House contient plus de pays
du Tiers-Monde que de pays développés, et que la liste des pays classés libres contient plus de
pays développés que de pays du Tiers-Monde. Cela laisse donc à penser a priori que
la démocratie et le développement vont de pair, même s’il y a les habituelles exceptions qui
confirment la règle comme le Mali (pauvre, mais classé libre), ou le Qatar (1er PIB/habitant au
monde selon le FMI, développement humain très élevé selon le PNUD, mais classé « non libre).
Toutefois, j’avais déjà eu l’occasion d’émettre un doute sur les liens automatiques entre
démocratie et développement, et l’article Le développement a-t-il besoin de démocratie ?
concluait ainsi : « La performance économique n’a donc pas besoin de démocratie. Toutefois,
si on considérait le niveau du PIB sans tenir compte de son taux de croissance, on s’aperçoit
que les pays classés libres sont ceux qui ont le niveau de vie le plus élevé. La qualité et
la durabilité du développement humain profitent donc de la démocratie. En conclusion,
le développement n’a pas besoin de démocratie pour naître et exister, mais pour se prolonger
dans la temps et la qualité, elle devient utile ».
Il y a de multiples définitions de la démocratie, qui vont des plus simplettes aux plus complexes.
La meilleure à nos yeux est celle de Raymond Aron : la démocratie, c’est « l’organisation
de la concurrence pacifique en vue de l’exercice du pouvoir ». Celle du philosophe cité par
Amartya Sen est également intéressante : la démocratie est « l’exercice de la raison publique ».
Mais pour que la raison publique s’exerce, il faut des gens raisonnables, au sens complet
du mot (doués de Raison).
La démocratie telle qu’on l’entend maintenant, va bien au-delà de simples élections, mais il faut
déjà que ces élections soient libres, transparentes, fiables, et que leurs résultats s’imposent à
tous. En France, aux États-Unis ou même au Cap-Vert, ni Ségolène Royal, ni Al Gore, ni Carlos
Veiga n’ont rameuté la foule pour « protéger leur choix ». Il semble donc que le traficotage
des élections et son corollaire qui est la contestation de leurs résultats soit une spécialité
africaine : Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana en 2002 ; Alassane Ouattara et Laurent
Gbagbo en 2011 (entre autres). Et ce, à l’exception du cas capverdien : le candidat du parti
présidentiel y avait perdu les élections de 2001 par 12 voix d’écart, et avait eu la classe
de s’incliner sans chercher à plonger son pays dans une crise ; tandis qu’Antonio Monteiro,
le Président sortant (et qui ne se représentait pas), a laissé faire la démocratie sans abuser
de sa position pour imposer passer son poulain. Andry Rajoelina et Moussa Dadis Camara ont
même fait plus fort : aucune nécessité d’avoir des élections pour arriver au pouvoir.
Encore une fois, rappelons les six critères établis par le Programme des Nations unies pour
le développement dans son rapport sur le Développement humain de 2002. Chacun pourra
les utiliser pour évaluer la situation actuelle de Madagascar, et se demander si la Révolution
Orange a apporté ces éléments :
• un système de représentation, avec des partis politiques et des groupes de défense
d’intérêts qui soient opérationnels ;
• un système d’équilibre reposant sur la séparation des pouvoirs, avec une branche
judiciaire et une branche législative indépendantes ;
• un système électoral garantissant des élections libres et non entachées d’irrégularités,
ainsi que le suffrage universel ;
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• une société civile active, à même de contrôler les actions du gouvernement et des
entreprises privées, et de proposer des modes différents de participation politique ;
• des médias libres et indépendants ;
• un contrôle effectif des civils sur l’armée et les autres forces de sécurité.
Le challenge des deux lièvres
Ce point de vue universaliste (Nations unies obligent !) fait toutefois la part belle à la vision
occidentale, qui privilégie les libertés civiles et publiques. Il faut cependant replacer les choses
dans leur contexte. La démocratisation des pays occidentaux est venue à un moment où
les résultats de la révolution industrielle avaient permis une amélioration du niveau de vie
de la population en Europe. Cela pose donc une problématique : quel genre de démocratie peut-
on installer avec les taux d’alphabétisation et de pauvreté qui existent à Madagascar ?
Car au-delà du simple mur de lamentations, l’éducation a un impact sur la pratique
de la démocratie. Un peuple éduqué est un peuple éclairé, et un peuple éclairé ne va pas faire
de rassemblement pour demander un changement de régime, même s’il peut manifester pour
un changement de politique (protester contre une loi, contre une situation etc.). Un peuple
éduqué est un peuple qui donne la priorité au travail, et non pas à être oisif pendant des semaines
sur la Place du 13 mai ou au Magros. Mais à l’inverse, un peuple éclairé produit des dirigeants
éclairés, qui ne feront pas de grossières atteintes aux principes de gouvernance, qui respecteront
la Constitution en vigueur, et qui ne feront pas de promesses d’ivrogne payées en monnaie
de singe.
Vouloir donc que Madagascar pratique la démocratie à l’image des États-Unis, de la France ou
de l’Allemagne semble donc être un rêve illusoire, car ce serait un peu comme si on cherchait
à ce que les Barea jouent comme le Real de Madrid, alors que les joueurs n’ont pas les mêmes
ressources, les mêmes conditions d’entraînement, ni la même culture. La démocratie ne se
décrète pas, et pour qu’elle s’installe, il faut du temps. Les modèles occidentaux de démocratie
ont eu un long parcours, qui est passé par des pratiques honteuses (l’esclavagisme,
la colonisation), des épreuves (les Guerres mondiales), mais également un processus de progrès
qui s’est traduit par une amélioration constante de leur développement durable : longévité (donc
bonne santé), éducation et revenus.
Bien entendu, on ne va pas demander un moratoire de plusieurs siècles pour arriver à un niveau
de développement et de démocratie comme dans les pays de référence, mais il faut également
se dire que la pauvreté n’est pas un prétexte pour continuer à se comporter en sauvage. Au lieu
d’avoir des modèles comme Dadis Camara, Idi Amin dada et les autres, pourquoi ne ferions-
nous pas le choix de modèles plus glorieux tels que le Mali ou le Cap Vert ? Et au lieu de courir
les deux lièvres de la démocratie et de la performance économique, ne serait-il pas
plus intelligent de privilégier pendant un certain temps les efforts de développement ?
« Le développement n’a pas besoin de démocratie » écrivions-nous plus haut, mais
la démocratie a besoin de développement. Sans être zanak’i dada, force est de constater
que Madagascar a finalement tiré plus de profit du « dictateur » Ravalomanana que
du « démocrate » Rajoelina.
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La dictature éclairée …
Sur l’excellent article de Ndimby Andrianavalona « Une révolution rend-elle un peuple plus
heureux ? (fijerywordpress du 30 août 2011), j’ai eu les réflexions suivantes, dans la continuité
de ce qui est dit plus haut :
Si Ndimby a affirmé sans ambages que Madagascar a finalement tiré plus de profit
du « dictateur » Ravalomanana que du « démocrate » Rajoelina, Sevane lui a rétorqué que
les attentes du peuple sont toujours d’abord matérielles avant d’être politiques et qu’il faut
que la gestion d’un dictateur, aussi « éclairé » soit-il, ait pour principal objectif le bien-être
de la majorité et qu’il n’y ait pas de confusion entre les affaires publiques et privées.
Cette notion de « dictature éclairée » me taraude l’esprit depuis un moment. Tout cela, car il
faut rappeler que les événements de mai 72 avec les fameux slogans de Manandafy
Rakotonirina, Président du MFM de l’époque : « Fanjakan’ny madinika » et « Fitovian-tsaranga
», ont profondément affecté la mentalité des Malgaches. Et les commentaires que j’ai faits
du poème plein de fraîcheur « RAHA … » de Antso ci-dessous n’étaient pas une suggestion
lancée en l’air.
Je crains, en effet, qu’au fil du temps et avec les crises politiques successives que nous avons
subies depuis 1972, beaucoup de nos belles valeurs sociales de référence aient disparu de
l’horizon à court terme de la population : de la politesse élémentaire jusqu’au savoir-vivre
ancestral, le fihavanana en particulier. Il n’y a qu’à voir le bazar quotidien qu’il y a dans
les rues de la capitale entre les voitures et les piétons pour s’en convaincre, même si Tana, faut-
il le rappeler, n’est pas Madagascar.
À partir de ces vieux slogans totalement démagogiques et en caricaturant, on pourrait dire que
plus personne n’a le droit de donner des ordres à qui que ce soit dans ce pays car tous
les hommes sont égaux ; il n’y en a pas un seul qui puisse être « plus égal » que les autres ! Seul
l’étranger, le vazaha, peut encore intimer l’ordre de faire quelque chose. On le voit bien,
par exemple, dans la gestion de l’entreprise : le vazaha, quel que soit ses fonctions, continue
de faire peur !
L’assassinat de Ratsimandrava, sans qu’on ne soit jamais arrivé à savoir ce qui s’est réellement
passé, et donc à arrêter et punir le (s) coupable (s), n’a fait que rajouter à la dégradation de cette
situation.
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Une « dictature éclairée » pourrait-elle rattraper cette situation ? Je la crois nécessaire, voire
indispensable. La question est de savoir comment la mettre en œuvre …
De surcroît, l’adjectif « éclairée » parerait le système d’un séduisant habit de volonté de bien
faire : rétablir l’ordre, s’atteler principalement au redémarrage de l’économie et laisser ensuite
le jeu démocratique s’installer. Le risque, naturellement, c’est de voir ceux qui seront
aux commandes, vouloir s’y éterniser !
Cependant, toute notion de « dictature » soulève aussi immédiatement l’image d’une manœuvre
militaire musclée. Et à voir la débandade qu’il y a aujourd’hui dans la Grande Muette à laquelle
j’ai pourtant pensé un instant en janvier 2010 pour apporter une solution à cette crise immonde
(cf. 50 ans de vie politique…), il y a de quoi avoir réellement peur !
Si l’idée de sortir l’armée de la politique fait partie des acquis (ou de la déformation) de notre
formation à l’occidental, elle n’est peut-être pas forcément intelligible et acceptée (ou …able)
au niveau local. En effet, le problème est que cette Grande Muette, avec ses errements
et ses dérives, a appris malgré elle a faire de la politique, y a pris goût, manifestement, au fil du
temps et, surtout, a pleinement conscience de sa force de frappe, en dépit des divisions
qu’il peut y avoir en son sein. Il va donc être extrêmement difficile et délicat de lui dire que sa
place est dans les casernes.
Mais le temps de séparation de la vie civile de la vie militaire viendra forcément un jour,
idéalement au lendemain de la fin de cette « dictature éclairée » de transition que j’appelle
de mes vœux.
En attendant, il faut s’occuper très vite de l’économique, et Dieu sait que nous avons tout ce
qu’il faut pour y parvenir … et réussir, si et seulement si nous avions la volonté de le faire
vraiment, en taisant pour un long moment la politique politicienne et partisane qui a fait tant
de mal à notre pays.
En toute objectivité, je pense que Ra8 aurait pu … et dû le faire. L’erreur inadmissible qu’il a
commise et qui lui fut fatale n’était pas de croire que l’économique pouvait être la locomotive
du développement du pays, mais de vouloir tout faire lui-même en s’accaparant tous les leviers
de la machine économique et en éliminant les uns après les autres tous ceux qui pouvaient lui
faire de l’ombre. L’abus – jusqu’à la lie – d’une position dominante n’était ni acceptable
sur le principe ni tenable sur le long terme. Réputé personnage, plus d’instinct que de raison,
il aurait peut-être dû écouter davantage ses conseillers, les plus lucides et les plus honnêtes
d’entre eux. Il y en a eu. Il s’en mordra certainement les doigts jusqu’à la fin de sa vie.
Par-delà toutes ces considérations tous azimuts, il faut rappeler qu’il y a sans doute un pan entier
de notre histoire moderne qui devra être apuré d’une manière ou d’une autre pour espérer
un retour à une paix sociale véritable et durable : celui des victimes des « révolutions
successives » que nous avons subies depuis 1972 :
- procès de Tsiranana et consorts après les morts du 13 mai 1972 : aucune condamnation
qui puisse être retenue dans les pages de l’Histoire moderne de notre pays;
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- assassinat de Ratsimandrava en février 1975 : jamais élucidé, par conséquent,
les coupables directs et les commanditaires probables n’ont jamais été arrêtés ni punis ;
- carnage d’Iavoloha du mois d’août 1991, alors que l’on sait très bien qui en fut
le principal commanditaire : aucun procès, et pire encore, aucune commémoration pendant
vingt longues années. Le responsable présumé est même revenu en triomphe de son exil en
1996 pour redevenir Président de la République de 1997 à 2001 ;
- événements postélectoraux de décembre 2001à juin 2002 : Didier Ratsiraka et Pierrot
Rajaonarivelo ont écopé de peines infâmantes par contumace, mais non pour des motifs de
crime de sang perpétré contre leurs propres compatriotes. Le premier est toujours en exil à Paris
et le second est devenu ministre d’État par la magie du coup de force de Rajoelina et consorts
;
- enfin, seule exception dans cette énumération macabre : Marc Ravalomanana,
condamné à de très lourdes peines infâmantes par contumace pour avoir été, du point de vue
de la justice « hâtive », le principal et seul responsable du massacre d’Ambohitsorohitra
en février 2009.
C’est dans ce sens que je ne crois pas vraiment à son retour imminent maintes fois annoncé aux
indéfectibles et infatigables « zanak’i dada ». Il est trop grillé, d’une part par les casseroles qu’il
traîne au pied, pour les faits personnels qui pourraient lui être imputables, d’autre part et surtout,
par la campagne médiatique féroce menée contre lui par tous ceux qui ont la « trouille bleue »
de le voir réapparaître sur la scène politique.
À bien y réfléchir, quels faits réels et graves a-t-on décidé de lui mettre sur le dos ?
Politiquement parlant et essentiellement ce carnage du 07 février 2009.
Pourtant, si on veut vraiment être objectif, il faudra bien admettre que les vrais responsables -
je dirais même les seuls vrais responsables - de ce qui s’est passé ce jour-là à Antaninarenina,
sont ceux qui ont poussé la foule imbécile de la Place du 13-Mai à faire le siège de la résidence
en zone rouge. Ils le sont même doublement puisqu’ils savaient très bien ce que signifiait
l’expression « zone rouge » et, de plus, ils n’ont même pas eu le courage d’y aller
personnellement. De très mauvais généraux qui se sont cachés derrière leurs troupes !
Poursuivre Marc Ravalomanana, lui tout seul, avec toute la frénésie qu’on y a mise est
un manque de courage politique grave qui ne fait que déshonorer ceux qui en sont
les commanditaires. Et l’empêcher de rentrer alors qu’on a voulu le condamner avec la plus
grande des sévérités et la plus rapide des célérités ne fait que rajouter à ce tableau très peu
ragoûtant.
D’ailleurs, ne dit-on pas aussi que les coups de feu n’étaient pas venus que de la résidence,
des cadavres ramassés sur la chaussée en ayant, semble-t-il, apporté la preuve. Il faut donc
rechercher également la responsabilité de ce massacre du côté des manifestants eux-mêmes,
notamment parmi ceux qui avaient intérêt à ce qu’il y ait le plus de victimes possible à mettre
sur le dos des gardiens de la résidence et de leurs chefs respectifs jusqu’au plus haut niveau.
40
C’est machiavélique à souhait - et à vomir - mais c’est une hypothèse que les experts de la CPI
ne devront pas éluder, si un jour ils pouvaient mener une vraie enquête dans ce sens pour faire
la lumière sur cette tragédie.
Il faut être logique, même si en politique il paraît qu’il n’y a pas de logique. Marc Ravalomanana
a été condamné hâtivement par la justice « hâtive », principalement pour ces faits dramatiques
: pourquoi ne le laisse-t-on pas alors rentrer pour l’appréhender et le mettre en prison pour
purger sa peine ? Croyez-vous vraiment qu’un tel fait provoquerait une émeute dans tout le pays
? J’en doute énormément.
Je crains fort que les véritables peurs ne soient ailleurs, inavouables, profondes, détestables.
C’est ce qui bloque la situation jusqu’à ce jour !
41
« Madagascar, le duel » de Patrick RAJOELINA
Impressions et points de vue d'un lecteur
[Link], dimanche 21 septembre 2003
Après "Madagascar 2002 : l'éveil d'un peuple" de Dan Ymal (Edition Mapom, Sept. 2002), voici
un second ouvrage, sous forme de journal, qui traite des événements dramatiques qui ont failli
faire sombrer la Grande Ile dans le chaos le plus total, à la suite du bras de fer auquel se sont
livrés les deux candidats aux élections présidentielles de décembre 2001, Didier Ratsiraka et
Marc Ravalomanana.
D'une lecture agréable, solidement documenté et rédigé avec l'habituelle fluidité qui caractérise
tous les écrits de son auteur qui en est à sa 6ème publication sur le thème "Madagascar", dont
deux collectifs, aux éditions l'Harmattan, cet ouvrage restera un document de référence pour
tous ceux qui s'intéressent peu ou prou à l'histoire de cette Ile "anciennement heureuse", et plus
particulièrement, à cette période post-électorale de décembre 2001 à juillet 2002 qui a failli
la précipiter dans l'engrenage tragique d'une redoutable guerre civile. Mais, encore une fois,
heureusement, les Malgaches ont su faire preuve de sagesse, de sang-froid et de maturité pour
éviter un nouveau bain de sang aux conséquences incalculables et ce, en dépit des intolérables
incitations à la haine - totalement criminelles - auxquelles se sont livrés certains de leurs
dirigeants politiques, déterminés - contre vents et marées - à rester au pouvoir, alors qu'ils sont
aujourd'hui comptables devant la Nation malgache toute entière de l'indigence extrême de leurs
compatriotes, Madagascar se trouvant désormais, par leurs fautes, aux premiers rangs des pays
les plus pauvres du monde.
Ce qui reste à la fois étrange et surprenant dans cet ouvrage, c'est la façon dont l'auteur traite
du « cas » de Pierrot Rajaonarivelo. Les narrations plutôt abondantes à son sujet semblent en
effet bien lénifiantes, du début jusqu'à la fin de l'ouvrage (il y est cité sept fois : cf. p. 39, 44,
59, 61, 123, 168 et 169), alors que si mes souvenirs sont bons, jusqu'au 21 juin 2002, c'est-à-
dire cinq jours seulement avant la reconnaissance officielle par les États-Unis d'Amérique
de Marc Ravalomanana comme nouveau Président de la République malgache, cet ancien Vice-
Premier ministre de Didier Ratsiraka a fait partie du noyau dur des supporters de ce dernier,
au même titre que José Andrianoelison (également cité p. 149/150), partisans et promoteurs
du dangereux et inadmissible précepte « la meilleure défense c'est l'attaque ». J'ai d'ailleurs eu
l'occasion de réagir très succinctement mais sévèrement sur ce sujet, en juillet 2002, lors d'une
discussion sur un forum, en posant la question de savoir ce qu'il fallait comprendre, d'une part
dans ce mea culpa à retardement de Pierrot Rajaonarivelo, d'autre part dans ses déclarations
de guerre successives lancées à l'encontre de Marc Ravalomanana et de son régime. J'y évoquais
aussi l'indispensable mise en branle de l'appareil judiciaire malgache appelé à poursuivre sans
ménagement tous les responsables des atrocités commises dans le pays pendant cette période
difficile, en signalant au passage la naissance de la toute nouvelle Cour Pénale Internationale
qui se chargera de juger un jour ou l'autre les crimes et génocides perpétrés à travers le monde,
Madagascar devant sans doute être dans la ligne de mire de cette nouvelle Institution dans
les jours et mois à venir.
Et si Patrick Rajoelina affirme avec un ton aussi péremptoire (cf. p. 169) que pour les bailleurs
de fonds, cette main tendue (de Pierrot Rajaonarivelo) fut particulièrement appréciée et allait
même déclencher la décision de Dominique de Villepin, le Ministre français des Affaires
42
étrangères, de se rendre à Madagascar dans les jours qui devaient suivre, on peut sans doute
se demander en toute légitimité s'il n'a pas délibérément fait des infidélités coupables à l'Histoire
en donnant l'importance qu'il n'a pas à cet homme qui, certes, a exercé de hautes fonctions dans
le pays, mais qui s'est gravement fourvoyé dans les choix qu'il a faits, en poussant ses frères et
sœurs des hauts-plateaux et des régions côtières à se lancer dans une inimaginable et intolérable
guerre tribale.
En tout cas, ces propos lénifiants vont totalement à contre-pied des discours tribalistes tenus
à longueur de journée sur le site [Link] que j'ai découvert récemment, qui se
déclare, et je cite : "Association pour l'Intérêt et la Défense de l'Unité nationale de Madagascar"
mais qui fait de la haine tribale exacerbée et de la diffamation à tous vents ses principaux fonds
de commerce. Ce qui n'est pas sans rappeler les propos virulents de l'ancien Président de la
République Zafy Albert et de son ancien ministre de ... l'Éducation Nationale Fanony
Fulgence rapportés par Fabienne Pompey dans le quotidien français « Le Monde » du 15/16
décembre 2002, le premier soupçonnant Marc Ravalomanana de vouloir remettre en place
la suprématie des Merinas sur les côtiers en le qualifiant « d'homme dangereux qui pactise avec
Satan et est un admirateur des nazis » (sic !), le second affirmant pour sa part et sans ambages,
que « les côtiers ne sont pas prêts à avoir un Président merina » (re-sic !).
Certes, c'est un peu primaire et brutal pour des gens qui ont été au sommet de l'État à un moment
de leur carrière politique, mais au moins ça a le mérite d'être très clair.
À l'aube du 21ème siècle, au moment où le pays a besoin, plus que jamais, de la mobilisation
de tous ses fils, l'heure de l'introspection, de la réflexion et de l'examen de conscience a sans
doute sonné pour ces vieux briscards et ces jeunes apprentis sorciers de la vie politique
malgache qui, manifestement, n'ont rien d'autre comme programme d'action que la haine
viscérale de leurs frères et sœurs des hauts plateaux en général, et la chasse aux merinas
en particulier, c'est à dire, à clairement parler, pousser les Malgaches à se haïr et à s'entretuer.
L'Histoire les jugera un jour, j'en ai la profonde conviction.
Roger RABETAFIKA
43
SUR L’ENSEIGNEMENT EN GÉNÉRAL :
L'un des crimes (je dis bien crime, car il y a eu préméditation !) les plus abominables
que nos politiciens aient commis depuis 1972, c'était de malgachiser l'enseignement en évacuant
manu militari l'enseignement du français, sans mettre en place une langue de substitution, l'anglais
par exemple. C'était condamner au non-savoir quasi-irréversible la totalité des jeunes Malgaches qui
fréquentaient les écoles et l'université. Pourtant, ça tombait sous le sens : les îliens ont et auront
toujours besoin d'un outil de communication avec le monde : on ne peut pas vivre en autarcie !
Quand on était à la Fac en 1976, il y avait déjà les premières retombées : on suivait les cours
en « frangache » avec des enseignants qui ne parlaient bien ni le français ni le malgache, à part les
pointures comme Raymond Ranjeva, naturellement. Le plus drôle, c'était ce prof de droit international
privé russe qui parlait à peine le français. Il fallait d'abord corriger son français avant d'essayer
de comprendre ce qu'il voulait dire. De surcroît, dans les copies, tout ce qui n'était pas éloge
du socialisme était une attaque en règle contre l'État socialiste. Dans l'esprit, ça doit vous rappeler
le dernier sujet du BEPC 2011 ?
Hatramin'izao, dia mbola mahita tanora foana aho sahirana amin'ny fitenenana sy fanoratana teny
frantsay. Tsy ny sainy no fohy, fa ny fiasana no tsy ananany : tena mampalahelo ahy ! (traduction très
libre pour les non-malgachophiles (phones) : jusqu’à aujourd’hui, je rencontre encore des jeunes,
y compris des universitaires, handicapés par la faiblesse de leurs connaissances du français. Ce n’est
pas qu’ils soient bêtes ; c’est uniquement parce qu’ils ne maîtrisent pas l’utilisation du français, langue
d'enseignement et de communication : c’est vraiment trop triste !)
Sujet essentiel s’il en fût ! Moi non plus, (originaire des hauts-plateaux, un fait familial et historique
contre lequel je ne peux rien !), je ne comprends, pour ainsi dire rien, quand mes frères et sœurs vezo,
antandroy ou betsimisaraka se parlent dans leur dialecte. Est-ce une raison pour autant de ne pas faire
l'effort de comprendre ?
L'autre fait historique qu'il faudra bien admettre, c'est que le malgache est une véritable langue,
complexe mais unique et complète dans son fonctionnement. Nous devrions être fiers de pouvoir
le parler et l'écrire.
Maintenant, il y a effectivement à réfléchir sur la façon de le développer. Certains s'y sont essayés
avec la fameuse démarche d'enseignement des « tenim-paritany ». Le bilan ne semble pas avoir été
concluant.
La politique désormais éculée de l'opposition ethnique n'a plus lieu d'être. La véritable question est
plutôt d'ordre général. Je la poserais en ces termes volontairement provocateurs : « Présidents,
Ministres et autres Grands Commis de l’État côtiers et merina de ces 58 années d’indépendance,
qu’avez-vous fait de votre pays ? Où avez-vous mené et où voulez-vous conduire ce peuple malgache
dont vous vous targuez d’être les légitimes représentants ? »
Sur un autre topic et sans rire, j'ai suggéré que le poème « RAHA » de Antso ci-dessous soit mis
au programme de l’enseignement du malgache dans toutes les écoles, pour apprendre à nos mômes
les vraies valeurs de la vie. Et, pourquoi pas, l’encadrer sur tous les murs de nos édifices publics,
pour rappeler à certains de nos hommes politiques si retors, si véreux, si veules, en un mot,
44
si détestables, les idéaux et les concepts dont ils devraient s’inspirer pour MÉRITER de représenter
et diriger la Nation malgache tellement mise à mal par leurs innommables et infinies turpitudes.
Raha …
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Traduction de Antso - août 2011, inspirée de « If… » de Rudyard KIPLING et de « Tu seras un
homme, mon fils » de André Maurois
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Le Monde du 26/06/2009
Que se passe-t-il à Madagascar, déstabilisée par les événements des cinq derniers
mois ? La question vaut d'être posée, puisque le sort de la Grande Ile, qui vit
toujours dans l'incertitude, est loin d'être réglé et, apparemment, n'intéresse plus
les médias de l'Hexagone. Le départ à l'étranger du président Marc
Ravalomanana, écarté manu militari, puis exilé par Andry Rajoelina, avait, comme
on sait, provoqué une vague de répression sanglante et décapité l'opposition.
Depuis quelques semaines, les tensions dans la rue semblent s'atténuer, mais
un retour à la violence est toujours possible.
Dans un tel contexte, la position de la France pour aider l'État malgache à sortir
de l'impasse où il se trouve est loin d'être évidente. En fait, la crise du pouvoir dans
l'ile illustre, une fois de plus, notre difficulté à établir des relations équilibrées avec
nos anciennes colonies, surtout avec les pays de la « Françafrique », néologisme
ô combien péjoratif en Afrique. Pour tout dire, Madagascar est plus qu'une
illustration, c'est un cas d'école. Au fil des années, nos relations diplomatiques avec
Antananarivo ont été de plus en plus ambiguës, et la situation actuelle vient d'en
apporter une nouvelle preuve. En effet, Nicolas Sarkozy a condamné
le renversement de Marc Ravalomanana, affirmant qu'il s'agissait d'un « coup
d'État ». Il n'a pas été entendu : beaucoup de Malgaches sont convaincus que
les autorités françaises ne sont pas étrangères à ce « coup d'État », et il ne sera pas
facile de les persuader du contraire.
Or on voit mal le but qu'aurait voulu poursuivre Paris en fomentant cette opération,
qui se solde par un véritable gâchis. D'aucuns expliquent que la politique
d'émancipation à l'égard de la France qu'a menée, dès 2002, Ravalomanana aurait
irrité nos dirigeants et contrarié certains intérêts. C'est probable. Est-ce suffisant
pour organiser un coup d'État en s'appuyant sur une personnalité aussi fragile,
inexpérimentée et manipulable que celle d'Andry Rajoelina ? Il est permis d'en
douter, sauf à penser que nos responsables chargés de Madagascar jouent avec
l'absurde.
49
Il convient aussi de rappeler que la politique de Ravalomanana n'était pas dirigée
contre la France. Elle procédait, en priorité, d'un choix tactique et, après tout,
légitime : en diversifiant ses partenaires économiques, il savait qu'il avait le soutien
de ses concitoyens. Si son comportement mégalomaniaque et affairiste au profit
de son entreprise Tiko a ensuite entaché son image et contrarié de nombreux
intérêts, il n'en est pas moins vrai que sa volonté d'autonomie, d'indépendance,
répondait à un désir profond des Malgaches.
Le second défi est ethnico religieux. Depuis l'indépendance, en 1960, l'idée que
le chef de l'État soit " côtier ", catholique et diplômé des universités françaises
prévalait. L'élection de Marc Ravalomanana fut une révolution : il est merina -
habitant des hauts plateaux - protestant, et n'a pas fait d'études supérieures chez
nous. Il ne faudrait pas que sa destitution ravive les conflits ethniques et religieux.
Or l'attitude de la hiérarchie catholique malgache avant et pendant le coup d'État
est très équivoque. Pourquoi l'archevêque d'Antananarivo a-t-il œuvré contre
Ravalomanana ? Pourquoi a-t-il gardé un silence piteux, sinon complice, face aux
exactions du Capsat ? Quel a été le comportement du nonce apostolique ?
Jean Bothorel
Journaliste et écrivain
© Le Monde
50
II.1 Une tendance récessive aggravée par l’irruption
des chefs d’entreprise dans les coulisses du pouvoir ?
Alain Rasendra
51
2002-2009 : les chefs d’entreprise investissent la magistrature suprême
52
dans le camp des opposants et par la rancœur des proches collaborateurs éconduits
sans états d’âme.
La convergence des intérêts politiciens débouche, début 2009, sur une crise majeure
qui a eu pour détonateur la décision gouvernementale, le 13 décembre 2008, de fermer la chaîne
de télévision VIVA TV, propriété de Andry Rajoelina, alors maire de la capitale. Les émeutes
avaient gagné en intensité pour, finalement, marquer à jamais les esprits avec les événements
du 26 janvier (saccages, incendies des établissements du groupe TIKO et du bâtiment
de la radio-télévision nationale) et, surtout, du 7 février 2009 (des manifestants tombent
sous les balles devant le palais présidentiel d’Ambohitsorohitra).
Les ingrédients étaient réunis pour cristalliser la chute du président Ravalomanana.
Celui-ci transfère les pouvoirs, le 17 mars, sous la pression des militaires mutins, à un directoire
qui aura vite fait, lui-même, de refiler la patate chaude à Andry Rajoelina, sous la pression
des mêmes militaires. La vitesse de la transmission peut surprendre, mais le récipiendaire s’était
déjà déclaré prêt à prendre la tête d’une « transition démocratique » au lendemain
des événements du 26 janvier. C’est ainsi qu’un autre chef d’entreprise a succédé à un capitaine
d’industrie à la direction du pays. Une première dans notre histoire institutionnelle.
Andry Rajoelina avait commencé sa carrière professionnelle, en 1994, comme
« entrepreneur événementiel ». Il fit fortune dans la publicité et la communication en créant,
en 1998, une entreprise d’impression numérique et de gestion de panneaux publicitaires
(INJET), avec le soutien de la société de capital-risque FIARO, filiale de la compagnie nationale
d’assurances ARO (Source Wikipédia). En 2007, il élargit ses investissements dans les médias
en rachetant la radio et chaîne de télévision RAVINALA, propriété de l'homme
politique Norbert Lala Ratsirahonana, qu'il rebaptise VIVA.
Ses « bisbilles » avec le camp Ravalomanana datent du blocage par la commune urbaine
d’Antananarivo de l’installation de ses panneaux publicitaires Trivision. Devenu opposant,
il crée son parti politique (Tanora malaGasy Vonona, TGV) qui va l’aider à partir à la conquête
de la mairie, en décembre 2007. Un an plus tard, le gouvernement décide la fermeture de VIVA
TV pour avoir diffusé une interview de l’ancien président Didier Ratsiraka qui ne trouvait pas
grâce à ses yeux. On connaît la suite.
Andry Rajoelina présida, dans un premier temps, la Haute autorité de la transition
qui devait créer les conditions d’un retour rapide à l’ordre constitutionnel, avec l’aide
de la médiation initiée par la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC).
Les manœuvres politiciennes ont retardé ce retour, mais la nouvelle feuille de route, signée
le 17 septembre 2011, a finalement été insérée dans l’ordre juridique interne par une loi
(n° 2011-014) du 28 décembre 2011. Sous la pression des médiateurs internationaux,
une réunion a lieu aux Seychelles, le 25 juillet 2012, entre le président de la Transition Andry
Rajoelina et l'ancien président Marc Ravalomanana, pour établir un calendrier prévoyant une
élection présidentielle avant juillet 2013. Le Tribunal électoral spécial ayant invalidé sa
candidature, Andry Rajoelina a dû attendre 2018 pour parvenir à ses fins.
53
MAPAR, IRD, UPAR, ARMADA, CMP : le ralliement à Andry Rajoelina
et son TGV fait valser les étiquettes
Étant appelé à régir les élections à venir (municipales, législatives, présidentielle), le texte allait
servir de socle à la future architecture institutionnelle et cette perspective avait fait naître des réticences
à des degrés divers. Le caractère peu inclusif du processus suscita des réserves, en particulier
dans le camp de la communauté internationale. La « Charte de la transition » du 9 août 2009, qui fut
à l’origine de la feuille de route, entendait en effet établir un compromis entre les clans
qui se disputaient le pouvoir, en substituant l'élection à la violence. L’existence de tensions
a notamment été révélée par la tentative de mutinerie - rapidement maîtrisée - d’un groupe d’officiers
supérieurs qui annonça, le jour même du scrutin, son intention de prendre le pouvoir et de suspendre
les institutions. Et même si la Haute Cour constitutionnelle a pu constater officiellement l’adoption
de la nouvelle Constitution, par 74,19% des suffrages exprimés, pour un taux de participation
électorale de 52,61%, sa mise en œuvre à marche forcée n’aura échappé à personne.
Les illusions ont fondu comme neige au soleil à l’épreuve des faits. L’appétence
des politiciens pour les opportunités procurées par le pouvoir les conduisit, rapidement, à s’emparer
de la dénomination « acteurs politiques malgaches parties prenantes » pour se rallier à la personnalité
qui a le vent en poupe et monter dans le train (« TGV ») au départ. Initialement baptisée « MAPAR »
(Miaraka Amin’i Prezidà Andry Rajoelina, Ensemble avec le président Andry Rajoelina),
la plateforme a changé de nom à l’occasion des législatives pour devenir « IRD » (Isika Rehetra
Miaraka amin’i Andry Rajoelina, Nous tous, ensemble avec Andry Rajoelina), puis « IRK » (pour les
communales), etc. En prônant le mandat impératif, la Constitution de la IVe République facilita
le contrôle d’un « attelage » qui apparaissait en définitive comme un ersatz de parti attrape-tout.
Dans son 4e alinéa, l’article 72 permet en effet à la Haute Cour constitutionnelle de prononcer
la déchéance du député qui dévierait de la ligne de conduite de son groupe parlementaire. Rien à
voir avec la faculté laissée à son prédécesseur de l’IIIe République d’« exercer son mandat suivant
sa conscience » (Constitution du 19 août 1992, Art. 68, 3 e alinéa), et complètement aux antipodes
de la nullité du mandat impératif stipulée par la Constitution de la Première République (29 avril
1959), dans son article 23.
Cette posture spécifique augurait des ralliements conjoncturels ultérieurs, au fil des rendez-
vous électoraux, tout au long de la décennie, voire jusqu’à nos jours. La période pré-électorale
de novembre 2023 a vu la naissance des regroupements de partis au sein de l’« UPAR » (Union Pro
Rajoelina) et de l’« ARMADA » (Alliance Républicaine de Madagascar). Pour les législatives
du 29 mai 2024, la « Coalition pour la Majorité Présidentielle » (CMP), officialisée le 18 mars,
a ratissé encore plus large en regroupant, tout à la fois, les 13 partis politiques de l’ARMADA,
les 18 formations et groupements politiques de l’UPAR, et quelque 80 associations et autres
plateformes en soutien au président Andry Rajoelina. Excusez du peu ! À l’évidence, courtisans,
thuriféraires, séides et affidés ne ménagent pas leurs efforts pour offrir au timonier une mer d’huIle.
54
Une tendance récessive que rien ne semble pouvoir endiguer : l’énigme
et le paradoxe
Les rodomontades du pouvoir et les mantras servis ad nauseam cachent difficilement
une réalité dominée par une aggravation de la précarité au cours des décennies qui ont suivi
le retour à l’indépendance, en juin 1960. Pays réputé « béni des dieux », eu égard à ses richesses
naturelles abondantes, sous-sol, faune et flore endémiques, dotation raisonnable de terres
arables, Madagascar n’en finit pas de vivre en marge du développement. Et malgré l’existence
d’une zone économique exclusive d’un peu plus d’un million de km2, le pays ne bénéficie pas
des revenus et des avantages estimés que pourrait procurer l’exploitation de ses ressources
maritimes.
Dans leur ouvrage intitulé « L’énigme et le paradoxe », sous-titré Économie politique
de Madagascar (AFD, IRD Éditions, 2017), les chercheurs Mireille Razafindrakoto et François
Roubaud, de l’Institut de Recherche pour le Développement, en équipe avec Jean-Michel
Wachsberger, de l’Université Lille 3, se sont rendu à cette évidence : « la trajectoire économique
de long terme à Madagascar constitue un véritable mystère, qui au-delà du cas spécifique
interroge plus largement les ressorts mêmes de la divergence des processus de développement
observés au niveau mondial. Non seulement le PIB par tête n’a cessé de reculer depuis 1960,
mais, à chaque fois que le pays s’est engagé sur un sentier de croissance, celle-ci a été
brutalement interrompue par une crise de nature sociopolitique venant mettre à bas les espoirs
qu’elle avait suscités ». Cette tendance récessive perdure depuis l’indépendance
et rien ne semble pouvoir l’endiguer. Une « énigme » !
Les données compilées de la Banque mondiale sur la période 1960-2015, en dollars
constants, montrent que Madagascar décroche du continent africain, lui-même largement
à la traîne des autres régions du monde, en se faisant distancer par des pays comme le Cameroun
et la Côte d’Ivoire, deux pays de taille comparable en termes de population, également anciennes
colonies françaises. Bien plus, et c’est un « paradoxe », le pays semble « voué à une loi d’airain
difficile à entendre : toute poussée de croissance se traduit par un soubresaut politique qui en
efface les traces immédiatement ». La liste est connue : crise politique de 1972 (chute
de la Ière République), qui eut pour origine des mouvements estudiantins et urbains, précédés
par des révoltes paysannes dans le sud du pays l’année précédente ; crise politique de 1991
(chute de la IIe République), déclenchée par le mouvement de revendication populaire en faveur
de la démocratie ; crise politique de 2001-2002, au terme des contestations violentes
des résultats du premier tour de l’élection présidentielle ; crise politique de 2009-2013,
engendrée par les dérives autoritaires reprochées au chef de l’État.
Pour tenter de résoudre l’énigme, les auteurs ont choisi de recourir à l’économie
politique, estimant que la faible capacité du pays à instaurer un consensus politique stable autour
des processus d’accumulation et des modes de répartition des richesses pourrait être
une des sources essentielles des difficultés rencontrées. Cette approche permet non seulement
d’analyser les mécanismes économiques en œuvre, mais aussi de prendre en compte les éléments
du contexte sociopolitique dans lesquels ils se déploient. Elle a mis notamment en exergue
un espace d’intervention central des acteurs sociaux (organisations, groupes organisés, etc.)
dans la dynamique économique.
55
Mireille Razafindrakoto, François Roubaud et Jean-Michel Wachsberger notent que
ces acteurs sociaux confèrent aux élites, et aux coalitions qu’elles nouent pour le partage
des rentes économiques et le contrôle de la violence, un rôle qui apparaît incontournable pour
comprendre la dynamique politico-économique de Madagascar. L’analyse qualitative montre
une extrême personnalisation des institutions et leur détournement par les groupes élitaires
à leur propre profit. Une relecture de l’histoire sous le prisme de l’économie politique conduit à
distinguer six grandes périodes, marquant chacune une nette rupture avec celle qui précède,
tout en maintenant certaines caractéristiques des précédentes et sans réussir pour autant
à en résoudre les principales contradictions. Les auteurs relèvent que chaque période est
caractérisée par un renouvellement relatif de la coalition élitaire au pouvoir, du mode
de production et d’extraction des richesses et des éléments de la régulation sociale. Chacune
d’entre elles est aussi marquée par une crise politique majeure qui en révèle ses contradictions
et en précipite la fin. Et si l’on exclut la dernière, dont on ne connaît pas encore le terme,
ces périodes sont de plus en plus courtes, ce qui indique que les régimes qui se succèdent arrivent
de moins en moins à assurer leur stabilité.
La première période est celle de la constitution de l’État merina, pour laquelle les trois
chercheurs ont retenu les éléments structurants qui ont marqué de leur empreinte l’histoire
longue : l’hégémonie merina, le mode de production asiatique (décrit par la conception marxiste
de l’histoire), la structuration sociale en groupes statutaires et la symbolique du pouvoir
supportant la théologie politique. La deuxième période, qui s’ouvre en 1895 avec la colonisation
française et se termine avec la crise de 1972, hérite en partie des traits précédents mais est aussi
profondément marquée par la colonisation et la première indépendance. Elle se traduit par
la domination des intérêts français, la montée des élites « côtières » et l’essor d’une économie
de traite. La troisième période (1972-1991) est celle de la malgachisation de l’économie,
de la promotion d’élites méritocratiques et du développement de la rente étatique. La quatrième
période, qui débute après la crise de 1991 et se termine par la crise de 2002, est le temps
d’une relative ouverture, tant économique que politique, facteur de développement
et d’expression de nouveaux acteurs, mais aussi source d’instabilité. La cinquième époque,
qui se termine avec le coup d’État de 2009, est caractérisée par la tentative d’accaparement
de tous les pouvoirs (économique, politique et symbolique) par le chef d’État en place
et ses affidés. La sixième période, encore en cours, est marquée par l’incapacité des élites au
pouvoir à constituer une coalition stable, à contrôler la violence et contrer les dérives mafieuses.
Les deux dernières périodes coïncident avec l’irruption des chefs d’entreprise
à la magistrature suprême. L’impréparation, conjuguée aux lacunes prévisibles sur le sens
de l’intérêt général, s’est révélée d’autant plus néfaste que la fragmentation de la société,
l’atomisation de la population et l’atrophie des corps intermédiaires (syndicats, associations,
groupements professionnels, etc.) constituent des entraves structurelles au développement
du pays. Cette situation favorise une forte concentration du pouvoir aux mains d’une poignée
d’élites qui n’est ni contrainte ni incitée à avoir une vision de moyen ou long terme et à prendre
en compte les intérêts de la grande majorité.
56
Les élites : une minorité de pouvoir à la source de l’instabilité sociopolitique
chronique
On ne saurait dissocier des institutions les contraintes humaines qui structurent
les interactions politiques, économiques et sociales. Ainsi, la théorie institutionnaliste,
développée par l’économiste américain Douglas C. North (1920-2015), a mis la question
des élites au cœur de la problématique des travaux qui portent sur les institutions
et les organisations. À travers l’histoire, les élites ont conçu des institutions pour créer un ordre
et réduire l’incertitude des échanges. Les contraintes mises en œuvre peuvent être de nature
formelle (constitutions, lois, droits de propriété, etc.) ou informelle (coutumes, traditions, code
de conduite, tabous, etc.), mais elles ont en commun la prévision d’une sanction dans le cas où
une obligation ne serait pas respectée. Reconnaître aux élites un pouvoir normatif de facto laisse
penser qu’elles affectent le processus de développement d’un pays, en jouant un rôle moteur ou,
au contraire, en se positionnant comme un facteur de blocage, dans le cas des élites dites
rentières.
Les chercheurs Mireille Razafindrakoto et François Roubaud, de l’Institut de Recherche
pour le Développement, en équipe avec Jean-Michel Wachsberger, de l’Université Lille 3, ont
tenté de dresser une sociographie des élites à Madagascar, dans leur ouvrage intitulé « L’énigme
et le paradoxe » (AFD, IRD Éditions, 2017), pour en délimiter les contours et cerner le rôle
(ou les rôles) qu’elles jouent dans le mode de régulation de la société (Chap. 5, p. 189).
Leurs travaux se sont basés sur les résultats d’une enquête (Elimad) qui visait à rendre
compte de la trajectoire, des réseaux sociaux et des valeurs d’un échantillon représentatif
des différents types d’élites : un millier de personnes, interviewées entre 2012 et 2014,
considérées comme faisant partie de l’objet de l’étude dans l’une, au moins, des neuf sphères
définies au préalable (gouvernement, institution publique, fonctions électives, partis politiques,
forces armées, entreprises, églises, société civile, organisation internationale). L’étude a été
complétée par les données d’une enquête « miroir », spécifique, conduite en 2013 auprès d’un
échantillon de 1 200 individus, représentatif de la population adulte, destinée à comparer
les opinions et les valeurs des élites et des citoyens ordinaires grâce au jeu des questions
communes (enquête Citmad). S’agissant d’une première, à notre connaissance, les précautions
qui ont entouré les choix conceptuels en disent long sur le sérieux d’une démarche intéressante
à plus d’un titre.
Les auteurs se sont attachés en premier lieu à dresser un profil sociodémographique des
groupes élitaires pour tenter de dégager les stratégies d’accès et de maintien dans les sphères du
pouvoir, dans leurs nombreuses dimensions. Sur cette base, ils ont pu définir le mode de
reproduction des élites à travers leur parcours social : mobilité inter et intra générationnelle
(dimension verticale), alliances matrimoniales (dimension horizontale), occupation diversifiée
de l’espace (politique, économique, public et privé), participation associative, création, entretien
et mobilisation de réseaux individuels. La dernière partie de l’étude aborde la question
des valeurs. Les auteurs notent que les élites se distinguent du reste de la population non
seulement par leur mode de vie et de reproduction, mais également par un système de
représentations qui peuvent être plus ou moins antagonistes avec celles portées par d’autres
groupes sociaux, et qui sont, par ailleurs, plus ou moins propices au développement. Le contraste
observé permet de mieux appréhender les élites et leur rôle dans la trajectoire de Madagascar,
en particulier dans la construction et l’accroissement des inégalités, une des sources identifiées
de l’instabilité sociopolitique chronique.
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II.2 Les chroniques d’avril 2024 de Ragidro
58
Les chroniques de Ragidro : Résilience vs Résignation, se relever ou se soumettre
Ils s’appellent Alisson, Baholy A., Christiane R., Dina R., Francine R., Emeline R., Enzo
S., Faly R., Felantsoa R., Haga R., Haja R., Harijaona A., Danie R., Ionitiana R. Jacquelin B.,
Jaofera S., Vero R., Kely B., Laetitia V., Lantoniana R., Mendrika R., Prisca R., Aina R.,
Pulchérie D., Raharinoro N., Sahondra R., Solo A, Patrick … Ils sont de Mahajanga,
Antsiranana, Antsirabe, Fianarantsoa, Toamasina, Toliara, Tolagnara mais aussi d’Arthes, de
Beckingen, St Denis, New York, Wattrelos, Montréal, Toronto, Freiburg, Silver Spring,
Zaandam , Malabo, Beirut, Paris…
Leurs discussions sur l’avenir politique de l’Ile Rouge s’éteignent. Les élections, qui avaient un
moment laissé envisager une lueur d’espoir de changement, se sont vidées de tout sens avec
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leurs 20% de participation dont se gargarise le pouvoir en place. D’autant que les prochaines
élections législatives ne s’annoncent pas plus démocratiques.
Ils ont vu, écœurés, les recommandations de transparence, d’inclusivité et de vérité mollement
énoncées par la communauté internationale balayées par la complaisance passive de cette même
communauté face aux flagrantes dérives du processus. Et, confrontés d’une part à la scandaleuse
gabegie d’une campagne électorale prétendument inclusive et, d’autre part, au constat
de corruption généralisée, d’achat de voix des citoyens, de détournement de biens publics,
de manipulation, ils ne ressentent plus qu’une profonde sensation de débâcle quand leurs rêves
de redressement se sont évaporés.
Ils ont cru à un renouveau politique avec les propositions de front d’opposition démocratique
des 11. Ils ont rêvé, si ce n’est faire plier le pouvoir, tout au moins lui faire entendre raison.
Et leurs actions pacifiques de rue se sont éteintes dans la crainte de la répression et se sont
noyées dans des nuages de gaz lacrymogènes.
Ils n’ont plus désormais qu’un immense sentiment d’impuissance et d’incompréhension face à
une corruption qui a érodé les fondements de la confiance qui devrait unir les Malgaches.
Et ils ont relégué au rang de reliques leurs idéaux de mérite, de transparence, d’honnêteté.
Leur désarroi se nourrit de l’indifférence de certains et du cynisme des autres à l’aune
des scandales impunis, des mesures de muselage des médias ou de répression politique, et des
initiatives choquantes qui caractérisent un système où le dirigeant et son clan au pouvoir ne
rendent compte qu’à eux-mêmes et peuvent désormais tout se permettre dans une recherche
narcissique d’image ou de gain personnel au détriment du bien commun.
L’inaction est accablante. Et face à la sidération ressentie quant au poids des compromis moraux,
face au muselage des voix qui ont tenté de s’élever contre l’injustice, ils croient n’avoir de voie
que dans la RESIGNATION.
… Résignation qui se caractérise par la perte de confiance en leurs moyens pour remédier à
la situation… Résignation qui serait abdication et soumission passive aux évènements.
D’autant que cette résignation face au hold-up politique, constitutionnel, moral, économique
que connait le pays pourrait ouvrir la voie à une forme de syndrome de Stockholm,
où les citoyens pris en otage, se mettent à apprécier en empathie leur ravisseur…
Il ne manquerait plus que ça qu’ils se mettent à aimer le lapin et justifier ses dérives.
De quelle façon peuvent-ils accepter cet inacceptable… et vivre avec ? Comment peuvent-ils
vivre dans ce cadre la profonde absurdité de la situation actuelle ? Doivent-ils la subir en prenant
leur mal en patience ? La résignation peut-elle leur offrir l’ambition de (re) construire l’avenir
et retrouver ce qui doit faire Nation ? Certes NON.
Pour ne pas s’enfermer en RÉSIGNATION, ils doivent, a contrario, s’attacher à développer
des stratégies de RÉSILIENCE.
RÉSILIENCE … C’est un mot qu’ils auront pu juger « tarte à la crème » en termes de jargon
dans le domaine de l’aide au développement. Ce concept qui entend que quand un territoire,
une communauté vit une crise, on ne doit pas se contenter d’en atténuer les effets immédiats,
mais on doit enchainer sur des politiques d’interventions structurées de développement pour
assurer un véritable rebond. L’enjeu étant de sortir durablement de la précarité issue de la crise.
Au vu des résultats globaux de ces programmes dits de résilience élaborés derrière les crises
successives que le pays connait ou a connues, ils peuvent avoir le sentiment qu’en fait de rebond
c’est plutôt un enfouissement progressif que l’on subit.
Et ils analyseront un jour vraiment pourquoi ces programmes de résilience si intelligemment
pensés par de grands experts locaux ou internationaux n’avèrent que trop peu de résultats
tangibles …
Ils développeront de manière plus globale ce thème de la résilience post-crise en l’appliquant
à la situation de crise politique et de crise morale que vit notre Grande Île.
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Ils sortiront alors de ce sentiment de « no future » qui voit nombre des leurs ne rêver que
d’expatriation – y compris leur président quand il énonce que l’acquisition de la nationalité
française de son fils répond à un enjeu de sécurisation de son futur – et fixe leur incapacité
à envisager l’avenir et l’avenir du pays …
Oui, ils ont vécu et vivent encore un drame. Oui, ils ont un deuil à faire… deuil de leurs espoirs
de voir émerger une démocratie assainie, sans corruption, transparente et inclusive. Ils n’ont pas
fait encore ce deuil… Selon les phases bien connues du deuil, chacun d’eux, à son rythme vivra
ou aura respectivement vécu des phases de choc, de déni, de colère, de tristesse, de marchandage
puis d’acceptation.
Accepter ne signifie pas se résigner. Accepter c’est reconnaître la vanité des espoirs à court
terme d’une démocratie assainie. Cette phase d’acceptation fondera essentiellement leur
capacité à s’adapter et à rebondir. Accepter c’est bâtir sa résilience. Accepter c’est se préparer
à RÉSISTER.
Une stratégie de résilience et de RÉSISTANCE CITOYENNE les verra se concentrer
ce sur quoi ils peuvent exercer du contrôle… pour élaborer un futur plus stable dans
l’anticipation et la projection… pour ne plus être des moutons… Ils exprimeront cette résistance
citoyenne en s’appuyant sur une société civile forte et des actions de manifestations pacifiques,
de boycott, de pétitions, de désobéissance civile et d’actions de sensibilisation.
Leur résilience se fondera sur un principe d’autonomie : ils n’attendront plus de l’État
qu’il prenne toutes les initiatives. Malgré sa capacité coercitive et les forces de corruption
et de pression désormais avérées, ils doivent susciter de l’État, de la façon la plus vive,
les actions qu’ils jugeront les plus à même de consolider le futur. Et ils devront veiller à leur
réalisation, à défaut de les initier de leur propre chef, localement ou régionalement ...
S’engager en actions et en vigilance pour favoriser les interactions et les possibilités
d’expression collective ; réduire la faiblesse des corps intermédiaires entre la population
et les dirigeants ; lutter contre l’individualisme des élites par leur stigmatisation ; lutter contre
le rôle ambigu des bailleurs de fonds en recherchant le plus d’autonomie possible ; veiller
au renforcement des liens communautaires et des associations ; veiller à améliorer l’accès
à l’éducation civique et à l’information ; soutenir et participer au développement
des infrastructures ; promouvoir encore et toujours la participation civique et politique ; soutenir
l’économie locale et renforcer encore et toujours la confiance et la solidarité … sont tout autant
de chantiers essentiels à investir.
Réinvestir fermement dans ces logiques pour revitaliser l’engagement dans le politique
et dans la société civiloe relève de l’implication de tous …
Le rebond est une perspective long terme. Il ne tient qu’à nous, citoyens, de le préparer
et de l’engager.
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Les chroniques de Ragidro : Diplomatie intelligente, un oxymore ?
Posted on 11 avril 2024
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Cette expression d’une absolue mesquinerie politique trahit une incapacité de dépasser
les rivalités politiques internes, dépassement qu’exigerait la sauvegarde de l’intérêt supérieur
du pays. Privilégier les animosités personnelles ou partisanes à la vision d’ensemble et au bien
commun, reflète une incroyable immaturité politique. Préférer de prétendus gains politiques
à court terme au détriment des bénéfices à long terme d’une représentation influente sur la scène
internationale, dénote un manque absolu de vision diplomatique et une ignorance crasse
de l’importance de la diplomatie et des alliances stratégiques.
Incroyable gâchis. Mais il n’était pas question de laisser place à un possible retour en force dans
le jeu politique gasy d’un opposant du régime… Mesquinerie politique qui voit le torpillage
d’une belle occasion d’affirmer le leadership diplomatique malgache sur la région… C’est du
grand n’importe nawak !
Sans compter qu’une telle position peut isoler en termes de crédibilité le pays sur la scène
internationale en réduisant sa capacité à promouvoir ses intérêts. La diplomatie moderne exige
flexibilité et pragmatisme … On a vu ça où dans cette décision de sabotage ?
La capacité du pays à influencer les décisions d’une institution internationale devait être
renforcée par la présence d’un de ses ressortissants de renom à un poste clé. Il y avait là une
occasion cruciale de promouvoir les intérêts de la Grande Ile à l’échelle mondiale. Cédric jugeait
certainement que ses voyages ponctuels auprès de différentes instances internationales,
chancelleries ou autre rencontres avec des chefs d’États suffisaient pour répondre à ces besoins
de promotion des intérêts du pays. Mais c’est là son moindre défaut : privilégier le court terme
et l’image plutôt que l’action de fond et de long terme
Cette incapacité à transcender les petites querelles politiques pour le bien commun sèmera
encore plus le doute chez des partenaires internationaux en termes de fiabilité et de prévisibilité
de ce pays en tant que partenaire. Les déboires de l’ambassadrice de l’UE ne viendront pas
résorber ce sentiment de faillibilité.
D’autant que l’expression de cette vision étroite et de ces calculs politiques internes ne vont
certainement pas étayer la capacité collective de répondre aux défis de développement,
de développement durable ou de santé publique… Faire Nation, oui … À condition qu’on ait
la preuve qu’au plus haut niveau on a des instances qui ne viendront pas nous torpiller sur
des prétextes mesquins à deux balles.
On aurait rêvé une approche plus ouverte, visionnaire et pragmatique dans ces décisions
du pouvoir, en particulier dans celles qui ont des répercussions au-delà de nos frontières.
La politique, bien que liée aux jeux de pouvoir et aux rivalités, devrait ultimement servir l’intérêt
public… Au lieu d’être confrontés à ces logiques de vendetta personnelles et de priorisation
des intérêts partisans qui servent les intérêts court terme d’un groupe spécifique… . On peut
encore rêver.
Mais baah … Entre la coercition vis-à-vis de toute forme d’expression d’opposition,
de répression des journalistes et des lanceurs d’alerte, que pouvait-on espérer d’autre
de ce pouvoir ? Peuvent-ils seulement avoir conscience du mal qu’ils font, à travers ce genre
d’action, en termes d’érosion de la confiance publique, de paralysie politique
et de polarisation ?
Non évidemment. Cela demanderait un minimum de réflexion, de responsabilité et
d’intelligence… Et le pays n’en serait pas là où il en est.
Il ne nous reste plus qu’à œuvrer en résistance citoyenne, telle qu’on l’évoquait il y a peu …
Bien à vous tous
Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule) - 11 avril 2024
(*) Oxymore : Figure de style consistant à réunir deux mots en apparence contradictoires.
Les expressions un silence éloquent et se hâter lentement sont des oxymores.
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Les chroniques de RAGIDRO : une Grande Leçon de Non-Diplomatie
Posted on 17 avril 2024
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Mais en même temps ces prochaines échéances étaient réputées être inaccessibles
à Rajoelina en raison de l’impossibilité d’un troisième mandat … Alors où était
le problème… ? Ah oui, mais bien sûr …
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de Hery Rajaonarimampinanina quand Andry Rajoelina se rapprochait de Paul Kagame
du Rwanda. On sait que Felix Tshisekedi et Paul Kagame sont loin de s’apprécier
sur fond de violents conflits armés et territoriaux … De là à imaginer une connivence
entre les dirigeants rwandais et malagasy, il n’y a qu’un pas … Si cela s’avérait, cela
n’excuserait en rien ce qui relève d’une balle tirée dans le pied des intérêts du pays.
Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule) - 17 Avril 2024
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III. Des instruments de politique économique au service
du développement ? Oui mais, si et seulement si…
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III.1 : La fiscalité
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Préface du Professeur Loïc PHILIP
On ne peut que l'en féliciter, car les études concernant la fiscalité malgache sont déjà anciennes
et il était utile de faire le point sur la politique menée en ce domaine par le régime du président
Ratsiraka.
L'ouvrage de M. Rabetafika aurait pu aussi bien s‘intituler : Les leçons d'un échec. En effet,
la réforme de la fiscalité malgache n'a, jusqu'à présent, guère contribué à promouvoir l'économie
de la Grande Ile au cours des deux dernières décennies. Et le problème de la réforme fiscale
se pose de nouveau avec la nouvelle orientation de la politique malgache.
Un État à la recherche du développement peut adopter trois stratégies différentes vis-à-vis
du problème fiscal ; trois attitudes qui sont liées à la politique pratiquée par les responsables
nationaux.
Soit le développement économique est laissé, pour l'essentiel, à l'initiative privée. Dans ce cas,
ce que l'on demande, avant tout, à la fiscalité, c'est d'être la plus légère possible et de ne pas
décourager les entrepreneurs et les investisseurs aussi bien nationaux qu'étrangers.
Soit l'État prend directement en main la responsabilité du développement économique dans tous
les secteurs essentiels. Alors, la fiscalité n'a pas à jouer de rôle incitatif puisque la responsabilité
du développement est assurée directement par l'État ; mais elle devra être plus lourde afin
d'assurer le financement du développement administré et de suppléer à la faiblesse de l'apport
de capitaux extérieurs.
Soit, enfin, le développement économique repose sur l'initiative privée, mais avec une impulsion
et une orientation de la puissance publique, laquelle se réfère à une politique d'ensemble
à moyen terme. Dans ce dernier cas, la fiscalité doit jouer un rôle déterminant dans la réussite
du développement économique d'un pays.
Comme le rappelle M. Rabetafika, la République malgache est passée successivement par
les deux premiers stades. Ils se sont soldés par des échecs, le second étant encore plus patent
que le premier.
La décennie 1960-1970 a été marquée par une fiscalité modérée et un appel aux investissements
étrangers, mais sans que cela se traduise par un développement harmonisé de l'économie
malgache.
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Les deux décennies suivantes, étudiées ici, ont été marquées par la planification de l'économie
et la volonté de « compter sur ses propres forces ». Elles ont débouché sur une véritable
régression économique. La réforme du code général des impôts de 1977 n'a pu assurer
le financement du développement économique.
La République malgache paraît, depuis quelques années, vouloir entrer dans la troisième phase,
celle d'un développement, non plus dirigé, mais orienté. Ceci implique l'élaboration d'une
nouvelle politique fiscale.
Comme l'a souligné M. G. Ardant, l'impôt est davantage une technique libérale qu'une technique
dirigiste. Le recours à l‘impôt comme technique interventionniste laisse une liberté de choix
beaucoup plus grande que tous les autres moyens d'intervention étatiques : l'intervention directe
par nationalisation, la réglementation (contrôle des prix et des échanges extérieurs),
les interventions, etc.
L'outil fiscal est un moyen d'incitation qui ne nécessite pas la mise en œuvre d'une procédure
de contrôle et de sanctions particulières.
Encore faut-il qu'il soit utilisé d'une manière efficace. Si l'on renonce à une étatisation
de l'économie, la fonction première de l'impôt n'est pas d'assurer lui-même le financement
de l'économie, mais de stimuler le développement en incitant les investisseurs, nationaux
et étrangers, à faire preuve d'initiative. C'est à partir de cette priorité que la réforme fiscale doit
être élaborée.
M. Rabetafika écrit que « les véritables débats sur le rôle de l'impôt à Madagascar tournent
autour de trois questions essentielles :
1) Que faire pour rendre le système fiscal financièrement productif, puisqu'il lui est demandé
de dégager les ressources nécessaires et au fonctionnement des institutions de l'État et
à la réalisation des investissements publics ?
2) Comment ne pas entraver l'action des autres opérateurs économiques tout en renforçant
la productivité de l‘impôt ?
3) Comment procéder enfin à une répartition la plus équitable possible des charges publiques
sur une population aux revenus très disparates ? »
Ces trois objectifs de rentabilité financière, d'efficacité économique et de justice sociale sont
toujours recherchés par les initiateurs d'une réforme fiscale. Le malheur est qu'ils sont
difficilement conciliables. Si l'on doit les prendre en considération, il faut aussi être capable
de fixer des priorités. « Gouverner c'est choisir » disait Pierre Mendès-France. Or,
si le développement économique est la première des priorités, cela implique que l'efficacité
économique de l'impôt soit privilégiée par rapport aux autres considérations.
Si l'on veut favoriser les investissements, cela implique des sacrifices fiscaux à court terme et
une renonciation, pendant un certain temps, aux exigences de justice sociale.
D'où l'importance du code des investissements qui, une nouvelle fois, a été modifié en juin 1985.
Tout le problème est de savoir si l‘on est capable de privilégier les investissements qui méritent
d'être encouragés, c'est-à-dire ceux qui sont susceptibles, non seulement d'être rentables
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financièrement mais aussi et surtout, d'exercer un effet vraiment positif sur l'économie
nationale.
Cela suppose l'existence d'un plan de développement réaliste et capable de fixer les priorités
entre les secteurs de l'agriculture, de l'industrie et du tertiaire.
Cela implique le recours à un financement extérieur et l'octroi d'une aide financière
internationale puisque le système fiscal ne peut, dans un premier temps, assurer lui-même la
totalité du financement des investissements publics.
Souhaitons que l'ouvrage de M. Rabetafika contribue à la réussite de la nouvelle politique
économique et fiscale qui commence à se mettre en place à Madagascar.
Loïc PHILIP
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LA FISCALITÉ AU SERVICE DU DÉVELOPPEMENT
entretien avec Roger RABETAFIKA (*)
Publié le Mercredi 9 Octobre 2002 à 21:54 sur [Link] (propos
recueillis par Sylvie Rakotomalala)
À l’heure où toutes les forces vives de Madagascar tendent vers un même objectif,
le développement du pays, il nous a paru pertinent d’évoquer le rôle de la fiscalité,
dans un contexte de démission collective des contribuables. Ce phénomène est dû
en grande partie à des années de laxisme, à enregistrer au passif du bilan des
gouvernements précédents.
Si, dans cet ouvrage que vous venez de citer, j’ai surtout procédé à l’étude
de l’environnement politique, social, économique et financier de la nouvelle
fiscalité malgache mise en place par la réforme de décembre 1977, j’y ai aussi,
effectivement, soutenu l’idée que l’impôt doit être un des principaux moyens
de financement du développement économique de la Grande Ile. La question
n’est pas, à mon sens, de se demander s’il faut inciter les citoyens à s’impliquer
davantage dans le développement du pays à travers les impôts car, comme le disait
un célèbre chanteur, « pour pas payer d’impôt il faut naître à Monaco ».
Le problème central est plutôt de savoir comment :
d’une part, rendre le système fiscal malgache financièrement productif puisqu’il
doit dégager les ressources nécessaires et au fonctionnement des institutions
de l’État et à la réalisation des programmes d’investissements publics,
d’autre part, renforcer la productivité de l’impôt, améliorer son rendement,
sans affaiblir l’action des opérateurs économiques nationaux et étrangers,
tout en veillant à répartir le fardeau fiscal de la façon la plus équitable possible
sur une population aux revenus singulièrement disparates .
Ce qui est clair aujourd’hui, c’est que pour se relever des conséquences
dramatiques de la crise politique dans laquelle elle s’est enlisée ces derniers mois,
Madagascar a besoin de la mobilisation de tous ses fils pour reconstruire
son économie. Elle doit mettre en oeuvre tous les moyens susceptibles de lui
assurer son développement. Je reste persuadé que l’impôt fait partie intégrante
de ces moyens. Le drame, c’est que la recherche de la rentabilité financière
de l’impôt n’est que rarement conciliable avec celle de son efficacité économique.
Elle peut, par ailleurs, engendrer des inégalités sociales graves, qui deviennent très
vite intolérables pour la grande majorité de la population. Des choix doivent donc
être opérés entre ces objectifs a priori contradictoires.
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d’impôt foncier, les minorations de déclaration de revenus atteindraient souvent
les 50 %. En 1997, le manque à gagner en ce qui concerne l’impôt sur le revenu,
la taxe sur les transactions et la taxe professionnelle aurait atteint 47 millions
de dollars pour Antananarivo et 170 millions de dollars pour l’ensemble du pays,
l’évasion fiscale et la fraude douanière ayant été érigées en véritables institutions
sur l’ensemble du pays.
Voilà les faits : ils mettent au grand jour les dérives du système fiscal malgache
actuel. Il faut y remédier.
Le développement économique, rapide et durable, que prône le Président
Ravalomanana nécessite de gigantesques moyens financiers. Il faut donc trouver
ces moyens, et il n’y a pas trente-six solutions :
- d’abord, il faut impérativement améliorer le recouvrement de l’impôt en dotant
l’administration fiscale de moyens humains et matériels à la hauteur des objectifs
qui lui sont assignés ;
- ensuite, il faut mettre en place, ou plus exactement, améliorer les mesures
d’aide, constituées essentiellement de réductions, de minorations
ou d’exonérations d’impôt, destinées à encourager les investissements ;
- il faut enfin recourir aux financements extérieurs et aux aides financières
internationales puisque le système fiscal malgache ne peut aujourd’hui, à lui tout
seul, assurer le financement des investissements publics lourds,
plus particulièrement ceux qui relèvent des attributions « naturelles » de l’État,
tels le développement des infrastructures (routières en particulier),
les communications, l’éducation, la protection sanitaire ou encore la sécurité.
Mais, ces trois pistes ne sont pas sans danger, je dirais même qu’elles comportent
des risques certains :
- risque politique avant tout, comme vous le soulignez si bien : nous en avions
fait l’expérience en 1971 lorsque les contribuables du Sud se sont révoltés contre
les campagnes de recouvrement « musclées » menées par les autorités de l’époque.
C’est la jacquerie d’avril 1971 qui a initialement fait tomber le régime du Président
Tsiranana !
- risque financier ensuite, car la mise en oeuvre de régimes fiscaux de faveur
destinés à encourager les investissements est un pari sur l’avenir qui implique
des sacrifices fiscaux plus ou moins importants : l’État renonce à prélever certains
impôts pendant un laps de temps déterminé pour encourager les investissements
en espérant engranger par la suite de substantielles recettes fiscales. Si les objectifs
de développement attendus ne sont pas atteints, ces sacrifices fiscaux qu’on
appelle aussi « dépenses fiscales » se transforment alors en charges financières
définitives et totalement stériles pour l’État ;
- quant aux financements extérieurs, c’est à dire concrètement les prêts de toute
nature que l’État peut contracter auprès de ses partenaires étrangers,
s’ils semblent affluer actuellement, c’est sans doute une bonne chose en soi.
Mais il faut rappeler que ces prêts doivent être remboursés un jour ou l’autre.
À l’instar des régimes fiscaux de faveur auxquels je faisais allusion plus haut,
le recours aux financements extérieurs est une autre forme de pari sur l’avenir.
L’État y engage justement l’avenir des générations futures qui auront la charge
du remboursement de ces prêts : c’est une lourde responsabilité !
Les bailleurs de fonds sont des gens pragmatiques, soucieux avant tout
de la rentabilisation et de la sécurisation de leurs investissements. Les prêts
qu’ils accordent sont, la plupart du temps, assortis de conditions draconiennes
qui ne sont pas toujours compatibles avec les impératifs et les réalités socio-
économiques des pays auxquels ils accordent leurs aides.
En ce qui concerne Madagascar, je ne prendrai qu’un seul exemple pour illustrer
mes propos : le gel des recrutements dans la Fonction Publique imposé par le FMI
et la Banque Mondiale en contrepartie des aides qu’ils ont accordées a été,
en grande partie, à l’origine de la pénurie de personnel et du manque
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de performance de l’administration fiscale. Il me semble pourtant que si on avait
continué à recruter des agents qualifiés, tout en veillant à apporter une meilleure
organisation des structures en place, on aurait pu, non seulement augmenter
de façon significative les recettes fiscales, dont une partie aurait servi à couvrir
les dépenses afférentes à ces recrutements, mais encore et aussi offert du travail
à de nombreuses personnes qui en ont grand besoin. C’est un important sujet
parmi tant d’autres à méditer !
Payer des impôts n’est jamais très populaire, dans aucun pays
du monde. Est-ce parce que les contribuables, à Madagascar
particulièrement, ne saisissent pas bien où passe l’argent ?
Autre problème majeur : la faiblesse des revenus. La plupart des
ménages se débattent dans des difficultés financières inextricables.
On ne peut exiger des sacrifices impossibles. Comment alors, financer
des programmes ambitieux, si les moyens sont inexistants ? L’autre
solution ne serait-elle pas de favoriser la fiscalité indirecte
(taxes diverses sur les produits et marchandises), qui a l’avantage
d’être plus « indolore » ?
Comme vous le dites fort bien, dans tous les pays du monde l’homme s’est toujours
évertué à échapper à l’impôt. On ne peut le conduire à accomplir ses devoirs
fiscaux que de trois manières :
- par la force d’abord, mais la coercition trouve très vite ses propres limites ;
- par la persuasion ensuite, mais cela nécessite un travail d’information,
d’explication et de clarification de très longue haleine, la fiscalité ayant toujours été
perçue comme une matière rébarbative, ardue, volontairement ésotérique,
réservée aux seuls spécialistes ;
- enfin, le contribuable peut être amené à se libérer spontanément - et peut-être
avec bonheur ! - de ses obligations fiscales par simple intérêt.
Lorsque en 1971, les éleveurs du Sud-Ouest qui faisaient partie des tribus les plus
démunies de la Grande Île se sont révoltés contre les abus des campagnes fiscales
qu’ils ressentaient comme une véritable spoliation de la part des pouvoirs publics,
ils n’avaient sans doute pas tout à fait tort ! En effet, à quoi pouvait bien servir
ces impôts qu’on levait si régulièrement, souvent dans la répression, alors que
le Grand Sud n’a jamais fait l’objet de grands projets de développement
qui auraient justifié les sacrifices qu’on a demandés à sa population ?
Nous touchons là le cœur du problème : toute politique fiscale digne de ce nom
ne peut se mettre en place et être efficace sans l’information préalable - je dirais
même l’éducation - du contribuable. C’est le meilleur gage de sa réussite.
Madagascar est un pays à vocation essentiellement agricole. 80 % de sa population
vivent de l’agriculture. Depuis la suppression en 1973 des deux seuls impôts qui
atteignaient directement le monde paysan (l’impôt du minimum fiscal et la taxe
sur les bovidés), décision qui a fait perdre à l’État plus de 12 % de ses recettes
fiscales, le monde rural échappe pratiquement au système fiscal en vigueur,
à l’imposition directe en particulier. Il me paraît indispensable de réintégrer
totalement le monde agricole malgache dans le paysage fiscal actuel et à venir
du pays, pour au moins deux raisons majeures :
- la première raison, c’est qu’en dépit de la faiblesse de leur capacité
contributive, les agriculteurs malgaches représentent, comme je l’ai signalé
plus haut, 80 % de la population totale. J’ai toujours trouvé aberrant que
les pouvoirs publics aient autant négligé une telle source de revenu pour alimenter
le budget général de l’État ;
- la seconde raison qui, à mon sens, est encore plus importante que la première,
c’est que l’agriculture malgache se doit de se moderniser car elle a un défi énorme
à relever : d’abord satisfaire la demande locale en produits vivriers en visant
l’autosuffisance alimentaire, ensuite répondre, le cas échéant, aux sollicitations
des marchés extérieurs, notamment régionaux (Océan Indien et Afrique australe
et orientale).
Une nouvelle forme d’impôt sur le revenu expurgée de tout l’arsenal coercitif -
source de tant d’abus - de l’ancien impôt du minimum fiscal et de la taxe sur
75
les bovidés pourrait, non seulement être bénéfique pour les finances de l’État,
mais encore et surtout devenir un instrument efficace de lutte contre l’oisiveté
de nombre de contribuables potentiels. Le paysan malgache en particulier,
serait conduit à produire davantage et à écouler sa production sur le marché,
donc dans le circuit moderne et formelle de l’économie, pour dégager les revenus
supplémentaires destinés à faire face à ses obligations fiscales.
Mais une telle politique requiert de la part de l’État, d’abord et avant tout,
une politique d’information et de formation de grande envergure, ensuite la mise
en place d’un système d’aide visant à accompagner et à mettre en confiance
le paysan producteur (prêts bancaires simplifiés pour le financement des micro-
projets, construction de routes et d’ouvrages d’art pour désenclaver les régions
de production et permettre la circulation des biens, des services et des personnes,
sécurisation de tous les périmètres de production et d’élevage contre les « dahalo »
et autres phénomènes de déstabilisation, assistance technique, etc.). L’affaire n’est
pas simple et je vais vous raconter une anecdote : un assistant technique agricole
chevronné a réussi à convaincre un paysan d’utiliser une nouvelle technique
de culture du riz. Le paysan, tout content d’apprendre qu’avec cette nouvelle
technique il allait pouvoir doubler, voire tripler sa récolte se met à l’ouvrage…
mais n’a plus voulu cultiver que la moitié de sa rizière car la production
qu’il en attendait lui aurait suffi pour assurer son autosubsistance !
Plus sérieusement, le Président Ravalomanana bénéficie aujourd’hui d’un capital
confiance extraordinaire pour pouvoir entreprendre les réformes indispensables
mais qui ne sont pas forcément populaires. Il peut se trouver à la tête d’un État
fort, soutenu par le peuple qu’il représente et dirige, un État capable,
non seulement de cantonner ses actions dans les domaines qu’il aura choisis
comme prioritaires dans sa politique économique d’ensemble, mais encore
et surtout de procéder avec résolution et efficacité à la moralisation de la vie
publique. Les textes qui viennent d’être publiés ces derniers temps sur ce thème
semblent aller dans le bon sens. Encore faut-il qu’ils soient vraiment suivis
d’application !
Le problème central et crucial aujourd’hui, c’est l’extrême pauvreté, je dirais
même l’indigence insupportable, de la grande majorité des Malgaches. D’après
les enquêtes menées par l’INSTAT en 2001, deux Malgaches sur trois vivraient
en dessous du seuil de pauvreté. Comment alors envisager décemment d’imposer
des gens qui n’ont même pas de quoi assurer leur subsistance au quotidien ?
76
Pensez-vous que les entreprises de zone franche soient génératrices
de ressources pour le pays ? Quelle est leur part réelle dans le
développement de la Grande Île ?
Si l’on se réfère aux expériences menées par les différents pays du Sud qui ont mis
en place un système de zone franche, tels l’Île Maurice, la Tunisie, le Sénégal
ou encore le Togo, il est généralement admis de dire que ce système a permis
de générer des ressources importantes aux pays qui l’ont adopté, sans parler
des retombées bénéfiques sur l’emploi, la formation et la qualification de la main
d’ oeuvre locale.
En ce qui concerne Madagascar, je ne possède pas de statistiques fiables sur la part
réelle que les entreprises de zone franche agréées ont apporté dans l’économie
du pays. Je me limiterai donc à quelques réflexions d’ensemble. Rappelons en deux
mots les objectifs et les moyens mis en oeuvre pour les atteindre : création
de zones géographiques dérogatoires du droit commun, en particulier sur le plan
fiscal, pour permettre l’implantation et le développement d’activités industrielles
ou de services totalement et exclusivement tournées vers l’extérieur ;
en contrepartie, rattrapage des sacrifices fiscaux plus ou moins importants
consentis dans ce cadre par le rapatriement des recettes provenant de la vente
à l’exportation des produits ainsi élaborés et des services rendus.
Ce qui me paraît primordial, ce n’est pas tant l’édiction de règles particulières
visant à régir telle ou telle situation, mais l’intégration de la politique fiscale
d’encouragement des investissements dans la politique économique d’ensemble.
Car, qu’on le veuille ou non, c’est cette dernière qui constitue la clé de voûte de tout
le système.
Bien que considérées comme des entités à part, les entreprises bénéficiant
des régimes de faveur prévus par les textes sur les investissements restent
soumises aux réglementations nationales. Les résultats de leurs activités sont,
en partie, un reflet de la situation économique d’ensemble du pays.
Cela implique donc que l’État élabore un véritable Plan de développement
qui tienne compte des objectifs et des moyens à mettre en oeuvre pour atteindre
ces objectifs, un Plan qui décide des priorités à établir entre les secteurs
de l’agriculture, de l’industrie et des services, même si d’aucuns affirment
que tout est, a priori, prioritaire.
78
III.2 : Les Codes d’investissement de 1989
- Loi n° 89-026 du 29/12/89 relative au Code des investissements
- Loi n° 89-027 du 29/12/89 relative au régime de zone franche
industrielle
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Préface du Professeur Charles CADOUX ✝
80
la Grande Île retrouve, après bien des épreuves imméritées mais consécutives à
d’incontrôlables fulgurations idéologiques, le chemin de la reprise économique et sociale,
dans l’attente de la prospérité.
Mais cela, manifestement, ce sera pour plus tard. Dans l’immédiat, l’ouvrage de Roger
RABETAFIKA devrait sérieusement aider les responsables nationaux malgaches - toutes forces
politiques confondues - à réfléchir à la mise en œuvre de cette « nouvelle politique économique »
dont dépend l’avenir du pays, c'est-à-dire des nouvelles générations qui n’auront connu ni la
Première ni la Deuxième République Malgache, mais qui sont en droit d’être exigeants… vis-
à-vis de la très prochaine Troisième République.
Charles CADOUX
Professeur à la Faculté de Droit
et de Science Politique d’Aix-Marseille III
Ancien Doyen de la Faculté de Droit
et des Sciences Économiques de Madagascar
81
CHRONIQUE
JURIDIQUE
ET FISCALE
aujourd'hui concernées par ces mesures, dont la STAR, la CIMA, SOABE, la SOJUFA,
SOCOBIS, la HCT et la CIRT pour les privatisations ; et MAMISOA, ZEREN, la SOMALAC
et la FIFABE pour les liquidations. Voir Madagascar Tribune du 05/03/91, p. 3.
6 Ordonnance n°88-005 du 18/04/88 portant réglementation bancaire; arrêté n°6832/88
la sortie de Madagascar de la zone franc en 1973, ne vaut plus que 0,003 franc français.
8 Le déficit des Opérations Globales du Trésor (OGT) par rapport au PIB est passé de 18%
en 1980 à 3,4% en 1987 ; mais il est remonté à 5% en 1990 (Source : Banque des Données
de l'État).
9 La loi de finances 1991 a abaissé le taux de l'impôt sur les bénéfices (IBS) de 45 à 35%,
tout en apportant des aménagements parallèles pour l'imposition des revenus des particuliers.
Pour une étude d'ensemble sur la fiscalité en vigueur depuis la réforme de décembre 1977, voir
R. RABETAFIKA : Réforme fiscale et Révolution socialiste à Madagascar, Ed. L'Harmattan,
Paris, 1990.
10 Décret n° 87-332 du 17/09/87 portant nouveau Plan comptable général
11 Décret n°88-500 du 21/12/88 portant Plan comptable de l'État
12 Loi n° 90-017 du 20/07/90 portant Code minier.
13 Supprimée « définitivement » par le Président de la République lors de sa campagne
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CHRONIQUES
________________________________________________________________
• l'instauration du multipartisme 14 ;
• la publication d'un nouveau Code des investissements.
Parmi toutes ces mesures prises pour redresser une économie exsangue,
anémiée par quatorze années d'interventionnisme étatique « musclé » - dont
une décennie dans le cadre de la Révolution socialiste tous azimuts -
la réforme du droit des investissements est considérée comme un événement
de portée nationale et internationale, pour au moins trois raisons majeures :
D'abord, parce que cette réforme, à l'instar des précédentes dans le même
domaine, comporte un important volet fiscal et douanier. Or, l'impôt a
toujours été « une spécialité d'un maniement particulièrement dangereux
et soulève des passions, motivées beaucoup plus souvent par les apparences
qu'il revêt que par ses incidences véritables » 15.
Ensuite, parce que sa mise en œuvre est, a priori, un signe de reprise
des activités économiques. D'autre part, elle donne la mesure de la confiance
que les investisseurs potentiels, tant nationaux qu'étrangers, et les pouvoirs
publics s'accordent mutuellement pour mener à bien la bataille
du développement : les premiers s'investissent dans de nouvelles activités
productives de biens et de services ; les seconds leur confèrent des privilèges
particuliers pour faciliter le démarrage de leurs opérations et leur garantissent
la sécurité juridique nécessaire à la rentabilisation de leurs investissements
Enfin et surtout, parce que les responsables actuels de la Révolution socialiste
malgache semblent vouloir miser considérablement sur sa réussite
pour amorcer (enfin !) le décollage économique tant attendu mais,
apparemment, très difficile à réaliser.
Il nous paraît donc utile aujourd'hui de réfléchir sur les perspectives d'avenir
de cette réforme, notre seule ambition étant d'apporter notre contribution
à la réussite de la nouvelle politique économique qui est en train de se mettre
en place dans ce vaste pays aux potentialités considérables 16
La première partie de ce travail donnera un aperçu succinct du régime actuel
des investissements à Madagascar. Dans une seconde partie, nous nous
attacherons à l'analyse critique du fondement des privilèges octroyés dans
dans le secteur primaire, des ressources minières importantes, un climat varié qui permet
de développer aussi bien les cultures vivrières et industrielles que celles dites d'exportation
(café, vanille, girofle).
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CHRONIQUES
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En effet, dès le début des années soixante, la Grande Île a mis en place
une série de réglementations destinées à établir et clarifier les règles du jeu
dans le domaine de l'investissement privé.
Ainsi, deux années seulement après l'indépendance du pays acquise en 1960,
les responsables de l'époque ont-ils élaboré le premier Code des
investissements malgache, promulgué sous la forme d'une ordonnance 17.
De facture franchement libérale, le Code de 1962 n'est pas pour autant tombé
dans le redoutable piège des privilèges octroyés sans limites pour attirer à tout
prix les capitaux étrangers. Il s'est efforcé de n'accorder les régimes
préférentiels prévus 18 qu'aux entreprises qui devaient contribuer, par leurs
17 Ordonnance n°62-024 du 19/09/62 portant Code des investissements, modifiée par la loi
n°65-022 du 16/12/65. Ce texte est, en réalité, la reprise de la loi n°61-027 du 09/10/61
qui créa le premier Code des investissements malgache.
18 Quatre régimes préférentiels étaient prévus : le régime du classement et de l'encouragement,
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CHRONIQUES
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CHRONIQUES
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22 Voir J.E. RAKOTOARISOA : « Investir à Madagascar », Revue de l'océan Indien, n°66, juillet
1985, p. 37.
23 Loi n°85-001 du 18/06/85 relative au Code des investissements. Ce texte n'a été, en fait,
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CHRONIQUES
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légitimes d'agir sur les structures, la conjoncture et même les comportements individuels.
Elle peut être utilisée à des fins de dissuasion (surtaxation de certains produits pour
décourager leur consommation. Exemple : les produits de luxe) ; allégée, elle peut aussi
être un puissant instrument d'incitation : c'est l'esprit des dispositions fiscales et douanières
de faveur développées dans les codes d'investissement et autres textes assimilés.
L'expression « dépenses fiscales » est destinée à quantifier l'ampleur des incitations ainsi
mises en œuvre, c'est-à-dire, concrètement, la perte d'impôt correspondante.
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CHRONIQUES
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Ce sont ces objectifs - réalisables seulement sur les moyen et long termes -
qui ont présidé à l'élaboration des textes actuellement en vigueur en matière
d'investissement sur le territoire de la RDM Ces textes se font remarquer par
l'importance, à la fois quantitative et qualitative, des garanties qu'ils accordent
aux investisseurs. Parmi celles-ci, il faut souligner :
• le respect des droits de propriété individuelle et collective. Ainsi,
en cas de nationalisation, d'expropriation ou de réquisition « pour
des motifs d'intérêt général et en vertu d'une loi », l'État s'engage-
t-il à indemniser les investisseurs touchés par ces mesures et
à appliquer à ces indemnisations, évaluées sur la base du capital
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CHRONIQUES
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et totalement irrationnels formulés par les dirigeants de certains pays africains. Financés
par des emprunts extérieurs, souvent réalisés mais jamais opérationnels, ces projets ont fini
par épuiser les finances publiques de ces pays, en alourdissant - de façon dramatique
aujourd'hui - la charge de leurs dettes extérieures. À Madagascar, on parle aussi
de « cathédrales technologiques ».
30 Les premiers parlent de « libéralisation totale » (Cf. l'intervention du CSR
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31Titre IV, 13/47 articles pour le Code, titre VI, 13/68 articles pour le régime ZFI.
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Il faudra pourtant lever le voile sur ces ambiguïtés si l'on veut vraiment réussir
cette politique de libéralisation et de privatisation de l'économie 33.
En attendant, les huit ministères (non compris celui des Finances
et du Budget) chargés de l'instruction des dossiers de demande d'agrément
semblent, comme nous le verrons plus tard, accorder à tour de bras
les autorisations requises.
Le champ d'application
L'art. 12 du décret n° 90-070 du 21/02/90 portant application du Code
des investissements divise, en effet, l'économie malgache en huit secteurs
d'activité, le critère de classification retenu étant la classification fonctionnelle
ou administrative des services instructeurs. Relèvent ainsi :
• du ministère de l'Industrie, de l'Énergie et des Mines
(MIEM) : :
l'artisanat, l'industrie de préparation ou de transformation
des produits d'origine végétale ou animale, la recherche,
l'exploitation ou la transformation des substances minérales
ou minières, les industries manufacturières, la production,
le transport et la distribution d'énergie et d'eau, sous réserve,
pour ces dernières, de renonciation au régime fiscal et douanier
prévus par le Code pétrolier (art. 13 du décret 90-070) ;
• du ministère chargé des Transports, de la Météorologie
et du Tourisme (MTMT) :
l'industrie de transport de personnes et de biens, l'industrie
du tourisme et de l'hôtellerie ;
• du ministère de l'Agriculture (MINAGRI) :
la culture industrielle et artisanale, l'exploitation agricole,
l'industrie de transformation du paddy ;
• du ministère chargé de la Production Animale (élevage
et pêche), des Eaux et Forêts (MPAEF) :
32 C. CADOUX : « Madagascar depuis 1985 : vers la Troisième République », APOI, vol. XI,
1986-1989, p. 137 et suiv.
33 Pour une analyse dans le même sens, voir J. RAVALOSON : « Économie politique du
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II
ANALYSE CRITIQUE DU FONDEMENT DES PRIVILÈGES
OCTROYÉS
« Un Code des investissements ne peut pas à lui seul créer un climat favorable
d'investissement. D'autres facteurs historiques, économiques ou sociopolitiques
entrent en ligne de compte 35. »
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CHRONIQUES
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Aux termes de l'art. 14 du Code de 1989, toute entreprise peut demander pour
son projet d'investissement le bénéfice de l'un des régimes préférentiels
suivants :
• L'agrément au titre de PME. La période d'exploitation couverte
par ce régime (art. 27 du Code) est de :
- 10 ans pour les investissements de création d'entreprise
ou de reconversion d'activités ;
- 5 ans pour les investissements visant à accroître la capacité
de production et/ou à améliorer la qualité et/ou
à diversifier les activités de l'entreprise ;
- 5 ans pour les investissements de réhabilitation
d'entreprise.
• L'agrément de base. Est admise au bénéfice de ce régime toute
entreprise ne pouvant être classée comme PME (art. 29 du Code).
La période d'exploitation effective couverte par l'agrément porte
sur :
- 8 ans pour les investissements de création d'entreprise
ou de reconversion d'activités ;
- 5 ans pour les investissements visant à accroître la capacité
de production et/ou à améliorer la qualité
et/ou à diversifier les activités de l'entreprise ;
- 5 ans pour les investissements de réhabilitation
d'entreprise.
Pendant la durée de l'agrément, aucune décision législative ou réglementaire
prenant effet à une date postérieure à celle de l'agrément ne peut avoir pour
conséquence de supprimer ou de restreindre à l'égard de l'entreprise
les dispositions du régime privilégié dont elle bénéficie (art. 26 du Code).
Ces dispositions assurent à l'entreprise la stabilisation des impôts, droits
et taxes qui lui sont applicables, tant dans l'assiette que dans le taux.
Par souci de simplification et de clarification, le législateur malgache a donc
ramené à deux le nombre des régimes de faveur prévus par le Code, après
l'avoir fixé successivement à quatre (Code de 1962) puis à trois (Codes
de 1973 et 1985).
L'arrêté d'agrément est pris par décision conjointe du ministère dont relève
l'activité et du ministère des Finances et du Budget (art. 15 alinéa 2 du Code),
l'entreprise bénéficiant automatiquement des avantages du régime préférentiel
sollicité si le projet :
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MADAGASCAR R. Rabetafika
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1.2. En aval
1.2.1. Dispositions spécifiques à la création
d’entreprise ou à la reconversion d’activités
• exonération de la taxe professionnelle pendant
cinq ans d'exploitation effective ;
• exonération totale de l'impôt sur les bénéfices
ou les revenus des sociétés pour les cinq
premières années d'exploitation effective, puis
réduction de 90, 80, 60, 40 et 20% du taux
de l'impôt applicable respectivement aux
résultats de la 6e, 7e, 8e, 9e et 10e années.
1.2.2. Dispositions spécifiques aux opérations visant
à accroître la capacité de production et/ou à
améliorer la qualité et/ou à diversifier les
activités de l'entreprise
• réduction de l'impôt sur les bénéfices
ou les revenus des sociétés égale à l'impôt
correspondant à 75% du montant des nouveaux
investissements, avec possibilité de report
du droit non utilisé sur les cinq exercices
suivants.
1.2.3. Dispositions spécifiques aux investissements
de réhabilitation d'entreprise.
• réduction d'impôt prévue par le CGI (droit
commun).
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MADAGASCAR R. Rabetafika
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MADAGASCAR R. Rabetafika
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2.2. En aval
2.2.1. Dispositions spécifiques à la création d'entreprise
ou à la reconversion d'activités.
• exonération totale de l'impôt sur les bénéfices
ou les revenus des sociétés pour les cinq
premières années d'exploitation effective, puis
réduction de 75, 50 et 25% du taux de l'impôt
applicable respectivement aux résultats de la
6ème, 7ème et 8ème années.
2.2.2. Dispositions spécifiques aux opérations visant
à accroître la capacité de production et/ou
à améliorer la qualité et/ou à diversifier
les activités de l'entreprise.
• réduction de l'impôt sur les bénéfices ou les
revenus des sociétés égale à l'impôt
correspondant à 75% du montant des nouveaux
investissements, avec possibilité de report du
droit non utilisé sur les cinq exercices suivants.
2.2.3. Dispositions spécifiques aux investissements
de réhabilitation d'entreprise.
• réduction d'impôt prévue par le CGI (droit
commun).
Ces dispositions fiscales de faveur sont résumées sous forme de tableaux
synoptiques :
- Agrément PME (tableau AI)
- Agrément de base (tableau AII)
À la lecture de ces tableaux, nous constatons que le législateur malgache
semble vouloir :
• D'une part, favoriser davantage le développement des PME
puisque les privilèges fiscaux à elles conférés sont plus
étendus, tant en amont qu'en aval. Soulignons plus
particulièrement l'exonération de la taxe professionnelle
pendant les cinq premières années d'exploitation effective
pour les investissements de création d'entreprise ou
de reconversion d'activités. De surcroît, elles bénéficient
de façon quasi exclusive de divers avantages sociaux,
financiers et commerciaux auxquels les entreprises agréées
au titre du régime de base n'ont pas accès (cf. supra).
103
MADAGASCAR R. Rabetafika
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I.B.S. Impôt sur les bénéfices des sociétés (35% en droit commun),
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B. SPLENDEURS ET MISÈRES
DES RÉGIMES FISCAUX DE FAVEUR
« (...) On trouve des Codes d'investissement dans la plupart des pays sous-
développés. Leur but est de séduire les capitalistes en leur offrant ce qui les attire
le plus : la rentabilité et la sécurité.
« Malheureusement, on assiste souvent à une certaine surenchère en ce domaine,
chacun voulant offrir de meilleures garanties que les autres. Le résultat n'est pas
toujours heureux : on encourage les capitaux sans se préoccuper suffisamment
du secteur dans lequel ils s'investissent. Il arrive ainsi que les investissements que l'on
a suscités n'aient pratiquement aucun effet sur le développement du pays (...) 43. »
CHRONIQUES
________________________________________________________________
107
Nous allons donc nous efforcer de brosser un tableau comparatif des
avantages et inconvénients que Madagascar peut tirer de la mise en oeuvre
de cette nouvelle politique d'incitation des investissements.
1. Les régimes fiscaux de faveur, puissant aiguillon
de l'investissement et instrument de développement
Si « les capitaux privés ont leur morale propre qui n'est ni de l'affectivité
ni de la philanthropie » 44, « le souci de tout investisseur rationnel est (aussi)
de trouver un havre de paix et de stabilité (...), un pays où la fiscalité permet
la maximisation de ce profit (...) » 45.
Lorsqu'il mit sur le métier les textes relatifs aux investissements sur
le territoire de la RDM, le législateur malgache s'est efforcé de se rapprocher
au mieux de cette exigence de l'investisseur, sans pour autant s'acheminer
vers la tentation d'instaurer un véritable « paradis fiscal ». Deux idées
maîtresses ont présidé aux travaux qu'il a menés dans ce sens :
- d'une part, octroyer des libéralités fiscales consistantes en amont,
c'est-à-dire lors de l'établissement et pendant les premières années
de fonctionnement de l'entreprise agréée. Ces libéralités portent sur :
les actes de constitution et d'enregistrement des biens nécessaires à
l'implantation, les prêts bancaires liés au financement
des investissements, les matériels et équipements divers,
les matériaux et accessoires de construction, voire les matières
premières, produits semi-ouvrés et emballages nécessaires au
fonctionnement de l'entreprise. Elles sont mises en place pour
abaisser les frais fixes de l'entreprise, réduire ses besoins en capitaux
et faciliter ainsi son financement. Elles peuvent donc être
primordiales et peser d'une façon décisive dans le choix de
l'investissement, même s'il est patent que d'autres facteurs entrent
également en ligne de compte 46 lors de la prise de décision finale.
- D'autre part, développer des exonérations fiscales importantes
en aval pour permettre à l'entreprise agréée, non seulement de se
constituer des bénéfices substantiels - non ou peu imposés,
réinvestissables ou exportables - mais aussi d'accroître
sa compétitivité sur le marché
MADAGASCAR R. Rabetafika
________________________________________________________________
108
international. Ces exonérations s'appliquent alors sur les bénéfices
et dividendes, les biens et services destinés à l'exportation (Cf. tableaux A
et B).
Autrement dit, les régimes fiscaux de faveur développés dans les textes
actuellement en vigueur peuvent parfaitement constituer un puissant
aiguillon de l'investissement. Et la lecture du tableau C semble corroborer
cette affirmation puisque, un an et demi seulement après la publication de ces
textes, quelque deux cent quatre-vingt-quatorze entreprises ont reçu
l’agrément des autorités compétentes.
Ainsi, 174 entreprises, soit 59,2% du total sont aujourd'hui couvertes par les
dispositions relatives aux PME, dont 137 au titre de création/reconversion
d'activités, 33 en vue d'une extension/amélioration et 4 autres pour des
investissements de réhabilitation. 104 sociétés, soit 35,4% du total bénéficient
du régime de l'agrément de base, dont 47 créations ou reconversions
d'activités, 53 extensions ou améliorations, et 4 réhabilitations. Enfin,
16 entreprises, soit 5,4% du total sont bénéficiaires du régime de faveur
de ZFI, dont une entreprise de promotion-exploitation (EPE) et quinze
entreprises franches (EIT).
Ces entreprises auront investi quelque 610 500 millions FMG dont 295 800
millions FMG en devises et créé un peu moins de 22 250 nouveaux emplois 47.
Outre l'objectif global de création de nouvelles unités de production et
de nouveaux emplois, quels sont les effets escomptés ?
Citons sans être exhaustif :
• L'utilisation et la valorisation des ressources naturelles du pays ;
• Le développement d'entreprises de petite taille (PME/PMI), non
seulement plus adaptées au marché malgache, mais aussi et surtout
susceptibles, d'une part d'apporter de nouvelles connaissances en
matière de gestion, de finances, de marketing, de savoir-faire
technique, industriel et commercial, d'autre part d'embaucher une
importante main-d’œuvre qualifiée issue des universités et des écoles
(grandes et petites, locales et étrangères) ;
• La satisfaction de la demande locale en produits locaux de qualité
(import-substitution) ;
• Le développement d'industries manufacturières orientées vers les
marchés extérieurs (entreprises de ZFI), donc tenues de respecter
scrupuleusement les normes de production et de qualité
internationales pour être en mesure de concurrencer les produits et
services étrangers. Ces industries sont appelées, en particulier,
de 200 ha extensible, cette EPE se propose d'injecter 650 millions $ US dans l'économie
malgache et de créer quelque soixante-dix-huit mille emplois nouveaux, le planning étant étalé
sur une quinzaine d'années.
109
à contribuer à l'amélioration de la balance des paiements, grâce au
rapatriement de leurs revenus en devises. Elles peuvent également
constituer un pôle de développement des entreprises travaillant sur
le marché local (sous-traitances, modèles de développement)
et opérer ainsi un véritable transfert technologique et technique vers
le tissu industriel national. À terme, elles pourraient même engendrer
une véritable mutation sectorielle de la population active, tant sur
le plan de la formation et de la qualification que sur celui de
la répartition géographique. À ce titre, elles deviendraient
un instrument efficace développement régional.
• Enfin - et c'est loin d'être négligeable pour les autorités en place -
le prestige politique, les promesses et les réalisations de projets
industriels étant toujours un puissant moyen de propagande.
110
• Le développement d'industries manufacturières orientées vers
les marchés extérieurs (entreprises de ZFI), donc tenues de respecter
scrupuleusement les normes de production et de qualité internationales
pour être en mesure de concurrencer les produits et services étrangers.
Ces industries sont appelées, en particulier, à contribuer à l'amélioration
de la balance des paiements, grâce au rapatriement de leurs revenus en
devises. Elles peuvent également constituer un pôle de développement
des entreprises travaillant sur le marché local (sous-traitances, modèles
de développement) et opérer ainsi un véritable transfert technologique
et technique vers le tissu industriel national. À terme, elles pourraient
même engendrer une véritable mutation sectorielle de la population
active, tant sur le plan de la formation et de la qualification que sur celui
de la répartition géographique. À ce titre, elles deviendraient un
instrument efficace développement régional.
• Enfin - et c'est loin d'être négligeable pour les autorités en place
- le prestige politique, les promesses et les réalisations de projets
industriels étant toujours un puissant moyen de propagande.
La mise en œuvre des régimes fiscaux de faveur vise donc, en définitive, à
enclencher le développement économique et social du pays, même si, dans le
domaine de l'emploi par exemple, les mesures prises sont - dans l'immédiat -
loin de répondre aux attentes de la Banque Mondiale qui préconise la création
de deux cent mille postes de travail par an pour équilibrer l'offre et la
demande de travail d'ici l'an 2000 48.
Sur le plan purement fiscal, les avantages attendus sont également importants.
Les gains fiscaux escomptés doivent provenir :
• des recettes fiscales directes dégagées des activités des entreprises
agréées à l'issue de la période d'agrément (impôt sur les bénéfices
ou revenus des sociétés) ;
• des recettes fiscales indirectes générées par l'existence même
de ces entreprises (taxes diverses, impôts payés par les salariés, les
sous-traitants) ;
• des produits accessoires liés aux activités qui se développent autour
de ces nouvelles unités de production.
C'est le paradoxe de la déconcertante politique de défiscalisation : l'État
renonce à prélever certains impôts pendant un laps de temps déterminé pour
engranger par la suite de substantielles recettes fiscales.
Il s'agit, en fait, d'un extraordinaire pari sur l'avenir car ces gains fiscaux ne
peuvent se concrétiser (s'ils se concrétisent !) que sur les moyen et long
termes. Et c'est là, comme nous allons le démontrer, que le bât blesse.
48 Voir le rapport de la Banque Mondiale, Madagascar : Population & Health Sector Review,
n°446 MAG, p. V.
Les régimes fiscaux de faveur, s'ils ne sont pas octroyés d'une façon sélective,
peuvent présenter de réels dangers pour les finances et l'économie du pays.
112
des caprices d'une clientèle étrangère 49 que le coût prohibitif
des transports aériens malgaches, l'éloignement de Madagascar des grands
centres touristiques internationaux, l'inadéquation des infrastructures
d'accueil, la moindre maladie endémique 50 ou la moindre instabilité poli-
tique détournent vers des horizons plus cléments et moins mouvementés. Si
le tourisme peut donc apporter sa contribution au développement économique
du pays, il ne saurait être pour autant un fer de lance de ce développement.
Les mesures fiscales d'encouragement dans ce domaine risquent simplement
de se transformer en charges financières définitives pour l'État. Il serait donc
plus judicieux de les octroyer d'une façon beaucoup plus parcimonieuse
de manière à orienter les investisseurs vers des activités, sans doute moins
lucratives sur les court et moyen termes mais plus « sécurisantes » pour
le développement et l'expansion du tissu industriel national.
En ce qui concerne les industries de transport, nous ne prendrons qu'un seul
exemple concret tiré du paysage économique actuel malgache pour illustrer
les dangers, tout aussi importants, qu'elles représentent.
Soit l'entreprise X, petite entreprise individuelle de location de voitures
au capital de 2 000 000 FMG. Elle a obtenu du MTMT une autorisation
d'investissement dans le transport (personnes, biens, organisation de circuits
touristiques), dans le cadre d'une diversification d'activités et s'est engagée à
investir une somme en devises de 13,6 milliards FMG empruntée à l'extérieur
et à créer une vingtaine de nouveaux emplois. Elle acquiert une flotte de
quatre cents véhicules et commence ses activités sous le couvert du régime
de l'agrément des PME (art. 27 du Code) et ce, en dépit de l'insuffisance et
du mauvais état du réseau routier malgache. À ce titre, elle bénéficie pendant
cinq ans :
- d'une exonération totale de la taxe d'importation (TI) et de la taxe
unique sur les transactions (TUT) pour tous les véhicules qu'elle
importe pour réaliser son projet ;
- d'une exonération de la taxe de publicité foncière (TPF)
sur les prêts bancaires qu'elle a contractés à cet effet ainsi que sur
le montant des avals bancaires donnés en garantie de la bonne fin
des opérations de crédits fournisseurs engagés avec ses partenaires
extérieurs ;
- d'une exonération de droits d'enregistrement (DE) pour
les immeubles nécessaires à l'implantation de ses bureaux
et ateliers de maintenance ;
- d'une exonération des droits d'apports (DA) ;
de la capitale, plus de 99% du chiffre d'affaires de son département « Tourisme » sont drainés
par la clientèle étrangère.
50 Retour en force du paludisme en 1988/1989, cas de peste à Antananarivo en 1990
et à Mahajanga en 1991.
113
- d'une réduction de l'impôt sur le revenu (IR) égale à l'impôt
correspondant à 75% du montant de ses nouveaux investissements,
et pourra reporter les droits non utilisés sur les cinq exercices
suivants. Autrement dit, elle ne paiera pratiquement pas d'impôt
pendant dix années consécutives, compte tenu de l'importance du
montant des investissements initiaux (pour 13,6 milliards FMG).
L'entreprise X peut, en outre, bénéficier du régime d'amortissement
dérogatoire (CGI, droit commun) pour ses nouveaux véhicules. De ce fait,
elle amortira le principal de ses investissements en deux ou trois ans.
À la fin de la dixième année d'activité - terme pratique de la période
d'exonération fiscale - et compte tenu de l'absence d'obligation
de réinvestissement des bénéfices dégagés, l'entreprise X peut parfaitement
décider d'arrêter ses activités, après avoir remboursé - en principal, en intérêts
et en devises - les prêts qu'elle a contractés.
Le fisc aura alors tout perdu et l'entreprise X n'aura laissé derrière elle qu'un
parc vieillissant de véhicules totalement amortis, quelques immeubles
(bureaux, ateliers de maintenance) et ... plusieurs dizaines de chômeurs sans
grande qualification (mécaniciens et chauffeurs essentiellement).
Reproductible sur une grande échelle, ce scénario catastrophe - sans doute un
peu caricatural - n'est pas pour autant une simple vue de l'esprit. Il illustre
parfaitement les dangers réels que peut représenter pour les finances et
l'économie malgaches l'application sans discernement d'une politique fiscale
d'incitation des investissements.
Car, en définitive, l'objectif n'est pas tant d'attirer les investisseurs et leurs
capitaux à n'importe quel prix, mais de favoriser les industries susceptibles,
non seulement d'être rentables financièrement, mais encore et surtout
de promouvoir le développement économique et social du pays.
En adoptant cette nouvelle législation sur les investissements, Madagascar
s'est-elle dotée d'un instrument capable de relancer et de promouvoir
son développement économique et social ? Est-elle réellement en mesure
de passer « de l'ajustement (1982-1990) au redressement de son économie », pour
reprendre la question fondamentale posée par M. Jacques Brasseul 51 ?
114
Et à l'horizon, aucune perspective réelle de sortir de cette indigence absolue.
Un malaise évident... 52 »
Si nous rajoutions à ce tableau quasi apocalyptique le bilan de la grève
générale 53 qui paralyse l'économie malgache depuis cinq mois maintenant 54,
l'avenir immédiat de Madagascar paraîtrait bien sombre.
Dans quelle mesure les nouveaux textes sur les investissements pourraient-ils
contribuer à redresser cette situation ?
Suffirait-il aujourd'hui d'adopter et d'appliquer des dispositions fiscales
de faveur pour attirer les investisseurs dans le pays et espérer ainsi voir
l'économie malgache prendre enfin son envol ? Ne faut-il pas aussi et peut-
être avant tout s'attaquer - avec rapidité et détermination - aux vraies racines
du mal, c'est à dire concrètement aux principaux facteurs de dégradation
de l'économie du pays, à savoir : la politique partisane, l'emprise du secteur
informel sur les rouages économiques et financiers de la Grande Île
et la corruption ?
3.1. La nécessaire intégration de la politique fiscale d'incitation
des investissements dans la politique économique
d'ensemble
Comme le constatait déjà M. Gardiner en 1965 :
« On ne se préoccupe généralement pas assez de la politique et des problèmes fiscaux
en tant que facteurs importants d'un développement économique planifié (ou orienté),
pas assez par rapport au soin et à l'attention accordés à l'étude, à la réforme et à la
mise au point de politiques dans d'autres domaines, et compte tenu du rôle que la
politique fiscale peut et doit jouer dans la planification nationale. » 55
avril 1991, p. 10
53 Lors de sa session extraordinaire du 21 août 1991, le Conseil Populaire d'Antananarivo a
dressé ainsi le bilan de la grève générale qui paralyse le pays depuis le mois de mai dernier :
600 entreprises menacées de faillite, suppression probable de 90 000 emplois et 5 milliards
FMG de déficit pour l'économie nationale. Les grévistes dont le noyau dur est constitué par des
opposants au régime regroupés au sein de ce qu'on appelle les Forces Vives de l'Opposition
(FVO) demandent le départ de l'actuel Président de la République. Mais si le besoin d'alternance
au pouvoir est évident (après seize ans de règne sans partage de M. Ratsiraka), le mouvement
de grève semble se heurter à l'absence d'une vraie alternative capable d'assumer cette
alternance.
54 NDLR. Texte rédigé en novembre 1991.
55 R.K.A. Gardiner : Rapport du cycle d'études de niveau supérieur sur les problèmes actuels
115
En effet, le sentiment qui prédomine à l'issue de l'étude des ces mesures, c'est
que les pouvoirs publics malgaches ne semblent pas avoir mené jusqu'à son
terme la démarche prospective préalable qui paraît pourtant indispensable en
la matière.
La précipitation avec laquelle ces mesures ont été élaborées, le caractère -
somme toute vague et inconsistant - des critères d'éligibilité des entreprises
aux régimes fiscaux de faveur prévus, l'absence manifeste de décisions visant
à mettre en place les organes appelés à contrôler et à gérer les exemptions
fiscales ainsi octroyées 57, sont autant d'indices qui laissent penser que c'est
l'État, en définitive, qui risque de faire les frais de cette « braderie fiscale »
de grande envergure.
Les spécialistes estiment que le volume des dépenses fiscales entraînées
par la mise en œuvre des régimes fiscaux de faveur destinés à encourager
les investissements représente, selon le cas, 2 à 15% des recettes fiscales
totales du pays d'accueil des investissements ainsi recherchés.
Or, dans un pays comme Madagascar où c'est précisément le facteur capital
public interne (l'impôt en général) qui est l'élément difficile à rassembler,
l'octroi de libéralités fiscales trop importantes peut être lourd
de conséquences pour les actions dont la réalisation dépend des finances de
l'État.
Ce qui paraît primordial donc aujourd'hui, ce n'est pas tant l'édiction
de règles particulières visant à régir telle ou telle situation,
mais l'intégration de la politique fiscale d'incitation des investissements dans
la politique économique d'ensemble.
En effet, bien que considérées comme des entités à part, les entreprises
bénéficiant des régimes de faveur des textes sur les investissements restent
soumises aux réglementations nationales. Les résultats de leurs activités sont,
en partie, un reflet de la situation économique d'ensemble du pays.
Cela implique donc et avant tout que l'État élabore un véritable Plan
de développement qui tienne compte des objectifs et des moyens à mettre
en œuvre pour les atteindre, un Plan qui soit capable de fixer les priorités
entre les secteurs de l'agriculture, de l'industrie et des services.
« Qui trop embrasse mal étreint » dit la sagesse populaire. Compte tenu
de la faiblesse de ses moyens, Madagascar aura forcément à faire
un choix. Elle devra concentrer le principal de ses efforts - dépenses fiscales
comprises - dans le financement et la promotion des secteurs qui apparaîtront
notre avis, la mise en place d'une Administration moderne, compétente et, surtout, honnête.
Or, jusqu'à ce jour, aucune mesure concrète ne semble avoir été prise dans ce sens. Le Bureau
de coordination de la Direction générale des Ressources publiques chargé du suivi des dossiers
de demande d'agrément n'est composé que d'une demi-douzaine d'agents qui ne pourraient,
matériellement et malgré toute la bonne volonté du monde, assumer la lourde tâche qui leur
est dévolue.
116
comme prioritaires dans ce choix. Un développement en ordre dispersé,
comme cela semble être le cas actuellement, ne saurait être profitable
ni à l'économie du pays, ni à l'ensemble de la population malgache.
C'est dans le même ordre d'idées que nous soutenons que tout investissement
n'est pas bon a priori, car « ce culte de l'investissement pour l'investissement,
ce veau d'or des nations prolétaires » 58, conduit aujourd'hui aux redoutables
dérapages que nous avons dénoncés dans nos développements antérieurs.
Mais cela implique aussi l'existence d'un État fort, soutenu par le peuple qu'il
représente et dirige, un État capable, non seulement de cantonner ses actions
dans les domaines qui, par nature, lui reviennent de droit, tels
le développement des infrastructures, l'éducation, la santé ou encore
la sécurité, mais aussi et surtout de procéder - résolument et avec efficacité -
à la moralisation de la vie publique.
3.2. La moralisation de la vie publique, condition sine qua non
du développement
« (...) La moralisation de la vie publique est une nécessité vitale et une condition sine
qua non pour améliorer les conditions de vie d'une population qui, en dépit de toutes
les promesses électorales et autres, s'enfonce de plus en plus dans la misère la plus
noire. » 59
117
Un auteur 61 avait écrit à ce sujet :
« Le P.S.D. est parvenu à une telle puissance qu'une véritable symbiose s'est faite
entre lui, le Régime et l'État. On ne peut même plus dire que l'Administration
intervient en faveur du P.S.D parce qu'elle est un élément de ce parti. »
Les événements de mai 1972, pour leur part, ont abouti à l'émergence et à
l'organisation au sein d'un autre parti, cette fois-ci présidentiel - l'AREMA -
d'une bourgeoisie d'affaires nationale au pouvoir tentaculaire, gravitant
autour du Président de la RDM et infiltrée dans tous les rouages de la vie
économique, politique, sociale et culturelle du pays : les Forces armées, les
banques, les assurances, la Justice, les sociétés d'État, les grandes compagnies
privées et surtout l'Administration. Encore elle !
Les choses ont, certes, évolué depuis. Il conviendrait même de louer
et d'encourager certaines grandes initiatives visant à assainir et à reprendre en
main la situation 62.
Il n'en reste pas moins que c'est, fondamentalement, cette intrusion abusive
de la politique partisane dans la gestion des affaires publiques qui a conduit
au découragement, à la résignation et à la désillusion nombre
de fonctionnaires et de responsables consciencieux. Et le malheur des uns
profitant toujours à d'autres, les postes clés de l'Administration et
des principaux rouages économiques et financiers du pays sont tombés entre
les mains de gens dont les principales qualités ne sont ni l'intégrité
professionnelle ni l'esprit civique.
C'est l'explication logique de l'atmosphère délétère actuelle. Ce sont
les raisons essentielles du développement à travers toutes les structures
de l'État du secteur informel 63 où le népotisme, le copinage, l'affairisme,
la vénalité et la corruption - qu'elles soient de survie ...ou de profit -
sont légion.
118
CONCLUSION
Après avoir navigué pendant dix ans dans les eaux calmes d'un régime libéral
teinté de quelques touches socialisantes, puis bravé les flots tumultueux d'un
interventionnisme étatique « musclé » au cours des deux dernières décennies,
Madagascar semble de nouveau vouloir faire de l'initiative privée le moteur
principal de sa croissance économique. La mise en oeuvre d'un nouveau Code
des investissements et d'une loi très concurrentielle sur le régime de ZFI est
une des manifestations les plus significatives de ce revirement politique.
Déréglementation, défiscalisation et, dans une moindre mesure,
débureaucratisation, tels sont désormais les maîtres mots des détenteurs
actuels du pouvoir dans le pays. Et il semble que les résultats obtenus
ces dernières années laissent augurer d'un avenir beaucoup plus serein.
Le FMI et la Banque Mondiale affirment même que l'année 1989 a été celle
du redémarrage de la machine économique malgache,
« complètement grippée après dix années de planification centralisée » 64.
Il convient cependant d'être prudent car, malheureusement, tous
les problèmes sont, comme nous venons de le voir, loin d'être résolus.
Et si l'adoption du libéralisme économique comme modèle
de développement est désormais un principe acquis, il reste à savoir
si les Malgaches - ou plus exactement ceux qui ont la lourde charge de
les gouverner - veulent véritablement gagner ce nouveau pari pour sortir enfin
la Grande Île de l'ornière dans laquelle ils l'ont plongée depuis 1975.
En effet, les choix politiques et les grandes théories économiques ne sont là
que pour établir les priorités, éclairer et sous-tendre les actions à mener. Tout
le reste est une question de modalités d'application, de circonstances plus ou
moins maîtrisables et, en définitive, de bonne volonté des responsables politiques
en place.
Lors d'une discussion à bâtons rompus avec un haut dignitaire du Régime
actuel, à propos des problèmes auxquels se trouve confronté aujourd'hui le
pays, nous avons émis l'idée que les perspectives de développement
économique et social de la Grande Île devaient sans doute se dessiner
également à travers la mise en veilleuse de la politique partisane. Il nous a été
répondu que « la société malgache est une société de palabre et que toute
action gouvernementale qui ne tiendrait pas compte de ce paramètre est, dès
le départ, vouée à l'échec ».
Est-ce à dire, en quelque sorte, que l'histoire ne pourra que continuer sur
le même air, en dépit des cinglantes leçons qu'elle aura données aux dirigeants
successifs de ce pays que l'on voudrait pourtant voir, avec les potentialités
qui sont les siennes, recouvrer son qualificatif « d'Île heureuse » ?
119
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III.3 : Les Codes
d’investissement de 2007
126
Faculté de Droit et de Science Politique
Université Paul Cézanne d’Aix Marseille III
Roger RABETAFIKA
&
Vola Marielle RAJAONARISON-RAZAFINAVALONA
127
Sommaire
Introduction
A – Les dispositions fiscales des Codes d’investissement, fer de lance du développement économique
de la Grande Île.
Conclusion
Bibliographie sommaire
128
Liste des sigles
NDLR : les tableaux 3 à 10 sont extraits du document établi par RAKOTOMANANA E.,
RAJAOBELINA J. et RAKOTOARINIVO A. : « Les entreprises franches à Madagascar : leurs
marchés et leur impact sur l’économie » en mai 2008 pour le GEFP, gracieusement mis à notre
disposition par M. Frédéric WYBO, administrateur de cet organisme.
130
LES CODES D’INVESTISSEMENT,
FER DE LANCE DU DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE
DE MADAGASCAR ?
Roger RABETAFIKA
&
Vola Marielle RAJAONARISON-RAZAFINAVALONA 65
"Le métier d’un écrivain, c’est d’écrire des mensonges, mais de faire en sorte que le
lecteur recherche la vérité qu’on ne dit pas"
Nguyên Huy Thiêp (Le Monde des livres)
65 Titulaire d’un DESS de droit fiscal, Roger RABETAFIKA est Secrétaire Général de l’Institut Supérieur d’Etudes Comptables, Faculté
de Droit et de Science Politique d’Aix-Marseille, Université Paul Cézanne d’Aix-Marseille III ; Vola Marielle RAJAONARISON-
RAZAFINAVALONA est titulaire d’un DEA (Master) en Finances Publiques et Fiscalité et d’un Master en Droit maritime et
des transports de la Faculté de Droit et de Science Politique d’Aix-Marseille, Université Paul Cézanne d’Aix-Marseille III
Nos remerciements à M. Frédéric WYBO et Madame Julie RATSIMISETRA-RAJAONAH du GEFP, Madame Bodo
RALANTOARILOLONA du CREAM, Madame Victorine RAMELINA du CSC, au quotidien « Le Monde » et au magazine
« Courrier International » qui nous ont permis, chacun à leur manière, d’élaborer et d’illustrer cette étude.
66 Baverez N. « La démesure et la raison », Le Monde du 20/02/2008. Avocat et essayiste économique de tendance libérale, il est l’un
des représentants du controversé courant « décliniste » qui voit en la France un pays en déclin à cause de sa fiscalité trop lourde,
de sa protection sociale « étouffante », de l’absence de réformes d’ouverture au marché et, d’une manière plus générale,
de l’interventionnisme étatique.
67 Ile-continent de 592 000 Kms2, 18,6 millions d’habitants dont 80% travaillent dans le secteur primaire, des ressources minières
importantes, un climat varié qui permet de développer aussi bien les cultures vivrières et industrielles que celles dites d'exportation (café,
vanille, girofle).
68 Bew R. « Sud qui rit, Nord qui pleure », Courrier International, « le Monde en 2008 », hors série n° 22, déc. 2007-févr.
2008, p. 11
131
Il convient cependant d'être prudent car, malheureusement, tous les problèmes sont, comme
nous allons le voir, loin d'être résolus. En effet, si l'adoption du libéralisme économique comme modèle
de développement est désormais un principe définitivement acquis, depuis bientôt vingt ans déjà,
il reste à savoir si les Malgaches - et plus exactement ceux qui ont la lourde et noble charge
de les gouverner – veulent et, surtout, peuvent véritablement gagner la gigantesque bataille
du développement à laquelle ils se livrent, pour sortir enfin la Grande Ile de l'ornière dans laquelle
elle s’est enlisée depuis trop longtemps 69.
Les choix politiques et les grandes théories économiques ne sont là, en effet, que pour établir
les priorités, éclairer et sous-tendre les actions à mener. Tout le reste est une question de modalités
d'application, de circonstances plus ou moins maîtrisables et, en définitive, de bonne volonté
des responsables politiques en place.
À observer l’évolution des taux de croissance du pays enregistrés au cours de ces dernières
70
années , l’on est, néanmoins, en droit de penser que la machine économique malgache est en mesure
de se dégripper. Les pouvoirs publics en place, en tout cas, s’y emploient. Avec énergie. Depuis 2002,
en particulier, après ce que l’histoire immédiate considère désormais comme la plus grave crise
sociopolitique que cette ile continent de l’Océan Indien ait jamais connue depuis son indépendance 71,
les réformes ont été très nombreuses, s’attachant essentiellement à mettre en place les instruments
juridiques nécessaires au développement, à la normalisation et à la sécurisation des activités
économiques et financières. Citons, dans un ordre dispersé et sans que cette énumération soit
exhaustive, la publication de plusieurs textes-phares, législatifs et réglementaires, qui se distinguent
par les innovations qu’ils apportent, ou les controverses qu’ils suscitent :
- la loi du 09/04/2003 portant nouveau Code de procédure civiloe ;
- la loi n° 2003-028 du 27/08/2003 qui autorise l’accession des étrangers à la propriété foncière
dans le cadre de la réalisation de projets d’investissement ;
- la loi n° 2001-031 du 08/10/2002 instituant un régime spécial pour les Grands Investissements
Miniers (LGIM) ;
- la loi n° 2003-036 sur les sociétés commerciales ;
- la loi n° 2003-041 du 03/09/2004 sur le droit des sûretés ;
- la loi n° 2003-044 du 28/07/2004 portant Code du travail ;
69 Successivement Protectorat (1895), Colonie (1896) et République membre de l’Union française (1958-1960), la Grande Île a acquis
son indépendance en juin 1960 et expérimenté, sans grand succès a priori, plusieurs modèles de développement : de 1960 à 1975, un
libéralisme modéré, teinté de quelques touches socialisantes, de 1975 à 1991, un socialisme révolutionnaire pur et dur qui s’est soldé par
une retentissante faillite, et de 1991 à ce jour, une nouvelle forme d’ultralibéralisme à la malgache. Aucune de ces formules ne semble,
pour le moment, avoir véritablement réussi, Madagascar faisant toujours partie des pays les plus pauvres du monde
70 -12,7 % en 2002, 9,8 % en 2003, 5,3 % en 2004, 4,6 % en 2005, 4,9 % en 2006, 6,3 % en 2007 et 7,2 % en 2008 (Source : Direction
Ravalomanana, qui a vu la victoire de ce dernier, a failli plonger le pays dans une effroyable guerre civile aux conséquences incalculables.
Outre les très nombreux écrits publiés sur le sujet sur différents forums d’Internet, quelques ouvrages de référence peuvent être consultés
pour comprendre les principaux enjeux, les tenants et aboutissants de cette crise : YMAL D. « Madagascar 2002 : l’Eveil d’un peuple »,
Édition Mapom, sept. 2002, RAJOELINA P. « Le Duel », Éditions l’Harmattan, juin 2003, DUCLOS H. « La Déchirure », Éditions
Azalées, mars 2004, TIERSONNIER J. « Des sagaies aux ombrelles », Éditions l’Harmattan, juin 2004, RAKOTONDRAVELO R.
« Madagascar sur le seuil de la liberté », volumes 1 & 2, Éditions Nosymanja, octobre 2004. Cf. également un volumineux document
publié en quasi-anonymat sur Internet en 2004 par l’Association ENINA, sous le titre « Madagascar : quelles vérités pour construire
notre avenir ? ». Cf. enfin RABETAFIKA R. « Marc RAVALOMANANA, un Président merina, porteur de tous les espoirs d’un peuple
à la recherche de son développement », [Link], rubrique « Politique », janvier 2003.
132
- la loi n° 2003-051 du 30/01/2004 sur la privatisation des entreprises publiques dont le capital
est détenu à plus de 50 % par l’État, complétant la loi n° 96-011 du 13/08/1996 qui régit les entreprises
à participations publiques minoritaires, elle-même modifiée par la loi n° 98-014 du 19/11/1998 ;
- la loi n° 2004-003 du 24/06/2004 portant libéralisation du secteur pétrolier ;
- la loi n° 2004-020 du 19/08/2004 sur le blanchiment, le dépistage, la confiscation
et la coopération internationale en matière de produits du crime,
- la loi n°2004-030 du 09/09/2004 sur la lutte contre la corruption ;
- la loi n° 2004-045 du 14/01/2005 relative à la prévention et la répression des infractions
en matière de chèques ;
- le Décret n° 2002-1128 du 30/09/2002 portant création du Conseil Supérieur de Lutte Contre
la Corruption (CSLCC) ;
- le Décret n° 2003-938 du 09/09/2003 portant création du Guichet Unique des investissements
et de Développement des Entreprises (GUIDE) 72 ;
- le Décret n° 2004-694 du 06/07/2004 portant réglementation des comptes en devises ;
- le Décret 2004-731 du 27/07/2004 portant création d’un Marché Interbancaire de Devises
(MID) ;
- le Décret n° 2004-937 portant création du Bureau Indépendant Anti-Corruption (BIANCO).
Par ailleurs, l’État malgache a procédé à la signature et à la ratification de divers Accords
et Conventions internationaux visant essentiellement à protéger et à garantir les investissements :
- Accord sur la protection et la promotion réciproque des investissements entre l’ile Maurice
et Madagascar le 06/04/2004 ;
- Accord sur l’encouragement et la protection réciproque des investissements entre la France
et Madagascar le 14/04/2004 ;
- Conventions multilatérales (COI, OMC, OPEP, SADC, COMESA).
Certains de ces Accords et Conventions internationaux, ont été, bien entendu, initiés par les régimes
précédents et ratifiés par la suite.
Parmi toutes les mesures prises pour assurer le « développement rapide et durable » 73
de la Grande Île, la publication d’une nouvelle loi sur les investissements 74 et d’un autre texte législatif
relatif aux Zones d’Entreprises Franches à Madagascar 75 est considérée par nombre d’opérateurs
comme un événement majeur, de portée nationale et internationale, pour au moins deux raisons
majeures :
133
- d'abord, parce que la mise en œuvre de ces textes est, a priori, un signe de la volonté
affirmée des pouvoirs publics en place d’activer la reprise des activités économiques après une
longue léthargie consécutive à des fulgurations politiques imméritées, et d’en intégrer
les produits dans la compétition mondiale. L’exposé des motifs de la nouvelle loi sur
les investissements est très clair à ce sujet :
« (…) fournir un environnement incitatif pratique, transparent et d'avant-garde pour toutes
les activités d'investissement à Madagascar, le but étant d'adapter et de dynamiser rapidement
le tissu économique local pour qu'il soit en convergence avec un contexte économique international
particulièrement concurrentiel et où Madagascar se doit d'être constamment en accord avec
les grandes tendances mondiale afin de pouvoir attirer avec efficacité les capitaux nécessaires pour
créer des emplois et permettre au pays de devenir une économie émergente (…) » ; elle donne,
par ailleurs, la mesure de la confiance que les investisseurs potentiels, tant nationaux qu'étrangers,
et les pouvoirs publics s'accordent mutuellement pour mener à bien la bataille du développement :
les premiers s'investissent dans de nouvelles activités productives de biens et de services ; les seconds
leur confèrent des privilèges particuliers pour faciliter le démarrage de leurs opérations et, surtout,
leur garantissent la sécurité juridique nécessaire à la rentabilisation de leurs investissements ;
- ensuite et surtout parce que les responsables politiques actuels de la Grande Île semblent
vouloir faire de ces textes le principal fer de lance du développement économique du pays
tant attendu mais, manifestement, très difficile à réaliser.
Les propos qui vont suivre s’attacheront à démêler l’écheveau de ces nouveaux textes, dans
un esprit de participation active à l’œuvre collective de rénovation et de développement de la Nation
malgache.
La première partie de ce travail brossera un tableau succinct du régime actuel
des investissements à Madagascar. Dans une seconde partie, nous nous attacherons à l'analyse
du fondement des mesures prises dans le cadre de ce régime et soulèverons les principaux problèmes
auxquels peut se heurter sa mise en œuvre. Nous dégagerons enfin quelques réflexions d'ensemble
sur les perspectives qu’il ouvre de nouveau pour la Grande Île.
L'élaboration de nouvelles mesures dérogatoires visant à favoriser les investissements est,
en effet, un signal fort lancé à l’intention des investisseurs potentiels, nationaux et étrangers. Mais elle
est certainement insuffisante pour amorcer et assurer sur la durée le développement sociopolitique,
économique et financier de ce pays aux potentialités considérables.
I
LE CADRE JURIDIQUE DE L’INVESTISSEMENT À MADAGASCAR
Dans bon nombre de pays du Tiers-monde confrontés aux problèmes inextricables du sous-
développement, l'élaboration d'une législation spéciale sur les investissements destinée essentiellement
à attirer les capitaux privés étrangers fait partie, en réalité depuis quelques décennies déjà,
de la panoplie des moyens mis en œuvre par ces pays pour amorcer et assurer leur développement
économique.
Généralement dénommée « Code d'investissement », cette législation spéciale comporte
plusieurs volets : du droit civil, du droit commercial, du droit du travail, du droit international, mais
aussi des dispositions financières, fiscales et douanières de faveur plus ou moins importantes.
En presque cinquante ans d'indépendance, Madagascar, comme nous allons le voir, en aura
expérimenté cinq. Nous allons essayer de les présenter d’une manière très succincte.
134
A - UN BREF RAPPEL HISTORIQUE 76
En effet, dès le début des années soixante, la Grande Ile a mis en place une série
de réglementations destinées à établir et clarifier les règles du jeu dans le domaine de l'investissement
privé.
Ainsi, deux années seulement après l'indépendance du pays acquise en 1960, les responsables
de l'époque ont-ils élaboré le premier Code des investissements malgache, promulgué sous la forme
d'une ordonnance 77.
De facture franchement libérale, le Code de 1962 n'est pas pour autant tombé dans le redoutable
piège des privilèges octroyés sans limites pour attirer à tout prix les capitaux étrangers. Il s'est efforcé
de n'accorder les régimes préférentiels prévus 78 qu'aux entreprises qui devaient contribuer, par leurs
investissements ou réinvestissements dans les domaines industriel, agricole ou minier (donc à
l'exclusion du secteur commercial proprement dit), soit :
• à la réalisation des objectifs du Plan ;
• à l'essor économique par le volume des investissements, la création d'emplois, la valorisation
des ressources naturelles du pays, la production de biens ou la fourniture de services
favorisant le développement d'activités existantes ou la création d'activités nouvelles ;
• au redressement de la balance commerciale par la réduction des importations et l'expansion
des exportations ou à l'amélioration de la balance des comptes.
Tout le reste était une question d'interprétation des textes et, surtout, de bonne « jugeote »
des autorités chargées d'octroyer les régimes de faveur ainsi définis. Ce Code est resté en vigueur
jusqu'en septembre 1973, date de promulgation d'une nouvelle ordonnance 79.
Expression - parmi d'autres - du revirement de la politique économique du pays, le Code
de 1973 s'est fait remarquer par le caractère particulièrement flou de son contenu, sa conception dans
un contexte de crise de nationalisme exacerbé n'étant pas étrangère à cet état de choses.
Les opérateurs économiques de l'époque lui reprochèrent, d'abord de ne pas avoir donné une
définition précise de ce qu'il fallait entendre par « investissement », ensuite de s'être gardé de dresser
une quelconque liste des secteurs couverts par la notion « d'activités réservées », domaines exclusifs
d'intervention de l'État. Ces ambiguïtés, combinées avec, d'une part la redéfinition - dans le sens
restrictif - des régimes préférentiels 80, d'autre part le renforcement des conditions de programme et
d'utilité économique, eurent ainsi raison des meilleurs projets qui auraient pu être formulés
dans le contexte de crise dans laquelle le pays s'enfonçait lentement mais sûrement. « Rien, en effet,
ne peut faire fuir plus les investisseurs potentiels que l'ambiguïté des textes devant régir les capitaux
qu'ils mobilisent dans une opération déterminée » 81.
76 À quelques détails près, ce rappel historique est extrait de la chronique juridique et fiscale de RABETAFIKA R. « Relance économique
à Madagascar : Codes des investissements et zone Franche industrielle, premier bilan et perspectives », Annuaire des Pays de l’Océan
Indien, vol. XII, 1990-1991, PUAM/CNRS, août 1992
77 Ordonnance n°62-024 du 19/09/62 portant Code des investissements, modifiée par la loi n°65-022 du 16/12/65. Ce texte est, en réalité,
la reprise de la loi n°61-027 du 09/10/61 qui créa le premier Code des investissements malgache.
78 Quatre régimes préférentiels étaient prévus : le régime du classement et de l'encouragement, le régime de l'agrément (régime de base),
le régime fiscal de longue durée et la convention d'établissement Voir à ce sujet les commentaires de PHILIP L. : « La fiscalité malgache
et ses récentes modifications », Revue économique de Madagascar, n° 2, 1967, p. 242 et suiv.
79 Ordonnance n° 73-057 du 19/09/73 portant Code des investissements
80 Suppression du régime de classement et de l'encouragement, réduction de 10 à 5 ans de la durée du régime de l'agrément, maintien
135
Les dirigeants de la République Démocratique de Madagascar ont néanmoins continué
à appliquer les dispositions de cette ordonnance, jusqu'au moment où ils prirent enfin « conscience
du rôle crucial que devait jouer le secteur privé dans le processus du développement » 82. Ils mirent
alors sur le métier- avec force publicité - un nouveau texte relatif au Code des investissements 83.
Texte d'initiative gouvernementale, présenté devant l'Assemblée Nationale Populaire sous
la forme d'un projet de loi et adopté à une très large majorité par les députés, le Code de 1985, attendu
depuis de longues années par les opérateurs économiques nationaux - impatients de reprendre leur
place dans le concert du redressement national - eut le mérite de reclarifier les règles du jeu. Il contribua
ainsi à améliorer le "climat d'investissement" en donnant, en particulier, une liste exhaustive :
• de ce qui pouvait être considéré comme investissement ;
• des activités réservées à l'État (les banques, les assurances, la construction navale, les énergies,
les mines), en y incluant d'une manière extraordinairement floue celles « pouvant toucher
la sécurité nationale et l'ordre public » ; l'économie malgache était par ailleurs divisée en deux
secteurs : le secteur public et le secteur privé, avec néanmoins une possibilité d'interférence
du second dans le premier, dans la cadre des contrats de partenariat.
Il a enfin posé le principe de l'égalité de traitement entre, d'une part les investisseurs nationaux
et étrangers, d'autre part les opérateurs économiques, l'État n'étant qu'un élément parmi d'autres de ces
opérateurs économiques et intéressé autant qu'eux par la recherche de la rentabilité et de la sécurité.
Les régimes préférentiels, quant à eux, étaient au nombre de trois : l'agrément prioritaire,
le régime des PME et le contrat de partenariat.
C'est dire, en somme, que le législateur malgache n'en était plus à ses premières expériences
en matière de Code d'investissement lorsqu'il élabora le quatrième Code de décembre 1989 84, jumelé
avec un ensemble de textes instaurant le régime de zone franche industrielle à Madagascar 85.
Une grande première pour l'histoire économique, financière, fiscale et sociale du pays, pour
suivre - sans le moindre complexe - les exemples, semble-t-il, probants, d’autres pays du Sud,
notamment de l'Île Maurice, la minuscule mais « puissante » voisine de l'océan Indien.
L'art. 12 du décret n° 90-070 du 21/02/90 portant application du Code des investissements
de 1989 a divisé l'économie malgache en huit secteurs d'activité, le critère de classification retenu étant
la classification fonctionnelle ou administrative des services instructeurs.
Sans doute justifiable sur le plan technique, cette classification était cependant sujette à critique
car elle pouvait engendrer de sérieux problèmes pratiques liés :
- à la trop grande disparité des services appelés à instruire les dossiers de demande d'agrément,
- au conflit de compétence entre ministères de tutelle pour les dossiers relatifs à des activités
multiples,
- à la multiplication des risques de corruption des autorités chargées d'accorder les agréments.
Quant aux investissements ils pouvaient être (art. 2 du Code et art. 1, 2e et 3e alinéas du régime ZFI) :
• des investissements correspondant à la création d'entreprise ou à la reconversion d'activités ;
• des investissements visant à accroître la capacité de production et/ou à améliorer la qualité
et/ou à diversifier les activités de l'entreprise ;
• des investissements de réhabilitation d'entreprise ;
82 RAKOTOARISOA J.E : « Investir à Madagascar », Revue de l'océan Indien, n°66, juillet 1985, p. 37
83 Loi n°85-001 du 18/06/85 relative au Code des investissements. Ce texte n'a été, en fait, appliqué qu'en novembre 1986,
date de publication de la première décision d'agrément (arrêté n°4445/86 du 04/11/86 portant agrément de la société Aventour).
84 Loi n° 89-026 du 29/12/89 relative au Code des investissements.
85 Loi n° 89-027 du 29/12/89 relative au régime de zone franche industrielle à Madagascar et ses textes d'application.
136
• enfin, des activités industrielles de transformation tournées vers l'exportation, c'est-à-dire
la vente à l'étranger de biens et services originaires ou en provenance de Madagascar. Étaient
également assimilés à des opérations d'exportation les ventes directes aux industries
bénéficiaires du régime ZFI. Ces activités ne pouvaient cependant s'exercer qu'à l'intérieur
d'une aire matériellement délimitée dite « Zone Franche Industrielle » (art. 2 du régime ZFI),
sous contrôle douanier très strict, à l'intérieur de laquelle les investisseurs créaient :
- soit des entreprises de promotion exploitation (EPE) chargées, d'une part, des travaux
d'aménagement et de construction (les parcs industriels d'accueil), d'autre part,
de la gestion et de la promotion des ZFI qui leur sont confiées,
- soit des entreprises industrielles de transformation (EIT) ou des entreprises de services,
appelées « entreprises utilisatrices » (art. 3 du régime ZFI).
À titre dérogatoire, toute entreprise industrielle de transformation répondant à certains critères
techniques et financiers pouvait - à l'extérieur des ZFI - se voir accorder le statut d'« entreprise
franche » (EF) et avoir ainsi les mêmes droits, avantages et obligations que les entreprises « normales »
de ZFI (art. 4 du régime ZFI). L'avantage principal de ce système résidait dans la possibilité d'implanter
les unités de production dans des localités bien desservies par les moyens de transport ou à main-
d’œuvre abondante et/ou qualifiée.
Moins de deux ans après sa publication, le texte sur le régime de Zone Franche Industrielle fut
modifié et amélioré par la loi n° 91-020 du 12/08/1991 qui ajouta une nouvelle catégorie d’entreprises
franches (les entreprises de production intensive de base) autorisées à se livrer aux activités visées par
la loi n° 89-027 du 29/12/89. Quant au Code des investissements de 1989, il fut purement et simplement
abrogé par la loi n° 96-015 du 13/08/1996. Les entreprises agréées sous l’empire de ce Code ont
néanmoins continué à bénéficier des avantages qui leur ont été accordés, sauf celles qui ont choisi
de revenir dans le régime de droit commun, notamment pour le volet fiscal, dans la mesure, bien
entendu, où celui-ci leur était plus favorable.
86 Expression empruntée au Président Marc Ravalomanana dans son message de présentation officielle du « Madagascar Action Plan »
(MAP), un plan quinquennal établi par la Présidence de la République : un « plan d’action ambitieux qui définit la feuille de route et les
priorités de la nation de 2007 à 2012 ».
137
économique et financière du pays s’appuie sur des documents de référence dénommés « Vision :
Madagascar Naturellement » 87 et « Madagascar Action Plan » (MAP) 88.
Document stratégique élaboré à l’initiative du Président de la République, le MAP définit
les engagements et les actions qui conduiront la Grande Île à une croissance « rapide » et « durable ».
Ces engagements s’articulent autour de huit grands thèmes :
1 – Gouvernance responsable
2 – Infrastructure reliée
3 – Transformation de l’Éducation
4 – Développement rural
5 – Santé, Planning familial et lutte contre le VIH/SIDA
6 – Économie à forte croissance
7 – Environnement
8 – Solidarité nationale
Les objectifs à atteindre dénommés « Objectifs du Millénaire pour le Développement » (OMD)
étant les suivants :
1 – éradiquer la pauvreté extrême et la famine
2 – atteindre l’éducation primaire universelle
3 – promouvoir l’égalité des sexes et responsabiliser les femmes
4 – réduire la mortalité infantile
5 – améliorer la santé maternelle
6 – combattre le VIH/SIDA, le paludisme ainsi que d’autres maladies
7 – assurer la durabilité environnementale.
Les résultats attendus de la mise en oeuvre de ce programme quinquennal sont résumés dans
le tableau 1 ci-dessous :
Tableau 1 : Les grands objectifs du MAP (Source : Les grands objectifs - Plan d’Action Madagascar 2007-2012)
87 La Vision « Madagascar Naturellement » est une vision nationale définie par le conseil des ministres en 2004, qui sert de ligne
de référence dans l’élaboration des divers programmes inscrits dans le cadre du MAP.
88 Le MAP est un plan quinquennal établi par la Présidence de la République et qui est défini comme un « plan d’action ambitieux qui
138
Il ressort de la lecture de ce tableau que le niveau espéré d’Investissements Directs Étrangers
(IDE) est très ambitieux (500 millions USD en 2012). Le succès du MAP dépend donc, pour partie,
de la « capacité des autorités malgaches en place à attirer un flux significatif d’IDE » 89. C’est dans
cet esprit que les pouvoirs publics en place ont décidé de miser essentiellement sur le développement
du secteur privé, l’objectif étant d’attirer les investisseurs étrangers en leur offrant l’environnement
le plus sécurisant possible.
Les réformes en « profondeur » énumérées précédemment ont ainsi conduit naturellement à
l’adoption de la nouvelle loi n°2007-036 du 14 janvier 2008 sur les investissements et de la loi n°2007-
037 du 14 janvier 2008 sur les zones et entreprises Franches à Madagascar. Nous allons nous attacher
à mettre en lumière les principales innovations qu’elles apportent et feront les commentaires
qu’elles suscitent.
2. Le Code des investissements
Le nouveau Code des investissements qui comporte vingt-deux articles est donc né
de la concertation du secteur public, de la société civile et du secteur privé, sur insistance du Fonds
Monétaire International (FMI), de la Banque Mondiale (BM) et du Groupement des Entreprises
de Madagascar (GEM), qui ont toujours souhaité voir s’instaurer dans la Grande Île un meilleur climat
d’investissement pour la croissance 90.
L’exposé des motifs de ce Code énonce clairement les principes de base qui doivent permettre
d’atteindre cet objectif :
- en premier lieu, « instaurer un cadre incitatif à la réalisation des investissements privés »
et « mettre les investisseurs nationaux et étrangers sur un même pied d'égalité »,
notamment par la liberté d’investissement, l’égalité de traitement, la protection des
droits de propriété, la liberté de transfert et le maintien d’un système fiscal simple,
équitable et propice à la croissance ;
- ensuite « simplifier les procédures administratives » et « renforcer la compétitivité
des entreprises installées à Madagascar », l’Administration malgache ayant toujours
donné l’image d’une machine tatillonne qui, depuis plus de vingt cinq ans, essaie
de bloquer les changements. A cela s’ajoutent d’autres contraintes qui pèsent sur
le climat des affaires, telles la faiblesse des infrastructures, la difficulté d’accès
au crédit, la corruption ou encore la méfiance vis-à-vis de l’appareil judiciaire ;
- enfin, « faciliter l’accès des étrangers à la propriété foncière ». Il s’agit-là encore d’une
grande première dans l’histoire domaniale de la Grande Ile car, avant cette loi,
les étrangers n’étaient autorisés acquérir des biens immobiliers que dans le cadre
d’une opération d’investissement pour un montant minimum de 500 000 dollars US 91.
Dans son article 18, le Code pose néanmoins quelques conditions cumulatives :
- d’abord, les sociétés demanderesses doivent être de droit malgache, même si elles sont
placées sous le contrôle d’étrangers ;
- ensuite, elles doivent avoir obtenu l’« autorisation d’acquisition foncière » délivrée
par l’EDBM 92
- enfin, le bien immobilier doit être destiné exclusivement et de façon continue à une
activité commerciale.
89 « L’investissement direct étranger à Madagascar », Ubifrance et les Missions économiques, 15 nov. 2007.
90 RAVELOARISON J. « Doing business in 2006 Creating Jobs », 20 janv. 2006.
91 Disposition prévue par la loi n° 2003-028 du 27 Août 2003.
92 L’EDBM agit dans ce cas pour le compte du Ministère chargé des Domaines.
139
Il faut souligner, par ailleurs, la mise en place du visa professionnel réservé à l’investisseur
étranger qui autorise ce dernier à résider et à travailler à Madagascar pendant 3 ans 93.
Deux sujets importants doivent également retenir l’attention dans la rédaction de ce nouveau
Code :
- l’introduction de l’obligation de mise en place au sein de l’entreprise agréée d’un programme
de sensibilisation/éducation sur les risques du VIH/SIDA, tout en facilitant l’accès
des employés au dépistage volontaire de la maladie (art. 7 du Code auquel se réfère également
l’art. 9 parag. 3 de la loi sur les ZEF) ;
- la disparition quasi-totale des dispositions fiscales spécifiques de faveur introduites
régulièrement dans les Codes précédents. Seul l’engagement formel d’instaurer et de maintenir
un système fiscal simple favorable à l’investissement est mis en avant (art.6), l’objectif étant,
non pas d’accorder à tous vents des avantages fiscaux conséquents aux investisseurs potentiels,
mais plutôt de générer une base fiscale élargie et soutenue sur les moyen et long termes 94.
En effet, l’expérience a démontré que ce n’est pas tant les incitations fiscales généreuses
qui attirent les IDE, mais plutôt d’autres paramètres comme la stabilité politique et économique,
le rapport qualité-prix de la main d’œuvre ou encore la qualité des infrastructures.
L’article premier du Code, quant à lui, donne une définition particulièrement large
de ce qu’il faut entendre :
- d’une part, par « investissement » : ensemble des ressources financières, y compris entre autres
les apports en capital, les avances en compte courant et les emprunts affectés à la réalisation
d’un projet économique, qu’il soit infrastructurel, commercial, artisanal, de services, agricole,
touristique ou industriel, ainsi que les produits réalisés par l’investissement de ces ressources
et affectés à la réalisation d’un projet économique ;
- d’autre part, par « investisseur » : toute personne physique ou morale qui contribue en tout
ou partie à l’investissement tel que défini ci-dessus.
En revanche, mais sans parler pour autant de « domaines réservés à l’État », l’art. 2 du Code
qui affirme le principe de la liberté d’investissement spécifie que toute personne physique ou morale,
malgache ou étrangère, est libre d’investir et de s’installer sur le territoire national, dans le respect des
lois et règlements en vigueur, sous réserve des dispositions applicables à certains secteurs d’activités
qui font l’objet de réglementation spécifique. Il s’agit notamment des activités bancaires, d’assurances,
minières, pétrolières, de télécommunication, médicales, paramédicales ou pharmaceutiques.
Simplification, clarification, stabilisation et ouverture, tels sont également les maîtres mots
qui ont présidé à l’élaboration de la loi sur les Zones et Entreprises Franches à Madagascar.
3. La loi sur les Zones et Entreprise Franches
Constituée uniquement de douze articles, alors que le texte qu’elle remplace en comportait
soixante huit, la nouvelle loi de janvier 2008 sur les zones et entreprises franches de Madagascar est
remarquable dans sa démarche de simplification des procédures administratives, douanières et fiscales.
Elle introduit en outre des dispositions spéciales originales en matière de législation sociale,
notamment, une régulation du travail de nuit des femmes et du recours aux heures supplémentaires.
Cette loi règle également les détails de l’activité des zones franches, entre autres les formalités
de demande de visa de séjour, de sortie et de retour des actionnaires, du personnel expatrié des entreprises
93 Fin de la nécessité d’obtenir une autorisation d’emploi prévue par la loi n°62-006 du 6 juin 1962 modifiée, qui fixe l’organisation
et le contrôle de l’immigration.
94 Paragr. 2 in fine de l’exposé des motifs de la loi.
140
de ZFI ainsi que des membres de leur famille, ou encore les formalités de demande de permis de travail
des travailleurs salariés expatriés.
Les mesures ainsi retenues procèdent à la fois, d’une part d’un maintien de l’attractivité
du régime précédemment mis en place par la loi de 1989 modifiée, sans ajouter, à quelques détails
près, de nouvelles mesures incitatives, d’autre part d’une simplification des contraintes y afférentes.
Il s’agit donc d’une bénéfique forme de changement dans la continuité qui se résume en six points :
- suppression de la procédure d’agrément et remplacement de celle-ci par un simple
système déclaratif auprès de l’EDBM ;
- libéralisation des opérations réalisées vers et en provenance des entreprises franches et
des entreprises de droit commun ;
- sécurisation du mécanisme de remboursement du crédit de TVA dû aux entreprises
franches ;
- mise en place de l’exemption de l’obligation de rapatriement des devises qui est sans
objet pour les entreprises franches qui sont déjà autorisées à transférer librement leurs
fonds vers l’étranger ;
- clarification du principe de stabilité fiscale des entreprises franches ;
- enfin, clarification du principe d’absence de quota dans l’emploi de la main-d’œuvre
étrangère 95.
Le dispositif à la fois politique (choix des investissements) et technique (élaboration des
procédures) appelé à veiller à la bonne application de ces deux nouvelles lois est l’Economic
Development Board of Madagascar (EDBM). Nous allons préciser le rôle qu’il doit jouer
et les prérogatives dont il dispose dans la mise en œuvre de cette nouvelle politique d’ouverture.
4. Rôle et prérogatives de l’EDBM
Établissement Public à caractère Industriel et Commercial (EPIC), l’Economic Development
Board of Madagascar a été créé en 2006 par un Décret du 31 mai 2006. Il s’est substitué au Guichet
Unique des Investissements et de Développement des Entreprises (GUIDE). Le nouveau Code
de janvier 2008 consacre un chapitre entier 96 à son mode de fonctionnement.
Les différents ministères et collectivités publiques appelés à accorder les visas, licences
et autorisations indispensables au démarrage d’une activité visée par les nouveaux textes
sur les investissements sont représentés au sein de cet organisme dont le rôle est de promouvoir,
de faciliter et d’accélérer l’approbation de tous les projets d’investissement. A ce titre, il assiste
les investisseurs dans leurs démarches, recense et étudie les procédures administratives auxquelles sont
soumises les entreprises et, en tant que de besoin, propose toute modification visant à abroger,
simplifier ou rationaliser les procédures.
L'EDBM constitue de ce fait le centre névralgique de toutes les activités de promotion
et de développement des investissements dans la Grande Ile. Son rattachement direct à la Présidence
de la République lui confère par ailleurs un pouvoir exceptionnel. Ses attributions peuvent être
résumées en trois points :
- facilitation et accélération des procédures administratives nécessaires à la réalisation
d’investissement et à la création d’entreprise, octroi de visas et de permis de travail,
octroi d’agréments pour les entreprises franches, délivrance de l’autorisation
d'acquisition foncière, délivrance de licences, permis et autorisation nécessaires
aux exploitations touristiques, délivrance de permis de construire et autorisation
d’ouverture d’établissement ;
142
II
RÉFLEXIONS D’ENSEMBLE SUR LE FONDEMENT DES PRIVILÈGES OCTROYÉS
« Un Code des investissements ne peut pas à lui seul créer un climat favorable d'investissement.
D'autres facteurs historiques, économiques ou sociopolitiques entrent en ligne de compte 97. »
Madagascar a besoin de capitaux considérables pour remettre son économie sur les rails
d'un développement harmonieux, « rapide et durable ». C'est pourquoi, ses dirigeants ont élaboré une
nouvelle série de mesures incitatives destinées à attirer les investisseurs potentiels - tant nationaux
qu'étrangers - dont le principal souci est, avant tout, de rentabiliser et d'assurer la sécurité de leurs
investissements.
Comme nous venons de le voir, ces mesures incitatives sont à la fois d'ordre juridique,
commercial, social, bancaire et financier. Des progrès tangibles peuvent ainsi être envisagés et espérés
dans ces différents domaines. Mais elles sont également à caractère fiscal et douanier, plus
particulièrement en ce qui concerne les activités des Zones et Entreprises Franches. Les pages qui
suivent ont principalement pour objet de préciser leur nature, d'analyser leur fondement et de soulever
les principaux problèmes qu'elles peuvent engendrer. Nous ferons, enfin, une esquisse des perspectives
d'avenir qu'elles ouvrent pour le pays et le peuple malgache tout entier.
Depuis l’entrée en vigueur de la loi de 1989 sur les ZFI modifiée en 1991, les zones franches
tiennent une place importante dans l’économie malgache. La masse financière qu’elle génère
représente à peu près le tiers des investissements réalisés dans la Grande Ile au cours de ces 5 dernières
années 98.
Tableau 2 - Tendance de l’investissement à Madagascar
2002 - 2004
% de toutes les entreprises qui investissent 62%
% des entreprises de la zone franche qui investissent 82%
Niveau moyen d’investissement : toutes entreprises USD 1 647
Niveau moyen d’investissement : zone franche USD 23 166
Source : « Évaluation du climat des investissements à Madagascar », Étude comparative de la Banque Mondiale, 2005
Cette loi de 1989 a développé un certain nombre de mesures fiscales et douanières de faveur,
en adoptant le principe d'exonération « amont et aval » appliquée sur les opérations d'investissement
agréées dans le cadre de ce régime.
1. EN AMONT (art. 40)
Exonération totale de :
- droits de douanes,
- taxe d'importation,
- taxe de consommation,
- taxe unique sur les transactions (TUT) sur les matériaux et accessoires
de construction, matériels roulant de chantier, véhicules destinés au transport
des marchandises, équipements d'usines, matières premières, produits semi-
ouvrés, emballages, pièces de rechange ou détachés, matériels didactiques,
mobiliers, matériels informatiques et de bureautique ainsi que les fournitures
143
de bureaux, destinés à la préparation, à l'aménagement et à l'exploitation des ZFI
et des entreprises y opérant.
Ces dispositions ont mis en place - puisqu'elles étaient établies sine die - un système
concurrentiel très ouvert entre, d'une part les matières premières produites sur place et les produits
semi-ouvrés élaborés par les entreprises locales, d'autre part celles et ceux en provenance de l'extérieur.
Elles étaient donc intéressantes sur le plan de la qualité des prestations. Mais elles risquaient en même
temps de battre en brèche l'un des objectifs principaux que comptait pourtant poursuivre le législateur
malgache : la valorisation des matières premières locales et produits assimilés.
En effet, de par l'étroitesse du marché national, les coûts d'acquisition de ces matières premières
et produits semi-ouvrés locaux (hors taxe puisque assimilés à des opérations d'exportation en tant que
ventes à des entreprises de ZFI), étaient souvent supérieurs à ceux des produits importables
de l'extérieur en franchise de taxe. Or, l'intérêt de l'entreprise utilisatrice était justement de réduire
ces coûts au maximum. A qualité égale de produits, on ne pouvait donc pas blâmer un chef d'entreprise
de donner sa préférence - pour de pures raisons de rentabilité - aux produits dont les prix étaient
les plus compétitifs.
2. EN AVAL (art. 32)
Plafonnement à 10% de l'impôt sur les bénéfices des sociétés (IBS). Cette mesure
s'accompagnait d'une période de grâce de :
- 12 ans comptés à partir du démarrage des travaux de construction de la zone pour
les entreprises de promotion exploitation (EPE) ;
- 5 ans comptés à partir de l'exploitation effective pour les entreprises industrielles
de transformation (EIT) ;
- 2 ans pour les entreprises de service.
La période de mise au point industrielle et de formation professionnelle n'était pas prise
en compte dans ce « timing », sans toutefois pouvoir excéder 12 mois.
Par ailleurs, après la période de grâce, les investissements réalisés en cours d'exploitation
donnaient droit à des réductions dont les taux étaient donnés par le rapport (IN/IR) x 100 et dans lequel
IN représentait le montant des investissements réalisés au cours de l'exercice considéré, et IR celui des
immobilisations résiduelles réévaluées figurant dans les états financiers. Le droit à réduction était
reportable jusqu'à parfait apurement (art. 32. 2).
• Plafonnement à 35% du revenu imposable de l'impôt sur les revenus du personnel expatrié
(art. 34) ;
• Plafonnement à 10% de l'impôt sur les dividendes distribués (IRCM), sans période de grâce
(art. 32 -4) ;
• Exonération totale des droits et taxes à l'exportation sur les biens et services exportés
(art. 41).
Les entreprises de ZFI étaient, par ailleurs, assurées de la stabilité des impôts et taxes visés plus
haut, puisque aucune autre mesure tendant à aggraver les charges fiscales leur incombant ni aucun
traitement discriminatoire entre les entreprises de même catégorie ne pouvait leur être appliquée
(art 33).
De surcroît, elles étaient toujours susceptibles de bénéficier des dispositions plus favorables
que l'État aurait pu accorder à d'autres entreprises de ZFI exerçant dans le même secteur d'activités
(art. 35).
C’est sous l’empire de ces dispositions fiscales de faveur importantes que les zones franches
malgaches se sont développées à un rythme soutenu de 1990 à 2007.
144
508
458 466
452
433
408 418
395
358 355
335
308
283
258 259 267
241
208 209 213
191 185 182 175 175
177
158 168 166
154
138 132
124
108 106 110
98
73 66
58 63
53 52
35 33 32 39 32 32 40
20
18 18 16 20 23 15 19 14
8 12
9 8 8
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
Nombre d'agréments
Cumul du nombre d'agréments
Nombre d'entreprises existantes en activité
Tableau 3 : Évolution démographique du secteur des EF
Source : INSTAT/MECI
Selon une étude diligentée par le Groupement des Entreprises Franches et Partenaires
à Madagascar (GEFP) 99, ce développement des zones franches malgaches a eu, comme le montrent
les tableaux 4 et 5 ci-dessous, un impact macro-économique important en termes d’exportations
et d’emplois.
Tableau 4 : Évolution du commerce extérieur de Madagascar avec la part des EF (Source : INSTAT/DES/COMEXT)
Année Exportations Importations
Valeur FOB Part des EF en % Valeur CAF Part des EF en %
1995 510,48 21,52 657,32 9,54
1996 899,39 30,26 1255,71 11,72
1997 882,12 31,54 1503,07 17,46
1998 592,15 43,47 738,74 16,25
1999 618,20 46,92 782,66 20,60
2000 860,16 51,41 988,35 23,64
2001 939,77 39,91 918,48 14,03
2002 662,44 35,96 605,66 6,65
2003 973,3 39,41 1 314,49 21,29
2004 1 002,29 52,11 1 696,52 23,05
2005 848,19 52,9 1 711,40 18,79
2006 987,39 49,81 1 743,36 23,29
2007 1 265,10 54,34 2 334,82 17,11
Tableau 5 : Évolution de l’emploi dans les EF
99 RAKOTOMANANA E., RAJAOBELINA J., RAKOTOARINIVO A. : « Les entreprises franches à Madagascar : leurs marchés
145
140
120
100
80
60
40
20
-
1 994 1 995 1 996 1 997 1 998 1 999 2 000 2 001 2 002 2 003 2 004 2 005 2 006
2007
Nombre d'emplois dans les EF (en milliers) 17 30 37 38 56 64 81 110 58 85 115 116 118 120
Source : INSTAT
Il paraît intéressant, par ailleurs, de donner une photographie précise, d’une part de l’implantation
géographique de ces EF (tableau 6), d’autre part de leur répartition par branche d’activités (tableau 7)
entre 2004 et 2007 :
Tableau 6 : Implantation géographique des EF de 2004 à 2007
Lieu d’implantation 2004 2005 2006 2007
(ex-province) Effectif % Effectif % Effectif % Effectif %
Antananarivo (la capitale) 173 93,5% 170 93,4% 163 93,1% 166 94,9%
Antsiranana 4 2,2% 5 2,7% 4 2,3% 3 1,7%
Mahajanga 2 1,1% 2 1,1% 3 1,7% 1 0,6%
Toamasina 3 1,6% 4 2,2% 4 2,3% 3 1,7%
Fianarantsoa 2 1,1% 1 0,5% 1 0,6% 1 0,6%
Toliary 1 0,5% 0 0,0% 0 0,0% 1 0,6%
TOTAL 185 100,0% 182 100,0% 175 100,0% 175 100,0%
Source : INSTAT/MECI
100 « Les entreprises franches à Madagascar : leurs marchés et leur impact sur l’économie », mai 2008 ; [Link]. page 14.
101 La monnaie locale est l’Ariary, 1€ valant 2 500 Ariary.
102 Les entreprises franches à Madagascar : leurs marchés et leur impact sur l’économie », mai 2008 ; [Link]. page 5.
147
Rubrique Madagascar Maurice Sri Lanka
Électricité (watt) 0,09 0,05 0,05
Madagascar 0,40
Maurice 1,33
Afrique du Sud 2,17
Bengladesh 0,25
Inde 0,57
Tunisie 1,77
Maroc 1,89
Sri Lanka 0,40
Source : MECI/table ronde SEF 2007
En adoptant la nouvelle loi sur les ZEF, le législateur malgache semble, en tout cas, avoir
voulu mettre en place une batterie « améliorée » de mesures fiscales et douanières de faveur pour
attirer les investisseurs dans le pays. Le tableau comparatif ci-dessous met en évidence les
améliorations qu’elle apporte par rapport au régime de 1989.
Tableau 11 : comparaison des exemptions fiscales et douanières dans les régimes de ZFI de 1989 et de ZEF de 2008
148
Nature des opérations Régime de 1989 Régime de 2008
Importations de matières Exonération totale de droits - Exonération totale de la TVA, de droits de Douanes et
premières, d’équipements, de douane, de TI, de TC, de TUT, de toutes taxes à l’importation
de pièces de rechange y compris ceux nécessaires
à l’exploitation - pour les ZEF oeuvrant dans les zones reculées non couvertes
par le réseau public d’électricité, tarification hors toutes taxes et
droits pour les carburants et lubrifiants destinés
à la production des moyens énergétiques indispensables à
l’exploitation
Exportations Exonération totale des droit et taxes - TVA à 0 %
- Exonération de tous droits et taxes
Fiscalité intérieure IBS : IBS :
Plafonnement 10 % IBS - pour les ZEF 10 % avec un minimum de 5 °/°°
avec une période de grâce de 12, 5 - pour les ZF exonération totale, y compris le minimum
et 2 ans + réduction après la période de perception pendant 15 ans à compter du démarrage
concernée jusqu’à apurement des de l’exploitation effective
droits ainsi acquis
- pour les EFT et EPIB 5 ans à compter de l’exercice
de démarrage
IRSA : - pour les ES 2 ans à compter de l’exercice de démarrage
Le montant de l’impôt sur les - pour tous, après la période d’exonération : réduction d’impôt
revenus des salariés expatriés ne pour investissement en biens amortissables égale à l’impôt
peut excéder 35 % de la base correspondant à 75 % du montant des nouveaux investissements
imposable
IRSA :
Le montant de l’impôt sur les revenus des salariés expatriés ne
peut excéder 30 % de la base imposable
D.E :
Gratuité de l’enregistrement des actes
TFT :
Non imposition des transferts effectués vers l’étranger en
règlement d’achats de biens et de services auprès d’entreprises
étrangères ne disposant pas d’établissements à Madagascar
103 Instrument de politique économique, la fiscalité donne aux pouvoirs publics les moyens légitimes d'agir sur les structures,
la conjoncture et même les comportements individuels. Elle peut être utilisée à des fins de dissuasion (surtaxation de certains produits
pour décourager leur consommation, par exemple : les produits de luxe) ; allégée, elle peut aussi être un puissant instrument d'incitation :
c'est l'esprit des dispositions fiscales et douanières de faveur développées dans les codes d'investissement et autres textes assimilés.
L'expression "dépenses fiscales" est destinée à quantifier l'ampleur des incitations ainsi mises en œuvre, c'est-à-dire, concrètement,
la perte d'impôt correspondante consentie provisoirement par l’État.
149
il est tout aussi important de souligner que les exemptions fiscales peuvent être dangereuses si elles
sont trop largement octroyées et si les pouvoirs publics ne se préoccupent pas suffisamment à l'avance
de leurs incidences véritables.
Nous allons ainsi nous efforcer de brosser un tableau comparatif des avantages et inconvénients
que Madagascar peut tirer de la mise en oeuvre de cette nouvelle politique fiscale d'incitation
des investissements.
A. Les dispositions fiscales des Codes d’investissement, fer de lance du développement
économique de la Grande Île
Si « les capitaux privés ont leur morale propre qui n'est ni de l'affectivité
ni de la philanthropie » 104, « le souci de tout investisseur rationnel est (aussi) de trouver un havre
de paix et de stabilité (...), un pays où la fiscalité permet la maximisation de ce profit (...) » 105.
Lorsqu'il mit sur le métier les nouveaux textes relatifs aux investissements, le législateur
malgache s'est efforcé de se rapprocher le plus possible de cette exigence de l'investisseur, sans pour
autant s'acheminer vers la dangereuse tentation d'instaurer un véritable « paradis fiscal ». Deux idées
maîtresses semblent avoir présidé aux travaux qu'il a menés dans ce sens :
- d'une part, octroyer des libéralités fiscales consistantes en amont, c'est-à-dire lors de
l'établissement et pendant les premières années de fonctionnement de l'entreprise agréée.
Ces libéralités portent sur : les actes de constitution et d'enregistrement des biens nécessaires
à l'implantation, les prêts bancaires liés au financement des investissements, les matériels
et équipements divers, les matériaux et accessoires de construction, voire les matières
premières, produits semi-ouvrés et emballages nécessaires au fonctionnement de l'entreprise.
Elles sont mises en place pour abaisser les frais fixes de l'entreprise, réduire ses besoins
en capitaux et faciliter ainsi son financement. Elles peuvent donc être primordiales et peser
d'une façon décisive dans le choix de l'investissement, même s'il est patent que d'autres facteurs
entrent également en ligne de compte 106 lors de la prise de décision finale.
- d'autre part, développer des exonérations fiscales importantes en aval pour permettre
à l'entreprise agréée, non seulement de se constituer des bénéfices substantiels - non ou peu
imposés, réinvestissables ou exportables - mais aussi d'accroître sa compétitivité sur le marché
international. Ces exonérations s'appliquent alors sur les bénéfices et dividendes, les biens
et services destinés à l'exportation (Cf. tableau supra).
Outre l'objectif global de création de nouvelles unités de production et de nouveaux emplois,
quels sont les effets escomptés ?
Citons sans être exhaustif :
• L'utilisation et la valorisation des ressources naturelles du pays ;
• Le développement d'entreprises de petite taille (PME/PMI), non seulement plus adaptées
au marché malgache, mais aussi et surtout susceptibles, d'une part d'apporter de nouvelles
connaissances en matière de gestion, de finances, de marketing, de savoir-faire technique,
industriel et commercial, d'autre part d'embaucher une importante main-d’œuvre qualifiée
issue des universités et des écoles (grandes et petites, locales et étrangères) ;
• La satisfaction de la demande locale en produits locaux de qualité (import substitution) ;
104 NGAOSYVATHN P. : "Le rôle de l'impôt dans les pays en voie de développement", LGDJ, T. 2, 1980, p. 59.
105 RAVALOSON J : « Économie politique du régime de zone Franche industrielle à Madagascar », Madagascar-Océan indien, n°3,
sept. 1990, p. 50 et suiv.
106 Ces facteurs sont essentiellement : existence de matières premières locales, existence d'une main-d’œuvre locale bon marché et/ou
qualifiée, existence de services performants (transports, routes, liaisons téléphoniques, électricité, eau, etc.), existence d'un marché
intérieur potentiel, facilités financières locales, liberté de changes, stabilité monétaire, anonymat des possessions, stabilité politique.
150
• Le développement d'industries manufacturières orientées vers les marchés extérieurs
(activités des ZEF), donc tenues de respecter scrupuleusement les normes de production et
de qualité internationales pour être en mesure de concurrencer les produits et services
étrangers. Ces industries sont appelées, en particulier, à contribuer à l'amélioration
de la balance des paiements, grâce au rapatriement de leurs revenus en devises.
Elles peuvent également constituer un pôle de développement des entreprises travaillant
sur le marché local (sous-traitances, modèles de développement) et opérer ainsi un véritable
transfert technologique et technique vers le tissu industriel national. À terme,
elles pourraient même engendrer une véritable mutation sectorielle de la population active,
tant sur le plan de la formation et de la qualification que sur celui de la répartition
géographique. À ce titre, elles deviendraient naturellement un instrument efficace
de développement régional.
• Enfin - et c'est loin d'être négligeable pour les autorités en place - le prestige politique,
les promesses et les réalisations de projets industriels étant toujours un puissant moyen
de propagande.
Autrement dit, les régimes fiscaux de faveur développés dans ces nouveaux textes peuvent
parfaitement servir de fer de lance du développement économique de la Grande Île.
Sur le plan purement fiscal, les avantages attendus sont également importants. Les gains fiscaux
escomptés doivent provenir :
• des recettes fiscales directes dégagées des activités des entreprises agréées à l'issue
de la période d'agrément (impôt sur les bénéfices ou revenus des sociétés) ;
• des recettes fiscales indirectes générées par l'existence même de ces entreprises (taxes
diverses, impôts payés par les salariés, les sous-traitants) ;
• des produits accessoires liés aux activités qui se développent autour de ces nouvelles unités
de production.
C'est le paradoxe de la déconcertante politique de défiscalisation : l'État renonce à prélever
certains impôts pendant un laps de temps déterminé pour engranger par la suite de substantielles
recettes fiscales.
Il s'agit, en fait, d'un extraordinaire pari sur l'avenir car ces gains fiscaux ne peuvent
se concrétiser (et il faut espérer qu’ils se concrétiseront !) que sur les moyens et long termes. Et c'est
là, comme nous allons le démontrer, que le bât peut blesser. Les régimes fiscaux de faveur, s'ils ne sont
pas octroyés d'une façon sélective, peuvent présenter de réels dangers pour les finances et l'économie
du pays qui les accorde.
B. Les dangers des régimes fiscaux de faveur
Quels sont les faits aujourd'hui ?
À la lecture du tableau 4 précédent, nous avons pu constater que les autorités malgaches ont
accordé quelque quatre cent soixante-six agréments d’entreprises franches entre 1990 et 2007.
Ce chiffre est, certes, encourageant parce qu'il laisse penser que les mesures prises par le législateur
pour encourager les investissements, en particulier ceux visant à créer de nouvelles unités
de production, ont porté leurs fruits.
Or, le taux de concrétisation des projets (nombre d’entreprises opérationnelles rapporté
au nombre d’agréments) n’est que de 38% 107. Ce qui signifie que de nombreuses entreprises agréées :
107 Les entreprises franches à Madagascar : leurs marchés et leur impact sur l’économie », mai 2008 ; [Link]. page 10
151
- soit, n’ont pas donné suite aux autorisations d’implantation qui leur ont été accordées,
sans doute faute d’avoir trouvé la parade aux contraintes diverses auxquelles
elles auraient été confrontées ;
- soit, ont purement et simplement périclité. Les évènements politiques de 2001-2002,
par exemple, ont provoqué la disparition de quelque quatre vingts entreprises, le nombre
de celles qui étaient en activité étant passé de deux cent treize à cent trente deux.
Les mesures fiscales d'encouragement - les fameuses dépenses fiscales – mises en œuvre
au profit de ces entreprises, du début de leurs activités jusqu’à leur disparition, se sont ainsi
transformées en charges financières définitives et totalement stériles pour l'État.
Sur un plan plus général, prenons un exemple concret qui peut parfaitement être tiré du paysage
économique actuel malgache. Soit l'entreprise X, petite entreprise individuelle de location de voitures
qui a obtenu une autorisation d'investissement dans le transport de personnes et de biens, et dans
l’organisation de circuits touristiques. Elle acquiert une flotte de quatre cents véhicules financée par
un emprunt en devises à l’extérieur et s’engage à créer une cinquantaine d’emplois. Elle se livre alors
aux activités prévues et couvertes par le nouveau Code des investissements. À ce titre, elle peut
bénéficier pendant quelques années d’un certain nombre d’exonérations fiscales, notamment :
- de la taxe d'importation (TI) et de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) pour tous
les véhicules qu'elle importe pour réaliser son projet ;
- de la taxe de publicité foncière (TPF) sur les prêts bancaires qu'elle a contractés ainsi
que sur le montant des avals bancaires donnés en garantie de la bonne fin
des opérations de crédits fournisseurs engagés avec ses partenaires extérieurs ;
- de droits d'enregistrement DE) pour les immeubles nécessaires à l'implantation
de ses bureaux et ateliers de maintenance ;
- d'une exonération des droits d'apports éventuels (DA) ;
- d'une réduction de l'impôt sur le revenu (IR) égale à l'impôt correspondant à 75%
du montant de ses nouveaux investissements, et pourra reporter les droits non utilisés
jusqu’à parfait apurement. Autrement dit, elle ne paiera pratiquement pas d'impôt
pendant dix années consécutives, compte tenu de l'importance du montant
de ses investissements initiaux.
À la fin de la dixième année d'activité - terme pratique de la période d'exonération fiscale - et
compte tenu de l'absence d'obligation de réinvestissement des bénéfices dégagés, cette entreprise X
peut décider d'arrêter ses activités, après avoir remboursé - en principal, en intérêts et en devises -
les prêts qu'elle a contractés.
Le fisc aura alors tout perdu et l'entreprise X n'aura laissé derrière elle qu'un parc vieillissant
de véhicules totalement amortis, quelques immeubles (bureaux, ateliers de maintenance) et ... plusieurs
dizaines de chômeurs sans grande qualification (mécaniciens et chauffeurs essentiellement).
Sur le sujet brûlant de la qualification professionnelle, il serait sans doute utile de réfléchir à
la possibilité de mettre en place un fonds spécial destiné à l’apprentissage qui, à la différence de la taxe
d’apprentissage classique qui existe, par exemple, dans le dispositif fiscal français, serait alimenté par
une « cotisation obligatoire» versée par l’ensemble des entreprises agréées dans le cadre des nouveaux
textes sur les investissements, et géré par un organisme paritaire « employeurs employés » pour
la formation du personnel travaillant dans ces entreprises.
Ce dispositif dénommé OPCAEF existe d’ailleurs à l’état embryonnaire au sein du GEFP, pour
mutualiser et financer les formations dans les entreprises franches adhérentes. Il conviendrait sans
doute de légiférer dans le même sens pour étendre le système à l’ensemble des entreprises liées
aux deux lois de janvier 2008, voire au-delà. Dans de nombreux pays, l’apprentissage et
152
la professionnalisation font en effet partie des moyens les plus efficaces pour faciliter l’intégration
professionnelle de la population active, des jeunes en particulier.
Au final, ce qui paraît donc indispensable, c’est d’octroyer les agréments d'une façon beaucoup
plus parcimonieuse, de manière à orienter les investisseurs vers des activités, sans doute moins
lucratives sur les court et moyen termes mais plus « sécurisantes » pour le développement et
l'expansion du tissu industriel national.
Car, en définitive, l'objectif n'est pas tant d'attirer les investisseurs et leurs capitaux à n'importe
quel prix, mais de favoriser les industries susceptibles, non seulement d'être rentables financièrement,
mais encore et surtout de promouvoir le développement économique et social du pays.
En adoptant cette nouvelle législation sur les investissements, Madagascar s'est-elle dotée d'un
nouvel instrument capable de relancer et de promouvoir son développement économique et social ?
Est-elle enfin en mesure de passer « de l'ajustement (conjoncturel) au redressement (structurel) de son
économie », pour reformuler et mettre à jour la question fondamentale posée par Jacques Brasseul 108 ?
Les terrains « en friche » et les possibilités que la Grande Île offre aux investisseurs potentiels
sont immenses et variés :
- dans l’agriculture alimentaire (riz, maïs, pêche, aquaculture, élevage, épices, café,
cacao, vanille) ;
- dans l’agriculture non alimentaire (coton, sisal, fleurs, huIles essentielles) ;
- dans l’agro-industrie (fruits et légumes transformés, produits frais, biodiesel) ;
- dans l’agrobusiness (matériel et outillage, transport, engrais, semences, emballages,
entrepôts frigorifiques) ;
- dans les nouvelles technologies de l’information et de la Communication (NTIC) ;
- dans les activités touristiques (écotourisme, sport et aventures, tourismes balnéaire,
tourisme découverte, tourisme culturel) ;
- dans l’amélioration des infrastructures routières, ferroviaires, portuaires
et aéroportuaires ;
- dans la production d’énergies (hydroélectricité, énergie éolienne, énergie solaire)
- dans les industries légères ;
- enfin, dans l’exploitation des ressources minérales.
Sur ce dernier point, l’évènement qui aura marqué le paysage des IDE à Madagascar sera sans
aucun doute le lancement des deux grands projets miniers des sociétés Dynatec et QMM 109, qui auront
respectivement investi dans le pays quelque 650 millions USD et 3,3 milliards USD sur 4 ans (2005-
2009). Ces deux projets sont d’une importance capitale pour l’économie de la Grande Île, dans
la mesure où ils ont permis de tripler le volume des flux d’IDE en 2006 110, sans préjudice des nouveaux
apports dans les années à venir. Ce secteur d’activités présente, par ailleurs, d’intéressantes
perspectives, avec plusieurs projets en cours de réalisation dans l’exploitation pétrolière à l’ouest
et le charbon de terre et la bauxite au sud.
108 BRASSEUL J. : « L'économie de Madagascar en 1988-1989 : de l'ajustement au redressement ? », APOI, vol. XI, 1986-1989, p. 172
et suiv.
109 Projet Dynatec pour l’extraction de nickel et de cobalt à Ambatovy (Est de Madagascar) par Sheritt International : la capacité nominale
annuelle est estimée à 60 000 tonnes de nickel, 5 600 tonnes de cobalt et approximativement 190 000 tonnes de sulfate d’ammonium ;
Projet Qit Madagascar Minerals (QMM SA) du groupe Rio Tinto pour l’extraction d’ilménite à Tolagnaro (Sud-Est de Madagascar) :
le premier container destiné à l’exportation est prévu vers la fin de l’année 2008.
110 Les investissements directs étrangers à Madagascar en 2006 - Fiche de synthèse Ubifrance - nov. 2007.
153
C. Les perspectives d’avenir
« On ne se préoccupe généralement pas assez de la politique et des problèmes fiscaux en tant
que facteurs importants d'un développement économique planifié (ou orienté), pas assez par rapport au
soin et à l'attention accordés à l'étude, à la réforme et à la mise au point de politiques dans d'autres
domaines, et compte tenu du rôle que la politique fiscale peut et doit jouer dans la planification
nationale » 111
En adoptant et en mettant rapidement en œuvre, pour la cinquième fois depuis son indépendance,
cette nouvelle législation sur les investissements, Madagascar se dote d'un instrument juridique et fiscal
majeur destiné à relancer et à promouvoir son développement économique et social. Pays à vocation
principalement agricole avec ses dix-huit millions d’hectares de terres cultivables et ses quelque dix-
huit millions d’habitants, dont 80% vivent de l’agriculture, il est, en quelque sorte, « condamné » à
moderniser rapidement ce secteur d’activité, sans pour autant renoncer au développement du secondaire
et du tertiaire. Le défi qu’il doit relever dans ce sens est énorme : d’abord satisfaire la demande locale
en produits vivriers en visant l’autosuffisance alimentaire 112 , ensuite répondre aux sollicitations
des marchés extérieurs, notamment celles des zones de libre-échange de la SADC et de la COMESA,
un gigantesque marché de plus de 350 millions de consommateurs, qu’il se doit de conquérir 113 .
Les grandes puissances de demain seront, en effet, d’abord celles qui arriveront à subvenir, avec leurs
propres moyens et dans la sérénité, aux besoins alimentaires de base de leurs populations, ensuite à faire
face aux demandes, certainement croissantes, qui viendront de l’extérieur.
Comme nous venons de le voir, les nouvelles lois sur les investissements malgaches apportent
des innovations importantes qui ne peuvent que contribuer à la clarification et à l’amélioration
du climat des affaires dans la Grande Ile. Il faut néanmoins rappeler qu’on trouve des Codes
d'investissement dans la plupart des pays sous-développés, et que si leur but est de séduire
les capitalistes en leur offrant ce qui les attire le plus - la rentabilité et la sécurité - on assiste
malheureusement souvent à une certaine surenchère en ce domaine, chacun voulant offrir de meilleures
garanties que les autres. Et le résultat n'est pas toujours heureux : on encourage les capitaux sans se
préoccuper suffisamment du secteur dans lequel ils s'investissent. Il arrive ainsi que les investissements
que l'on a suscités n'aient pratiquement aucun effet sur le développement du pays (...) 114.
Ce qui paraît primordial donc aujourd'hui, ce n'est pas tant l'édiction de règles particulières
visant à régir telle ou telle situation, mais l'intégration de la politique d'incitation des investissements
dans la politique économique d'ensemble.
En effet, bien que considérées comme des entités à part, les entreprises bénéficiant des régimes
de faveur des textes sur les investissements restent soumises aux réglementations nationales.
Les résultats de leurs activités sont, en partie, un reflet de la situation économique globale du pays.
C’est certainement pour tenir compte de ce paramètre important que les pouvoirs publics
malgaches en place ont été conduits à élaborer le Plan de développement pluriannuel dénommé MAP
(Madagascar Action Plan).
Le coût estimé des actions programmées dans ce Plan s’élève à 9 milliards de dollars US.
Il semble que leur financement soit aujourd’hui « sécurisé » à hauteur de 4,5 milliards de dollars US 115
111 R.K.A. Gardiner : Rapport du cycle d'études de niveau supérieur sur les problèmes actuels et les besoins de formation dans le
domaine de l'administration fiscale, Discours d'ouverture, ONU, 1965, annexe p. I.
112 Le Malgache consommerait en moyenne 140 Kg de riz par an.
113 RAMIARINARIVO M. « Zone de libre-échange : dangers et espoirs », Madaplus n° 12, septembre-octobre 2008. Les pays membres
de la COMESA sont : l’Angola, le Burundi, les Comores, la République Démocratique du Congo, Djibouti, l’Egypte, l’Erythrée,
l’Ethiopie, le Kenya, la Libye, Madagascar, le Malawi, l’Ile Maurice, les Seychelles, le Swaziland, le Soudan, l’Ouganda, la Zambie et
le Zimbabwe. Et ceux de la SADC : l’Angola, le Botswana, le Lesotho, le Malawi, le Mozambique, le Swaziland, la Tanzanie, la Zambie,
le Zimbabwe, l’Ile Maurice, la Namibie, l’Afrique du Sud, Madagascar et la République Démocratique du Congo.
114 PHILIP L. « La fiscalité malgache et ses récentes modifications », Revue économique de Madagascar, n°2, 1967, p. 242 et suiv.
116 Essentiellement l’IDA, le FED, le FAD, le FMI, la Banque Mondiale (BM) et un certain nombre de partenaires bilatéraux (américains
et asiatiques).
117 NDLR : entamée au début de l’année 2008, la rédaction de notre étude s’est achevée en septembre 2008.
118 Les Échos du 08/04/2008.
119 « Plan Paulson » du nom du Secrétaire d’État au Trésor américain, qui a fait l’objet d’âpres négociations entre Démocrates et
155
Le dernier classement de Transparency International en termes d’indice de perception
de la corruption (IPC 2008) place Madagascar au 85ème rang mondial sur 180 pays enquêtés,
avec un score de 3,4 sur une échelle allant de zéro (degré élevé de corruption) à dix (degré élevé
d’intégrité). Ce classement est établi à partir du niveau de corruption dans le secteur public,
tel qu’il est perçu par les entreprises et les experts. Cet indice était de 2,8 en 2005. la Grande Île a
donc fait un progrès appréciable en 3 ans.
Qualifiée de « catastrophe humanitaire permanente » par cette organisation non
gouvernementale dans son dernier rapport publié le 23 septembre 2008, la corruption entrave,
depuis des dizaines d’années, les efforts entrepris par le pays pour son développement et ne peut
que décourager les bailleurs de fonds 122. Fléau majeur des années quatre vingts en particulier 123,
elle continue de faire partie des préoccupations du gouvernement en place. Elle a même conduit
ce dernier, comme nous l’avons déjà noté, à créer des organismes spécialisés dont l’activité
permanente consiste à circonscrire le phénomène en s’attaquant sans ménagement et aux corrompus
et, surtout, aux corrupteurs.
La centralisation au niveau de l’EDBM - organisme officiellement indépendant et autonome
- de tous les dossiers relatifs à la mise en œuvre des textes sur les investissements semble être une
autre bonne mesure susceptible de mener à bien cette bataille contre la corruption, à condition -
bien entendu - que les personnes faisant partie cet organisme ne puissent pas faire l’objet d’une
quelconque pression. Les observateurs soulignent néanmoins que son rattachement à la Présidence
de la République ne peut pas garantir l’indépendance de ces personnes.
Il n’y a probablement pas de solution miracle. Ce qui paraît logique, en revanche, c’est que
dans la mesure où les grandes lignes de la politique économique et financière du pays sont définies
par le Président de la République lui-même, il semble naturel que ce dernier puisse agir en direct
sur les principaux leviers destinés à mettre en œuvre cette politique, y compris ceux qui doivent
assurer le bon fonctionnement de l’EDBM.
Mais cela nécessite l’existence d’un État fort, impartial et, surtout, capable, non seulement
de cantonner ses actions dans les domaines qui, par nature, lui reviennent de droit, tels le
développement des infrastructures, l'éducation, la santé ou encore la sécurité, mais aussi et surtout
de procéder - résolument et avec efficacité - à la moralisation de la vie publique.
b) La nécessaire moralisation de la vie publique
« La moralisation de la vie publique est en effet une nécessité vitale et une condition sine
qua non pour améliorer les conditions de vie d'une population qui, en dépit de toutes les promesses
électorales et autres, a du mal à sortir de la misère noire dans laquelle elle s’est engluée » 124. Les
Malgaches doivent être vigilants et veiller à ce que le parti politique Tiako i Madagasikara (TIM),
parti présidentiel qui est ultra dominant au sein de l’Assemblée Nationale et du Sénat, et qui,
d’une manière plus générale, étend son emprise sur les principaux rouages de la vie politique
du pays, ne soit tenté de verser dans les errements, les dérapages et les dérives totalitaires du PSD
et de l’AREMA en leur temps 125.
122 Bernard P. « Coûteuse, la corruption entrave la lutte contre la pauvreté », le Monde du 24/09/2008.
123 Cf. nos développements sur le sujet dans notre ouvrage « Réforme fiscale et Révolution socialiste à Madagascar » et notre article
« Marc Ravalomanana, un Président merina porteur de tous les espoirs d’un peuple à la recherche de son développement ».
124 RAINIJERY. « Banque Mondiale - F.M.I - Madagascar : quelle ambiguïté », Lettre mensuelle de JURECO, n°54 juin 1991.
125 Cf. nos développements sur ce sujet dans RABETAFIKA R. « Réforme fiscale et Révolution socialiste à Madagascar », avril 1990,
« la fiscalité au service du développement », [Link], octobre 2002 « Marc Ravalomanana, un Président merina porteur de
tous les espoirs d’un peuple à la recherche de son développement » [Link], janvier 2003.
156
C’est ce qui explique sans doute, du moins en partie, les mouvements de « guérilla
permanente » menées par l’opposition 126 contre le régime en place.
D’après les dernières statistiques, Madagascar abrite quelque 150 partis politiques déclarés.
Ce chiffre, impressionnant pour un pays qui compte moins de 19 millions d’habitants, peut être
interprété comme une remarquable avancée vers la démocratie. Il ne reflète cependant pas la réalité
et la complexité de la vie politique malgache. En effet, la dispersion de ces partis - dont certains ne
comptent comme membres actifs que leurs seuls fondateurs - et dans l’espace et dans leur
organisation, n’a pas permis, jusqu’à ce jour, de mettre en place un vrai système d'émulation et
d’alternance qui aurait pu ouvrir la voie à un traçage bipolaire ou tripolaire du paysage politique
actuel. Or, c’est uniquement de cette manière que l’action politique pourra tendre vers une réelle
stabilité, car seule la crédibilité d'un mouvement vis-à-vis de l'électorat permettra aux partis
de l’opposition (dignes de ce nom) de conquérir le pouvoir 127. Et d’y rester, le cas échéant !
Il serait souhaitable, notamment, que les opposants les plus farouches à l’actuel Président
de la République, rassemblés sous la bannière du Comité pour la Réconciliation Nationale (CRN)
ou d’autres mouvements politiques plus ou moins crédibles, fassent des propositions concrètes pour
faire avancer le pays, au lieu de focaliser leurs actions sur l’éternelle contestation de la légitimité
du pouvoir de Marc Ravalomanana. Cette posture, totalement stérile et irresponsable à notre sens,
ne peut que surprendre les observateurs extérieurs, heurter et lasser la bonne volonté
de la Communauté internationale qui, elle, a reconnu cette légitimité depuis plus de six ans
maintenant, dès la fin des événements politiques dramatiques post-électoraux de 2002.
Dans nos développements antérieurs, nous avons souligné les dangers que l’exacerbation
des risques économiques et financiers dans le monde fait peser sur le pays. Le drame serait qu’ils
se conjuguent au risque politique (interne) et refroidissent brutalement le climat de l’investissement
international 128.
Classée pays à risques faibles sur une échelle allant de 1 (risques très faibles) à 5 (risques
très élevés) 129 , la Grande Ile ne mériterait vraiment pas de basculer de nouveau dans des
déchirements politiques aux conséquences jamais prévisibles.
126 Le mensuel gratuit Madaplus n° 12 de septembre 2008 parle même de « mission kamikaze » en évoquant la détermination
de l’opposition à abattre le régime du Président Marc RAVALOMANANA.
127 A N D R I A N A R I N O S Y G . E : “ J ’ a c c u s e ” , M a d a g a s c a r T r i b u n e , 1 6 / 0 3 / 2 0 0 5
128 KEKIC L. : « Courage, fuyons ! Face à des situations politiques risquées, les investisseurs deviennent frileux et songent à retirer
157
Schéma : risques politiques à l’échelle planétaire en 2008
Source : « Courage fuyons ! Face à des situations politiques risquées, les investisseurs deviennent frileux et songent à retirer leur
mise » - KEKIC L. Directeur des services des prévisions par pays de l’Economist Intelligence Unit, Courrier International,
Le Monde en 2008.
158
CONCLUSION
« Tout le monde est développable ! ». Dans un ouvrage publié en 1987 130 , l'économiste et
écrivain G. Sorman rapporte une théorie d'Arthur Lewis 131 ainsi formulée : « L'histoire, la culture,
le climat, les traditions, les ressources naturelles, la situation géopolitique jouent bien entendu
un rôle déterminant qu'il serait absurde de nier. Les conditions de départ confèrent à chacun atouts
et handicaps ; mais sur ces facteurs objectifs, il est à peu près impossible d'agir. Il n'en va pas
de même avec les politiques. Les stratégies suivies peuvent aggraver les handicaps ou favoriser
les atouts. » A priori, « chaque Nation est donc relativement développable, si ses Institutions
s'y prêtent. »
Le modèle de Lewis, basé sur un contrat entre le pouvoir politique et le pouvoir économique,
a conduit cet auteur à se poser la question suivante : « Si tout le monde est développable et
si le modèle à suivre est tellement clair, pourquoi tout le monde n'est-il pas développé ? » 132. Cette
interrogation qui peut paraître simpliste, trouve tout à fait sa pertinence dans le cas de Madagascar.
La question du sous-développement - donc du développement - vieille comme l'indépendance
acquise en 1960, continue de s’y poser d’une façon lancinante. Depuis presque 50 ans,
les responsables politiques successifs de ce pays, plus grand que la France et la Belgique réunies,
s'appliquent à résoudre, chacun à leur manière, avec leurs Plans et Idéologies respectifs,
la perpétuelle problématique de la pauvreté, une dramatique conséquence de quatre décennies
de régression quasiment ininterrompue des niveaux de vie 133.
Les dirigeants actuels de la Grande Île ne font pas exception quant à leur volonté farouche de
sortir enfin le pays de cette pauvreté. La spécificité qui mérite d’être soulignée, peut-être, c’est
l’invitation lancée à tous les Malgaches et à tous ceux qui souhaitent participer activement
à la longue marche de Madagascar vers le développement tant attendu. En effet, la présentation
du MAP souligne bien que « tout le monde a un rôle important à jouer, vu l’ampleur du travail ».
Presque tous les secteurs sont touchés par les engagements définis dans ce programme, avec comme
valeurs de référence « le professionnalisme, le leadership partagé, le renforcement des capacités,
la participation, la coopération, l’utilisation des ressources, la compétitivité et, enfin,
la détermination à réussir 134».
Il n’est pas inutile, cependant, de souligner que parallèlement aux efforts économiques,
financiers, fiscaux et politiques fournis par les uns et les autres, un sujet important reste à prendre
en considération en matière d’appel aux IDE : les facteurs culturels.
Madagascar est un pays particulier où les priorités ainsi que la rigueur ne s’accordent pas
toujours avec les références occidentales. Notons, par exemple, les contraintes liées à la culture
de l’Administration (le non-respect de la parole donnée ou encore les décisions changeantes et
imprévisibles), celles liées à la culture des travailleurs (la faible valeur accordée au travail, la faible
qualification, et malheureusement aussi des fois la malhonnêteté souvent consécutive à l’extrême
pauvreté), celles liées à la culture des investisseurs, tant nationaux qu’étrangers (la propension
Département des politiques générales - Division des études macroéconomiques au siège de l'Agence Française de Développement,
janvier 2003, in RAJAONARISON V. « Politique fiscale et investissement : le cas de Madagascar » Mémoire de DEA (Master) en
Finances Publiques et Fiscalité, Faculté de Droit et de Science Politique d’Aix-Marseille, Université Paul Cézanne d’Aix Marseille III,
sept 2004.
134 Plan d’Action Madagascar 2007-2012.
159
à alimenter la corruption, le comportement de nouveaux conquérants de certains investisseurs qui
peut toujours heurter les Malgaches), et enfin, celles liées à la culture de la communauté malgache
traditionnelle (l’attachement aux traditions et à la terre, la susceptibilité vis-à-vis de directives
extérieures souvent mal expliquées et imposées, et par conséquent naturellement rejetées).
L’investisseur tant souhaité, attendu et redouté à la fois, qui aura compris, accepté et intégré
ces facteurs culturels dans son projet d’investissement ne pourra qu’être « condamné » à réussir,
pour lui-même d’abord, pour ceux et celles qui l’aideront à mettre en œuvre et à faire prospérer ses
activités ensuite, pour la Nation malgache tout entière, enfin.
160
BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE
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Ravaloson J. « Économie politique du régime de zone Franche industrielle à Madagascar », Madagascar-Océan indien, n°3,
sept. 1990, p. 50 et suiv.
161
III.4 : Le Code d’investissement de 2023
Loi n° 2023-002 du 27/07/2023
sur les investissements à Madagascar
162
Loi n°2023 – 002
sur les investissements à Madagascar*
Résultat d’une démarche inclusive à laquelle les secteurs publics et privés ont
largement contribué, la loi constitue une ligne médiane entre la sauvegarde nécessaire
de la souveraineté nationale et la nécessité impérieuse d’attirer les investisseurs, tant
nationaux qu’internationaux. Ainsi, l’esprit et la lettre de cette loi rejoignent ce souci
légitime de trouver un équilibre entre les intérêts nationaux et la nécessité d’attirer
les investisseurs nationaux et étrangers, le taux d’épargne nationale ne pouvant pas assurer
à lui seul une croissance économique durable qui aura des impacts significatifs sur
la population malgache. Cet esprit se traduit par le fait d’assurer l’intégration pleine
des investisseurs nationaux dans le cadre d’une politique incitative et effective
des investissements. Ensuite, des amendements sont apportés dans le sens
de la souveraineté nationale tels que le foncier et la préférence nationale. Enfin, l’esprit
de cette loi est, d’une part, d’attirer des investissements respectueux de la réglementation
malagasy ainsi que des us et coutumes locaux et, d’autre part, de mettre la législation
aux normes internationales pour sécuriser les investissements sans dépouiller ni affaiblir
la souveraineté de l’État.
*
Source, Journal officiel, n° 4155, 18 septembre 2023, pp. 4 409 et s.
163
C’est la raison pour laquelle la présente loi s’est fixée comme objectifs :
- de maintenir les avancées de la Loi n° 2007-036 du 14 janvier 2008
sur les investissements à Madagascar tout en y apportant des améliorations et
des mises à jour;
- d’instaurer un cadre juridique clair en matière d’investissement, cadre appelé à régir
aussi bien les investisseurs nationaux que les investisseurs étrangers, sans privilégier
une catégorie d’investisseurs en particulier ;
- d’assurer un équilibre entre les droits et obligations de l’État et ceux des investisseurs
tout en préservant la liberté normative de l’État ;
- d’harmoniser la Loi sur les Investissements avec les différentes lois sectorielles ainsi
qu’avec les accords et traités internationaux relatifs à la promotion et la protection
de l’investissement auxquels Madagascar est partie ;
- d’instituer à Madagascar un climat des affaires attractif et sécuritaire afin d’ériger
les investissements nationaux et étrangers comme un pilier de l’émergence et ainsi
de rattraper le retard de développement du pays et permettre le « fanorenana
ifotony » du pays ;
- de privilégier la transparence institutionnelle et procédurale.
Ainsi, la présente loi apporte des clarifications à la Loi n° 2007-036 afin de pallier
les imprécisions et ambigüités constatées et en introduisant un certain nombre de nouveautés
pour répondre aux attentes des parties prenantes ainsi qu’aux exigences d’un cadre légal
malagasy au diapason des normes internationales sur les investissements.
Les aspects les plus significatifs de la présente loi sont axés essentiellement sur les points
ci-après :
1) la clarification des dispositions de la Loi n° 2007-036 relatives aux définitions
des notions d’« investissement » et d’« investisseur » (article 1er), au champ
d’application de la loi (article 2), et aux activités fermées aux investisseurs
étrangers (article 3) ;
2) la prise en compte renforcée des intérêts de l’État malagasy par : l’introduction
de dispositions sur les obligations des investisseurs (articles 22 à 24) incluant
la responsabilité sociétale et environnementale ; la clarification des dispositions
en matière de stabilité (article 20) ; la clarification des dispositions sur le règlement
des différends (articles 25 à 28) et l’introduction d’une disposition
sur le consentement de l’État à l’arbitrage octroyé au cas par cas (article 27) ;
3) les investisseurs nationaux étant les meilleurs « ambassadeurs » de l’attractivité
de Madagascar, la présente loi consacre l’alignement des investisseurs nationaux
avec les investisseurs étrangers en instaurant un cadre juridique clair et attractif.
À cet égard, la loi énonce clairement qu’il s’applique à tous les investisseurs,
y compris les investisseurs nationaux (article 2), introduit une définition
de l’investisseur national au côté de l’investisseur étranger (article 1er) et consacre
des dispositions plus claires et cohérentes en matière de règlement des litiges
(articles 25 à 28) ;
164
4) la clarification des conditions d’établissement des investisseurs étrangers
en détaillant les dispositions relatives aux visas eu égard aux confusions générées
par la Loi n°2007- 036 (articles 11 à 15) et le maintien des options relatives
à l’accès des investisseurs étrangers au foncier. (articles 18 et 19) ;
5) la clarification et la consécration formelle des grands principes en matière de droit
des investissements à savoir l’égalité de traitement (article 4), le traitement juste
et équitable (article 5), la protection des droits de propriété incluant les garanties
contre l’expropriation directe et indirecte (article 6) et la liberté de transfert
(article 7). Ces principes de droit des investissements internationaux, dont
l’application est strictement encadrée par la présente loi, permettent de répondre
aux objectifs de la loi quant à la recherche d’équilibre entre maintien de la liberté
normative de l’État et protection des investisseurs.
La présente loi se décline en 35 articles et dix (10) Chapitres :
Chapitre premier : Dispositions générales.
Chapitre II : Des principes régissant les investissements.
Chapitre III : De l’immatriculation et des actes des sociétés.
Chapitre IV : Des visas et autorisations d’emploi.
Chapitre V : De l’accès des investisseurs étrangers à l’immobilier.
Chapitre VI : Des incitations et de la stabilité.
Chapitre VII : Des responsabilités de l’investisseur.
Chapitre VIII : Du règlement des litiges.
Chapitre IX : De l’Agence de promotion des investissements.
Chapitre X : Dispositions finales et transitoires.
Tel est l’objet de la présente loi.
165
LOI n°2023 – 002 sur les investissements à Madagascar
L’Assemblée nationale et le Sénat ont adopté lors de leurs séances plénières respectives
en date du 22 mai 2023 et du 25 mai 2023
LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE,
Vu la Constitution,
CHAPITRE PREMIER
DISPOSITIONS GÉNÉRALES
Article 1 : Définitions
166
« L’investissement » n'inclut pas :
a) les investissements de portefeuille ;
b) les titres de créance émis par un Gouvernement ou les prêts consentis
à un Gouvernement ;
c) les créances liquides provenant uniquement de contrats commerciaux pour
la vente de biens ou de services par une société opérant sur le territoire
malagasy, ou de l’octroi de crédits dans le cadre d'une transaction
commerciale, ou de toute autre créance qui ne suppose pas le versement
d’intérêts énoncés aux sous-paragraphes a) à g) ci-dessus ;
d) les lettres de crédit bancaire ;
e) les opérations commerciales spontanées ;
f) et les créances sur des échéances inférieures à trois ans.
2-1. « Investissement direct » : un investissement réalisé par un investisseur, lequel
consiste en un placement d’un capital, de ressources ou d’actifs dans une société
implantée ou à créer sur le territoire malagasy, dans le but d’y acquérir une
participation durable, comportant un risque économique pour l’investisseur,
lui conférant un contrôle effectif ou un degré significatif d’influence
dans la direction de ladite société et qui permet de concourir au développement
économique de Madagascar.
2-2. « Investissement de portefeuille » : un investissement qui représente moins
de 10% du capital social de la société ou un investissement qui ne permet
d’exercer ni un contrôle effectif sur la société ni une influence significative sur
la société.
2-3. « Expropriation d’un investissement » : tout acte par lequel l’État contraint
un investisseur à lui transférer la propriété de son investissement,
ou en l’absence de tout transfert formel de propriété, toute autre mesure
ou série de mesures ayant un effet équivalent caractérisé par une privation
substantielle de l’investisseur des attributs fondamentaux de son droit
de propriété.
3. « Investisseur » : toute personne physique ou morale, nationale ou étrangère, résident
ou non résident, participant à un investissement dans les conditions définies
par la présente loi.
4. « Investisseur national » : tout investisseur, personne physique ou morale,
de nationalité malagasy ou personne morale de droit malagasy contrôlée par
des intérêts nationaux.
5. « Investisseur étranger » : tout investisseur, personne physique ou morale,
de nationalité autre que malagasy ou personne morale de droit malagasy contrôlée
par des intérêts étrangers.
Une personne physique ou morale est présumée détenir le contrôle d’une société :
a) soit lorsqu’elle détient, directement ou indirectement ou par personne interposée,
plus de la moitié des droits de vote d’une société ;
b) soit lorsqu’elle dispose de plus de la moitié des droits de vote d’une société
en vertu d’un accord ou d’accords conclus avec d’autres associés
de cette société ;
167
c) soit lorsqu’elle détermine en fait, par les droits de vote dont elle dispose,
les décisions dans les assemblées générales de cette société. Elle est
présumée exercer ce contrôle lorsqu’elle dispose, directement
ou indirectement, d’une fraction des droits de vote supérieure à 40%
et qu’aucun autre associé ou actionnaire ne détient, directement
ou indirectement, une fraction supérieure à la sienne.
La présente loi fixe le régime général de droit commun applicable aux investissements
directs réalisés à Madagascar par toutes personnes physiques ou morales, nationales
ou étrangères.
CHAPITRE II
PRINCIPES RÉGISSANT LES INVESTISSEMENTS
Les investissements réalisés sur le territoire malagasy, tels que définis à l’article premier
de la présente loi, et sous réserve de réciprocité en ce qui concerne les investisseurs étrangers,
bénéficient d’un traitement juste et équitable les protégeant contre les mesures ou séries
de mesures étatiques arbitraires, manifestement inéquitables, injustes ou discriminatoires.
L’obligation d’assurer un traitement juste et équitable aux investisseurs et à leurs
investissements n’empêche pas l’État de modifier et adapter sa législation dans le respect
des dispositions de cet article.
168
Article 6 : Protection des droits de propriété
169
La juste valeur marchande de l’investissement est déterminée sur la base des critères
énumérés ci-après :
- la valeur d’exploitation ;
- la valeur de l’actif, notamment la valeur fiscale déclarée des biens corporels ;
- et tout autre critère nécessaire au calcul de la juste valeur marchande,
selon que de besoin.
Le calcul de la juste valeur marchande exclut tout préjudice indirect ou immatériel
ou les profits spéculatifs ou exceptionnels allégués par l’investisseur, y compris les dommages
moraux et la perte de clientèle. Elle ne tiendra compte d'aucun changement de valeur résultant
du fait que l'expropriation ou la mesure envisagée était déjà connue.
6. L’indemnité est acquittée en monnaie nationale. La conversion et le transfert
à l’étranger suivent les dispositions prévues par la règlementation des changes
en vigueur ainsi que celles prévues à l’article 7 de la présente loi. Lorsque l’indemnité
est fixée et qu’elle n’est ni acquittée ni consignée dans les six mois de l’acte
d’expropriation ou de la date de signification de la décision de justice devenue
définitive, les intérêts au taux civil courent de plein droit à l’expiration de ce délai.
7. L’investisseur concerné par l’expropriation a le droit de faire procéder à l’examen
de son cas ainsi que du montant de l’indemnité d’expropriation par une autorité
judiciaire ou toute autre autorité indépendante et impartiale, qui pourra ordonner
une expertise préalable pour l’évaluation de l’indemnité d’expropriation.
1. Les apports en capital social, dans le cadre des investissements directs étrangers
sur le territoire malagasy, sont libres et peuvent être effectués sans conditions
d’agrément ou d’autorisation d’investissement par toute personne physique ou morale
dans le respect de la législation et de la réglementation en vigueur. Tout investisseur
étranger est autorisé à transférer librement à l'étranger sans autorisation préalable tous
paiements afférents aux opérations courantes entre autres les bénéfices, dividendes,
redevances, frais de gestion et les paiements de dommages-intérêts résultant
d'un jugement ou sentence rendu en vertu des articles 26 et 27 de la présente loi.
2. Les revenus salariaux, indemnités, honoraires et épargne des salariés expatriés peuvent
être transférés librement à l'étranger sans autorisation préalable.
3. Les cessions d’actions, de parts sociales, de fonds de commerce ou d’actifs, les parts
de boni de liquidation, les indemnités d'expropriation pour les investisseurs étrangers
sont libres mais doivent être soumises à déclaration auprès du Ministère chargé
des Finances.
4. Les autres transactions en capital et opérations financières non prévues à l’alinéa 3
ci-dessus restent soumises à autorisation préalable du Ministre chargé des Finances.
5. Ces transferts ne peuvent être effectués que par l'entremise des intermédiaires agréés
et en devises librement convertibles.
170
6. Les dispositions ci-dessus s’appliquent sous réserve :
a) des droits et avantages plus étendus auxquels l’investisseur peut prétendre
en vertu des accords ou traités conclus entre la République de Madagascar
et d’autres pays partenaires ;
b) des limitations de mouvement de capitaux régulièrement édictées
notamment afin de garantir le paiement d’amendes, de pénalités
et de jugements des tribunaux rendus à l’encontre de l’investisseur
ou son investissement.
CHAPITRE III
IMMATRICULATION ET ACTES DES SOCIÉTÉS
Article 8 : Immatriculation des sociétés
171
CHAPITRE IV
VISAS ET AUTORISATIONS D’EMPLOI
Un « Visa Professionnel » est octroyé à tout étranger exerçant au sein d’une société
locale un mandat social de gérant, de Directeur Général, de Directeur Général Adjoint,
d’Administrateur Général, de Président du Conseil d'Administration, de Président-Directeur
Général ou membre du Conseil d’Administration sans qu’il ait la qualité d’associé ou
d’actionnaire.
Il est octroyé pour une durée ne pouvant excéder la durée du mandat social.
Toutefois, la période de séjour accordée dépend de l’appréciation de l’autorité compétente.
Ce visa, une fois accordé, vaut titre de séjour. Par ailleurs, une carte de résident est
délivrée conformément à la législation en vigueur.
Le Visa Professionnel est renouvelable jusqu’à la limite du mandat.
Un « Visa Travailleur avec compétence spécifique » est octroyé à tout salarié étranger
d’une société conditionnée par l’obtention préalable d’une autorisation d’emploi ou permis
de travail délivré par le Ministère en charge du Travail, dont la durée ne peut dépasser celle
du contrat de travail.
Le « Visa Travailleur avec compétence spécifique » est fixé pour une durée n’excédant
pas celle de l’autorisation d’emploi.
Ces travailleurs étrangers « avec compétences spécifiques » ne doivent pas excéder
20% de l’ensemble des employés de la société.
Les modalités définissant les « compétences spécifiques » sont précisées par voie
réglementaire.
Pour les catégories de visa énumérées aux articles 11 à 14 ci-dessus, l’octroi relève
de la compétence du Ministère en charge de l’Intérieur. Il est délivré au niveau de l'EDBM.
Sous réserve des dispositions de la présente loi et de la règlementation applicable
en vigueur, les visas autorisent de plein droit leurs détenteurs à résider et à exercer
légalement surtout le territoire malagasy.
La demande de renouvellement de toutes les catégories de visa énoncées ci- dessus
doit se faire dans un délai de trois mois (3 mois) avant sa date d'expiration.
Les modalités d’octroi, de renouvellement ou de retrait des visas sont prévues
par voie réglementaire.
Sous réserve du respect de l’article 13 de la présente loi, toute société locale et tout
investisseur sont libres de recruter et de licencier des salariés expatriés dont ils ont besoin
pour la bonne marche de leurs activités dans le respect des dispositions du Code du Travail,
sauf dérogations expressément prévues par le présent article.
Les contrats de travail des salariés expatriés peuvent déroger à certaines dispositions
duCode du Travail et de la réglementation sociale en ce qui concerne :
- l'affiliation à un Service Médical du Travail ;
- la durée et les motifs de recours à un contrat à durée déterminée ;
- les règles applicables en matière d'embauche.
Ces dérogations ne peuvent avoir pour effet de porter atteinte aux droits
fondamentaux des salariés tels que reconnus par les Conventions et Accords Internationaux
auxquels Madagascar fait partie.
CHAPITRE V
ACCÈS DES INVESTISSEURS ÉTRANGERS À L’IMMOBILIER
Article 18 : Accès des investisseurs étrangers à la propriété immobilière
173
Article 19 : Engagement de l’État sur l’acquisition et sécurisation foncière
Outre les mécanismes d’accès à l’immobilier prévu dans l’article précédent, l’État
s’engage à faciliter et sécuriser l’accès au foncier par les investisseurs à travers la mise
en place des zones dédiées spécifiquement à l’investissement. Ces terrains sont soumis
à des régimes juridiques propres.
CHAPITRE VI
INCITATIONS ET STABILITÉ
Article 20 : Les incitations fiscales et douanières sont octroyées de manière
transparente et non discrétionnaire par une loi. Elles ne peuvent en aucun cas être accordées
par voie réglementaire ou au cas par cas.
Les critères objectifs d’éligibilité à des incitations fiscales et douanières doivent être
clairement précisés par les lois qui les établissent, et de manière intelligible pour
les investisseurs, afin que ces derniers soient en mesure de connaître préalablement
les conditions à réunir pour en être bénéficiaires.
Un mécanisme de suivi et d’évaluation des incitations fiscales et douanières doit être
instauré par l’État. Les modalités de mise en œuvre du présent alinéa sont prévues par voie
règlementaire.
CHAPITRE VII
RESPONSABILITÉS DES INVESTISSEURS
Article 22 : Obligations générales
Les investisseurs et les sociétés objet de leur investissement sont tenus aux obligations
générales suivantes :
1. respecter les textes nationaux et internationaux en vigueur à Madagascar ;
2. se conformer aux règles d’ordre public notamment les règles de tranquillité,
de santé, de sécurité, de moralité, de bonnes mœurs et de salubrité
applicables sur le territoire malagasy ;
174
3. respecter les droits de l’Homme à travers toutes les chaînes de valeur et
les chaînes de production touchant de près ou de loin les activités
de la société ;
4. ne pas offrir, promettre ou octroyer des avantages illégaux ou indus
ni des dons de nature pécuniaire ou autre, directement ou indirectement,
à une autorité publique ou un agent public, à un membre de sa famille,
à un de ses associés ou de toute autre personne, afin que cette autorité
ou cet agent ou un tiers agisse ou s’abstienne d’agir dans l’exercice
de ses fonctions officielles ;
5. ne pas apporter leur concours ou leur assistance à une entente en vue
de commettre ou d’autoriser des actes de corruption que ce soit avant
ou après leur établissement ;
6. assurer un transfert effectif de compétences et de technologies ;
7. assurer de manière effective la formation des employés locaux.
Toute violation du présent article par les investisseurs ou leurs investissements
est réputée constituer une violation du droit interne malagasy.
175
• en respectant l'égalité de traitement de tous les employés
à capacité de travail et aptitude égales, qu'ils soient valides
ou en situation de handicap, qu'ils soient hommes ou femmes ;
• en adoptant toutes autres démarches favorables au concept
de la Responsabilité Sociétale de l’Entreprise.
2. L’État peut émettre des recommandations aux sociétés afin d’améliorer
les démarches en matière de responsabilité sociétale.
3. Les modalités d’application du présent article sont prévues par voie
réglementaire.
Tout investisseur et société objet d’un investissement est tenu à une obligation
de respecter l’environnement conformément à la législation en vigueur, notamment
en contribuant à l’amélioration de l’environnement pour le bien des générations futures
à travers entre autres des actions de reboisement, de recyclage et de remise en l’état
des domaines exploités dans le cadre de l’investissement :
1. en luttant contre le changement climatique ;
2. en veillant à limiter les risques environnementaux ;
3. en favorisant le dialogue avec les communautés locales.
CHAPITRE VIII
RÈGLEMENT DES LITIGES
Article 25 : Tout différend entre l’État et les investisseurs découlant
de l’interprétation ou de l’application de la présente loi fera l’objet d’une procédure
de règlement à l’amiable.
CHAPITRE IX
AGENCE DE PROMOTION DES INVESTISSEMENTS
Article 29 : Statut et rattachement
CHAPITRE X
DISPOSITIONS FINALES ET TRANSITOIRES
Article 32 : Sont et demeurent abrogées toutes dispositions antérieures, contraires
à celles de la présente loi, notamment la Loi n°2007-036 du 14 janvier 2008
sur les Investissements à Madagascar.
177
Article 33 : L’EDBM continue de fonctionner selon ses modalités d’organisation
et de fonctionnement actuelles jusqu’à l’adoption du nouveau texte réglementaire
le régissant.
Andry RAJOELINA
178
Tableau comparatif des régimes des Codes d’investissement de 2008 et de 2023 (monté par nos soins)
Rubriques Loi n° 2007-036 du 14/01/2008 (22 articles) Loi n°2023-002 du 27/07/2023 (35 articles)
A - instaurer un cadre incitatif à la réalisation des La Loi n° 2007-036 du 14 janvier 2008
investissements privés et mettre les investisseurs nationaux sur les investissements à Madagascar continue d’être
et étrangers sur un même pied d'égalité, notamment par l’instrument juridique de référence pour :
la liberté d’investissement, l’égalité de traitement,
A - maintenir les avancées de la Loi n° 2007-036
la protection des droits de propriété, la liberté de transfert et
du 14 janvier 2008 sur les investissements à Madagascar
le maintien d’un système fiscal simple, équitable et propice
tout en y apportant des améliorations et des mises à jour ;
à la croissance.
B - instaurer un cadre juridique clair en matière
B - simplifier les procédures administratives et renforcer
d’investissement, cadre appelé à régir aussi bien
la compétitivité des entreprises installées à Madagascar
les investisseurs nationaux que les investisseurs étrangers,
C - faciliter l’accès des étrangers à la propriété foncière. sans privilégier une catégorie d’investisseurs en particulier ;
Avant cette loi, les étrangers n’étaient autorisés acquérir des
C - assurer un équilibre entre les droits et obligations
biens immobiliers que dans le cadre d’une opération
de l’État et ceux des investisseurs tout en préservant
Les grands principes d’investissement pour un montant minimum de 500 000
la liberté normative de l’État ;
dollars US. Quelques conditions restrictives néanmoins :
D - harmoniser la Loi sur les Investissements avec
- d’abord, les sociétés demanderesses doivent être de droit les différentes lois sectorielles ainsi qu’avec les accords et
malgache, même si elles sont placées sous le contrôle traités internationaux relatifs à la promotion et la protection
d’étrangers ; de l’investissement auxquels Madagascar est partie ;
- ensuite, elles doivent avoir obtenu l’« autorisation E - instituer à Madagascar un climat des affaires attractif
d’acquisition foncière » délivrée par l’EDBM ; et sécuritaire afin d’ériger les investissements nationaux
- enfin, le bien immobilier doit être destiné exclusivement et étrangers comme un pilier de l’émergence et ainsi
et de façon continue à une activité commerciale ; de rattraper le retard de développement du pays
et permettre le « fanorenana ifotony » du pays ;
- mise en place d’un visa professionnel réservé
à l’investisseur étranger qui autorise ce dernier à résider F - privilégier la transparence institutionnelle et procédurale.
et à travailler à Madagascar pendant 3 ans.
1) Investissement : ensemble des ressources financières, 1) Investissement : un apport en capital sous forme d’avoir
y compris entre autres les apports en capital, les avances tels que les biens, droits et intérêts de toute nature, affectés
en compte courant et les emprunts affectés à la réalisation de manière durable dans une société, comportant un risque
d’un projet économique, qu’il soit infrastructurel, économique pour l’investisseur et permettant de concourir
commercial, artisanal, de services, agricole, touristique au développement économique de Madagascar. Il s’agit
ou industriel, ainsi que les produits réalisés par particulièrement :
l’investissement de ces ressources et affectés à la réalisation
d’un projet économique, sous réserve des dispositions a) des actions, parts, obligations et autres formes
applicables à certains secteurs d’activités qui font l’objet de participation au capital de la société ou d’une autre
de réglementation spécifique. Il s’agit notamment société ;
des activités bancaires, d’assurances, minières, pétrolières, b) de titres de créances d’une autre société ;
de télécommunication, d’activités médicales, paramédicales
ou pharmaceutiques. c) des prêts à une société, y compris les avances en compte
courant d’associés ;
2) Investisseur : toute personne physique ou morale qui
contribue en tout ou partie à l’investissement tel que défini d) des biens mobiliers et immobiliers et autres droits
ci-dessus. de propriété tels que des hypothèques, privilèges ou gages ;
e) des droits d'auteur ;
f) des droits de propriété industrielle tels que des brevets
Quelques mots-clés d’invention, des marques, modèles industriels et noms
commerciaux, dans la mesure où ils sont déposés à l’Office
Malgache de la Propriété Industrielle (OMAPI) ;
g) des fonds de commerce et des savoir-faire.
L’investissement n'inclut pas :
a) les investissements de portefeuille ;
b) les titres de créance émis par un Gouvernement ou les
prêts consentis à un Gouvernement ;
c) les créances liquides provenant uniquement de contrats
commerciaux pour la vente de biens ou de services par une
société opérant sur le territoire malagasy, ou de l’octroi de
crédits dans le cadre d'une transaction commerciale, ou de
toute autre créance qui ne suppose pas le versement
d’intérêts énoncés aux sous-paragraphes a) à g) ci-dessus ;
d) les lettres de crédit bancaire ;
e) les opérations commerciales spontanées ; et
f) les créances sur des échéances inférieures à trois ans.
1-1. Investissement direct : un investissement réalisé par
un investisseur lequel consiste en un placement d’un capital,
de ressources ou d’actifs dans une société implantée ou à
créer sur le territoire malagasy, dans le but d’y acquérir une
participation durable, comportant un risque économique
pour l’investisseur, lui conférant un contrôle effectif ou un
degré significatif d’influence dans la direction de ladite
société et qui permet de concourir au développement
économique de Madagascar.
1-2. Investissement de portefeuille : un investissement qui
représente moins de 10% du capital social de la société ou
un investissement qui ne permet d’exercer ni un contrôle
effectif sur la société ni une influence significative sur la
société.
1-3. Expropriation d’un investissement : tout acte par
lequel l’État contraint un investisseur à lui transférer la
propriété de son investissement, ou en l’absence de tout
transfert formel de propriété, toute autre mesure ou série
de mesures ayant un effet équivalent caractérisé par une
privation substantielle de l’investisseur des attributs
fondamentaux de son droit de propriété.
2) Investisseur : toute personne physique ou morale,
nationale ou étrangère, résident ou non résident, participant
à un investissement dans les conditions définies par
la présente loi.
3) Investisseur national : tout investisseur, personne
physique ou morale, de nationalité malagasy ou personne
morale de droit malagasy contrôlée par des intérêts
nationaux.
4) Investisseur étranger : tout investisseur, personne
physique ou morale, de nationalité autre que malagasy ou
personne morale de droit malagasy contrôlée par des intérêts
étrangers.
Une personne physique ou morale est présumée détenir
le contrôle d’une société :
a) soit lorsqu’elle détient, directement ou indirectement
ou par personne interposée, plus de la moitié des droits
de vote d’une société ;
b) soit lorsqu’elle dispose de plus de la moitié des droits
de vote d’une société en vertu d’un accord ou d’accords
conclus avec d’autres associés de cette société ;
c) soit lorsqu’elle détermine en fait, par les droits de vote
dont elle dispose, les décisions dans les assemblées
générales de cette société. Elle est présumée exercer
ce contrôle lorsqu’elle dispose, directement
ou indirectement, d’une fraction des droits de vote
supérieure à 40% et qu’aucun autre associé ou actionnaire
ne détient, directement ou indirectement, une fraction
supérieure à la sienne.
Disparition quasi-totale des dispositions fiscales spécifiques Les incitations fiscales et douanières sont octroyées
de faveur introduites régulièrement dans les Codes de manière transparente et non discrétionnaire par une loi.
précédents. Seul l’engagement formel d’instaurer et Elles ne peuvent en aucun cas être accordées par voie
de maintenir un système fiscal simple, favorable réglementaire ou au cas par cas. Les critères objectifs
à l’investissement est mis en avant, l’objectif étant, non pas d’éligibilité à des incitations fiscales et douanières doivent
d’accorder à tous vents des avantages fiscaux conséquents être clairement précisés par les lois qui les établissent, et
aux investisseurs potentiels, mais plutôt de générer une base de manière intelligible pour les investisseurs, afin que
fiscale élargie et soutenue sur les moyen et long termes : ces derniers soient en mesure de connaître préalablement
les conditions à réunir pour en être bénéficiaires.
- octroyer des libéralités fiscales consistantes en amont, Un mécanisme de suivi et d’évaluation des incitations
Régimes fiscaux c'est-à-dire lors de l'établissement et pendant les premières fiscales et douanières doit être instauré par l’État.
années de fonctionnement de l'entreprise agréée. Les modalités de mise en œuvre du présent alinéa sont
Ces libéralités portent sur les actes de constitution et prévues par voie règlementaire. L'État s'engage à instaurer
d'enregistrement des biens nécessaires à l'implantation, et à maintenir un environnement favorable
les prêts bancaires liés au financement des investissements, à l'investissement, notamment à travers la prévisibilité
les matériels et équipements divers, les matériaux et d'un système fiscal simple, équitable et propice
accessoires de construction, voire les matières premières, à la croissance pour les investisseurs dans le cadre
produits semi-ouvrés et emballages nécessaires de la réalisation des projets d'investissement. Toute clause
au fonctionnement de l'entreprise. Elles sont mises en place de stabilité établie par les lois spécifiques doit préciser
pour abaisser les frais fixes de l'entreprise, réduire clairement la durée pour laquelle l’État s’engage à ne pas
ses besoins en capitaux et faciliter ainsi son financement.
180
Elles peuvent être primordiales et peser d'une façon décisive modifier ledit régime au profit des bénéficiaires. Pendant
dans le choix de l'investissement, même s'il est patent que la durée des clauses de stabilité y relatives, les investisseurs
d'autres facteurs entrent également en ligne de compte lors jouissant des avantages prévus par des lois spécifiques
de la prise de décision finale. peuvent bénéficier de toute nouvelle mesure législative ou
réglementaire plus avantageuse qui serait adoptée
- développer des exonérations fiscales importantes en aval postérieurement à la publication desdites lois, sous
pour permettre à l'entreprise agréée, non seulement conditions d’adhérer en totalité audit régime et
de se constituer des bénéfices substantiels - non ou peu d’abandonner l’ancien.
imposés, réinvestissables ou exportables - mais aussi
d'accroître sa compétitivité sur le marché international.
Ces exonérations s'appliquent alors sur les bénéfices et
dividendes, les biens et services destinés à l’exportation.
Un « Visa Investisseur » est octroyé à tout investisseur
étranger au sens de la présente loi, ayant la qualité d’associé
ou d’actionnaire d’une société locale dans les conditions
définies par la présente loi et les textes sur l’immigration en
vigueur. Le statut d’« investisseur » se perd de plein droit
par la perte de la qualité d’associé ou d’actionnaire.
Un « Visa Professionnel » est octroyé à tout étranger
exerçant au sein d’une société locale un mandat social de
gérant, de Directeur Général, de Directeur Général Adjoint,
d’Administrateur Général, de Président du Conseil
d'Administration, de Président Directeur Général ou
membre du Conseil d’Administration sans qu’il ait la qualité
d’associé ou d’actionnaire. Il est octroyé pour une durée
ne pouvant excéder la durée du mandat social. Toutefois,
la période de séjour accordée dépend de l’appréciation
de l’autorité compétente. Ce visa, une fois accordé, vaut titre
de séjour. Par ailleurs, une carte de résident est délivrée
conformément à la législation en vigueur.
Le Visa Professionnel est renouvelable jusqu’à la limite
du mandat ».
Un « Visa Travailleur avec compétence spécifique » est
octroyé à tout salarié étranger d’une société conditionnée
par l’obtention préalable d’une autorisation d’emploi ou
permis de travail délivré par le Ministère en charge
du Travail, dont la durée ne peut dépasser celle du contrat
de travail.
Le Visa Travailleur avec compétence spécifique est fixé
Statuts des pour une durée n’excédant pas celle de l’autorisation
investisseurs d’emploi.
Mise en place du visa professionnel réservé à l’investisseur
étranger qui autorise ce dernier à résider et à travailler Ces travailleurs étrangers « avec compétences spécifiques »
et de leurs à Madagascar pendant 3 ans. ne doivent pas excéder 20% de l’ensemble des employés
collaborateurs de la société.
étrangers
Les modalités définissant les « compétences spécifiques »
sont précisées par voie réglementaire ».
Sous réserve de la législation relative au Mariage et
à la Filiation en vigueur à Madagascar, le conjoint et
les enfants à charge du titulaire d’une des catégories de visa
immigrant énoncées ci-dessus bénéficient du « Visa
Regroupement familial » dont la durée ne peut excéder celle
du Visa du titulaire principal.
Toute société locale et tout investisseur sont libres
de recruter et de licencier des salariés expatriés dont ils ont
besoin pour la bonne marche de leurs activités dans
le respect des dispositions du Code du Travail, sauf
dérogations expressément prévues par le présent article.
Les contrats de travail des salariés expatriés peuvent déroger
à certaines dispositions du Code du Travail et
de la réglementation sociale en ce qui concerne :
- l'affiliation à un Service Médical du Travail ;
- la durée et les motifs de recours à un contrat à durée
déterminée ;
- les règles applicables en matière d'embauche.
Ces dérogations ne peuvent avoir pour effet de porter
atteinte aux droits fondamentaux des salariés tels que
reconnus par les Conventions et Accords Internationaux
auxquels Madagascar fait partie.
181
Une nouvelle loi qui ouvrirait des perspectives favorables à l’horizon ? Rien n’est moins sûr…
La vision « Initiative pour l’Émergence de Madagascar » implique que l’environnement des affaires
soit à la fois attractif et sécuritaire pour tous les investisseurs, qu’ils soient nationaux ou étrangers.
Ce nouveau défi nécessite une collaboration étroite entre les parties prenantes au niveau central et
local et appelle un nouveau cadre juridique sur les investissements 135.
En adoptant la loi n° 2023-02 du 27/07/2023 sur les investissements, pour la sixième fois depuis son
indépendance, Madagascar se dote d'un nouvel instrument juridique destiné à relancer et à
promouvoir son développement économique et social. Résultat d’une démarche inclusive à laquelle
les secteurs publics et privés ont largement contribué 136, cette loi se veut être à la fois un outil de
sauvegarde de la souveraineté nationale et une force d’attraction à l’endroit des investisseurs, tant
nationaux qu’internationaux pour, non seulement pallier l’insuffisance de l’épargne nationale, mais
encore et surtout générer une croissance économique qui aura des impacts significatifs et durables
pour le pays.
Dans les précédentes études que nous avons menées sur les Codes de 1989 et de 2008, nous avons
essayé de mettre en exergue les bénéfices que Madagascar pourrait tirer de la mise en œuvre
des mesures dérogatoires spécifiques que ces textes ont prévues. Mais nous avons également souligné
les dangers qu’ils peuvent faire courir au pays si leur application n’est pas menée d’une façon
mûrement réfléchie. Il faut rappeler, en effet, qu’on trouve des Codes d'investissement dans la plupart
des pays en développement, et que si leur but est de séduire les investisseurs en leur offrant ce qui
les attire le plus - la stabilité, la sécurité…et la rentabilité -, on assiste malheureusement souvent à
une certaine surenchère en la matière, chacun voulant offrir de meilleures garanties que les autres. Et
le résultat n'est pas toujours heureux, comme l’a rappelé si judicieusement le Professeur Loïc Philip :
« on encourage souvent les capitaux sans se préoccuper suffisamment du secteur dans lequel ils
s'investissent. Il arrive ainsi que les investissements que l'on a suscités n'aient pratiquement aucun
effet sur le développement du pays ».
Si cette nouvelle loi s’attache à apporter des innovations importantes, destinées à clarifier,
moderniser, simplifier et, ainsi, améliorer le climat des affaires dans la Grande Île, l’avenir nous dira
si la démarche originale qui consiste à combiner les dispositions de la Loi n° 2007-036 du 14/01/2008
avec celles de la Loi n°2023-002 du 27/07/ 2023, soit au total 57 articles, sera, en définitive,
profitable à l’économie malgache. Leur mise en œuvre implique en effet la publication de nombreux
textes réglementaires qui pourrait aller à l’encontre de la volonté de simplification pourtant érigée en
principe de base. L’inflation normative fait partie des phénomènes majeurs qui peuvent décourager
les investisseurs potentiels, nationaux comme étrangers, au même titre que le coût élevé des facteurs,
l’instabilité sociopolitique et/ou la corruption, sous toutes ses formes.
Au niveau du concert des nations, rappelons que Madagascar n’est pas à l’abri des dangereuses
turbulences aux conséquences imprévisibles qui secouent actuellement le monde : la guerre qui
oppose, d’une part la Palestine à Israël, d’autre part l’Ukraine à la Russie. Par ailleurs, au lendemain
des élections européennes de juin 2024, il n'est pas inutile de s’inquiéter des tendances au repli sur
eux-mêmes de certains pays européens susceptibles de s'intéresser à cette volonté d'ouverture des
Pouvoirs Publics de la Grande Île. On y parle beaucoup de « souveraineté nationale »… Comme dans
la nouvelle loi malgache sur les investissements ! L’exacerbation des sentiments nationalistes et
xénophobes chez des ressortissants de ces pays, et la montée en puissance de l'extrême droite, en
Italie, en Hongrie, en Pologne, au Pays-Bas, en Suède, en Allemagne, au Royaume Uni, etc., sont
autant de sources de questionnement quant à l’intérêt que les opérateurs économiques de ces pays
pourraient porter aux projets de développement de l’Île Rouge.
135
Exposé des motifs
136
Exposé des motifs
182
Dans son ouvrage consacré à l’histoire de la pensée politique en France, le Professeur Loïc Philip
écrivait : «Tous les individus sont, plus ou moins, tiraillés entre deux tendances : l’une plutôt
individualiste et conservatrice qui nous pousse à nous replier sur nos problèmes et nos intérêts
particuliers et qui nous pousse à adopter une vue à court terme des problèmes ? L’autre, plus
novatrice, qui nous incite à rechercher le progrès, qui concerne ceux qui s’intéressent davantage à
autrui qu’à eux-mêmes et qui implique une vision à moyen terme des problèmes. »
« Le danger d’une dépolitisation, d’un affaiblissement de la pensée politique, c’est de favoriser
la première tendance et de décourager la seconde, ce qui peut être fatal à la démocratie ». 137
C’était il y a trente et un ans, mais c’est plus que jamais d’une actualité brûlante !
Pour illustrer ce qui précède, Serge Zafimahova, une personnalité marquante de l’actuel paysage
politique malgache, affirme, par exemple, que depuis l’arrivée tumultueuse d’Andry Rajoelina au
pouvoir, en mars 2009, aucun investisseur direct étranger ne s’est empressé de venir à Madagascar.
La pratique des « rétrocommissions » exaspère le monde économique, dit-il 138. Ce sujet n’est pas sans
rappeler la retentissante et scabreuse affaire de corruption dite « Affaire Gemfields » qui a conduit
l’ancienne directrice de cabinet de la Présidence, Romy Voos Andrianarisoa, dans les prisons de
Londres pour une durée de trois ans et demi 139.
Partenaire privilégiée de Madagascar, la France, en ce qui la concerne, est actuellement confrontée à
un important problème de réorganisation du fonctionnement de ses institutions, à la suite de la
dissolution de l’Assemblée Nationale. Les élections législatives anticipées qui ont suivi cette
dissolution ont fait émerger trois blocs politiques minoritaires antagonistes. Le camp présidentiel,
Ensemble pour la République !, et ses alliés de la droite républicaine modérée, s’opposent, d’une part
au parti d’extrême droite, le Rassemblement National, d’autre part à la montée en puissance des
mouvements de gauche dénommés le Nouveau Front Populaire conduits par La France Insoumise,
les écologistes et le parti socialiste. 140 Pour le reste de son mandat, le Président Emmanuel Macron
semble ainsi devoir s’accommoder d’une difficile cohabitation avec ces partis qui combattent avec
vigueur ses choix politiques. Une vraie menace en elle-même, en quelque sorte, pour la sérénité
indispensable au bon fonctionnement de la vie politique et économique en France, qui pourrait peser
sur les espoirs des dirigeants malgaches actuels de voir affluer les investissements directs étrangers
(IDE) - en l’occurrence français - tant souhaités et tant attendus, vers l’Île (anciennement) heureuse
de l’océan Indien.
137 Histoire de la pensée politique en France de 1789 à nos jours, Ed. Economica, 01/1993, p. 303)
138 Interview RFI du 19/04/2023, [Link]
139 Libérée récemment à la suite d’une réduction de peine prévue par la législation britannique, cette dernière s’est targuée d’être
totalement « blanchie et libre » lors d’une interview accordée à la chaîne de télévision TV5 Monde. Une version immédiatement
démentie par l’Ambassade de Grande Bretagne installée à Antananarivo
140 La composition de la nouvelle Assemblée nationale en 2024 est la suivante :
183
POSTFACE 1
184
Mon ancien prof de français/latin en 1969 au lycée Gallieni d’Antananarivo. Je l'ai retrouvée un demi-
siècle plus tard grâce aux miracles des réseaux sociaux. Elle vivait à la Rochelle. J'ai appris avec
stupeur sa tragique disparition dans un accident de voiture en août 2020. Elle avait 90 ans. Funeste
destin !
Bonjour Christiane,
C’est Roger Rabetafika. Je viens vous donner quelques nouvelles. Certaines vont sûrement vous faire
plaisir, d'autres sans doute moins. Mais ce sont les choses de la vie...
Voici un peu plus de un an que je suis parti à la retraite. J'en ai profité pour passer des vacances à
Madagascar, en famille, notre précédent séjour remontant à... 1991 ! Un choix assumé...
D'abord les moins bonnes, LE CHOC : après 28 longues années d'absence, j'ai été terrifié par
le titanesque travail à fournir pour remettre ce pays - et Antananarivo en particulier - sur la voie d'un
véritable développement durable et, surtout, profitable au plus grand nombre. Mais, en même temps,
je reste plutôt "optimiste", car les choses peuvent bouger. Dans le bordel ambiant des rues
de la capitale et de ses environs immédiats, j'ai eu le sentiment qu'il y a une espèce d'ordre apparent,
une forme de discipline dans l'indiscipline et le désordre sans nom de la foule immense qui y circule
du matin au soir. Sans discipline collective cependant, rien ne pourra se faire ! Ce qui est
insupportable, c'est la cohabitation entre l'indigence absolue du plus grand nombre avec l'indécente
opulence du bling bling d'une infime minorité dont la cécité est totalement incompréhensible. Une
bombe à retardement ! Un autre exemple, symptomatique : les routes, une vingtaine de km pour aller
dans ma famille dans la banlieue de la capitale. Je n'ai jamais rien vu de pire, c'est innommable,
un vrai cauchemar ! J'ai fait aussi Foulpointe-Mahambo, dans l'est du pays, 50 km en 3 h. Et entre
la banlieue ouest de Tana et l'université d'Ankatso, 18 km tôt le matin : 2 h 30 de trajet dans
les embouteillages. Qui dit mieux ? Comment font les gens du coin pour supporter cela ? Ceux qui
doivent aller bosser tous les jours ? Je me demande ! J'ai toujours dit que c'est à cause de la politique
politicienne et partisane que ce pays est devenu ce qu'il est aujourd'hui. Et j'ai le sentiment que c'est
loin de pouvoir changer ! Et pourtant, si on résumait les choses en deux mots, on pourrait dire ceci :
nos révolutionnaires de 72 étaient contents d'avoir mis dehors les Français mais n'étaient pas préparés
à prendre la relève, notamment dans l’enseignement, car ils ne parlaient bien ni en malgache ni en
français (douloureuse expérience en « frangache » vécue à la Fac de Droit de 74 à 76).
Et dans le cadre d'une très forte personnalisation et de concentration du pouvoir :
- Didier Ratsiraka s'est fourvoyé dans la conduite du pays avec son Livre rouge durant 25 longues
années de pouvoir sans partage. Il l'a détruit, non seulement économiquement (surendettement avec
le PAS, généralisation de la corruption, bradage des éléphants blancs et des cathédrales
technologiques de la période d'investissement à outrance via des délits d'initiés honteux, etc.), mais
il a également foulé au pied les valeurs fondamentales qui doivent présider au bon fonctionnement
de la vie en société ;
- Marc Ravalomanana s'était pris pour le Messie après le relatif succès de son 1er mandat de PRM,
et croyait qu'il avait le droit de tout faire en mélangeant ses affaires privées avec la gestion de celles
de l'État ;
- Andry Rajoelina a (re)détruit le pays avec son coup d'État de mars 2009. Où va-t-il le mener dans
les années qui viennent, après son « élection » en 2018, avec sa démarche bling bling à tout va ?
Personne ne le sait ! Comme je l'ai déjà dit aussi, j'en suis aujourd'hui à me demander si on n'est pas
un peuple maudit à cause de nos politiciens !
D'un dirigeant à l'autre, à l'ego souvent surdimensionné, on n'est pas sorti de l'auberge. Et tant que
la seule et unique préoccupation du Malgache de base restera la recherche - désespérément -
de la pitance quotidienne, on ne pourra rien lui demander de plus qui puisse lui permettre
185
de comprendre les choses, d'avoir un minimum de civisme, de respecter son prochain, en un mot :
S'ÉLEVER, MORALEMENT, SPIRITUELLEMENT, ÉCONOMIQUEMENT !
Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il y a du pain sur la planche...
Mais, une nouvelle génération d'acteurs est née - une jeunesse entreprenante, compétente, innovante,
patriote - tant dans le pays que parmi les éléments de la diaspora. Il faut s'appuyer sur elle pour faire
bouger les lignes et inventer un nouveau paradigme dans la gestion de l'économie de la Grande Île
qui ne mérite pas le sort qu'elle a aujourd'hui. C'est notre seule et unique chance de la sortir du cercle
vicieux de l'indigence dans lequel on l'a sciemment enfermée pendant les 60 longues années
d'indépendance.
Madagascar, pays béni des dieux grâce à ses nombreuses ressources naturelles et à la jeunesse de sa
population, mais classé parmi les premiers pays les plus pauvres du monde ? Cherchez l'erreur...
Je ne fais pas de politique, cela ne m'intéresse pas. Je suis un simple observateur attentif, depuis mon
départ de décembre 1983. Et j'essaie juste d'apporter ma petite contribution à la reconstruction
de cette belle Grande Île, un des plus beaux fleurons des pays décolonisés au lendemain
de l'indépendance de juin 1960, disait-on, qui s'est écroulé à cause des turpitudes de ses politiciens !
Les bonnes nouvelles ensuite : j'ai eu l'occasion de revoir mes potes du lycée avec qui j'étais en classe
de 1966 à 1973. Nous étions avec vous en 4ème AB1, avec votre fille Dominique et votre fils adoptif
Hery Zo Ralambomahay :
- Tsimisanda Henri Michel, l'inénarrable et inamovible major de la classe, depuis le concours d'entrée
en 6ème jusqu'à la sortie de ses études en sciences agronomiques ; il est consultant en free-lance après
avoir occupé différents postes de responsabilité dans le public, dans le privé et même à l'international ;
- Rakotoarisoa Jean Éric, docteur en droit, Président de la Haute Cour Constitutionnelle ;
- Rakotoarison Rado, docteur en économie. Il a créé une école à Alasora où il accueille des élèves
de la maternelle jusqu'à la terminale ;
- Rafiringason Rigobert, médecin.
Nous nous sommes retrouvés lors d'une fête familiale. Une belle histoire d'amitié qui dure depuis 54
ans, malgré l'éloignement géographique et les vicissitudes de la vie.
Vos redoutables versions et thèmes latins, et la culture que vous nous avez inculquée en cours de
français ont fait partie des valeurs qui nous ont forgé et fait de nous ce que nous sommes devenus.
MERCI ENCORE POUR TOUT CELA ! En ce qui me concerne, après 32 années de bons et loyaux
services à l'université d'Aix-Marseille, je fête cette année le 30e anniversaire de la publication de mon
ouvrage sur la fiscalité malgache (qui se vend toujours 😊😊). Je n'ai pas vu le temps passer. Les
problèmes du pays sont toujours les mêmes... C'est presque désespérant !
186
De : Meyer Christiane
Date : mer. 20 mai 2020
Subject: vos amis du lycée
To : Roger RABETAFIKA
Bonjour Roger,
Il n'y a rien de si émouvant pour une prof que de retrouver d'anciens élèves qui se souviennent d'elle
; ça m'arrivait à Annemasse, où j'étais de 1980 à 1990, de rencontrer de grands jeunes hommes, parfois
avec un bébé sur le bras, « Madame Meyer, vous vous souvenez de moi ? ». Et comme je disais
« non » - « mais si, je suis UNTEL, avec mes copains on chahutait beaucoup (c'étaient la plupart du
temps de jeunes maghrébins de 1e ou 2e génération), on vous aimait bien mais on avait trop envie de
chahuter » -. Ils avaient tous appris un métier, travaillaient, venaient de se marier. C'était un
bonheur !
Un seul, un Européen, m'injuriait quand il me croisait dans la rue ; c'était supportable…
Alors, que des hommes qui ont des métiers et/ou des positions sociales plus qu'honorables, après tant
de temps (plus de 50 ans !), se souviennent de mes cours - vous les Malgaches, étiez nettement plus
courtois que les maghrébins ! - c'est double bonheur.
J'ai demandé à Dominique si elle se souvenait. Elle se souvient, et vous prie, à l'occasion, de saluer
ces quatre messieurs de sa part. Et de la mienne, évidemment, en les remerciant.
Quand nous étions partis à Madagascar en 1959, ce n'était pas au hasard. Nous connaissions déjà
Charles Ravoajanahary, Jean-Baptiste Ralambomahay, Richard Andriamanjato et quelques autres.
C'était à la veille des indépendances, et encore pendant la guerre d'Algérie ; il y avait dans certaines
des anciennes colonies une demande de gens pouvant aider au changement. Certains Français ont
aidé, effectivement, d'autres y ont trouvé l'occasion … d'une vie facile et de bons salaires....
Si vous regardez l'histoire française depuis 1789, la révolution ne se fait pas en peu de temps; nous
avons connu la terreur républicaine, le sanglant premier empire (sous prétexte de gloire militaire),
le retour des rois, la révolution de 1848 et le 2e empire, colonial et antiféministe, la 3e République
élitiste où le mot d'ordre était « enrichissez-vous » (pour quelques-uns, avec la sueur des autres),
terminée par les massacres de la Commune de Paris (et d'autres villes), deux guerres mondiales,
les guerres de décolonisation... Et Sarkozy, et Trump après Obama. Il ne faut pas se décourager !
Je ne faisais pas de politique de ce temps-là, j'étais une étrangère, mais j'aidais comme je pouvais.
Les gens de l'entourage de Monja Jaona, j'en connaissais, ceux de Tana en particulier, mais je ne me
rappelle pas trop les noms, à part ceux qui se réunissaient chez moi quand j'habitais sur la colline
à Tana, de 67 à 71. Ils venaient avec Charles Ravaojanahary, leur ronéo était dans mon grenier. Pour
vous amuser, le tract « les Français dehors » a été rédigé chez moi et soumis à mes corrections
orthographiques, avec un commentaire « pas tous les Français, évidemment, mais ceux qui
soutiennent le Président. » (Tsiranana).
C'est pour ça que je n'ai pas été surprise quand en 1971, alors que j'étais revenue en France pour les
vacances d'été, j'ai été prévenue que mon contrat était cassé, et que je ne pouvais plus retourner à
Madagascar.
J'y suis néanmoins revenue en 1976, invitée par Monja Jaona et mon gendre Samuel Ralaidovy au
congrès du MONIMA, puis en 1996. La plupart de mes amis avaient alors disparu, ou ont disparu
peu après. J'ai revu Richard Andriamanjato, encore solide. Plus tard, Charles Ravaojanahary qui s'est
brouillé avec Ratsiraka, est venu rejoindre ses enfants qui avaient tous choisi d'être français. Il est
mort peu après. Nous avions longtemps travaillé ensemble à une traduction de l'oeuvre de Ny Avana,
187
hélas pas terminée. Et depuis, je ne suis plus retournée à Madagascar, ce sont les enfants qui
y vont de temps en temps...
188
POSTFACE 2
189
La Diaspora se mobilise pour apporter sa contribution au développement
de Madagascar
Il existe au bas mot 120 000 membres de la diaspora malgache sur les 5 continents
et au moins 2 000 associations de par le monde travaillant pour le développement
de Madagascar. Et pourtant, à ce jour, chaque initiative individuelle ou
collaborative pour faire avancer Madagascar fonctionne encore en vase clos et
peine à faire bénéficier l’ensemble du pays de son action ou son initiative.
La diaspora malgache est une vaste communauté plutôt hétérogène qui pèse
pourtant d'un poids non négligeable dans l'économie du pays. La Banque
mondiale estime une moyenne de flux entrant provenant de la diaspora
(remittance) à 13 millions USD par an (PDF) sur les 10 dernières années.
La diaspora malgache s’est construite en plusieurs flux de ce qui s’est avéré plus
une émigration de savoir qu’une émigration de travail. Contrairement aux
migrants de l’Afrique et du Maghreb qui, à l’origine, se sont expatriés en masse
pour répondre à des besoins de main-d’œuvre des industries et des services
des pays développés du nord, le migrant malagasy partait en Europe pour y
acquérir une formation supérieure propre à satisfaire ses aspirations sociales dans
une société malgache qui a traditionnellement toujours considéré le savoir comme
valeur essentielle. Majoritairement installée en France (métropole et DOM-TOM,
190
à la Réunion en particulier), mais aussi en Allemagne, Suisse, Belgique, Italie,
Norvège, désormais au Canada et aux USA nouveaux espaces symboliques de
succès ou sur le continent Africain, la diaspora malgache, par ailleurs, n’a fait
l’objet que d’un faible nombre d’études sociologiques ou anthropologiques.
Cette conférence va réunir près de 600 participants pendant 3 jours sur le campus
de l’Université d’Aix-en-Provence. Les objectifs de ces rencontres est entre
autres de :
- faire savoir qui sont les Malgaches de la diaspora, et ce qu’ils veulent
devenir ;
- travailler sur des thématiques qui les rassemblent, dans un même souci
de solidarité citoyenne ;
- mieux identifier les besoins de Madagascar à travers des échanges enrichis
de la présence d’acteurs de la vie économique et de la société civile
malgache.
En d’autres termes, cette conférence a vocation à être un Salon, non de l’Emploi,
mais un Salon des « actions en cours et à mener à Madagascar » et il est attendu
de tous les participants de partager leur retour d’expérience et leurs visions
du futur pour Madagascar.
191
Infographie expliquant le rationel de la rencontre Zama (avec la permission de Zama)
12 tables rondes vont permettre aux participants de réfléchir sur comment agir
ensemble pour le bien de Madagascar et le mieux-être de la diaspora, avec pour
supports des expositions, des projections, des conférences, des tables rondes,
des débats, des ateliers ainsi que des représentations culturelles mettant en avant
les artistes malgaches qui percent sur la scène internationale.
(Le projet) Zama est effectivement un projet ambitieux, d’abord parce qu’il s’agit
en l’occurrence d’une grande première dans l’histoire de la diaspora malgache
dans le monde, ensuite parce que, de la même manière que pour la bonne
mayonnaise, son succès et sa réussite ne pourront être assurés qu’avec la
participation, je dirais même plus - la complicité - de toutes et de tous. [..] Et sur
une première nous n’avons aucun indicateur qui puisse nous affirmer avec
certitude son succès. Mais nous avions la conviction qu’à force de rigueur et
d’exigence dans notre démarche nous pourrions arriver à convaincre un public.
192
Des thématiques diverses
Les tables rondes ont été choisis suite à une enquête vers toutes les personnes
intéressées par le futur de Madagascar pour respecter la philosophie « par vous,
pour vous » du projet. Ces tables rondes seront modérées par des experts
internationaux et des acteurs malgaches sur le terrain. La diversité de la diaspora
explique ainsi la diversité des thèmes sélectionnés qui vont de créer son entreprise
à Madagascar, au développement durable ou de l’identité culturelle malgache
quand on vit à l’étranger. Le programme des tables rondes :
193
Pascale Jeannot explique sa contribution au projet Zama.
Aina, résident à Marseille, explique lors d'un échange par email ce qui l’intrigue
dans cette rencontre de la diaspora :
J'ai vécu la majeure partie de ma vie en France mais toute ma famille est
d'origine malgache. Il y a une envie, je pense, pour nous de nous retrouver et de
discuter de notre identité culturelle métissée
194
Les Projections lors de la conférence Zama
195
La diaspora souvent mal comprise, mal aimée, à tort ou à raison, constitue un irréfutable vivier
de compétences et peut servir de levier important du développement économique et social de notre
pays. Cette manifestation d’Aix en Provence peut, dès lors, être un vrai prélude aux actions futures
qu’elle pourra engendrer.
Apporter notre pierre à l'édifice, telle est notre seule et unique ambition drapée du principe non
négociable de laïcité et d'apolitisme.
[Link]
[Link]
1) Patrick, Roger, si vous devez résumer en 2 mots l’esprit de Zama, ça serait lesquels ?
Bonjour Rado !
Roger : Zama, c’est la contraction de 3 notions fondamentales : ZAnaka, Madagasikara et
Ampielezana. C’est une projection vers l’avenir, un besoin quasi viscéral de rassembler tous
les enfants du pays dispersés dans le monde, pour qu’ils puissent se retrouver, à un moment choisi et
en un même endroit, y faire connaissance, échanger, informer, s’informer et, autant que faire se peut,
agir ensemble pour le bien du pays ; mais encore, et peut-être même avant tout, pour leur propre bien,
car on ne peut penser et agir pour l’autre que si on est soi-même bien dans son corps et son esprit.
Patrick : Roger a parlé des enjeux. Si je devais, pour compléter son propos, préciser en 2 mots les
valeurs de Zama, je dirais : Fierté et Humilité. D’aucuns pourront juger cela contradictoire, mais la
fierté n’est pas l’orgueil. Il nous semble que l’un des enjeux de Zama était de redonner à tous l’image
d’un peuple malagasy agissant, capable de se mobiliser, capable de succès individuels et collectifs,
capable de belles initiatives. Il est à notre avis urgent, dans le marasme actuel que vit le pays, de
redonner des Malagasy et aux Malagasy, tant à l’extérieur qu’au pays, des images positives et
porteuses d’espoir, tournées vers l’avenir. Sans se voiler la face quant aux drames que vit notre peuple.
Et nous parlons d’humilité, parce que rien ne peut se faire si on n’apprend pas à gérer l’incertitude
avec humilité, en se remettant tous les jours en question, sans se prétendre ni sauveurs du monde,
ni détenteurs d’une vérité ou d’une sagesse ou d’une omniscience absolues.
2) C’est un projet ambitieux que vous entreprenez : comment s’assurer que la mayonnaise
prenne et que tout le monde se sente inclus ?
Roger : La mayonnaise, la vraie et bonne mayonnaise ne prend que grâce à, d’une part à l’association
de 3 ou 4 bons ingrédients : le jaune d’œuf, le sel, le vinaigre, l’huile et peut-être un peu de poivre,
d’autre part à l’habileté de celui ou celle qui est à la manœuvre pour la faire prendre.
196
Zama est effectivement un projet ambitieux, d’abord parce qu’il s’agit en l’occurrence d’une grande
première dans l’histoire de la diaspora malgache dans le monde, ensuite parce que, de la même
manière que pour la bonne mayonnaise, son succès et sa réussite ne seront assurés qu’avec la
participation, je dirais même plus – la complicité – de toutes et de tous. C’est ainsi que l’événement,
qui se veut studieux avant tout, a également l’ambition d’être festif avec des activités musicales,
artistiques et culturelles, pour que le plus grand nombre y trouve satisfaction. Et je tiens à rendre un
vibrant hommage à la petite équipe, très soudée, qui est à la manœuvre de tout cela depuis 1 an, qui
donne son temps sans compter et dépense son énergie pour que Zama Aix 2016 reste positivement
dans la mémoire collective !
Patrick : Le projet est ambitieux, mais il le fallait pour prétendre mobiliser le grand nombre. Comme
le dit Roger, il s’agit d’une première. Et sur une première, nous n’avons aucun indicateur qui puisse
nous affirmer avec certitude son succès. Mais nous avions la conviction qu’à force de rigueur et
d’exigence dans notre démarche, nous pourrions arriver à convaincre un public, sceptique par essence,
de nos valeurs, de notre neutralité mais aussi de notre ouverture. Il faut convaincre que nous avons la
volonté de faire de cette première la plus belle, la plus enrichissante, la plus éthique et la plus heureuse
manifestation qui soit. Il fallait éviter toute forme de discours qui aurait pu être clivant entre nous mais
sans nous compromettre. La Charte des Valeurs de Zama et le Discours Fondateur du mouvement
nous y ont aidés.
Roger : Pour ainsi dire, Patrick est un vieux compère dans les actions humanitaires et solidaires vers
notre pays. Nous avons fait connaissance il y a trois ou quatre ans, je ne me rappelle plus très bien,
au détour d’opérations diverses menées dans ce sens, chacun de notre côté, et, naturellement,
sur les réseaux sociaux. L’idée de mener des actions communes, de rassembler nos forces, est venue
tout aussi naturellement, plus particulièrement après la visite à Malakoff, en mai 2015, de notre ami
Jean Razafindambo du Canada. Une équipe de plus d’une centaine de participants s’y est constituée
très spontanément pour créer le comité d’organisation des États Généraux de la Diaspora Malgache
(COEGM Aix 2016) et le déclarer officiellement à la Sous-Préfecture d’Aix-en-Provence.
Aujourd’hui, ce sont quelque douze personnes qui s’occupent activement de la réalisation de Zama.
Certains sont aux antipodes (Afrique du Sud, Dubaï, Québec) mais grâce aux NTIC, le travail se fait
d’une façon harmonieuse, en toute communauté de cœur et d’esprit.
Patrick : Effectivement, l’un de nos premiers contacts relevait d’une opération de collecte et
constitution d’un container de matériels informatiques destinés à des centres de formation en zones
rurales. Mais on s’est particulièrement rejoints, depuis Malakoff, autour de ce projet Zama qui, on
doit le dire, a rassemblé un panel d’amis de talents fortement ancrés sur les mêmes valeurs de sérieux,
d’engagement total, d’éthique désintéressée, d’apolitisme. Il faut préciser que l’équipe en question
est fortement composée de jeunes de talent, qui nous ont d’ailleurs « fortement suggéré » de pousser
un groupe de « Rock Garage » et une chorégraphe de talent sur la scène de notre concert de clôture
du dimanche 10 juillet après-midi.
4) La ville d’Aix a été choisie pour héberger cet événement. Comment la diaspora locale se
prépare-t-elle pour l’accueillir ?
197
constituée d’étudiants, s’y prépare activement. Mais, comme on dit chez nous, « asa vadi-drano izy
ity ka tsy ho vita raha tsy hifanakonana », y travaillent également d’arrache-pied des éléments résidant
dans d’autres villes (Paris, Lyon, Montpellier, Nîmes, Nantes, etc.). D’autres structures publiques et
privées sont associées à cet événement : la Mairie d’Aix-en-Provence et ses démembrements, le CROUS, le
CREPS, ainsi que des établissements hôteliers qui proposent des tarifs préférentiels pour l’hébergement
des participants.
Patrick : Roger a parlé des infrastructures et de la logistique, je me permets de préciser ici
que le soutien de la Faculté d’Aix a été un événement déclencheur essentiel dans le lancement
de Zama Aix. Le Campus Schuman de la Fac de Droit est un endroit absolument magnifique. Et je
me suis dit « si la Faculté est capable de nous faire confiance et de nous mettre à disposition ce lieu
prestigieux, il va falloir monter un événement qui soit à la mesure de ce lieu et qui l’honore ».
5) Des tables rondes seront organisées pendant ces 3 journées. Quels sont les critères qui
vous ont guidés pour sélectionner et les thématiques et les contributeurs ?
Roger : Je me contenterais de rappeler très brièvement les thématiques générales de ces tables
rondes : Revenir à Madagascar, Promouvoir Madagascar, Culture, identité et Diaspora, Investir et
entreprendre, Développement durable, Soutenir la Diaspora, Mobiliser les experts, Solidarités
et développement humain.
Mon ami Patrick se fera un plaisir de vous préciser l’articulation et le fonctionnement de ces tables
rondes, ainsi que les critères qui ont présidé au choix des contributeurs, l’idée sous-jacente étant
d’avoir un panel le plus large possible.
Patrick : Le choix des thématiques s’est fondé sur les conclusions, d’une part, des travaux
de Malakoff et, d’autre part, d’un sondage de masse réalisé en ligne. Nous n’avons de fait conservé
que les thématiques les plus à même de répondre aux vraies questions et préoccupations des membres
de notre diaspora. Il reste que, par ailleurs, nous souhaitions rester attachés à de vraies logiques
d’actions en faveur du développement. Nous voulions éviter les sujets de gouvernance, non pas parce
que nous souhaitions nous attirer les bonnes grâces de l’un ou de l’autre des protagonistes du drame
que vit le pays, mais parce que nous voulions éviter les débats bien trop tournés, selon nous, vers le
passé. Nous ne voulions pas refaire une énième fois les constats sur les dérives dont souffre le pays
pour nous attacher à « Comment agir au mieux pour le pays »… Sans passer par la case politique…
Asa Fa Tsy Kabary…
6) Le week-end sera aussi festif. Pourriez-vous nous parler des artistes qui animeront
cet événement ?
Roger : Le programme de ce week-end à marquer d’une pierre blanche dans les annales prévoit,
effectivement, comme je l’ai rappelé plus haut, des activités musicales, culturelles et artistiques.
Une exposition d’œuvres sur le Passé, le Présent et le Futur sera organisée dans la salle des Actes de
la Faculté de Droit ; des films et documentaires sur Madagascar seront projetés à l’Institut de l’Image,
situé au centre-ville d’Aix-en-Provence ; diverses animations artistiques meubleront les 2 premières
journées de la manifestation en divers endroits de la Faculté de Droit (slam, kabary et danse) ; une
soirée dite « scène ouverte » permettra à des bénévoles musiciens et chanteurs d’y exprimer leurs
talents respectifs ; une grande soirée dansante se tiendra dans le grand Hall de la Faculté de Droit ;
enfin, un grand concert sur la thématique « Fusion entre Tradition et Modernisme » sera donné dans
une salle de concert de proximité pour servir de clôture à la manifestation. S’y
exprimeront les Dizzy Brains, révélation malgache des dernières trans’musicales de Rennes 2015,
Gwen Rakotovao, danseuse et chorégraphe évoluant à New-York, lauréate du concours international
198
de danse de Biarritz 2012 dans la catégorie Contemporain et, enfin, Fenoamby qu’il n’est plus utile
de présenter.
C’est dire combien le comité d’organisation de Zama a veillé à faire le tour de toutes les possibilités
disponibles pour satisfaire tous les goûts.
7) L’intitulé de l’événement que vous préparez est Zama Aix 2016. Peut-on comprendre
qu’il y aura d’autres événements Zama après ?
Roger : Dans notre esprit, Zama Aix 2016 devrait être la parfaite illustration de ce que nous entendons
par « santatra am-bavarano izy ity fa ny manetsa be mbola ho avy ». Notre souhait est effectivement
que cette première mondiale puisse se poursuivre et ouvrir d’autres chemins qu’emprunteront les plus
jeunes d’entre nous. Il s’agit, en un mot, d’oser écrire l’Histoire, la nôtre, celle de nos enfants et celle
des générations futures : l’histoire d’une Diaspora en marche, active, reconnue dans la diversité
et la richesse de ses composantes qui, définitivement, ne sera plus ni crainte par la sphère politique
nationale, ni cantonnée au simple rôle de pourvoyeur de moyens pour la sphère économique
ou solidaire.
Patrick : Roger a encore presque tout dit. Il faut aussi ajouter que la structure qui s’est bâtie
sur ce projet s’est constituée d’une manière exceptionnellement professionnelle, mais aussi
extrêmement rapide. Nous avons été rejoints par des acteurs de talents, des jeunes à l’enthousiasme
contagieux, des intervenants expérimentés qui ont bien voulu nous faire confiance. Leur apport a été
et reste essentiel. La structure a gagné en professionnalisme et en gagnera encore. Nous ne pouvons
qu’espérer qu’elle perdure, enrichie de nouvelles ressources et de nouveaux talents. L’essentiel reste
encore à construire !
Merci Rado !
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Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, chers participants à Zama Aix 2016,
Ce fut un plaisir immense pour nous que d’avoir réussi à vous réunir si nombreux
sur le prestigieux site de la Faculté de Droit et de Science Politique d’Aix-Marseille (Aix-en-
Provence), à l’occasion de ce bel événement que fut Zama Aix 2016. Certains d’entre vous sont
arrivés de très loin (Madagascar, Suisse, Angleterre, Luxembourg, Allemagne, Belgique, etc.),
bravant toutes les difficultés que votre participation à cette manifestation originale ne pouvait
qu’engendrer dans l’organisation de votre quotidien personnel, familial et professionnel. Pour tout
cela, encore une fois, merci cent fois, merci mille fois à chacun et à chacune de vous !
Voici quelque temps déjà, certains d’entre nous, principaux inspirateurs, organisateurs et
réalisateurs de cet événement que nous voulions à la fois indépendant, laïque et apolitique, mais
totalement ouvert à tous, sont tombés en arrêt sur la présentation vidéo d’un projet dénommé « L'arbre
qui pousse à l'emploi », présentée par une jeune Malgache de 23 ans, affirmant que le développement
de Madagascar peut passer aussi par la plantation d’un million d'arbres d'ici 2020, avec le soutien d’un
partenariat international. J’ai nommé Marie Nomena Allimant.
Plusieurs dizaines de travailleurs saisonniers sont aujourd’hui acteurs de sa société dénommée
« Alamanga Reforestation », qui vise à la fois à préserver la biodiversité, à lutter contre le changement
climatique, et à promouvoir par la douceur, mais avec efficacité et fermeté, les nécessaires
changements d'habitude de la population de notre chère Grande Île.
Nous aurions pu vous présenter cette vidéo au cours de nos trois journées de travail. Le temps
nous a manqué. Mais, ce qu’il faut surtout en retenir, en ce qui me concerne, c’est cette terrible phrase
: « Comment quand on a tout peut-on n’avoir rien ? »
En réalité, cette petite phrase, d’apparence sibylline, est certainement aussi ce qui nous a
conduits tous à participer à Zama Aix 2016. C’est ma profonde conviction. Notre pays, ne nous
voilons pas la face, est malade. Très gravement malade. D’après les spécialistes, plus de 92 % de sa
population vivent aujourd’hui en-dessous du seuil de pauvreté, et la principale préoccupation - pour
ne pas dire la seule et véritable préoccupation de celle-ci - est la recherche de la pitance quotidienne,
dans un monde totalement absurde où la surconsommation et l’opulence la plus criante du plus petit
nombre cohabitent avec la famine et l’indigence la plus dégradante du plus grand nombre. Notre
Grande Île fait partie, depuis de très longues années, des pays les plus pauvres du monde et ne doit,
désormais, sa survie qu’à l’afflux des aides internationales et au développement d’une économie
parallèle informelle où le népotisme, le copinage, l’affairisme, la vénalité et la corruption rongent,
comme un gigantesque cancer, tous les rouages de la vie politique, économique, financière, sociale
et culturelle du pays.
Encore une fois, fermement apolitique et dans ses principes, et ses actions
et son fonctionnement, Zama Aix 2016 veut, à sa manière, apporter sa contribution au changement
de cet épouvantable tableau et, autant que faire se peut, à la reconstruction de cet édifice qui s’est
écroulé.
Ma profonde conviction est que chacun et chacune de nous, présents à ces trois journées de
travail… et de festivités, peuvent continuer à alimenter ce mouvement pour tisser une toile la plus
large possible, développer les synergies nécessaires, sans pour autant prétendre ni donner des leçons
à quiconque, ni se considérer comme un sauveur du monde.
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Nous avons beaucoup travaillé, dans la joie et la bonne humeur. Les tables rondes et
les ateliers ont été, de l’avis de tous, d’une très grande tenue. Mais le comité d’organisation a
également pensé à agrémenter le séjour de chacun et chacune de vous de moments festifs divers, pour
que vous gardiez de Zama Aix 2016 le souvenir le plus positif possible et, surtout, que vous soyez
repartis de notre belle ville d’Aix-en-Provence la tête remplie de belles images, pour pouvoir dire
avec fierté : j’y étais !
Je ne saurais terminer sans rendre un hommage particulier à Madame Catherine Malinge
Mehdi, la principale Responsable du bon fonctionnement de cette prestigieuse Faculté de Droit d’Aix-
en-Provence, qui nous a accompagnés depuis des mois pour la bonne réalisation de cet événement.
À travers elle, bien sûr, je remercie aussi Monsieur le Président d’Aix-Marseille Université, Yvon
Berland, et Monsieur Philippe Bonfils, Doyen de la Faculté de Droit et de Science Politique d’Aix-
Marseille, ainsi que tout le personnel de l’université qui s’est impliqué sans compter dans
la réalisation de cette manifestation.
Je n’oublierais naturellement pas toute l’équipe de Zama Aix 2016 qui s’est investie corps
et âme dans cette « folle et belle » aventure, ni la quarantaine de bénévoles qui nous ont épaulés tout
au long de ces 3 magnifiques journées de rencontres et d’échanges.
La plénière de clôture dans l'amphithéâtre Mistral - un dimanche matin ! - a émis le souhait,
à l’unanimité, que Zama devienne un véritable événementiel à rééditer régulièrement dans le temps et
dans d’autres espaces sans doute. Nous passons, Patrick et moi, les commandes à la jeunesse montante
pour relever ce nouveau défi.
Avec toutes mes amitiés !
Roger RABETAFIKA
Puyloubier, 20 juillet 2016
201
ÉPILOGUE
En février 2023, il nous a été donné d’effectuer un voyage-éclair au pays. La brièveté
de ce nouveau séjour ne nous a pas privés pour autant de la possibilité d’observer avec attention
l’environnement, d’échanger à bâtons rompus avec notre entourage et, ainsi, de formuler légitimement
des questionnements quant au devenir et à l’avenir de notre belle Île Rouge. Comme en mai 2019, après
28 longues années d'absence, ce que nous avons eu beaucoup de mal à supporter, en particulier, c'était
d'évoluer et de vivre dans cette atmosphère d’immense pauvreté et de détresse du plus grand nombre, et
de voir cette crasse immonde partout dès qu'on sort de chez soi. Nous avons eu l'impression - en espérant
nous tromper au fond de nous-mêmes - que le Malgache, foncièrement fataliste, se laissait aller au
désespoir.
Cette indigence difficilement supportable n'explique cependant pas à elle seule cette répugnante
saleté ambiante. Certes, il manque de l'eau, elle coûte cher, il faut aller la puiser aux bornes publiques
qui fonctionnent, quand on peut avoir la chance d’en trouver ! Mais chacun devrait avoir le besoin
primaire et le droit d'être propre, c'est primordial pour la santé. C’est une question de salubrité
publique !
Est-ce une vision biaisée d'un élément de la diaspora au mode de vie européanisé ? Nous
ne le pensons pas. Nous autres de la diaspora active essayons de faire ce qui est à notre portée pour
apporter notre aide aux plus démunis et à nos familles en difficulté. Sans doute ne s’agit-il là
que de quelques gouttes par rapport à l'immense mer des besoins vitaux de chacun, et de ceux du pays
en général. Mais on se dit : c'est toujours ça de gagné. Alors on ne se décourage pas, on continue !
Il y eut quelque 800 participants à Zama Aix 2016. La jeunesse montante a relevé le défi
de poursuivre le mouvement à Lille en 2017, dans les Yvelines en 2018 et à Paris en 2019. La crise du
Covid 19 nous a malheureusement empêchés de réaliser un autre projet en 2020.
Mais, un nouveau rendez-vous est pris à Paris les 4, 5 et 6 octobre 2024. Nous vous y attendons…
Quelques lueurs d'espoir subsistent au fond, pour ne pas sombrer dans un dangereux pessimisme
généralisé (résilience vs résignation, se relever ou se soumettre écrivait tantôt notre ami Patrick
Rakotomalala) :
- divers organismes et des ONG œuvrent sans relâche dans la formation et l’éducation. C’est un
message fort et encourageant adressé à la jeunesse montante. Sans être exhaustif, il faut citer
Sayna de la si jeune mais si remarquable Matina Razafimahefa, les startups Tech du programme
Miary Digital du Projet PIC animés par Andréa Zafitody, et la toute nouvelle École 42
d’Antananarivo de Hassanein Hiridjee. Ils opèrent tous dans le numérique, chacun dans leurs
spécialités respectives. Il faut rappeler également les nombreuses actions de la Fondation de
Jackie Sutter, Education For Madagascar, qui fait - entre autres - la promotion de l’école
Montessori. Pour le volet économico-financier, il convient de mettre en lumière les initiatives
multidirectionnelles de la banque d’investissement Miarakap d’Emmanuel Cotsoyannis qui
recrute, de surcroît, des jeunes diplômés à tour de bras pour animer ses interventions qui montent
en puissance au fil du temps, etc. ;
- plus spécifiquement et à l’endroit des jeunes qui ont décidé de poursuivre leurs études dans le
domaine de la finance, de la gestion, de la fiscalité et de la comptabilité, nous avons initié, depuis
bientôt quarante ans, des actions personnalisées de conseil, d’encadrement, de mentorat et de
formation au sein de l’université d’Aix-Marseille. Ces initiatives ont, sans conteste, porté leurs
fruits :
- [Link]
- [Link]
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- [Link]
- et, pour l’anecdote, rappelons enfin la mise en service du nouvel aéroport d’Ivato aux normes
internationales qui devrait « normaliser » les relations des douaniers et des policiers y affectés,
en mettant fin aux petits rackets minables subis et heureusement décriés de plus en plus par les
passagers, malgaches et étrangers, qui y transitent.
Mais, ce qui a particulièrement retenu notre attention - et forcé notre admiration - c’est
le fonctionnement au quotidien de l’éco-village Yocontingo de Tsaratanàna, Éco-village de Tsaratànana
| yocontigo ([Link]), que nous avons visité près d'Ambohidratrimo, dans la banlieue
ouest de la capitale. Il s’agit d’un formidable concept dont l’originalité réside dans son ambition
et sa capacité à promouvoir et assurer l’autonomie de ses sociétaires. Entamée en 2007, c’est-à-dire deux
ans avant le coup d’État de mars 2009, sa construction s’est achevée après 12 mois de travaux effectifs,
en 4 phases de 3 mois durant lesquelles le chantier avait servi de support à la formation et au renforcement
des compétences de ses sociétaires et des ouvriers locaux qui y intervenaient et continuent de le faire
encore aujourd’hui.
Le site abrite actuellement de nombreuses familles réparties dans 17 maisons individuelles dotées
de jardins potagers. Dans le cadre d’un mécanisme original de location-vente, les habitants du village
peuvent accéder, au bout d’une quinzaine d’années, à la propriété des maisons qu’ils ont construites eux-
mêmes de leurs propres mains sur un modèle prédéfini. Ils y disposent en outre :
- d’un espace micro économique où des artisans travaillent dans différents corps de métier ;
- d’un écolodge qui permet d’accueillir les bénévoles de l’association.
Le village met à l’occasion des tables d’hôtes à la disposition des visiteurs. À moyen terme, il
pourra devenir un lieu d’attraction et d’accueil touristique, sous réserve d’aménagement et d’entretien
régulier de la route qui y mène.
Enfin, les habitants ont à leur disposition une maison communautaire qui comprend une salle
polyvalente, un atelier, une bibliothèque, une cuisine et à l’extérieur, un terrain multisport.
Le but initial et principal de ce projet financé par des fonds privés a été d’offrir un modèle de lutte contre
la pauvreté sous tous ses aspects par l’amélioration des conditions de vie de familles démunies qui y sont
accueillies, en préservant leur dignité par le refus de toute forme d’assistanat.
La question qui vient naturellement à l’esprit est de savoir pourquoi les pouvoirs publics
malgaches ne démultiplient-ils pas à volonté ce genre de structure aux lieu et place des dispendieuses
lubies d’apparat présidentielles qui engloutissent l'argent public provenant de prêts à long terme dont le
remboursement sera à la charge des générations montantes. Combien d’éco-villages sur ce modèle
pourraient sortir de terre avec les quelque 150 millions d’euros jetés dans la conception et la réalisation
de ce fameux téléphérique ? Combien d’autres structures apparentées aurait-on pu monter avec le million
et demi d’euros gaspillés dans cette hideuse construction en béton pompeusement appelée Colisée,
plantée dans l’enceinte même du Palais de la Reine à Anatirova ?
« FIRST THINGS FIRST » disent les Anglais !
Selon les données établies en avril 2024 par le Fonds Monétaire International, la Grande Île est classée
neuvième dans les rangs des dix pays les plus pauvres du monde. Avec un PIB par habitant de 1 979
dollars (contre 110 000 dollars pour la moyenne des dix pays les plus riches du monde), elle affiche l’un
des taux de pauvreté les plus élevés de la planète 141.
141 Ces 10 pays sont : 1-le Sud Soudan, 2 -le Burundi, 3 -la République centrafricaine, 4 -la République démocratique du Congo, 5 -le
Mozambique, 6 -le Niger, 7 -le Malawi, 8-le Libéria, 9 -Madagascar, 10 -le Yémen, « Perspectives de l’économie mondiale »,
[Link], 13/06/24.
203
Photos empruntées à notre ami Rakoto Tatou : le Colisée à Anatirova, le téléphérique, une inondation dans la capitale en période estivale,
l’interminable queue de barils jaunes pour puiser de l’eau aux bornes publiques.
Certes, les analystes de [Link] notent que depuis son indépendance octroyée en 1960, Madagascar
a connu des périodes d’instabilité politique, des coups d’État et des élections contestées (truquées) ; qu’à
cela s’ajoutent les conséquences du Covid et de la guerre en Ukraine, que cette dernière a entraîné une
hausse des prix des denrées alimentaires qui pèse lourdement sur le porte-monnaie des citoyens ; et que,
comme si tout cela ne suffisait pas, l’Île rouge figure parmi les dix premiers pays au monde considérés
comme vulnérables aux risques climatiques tels que les inondations, les sécheresses et les cyclones, qui
causent des dommages aux habitations et aux cultures.
Les points de vue de tous les observateurs et analystes avisés et sensés sont pourtant convergents et
formels : avec la légendaire richesse et l’extraordinaire diversité de ses ressources naturelles, ainsi que
la jeunesse de sa population, la Grande Île a largement les moyens, non seulement de sortir
de ce classement déplorable et honteux et subvenir aux besoins vitaux de ses quelque 29 millions
d’habitants, mais encore de s’attaquer - grâce à la diversité des excédents de production qu’elle peut
dégager - au gigantesque marché commun de l’Afrique orientale et australe que constituent la COMESA
et la SADC 142. Mais, pour ce faire, les Malgaches ont un énorme défi à relever : faire face, avec résolution
142 La Comesa, 21 États membres, 583 millions d’habitants ; la SADC 16 États membres, 340 millions d’habitants
204
et détermination, à tous ces obstacles naturels, conjoncturels et structurels qui grèvent lourdement
le développement inclusif et durable de leur pays.
L’impéritie de leurs dirigeants politiques fait partie de ces obstacles…
Lors de l’allocution qu’il a prononcée pour sa nouvelle investiture, le Président (français)
de la République malgache a tracé les grandes lignes de ce qu’il considère comme indispensable - et
réalisable - pour assurer le développement de la Grande Île. Les ambitions sont, sans conteste, louables.
Elles sont rapportées dans les fameux « Velirano », ces déclarations politiques de nature téléologique qui
sont éminemment démagogiques à souhait :
1. La paix et la sécurité, une priorité
2. L’énergie et l’eau pour tous
3. La lutte contre la corruption et une justice équitable
4. L’éducation et la culture pour tous
5. La santé pour tous et à tout âge
6. L’emploi décent pour tous
7. L’industrialisation de Madagascar
8. Nos femmes et nos jeunes pour l’avenir
9. L’autosuffisance alimentaire
10. La gestion durable de nos ressources naturelles
11. La modernisation de Madagascar
12. L’autonomisation et la responsabilisation de nos territoires
13. Le sport, une fierté nationale.
La question reste posée de savoir si les moyens financiers indispensables pour mener à bien cette
gigantesque croisade seront au rendez-vous, vu l’indigence insupportable dans laquelle se débat jour et
nuit la grande majorité des Malgaches. Dans l’attente de l’hypothétique réalisation de toutes ces
promesses mirobolantes… depuis le coup d’État de mars 2009 !
L’écrivain Jacques Lantier disait à ce propos que le politicien est un homme qui, par définition
psychologique, vit dans un réseau de mensonges, et ne reconstitue une vérité provisoire acceptable que
par son habileté à lier des sophismes, sa science de la persuasion et son art de prendre des accents de la
sincérité.
À l’heure où le pays a besoin, plus que jamais, de la mobilisation de tous ses fils, il est sans doute
souhaitable que son premier Magistrat sache faire preuve d’une plus grande honnêteté intellectuelle et
tenir, en conséquence, un langage de vérité. Un engagement ferme et sincère dans ce sens permettrait à
chacun de mieux comprendre les vrais problèmes qui se posent à la Nation tout entière.
Le développement et le progrès pour tous - en faveur du plus grand nombre, en particulier - sont,
à n’en pas douter, à ce prix.
P.S : Merci Alain et Fabien de votre magistrale contribution pour la conception, la réalisation
et la publication de cet ouvrage. Il constitue notre modeste apport aux débats sains et aux indispensables
travaux de réflexion et de mémoire que tout Malgache qui a les moyens de le faire se doit de mener
sur et pour l’Histoire contemporaine de son pays d’origine.
205
ANNEXE
206
Marc RAVALOMANANA, un Président « merina » porteur de tous
les espoirs d’un peuple à la recherche de son développement
24 janvier 2003
**********
En réalité, dès le milieu des années soixante, les Malgaches ont commencé à manifester
leurs mécontentements vis-à-vis du pouvoir en place en dénonçant, à leur manière, d’une
part la totale domination de l’économie du pays par les étrangers, d’autre part la mainmise
du Parti Social Démocrate (PSD), parti politique gouvernemental, sur l’ensemble
de l’appareil politico-administratif et de production de l’île.
207
En effet, les étrangers contrôlaient 80 % de l’économie moderne du pays et détenaient
90% des capitaux qui y étaient investis. Sur les dizaines de milliards de FMG
que drainaient annuellement les entreprises étrangères, 36 à 40% étaient régulièrement
transférés hors de la Grande Île. Enfin, une comparaison des revenus annuels
des différents éléments de la population faisait apparaître des différences considérables
entre, d’une part les citadins et les ruraux autochtones, d’autre part les étrangers,
les disparités étant allées de 1 à 25. Quant au PSD, un auteur avait affirmé qu’il était
parvenu à une telle puissance qu’une véritable symbiose s’était faite entre lui, le Régime
et l’État, et qu’on ne pouvait même plus dire que l’Administration intervenait en sa faveur
parce qu’elle est devenue un de ses principaux rouages, avec toutes les dérives que cette
situation devait immanquablement engendrer.
208
Dès la fin de l’année 1976, l’étatisation à outrance de l’économie de la Grande Île s’est
ainsi traduite par le contrôle à 61% par l’État socialiste malgache de la machine
économique, dont 100% pour les assurances et les banques, l’eau et l’électricité, 78% pour
les exportations, 70% pour le commerce intérieur, 60% pour les importations, 35% pour
l’industrie et 14% pour les transports maritimes.
L’argent coula alors à flots et permit surtout à une nouvelle frange de la population
évoluant dans le secteur informel soutenu par les Institutions de Bretton Woods
de se constituer des fortunes colossales en un temps record. Mais ce revirement à 180°
de la philosophie politique et du modèle de développement économique de Didier
Ratsiraka n’apporta aucun changement palpable sur le plan national, bien au contraire :
la grande majorité de la population malgache continua de s’appauvrir d’une manière
dramatique. Une nouvelle grève générale déclenchée dans tout le pays en juillet 1991
et une marche pacifique de la foule tananarivienne sur le Palais d’État située
dans la banlieue sud de la capitale, un mois plus tard, le chassèrent alors du pouvoir,
non sans effusion de sang. Il partit se réfugier en France et fut remplacé par Albert Zafy,
un universitaire originaire du Nord de l’île.
Quatre ans plus tard, Didier Ratsiraka revint cependant à la magistrature suprême du pays,
après des élections censées avoir été démocratiques et organisées à la suite de l’échec
retentissant de la présidence d’Albert Zafy (1991-1996) qui a fait l’objet d’une procédure
209
constitutionnelle d’empêchement par les membres les plus influents de son propre camp.
Mais les événements dramatiques de l’année qui vient de s’achever l’en chassèrent
de nouveau, en juin 2002, pour permettre à Marc Ravalomanana de devenir le nouveau
Président de la République malgache, le cinquième depuis l’indépendance de 1960
mais le premier originaire des hauts plateaux élu par la voie des urnes.
Mais la situation économique, financière et sociale que le régime de Didier Ratsiraka lui
laisse en héritage est la plus dramatique que la Grande Île ait jamais connue depuis son
indépendance. Didier Ratsiraka, bien entendu, n’en est pas le seul responsable. Toute sa
cour est également et totalement impliquée dans ce terrible échec, plus particulièrement
tous ces technocrates hyper-doués (Polytechnique, Centrale, Mines, ISA, IEP, IAE,
EDHEC, MBA, etc.) qui, par amitié et fidélité sans doute, mais plus certainement par
vénalité et attrait irrépressible du pouvoir, ont mis leur science, leur savoir et leur savoir-
faire au service de leur chef. Pendant les 25 années de règne sans partage de Didier
Ratsiraka, ils ont procédé - au vu et au su de tout le monde - au dépeçage scientifique et
systématique de toutes les richesses naturelles et financières du pays pour le ravaler,
aujourd’hui, aux premiers rangs des pays les plus pauvres du monde.
Mais s’il fallait, le temps de la rédaction d’un article, se livrer à cet exercice à la fois
stupide, ignoble, indigne et criminel, qui consiste à monter les Malgaches de la côte
contre leurs frères et sœurs des hauts plateaux, la question qui viendrait très
naturellement à l’esprit serait la suivante : « Présidents, Ministres et autres Grands
Commis de l’État côtiers de ces quarante deux années d’indépendance, qu’avez-vous fait
de votre pays et où avez-vous mené ce peuple malgache dont vous avez été les représentants ? »
4- Le nouveau pari.
Après avoir navigué pendant dix ans dans les eaux calmes d’un régime libéral teinté
de quelques touches socialisantes, puis subi l’épouvantable ouragan et les flots tumultueux
et destructeurs d’un interventionnisme étatique « musclé » pendant les deux décennies
qui ont suivi, Madagascar a décidé, depuis le milieu des années quatre vingt dix, de laisser
aux entrepreneurs privés le soin de déclencher enfin et d’assurer sa croissance
économique.
211
Mais si l’adoption du libéralisme économique - qu’il faut apprivoiser - comme modèle
de développement est désormais un principe acquis, il reste à prouver que les Malgaches,
et plus particulièrement ceux qui ont la lourde et noble charge de les gouverner, veulent
vraiment, dans leurs actes, gagner ce nouveau pari pour sortir enfin la Grande Île du sous-
développement chronique dans lequel elle s’est enlisée depuis plus de quarante ans.
L’histoire a démontré que les choix politiques et les grandes théories économiques ne sont
là, en réalité, que pour établir les priorités, éclairer et sous-tendre les actions à mener. Tout
le reste est une question de modalités d’application, de conjonctures plus ou moins
maîtrisables et, surtout, de volonté farouche et inflexible des responsables politiques
en place de mener à bien cette difficÎleet gigantesque bataille du développement. Avec
les potentialités énormes qui sont les siennes, Madagascar peut se donner les moyens
de devenir une des plus grandes puissances économiques de la Région. Elle pourrait alors,
tout naturellement, recouvrer enfin son qualificatif « d’Île Heureuse. »
(*) : Roger Rabetafika a travaillé à la Direction du Trésor malgache où il fut, jusqu’en 1984, responsable du Service
des Institutions financières. En désaccord avec les options politiques du ministre des Finances de l’époque, il a choisi
de quitter le pays. Il est aujourd’hui Secrétaire Général de l’Institut Supérieur d’Études Comptables de l’Université
Paul Cézanne d’Aix-Marseille III, et chercheur associé au CERSOI (Centre d’Études et de Recherches sur les Sociétés
de l’Océan Indien).
212