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Critique des normes sociales dans Wharton

Edith Wharton critique l'aristocratie new-yorkaise en exposant son hypocrisie et son contrôle social, où les apparences priment sur les sentiments et où les transgressions sont sévèrement sanctionnées. Le mariage de Newland et May illustre comment les unions sont utilisées pour préserver des traditions plutôt que pour l'amour, tandis que le personnage d'Ellen représente la menace que représente l'indépendance face à des normes rigides. Finalement, le roman souligne que ces règles, bien que puissantes, ne résistent pas au temps, laissant les individus sacrifiés par un système qui empêche l'évolution personnelle et sociale.

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Critique des normes sociales dans Wharton

Edith Wharton critique l'aristocratie new-yorkaise en exposant son hypocrisie et son contrôle social, où les apparences priment sur les sentiments et où les transgressions sont sévèrement sanctionnées. Le mariage de Newland et May illustre comment les unions sont utilisées pour préserver des traditions plutôt que pour l'amour, tandis que le personnage d'Ellen représente la menace que représente l'indépendance face à des normes rigides. Finalement, le roman souligne que ces règles, bien que puissantes, ne résistent pas au temps, laissant les individus sacrifiés par un système qui empêche l'évolution personnelle et sociale.

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III.

Une critique sociale à travers les règles intangibles

Edith Wharton dresse un portrait critique d’une aristocratie new-yorkaise à


la fois rigide et hypocrite, où les apparences priment sur les sentiments et
où toute tentative de transgression est sévèrement sanctionnée, que ce
soit par des hautes figures de la société comme Mrs. Manson Mingott,
l’une des femmes les plus respectées du roman qui, bien que plus
indépendante, veille à préserver l’ordre établi, ou Lawrence Lefferts,
arbitre des bonnes mœurs et incarnation de l’hypocrisie masculine, qui
n’hésite pas à dénoncer les comportements jugés déplacés tout en
menant une vie privée plus qu’inacceptable. Mais ces sanctions viennent
aussi de personnages moins influents, à travers les commérages
incessants des salons mondains ou les regards des invités lors des bals et
dîners qui contribuent à marginaliser celles et ceux qui osent s’écarter des
conventions. Cette haute société, bien que prétendant incarner le
raffinement et la morale, repose en réalité sur des mécanismes
d’exclusion et de contrôle qui servent à la préserver.

Le mariage de Newland et May est un parfait exemple de la manière dont


cette société utilise le mariage comme un instrument pour préserver des
traditions plutôt qu’un engagement fondé sur l’amour et les sentiments.
Dès le début du roman, on attend que Newland épouse May, non pas
parce qu’ils sont profondément amoureux, mais parce que cette union est
socialement avantageuse du côté des deux familles. May représente la
perfection selon les critères de son milieu : elle est belle, exemplaire et
conforme aux attentes d’une femme de son rang.

Lorsque Newland commence à se rapprocher de la comtesse Ellen, qui


incarne une vision plus libre et passionnée de l’amour, il prend conscience
du fait qu’il est pris au piège. Pourtant, malgré le fait qu’il aspire à vivre de
manière plus authentique, il finit par céder à la pression sociale et épouse
quand même May, prouvant ainsi que, dans ce microcosme, l’individu ne
peut se protéger des règles établies sans en payer les conséquences.

Intéressons-nous ensuite au cas des marginaux qui se font tout


simplement exclure de la société.

Le personnage d’Ellen est essentiel pour comprendre à quel point cette


société est hostile au changement et à la différence. Revenue d’Europe
après avoir quitté un mari violent et infidèle, Ellen espère retrouver une
certaine protection auprès de sa famille new-yorkaise. Or, au lieu de la
soutenir, son entourage la perçoit comme une menace pour l’ordre social.
Dès son arrivée, Ellen est scrutée, jugée et critiquée. Son attitude, plus
libre et spontanée que celle des autres femmes, est immédiatement
perçue comme inconvenante. Elle parle ouvertement avec des hommes,
affiche une indépendance d’esprit rare et ne se plie pas aux attentes qui
pèsent sur les femmes de son rang. Ces éléments suffisent à en faire une
paria. Un exemple frappant est la manière dont la haute société réagit à sa
possible séparation légale : alors qu’elle cherche simplement à se libérer
d’un mariage qui la rend malheureuse, on lui fait comprendre que
demander le divorce serait un scandale inacceptable. Cela illustre bien que
cette société ne défend pas la morale par principe, mais uniquement
lorsqu’elle sert à maintenir les apparences.

Le rôle des commérages et du contrôle collectif : un outil de répression


sociale

Dans cette aristocratie, la surveillance mutuelle est un moyen puissant


d’imposer la conformité. Les rumeurs, les allusions et les jugements
implicites suffisent à briser une réputation. Ainsi, lorsque Newland et Ellen
commencent à être trop proches, des murmures se répandent
immédiatement, suggérant qu’ils pourraient avoir une liaison. Ces
insinuations ne sont jamais formulées directement, mais elles créent une
pression immense, qui pousse Newland à rentrer dans le rang et à se
marier rapidement avec May.

Ce phénomène rappelle que dans cette société, le véritable pouvoir ne


repose pas uniquement sur des lois écrites, mais sur des codes invisibles
qui façonnent les comportements. Ces règles tacites sont d’autant plus
redoutables qu’elles ne laissent aucune échappatoire : dès qu’un individu
tente de s’en affranchir, il est immédiatement ramené à l’ordre par
l’opinion publique.

Ces règles ne se contentent pas de structurer la société ; elles enferment


littéralement les individus dans des rôles prédéfinis, les empêchant
d’explorer d’autres possibilités de vie et les condamnant à la frustration et
au renoncement.

Le parcours de Newland est emblématique du conflit entre l’individu et les


normes sociales. Tout au long du roman, il oscille entre son désir d’évasion
et son incapacité à briser les chaînes invisibles qui le lient à son milieu.
Son amour pour Ellen représente une alternative, une possibilité de vivre
selon ses propres choix. Pourtant, il finit par renoncer à cet amour, non pas
par manque de courage, mais parce qu’il est prisonnier d’un
conditionnement profond.
L’une des scènes les plus poignantes du roman est celle de la fin, lorsqu’il
se trouve à Paris, devant l’immeuble où vit Ellen. Son fils lui propose
d’aller la voir, mais Newland refuse et s’éloigne. Ce refus illustre la force
des conventions, qui continuent à peser sur lui même des décennies après
les événements principaux du roman. Il préfère garder intact le souvenir
idéalisé de son amour plutôt que de risquer un affrontement avec une
réalité qu’il ne saurait contrôler. Ce choix souligne l’impact durable des
normes sociales, qui finissent par façonner l’identité des individus jusqu’à
les priver de toute réelle autonomie.

Si Newland a au moins la possibilité de rêver à une autre vie, ce n’est


même pas le cas de May. Dès son plus jeune âge, elle est formatée pour
devenir une épouse parfaite, c’est-à-dire une femme douce, discrète et
entièrement dévouée à son mari et à sa famille. Contrairement à Ellen, qui
incarne une forme de liberté, May est l’archétype de la femme soumise
aux attentes sociales.

Un passage marquant illustre la manière dont elle incarne les valeurs de


son milieu : lorsqu’elle comprend que Newland éprouve des sentiments
pour Ellen, elle ne fait pas de scène ni ne manifeste d’émotion excessive.
Au contraire, elle joue habilement sur les attentes sociales pour l’enfermer
dans son rôle d’époux. En annonçant prématurément qu’elle est enceinte
(alors qu’elle ne l’est peut-être pas encore), elle verrouille définitivement
la situation. Cette manipulation subtile montre qu’elle est tout aussi
prisonnière du système que Newland, mais qu’elle en accepte les règles et
les utilise à son avantage.

En empêchant toute forme de changement, cette aristocratie new-yorkaise


se condamne elle-même à l’immobilisme. Wharton souligne bien que ces
règles ne sont pas seulement oppressives pour les individus, mais qu’elles
freinent aussi l’évolution de la société dans son ensemble.

D’ailleurs, à la fin du roman, le monde de Newland n’existe plus. La


génération suivante, incarnée par son fils, vit avec beaucoup plus de
liberté. Cette ironie souligne que toutes ces conventions, si puissantes
autrefois, ne résistent pas au passage du temps. Mais le prix à payer pour
les individus qui ont vécu sous leur joug est immense : Newland, May et
Ellen ont tous été sacrifié.

Il y a un lien entre le titre Le Temps de l'Innocence et la disparition des


règles sociales décrites dans le roman.
Le titre fait référence à une époque où la haute société new-yorkaise vivait
sous des règles strictes, en croyant que ces normes étaient justes et
immuables. Cette "innocence" vient du fait que ces gens ne remettaient
pas en question leur mode de vie, persuadés que tout devait rester ainsi.

Mais avec le temps, ces règles ont disparu. À la fin du roman, la nouvelle
génération, représentée par Dallas we, vit dans un monde plus libre, où les
interdits qui ont empêché Newland et Ellen d’être ensemble n’existent
plus.

Le roman montre donc que cette "innocence" était une illusion : ce que la
société croyait éternel n’a pas résisté au changement.

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