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Mélanges de spin en condensats Bose-Einstein

Cette thèse de doctorat explore le mélange de spin dans un condensat de Bose-Einstein, en se concentrant sur les gouttelettes quantiques et le couplage cohérent. Elle présente des théories de diffusion, des expériences sur le potassium 39 et des interactions à trois corps dans des mélanges de condensats. Les résultats et perspectives sont discutés en détail, offrant une contribution significative à la compréhension des systèmes quantiques complexes.

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Mélanges de spin en condensats Bose-Einstein

Cette thèse de doctorat explore le mélange de spin dans un condensat de Bose-Einstein, en se concentrant sur les gouttelettes quantiques et le couplage cohérent. Elle présente des théories de diffusion, des expériences sur le potassium 39 et des interactions à trois corps dans des mélanges de condensats. Les résultats et perspectives sont discutés en détail, offrant une contribution significative à la compréhension des systèmes quantiques complexes.

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Mélange de spin dans un condensat de

Bose-Einstein : Gouttelette quantique et


couplage cohérent

Thèse de doctorat de l’université Paris-Saclay et de


l’Institut d’Optique

École doctorale n◦ 527 Ondes et Matière (EDOM)


Spécialité de doctorat : Physique
Graduate School : Physique Référent : Institut d’Optique

Thèse préparée dans l’unité de recherche LCF (Université Paris-Saclay,


Institut d’Optique Graduate School, CNRS), sous la direction de Thomas
Bourdel, Chargé de recherche

Thèse soutenue à Paris-Saclay, le 13 Octobre 2022, par

Lucas Lavoine

Composition du jury

Anna MINGUZZI Rapportrice


Directrice de recherche, LPMMC Uni-
versité Grenoble Alpes
Radu CHICIREANU Rapporteur
Chargé de recherche, PhLAM Univer-
THESE DE DOCTORAT

sité de Lille
Nicolas PAVLOFF Président du jury
Professeur, LPTMS Université Paris-
Saclay
Jean DALIBARD Examinateur
Directeur de recherche, Collège de
NNT : 2022UPASP099

France, LKB École Normale Supé-


rieure de Paris
Tilman PFAU Examinateur
Professeur, Institut de Physique, Uni-
versité de Stuttgart
Thomas BOURDEL Directeur de thèse
Chargé de recherche, LCF Insitut
d’Optique, Université Paris-Saclay
Table des matières

Remerciements 7

Introduction 9

1 Théorie de la diffusion, condensats de Bose-Einstein et mélanges


de spin 17
1.1 Collision entre atomes neutres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
1.1.1 Les différents types de collisions . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
1.1.2 Quelques éléments sur la théorie de la diffusion . . . . . . . . 19
1.1.3 Potentiel de contact . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
1.1.4 Résonance de Feshbach . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
1.2 Interactions dans un condensat de Bose-Einstein . . . . . . . . . . . . 26
1.2.1 Théorie de champ-moyen et équation de Gross-Pitaevskii . . . 26
1.2.2 Déplétion quantique et correction de Lee-Huang-Yang . . . . . 29
1.3 Mélange de condensats de Bose-Einstein . . . . . . . . . . . . . . . . 30
1.3.1 Interactions et diagramme des phases . . . . . . . . . . . . . 31
1.3.2 Excitations élémentaires d’un mélange . . . . . . . . . . . . . 33
1.3.3 Correction de Lee-Huang-Yang pour un mélange . . . . . . . . 35

2 Généralités sur les gouttelettes quantiques 37


2.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
2.2 Champ-moyen et blocage du ratio de la densité . . . . . . . . . . . . 38
2.3 Mécanisme de stabilisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
2.4 Propriétés de la gouttelette quantique . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
2.4.1 Profil de densité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
2.4.2 Spectre des excitations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
2.4.3 Dimensions hybrides . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
2.5 État de l’art sur les gouttelettes quantiques . . . . . . . . . . . . . . . 43
2.5.1 Gouttelette quantique dipolaire . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
2.5.2 Gouttelette quantique non-dipolaire . . . . . . . . . . . . . . . 45
4 TABLE DES MATIÈRES

3 Crossover tridimensionnel à unidimensionnel du terme au-delà du


champ-moyen dans les gouttelettes quantiques 51
3.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
3.2 Résumé de l’article . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
3.2.1 Gouttelette quantique dans le cas homogène . . . . . . . . . . 52
3.2.2 Gouttelette quantique de taille finie . . . . . . . . . . . . . . . 53
3.3 Résultats : voir publication . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
3.4 Méthode numérique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
3.4.1 Équation de Gross-Pitaevksii effective . . . . . . . . . . . . . . 65
3.4.2 La Méthode "Split-step Fourier" . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
3.4.3 Évolution temporelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
3.4.4 Temps imaginaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
3.5 Conclusion et perspectives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70

4 L’expérience de potassium 39 73
4.1 Les propriétés du potassium . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
4.1.1 Propriétés optiques du 39 K . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
4.1.2 Propriétés de collisions du 39 K . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
4.2 Description de l’expérience . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
4.2.1 La chambre à vide . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
4.2.2 Le système laser . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
4.2.3 Les bobines magnétiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
4.2.4 Amélioration de la stabilité du champ magnétique . . . . . . . 83
4.2.5 Refroidissement laser . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
4.2.6 MOT comprimé et mélasse grise . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
4.2.7 Du piège magnétique au chargement d’un piège optique . . . . 88
4.3 Transferts radiofréquences vers les états Zeeman de F = 1. . . . . . . 91
4.3.1 Couplage cohérent entre deux états de spin . . . . . . . . . . . 91
4.3.2 Transfert Adiabatique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
4.3.3 Circuit radio-fréquence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
4.4 Évaporation dans un piège croisé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
4.5 Imagerie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102

5 Interactions à trois corps contrôlables dans les mélanges de conden-


sats de Bose-Einstein couplés 105
5.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
5.2 Collisions entre états habillés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
5.2.1 Hamiltonien du système . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
5.2.2 Régime du couplage fort . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
5.3 Effets des interactions sur l’état habillé . . . . . . . . . . . . . . . . . 110
5.3.1 Dérivation du terme d’interaction à trois corps . . . . . . . . . 110
5.3.2 Discussion physique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114
5.4 Mise en oeuvre expérimentale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 116
TABLE DES MATIÈRES 5

5.4.1 Décalage de la fréquence du mode de respiration radiale . . . . 117


5.4.2 Effondrement induit par les interactions à trois corps . . . . . 121
5.5 Conclusion et perspectives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125

6 Effets au-delà du champ-moyen dans les mélanges de condensats


de Bose-Einstein couplés de manière cohérente 127
6.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 127
6.2 Spectre de Bogoliubov pour un mélange couplé . . . . . . . . . . . . . 129
6.2.1 Hamiltonien et énergie de champ-moyen . . . . . . . . . . . . 129
6.2.2 Spectres des excitations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 130
6.3 Terme au-delà du champ-moyen pour un mélange couplé . . . . . . . 131
6.3.1 Expression du terme provenant des fluctuations quantiques . . 132
6.4 Observations expérimentales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135
6.4.1 Procédure expérimentale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135
6.4.2 Mesure de l’équation d’état au-delà du champ-moyen . . . . . 139
6.4.3 Observation d’une symétrisation des pertes à trois corps . . . 145
6.4.4 Simulation numérique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147
6.4.5 Validation de la théorie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 149
6.4.6 Étude du cas non couplé (Ω = 0) . . . . . . . . . . . . . . . . 151
6.5 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152

7 Conclusion générale et perspectives 153

A Schéma électrique du relais mécanique 159

B Différences d’énergies entre les sous-niveaux Zeeman 161

C Oscillations de Ramsey 165

D Discussion sur l’énergie au-delà du champ-moyen pour un mélange


de spin couplé 171

Table des figures 173

Bibliographie 181

Publications 195
Remerciements

Ce travail de thèse, les résultats obtenus, la progression de ma maturité humaine


et scientifique, n’auraient jamais pu voir le jour sans mon directeur de thèse Thomas
Bourdel. Thomas m’a accueilli avec bienveillance au début du mois de mars 2019
pour mon stage de deuxième année de master. Il m’a tout de suite fait confiance en
me laissant rapidement seul dans la salle de l’expérience. Thomas n’a jamais cessé
de venir travailler sur l’expérience pendant mes trois années de thèse, j’ai pu énor-
mément apprendre au quotidien à ses côtés, je lui en suis reconnaissant. Je voudrais
souligner son positivisme infaillible même lorsque l’on casse des choses, et comme
il dit « Il n’y a que ceux qui ne touchent à rien qui ne cassent rien ». Thomas m’a
aussi beaucoup aidé dans mon choix de postdoc, ses conseils et son point de vue
m’ont toujours orienté de la meilleure des manières. Je te remercie pour ces trois
années et demies.

Une thèse n’est que la prolongation de la précédente, c’est pourquoi je tiens à


remercier grandement Guillaume. Il m’a également formé sur l’expérience pendant
la rédaction de son manuscrit. Comme tu l’as déjà il y a maintenant trois ans, mon
seul regret est de ne pas t’avoir connu plus tôt. Malgré la distance, nous avons réussi
à garder contact. J’espère que dans le futur, nous allons réussir à se voir plus souvent.

Je tiens également à remercier Alfred avec qui j’ai travaillé pendant deux ans
sur l’expérience et avec qui j’ai partagé également le bureau. Nous avons travaillé
ensemble dans la bonne humeur et je te remercie pour toutes les critiques construc-
tives que tu as pu faire, elles nous ont toujours permis d’avancer. Je te remercie
pour toutes les discussions non scientifiques que nous avons eues sur l’actualité et
la société. Je te remercie également pour m’avoir donné envie de lire les classiques
de la physique. Je ne doute pas qu’avec la venue de Roy l’expérience soit entre de
bonnes mains.

Je suis très reconnaissant envers Anna Minguzzi, Radu Chicireanu, Nicolas Pav-
loff, Jean Dalibard et Tilman Pfau, pour avoir accepté de faire partie de mon jury
de thèse et pour l’intérêt qu’ils ont porté à mon travail.

Je voudrais remercier l’ensemble des membres du groupe Gaz Quantique pour


8 Remerciements

l’ambiance stimulante et l’atmosphère bienveillante. Merci aux permanents du groupe,


David Clément, Marc Cheneau, Isabelle Bouchoule, Denis Boiron, Chris Westbrook,
Vincent Josse et Alain Aspect, merci pour tous nos différents échanges. Un grand
merci aux doctorants et postdoctorants : Gaétan, Antoine, Jan-Phillip, Maxime,
Félix, Romaric, Clémence, Anaïs, Sayali, Quentin, Victor, Charlie, Ziyad, Baptiste,
Yukun, Xudong, Niranjan, Léa, Vaso...

La réalisation de ces travaux scientifiques n’aurait pu voir le jour sans de nom-


breuses aides extérieures. Tout d’abord, grâce à une étroite collaboration avec D.S.
Petrov et également A. Recati, je les remercie grandement. L’atelier d’électronique,
nous a aidé dans la fabrication du relais mécanique permettant de changer d’alimen-
tation de courant, dans la recherche des sources de bruit, et dans le filtrage du bruit
provenant de la RF ambiante, merci à eux. Je remercie également l’atelier d’optique,
de mécanique, et tous les autres services de l’institut d’optique pour leurs disponibi-
lités et leurs aides au quotidien. Un grand merci à Patrick Georges, le directeur du
laboratoire, pour être aussi investi et bienveillant envers tous les doctorants. Merci
à Christophe de l’accueil pour sa bonne humeur du quotidien.

Je viens maintenant à mes amis. Mes premières pensées vont à mes amis du M2,
Yohan, Gaétan, Lionel, Christian, Jerem et Élise, Charles, Romaric merci de m’avoir
changé les idées et pour tous les moments que nous avons passés ensemble ! Je veux
également remercier énormément mes amis de Bordeaux et particulièrement, Alice,
Harmo, Nathan et Mehdi. Merci beaucoup à Alexis, mon compagnon d’escalade
et de pintes aux Hall of Beer ! Merci également à mes amis de la prépa : Hugo,
Guillaume, Anthony, Cédric et Benjamin.

Je veux maintenant remercier toute ma famille. Tout d’abord, mes parents, qui
ont su me soutenir depuis le début, me pousser dans les études et d’avoir toujours cru
en moi. Merci à mes grands-parents qui m’ont toujours tout donné, vous êtes une
source d’inspiration. Merci à mes frères, Félix et Martin, vous êtes mes meilleurs
amis, dédicace à Martin qui à participé activement dans le cosmétique des gra-
phiques de ce manuscrit ! Je remercie également toute ma belle-famille, pour tous
les moments et les découvertes culinaires ! Merci à toutes ces personnes d’avoir es-
sayé de comprendre mon sujet, et pour qui le mot quantique sert surtout à justifier
le caractère magique des technologies dans les films de SF.

Je veux terminer mes remerciements par toi Laura. Je veux te remercier d’avoir
supporter mes monologues sur les problèmes de la manip, mais je suis sûr maintenant
que les théories MF et BMF n’ont plus de secrets pour toi. Merci de m’avoir soutenu
depuis tout ce temps. Et surtout merci pour tout, pour tout !
Introduction

L’étude quantitative des réactions chimiques au dix-neuvième siècle vit resur-


gir « l’hypothèse atomique », une idée provenant de l’Antiquité. Ces réactions pou-
vaient s’interpréter très convenablement en supposant que la matière est un agrégat
de constituants microscopiques, de particules insécables [1]. Cette hypothèse prit
de plus en plus d’importance jusqu’à devenir un consensus scientifique dès le ving-
tième siècle. Malgré les nombreux succès de la physique macroscopique regroupant
la mécanique, l’optique, l’électricité, le magnétisme, l’acoustique ou encore la ther-
modynamique, la considération pour la physique microscopique ne cessa de croître
pour son caractère fondamental. Les phénomènes physiques que nous observons à
notre échelle et les lois que nous en déduisons, ne sont que la manifestation de com-
portements mettant en jeu une quantité gigantesque de constituants microscopiques.
L’étude des propriétés de ces particules permet donc une compréhension plus fon-
damentale et élémentaire de notre monde physique. La naissance de la physique
microscopique au début du XXe siècle s’est suivie de nombreux développements. En
1897, les recherches de J.J. Thomson sur la conductivité électrique de gaz dans des
tubes cathodiques lui permettent de prouver l’existence des électrons. En 1911, E.
Rutherford entreprend des expériences de diffusion de protons à travers des feuilles
d’or et démontre l’existence du noyau atomique. La recherche des constituants les
plus élémentaires de la matière continue encore aujourd’hui dans les accélérateurs
de particules comme le Grand collisionneur de hadrons, communément appelé LHC
(pour Large Hadron Collider).

La description physique des molécules, des atomes et des particules élémentaires


ne peut se faire avec la mécanique classique dites newtonienne. Les lois gouvernant
la matière à cette échelle microscopique, de l’ordre du nanomètre, sont essentielle-
ment quantiques. Sous l’impulsion de nombreux physiciens comme M. Planck, E.
Schrödinger, A. Einstein, M. Born., N. Bohr, P. Dirac, W. Pauli, L. De Broglie,
W. Heisenberg, la révolution quantique débute pendant la première moitié du XXe
siècle. Le développement de la théorie quantique a conduit à des développements
technologiques spectaculaires comme par exemple l’invention du laser ou du tran-
sistor qui ont aujourd’hui pénétré et influencé en profondeur notre société. Un des
concepts clef pour comprendre si un système doit être décrit de manière quantique,
est la longueur d’onde de De Broglie. Cette longueur d’onde fut introduite par Louis
10 Introduction

De Broglie en 1923 dans sa thèse de doctorat [2], il postule que la matière peut
se comporter comme une onde et la longueur permettant de quantifier cet aspect
ondulatoire de la matière est égale à :
h
λdB = , (1)
p
où h est la constante de Planck, p est l’impulsion de la particule considérée. Cette
longueur d’onde de matière peut se généraliser dans le cas d’un système composé
d’un ensemble de particules à une température T . Cette longueur d’onde de De
Broglie thermique s’exprime en fonction de la masse m des constituants et de kB la
constante de Boltzmann :
h
λdB = √ , (2)
2πmkB T
Lorsque la distance inter-particule est plus grande que la longueur de De Broglie,
c’est-à-dire nλ3dB  1 où n est la densité des particules, le caractère ondulatoire de la
matière peut être négligé et l’ensemble de particules peut être décrit par les lois clas-
siques de la Physique. En revanche, lorsque nλ3dB ∼ 1, plusieurs particules occupent
le même niveau quantique. Le système est dans le régime nommé, la dégénéres-
cence quantique, et doit être décrit par la mécanique quantique. La manifestation
des propriétés quantiques de la matière comme sa nature ondulatoire, les effets de
la statistique quantique, ou les effets des fluctuations quantiques, vont se manifester
et conduire à des phénomènes physiques défiant notre intuition.

En 1972, dans son célèbre article « More is different » [3], P.W. Anderson discute
les limites du réductionnisme, qui consiste à penser que certains domaines scienti-
fiques ne sont que l’application des lois plus élémentaires d’un autre domaine, qui
est lui, plus fondamental. Il affirme :
« Il s’avère que le comportement d’ensembles volumineux et complexes de
particules élémentaires ne doit pas être compris en termes d’une simple
extrapolation des propriétés de quelques particules. Au lieu de cela, à
chaque niveau de complexité, des propriétés entièrement nouvelles appa-
raissent, et la compréhension des nouveaux comportements nécessite une
recherche qui, à mon avis, est aussi fondamentale dans sa nature que
n’importe quelle autre ».
Il existe en effet de nombreux phénomènes physiques macroscopiques dont l’origine
ne peut être expliquée à partir des lois microscopiques. Ainsi, notre capacité, à dé-
duire les lois fondamentales n’implique pas d’être capable de reconstruire l’ensemble
des phénomènes physiques appliquant un nombre de particules importants.

Pourtant, de nombreux domaines de la Physique étudient les propriétés d’un


système de quelques particules ou à grand nombre de particules en interaction.
Introduction 11

La description complète d’un atome nécessite de prendre en compte l’interaction


du noyau atomique avec l’ensemble des électrons mais, également l’interaction de
chaque électron avec les autres. Ce problème, pourtant fondamental, devient très
rapidement insoluble sans approximations. À plus petite échelle, il apparaît déjà
que la résolution complète et générale de trois particules en interactions est trop
difficile. Il est, par conséquent, impensable de pouvoir décrire de manière exacte et
complète un système faisant intervenir un nombre de constituants importants. Ces
problèmes traitant un ensemble de particules en interaction sont regroupés sous la
dénomination générale de « problèmes à N-corps ». Les ordinateurs, même les
plus puissants, sont incapables dans la majorité des cas de simuler le comportement
de ces systèmes.

En 1982, une alternative fut proposée par R. Feynman [4]. Il suggéra que afin
d’être dans la capacité de simuler un problème quantique à N-corps, nous devrions
utiliser une machine imitant le problème. C’est-à-dire, si nous voulons simuler un
système quantique complexe, nous avons besoin d’un simulateur quantique.

Les gaz quantiques


Suite aux travaux sur le refroidissement d’atomes par laser [5, 6, 7], qui ont
valu à S. Chu, W. D. Phillips et C. Cohen-Tannoudji le prix Nobel de 1997, et à
ceux sur le refroidissement par évaporation, il a été possible de refroidir des gaz
d’atomes, en particulier des alcalins, jusqu’à des températures proches de quelques
nK et d’atteindre la dégénérescence quantique (nλ3dB ∼ 1). Dans le régime quantique,
les bosons, les particules respectant la statistique quantique de Bose-Einstein, vont
s’accumuler dans l’état fondamental du système et former une onde de matière ma-
croscopique. Ce nouvel état de la matière, appelé Condensat de Bose-Einstein,
a été observé expérimentalement en 1995 [8, 9], et conduit au décernement du prix
Nobel en 2001 à E. Cornell, C. E. Wieman. et W. Ketterle. Ces techniques de re-
froidissements ont été adaptées aux fermions et ont permis en 1998, la première
réalisation de gaz dégénéré de Fermi avec du 40 K [10].

Ces gaz dilués ultra-froids sont des systèmes quantiques très bien adaptés pour
la simulation quantique. Premièrement, ils sont extrêmement dilués (n ∼ 1020 m−3 ),
environ 5 ordres de grandeurs plus dilués que l’air ambiant, et par leur taille quasi
macroscopique il est possible de les observer directement. Ces gaz sont produits
dans des enceintes à ultra-vide et sont donc isolés de tout environnement extérieur.
L’utilisation de champs magnétiques extérieurs et de lasers permet de changer le
potentiel de piégeage ressenti par les atomes. Il est également possible de travailler
dans des géométries arbitraires et en dimensions réduites, de changer la tempéra-
ture dans le système et de changer les interactions inter-atomiques [11]. La nature
quantique de ces systèmes macroscopiques permet l’étude de problèmes issus de
12 Introduction

la matière condensée, de l’optique quantique, de la cosmologie et de la mécanique


quantique. On peut citer comme exemple l’étude de la superfluidité par l’observation
de vortex quantifiés dans des condensats de Bose-Einstein en rotation [12, 13, 14],
la transition Berezinskii-Kosterlitz-Thouless (BKT) [15, 16], la réalisation de l’ef-
fet Hanbury-Brown-Twiss et Hong-Ou-Mandel avec des atomes [17, 18], la transi-
tion métal-isolant de Mott [19], ou encore la transition métal-isolant induite par
le désordre, appelé localisation d’Anderson [20]. La présence de résonances de
diffusions, appelées résonances de Feshbach, permet le contrôle des interactions
inter-atomiques [21, 22]. Dans une configuration géométrique unidimensionnelle, l’in-
troduction d’interactions attractives a conduit à la formation de solitons d’ondes de
matières [23, 24, 25, 26]. Sur des gaz de Fermi, ces résonances ont rendu possible
l’étude de la transition BEC (Bose-Einstein Condensate)-BCS (Bardeen-Cooper-
Schrieffer) [27]. Plus récemment, l’observation directe de paires de Cooper dans un
gaz de Fermi bidimensionnel a été réalisée dans l’équipe de S. Jochim [28].

L’ajout d’un couplage entre deux états quantiques complexifie encore le système
et permet d’étudier une riche variété de phénomènes physiques, comme par exemple
l’analogie avec l’effet Josephson pour les supraconducteurs [29]. On peut évoquer les
expériences du groupe de M.K. Oberthaler sur l’étude de la transition entre le régime
Rabi et Josephson dans le cas d’un mélange de spin couplé [30, 31, 32], ou l’étude
de la dynamique hors-équilibre à travers la transition de phase paramagnétique-
ferromagnétique par la mesure des exposants critiques et des lois d’échelles [33, 34,
35].

Interactions dans les gaz quantiques


Les gaz quantiques sont dans un régime tel que la portée du potentiel inter-
atomique RVdW , de l’ordre de quelques nanomètres, est très inférieur par rapport à
la longueur d’onde de De Broglie (λdB  RVdW ). Dans ce régime, les atomes ne sont
pas sensibles aux détails du potentiel et il est suffisant de décrire les interactions à
partir d’un seul paramètre a, nommé la longueur de diffusion. De plus, la densité
atomique est telle que le système se trouve dans le régime dilué (l  RVdW ), où
l = n−1/3 est la distance moyenne entre particules, et il est raisonnable de considérer
que les atomes n’interagissent que par paires. Dans ces conditions, on peut supposer
l’action de l’ensemble des particules sur une seule comme un potentiel moyen. Ainsi,
le problème à N-corps est simplifié en un problème à une particule effective dans
un potentiel moyen formé par les autres atomes, c’est l’approximation de champ-
moyen. Dans la majorité des expériences, cette approximation est suffisante pour
expliquer correctement les observations.

Cependant, à mesure que les interactions augmentent, la théorie de champ-moyen


tend à s’éloigner de la réalité. Une description plus correcte consiste à prendre en
Introduction 13

Figure 1 – Équation d’état d’un condensat de Bose-Einstein homogène à tempé-


rature nulle. Pression h normalisée en fonction du paramètre du gaz ν. La courbe
rouge correspond à l’équation d’état avec le correction de Lee-Huang et Yang. La
courbe en tirets rouge représente l’équation d’état dans l’approximation de champ-
moyen. Figure issue de [38].

compte les effets au-delà du champ-moyen. Pour un gaz de bosons, à température


nulle, la première correction a été initialement calculée par Lee, Huang et Yang en
1957 [36], et provient des fluctuations quantiques dans le système (plus précisément
à l’énergie de point-zéro des modes de Bogoliubov [37]). Le groupe de C. Salomon,
a étudié la dynamique et la thermodynamique d’un condensat de Bose-Einstein
à température nulle et proche du régime des interactions fortes [38]. À partir de
l’analyse du profil de densité in-situ d’un gaz de Bose de 7 Li, ils mesurèrent directe-
ment l’équation d’état (voir figure 1) et montrèrent par l’expérience qu’à mesure que
l’amplitude des interactions augmente et que le système se rapproche du régime des
interactions fortes, la théorie de champ-moyen n’est plus suffisante pour décrire le
système et des effets au-delà doivent être pris en considération. Néanmoins, le terme
de Lee-Huang-Yang reste une correction par rapport au terme de champ-moyen.

Une brève histoire des gouttelettes quantiques


En 2002, Bulgac propose un mécanisme afin de former un système auto-lié en
absence de piégeage [39]. Proche d’une résonance de Feshbach, il montre qu’une
14 Introduction

interaction à trois corps répulsive, impliquant la physique d’Efimov [40], peut sta-
biliser une interaction attractive à deux corps conduisant ainsi à la stabilisation du
système. Cet état, appelé boselet, est très difficile à observer expérimentalement à
cause des pertes d’atomes importantes proches des résonances de Feshbach et donc
à un temps de vie du système drastiquement réduit. En 2014, D.S. Petrov propose
un moyen, en dehors d’une résonance de Feshbach, de contrôler et d’implémenter, en
plus de l’interaction à deux corps de champ-moyen, une interaction répulsive à trois
corps. Sa méthode demande la présence de deux états internes couplés et séparés
en énergie, tel que l’état de plus haute énergie est peuplé virtuellement durant les
processus de collisions [41].

Dans une autre proposition théorique de 2015 [42], D.S. Petrov analyse la sta-
bilité d’un mélange de deux condensats de Bose-Einstein, lorsque les interactions
intra-espèces sont répulsives et les interactions inter-espèces sont attractives. Dans
l’approximation de champ-moyen et lorsque les interactions attractives sont plus
importantes, il est attendu que le système, pour diminuer son énergie, augmente
sa densité et implose. Cet effondrement du système est contrecarré par l’existence
du terme répulsive de Lee-Huang-Yang, le système se stabilise à une certaine den-
sité même en l’absence de piégeage. Cette stabilisation provient uniquement de la
présence de fluctuations quantiques, et est donc purement un effet quantique à N-
corps. Ce nouvel état de la matière est nommé gouttelette quantique et possède
des propriétés exotiques (phénomène d’auto-évaporation) et également similaires
aux liquides classiques (tension de surface, saturation de la densité interne, etc). La
première observation de gouttelettes quantiques se fit dans des gaz quantiques dipo-
laires de Dy et Er [43, 44]. L’interaction de champ moyen est réduite par la présence
d’interactions dipolaires magnétiques. Peu après, les premières gouttelettes quan-
tiques formées par les mélanges de condensats sont observées dans des mélanges de
spin de 39 K [45, 46].

Ces expériences démontrent la possibilité, dans le régime des interactions faibles,


de diminuer l’interaction de champ-moyen généralement dominante, de telle sorte
qu’elle devienne du même ordre de grandeur que le terme de Lee-Huang-Yang. Il
est alors possible d’étudier les fluctuations quantiques dans le système, un effet à
N-corps purement quantique.

Contenu du manuscrit
Mon travail de thèse s’inscrit dans la continuité des travaux sur les gouttelettes
quantiques. Lorsque je suis arrivé au laboratoire en stage de Master 2, j’ai eu l’op-
portunité de travailler sur la localisation d’Anderson unidimensionnel en présence
d’une force constante [47] et cette étude a continué jusqu’au début de ma première
année de thèse. En l’absence de force extérieure, le système est toujours localisé par
Introduction 15

la présence du désordre. Nous avons cependant observé une transition entre une loca-
lisation algébrique et une délocalisation en fonction de notre paramètre de contrôle
définie comme le rapport de la force relative au désordre sur la force extérieure.
Nous avons également montré que la transition est intrinsèquement indépendante
de l’énergie initiale et que la vitesse initiale du paquet d’ondes joue seulement un rôle
à travers la force effective du désordre due à la corrélation du désordre. Par soucis
de lisibilité, j’ai décidé de ne pas consacrer un chapitre à cette étude. Ce travail est
déjà détaillé dans la thèse de mon prédécesseur G. Berthet [48] et l’article associé
est inséré à la fin de ce manuscrit à la page 195.

Mon manuscrit est organisé en six chapitres. Le thème général est la physique
des mélanges de condensats de Bose-Einstein couplé ou non de manière cohérente,
proches de la zone d’effondrement. On démontre la possibilité d’implémenter de
nouvelles non-linéarités dans l’équation d’état et d’étudier les effets quantiques au-
delà du champ-moyen.

Chapitre 1
Le chapitre 1 est introductif et dédié à une présentation générale de la théo-
rie de la diffusion. On y introduit les paramètres nécessaires à la description des
collisions dans les gaz d’atomes froids. Nous introduisons l’équation de Schrödinger
non-linéaire, également nommée équation de Gross-Pitaevskii, permettant la descrip-
tion du condensat dans l’approximation de champ-moyen. Le spectre de Bogoliubov
décrivant les excitations élémentaires ainsi que le terme de Lee-Huang-Yang sont
discutés. La dernière partie du chapitre est consacrée à introduire la physique des
mélanges de condensats et le terme au-delà du champ-moyen associé.

Chapitre 2
Le chapitre 2 correspond à un état de l’art sur les gouttelettes quantiques. Nous
décrivons en détail le mécanisme à l’origine de la stabilisation et de la formation du
système auto-lié. Les propriétés de ce nouvel état quantique sont détaillées. Nous
décrivons également les différents types de gouttelettes observées à ce stade, les
premières expériences et les limites expérimentales rencontrées.

Chapitre 3
Le chapitre 3 présente une étude théorique que nous avons réalisée, basée sur
l’étude des gouttelettes quantiques dans une configuration géométrique allongée
et dans la transition tridimensionnelle à unidimensionnelle du terme au-delà du
champ-moyen. Ce travail est motivé par la possibilité de surpasser plusieurs limites
expérimentales rencontrées lors de la réalisation de gouttelettes quantiques tridi-
mensionnelles.
16 Introduction

Chapitre 4
Ce chapitre présente l’expérience de potassium 39 utilisée durant cette thèse.
Nous décrivons brièvement les différents éléments du système expérimental. Nous
discutons relativement en détail la physique d’un atome à deux niveaux en pré-
sence d’un couplage et les transferts adiabatiques par balayage de fréquence. Cette
partie développe également mes contributions sur le montage expérimental, plus
spécifiquement mon travail sur la stabilisation du champ magnétique nécessaire aux
expériences que nous souhaitons réaliser, le nouveau circuit pour la génération de
champs radio-fréquences, permettant la formation de mélanges. Nous discutons fina-
lement les nouvelles étapes permettant d’atteindre la condensation de Bose-Einstein
dans l’état |F = 1, mF = −1i, qui est nécessaire pour la réalisation de mélanges
avec l’état |F = 1, mF = 0i.

Chapitre 5
Le chapitre 5 est consacré à l’étude de mélanges de spin couplés dans une ap-
proche de champ-moyen. Dans une première partie, nous présentons comment en
présence d’un couplage, il est possible de contrôler les interactions entre atomes. En-
suite, ce chapitre développe notre étude expérimentale sur la possibilité d’introduire
une interaction à trois corps attractive dans l’équation d’état dans l’approximation
de champ-moyen. Nous discutons minutieusement les conséquences expérimentales
que nous avons observées dues à la présence de cette nouvelle non-linéarité dans le
système.

Chapitre 6
Le chapitre 6 présente notre étude en collaboration avec D.S. Petrov et A. Recati
sur les effets au-delà du champ-moyen dans les mélanges de condensats de Bose-
Einstein couplés. Nous présentons le spectre de Bogoliubov et l’énergie au-delà du
champ-moyen pour un mélange couplé. Finalement, nos résultats expérimentaux
sur l’observation d’une symétrisation des pertes d’atomes entre les deux états du
mélange, et sur la première mesure quantitative de l’équation d’état au-delà du
champ-moyen en fonction de la force de couplage, caractérisée par la fréquence Rabi,
sont exposés.
Chapitre 1

Théorie de la diffusion, condensats


de Bose-Einstein et mélanges de spin

Dans ce chapitre, nous allons introduire les bases théoriques à la description d’un
condensat de Bose-Einstein. Dans une première partie, nous verrons brièvement la
théorie de la diffusion à basses énergies, nous introduirons la longueur de diffusion
qui est le paramètre permettant de décrire les interactions entre atomes, et les réso-
nances de Feshbach qui donnent la possibilité de contrôler les interactions entre les
atomes. Plus particulièrement, nous verrons pourquoi le 39 K est un candidat adéquat
pour les expériences où il est nécessaire de contrôler les interactions entre atomes.
La description du système dans une approche de champ-moyen sera introduite, et
nous verrons comment la théorie de Bogoliubov, donne à la fois accès aux excitations
élémentaires du système, et également aux corrections au-delà du champ-moyen. La
seconde partie introduira la physique des mélanges de condensats de Bose-Einstein.
La grande variété d’interactions possible entre les deux composants augmente la
complexité et la richesse des phénomènes physiques, donnant la possibilité d’étudier
des transitions de phases. En fonction du signe des interactions inter-spin, il est pos-
sible d’avoir une implosion du système ou une démixtion, c’est-à-dire une séparation
spatiale des deux espèces.

1.1 Collision entre atomes neutres


1.1.1 Les différents types de collisions
Les gaz quantiques ultra-froids sont dans un état métastable. En effet, à la tem-
pérature et pression de travail, l’état d’équilibre est un solide. Pour en former un,
les atomes doivent d’abord former une molécule. Pour cela, il est nécessaire que
trois atomes entrent en collision 1 . Les gaz quantiques ultrafroids sont très dilués,
1. La conservation de l’énergie et de l’impulsion empêchent que le processus de formation d’une
molécule se fasse avec seulement deux atomes.
Chapitre 1. Théorie de la diffusion, condensats de Bose-Einstein et
18 mélanges de spin
la probabilité que trois atomes se rencontrent est par conséquent, très faible. Il est
ainsi possible de garder pendant plusieurs minutes le gaz dans un état métastable.
La majorité des collisions mettent donc en jeu seulement deux atomes. Plusieurs
formes de collisions ont lieu et on peut les répertorier en deux catégories.

Collisions élastiques
Une collision élastique conserve l’énergie cinétique. En effet, seule la quantité
de mouvement des particules change. Ces collisions permettent une redistribution
de l’énergie cinétique entre les particules dans le gaz, et elles sont responsables de
sa thermalisation. Elles permettent l’utilisation du refroidissement évaporatif pour
atteindre la condensation de Bose-Einstein. De plus, les collisions élastiques sont
responsables de l’énergie de champ-moyen dans un condensat de Bose-Einstein.

Collisions inélastiques
Les collisions inélastiques engendrent une diminution de la densité et sont res-
ponsables du temps de vie du condensat de Bose-Einstein. Ils existent différents
types de collisions inélastiques :

— Des interactions dipolaires entre atomes peuvent conduire au changement de


spin d’un ou des deux atomes. L’énergie totale est conservée, mais l’excé-
dent d’énergie interne est converti en énergie cinétique et les atomes peuvent
s’échapper du piège.

— Les collisions inélastiques les plus présentes généralement dans les expériences
d’atomes froids, sont les recombinaisons à trois corps. Lors d’une collision
entre trois atomes, deux atomes peuvent former une molécule due à l’existence
de niveaux moléculaires du potentiel interatomique. La troisième particule
absorbe le surplus d’énergie sous forme cinétique et sort du piège. Le résultat
de ce processus à trois corps est la perte des trois atomes et une diminution
de la densité atomique n de la forme [49]

dn(t)
= −K3 n3 (t) (1.1)
dt
K3 est défini comme le coefficient de recombinaison à trois corps. Dans notre
expérience, ce sont les recombinaisons à trois corps qui limitent le temps de
vie du condensat et empêchent la réalisation de certaines expériences comme
nous allons le voir plus loin.

Remarque : Dans une expérience d’atome froids, le vide n’est jamais parfait, il
se peut que des atomes piégés entrent en collision avec le gaz résiduel et s’échappent
du piège.
1.1 Collision entre atomes neutres 19

1.1.2 Quelques éléments sur la théorie de la diffusion


Un atome neutre de masse m et dans son état fondamental n’a pas de dipôle
électrique permanent. Cependant, la variance de l’opérateur dipôle n’est pas nul, ce
qui signifie que le dipôle fluctue au cours du temps. Ainsi, deux atomes neutres dans
leur état fondamental vont interagir via une interaction dipôle-dipôle attractive à
longue portée, nommé interaction de Van der Waals [50]. Le potentiel d’interaction
s’écrit 2 :

C6
VVdW (r) = − (1.2)
r6
où C6 > 0 définit la force de l’interaction. La valeur de C6 dépend directement
des éléments de matrice de l’opérateur dipôle entre l’état fondamental et les états
excités. À courte portée, l’interaction est dominé par un terme répulsif provenant
du principe de Pauli et de la répulsion de Coulomb. Cette partie du potentiel est
difficile à connaître précisément, le potentiel de Lennard-Jones le modélise via un
terme répulsif proportionnel à 1/r12 . Lorsque l’énergie cinétique quantique d’un
paquet d’ondes d’extension RVdW , Ecin = ~2 /mRVdW2
, est égale à l’énergie potentielle
associée |Ep | = C6 /RVdW , on peut définir RVdW comme la portée du potentiel et
6

elle s’écrit [50] :


 1/4
mC6
RVdW = (1.3)
~2
Considérons la collision de deux particules via le potentiel V (r) 3 . La fonction
d’onde ψ décrivant la collision est solution de l’équation de Schrödinger Ĥrel ψ = Eψ,
où Ĥrel est l’hamiltonien décrivant le mouvement relatif des deux atomes et s’écrit :

p̂2
Ĥrel = + VVdW (r̂) (1.4)
2mr
où mr est la masse réduite du système et p̂ l’impulsion relative. On constate que le
problème de la collision de deux atomes se ramène donc à un problème de diffusion
d’une particule sur le potentiel V (r). On peut ainsi définir la fonction d’onde comme
la somme d’une onde incidente ψ (in) et d’une onde diffusée ψ (dif f ) :

ψ = ψ (in) + ψ (dif f ) (1.5)


Dans la limite r → +∞ :
~ eikr
ψ ≈ eik.~r + f (k, θ) (1.6)
r
2. On néglige ici les effets de retards. En prenant en compte ces effets l’interaction longue portée
devient ∝ r−7 [51].
3. Le lecteur est invité à se référer à [50, 52] pour une démonstration des résultats qui suivent.
Chapitre 1. Théorie de la diffusion, condensats de Bose-Einstein et
20 mélanges de spin
où f (k, θ) est l’amplitude de diffusion et correspond à la transformée de Fourier du
potentiel V (r) dans l’approximation de Born. Le déphasage accumulé entre l’onde
incidente et l’onde sortante lors du processus d’interaction avec le potentiel V (r)
contient toute l’information sur le processus de collision, et est donc la quantité à
considérer. La section efficace différentielle de collision est directement liée à l’am-
plitude de diffusion :

= |f (k, θ)|2 (1.7)
dΩ
Ici, nous n’avons pas pris en compte les effets d’indiscernabilités. En effet, nous avons
à symétriser (resp. antisymétriser) la fonction d’onde dans le cas des bosons (resp.
fermions) 4 . Dans ce cas, la section différentielle de collision devient :


= |f (k, θ) ± f (k, −θ)|2 (1.8)
dΩ
"+" correspond au cas des bosons et "−" aux fermions.

L’hamiltonien Ĥrel étant invariant par rotation 5 , la fonction d’onde peut s’écrire
comme le produit d’une fonction d’onde radiale et des harmoniques sphériques :

ψ(r, θ, φ) = χ(r)Yl,m (θ, φ) (1.9)

où ` est le moment angulaire et m sa projection selon l’axe Oz. On en déduit que


la fonction d’onde radiale réduite u(r) = rχ(r) vérifie l’équation :
 
~2 d2 u(r) ~2 `(` + 1)
− + VVdW (r) + u(r) = Eu(r) (1.10)
2mr dr2 2mr r2
On remarque que pour chaque valeur de `, il existe un canal de diffusion, la particule
diffuse dans un potentiel effectif consistant en la somme du potentiel V (r) et d’une
barrière centrifuge d’énergie ~2 `(` + 1)/2mr r2 .

Diffusion à basses énergies


Considérons le cas de deux atomes de 39 K qui interagissent en onde p (` = 1),
l’énergie nécessaire pour que les atomes passent la barrière de potentiel centrifuge est
de l’ordre de Ebar ∼ kB × 325 µK. Dans le cas des atomes froids, l’énergie typique est
largement inférieure à Ebar , il est donc raisonnable de considérer dans les processus
de collisions seulement les collisions en onde s. Dans ce cas, il est possible de montrer
que l’amplitude de diffusion f (k, θ) se réécrit :
4. Nous devrions également prendre en compte l’indiscernabilité dans l’équation (1.6).
5. Ici on néglige les interactions dipôle-dipôle entre atomes. Cette simplification n’a pas de sens
lorsque l’on considère les collisions pour des atomes avec des interactions dipolaires magnétiques
comme les lanthanides (Er,Dy...).
1.1 Collision entre atomes neutres 21

1 k
= − ik (1.11)
f (k) tan δ0 (k)
où δ0 (k) est le déphasage entre l’onde incidente et sortante pour ` = 0. Pour un
canal de diffusion `, les solutions de l’équation 1.10 peuvent s’écrire sous la forme
[50] :

sin(kr − `π/2) cos(kr − `π/2)


χ(r) ∝ + tan(δ` ) (1.12)
r r
où δ` est le déphasage dans le canal de diffusion `.

On définit a la longueur de diffusion :

tan δ0 (k)
a = − lim (1.13)
k→0 k
À basse énergie, l’amplitude de diffusion peut se réécrire :
a
f (k) ≈ − −→ −a (1.14)
1 + ika k→0

La section efficace dans le cas des bosons devient 6 :

σ = 8πa2 (1.15)

On peut réécrire la fonction d’onde ψ(r) telle que :


a
ψ(r) = 1 − (1.16)
r
Physiquement, un potentiel avec une longueur de diffusion positive peut-être vue
comme un potentiel de sphère dure avec un rayon a.

Finalement, l’amplitude de diffusion dépend uniquement de a et la longueur de


diffusion joue un rôle central dans la description des collisions à basses énergies.
Dans la majorité des situations et des expériences d’atomes ultra froids, il suffit de
connaître a pour décrire la physique, que ce soit pour décrire les propriétés statiques
ou dynamiques.

1.1.3 Potentiel de contact


Il est intéressant de noter que la longueur de De Broglie dans les gaz quantiques
est typiquement de l’ordre de λdB (T = 1µK) ∼ 5550 a0 , où a0 est le rayon de
6. Dans le cas de fermions identiques, la section efficace en onde s est nulle. Les canaux de
diffusion autorisés sont pour les ` impairs.
Chapitre 1. Théorie de la diffusion, condensats de Bose-Einstein et
22 mélanges de spin

VVdW(r)
ψ(r)

0
r

Figure 1.1 – Potentiel inter-atomique VVdW (r) et la fonction d’onde ψ d’atome


dans la limite des basses énergies. La longueur de De Broglie λdB est plus grande
que la portée RVdW .


Bohr 7 , et que la portée de l’interaction de Van der Waals RVdW = mC ~2
6
∼ 130 a0 .
Ainsi, lors d’une collision, les atomes ne résolvent pas les détails du potentiel et se
comportent de la même manière que pour un potentiel de contact (Voir figure 1.1).
Dans la limite des basses énergies et dans deux potentiels différents, mais avec la
même longueur de diffusion, les atomes auront quasiment le même comportement.
Il est donc possible de construire un potentiel de contact à partir de la longueur de
diffusion qui va décrire les interactions entre atomes. On peut décrire l’interaction
entre deux atomes via le potentiel de contact suivant, appelé pseudo-potentiel [11] :

Vpp [ψ(r)] = gδ(r) (rψ(r)) (1.17)
∂r
2
où δ(r) est la distribution de Dirac, g = 4π~
m
a
est la constante de couplage et carac-
térise les interactions dans les gaz quantiques :

— Plus |a| est élevé plus les interactions sont grandes.


— Si a > 0 les interactions sont répulsives.
— Si a < 0 les interactions sont attractives.
— Si a = 0 les interactions sont nulles.

7. a0 = 0.529 × 10−10 m
1.1 Collision entre atomes neutres 23

Lorsque la longueur de diffusion est négative, les interactions sont donc attrac-
tives. Dans un gaz quantique, le système va augmenter sa densité pour minimiser
son énergie. Plus la densité augmente, plus le nombre d’atomes va diminuer dû aux
recombinaisons à trois corps. Le destin d’un condensat tridimensionnel avec a < 0
est généralement l’implosion caractérisée par une chute brutale du nombre d’atomes,
qu’on nomme « collapse ».

Remarque : Dans l’approximation de Born, il est possible de calculer la longueur


de diffusion (a = a(1) + a(2) + ...). À l’ordre 1, la longueur de diffusion s’exprime
comme :
Z
m
a=a = (1)
VVdW (r)dr (1.18)
4π~2

1.1.4 Résonance de Feshbach


Précédemment, nous n’avons pas considéré la structure atomique des deux atomes
lors de la collision. En effet, le potentiel d’interaction dépend de l’état de spin des
deux atomes. Chaque atome i a un spin total Si , et on peut écrire son état interne
|Si , mSi i. Des canaux de diffusion dont le spin total M = mS1 + mS2 est conservé,
peuvent se coupler et changer les propriétés de collision, et même donner lieu à une
résonance de diffusion, nommé résonance de Feshbach [21]. Cette résonance peut
avoir lieu due au fait que l’hamiltonien hyperfin Ĥhf ∝ Î.Ŝ ne commute pas avec
le spin total Ŝtot = Ŝ1 + Ŝ2 . Ainsi, lors de la collision, l’hamiltonien hyperfin peut
induire des changements dans la configuration de spin. Afin de décrire ce phéno-
mène 8 , nous nous plaçons dans l’approximation de Born-Oppenheimer qui consiste
à supposer que la dynamique interne atomique est plus rapide que la dynamique
externe. Ainsi, l’état interne s’adapte adiabatiquement à l’état externe.

Prenons le cas de deux atomes identiques de spin S1,2 = 1/2. Le dimère formé
par l’appariement des spin est soit dans l’état singulet (S=0), soit dans l’état triplet
(S=1). Il existe donc deux canaux de diffusions possibles, le potentiel singulet VS
qui est un canal de diffusion fermé et celui du triplet VT qui est un canal de diffu-
sion ouvert. Supposons de plus qu’il existe des états moléculaires dans le potentiel
singulet.

En présence d’un champ magnétique B aligné selon Oz, le couplage du spin avec
le champ magnétique est décrit par l’hamiltonien Zeeman ĤZ [52] :
gS µB gS µB
ĤZ = Ŝ.B = ŜZ .B (1.19)
~ ~
8. Notre description des résonances de Feshbach n’est pas exhaustive. Elle n’aborde pas, par
exemple, l’origine de résonance large ou étroite. Une étude plus détaillée se trouve dans les réfé-
rences [21, 22].
Chapitre 1. Théorie de la diffusion, condensats de Bose-Einstein et
24 mélanges de spin

VS(r)

δE
0 r
VT (r)

0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8

Figure 1.2 – Schéma du potentiel singulet et triplet. Une résonance à lieu lorsque
l’écart d’énergie δE entre l’énergie d’un état moléculaire et l’énergie de collision tend
vers 0.

Généralement, il est possible d’écrire le potentiel d’interaction Vint comme [53] :

1
Vint (r) = (3VT (r) + VS (r)) + Ŝ1 .Ŝ2 (VT (r) − VS (r)) (1.20)
4
Seul l’état triplet va être affecté par la présence du champ magnétique. En chan-
geant la valeur du champ magnétique, on modifie l’énergie de l’état triplet, cela
revient donc à changer l’écart relatif entre le potentiel triplet et singulet δE. Qua-
litativement, lorsque l’énergie d’un état moléculaire coïncide avec l’énergie de colli-
sion, l’interaction hyperfine peut induire des échanges de spin et une résonance à lieu
(Voir figure 1.2) . De plus, on remarque que même si on considère que l’état initial
est l’état triplet, lors de la collision le second terme de (1.20) couple les deux canaux,
et engendre une modification de l’amplitude de diffusion dans le canal ouvert, et par
conséquent change la longueur de diffusion.

Proche d’une résonance positionnée en B0 , la longueur de diffusion peut se ré-


écrire simplement sous la forme 9 :
 

a(B) = abg 1 + (1.21)
B − B0

9. Le régime unitaire est atteint lorsque a = ±∞ mais ne sera pas traité ici
1.1 Collision entre atomes neutres 25

100

50

-50

-100

0 100 200 300 400 500 600

Figure 1.3 – Longueur de diffusion a en unité de a0 en fonction du champ


magnétique en G. Les résonances de Feshbach en onde s pour les mêmes états
mF = −1, 0, +1 sont représentées en bleues, rouges et vertes respectivement. Figure
provenant de [54].
Chapitre 1. Théorie de la diffusion, condensats de Bose-Einstein et
26 mélanges de spin

Figure 1.4 – Positions des résonances de Feshbach en onde s expérimentales Bexp


et théoriques Bth , largeurs ∆, longueurs de diffusions abg pour différents sous-états
Zeeman mFa et mFb . Tableau provenant de [55].

abg est la longueur de diffusion dans le canal ouvert. ∆ est la largeur de la résonance.

Finalement, proche d’une résonance, il est possible de contrôler la longueur de


diffusion. Il est important de noter que, proche d’une résonance, la section efficace
de collisions augmente et également les pertes d’atomes. Entre 0 G et 700 G, le
potassium 39 K possède beaucoup de résonances de Feshbach en onde s accessibles
expérimentalement (Voir figure 1.3 et 1.4) [55].

1.2 Interactions dans un condensat de Bose-Einstein

1.2.1 Théorie de champ-moyen et équation de Gross-Pitaevskii


Nous avons vu précédemment que le potentiel d’interaction de deux atomes dans
la limite des basses énergies peut être remplacé par un potentiel de contact. L’état
fondamental |Ψi du système, composé de N atomes, n’est pas en général un produit
de N fonctions d’ondes de dimension 3, mais une seule fonction d’onde de dimension
3N . L’approche de champ-moyen est une approche variationnelle, on cherche l’état
quantique de N atomes condensés, se rapprochant le plus de l’état véritable, comme
le produit de N fonctions d’ondes identiques à une particule ψ(r) [56] :
1.2 Interactions dans un condensat de Bose-Einstein 27

Y
N
Ψ(r1 , r2 , ..., rN ) = ψ(ri ) (1.22)
i=1

Les interactions sont prises facilement en compte, en considérant que chaque


atome voit un potentiel moyen gn(r), où n(r) = |ψ(r)|2 est la densité locale. Les
propriétés statiques d’un condensat de Bose-Einstein dans un potentiel extérieur
V (r) se déterminent par la résolution de l’équation de Gross-Pitaevskii stationnaire
[11] :

~2
µψ(r) = − ∆ψ(r) + V (r)ψ(r) + gn(r)ψ(r) (1.23)
2m
2
où g = 4π~
m
a
est la constante de couplage et µ le potentiel
R chimique. La fonction
d’onde vérifie la condition de normalisation suivante |ψ(r)| dr = N .
2

Régime sans interactions dans un piège harmonique


La plupart des expériences de gaz quantique se font dans des pièges optiques
gaussiens. À suffisamment basse température, le potentiel extérieur peut être consi-
déré harmonique de pulsation (ωx , ωy , ωz ). Lorsque g = 0, le condensat est dit sans
interactions et s’apparente à un gaz parfait. La fonction d’onde du condensat est
dans l’état fondamental du piège harmonique, c’est-à-dire dans l’état gaussien :

1 x2 y2 z2
ψ(x, y, z) = 3/4 √
exp(− − − ) (1.24)
π aohx aohy aohz 2a2ohx 2a2ohy 2a2ohz
p
où aohx,y,z = ~/mωx,y,z est la longueur de l’oscillateur harmonique dans la direction
(x, y, z).

Régime de Thomas-Fermi
Le régime où les interactions dominent le système et, où l’énergie cinétique joue
un rôle négligeable s’appelle le régime de Thomas-Fermi. Il est alors possible de
négliger le terme cinétique dans l’équation de Gross-Pitaevskii et la fonction d’onde
s’écrit simplement :
s
µ − V (r)
ψ(r) = (1.25)
g
et ψ s’annule en dehors de la zone où µ > V (r). L’énergie cinétique joue un rôle au
niveau des bords de la fonction d’onde où la densité est localement faible.
Chapitre 1. Théorie de la diffusion, condensats de Bose-Einstein et
28 mélanges de spin

ϵ ℏω(k)

ℏck
ℏ2k 2

2m

kc = 2π/ξ
k

Figure 1.5 – Spectre de Bogoliubov ω(k) en fonction du vecteur d’onde k. On


distingue deux régimes : le régime phononique en noir et le régime des particules
libres en orange

Dynamique du condensat
On peut décrire la dynamique du condensat dans un potentiel extérieur V (r) via
l’équation de Gross-Pitaevskii dépendante du temps :

∂ψ(r, t) ~2
i~ =− ∆ψ(r, t) + V (r)ψ(r, t) + gn(r, t)ψ(r, t) (1.26)
∂t 2m
Afin de connaître les excitations du système, il est possible de linéariser l’équation
(1.26) autour de l’état d’équilibre. Dans le cas homogène et dilué (na3  1), le
spectre des excitations élémentaires ω(k) en fonction du vecteur d’onde k, appelé
aussi spectre de Bogoliubov est [11] :
s  
~2 k 2 ~2 k 2
~ω(k) = 2gn + (1.27)
2m 2m
On distingue deux régimes d’excitation dans un condensat (cf Figure-1.5). Dans
la limite k → 0, les excitations
p élémentaires sont sous forme de phonons se propa-
geant à la vitesse du son c = gn/m :

ω(k) ≈ ck (1.28)

On définit ξ = ~/ 2mc la longueur de cicatrisation. Lorsque λ = 2π/k < ξ, les
atomes ne se comportent plus collectivement, on entre dans le régime des particules
libres. La relation de dispersion est donné par :
1.2 Interactions dans un condensat de Bose-Einstein 29

~k 2 gn
ω(k) ≈ + (1.29)
2m ~
Afin d’exciter une particule dans un état libre |ki, il faut payer l’énergie corres-
pondant au potentiel chimique µ = gn, plus l’énergie de la particule libre égale à
~2 k 2 /2m.

Lorsque la longueur de diffusion devient négative, la vitesse du son devient ima-


ginaire, les différents modes de Bogoliubov vont donc croître exponentiellement en
fonction du temps. Les atomes vont se regrouper de plus en plus, augmentant ainsi
la densité jusqu’au collapse 10 .

1.2.2 Déplétion quantique et correction de Lee-Huang-Yang


Déplétion quantique
On considère un gaz de bosons avec une longueur de diffusion positive (a > 0).
En utilisant le formalisme de la seconde quantification et en le diagonalisant via la
méthode de Bogoliubov, il est possible d’écrire l’hamiltonien comme [11, 37] :
X
Ĥ = E0 + (k)b̂†k b̂k (1.30)
k6=0

où E0 est l’énergie de point-zéro, b̂†k (resp. b̂k ) est l’opérateur création (resp. annihi-
lation) d’un phonon dans le mode k et (k) = ~ω(k).

L’hamiltonien est la somme d’un terme constant et d’oscillateurs harmoniques.


L’état fondamental du système |Ψ0 i est l’état où chaque oscillateur harmonique est
dans son état fondamental. Cependant les opérateurs création et annihilation d’une
particule dans l’état d’impulsion k ne commutent pas avec l’hamiltonien. Ainsi, l’état
fondamental du système n’est pas l’état où toutes les particules sont dans l’état où
k = ~0. Le nombre d’atomes dans les états d’impulsions non nul N0 est :

N − N0 8
= √ (na3 )1/2 (1.31)
N 3 π
Ainsi, l’état fondamental ne coïncide pas avec l’état de Fock où tout les atomes
sont dans l’état d’impulsion nul. Une partie des atomes est déplété vers des états
excités dû aux interactions. C’est ce qu’on appelle la déplétion quantique. À ne
pas confondre avec la déplétion thermique qui caractérise les excitations du système,
en raison d’une température non nulle. Dans la plupart des expériences, la déplétion
quantique est très faible (inférieur à 1%).
10. Il existe des mécanismes de stabilisation, comme la formation de soliton à 1D ou la formation
de gouttelette quantique.
Chapitre 1. Théorie de la diffusion, condensats de Bose-Einstein et
30 mélanges de spin
Correction de Lee-Huang-Yang

À température nulle et pour a > 0, la densité d’énergie de l’état fondamental


pour un condensat de Bose-Einstein homogène dans la limite na3  1 s’écrit :

 
E0 gn2 128
= 3 1/2
1 + √ (na ) (1.32)
V 2 15 π

Le premier terme de (1.32) est l’énergie de champ-moyen que nous avons vu pré-
cédemment. Le deuxième terme est la première correction au-delà du champ-moyen,
plus généralement appelé la correction de Lee-Huang-Yang (LHY) [36]. L’origine
de cette correction est l’énergie de point-zéro des excitations de Bogoliubov, et est
donc intrinsèquement quantique. Étant donné que na3  1, la correction de LHY
est extrêmement faible et ne joue généralement pas de rôle dans la dynamique du
condensat.

Les résonances de Feshbach ont donné la possibilité d’augmenter la longueur de


diffusion a et donc d’augmenter le rôle des fluctuations quantiques. Plusieurs obser-
vations ont été faites dans les gaz de Bose. Proche d’une résonance de Feshbach et
grâce à la spectroscopie de Bragg, l’observation de la déviation du spectre d’excita-
tions du modèle de champ moyen [57] et la mesure directe de la déplétion quantique
[58] ont été réalisé. La mesure de la distribution des impulsions k d’un gaz de Bose
dans un réseau optique a permis l’observation des paires de Bogoliubov k/ − k pro-
venant de la déplétion quantique [59].

Pour des mélanges de bosons ou pour un gaz quantique en présence d’interactions


dipolaires magnétiques (Dy, Er), il est possible d’être dans des configurations où les
fluctuations quantiques donnent une énergie du même ordre que l’énergie de champ-
moyen dans l’équation d’état. Ces systèmes ont permis l’observation de gouttelette
quantique et de supersolide [44]. Une description plus détaillée sera faite dans le
chapitre 2.

1.3 Mélange de condensats de Bose-Einstein


Les mélanges de condensats de Bose-Einstein permettent de complexifier le sys-
tème et donc de donner la possibilité d’étudier une physique plus riche inaccessible
pour le cas de condensat avec une seule espèce. Dans cette thèse, nous nous pen-
cherons sur la physique des mélanges pour deux états de spin de la même espèce
atomique [60].
1.3 Mélange de condensats de Bose-Einstein 31

Figure 1.6 – (a) Le système est composé de deux condensats dans les états de spin
|↑i et |↓i. (b) Longueurs de diffusion permettant de définir les interactions inter- et
intra-spin.

1.3.1 Interactions et diagramme des phases


On considère deux condensats dans les états de spin |↑i et |↓i à température nulle,
décrit par les fonctions d’ondes |ψ↑ (r)i et |ψ↓ (r)i. Afin de décrire les interactions
présentes dans le système, on définit trois longueurs de diffusions a↑↑ , a↓↓ décrivant
les interactions intra-spin et a↑↓ pour les interactions inter-spin (Voir figure-1.6). Le
système est décrit par une paire d’équations de Gross-Pitaevskii couplées :

 
∂ψ↑ (r, t) ~2
i~ = − ∆ + V (r) + g↑↑ n↑ (r, t) + g↑↓ n↓ (r, t) ψ↑ (r, t) (1.33)
∂t 2m

 
∂ψ↓ (r, t) ~2
i~ = − ∆ + V (r) + g↓↓ n↓ (r, t) + g↑↓ n↑ (r, t) ψ↓ (r, t) (1.34)
∂t 2m
où n↑ (r, t) et n↓ (r, t) sont respectivement la densité dans l’état |ψ↑ (r)i et |ψ↓ (r)i.
De plus, g↑↑ , g↓↓ et g↑↓ sont les constantes de couplage associées aux longueurs de
diffusions a↑↑ , a↓↓ et a↑↓ .

La densité d’énergie de champ-moyen du mélange s’écrit :

E g↑↑ n2↑ g↓↓ n2↓


= + + g↑↓ n↑ n↓ (1.35)
V 2 2
Chapitre 1. Théorie de la diffusion, condensats de Bose-Einstein et
32 mélanges de spin

ϵ ℏω(k)

ℏck
ℏ2k 2

2m

kc = 2π/ξ
k
Figure 1.7 – Diagramme des phases pour un mélange de condensats de Bose-
Einstein. Le système peut subir une transition de phase miscible-non miscible lorsque
√ √
a↑↓  a↑↑ a↓↓ . Lorsque −a↑↓  a↑↑ a↓↓ , une instabilité dynamique a lieu, et le
système implose.

À partir de l’équation (1.35), on peut déduire la nature de l’état fondamen-


tal en fonction des longueurs de diffusions. On considère que les longueurs de dif-
fusion intra-spin sont positives et donc que les interactions intra-spin sont répul-
sives. La valeur et le signe de la longueur de diffusion a↑↓ va changer la nature de

l’état fondamental. En effet, on distingue trois régimes. Lorsque a↑↓  a↑↑ a↓↓ ,
les interactions inter-spin sont répulsives et trop importantes, le système va mini-
miser son énergie en séparant spatialement les deux condensats [61, 62]. Le sys-
tème est donc dans le régime non-miscible. Le régime miscible est atteint lorsque
√ √
− a↑↑ a↓↓  a↑↓  a↑↑ a↓↓ et les fonctions d’ondes se recouvrent spatialement [63].

Pour des interactions inter-spin attractives et lorsque |a↑↓ |  a↑↑ a↓↓ , les interac-
tions dans le système sont globalement attractives, ainsi le système va minimiser
son énergie en augmentant sa densité, ce qui va conduire à un collapse du système
[64, 65]. Proche de la zone du collapse, il est possible de décrire le système comme

étant composé d’un seul spin avec une longueur de diffusion 11 δa = a↑↓ + a↑↑ a↓↓ .

Lorsque on se place sur la ligne où |a↑↓ | = a↑↑ a↓↓ , δa = 0 et correspond à une
interaction de champ-moyen globale nulle [42, 63].


11. De manière plus précise, la longueur de diffusion est 2δa √a↑↑ /a↓↓ . Voir le chapitre 2
(1+ a↑↑ /a↓↓ )2
1.3 Mélange de condensats de Bose-Einstein 33

1.3.2 Excitations élémentaires d’un mélange


Le spectre d’excitations de Bogoliubov pour un mélange est plus compliqué à
obtenir mais peut être déterminé d’une manière similaire au cas avec une seule es-
pèce. Il existe deux types d’excitations (g↑↑ = g↓↓ = g) [66] :

— Modes de densité : Ils correspondent à une excitation où le densité totale


du système oscille spatialement et où les deux condensats oscillent en phase
(Voir (a) de la figure 1.8). La relation de dispersion pour les modes de densité
est :
s  
~2 k 2 ~2 k 2
Ed (k) = ~ωd (k) = + n(g + g↑↓ ) (1.36)
2m 2m
— Modes de spin : Ils correspondent à une excitation où la densité totale est
constante, mais les condensats oscillent en opposition de phase (Voir (b) de
la figure 1.8). La relation de dispersion pour les modes de spin est :
s  
~2 k 2 ~2 k 2
Es (k) = ~ωs (k) = + n(g − g↑↓ ) (1.37)
2m 2m
On définit les longueurs de cicatrisation pour les modes de densité et de spin
comme :

~ ~
ξd = √ , ξs = √ (1.38)
2mcd 2mcs
p p
où cd = (g + g↑↓ )n/m et cs = (g − g↑↓ )n/m sont respectivement la vitesse du
son pour les modes densité et les modes de spin. On remarque qu’il existe dans un
mélange deux échelles de longueurs associées aux différentes excitations. Nous ver-
rons, dans le chapitre 3, qu’il est possible de se placer dans des dimensions hybrides,
par exemple, dans une configuration où on gèle radialement le mode de densité mais
pas celui de spin, le système devient ainsi unidimensionnel pour les modes de den-
sité, mais reste tridimensionnel pour les modes de spin.

Selon les différents régimes, les différents modes sont plus ou moins coûteux en
énergie pour être excités. Proche du régime non-miscible, il est plus favorable pour
les deux condensats d’osciller en opposition de phase, les modes de spin sont les soft
modes (Voir (c) de la figure 1.8). Les modes de densité sont les hard modes, en
effet augmenter localement la densité totale conduit à augmenter l’énergie, ils sont
donc énergétiquement difficiles à exciter. À mesure que l’on se rapproche de la ligne
de la séparation spatiale des condensats, les modes de spin deviennent de moins en
moins énergétiques, et il devient de plus en plus favorable et facile de séparer les

condensats spatialement [67, 68]. Lorsque que l’on passe la ligne a↑↓ = a↑↑ a↓↓ , les
Chapitre 1. Théorie de la diffusion, condensats de Bose-Einstein et
34 mélanges de spin

a)

b)

c) d)

Figure 1.8 – Schéma des excitations de Bogoliubov pour un mélange. (a) Mode de
densité, les condensats oscillent en phase. (b) Mode de spin, les condensats oscillent
en opposition de phase. (c) (resp. (d)) Relation de dispersion du mode de spin et de
densité proche du régime non-miscible (a↑↓ > 0) (resp. du collapse (a↑↓ < 0)).
1.3 Mélange de condensats de Bose-Einstein 35

modes de spin deviennent imaginaires, ainsi chaque mode va croître exponentielle-


ment, conduisant à la séparation spatiale des deux condensats [61].

À la limite du collapse, les interactions inter-spin sont attractives, il est donc


énergétiquement coûteux de séparer les condensats spatialement, ainsi les modes de
spin deviennent les hard modes (Voir (d) de la figure 1.8). Les modes de densité sont
par conséquent les soft modes, ainsi augmenter la densité totale est favorable éner-

gétiquement proche du collapse. Lorsque que l’on passe la limite −a↑↓ = a↑↑ a↓↓ ,
les modes de densité deviennent imaginaires, et chaque mode va exponentiellement
croître conduisant à l’implosion du système.

1.3.3 Correction de Lee-Huang-Yang pour un mélange


Précédemment, on a vu que la correction Lee-Huang-Yang à l’énergie pour un
condensat à une seule composante provenait de l’énergie de point-zéro des excitations
de Bogoliubov. Dans le cas d’un mélange, comme expliqué plus haut, il existe deux
modes d’excitations, les modes de densité et les modes de spin. Ainsi, chaque mode va
contribuer à l’énergie des fluctuations quantiques. À mesure que l’on se rapproche de
la limite du collapse (δa → 0), les modes de densité deviennent de plus en plus mous
et leurs contributions à l’énergie de point-zéro deviennent négligeables par rapport
à la contribution des modes de spin 12 . Finalement, les fluctuations quantiques des
modes de spin sont les principales contributions à la correction de Lee-Huang-Yang.
La correction dans l’équation d’état s’écrit [42, 69] :
 2 
ELHY 8 m3/2 g↑↓ g↓↓ n↓
= 5/2
(g↑↑ n↑ ) f 1, , (1.39)
V 15π 2 ~3 g↑↑ g↓↓ g↑↑ n↑
où f > 0 est une fonction sans dimension définie par :
X p √
f (1, x, y) = (1 + y ± (1 − y)2 + 4xy)5/2 /4 2 (1.40)
±

On remarque que l’énergie de Lee-Huang-Yang dépend très peu de δg et de son


signe [70]. Cela signifie que contrairement au cas d’un condensat avec une seule
composante, même si la longueur de diffusion globale δa est nul, le terme au-delà
du champ-moyen reste quant à lui non nul.

12. Dans le cas d’un condensat d’une seule espèce, lorsque a = 0 ELHY = 0.
Chapitre 2

Généralités sur les gouttelettes


quantiques

2.1 Introduction

Les liquides classiques proviennent de la compétition entre, l’interaction attrac-


tive à longue portée de Van der Waals, ou de la liaison hydrogène, et de la répulsion
à courte portée de Pauli (figure 2.1 (a)). La bonne description du liquide dépend de
la connaissance en détail du potentiel d’interaction, qui malheureusement reste une
tâche complexe, rendant la description des liquides classiques non-universelle. Tan-
dis que les liquides classiques subissent une transition de phase vers l’état solide à
basse température, les liquides quantiques n’y sont pas nécessairement soumis. Par
exemple, l’hélium reste liquide proche de zéro kelvin et à pression atmosphérique
due à la répulsion quantique de point-zéro des atomes.
Dans le chapitre précédent, nous avons vu qu’un condensat de Bose-Einstein
avec une longueur de diffusion négative et à trois dimensions s’effondre sur lui-
même (collapse). De même, dans une vision purement de champ-moyen, un mélange
dans la zone de collapse va diminuer son énergie en augmentant sa densité, et va
par conséquent finir lui aussi par s’effondrer. En prenant en compte les effets au-
delà du champ-moyen, le système ne s’effondre pas sur lui-même, mais possède un
état d’équilibre stable dû au terme répulsif de Lee-Huang-Yang, un effet quantique
purement à N-corps. Cet état est appelé gouttelette quantique. Ce liquide quan-
tique est ultra dilué, environ 108 fois plus dilué que l’eau liquide. D’autre part, la
description des interactions est simple et nécessite uniquement la connaissance des
longueurs de diffusions, rendant leur description universelle. Ce chapitre est consa-
cré à la description du mécanisme permettant la stabilisation du système et aux
propriétés intrinsèques de cet état. Nous verrons également les études déjà réalisées
sur ce système et leurs limitations expérimentales. Pour la rédaction de ce chapitre,
je me suis principalement inspiré de [71, 72].
38 Chapitre 2. Généralités sur les gouttelettes quantiques

Figure 2.1 – Schéma issu de [73]. (a) Schéma d’une gouttelette classique dense, sta-
bilisée par la compétition entre l’attraction longue portée de Van der Waals (rayon
bleu) et la répulsion de Pauli à courte portée (boule rouge). (b) Schéma d’une gout-
telette quantique diluée faites à partir d’un mélange de spin bosonique ultra-froid
(billes rouge et bleu). L’interaction de contact attractive inter-espèce (interaction
rouge-bleue) légèrement supérieure à la répulsion intra-espèce (interaction rouge-
rouge et bleue-bleue), est compensée par les fluctuations quantiques phononiques
du système.

2.2 Champ-moyen et blocage du ratio de la densité


On considère un mélange de condensat de Bose-Einstein à température nulle,
dans les états de spin |↑i et |↓i, avec des interactions intra-spin répulsives et inter-
spin attractives (a↑↑ > 0, a↓↓ > 0, a↑↓ < 0). On considère le cas d’un système
homogène de densité totale n = n↑ + n↓ , où n↑,↓ correspondent respectivement à la
densité pour l’état de spin |↑i et |↓i. La densité d’énergie de champ-moyen s’écrit :

E g↑↑ n2↑ g↓↓ n2↓


= + + g↑↓ n↑ n↓ (2.1)
V 2 2
√ √
En introduisant δg = g↑↓ + g↑↑ g↓↓ et g = g↑↑ g↓↓ , on peut réécrire (2.1) tel que :
√ √ √ √
E ( g↑↑ n↑ − g↓↓ n↓ )2 gδg( g↑↑ n↓ + g↓↓ n↑ )2
= + (2.2)
V 2 (g↑↑ + g↓↓ )2
Proche de la zone du collapse δg/g  1, le premier terme de (2.2) est dominant par
rapport au second. Le système va minimiser son énergie en minimisant ce terme.
Il va par conséquent bloquer le rapport des deux densités n↑ et n↓ de telle sorte à
valider :
r
n↑ g↓↓
= (2.3)
n↓ g↑↑
2.3 Mécanisme de stabilisation 39

On appelle cette caractéristique le blocage du ratio de la densité. Dans cette


situation et en supposant qu’aucun mode de spin n’est excité, la densité d’énergie
de champ-moyen se réécrit :
√ √
E gδg( g↑↑ n↓ + g↓↓ n↑ )2 E gδg
= 2
⇐⇒ = √ √ 2
n2 (2.4)
V (g↑↑ + g↓↓ ) V ( g↑↑ + g↓↓ )
Au niveau du champ-moyen, on remarque qu’on peut décrire le système à deux
composantes, comme un système à une composante, de densité n = n↑ + n↓ , et avec
√ √
une longueur de diffusion effective 2aδa/( a↑↑ + a↓↓ )2 .

2.3 Mécanisme de stabilisation


Le mécanisme de stabilisation et la formation de gouttelette quantique ont été
initialement proposés par D.S. Petrov en 2015 [42]. L’origine de la stabilisation est
la compétition entre l’énergie de champ-moyen attractive EMF /V ∝ n2 et l’énergie
de Lee-Huang-Yang répulsive ELHY /V ∝ n5/2 . L’équation d’état d’un mélange de
spin homogène s’écrit 1 :

E π~2 E π~2
= 2 5/2 5/2
δan + ξa n ⇐⇒ = δan + ξa5/2 n3/2 (2.5)
V m N m
2√ a2
où ξ = 256~
15m
π
f (1, a↑↓2 , 1), où la fonction f est définie dans le chapitre 1 par l’équation
1.40 et a = a↑↑ = a↓↓ . On voit que la présence du terme LHY répulsif avec une
dépendance en densité différente du terme de champ-moyen permet la stabilisation
du système lorsque δa < 0. La figure 2.2 représente un schéma du mécanisme de
stabilisation. Le terme attractif de champ moyen EMF /N ∝ n dominant à basse
densité et compensé par le terme au-delà du champ-moyen répulsif ELHY /N ∝ n3/2
et dominant à haute densité. Cette compétition entraîne un minimum d’énergie pour
la densité à l’équilibre neq tel que :
 2
2π~2 |δa|2
neq = (2.6)
3mξ a5

Discussion physique
Dans la zone du collapse, les modes de densité Ep
d deviennent imaginaires pour
les excitations de grandes longueurs d’ondes k ∼ m|δg|n. Cela entraîne donc
une instabilité qui se traduit par une augmentation de la densité. Cette dernière
va accroître l’énergie des modes de spin Es (k) et donc élever l’énergie de point-
zéro ∝ n5/2 . L’augmentation de l’énergie de Lee-Huang-Yang est plus rapide que
1. La phase relative des deux condensats n’a pas d’importance car ils ne sont couplés que par
leurs densités (Eq. (1.33) et Eq. (1.34))
40 Chapitre 2. Généralités sur les gouttelettes quantiques

E/N LHY ∝ n 3/2 Champ Moyen + LHY

a↑↑ > 0

a↓↓ > 0
neq
00 n a↑↓ < 0

Champ Moyen ∝n

0 0.5 1 1.5 2 2.5

Figure 2.2 – Énergie par particule en fonction de la densité. Schéma du méca-


nisme de stabilisation formant la gouttelette quantique à la densité d’équilibre neq .
L’interaction attractive de champ-moyen dominante à basse densité est compensée
par le terme Lee-Huang-Yang répulsif dominant à haute densité formant ainsi un
minimum d’énergie pour la densité neq .

le gain en énergie de champ-moyen ∝ n2 . Finalement, cela signifie que l’instabilité


aux grandes longueurs d’onde est bloquée par les fluctuations quantiques à courtes
longueurs d’ondes (contributions majeures à ELHY ) [42].

2.4 Propriétés de la gouttelette quantique


Dans cette partie, nous allons discuter des propriétés de la gouttelette dérivées
par D.S. Petrov [42].

2.4.1 Profil de densité


Nous avons vu que la gouttelette est un système auto-lié décrit par des interac-
tions en onde-s. Par conséquent, elle est également isotrope dans l’espace en absence
d’un piégeage supplémentaire. La figure 2.3 (a), représente la fonction d’onde de la
gouttelette en fonction de la composante radiale r̃. Les dépendances en fonction du
nombre d’atomes pour les différentes énergies sont les suivantes : ELHY /V ∝ N 5/2 ,
l’énergie de champ moyen EMF /V ∝ N 2 et l’énergie cinétique Ec /V ∝ N . Pour
un nombre d’atomes faible, en dessous de la densité neq , la forme de la gouttelette
est dominée par les effets de surface et la pression quantique. Lorsque le nombre
d’atomes est trop faible, la répulsion due à la pression quantique domine le système,
et une transition de phase liquide-gaz a lieu. Il existe par conséquent, un nombre
d’atome critique Nc en dessous de lequel le système n’est plus auto-lié. Lorsque
l’on augmente le nombre d’atomes, la densité centrale augmente jusqu’à atteindre
2.4 Propriétés de la gouttelette quantique 41

Figure 2.3 – Figure issue de [71]. (a) Fonction d’onde normalisée en fonction de
la composante radiale en absence de piégeage. (b) Spectre des excitations pour une
gouttelette quantique isotrope (en absence de piégeage) en fonction de (Ñ − Ñc )1/4 ,
où Ñ et Ñc sont respectivement le nombre d’atomes et le nombre d’atomes critique
renormalisés. Seuil d’émission de particule −µ̃ (courbe bleue). Le mode de respiration
ω̃0 (courbe rouge). Les autres modes d’excitations sont en tirets noirs. En pointillés
fins sont représentés les modes de surface (ripplons).

la densité d’équilibre neq . À ce stade, l’ajout supplémentaire d’atomes a pour consé-


quence l’augmentation de la taille tout en gardant la densité à neq . C’est le régime
saturé. Le profil de densité présente une densité interne homogène, c’est à dire
une densité constante en fonction de la position jusqu’aux bords de la fonction
d’onde. Au niveau des bords, la densité diminue rapidement vers zéro sur une dis-
tance caractéristique ξ, la longueur de cicatrisation, et l’énergie cinétique n’est plus
négligeable par rapport aux énergies d’interactions. Ce profil de densité rappelle ce-
lui d’une goutte de liquide classique. Le système acquiert des propriétés similaires
aux liquides classiques, comme une tension de surface, une faible compressibilité,
des modes d’excitations de surface, etc [42].

2.4.2 Spectre des excitations


La gouttelette quantique possède un spectre des excitations très particulier. La
figure 2.3 (b) représente le spectre des excitations (en absence de piégeage) en fonc-
tion du nombre d’atomes. Les différents modes ω̃l , où l est le moment angulaire,
ainsi que les modes de surface, appelés ripplons, y sont représentés. La courbe bleue
représente le seuil d’émission de particules −µ̃. Seuil qui sépare les modes discrets
du continuum d’énergie. Dans le cas d’énergies au-dessus du seuil, il est plus fa-
vorable d’expulser des atomes de la gouttelette que d’exciter un mode particulier.
42 Chapitre 2. Généralités sur les gouttelettes quantiques

Dans le régime saturé, les modes ω̃l et les modes de surfaces existent. Cependant
plus le nombre d’atomes diminue, plus les modes ω̃l croisent et dépassent le seuil
−µ̃ et donc disparaissent. Seul le mode de respiration ω̃0 (courbe rouge) existe à
plus faible nombre d’atomes. Ce mode correspond à l’oscillation de la taille de la
gouttelette en fonction du temps, il peut être associé à la compressibilité du système.
Plus ω̃0 est grand, moins le système est compressible. On remarque que ω̃0 diminue
quand le nombre d’atomes diminue. En effet, on a besoin d’apporter moins d’énergie
au système pour déformer la gouttelette. À l’opposé, au grand nombre d’atomes, les
effets cinétiques sont négligeables et les interactions dominantes, il est donc plus
difficile de changer la densité du système.

On constate qu’il existe une zone (zone grise sur la figure 2.3 (b)) où l’ensemble
des modes d’excitations sont inexistants. Plus précisément, chaque excitation est
couplée avec le continuum et la gouttelette va donc expulser des atomes afin de
dissiper l’énergie et atteindre un régime sans excitations. En d’autres termes, la
gouttelette va s’auto-évaporer. Ce mécanisme donne la possibilité de former des
systèmes macroscopiques à température nulle. En paraphrasant D.S. Petrov [42] :
à partir d’un mélange de condensats à une température finie, on obtient un sys-
tème à température nulle ; les excitations correspondantes au continuum d’énergie
s’évaporent lorsque le piège est éteint.

2.4.3 Dimensions hybrides


Afin de simuler les gouttelettes quantiques, nous utilisons l’équation de Gross-
Pitaevskii étendue (eGPE), c’est-à-dire, avec l’ajout d’un terme supplémentaire cor-
respondant à la contribution des fluctuations quantiques. En ajoutant ce terme, il est
nécessaire de prendre quelques précautions. En effet, l’équation de Gross-Pitaevskii
repose sur l’approximation de densité locale. Dans le cas d’un seul condensat, les
contributions majeures au terme de Lee-Huang-Yang proviennent d’excitations dont
la longueur d’onde est plus petite ou de l’ordre de la longueur de cicatrisation ξ.
Afin de pouvoir traiter le terme de Lee-Huang-Yang dans le cadre de l’approximation
de densité locale, il faudrait que la densité change sur des distances plus grandes
que ξ. Ce qui n’est pas toujours le cas pour un condensat à une seule composante,
comme au niveau des bords dans une boîte par exemple. Néanmoins, dans le cas
des gouttelettes quantiques, les changements de densités se font sur des distances
comparables à la longueur de cicatrisation des modes de densité ξd . De plus, dans
les mélanges, le terme de Lee-Huang-Yang provient des excitations de spin, dont la
longueur de cicatrisation est ξs . Dans le régime des gouttelettes quantiques, on a
ξd  ξs , cette séparation d’échelle permet de justifier l’approximation de densité
locale, et permet l’ajout du terme des fluctuations quantiques dans l’équation de
Gross-Pitaevskii [106].
2.5 État de l’art sur les gouttelettes quantiques 43

L’énergie caractéristique associée aux modes de densité est ed = mc2d et celle as-
sociée aux modes de spin est es = mc2s , dans le régime des gouttelettes quantiques,
elles vérifient es  ed . Cette séparation des échelles d’énergies pour le champ-moyen
et pour le terme de Lee-Huang-Yang, a pour conséquence de pouvoir travailler en di-
mensions hybrides. C’est-à-dire, qu’il est possible de geler les excitations de densités
dans certaines dimensions, mais de ne pas geler les excitations de spin. Par exemple,
il est possible de travailler avec un système unidimensionnel pour le champ moyen,
mais tridimensionnel pour le terme de Lee-Huang-Yang. Il est également possible
de geler les excitations de spin dans plusieurs dimensions, dans ce cas, le terme
LHY change. Les contributions des fluctuations quantiques en deux et trois dimen-
sions ont été calculées par G.E. Astrakharchik et D.S. Petrov [74]. Il est prédit qu’à
une dimension, la densité d’énergie LHY devient attractive avec une dépendance
en densité ∝ n3/2 . Dans ce cas, les gouttelettes quantiques existent lorsque δa > 0
[74]. Contrairement au cas tridimensionnel, à une dimension, le mode de respiration
des gouttelettes quantiques est toujours moins énergétique que le seuil d’émission
de particules [75]. Ainsi, le phénomène d’auto-évaporation est absent. Il est égale-
ment possible de travailler dans un régime où le terme LHY est dans le crossover
(transition molle) entre deux dimensions [76, 77]. Les gouttelettes quantiques dans
le crossover 1D-3D seront discutées dans le chapitre suivant.

2.5 État de l’art sur les gouttelettes quantiques


2.5.1 Gouttelette quantique dipolaire
La première observation de gouttelette quantique a été réalisée en 2015 dans
l’équipe de T. Pfau à Stuttgart. Le système était constitué d’atomes de dysprosium
164. Le 164 Dy est un atome avec un moment magnétique dipolaire important (µm =
9.93 µB , avec µB le magnéton de Bohr). Par conséquent, en plus des interactions de
contact, les atomes interagissent également via des interactions dipôle-dipôle de la
forme [78] :

µ0 µ2m 1 − 3 cos2 (θ)


Vdd (r − r0 ) = (2.7)
4π |r − r0 |3
Le système était préparé dans un régime où une instabilité mécanique a lieu et
où le collapse du système devrait se produire dans une vision de champ-moyen. Ils
ont plutôt observé la formation d’une structure organisée "cristalline" de manière
analogue à l’instabilité de Rosensweig dans les ferrofluides classiques [79]. Ils ont éga-
lement observé la formation de gouttelettes auto-liées dont la taille reste constante
en fonction du temps (figure 2.4 (a)). Cette stabilisation n’était pas prévue et son
origine était incomprise. Plusieurs mécanismes permettant la stabilisation ont été
proposés, comme une stabilisation due à des interactions répulsives à trois corps
[39], ou une répulsion provenant des fluctuations quantiques [42]. Rapidement, en
44 Chapitre 2. Généralités sur les gouttelettes quantiques

a)

b)

Figure 2.4 – Figure issue de [44]. (a) Images typiques d’un condensat (haut) et
d’une gouttelette quantique dipolaire (bas) en l’absence de piégeage en fonction du
temps. (b) Diagramme des phases entre gaz (zone blanche) et gouttelettes quantiques
(zone mauve) et nombres d’atomes critiques mesurés pour le 164 Dy [80] et 162 Dy [81].

mesurant la densité de ces gouttelettes, leurs temps de vie et en regardant la dépen-


dance de la densité en fonction des interactions, ils en conclurent que le collapse était
stabilisé par les fluctuations quantiques [43], de manière analogue à la proposition
théorique de D.S. Petrov pour un mélange de spin [42].

La formation de gouttelettes dipolaires se fait sans mélange. L’énergie de champ-


moyen est ici réduite par la compétition entre les interactions de contact et les in-
teractions dipôle-dipôle. L’anisotropie des interactions dipôle-dipôle conduit à l’ani-
sotropie de la gouttelette. Elle est allongée le long de l’axe de quantification donné
par le champ magnétique. Lorsque plusieurs gouttelettes quantiques sont formées à
partir du même système, elles se séparent spatialement dues à la présence de répul-
sions à longues distances provenant des interactions dipôle-dipôle.

La figure 2.4 (b) présente le diagramme des phases gouttelette-gaz pour le 162 Dy
et le 164 Dy. Ce dernier est obtenu par la résolution de l’équation de Gross-Pitaevskii
en ajoutant le terme provenant des fluctuations quantiques. Le nombre d’atomes cri-
2.5 État de l’art sur les gouttelettes quantiques 45

tique est obtenu en sondant la transition de phase liquide-gaz. Une gouttelette est
préparée avec un nombre d’atomes élevé (point gris sur la figure), le piège est éteint
est le système évolue dans l’espace libre. Les pertes à trois corps, qui sont très im-
portantes dues à la densité élevée des gouttelettes, diminue le nombre d’atomes dans
le système jusqu’à atteindre le nombre d’atomes critique Nc (flèche noire). Lorsque
le nombre d’atomes N < Nc , le système n’est plus auto-lié et il s’étend comme un
gaz. Cette expansion conduit à une diminution de la densité, entraînant la suppres-
sion des pertes d’atomes, et le nuage est imagé afin d’extraire le nombre d’atomes.
On remarque que la description, par l’équation de Gross-Pitaevskii étendue, donne
la bonne tendance. Cependant, des différences entre théories et expériences restent
visibles et sont discutées dans la référence [44], et aussi succinctement à la fin ce
chapitre.

Le spectre d’excitations des gouttelettes quantiques dipolaires ne présente pas la


zone d’auto-évaporation, caractéristique des gouttelettes non-dipolaire vue pré-
cédemment. Le mode axial d’excitation, le mode d’énergie le plus bas d’excitation
au-dessus du mode dipolaire, a été sondé dans l’équipe de F. Ferlaino à Innsbruck
[82]. Cette expérience a permis de montrer le rôle important du terme des fluctua-
tions quantiques dans les propriétés de la gouttelette quantique. Le mode ciseau a
également été étudié avec des gouttelettes de 164 Dy [83].

2.5.2 Gouttelette quantique non-dipolaire


Comme nous l’avons vu, afin d’observer des gouttelettes quantiques, nous devons
trouver un mélange homonucléaire ou hétéronucléaire dont les interactions inter-
espèces sont attractives, les interactions intra-espèces sont répulsives et où δa < 0.
Les systèmes hétéronucléaires connus vérifiant ces conditions sont : 41 K-87 Rb [84],
39
K-23 Na [85]. Pour les mélanges homonucléaires : le 39 K [45, 46] et le 41 K [86]. Les
premières gouttelettes ont été obtenues avec un mélange de spin de 39 K à la fois
dans l’équipe de L. Tarruell à Barcelone [45] et dans celle de M. Fattori à Florence
[46]. Les deux équipes travaillent avec le mélange de spin |F = 1, mF = −1i et
|F = 1, mF = 0i. Les résonances de Feshbach pour le 39 K permettent un bon
contrôle sur les longueurs de diffusions, et donnent donc la possibilité de pouvoir
contrôler δa sur un grand intervalle (figure 2.5). Nos expériences utilisent également
ces deux états quantiques.

L’expérience de Barcelone
L’expérience consiste à travailler avec un condensat dans |1, −1i confiné ver-
ticalement dans un plan provenant d’un réseau optique vertical. Le mélange est
formé par un pulse radiofréquence (RF) à un champ magnétique tel que δa > 0
(B ≈ 57.3 G). Une fois le mélange obtenu, le champ magnétique est diminué jusqu’à
atteindre la valeur finale de δa < 0. Le piège horizontal est coupé afin de laisser le
46 Chapitre 2. Généralités sur les gouttelettes quantiques

système libre dans le plan. L’expérience se passe dans une configuration quasi-2D,
la longueur de cicatrisation de densité ξd est plus petite que la longueur de l’oscilla-
teur harmonique verticale aoh , par conséquent le système est dans une configuration
2D pour les modes de densité. Toutefois, la longueur de cicatrisation de spin ξs est
inférieure d’un facteur ∼ 1/3 à aoh . Le terme de Lee-Huang-Yang est relativement
proche du régime bidimensionnel et des corrections sont nécessaires pour décrire
proprement les fluctuations quantiques. Des images typiques de l’expérience avec
un gaz et une gouttelette quantique sont présentées en figure 2.6. On remarque que
contrairement à un gaz, la gouttelette garde une taille constante au cours du temps,
une caractéristique typique des systèmes auto-liés.

L’expérience de Florence
Dans cette expérience, le condensat est dans l’état |1, −1i à un champ magné-
tique tel que δa < 0. Un pulse radiofréquence permet de former le mélange souhaité.
Le système est ensuite soumis à une lévitation optique, permettant de se rapprocher
des conditions de gouttelette auto-lié en absence de piégeage dans une configuration
tridimensionnelle pour les deux modes d’excitations. Contrairement à l’expérience
de Barcelone, la préparation de la gouttelette est très rapide et correspond à un
quench (changement non adiabatique) des interactions. En préparant le système
initial dans une configuration proche de la configuration finale à l’équilibre, ils ar-
rivent à obtenir des gouttelettes avec relativement de faibles excitations.

De manière analogue au cas des gouttelettes dipolaires, les deux équipes ont pu
mesurer le nombre d’atomes critique Nc en fonction de δa (figure 2.6). Les diffé-
rences entre les deux expériences proviennent principalement des deux méthodes de
préparation de la gouttelette, l’une relativement adiabatique, l’autre via un quench
des interactions. De plus, dans l’expérience de Barcelone, le système est confiné ver-
ticalement, ce qui change les propriétés de la gouttelette, comme par exemple sa
densité de saturation. Les différences entre théorie et expérience sont discutées en
détails dans [72]. Il a notamment été montré que la portée effective du potentiel
devait être prise en compte pour une description précise des gouttelettes quantiques
[87, 88].

Limitations expérimentales
Une des limitations des gouttelettes dans le régime tridimensionnel en l’ab-
sence de piégeage est leurs tailles en dessous de la limite de résolution de l’ima-
gerie (. 1 µm). De plus, à cause de la haute densité des gouttelettes (∼ 1021 m−3 ),
chaque expérience avait comme limitation principale les pertes d’atomes élevées pro-
venant des recombinaisons à trois corps. L’étude théorique de Florence [89] permet
de comprendre la dynamique de formation de la gouttelette. Tout d’abord, les pertes
d’atomes sont très importantes et le temps de vie de la gouttelette est très bas, de
2.5 État de l’art sur les gouttelettes quantiques 47

𝛿𝑎 < 0 𝛿𝑎 > 0

𝑎↓↓

𝛿𝑎(𝑎! )
𝑎(𝑎! )
𝑎↑↑

𝑎↑↓

Figure 2.5 – Longueurs de diffusions (a↑↑ , a↓↓ a↑↓ ) intra et inter espèces dans le cas
d’un mélange de spin |1, −1i et |1, 0i pour le 39 K, ainsi que la longueur de diffusion
effective δa.

l’ordre de quelques dizaines de ms. Ces pertes empêchent donc de sonder le spectre
des excitations, et aussi d’observer une gouttelette à l’équilibre et ses propriétés
intrinsèques comme la densité interne constante. De plus, le taux de recombinai-
sons à trois corps pour les deux états n’est pas le même (pertes asymétriques) [89] :
K111 /3! ≈ 9×10−40 m6 /s et K222 /3! ≈ 1×10−41 m6 /s, où |1i = |1, 0i et |2i = |1, −1i.
Cette asymétrie des pertes conduit le système à ne plus vérifier la condition de blo-
cage du ratio de la densité (2.3), et donc introduit des effets de champ-moyen supplé-
mentaires. Finalement, la dynamique des gouttelettes est ici dominée par les pertes
à trois corps et par l’expulsion du surplus d’atomes dans l’état excédentaire. Quant
au phénomène d’auto-évaporation, il joue ici un rôle marginal. Ces expériences ont
permis la première observation de gouttelettes quantiques non-dipolaire, mais dans
un régime hors-équilibre. La gouttelette doit s’adapter à un nouvel état d’équilibre
continûment avant d’atteindre le nombre d’atomes critique et de redevenir un gaz.
Les mélanges hétéronucléaires promettent d’être de bons candidats pour l’étude des
propriétés des gouttelettes proche de l’équilibre grâce à leurs temps de vie élevés
[84, 85].

Afin de se débarrasser de ces inconvénients, il est possible de travailler avec des


systèmes en dimensions hybrides, qui sont le sujet du prochain chapitre. De plus,
nous verrons dans le dernier chapitre que l’addition d’un couplage cohérent entre
les deux états de spin symétrise les pertes, permettant l’absence d’effets de champ-
48 Chapitre 2. Généralités sur les gouttelettes quantiques

a)

b)

Figure 2.6 – Figure issue de [44]. (a) Images typique d’un condensat (haut) et
d’une gouttelette quantique (bas) en l’absence de piégeage en fonction du temps.
(b) Nombre d’atomes critique en fonction de la longueur de diffusion effective δa.
Les données en rouge (resp. bleue) proviennent de [45] (resp. [46]).
2.5 État de l’art sur les gouttelettes quantiques 49

moyen supplémentaires non souhaités.

À la suite de ces premières expériences sur les gouttelettes quantiques, l’équipe de


Florence a étudié les propriétés de collisions entre deux gouttelettes quantiques [90].
Ils ont observé deux régimes de collisions dépendant de la vitesse relative de collision
et du nombre d’atomes dans la gouttelette. Un premier régime où les gouttelettes
se réunissent afin de n’en former qu’une et le second régime où les gouttelettes se
séparent après la collision. Ils ont mis en évidence des effets de surface, ainsi qu’un
crossover entre un régime compressible et incompressible. L’équipe de Barcelone a
étudié le crossover entre gouttelettes quantiques et solitons pour un mélange dans
une configuration géométrique unidimensionnelle [91]. Dans le cas des gaz dipolaires,
la formation d’une assemblée de plusieurs gouttelettes a permis la formation de su-
persolide [92, 93].

Théoriquement, divers travaux ont essayé de proposer des explications aux dif-
férences entre les résultats théoriques et expérimentaux sur le nombre d’atomes
critique Nc . Par exemple, des études basées sur des méthodes Monte-Carlo quan-
tiques et variationnelles ont montré le rôle et l’importance de la portée du potentiel
d’interaction dans la description des gouttelettes quantiques à mesure que les inter-
actions inter-espèces attractives augmentent [87, 88, 94, 95]. Plusieurs études ont
également proposé des descriptions auto-consistantes des gouttelettes afin de régler
le problème de la vitesse du son imaginaire pour le mode de densité [96, 97].
Chapitre 3

Crossover tridimensionnel à
unidimensionnel du terme au-delà du
champ-moyen dans les gouttelettes
quantiques

3.1 Introduction
Comme nous l’avons décrit dans le chapitre précédent, les gouttelettes quan-
tiques ont des propriétés extrêmement intéressantes, comme la densité de saturation
conduisant au profil de densité interne homogène, ou son spectre d’excitations avec
le phénomène d’auto-évaporation. Cependant, expérimentalement, les systèmes ne
sont pas idéaux et ont plusieurs inconvénients pour l’observation de ces caracté-
ristiques, comme par exemple les pertes à trois corps dominant la dynamique du
système, et leurs tailles inférieures au µm rendant leurs observations difficiles. La
proposition théorique de gouttelettes quantiques dans une configuration géométrique
unidimensionnelle est à première vue attirante. Puisque le terme correspondant aux
fluctuations quantiques provient de la sommation de l’énergie de point-zéro des
modes d’excitations, son expression dépend donc de la dimension du système. Ainsi,
le terme de Lee-Huang-Yang unidimensionnel est attractif et a une dépendance en
n3/2 , permettant potentiellement de former des liquides quantiques pour δg > 0.
La densité de saturation est plus basse (∼ 1019 m−3 ), conduisant par conséquent
à un taux de perte excessivement plus faible. De plus, la taille est plus grande
que dans le cas tridimensionnel, donnant la possibilité d’observer correctement le
profil de densité. Toutefois, cette configuration s’accompagne d’une énergie caracté-
ristique extrêmement faible (inférieure au Hz), entraînant des difficultés expérimen-
tales considérables. Un régime proposant potentiellement les avantages à la fois de
la configuration tridimensionnelle et unidimensionnelle, est le crossover 1D-3D du
terme de Lee-Huang-Yang [77].
Chapitre 3. Crossover tridimensionnel à unidimensionnel du terme
52 au-delà du champ-moyen dans les gouttelettes quantiques

Ce chapitre est la présentation d’une étude théorique que nous avons réalisée [98],
afin de comprendre un peu mieux les contraintes et les ordres de grandeurs expéri-
mentaux dans le cas de gouttelettes quantiques, lorsque le terme de Lee-Huang-Yang
est dans le crossover 1D-3D, et le champ-moyen dans une configuration unidimen-
sionnelle. Ce travail se base sur l’expression du terme au-delà du champ-moyen dans
le crossover 1D-3D provenant de [76]. J’ai décidé de ne pas réécrire l’article, étant
déjà relativement long et complet, mais de l’insérer directement dans ce chapitre.
Je vais toutefois décrire les grandes parties et les résultats principaux, et je vais
finalement expliquer la méthode numérique qui n’est pas développée dans l’article.

3.2 Résumé de l’article


Dans cet article, nous avons choisi de considérer le cas expérimental, d’une gout-
telette quantique dans un piège en forme de cigare avec un confinement radial har-
monique. Nous étudions les gouttelettes quantiques dans un régime où les modes
de densité sont dans une configuration unidimensionnelle, et le mode de spin dans
le crossover 1D-3D. Il existe, en effet, un crossover mou, dans lequel les modes de
spin et par conséquent le terme LHY sont progressivement modifiés à mesure que
le confinement radial de pulsation ω⊥ augmente. Dans l’intégralité du crossover,
nous étudions les paramètres expérimentaux importants comme la densité, la taille,
l’énergie de liaison ou encore le taux de pertes par recombinaisons à trois corps en
fonction de paramètres adimensionnés. Tout au long de l’article, nous considérons
un mélange de spin de même masse m et dans le cas d’interactions symétriques
(a↑↑ = a↓↓ = a), de densité totale n = n↑ + n↓ , où n↑ et n↓ sont respectivement les
densités de l’état de spin |↑i et |↓i.

3.2.1 Gouttelette quantique dans le cas homogène


Dans cette première partie, nous introduisons l’expression du terme au-delà du
champ-moyen (BMF)p dans le crossover en fonction des paramètres κ = na et λ =
a/aoh , où aoh = ~/mω⊥ . Pour κ  1, le terme de Lee-Huang-Yang est dans le
régime tridimensionnel et la densité d’énergie EBMF
3D
s’écrit [76] :
3D
EBMF λ 512 5/2
= κ (3.1)
~ω⊥ a 75π
Dans l’article [76], les auteurs ont calculé l’expression du terme au-delà du champ-
moyen pour un condensat à une seule composante dans le crossover 1D-3D. Néan-
moins, le résultat peut s’appliquer pour le cas d’un mélange avec le mode de spin.
L’expression de la densité d’énergie des fluctuations quantiques dans le crossover
1D-3D (κ . 1) se formule :
3.2 Résumé de l’article 53

c
EBMF λ
= f (κ) (3.2)
~ω⊥ a
avec
h
√ √
C1D 4 2 3/2 4 2 ln 4/3 5/2
2
f (κ) = √ κ − κ + h
κ + B1D κ3 (3.3)
2 3π π
Le premier terme de f (κ) est une correction au champ moyen issue d’une réso-
nance induite par le confinement (C1Dh
≈ 1.4603) [99]. Le deuxième terme est la
contribution de Lee-Huang-Yang dans le cas d’un système purement unidimension-
nel dominant à κ  1. Les deux derniers termes correspondent à des corrections
pour les grandes valeurs de κ. Le troisième terme à la même dépendance (∝ κ5/2 )
que le terme LHY tridimensionnel. Lorsque κ ∼ 1, le terme LHY ne peut plus
s’écrire simplement, mais on peut interpoler les deux expressions avec une relative-
ment bonne précision.

À partir de l’expression du terme LHY et dans l’intégralité du crossover, nous


avons étudié la densité d’équilibre et l’énergie de liaison de la gouttelette quantique

en fonction de δa = a↑↓ + a↑↑ a↓↓ , qui est le paramètre caractérisant les interac-
tions de champ-moyen (voir Fig. 1 et Fig. 2 de l’article) [42, 45]. Nous avons trouvé
une solution stable à la fois pour des interactions de champ moyen attractives et
répulsives, et également pour δa = 0 1 . Plus δa augmente de négatif à positif, moins
la densité d’équilibre est élevée et plus le système devient purement unidimension-
nel, cela s’accompagne d’une diminution de l’énergie caractéristique. En analysant
le rapport de l’énergie de liaison sur l’énergie associée au taux de pertes à trois corps
(Fig. 3), nous avons mis en évidence que dans le régime purement tridimensionnel,
la formation de gouttelette quantique stable vis à vis des pertes est délicate. Néan-
moins, nous avons déterminé que le crossover est un bon régime pour obtenir une
gouttelette quantique non dominée par les pertes. En effet, même si l’énergie de
la gouttelette est réduite, les pertes diminuent encore plus rapidement et donnent
accès à un régime où les expériences peuvent être réalisées sur des échelles d’énergies
certes faibles, mais envisageables.

3.2.2 Gouttelette quantique de taille finie


Dans cette partie, nous nous intéressons au cas d’un système fini dans le crossover
1D-3D, c’est-à-dire dans le cas de gouttelettes quantiques avec un nombre d’atomes
fini et une taille finie. Pour cela, nous dérivons l’équation de Gross-Pitaevskii effec-
tive avec un terme supplémentaire correspondant au terme de LHY dans le crossover.

1. Dans ce cas, les interactions de champ-moyen sont nulles, le système est uniquement stabilisé
par les différents termes de l’énergie des fluctuations quantiques dans le crossover 1D-3D.
Chapitre 3. Crossover tridimensionnel à unidimensionnel du terme
54 au-delà du champ-moyen dans les gouttelettes quantiques
Sans piège longitudinal
Nous avons tout d’abord regardé les profils de densités typiques à faible et grand
nombre d’atomes pour δa0 < 0, δa0 = 0 et δa0 > 0 (voir Fig. 4), donnant ainsi une
vue d’ensemble des solutions dans tout le crossover. Nous voyons que pour chaque
valeur de δa0 , la densité maximale augmente avec le nombre d’atomes jusqu’au mo-
ment de la saturation (Fig. 5 (a)). À ce stade, le profil de densité possède une densité
interne constante caractéristique des gouttelettes quantiques. La taille des goutte-
lettes diminue en fonction du nombre d’atomes avant la saturation (Fig. 5 (b)), afin
d’augmenter la densité centrale jusqu’à la densité d’équilibre. Une fois la densité
d’équilibre atteinte, la taille augmente avec le nombre d’atomes tout en gardant une
densité interne constante. Nous avons vu que plus le système est unidimensionnel,
c’est-à-dire plus δa0 est positif, moins il faut d’atomes pour saturer la gouttelette,
donc plus favorable expérimentalement. Nous avons pu distinguer plusieurs régimes.
À faible nombre d’atomes, la densité et la taille de la gouttelette ne dépendent pas de
δa0 . Le système est ici dominé par le terme LHY 1D et l’énergie cinétique, l’énergie
de champ-moyen est négligeable. Dans le cas δa0 < 0, nous avons également identifié
des solutions correspondant à des solitons brillants lorsque le nombre d’atomes est
intermédiaire, le système est dominé par l’énergie cinétique et le champ-moyen. À
grand nombre d’atomes, le système devient saturé et l’énergie de Lee-Huang-Yang
et de champ-moyen dominent.

Cas piégé longitudinalement


Nous avons considéré le cas expérimental d’un piège longitudinal harmonique, de
pulsation ωk = 0.01 Hz, et regardé son effet sur les gouttelettes quantiques (Fig. 6).
À faible nombre d’atomes, le profil de densité correspond à l’état fondamental du
piège harmonique, en effet, les interactions sont dans ce cas négligeables. Pour un
nombre d’atomes intermédiaire, le piège n’a pas d’effets sur la fonction d’onde (Fig.
7 (a)), il correspond au cas où l’énergie potentielle associée au piège est négligeable
par rapport aux autres énergies du système. Pour un grand nombre d’atomes, le
piège empêche le système d’augmenter sa taille avec le nombre d’atomes à densité
constante. Dans ce régime le profil de densité ressemble à un profil de Thomas-Fermi
où l’énergie cinétique est négligeable (Fig. 7 (b,c)).

Mode de respiration
Dans cette dernière partie, nous avons étudié le mode de respiration pour les
gouttelettes dans le crossover (Fig. 8). Ce mode donne une échelle de temps caracté-
ristique à laquelle la gouttelette quantique peut être préparée de manière adiabatique
en faisant varier un paramètre expérimental. Nous avons constaté que la fréquence
du mode de respiration augmente avec le nombre d’atomes jusqu’à atteindre un
maximum correspondant au moment où la gouttelette devient saturée. La fréquence
3.3 Résultats : voir publication 55

diminue ensuite lorsque la taille de la gouttelette augmente. Plus δa0 est négatif,
plus le maximum du mode de respiration est énergétique.

3.3 Résultats : voir publication


PHYSICAL REVIEW A 103, 033312 (2021)

Beyond-mean-field crossover from one dimension to three dimensions


in quantum droplets of binary mixtures
*
L. Lavoine and T. Bourdel
Laboratoire Charles Fabry, UMR 8501, Institut d’Optique, CNRS, Université Paris-Saclay,
Avenue Augustin Fresnel, 91127 Palaiseau CEDEX, France

(Received 24 November 2020; revised 29 January 2021; accepted 26 February 2021; published 15 March 2021)

The existence of quantum droplets in binary Bose-Einstein condensate mixtures relies on beyond-mean-field
effects, competing with mean-field effects. Interestingly, the beyond-mean-field effects change from repulsive in
three dimensions (3D) to attractive in 1D leading to drastically different behaviors. We quantitatively model
quantum droplets in the beyond-mean-field crossover from 1D to 3D in the relevant case of an elongated
harmonic trap and give realistic numbers for experimental realizations. We identify and quantify two main
limiting factors: three-body losses and tiny energy scales. The crossover region is appealing as it offers a trade-off
between these two main limitations opening the possibility of observing stable flat-top density profiles, a yet
unobserved, characteristic feature of quantum droplets. It would permit testing of beyond-mean-field theories to
an unprecedented precision.

DOI: 10.1103/PhysRevA.103.033312

I. INTRODUCTION Interestingly, the beyond-mean-field energy, which origi-


nates from the summation of the zero-point energies of the
Ultracold quantum gases are uniquely well controlled
Bogoliubov modes in the Lee-Huang-Yang description [17],
many-body systems [1]. Their diluteness permits accurate ab
strongly depends on the dimension of the systems with impor-
initio theoretical treatment using zero-range interaction. They
tant consequences [18]. For example, the three-dimensional
are thus good candidates for tests of many-body theories.
(3D) beyond-mean-field energy density is positive and scales
As an example, the energy of a zero-temperature Bose gas
as n5/2 , whereas the 1D beyond-mean-field energy density
can be calculated within the Bogoliubov theory beyond the
is negative and scales as n3/2 . In the 1D case, a dominant
usual mean-field approximation [2,3]. Experimentally, there
beyond-mean-field energy is obtained at low density in con-
has been a quest for the measurement of these beyond-mean-
trast to the 3D case. Quantum droplets thus exist in both
field corrections mostly by increasing na3 , where n is the
cases in, however, quite different conditions, requiring, in
density and a is the scattering length [4–7].
particular, an opposite sign of the mean-field interaction [19].
Recently, it was discovered that quantum mixtures of
The beyond-mean-field energy density in the 1D-3D crossover
two Bose-Einstein condensates with repulsive intraspecies
was calculated predicting the existence of quantum droplets
interaction and attractive interspecies interactions permit a
for any value and sign of the mean-field interaction term in
cancellation of the global mean-field interaction without a
elongated geometries [20,21].
reduction in the magnitude of the beyond-mean-field effects
Experimentally, droplets in Bose-Bose mixtures have been
[8]. They can then play a dominant role in the dynamics of the
observed not only in free space [10] but also in cigar and
system and compete with the reduced mean-field energy. In
pancake traps corresponding to quasi-1D [11] and quasi-2D
this context, quantum droplets, i.e., self-bound Bose-Einstein
situations [9], where the motion of particles is frozen in one
condensates, due to beyond-mean-field effects have been pre-
or two directions. Nevertheless, the beyond-mean-field effects
dicted [8] and experimentally observed [9–12]. The name
were still in a 3D regime. This possibility of hybrid dimen-
“droplet” is given in analogy to liquid droplets, which have
sion comes from the different energy scales associated with
similar properties such as a constant density profile although
the two excitation branches, which are relevant in droplets
their stabilization mechanism is different. Quantum droplets
of binary mixtures, i.e., the low energy density branch (the
were also observed in dipolar condensates where the magnetic
two condensates oscillate in phase) and the high energy spin
interaction competes with the usual contact interaction [13]
branch (the two condensates oscillate out of phase). The latter
(see Refs. [14,15] and references therein for recent reviews on
is responsible for the main beyond-mean-field effects [21].
quantum droplets). Experimentally, the droplets are observed
In this paper, we study the 1D-3D crossover for quasi-1D
at high densities (typically ∼1021 m−3 ). Three-body losses
quantum droplets in the experimentally relevant case of a
thus play an important role in the droplet dynamics [16] and
cigar-shaped harmonic trap. Our work crucially uses a calcu-
have hindered the observation of the predicted characteristic
lation of the beyond-mean-field energy density, in which the
flat-top density profile of a stable droplet.
radial wave function is fixed to the radial harmonic oscillator
one [20]. There is a smooth 1D-3D crossover where the spin
mode excitations and thus also the Lee-Huang-Yang energy
*
[Link]@[Link] density are progressively modified by the radial trapping. In

2469-9926/2021/103(3)/033312(7) 033312-1 ©2021 American Physical Society


L. LAVOINE AND T. BOURDEL PHYSICAL REVIEW A 103, 033312 (2021)

the whole crossover, we study important experimental pa-


rameters such as the droplet density, size, binding energy,
or three-body loss rate as a function of the relevant dimen-
sionless parameters. The paper first describes bulk droplet
properties and second introduces finite-size effects within an
extended Gross-Pitaevskii equation formalism. We study the
ground-state droplets with and without longitudinal trapping
and find the conditions in which a flat-top density profile is
expected. We also study the breathing mode frequency which
gives the relevant time scale for an adiabatic preparation of
quantum droplets. We find that the crossover regime offers an
experimentally favorable trade-off between high three-body
losses close to the 3D regime and tiny energy scales in the 1D
regime.
FIG. 1. Dimensionless density κ in a bulk quantum droplet as
II. QUANTUM DROPLETS IN THE BULK a function of the mean-field parameter δa . The black (red) curve
corresponds to the 1D-3D-crossover (3D) beyond-mean-field model.
We consider a mixture of two atomic Bose-Einstein con- The curves are dashed in the regions where the theory is expected not
densates in states |1 and |2 (of equal mass m for simplicity) to be valid.
and radially harmonically trapped with a frequency ω⊥ /2π .
We assume that we are in the quasi-1D regime such that the
radial condensate wave functions are√Gaussian characterized along the radial Gaussian density profile and integrate the
by the harmonic oscillator size aoh = h̄/mω⊥ , where h̄ is the usual 3D beyond-mean-field expression [20]:
reduced Planck constant. The three relevant scattering lengths 3D
EBMF λ 512 5/2
are a11 > 0, a22 > 0, a12 < 0 associated with the 1D coupling = κ . (5)
h̄ω⊥ a 75π
constants gi j = 2h̄ω⊥ ai j . We first consider the homogenous
case with the two 1D densities n1 , n2 and the total density In the opposite limit κ  1, the summation over the radial
n = n1 + n2 . oscillation modes has been performed in order to calcu-
The mean-field energy density can be written as late the beyond-mean-field energy density of a quasi-1D
Bose-Einstein condensate in the 1D-3D crossover [20]. Inter-
EMF = g11 n12 /2 + g22 n22 /2 + g12 n1 n2 , estingly, the result can also be used for the spin modes in a
√ √ Bose-Bose mixture, giving the following beyond-mean-field
( g11 n1 − g22 n2 )2
EMF = contribution:
2
√ √ c
EBMF λ
gδg( g11 n2 + g22 n1 )2 = f (κ ), (6)
+ h̄ω⊥ a
(g11 + g22 )2
√ √ with
with δg = g12 + g11 g22 and g = g11 g22 . (1) √ √  
h
C1D 4 2 3/2 4 2 ln 43 5/2
In the vicinity of the mean-field collapse δg/g  1, the first f (κ ) = √ κ −
2
κ + κ + B1D
h
κ 3.
2 3π π
term is much larger than the second one. The system thus
minimizes its mean-field energy by locking the two densities (7)
√ √
such that g11 n1 = g22 n2 . In this situation, the mean-field The first term in f (κ ) is a mean-field correction due to the
energy density reduces to confinement-induced resonance (C1D h
≈ 1.4603). The second
EMF 2aδa term is the beyond-mean-field contribution of a purely one-
= √ √ n2 (2) dimensional system [18], which dominates at small κ. The
h̄ω⊥ ( a11 + a22 )2
third and fourth terms are corrections for higher values of κ
with h
(B1D ≈ 1.13 [22]). For κ ∼ 1, the beyond-mean-field energy
√ √ density cannot be written in a simple form, but one can inter-
δa = a12 + a11 a22 and a = a11 a22 . (3) polate between the two previous expressions with a relatively
This equation can be written in a more convenient form, good accuracy.
In the two cases, one can simply minimize the energy per
EMF particle E = (EMF + EBMF )/n as a function of κ in order to
= δa λκ 2 /2a, (4)
h̄ω⊥ find the equilibrium density in the bulk, i.e., neglecting the
kinetic energy. We plot the resulting value of κ as a func-
with κ = na, λ = a/aoh , and δa = λ(a1/24δa 1/2 2 being a dimen- tion of the mean-field parameter δa (see Fig. 1). Note that
11 +a22 )
sionless parameter characterizing the mean-field interaction. in the 3D beyond-mean-field case, the minimization leads
The beyond-mean-field energy density has been calculated to a nonzero density only for attractive mean-field interac-
in two limits depending on the value of κ. For κ  1 corre- tion which compensates a repulsive beyond-mean-field term
sponding to large densities such that the spin healing length is (red curve). In contrast, the crossover expression leads to
smaller than aoh , one can make a local density approximation the existence of a finite density droplet for any value of the

033312-2
BEYOND-MEAN-FIELD CROSSOVER FROM ONE … PHYSICAL REVIEW A 103, 033312 (2021)

FIG. 2. Energy per particle in the bulk. The black (red) curve FIG. 3. Ratio of the binding energy per particle to the three-body
corresponds to the energy minimization using the 1D-3D-crossover loss rate in the beyond-mean-field 1D-3D crossover. Larger ratios are
(3D) formula. The curves are dashed in the regions where the corre- favorable to minimize the relative effect of losses.
sponding theory is expected not to be valid.

be varied around zero by slight adjustment of the magnetic


mean-field parameter (black curve). For a large and nega-
field. As an example, we take ω⊥ /2π = 500 Hz, and the en-
tive mean-field parameter δa , we find κ  1, and the 3D
ergy scale λh̄ω⊥ ≈ (2π h̄) × 2 Hz is relatively low. For δa =
expression is the valid one. For δa  −3, the crossover ex-
−5 a0 , a value close to the experimental ones [9–11], δa =
pression finds κ  1, and it is thus valid. By interpolating
−20, and the binding energy per particle ∼(2π h̄) × 60 Hz is
the two results from their validity region, we find droplets for
such that droplet physics can be observed on a time scale of
any value of the mean-field interaction and an approximated
tens of milliseconds [11]. With an effective three-body loss
value of κ in the whole crossover. The equilibrium density is
rate coefficient K3 = 1.4 × 10−40 m6 /s that can be assumed
drastically reduced when increasing the mean-field interaction
to be constant in the relevant region of the magnetic field
parameter.
[11,23], the loss rate is ∼80 s−1 , and losses play a significant
We also plot the energy per particle in Fig. 2. It is nega-
role in the droplet dynamics.
tive as a droplet is a self-bound object. One can interpolate
When one goes toward the 1D regime, the energy scale
between the two solid curves in order to find its behavior
decreases rapidly. Nevertheless, the loss rate decreases even
for any parameter δa . The binding energy of the droplet
more rapidly, and the crossover regime is an adequate region
significantly decreases as one goes toward the 1D regime. The
3/2 to look for more stable droplets. For example, at δa = 0,
relevant scaling for the binding energy λh̄ω⊥ ∝ ω⊥ shows
where the droplet is solely stabilized by the peculiar density
the influence of the radial confinement.
dependence of the beyond-mean-field energy as a function
In this context, we can thus wonder whether the increased
of density [20], the droplet density is reduced by a factor of
lifetime of the droplet due to reduced densities and three-body
∼100, and three-body losses are then negligible. The energy
loss rates is sufficient to counterbalance its reduced energy
per particle is then of the order of ∼(2π h̄) × 0.2 Hz. Note that
scale and thus increased time scale. The three-body loss rate
such a low energy scale implies long experimental times as
is characterized by a three-body loss coefficient K3 . By inte-
well as a control of the trap parameters such as its longitudinal
gration over the Gaussian radial profile, we find the loss rate
1 ∂N
flatness to an extreme precision.
= − = −K3 3π 2κa4 a2 . We then plot the dimensionless
2

N ∂t oh
ratio of the droplet binding energy to the three-body loss rate,
which is a measure of the relative importance of losses as III. QUANTUM DROPLETS IN A FINITE SYSTEM
compared with the droplet intrinsic time scale (see Fig. 3).
Small values imply that losses play an important role in the Whereas the above discussion focused on the properties of
droplet dynamics [16]. We find that it is indeed favorable to droplets in the bulk, we now turn to the question of finite atom
move toward δa > 0 in order to minimize the relative effect numbers and finite sizes in quasi-1D droplets in the beyond-
of losses. Note that the ratio is plotted in units of the dimen- mean-field crossover from 1D to 3D. One of our goals is to
sionless quantity h̄a3 aoh /(mK3 ), which reveals the importance identify realistic parameters where a stable flat-top droplet
of the different parameters. In particular, we find that reducing density profile could be observed.
the confinement ω⊥ is favorable to reduce the relative role
of losses in the droplet dynamics despite the reduction in the
droplet binding energy. A. Extended Gross-Pitaevskii equation
We now discuss experimentally realistic numbers. We con- In the same spirit as before, we suppose that the spin
sider droplets made of potassium-39 in the second and third modes are unpopulated such that the ratio of densities be-
spin states around 56.8 G as used in previous experiments. In tween the two spin states is fixed. Within this assumption
this case, a11 ≈ 33 a0 , a22 ≈ 84 a0 , and a12 ≈ 53 a0 , where a0 the system can be described by a single wave-function
is the Bohr radius. The mean-field parameters δa and δa can ψ (x, t ) solution of the following extended Gross-Pitaevskii

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L. LAVOINE AND T. BOURDEL PHYSICAL REVIEW A 103, 033312 (2021)

equation:
(a)
∂ψ h̄2 ∂ 2 ψ
i h̄ =− + h̄ω⊥ [δa λ|ψ 2 |
∂t 2m ∂x 2
1
+ λg(κ )]ψ + mω2 x 2 ψ, t (8)
2

where g(κ ) = ∂ ∂κ
f (κ )
is the beyond-mean-field interaction po-
tential.
This equation can be written in dimensionless units using
the following scalings:

1 
t = t0 t  = t, (9) (b)
λω⊥
a⊥
x = x0 x  = 1/2 x  , (10)
λ
1
ψ = ψ0 ψ  = 1/2 ψ  , (11)
a
∂ψ  1 ∂ 2ψ   2 2  1 ω2 2 
i = − + [δa |ψ | + g(|ψ |)]ψ + x ψ,
∂t  2 ∂x 2 2 ω⊥
2 λ2

(12)

with the normalization condition |ψ 2 |dx  = N  = Nλ3/2 . In
addition to this rescaled atom number, there are two dimen-
ω
(c)
sionless parameters: δa for the mean-field interaction and ω⊥ λ
for the trapping potential.

B. Ground-state solutions
We find the droplet ground state using the split-step Fourier
method and imaginary time evolution. We first study the solu-
tion with no longitudinal trapping (ω = 0). Remarkably, we
always find a self-bound solution for all parameters. This is in
contrast to the 3D situation, where a minimal atom number
is needed to form a droplet. We now plot the ground-state
density profiles for two different atom numbers N  = 0.3 and
N  = 3 and mean-field interaction parameters in the crossover FIG. 4. Quantum droplet density profiles in the absence of a
δa = −6.7, 0, and 6.7 (corresponding to δa/a0 = −1.6, 0, longitudinal trap (ω = 0) for N  = 0.3 and N  = 3 for three val-
and 1.6, for the previously given experimental parameters) ues of δa . (a) δa = −6.7. (b) δa = 0. (c) δa = 6.7. Please note
in Fig. 4. For large atom numbers N   3, the droplet the different scales both in x and in κ in (a)–(c). The solid black
profile exhibits a flat-top profile corresponding to the bulk curves correspond to the exact minimization of the extended Gross-
solution whose edges are rounded because of the kinetic- Pitaevskii equation in the 1D-3D crossover using imaginary time
energy term. The droplet density gets smaller and its size evolution. The superimposed dashed red curves are the results using
gets larger as δa goes from negative to positive values. For the two-parameter ansatz presented in the text.
small atom numbers N   0.3, the droplets do not show an
extended flat region, and the kinetic energy plays a dominant
role. profile is
For the realistic experimental parameters chosen previ-   2 r 
ously, N  = 1 corresponds to 3800 atoms, and the quasi-1D n(σ, r) =
N x
exp − 2 . (13)
situation offers the possibility of saturating a droplet with 2σ (1 + 1/2r) σ
realistic atom numbers. This is in contrast to the quasi-2D and,
even more, the 3D droplets, where the critical atom number This two-parameter function has the ability to interpolate be-
to reach a flat top can be too high especially for low values tween a peaked density profile for low values of r, a Gaussian
of |δa|, which are favorable to reduce the role of three-body density profile for r = 1, and a flat-top density profile for r 
losses [8]. 1. Its typical width is given by σ . It has the great advantage
Another way to get an idea of the density pro- that the different energy terms are analytical and can be simply
files is to minimize the energy of an ansatz wave written in terms of the  function. The energy minimization
function. Here, an appropriate choice for the density is then straightforward. In Fig. 4, it is obvious that the ansatz

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BEYOND-MEAN-FIELD CROSSOVER FROM ONE … PHYSICAL REVIEW A 103, 033312 (2021)

(a)

(b)

FIG. 5. Maximum rescaled density κ0 (a) and rms size (b) of a FIG. 6. Maximum rescaled density κ0 (a) and rms size (b) as
droplet as a function of the atom number in the absence of a lon- a function of the atom number in the presence of a longitudinal
ω
gitudinal trap (ω = 0). The three curves correspond to three values harmonic trap ω⊥ λ = 5 × 10−3 . The curves follow the same coding
of the mean-field parameters δa : black [(a) bottom curve, (b) top as in Fig. 5.
curve], δa = 6.7; red (middle curve), δa = 0; blue [(a) top curve,
(b) bottom curve], δa = −6.7.
an intermediate-atom-number region in which the solution
corresponds to a standard mean-field bright soliton [11,24,25]
minimization method is able to approximate the exact ground for which the size scales as N −1 and the density scales as N 2 .
state.
D. Trapped case
C. Maximum density and rms size: Scalings We now turn to the trapped case. As an example, we choose
ω
We now plot the maximum rescaled density κ0 and the ω⊥ λ
= 5 × 10−3 (which corresponds to w /2π = 0.01 Hz,
root-mean-square (rms) size of the ground-state profile as for the previously chosen parameters) and find the ground
a function of the atom number for δa = −6.7, 0, and 6.7 state by imaginary time evolution (see Fig. 6). For interme-
(see Fig. 5). In all cases, the density increases with the atom diate atom number, the trap has no effect. It corresponds to a
number until it reaches a saturation value corresponding to regime where the trap potential energy is negligible as com-
the bulk density, when the droplet exhibits a flat-top profile. It pared with the other energy scales. For low atom number, the
also appears that a lower atom number is necessary to reach size reaches a plateau in contrast to the untrapped case. This
a flat-top droplet as one moves toward the 1D regime. The corresponds to a situation where the gas can be considered as
ground-state size first decreases as the atom number increases noninteracting and the condensates occupy the ground state of
and then increases when a flat-top droplet is formed. the longitudinal harmonic trap.
For the above figures, one can extract scalings in dif- At high atom numbers, the trap prevents the droplet from
ferent regimes. For low atom numbers, all three curves are growing in size at a constant density as observed in the ab-
superimposed, and κ0  1. The dominant energy terms are sence of a longitudinal trap. In this regime, the kinetic energy
the 1D beyond-mean-field attractive terms and the kinetic can be neglected, and the density profile can be found in
energy. The mean-field term is negligible. In this case, the an approximation analogous to the Thomas-Fermi approxi-
size scales as N −1/3 , and the density scales as N 2/3 . For a mation. A local chemical potential is then directly linked to
large atom number, the ground state is a flat-top quantum the density through the homogenous equation of state. In the
droplet. The dominant energies are then the mean-field and 3D case, this was presented in Ref. [26]. The entrance in
beyond-mean-field terms. The kinetic energy can be neglected this last regime can be simply estimated by comparing the
in the analysis. In this case, the size simply scales as N  as the bulk energy per particle to the potential energy given by the
density is fixed. For attractive mean-field δa < 0, there exists rms size of the droplet. The value of N  where this happens

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L. LAVOINE AND T. BOURDEL PHYSICAL REVIEW A 103, 033312 (2021)

(a)

(b)
FIG. 8. Frequency of the breathing mode as a function of the
rescaled atom number for three values of the mean-field parameter
δa : black, top points, δa = −6.7; red, middle points, δa = 0; blue,
lower points, δa = 6.7.

ground-state wave function by a coefficient of 1.01 [19]. After


this modification, we study, in particular, the evolution of the
rms size of the droplet as a function of time and extract its
main (lowest) oscillation frequency, which is plotted in Fig. 8.
Interestingly, we find that these small breathing oscillations
are essentially undamped. This can be expected as their fre-
(c) quency remains below the particle emission threshold for all
parameters. High frequency modes can evaporate, but there
are only weakly excited in our excitation scheme [8]. This
behavior is in contrast to the 3D situation, where there is a
region just above the critical atom number where the droplets
quickly evaporate to their ground state [8]. Importantly, the
excitation mode period gives a time scale in which a droplet
can be prepared in an adiabatic (quasistatic) way by time
variation of the experimental parameters.
We find that the breathing mode frequency first increases
with the atom number as can be expected from an increasing
binding energy. It then reaches a maximum close to the point
where the droplet becomes flat topped. Then, it decreases
when the droplet size increases. This observed behavior is
FIG. 7. Droplet profiles in the presence of a longitudinal confine-
ω
ment ω⊥ λ = 5 × 10−3 for N  = 10 and three different values of δa .
qualitatively similar to the behavior previously predicted in
(a) δa = −6.7. (b) δa = 0. (c) δa = 6.7.
 the pure 1D regime (δa > 0) [19] but quantitatively differs.
For an increasing value of δa , the maximum frequency takes
significantly lower values. For the above mentioned parame-
drastically depends on δa . As an example, density profiles for ters in potassium-39 mixtures, the frequency scale λω⊥ /2π =
N  = 10 are plotted in Fig. 7 for different values of δa . The 2 Hz is already quite low, and the droplet breathing mode
profile indeed resembles a Thomas-Fermi profile for δa = 6.7 frequency appears to be reasonably large only in the attractive
with dominant mean-field and potential energies. Oppositely, mean-field region. In this condition, even an adiabatic prepa-
a flat-top droplet profile with negligible trap influence is found ration of a ground-state (unexcited) flat-top density droplet by
for δa = −6.7. For δa = 0, the situation is intermediate. Our a slow sweep of the parameters seems challenging. Creating
results show that even a minute axial confinement can greatly the droplet already close to its stable shape by releasing the
affect the droplet shape, in particular for δa  0, where the gas from a longitudinal box potential appears to be a more
droplet energy scale is especially low. realistic solution to avoid too strong excitations.

E. Breathing mode IV. CONCLUSIONS


We now turn to the study of excitations of the quasi- In a mixture of two Bose-Einstein condensates with re-
1D droplets in the absence of a longitudinal trap. They pulsive intraspecies interaction and attractive interspecies
can be studied by real-time integration of the extended interaction, we have studied quantum droplets in the 1D-3D
Gross-Pitaevskii equation. More specifically, we start from a crossover for the beyond-mean-field energy, which changes
situation close to equilibrium by rescaling the first computed from positive in 3D to negative in 1D. The equilibrium

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BEYOND-MEAN-FIELD CROSSOVER FROM ONE … PHYSICAL REVIEW A 103, 033312 (2021)

density is found to decrease rapidly when moving toward Effects beyond the standard Lee-Huang-Yang energy used in
the 1D regime, which would be experimentally favorable this paper will appear [27], either because of higher-order
in order to reduce the role of three-body losses. This re- terms in the density expansion [28], because of finite-range
duction comes with a reduction in the typical energy scale interacting potentials [29,30], or because of temperature
of the droplets imposing severe experimental constraints on effects [31].
the control of the residual potential such as the longitudi-
nal trapping or the preparation of the droplets close to their
ACKNOWLEDGMENTS
ground state. Nevertheless, stable quasi-1D quantum droplets
with a characteristic flat-top profile should be realistically We thank D. Petrov for inspiring discussions and A. Ham-
observable with a δa that is negative and of the order of a mond for careful rereading. This research has been supported
few units in potassium-39 experiments [9–11]. The conditions by CNRS, Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la
would be even more favorable for low-loss mixtures such as Recherche, Labex PALM, Region Île-de-France in the frame-
Rb-K [12]. work of DIM Sirteq, Université Paris-Saclay in the framework
The realization of quasi-1D droplets in the beyond- of IQUPS, ANR Droplets Project No. 19-CE30-0003-01, and
mean-field crossover from 1D to 3D would allow precise the Simons Foundation (Award No. 563916: Localization of
studies of the beyond-mean-field effects in Bose gases. Waves).

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[12] C. D’Errico, A. Burchianti, M. Prevedelli, L. Salasnich, F. 121, 173403 (2018).
Ancilotto, M. Modugno, F. Minardi, and C. Fort, Phys. Rev. [27] F. Böttcher, M. Wenzel, J.-N. Schmidt, M. Guo, T. Langen,
Research 1, 033155 (2019). I. Ferrier-Barbut, T. Pfau, R. Bombin, J. Sánchez-Baena, J.
[13] I. Ferrier-Barbut, H. Kadau, M. Schmitt, M. Wenzel, and T. Boronat, and F. Mazzanti, Phys. Rev. Research 1, 033088
Pfau, Phys. Rev. Lett. 116, 215301 (2016). (2019).
[14] Z.-H. Luo, W. Pang, B. Liu, Y.-Y. Li, and B. A. Malomed, Front. [28] M. Ota and G. E. Astrakharchik, SciPost Phys. 9, 020
Phys. 16, 32201 (2021). (2020).
[15] F. Böttcher, J.-N. Schmidt, J. Hertkorn, K. S. H. Ng, S. D. [29] V. Cikojević, L. V. Markić, G. E. Astrakharchik, and J. Boronat,
Graham, M. Guo, T. Langen, and T. Pfau, Rep. Prog. Phys. 84, Phys. Rev. A 99, 023618 (2019).
012403 (2021). [30] V. Cikojević, L. V. Markić, M. Pi, M. Barranco, and J. Boronat,
[16] G. Ferioli, G. Semeghini, S. Terradas-Briansó, L. Masi, M. Phys. Rev. A 102, 033335 (2020).
Fattori, and M. Modugno, Phys. Rev. Research 2, 013269 [31] G. De Rosi, P. Massignan, M. Lewenstein, and G. E.
(2020). Astrakharchik, Phys. Rev. Research 1, 033083 (2019).

033312-7
3.4 Méthode numérique 65

3.4 Méthode numérique


Nous avons développé un programme numérique pour résoudre l’équation de
Gross-Pitaevskii avec le terme supplémentaire au-delà du champ-moyen dans le cros-
sover 1D-3D. Nous avons besoin de résoudre l’équation pour trouver l’état d’équi-
libre de la gouttelette quantique et d’en déduire ses propriétés stationnaires (densité,
taille, énergie de liaison, etc). Nous avons également besoin de pouvoir simuler nu-
mériquement la dynamique de la fonction d’onde de la gouttelette afin d’étudier le
mode de respiration.

3.4.1 Équation de Gross-Pitaevksii effective


Nous voulons résoudre l’équation de Gross-Pitaevskii avec un terme supplémen-
taire provenant de l’énergie des fluctuations quantiques dans le crossover 1D-3D.
L’équation de Gross-Pitaevskii effective s’écrit :

∂ψ(~r, t)
i~ = (Ĥcin + V (r) + ĤMF (n) + ĤLHY (n))ψ(~r, t) (3.4)
∂t

∂ψ(~r, t) ~
i~ =− ∆ψ(~r, t) + V (r)ψ(~r, t) + gn(~r, t)ψ(~r, t) + ĤLHY (n)ψ(~r, t) (3.5)
∂t 2m

où Ĥcin correspond à la pression quantique, V (r) est le terme se rapportant au


potentiel extérieur (piège optique). Les deux derniers termes ĤMF (n) et ĤLHY (n)
correspondent respectivement au terme d’interactions de champ-moyen et des fluc-
tuations quantiques.

Dans le cas d’un hamiltonien indépendant du temps Ĥ, l’état du système à un


temps ∆t est donné par :

ψ(∆t) = e−iĤ∆t/~ ψ(0) (3.6)


Dans notre cas, on peut décomposer l’hamiltonien en deux termes. Le premier terme
T̂ correspondant à la pression quantique Ĥcin , s’appliquant dans l’espace des impul-
sions. Le deuxième terme Iˆ est la somme des autres termes, dont la contribution est
dans l’espace réel. L’évolution du système après un temps ∆t est donc donnée par :

ˆ
ψ(∆t) = e−i(T̂ +I)∆t/~ ψ(0) (3.7)
Les deux termes T̂ et Iˆ ne commutent pas ([T̂ , I]
ˆ 6= 0), on ne peut donc pas ici
décomposer l’opérateur évolution en un produit de deux exponentielles. De plus, le
calcul de ce terme peut être délicat.
Chapitre 3. Crossover tridimensionnel à unidimensionnel du terme
66 au-delà du champ-moyen dans les gouttelettes quantiques
Formule de Baker-Campbell-Hausdorff
En mathématiques, la formule de Baker-Campbell-Hausdorff est la solution Z à
l’équation :

eZ = eA eB (3.8)
1 1 1
où A, B sont des opérateurs, et Z = A+B+ [A, B]+ [A, [A, B]]− [B, [B, A]]+...
2 12 12
ˆ
On peut donc réécrire l’opérateur évolution e−i(T̂ +I)∆t/~ :

ˆ ∆t ∆t ˆ ∆t 1 ˆ ∆t2
e−i(T̂ +I) ~ ≈ e−iT̂ ~ × e−iI ~ × ei 2 [T̂ ,I] ~2 (3.9)
Le dernier terme du membre de droite de l’équation (3.9) à une dépendance quadra-
tique en ∆t contrairement aux autres termes qui en dépendent linéairement. Cette
dépendance en ∆t2 , permet de négliger le dernier terme pour des pas de temps ∆t
suffisamment faibles, permettant de décomposer l’exponentielle en un simple pro-
duit :
ˆ ∆t ∆t ˆ ∆t
e−i(T̂ +I) ~ ≈ e−iT̂ ~ × e−iI ~ (3.10)
Cette simplification n’est valide que si ∆t est suffisamment faible par rapport aux
temps caractéristiques des énergies mises en jeu dans l’évolution du système (énergie
cinétique, potentielle et celles associées aux interactions) :

Ei ∆t ~
max | |  1 ⇐⇒ ∆t  (3.11)
i ~ maxi |Ei |

3.4.2 La Méthode "Split-step Fourier"


La méthode Split-step Fourier est une méthode numérique pseudo-spectrale
utilisée pour la résolution d’équation différentielle non-linéaire comme l’équation de
Gross-Pitaevskii. Considérons un système évoluant sous l’hamiltonien Ĥ = Ĥcin +
V (r) + ĤMF (n) + ĤLHY (n), dont la fonction d’onde à t = 0 est ψ(0) = ψ0 . La
méthode consiste à appliquer des étapes de calcul l’un après l’autre sur des périodes
de temps ∆t suffisamment faibles afin de trouver la solution finale ψ(tf ), où tf est
le temps final. Deux schémas de calculs simples sont couramment utilisés :

Schéma de Lie
Les opérateurs s’exerçant dans l’espace réel et dans l’espace de Fourier (impul-
sions) sont appliqués indépendamment l’un après l’autre [100] :

ψ(tf ) = e−iĤcin ∆t/~ × e−iĤpot ∆t/~ × e−iĤMF ∆t/~ × e−iĤLHY ∆t/~ ψ0 (3.12)
3.4 Méthode numérique 67
∆t ˆ ∆t
ψ(tf ) = e−iT̂ ~ × e−iI ~ ψ0 (3.13)
La contribution de l’hamiltonien cinétique Ĥcin est calculée dans le domaine de
Fourier. Ce schéma a une précision temporellement du premier ordre [101, 102]. Il
a une erreur de division locale temporelle Lie (∆t) [100] :
ˆ ˆ
Lie (∆t) = e−i∆t(T̂ +I)/~ ψ − e−i∆tT̂ /~ e−i∆tI/~ ψ ∝ ∆t2 (3.14)

Schéma de Strang
Le schéma de Strang, ou encore appelé la méthode symmetric split step Fou-
rier, est une méthode permettant d’améliorer la précision temporelle. Elle consiste
d’appliquer le schéma opérationnel suivant [100] :
1 ˆ ∆t ∆t 1 ˆ ∆t
ψ(∆t) = e− 2 iI ~ × e−iT̂ ~ × e− 2 iI ~ ψ(0) (3.15)
ˆ ∆t
L’évolution de la fonction d’onde par l’opérateur e−iI ~ est décomposée en deux
étapes de calcul, séparées par l’étape d’évolution de la fonction d’onde par la pression
quantique. Ce schéma a une précision temporellement du deuxième ordre [101, 102].
Il a une erreur de division locale temporelle Strang (∆t) [100] :
ˆ ˆ
Strang (∆t) = e−i∆t(T̂ +I)/~ ψ − e−i∆tT̂ /~ e−i∆tI/~ ψ ∝ ∆t3 (3.16)
Dans notre étude théorique, nous avons utilisé le schéma de Strang.

3.4.3 Évolution temporelle


Dans cette partie nous allons expliciter les différents termes qui interviennent
dans le schéma de Strang.

Évolution sous le terme potentiel


Le terme associé à l’énergie potentiel V (r) s’écrit dans l’espace réel, V (r) =
mω 2 x2 /2 dans le cas d’un piège harmonique. Ainsi la contribution du terme potentiel
est juste une multiplication de la fonction d’onde :
 
i
ψ1 = exp − V (r)∆t ψ(0) (3.17)
2~

Évolution sous les terme des interactions


De la même manière, le terme des interactions de champ-moyen et des fluctua-
tions quantiques s’écrivent dans l’espace réel 2 :
2. Dans le cas de gaz dipolaire, il est nécessaire de calculé la contribution du champ-moyen dans
l’espace de Fourier.
Chapitre 3. Crossover tridimensionnel à unidimensionnel du terme
68 au-delà du champ-moyen dans les gouttelettes quantiques
 
i 2 2
ψ2 = exp − (g|ψ1 (r)| + HLHY (|ψ1 (r)| ))∆t ψ1 (3.18)
2~

Évolution sous le terme cinétique


L’évolution sous la pression quantique fait intervenir une dérivée seconde de la
fonction d’onde. Il est donc nécessaire de passer dans le domaine de Fourier dans
lequel l’hamiltonien cinétique est diagonal :

~2 2 ~2 k 2
F [−∇ ψ] = ψk (3.19)
2m 2m
où F [ψ] = ψk est la transformée de Fourier de la fonction ψ. Cela signifie que,
dans l’espace de Fourier, la contribution de l’hamiltonien cinétique correspond à
une multiplication :

~k 2
F [ψ3 ] = exp(−i ∆t)F [ψ2 ](k) (3.20)
2m
Afin de revenir dans l’espace réel, et de trouver ψ3 , il suffit de calculer la transformée
de Fourier inverse :  
~k 2
ψ3 = F −1
exp(−i ∆t)F [ψ2 ](k) (3.21)
2m
Afin d’avoir une évolution complète, il suffit de remultiplier la fonction d’onde ψ3
par les termes correspondants au potentiel extérieur et aux interactions. Dans une
version compacte, on peut écrire l’évolution totale :
 
i ~k 2 i
ˆ ˆ
− I(r)∆t  −i ∆t − I(r)∆t 
ψ(∆t) = e 2~ F −1 e 2m F [e 2~ ψ(0)](k) (3.22)

avec I(r) = V (r) + g|ψ(r, 0)|2 + HLHY (|ψ(r, 0)|2 ).

3.4.4 Temps imaginaire


Afin de trouver l’état fondamental d’un hamiltonien, il est commun d’utiliser la
méthode de temps imaginaire [103, 104, 105]. Cette méthode consiste à résoudre
l’équation de Gross-Pitaevskii en temps imaginaire, c’est-à-dire en remplaçant ∆t →
−i∆t. Considérons une fonction d’onde arbitraire initiale Ψini d’énergie E. Dans la
base des états propres {φi (r), Ei }, la fonction d’onde s’écrit :
X
Ψini (r, t) = ci φi (r)e−iEi t/~ (3.23)
i
3.4 Méthode numérique 69

(a)

(b)

Figure 3.1 – Simulations numériques de gouttelettes quantiques unidimensionnels


(LHY 1D). Comparaison de nos résultats avec les résultats analytiques de [106]
(voir texte). Les petites différences proviennent du temps de calcul, qui n’est pas
suffisamment long dans nos profils affichés.
Chapitre 3. Crossover tridimensionnel à unidimensionnel du terme
70 au-delà du champ-moyen dans les gouttelettes quantiques
En passant en temps imaginaire, on obtient :

X X
Ψini (r, t) = ci φi (r)e−Ei t/~ = c0 φ0 (x)e−E0 t/~ + ci φi (r)e−Ei t/~ (3.24)
i i6=0

où φ0 est l’état fondamental du système, avec E0 < Ei pour i 6= 0. Ainsi, pour un


temps suffisamment long, les composantes avec des énergies supérieures à E0 vont
converger exponentiellement et plus rapidement vers zéro que l’état fondamental.
On obtient donc Ψ(r, t) ∝ φ0 (r) après un temps suffisamment long. Il est nécessaire
de renormaliser la fonction d’onde après chaque étape de pas −i∆t afin d’obtenir
une stabilité numérique. Le critère de temps suffisamment long est arbitraire. On
peut considérer que le critère est valide lorsque l’énergie de l’état à atteint une valeur
constante, c’est-à-dire que la différence relative d’énergie des fonctions d’ondes entre
deux étapes est inférieure à 0.1% par exemple.

Afin de vérifier que notre programme numérique fonctionne correctement, nous


avons simulé des systèmes simples dont nous connaissons bien la dynamique et
l’état fondamental (expansion gaussienne, profil Thomas-Fermi). Nous avons égale-
ment retrouver les résultats de l’article [106]. La figure 3.1 expose nos simulations
numériques où nous retrouvons les résultats analytiques de l’article [106] sur les
gouttelettes quantiques unidimensionnels. En figure (a) sont représentés les profils
de densités unidimensionnels normalisés en fonction de la position pour différents
nombres d’atomes normalisés. Le potentiel chimique en fonction du nombre d’atomes
est tracé en figure (b). Les courbes pleines correspondent à nos simulations, tandis
que les courbes en pointillées sont issues de l’article.

3.5 Conclusion et perspectives


Nous avons étudié les gouttelettes quantiques quasi 1D dans le crossover 1D-3D
pour le terme Lee-Huang-Yang. Nous avons trouvé que la densité d’équilibre dimi-
nue rapidement à mesure que le système va dans le régime 1D. Ceci est favorable
expérimentalement afin de réduire les pertes par recombinaison à trois corps qui do-
minent la dynamique dans le régime 3D. Cependant, cette diminution de la densité
d’équilibre conduit à une réduction de l’énergie du système, imposant de sévères
contraintes expérimentales. Par exemple, nous avons mis en évidence, que la pré-
sence d’un piégeage, même extrêmement faible, peut avoir des effets importants sur
la gouttelette. De l’analyse du mode de respiration, nous pouvons en conclure qu’il
est envisageable uniquement de former des gouttelettes lorsque les interactions de
champ moyen δa0 sont attractives. En effet, les énergies mises en jeu dans le régime
purement 1D sont trop faibles expérimentalement. Cependant, même dans ces condi-
tions, la fréquence du mode de respiration est de l’ordre de quelques Hz et il semble
3.5 Conclusion et perspectives 71

extrêmement difficile expérimentalement d’envisager de former une gouttelette adia-


batiquement. Il semble plus raisonnable d’envisager de former une gouttelette avec
un quench des interactions dans le régime saturé à partir d’un condensat dans un
piège en forme de boîte, dont le profil de densité initial est proche du profil final. Ex-
périmentalement, cela peut se faire à l’aide d’une matrice de micro-miroirs (Digital
micromirrors devices (DMD)) et de projeter un potentiel dans la direction longitu-
dinale en forme de boîte sur les atomes, avec un laser dans le bleu de la transition
optique.

La réalisation de gouttelettes quantiques dans le crossover permettrait une étude


détaillée du rôle des fluctuations quantiques dans les gaz quantiques bosoniques.
Des effets au-delà du terme de Lee-Huang-Yang sont attendus [107], causés par des
termes d’ordres supérieurs [97], par la forme du potentiel d’interactions atomique
[88, 95] ou par des effets de la température [108, 109].
Chapitre 4

L’expérience de potassium 39

Ce chapitre est consacré à une description succincte à la fois de l’expérience et


des différentes étapes expérimentales permettant l’obtention d’un condensat de Bose-
Einstein. Une description détaillée pourra être trouvée dans les thèses de G. Salomon,
L. Fouché et G. Berthet [110, 111, 48]. Un accent sera mis sur les contributions
que j’ai apportées lors de ma thèse. Nous verrons l’implémentation d’une nouvelle
alimentation de courant, la stabilisation du champ magnétique, la mise en place du
circuit radio-fréquence permettant le transfert et le couplage entre différents états
de spin et la condensation de Bose-Einstein dans l’état |F = 1, mF = −1i.

4.1 Les propriétés du potassium


Le potassium est un alcalin de numéro atomique Z = 19, il possède à la fois
19 protons et 19 électrons. Le remplissage des différentes couches électroniques est
le suivant (1s)2 (2s)2 (2p)6 (3s)2 (3p)6 (4s)1 , ainsi le potassium n’a qu’un seul électron
sur sa couche externe n = 4. Il existe deux isotopes bosoniques, le 39 K et 41 K, ainsi
qu’un isotope fermionique, le 40 K (Voir le tableau 4.1).

39
4.1.1 Propriétés optiques du K
La structure des niveaux d’énergie du potassium 39 est représentée en figure 4.1.
Les transitions optiques dominantes dans l’état fondamental sont la D1 (2 S1/2 →

Masse atomique A Neutrons N Abondance naturelle(%) Temps de vie


39 20 93.2581(44) stable
40 21 0.0117(1) 1.28 × 109 années
41 22 6.7302 stable

Table 4.1 – Propriétés générales des différents isotopes du potassium.


74 Chapitre 4. L’expérience de potassium 39

Transition atomique Ligne D2 Ligne D1


Longueur d’onde λ 766.700921822(24) nm 770.108385049(123) nm
Temps de vie τ 26.37(5) ns 26.72(5) ns
Largueur naturelle Γ/2π 6.035(11) MHz 5.956(11) MHz
Vitesse de recul vrec 1.335736144(7) cm/s 1.329825973(7) cm/s
Température Doppler TD 145 µK 145 µK
Intensité de saturation Isat 1.75 mW/cm2 1.70 mW/cm2

Table 4.2 – Propriétés optiques du 39


K

2
P1/2 ) et la D2 (2 S1/2 → 2 P3/2 ). Le temps de vie naturel τ dans les états excités
2
P1/2 et 2 P3/2 est relié à la largeur naturelle de raie Γ associée à la transition par :

Γ = 1/τ ≈ 2π × 6 MHz (4.1)


Les propriétés importantes pour les expériences avec du 39 K sont récapitulées
dans le tableau 4.2. Pour les deux transitions, les atomes se désexcitent à la fois vers
les états hyperfins F = 1 et F = 2 de l’état fondamental. Ainsi, il est nécessaire
d’utiliser un faisceau principal (F = 2 → F 0 ) et repompeur (F = 1 → F 0 ) pour
les deux lignes spectrales. Un des inconvénients du potassium 39, est la structure
étroite des niveaux hyperfins de l’état 2 P3/2 , environ 33.8 MHz de large. Il est par
conséquent, très difficile d’isoler une transition cyclante due au couplage avec les
autres niveaux hyperfins [111], cela entraîne donc un besoin accru en puissance dans
le faisceau repompeur. De plus, il y a environ que 21 MHz d’écart entre les niveaux
F 0 = 2 et F 0 = 3 de la ligne D2, ceci empêche de réaliser un refroidissement sub-
Doppler via l’effet Sisyphe par exemple. Cette structure impose donc de travailler
dans le rouge des états hyperfins de l’état 2 P3/2 .

39
4.1.2 Propriétés de collisions du K
Une des étapes nécessaire à l’obtention d’un gaz quantique dégénéré, est le re-
froidissement par évaporation. Lors de ce processus, les atomes les plus chauds
quittent le piège, les atomes restant dans le piège thermalisent via les collisions
inter-atomiques à une température inférieure. Pour que le refroidissement soit effi-
cace, il faut que le taux de collisions élastique γ soit suffisamment rapide :

γ = nσv ∝ a2 (4.2)
où n est la densité du gaz, σ la section efficace de collision et v la vitesse moyenne
des atomes. Ainsi, il est nécessaire que la longueur de diffusion soit suffisamment
grande. À champ magnétique nul, la longueur de diffusion a est de l’ordre de −25 a0 .
Cette longueur de diffusion est petite en comparaison de celle du 87 Rb égale à 100 a0 .
Ainsi, le taux de collisions dans le cas du 39 K est environ 16 fois plus faible que pour
le rubidium.
4.1 Les propriétés du potassium 75

Figure 4.1 – Niveaux d’énergie du potassium 39. Les transitions de la ligne D2


sont représentées en rouge, δ2R et δ2P sont les désaccords respectivement du faisceau
repompeur et du principal. En bleu, les transitions de la ligne D1, δ1R et δ1P sont
les désaccords associés.
76 Chapitre 4. L’expérience de potassium 39

Figure 4.2 – Taux de collisions élastiques pour le potassium 39 en fonction de


l’énergie de collision pour des atomes dans l’état |F = 1, mF = −1i [113].

Minimum de Ramsauer

De plus, le développement à basses énergies du déphasage en onde-s δ0 (k) en


puissance de k s’écrit :

1
tan(δ0 ) ∼ −ka − re a2 k 3 (4.3)
2

on définie re comme la portée effective du potentiel. On remarque que lorsque la


longueur de diffusion a est négative, il existe un k donné et donc une énergie, pour
lequel le taux de collision est minimal, appelé minimum de Ramsaeur [112]. Dans le
cas du 39 K, ce minimum est atteint vers une température de 400 µK (Voir figure 4.2).

Une technique pour accroître le taux de collision du 39 K, aurait pu être l’aug-


mentation de la densité en augmentant le confinement du piège dipolaire. En aug-
mentant le confinement, on augmente la température du gaz. Expérimentalement,
la température atteindra plusieurs centaines de µK. On en déduit qu’en augmen-
tant la densité, nous pensions augmenter le taux de collisions, mais en réalité, nous
nous rapprochons du minimum de Ramsaeur. Afin de contourner le problème, il est
possible de changer la longueur de diffusion via une résonance de Feshbach.
4.2 Description de l’expérience 77

MOT 3D + CMOT Mélasse grise + pompage optique Piège magnétique


MOT 2D

off off on
D2 D1

on on off off

off off on

Chargement piège optique Transferts de spin


Refroidissement évaporatif Condensation de Bose-Einstein
on on

on on

Figure 4.3 – Schéma simplifié de la séquence expérimental permettant l’obtention


d’un condensat de Bose-Einstein de 39 K en 7 secondes. Les bobines sur l’axe verticale
permettent de réaliser le piégeage magnétique et le champ Feshbach. Les bobines sur
l’axe horizontal sont utilisées pour le piège magnéto-optique. Après le chargement
du piège optique, la configuration des bobines passe de quadrupôle à dipôle (Voir
partie 4.2.3). À la fin de la séquence, on utilise de l’imagerie par fluorescence.

4.2 Description de l’expérience


Une vue d’ensemble de la séquence expérimentale est présentée en figure 4.3. On
présente ici les étapes clef afin d’obtenir un condensat de Bose-Einstein de potassium
39 toutes les 7 secondes. Dans cette partie, nous allons nous intéresser à la machine
expérimentale et nous verrons les différentes étapes. Une description plus détaillée
peut être trouvée dans la thèse de G. Berthet [48].

4.2.1 La chambre à vide


Les cellules en verre
La chambre à vide est présentée en figure 4.4. Les cellules en verre sont fabriquées
à partir de Shott Borofloat 33 par l’entreprise ColdQuanta. Le parallélisme des faces
est assuré avec une précision de 30”. Chaque face est spécifiée à λ/2 RMS avec une
rugosité maximale de 2 Ȧ RMS et un traitement anti-reflet interne et externe a
été appliqué. Les spécificités en réflectivité du verre sont détaillées dans la thèse
de G. Berthet [48]. Un schéma en figure 4.5 montre les dimensions de la cellule en
verre, et également la configuration géométrique des pièges dipolaires nommés FORT
(pour Far Off Resonance Trap), que nous utilisons dans l’expérience. L’utilisation
de cellule en verre dans l’expérience, permet d’approcher au plus près des atomes
78 Chapitre 4. L’expérience de potassium 39

Figure 4.4 – Schéma réalisé sur Solidworks de la chambre à vide. À gauche,


vue de dessus de l’expérience. Les cellules en verre (en rose) sont placées à chaque
extrémité de l’enceinte métallique, la cellule de gauche est la chambre de science,
celle de droite est la chambre de collection utilisée pour le MOT 2D. À droite, vue
de côté de l’expérience. La source de potassium est placée dans un four (en rose). Le
chauffage permet de faire migrer les atomes de 39 K dans la chambre de collection.

les bobines de champ magnétique générant le champ Feshbach, tout en évitant des
effets de courants induits comme les courants de Foucault. En effet, on verra dans
la suite que, par l’utilisation de résonances de Feshbach, on souhaite une très bonne
stabilité magnétique. Les cellules permettent également un accès optique élevé en
comparaison à une chambre de science métallique.

L’enceinte métallique
L’enceinte métallique est constituée d’acier inoxydable 316, un alliage fer-chrome-
nikel à faible teneur de carbone (< 0.1%) amagnétique. Il est important dans notre
expérience d’avoir une enceinte métallique amagnétique, cela permet d’éviter une
magnétisation de la chambre qui va perturber l’expérience et sa reproductibilité.
Les atomes de potassium sont initialement dans un échantillon solide placé dans un
four (en rose sur la figure) chauffé à 150°C. Les atomes migrent ensuite vers une
cellule en verre servant de chambre de collection.

Lors d’une expérience d’atomes froids, il est nécessaire de travailler avec un ultra-
vide stable de l’ordre de 10−11 mbar. Cependant, une collecte efficace d’atomes im-
pose de travailler sous pression de vapeur saturante (∼ 10−8 mbar) dans la chambre
de collection. Afin de conserver la pression nécessaire dans chacune des deux chambres,
4.2 Description de l’expérience 79

Figure 4.5 – Schéma de la cellule en verre avec les dimension en mm (Vue de


dessus). La géométrie des pièges dipolaires utilisés dans l’expérience est représentée.
Le piège optique initial est (1) nommé FORT1. Le (2) est le FORT2. Le piège final
(3) est nommé le FORT1D.

un pompage différentiel est implémenté.

4.2.2 Le système laser


Production de la lumière D2 (767 nm)
Afin de produire la lumière pour la transition atomique D2, on utilise une diode
fibrée DFB (Fitel) à 1534 nm, amplifié via un amplificateur (Manlight) fibré dopé
à l’erbium de 2 W, qui est couplé à deux sorties et asservie en fréquence via une
cellule d’absorption saturée (l’asservissement se fait sur le courant de la diode). On
obtient deux faisceaux d’environ 600 mW à 1534 nm. Deux doubleurs de fréquences
(NTT Optoelectronics) permettent l’obtention d’un faisceau principal et d’un fais-
ceau repompeur de 100 mW à 767 nm. Les doubleurs sont asservis en température
dans le but de vérifier l’accord de phase. Des modulateurs acousto-optiques (AOM)
nous permettent de contrôler la puissance et la fréquence de la lumière. Les fais-
ceaux sont ensuite recombinés dans la même fibre optique, cela nous permet d’avoir
les deux fréquences (du principal et du repompeur) dans le même mode pour la
suite. En sortie de fibre, le faisceau est séparé en deux de façon à avoir deux lignes
lasers, la ligne D2 MOT3D et la ligne D2 MOT2D. Chaque faisceau est injecté dans
un amplificateur optique MOPA (pour master oscillator power amplifier ) fournis-
sant chacun environ 1 W de puissance laser. Chaque ligne possède un AOM servant
d’interrupteur rapide et permettant le contrôle de la puissance.

Production de la lumière D1 (770 nm)


Une diode fibrée EMCORE, asservie en fréquence à l’aide d’une cellule d’absorp-
tion saturée délivre un faisceau à 1540 nm. Ce dernier est injecté dans un amplifi-
cateur KEOPSYS de 1 W. Un doubleur de fréquence fibré asservie en température
80 Chapitre 4. L’expérience de potassium 39

(NTT Optoelectronics) produit la lumière laser à 770 nm. Un amplificateur optique


MOPA permet d’atteindre environ 1 W de puissance avant de traverser un modula-
teur électro-optique (EOM). Cet EOM génère deux bandes latérales dans le spectre
du laser dont nous contrôlons à la fois la puissance et la fréquence. La première
bande sera utilisé pour le faisceau repompeur et le deuxième n’aura aucune uti-
lité. Le faisceau principal sera quant à lui formé par le faisceau initial. Un AOM
permet la coupure rapide du faisceau servant ainsi d’interrupteur. La lumière D1
rejoint ensuite le faisceau D2 MOT 3D où ils sont recombinés dans la même fibre
Schäfter-Kirchoff grâce à un filtre interférentiel de 1 nm de bande passante.

4.2.3 Les bobines magnétiques


Nous avons constaté que le potassium possède une grande quantité de résonances
de Feshbach accessibles expérimentalement de 0 G à 500 G. La production de tels
champs magnétiques nécessite l’utilisation de forts courants électriques. Il est impé-
ratif d’être capable d’avoir un champ magnétique homogène et stable sur toute l’ex-
tension du nuage atomique. Afin de les générer, on utilise deux bobines magnétiques
placées de part et d’autre de la cellule en verre correspondant à la chambre de science.
Si on place les bobines en configuration Helmholtz/dipôle, alors nous obtenons un
champ magnétique uniforme au centre des deux bobines dont les lignes de champ
sont parallèles à l’axe de révolution. En configuration anti-Helmhotz/quadrupole,
les bobines forment un gradient magnétique, donnant ainsi la possibilité d’utiliser
un piège quadrupolaire magnétique.

Les bobines utilisées expérimentalement sont illustrées en figure 4.6, chaque


bobine est refroidie par un circuit d’eau. Nous avons deux paires de bobines, les
« grosses bobines » se situent proche de la cellule, et les « petites bobines »,
selon le même axe vertical, sont celles les plus éloignées de la cellule, les deux paires
peuvent être utilisées à la fois en configuration Helmhotz et anti-Helmhotz. Les
premières peuvent être à la fois utilisées pour produire le champ Feshbach ou le
piège quadrupolaire magnétique. Les petites bobines sont principalement utilisées
en configuration dipôle afin de réaliser des biais et de compenser la courbure du
champ produit par les grosses bobines dans la même configuration.

Les petites bobines


Le courant est généré grâce à une alimentation de puissance Delta Elektronika
SM15-100 de 1500 W. Le temps de montée à pleine puissance est de 6 ms. La com-
mutation entre les deux configurations (dipôle/quadrupôle) se fait à l’aide de switch
(relais) mécaniques. La commutation se fait en 100 ms après coupure du courant
électrique. En configuration quadrupôle et à 100 A, il est possible d’atteindre un gra-
dient dans l’axe fort de 26 G/cm. En configuration dipôle, la calibration du champ
magnétique en fonction du courant électrique donne :
4.2 Description de l’expérience 81

a) b)

Figure 4.6 – a) Schéma Solidworks de la chambre de science entourée des bobines


coniques permettant de former le champ Feshbach. b) Les faisceaux du MOT 3D
sont représentés en rouge. La troisième paire de faisceaux est perpendiculaire au
plan de la feuille

 
dB
= 0.70(4) G/A (4.4)
dI

Les grosses bobines


Les grosses bobines sont alimentées par un générateur Delta Elektronika SM18-
220 (18 V−220 A) de puissance 3300 W. Cette alimentation est capable de monter de
0 V à 18 V en 5 ms. Sa stabilité relative en commande courant (CC) est de 9×10−5 . Le
gradient de champ magnétique atteignable à 200 A dans l’axe fort est de 127 G/cm.
En configuration dipôle, la calibration du champ en fonction du courant donne :
 
dB
= 3.80(4) G/A (4.5)
dI
Pendant une séquence expérimentale, nous avons besoin de passer de la configu-
ration dipôle à quadrupôle rapidement, on a donc besoin d’inverser le sens du courant
dans l’une des deux bobines. La commutation est réalisée au moyen de transistor de
puissance IGBT (transistor bipolaire à grille isolée). Le figure 4.7 illustre le switch
utilisé sur l’expérience. De plus, le switch sert aussi d’interrupteur. En effet, il nous
permet de couper très rapidement (∼ 0.3 ms) le courant dans les bobines pour être
capable d’imager les atomes 1 .
1. Aux champs magnétiques que nous utilisons, les lasers ne sont plus à résonance.
82 Chapitre 4. L’expérience de potassium 39

Figure 4.7 – Schéma électrique du switch (fabriqué par F. Moron) permettant


la commutation de la configuration dipôle à quadrupôle. Les grosses bobines sont
représentées en rouge par L1 et L2 . Le courant dans L2 peut être inversé en utilisant
les IGBT A et D ou B et C en mode passant. Le circuit de décharge est composé
d’un condensateur C = 360 µF (800 V) et d’une résistance R = 470 Ω (50 W). Les
composants internes au switch sont refroidis par un circuit d’eau indépendant.
4.2 Description de l’expérience 83

4.2.4 Amélioration de la stabilité du champ magnétique


Les expériences que nous souhaitons réaliser demandent une grande stabilité du
champ magnétique, de l’ordre du mG. À mon arrivée sur l’expérience 2 , les cartes
analogiques utilisées dans le contrôle de l’expérience sont des NI-PXI-6723, 13 bits,
32 voies, (−10 V : +10 V), 1 bit servant au signe. Le bruit RMS est de 30 µV sur
1 ms. De plus, nous avons observé la présence de glitch (saut de tension dû à la
mise à jour de la commande analogique) de l’ordre de 80 mV. La précision attendue
est donc de 10/212 V = 2 mV. Expérimentalement, cela se traduit sur les champs
magnétiques par :

— Grosses bobines : 750/212 G ≈ 180 mG de précision. Le bruit de la commande


engendre une stabilité RMS de 2.25 mG.

— Petites bobines : 70/212 G ≈ 17 mG de précision. Le bruit de la commande


engendre une stabilité RMS de 0.21 mG.

De plus, nous avons observé des fluctuations shot-shot de l’ordre de 0.5 mV sur la
commande. Dans cet état, la précision est insuffisante et la stabilité relative mesurée
est de l’ordre de 5 × 10−4 pour le champ produit par les grosses bobines.

Changement de carte analogique


Une première amélioration effectuée a été de changer de carte analogique. Nous
avons opté pour une carte NI-PXI-6738, 16 bits, 32 voies, avec un bruit RMS de
30 µV sur 1 ms, nous n’avons pas observer de glitch pour cette carte. Nous n’avons
pas observé de fluctuations shot-shot (à chaque itération) de la commande. La pré-
cision sur la commande que nous avons :

— Grosses bobines : 750/215 G ≈ 22 mG de précision. Le bruit de la commande


engendre une stabilité RMS de 2.25 mG.

— Petites bobines : 70/215 G ≈ 2 mG de précision. Le bruit de la commande


engendre une stabilité RMS de 0.21 mG.

Ajout d’une alimentation de courant en parallèle


Afin d’augmenter la stabilité du champ magnétique du champ Feshbach, nous
avons mis en place un nouveau générateur de courant Delta Elektronika SM70-
AR-24 (35 V − 24 A) avec un intervalle de courant plus restreint augmentant ainsi
2. Le séquenceur pour le contrôle de l’expérience utilise un ordinateur National Instrument NI
PXIe-1078, sur lequel on connecte des cartes analogiques et digitales. La mise en réseau des cartes
se fait par le logiciel Atticus et le séquençage via Cicero Word Generator [114]
84 Chapitre 4. L’expérience de potassium 39

SM18-220

- +
Contrôleur PID
SM70-AR-24 𝐼' 𝑉$ 𝜀 𝑉%
Commande Signal d’erreur +
corrigée 𝑉!"# Offset output
𝑉!"#
𝑉%

- +
𝐼&
Grosses bobines
𝐼%

𝑉!"# + -
R = 1 kΩ
in out
Contrôleur PID
Commande
analogique 𝑉$

Mesure du courant Mesure du courant


vers PID 2 tours 2 tours vers oscilloscope

Figure 4.8 – Schéma de la boucle d’asservissement du courant de l’alimentation


SM70-AR-24 pour la production du champ Feshbach. Le signal est amplifié par
l’augmentation du nombre de tours au niveau des transducteurs de courant. L’en-
cadré orange schématise grossièrement le contrôleur PID. Vm est la valeur mesurée,
Vref est la valeur de référence (provenant de l’ordinateur), ε est le signal d’erreur
multiplié par un gain et Vc est le signal corrigé allant vers l’alimentation de cou-
rant. L’alimentation de courant SM18-220 est uniquement stabilisée via sa boucle
d’asservissement interne. I1 et I2 correspondent respectivement au relais mécanique
permettant le changement d’alimentation de courant et I3 correspond au switch
IGBT.

la stabilité de champ. Cette alimentation est en parallèle de la Delta Elektronika


SM18-220 (voir figure 4.8), nous utilisons un relais mécanique rapide permettant
de passer de l’une à l’autre pendant la séquence expérimentale en une dizaine de
ms, le schéma est présenté en Annexe A. Le changement est effectué juste après le
chargement du premier piège dipolaire. Le champ magnétique atteignable avec cette
alimentation est d’environ 90 G, la stabilité relative attendue en CC est de 9 × 10−5 .
Avec cette alimentation, la précision attendue sur la commande est de 2.7 mG. Le
bruit engendré par les fluctuations de la commande est d’environ 0.27 mG.

Asservissement du courant des grosses bobines


En première approche, les courants étaient stabilisés via la boucle d’asservisse-
ment interne aux alimentations de puissance. Nous avons implémenté, à la fois sur
les petites et les grosses bobines, une boucle d’asservissement externe. La figure 4.8
4.2 Description de l’expérience 85

représente le schéma de la boucle d’asservissement des grosses bobines. Le courant


délivré par l’alimentation Delta Elektronika SM70-AR-24 est mesuré par un trans-
ducteur de courant de haute précision Danisense DS200UB. Le signal est ensuite
envoyé dans le contrôleur PID où il est comparé avec la valeur de référence provenant
de la commande analogique. Dans notre PID, nous utilisons uniquement le propor-
tionnel. En effet, avec l’intégrateur, le courant prend trop de temps à atteindre la
valeur de référence. Nous avons donc connecté l’entrée de référence et la sortie « off-
set output » pour assurer la valeur DC. On a mis en parallèle des bobines et après le
relais mécanique, une résistance de 1 kΩ, ceci nous permet d’asservir en permanence
l’alimentation, y compris lorsque le switch est ouvert. Cela sert aussi de circuit de
décharge après la coupure rapide des champs magnétiques et ainsi d’éviter de gar-
der chargées les capacités internes de l’alimentation, avant une nouvelle séquence
expérimentale 3 . Un deuxième transducteur de courant, nous permet la lecture du
courant dans les bobines. Il est important d’avoir une lecture indépendante de la
boucle d’asservissement afin de détecter le vrai bruit du courant.

Avant la boucle de l’asservissement, pour un champ magnétique de 39 G, nous


avons obtenu des fluctuations de l’ordre de 17 mG (largeur à mi-hauteur) sur 1 ms
d’intégration. Grâce à l’asservissement, nous obtenons un bruit de l’ordre de 1.4 mG
(largeur à mi-hauteur) sur 1 ms d’intégration. Le spectre de bruit du champ magné-
tique produit par les bobines est composé d’un bruit de fond à basses fréquences avec
des pics à 50 Hz et aux autres harmoniques. Il y a également un bruit de fond à des
fréquences jusqu’à quelques kHz. Les bobines magnétiques se comportent comme un
filtre passe-bas et les fréquences au-delà de 10 kHz sont éliminées. Finalement, nous
obtenons une stabilité relative de l’ordre de 3 × 10−5 sur le champ magnétique.

Asservissement du courant des petites bobines

L’asservissement des petites bobines est similaire à celui expliqué précédemment


pour les grosses bobines. Afin de lire le courant électrique, nous utilisons un trans-
ducteur de haute précision Danisense DS50UB. Le signal est envoyé dans le PID
et comparé à la valeur de référence envoyée par l’ordinateur. Ici nous utilisons à la
fois le proportionnel et l’intégrateur. Cette boucle d’asservissement nous permet de
diviser nos fluctuations d’un facteur proche de cinq. Nous obtenons une stabilité
relative de l’ordre de 1.5 × 10−5 sur le champ magnétique à 49 G.

3. Plusieurs amplificateurs opérationnels ont été détruits dus à des pics de tensions provenant
des alimentations de courant lors des coupures rapides. Nous avons opto-couplé la sortie du PID,
évitant ainsi des grandes différences de tensions entre l’entrée et la sortie.
86 Chapitre 4. L’expérience de potassium 39

4.2.5 Refroidissement laser


Le piège magnéto-optique 2D (MOT 2D)
Le MOT 2D a lieu dans la chambre de collection. Le but de cette étape est de
créer un jet atomique collimaté suffisamment froid pour pouvoir être capturé par
un piège magnéto-optique 3D (MOT 3D). Comme son nom l’indique, un MOT 2D
est constitué de deux paires de faisceaux contra-propageant adressant la transition
D2 et polarisés respectivement σ+ et σ− . Le champ magnétique quadrupolaire 2D
est créé par deux bobines magnétiques en configuration anti-Helmholtz. Ces quatre
faisceaux vont permettent le refroidissement des atomes selon deux directions de
l’espace. Un dernier faisceau appelé « push », aligné selon l’axe longitudinal, pousse
les atomes refroidis de la chambre de collection vers la chambre de science où ils sont
capturés par le MOT 3D. Des bobines magnétiques de compensation permettent de
changer le champ magnétique ressenti par les atomes afin de les guider. On obtient
donc un jet atomique collimaté avec une vitesse de l’ordre de 35 m/s suffisamment
faible pour être capturé par le MOT 3D.

Les paramètres expérimentaux optimaux sont :


— δ2P = −7.2 Γ et δ2R = −3.1 Γ.
— I = 37 mW/cm2 par faisceau et I2P /I2R = 1.
— Le gradient de champ magnétique est de l’ordre de 10 G/cm.

Le piège magnéto-optique 3D (MOT 3D)


Le MOT 3D est constitué de trois paires de faisceaux contra-propageant dans les
trois dimensions de l’espace. La figure 4.6 (b) montre un schéma de la géométrie des
faisceaux pour former le MOT 3D. Le gradient de champ magnétique est produit
par deux bobines magnétiques en configuration anti-Helmholtz placées dans l’axe
perpendiculaire à la figure. Sur la figure, les deux sets de bobines magnétique cor-
respondent aux grosses et petites bobines magnétiques discutés précédemment. En
vue de leurs proximités avec la cellule en verre, les bobines ont été conçues coniques
de manière à ne pas entraver le passage des faisceaux MOT 3D. Le MOT 3D est
chargé en permanence. C’est-à-dire qu’il y a un flux atomique provenant du MOT
2D en continu.

Les paramètres expérimentaux pour le MOT 3D sont les suivants :


— δ2P = −7.5 Γ et δ2R = −4.2 Γ.
— On dispose d’une puissance par faisceau de 32 mW, soit d’une intensité I =
25 mW/cm2 par faisceau et I2P /I2R = 1.
— Le gradient de champ magnétique est de l’ordre de 12 G/cm.

Expérimentalement, les six faisceaux MOT 3D sont composés à la fois des lasers
4.2 Description de l’expérience 87

issus de la ligne D1 et D2. Les deux lignes lasers ont été injecté dans la même
fibre initiale qui est couplée à un Schäfter-Kirchoff permettant l’obtention des six
faisceaux MOT 3D. La présence de la D1 n’est pas nécessaire au refroidissement des
atomes, mais augmente le nombre d’atomes capturé. En effet, il y a une compétition
entre l’éclatement du nuage dû à la lumière de la D1 à résonance et la force de rappel
due à la lumière D2. Cette compétition va avoir tendance à diminuer la densité du
nuage, réduisant ainsi les pertes assistées par la lumière. Cette configuration nous
permet d’obtenir ∼ 2 × 109 atomes dans le MOT 3D pour une température de
2 − 3 mK en début de séquence expérimentale.

4.2.6 MOT comprimé et mélasse grise


Dans cette sous-partie, nous parlerons succinctement des étapes de MOT com-
primé (CMOT) et de mélasse grise [115]. Une étude détaillée et une explication claire
peuvent être trouvées dans les thèses de G. Salomon [110] et de L. Fouché [111].

CMOT
La densité d’un MOT est limitée par les processus de collisions assistées par la
lumière et par les processus de diffusions multiples de la lumière qui engendrent une
force répulsive entre atomes réduisant la densité. Le but de cette étape est l’aug-
mentation de la densité atomique et le refroidissement des atomes, afin d’augmenter
l’efficacité de la mélasse grise, décrite prochainement. L’idée est d’éteindre le faisceau
principal D2, d’augmenter le désaccord du repompeur D2 et d’accroître le gradient
de champ magnétique. Les atomes sont donc pompés dans un état peu couplé avec
la lumière et diffusent ainsi moins de photons. Le repompeur de la D2 permet de
conserver une transition piégeante. Le laser D1 assure un refroidissement Sisyphe
au centre du nuage, au niveau du zéro de champ magnétique. Expérimentalement,
les désaccords utilisés sont les suivants :

δ2R = −2 Γ, δ1P = 3.5 Γ (4.6)


On obtient une température de 200 µK en 12 ms. La taille du nuage est de l’ordre
de 0.5 mm. On observe une augmentation de la densité d’un facteur dix par rapport
au MOT.

Mélasse grise
La mélasse grise combine deux effets, un piégeage de population sélectif en vi-
tesse (VSCPT) [116] et du refroidissement Sisyphe [117]. Les atomes sont pompés
optiquement dans un état noir (état non-couplé à la lumière). Un couplage motionnel
entre l’état noir et l’état brillant (état couplé avec la lumière) existe. Ainsi, l’atome
dans l’état noir avec une vitesse non nul va repartir dans l’état brillant, gravir de
nouveau les collines de potentiel, avant d’être pompé de nouveau dans l’état noir. Ce
88 Chapitre 4. L’expérience de potassium 39

mécanisme permet d’atteindre des températures sub-Doppler. Expérimentalement


on utilise les faisceaux principaux et repompeurs de la D1. Les désaccords utilisés
sont les suivant :

δ1R = 3.5 Γ, δ1P = 3.5 Γ (4.7)


On obtient en 6.5 ms une température de 6 µK, sans augmentation de la taille.

4.2.7 Du piège magnétique au chargement d’un piège optique


Dans cette partie, nous décrirons rapidement le piège magnétique utilisé comme
réservoir pour charger un premier piège optique très confinant, une description ap-
profondie peut être trouvée dans la thèse de G. Berthet [48].

Piégeage magnétique
Le théorème de Wing [118] énonce qu’il n’existe pas de maximum local du mo-
dule du champ magnétique dans un espace vide de courant électrique. Ainsi, il est
seulement possible dans notre cas, de piéger magnétiquement les atomes dans un état
quantique « low-field seeker », c’est-à-dire, un état attiré vers les zones de champs
faibles. On peut donc piéger les atomes seulement autour d’un minimum de champ
magnétique. L’hamiltonien d’un atome, placé dans un champ magnétique B selon
l’axe Oz, s’écrit :
ahf µB
H= 2
I.J + 2 B(gJ Jz + gI Iz ) (4.8)
~ ~
où ahf est l’énergie de l’état hyperfin, µB est le magnéton de Bohr, gJ et gn sont le
facteur de Landé et le rapport gyromagnétique du noyau. Les énergies sont données
par la formule de Breit-Rabi (figure 4.9). On nommera les niveaux d’énergie |F, mF i
même à champ fort, par soucis de concision 4 .

L’énergie d’un atome dans l’état interne |F, mF i dans un champ magnétique
faible peut donc s’écrire :

EF,mF = CF − µF,mF B (4.9)


où CF est une constante dépendant de l’état hyperfin F , µF,mF est le moment ma-
gnétique associé à l’état |F, mF i. Lorsque µF,mF est positif, les atomes vont donc
être attirés dans les zones de champ forts. A contrario, lorsque µF,mF est négatif
alors les atomes vont être attirés dans les zones de champ faibles. D’après la figure
4.9, l’état |F = 2, mF = 2i vérifie µF,mF < 0 à champs quelconques. De plus, il est
possible de pomper optiquement l’ensemble des atomes vers cet état quantique.
4. À champ fort, la base des états |F, mF i n’est plus adaptée. Dans le régime Paschen-Back, il
faut utiliser la base des états |J, mJ , I, mI i.
4.2 Description de l’expérience 89

Figure 4.9 – Niveaux d’énergies en fonction du champ magnétique pour l’état


électronique 2 S1/2 .

Pompage optique sur la transition D1


Après la mélasse optique, les états internes des atomes sont répartis dans cha-
cun des niveaux |F, mF i du niveaux 2 S1/2 . Comme nous venons de le voir, seul les
atomes dans le niveaux |F = 2, mF = 2i pourront être piégés magnétiquement. Afin
d’optimiser le nombre d’atomes, nous faisons un pompage optique sur la transition
D1 vers l’état souhaité. Les petites bobines en configuration dipôle créent un champ
de 1.6 G, formant l’axe de quantification. La lumière utilisée est polarisée σ+ et
constituée d’un faisceau principal excitant la transition F = 2 → F 0 = 2 et d’un
faisceau repompeur sur la transition F = 1 → F 0 = 2 (Figure 4.10). Finalement,
après 100 µs de pompage optique, tous les atomes sont dans l’état |2, 2i.

Le piège magnétique
Le piège est créé grâce aux grosses bobines en configuration quadrupôle. Le
champ s’annule au point (0,0,0) situé sur l’axe de symétrie, entre les deux bobines.
Au voisinage de ce point, le module du champ magnétique peut s’écrire :
p
B=b x2 + 4y 2 + z 2 (4.10)
Afin d’atteindre un gradient suffisant, on utilise l’alimentation de courant Delta
Elektronika SM18-220. Pour un courant de 190 A, on obtient un gradient magnétique
90 Chapitre 4. L’expérience de potassium 39

Figure 4.10 – Pompage optique sur la transition D1 des atomes vers l’état |F =
2, mF = 2i.

de 120.6 G/cm dans l’axe fort. Le quadrupôle n’est pas aligné avec la mélasse grise,
on utilise à la fois deux bobines de compensation et les petites bobines pour changer
la position du zéro de champ et l’aligner avec la position de la mélasse. Cette étape
nous permet de charger environ ∼ 5.5 × 108 atomes dans le piège magnétique. La
température mesurée est de l’ordre de 270 µK.

Chargement du piège optique


Comme nous l’avons vu précédemment, le potassium possède un minimum pour
sa section efficace, appelé minimum de Ramsauer. À ce stade de l’expérience, nous
sommes proches de ce minimum, ce qui conduit à un taux de collisions très faible
dans le piège magnétique. Par conséquent, il est impossible d’effectuer un refroidis-
sement évaporatif. Il est nécessaire de charger un premier piège optique dipolaire,
nommé FORT1 (pour Far Off Resonance Trap), afin de pouvoir exploiter une réso-
nance de Feshbach et d’augmenter le taux de collisions.

Nous utilisons un faisceau provenant d’un laser fibré IPG (modèle ELR-30-1550-
LP ) à 1550 nm et de puissance totale 30 W. Le faisceau est aligné près du centre du
piège magnétique. La puissance totale accessible après la mise en forme du faisceau
au niveau des atomes est de l’ordre de 19 W, et les caractéristiques du piège sont les
suivantes :

— Fréquence radiale : fr = 11.1 kHz.


— Fréquence axiale : fl = 189 Hz.
— Profondeur : |Udip |/kB = 2.5 mK.
4.3 Transferts radiofréquences vers les états Zeeman de F = 1. 91

où kB est la constante de Boltzmann. Après 700 ms d’accumulation d’atomes dans le


piège optique, nous arrivons à charger entre 2 à 5% des atomes du piège magnétique,
soit environ 1.5 × 107 atomes. La température mesurée, juste après le chargement,
est de 147 µK. Il est possible à ce stade de l’expérience, de faire un premier re-
froidissement évaporatif. Pour cela, nous baissons la puissance du piège dipolaire à
8% de sa valeur initiale en 150 ms, selon un profil exponentiel décroissant avec une
constante de temps égale à 70 ms. En conclusion, nous obtenons environ 8.5 × 106
atomes dans le piège dipolaire, pour une température de 30 µK.

4.3 Transferts radiofréquences vers les états Zee-


man de F = 1.
Dans le but d’atteindre la condensation de Bose-Einstein, il est nécessaire de
transférer les atomes dans un des états Zeeman mF = −1, 0, +1 de l’état hyper-
fin F = 1, afin de pouvoir exploiter l’une des résonances de Feshbach. Dans cette
partie, nous introduirons les notions nécessaires pour comprendre les transferts ra-
diofréquences. Nous allons voir également le dispositif expérimental permettant de
générer le champ radiofréquence et les différents transferts permettant de passer de
|2, 2i à |1, −1i.

4.3.1 Couplage cohérent entre deux états de spin


Comme nous l’avons vu dans la partie 4.2.7, la différence d’énergie entre les deux
niveaux hyperfins et entre les sous-niveaux Zeeman est de l’ordre de la centaine et de
la dizaine de MHz respectivement (Voir annexe B). Ces fréquences sont accessibles
électroniquement, on a donc la possibilité expérimentale de changer l’état interne
des atomes. Considérons deux états internes |ai et |bi d’énergies respectives −~ω0 /2
et +~ω0 /2. Ces deux états quantiques peuvent être soient deux états hyperfins ou
deux sous-niveaux Zeeman. Nous décrirons le champ radiofréquence par un champ
magnétique classique. On considère un champ homogène oscillant à la pulsation ω,
polarisé linéairement selon la direction ex , orthogonal à la l’axe de quantification 0z
[119] :

B(t) = B cos(ωt) ex (4.11)


Le champ radio-fréquence va induire un couplage V̂c entre les états de la forme :

~ˆ.B(t) = gµB B cos(ωt) Ŝx = ~Ω cos(ωt) Ŝx


V̂c = −µ (4.12)
où Ŝx correspond à la matrice de Pauli, g est le facteur de Landé associé à la
transition, Ω = gµB B/~ est la pulsation de Rabi. L’hamiltonien du système s’écrit
donc :
92 Chapitre 4. L’expérience de potassium 39

 
~ω0
 − 2 ~Ω cos(ωt)
Ĥ =  ~ω0  (4.13)
~Ω cos(ωt)
2
Afin de se ramener à un hamiltonien indépendant du temps, on doit passer dans
le référentiel tournant [56]. Les coefficients ca (t) et cb (t) sont la décomposition du
vecteur d’état dans la base non-couplée{|ai, |bi}. En appliquant le changement de
variables :

ca (t) = c̃a (t)e+iωt/2
cb (t) = c̃b (t)e−iωt/2

et en l’injectant dans l’équation de Schrödinger, on obtient :




 ˙ Ω −2iωt δ
 ic̃a (t) = 2 (1 + e
 )c̃b (t) − c̃a (t)
2

 Ω δ

 ic̃˙b (t) = (1 + e+2iωt )c̃a (t) + c̃b (t)
2 2
Les termes hautes fréquences (e±2iωt ) sont de moyennes temporelles nuls, on peut
donc les négliger près de résonance. Le nouvel hamiltonien s’écrit :
 
−~δ/2 ~Ω/2
Ĥ = (4.14)
~Ω/2 ~δ/2
Les états propres de cette hamiltonien sont appelés les états habillés et ils s’écrivent :

|−i = sin(θ)|ai − cos(θ)|bi (4.15)


|+i = cos(θ)|ai + sin(θ)|bi (4.16)
les énergies propres associées sont :
~√ 2 ~
E± = ± Ω + δ 2 = ± Ω̃ (4.17)
2 2
p
θpest l’angle de mélange défini par cotan(θ) = δ/Ω, cos(θ) = (1 + P )/2, sin(θ) =
(1 − P )/2, où P = δ/Ω̃ est la polarisation. En figure 4.11 sont représentées à la
fois, l’énergie des états habillés en fonction de δ/Ω (à gauche) et les populations des
états non-couplés en fonction du désaccord (à droite). Le dégradé de couleur permet
de montrer que les population des états non-couplés |ai (en vert) et |bi (en bleu)
changent en fonction du désaccord à la résonance δ. Proche de résonance (δ = 0),
les états habillés sont des superpositions quantiques des deux états |ai et |bi. À
résonance, l’écart en énergie entre l’état |−i et |+i est égale à ~Ω. On remarque
que, loin de résonance, les états habillés correspondent aux états non-couplés |ai et
|bi.
4.3 Transferts radiofréquences vers les états Zeeman de F = 1. 93

2 0.8

0.6
0
0.4

0.2
-2
0
-6 -4 -2 0 2 4 6
-2 -1 0 1 2 /
/

Figure 4.11 – À gauche : Énergies des états habillés |−i et |+i en fonction de δ/Ω.
Le dégradé de couleur donne la population des états non couplés |ai et |bi pour
chaque états habillés. À droite : les populations normalisées des états |ai et |bi en
fonction de δ/Ω pour |−i.

Oscillations de Rabi

L’évolution temporelle du système peut être connue via la résolution de l’équa-


tion de Schrödinger dépendante du temps. En supposant qu’à l’instant t = 0, le
système est dans l’état |ai et qu’on allume brusquement le champ radiofréquence,
on trouve que la probabilité que l’atome se trouve dans l’état excité |bi est [120] :

Ω2 √ t
Pb (t) = 2 2
sin2
( δ 2 + Ω2 ) (4.18)
δ +Ω 2

Le résultat est une oscillation de la probabilité de transition vers l’état |bi en fonc-
tion du temps appelé oscillations de Rabi. La fréquence caractéristique de cette
oscillation est la pulsation de Rabi généralisée Ω̃. En figure 4.12 est tracé la probabi-
lité Pb (t) en fonction du temps (à gauche). Pour δ = 0, la probabilité que le système
soit dans l’état |bi est égale à 1 pour t/Ω = π + [2π] et sa fréquence d’oscillation est
égale à la fréquence de Rabi Ω. De plus, si on s’éloigne de résonance, Pb (t) oscille
plus rapidement, mais avec une amplitude plus faible.

Afin de transférer les atomes dans l’état souhaité expérimentalement, il est pos-
sible d’appliquer un pulse π (t/Ω = π). Cependant, nous avons des fluctuations
expérimentales qui vont engendrer des décalages à la fois du désaccord et aussi des
changements de la puissance RF. La manière de se débarrasser des fluctuations et
de transférer plus efficacement les atomes, est de faire un transfert adiabatique.
94 Chapitre 4. L’expérience de potassium 39

Figure 4.12 – À gauche : probabilité Pb (t) que le système soit dans l’état |bi en
fonction du temps pour différentes valeurs de δ/Ω. À droite : probabilité Pb (t) que
le système soit dans l’état |bi en fonction du désaccord à la résonance δ/Ω pour
t/Ω = π.

4.3.2 Transfert Adiabatique


Adiabaticité

Comme nous l’avons vu précédemment, les états propres du système {Atome +


Champ RF} sont les états habillés |−iθ et |+iθ . Supposons que nous partons de l’état
|ψ(0)i = |−iθ à t = 0 et très loin de résonance (−δ  Ω). L’état |−iθ correspond
à l’état |ai, le champ n’a quasiment aucun effet sur l’atome. Si le paramètre θ ne
change pas au cours du temps, l’état du système après un temps t et donné par
l’évolution libre que l’on déduit de l’équation de Schrödinger [121] :

|ψ(t)i = e−iE− (θ)t/~ |ψ(0)i (4.19)

L’état reste égale à l’état initial à un facteur de phase près. Supposons maintenant
que le paramètre θ varie au cours du temps très lentement (le critère quantitatif de
"lentement" sera explicité plus loin). Le théorème adiabatique assure que l’état du
système, à l’instant t, est donné approximativement à une phase près, par 5 :

|ψ(t)i ≈ |−iθ(t) (4.20)

Autrement dit, le système va rester dans l’état propre associé à l’énergie E− , bien
que l’état n’est plus le même à l’instant t.

5. Pour une étude détaillé sur la condition d’adiabaticité, le lecteur est invité à se référer à
[122, 123].
4.3 Transferts radiofréquences vers les états Zeeman de F = 1. 95

→ →
→ →
| − ⟩ = | a⟩ | − ⟩ = | b⟩


-2
Début du balayage Fin du balayage

-2 -1 0 1 2
/

Figure 4.13 – Schéma explicatif du transfert adiabatique par balayage de fré-


quence.

Balayage de fréquence adiabatique

Expérimentalement, il est possible de contrôler l’angle de mélange θ via le désac-


cord δ et la pulsation Rabi Ω (via la puissance RF). Le plus simple dans notre cas,
est de jouer uniquement sur le désaccord (Voir figure 4.13). Considérons que le sys-
tème est dans l’état initial |ai à t = 0, et que le champ RF est éteint. On allume
le champ à l’instant t = 0+ à une fréquence loin de résonance (−δ  Ω), l’état du
système devient |−i. On change lentement la fréquence du champ RF de telle sorte
que δ  Ω, on arrive de l’autre côté de la résonance. À ce désaccord, et également
en absence de RF, l’état |−i est égale à l’état non-couplé |bi. Après extinction du
champ RF, on a donc transféré le système dans l’état |bi. La condition d’adiabaticité
est donné par [119, 123] :


|θ̇|  δ 2 + Ω2 ⇐⇒ |δ̇Ω − δ Ω̇|  (δ 2 + Ω2 )3/2 . (4.21)

Dans notre cas, où on ne change que le désaccord δ, la condition devient |δ̇|  Ω2 .


On remarque donc que le transfert adiabatique par balayage de fréquence est plus
efficace que le simple π-pulse. En effet, lorsque la fréquence Rabi est suffisamment
grande, par rapport aux variations temporelles de δ et Ω, le transfert n’est pas
perturbé et on peut ainsi transférer la totalité des atomes vers l’état souhaité, de
manière stable expérimentalement.
96 Chapitre 4. L’expérience de potassium 39

4.3.3 Circuit radio-fréquence


Dans les expériences qu’on souhaite réaliser, nous voulons travailler avec un mé-
lange de spin des sous-niveaux Zeeman |F = 1, mF = −1i et |F = 1, mF = 0i,
dans le régime proche du collapse, c’est-à-dire vers un champ magnétique autour de
56 G. Nous devons donc condenser les atomes dans l’un des deux états avant la créa-
tion du mélange. Les deux niveaux présentent chacun une résonance de Feshbach
accessible. La résonance se trouve vers 59 G pour |1, 0i, et vers 33 G pour |1, −1i.
Cependant, la condensation dans les deux états n’est pas similaire. En effet, il existe
un taux de perte d’atomes par recombinaison à trois corps plus élevé dans l’état
|1, 0i [89, 70]. Il est donc plus favorable de condenser les atomes dans l’état |1, −1i
avant la formation du mélange.

À ce stade de l’expérience, les atomes sont dans l’état |2, 2i. Pour les transférer
dans l’état |1, −1i, il y a deux possibilités. Nous pouvons d’abord transférer les
atomes dans l’état |2, −2i grâce à un transfert adiabatique à travers tout les états
Zeeman de F = 2, puis avec un transfert final de |2, −2i à |1, −1i. En essayant
ce premier schéma de transferts, nous avons observé une perte d’atomes importante
dans l’état |2, −2i au champ magnétique utilisé (∼ 14.3 G). Nous avons donc favorisé
le second schéma de transferts qui est le suivant : on réalise un premier transfert de
|2, 2i vers |1, 1i à ∼ 4.05 G, la fréquence de résonance est 472.41 MHz. Et ensuite, un
transfert de |1, 1i vers |1, −1i en passant par l’état |1, 0i à ∼ 42.7 G. La fréquence
de résonance des transferts sont respectivement 27.3 MHz et 30.9 MHz (Voir annexe
B).

Dispositif
Le circuit radiofréquence est présenté en figure 4.14. Le champ RF nécessaire à la
transition |2, 2i → |1, 1i, provient d’un générateur de signal Anapico Apsin2010HC
(G1 sur la figure). Le générateur Anapico Apsin2010HC en G2, nous permet de
faire les transferts |1, 1i → |1, 0i → |1, −1i. Le dernier générateur G3 Hewlett Pa-
ckard 8647A, est utilisé pour la formation du mélange de spin. Chaque générateur
radiofréquence est commandé en mode FM (Frequency modulation) par une com-
mande analogique, provenant de la carte NI-PXI-6738, cela nous permet de faire
des balayages de fréquences de formes arbitraires. Il y a à chaque sortie de géné-
rateur, des interrupteurs 6 contrôlés par un signal TTL. On peut ainsi, lors de la
séquence, laisser passer le champ radiofréquence que nous souhaitons. Les signaux
RF sont combinés 7 dans le même câble, qui est connecté à un amplificateur 100 W
ZHL-100W-GANX+ 8 , permettant d’atteindre des fréquences de Rabi de l’ordre de
6. ZX80-DR230-S+ , Minicircuit.
7. ZFSC-2-372-S+ Minicircuit.
8. Il est important de ne pas saturer l’amplificateur en entrée, on a observé la génération de la
fréquence double avec une compétition de gain entre les deux fréquences.
4.3 Transferts radiofréquences vers les états Zeeman de F = 1. 97

ZX80-DR230-S+

G1 • •

Anapico APSIN2010HC
Commande Bobine RF
ZFSC-2-372-S+
analogique TTL Amplificateur
+
100W

G2 ZHL-100W-GANX+
ZX80-DR230-S+
Anapico APSIN2010HC
• •

• •

G3
TTL TTL
Hewlett Packard 8647A

Figure 4.14 – Schéma du circuit radiofréquence

plusieurs dizaines de kHz. L’antenne est réalisée en faisant deux spires de diamètre
5 cm avec du fil de cuivre de diamètre 1 mm. Elle est positionnée proche des atomes, à
environ 10 cm. Nous n’avons pas cherché à adapter l’impédance du circuit au niveau
de l’antenne pour augmenter la puissance rayonnée. En effet, nous voulons éviter
de faire un circuit résonant, nous voulons pouvoir utiliser la même antenne sur un
grand intervalle de fréquences. Nous avons de plus, déjà des problèmes d’isolations
dus à la présence de RF émise dans la pièce aux puissances utilisées.

Problème d’isolation
La salle de l’expérience baigne dans le champ rayonné par l’antenne, dont la
longueur d’onde est de l’ordre de plusieurs mètres. Les objets conducteurs comme
les câbles, les châssis métalliques des appareils électroniques, dont les tailles sont de
l’ordre de la longueur d’onde du champ radiofréquence, se comportent comme des
antennes, et vont par conséquent, capter les ondes ambiantes. Les systèmes électro-
niques sont directement affectés par la présence de RF. Par exemple, les asservis-
sements des fréquences pour les lasers (D1 et D2) se coupent lorsque la puissance
du champ RF est trop importante. En addition de ces problèmes, on a observé
des changements de tensions sur les commandes analogiques avec l’ajout de bruits
supplémentaires. Ces décalages limitent majoritairement la stabilité du champ ma-
gnétique. Nous avons vu des décalages du champ magnétique de l’ordre de 30 mG.
Nous avons blindé le plus possible les différents éléments, et nous avons également
ajouté des filtres passe-bas avec des fréquences de coupure de l’ordre du kHz. Après
blindage, nous avons constaté que même si l’effet est fortement réduit au niveau des
commandes, après passage dans l’électronique des boîtes PID, et également de celle
de l’alimentation de courant des bobines, la valeur du champ magnétique change.
98 Chapitre 4. L’expérience de potassium 39

Nous avons identifié, que la présence de champ RF a un effet direct sur la masse
des circuits. Il est par conséquent, nécessaire de connecter ensemble les masses des
différents appareils et d’éviter des boucles de masses, qui engendre des tensions pa-
rasites, et donc des décalages en tension des commandes analogiques. Nous avons
enlevé les amplificateurs différentiels à l’entrée du PID, ce qui fixe la masse du cir-
cuit électronique, et restreint par conséquent les décalages. Ce genre de problèmes
reste généralement délicat à résoudre. Nous avons aussi éloigné les éléments sensibles
de l’antenne, réduisant la quantité d’ondes captée, et diminuant par conséquent le
décalage en tension des commandes. Nous envisageons également, dans la suite, de
les mettre dans une autre pièce.

Calibration et homogénéité du champ magnétique

La calibration précise du champ magnétique, au niveau des atomes, peut se faire


grâce aux transferts RF. En effet, la transition d’un état à un autre se fait à une fré-
quence bien précise, qui dépend du champ magnétique (Voir la figure 4.9 et l’annexe
B). De plus, l’homogénéité du champ au niveau des atomes peut aussi être connue.
Le gradient magnétique résiduel, dans la direction longitudinale du FORT1D, est
détecté par des expériences de temps de vol unidimensionnel. Et, à l’aide de bo-
bines hors de l’axe, nous pouvons appliquer des gradients magnétiques, permettant
l’annulation de ce dernier. De plus, les petites bobines étant un peu trop éloignées
pour être véritablement en configuration Helmholtz, il est possible d’annuler la cour-
bure du champ au niveau des atomes, en les utilisant en configuration dipôle. Au
champ magnétique où nous faisons les expériences de mélange de spin, la courbure
est suffisamment faible pour être négligée par rapport à la taille longitudinale du
nuage. Il est également possible de sonder précisément l’environnement magnétique
des atomes le long du piège final FORT 1D en faisant des oscillations de Ramsey
(pour plus de détails voir l’annexe C). Finalement, durant les expériences, et sur
toute l’extension du nuage, nous ne voyons pas d’effets provoqués par la présence
d’un gradient magnétique résiduel.

Finalement, nous pouvons transférer 95% des atomes 9 dans l’état |1, −1i en 4 ms.

9. Nous avons observé que le transfert |1, 0i → |1, −1i n’était pas parfait. Nous avons identifié la
présence d’un décalage lumineux différentiel entre les deux états [124]. Les oscillations des atomes
dans le piège, à des fréquences de l’ordre de plusieurs kHz, engendrent donc des fluctuations du
désaccord δ à des fréquences proches de Ω/2π. Les atomes dans l’état |1, 0i ne sont plus présents
après les phases d’évaporation.
4.4 Évaporation dans un piège croisé 99

4.4 Évaporation dans un piège croisé

Configuration géométrique des pièges dipolaires

Une fois le transfert vers l’état |F = 1, mF = −1i effectué, nous voulons conti-
nué l’évaporation, afin d’atteindre la condensation de Bose-Einstein. La puissance
du FORT1 diminuant fortement lors de l’évaporation, son confinement longitudinal
devient insuffisant pour piéger les atomes, nous ajoutons donc un deuxième piège
dipolaire, nommé FORT2, pour assurer le confinement longitudinal. La figure 4.15
montre un schéma de la configuration géométrique des pièges optiques. Ce dernier
est issu du même laser que le FORT1, il provient de l’ordre 0 d’un modulateur
acousto-optique, par lequel le FORT1 passe, il permet un contrôle de la puissance,
et sert d’interrupteur rapide. Le FORT2 est ensuite mis en forme, la puissance maxi-
male disponible est de 14 W. Les caractéristiques du faisceau, à pleine puissance et
au niveau des atomes, sont les suivantes :

— Waist w = 120 µm.


— Fréquence radiale fr2 = 278 Hz.
— Fréquence longitudinale fl2 = 0.8 Hz.
— Profondeur : |Udip2 |/kB = 50 µK.

Un dernier piège est ajouté dans l’axe des faisceaux MOT horizontaux, nommé
FORT1D. Le FORT1D est un faisceau de longueur d’onde 1064 nm, et de puissance
maximale 500 mW. Les caractéristiques du faisceau, à pleine puissance et au niveau
des atomes, sont les suivantes :

— Waist w = 44 µm.
— Fréquence radiale fr1D = 490 Hz.
— Fréquence longitudinale fl1D = 2.7 Hz.
— Profondeur : |Udip1D |/kB = 22 µK.

Ce dernier piège est utilisé en fin d’évaporation, lorsque la température des


atomes est suffisamment faible. Il donne une plus grande versatilité dans le choix des
fréquences de piégeage et permet d’être perpendiculaire aux deux axes d’imagerie.
Il est également utilisé comme piège final pour les expériences. En effet, sa faible
fréquence longitudinale engendre un confinement longitudinal très faible, voire né-
gligeable. Il est donc possible de faire des expériences dans une configuration 1D,
comme l’étude de soliton [125], de localisation 1D [47, 126] ou de gouttelette quan-
tique 1D [98, 106].
100 Chapitre 4. L’expérience de potassium 39

Figure 4.15 – Schéma de la configuration géométrique des différents pièges dipo-


laires, issu de [48]. En orange, les deux pièges à 1550 nm, croisent la cellule avec
un angle d’incidence élevé, afin de maximiser la transmission de l’intensité. En bleu,
le FORT1D à 1064 nm traverse la cellule à faible incidence. Des lames dichroïques
permettent le passage de ce piège dans l’axe des faisceaux MOT horizontaux.

Évaporation
L’étape de l’évaporation consiste à baisser la puissance des différents pièges op-
tiques. Afin d’évaporer efficacement, nous tirons avantage de la présence de la ré-
sonance de Feshbach à 33 G. Après avoir transféré les atomes dans l’état |1, −1i,
nous changeons le champ magnétique jusqu’à atteindre Bf = 40.5 G où la longueur
de diffusion est égale à environ 140 a0 . La figure 4.16 représente les étapes d’évapo-
rations, les faisceaux utilisés et leurs puissances. Nous appliquons au total quatre
étapes d’évaporation. La première, numérotée (1) sur le schéma, consiste à diminuer
la puissance du FORT 1 jusqu’à environ 8%. Nous appliquons ensuite les transferts
radio-fréquences, changeons le champ magnétique à Bf , et allumons le FORT2 à
30%. Une deuxième étape d’évaporation (2) est mise en œuvre, où le FORT1 est
diminué jusqu’à 1% de sa puissance. Avant la troisième étape (3), le FORT1D est
allumé à 25% de sa puissance, nous baissons ensuite la puissance du FORT1 jusqu’à
l’éteindre. La dernière étape (4) est l’étape de condensation, nous baissons simulta-
nément la puissance du FORT2 et du FORT1D jusqu’à 3.5% et 12%. Le piège final
est un piège allongé en forme de cigare.

Les différentes étapes permettent d’obtenir un condensat de Bose-Einstein pur


dans l’état |F = 1, mF = −1i. Le nombre d’atomes maximal dans le condensat est
d’environ 220 000 atomes. Les fluctuations shot à shot sont de l’ordre de 15%.
4.4 Évaporation dans un piège croisé 101

2000

𝐵!
150
4 100
150

Figure 4.16 – Schéma des étapes d’évaporations à partir du chargement du


FORT1. Les puissances des lasers sont données en pourcentage de leur puissance
maximale. Les différentes étapes sont numérotées de 1 à 4.
102 Chapitre 4. L’expérience de potassium 39

4.5 Imagerie
Imagerie par fluorescence
Afin d’observer les atomes, nous utilisons de l’imagerie par fluorescence. À champ
magnétique non nul, les atomes ne sont plus à résonance avec la lumière provenant
des faisceaux MOT (nous utilisons pour l’imagerie le faisceau principal et repompeur
de la ligne D2). Il est donc nécessaire de couper le champ magnétique. Ceci doit se
faire suffisamment rapidement, pour éviter qu’une dynamique non voulue se passe.
En effet, en éteignant le champ magnétique, la longueur de diffusion change et par
conséquent, les interactions inter-atomiques également et peuvent engendrer une
dynamique spatiale. À l’aide du switch au niveau des grosses bobines, il est possible
de couper le champ en ∼ 0.3 ms. De plus, nous appliquons un temps de vol avant
chaque image pour diluer le gaz, diminuant ainsi les interactions, et par conséquent
limitant l’effet de la coupure du champ. Avant d’imager, nous pouvons appliquer
un gradient magnétique à l’aide des petites bobines en configuration quadrupôle,
pour faire une expérience du type Stern-Gerlach. Nous imageons le nuage pendant
typiquement 30µs.

Deux axes d’imagerie


Nous avons deux axes d’imageries, schématisés en figure 4.17. L’axe d’imagerie
horizontal est formé d’un triplet de focale 42.72 mm (voir thèse de [Link] [48]),
suivi d’un doublet LA0 de 190 mm, et d’une caméra Andor Ixon EMCCD. L’ou-
verture numérique de l’axe d’imagerie est de O.N = 0.28. La caméra possède une
matrice 1004 × 1002 de pixel de 8 µm. Le grandissement sur cette axe d’imagerie
est de ×4.57. L’axe verticale est composé du même triplet de 42.72 mm, suivi d’un
doublet LAO de 80 mm et d’une caméra Andor Zyla 4.2 sCMOS de 4.2 Méga-pixel.
L’ouverture numérique est également de O.N = 0.28. La taille réelle des pixels est
6.5 µm. Le grandissement selon cette axe est de ×1.87.

Résolution de l’imagerie
La résolution attendue de l’imagerie dans les deux axes est de 1 µm. Cependant, la
taille minimale mesurée expérimentalement sur des condensats, dont la taille radiale
attendue est de l’ordre du micro, est de 3 − 4 µm. Cette différence peut venir de la
position des objectifs. En effet, pour des raisons stériques, nous imageons les atomes
à 0.8 mm hors de l’axe (dans l’axe horizontal). Nous avons donc de l’astimagtisme
qui diminue la résolution. De plus, nous avons également vu des effets de chauffage
(diffusion des photons par les atomes pendant l’imagerie) et de densité (interactions
dipôle-dipôle) lors de l’imagerie, qui peuvent augmenter la taille observée 10 [127].
10. La totalité des effets rentrant en jeu sont encore incompris et pourront faire l’objet d’une
étude future.
4.5 Imagerie 103

Andor Zyla
4.2 sCMOS

Andor Ixon
EMCCD

Figure 4.17 – a) Image par fluorescence des trois pièges optiques. Image prise dans
la direction verticale. L’axe longitudinale du FORT1D est perpendiculaire aux deux
axes d’imagerie, il est donc au focus des deux caméras, dans tout le champ de vue.
b) Schéma des deux axes d’imageries.
Chapitre 5

Interactions à trois corps


contrôlables dans les mélanges de
condensats de Bose-Einstein couplés

5.1 Introduction
La très faible densité des gaz ultrafroids entraîne que les atomes interagissent
principalement par paires. Comme nous l’avons souligné dans le Chapitre 1, la lon-
gueur de De Broglie est plus grande que la portée du potentiel de Van der Waals
RVdW , on peut ainsi décrire le potentiel d’interaction comme un potentiel de contact
caractérisé par un seul paramètre : la longueur de diffusion a. La possibilité de
contrôler la longueur de diffusion via les résonances de Feshbach a permis d’explorer
divers phénomènes physiques comme la transition BEC-BCS avec un gaz de Fermi
[27, 128, 129, 130], l’étude des polarons de Fermi [131, 132] et de Bose [133, 134],
les gouttelettes quantiques [45, 46] et les supersolides [92, 93], ainsi que la physique
des solitons [91, 125, 135]. Néanmoins, la vitesse de changement des interactions
est limitée par l’inductance des bobines magnétiques. Il est alors possible de déca-
ler optiquement les résonances de Feshbach pour améliorer la résolution temporelle
[136, 137].

Une autre possibilité pour contrôler les interactions est l’utilisation de couplage
cohérent entre deux états quantiques [138, 139]. Dans [139], les auteurs démontrent
que les interactions entre deux atomes dans un état habillé sont décrit par une
constante de couplage qui est une combinaison linéaire des constantes de couplages
intra et inter espèces et qui dépend également des paramètres du couplage. Le groupe
de M.K Oberthaler à Heidelberg a étudié la physique et la dynamique de la tran-
sition entre le régime de Rabi et de Josephson dans le cas d’un mélange de spin
couplé [30, 31]. Ils ont également exploré le caractère miscible et non miscible d’un
mélange en présence d’un couplage. Ils montrèrent que le couplage entre les deux
Chapitre 5. Interactions à trois corps contrôlables dans les mélanges de
106 condensats de Bose-Einstein couplés
états de spin peut produire une inversion de la miscibilité du mélange [32, 33]. Ré-
cemment, le groupe de L. Tarruell ont directement mesuré la longueur de diffusion
d’un état habillé en fonction du désaccord à la résonance δ, ils formèrent également
des solitons habillés dans une configuration géométrique unidimensionnelle [140].

Bien que les interactions à trois corps dans un gaz d’atomes ultrafroid sont très
faibles et négligeables dans la plupart des situations par rapport au interactions
à deux corps, leur considération théorique est importante [141, 142, 143]. Leurs
présences conduisent à des effets non linéaires intéressants [144, 145, 146] et à la
formation de gouttelette quantique [39, 147]. À basse température, les interactions
à trois corps sont caractérisées par un hypervolume de diffusion D [148], avec un
rôle similaire à la longueur de diffusion a dans le cas des interactions à deux corps.
D est un nombre complexe dont la partie imaginaire Im(D) est associée à la perte
d’atomes par recombinaison à trois corps et la partie réelle Re(D) correspond à
un décalage en énergie et donc, à la magnitude des interactions à trois corps [149].
Une augmentation des interactions à trois corps (augmentation de la partie réelle)
est attendue proche des résonances de Feshbach, provenant d’une coïncidence en
énergie avec des états faiblement liés à trois corps [39, 148, 149, 150, 151, 152]. Ce-
pendant, les potentiels interatomiques possèdent de nombreux états liés profonds à
deux corps, par conséquent l’augmentation des interactions à trois corps Re(D) s’ac-
compagne d’un accroissement de Im(D), causé par des recombinaisons à trois corps
vers ces états profonds [153]. Par exemple, les résonances d’Efimov à trois corps
ont été observées expérimentalement à travers l’augmentation des pertes d’atomes
par recombinaison à trois corps [154, 40, 155]. Plusieurs études ont été faites sur la
manière d’introduire des interactions à trois corps. Dans les réseaux optiques, les
grandes pertes d’atomes à trois corps et l’effet Zeno quantique induisent une inter-
action à trois corps [156, 157]. Le couplage cohérent entre deux états quantiques
peut également induire des interactions à trois corps [158, 41].

Une interaction à trois corps effective peut aussi être induite via une constante
de couplage à deux corps dépendant de la densité du gaz. Cette méthode a besoin
de la présence d’un degré de liberté supplémentaire, qui s’adapte rapidement à la
densité locale et peut donc être éliminé adiabatiquement. Dans le cas d’un condensat
dans une configuration géométrique quasi-2D ou quasi-1D, sa fonction d’onde dans
les directions confinées fournit le degré de liberté supplémentaire [159]. En présence
d’interactions à deux corps, la taille va augmenter (diminuer) lorsque les interactions
sont répulsives (attractives). Cet effet induit un terme d’interactions à trois corps
de constante de couplage g3 ∝ −a2 dans l’équation d’état pour la fonction d’onde
en dimension réduite. Ce développement est perturbatif, valide seulement lorsque
le terme trois corps est faible par rapport à celui du deux corps. L’étude de cette
interaction à trois corps a été faite en observant le décalage en fréquence du mode de
respiration dans un piège quasi-2D [161] et la rupture de l’intégrabilité en géométrie
5.2 Collisions entre états habillés 107

quasi-1D [160].

Dans ce chapitre, nous allons expliquer comment le couplage cohérent entre deux
états de spin permet le contrôle des interactions à travers le désaccord à la résonance
δ. Ce couplage permet de changer les interactions très rapidement sur une grande
amplitude et donc d’envisager des expériences de quench. Nous allons démontrer
l’apparition dans l’équation d’état d’une interaction effective à trois corps attractive
∝ n3 [162]. Elle provient de l’affectation du degré de liberté du spineur par un
décalage du désaccord à la résonance causé par l’interaction à deux corps de champ-
moyen. Cette interaction est particulièrement attrayante, il est possible de contrôler
la magnitude de l’interaction à trois corps à travers la fréquence de Rabi Ω/2π sans
pertes à trois corps supplémentaires et indépendamment des interactions à deux
corps. Permettant ainsi de former un système dont les interactions à trois corps
sont dominantes et dictent la dynamique. Expérimentalement, nous allons étudié
deux conséquences de l’apparition de l’interaction trois corps. Nous allons voir que
le mode de respiration d’un condensat dans un piège allongé, qui est usuellement
indépendant de l’interaction de champ moyen à deux corps, montre un décalage
causé par la présence du terme à trois corps. Nous allons également montrer que
le condensat peut s’effondrer sur lui-même en présence d’interactions à trois corps,
malgré une longueur de diffusion positive.

5.2 Collisions entre états habillés


5.2.1 Hamiltonien du système
Considérons un condensat de Bose-Einstein composé de N atomes, en présence
d’un couplage cohérent entre les deux états de spin σ =↑, ↓. Notons Ω la pulsation
Rabi et δ le décalage en fréquence à la résonance. Dans le référentiel tournant,
l’hamiltonien du système s’écrit :

Z !
X ~2 2
∇ X X gσ,σ0
Ĥ = Ψ̂†σr r
Ψ̂σr + ~ Ψ̂†σr ξσσ0 Ψ̂σ0 r + Ψ̂†σr Ψ̂†σ0 r Ψ̂σr Ψ̂σ0 r dr
σ
2m σ,σ 0 σ,σ 0
2
(5.1)
où Ψ̂σr est l’opérateur annihilation d’une particule de spin σ en position r, ξˆ =
−(δσ̂z + Ωσ̂x ) est l’hamiltonien de spin à une particule écrit avec les matrices de
Pauli (σ̂z , σ̂x ) s’appliquant sur les états internes {|↑i, |↓i}. gσσ0 est la constante de
couplage associé à l’interaction σ − σ 0 avec la longueur de diffusion aσσ0 .

Dans l’approximation des interactions faibles et à température nulle, nous pou-


vons suivre la méthode de Bogoliubov en écrivant la fonction d’onde Ψ̂σr = Ψσ (r) +
Chapitre 5. Interactions à trois corps contrôlables dans les mélanges de
108 condensats de Bose-Einstein couplés
φ̂σr , où nσ (r) = |Ψσ (r)|2 est la densité du condensat dans l’état |σi, φ̂σr est l’opéra-
teur annihilation de particule en position r et à impulsion non nulle. En négligeant
le terme φ̂σr et en substituant Ψ̂σr = Ψσ (r) dans l’équation 5.1, l’énergie de champ-
moyen s’écrit :

EMF ~δ g↑↑ 2 g↓↓ 2


= −~Ω(Ψ∗↑ Ψ↓ − Ψ∗↓ Ψ↑ ) + (n↑ − n↓ ) + n + n + g↑↓ n↑ n↓ (5.2)
V 2 2 ↑ 2 ↓

5.2.2 Régime du couplage fort


Collisions élastiques
Le régime de couplage fort est défini comme le régime où le couplage cohérent est
l’énergie dominante dans le système ~Ω  p2 /2m, g↑↑ n, g↓↓ n, g↑↓ n, où n = n↑ + n↓
est la densité totale. Dans ce régime, chaque atome est dans un des deux états propres
de l’hamiltonien Rabi, les états habillés {|+i, |−i} (voir 4.3.1). Les interactions
peuvent ainsi être décrites par des constantes de couplages effectives g−− , g++ et
g+− associées aux longueurs de diffusions effectives [139, 140] :

1
a−− = a↓↓ sin4 (θ) + a↑↑ cos4 (θ) + a↑↓ sin2 (2θ) (5.3)
2
1
a++ = a↓↓ cos4 (θ) + a↑↑ sin4 (θ) + a↑↓ sin2 (2θ) (5.4)
2
1
a−+ = (a↑↑ + a↓↓ ) sin2 (2θ) + a↑↓ cos2 (2θ) (5.5)
2
En figure 5.1, nous avons tracé les longueurs de diffusions décrivant les interac-
tions entre deux atomes dans les états habillés {|−i, |+i}. Dans cet exemple, nous
avons choisi a↑↑ = 83.4 a0 , a↓↓ = 33.4 a0 et a↑↓ = −53.2 a0 . Nous voyons qu’en fonc-
tion du désaccord δ/Ω les longueurs de diffusions sont modifiées. Lorsque δ/Ω  1,
a−− correspond à la longueur de diffusion dans les états non couplés a↓↓ . De l’autre
côté de la résonance, pour δ/Ω  −1, a−− correspond à a↑↑ . Proche de la résonance,
les longueurs de diffusions correspondent à une somme des trois longueurs de diffu-
sions des états non couplés (a↑↑ , a↓↓ et a↑↓ ) pondérée par le produit des probabilités
de trouver le premier et le deuxième atome dans les états |↑i et |↓i. Pour l’état |−i
cela peut s’écrire :
 2  2
(−) (−) (−) (−)
a−− = P↓ a↓↓ + P↑ a↑↑ + 2P↓ P↑ a↑↓ (5.6)
(−) (−)
avec P↓ = sin2 (θ) et P↑ = cos2 (θ), qui sont respectivement les probabilités de
trouvé l’état |−i dans |↓i et |↑i lors de la collision.
5.2 Collisions entre états habillés 109

Figure 5.1 – Longueurs de diffusions décrivant les interactions entre deux atomes
dans un des états habillés {|−i, |+i}.

Le minimum de a−− est atteint pour la polarisation de l’état |−i P = δ/Ω̃ =


(a↓↓ − a↑↑ )/(a↓↓ + a↑↑ − 2a↑↓ ) et peut s’écrire :

a↓↓ a↑↑ − a2↑↓


amin
−− = (5.7)
a↓↓ + a↑↑ − 2a↑↓

Dans [140], les auteurs ont montré le changement de la longueur de diffusion pour
l’état |−i avec un mélange couplé des états |F = 1, mF = −1i et |F = 1, mF = 0i
du 39 K. Dans des expériences d’expansions, ils mesurèrent directement la longueur
de diffusion en fonction du désaccord δ/Ω. De plus, à l’aide des résonances de Fe-
shbach, il est possible d’avoir amin
−− < 0 et ils observèrent la formation de train de
solitons brillants dans un état habillé. Avec notre expérience, nous avons pu répéter
ces expériences et observer les mêmes résultats.

Il est également intéressant de remarquer que pour l’exemple précédent et dans


la base non couplée {|↑i, |↓i}, le mélange est proche de la zone du collapse. Mais

un mélange des états habillés pour δ = 0 vérifie a+− > a++ a−− et subit par
conséquent une transition de phase vers un état non-miscible (Voir la partie 1.3.1).
Cette démixtion induite par le couplage Rabi a été étudiée dans les références [32, 33]
dans le groupe de M. Oberthaler.
Chapitre 5. Interactions à trois corps contrôlables dans les mélanges de
110 condensats de Bose-Einstein couplés
Collisions inélastiques
Nous pouvons également travailler avec l’état |+i. Cependant des collisions in-
élastiques existent. Les processus de désexcitations suivant vers l’état |−i sont pos-
sibles [140] :
1
| + +i −→ √ (| − +i + | + −i) (5.8)
2

| + +i −→ | − −i (5.9)
Ces processus de changement d’états par collisions à deux corps ne conservent pas
l’énergie cinétique. En effet, la différence d’énergie entre les états |+i et |−i (fi-
gure 5.2 (a)) est transférée en énergie cinétique. La figure 5.2 (b) montre les deux
transitions inélastiques possibles.
q Suite au processus 1, les deux atomes acquièrent
chacun une vitesse v1 = 2~Ω̃/m, la différence d’énergie 2~Ω̃ est transférer en
énergie
qcinétique entre les deux atomes. Le processus 2 conduit à une vitesse finale
v2 = ~Ω̃/m. La section efficace de diffusion pour les processus 1 et 2 s’écrivent
respectivement [140] :
π 2
σ1 = (a↑↑ + a↓↓ − 2a↑↓ ) sin2 (2θ) (5.10)
2
2
σ2 = 4π (a↑↑ sin2 (2θ) − a↓↓ cos2 (2θ) + a↑↓ cos(2θ)) sin2 (2θ) (5.11)
La figure 5.3 montre un profil de densité d’un condensat initialement transféré
adiabatiquement dans l’état |+i via un champ RF de pulsation Rabi Ω/2π = 20 kHz.
Après le transfert, le piège longitudinal est éteint afin de laisser le gaz s’étendre
dans le piège 1D pendant 63.8 ms. Le profil de densité possède trois pics 1 . Le plus
haut correspond à la position initiale des atomes dans le piège. Les deux autres
correspondent aux atomes ayant subit une collision inélastique (| + +i −→ | − −i).
Ces pics se trouvent à environ 400 µm de la position initiale, ainsi leur vitesse est
d’environ 6.3 mm/s. Le gain d’énergie est donc bien de l’ordre de 20 kHz ∼ Ω/2π.
Dans des expériences de temps de vol tridimensionnel, les auteurs de [140] observent
des halos de collisions.

5.3 Effets des interactions sur l’état habillé


5.3.1 Dérivation du terme d’interaction à trois corps
Dans la partie précédente, nous n’avons pas pris en compte l’effet des inter-
actions sur l’état interne des atomes, on était dans une configuration telle que
1. Les collisions étant en onde s, les pics de collisions inélastiques sont des halos de collisions
pour une expansion tridimensionnelle.
5.3 Effets des interactions sur l’état habillé 111

(a)

(b)

Figure 5.2 – Figures issues de [72]. Processus de changement d’états par collisions
à deux corps inélastiques. (a) États à deux particules et leurs énergies internes
associées.p
(b) Dispersion de l’énergie d’une particule en fonction du moment k/kΩ̃
où kΩ̃ = 2mΩ̃/~ et Ω̃ est la fréquence de Rabi généralisée. Les processus 1 et 2
1
correspondent respectivement à |++i −→ |−−i et |++i −→ √ (| − +i + | + −i).
2
600
550
Chapitre 5. Interactions à trois corps contrôlables dans les mélanges de
112 condensats de Bose-Einstein couplés

500
450
400
(a)

350
300
100

200

300

400

500

600

700
(b)

Figure 5.3 – (a) Distribution atomique en fausses couleurs. (b) Profil de densité
longitudinale de (a). Le condensat est initialement transféré adiabatiquement dans
l’état |+i. Nous appliquons 63.8 ms d’expansion dans le piège longitudinale. Ω =
20 kHz.
5.3 Effets des interactions sur l’état habillé 113

~Ω  g↑↑ n, g↓↓ n, g↑↓ n. Dans le cas contraire, l’énergie de l’état |↑i et |↓i vont
respectivement être décalée d’une quantité :

µ↑ = g↑↑ n↑ + g↑↓ n↓ (5.12)

µ↓ = g↓↓ n↓ + g↑↓ n↑ (5.13)


Par conséquent le décalage à la résonance δ est lui aussi affecté par les interactions
dans le système. Il peut se réécrire δ 0 tel que :

~δ 0 = ~δ + g↑↑ n↑ + g↑↓ n↓ − g↓↓ n↓ − g↑↓ n↑ (5.14)


Afin de prendre en compte les interactions et voir leur influence sur l’équation d’état
d’un condensat couplé de façon cohérente, nous repartons de l’équation de l’énergie
de champ moyen (5.2). Afin de simplifier la discussion, nous travaillons dans le
cas d’interaction symétrique g↑↑ = g↓↓ = g et on définie ḡ = (g − g↑↓ )/2. L’état
fondamental du système est déterminé par minimisation de l’énergie par rapport à
l’état interne du système. Le premier terme fixe la phase relative du spineur (Ψ↑ , Ψ↓ )
qui peut finalement s’écrire :

(Ψ↑ , Ψ↓ ) = n [sin(θ/2), cos(θ/2)] (5.15)

L’énergie de champ-moyen par particules se réécrit maintenant :


EMF ~δ gn ḡn 2
= −~Ω sin(θ) − cos(θ) + − sin (θ) (5.16)
N 2 2 2
Dans la suite, nous allons considérer le cas où les atomes sont dans l’état habillé |−i,
c’est à dire θ ∈ [0, π]. Nous cherchons la correction à l’angle de mélange causée par
les interactions. Nous minimisons donc l’énergie par particules en fonction de θ :
 
∂(EMF /N ) δ 1
= 0 ⇐⇒ cotan(θ) = (5.17)
∂θ Ω 1 + 2γ sin(θ)
avec le rapport γ = [ḡn/~Ω] qui compare le décalage de champ-moyen à la fréquence
Rabi. Ce rapport donne l’importance des interactions par rapport au couplage co-
hérent. En l’absence d’interactions (γ = 0), θ = θ0 tel que :
δ
cotan(θ0 ) = (5.18)

Le condensat est dans l’état propre de l’hamiltonien Rabi |−i = sin(θ0 /2) |↑i +
cos(θ0 /2) |↓i. Afin de trouver la modification de l’état interne par les interactions 2 ,
nous calculons la correction ∆θ à θ0 au premier ordre en γ :
2. Erratum : Dans l’article [162] que nous avons rédigé sur cette étude, il y a une faute de
typographie sur le signe de la correction. La bonne formule est θ ≈ θ0 + 2γ (1+δ2δ/Ω
/Ω2 )3/2
.
Chapitre 5. Interactions à trois corps contrôlables dans les mélanges de
114 condensats de Bose-Einstein couplés

δ
cotan(θ0 + ∆θ) ≈ (1 − 2γ sin(θ0 )) (5.19)

δ/Ω
∆θ = 2γ (5.20)
(1 + δ 2 /Ω2 )3/2
En présence des interactions, γ est le paramètre contrôlant la modification de l’état
interne du condensat par rapport à l’état |−i. En injectant la modification de θ dans
l’expression de l’énergie de champ moyen (5.16) et en faisant un développement en
puissance de γ, on trouve :

EMF n n2
≈ − + g2 + g3 (5.21)
N 2 3

avec g2 = g − (5.22)
1 + δ 2 /Ω2

3ḡ 2 δ 2 /Ω2
et g3 = − (5.23)
~Ω (1 + δ 2 /Ω2 )5/2

√Le premier terme de (5.21) correspond à l’énergie de l’état habillé |−i, − =


−~ δ 2 + Ω2 /2. La constante de couplage à deux corps g2 = 4π~2 a−− /m correspond
à celle définie précédemment en équation (5.3). Le dernier terme, proportionnel à
n2 , correspond à une interaction effective à trois corps de constante de couplage g3
provenant de la modification de l’angle de mélange θ par les interactions de champ-
moyen.

5.3.2 Discussion physique


La figure 5.4 présente un schéma de la forme des constantes de couplages g2 et g3
en fonction du désaccord δ/Ω. Elles sont représentées dans le cas d’interaction symé-

trique et pour a↑↓ > a↑↑ a↓↓ . g2 dépend seulement de δ/Ω. D’après la forme de g3 ,
on remarque que les interactions trois corps sont uniquement attractives. g3 est nulle
pour les grandes valeurs de δ/Ω, lorsque les deux états sont non couplés. Elle est
également nulle pour δ = 0, l’énergie
p (5.16) est donc minimale pour θ = θ0 = π/2.
|g3 | est maximale pour δ/Ω = ± 2/3.

Il est important de noter que g3 peut être contrôlée indépendamment de g2 via


la pulsation Rabi (g3 ∝ 1/Ω). Sur la figure 5.4, on a tracé la constante de couplage
g3 pour différentes valeurs de pulsations Rabi (Ω1 > Ω2 > Ω3 ), on remarque que
plus Ω diminue plus les interactions à trois corps sont attractives. Néanmoins, il y a
quelques limitations. Tout d’abord, Ω ne peut pas être arbitrairement petit, il faut
que le transfert vers l’état habillé soit fait de manière adiabatique γ̇  Ω quand
la densité varie dans le temps. Deuxièmement l’expansion de l’énergie en puissance
5.3 Effets des interactions sur l’état habillé 115

Figure 5.4 – Schéma des constantes de couplages pour l’interaction à deux corps
g2 et pour l’interaction à trois corps g3 en fonction de δ/Ω (en unités arbitraires).
Les trois pulsations Rabi vérifient Ω1 > Ω2 > Ω3 .
Chapitre 5. Interactions à trois corps contrôlables dans les mélanges de
116 condensats de Bose-Einstein couplés

Figure 5.5 – Longueur de diffusion a2 = a−− dans notre configuration expérimen-


tale en fonction de δ/Ω.

de la densité (Eq. (5.21)) et donc le terme d’interaction trois corps ne sont valident
que dans le régime γ  1. Cette seconde limitation est plus restrictive dans notre
expérience. Ainsi, en prenant γ ≈ 1 ou ḡn ≈ ~Ω, on trouve que la valeur absolue
maximale de l’énergie à trois corps par particules g3 n2 /3 représente une fraction
significative de l’énergie à deux corps ḡn/2. Finalement dans le régime γ  1 et
ḡn  ~|δ|, θ ≈ π/2 et l’énergie (Eq (5.16)) retrouve un comportement similaire à
un système avec des interactions uniquement à deux corps.

5.4 Mise en oeuvre expérimentale


Nous travaillons avec un condensat de Bose-Einstein dans les états |↑i = |F =
1, mF = −1i et |↓i = |F = 1, mF = 0i à un champ magnétique B = 54.690(1) G.
Les trois longueurs de diffusions décrivant les interactions sont a↑↑ = 37.9 a0 , a↓↓ =
36.9 a0 et a↑↓ = −54.2 a0 . Avec ces paramètres 3 , la longueur de diffusion a−− a un
minimum égale à −8.4 a0 pour δ ≈ 0 et s’annule pour δ/Ω ≈ ±0.47 (voir figure
5.5). Nous voulons travailler dans un régime où on garde un bon contrôle sur les
paramètres du système, nous avons mesuré expérimentalement par des oscillations
de Ramsey de 50 µs (Voir annexe C), ∆B = 0.8(2) mG 4 de fluctuations (RMS)

3. Nous avons vérifié que la légère différence entre a↑↑ et a↓↓ ne jouent pas de rôle quantitatif
dans nos données expérimentales. Ainsi, nous allons dans nos analyses considérer la valeur moyenne
des deux longueurs de diffusion.
4. Avec les oscillations de Ramsey, nous trouvons des fluctuations du champ magnétique simi-
laires à la mesure avec les transducteurs de courant (Voir partie 4.2.4).
5.4 Mise en oeuvre expérimentale 117

du champ magnétique correspondant à 0.56(14) kHz de fluctuations pour δ. Nous


allons ainsi faire notre étude pour Ω/2π ≥ 7 kHz où les fluctuations du champ sont
négligeables.

Ordres de grandeurs
Pour Ω/2π = 7 kHz et pour δ/Ω ≈ 0.8, la valeur absolue maximale pour la
constante de couplage à trois corps est |g3 |~ = 3 × 10−38 m6 /s. Cette valeur est
plus grande d’un facteur ∼ 100 par rapport au coefficient des pertes à trois corps
dominant K3↓↓↓ /6 ≈ 3×10−40 m6 /s dans les mélanges de spin du 39 K. L’hypervolume
de diffusion D pour notre système est donc essentiellement réel |Re(D)|  |Im(D)|.

5.4.1 Décalage de la fréquence du mode de respiration radiale


Pour un condensat dans une configuration allongée en forme de cigare avec des
interactions uniquement à deux corps, il est attendu que la fréquence du mode
de respiration radiale est toujours constante. Elle est égale à 2ω⊥ , où ω⊥ /2π est
la fréquence radiale du piège, et est indépendante des interactions à deux corps.
Cette invariance est causée par une symétrie cachée de l’hamiltonien à travers une
transformation d’échelle [163, 164, 165]. Dans cette partie nous allons voir l’effet des
interactions à trois corps sur le mode de respiration.

Observations expérimentales
L’expérience commence avec un condensat de Bose-Einstein quasi pur d’environ
1.4 × 105 atomes dans l’état |↑i dans un piège allongé en forme de cigare avec les
fréquences de piègeages suivantes (ω⊥ , ωk )/2π = (300, 16.4) Hz. Le condensat dans
l’état fondamental de l’hamiltonien (l’état |−i sans interactions) est préparé grâce
à un transfert adiabatique par balayage de fréquence. Le désaccord δ est décalé de
δini = 7.5 Ω jusqu’à sa valeur finale δf en 0.4 ms. La forme et la durée du balayage
δ(t) sont choisies afin d’être adiabatique par rapport à la dynamique interne 5 mais
non adiabatique par rapport à la dynamique spatiale du condensat 2π/ω⊥ . Ainsi, le
balayage est équivalent à un quench des interactions et induit une dynamique spa-
tiale du nuage. La taille initiale du condensat est plus élevée que la taille à l’équilibre
pour le nouvel état habillé, l’énergie potentielle supplémentaire va être convertie en
énergie cinétique et les atomes vont osciller dans le piège. La fréquence longitudi-
nale du piège est plus faible que la fréquence radiale, et en la contrôlant durant la
séquence expérimentale, nous limitons la dynamique longitudinale du nuage sur la
5. La forme de δ(t) a été choisie en analysant numériquement et expérimentalement les os-
cillations de Rabi résiduelles
 après un
 balayage adiabatique. Nous avons trouvé que la fonction
(δ −δ ) α+1
suivante δ(t) = iniα f 1+αt/t f
− 1 + δf , avec t ∈ [0, tf ] où tf est le temps du balayage et α une
constante, minimise mieux les oscillations de Rabi résiduelles et donc permet un meilleur transfert
adiabatique qu’une droite ou une exponentielle.
Chapitre 5. Interactions à trois corps contrôlables dans les mélanges de
118 condensats de Bose-Einstein couplés

Figure 5.6 – Fréquence du mode de respiration radiale en fonction de δ/Ω pour


Ω/2π = 25.4 kHz. Les points correspondent aux données expérimentales. Les barres
d’erreurs verticales correspondent à une incertitude de 1.5% sur la fréquence me-
surée. Les barres d’erreurs horizontales sont liées aux 0.8(2) mG de fluctuations du
champ magnétique. La zone grisée correspond à l’estimation théorique de la fré-
quence pour 2.3 × 109 m−1 < n1D < 2.65 × 109 m−1 prenant ainsi en compte notre
incertitude sur le nombre d’atomes provenant des fluctuations de l’expérience et la
détectivité. En insertion : taille du condensat en fonction du temps après un ba-
layage inverse de δ jusqu’à 7.5Ω et d’un temps de vol de 9.7 ms.

durée de l’expérience (∼ 15 ms) et nous permet donc de la négliger. Notre analyse


se focalise sur la dynamique radiale du condensat et en particulier nous nous inté-
ressons à la zone centrale du profil longitudinal où la densité est approximativement
constante et égale à n1D .

Dans un premier temps nous travaillons avec les paramètres suivants Ω/2π =
25.4 kHz et δ/Ω > 0.8. Après le transfert adiabatique jusqu’au désaccord δf , le
champ RF reste allumé à la même fréquence et le système commence sa dynamique
radiale. À différents temps, nous coupons le piège optique laissant les atomes libres
dans les trois dimensions de l’espace. Nous faisons dans le même temps un balayage
inverse (δf → δini ) en 0.4 ms, permettant d’augmenter les interactions et donc d’aug-
menter la résolution spatiale après un temps de vol de 9.7 ms. On observe une claire
oscillation de la taille radiale (graphique inséré en figure 5.6). Sur les 15 ms de l’ex-
5.4 Mise en oeuvre expérimentale 119

périence, nous observons une chute du nombre d’atomes de maximum 20%. La figure
5.6 montre la fréquence du mode de respiration en fonction de δ/Ω. Contrairement
à l’invariance d’échelle dans le cas d’interactions uniquement à deux corps, nous
mesurons une claire diminution de la fréquence du mode de respiration (jusqu’à 8%)
en diminuant le désaccord δ/Ω de 1.4 à 0.8.

Modèle théorique
Nous voulons maintenant comparer les fréquences mesurées aux valeurs théo-
riques attendues pour un condensat vérifiant l’équation d’état (5.21). Notre modèle
est basé sur une approche variationnelle, qui est valide dans le régime des faibles os-
cillations 6 autour de la position d’équilibre [166, 167]. Nous considérons que durant
le mouvement des atomes, le profil de densité maintient la même forme et uni-
quement son extension spatiale change. La fonction d’onde bidimensionnelle peut
s’écrire :

AN 1/2
Ψ(r) = f (r/R)eiφ(r) (5.24)
R
où f est une fonction arbitraire réelle, N le nombre d’atomes, A une constante de
normalisation, r la coordonnée radiale et R la taille du condensat. Nous supposons
φ(r) = 0, ce qui revient à supposer que la fonction d’onde est dans l’état fondamental
du piège. L’énergie du système est E(R) tel que :

E(R) = Epot (R) + Ecin (R) + E2 (R) + E3 (R) (5.25)


avec
Z
1 
2
Epot (R) = mω⊥ r2 |Ψ(r)|2 dr2 = Cpot R2 (5.26)
2
l’énergie potentielle,
Z  2
~2 d|Ψ(r)|
Ecin (R) = dr2 = Ccin R−2 (5.27)
2m dr
l’énergie cinétique,
Z
g2
E2 (R) = |Ψ(r)|4 dr2 = C2 R−2 (5.28)
2
l’énergie associée aux interactions à deux corps,
Z
g3
E3 (R) = |Ψ(r)|6 dr2 = C3 R−6 (5.29)
3
6. Expérimentalement, nous avons augmenté le temps du premier balayage, réduisant l’ampli-
tude des oscillations mais sans changement sur sa fréquence. Ceci valide notre hypothèse de faible
amplitude des oscillations.
Chapitre 5. Interactions à trois corps contrôlables dans les mélanges de
120 condensats de Bose-Einstein couplés
correspondant à l’énergie des interactions à trois corps. Les constantes Cpot , Ccin , C2 , C3
dépendent de la fonction f . En minimisant l’énergie, on en détermine la relation du
Viriel :

Ecin + E2 − Epot + 2E3 = 0 (5.30)

Nous souhaitons évaluer la fréquence ωb des faibles oscillations autour de la


position d’équilibre dont la taille est R0 . On développe le potentiel E(R) autour de
sa position d’équilibre :

1
E(R) = E(R0 ) + meff ωb2 (R − R0 )2 (5.31)
2
où meff est la masse effective définie tel que :
R 2
r¯2 ¯2 r n(r)dr2
meff = Nm 2 , r = R (5.32)
R n(r)dr2

r¯2 est la moyenne quadratique de la taille du condensat. En dérivant deux fois E(R)
et en utilisant la relation du Viriel, on en déduit la fréquence du mode de respiration
dans le régime des faibles oscillations :
s
E3
ωb = 2ω⊥ 1+ (5.33)
Epot

Tout d’abord, nous voyons qu’en absence d’interaction à trois corps (E3 = 0) nous
retrouvons l’invariance de la fréquence du mode de respiration. Dans notre cas E3 <
0, on s’attend donc à une diminution de la fréquence en fonction de l’importance des
interactions à trois corps. Nous avons évalué les énergies E3 et Epot numériquement
avec l’équation de Gross Pitaevskii, incluant le terme d’interactions à trois corps,
via la méthode de temps imaginaire (voir 3.4.4).

Comparaison avec l’expérience

Les résultats numériques des fréquences du mode de respiration sont tracés en


figure 5.6 (zone grise) en fonction de δ/Ω. Afin de prendre en compte notre incerti-
tude sur le nombre d’atomes provenant des fluctuations de l’expérience et la détec-
tivité, nous avons estimer la fréquence pour 2.3 × 109 m−1 < n1D < 2.65 × 109 m−1 .
Dans les barres d’erreurs expérimentales, nous trouvons un excellent accord avec les
fréquences mesurées expérimentalement. Il est important de noter que dans notre
intervalle de valeurs pour δ/Ω, diminuer δ/Ω correspond à diminuer g2 et d’augmen-
ter |E3 |. Finalement, nous attribuons la diminution de la fréquence d’oscillation et
donc la brisure de l’invariance d’échelle à la présence d’interactions à trois corps.
5.4 Mise en oeuvre expérimentale 121

Figure 5.7 – Nombre d’atomes en fonction du temps. Chaque point correspond à


une seule itération de l’expérience.

5.4.2 Effondrement induit par les interactions à trois corps


Observations expérimentales

En continuant de diminuer le désaccord δ/Ω, nous observons une chute brutale


du nombre d’atomes en environ 1 ms après le début du balayage en fréquence (voir
figure 5.7). À ce moment ci, le condensat a rétrécit et a atteint une haute densité.
Nous interprétons ce comportement comme un collapse radiale du nuage induit par
les interactions à trois corps. Cet effondrement est attendu pour δ/Ω ≈ 0 car le
minimum de a−− est égale à −8.4 a0 . Dans la suite, nous n’allons pas nous intéresser
à la dynamique du collapse, en incluant le rôle des pertes d’atomes. Mais plutôt au
seuil δc /Ω en dessous duquel un collapse a lieu. Afin d’étudier ce seuil, nous atten-
dons 3 ms après le début du balayage et nous traçons en figure 5.8 (a) la densité
centrale unidimensionnelle n1D en fonction de δ/Ω pour deux valeurs de pulsation
Rabi (figure (a)). On observe que le collapse se fait brutalement lorsque |δ|/Ω di-
minue. De plus, on s’aperçoit que le collapse se produit pour des valeurs différentes
de δ/Ω en fonction de Ω. Pour Ω/2π = 7.6 kHz (courbe bleue), le seuil est à une
valeur de |δ|/Ω plus élevée que pour Ω/2π = 29.8 kHz (courbe rouge). La figure 5.8
(b) représente la longueur de diffusion a−− en fonction de δ/Ω.

La figure 5.9 représente le seuil δc /Ω en fonction de la fréquence Rabi Ω/2π. Nous


observons que plus Ω/2π augmente plus le seuil diminue. Ce comportement ne peut
être expliqué simplement avec les interactions à deux corps qui ne dépendent que du
Chapitre 5. Interactions à trois corps contrôlables dans les mélanges de
122 condensats de Bose-Einstein couplés

Figure 5.8 – (a) Densité 1D en fonction du désaccord final δ/Ω. × : Ω/2π =


7.6 kHz, ◦ : Ω/2π = 29.8 kHz. Les courbes sont ajustées avec la fonction ncoll +
(n1D − ncoll )erf[(|δ| − δc )/(W Ω)], où ncoll , n1D , W et δc sont des paramètres libres.
(b) Longueur de diffusion a−− en fonction of δ/Ω.
5.4 Mise en oeuvre expérimentale 123

Figure 5.9 – Seuil du collapse δc /Ω en fonction de la fréquence Rabi Ω/2π. Les


points expérimentaux sont représentés par des carrés. La courbe en pointillé bleue
à δ/Ω = 0.47 correspond à a−− = 0. La courbe violette (resp. en tirée rouge)
correspond à la prédiction théorique en prenant en compte les effets de champ moyen
sur l’état interne plus (resp. sans) la renormalisation de l’interaction à deux corps
(voir texte). En insertion : Potentiel effectif V pour Ω/2π = 30 kHz pour (de haut en
bas) δ/Ω = 0.54, δ/Ω = δc /Ω = 0.49, δ/Ω = 0.44. La courbe en pointillée orange est
l’énergie initiale pour la courbe de potentiel au milieu et correspondant à s(0) = 1.7.

rapport δ/Ω. Ainsi cette tendance révèle le rôle des interactions à trois corps dans le
collapse radiale. Pour Ω/2π < 20 kHz, le collapse se produit pour δ/Ω > 0.47, ce qui
signifie que la longueur de diffusion est positive (voir figure 5.8 (b)). Par exemple,
lorsque Ω/2π = 7.6 kHz, δc /Ω = 0.82(5) et la longueur de diffusion deux corps vaut
environ 10 a0 (figure 5.8 (b)).

Modèle théorique

Dans le but d’interpréter quantitativement nos observations, nous avons déve-


lopper un modèle simple basé sur l’hypothèsepque la fonction d’onde radiale p est
gaussienne à tout instant avec une taille RMS hr i = s(t)aho , où aho = ~/mω⊥
2

correspond à la taille du condensat dans le cas sans interaction. La densité d’énergie


est ensuite calculée par minimisation locale par rapport à l’état interne (Eq. (5.2)).
Après intégration radiale, l’énergie totale E s’écrit comme :
Chapitre 5. Interactions à trois corps contrôlables dans les mélanges de
124 condensats de Bose-Einstein couplés

E − ṡ2 s2 1 Eint (s)


= + + + 2+ , (5.34)
N ~ω⊥ ~ω⊥ 2 2 2s N ~ω⊥
| {z }
V (s)

où les termes du membre de droite correspondent respectivement à l’énergie interne


d’une particule, l’énergie cinétique associée au mouvement des particules, l’énergie
potentielle harmonique, l’énergie provenant de la pression quantique et l’énergie
originant des interactions entre atomes. Nous avons vérifié que l’énergie associée
au gradient de θ [168] est négligeable dans notre configuration expérimentale et
justifie l’approximation de densité locale dans le calcul de l’état interne. Dans la
limite γ  1, l’énergie des interactions peut être calculée simplement à partir de
l’équation (5.21) :

Eint (s) g2 n1D g3 n21D


= + (5.35)
N 4πa2ho s2 12π 2 a4ho s4
Cependant, puisque γ ∼ 1 pour certains paramètres, nous devons calculer numéri-
quement l’énergie des interactions Eint (s) à partir de l’équation (5.16) :
Z
Eint = min(EMF (θ)/N )n(r)d3 r − N − , (5.36)
θ

Puisque nous ne voyons pas de pertes d’atomes avant le collapse, nous avons décidé
d’omettre un terme de perte dans la dynamique initiale. D’après l’équation (5.34),
la dynamique se réduit à celle d’une particule classique dans un potentiel effectif
V (s) donnée par les trois derniers termes.

Plusieurs exemples de potentiel V (s) pour des paramètres proches du collapse


sont représentés en insertion de la figure 5.9. Les courbes présentent un maximum
local de potentiel pour les faibles valeurs de s qui peut être dépassé ou non en fonc-
tion de l’énergie initiale, donnée par la taille initiale du condensat. Cette dernière
est déterminée via une simulation numérique de l’équation de Gross Pitaevskii en
prenant en compte nos paramètres expérimentaux, nous trouvons une taille égale à
1.1 µm, correspondant à s(0) = 1.7. Nous trouvons pour chaque valeur de fréquence
Rabi Ω/2π, le seuil |δc |/Ω pour lequel l’énergie initiale est égale au maximum local de
potentiel (voir la courbe en pointillée en figure 5.9). Notre modèle est représenté par
la courbe rouge en tiret en figure 5.9, il capture la tendance générale des points expé-
rimentaux avec une légère surestimation. Afin d’affiner notre modèle, nous pouvons
prendre en compte la principale correction au-delà√du champ-moyen à a−− (Voir
l’équation (6.14)). Ce terme est proportionnel à a2↑↓ Ω, et sera le sujet du chapitre
suivant. Cette modélisation approfondie apporte une meilleure adéquation avec les
données expérimentales (courbe violette). Finalement, nous pouvons conclure que ce
modèle renforce notre interprétation du collapse radiale induit par les interactions
à trois corps.
5.5 Conclusion et perspectives 125

5.5 Conclusion et perspectives


Nous avons montré qu’un condensat de Bose-Einstein couplé de manière cohé-
rente dont les longueurs de diffusions sont différentes, permet l’obtention d’un terme
d’interactions à trois corps attractives dans l’équation d’état. Ce terme de champ-
moyen provient de la dépendance en densité du désaccord à la résonance du couplage
Rabi. Nous avons observé que l’interaction à trois corps peut être contrôlée à par-
tir de la fréquence Rabi et peut être ajuster afin de jouer un rôle majeur dans la
dynamique. Cette interaction attractive peut être beaucoup plus grande que l’éner-
gie associée aux pertes à trois corps. Nous avons observé expérimentalement deux
conséquences directes du terme trois corps : un décalage de la fréquence du mode de
respiration transverse et un collapse radiale malgré la présence d’interaction deux
corps répulsives (g2 > 0). Nos résultats peuvent être généralisés au cas d’interactions
asymétriques (a↓↓ 6= a↑↑ ). Dans ce cas, il y a une plus grande liberté dans le choix
de l’espèce atomique, du mélange de spin à considérer, du champ magnétique, afin
de trouver des conditions optimales, c’est à dire une grande constante de couplage
à trois corps et un faible taux de recombinaison à trois corps.

Dans le but d’induire une interaction à trois corps répulsive, il est possible de
travailler dans l’état interne qui maximise l’énergie (|+i dans le cas sans inter-
action) 7 . Dans ce cas, on a θ ∈ [−π, 0], et la constante de couplage g3 devient
positive. Malheureusement, comme nous l’avons mentionné dans la partie 5.2.2, ils
existent de grandes pertes d’atomes à deux corps.p Le taux de pertes à deux corps
est Γ ∼ ~nā /lΩ , où ā = (a↑↑ − a↑↓ )/2 et lΩ = ~/mΩ est la longueur associée à la
2

pulsation Rabi Ω. Par conséquent, réduire Ω pourrait permettre de trouver un ré-


gime où le terme d’énergie trois corps répulsive E3 ∝ g3 n2 domine l’énergie associée
au taux de pertes à deux corps, c’est à dire E3 /~Γ ∝ nlΩ3  1. Ce régime nécessite
de réduire encore davantage les fluctuations du champ magnétique, et semble par
conséquent difficile à atteindre expérimentalement.

7. À noter que ceci n’est valable que pour γ < 1, en effet cette solution est un point fixe que
pour γ < 1, sinon une bifurcation se produit [31].
Chapitre 6

Effets au-delà du champ-moyen dans


les mélanges de condensats de
Bose-Einstein couplés de manière
cohérente

6.1 Introduction
Nous avons vu que pour un gaz de bosons dans le régime des interactions faibles,
les fluctuations quantiques causent la déplétion quantique et conduisent à la correc-
tion de Lee-Huang-Yang (LHY) dans l’équation d’état. La déplétion quantique du
condensat vers des états excités a été observée expérimentalement [58, 59]. La mesure
de cette correction à l’énergie au-delà du champ-moyen a été le sujet de plusieurs
études [63, 38]. Cependant, sa faible magnitude par rapport au champ-moyen rend
son observation délicate et complexe. Comme nous l’avons abordé dans le chapitre
3, un mélange dont les interactions de champ-moyen globales sont attractives est
stabilisé par le terme de Lee-Huang-Yang. L’énergie de champ-moyen est abaissée
et devient du même ordre de grandeur que l’énergie des fluctuations quantiques.
L’observation de gouttelettes quantiques, est une observation indirecte de l’énergie
de Lee-Huang-Yang et n’a pas permis sa mesure précise. La première mesure relati-
vement quantitative provient de l’équipe de Jan J. Arlt à Aarhus [70]. Ils ont mesuré
cette énergie par des mesures de décalage de la fréquence de respiration dans un piège
harmonique isotrope tridimensionnel en fonction du nombre d’atomes. Cependant,
la présence de pertes asymétriques introduit des effets de champ-moyen supplémen-
taires dans la dynamique, et les mesures se font dans un régime d’oscillations de
grandes amplitudes. Ils observent, par conséquent, seulement un décalage globale
de la fréquence du mode de respiration. Ce décalage est relativement constant en
fonction de l’énergie au-delà du champ-moyen initiale, et limite par conséquent la
précision sur la mesure de l’énergie.
Chapitre 6. Effets au-delà du champ-moyen dans les mélanges de
128 condensats de Bose-Einstein couplés de manière cohérente

Le terme au-delà du champ-moyen correspond à l’énergie de point-zéro des modes


de Bogoliubov du système. Dans le cas d’un condensat à une seule composante, les
excitations sont données par le spectre de Bogoliubov standard discuté dans la partie
1.2.1. Ce spectre est sans gap et correspond à faible impulsion au mode de Goldstone
provenant de la brisure spontanée de la symétrie U (1). Dans le cas d’un mélange
de deux condensats de Bose-Einstein sans couplage cohérent, explicité en 1.3.1, le
spectre de Bogoliubov possède deux branches sans gap correspondant aux modes
d’excitations de densités et de spin. Ces deux modes sont associés à la conservation
du nombre de particules dans chacun des états de spin. Le terme de LHY dans le
cas d’un mélange est un peu plus compliqué à calculer à cause de la plus grande
complexité du spectre de Bogoliubov [69]. Néanmoins, la forme des branches d’ex-
citations est inchangée et, par conséquent, la dépendance en densité reste la même
ELHY /V ∝ n5/2 .

Dans ce chapitre, nous allons considérer le cas d’un condensat de Bose-Einstein


formé par des atomes avec deux états internes de spin couplés de manière cohérente
[169]. Le paramètre d’ordre du condensat devient un vecteur à deux composantes
dont les excitations de la phase relative entre les deux états sont coûteux énergéti-
quement [162, 170]. Comme nous l’avons mentionné dans le chapitre précédent, ces
systèmes couplés ont été analysés en détails dans une vision purement de champ-
moyen, on peut citer les oscillations de Rabi [168, 171], la transition entre les régimes
Rabi et Josephson [31], la bifurcation classique ferromagnétique [32], le mécanisme
de Kibble-Zurek [172], le contrôle des interactions à deux corps [140], l’apparition
d’interaction à trois corps [162], ou encore la dynamique de domaines magnétiques
[173]. Il est également prédit que pour des interactions inter-espèces suffisamment
attractives, un mélange de spin couplé reste stable et forme une gouttelette quan-
tique, de manière similaire au cas non couplé [174]. Le mécanisme de stabilisation
est interprété comme l’émergence d’une interaction à trois corps répulsive causée
par le couplage [158], ou comme un effet quantique à plusieurs corps au-delà du
champ-moyen [174] causé par le changement du spectre de Bogoliubov par le cou-
plage cohérent.

Dans la suite, nous allons tout d’abord expliciter le spectre de Bogoliubov pour
un mélange de condensats couplé de manière cohérente. Nous allons ensuite calculer
analytiquement la densité d’énergie au-delà du champ-moyen (noté EBMF /V , l’abré-
viation BMF est pour « Beyond Mean Field ») pour un mélange de spin couplé avec
des interactions asymétriques (a↑↑ 6= a↓↓ ) en fonction de la pulsation Rabi Ω. Nous
allons montrer que l’énergie BMF passe d’une dépendance en densité n5/2 pour les
faibles valeurs de Ω à une expansion en puissance de la densité pour les grandes
valeurs de Ω. Dans ce régime, le terme proportionnel à n2 peut être compris comme
une renormalisation de la longueur de diffusion provenant de transitions virtuelles
6.2 Spectre de Bogoliubov pour un mélange couplé 129

vers des états excités, le terme proportionnel à n3 est vue comme un terme émergent
dans l’équation d’état, originant des collisions à trois corps [158]. Chaque terme a
une dépendance en Ω différente. Dans cette étude [175], nous explorons expérimen-
talement le régime des grandes pulsations Rabi dans une configuration telle que le
champ-moyen est annulé. Nous mettons en évidence les deux contributions BMF,
respectivement proportionnelles à n2 et n3 , par des expériences de temps de vol
unidimensionnelles. Ces effets au-delà du champ-moyen sont à des énergies extrê-
mement faibles (quelques dizaines de Hz), une mesure quantitative de ces énergies
demandent une compréhension et une étude minutieuse des différentes influences
supplémentaires sur le système. Ensuite, nous allons nous intéresser au cas spéci-
fique de couplage nul (Ω = 0), nous montrons que les pertes asymétriques entre les
deux états de spin, absentes en présence d’un couplage Rabi, induisent d’importants
effets de champ-moyen supplémentaires dans la dynamique d’expansion.

6.2 Spectre de Bogoliubov pour un mélange couplé


6.2.1 Hamiltonien et énergie de champ-moyen
Nous considérons un condensat de Bose-Einstein formé de N atomes avec deux
états internes de spin σ =↑, ↓ couplés de manière cohérente par un champ extérieur.
Les paramètres caractérisant le couplage sont la pulsation de Rabi Ω et le désaccord
à la résonance δ. Dans le référentiel tournant, l’hamiltonien décrivant le système
s’écrit :

Z !
X ~2 ∇2r X X gσ,σ0
Ĥ = Ψ̂†σr Ψ̂σr +~ Ψ̂†σr ξσσ0 Ψ̂σ0 r + Ψ̂†σr Ψ̂†σ0 r Ψ̂σr Ψ̂σ0 r dr
σ
2m σ,σ 0 σ,σ 0
2
(6.1)

où Ψ̂σr est l’opérateur annihilation d’une particule de spin σ en position r, ξˆ =


−(δσ̂z + Ωσ̂x ) est l’hamiltonien de spin à une particule écrit en fonction des matrices
de Pauli (σ̂z , σ̂x ) s’appliquant sur les états internes {|↑i, |↓i}. gσσ0 est la constante
de couplage associée à l’interaction σ − σ 0 avec la longueur de diffusion aσσ0 .

Dans la suite, on suppose que le système est à température nulle. Nous suivons la
procédure standard de Bogoliubov en écrivant la fonction d’onde Ψ̂σr = Ψσ (r) + φ̂σr ,
où nσ (r) = |Ψσ (r)|2 est la densité du condensat dans l’état |σi, φ̂σr est l’opérateur
annihilation d’une particule en position r d’impulsion non-nul. En négligeant le
terme φ̂σr et en substituant Ψ̂σr = Ψσ (r) dans l’équation 6.1, l’énergie de champ-
moyen s’écrit :
Chapitre 6. Effets au-delà du champ-moyen dans les mélanges de
130 condensats de Bose-Einstein couplés de manière cohérente

EMF ~δ(1 − α2 ) − 2~Ωα g↑↑ α4 + g↓↓ + 2g↑↓ α2 n2


= n + (6.2)
V 2(1 + α2 ) (1 + α2 )2 2
p
où n = n↑ + n↓ et α = n↑ /n↓ . Dans la limite de faible
p densité, l’énergie de champ-
moyen EMF est minimisée pour α = α0 = δ/Ω + 1 + δ 2 /Ω2 . Ceci est équivalent
à supposer que l’ensemble des atomes du condensat sont dans l’état habillé à une
particule |−i. Cet état est l’état fondamental de l’hamiltonien Rabi ξˆ et s’écrit avec
nos notations :
1
|−i = p (α0 |↑i+ |↓i) (6.3)
1 + α02
Comme détaillé dans le chapitre 5, le premier terme de l’équation (6.2) corres-
pond à la densité d’énergie de l’hamiltonien de Rabi à une particule. Le deuxième
terme est la densité d’énergie associée aux interactions à deux corps, dont la longueur
de diffusion a−− est définie par :

a↑↑ α04 + a↓↓ + 2a↑↓ α02


a−− = (6.4)
(1 + α02 )2
Pour a↑↑ > 0, a↓↓ > 0 et a↑↓ < 0, la longueur de diffusion a−− admet un minimum
en fonction de δ (ou α0 ).

6.2.2 Spectres des excitations


La présence du terme Ω dans l’hamiltonien (6.1) a une conséquence importante
sur le système. Le couplage va fixer la phase relative φr = φ↑ − φ↓ entre les deux
états de spin, et conduit à une conservation du nombre total d’atomes n = n↑ + n↓
uniquement. Dans le cas où g↑↑ = g↓↓ , les modes de Bogoliubov peuvent s’écrire 1
[66, 170] :
s  
~2 k 2 ~2 k 2
Ed (k) = + (g + g↑↓ )n (6.5)
2m 2m

s  
~2 k 2 ~2 k 2 h i
Es (k) = + (g − g↑↓ )n + 4~Ω̃ + 2~Ω̃ (g − g↑↓ )n + 2~Ω̃ (6.6)
2m 2m

avec Ω̃ = Ω(α0 + 1/α0 )/2.

La figure 6.1 représente le spectre de Bogoliubov pour un mélange couplé de


manière cohérente. Les modes de densité Ed (k) sont sans gap et correspondent à des
1. Les expressions des modes Ed (k) et Es (k) ne sont valables que pour g↑↓ n < gn + ~Ω.
6.3 Terme au-delà du champ-moyen pour un mélange couplé 131

E(k) Es(k)

Ed(k)

ℏΩ

k
Figure 6.1 – Spectre des excitations pour un mélange couplé dans le régime où

−a↑↓ < a↑↑ a↓↓ . Ed (k) et Es (k) correspondent respectivement à l’énergie des modes
de densité et de spin.

excitations de la densité totale, ces modes sont identiques au cas non couplé (Voir
la partie 1.3.2). La relation de dispersion pour les modes de spin présente un gap
d’énergie ~Ω correspondant à la fixation de la phase relative entre les deux états de
spin. Lorsque Ω = 0, le gap disparaît et on retrouve le cas standard d’un mélange
non couplé avec deux branches de Bogoliubov sans gap. Le spectre de Bogoliubov
d’un mélange couplé de manière cohérente a été sondé dans le groupe de G. Ferrari
à Trento [179].

6.3 Terme au-delà du champ-moyen pour un mé-


lange couplé
Dans la suite, nous allons nous focaliser sur le cas particulier où le minimum
de a−− est égale à zéro. Expérimentalement, nous atteignons cette configuration en
changeant le champ magnétique extérieur et le désaccord δ. Ceci se traduit par deux
conditions :

δa = 0 et α0 = β (6.7)

où δa = a↑↓ + a↑↑ a↓↓ et β = (a↓↓ /a↑↑ )1/4 est le paramètre quantifiant l’asymétrie
des interactions. Il est important de remarquer que dans l’équation de champ-moyen
(6.2), nous avons omis le terme d’interaction à trois corps [162]. En effet, comme nous
Chapitre 6. Effets au-delà du champ-moyen dans les mélanges de
132 condensats de Bose-Einstein couplés de manière cohérente
l’avons détaillé dans le chapitre précédent, ce terme à trois corps est nul au niveau
du minimum de a−− et EMF /V est quadratique en n. Lorsque a−− est minimale et
que les longueurs de diffusions du système sont tels que δa = 0, le condensat devient
sans interactions dans une vision purement de champ-moyen. Dans ces conditions,
le spectre de Bogoliubov se réécrit simplement :

~2 k 2
Ed (k) = (6.8)
2m
s  
~2 k 2 ~2 k 2
Es (k) = + ~Ω̃ + ~Ω̃ − 2g↑↓ n (6.9)
2m 2m

6.3.1 Expression du terme provenant des fluctuations quan-


tiques
Comme nous l’avons déjà souligné, le terme dans l’équation d’état provenant des
fluctuations quantiques, correspond à la sommation des énergies de point-zéro des
modes de Bogoliubov. En comparaison du cas sans couplage cohérent, la structure
des modes d’excitations a ici changé. Plus particulièrement, le mode de spin présente
un gap, changeant ainsi la forme du terme au-delà du champ-moyen. Le calcul dans
le cas d’interactions symétriques (a↑↑ = a↓↓ ) et pour δ = 0 a été réalisé dans [174].
La généralisation au cas asymétrique (a↑↑ 6= a↓↓ ) est plus difficile a mettre en oeuvre
en raison de la complexité des expressions des modes de Bogoliubov 2 . Ces calculs
ont été réalisés par D.S. Petrov et A. Recati. Le terme au-delà du champ-moyen
EBMF peut s’écrire simplement sous la forme suivante [176] :
 5/2
EBMF 8 m3/2 (g + g↑↓ )
= n
V 15π 2 ~3 2
 5/2 ! (6.10)
8 m3/2 (g − g↑↓ ) ~Ω̃
+ n I ,
15π 2 ~3 2 −2g↑↓ n
où la fonction I(y) est définie tel que :
Z
15 1 p
I(y) = x(1 − x)(x + y)dx (6.11)
4 0
Le premier terme de (6.10) correspond à la contribution des modes de densité
dans l’équation d’état. Le deuxième terme dépend de la pulsation Rabi via l’intégrale
I(Ω̃/−2g↑↓ n) et se rapporte à la contribution des fluctuations quantiques associés
aux modes de spin. Sous les conditions définie en (6.7), le terme au-delà du champ-
moyen originant des modes de densité s’annule et l’énergie EBMF vaut :
2. Le lecteur est invité à lire le supplemental material de l’article [175] associé à cette étude
pour le détail des calculs. Les calculs sont exposés en pages 217 - 220.
6.3 Terme au-delà du champ-moyen pour un mélange couplé 133

˜
Figure 6.2 – Intégrale I(y) en fonction du paramètre y = ~Ω/−2g ↑↓ n. La courbe
rouge correspond à l’expression exacte de I(y). Pour 1/y → 0, il est possible de
développer l’intégrale, on obtient ainsi un terme à deux corps et un terme à trois
corps dans l’équation d’état. La courbe noire représente le terme de I(y) associé
au terme à deux corps. La courbe bleue est la somme des terme de I(y) associés à
l’interaction à deux et à trois corps.

 5/2 !
EBMF 8 m3/2 (−2g↑↓ ) ~Ω̃
= n I (6.12)
V 15π 2 ~3 2 −2g↑↓ n

Nous avons tracé l’intégrale I(~Ω̃/−2g↑↓ n) en figure 6.2. La fonction I est une
fonction monotone croissante qui tend vers 1 lorsque y = ~Ω̃/−2g↑↓ n → 0. Ainsi,
pour y = 0, on retrouve le cas de deux condensats non couplés dont la densité d’éner-
gie EBMF /V est proportionnelle à n5/2 . De plus, on remarque qu’en augmentant le
couplage Ω entre les deux états de spin, la contribution des fluctuations quantiques
dans l’équation d’état va augmenter également. L’expression (6.12) est une bonne
approximation de la densité d’énergie au-delà du champ-moyen lorsque |δa/a↑↓ |  1
et |α0 − β|  1.
Chapitre 6. Effets au-delà du champ-moyen dans les mélanges de
134 condensats de Bose-Einstein couplés de manière cohérente
Régime de couplage fort

Lorsque 1/y = −2g↑↓ n/~Ω̃ → 0, nous sommes dans le régime de couplage fort, et
l’intégrale I(y) peut être développée en puissance de 1/y. Les deux premiers termes
de l’expansion sont :
15π √ √
I(y) ≈ (4 y + 1/ y) (6.13)
128

La substitution dans l’équation (6.12) conduit à la densité d’énergie suivante :

EBMF m3/2 p 2 n
2
3 m3/2 |g↑↓ |3 n3
= √ ~Ω̃ g↑↓ + √ p , (6.14)
V 2 2π~3 2 4π 2~3 ~Ω̃ 6
Dans l’approximation de la densité locale, l’énergie totale s’obtient en intégrant :

Z " #
m3/2 p n(r) 2
3 m 3/2
|g |3
n(r)3
EBMF = √ 2
~Ω̃ g↑↓ + √ p↑↓ dr, (6.15)
2 2π~3 2 4π 2~ 3
~Ω̃ 6

où n(r) est le profil de densité du condensat.

La nouvelle expression change qualitativement du cas non couplé, c’est-à-dire,


du terme de Lee-Huang-Yang, qui est proportionnel à n5/2 . Le premier termep du
3

membre de droite est une interaction à deux corps ∝ n2 proportionnel àp Ω̃. Le


dernier terme est une interaction à trois corps ∝ n3 proportionnel à 1/ Ω̃. Il y
a évidemment des termes supérieurs dans l’expansion, correspondant à des termes
à quatre corps, cinq corps, etc. Cependant, leurs poids respectifs dans l’équation
d’état sont négligeables par rapport aux termes à deux et à trois corps pour y > 1.

Discussion physique
Les deux termes peuvent être interprétés comme une renormalisation au-delà
du champ-moyen de la longueur de diffusion a−− et d’une interaction à trois corps
émergente du couplage, chacun avec une dépendance
p en Ω̃ spécifique (Voir annexe
D). Notamment, le terme à deux corps ∝ a↑↓ Ω̃, dérivé dans une approche à N-
2

corps,
q coïncide avec la résolution exacte du problème à deux corps dans la limite
a↑↓ mΩ̃/~  1 [176]. De plus, la constante de couplage à trois corps de l’expression
(6.14) correspond également à celle obtenue lors de la résolution exacte du problème
à trois corps en présence d’un couplage cohérent [158].
p
2
3. C’est ce terme ∝ g↑↓ Ω̃ que nous avons pris en compte dans les expériences de collapse
détaillées dans le chapitre précédent afin d’affiner notre modèle théorique.
6.4 Observations expérimentales 135

𝛿𝑎 < 0 𝛿𝑎 > 0

𝑎↓↓

𝛿𝑎(𝑎! )
𝑎(𝑎! )
𝑎↑↑

𝑎↑↓

Figure 6.3 – Longueurs de diffusions (a↑↑ , a↓↓ a↑↓ ) intra et inter espèces dans le cas
d’un mélange de spin |1, −1i et |1, 0i pour le 39 K, ainsi que la longueur de diffusion
effective δa.

6.4 Observations expérimentales


6.4.1 Procédure expérimentale
Le but de l’expérience est ici de mesurer l’énergie des fluctuations quantiques
au point où le champ-moyen est annulé (Voir condition (6.7)) à travers des mesures
d’énergies libérées dans des expansions unidimensionnelles (Voir figure 6.5). Nous
travaillons avec les sous-états Zeeman |↑i = |F = 1, mF = −1i et |↓i = |F =
1, mF = 0i. Afin d’obtenir un champ-moyen nul, après la condensation, le champ
magnétique est changé jusqu’à atteindre B = 56.830(1) G. À proximité de ce point,
la longueur de diffusion δa s’annule 4 (Voir figure 6.3). Les longueurs de diffusions
pour les états non couplés valent respectivement a↑↑ = 33.4 a0 , a↓↓ = 83.4 a0 et
a↑↓ = −53.2 a0 , le minimum de a−− vaut −0.2 a0 lorsque δ = 0.23 Ω (voir figure 6.4).
Nous avons vérifié que l’énergie de champ-moyen résiduelle est une faible correction
dans notre expérience par rapport à l’énergie provenant des fluctuations quantiques.

L’expérience commence avec un condensat dans l’état |↑i piégé optiquement dans
un potentiel harmonique allongé en forme de cigare avec les fréquences (ωx , ωy , ωz ) =
(ω⊥ , ω⊥ , ωz ) = (137, 137, 25.4) Hz. Initialement, le rayon longitudinal du profil de
Thomas-Fermi intégré dans les deux directions transverses (profil de Thomas-Fermi

4. À la suite de la prise des données expérimentales, nous avons discuté avec E. Tiemann qui a
réalisé des calculs plus précis des longueurs de diffusions. À ce champ magnétique δa = −0.42 a0 .
Chapitre 6. Effets au-delà du champ-moyen dans les mélanges de
136 condensats de Bose-Einstein couplés de manière cohérente

Figure 6.4 – Longueur de diffusion a−− à B = 56.830(1) G avec a↑↑ = 33.4 a0 ,


a↓↓ = 83.4 a0 et a↑↓ = −53.2 a0 , le minimum amin
−− vaut −0.2 a0 lorsque δ/Ω = 0.23.

1D) est Rini ≈ 33 µm. La figure 6.6 montre les différentes étapes de la procédure
expérimentale. Afin de transférer le condensat de l’état |↑i dans l’état habillé |−i,
nous procédons à un transfert adiabatique par balayage de fréquence. Le champ ra-
diofréquence est allumé à une fréquence loin de résonance δ = 7.5 Ω, nous changeons
ensuite sa fréquence jusqu’à atteindre le désaccord δ ≈ 0.23 Ω, pour lequel α0 ≈ β
et nous laissons le champ radio-fréquence allumé durant le reste de l’expérience.

Toutefois, durant le balayage en fréquence la longueur de diffusion a−− diminue


de 33.4 a0 à une valeur proche de zéro. Ce changement des interactions peut induire
une dynamique spatiale si le transfert est trop rapide par rapport aux fréquences des
pièges. Par conséquent, la forme et la durée de 9 ms ont été choisi afin d’être à la fois
adiabatique par rapport à la dynamique interne 5 (condition (4.21)) et par rapport
à la dynamique radiale de la fonction d’onde dont l’échelle de temps est donnée par
2π/ω⊥ . Pendant le transfert, à mesure que les interactions diminuent, la fonction
d’onde radiale va rétrécir de plus en plus et se rapprocher de l’état fondamental
du piège transverse. Nous avons vérifié que nous n’observons pas d’oscillations ra-

5. La forme de δ(t) a été choisie en analysant numériquement et expérimentalement les os-


cillations de Rabi résiduelles
 après un
 balayage adiabatique. Nous avons trouvé que la fonction
(δ −δ ) α+1
suivante δ(t) = iniα f 1+αt/t f
− 1 + δf , avec t ∈ [0, tf ] où tf est le temps du balayage et α une
constante, minimise mieux les oscillations de Rabi résiduelles et donc permet un meilleur transfert
adiabatique qu’une droite ou une exponentielle.
6.4 Observations expérimentales 137

t=0 ms

t=75 ms

Z (μm)
−50 0 50

Figure 6.5 – Schéma de l’expérience. Le condensat est initialement à t=0 dans


l’état |−i, et de taille initiale dans la direction longitudinale Rini ≈ 33 µm. Le piège
longitudinale est coupé et les atomes sont libres d’évoluer unidimensionnellement
pendant 75 ms. L’énergie d’interaction est répulsive, le système minimise son énergie
en diminuant sa densité et va donc s’étendre. L’énergie initiale d’interaction est
convertie
√ en énergie cinétique. Dans le régime balistique, la taille finale du condensat
σf ∝ EBMF .

diales résiduelles causées par un transfert trop rapide. Néanmoins, le balayage en


fréquence est non adiabatique par rapport à la dynamique axiale, le transfert est
donc un quench des interactions, et la fonction d’onde axiale acquiert ainsi une dyna-
mique (rétrécissement dû à la diminution des interactions). Pour contrecarrer cette
dynamique, nous éteignons le piège longitudinalement et ajustons sa diminution de
telle sorte d’annuler toute diminution ou augmentation de la taille axiale après un
temps de vol tridimensionnel de 10.4 ms.

Une fois le piège longitudinal éteint, les atomes sont libres d’évoluer longitudi-
nalement, nous procédons à un temps de vol unidimensionnel pendant tf = 75 ms
(Voir figure 6.5 et 6.6). Les interactions étant globalement répulsives, le système
va minimiser son énergie en diminuant sa densité, c’est-à-dire, que l’énergie initiale
d’interaction est convertie en énergie
p cinétique. Après un long temps d’expansion ,
6

la mesure de la taille RMS (σ = hz 2 i) finale du condensat σf , nous donne√direc-


tement accès à l’énergie au-delà du champ-moyen, plus précisément σf ∝ EBMF
(Voir figure 6.5).

p √
6. Dans le régime balistique (tf  mσini 2 /2E
BMF ), on a σf ∝ EBMF , où σf et σini sont
respectivement la taille RMS finale et initiale.
Chapitre 6. Effets au-delà du champ-moyen dans les mélanges de
138 condensats de Bose-Einstein couplés de manière cohérente

Temps (ms)
Séparation Stern et Gerlach

1
δ = 7.5 Ω

0 Hz

4
Éteint

1
9
75
δ ≈ 0.23 Ω

60
0 Hz
Allumé

9
B = 56.830 G
δ = 7.5 Ω

Éteint

137 Hz

25.4 Hz

300
B = 40.5 G
Grosses Bobines
Radio-fréquence

Petites Bobines
longitudinal
Champ

Piège

Piège
radial

Figure 6.6 – Schéma de la procédure expérimentale, juste après la condensation


dans l’état |F = 1, mF = −1i.
6.4 Observations expérimentales 139

220

200

180
RTF (µm)

160

140

120

100

-0.2 0 0.2 0.4 0.6


/
Figure 6.7 – Rayon de Thomas-Fermi expérimental après une expansion de 75 ms
en fonction de δ/Ω pour Ω/2π = 12.29 kHz. La courbe orange parabolique permet
de schématiser la tendance des points expérimentaux.

6.4.2 Mesure de l’équation d’état au-delà du champ-moyen


Expansion en fonction de δ/Ω
Après l’expansion de 75 ms, nous extrayons la taille du condensat à l’aide d’un fit
de la densité avec la fonction de Thomas-Fermi unidimensionnel 7 ∝ 1 − (z/RTF )2 .
La figure 6.7 représente la taille RTF du condensat en fonction du désaccord δ/Ω
pour une fréquence Rabi Ω/2π = 12.29 kHz. Nous observons un clair minimum pour
δ/Ω ≈ 0.23, qui est la valeur attendue théoriquement pour laquelle a−− et donc
l’énergie de champ moyen EMF s’annulent. En principe dans cette expérience, nous
minimisons l’énergie totale EMF + EBMF en fonction du désaccord δ. Cependant, la
variation de l’énergie EMF en fonction de δ est largement plus importante que celle
de l’énergie EBMF . Ainsi, nous pouvons supposé que EBMF est approximativement
constant. Par conséquent, la variation de la taille du condensat est dominée par la
variation de l’énergie de champ-moyen EMF via a−− . Nous avons vérifié que pour

7. La forme analytique de la fonction d’onde longitudinale n’est pas connue après l’expansion.
Nous avons testé plusieurs fonctions pour le fit (Gaussienne, Thomas-Fermi 3D, etc). Celle qui
minimise l’erreur est la fonction de Thomas-Fermi 1D.
Chapitre 6. Effets au-delà du champ-moyen dans les mélanges de
140 condensats de Bose-Einstein couplés de manière cohérente
nos paramètres expérimentaux, la prise en compte de la dépendance en δ pour EBMF
conduit à des décalages de l’énergie minimale en dessous de 1 %. Ainsi, comme nous
venons de le souligner, au minimum trouvé expérimentalement, les conditions (6.7)
sont validées, l’énergie de champ-moyen est nulle, et la dynamique du système est
uniquement dictée par les fluctuations quantiques.

Expansion en fonction de Ω
Pour δ = 0.23 Ω, nous répétons l’expérience pour différentes valeurs de Ω. La
figure 6.8 représente le rayon de Thomas-Fermi mesuré en fonction de la fréquence
Rabi Ω/2π. Pour des valeurs de Ω/2π comprises entre 6 kHz et 38 kHz, nous obser-
vons une lente augmentation de la taille du condensat avec Ω. Nous interprétons
cette accroissement par l’augmentation du terme au-delà du champ-moyen avec Ω.
Plus spécifiquement, après un long temps de vol et dans le régime fortement cou-
plé, où l’interaction
√ à deux1/4 corps BMF domine, la taille est attendue d’avoir une
dépendance en EBMF ∝ Ω . Toutefois, à faibles fréquences de Rabi, nous notons
une augmentation de la taille du condensat que nous attribuons à la présence de
fluctuations du champ magnétique.

Contrairement à la mesure proche du régime des interactions fortes du groupe de


C. Salomon [38], où typiquement na3 ∼ 2×10−3 , nos expériences sont effectuées dans
un régime d’interactions faibles (na3↑↓ ∼ 1 × 10−5 ). Les énergies mesurées 8 sont de
l’ordre de la vingtaine de Hz et la précision (barres d’erreurs) de nos mesures est de
l’ordre de quelques Hz. Ces valeurs sont à comparer à celles des énergies de champ-
moyen initiales (avant la formation du mélange) qui sont de l’ordre de 3 kHz. Le
poids de l’énergie BMF est donc similaire à celui d’un condensat typique de densité
n ∼ 1020 m−3 et avec une longueur de diffusion a ∼ 50 a0 (c’est-à-dire quelques %).
Cependant, grâce au couplage cohérent, nous avons été capable de suffisamment
diminuer l’énergie de champ-moyen et de rendre l’énergie au-delà du champ-moyen
dominante. Notre précision expérimentale a permis la première mesure quantitative
de l’énergie au-delà du champ-moyen pour un mélange couplé de manière cohérente,
tout en restant dans le régime des interactions faibles.

Effets des fluctuations du champ magnétique sur la taille du condensat


Le spectre de bruit du champ magnétique produit par les bobines est composé
d’un bruit de fond à basses fréquences avec des pics à 50 Hz et aux autres harmo-
niques. Il y a également un bruit de fond à des fréquences jusqu’à quelques kHz.
8. L’ordre de grandeur des énergies peut être estimé avec relativement une bonne précision à
partir de E ≈ mσf2 /2t2f . Cette relation est valide dans le régime balistique et nos mesures ne sont pas
réellement dans ce régime. La densité a uniquement diminuée d’un facteur ∼ 3 et par conséquent
toute l’énergie d’interaction n’est pas encore convertie en énergie cinétique. Une estimation plus
correcte des énergies sera faites dans la suite à partir de simulations numériques.
6.4 Observations expérimentales 141

120

100
RTF (µm)

220

80 160

100

60 -0.2 0.2 0.6


/
0 5 10 15 20 25 30 35
/2 (kHz)

Figure 6.8 – Rayon de Thomas Fermi minimal (pour δ = 0.23) du condensat après
75 ms d’expansion en fonction de la fréquence de Rabi Ω/2π. Chaque point est obte-
nue en moyennant 15 images et les barres d’erreurs correspondent à l’écart-type des
mêmes mesures. Les courbes correspondent aux simulations de l’équation de Gross-
Pitaevskii avec ou sans ajout du bruit magnétique et pour différentes expression de
EBMF (voir texte). La courbe noire : expression exacte avec bruit magnétique. La
courbe noire en tiret : expression exacte sans bruit magnétique. La courbe verte en
pointillée : uniquement le terme à deux corps de EBMF sans bruit. La courbe rouge
en tiret-pointillé : somme du terme à deux et à trois corps sans bruit.
Chapitre 6. Effets au-delà du champ-moyen dans les mélanges de
142 condensats de Bose-Einstein couplés de manière cohérente

80

60

40

20

0
-20 -10 0 10 20

Figure 6.9 – Longueur de diffusion a−− en fonction de delta (courbe noire). La zone
surlignée en rouge schématise l’effet des fluctuations de champ. Pendant l’expansion,
le changement de δ induit un scan de la zone parabolique de a−− .

Les bobines magnétiques se comportent comme un filtre passe-bas et les fréquences


au-delà de 10 kHz peuvent être négligées dans la suite de notre analyse. Les fluctua-
tions du champ magnétique vont avoir deux effets distincts sur la taille du conden-
sat après expansion. Les fluctuations magnétiques à basses fréquences ωb , c’est à
dire ωb  Ω, n’induisent pas de dynamique non-adiabatique de l’état interne, les
atomes restent dans l’état habillé |−i. Toutefois, les changements du champ ma-
gnétique induisent des changements de δ, et comme le schématise la figure 6.9 on
explore la zone parabolique de a−− pendant l’expansion du condensat. Ces fluc-
tuations à basses fréquences conduisent donc à l’ajout d’énergie de champ-moyen
dans le système. Comme expliqué dans l’annexe C, à partir d’une expérience de
Ramsey de 50 µs, nous avons mesuré des fluctuations du champ magnétique d’écart
type (RMS) ∆B ∼ 0.8(2) mG 9 correspondant pour le désaccord à des fluctuations
∆δ ∼ 560(140) Hz. Ces fluctuations conduisent à une augmentation de la valeur
moyenne de la longueur de diffusion d’une quantité :
 2
∆δ
∆a−− ≈ 48 a0 . (6.16)

Cette valeur provient essentiellement du moyennage du bruit à 50 Hz et 100 Hz.
9. Avec les oscillations de Ramsey, nous trouvons des fluctuations du champ magnétique simi-
laires à la mesure avec les transducteurs de courant (Voir partie 4.2.4).
6.4 Observations expérimentales 143

La deuxième contribution provient du bruit proche de Ω. Nous avons vu que la


différence d’énergie entre les deux états habillés (|−i et |+i) est égale à ~Ω. Ces
fluctuations peuvent donc induire des transitions de l’état |−i vers l’état |+i. La
longueur de diffusion a+− est positive et vaut ∼ 52.5 a0 . La présence d’atomes dans
|+i induit des effets de champ-moyen répulsifs et va ainsi changer la dynamique.
Afin de savoir si des atomes sont transférés dans l’état |+i nous appliquons la pro-
cédure expérimentale suivante (figure 6.6) :

— À la fin de l’expansion, nous appliquons un balayage de fréquence inverse,


la fréquence est changée rapidement par rapport à la dynamique spatiale
mais lentement devant la dynamique interne, jusqu’à revenir au désaccord
δ = 7.5 Ω. Cette étape, nous permet de projeter les états |−i et |+i sur les
états |↑i et |↓i, qui sont ensuite détectés séparément par fluorescence à l’aide
d’une séparation de Stern et Gerlach.

La figure 6.10 montre le pourcentage d’atomes dans l’état |+i en fonction de la


fréquence Rabi pour les données de la figure 6.8. On remarque que pour Ω > 10 kHz,
on n’observe pas d’atomes dans |+i. L’inductance des bobines magnétiques agit
comme un filtre passe-bas. Notamment, le bruit dont la fréquence est supérieure à
10 kHz est filtré et peut être négligé dans notre expérience. Pour Ω/2π < 10 kHz,
on observe une claire augmentation du nombre d’atomes dans |+i lorsque Ω diminue.

L’effet des atomes dans |+i sur l’expansion est difficile à quantifier. Tout d’abord,
les atomes sont transférés dans |+i tout au long de l’expansion. Au début de l’ex-
pansion la densité est plus élevée, et comme a+− > 0, les atomes transférés dans |+i
au début de l’expansion vont avoir un effet plus important sur la dynamique, ils vont
davantage augmenter l’énergie dans le système que s’ils sont transférés plus tard.
Pour Ω = 12.29 kHz, nous avons ajouté artificiellement du bruit sur le courant élec-
trique des bobines à une fréquence proche de Ω. Qualitativement, nous avons observé
que les atomes dans |+i augmentent la taille du condensat, et que l’effet sur la taille
devient du même ordre de grandeur que celui du bruit à basses fréquences lorsque il y
a plus de ∼ 20% des atomes qui sont transférés dans l’état habillé |+i. De plus, nous

sommes dans une situation de démixtion pour les états habillés (a+− > a−− a++ ).
Ainsi, dans un deuxième temps, les atomes dans |+i vont être expulsés aux bords
du profil de densité des atomes dans |−i, ils peuvent donc ensuite agir comme un
potentiel de piégeage pour les atomes dans |−i et peuvent donc ralentir l’expansion.
Quantitativement, pour nos mesures, l’effet de la présence d’atomes dans l’état |+i
est secondaire par rapport à l’effet des fluctuations aux basses fréquences.
Chapitre 6. Effets au-delà du champ-moyen dans les mélanges de
144 condensats de Bose-Einstein couplés de manière cohérente

Figure 6.10 – Pourcentage d’atomes dans l’état |+i après l’expansion de 75 ms


en fonction de la fréquence Rabi Ω/2π. Les barres d’erreurs correspondent aux fluc-
tuations sur le nombre d’atomes à chaque itérations de l’expérience.
6.4 Observations expérimentales 145

6.4.3 Observation d’une symétrisation des pertes à trois corps


Les pertes ont lieu principalement dans l’état |↓i. On pourrait penser naïvement
qu’elles donneraient lieu à un phénomène de décohérence de l’état habillé |−i et
à la formation d’atomes dans l’état |+i. En pratique, cela n’est pas le cas et nous
constatons sur la figure 6.10, qu’il n’y a pas d’atomes dans l’état |+i pour Ω/2π >
10 kHz. Les atomes restent donc dans l’état habillé |−i. Afin de comprendre la
dynamique interne du système, nous pouvons modéliser les pertes dans l’état |↓i en
ajoutant un terme imaginaire −iΓ/2 dans l’hamiltonien Rabi ξˆ :
 
δ Ω/2
ξˆ = ~ (6.17)
Ω/2 −iΓ/2
En diagonalisant l’hamiltonien et dans la limite Γ  Ω, l’état initial reste in-
changé, mais décroît avec taux environ égale à Γ |h−| ↓i|2 = Γ/(1 + α02 ). Dans notre
expérience, la valeur typique est Γ ∼ 20 s−1 , ce qui est en effet très inférieure à la pul-
sation Rabi Ω. Nous pouvons par conséquent en conclure que les pertes asymétriques
présentes dans les expériences non couplés se réduisent ici à des pertes effectives dans
l’état |−i avec le taux de perte Γ renormalisé par la fraction d’atomes dans l’état |↓i.

Nous pouvons également nous convaincre en simulant directement la dynamique


interne du système en résolvant les équations de Schrödinger couplées pour les am-
plitudes de probabilités des états |↑i et |↓i. La figure 6.11 montre une simulation
numérique réalisée avec un balayage en fréquence linéaire de δin = 10 Ω à δf = 0 en
20 ms (a). En (b), nous observons des oscillations rapides des populations correspon-
dant à des oscillations de Rabi résiduelles engendrées par un transfert adiabatique
imparfait. On remarque également qu’une fois le désaccord final δf atteint, les popu-
lations des deux états décroissent exactement de la même manière malgré la présence
de perte uniquement dans l’état |↓i.

Finalement, l’ajout d’un couplage cohérent dans le système permet une symétri-
sation des pertes, qui sont initialement présentes que dans un seul des deux états.
Ce résultat est important, il montre qu’il est possible de se débarrasser des pertes
asymétriques, l’une des principales limitations des expériences sur les effets au-delà
du champ-moyen dans les mélanges de condensats.
Chapitre 6. Effets au-delà du champ-moyen dans les mélanges de
146 condensats de Bose-Einstein couplés de manière cohérente

(a) 60

50

40
δ(t)
30

20

10

t(ms)
5 10 15 20 25 30 35

(b) 1.0

0.8
Probabilité

0.6

0.4

0.2

t(ms)
5 10 15 20 25 30 35

Figure 6.11 – Exemple de simulation numérique de l’état interne des atomes par
résolution de l’équation de Schrödinger avec l’hamiltonien de Rabi en présence d’un
terme imaginaire pour l’énergie de l’état |↓i. Dans cette simulation, le taux de perte
dans l’état |↓i vaut 25 s−1 . (a) Désaccord à la résonance en fonction du temps, la
valeur initiale est équivalente à 10 Ω. (b) La courbe bleue (respectivement orange)
correspond à la probabilité que les atomes soit dans l’état |↑i (respectivement |↓i)
en fonction du temps.
6.4 Observations expérimentales 147

6.4.4 Simulation numérique


Afin de modéliser 10 précisément notre expérience, nous simulons l’évolution de
la fonction d’onde des atomes dans l’état |−i à travers la résolution de l’équation de
Schrödinger non-linéaire à une seule composante en présence du terme au-delà du
champ-moyen. Dans notre simulation, nous ne prenons pas en compte l’effet de la
présence des atomes dans l’état |+i 11 . La fonction d’onde axiale est proportionnelle
à 1 − (z/RTF )2 , afin que le profil de densité axial soit celui du profil de Thomas
Fermi tridimensionnel avant le transfert adiabatique dans l’état |↑i. La longueur de
cicatrisation de spin est plus petite que la taille radiale du condensat, on peut donc
traiter l’énergie EBMF dans l’approximation de densité locale (Voir Eq. 6.15). De
plus, comme le potentiel chimique du condensat peut être du même de grandeur
que ~ω⊥ , surtout pour les grandes valeurs de Ω, nous devons prendre en compte
en fonction de la densité 1D, notée n1D , la correction à la taille du profil radial
gaussien à cause de l’énergie au-delà du champ-moyen à deux corps.p Pour cela, nous
supposons que la densité radiale est gaussienne de taille RMS σ = hr2 i :
n1D −x2 /2σ2 −y2 /2σ2
n= e e (6.18)
2πσ 2

Après intégration radiale et en posant σ̃ = 2σ/aoh , l’énergie totale dans le régime
de couplage fort s’écrit 12 :

E 1 1 an1D
= σ̃ 2 + 2 + 2 , (6.19)
~ω⊥ N 2 2σ̃ σ̃
où a = a2 +a−− +∆a−− , avec g2 = 4π~2 a2 /m est lap constante de couplage associée au

terme à deux corps BMF définie par g2 = (m g↑↓ ~Ω̃)/(2~3 2π), ∆a est le terme
3/2 2

provenant des fluctuations du champ magnétique à basses fréquences. La correction


à la taille radiale se trouve en minimisant l’énergie par rapport à σ̃, on trouve :

σ̃ = (1 + 2an1D )1/4 (6.20)


L’énergie peut donc se réécrire :

E √
= n1D 1 + 2an1D (6.21)
~ω⊥ N
Le potentiel chimique intervenant dans l’équation de Schrödinger se détermine par
dérivation de l’énergie en fonction de n1D :

10. Pour nos simulations numériques, nous utilisons le module GPElab sur Matlab [101, 103]
11. Pour cela, il faut résoudre le système d’équations couplées pour les états |−i et |+i en présence
du spectre de bruit.
12. Nous omettons ici le terme à trois corps. La correction originant de ce terme est négligeable
pour nos paramètres. Nous calculons uniquement la correction au terme à trois corps.
Chapitre 6. Effets au-delà du champ-moyen dans les mélanges de
148 condensats de Bose-Einstein couplés de manière cohérente

~ω⊥ an1D √
µ2 = √ + ~ω⊥ 1 + 2an1D (6.22)
1 + 2an1D
Nous souhaitons calculer la correction au terme à trois corps par la taille σ̃ =
(1 + 2an1D )1/4 . L’énergie correspondant au terme à trois corps au-delà du champ-
moyen s’exprime :

E g3 n31D g3 n31D
= = (6.23)
N ~ω⊥ 3 σ̃ 4 3 (1 + 2an1D )
√ p
avec g3 = (3m3/2 |g↑↓ |3 )/(4~3 2π ~Ω̃), la constante de couplage à trois corps. Nous
déterminons également le potentiel chimique du terme à trois corps BMF par la
dérivation de l’énergie en fonction de n1D :

~ω⊥ g3 n31D 2~ω⊥ ag3 n31D


µ3 = − (6.24)
1 + 2an1D 3(1 + 2an1D )2
Sur la figure 6.8, nous avons tracé plusieurs courbes correspondant aux différentes
simulations de l’expérience. Notre calibration expérimentale du nombre d’atomes est
réalisée en utilisant la température de condensation. Cette méthode de calibration
est précise à ∼ 20%. Dans notre simulation, le nombre d’atomes initial est 1.05 × 105
et a été ajusté à moins de 5% par rapport aux nombres d’atomes mesurées expé-
rimentalement, on reste donc dans nos barres d’erreurs. Le pic initial de densité
correspond à ∼ 5 × 1014 cm−3 . Expérimentalement, nous observons durant l’ex-
pansion une perte d’atomes d’environ 30%. Comme nous l’avons déjà mentionné,
les pertes à trois corps dans l’état |↓i sont dominantes. Si les pertes sont unique-
ment attribuées à ce canal de pertes, et en tenant compte de la fraction plus faible
d’atomes dans |↓i, nous obtenons K↓↓↓ = 4 × 10−26 cm6 /s−1 . Cette valeur est environ
sept fois plus élevée que celle mesurée dans d’autres études sur des gaz thermiques
[46, 91], ceci nous informe de la possible présence d’autres canaux de pertes d’atomes
importants. En ajustant le coefficient de pertes à trois corps avec les données ex-
périmentales, nous obtenons un coefficient K−−− = 4 × 10−28 cm6 /s−1 . La courbe
pleine noire correspond à la simulation avec le terme BMF exact (Eq. (6.12)) en
présence des fluctuations magnétiques décrites par ∆a−− . La courbe en tirets noirs
représente la simulation avec le terme BMF exact sans les fluctuations de champ. La
courbe en pointillés-tirets rouges montre les résultats de la simulation en tenant de
compte de l’expression (6.14) et sans fluctuations de champ magnétiques. La courbe
en pointillés verts correspond à la simulation avec uniquement le terme au-delà du
champ-moyen à deux corps et sans fluctuations du champ magnétique.

Nos simulations montrent que dans l’intervalle exploré expérimentalement (Ω >


3 kHz), l’énergie au-delà du champ-moyen est approximativement p bien décrite, au
moins théoriquement, par la somme d’un terme à deux corps ∝ Ω̃ et d’un terme
6.4 Observations expérimentales 149

Figure 6.12 – Fonction χ2 en fonction du nombre d’atomes N et de η pour ∆B =


560 Hz.
p
plus faible à trois corps en 1/ Ω̃. De plus, à l’aide de nos simulations numériques,
nous pouvons estimer plus précisément les énergies. Dans notre expérience, pour
Ω/2π = 10 kHz et n ≈ 5 × 1014 cm−3 , on a Ω̃/(−2g↑↓ n) ≈ 1 et l’énergie initiale à
deux et à trois corps correspondent respectivement à 20 Hz et 3.2 Hz. Ces valeurs
sont similaires à l’ordre de grandeur des énergies mesurées expérimentalement (Voir
la discussion de la partie 6.4.2).

6.4.5 Validation de la théorie


Nous souhaitons déterminer plus précisément dans quelle mesure nous vérifions
la théorie développée dans la partie√6.3.1. Premièrement, nous observons quantitati-

vement la dépendance de EBMF ∝ Ω pour Ω/2π > 6 kHz. La dépendance en 1/ Ω
provenant du terme à trois corps n’est pas clairement observée. Par conséquent, nous
supposons que l’énergie au-delà du champ-moyen s’écrit :

EBMF m3/2 p 2 n2 3 m3/2 |g↑↓ |3 n3


= √ Ω̃ g↑↓ + η × √ p , (6.25)
V 2 2π~3 2 4π 2~3 Ω̃ 6
où le coefficient η est un paramètre variationnel
p permettant de tester la présence ou
non du terme d’interaction à trois corps ∝ 1/ Ω̃. En fonction du nombre d’atomes
Chapitre 6. Effets au-delà du champ-moyen dans les mélanges de
150 condensats de Bose-Einstein couplés de manière cohérente
N , du paramètre η et des fluctuations du champ magnétique ∆B, nous simulons
numériquement l’expérience et nous calculons la fonction χ2 [180] :
 2
(exp) (th)
1 X RTF,i − RTF,i
Np

χ2 = 2
, (6.26)
Np i=1 σexp,i

(exp) (th)
avec Np est le nombre de points expérimental, RTF,i et RTF,i sont respectivement le
rayon de Thomas-Fermi expérimental et théorique pour la mesure i, σexp,i est l’in-
certitude de la mesure i. Cette fonction permet une mesure raisonnable de la qualité
d’un modèle théorique par rapport aux données expérimentales [180], un bon modèle
va minimiser la fonction χ2 . Cette méthode est similaire à la méthode des moindres
carrés, mais ici chaque point est pondéré par son incertitude expérimentale σexp,i . Si
χ2 ≈ 0, cela signifie que nous avons surestimé nos barres d’erreurs expérimentales.
Inversement, si χ2 est trop élevé, soit nous avons sous-estimé nos incertitudes ex-
périmentales, soit le modèle théorique est incorrect. Un modèle peut être considéré
comme bon lorsque :
 2
(exp) (th)
1 X RTF,i − RTF,i
Np Np
1 X σexp,i
2
2
χ = 2
≈ 2
≈ 1, (6.27)
Np i=1 σexp,i Np i=1 σexp,i

cela signifie qu’en moyenne, à chaque mesure i, la valeur expérimentale est à un


σexp,i de la valeur obtenue à partir du modèle théorique. Ce qui est le maximum de
ce que l’on peut attendre en raison de nos incertitudes de mesures.

Pour différentes valeurs de N et η, nous pouvons extraire la valeur minimale du


χ . À cette valeur, correspond une valeur pour η qu’on nomme ηm . Nous extrayons ηm
2

ainsi que son incertitude ση défini par les valeurs extrémales du contour 13 χ2min + 1.
La figure 6.12 montre un exemple de la fonction χ2 en fonction de N et η pour
∆B = 560 Hz. Le point noir correspond au minimum de χ2 et vaut χ2min = 0.90. Par
exemple, pour cette valeur des fluctuations ∆B = 560 Hz, on trouve ηm = 0.86(30).
De plus, en répétant cette procédure, nous pouvons également déterminer ηm et ση
pour différentes valeurs de fluctuations magnétiques ∆B.

Finalement, nous trouvons 14 η = 0.85(35), nos mesures expérimentales en fonc-


tion de Ω/2π sont, par conséquent, en accord quantitatif avec l’expression (6.14).
Les deux termes de (6.14), appelés le terme à deux corps et à trois corps, sont donc
mesurés indépendamment grâce à leurs dépendances spécifiques en Ω.

13. Ce critère donne approximativement un intervalle de confiance de 70% [180].


14. La barre d’erreur semble dominée par l’incertitude dans notre détermination des fluctuations
du champ magnétique.
6.4 Observations expérimentales 151

600

500

400
n (µm )
-1

300

200 | |↑ ⟩

100
| |↓ ⟩
0
-200 -100 0 100 200
z (µm)

Figure 6.13 – Profils de densité pour les atomes dans |↑i (courbe noire) et |↓i
(courbe rouge) après une expansion de 75 ms pour Ω = 0. La courbe en tirets bleue
correspond à un fit Thomas-Fermi unidimensionnel du profil de densité de l’état |↓i.

6.4.6 Étude du cas non couplé (Ω = 0)


Nous répétons la procédure expérimentale d’expansion unidimensionnelle. Tou-
tefois, nous éteignons le champ radiofréquence après le transfert adiabatique par ba-
layage de fréquence. Ainsi les deux condensats sont non couplés. Les pertes d’atomes
sont dominantes dans l’état |↓i et contrairement au cas couplé (voir 6.4.3), le para-
mètre α dévie rapidement de sa valeur initiale β et induit des effets de champ-moyen
supplémentaires. De plus, à l’aide d’une séparation Stern et Gerlach, nous observons
que les deux condensats se comportent différemment durant l’expansion (voir figure
6.13). Le condensat dans |↓i s’étend peu alors que celui dans l’état |↑i présente
une double structure, c’est-à-dire, un pic de densité avec une énergie faible et une
partie diffuse à plus haute énergie. Ce comportement est similaire à celui des gout-
telettes quantiques (discuté dans le chapitre 3), observé dans les études précédentes
[45, 46, 70, 89] où les atomes dans l’état |↑i en excès sont expulsés afin de vérifier
la condition de blocage du rapport des densités (Eq. 2.3).

Nous observons que le rayon de Thomas-Fermi 1D du condensat dans l’état |↓i


est égal à 31 µm. Cette valeur est significativement plus faible que le rayon attendu
égal à 57 µm dans le cadre de notre simulation numérique 15 pour un condensat
15. Nos simulations considère un condensat à une composante dans l’état |−i, il faudrait résoudre
les équations couplées de Gross-Pitaevskii pour chaque état de spin.
Chapitre 6. Effets au-delà du champ-moyen dans les mélanges de
152 condensats de Bose-Einstein couplés de manière cohérente
dans l’état |−i lorsque Ω → 0, c’est-à-dire avec EBMF /V ∝ n5/2 . De plus, cette
valeur est du même ordre de grandeur que la taille initiale du nuage Rini ≈ 33 µm.
Cette différence avec la théorie indique un rôle significatif des effets de champ-moyen
supplémentaires et transitoires dans la dynamique de l’expansion au niveau de la
région centrale des deux nuages atomiques (z = 0). Dans notre expérience, les atomes
dans l’état |↑i qui sont en excès, prennent un certain temps pour s’échapper de la
région centrale, ils créent un potentiel attractif pour les atomes dans l’état |↓i et les
forcent donc à ralentir leurs expansions.

6.5 Conclusion
Finalement, nous avons étudié à la fois théoriquement et expérimentalement,
l’équation d’état au-delà du champ-moyen d’un condensat à deux composantes cou-
plé de manière cohérente pour le cas d’interactions asymétriques (a↑↑ 6= a↓↓ ). L’éner-
gie EBMF a un poids important lorsque la polarisation de spin et les interactions sont
dans la configuration donnée par l’équation 6.7, où les effets de champ-moyen sont
minimisés. Nous avons montré qu’en fonction de n, la densité d’énergie provenant
des fluctuations quantiques interpole de la dépendance usuelle de Lee-Huang-Yang
en n5/2 pour un condensat non couplé, vers un comportement qualitativement diffé-
rent dans le régime de couplage fort, où on peut introduire un terme d’interaction à
deux corps et un terme à trois corps, avec des dépendances spécifiques en fonction
de la fréquence Rabi Ω/2π.

Dans des expériences d’expansions unidimensionnelles, nous avons montré que


la dynamique est gouvernée par l’énergie au-delà √ du champ-moyen. Nous détectons
non seulement le terme à deux corps dominant ∝ Ω, mais nous √ mettons également
en évidence la présence du terme à trois corps plus faible ∝ 1/ Ω. Ces deux termes
sont détectés via leurs dépendances spécifiques en Ω. Nous avons réalisé, dans le
régime des interactions faibles, la première mesure quantitative de l’énergie au-delà
du champ-moyen pour un mélange couplé de manière cohérente. Ces expériences dé-
montrent également notre possibilité de mesurer des énergies très faibles de l’ordre
de quelques Hz. De plus, nous avons observé que l’addition d’un couplage cohérent
permet de préserver la composition entre les deux états de spin et empêche par
conséquent que le système s’éloigne du point où le champ-moyen s’annule et faci-
lite ainsi les mesures de l’équation d’état au-delà du champ-moyen. Nos résultats
ouvrent la voie à la création de gouttelettes quantiques couplés de manière cohérente
dans lesquelles l’interaction globale à deux corps, composée du champ-moyen et des
fluctuations quantiques, est compensée par l’effet des interactions à trois corps ré-
pulsive du terme au-delà du champ-moyen [39, 158]. Il serait également intéressant
d’étudier plus en détail et quantitativement l’effet du terme à trois corps répul-
sif sur un condensat. Cependant, ces futures expériences nécessitent une réduction
supplémentaire des fluctuations magnétiques.
Chapitre 7

Conclusion générale et perspectives

Le travail de cette thèse de doctorat s’inscrit dans le cadre de l’étude des mé-
langes de spin proches de la zone d’effondrement, c’est-à-dire, proche de l’implosion
du système. La possibilité de réduire l’énergie de champ-moyen dans les mélanges,
dont les interactions intra-espèces sont répulsives et les interactions inter-espèces
attractives, a permis l’observation de gouttelettes quantiques [45, 46] et la mesure
quantitative de l’énergie provenant des fluctuations quantiques [70]. Dans ces mé-
langes, le champ-moyen est fortement réduit, rehaussant le rôle des fluctuations
quantiques dans le système. Ces études montrent qu’il n’est pas nécessaire d’aller
dans le régime des interactions fortes afin d’observer des effets quantiques à N-corps.
Notre expérience de 39 K est bien adaptée pour l’étude de ces problématiques. En
effet, nous avons vu que le potassium 39 possède une grande quantité de résonances
de Feshbach dans son état fondamental hyperfin, donnant la capacité de changer
expérimentalement les interactions de répulsives à attractives dans le système.

Les gouttelettes quantiques sont des systèmes où l’attraction de champ-moyen


est stabilisée par le terme de Lee-Huang-Yang provenant de la sommation de l’éner-
gie de point-zéro des modes de Bogoliubov [69]. Dans cette phase exotique de la
matière, les interactions peuvent être traitées dans une approche pertubative, les
gouttelettes quantiques offrent donc une plateforme idéale pour l’étude des fluctua-
tions quantiques et de la physique quantique à N-corps. De plus, elles présentent
des propriétés extrêmement intéressantes, on peut citer la saturation de la densité
interne, les caractéristiques similaires aux liquides classiques (tension superficielle,
faible compressibilité, etc), et également le phénomène d’auto-évaporation [42]. Ce-
pendant, ces systèmes présentent expérimentalement des inconvénients. La densité
de saturation dans le cas tridimensionnel est élevée et difficile à atteindre expéri-
mentalement, elle conduit à des pertes d’atomes importantes, diminuant fortement
le temps de vie du système. De plus, le taux de pertes dans les différents états
du mélange n’est pas le même, introduisant des effets de champ-moyen supplémen-
taires, qui perturbent la dynamique du système [89, 70]. Afin de contourner ces
différents problèmes, nous avons entrepris une étude théorique sur les gouttelettes
154 Chapitre 7. Conclusion générale et perspectives

quantique quasi-1D dans le crossover tridimensionnel à unidimensionnel [175], ba-


sée sur l’équation au-delà du champ-moyen dans le crossover 1D-3D développé dans
l’article [76]. Nous avons montré que le régime du crossover pour le terme au-delà
du champ moyen est attirant expérimentalement. Il offre la possibilité de réduire à
la fois les pertes d’atomes, et la densité de saturation. Cependant, cette diminution
de la densité d’équilibre conduit à une réduction de l’échelle d’énergie du système,
imposant de sévères contraintes expérimentales.

La formation de gouttelettes quantiques saturées à l’équilibre reste donc un chal-


lenge expérimental. En effet, il est nécessaire de contrôler parfaitement les pièges,
la gouttelette étant sensible à la moindre rugosité du potentiel. Mais la réalisation
de tels systèmes permettrait des études précises sur les fluctuations quantiques dans
les condensats de Bose-Einstein. Plus précisément, l’exploration expérimentale du
crossover permettrait de tester les théories au-delà du champ-moyen dans des confi-
gurations plus complexes. Des effets au-delà de la description de Lee-Huang-Yang
sont également attendus [107], causés par des termes d’autres supérieurs [97], par
la forme du potentiel d’interaction inter-atomique [88, 95] ou par des effets de la
température [108, 109]. Une récente étude théorique, propose un nouveau candidat
pour la formation de gouttelette quantique, un gaz spineur de spin 1, dont l’effon-
drement provenant de l’interaction de champ-moyen peut être stabilisé par deux
mécanismes différents [192]. Le premier provenant des fluctuations quantiques de
spin et le deuxième d’un décalage Zeeman quadratique négatif.

Expérimentalement, l’étude des mélanges nécessite une bonne stabilité du champ


magnétique extérieur, utilisé pour changer les interactions via les résonances de Fe-
shbach. Nous avons ainsi travaillé sur notre circuit électrique afin de minimiser les
fluctuations de champ magnétique. Nous avons changé la carte analogique permet-
tant le contrôle de l’expérience, et mis en place une alimentation de courant intrin-
sèquement plus stable en parallèle de l’ancienne. Nous avons également implémenté
une boucle d’asservissement du courant des bobines magnétiques afin de réduire da-
vantage les fluctuations du champ. Ces différents changements ont considérablement
amélioré notre stabilité du champ magnétique et permettent maintenant des études
précises sur les mélanges de spin. La formation de ces mélanges dans la zone proche
du collapse, nécessite de travailler avec les sous états Zeeman |F = 1, mF = −1i
et |F = 1, mF = 0i. Nous avons mis en place un circuit radio-fréquence permet-
tant de réaliser des transferts entre les différents niveaux Zeeman. Finalement, ces
différents changements nous ont permis de réaliser des condensats de Bose-Einstein
dans l’état |1, −1i et par conséquent, de former des mélanges de spin (|1, −1i, |1, 0i).

Notre stabilité de champ magnétique nous a conduit à l’étude des mélanges


couplés de manière cohérente, qui sont en général plus sensibles aux fluctuations
de champ qu’un mélange non couplé. Le condensat de Bose-Einstein est dans un
155

état habillé, c’est-à-dire, une superposition quantique des deux états de spin, et les
interactions sont décrites par une longueur de diffusion effective dépendant des pa-
ramètres du couplage de Rabi. Il est alors possible de contrôler les interactions en
changeant le désaccord à la résonance δ. Dans un régime où l’effet des interactions
sur le couplage est négligeable, le groupe de L. Tarruell a étudié les propriétés de
collisions d’un mélange couplé de manière cohérente [140]. Dans un premier temps,
nous avons observé et reproduit les résultats de cette étude. Ensuite, nos travaux
issus de [162] présentés dans le chapitre 5, analysent de manière plus approfondie,
l’effet des interactions à deux corps sur le couplage. Nous avons montré l’apparition
d’une interaction à trois corps attractive dans l’équation d’état de champ-moyen.
Cette interaction est induite par l’affectation du degré de liberté du spineur par
le décalage du désaccord à la résonance causé par les interactions. Cette interac-
tion à trois corps a des effets conséquents sur la dynamique du système. Dans des
expériences d’oscillations dans le piège radial, nous avons montré que l’invariance
d’échelle d’un condensat dans un piège harmonique allongé est brisée par les inter-
actions à trois corps. Nous avons également observé des effondrements du système
induits par les interactions à trois corps malgré une longueur de diffusion à deux
corps positive. Récemment, le groupe de L. Tarruell a étudié le cas d’un conden-
sat couplé de manière cohérente avec des faisceaux Raman [193, 194]. Dans ce cas,
la longueur de diffusion effective dépend à la fois des paramètres du couplage et
de l’impulsion des atomes. La dépendance en densité du désaccord Raman permet
d’obtenir des interactions chirales et de simuler des problèmes de champ de jauge
dynamique.

Notre étude ouvre la voie à l’étude de condensats de Bose-Einstein en présence


d’une interaction à trois corps dans une nouvelle situation où l’émergence de cette
interaction se fait sans pertes d’atomes supplémentaires. La présence de l’interaction
à trois corps dans l’équation d’état modifie les propriétés thermodynamiques des gaz
quantiques bosoniques. Par exemple, un changement de la température de condensa-
tion est attendu [181]. Il est également prédit que la condensation de Bose-Einstein
dans un piège harmonique devient du premier ordre [190]. La présence d’un terme à
trois corps conduit à un décalage de la fréquence des modes d’excitations de faible
énergie. Les excitations comme les vortex [182], les solitons noirs [183], ou les ondes
de chocs dispersives [184, 185] vont également voir leurs propriétés modifiées. En
particulier, il est attendu que la non-linéarité du terme à trois corps brise l’intégra-
bilité de la dynamique du soliton à 1D [186]. L’implémentation d’une interaction à
trois corps répulsive, via par exemple notre proposition théorique, offrirait la possi-
bilité de former une nouvelle sorte de gouttelettes [39]. Des gouttelettes quantiques
[187] et des états liés à quelques particules [188, 189], causés par la présence d’un
terme répulsif à trois corps, ont récemment été étudiés théoriquement.

Dans une deuxième expérience et en collaboration avec D.S Petrov et A. Recati,


156 Chapitre 7. Conclusion générale et perspectives

nous avons exploré l’équation d’état au-delà du champ-moyen pour un mélange de


spin couplé dans le cas asymétrique (a↑↑ 6= a↓↓ ) [175]. Le changement de structure
des modes de Bogoliubov, notamment des modes de spin, induit un changement
du terme de l’énergie au-delà du champ-moyen. Nous avons montré que la den-
sité d’énergie, provenant des fluctuations quantiques, interpole de la dépendance
usuelle de la correction de Lee-Huang-Yang pour un condensat non couplé, vers un
comportement qualitativement différent dans le régime de couplage fort où on peut
introduire un terme d’interactions à deux corps et un terme à trois corps, avec des
dépendances spécifiques en fonction de la fréquence Rabi. Grâce au couplage co-
hérent, nous sommes capables de suffisamment diminuer l’énergie de champ-moyen
et de rendre l’énergie au-delà du champ-moyen dominante. Dans des expériences
d’expansions unidimensionnelles, nous avons étudié la taille finale en fonction de
la fréquence Rabi Ω, la force du couplage. Nous avons tout d’abord observé une
augmentation de la taille avec l’augmentation de Ω, ce qui traduit l’augmentation
de l’énergie au-delà du champ-moyen avec la pulsation Rabi Ω. Les énergies mises
en jeu ici sont de l’ordre de la vingtaine de Hz et la précision de nos mesures sont
de quelques Hz, notre expérience nous permet donc de mesurer avec une très bonne
précision l’énergie des fluctuations quantiques. Ces expériences sont, dans le régime
d’interactions faibles, la première mesure quantitative de l’équation d’état au-delà du
champ-moyen dans un mélange couplé de manière cohérente. À l’aide de simulations
numériques de l’expérience, basées sur la résolution de l’équation de Schrödinger
non-linéaire avec l’ajout du terme au-delà du champ-moyen, nous avons validé à la
fois la présence du terme à deux corps et de celui à trois corps via leurs dépendances
en Ω respectives. Nous avons également montré que l’ajout d’un couplage cohérent
dans le mélange symétrise les pertes entre les deux états quantiques, permettant
notamment d’éliminer une des limitations majeures du cas non couplé.

Notre étude ouvre la voie à la formation de gouttelette quantique couplée de


manière cohérente, dans laquelle l’interaction globale à deux corps, composée du
champ-moyen et des fluctuations quantiques, est compensée par l’effet des inter-
actions à trois corps répulsive du terme au-delà du champ-moyen [39, 158]. Nous
avons commencé à observer expérimentalement des signes de ce mécanisme de sta-
bilisation. Il est aussi possible d’étudier le spectre des modes d’excitations pour ce
genre de gouttelettes quantiques, et de regarder si le phénomène d’auto-évaporation
existe. Dans le cas du couplage faible, il serait également intéressant d’étudier la
transition liquide-gaz induite par la renormalisation de la longueur de diffusion due
à la présence du couplage [174]. Une autre perspective serait d’étudier le cas uni-
dimensionnel pour l’énergie au-delà du champ-moyen d’un mélange couplé. Dans le
régime de couplage fort, il est attendu que l’énergie peut toujours se développer en
puissance de la√densité. De plus, le terme à deux corps devient attractif est pro-
portionnel à 1/ Ω. Le terme à trois corps reste répulsif et proportionnel à 1/Ω3/2
[191]. Une gouttelette quantique est donc attendue même lorsque l’interaction de
157

champ-moyen est nulle. Cette gouttelette est uniquement stabilisée par des effets
au-delà du champ-moyen. L’exploration du régime du crossover du terme au-delà
du champ-moyen, pour la formation de gouttelette quantique couplée pourrait être
également intéressante. Une gouttelette quantique couplée dans ce régime pourrait
lier les différents avantages du crossover et de la symétrisation des pertes par le cou-
plage. La présence du couplage introduit
p également une nouvelle échelle de longueur
dans le système, nommée lΩ = ~/mΩ, il serait également intéressant d’étudier
la possibilité d’être dans des configurations géométriques encore plus complexes,
c’est-à-dire, de se placer dans des crossover faisant intervenir également l’échelle de
longueur lΩ .

Expérimentalement, nous avons récemment mis en place une nouvelle alimenta-


tion de courant encore plus stable, nous permettant de réduire encore davantage les
fluctuations du champ magnétique. Comme nous l’avons souligné précédemment,
les expériences sur les effets au-delà du champ moyen et sur les gouttelettes quan-
tiques imposent de sévères contraintes expérimentales, notamment sur le contrôle des
pièges optiques. Nous avons décidé d’installer une matrice de micro-miroirs (DMD),
qui permet maintenant de projeter des potentiels arbitraires dans le plan des atomes.
Ce dispositif, nous permettra notamment de contrôler plus précisément les pièges et
de compenser les rugosités du potentiel. Ce DMD pourra également être utilisé pour
effectuer de la spectroscopie de Bragg [196], ou des potentiels dépendants du temps.
Il permet également de former des boîtes de potentiels dans l’axe longitudinal ou
d’introduire du désordre dans le système.
Annexe A

Schéma électrique du relais


mécanique
160 Annexe A. Schéma électrique du relais mécanique
Annexe B

Différences d’énergies entre les


sous-niveaux Zeeman
162 Annexe B. Différences d’énergies entre les sous-niveaux Zeeman

Figure B.1 – Différence d’énergie (E1,−1 −E1,0 ) entre les deux sous niveaux Zeeman
|F = 1, mF = −1i et |F = 1, mF = 0i en fonction du champ magnétique B.
163

Figure B.2 – Différence d’énergie (E1,0 − E1,1 ) entre les deux sous niveaux Zeeman
|F = 1, mF = 0i et |F = 1, mF = 1i en fonction du champ magnétique B.
164 Annexe B. Différences d’énergies entre les sous-niveaux Zeeman

Figure B.3 – Différence d’énergie (E2,2 − E1,1 ) entre les deux sous niveaux Zeeman
|F = 2, mF = 2i et |F = 1, mF = 1i en fonction du champ magnétique B.
Annexe C

Oscillations de Ramsey

Considérons un atome à deux niveaux |ai et |bi, d’énergie −~ω0 /2 et +~ω0 /2


respectivement. Le vecteur d’état s’écrit :

|ψ(t)i = ca (t)eiω0 t/2 |ai + cb (t)e−iω0 t/2 |bi (C.1)


Le champ radio-fréquence interagissant avec l’atome est de pulsation ω, de phase φ
et de fréquence Ω. À partir de l’équation (4.13) on peut écrire :

dcb Ω
i = ca (t)e−i(δt+φ) (C.2)
dt 2
dca Ω
i = cb (t)e+i(δt+φ) (C.3)
dt 2
où δ est le désaccord à la résonance. En connaissant les valeurs de ca (0) et cb (0),
on peut résoudre de manière analytique ces deux équations [120]. Pour ca (0) = 1 et
cb (0) = 0 :
 
δ
ca (t) = e iδt
cos(Ω̃t/2) − i sin(Ω̃t/2) (C.4)
Ω̃
 

cb (t) = −ie −iδt−iφ
sin(Ω̃t/2) (C.5)
Ω̃

avec Ω̃ = δ 2 + Ω2 la pulsation de Rabi généralisée. Pour ca (0) = 0 et cb (0) = 1 :
 
δ
cb (t) = e −iδt
cos(Ω̃t/2) + i sin(Ω̃t/2) (C.6)
Ω̃
 

ca (t) = −ie iδt+iφ
sin(Ω̃t/2) (C.7)
Ω̃
Une séquence de Ramsey (figure C.1) consiste à appliquer un premier pulse de
durée τ , suivi d’un temps d’attente T arbitraire, et enfin un dernier pulse de durée
166 Annexe C. Oscillations de Ramsey

Amplitude

Pulse 1 Pulse 2

𝜏 𝜏
𝑇
Temps d’attente

Figure C.1 – Schéma de la séquence Ramsey. On représente l’amplitude du champ


RF en fonction du temps. Un premier pulse de durée τ permet de créer la super-
position d’états. On laisse ensuite le système évoluer en absence de champ pendant
une durée T . On interroge finalement le système avec un dernier pulse de durée τ .

τ . Durant le temps d’attente le champ RF est coupé, l’atome évolue donc librement.
Dans la suite on peut supposer que δ ≈ 0. En effet, les pulses sont suffisamment
courts et vérifient δτ  1. La matrice de transfert associée au pulse s’écrit :

    
ca (t) cos(Ωτ /2) −ieiφ sin(Ωτ /2) ca (0)
= (C.8)
cb (t) −ie−iφ sin(Ωτ /2) cos(Ωτ /2) cb (0)

On pose également φ = 0 pour le premier pulse. À la fin de celui-ci nous avons :

cb (t) = cos(Ωt/2) (C.9)


ca (t) = −i sin(Ωt/2) (C.10)
Durant le temps d’évolution libre, le champ évolue à la pulsation ω et les atomes à
la pulsation ω0 . Le déphasage accumulé, entre le champ et l’atome, est donc φ = δT .
On applique le dernier pulse, on utilise donc la matrice de transfert (avec φ = δT )
et on obtient :

cb (2τ + T ) = −ieiφ/2 sin(Ωτ ) cos(ΩT /2) (C.11)


|cb (2τ + T )|2 = sin2 (Ωτ ) cos2 (δT /2) (C.12)
On maximise le contraste si on applique des π/2-pulse (Ωτ = π/2). On observe donc
des oscillations de la probabilité Pb de trouver l’atome dans l’état |bi à la fréquence
δ. Cette oscillation nous permet donc de connaître précisément le désaccord à la
167

| 1, − 1⟩ | 1,0⟩

g⃗

Figure C.2 – Nombre d’atomes en fausses couleurs après une séquence de Ram-
sey. Les atomes à gauche sont dans l’état |1, −1i, ceux à droite dans l’état |1, 0i.
L’axe longitudinal du FORT1D est l’axe vertical sur l’image. L’échelle est en pixel
où 1 px = 1.75 µm. L’encadré orange correspond à la zone où le champ peut être
considéré comme constant.

résonance.

Interprétation physique
Le premier pulse crée une superposition quantique des deux états |ai et |bi et
une magnétisation transverse sur la sphère de la Bloch. Une fois le champ éteint, les
atomes sont soumis à l’évolution libre et sur la sphère de Bloch, le vecteur tourne
autour de l’axe z à la pulsation ω0 . Le champ RF continue à osciller à la pulsation
ω. Lorsque qu’on rallume le champ RF au niveau des atomes, le champ et l’atome
ont accumulé une différence de phase (ω − ω0 )T . Si celle-ci est égale à 2π, alors
l’atome et le champ sont en phase, et le deuxième pulse va se superposer de manière
cohérente au premier, comme si le premier pulse, était doublé. Dans le cas où le
déphasage est égal à π, alors l’atome est ramené a son état initial [56].

Homogénéité du champ magnétique


La figure C.2 montre un exemple de la méthode pour caractériser l’homogé-
néité du champ. On prépare un condensat dans l’état |1, −1i dans un piège allongé
(FORT1D). Les deux niveaux correspondent dans l’expérience à |1, −1i et |1, 0i.
Après avoir appliqué la séquence Ramsey, on sépare les deux niveaux à l’aide d’un
168 Annexe C. Oscillations de Ramsey

Figure C.3 – Exemple de distribution expérimentale de la probabilité d’être dans


l’état |1, 0i pour T = 50 µs et δT ≈ π/2 (Voir texte).

gradient magnétique vertical (séparation de Stern et Gerlach) et on image les atomes


par fluorescence. Dans cette séquence, nous avons appliqué un pulse-π/2 suivi d’un
temps d’attente de 1 ms. L’intersection entre les deux lignes blanches correspond
à la position initial du nuage. L’encadré orange correspond à la zone de travail,
où les expériences sont réalisées. La taille longitudinale de cette zone est d’environ
450 µm, lors de nos expérience la taille des nuages n’excède jamais 200 µm. On peut,
par conséquent, considéré que le champ est homogène le long du nuage. En dehors
de cette zone, les atomes sont dans l’état |1, −1i, il y a donc un déphasage longitu-
dinalement de π ce qui correspond à δ ≈ 1.5 kHz, avec une susceptibilité magnétique
de 0.7 MHz/G cela donne un changement de champ magnétique de l’ordre de 2 mG.

Mesure des fluctuations de champ magnétique


Les oscillations de Ramsey sont un moyen de mesurer les fluctuations du champ
magnétique dans notre expérience. Considérons le cas où nous souhaitons transférer
la moitié des atomes de l’état |ai = |F = 1, mF = −1i dans l’état |bi = |F =
1, mF = 0i, dans ce cas δT = π/2. La probabilité de trouver un atome dans l’état
|1, 0i est :

(1 + cos(δT ))
Pb = (C.13)
2
Lorsque δT ≈ π/2, on peut réécrire Eq. (C.13) :

1 + δT
Pb = (C.14)
2
L’écart type (std) de la probabilité donne la valeur des fluctuations de δ, et par
conséquent du champ magnétique :
169

2 std(Pb )
std(δ) = (C.15)
T
La figure C.3 montre un exemple de la distribution de la probabilité Pb dans
la configuration expliquée plus haut. Expérimentalement, on réalise un transfert
Ramsey 50−50% vers l’état |1, −1i en 50 µs avec δT ≈ π/2. On répète ici l’expérience
18 fois et on trace le poids obtenue pour chaque probabilité. L’écart type de la
distribution nous donne ainsi les fluctuations de δ dans notre expérience, on trouve
std(δ) = 0.56(14) kHz. La fluctuations du champ magnétique est donc std(B) =
0.8(2) mG. Nous trouvons des fluctuations du champ magnétique similaires à la
mesure avec les transducteurs de courant (Voir partie 4.2.4), plus précisément, nous
avons mesuré 1.4 mG (largeur à mi-hauteur) sur 1 ms.
Annexe D

Discussion sur l’énergie au-delà du


champ-moyen pour un mélange de
spin couplé

Pour un mélange de condensats de Bose-Einstein couplé de manière cohérente,


à température nulle, la densité d’énergie au-delà du champ-moyen, dans le régime
de couplage fort (1/y = −2g↑↓ n/~Ω̃ → 0) et sous les conditions (6.7), s’écrit :

EBMF m3/2 p 2 n
2
3 m3/2 |g↑↓ |3 n3
= √ ~Ω̃ g↑↓ + √ p , (D.1)
V 2 2π~3 2 4π 2~3 ~Ω̃ 6
Les deux termes peuvent être interprétés comme une renormalisation au-delà du
champ-moyen de la longueur de diffusion a−− et d’une interaction à trois corps
émergente du couplage, chacun
p avec une dépendance en Ω̃ spécifique. Notamment,
le terme à deux corps ∝ a2↑↓ Ω̃ dérivé dans une approche à N-corps coïncide avec la
q
résolution exacte du problème à deux corps dans la limite a↑↓ mΩ̃/~  1 [176]. Plus
précisément, ce terme provient de la correction au second ordre du développement
de Born à la longueur de diffusion. La structure du terme du deuxième ordre de
l’expansion de Born a = a(1) + a(2) (dans notre cas a(1) = a−− = 0) est de la forme 1 :
Z
Ṽk2 d3 k
a(2)
∝ (D.2)
k 2 + Ω̃
avec
Z
Ṽk = Vint (r)e−ik.r d3 r (D.3)

la transformée de Fourier du potentiel d’interaction interatomique Vint (r). La pré-


sence de Ω̃ dans l’intégrale provient du fait qu’il faut payer l’énergie ~Ω̃ pour trans-
1. Nous omettons ici les constantes ~ et m (~ = m = 1).
Annexe D. Discussion sur l’énergie au-delà du champ-moyen pour un
172 mélange de spin couplé
férer un atome de l’état |−i √ dans l’état |+i avec le moment k. Avec le changement
de variable suivant q = k/ Ω et en remplaçant Ṽk par la constante de couplage g
l’intégrale se réécrit simplement [177] :
p Z d3 q
(2)
a ∝ g Ω̃ 2
(D.4)
q2 + 1
L’intégrale divergente est régularisée de la manière habituelle en remplaçant les
constantes de couplages gσσ0 par [11, 178] :
!
gσσ0 X m
gσσ0 −→ gσσ0 1 + (D.5)
V p6=0 p2

Le terme obtenu en (D.4) provient de transitions virtuelles induites par les inter-
actions. Les deux atomes dans l’état non perturbé à deux particules | − −i avec une
impulsion nulle sont excités vers les états (| − −i, | + −i | + +i) avec une impulsion
p et −p. Comme nous pouvons le constater dans l’expression (D.4), même si les ca-
naux de diffusion
p |+−i et |++i possèdent un gap en énergie, la valeur de l’intégrale
augmente en Ω̃. En effet, le nombre des états d’impulsion non nulle contribuant
à l’intégrale augmente plus rapidement que le gap en énergie ∝ Ω̃. Toutefois, les
termes d’ordres supérieurs ne sont pas présents dans l’approche à N-corps avec l’ha-
miltonien de Bogoliubov, car cela nécessite de prendre en compte les interactions
entre les atomes excités hors du condensat de la déplétion quantique. C’est pour
cela que la correction à l’ordre trois dans le développement de Born a(3) ∝ a3↑↓ Ω̃
n’est pas retrouvé dans (D.1). Pour la même raison, l’équation (D.1) ne contient
pas de terme ∝ n5/2 , une dépendance qui devrait être induite
p par la renormalisation
de l’interaction à deux corps. Ce terme proportionnel à ( Ω̃g↑↓ 2
n)5/2 est négligeable
dans notre expérience. De plus, la constante de couplage à trois corps de l’expression
(D.1) correspond également à celle obtenue lors de la résolution exacte du problème
à trois corps en présence d’un couplage cohérent [158].
Table des figures

1 Équation d’état d’un condensat de Bose-Einstein homogène à tempé-


rature nulle. Pression h normalisée en fonction du paramètre du gaz
ν. La courbe rouge correspond à l’équation d’état avec le correction
de Lee-Huang et Yang. La courbe en tirets rouge représente l’équation
d’état dans l’approximation de champ-moyen. Figure issue de [38]. . . 13

1.1 Potentiel inter-atomique VVdW (r) et la fonction d’onde ψ d’atome


dans la limite des basses énergies. La longueur de De Broglie λdB est
plus grande que la portée RVdW . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
1.2 Schéma du potentiel singulet et triplet. Une résonance à lieu lorsque
l’écart d’énergie δE entre l’énergie d’un état moléculaire et l’énergie
de collision tend vers 0. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
1.3 Longueur de diffusion a en unité de a0 en fonction du champ magné-
tique en G. Les résonances de Feshbach en onde s pour les mêmes
états mF = −1, 0, +1 sont représentées en bleues, rouges et vertes
respectivement. Figure provenant de [54]. . . . . . . . . . . . . . . . 25
1.4 Positions des résonances de Feshbach en onde s expérimentales Bexp et
théoriques Bth , largeurs ∆, longueurs de diffusions abg pour différents
sous-états Zeeman mFa et mFb . Tableau provenant de [55]. . . . . . . 26
1.5 Spectre de Bogoliubov ω(k) en fonction du vecteur d’onde k. On
distingue deux régimes : le régime phononique en noir et le régime
des particules libres en orange . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
1.6 (a) Le système est composé de deux condensats dans les états de
spin |↑i et |↓i. (b) Longueurs de diffusion permettant de définir les
interactions inter- et intra-spin. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
1.7 Diagramme des phases pour un mélange de condensats de Bose-
Einstein. Le système peut subir une transition de phase miscible-non
√ √
miscible lorsque a↑↓  a↑↑ a↓↓ . Lorsque −a↑↓  a↑↑ a↓↓ , une insta-
bilité dynamique a lieu, et le système implose. . . . . . . . . . . . . . 32
174 TABLE DES FIGURES

1.8 Schéma des excitations de Bogoliubov pour un mélange. (a) Mode


de densité, les condensats oscillent en phase. (b) Mode de spin, les
condensats oscillent en opposition de phase. (c) (resp. (d)) Relation
de dispersion du mode de spin et de densité proche du régime non-
miscible (a↑↓ > 0) (resp. du collapse (a↑↓ < 0)). . . . . . . . . . . . . . 34

2.1 Schéma issu de [73]. (a) Schéma d’une gouttelette classique dense,
stabilisée par la compétition entre l’attraction longue portée de Van
der Waals (rayon bleu) et la répulsion de Pauli à courte portée (boule
rouge). (b) Schéma d’une gouttelette quantique diluée faites à partir
d’un mélange de spin bosonique ultra-froid (billes rouge et bleu). L’in-
teraction de contact attractive inter-espèce (interaction rouge-bleue)
légèrement supérieure à la répulsion intra-espèce (interaction rouge-
rouge et bleue-bleue), est compensée par les fluctuations quantiques
phononiques du système. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
2.2 Énergie par particule en fonction de la densité. Schéma du méca-
nisme de stabilisation formant la gouttelette quantique à la densité
d’équilibre neq . L’interaction attractive de champ-moyen dominante
à basse densité est compensée par le terme Lee-Huang-Yang répulsif
dominant à haute densité formant ainsi un minimum d’énergie pour
la densité neq . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
2.3 Figure issue de [71]. (a) Fonction d’onde normalisée en fonction de
la composante radiale en absence de piégeage. (b) Spectre des exci-
tations pour une gouttelette quantique isotrope (en absence de pié-
geage) en fonction de (Ñ − Ñc )1/4 , où Ñ et Ñc sont respectivement le
nombre d’atomes et le nombre d’atomes critique renormalisés. Seuil
d’émission de particule −µ̃ (courbe bleue). Le mode de respiration ω̃0
(courbe rouge). Les autres modes d’excitations sont en tirets noirs.
En pointillés fins sont représentés les modes de surface (ripplons). . . 41
2.4 Figure issue de [44]. (a) Images typiques d’un condensat (haut) et
d’une gouttelette quantique dipolaire (bas) en l’absence de piégeage
en fonction du temps. (b) Diagramme des phases entre gaz (zone
blanche) et gouttelettes quantiques (zone mauve) et nombres d’atomes
critiques mesurés pour le 164 Dy [80] et 162 Dy [81]. . . . . . . . . . . . 44
2.5 Longueurs de diffusions (a↑↑ , a↓↓ a↑↓ ) intra et inter espèces dans le
cas d’un mélange de spin |1, −1i et |1, 0i pour le 39 K, ainsi que la
longueur de diffusion effective δa. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
2.6 Figure issue de [44]. (a) Images typique d’un condensat (haut) et
d’une gouttelette quantique (bas) en l’absence de piégeage en fonction
du temps. (b) Nombre d’atomes critique en fonction de la longueur de
diffusion effective δa. Les données en rouge (resp. bleue) proviennent
de [45] (resp. [46]). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
TABLE DES FIGURES 175

3.1 Simulations numériques de gouttelettes quantiques unidimensionnels


(LHY 1D). Comparaison de nos résultats avec les résultats analy-
tiques de [106] (voir texte). Les petites différences proviennent du
temps de calcul, qui n’est pas suffisamment long dans nos profils af-
fichés. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69

4.1 Niveaux d’énergie du potassium 39. Les transitions de la ligne D2 sont


représentées en rouge, δ2R et δ2P sont les désaccords respectivement
du faisceau repompeur et du principal. En bleu, les transitions de la
ligne D1, δ1R et δ1P sont les désaccords associés. . . . . . . . . . . . 75
4.2 Taux de collisions élastiques pour le potassium 39 en fonction de
l’énergie de collision pour des atomes dans l’état |F = 1, mF = −1i
[113]. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
4.3 Schéma simplifié de la séquence expérimental permettant l’obtention
d’un condensat de Bose-Einstein de 39 K en 7 secondes. Les bobines
sur l’axe verticale permettent de réaliser le piégeage magnétique et le
champ Feshbach. Les bobines sur l’axe horizontal sont utilisées pour
le piège magnéto-optique. Après le chargement du piège optique, la
configuration des bobines passe de quadrupôle à dipôle (Voir partie
4.2.3). À la fin de la séquence, on utilise de l’imagerie par fluorescence. 77
4.4 Schéma réalisé sur Solidworks de la chambre à vide. À gauche, vue
de dessus de l’expérience. Les cellules en verre (en rose) sont placées
à chaque extrémité de l’enceinte métallique, la cellule de gauche est
la chambre de science, celle de droite est la chambre de collection
utilisée pour le MOT 2D. À droite, vue de côté de l’expérience. La
source de potassium est placée dans un four (en rose). Le chauffage
permet de faire migrer les atomes de 39 K dans la chambre de collection. 78
4.5 Schéma de la cellule en verre avec les dimension en mm (Vue de
dessus). La géométrie des pièges dipolaires utilisés dans l’expérience
est représentée. Le piège optique initial est (1) nommé FORT1. Le
(2) est le FORT2. Le piège final (3) est nommé le FORT1D. . . . . . 79
4.6 a) Schéma Solidworks de la chambre de science entourée des bobines
coniques permettant de former le champ Feshbach. b) Les faisceaux
du MOT 3D sont représentés en rouge. La troisième paire de faisceaux
est perpendiculaire au plan de la feuille . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
4.7 Schéma électrique du switch (fabriqué par F. Moron) permettant la
commutation de la configuration dipôle à quadrupôle. Les grosses
bobines sont représentées en rouge par L1 et L2 . Le courant dans L2
peut être inversé en utilisant les IGBT A et D ou B et C en mode
passant. Le circuit de décharge est composé d’un condensateur C =
360 µF (800 V) et d’une résistance R = 470 Ω (50 W). Les composants
internes au switch sont refroidis par un circuit d’eau indépendant. . . 82
176 TABLE DES FIGURES

4.8 Schéma de la boucle d’asservissement du courant de l’alimentation


SM70-AR-24 pour la production du champ Feshbach. Le signal est
amplifié par l’augmentation du nombre de tours au niveau des trans-
ducteurs de courant. L’encadré orange schématise grossièrement le
contrôleur PID. Vm est la valeur mesurée, Vref est la valeur de ré-
férence (provenant de l’ordinateur), ε est le signal d’erreur multiplié
par un gain et Vc est le signal corrigé allant vers l’alimentation de
courant. L’alimentation de courant SM18-220 est uniquement stabi-
lisée via sa boucle d’asservissement interne. I1 et I2 correspondent
respectivement au relais mécanique permettant le changement d’ali-
mentation de courant et I3 correspond au switch IGBT. . . . . . . . . 84
4.9 Niveaux d’énergies en fonction du champ magnétique pour l’état élec-
tronique 2 S1/2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
4.10 Pompage optique sur la transition D1 des atomes vers l’état |F =
2, mF = 2i. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
4.11 À gauche : Énergies des états habillés |−i et |+i en fonction de δ/Ω.
Le dégradé de couleur donne la population des états non couplés |ai et
|bi pour chaque états habillés. À droite : les populations normalisées
des états |ai et |bi en fonction de δ/Ω pour |−i. . . . . . . . . . . . . 93
4.12 À gauche : probabilité Pb (t) que le système soit dans l’état |bi en fonc-
tion du temps pour différentes valeurs de δ/Ω. À droite : probabilité
Pb (t) que le système soit dans l’état |bi en fonction du désaccord à la
résonance δ/Ω pour t/Ω = π. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
4.13 Schéma explicatif du transfert adiabatique par balayage de fréquence. 95
4.14 Schéma du circuit radiofréquence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
4.15 Schéma de la configuration géométrique des différents pièges dipo-
laires, issu de [48]. En orange, les deux pièges à 1550 nm, croisent la
cellule avec un angle d’incidence élevé, afin de maximiser la transmis-
sion de l’intensité. En bleu, le FORT1D à 1064 nm traverse la cellule
à faible incidence. Des lames dichroïques permettent le passage de ce
piège dans l’axe des faisceaux MOT horizontaux. . . . . . . . . . . . 100
4.16 Schéma des étapes d’évaporations à partir du chargement du FORT1.
Les puissances des lasers sont données en pourcentage de leur puis-
sance maximale. Les différentes étapes sont numérotées de 1 à 4. . . . 101
4.17 a) Image par fluorescence des trois pièges optiques. Image prise dans
la direction verticale. L’axe longitudinale du FORT1D est perpendicu-
laire aux deux axes d’imagerie, il est donc au focus des deux caméras,
dans tout le champ de vue. b) Schéma des deux axes d’imageries. . . 103

5.1 Longueurs de diffusions décrivant les interactions entre deux atomes


dans un des états habillés {|−i, |+i}. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
TABLE DES FIGURES 177

5.2 Figures issues de [72]. Processus de changement d’états par collisions


à deux corps inélastiques. (a) États à deux particules et leurs éner-
gies internes associées. (b) Dispersion
p de l’énergie d’une particule en
fonction du moment k/kΩ̃ où kΩ̃ = 2mΩ̃/~ et Ω̃ est la fréquence de
Rabi généralisée. Les processus 1 et 2 correspondent respectivement
1
à | + +i −→ | − −i et | + +i −→ √ (| − +i + | + −i). . . . . . . . 111
2

5.3 (a) Distribution atomique en fausses couleurs. (b) Profil de densité


longitudinale de (a). Le condensat est initialement transféré adiaba-
tiquement dans l’état |+i. Nous appliquons 63.8 ms d’expansion dans
le piège longitudinale. Ω = 20 kHz. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112

5.4 Schéma des constantes de couplages pour l’interaction à deux corps


g2 et pour l’interaction à trois corps g3 en fonction de δ/Ω (en unités
arbitraires). Les trois pulsations Rabi vérifient Ω1 > Ω2 > Ω3 . . . . . 115

5.5 Longueur de diffusion a2 = a−− dans notre configuration expérimen-


tale en fonction de δ/Ω. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 116

5.6 Fréquence du mode de respiration radiale en fonction de δ/Ω pour


Ω/2π = 25.4 kHz. Les points correspondent aux données expérimen-
tales. Les barres d’erreurs verticales correspondent à une incertitude
de 1.5% sur la fréquence mesurée. Les barres d’erreurs horizontales
sont liées aux 0.8(2) mG de fluctuations du champ magnétique. La
zone grisée correspond à l’estimation théorique de la fréquence pour
2.3 × 109 m−1 < n1D < 2.65 × 109 m−1 prenant ainsi en compte notre
incertitude sur le nombre d’atomes provenant des fluctuations de l’ex-
périence et la détectivité. En insertion : taille du condensat en fonction
du temps après un balayage inverse de δ jusqu’à 7.5Ω et d’un temps
de vol de 9.7 ms. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118

5.7 Nombre d’atomes en fonction du temps. Chaque point correspond à


une seule itération de l’expérience. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 121

5.8 (a) Densité 1D en fonction du désaccord final δ/Ω. × : Ω/2π =


7.6 kHz, ◦ : Ω/2π = 29.8 kHz. Les courbes sont ajustées avec la fonc-
tion ncoll + (n1D − ncoll )erf[(|δ| − δc )/(W Ω)], où ncoll , n1D , W et δc sont
des paramètres libres. (b) Longueur de diffusion a−− en fonction of
δ/Ω. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 122
178 TABLE DES FIGURES

5.9 Seuil du collapse δc /Ω en fonction de la fréquence Rabi Ω/2π. Les


points expérimentaux sont représentés par des carrés. La courbe en
pointillé bleue à δ/Ω = 0.47 correspond à a−− = 0. La courbe violette
(resp. en tirée rouge) correspond à la prédiction théorique en prenant
en compte les effets de champ moyen sur l’état interne plus (resp.
sans) la renormalisation de l’interaction à deux corps (voir texte). En
insertion : Potentiel effectif V pour Ω/2π = 30 kHz pour (de haut
en bas) δ/Ω = 0.54, δ/Ω = δc /Ω = 0.49, δ/Ω = 0.44. La courbe en
pointillée orange est l’énergie initiale pour la courbe de potentiel au
milieu et correspondant à s(0) = 1.7. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123

6.1 Spectre des excitations pour un mélange couplé dans le régime où



−a↑↓ < a↑↑ a↓↓ . Ed (k) et Es (k) correspondent respectivement à
l’énergie des modes de densité et de spin. . . . . . . . . . . . . . . . . 131
6.2 Intégrale I(y) en fonction du paramètre y = ~Ω/−2g ˜ ↑↓ n. La courbe
rouge correspond à l’expression exacte de I(y). Pour 1/y → 0, il est
possible de développer l’intégrale, on obtient ainsi un terme à deux
corps et un terme à trois corps dans l’équation d’état. La courbe noire
représente le terme de I(y) associé au terme à deux corps. La courbe
bleue est la somme des terme de I(y) associés à l’interaction à deux
et à trois corps. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133
6.3 Longueurs de diffusions (a↑↑ , a↓↓ a↑↓ ) intra et inter espèces dans le
cas d’un mélange de spin |1, −1i et |1, 0i pour le 39 K, ainsi que la
longueur de diffusion effective δa. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135
6.4 Longueur de diffusion a−− à B = 56.830(1) G avec a↑↑ = 33.4 a0 ,
a↓↓ = 83.4 a0 et a↑↓ = −53.2 a0 , le minimum amin
−− vaut −0.2 a0 lorsque
δ/Ω = 0.23. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 136
6.5 Schéma de l’expérience. Le condensat est initialement à t=0 dans
l’état |−i, et de taille initiale dans la direction longitudinale Rini ≈
33 µm. Le piège longitudinale est coupé et les atomes sont libres d’évo-
luer unidimensionnellement pendant 75 ms. L’énergie d’interaction est
répulsive, le système minimise son énergie en diminuant sa densité
et va donc s’étendre. L’énergie initiale d’interaction est convertie en
énergie cinétique.
√ Dans le régime balistique, la taille finale du conden-
sat σf ∝ EBMF . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137
6.6 Schéma de la procédure expérimentale, juste après la condensation
dans l’état |F = 1, mF = −1i. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 138
6.7 Rayon de Thomas-Fermi expérimental après une expansion de 75 ms
en fonction de δ/Ω pour Ω/2π = 12.29 kHz. La courbe orange para-
bolique permet de schématiser la tendance des points expérimentaux. 139
TABLE DES FIGURES 179

6.8 Rayon de Thomas Fermi minimal (pour δ = 0.23) du condensat après


75 ms d’expansion en fonction de la fréquence de Rabi Ω/2π. Chaque
point est obtenue en moyennant 15 images et les barres d’erreurs
correspondent à l’écart-type des mêmes mesures. Les courbes cor-
respondent aux simulations de l’équation de Gross-Pitaevskii avec
ou sans ajout du bruit magnétique et pour différentes expression de
EBMF (voir texte). La courbe noire : expression exacte avec bruit
magnétique. La courbe noire en tiret : expression exacte sans bruit
magnétique. La courbe verte en pointillée : uniquement le terme à
deux corps de EBMF sans bruit. La courbe rouge en tiret-pointillé :
somme du terme à deux et à trois corps sans bruit. . . . . . . . . . . 141
6.9 Longueur de diffusion a−− en fonction de delta (courbe noire). La
zone surlignée en rouge schématise l’effet des fluctuations de champ.
Pendant l’expansion, le changement de δ induit un scan de la zone
parabolique de a−− . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 142
6.10 Pourcentage d’atomes dans l’état |+i après l’expansion de 75 ms en
fonction de la fréquence Rabi Ω/2π. Les barres d’erreurs correspondent
aux fluctuations sur le nombre d’atomes à chaque itérations de l’ex-
périence. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 144
6.11 Exemple de simulation numérique de l’état interne des atomes par
résolution de l’équation de Schrödinger avec l’hamiltonien de Rabi en
présence d’un terme imaginaire pour l’énergie de l’état |↓i. Dans cette
simulation, le taux de perte dans l’état |↓i vaut 25 s−1 . (a) Désaccord
à la résonance en fonction du temps, la valeur initiale est équivalente
à 10 Ω. (b) La courbe bleue (respectivement orange) correspond à la
probabilité que les atomes soit dans l’état |↑i (respectivement |↓i) en
fonction du temps. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 146
6.12 Fonction χ2 en fonction du nombre d’atomes N et de η pour ∆B =
560 Hz. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 149
6.13 Profils de densité pour les atomes dans |↑i (courbe noire) et |↓i
(courbe rouge) après une expansion de 75 ms pour Ω = 0. La courbe
en tirets bleue correspond à un fit Thomas-Fermi unidimensionnel du
profil de densité de l’état |↓i. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151

B.1 Différence d’énergie (E1,−1 − E1,0 ) entre les deux sous niveaux Zee-
man |F = 1, mF = −1i et |F = 1, mF = 0i en fonction du champ
magnétique B. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 162
B.2 Différence d’énergie (E1,0 − E1,1 ) entre les deux sous niveaux Zee-
man |F = 1, mF = 0i et |F = 1, mF = 1i en fonction du champ
magnétique B. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 163
B.3 Différence d’énergie (E2,2 − E1,1 ) entre les deux sous niveaux Zee-
man |F = 2, mF = 2i et |F = 1, mF = 1i en fonction du champ
magnétique B. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 164
180 TABLE DES FIGURES

C.1 Schéma de la séquence Ramsey. On représente l’amplitude du champ


RF en fonction du temps. Un premier pulse de durée τ permet de
créer la superposition d’états. On laisse ensuite le système évoluer en
absence de champ pendant une durée T . On interroge finalement le
système avec un dernier pulse de durée τ . . . . . . . . . . . . . . . . . 166
C.2 Nombre d’atomes en fausses couleurs après une séquence de Ramsey.
Les atomes à gauche sont dans l’état |1, −1i, ceux à droite dans l’état
|1, 0i. L’axe longitudinal du FORT1D est l’axe vertical sur l’image.
L’échelle est en pixel où 1 px = 1.75 µm. L’encadré orange correspond
à la zone où le champ peut être considéré comme constant. . . . . . . 167
C.3 Exemple de distribution expérimentale de la probabilité d’être dans
l’état |1, 0i pour T = 50 µs et δT ≈ π/2 (Voir texte). . . . . . . . . . 168
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PHYSICAL REVIEW RESEARCH 2, 013386 (2020)

Observation of the algebraic localization-delocalization transition in a one-dimensional


disordered potential with a bias force

G. Berthet, L. Lavoine, M. K. Parit , A. Brolis , A. Boissé, and T. Bourdel


Laboratoire Charles Fabry, Institut d’Optique Graduate School, CNRS, Université Paris-Saclay, 2 avenue A. Fresnel,
91127 Palaiseau Cedex, France

(Received 2 August 2019; accepted 30 January 2020; published 31 March 2020)

One-dimensional (1D) Anderson localization phenomena are strongly affected by a bias force or equivalently
a voltage in electronic systems. We experimentally study this case, launching a noninteracting 39 K Bose-Einstein
condensate in a 1D disordered potential induced by a far-off-resonance laser speckle, while controlling a bias
force. In agreement with theoretical predictions, we observe a transition between algebraic localization and
delocalization as a function of our control parameter that is the relative strength of the disorder against the bias
force. We also demonstrate that the transition is intrinsically energy independent and that the initial velocity of
the wave packet only plays a role through an effective disorder strength due to the correlation of the disorder.

DOI: 10.1103/PhysRevResearch.2.013386

I. INTRODUCTION [16], unlike the three-dimensional (3D) cases where a local-


ization transition takes place [17–20].
Adding a bias force is a quite natural way to probe the
The localization properties of 1D disordered systems are
transport properties of quantum systems, a subject of broad
strongly modified in the presence of a bias force. At in-
interest. In particular, electronic systems are probed through
finite time, theoretical studies predict a sharp localization-
the current response to an applied voltage that is equivalent to
delocalization transition as a function of a single dimen-
a force. The study of transport with atomic quantum gases is
sionless parameter α which is the ratio of the force to the
of specific interest because of their high degree of control and
disorder strength [21,22]. The transition remarkably does
versatility. They do not suffer from dissipation or decoherence
not depend on the energy of the particles for a white noise
effects, such as the ones induced by phonons in condensed-
disorder. In addition, the usual exponential decay associated
matter materials [1]. For example, Bloch oscillations have
to the localization is replaced by a much weaker algebraic
been measured through the addition of a constant force to
decay. Related phenomena such as a nonlinear current-voltage
atoms in a periodic potential induced by an optical lattice
response could be relevant in 1D condensed-matter systems
[2]. A force applied to a harmonic trap is equivalent to
such as nanowires [23] or nanotubes [12].
a trap displacement. The response to such a displacement
Realistic disorders can be correlated with possible im-
reveals the fluid or insulating behavior of atomic systems.
portant effects. For particles at momentum k, only disorder
In one-dimensional (1D) interacting Bose gases, the pinning
Fourier components around 2k are relevant in the weak dis-
transition by an optical lattice [3,4] or the insulating transition
order limit (Born approximation). For example, our disorder
in quasidisordered optical lattice [5,6] have been studied in
produced from a far-off-resonance laser speckle [24] has no
this manner. More recently, transport in quantum gases is
Fourier component beyond a spatial frequency kc and back-
also studied in biased junction-type setup more analogous to
scattering and localization are thus not expected for atoms
condensed-matter systems [7,8].
with wave vectors k > kc /2 (effective mobility edge) [13,25].
In our work, we focus on the transport of noninteracting
Since localized wave functions always have a small fraction at
particles in disordered media. Without a bias force, quan-
long distances corresponding to large energies and momenta,
tum interferences between multiple paths lead to Anderson
in the presence of a bias force, we thus expect correlation-
localization [9] whose signature is an exponential decay in
induced delocalization at very long times. However, at tran-
the space of single-particle wave functions [10]. This phe-
sient times, sufficiently fine disorder correlations are expected
nomenon is ubiquitous in wave and quantum physics and it
to play little role [22].
has been observed in many physical contexts [11] including
In this paper, we report on the observation of the al-
condensed matter [12] and ultracold atoms [13–15]. One-
gebraic localization-delocalization transition with ultracold
dimensional truly disordered systems are always localized
atoms propagating in a one-dimensional disordered potential
in the presence of a controlled bias force. We experimentally
show that the dimensionless ratio of the force to the disorder
strength α is the only relevant parameter to describe the
Published by the American Physical Society under the terms of the transition. We notice that the initial velocity of the quan-
Creative Commons Attribution 4.0 International license. Further tum wave packet only plays a role through the correlation
distribution of this work must maintain attribution to the author(s) of the disordered potential, showing that the transition is
and the published article’s title, journal citation, and DOI. intrinsically energy independent. In the localized regime, we

2643-1564/2020/2(1)/013386(6) 013386-1 Published by the American Physical Society


G. BERTHET et al. PHYSICAL REVIEW RESEARCH 2, 013386 (2020)

FIG. 1. Schematic of the experimental sequence. A noninteract-


ing atomic Bose-Einstein condensate is produced in a crossed trap
(a). The cloud is then launched into a 1D tube with a controlled force
(b). The cloud can be accelerated to a velocity v. A constant force
is then applied for a time τ to the system while a 1D speckle at FIG. 2. Power spectral function Ĉ(k) of a single realization of
532 nm is shone on the atoms (c). An average density profile over the disorder measured in a square of 175 × 175 μm. The dispersal of
eight disorder realizations is shown. points at low spacial frequencies is due to the speckle randomness.
The curve is a fit with the autoconvolution of a truncated Gaussian as
can be experimentally expected from a truncated Gaussian entering
demonstrate an algebraic decay of the density and measure the the optical system. The fitted function is used in the rest of the paper.
corresponding decay exponent as a function of α, revealing The inset shows an enlargement around k/kc = 1.
features due to the speckle disorder correlation.

a density profile observed at intermediate disorder strength


II. EXPERIMENTAL SETUP
where both localized and ballistic atomic fraction are visible.
We first produce a 39 K Bose-Einstein condensate. In con- We define the localized fraction by integrating over a window
trast to our previous works [26–28], after optical cooling, we extending by 300 μm in the propagation direction. This value
pump the atoms to the |F = 2, mF = 2 state and load a mag- is chosen somewhat arbitrarily to include most atoms in
netic trap which serves as a reservoir for loading a tightly con- the localized decaying peak while not including atoms that
fining optical trap [29]. The evaporation is then pursed in the are in the process of escaping. We have checked that our
|F = 1, mF = 1 state in the vicinity of the 403.4(7) G Fesh- experimental results do not strongly depend on the chosen
bach resonance [30] until condensation is reached. The mag- value [32].
netic field is then ramped down close to the scattering length The disorder is produced from a laser speckle at 532 nm,
zero crossing at 350.4(4) G in order to be in a noninteracting and its effect on the atoms is the one of a conservative
regime. The scattering length is then −0.2 ± 0.2 a0 with a0 potential. The 532-nm laser beam propagates along the ẑ axis
being the Bohr radius. The final trap is made of two horizon- and passes through a diffusing plate. The amplitude VR of
tal far-detuned laser beams at 1064 and 1550 nm. Its trap- the speckle potential is proportional to the laser intensity and
ping frequencies are 18 × 124 × 124 Hz. When the 1550-nm corresponds to both its mean value and its standard deviation
beam is turned off, the longitudinal confinement (along x̂) [24]. On the diffusing plate, the intensity distribution is ellip-
is removed and the atoms are free to evolve in the 1064-nm tical with the major axis along x̂ and the minor axis along ŷ.
trap whose radial frequencies are ω⊥ /2π = 124 Hz [31] (see This produces an anisotropic disorder that we have imaged
Fig. 1). The residual trapping frequency in the longitudinal √ are 4.7 μm
for characterization. The autocorrelation widths
direction is precisely canceled to 0.0(5) Hz by using the along ŷ and 4.3 μm along ẑ (half-width at 1/ e). Both values
magnetic field curvature induced by two pairs of magnetic largely exceeds
√ the ground-state extension of the harmonic
coils. We also control a longitudinal force, characterized by oscillator h̄/2mω⊥ = 1.0 μm, where m is the atomic mass
an acceleration a, through a magnetic field gradient produced and h̄ is the reduced Planck constant. The disordered potential
by an off-centered additional coil. can thus be considered as one dimensional for the atoms prop-
A 1D disorder potential is shone on the atoms for a time τ agating along x̂. In this direction, the power spectral density
while they propagate in the one-dimensional trap under the Ĉ(k) is shown in Fig. 2. It takes zero values for wave vec-
action of the constant force. The atoms are finally imaged tors larger than kc = 2/σ with σ = 0.34(1) μm. The power
by resonant fluorescence imaging at zero magnetic field. spectral density at zero momentum is Ĉ(k = 0) = cVR2 π σ ,
For a strong disorder, the atoms do not move much from where c = 1.26(5). It would be 1 for a uniform intensity on
their initial position, whereas, for small disorder, they behave the diffusing plate.
ballistically. We adjust the propagation time τ as a function Let us now discuss the relevant energy scales of our
of the constant force such that in the ballistic regime the experiment. The correlation length of the disorder gives the
atoms travel about 1 mm and are still in the camera field of correlation energy Eσ = h̄2 /2mσ 2 = (2π h̄) × 1.1 kHz. In or-
view. In this case, the velocity spread of the atomic cloud is der for the correlation of the disorder to play little role, it
measured to be v = 0.37(6) mm s−1 . In Fig. 1(c), we show has to be the largest energy scale. By dimensional analysis,

013386-2
OBSERVATION OF THE ALGEBRAIC … PHYSICAL REVIEW RESEARCH 2, 013386 (2020)

one can construct an energy scale Ea = h̄2/3 m1/3 a2/3 associ-


ated with the acceleration a. Experimentally, Ea takes val-
ues between (2π h̄)×7 Hz and (2π h̄)×33 Hz. The disorder
strength is characterized by VR , which is varied between 0 and
(2π h̄)×200 Hz. A more relevant parameter when comparing
with a white noise potential is rather V ∗ = h̄−2/3 m1/3Ĉ(0)2/3 ,
which is lower than VR . The dimensionless parameter α is
then defined as α = (Ea /V ∗ )3/2 = h̄2 a/Ĉ(0) such that the
localization-delocalization transition is expected for α = 1
[22]. Another energy scale, Eτ = h̄/τ , can be associated to the
propagation time τ . Its value is chosen to be below the value of
Ea by a factor of the order of 15 to 20, such that propagation,
scattering, and localization phenomena have enough time to
set in. Note that in a correlated speckle disorder, the very long
time limit is complete delocalization [22] and we thus work at
intermediate time where the localization-delocalization tran-
sition is smoothed.

III. RESULTS
We first study the case of atoms entering the disorder
without initial velocity. The localized fraction are measured
for four different values of the acceleration a = 9.3(6), a =
19(1), a = 32(2), and a = 81(4) mm s−2 respectively asso-
ciated with propagation times τ = 460, τ = 320, τ = 280,
τ = 90 ms [see Fig. 3(a)]. For small values of the speckle
amplitude VR , the system is mostly delocalized whatever the
acceleration. On the contrary, all the atoms are localized
when the speckle strength is high. One notes slower accel-
eration is correlated with faster localized fraction increases
with VR .
Rescaling√ the horizontal axis with the dimensionless
√ pa- FIG. 3. Localized atomic fraction
√ √ as a function of the speckle
rameter 1/ α, which is proportional to VR / a, leads to a amplitude VR (a) and 1/ α ∝ VR / a (b) obtained for four different
clear collapse of the data within the error bars [see Fig. 3(b)]. values of the applied acceleration and v = 0. Each curve is averaged
This indicates that α, which compares the acceleration to over eight realizations of the disorder potential. The error bars are the
the disorder strength, is the relevant parameter driving the standard deviations of the measured localized fractions. Experimen-
localization-delocalization transition. If the transition point is tal values above 1 are due to small errors in background substraction.
defined for a localized fraction equal to 0.5, this corresponds The continuous red line is the average of numerical simulations of
to α = 1.0(3). We can compare these results with disorder- the 1D Schrödinger equation.
averaged numerical simulations of the 1D Schrödinger equa-
tion for our parameters [Fig. 3(b)]. We use these simulations to
calibrate VR as a function of the optical power with a 15% un- the most relevant parameter and that the initial velocity only
certainty, matching estimations from scattering experiments plays a role through the correlation of the disorder [22]. The
in the absence of a force. transition point corresponding to a localized fraction of 0.5 is
We now consider the case of atoms entering the disorder obtained for α ∗ = 1.0(4) [Fig. 4(b)].
with an initial positive velocity. The initial velocity v is first Finally, we perform a more careful analysis of the localized
set by applying an acceleration to the atoms during 10 ms profiles for the specific case of a = 19 mm s−2 . We find that
without disorder (see Fig. 1). The acceleration is then changed singles profiles are quite noisy with modulations that are
to its final value a = 19 mm s−2 and the speckle is shone on stable for a given speckle realization. This shows that the
the atoms for 280 ms. The measured localized fractions are localization profile is not a self-averaging quantity. We thus
presented in Fig. 4 [28]. For the highest velocity (v = h̄k/m = average results for eight different realizations of the speckle
2.9 mm s−1 ), kσx  0.6, and the value of the disorder poten- in order to obtain smooth localization profiles (Fig. 5). An al-
tial’s power spectrum Ĉ(2k) = 0.17Ĉ(0) is greatly reduced. gebraic scaling is visible for distances between 40 and 300 μm
This correlation effect is responsible for the noncollapsing (a straight line in log-log scale), whereas an exponential decay
behavior
√ when the localized fractions are plotted as a function
√ in this region does not fit the data. It is expected that the alge-
of 1/ α [see Fig. 4(a)]. Plotting as a function of 1/ α ∗ , braic dependance is only valid at sufficiently large distances
where α ∗ = h̄2 a/Ĉ(2k) takes into account an effective dis- [22,33]. Above 300 μm, the signal-to-noise ratio is low.
order strength at the atomic initial momentum k, leads to a We now study the algebraic decay coefficient β as a
much better collapse of the data on the curve at zero velocity function of the disorder strength or equivalently as a func-
for which α ∗ = α [see Fig. 4(b)]. This indicates that α ∗ is tion of α ∗ (see Fig. 6). The coefficient is found to increase

013386-3
G. BERTHET et al. PHYSICAL REVIEW RESEARCH 2, 013386 (2020)

FIG. 6. Values of β, obtained by fitting to


√ the localized density
profile with a power law, as a function of 1/ α ∗ for three different
values of the initial velocity and a = 19 mm s−2 .

with increasing disorder as can be expected for stronger


localization effects. Moreover, we show that the behavior is
not modified by a small positive or negative initial velocity
(v = ±0.9 mm s−1 ) as expected theoretically. However, our
results do not match with the infinite time white-noise an-
alytical exponents from Ref. [22] (dashed line in Fig. 6).
For small disorder, the small mismatch can be due to the
fact that the measurement of β is sensitive to the wings of
the density distribution up to distances of 300 μm, where
the atom momentum k has significantly increase and Ĉ(2k)
FIG. 4. Localized fractions of√the noninteracting cloud of atoms

cannot be considered constant at this scale. The observed
as a function of 1/ α (a) and 1/ α ∗ (b) for different values of the saturation of β at large disorder is a striking deviation that we
initial velocity and a = 19 mm s−2 . interpret as a consequence of a strong and correlated disorder.
A strong disorder (VR ∼ Eσ ) broadens the initial wave-vector
distribution such that k vectors around 1/σ are populated
as can be understood from the broad width of the spectral
functions [34,35]. In this case, even in the absence of a force,
the diverging behavior of the localization length close to the
effective mobility edge 1/σ is responsible for an algebraic
decay of the localized density profiles with a coefficient 2
[13], in agreement with our measured value. In this regime,
the acceleration plays little role as the dominant energy scales
are VR and Eσ .

IV. CONCLUSION
In conclusion, we have reported on the observation of
the algebraic localization-delocalization transition with ul-
tracold matter waves in the presence of a controlled bias
force. The localized fraction of atoms only depends on a
dimensionless parameter which is the ratio of the force to
the disorder strength. The initial velocity only plays a role
FIG. 5. Averaged localized density profile as a function of the through a rescaling of the disorder strength due the correlation
atom displacement in log-log scale for a = 19 mm s−2 , α = 0.03, of the disordered potential and the localization-delocalization
and v = 0. Log-log scale permits us to show the algebraic depen- transition appears as an energy-independent phenomenon.
dance as a straight line. The algebraic (red continuous line) and Algebraic localization is observed. The observed satura-
exponential (orange dotted line) fits are displayed. The fit with the tion of the algebraic decay exponents at large disorder is
power law 1/x β leads to β = 1.79 ± 0.10, where the error bar is interpreted as a consequence of a correlated and strong
evaluated from reduced data sets of four speckle realizations. disorder.

013386-4
OBSERVATION OF THE ALGEBRAIC … PHYSICAL REVIEW RESEARCH 2, 013386 (2020)

Whereas adding a bias force is a natural tool to study in connection with the ac conductivity in condensed-matter
transport in both condensed-matter and ultracold atomic dis- [38,39].
order systems, our results show that it can have important
consequences. A straightforward extension of our work can ACKNOWLEDGMENTS
be the study of 1D interacting bosons in the presence of dis-
order, when modifying the scattering length. For example, a We thank L. Sanchez-Palencia and A. Aspect for useful
finite-temperature localization-delocalization phase transition discussions. This research has been supported by CNRS,
Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche,
has been predicted due to many-body localization effects [36].
Labex PALM, ERC Senior Grant Quantatop, Region Ile-
The study of the phase diagram of 1D strongly interacting
de-France, in the framework of DIM Nano-K (IFRAF) and
disordered Bose systems is also of interest [6,37]. Other ex-
DIM Sirteq, EU-H2020 research and innovation program
tensions of our work could be the study of fermionic mixtures, (Grant No. 641122-QUIC), Paris-Saclay, in the framework of
with possibly spin-dependent forces in connection to spintron- IQUPS, Simons foundation (Award No. 563916: localization
ics or the response of the system to an alternating bias force of waves).

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013386-5
G. BERTHET et al. PHYSICAL REVIEW RESEARCH 2, 013386 (2020)

is observed but remains below our uncertainty (≈0.3) in the [35] V. V. Volchkov, M. Pasek, V. Denechaud, M. Mukhtar, A.
determination of the critical value of α. Aspect, D. Delande, and V. Josse, Phys. Rev. Lett. 120, 060404
[33] The algebraic scaling is expected for distances 0 , with (2018).
0 = E /F and E = mv /2 the initial energy of the atoms [22].
2
[36] I. L. Aleiner, B. L. Altshuler, and G. V. Shlyapnikov, Nat. Phys.
When v = 0, the approximations in [22] are not valid but 6, 900 (2010).
a sensible 0 can be estimated taking E = V . In all cases, [37] T. Giamarchi and H. J. Schulz, Phys. Rev. B 37, 325 (1988).
0 amounts to a few tens of microns in agreement with our [38] P. A. Lee and T. V. Ramakrishnan, Rev. Mod. Phys. 57, 287
observations. (1985).
[34] T. Prat, N. Cherroret, and D. Delande, Phys. Rev. A 94, 022114 [39] R. Anderson, F. Wang, P. Xu, V. Venu, S. Trotzky, F. Chevy,
(2016). and J. H. Thywissen, Phys. Rev. Lett. 122, 153602 (2019).

013386-6
PHYSICAL REVIEW A 103, 033312 (2021)

Beyond-mean-field crossover from one dimension to three dimensions


in quantum droplets of binary mixtures
*
L. Lavoine and T. Bourdel
Laboratoire Charles Fabry, UMR 8501, Institut d’Optique, CNRS, Université Paris-Saclay,
Avenue Augustin Fresnel, 91127 Palaiseau CEDEX, France

(Received 24 November 2020; revised 29 January 2021; accepted 26 February 2021; published 15 March 2021)

The existence of quantum droplets in binary Bose-Einstein condensate mixtures relies on beyond-mean-field
effects, competing with mean-field effects. Interestingly, the beyond-mean-field effects change from repulsive in
three dimensions (3D) to attractive in 1D leading to drastically different behaviors. We quantitatively model
quantum droplets in the beyond-mean-field crossover from 1D to 3D in the relevant case of an elongated
harmonic trap and give realistic numbers for experimental realizations. We identify and quantify two main
limiting factors: three-body losses and tiny energy scales. The crossover region is appealing as it offers a trade-off
between these two main limitations opening the possibility of observing stable flat-top density profiles, a yet
unobserved, characteristic feature of quantum droplets. It would permit testing of beyond-mean-field theories to
an unprecedented precision.

DOI: 10.1103/PhysRevA.103.033312

I. INTRODUCTION Interestingly, the beyond-mean-field energy, which origi-


nates from the summation of the zero-point energies of the
Ultracold quantum gases are uniquely well controlled
Bogoliubov modes in the Lee-Huang-Yang description [17],
many-body systems [1]. Their diluteness permits accurate ab
strongly depends on the dimension of the systems with impor-
initio theoretical treatment using zero-range interaction. They
tant consequences [18]. For example, the three-dimensional
are thus good candidates for tests of many-body theories.
(3D) beyond-mean-field energy density is positive and scales
As an example, the energy of a zero-temperature Bose gas
as n5/2 , whereas the 1D beyond-mean-field energy density
can be calculated within the Bogoliubov theory beyond the
is negative and scales as n3/2 . In the 1D case, a dominant
usual mean-field approximation [2,3]. Experimentally, there
beyond-mean-field energy is obtained at low density in con-
has been a quest for the measurement of these beyond-mean-
trast to the 3D case. Quantum droplets thus exist in both
field corrections mostly by increasing na3 , where n is the
cases in, however, quite different conditions, requiring, in
density and a is the scattering length [4–7].
particular, an opposite sign of the mean-field interaction [19].
Recently, it was discovered that quantum mixtures of
The beyond-mean-field energy density in the 1D-3D crossover
two Bose-Einstein condensates with repulsive intraspecies
was calculated predicting the existence of quantum droplets
interaction and attractive interspecies interactions permit a
for any value and sign of the mean-field interaction term in
cancellation of the global mean-field interaction without a
elongated geometries [20,21].
reduction in the magnitude of the beyond-mean-field effects
Experimentally, droplets in Bose-Bose mixtures have been
[8]. They can then play a dominant role in the dynamics of the
observed not only in free space [10] but also in cigar and
system and compete with the reduced mean-field energy. In
pancake traps corresponding to quasi-1D [11] and quasi-2D
this context, quantum droplets, i.e., self-bound Bose-Einstein
situations [9], where the motion of particles is frozen in one
condensates, due to beyond-mean-field effects have been pre-
or two directions. Nevertheless, the beyond-mean-field effects
dicted [8] and experimentally observed [9–12]. The name
were still in a 3D regime. This possibility of hybrid dimen-
“droplet” is given in analogy to liquid droplets, which have
sion comes from the different energy scales associated with
similar properties such as a constant density profile although
the two excitation branches, which are relevant in droplets
their stabilization mechanism is different. Quantum droplets
of binary mixtures, i.e., the low energy density branch (the
were also observed in dipolar condensates where the magnetic
two condensates oscillate in phase) and the high energy spin
interaction competes with the usual contact interaction [13]
branch (the two condensates oscillate out of phase). The latter
(see Refs. [14,15] and references therein for recent reviews on
is responsible for the main beyond-mean-field effects [21].
quantum droplets). Experimentally, the droplets are observed
In this paper, we study the 1D-3D crossover for quasi-1D
at high densities (typically ∼1021 m−3 ). Three-body losses
quantum droplets in the experimentally relevant case of a
thus play an important role in the droplet dynamics [16] and
cigar-shaped harmonic trap. Our work crucially uses a calcu-
have hindered the observation of the predicted characteristic
lation of the beyond-mean-field energy density, in which the
flat-top density profile of a stable droplet.
radial wave function is fixed to the radial harmonic oscillator
one [20]. There is a smooth 1D-3D crossover where the spin
mode excitations and thus also the Lee-Huang-Yang energy
*
[Link]@[Link] density are progressively modified by the radial trapping. In

2469-9926/2021/103(3)/033312(7) 033312-1 ©2021 American Physical Society


L. LAVOINE AND T. BOURDEL PHYSICAL REVIEW A 103, 033312 (2021)

the whole crossover, we study important experimental pa-


rameters such as the droplet density, size, binding energy,
or three-body loss rate as a function of the relevant dimen-
sionless parameters. The paper first describes bulk droplet
properties and second introduces finite-size effects within an
extended Gross-Pitaevskii equation formalism. We study the
ground-state droplets with and without longitudinal trapping
and find the conditions in which a flat-top density profile is
expected. We also study the breathing mode frequency which
gives the relevant time scale for an adiabatic preparation of
quantum droplets. We find that the crossover regime offers an
experimentally favorable trade-off between high three-body
losses close to the 3D regime and tiny energy scales in the 1D
regime.
FIG. 1. Dimensionless density κ in a bulk quantum droplet as
II. QUANTUM DROPLETS IN THE BULK a function of the mean-field parameter δa . The black (red) curve
corresponds to the 1D-3D-crossover (3D) beyond-mean-field model.
We consider a mixture of two atomic Bose-Einstein con- The curves are dashed in the regions where the theory is expected not
densates in states |1 and |2 (of equal mass m for simplicity) to be valid.
and radially harmonically trapped with a frequency ω⊥ /2π .
We assume that we are in the quasi-1D regime such that the
radial condensate wave functions are√Gaussian characterized along the radial Gaussian density profile and integrate the
by the harmonic oscillator size aoh = h̄/mω⊥ , where h̄ is the usual 3D beyond-mean-field expression [20]:
reduced Planck constant. The three relevant scattering lengths 3D
EBMF λ 512 5/2
are a11 > 0, a22 > 0, a12 < 0 associated with the 1D coupling = κ . (5)
h̄ω⊥ a 75π
constants gi j = 2h̄ω⊥ ai j . We first consider the homogenous
case with the two 1D densities n1 , n2 and the total density In the opposite limit κ  1, the summation over the radial
n = n1 + n2 . oscillation modes has been performed in order to calcu-
The mean-field energy density can be written as late the beyond-mean-field energy density of a quasi-1D
Bose-Einstein condensate in the 1D-3D crossover [20]. Inter-
EMF = g11 n12 /2 + g22 n22 /2 + g12 n1 n2 , estingly, the result can also be used for the spin modes in a
√ √ Bose-Bose mixture, giving the following beyond-mean-field
( g11 n1 − g22 n2 )2
EMF = contribution:
2
√ √ c
EBMF λ
gδg( g11 n2 + g22 n1 )2 = f (κ ), (6)
+ h̄ω⊥ a
(g11 + g22 )2
√ √ with
with δg = g12 + g11 g22 and g = g11 g22 . (1) √ √  
h
C1D 4 2 3/2 4 2 ln 43 5/2
In the vicinity of the mean-field collapse δg/g  1, the first f (κ ) = √ κ −
2
κ + κ + B1D
h
κ 3.
2 3π π
term is much larger than the second one. The system thus
minimizes its mean-field energy by locking the two densities (7)
√ √
such that g11 n1 = g22 n2 . In this situation, the mean-field The first term in f (κ ) is a mean-field correction due to the
energy density reduces to confinement-induced resonance (C1D h
≈ 1.4603). The second
EMF 2aδa term is the beyond-mean-field contribution of a purely one-
= √ √ n2 (2) dimensional system [18], which dominates at small κ. The
h̄ω⊥ ( a11 + a22 )2
third and fourth terms are corrections for higher values of κ
with h
(B1D ≈ 1.13 [22]). For κ ∼ 1, the beyond-mean-field energy
√ √ density cannot be written in a simple form, but one can inter-
δa = a12 + a11 a22 and a = a11 a22 . (3) polate between the two previous expressions with a relatively
This equation can be written in a more convenient form, good accuracy.
In the two cases, one can simply minimize the energy per
EMF particle E = (EMF + EBMF )/n as a function of κ in order to
= δa λκ 2 /2a, (4)
h̄ω⊥ find the equilibrium density in the bulk, i.e., neglecting the
kinetic energy. We plot the resulting value of κ as a func-
with κ = na, λ = a/aoh , and δa = λ(a1/24δa 1/2 2 being a dimen- tion of the mean-field parameter δa (see Fig. 1). Note that
11 +a22 )
sionless parameter characterizing the mean-field interaction. in the 3D beyond-mean-field case, the minimization leads
The beyond-mean-field energy density has been calculated to a nonzero density only for attractive mean-field interac-
in two limits depending on the value of κ. For κ  1 corre- tion which compensates a repulsive beyond-mean-field term
sponding to large densities such that the spin healing length is (red curve). In contrast, the crossover expression leads to
smaller than aoh , one can make a local density approximation the existence of a finite density droplet for any value of the

033312-2
BEYOND-MEAN-FIELD CROSSOVER FROM ONE … PHYSICAL REVIEW A 103, 033312 (2021)

FIG. 2. Energy per particle in the bulk. The black (red) curve FIG. 3. Ratio of the binding energy per particle to the three-body
corresponds to the energy minimization using the 1D-3D-crossover loss rate in the beyond-mean-field 1D-3D crossover. Larger ratios are
(3D) formula. The curves are dashed in the regions where the corre- favorable to minimize the relative effect of losses.
sponding theory is expected not to be valid.

be varied around zero by slight adjustment of the magnetic


mean-field parameter (black curve). For a large and nega-
field. As an example, we take ω⊥ /2π = 500 Hz, and the en-
tive mean-field parameter δa , we find κ  1, and the 3D
ergy scale λh̄ω⊥ ≈ (2π h̄) × 2 Hz is relatively low. For δa =
expression is the valid one. For δa  −3, the crossover ex-
−5 a0 , a value close to the experimental ones [9–11], δa =
pression finds κ  1, and it is thus valid. By interpolating
−20, and the binding energy per particle ∼(2π h̄) × 60 Hz is
the two results from their validity region, we find droplets for
such that droplet physics can be observed on a time scale of
any value of the mean-field interaction and an approximated
tens of milliseconds [11]. With an effective three-body loss
value of κ in the whole crossover. The equilibrium density is
rate coefficient K3 = 1.4 × 10−40 m6 /s that can be assumed
drastically reduced when increasing the mean-field interaction
to be constant in the relevant region of the magnetic field
parameter.
[11,23], the loss rate is ∼80 s−1 , and losses play a significant
We also plot the energy per particle in Fig. 2. It is nega-
role in the droplet dynamics.
tive as a droplet is a self-bound object. One can interpolate
When one goes toward the 1D regime, the energy scale
between the two solid curves in order to find its behavior
decreases rapidly. Nevertheless, the loss rate decreases even
for any parameter δa . The binding energy of the droplet
more rapidly, and the crossover regime is an adequate region
significantly decreases as one goes toward the 1D regime. The
3/2 to look for more stable droplets. For example, at δa = 0,
relevant scaling for the binding energy λh̄ω⊥ ∝ ω⊥ shows
where the droplet is solely stabilized by the peculiar density
the influence of the radial confinement.
dependence of the beyond-mean-field energy as a function
In this context, we can thus wonder whether the increased
of density [20], the droplet density is reduced by a factor of
lifetime of the droplet due to reduced densities and three-body
∼100, and three-body losses are then negligible. The energy
loss rates is sufficient to counterbalance its reduced energy
per particle is then of the order of ∼(2π h̄) × 0.2 Hz. Note that
scale and thus increased time scale. The three-body loss rate
such a low energy scale implies long experimental times as
is characterized by a three-body loss coefficient K3 . By inte-
well as a control of the trap parameters such as its longitudinal
gration over the Gaussian radial profile, we find the loss rate
1 ∂N
flatness to an extreme precision.
= − = −K3 3π 2κa4 a2 . We then plot the dimensionless
2

N ∂t oh
ratio of the droplet binding energy to the three-body loss rate,
which is a measure of the relative importance of losses as III. QUANTUM DROPLETS IN A FINITE SYSTEM
compared with the droplet intrinsic time scale (see Fig. 3).
Small values imply that losses play an important role in the Whereas the above discussion focused on the properties of
droplet dynamics [16]. We find that it is indeed favorable to droplets in the bulk, we now turn to the question of finite atom
move toward δa > 0 in order to minimize the relative effect numbers and finite sizes in quasi-1D droplets in the beyond-
of losses. Note that the ratio is plotted in units of the dimen- mean-field crossover from 1D to 3D. One of our goals is to
sionless quantity h̄a3 aoh /(mK3 ), which reveals the importance identify realistic parameters where a stable flat-top droplet
of the different parameters. In particular, we find that reducing density profile could be observed.
the confinement ω⊥ is favorable to reduce the relative role
of losses in the droplet dynamics despite the reduction in the
droplet binding energy. A. Extended Gross-Pitaevskii equation
We now discuss experimentally realistic numbers. We con- In the same spirit as before, we suppose that the spin
sider droplets made of potassium-39 in the second and third modes are unpopulated such that the ratio of densities be-
spin states around 56.8 G as used in previous experiments. In tween the two spin states is fixed. Within this assumption
this case, a11 ≈ 33 a0 , a22 ≈ 84 a0 , and a12 ≈ 53 a0 , where a0 the system can be described by a single wave-function
is the Bohr radius. The mean-field parameters δa and δa can ψ (x, t ) solution of the following extended Gross-Pitaevskii

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L. LAVOINE AND T. BOURDEL PHYSICAL REVIEW A 103, 033312 (2021)

equation:
(a)
∂ψ h̄2 ∂ 2 ψ
i h̄ =− + h̄ω⊥ [δa λ|ψ 2 |
∂t 2m ∂x 2
1
+ λg(κ )]ψ + mω2 x 2 ψ, t (8)
2

where g(κ ) = ∂ ∂κ
f (κ )
is the beyond-mean-field interaction po-
tential.
This equation can be written in dimensionless units using
the following scalings:

1 
t = t0 t  = t, (9) (b)
λω⊥
a⊥
x = x0 x  = 1/2 x  , (10)
λ
1
ψ = ψ0 ψ  = 1/2 ψ  , (11)
a
∂ψ  1 ∂ 2ψ   2 2  1 ω2 2 
i = − + [δa |ψ | + g(|ψ |)]ψ + x ψ,
∂t  2 ∂x 2 2 ω⊥
2 λ2

(12)

with the normalization condition |ψ 2 |dx  = N  = Nλ3/2 . In
addition to this rescaled atom number, there are two dimen-
ω
(c)
sionless parameters: δa for the mean-field interaction and ω⊥ λ
for the trapping potential.

B. Ground-state solutions
We find the droplet ground state using the split-step Fourier
method and imaginary time evolution. We first study the solu-
tion with no longitudinal trapping (ω = 0). Remarkably, we
always find a self-bound solution for all parameters. This is in
contrast to the 3D situation, where a minimal atom number
is needed to form a droplet. We now plot the ground-state
density profiles for two different atom numbers N  = 0.3 and
N  = 3 and mean-field interaction parameters in the crossover FIG. 4. Quantum droplet density profiles in the absence of a
δa = −6.7, 0, and 6.7 (corresponding to δa/a0 = −1.6, 0, longitudinal trap (ω = 0) for N  = 0.3 and N  = 3 for three val-
and 1.6, for the previously given experimental parameters) ues of δa . (a) δa = −6.7. (b) δa = 0. (c) δa = 6.7. Please note
in Fig. 4. For large atom numbers N   3, the droplet the different scales both in x and in κ in (a)–(c). The solid black
profile exhibits a flat-top profile corresponding to the bulk curves correspond to the exact minimization of the extended Gross-
solution whose edges are rounded because of the kinetic- Pitaevskii equation in the 1D-3D crossover using imaginary time
energy term. The droplet density gets smaller and its size evolution. The superimposed dashed red curves are the results using
gets larger as δa goes from negative to positive values. For the two-parameter ansatz presented in the text.
small atom numbers N   0.3, the droplets do not show an
extended flat region, and the kinetic energy plays a dominant
role. profile is
For the realistic experimental parameters chosen previ-   2 r 
ously, N  = 1 corresponds to 3800 atoms, and the quasi-1D n(σ, r) =
N x
exp − 2 . (13)
situation offers the possibility of saturating a droplet with 2σ (1 + 1/2r) σ
realistic atom numbers. This is in contrast to the quasi-2D and,
even more, the 3D droplets, where the critical atom number This two-parameter function has the ability to interpolate be-
to reach a flat top can be too high especially for low values tween a peaked density profile for low values of r, a Gaussian
of |δa|, which are favorable to reduce the role of three-body density profile for r = 1, and a flat-top density profile for r 
losses [8]. 1. Its typical width is given by σ . It has the great advantage
Another way to get an idea of the density pro- that the different energy terms are analytical and can be simply
files is to minimize the energy of an ansatz wave written in terms of the  function. The energy minimization
function. Here, an appropriate choice for the density is then straightforward. In Fig. 4, it is obvious that the ansatz

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BEYOND-MEAN-FIELD CROSSOVER FROM ONE … PHYSICAL REVIEW A 103, 033312 (2021)

(a)

(b)

FIG. 5. Maximum rescaled density κ0 (a) and rms size (b) of a FIG. 6. Maximum rescaled density κ0 (a) and rms size (b) as
droplet as a function of the atom number in the absence of a lon- a function of the atom number in the presence of a longitudinal
ω
gitudinal trap (ω = 0). The three curves correspond to three values harmonic trap ω⊥ λ = 5 × 10−3 . The curves follow the same coding
of the mean-field parameters δa : black [(a) bottom curve, (b) top as in Fig. 5.
curve], δa = 6.7; red (middle curve), δa = 0; blue [(a) top curve,
(b) bottom curve], δa = −6.7.
an intermediate-atom-number region in which the solution
corresponds to a standard mean-field bright soliton [11,24,25]
minimization method is able to approximate the exact ground for which the size scales as N −1 and the density scales as N 2 .
state.
D. Trapped case
C. Maximum density and rms size: Scalings We now turn to the trapped case. As an example, we choose
ω
We now plot the maximum rescaled density κ0 and the ω⊥ λ
= 5 × 10−3 (which corresponds to w /2π = 0.01 Hz,
root-mean-square (rms) size of the ground-state profile as for the previously chosen parameters) and find the ground
a function of the atom number for δa = −6.7, 0, and 6.7 state by imaginary time evolution (see Fig. 6). For interme-
(see Fig. 5). In all cases, the density increases with the atom diate atom number, the trap has no effect. It corresponds to a
number until it reaches a saturation value corresponding to regime where the trap potential energy is negligible as com-
the bulk density, when the droplet exhibits a flat-top profile. It pared with the other energy scales. For low atom number, the
also appears that a lower atom number is necessary to reach size reaches a plateau in contrast to the untrapped case. This
a flat-top droplet as one moves toward the 1D regime. The corresponds to a situation where the gas can be considered as
ground-state size first decreases as the atom number increases noninteracting and the condensates occupy the ground state of
and then increases when a flat-top droplet is formed. the longitudinal harmonic trap.
For the above figures, one can extract scalings in dif- At high atom numbers, the trap prevents the droplet from
ferent regimes. For low atom numbers, all three curves are growing in size at a constant density as observed in the ab-
superimposed, and κ0  1. The dominant energy terms are sence of a longitudinal trap. In this regime, the kinetic energy
the 1D beyond-mean-field attractive terms and the kinetic can be neglected, and the density profile can be found in
energy. The mean-field term is negligible. In this case, the an approximation analogous to the Thomas-Fermi approxi-
size scales as N −1/3 , and the density scales as N 2/3 . For a mation. A local chemical potential is then directly linked to
large atom number, the ground state is a flat-top quantum the density through the homogenous equation of state. In the
droplet. The dominant energies are then the mean-field and 3D case, this was presented in Ref. [26]. The entrance in
beyond-mean-field terms. The kinetic energy can be neglected this last regime can be simply estimated by comparing the
in the analysis. In this case, the size simply scales as N  as the bulk energy per particle to the potential energy given by the
density is fixed. For attractive mean-field δa < 0, there exists rms size of the droplet. The value of N  where this happens

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L. LAVOINE AND T. BOURDEL PHYSICAL REVIEW A 103, 033312 (2021)

(a)

(b)
FIG. 8. Frequency of the breathing mode as a function of the
rescaled atom number for three values of the mean-field parameter
δa : black, top points, δa = −6.7; red, middle points, δa = 0; blue,
lower points, δa = 6.7.

ground-state wave function by a coefficient of 1.01 [19]. After


this modification, we study, in particular, the evolution of the
rms size of the droplet as a function of time and extract its
main (lowest) oscillation frequency, which is plotted in Fig. 8.
Interestingly, we find that these small breathing oscillations
are essentially undamped. This can be expected as their fre-
(c) quency remains below the particle emission threshold for all
parameters. High frequency modes can evaporate, but there
are only weakly excited in our excitation scheme [8]. This
behavior is in contrast to the 3D situation, where there is a
region just above the critical atom number where the droplets
quickly evaporate to their ground state [8]. Importantly, the
excitation mode period gives a time scale in which a droplet
can be prepared in an adiabatic (quasistatic) way by time
variation of the experimental parameters.
We find that the breathing mode frequency first increases
with the atom number as can be expected from an increasing
binding energy. It then reaches a maximum close to the point
where the droplet becomes flat topped. Then, it decreases
when the droplet size increases. This observed behavior is
FIG. 7. Droplet profiles in the presence of a longitudinal confine-
ω
ment ω⊥ λ = 5 × 10−3 for N  = 10 and three different values of δa .
qualitatively similar to the behavior previously predicted in
(a) δa = −6.7. (b) δa = 0. (c) δa = 6.7.
 the pure 1D regime (δa > 0) [19] but quantitatively differs.
For an increasing value of δa , the maximum frequency takes
significantly lower values. For the above mentioned parame-
drastically depends on δa . As an example, density profiles for ters in potassium-39 mixtures, the frequency scale λω⊥ /2π =
N  = 10 are plotted in Fig. 7 for different values of δa . The 2 Hz is already quite low, and the droplet breathing mode
profile indeed resembles a Thomas-Fermi profile for δa = 6.7 frequency appears to be reasonably large only in the attractive
with dominant mean-field and potential energies. Oppositely, mean-field region. In this condition, even an adiabatic prepa-
a flat-top droplet profile with negligible trap influence is found ration of a ground-state (unexcited) flat-top density droplet by
for δa = −6.7. For δa = 0, the situation is intermediate. Our a slow sweep of the parameters seems challenging. Creating
results show that even a minute axial confinement can greatly the droplet already close to its stable shape by releasing the
affect the droplet shape, in particular for δa  0, where the gas from a longitudinal box potential appears to be a more
droplet energy scale is especially low. realistic solution to avoid too strong excitations.

E. Breathing mode IV. CONCLUSIONS


We now turn to the study of excitations of the quasi- In a mixture of two Bose-Einstein condensates with re-
1D droplets in the absence of a longitudinal trap. They pulsive intraspecies interaction and attractive interspecies
can be studied by real-time integration of the extended interaction, we have studied quantum droplets in the 1D-3D
Gross-Pitaevskii equation. More specifically, we start from a crossover for the beyond-mean-field energy, which changes
situation close to equilibrium by rescaling the first computed from positive in 3D to negative in 1D. The equilibrium

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BEYOND-MEAN-FIELD CROSSOVER FROM ONE … PHYSICAL REVIEW A 103, 033312 (2021)

density is found to decrease rapidly when moving toward Effects beyond the standard Lee-Huang-Yang energy used in
the 1D regime, which would be experimentally favorable this paper will appear [27], either because of higher-order
in order to reduce the role of three-body losses. This re- terms in the density expansion [28], because of finite-range
duction comes with a reduction in the typical energy scale interacting potentials [29,30], or because of temperature
of the droplets imposing severe experimental constraints on effects [31].
the control of the residual potential such as the longitudi-
nal trapping or the preparation of the droplets close to their
ACKNOWLEDGMENTS
ground state. Nevertheless, stable quasi-1D quantum droplets
with a characteristic flat-top profile should be realistically We thank D. Petrov for inspiring discussions and A. Ham-
observable with a δa that is negative and of the order of a mond for careful rereading. This research has been supported
few units in potassium-39 experiments [9–11]. The conditions by CNRS, Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la
would be even more favorable for low-loss mixtures such as Recherche, Labex PALM, Region Île-de-France in the frame-
Rb-K [12]. work of DIM Sirteq, Université Paris-Saclay in the framework
The realization of quasi-1D droplets in the beyond- of IQUPS, ANR Droplets Project No. 19-CE30-0003-01, and
mean-field crossover from 1D to 3D would allow precise the Simons Foundation (Award No. 563916: Localization of
studies of the beyond-mean-field effects in Bose gases. Waves).

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(2020). Astrakharchik, Phys. Rev. Research 1, 033083 (2019).

033312-7
PHYSICAL REVIEW LETTERS 127, 203402 (2021)

Beyond-Mean-Field Effects in Rabi-Coupled Two-Component Bose-Einstein Condensate


L. Lavoine,1 A. Hammond,1 A. Recati,2 D. S. Petrov ,3 and T. Bourdel 1,*
1
Laboratoire Charles Fabry, UMR 8501, Institut d’Optique, CNRS, Université Paris-Saclay,
Avenue Augustin Fresnel, 91127 Palaiseau CEDEX, France
2
INO-CNR BEC Center and Dipartimento di Fisica, Università degli Studi di Trento, 38123 Povo, Italy
and Trento Institute for Fundamental Physics and Applications, INFN, 38123 Trento, Italy
3
Université Paris-Saclay, CNRS, LPTMS, 91405 Orsay, France

(Received 21 May 2021; revised 9 August 2021; accepted 15 October 2021; published 12 November 2021)

We theoretically calculate and experimentally measure the beyond-mean-field (BMF) equation of state
in a coherently coupled two-component Bose-Einstein condensate (BEC) in the regime where averaging of
the interspecies and intraspecies coupling constants over the hyperfine composition of the single-particle
dressed state predicts the exact cancellation of the two-body interaction. We show that with increasing the
Rabi-coupling frequency Ω, the BMF energy density crosses over from the nonanalytic Lee-Huang-Yang
scaling ∝ n5=2 to an expansion in integer powers of density, where, in addition to a two-body BMF term
pffiffiffiffi pffiffiffiffi
∝ n2 Ω, there emerges a repulsive three-body contribution ∝ n3 = Ω. We experimentally evidence these
two contributions, thanks to their different scaling with Ω, in the expansion of a Rabi-coupled two-
component 39K condensate in a waveguide. By studying the expansion with and without Rabi coupling, we
reveal an important feature relevant for observing BMF effects and associated phenomena in mixtures with
spin-asymmetric losses: Rabi coupling helps preserve the spin composition and thus prevents the system
from drifting away from the point of the vanishing mean field.

DOI: 10.1103/PhysRevLett.127.203402

Vacuum effects are among the most striking features of effects [19], ferromagnetic classical bifurcation [20],
quantum field theories. The high degree of control of cold Kibble-Zurek mechanism [21], control of the two-body
gases has made these systems ideal candidates to identify interaction [22–24], and magnetic domain wall dynamics
and measure the role of quantum fluctuations in matter [25]. For sufficiently attractive interspecies interaction such
fields. For instance, using Bose gases, quantum phonon Rabi-coupled BECs are predicted to sustain droplets in the
fluctuations [1], phononic Lamb shift [2], dynamical symmetric case, where the Rabi coupling is resonant and
phononic Casimir effect [3], as well as evidence of the intraspecies coupling constants are equal to each other.
Hawking-like radiation from analog gravity configurations The stabilization mechanism is interpreted from the few-
[4] have been reported. body perspective as an emergent three-body repulsion [23]
For a weakly interacting Bose gas quantum fluctuations or as a many-body BMF effect due to a structural change in
cause the BEC depletion [5,6] and lead to the so-called Lee- the excitation spectrum [26].
Huang-Yang (LHY) correction to the mean-field (MF) Here, we analytically calculate the BMF energy density
equation of state [7]. This beyond-mean-field (BMF) cor- in the experimentally relevant case of an asymmetric Rabi-
rection found experimental verification a few years ago coupled Bose mixture in the whole range of Rabi frequen-
[8,9]. More recently, self-trapped quantum droplets were cies Ω. We show that the BMF energy crosses over from the
stabilized against collapse by BMF effects in single com- LHY law ∝ n5=2 for small Ω to the regular expansion in
ponent dipolar BECs [10,11] and in two-component BEC integer powers of n for large Ω. The quadratic term in the
mixtures [12–15]. In the latter case, the MF interaction is latter limit can be understood as a renormalization of the
greatly reduced by the compensation between intraspecies two-body interaction, the cubic term as an emergent three-
repulsion and interspecies attraction while the BMF energy body interaction, each term having a different scaling with
originating from quantum fluctuations remains finite. Ω. In the large Ω limit, we experimentally evidence these
In this Letter we consider a Bose gas formed by atoms two contributions by preparing a condensed 39K spin
with two internal levels, which are coherently coupled [16]. mixture at the point of vanishing mean field [27] and by
The BEC order parameter is then a two-component vector quantitatively measuring its expansion in a waveguide as a
and the relative phase excitations are gapped due to the function of Ω. In the absence of Rabi coupling, we observe
coherent drive. Such systems have been thoroughly ana- that asymmetric losses between the two spin states drive the
lyzed on the MF level and used in a variety of experiments spin composition away from the point of zero MF inter-
on coherent Rabi oscillations [17,18], internal self-trapping action and thus strongly affect the expansion.

0031-9007=21=127(20)=203402(6) 203402-1 © 2021 American Physical Society


PHYSICAL REVIEW LETTERS 127, 203402 (2021)

We consider a Bose gas of N atoms possessing two the MF level [30]. However, the minimum of a−− is a
internal states, σ ¼ ↑; ↓, coherently coupled with the Rabi special point where both terms on the right-hand side of
frequency Ω and detuning δ. In the rotating wave approxi- Eq. (2) are minimized at α ¼ α0 independent of n. At this
mation the Hamiltonian of the mixture reads [16,28] point EMF is thus quadratic in n. If, in addition, we tune δa
Z "X to zero [configuration (3)], the minimum of a−− also
∇2r X vanishes and the condensate becomes noninteracting on
Ĥ ¼ − Ψ̂†σr
Ψ̂σr þ Ψ̂†σr ξσσ0 Ψ̂σ0 r the MF level.
σ
2 σσ 0
# We shall now discuss the influence of BMF effects on the
X gσσ 0
þ Ψ̂†σr Ψ̂†σ 0 r Ψ̂σr Ψ̂σ 0 r dr; ð1Þ equation of state. In the Bogoliubov approach the leading
σ;σ 0
2 BMF term is obtained by expanding the Hamiltonian (1) up
to quadratic terms in ϕ̂σ and by summing the zero point
where Ψ̂σr is the annihilation Bose field operator, ξ ¼ energies of the corresponding Bogoliubov modes. In the
−ðδσ z þ Ωσ x Þ=2 is the single particle spin Hamiltonian symmetric case (a↑↑ ¼ a↓↓ and δ ¼ 0) the calculation has
written in terms of the Pauli matrices acting in the j↑i-j↓i been performed in Ref. [26]. The general asymmetric case
space, and gσσ 0 ¼ 4πaσσ 0 are the coupling constants for the is technically more difficult because of cumbersome
σ-σ 0 interaction with the scattering lengths aσσ 0 . In Eq. (1) expressions for the Bogoliubov modes [31]. However,
and in the rest of the Letter we adopt the units ℏ ¼ m ¼ 1, under the conditions (3), these expressions simplify and
where m is the mass of the particles. read
Assuming zero temperature and weak interactions, we
follow the usual Bogoliubov procedure by separating the Ep;− ¼ p2 =2;
qffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffi
dominant condensate contribution and writing the field
pffiffiffiffiffi Ep;þ ¼ ðp2 =2 þ Ω̃Þðp2 =2 þ Ω̃ − 2g↑↓ nÞ;
operator as Ψ̂σr ¼ nσ þ ϕ̂σr , where nσ are the condensate
densities and ϕ̂σr annihilate particles with nonzero
pffiffiffiffiffi where p is the momentum and Ω̃ ¼ Ωðα0 þ 1=α0 Þ=2. The
momenta. Neglecting ϕ̂ and substituting Ψ̂σr ¼ nσ into
BMF energy density can then be reduced to the form [31]
Eq. (1) we obtain the MF energy density
" #
8ð−g↑↓ nÞ5=2 Ω̃
δð1 − α Þ − 2Ωα 2g↑↑ α þ g↓↓ þ 2g↑↓ α n 4 2 2 EBMF ¼ I ; ð4Þ
EMF ¼ 2
nþ ; 15π 2 −2g↑↓ n
2ð1 þ α Þ ð1 þ α2 Þ2 2
R pffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffi
ð2Þ where IðyÞ ¼ ð15=4Þ 01 xð1 − xÞðx þ yÞdx. Equation (4)
pffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffi remains a good approximation for the BMF energy density as
where n ¼ n↑ þ n↓ and α ¼ n↑ =n↓ . In the limiting long as jδa=a↑↓ j ≪ 1 and jα0 − βj ≪ 1. The function IðyÞ
case of vanishing density (or p interactions),
ffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffi EMF gets is a monotonically growing function, which tends to 1 for
minimized for α ¼ α0 ¼ δ=Ω þ 1 þ δ2 =Ω2, consistent y ¼ Ω̃=ð−2g↑↓ nÞ → 0. This is the limit of two uncoupled
with the condensation
pffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffi in the dressed state j−i ¼ condensates where Eq. (4) reduces to the LHY form,
ðα0 j↑i þ j↓iÞ= 1 þ α20 , which is the ground state of ξ. responsible for the BMF stabilization of quantum droplets
The coefficient in front of n2 =2 in Eq. (2) is then the MF in binary mixtures [12]. In the opposite limit IðyÞ can be
coupling constant corresponding to the scattering length expanded in powers of 1=y ≪ 1, the first two leading terms
pffiffi pffiffi
a−− ¼ ða↑↑ α40 þ a↓↓ þ 2a↑↓ α20 Þ=ð1 þ α20 Þ2 [24,29]. For being IðyÞ ≈ ð15π=128Þð4 y þ 1= yÞ. The substitution of
a↑↑ > 0, a↓↓ > 0, and a↑↓ < 0, a−− exhibits a minimum this expansion into Eq. (4) gives
as a function of δ (or α0 ). We are interested in the particular pffiffiffiffi
configuration of the scattering lengths (controlled by the Ω̃ n2 3 n3
EBMF ≈ pffiffi g2↑↓ þ pffiffi pffiffiffiffi jg↑↓ j3 ; ð5Þ
magnetic field) and the drive parameters where this mini- 2 2π 2 4 2π Ω̃ 6
mum touches zero. This translates into two conditions:
which is qualitatively different from the LHY n5=2 scaling.
δa ¼ 0 and α0 ¼ β; ð3Þ The two terms in Eq. (5) can be interpreted as a BMF-
renormalized two-body interaction and an emergent three-
where we have introduced the scattering length detuning body term, both with a specific scaling with Ω. Interestingly,
pffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffi both these terms agree with exact two-body [31] and three-
δa ¼ a↑↓ þ a↑↑ a↓↓ and the interaction asymmetry pffiffiffiffi
parameter β ¼ ða↓↓ =a↑↑ Þ1=4. Note that for finite n the body calculations [32] in the limit Ω̃jg↑↓ j ≪ 1. Higher-
energy EMF, upon minimization with respect to α, is not, order terms require taking into account interactions between
in general, a quadratic function of n since the optimal excited (noncondensed) atoms and are thus not captured by
polarization parameter α does depend on n. In particular, the quadratic Bogoliubov Hamiltonian. For the same reason,
the system can feature a three-body attraction already on Eq. (5) contains no LHY term ∝ n5=2 , expected to be

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“induced” by the BMF-renormalized two-body pffiffiffiffi interaction. the condensate sizes from fits with 1D Thomas-Fermi
This term, however, is of very high order ∝ ð Ω̃g2↑↓ nÞ5=2 and density profiles ∝ 1 − ðz=RTF Þ2 (see inset of Fig. 1). As a
is negligible for our experimental parameters. function of the detuning δ, a clear minimum in size appears
In our experiment we directly measure the BMF energy at δ=Ω ≈ 0.23, i.e., a position where we expect a−− , and
at the point of vanishing MF through the released energy in thus also the MF energy to be minimized [36]. As explained
a one-dimensional expansion. We work with the second above, under the conditions (3), the MF term vanishes at its
and third lowest Zeeman states of the lowest manifold of minimum (a−− ≈ 0) and the expansion of the cloud is
39
K, namely, j↑i ¼ jF ¼ 1; mF ¼ −1i and j↓i ¼ jF ¼ 1; governed by the BMF term. In Fig. 1, we plot the measured
mF ¼ 0i. At a magnetic field of 56.830(1) G, the three minimal size as a function of the Rabi frequency Ω=2π. For
relevant scattering lengths are a↑↑ ¼ 33.4a0 , a↓↓ ¼ Rabi frequencies Ω=2π between 6 kHz and 38 kHz, we
83.4a0 , and a↑↓ ¼ −53.2a0 , where a0 is the atomic observe a slow increase of the measured size as a function
of Ω, which corresponds to an increase of the BMF energy
Bohr radius [33]. The minimum of a−− is then −0.2a0 .
as predicted previously. More precisely, the size after a long
We have checked that the corresponding residual MF pffiffiffiffiffiffiffiffiffiffi
energy is a small correction as compared to the BMF time of flight is expected to scale with ELHY ∝ Ω1=4 for a
energy for our parameters. The experiment starts with a dominant two-body term at large Ω, in qualitative agree-
quasi pure BEC in state j↑i. The atoms are optically ment with our observed behavior. At low Rabi frequencies,
trapped in an elongated harmonic potential with frequen- below 6 kHz, we observe an increase of the size which
cies ðωx ; ωy ; ωz Þ ¼ ð137; 137; 25.4Þ Hz. we attribute to low frequency magnetic field noise. In a
The coherent mixture in j−i is prepared in an adiabatic 50 μs Ramsey sequence, we have measured a standard
passage, in which the radio-frequency (rf) detuning is deviation of the magnetic field ΔB ∼ 0.8ð2Þ mG corre-
swept from δ ¼ 7.5 Ω to its final value δ ≈ 0.23 Ω, for sponding to Δδ ∼ 560ð140Þ Hz. These fluctuations lead to
which α0 ≈ β. During the rf sweep, a−− decreases from an increased average value of the scattering length Δa−− ≈
33.3a0 to a value close to 0. Its shape and duration of 9 ms 48ðΔδ=ΩÞ2 a0 , which can explain our observed increasing
are chosen in order to be adiabatic not only with respect to sizes for low values of Ω [37].
the internal-state dynamics but also with respect to the In order to precisely model our experiment we solve
radial evolution of the wave function, which progressively the wave-function evolution through a single component
shrinks and approaches the ground state of the radial
harmonic confinement. We have checked that we cannot
detect any residual oscillations of the radial size after the rf 120

sweep. In addition, the axial trap frequency is progressively


turned off during the sweep and adjusted such that the gas
is neither axially expanding nor shrinking in a three- 100
dimensional expansion after the sweep. The radially con-
RTF ( m)

220
fined condensate is then free to expand in the axial direction
for a time of 75 ms. During the final stage of the expansion,
80 160
we sweep back the rf frequency to its initial value to map
the dressed states j−i and jþi back onto j↑i and j↓i, which 100
we independently detect by fluorescent imaging after a
-0.2 0.2 0.6
short Stern-Gerlach separation. 60
/
Interestingly, we observe that the atoms remain in state 0 5 10 15 20 25 30 35
j−i [34], which might be surprising as losses are known to /2 (kHz)
take place mostly in state j↓i [14,35] and thus could lead
to the creation of jþi. In order to understand the spin FIG. 1. Minimal Thomas-Fermi radius of the condensate after
dynamics, we can model the losses by adding −iΓ=2 to the 75 ms of expansion as a function of the Rabi coupling strength
(for δ=Ω ¼ 0.23). Each point is obtained by averaging 15
second diagonal term in ξ. Diagonalizing the resulting fluorescence images and the error bars correspond to the single
matrix, we see that for Γ ≪ Ω the initial state j−i remains shot standard deviation. The curves correspond to quasi-1D
essentially unchanged, except that it decays with the rate extended Gross-Pitaevskii simulations (see text) with or without
≈Γjh−j↓ij2 ¼ Γ=ð1 þ α20 Þ. In our experiment Γ is at most magnetic field noise and assuming different forms of the BMF
∼20 s−1 , which is much lower than Ω. We thus conclude term. Black solid curve: full BMF term with noise; black dashed
curve: full BMF without noise; green dotted curve: two-body
that the spin-dependent loss in our case reduces to an
BMF term without noise; red dash-dotted curve: two-body plus
effective loss in the dressed state, with Γ weighted by the three-body BMF term without noise. Inset: Experimental
fraction of the lossy component. Thomas-Fermi radius of the condensate after 75 ms of expansion
For each value of the Rabi frequency Ω, we first measure as a function of δ=Ω, for a Rabi frequency Ω=2π ¼ 12.29 kHz.
the condensate density profile after expansion and extract The curve is a parabolic guide to the eye.

203402-3
PHYSICAL REVIEW LETTERS 127, 203402 (2021)

one-dimensional nonlinear Schrödinger equation in which density scalings, are independently measured from their
we properly account for the BMF energy EBMF [38]. The specific Ω dependence.
axial initial wave function is taken to be ∝ 1 − ðz=RTF Þ2 , Finally, we can also repeat the expansion measurement
such that the axial density profile is the one of the initial 3D while removing the rf coupling field at the end of the sweep
Thomas-Fermi condensate before the rf sweep. The spin such that we are left with two uncoupled condensates. The
healing length is smaller than the radial cloud size and the losses then dominantly take place in state j↓i and contrary
BMF energy is treated in a local density approximation in to the coupled case, α quickly deviates from its initial value
the radial direction [39]. Since the chemical potential can β. Moreover, we observe after a Stern-Gerlach separation
be of order of the radial confinement energy ω⊥ (especially that the two clouds behave differently in the expansion (see
at large Ω), we take into account, as a function of the 1D Fig. 2). The j↓i condensate does not expand much whereas
density, the correction to the Gaussian radial profile due to the j↑i condensate exhibits a double structure with a low
the dominant two-body BMF contribution. The 1D energy energy central part. This behavior is reminiscent of pre-
density is then found by radial integration, and the chemical vious observations in droplet configuration where excess
potential entering the Schödinger equation by partial j↑i atoms are expelled from the droplet region [13,14,41].
derivation with respect to the 1D density. The magnetic In addition, we find that the condensate 1D Thomas-Fermi
field noise is accounted for by an increase of a−− entering radius in state j↓i is 31 μm, a value that is significantly
the MF term. lower than the expected radius of 57 μm for our parameters
As can be seen from Fig. 1 this model quantitatively in the single component simulation with Ω → 0, i.e., with
reproduces our experimental data. The black curves are the BMF energy density scaling with n5=2 . This difference
generated by using Eq. (4) and assuming the measured indicates a significant role of transient MF effects in the
finite ΔB (solid) and ΔB ¼ 0 (dashed). For this calculation expansion dynamics of the central region. Here, j↑i atoms,
which are more abundant than expected and which require
the initial atom number 1.05 × 105 has been adjusted to
some time to escape, create an excessive effective trapping
match the experimental data and corresponds within 5% to for j↓i atoms forcing their slower expansion.
a calibration using the condensation temperature (deter- In conclusion, we have studied both theoretically and
mined with ∼20% accuracy). The initial peak density is experimentally, the BMF equation of state of a coherently
n ∼ 5 × 1014 cm−3 and the three-body loss coefficient coupled two-component BEC in the asymmetric case. The
K −−− =3! ¼ 4 × 10−28 cm6 s−1 has been adjusted to match BMF correction is most manifest when the spin polariza-
our observed ∼30% atom loss during the expansions [40]. tion and interactions are tuned to the special point given
The other curves in Fig. 1 are obtained by running the by Eqs. (3) where MF effects are minimized. The BMF
same code with ΔB ¼ 0 using Eq. (5) (red dash-dotted) or energy density as a function of n then interpolates between
restricting it only to the two-body term (green dotted). They the usual ∝ n5=2 LHY form in the uncoupled limit to a
show that in our explored range Ω=2π > 3 kHz the BMF qualitatively different behavior in the strong-coupling
energy is very well approximated, at least theoretically, regime where one can introduce effective BMF two-body
and three-body interactions with specific scalings as a
byffiffiffithe
p pffiffiffiffi EBMF ∝
ffi sum of the dominant two-body contribution function of the Rabi coupling strength Ω. The experimen-
Ω and a smaller three-body term ∝ 1= Ω. To give tally measured condensate expansions are governed by the
concrete numbers, for Ω=2π ¼ 10 kHz, Ω̃=ð−2g↑↓ nÞ ≈ 1
and the initial two-body and three-body energies per
600
particle are calculated to be 20 and 3.2 Hz, respectively.
In order to better understand how much of this theory is 500
experimentally
pffiffiffiffi tested, we first note that the scaling EBMF ∝
Ω is clearly evidenced in our data for Ω=2πp>ffiffiffiffi6 kHz. 400
n( m )

Assuming that the next-order term scales as ∝ 1= Ω we try


-1

to verify if the corresponding coefficients are consistent 300

with Eq. (5). To this end we fit the data with the prediction
200
of our dynamical model based on Eq. (5) with two free
parameters: the total atom number and a prefactor η, 100
inserted by hand in Eq. (5) in front of the three-body
term. Repeating this fitting procedure for different values of 0
-200 -100 0 100 200
ΔB we find η ¼ 0.85ð35Þ, where the error bar is dominated z ( m)
by the uncertainty in our determination of the magnetic
field noise. Our measurements as a function of Ω are thus in FIG. 2. Density profiles for j↑i (black) and j↓i (red) atoms after
quantitative agreement with Eq. (5). The two terms, named 75 ms of expansion at Ω ¼ 0. The blue dashed curve is a 1D
two-body and three-body according to their predicted Thomas-Fermi fit of the density profile in state j↓i.

203402-4
PHYSICAL REVIEW LETTERS 127, 203402 (2021)

BMF energy and are in good agreement with the theory at [9] N. Navon, S. Piatecki, K. Günter, B. Rem, T. C. Nguyen, F.
large Ω.pWe Chevy, W. Krauth, and C. Salomon, Dynamics and Thermo-
ffiffiffiffi detect not only the dominant two-body BMF dynamics of the Low-Temperature Strongly Interacting
term p∝ffiffiffiffi Ω, but also evidence the smaller three-body term
Bose Gas, Phys. Rev. Lett. 107, 135301 (2011).
∝ 1= Ω, opening the path to the creation of coherently [10] I. Ferrier-Barbut, H. Kadau, M. Schmitt, M. Wenzel, and T.
coupled quantum droplets in which the two-body inter- Pfau, Observation of Quantum Droplets in a Strongly
action (MF þ BMF) is compensated by BMF three-body Dipolar Bose Gas, Phys. Rev. Lett. 116, 215301 (2016).
effects [23,42]. Exploration of the small Ω regime will [11] L. Chomaz, S. Baier, D. Petter, M. J. Mark, F. Wächtler,
require a further reduction of the magnetic field fluctua- L. Santos, and F. Ferlaino, Quantum-Fluctuation-Driven
tions. Interestingly, a coherent Rabi coupling helps to Crossover from a Dilute Bose-Einstein Condensate to a
preserve the spin composition and thus prevents the system Macrodroplet in a Dipolar Quantum Fluid, Phys. Rev. X 6,
from dynamically drifting away from the point of vanishing 041039 (2016).
mean field facilitating direct measurements of the BMF [12] D. S. Petrov, Quantum Mechanical Stabilization of a Col-
equation of state. lapsing Bose-Bose Mixture, Phys. Rev. Lett. 115, 155302
(2015).
We thank L. Tarruell for useful discussions. This [13] R. Cabrera, L. Tanzi, J. Sanz, B. Naylor, P. Thomas, P.
research has been supported by CNRS, Ministère de Cheiney, and L. Tarruell, Quantum liquid droplets in a
l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Labex mixture of Bose-Einstein condensates, Science 359, 301
PALM, Region Ile-de-France in the framework of (2018).
Domaine d’Intérêt Majeur Sirteq, Ingénierie Quantique à [14] G. Semeghini, G. Ferioli, L. Masi, C. Mazzinghi, L.
l’Université Paris-Saclay, ANR Droplets (19-CE30-0003), Wolswijk, F. Minardi, M. Modugno, G. Modugno, M.
Simons Foundation (Grant No. 563916: localization of Inguscio, and M. Fattori, Self-Bound Quantum Droplets
waves). A. R. acknowledge financial support from of Atomic Mixtures in Free Space, Phys. Rev. Lett. 120,
Provincia Autonoma di Trento, the FISh project of the 235301 (2018).
Istituto Nazionale di Fisica Nucleare, and the Italian MIUR [15] Z. Guo, F. Jia, L. Li, Yi. Ma, J. M. Hutson, X. Cui, and D.
under the PRIN2017 project CEnTraL. Wang, Lee-Huang-Yang effects in the ultracold mixture of
23Na and 87Rb with attractive interspecies interactions, Phys.

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[26] A. Cappellaro, F. Macri, G. Bertacco, and L. Salasnich, [36] In principle, the condensate expansion is governed by the
Equation of state and self-bound droplet in Rabi-coupled total energy EMF þ EBMF. However, the variation of the MF
Bose mixtures, Sci. Rep. 7, 13358 (2017). energy as a function of δ is much stronger than the
[27] T. G. Skov, M. G. Skou, N. B. Jrgensen, and J. J. Arlt, corresponding variation of EBMF such that the latter can
Observation of a Lee-Huang-Yang Fluid, Phys. Rev. Lett. be approximated by a constant. As a consequence, the
126, 230404 (2021). variation of our measured size is dominated by the variation
[28] M. Abad and A. Recati, A study of coherently coupled two- of a−− . We have checked that for our parameters including
component Bose-Einstein condensates, Eur. Phys. J. D 67, the δ dependence of EBMF leads to shifts of the minimal
148 (2013). energy below 1%.
[29] C. P. Search and P. R. Berman, Manipulating the speed of [37] This averaging dominantly takes place at the single shot
sound in a two-component Bose-Einstein condensate, Phys. level during the expansion for the dominant 50 Hz, 100 Hz
Rev. A 63, 043612 (2001). noise frequencies.
[30] A. Hammond et al. (to be published). [38] X. Antoine and R. Duboscq, GPELab, a MATLAB toolbox to
[31] See Supplemental Material at [Link] solve Gross-Pitaevskii equations II: Dynamics and stochas-
supplemental/10.1103/PhysRevLett.127.203402 for the tic simulations, Comput. Phys. Commun. 193, 95 (2015).
derivation of the BMF energy and for the solution of the [39] L. Lavoine and T. Bourdel, Beyond-mean-field crossover
two-body problem in the presence of Rabi coupling. from one dimension to three dimensions in quantum droplets
[32] The exact three-body calculation in the symmetric case can of binary mixtures, Phys. Rev. A 103, 033312 (2021).
be found in Ref. [23]. Curiously,
pffiffiffiffiffiffi the three-body coupling [40] If all losses are solely attributed to three-body losses in state
constant g3 ¼ 3jg↑↓ j3 =ð4π 2Ω̃Þ, which we have obtained j↓i, taking into account the lower faction of atoms in this
here by using the many-body Bogoliubov approach would state, our value corresponds to K ↓↓↓ ¼ 4 × 10−26 cm6 s−1 ,
be significantly more difficult to calculate in the asymmetric which is ∼7 times higher than previously measured values in
case by using the general three-body formalism of Ref. [23]. thermal gases [14,35]. This indicates that other collision
[33] E. Tiemann, P. Gersema, K. K. Voges, T. Hartmann, A. channels are probably important.
Zenesini, and S. Ospelkaus, Beyond Born-Oppenheimer [41] G. Ferioli, G. Semeghini, S. Terradas-Briansó, L. Masi, M.
approximation in ultracold atomic collisions, Phys. Rev. Fattori, and M. Modugno, Dynamical formation of quantum
Research 2, 013366 (2020). droplets in a 39K mixture, Phys. Rev. Research 2, 013269
[34] We have found that at low Rabi frequencies (2020).
(Ω=2π ≤ 7 kHz), magnetic field noise around these [42] A. Bulgac, Dilute Quantum Droplets, Phys. Rev. Lett. 89,
frequencies transfers a small fraction of the atoms to state 050402 (2002).
jþi during the condensate expansion (3% at Ω=2π ¼ 6.9,

203402-6
Supplemental material: Beyond-mean-field e↵ects in Rabi-coupled two-component
Bose-Einstein condensate

L. Lavoine, A. Hammond, A. Recati, D.S. Petrov, and T. Bourdel

BOGOLIUBOV SPECTRUM AND BMF ENERGY IN COUPLED BINARY MIXTURES

The expansion of the Hamiltonian (1) (hereafter, equation numbers without prefix S refer to the main text) up to
quadratic terms in the fields ˆ ,p (we switch to momentum space) can be written as EMF + E0 + Ĥ2 , where EMF is
given by Eq. (2),

!
1X 2 n" + n# ⌦ 1 X 2
E0 = p p g"" n" g## n# + 2 g 0n n 0 , (S1)
2 p n" n# 2 p 0

and
0 q p p 1
p2 ⌦ n# ⌦ 0 1
+ g"" n" + g"# n" n# g"" n" g"# n" n#
B 2 2 n" 2
q C ˆ"
B p ⌦ p2 n" p CBˆ C
1 ˆ† ˆ† ˆ ˆ B g"# n" n# 2 2 + g## n# + ⌦2 n# g"# n" n# g## n# C B #C
Ĥ2 = ( " # " # )B
B p p 2
q
n# p
C B †C .
C@ˆ A
2 B g"" n" g"# n" n# + g"" n" + ⌦
g"# n" n# ⌦
C "
2 2 n" 2
@ q A ˆ†
p p ⌦ p 2
⌦ n" #
g"# n" n# g## n# g"# n" n# 2 2 + g## n# + 2 n#
(S2)
The first four terms in the brackets on the right-hand side of Eq. (S1) arise as a compensation for the “incorrectly”
ordered terms added to the quadratic form (S2) in order to make it symmetric with respect the ordering of creation and
annihilation operators. This symmetrized form is convenient since it stays symmetrized under the usual Bogoliubov
transformation and diagonalizes into
1X X 1X
Ĥ2 = Ep,± (b̂†p,± b̂p,± + b̂p,± b̂†p,± ) = Ep,± b̂†p,± b̂p,± + Ep,± . (S3)
2 p,± p,±
2 p,±
P
The last term in Eq. (S1) is due to the standard renormalisation of the coupling constant g 0 ! g 0 (1+g 0
p 1/p2 )
in the MF term.
The dispersion relations Ep,± of the Bogoliubov modes (created by operators b̂†p,± ) can be written as
v v
u
u u
u ✓ ◆ "Y ✓ r ◆ ✓ ◆2 #
u p2 p2 ⌦ n " + n# p2 ⌦ n¯ p ⌦
Ep,± = Dp ± tDp2
t + p + 2g n + 2g"# n" n# , (S4)
2 2 2 n" n# 2 2 n 2

where
✓ r ◆✓ r ◆ ✓ ◆
1X p2 ⌦ n¯ p2 ⌦ n¯ ⌦ p ⌦
Dp = + + 2g n + 2g"# n" n# . (S5)
2 2 2 n 2 2 n 2 2
p
From Eq. (S5) one sees that the mode Ep, is gapless, while Ep,+ has a gap 2D0 6= 0. The former is just the
Goldstone mode due to the breaking of the U (1) symmetry in the condensed state, while the latter is related to the
gap introduced by ⌦ in having a di↵erent phase for the two spinor components. The gap vanishes for ⌦ = 0, since in
this case there exist two Goldstone modes of the broken U (1) ⇥ U (1) symmetry.
The BMF energy is obtained by adding the vacuum part of Eq. (S3) to the constant energy E0 . The BMF energy
thus explicitly reads
Z !
1 d3 p 2 n" + n# ⌦ 1 X 2
EBMF = Ep,+ + Ep, p p g"" n" g## n# + 2 g 0n n 0 , (S6)
2 (2⇡)3 n" n# 2 p 0
2

where we have replaced the sum over momenta by the integral. Equation (4) is obtained from Eq. (S6) under the
2
conditions (3) as follows. We switch to the
p integration variable z = p and express the integral in Eq. (S6) as a
contour integral around the branch cut of z along the positive real semiaxis. We then deform this contour towards
the negative semiaxis such that it now goes around the branch cut of Ep,+ . This is a finite interval which we map
onto x 2 [0, 1].

EXACT SOLUTION OF THE TWO-BODY PROBLEM IN THE ZERO-RANGE APPROXIMATION

In order to characterize the two-body scattering let us introduce the single-particle states (normalization will not
be important)p|+i = |"i ↵0 |#i and | i = |"i + |#i /↵0 , which are eigenstates of the operator ⇠ corresponding to
eigenvalues ± ⌦2 + 2 /2. For two bosons we thus p have three possible “total spin” states, which correspond to three
scattering channels equally separated in energy by ⌦2 + 2 . We define these spin states by

| i = |""i + (|"#i + |#"i)/↵0 + |##i /↵02 , (S7)


|+ i = |""i (|"#i + |#"i) /⌦ |##i , (S8)
|++i = |""i ↵0 (|"#i + |#"i) + ↵02 |##i . (S9)
p
Consider the scattering of two ground-state | i bosons at the collision energy q 2 below the gap ⌦2 + 2 . Since
the atoms interact only at zero separation, the orbital wave
p functions in the three channels
p correspond to free motion,
respectively, at energies q 2 > 0 (open channel), q 2 ⌦2 + 2 < 0, and q 2 2 ⌦2 + 2 < 0p(these channels are
p
therefore
p pclosed). In addition, only s waves are important. Accordingly, introducing 1 = ⌦2 + 2 q 2 and
2 = 2 ⌦ + 2 2 2
q we write the two-body scattering state as

sin(qr) cos(qr) e 1 r e 2 r
a | i + C1 |+ i + C2 |++i , (S10)
qr r r r

where the parameters a, C1 , and C2 are fixed by three zero-range Bethe-Peierls boundary conditions ensuring that
for r ! 0 the projections of Eq. (S10) on the spin states |""i, |"#i + |#"i, and |##i are proportional, respectively, to
1 a"" /r, 1 a"# /r, and 1 a## /r. Note that C1 , C2 , and the overall prefactor in Eq. (S10) absorb the normalization
coefficients omitted in Eqs. (S7-S9). Performing the projection leads to the matrix equation
2 30 1 0 1
1/a## ↵02 (1 1/a## ) ↵04 (2 1/a## ) a 1
41/a"# ↵0 ( /⌦)(1 1/a"# ) ↵02 (2 1/a"# )5 @ C1 A = @1A . (S11)
1/a"" 1 1/a"" 2 1/a"" C2 1

The energy-dependent scattering length a(q) is related to the s-wave scattering amplitude by the equation
1
f (q) = (S12)
1/a(q) + iq

and can be obtained from Eq. (S11) by eliminating C1 and C2 . The corresponding explicit expression is analytic but
bulky. However, in the limit of small a 0 one can recover the MF result a(0) = a , where a is defined in the
main text. If one assumes a"# ⇠ a## p ⇠ |a "# | and | | ⇠ ⌦, one can see from Eq. (S11) that a(0) can be expanded p in
powers of the small parameter |a"# | ⌦ ⌧ 1. The leading BMF correction to a is thus expected to be of order a2"# ⌦.
By solving Eq. (S11) exactly under the conditions Eq. (3) we obtain
p
p 2 p 1 + a "#
˜

a(0) = 2a"# ⌦ ˜ p p p p , (S13)
1 + [1 2 2 + 2(↵02 + 1/↵02 )]a"# ⌦ ˜ ˜
2(↵0 1/↵0 )2 a2"# ⌦
p
the leading-order asymptote of which is indeed proportional to a2"# ⌦ (since a = 0) and corresponds to the
two-body couplingpconstant in Eq. (5).
The term / a2"# ⌦ can be understood as the second-order Born correction to the scattering amplitude for small
p
a 0 ⌦. This term accounts for virtual interaction-induced transitions of two atoms in the unperturbed ground | i
state with zero momenta to various spin states (| i, |+ i, |++i) and momenta q and q. In spite of thepfact that
the channels |+ i and |++i are strongly gapped at large ⌦ the second-order integral actually grows as ⌦. This
3
R
can be understoodR by looking at the structure of this integral, which behaves (qualitatively) as g 2 d3 q/(q 2 + ⌦).
Its diverging part g 2 d3 q/q 2 is regularized in thepstandard manner by replacing the bare coupling constants g 0 by
4⇡a 0 and the remaining part indeed scales as ⌦ as the number of momentum states essentially contributing to
the integral grows faster than the gap.
Finally, we note that the Bogoliubov quadratic Hamiltonian, which leads to the BMF energy Eq. (4), does take
into account the virtual two-body processes which we have just described. Equation (5) therefore exactly reproduces
the second-order Born term. On the other hand, the third-order two-body correction / a3"# ⌦ [present in Eq. (S13)] is
not captured on the level of the Bogoliubov Hamiltonian [and we therefore do not see it in Eq. (5)] since it requires
taking into account interactions between atoms excited from the condensate.
PHYSICAL REVIEW LETTERS 128, 083401 (2022)

Tunable Three-Body Interactions in Driven Two-Component Bose-Einstein Condensates


*
A. Hammond, L. Lavoine, and T. Bourdel
Université Paris-Saclay, Institut d’Optique Graduate School, CNRS, Laboratoire Charles Fabry, 91127 Palaiseau, France

(Received 29 November 2021; revised 21 January 2022; accepted 7 February 2022; published 23 February 2022)

We propose and demonstrate the appearance of an effective attractive three-body interaction in


coherently driven two-component Bose-Einstein condensates. It originates from the spinor degree of
freedom that is affected by a two-body mean-field shift of the driven transition frequency. Importantly, its
strength can be controlled with the Rabi-coupling strength and it does not come with additional losses. In
the experiment, the three-body interactions are adjusted to play a predominant role in the equation of state
of a cigar-shaped trapped condensate. This is confirmed through two striking observations: a downshift of
the radial breathing mode frequency and the radial collapses for positive values of the dressed-state
scattering length.

DOI: 10.1103/PhysRevLett.128.083401

Thanks to their extreme diluteness, particles in ultracold strength. This method requires an additional degree of
gases dominantly interact pairwise. At low temperatures, freedom that rapidly adjusts to the local density and can be
the thermal de Broglie wavelength is larger than the range adiabatically eliminated. For a condensate in quasi-one-
of the Van der Waals potential Re , and the two-body dimensional (1D) or quasi-2D geometries, the wave func-
interaction can accurately be replaced by a contact potential tion in the confined direction provides this additional
[1]. Moreover, the only parameter characterizing the degree of freedom [35–37]; its size slightly increases
interaction, i.e., the scattering length a, can be tuned via (decreases) for repulsive (attractive) two-body interactions.
scattering resonances [2]. Thanks to these properties, This effect leads to an effective attractive three-body
ultracold gases are ideal candidates to quantitatively coupling constant g3 ∝ −a2 in the equation of state in
explore quantum many-body physics with pairwise inter- the reduced geometry. Note that it is a perturbative
actions [3]. For example, the superfluid to Mott transition expansion, valid when the three-body energy is a small
[4] or the BEC-BCS crossover [5–9] have been studied. correction to the two-body energy. Manifestations of these
Although three-body interactions are usually a small three-body interactions were observed in frequency shifts
correction compared to two-body interactions in dilute of breathing oscillations in a quasi-2D geometry [37] and in
gases, their theoretical consideration has a long history the breaking of integrability in quasi-1D gases [36].
[10–12]. They lead to interesting nonlinear dynamics In this Letter, we demonstrate that the additional spinor
[13–21] and to the appearance of droplets [22,23]. At low degree of freedom in coherently driven two-component
temperatures, a three-body interaction is characterized by a condensates can similarly induce effective three-body
scattering hypervolume D [24]. D is a complex number interactions after its adiabatic elimination. The method
whose real part is associated with an energy shift and its crucially relies on two facts: first, the scattering lengths in
imaginary part with three-body losses. Enhancement of the dressed states depend on their spin composition [38,39];
three-body interactions, i.e., of the real part of D, is expected second, the spin composition is affected by density-induced
close to resonances due to energy coincidence with weakly mean-field shifts of the driven transition [40,41]. In contrast
bound three-body states [22,24–28]. Unfortunately, typical to condensates in a reduced dimension, the two parameters
interatomic interaction potentials possess numerous deeply in driven two-component condensates (the detuning fre-
bound two-body states and the enhancement of the real part quency δ=2π and the Rabi-coupling frequency Ω=2π) allow
of D comes together with a concomitant increase of its the independent control of the two-body and three-body
imaginary part due to three-body recombination toward coupling constants. The two-body interactions can thus be
these states [29]. For example, three-body Efimov resonan- reduced such that the three-body interactions prevail in the
ces have been experimentally observed through the enhance- equation of states. In addition, these three-body interactions
ment of losses [30,31]. In optical lattices, the engineering of appear at the mean-field level and can be made significantly
three-body interactions was proposed via strong three-body larger in magnitude than the recently studied beyond mean-
losses and quantum Zeno effect [32,33] or via a coherent field three-body effects [42,43].
coupling between two spin states [34]. Experimentally, we study two consequences of the
Alternatively, an effective three-body interaction can be effective attractive three-body interactions that appear in
induced through a density dependant two-body coupling the lowest energy dressed state of a driven two-component

0031-9007=22=128(8)=083401(7) 083401-1 © 2022 American Physical Society


PHYSICAL REVIEW LETTERS 128, 083401 (2022)

39K The first p term in Eq.


condensate. First, the radial breathing mode frequency ffi (3) is the single particle eigenenergy
ffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffi
of an elongated condensate, which is usually independent ϵ− ¼ −ℏ Ω2 þ δ2 =2 of the j−i state. g2 ¼ 4πℏ2 a−− =m
of the two-body interaction, exhibits a downshift. Second, corresponds to the two-body coupling constant for atoms
we measure the detuning threshold for radial collapse as a in j−i [39]. It is solely determined by the ratio δ=Ω [see
function of Ω. We find that the condensate collapses despite Fig. 2(b)]. g3 is an attractive three-body coupling constant
a positive scattering length due to the attractive three-body appearing due to the mean-field–induced change in θ
interactions. Importantly, we detect no increase of losses [Eq. (2)]. It is zero both for large absolute value of δ=Ω
associated with the introduction of the coherent coupling when the two states are uncoupled and for δ ¼ 0 as the
that enables the tuning of the two-body and three-body energy [Eq. (1)] is then always minimal for θ ¼ θ0 ¼ π=2.
interactions. Interestingly, g3 can be independently controlled from g2
Let us consider a Bose gas in a volume V consisting of N through the value of Ω. Nonetheless, there are some
atoms of mass m with two coupled internal states, σ ¼ ↑; ↓. limitations. First, Ω can not be made arbitrarily small as
For simplicity, we work with symmetric interactions, the adiabatic following of the dressed state requires γ_ ≪ Ω
g↑↑ ¼ g↓↓ ¼ g, and we define ḡ ¼ ðg↑↑ − g↑↓ Þ=2 (with when the density varies in time. Second, the energy
gσσ 0 ¼ 4πℏ2 aσσ 0 =m and ℏ the reduced Planck constant). In a expansion in powers of the density [Eq. (3)], i.e., the
homogeneous system with density n, the mean-field energy three-body approximation, is only valid for γ ≪ 1. This
for a condensate in the spinor state ðϕ↑ ; ϕ↓ Þ reads second condition is more restrictive for our experimental
conditions (see below) and taking γ ≈ 1 or ℏΩ ≈ ḡn, we
EMF ℏΩ  ℏδ find that the maximum absolute value of the three-body
¼− ðϕ↑ ϕ↓ þ ϕ↓ ϕ↑ Þ þ ðjϕ↑ j2 − jϕ↓ j2 Þ
V 2 2 energy per particle g3 n2 =3 amounts to a significant fraction
X gσσ 0 of ḡn. It can thus compete with the two-body energy g2 n=2.
þ jϕσ j jϕσ 0 j :
2 2
2 In the limit γ ≫ 1 and ḡn ≫ ℏjδj, θ ≈ π=2 and the energy
σσ 0
[Eq. (1)] recovers a two-body behavior with g2 ¼ ðg − ḡÞ.
The ground state is found upon minimization of the energy We now turn to the experimental observation of the
with respect to the internal state. The first term fixes the three-body interactions. We work with the second and third
relative phase lowest Zeeman states of the lowest manifold of 39K, namely
pffiffiffi of the spinor that we can thus write j↑i ¼ jF ¼ 1; mF ¼ −1i and j↓i ¼ jF ¼ 1; mF ¼ 0i. At a
ðϕ↑ ; ϕ↓ Þ ¼ n½sinðθ=2Þ; cosðθ=2Þ. The energy is
magnetic field of 54.690(1) G, the three relevant scattering
EMF ℏΩ ℏδ gn ḡn lengths are a↑↑ ¼ 37.9 a0 , a↓↓ ¼ 36.9 a0 [44], and a↑↓ ¼
¼− sinðθÞ − cosðθÞ þ − sin2 ðθÞ ð1Þ −54.2 a0 , where a0 is the atomic Bohr radius [45]. With
N 2 2 2 2
these specific parameters, the scattering length a−− has a
with θ ∈ ½0; π found upon minimization. Up to first minimum −8.4 a0 for δ ≈ 0 and zero crossings at δ=Ω ≈
order in the ratio γ ¼ ½ðḡnÞ=ðℏΩÞ, which compares 0.47 (see Fig. 3). Because of an experimental rms
the differential mean-field shift to the Rabi frequency, magnetic field noise of 0.8(2) mG corresponding to 0.56
we find (14) kHz, we choose to work with Ω=2π ≥ 7 kHz in order
to keep a good control of the parameter δ=Ω. For this value
δ=Ω δ of Ω and δ=Ω ≈ 0.8, the maximum absolute value of the
θ ≈ θ0 − 2γ with cotanðθ0 Þ ¼ : ð2Þ
ð1 þ δ2 =Ω2 Þ3=2 Ω three-body coupling constant is jg3 j=ℏ ¼ 3 × 10−38 m6 s−1 .
This value is larger by a factor of ∼100 compared to
In the absence of interaction (γ ¼ 0), θ ¼ θ0 corresponds to the dominant three-body loss coefficient K ↓↓↓ 3 =6 ≈ 3 ×
a condensate in the single particle eigenstate of lowest 10−40 m6 s−1 in our potassium mixtures [46]. The hyper-
energy j−i ¼ sinðθ0 =2Þj↑i þ cosðθ0 =2Þj↓i. In the pres- volume D for our parameters is thus essentially real with
ence of interaction, γ is the key parameter controlling jℜðDÞj ≫ ℑðDÞ. jg3 j is also larger than the three-body
the modification of the internal state away from j−i. It coupling constant emerging from beyond mean-field
results in the following mean-field energy per particle: effects [43] by a factor of ∼50 and the latter is neglected
in the present work.
EMF n n2 The experiment starts with a quasipure Bose-Einstein
≈ ϵ− þ g 2 þ g 3 ð3Þ
N 2 3 condensate with ∼1.4 × 105 atoms in state j↑i in a cigar-
shaped trap with frequencies ðω⊥ ;ωk Þ=2π ¼ ð300;16.4Þ Hz.

with g2 ¼ g − ð4Þ The condensate in the ground state is then prepared in an
1 þ δ2 =Ω2 adiabatic passage, in which the rf detuning is swept from
7.5 Ω to its final value δ. Its shape and duration of 0.4 ms are
3ḡ2 δ2 =Ω2 chosen in order to be adiabatic with respect to the internal-
and g3 ¼ − : ð5Þ
ℏΩ ð1 þ δ2 =Ω2 Þ5=2 state dynamics but it is short as compared to 2π=ω⊥ . As a

083401-2
PHYSICAL REVIEW LETTERS 128, 083401 (2022)

consequence, the rf sweep is equivalent to a quench of the where E3 < 0 and Epot are the three-body and potential
interaction parameters and it induces some dynamics of the energy in the equilibrium state. We calculate these two
cloud. In the longitudinal direction, the evolution is slow and quantities from imaginary time evolution of a 2D extended
we neglect it on the 15 ms timescale of our experiment [47]. Gross-Pitaevskii equation [54] and deduce the value of the
We focus our analysis on the radial dynamics of the breathing mode frequency (see Fig. 1). Within the exper-
condensate in its central part where the 1D density n1D is imental error bars, we find a perfect agreement with the
approximately constant. measured values and we thus attribute the breathing mode
In a first series of experiments, we chose parameters frequency downshift to the attractive three-body inter-
(Ω=2π ¼ 25.4 kHz and δ=Ω > 0.8) for which, we observe actions. Note that in the explored range, decreasing δ=Ω
small amplitude breathing oscillations of the radial size corresponds both to a decrease of g2 and to an increase
(see inset in Fig. 1) [48]. On the 15 ms timescale of the of jg3 j.
experiment, we find that the atom number is reduced by a By lowering further the value of δ=Ω, we observe large
maximum of 20%. Interestingly, we measure a reduction of losses that rapidly occur around ∼1 ms after the beginning
the breathing mode frequency when δ=Ω is decreased from of the rf sweep, i.e., when the condensate has shrunk to a
1.4 to 0.8 (see Fig. 1), whereas, in the absence of three- high density. In order to study this behavior, we wait 3 ms
body interaction, it is expected to be constant and equal to after the sweep and plot the remaining central 1D density as
2ω⊥ independently of the two-body contact interaction due a function of δ=Ω for two values of Ω [see Fig. 2(a)]. At
to a hidden symmetry of the Hamiltonian under scale large values of jδ=Ωj, there are few losses and the 1D
transformation [49–51]. density is close to the initial one. On the contrary, for low
Let us now compare the measured frequencies to values of jδ=Ωj, the 1D density is observed to be reduced
theoretical expectations for a condensate for which the by a factor of ∼3. Interestingly, the losses appear sharply as
equation of state is given by Eq. (3). In a variational and a function of jδ=Ωj and we interpret this behavior as
scaling approach [52,53], the frequency of small [48] originating from a radial collapse of the cloud, which is
breathing oscillations writes certainly expected for δ=Ω ≈ 0 where the minimum scat-
tering length is a−− ¼ −8.4 a0 < 0. In the following, we
qffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffi
ωb ¼ 2ω⊥ 1 þ E3 =Epot ; ð6Þ do not try to precisely understand the collapse dynamics,
including the role of losses, but rather focus our analysis on
the threshold values δc =Ω below which a collapse occurs.
The collapse thresholds δc =Ω are plotted as a function of
2 Ω in Fig. 3 and are found to be larger for lower values of Ω.
Such a behavior reveals the role of three-body interactions
in the radial collapse as g2 solely depends on the ratio δ=Ω.
1.95 Moreover, for Ω=2π < 20 kHz the collapse is observed for
δ=Ω > 0.47, which corresponds to a positive scattering
1.9 35
30
109
1.85 25 2.5

20 2

1.8 0 5 10 15 1.5
1
0.8 0.9 1 1.1 1.2 1.3 1.4 (a)
0.5
20
FIG. 1. Breathing frequency at Rabi frequency Ω ¼ 25.4 kHz
as a function of the detuning δ=Ω. The points correspond to the 10
experimental data. The vertical error bars correspond to a 1.5%
uncertainty in the measured frequency. The horizontal error 0
(b)
bars are linked to our 0.8(2) mG magnetic field fluctuations. -10
The shaded area corresponds to the theoretical estimates for -1.5 -1 -0.5 0 0.5 1 1.5
2.3 × 109 m−1 < n1D < 2.65 × 109 m−1 taking into account the /
uncertainty in the value of n1D due to experimental fluctuations,
losses, and uncertainty in the detection efficiency. Inset: radial FIG. 2. (a) Remaining 1D density as a function of the final
breathing oscillations for δ=Ω ¼ 0.9. The rms size σ of the gas detuning δ=Ω: × ∶Ω=2π ¼ 7.6 kHz, ∘∶ Ω=2π ¼ 29.8 kHz. The
is measured as a function of the wait time t after 9.7 ms of curves are fits with the function ncoll þ ðn1D − ncoll Þerf½ðjδj − δc Þ=
free expansion, including an initial 0.4 ms rf sweep back to ðWΩÞ, where ncoll , n1D , W, and δc are free parameters. (b) Scatter-
δ ¼ 7.5 Ω. ing length a−− as a function of δ=Ω.

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PHYSICAL REVIEW LETTERS 128, 083401 (2022)

2
Since γ ∼ 1 for some of our parameters, we rely on
1.2
numerical calculations of Eint ðsÞ [57]. Typical effective
1 potentials VðsÞ close to the collapse threshold are plotted in
1 0 the inset of Fig. 3. They exhibit a local maximum for low
-1
value of s that may be overcome or not depending on the
0.8
initial energy, which is given by the initial rms size of the
0.5 1 1.5 2 cloud. The latter is numerically computed [54] to 1.1 μm
corresponding to sð0Þ ¼ 1.7. For each value of Ω, we find
0.6 the collapse threshold δc =Ω for which the local maximum
of VðsÞ is equal to V½sð0Þ. This model for the collapse
0.4 threshold (dashed curve in Fig. 3) captures the trend of the
threshold values δc =Ω but slightly overestimates them. As
10 15 20 25 30 35 40 an improvement to our model, we take into account the
main beyond mean-field two-body correction to a−− (see
the supplemental material of [43]). A better match to the
FIG. 3. Collapse threshold as a function of the Rabi frequency experimental data is then obtained (solid line in Fig. 3),
Ω=2π. The squares are the experimental data. The dotted blue line strengthening our interpretation [58].
at δ=Ω ¼ 0.47 corresponds to a−− ¼ 0. The solid purple (dashed To conclude, we have shown that a Rabi-coupled two
red) line corresponds to the theoretical prediction taking into
component Bose-Einstein condensate with different scatter-
account the mean-field effect on the internal state with (and
without) the renormalization of the two-body interaction (see ing lengths offers a way to induce an attractive three-body
text). Inset: Effective potentials V for Ω=2π ¼ 30 kHz for δ=Ω ¼ term in the equation of state. The latter appears, at the mean-
0.54 (top curve), δ=Ω ¼ 0.49 ¼ δc =Ω (middle curve), δ=Ω ¼ field level, because of a density-dependent detuning of the
0.44 (bottom curve). The dotted line is the initial energy for the drive. It is tunable through the Rabi-coupling strength and
middle curve corresponding to sð0Þ ¼ 1.7. can be adjusted to play an important role in the condensate
dynamics. The attractive three-body energy can also be made
much larger than the energy associated with the three-body
length a−− , i.e., repulsive two-body interactions [see
loss rate. Experimentally, we observe two striking conse-
Fig. 2(b)]. As an example, for Ω ¼ 7.6 kHz, δc =Ω ¼
quences of the attractive three-body term: a shift of the radial
0.82ð5Þ corresponds to a−− ≈ 10 a0 (see Fig. 2).
breathing mode frequency and radial collapses despite
In order to quantitatively interpret our findings, we
repulsive two-body couplings g2 > 0. Our findings can be
develop a model that assumes a Gaussian radial density
pffiffiffiffiffiffiffiffi easily generalized to the asymmetric case (a↑↑ ≠ a↓↓ ). In
profile at all times t with a rms radius hr2 i ¼ sðtÞaho , this case, there is experimentally much more freedom in the
pffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffi
where aho ¼ ℏ=mω⊥ corresponds to the noninteracting choice of the atomic species, of the specific spin states, and
equilibrium rms radius. The energy density is then calcu- of the magnetic field such that optimal conditions, i.e., a
lated upon local minimization with respect to internal state large three-body coupling constant and a low three-body loss
according to Eq. (1). After integration over the radial rate, could be found.
profile, the total energy E can then be cast as The presence of three-body interactions modifies the
thermodynamical properties of quantum Bose gases with
E ϵ s_ 2 s2 1 E ðsÞ consequences such as a change of the condensation
¼ − þ þ þ 2 þ int ; ð7Þ temperature [59] or frequency shifts of low energy exci-
Nℏω⊥ ℏω⊥ 2 2 2s Nℏω
|fflfflfflfflfflfflfflfflfflfflfflfflfflffl{zfflfflfflfflfflfflfflfflfflfflfflfflfflffl⊥} tation modes [19]. Stronger excitations such as vortices
VðsÞ [60], dark solitons [15], or dispersive shock waves [17,18]
will also have modified properties. In particular, the addi-
where the terms on the right-hand side respectively tional nonlinear term breaks the integrability in the soliton
correspond to the single particle internal energy, the kinetic dynamics [61].
energy associated to particle flow, the harmonic potential Finally, we discuss the possibility of creating a repulsive
energy, the zero-point kinetic energy [55], and the inter- three-body term with a condensate in an internal state
action energy [57]. In the limit γ ≪ 1, the latter can be that maximizes the energy [Eq. (1)] [62]. In this case θ ∈
calculated from Eq. (3) and amounts to ½Eint ðsÞ=N ¼ ½−π; 0 and g3 is positive. Unfortunately, a condensate
½ðg2 n1D Þ=ð4πa2oh s2 Þ þ ½ðg3 n21D Þ=ð12π 2 a4oh s4 Þ. Since we in such a state suffers from large two-body losses [39]. The
only see important losses when the collapse has occurred, two-body loss rate is Γ ∼ ℏnā2 =mlΩ , where ā ¼ ða↑↑ −
pffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffiffi
we do not include a loss term in the initial dynamics. In our a↑↓ Þ=2 and lΩ ¼ ℏ=mΩ is a length scale associated with
framework, the latter reduces to the one of a classical Ω. Reducing the value of Ω would open a window where
particle in an effective potential VðsÞ given by the three last the repulsive three-body energy E3 ∝ g3 n2 could dominate
terms in Eq. (7). over the two-body loss rate for E3 =ℏΓ ∝ nl3Ω ≫ 1.

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PHYSICAL REVIEW LETTERS 128, 083401 (2022)

Repulsive three-body interactions produced in this manner [12] H. W. Hammer, A. Nogga, and A. Schwenk, Colloquium:
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droplets [69] and few-body bound states [70,71] were [13] A. Gammal, T. Frederico, L. Tomio, and P. Chomaz, Atomic
Bose-Einstein condensation with three-body interactions
recently discussed in the case of 1D bosons with repulsive
and collective excitations, J. Phys. B 33, 4053 (2000).
three-body interactions. With such nonlinear interactions, [14] A. Gammal, T. Frederico, L. Tomio, and F. K. Abdullaev,
Bose-Einstein condensation in a harmonic trap is also Stability analysis of the D-dimensional nonlinear Schrö-
predicted to become first order [72]. dinger equation with trap and two- and three-body inter-
We thank D. Clément, D. Petrov, S. Kokkelmans, actions, Phys. Lett. A 267, 305 (2000).
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discussions. This research has been supported by CNRS, actions, J. Phys. B 42,185303 (2009).
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framework of IQUPS, ANR Droplets (19-CE30-0003), (2010).
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[37] K. Merloti, R. Dubessy, L. Longchambon, M. Olshanii, and [55] We have checked that the energy associated with the
H. Perrin, Breakdown of scale invariance in a quasi-two- gradient of θ [56] adds a negligible kinetic energy in
dimensional Bose gas due to the presence of the third our experimental configuration. This finding justifies
dimension, Phys. Rev. A 88, 061603(R) (2013). our local density approximation in the calculation of the
[38] C. P. Search and P. R. Berman, Manipulating the speed of internal state.
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128, 013201 (2022). [57] Eint ¼ minθ ðEMF =NÞnðrÞd3 r − Nϵ− , where EMF =N is
[40] The same differential mean-field shift is at the origin of the defined in Eq. (1).
blockade of internal Josephson oscillations [41]. [58] Strictly, higher order beyond mean-field corrections will
[41] T. Zibold, E. Nicklas, C. Gross, and M. K. Oberthaler, make VðsÞ increase at low s and prevent the collapse.
Classical Bifurcation at the Transition from Rabi to However, this would occur at such high densities that losses
Josephson Dynamics, Phys. Rev. Lett. 105, 204101 would occur anyway before reaching such a small size,
(2010). leaving our conclusion unchanged.
[42] D. S. Petrov, Three-Body Interacting Bosons in Free Space, [59] R. P. Smith, R. L. D. Campbell, N. Tammuz, and Z.
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Lett. 127, 203402 (2021). cubic-quintic Bose-Einstein condensates, Phys. Rev. E 88,
[44] We have checked that the slight imbalance between a↑↑ and 012904 (2013).
a↓↓ does not quantitatively play a role in our experimental [61] Y. Kivshar and G. Agrawal, Optical Solitons (Academic
findings and we simply consider the average value in the Press, San Diego 2003).
analysis. [62] At the mean-field level, this solution is a stable fixed point
[45] E. Tiemann, P. Gersema, K. K. Voges, T. Hartmann, A. of the internal state dynamics for γ < 1 [41].
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120, 135301 (2018). (2016).
[47] Actually, we adjust the longitudinal trapping frequency after [65] L. Chomaz, S. Baier, D. Petter, M. J. Mark, F. Wächtler,
the rf sweep in order to detect no longitudinal dynamics. L. Santos, and F. Ferlaino, Quantum-Fluctuation-Driven
[48] We have reduced the oscillation amplitude by applying a Crossover from a Dilute Bose-Einstein Condensate to a
longer rf sweep and found no change in the breathing mode Macrodroplet in a Dipolar Quantum Fluid, Phys. Rev. X 6,
frequency. 041039 (2016).

083401-6
PHYSICAL REVIEW LETTERS 128, 083401 (2022)

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083401-7
Titre : Mélange de spin dans un condensat de Bose-Einstein : Gouttelette quantique et couplage
cohérent.
Mots clés : Gaz quantiques, Mélanges de spin, Couplage cohérent
Résumé : Le degré élevé de contrôle des atomes études expérimentales où nous avons exploré les
ultra-froids a fait de ces systèmes des candidats mélanges de spin couplés de manière cohérente
idéaux pour identifier et mesurer le rôle des fluc- dont les interactions intra spin sont répulsives et
tuations quantiques. Pour un condensat de Bose- inter spin attractives. La première analyse montre
Einstein, les fluctuations quantiques causent la dé- la possibilité d’engendrer une interaction attractive
plétion quantique et conduisent à la correction de à trois corps importante ayant des conséquences
Lee-Huang-Yang (LHY) dans l’équation d’état de importantes sur la dynamique du système. Cette
champ moyen. Récemment, la formation de gout- interaction provient de l’affectation du degré de
telette quantique à l’aide de mélange de conden- liberté du spineur par l’interaction à deux corps
sats a été théoriquement prédit et observé expé- de champ-moyen. Nous étudions finalement dans
rimentalement. Cette thèse de doctorat s’inscrit une configuration expérimentale où les interactions
dans la continuité de ces études. Nous avons théo- de champ moyen sont annulées, l’équation d’état
riquement étudié l’existence de gouttelette quan- au-delà du champ moyen d’un condensat à deux
tique dans le croisement unidimensionnel à tri- composantes couplées de manière cohérente. Nous
dimensionnel pour le terme LHY. Expérimentale- montrons que la présence du couplage change la
ment, nous utilisons un gaz quantique bosonique dépendance en densité du terme des fluctuations
de potassium 39 qui offre la possibilité de modi- quantiques par rapport au terme de LHY dans le
fier les interactions interatomiques à l’aide de réso- cas non couplé.
nances de Feshbach. Ce manuscrit présente deux

Title : Spin mixture in Bose-Einstein condensate : Quantum droplet and coherent coupling.
Keywords : Quantum gases, Spin mixtures, Coherent coupling

Abstract : The high degree of control of ultracold presents two experimental studies where we explo-
atoms has made these systems ideal candidates to red coherently coupled spin mixtures whose intra
identify and measure the role of quantum fluctua- spin interactions are repulsive and inter spin at-
tions. For a Bose-Einstein condensate, quantum tractive. The first analysis shows the possibility
fluctuations cause quantum depletion and lead to of engineering an attractive three-body interac-
the Lee-Huang-Yang (LHY) correction in the mean tion with important consequences on the system
field equation of state. Recently, quantum droplets dynamics. It originates from the spinor degree of
formation using spin mixtures has been theoreti- freedom that is affected by a two-body mean-field
cally predicted and observed experimentally. This shift of the driven transition frequency. We finally
doctoral thesis is part of these studies. We have study in an experimental configuration where the
theoretically studied the existence of quantum dro- mean field interactions are canceled, the beyond-
plets in the beyond-mean-field crossover from one mean-field equation of state of a coherently cou-
dimension to three dimensions. Experimentally, we pled two-component condensates. We show that
use a quantum bosonic gas of potassium 39 which the presence of the coupling changes the density
offers the possibility to tune interatomic interac- dependence of the quantum fluctuations term with
tions using Feshbach resonances. This manuscript respect to the LHY term in the uncoupled case.

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