Le Modulor : Mesure Harmonique Universelle
Le Modulor : Mesure Harmonique Universelle
LE MODULOR
Es sA 1
LE 1 1
CORBUSIER
SUR
UNE MESURE HARMONIQUE
A
l'ECHELLE HUMAINE
APPLICABLE
UNIVERSELLEMENT
A
L'ARCHITECTURE
ET A
LA MECANIOUE
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from the Library of CongreS&, Washington D.C., USA
LeCorbusier:
Le modulor 1 LeCorbusier. - Basel ; Boston ; Berlin : Birkhiiwer
Engl. Ausg. u.d. T. : LeCorbusÛlr: The modulor
1. Essai sur une mesure harmonique à l'échelle humaine
applicable universellement à l'architecture et à la mécanique. -
Rééd. facs. de l'éd. orig., 1950. -2000
ISBN 3-7643-6187-5 (Base! ... )
ISBN 0-8176-6187-5 (Boston)
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.
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©2000 Birkhiiuser- Editions d'Architecture, Case posta/A! 133, CH-4010 Bâk, Suisse
©2000 Fondation Le Corbusrer, Paris
Imprimé en Allmagne
ISBN 3-7643-6187-5 (deux volumes en coffret)
ISBN 0-8176-6187-5 (deux volumes en coffret)
9 8 7 6 5 4 32 1
TABLE DES MATIERF....r.;
A [Link] .. 9
PREMlERE P:[Link]
AMBIANCE, t\fJLIEU, CIRCONSTANCES DEROUUœEN'f DE J,A RECHERCHE
CHAPI1"RE PRE,'\l'lBUl.F. .....
ET
11
CHAPITRE CHRONOLOGIE ...
1.. - .
DEVXlE!llE PARTIE
REALITES PRATIQUF...S
CH:\PITRE SITUATION «MODULOR DANS LE TEJ\IPS PRESENT 1{}7
CHAPITRE 5. PREl\IIERS EXEMPLES D'APPLICATION 12!1
4. - DU &
6.-
TROlSlEME
APPENDICE
PAllTIE
(tl Le tableau des valeurs numériques du « Modulot• " est à la page 84.
AVERTISSEMENT
L'art de bâtir des maisons, des palais o u des te m p l es, de.ç bateaux,
des autos, des wagons, des a v i ons .
des pièces étirées, laminées ou fondues ent rant dans la confectio n des
m achin es
2o La vie n'est pas encyclopédique pour les hu m a ins ; elle est per
.
partie
AMBIANCE
MILIEU
CIRCONSTANCES
ET
DEROULEMENT
DE LA RECHERCHE
chapitre 1
Préambule
ES décisions ou des usages ou des h abitudes pers istent
D
à t<ravers les
événements les plus boule.v ersants, installant un malaise, consti
tuant une entrave, compliquan t à plaisir le j eu. On ne prend pas
garde à un tel ordre de s o u cis ; un simple déclic .
à l 'origine d es
malaises dénouerait les e ntrav es, o u vran t le j e u aux libres initiatives de
l'imagination. L es usages son t d e ven us modestes ou tout es-puissantes
habitudes; et personn e , au mil ie u de t ant d e contradiction s épuisantes,
n'imagine qu'une simpl e décision puisse, en s upprimant l'obstacle�
ouvrir le libre p assage à la vie. A la vie tout simplement.
Le son est un évén ement con tinu, conduis ant sans rupture du
grave à l'aigu. L.a voix p e ut l'émet tre et le mo duler ; certains instru
ments le p euv e n; t égalemen t, le violon par exemple, la trompette
aussi ; mais d'autres en sont incapables car ils ressortissent à un ordre
déj à hum ainement organisé sur des intervalles artificiels : le piano,
la flû:t e, etc ...
On a pu , pendant des millén aires, faire usage du son pour chan ter
ou pour joue·r et danser. Ce fut la premi ère musique qui se transmettait
oralement, sans plus.
Mais, un j o u r- six siècles avant J.-C. - quelqu'un s'inquiète de
ren dre tran smissible p o ur touj o urs, l'une d e ces musiques autrement
que de bouche à oreille, do n c de l' écrire. Il n 'existait ni méthod e ni
instrumen t pour le faire. Il s'agissaiit de fixer ce so n en des points
détermin és, r ompant ainsi sa p arfaite continuité. Il fallait Je �pré
sen li er par des élémen ts saisissables, p ar conséquen t découper
le continu s elon une certai n e convention e t en faire du gradué. Le
gra d u é constitu erait l es échelons d'une é [Link] (artificielle) du son.
Comm en•t sectio nner l a continuit é du phénomène sonore ? Com
ment découp er c e s o n selon u n e règle admis sibl e p ar tous, niais sur
tout E:fficace, c'-est-à- dir e c a p ab l e de souplesse, de diversité, de nuances
et de richesse et pmil�tant simp l e et maniable et accessible ?
-15-
Pyth agore résolu:t la qu estion, prenant deux p oints d'appuis c ap a
bles de ralli er la sécurité et l a div ersité : d'une p art, l'oreille humaine
- l 'audibilité humaine (et non p as l' a u dibilité d es lo ups, des lions oü
des çhiens). D'autre p art, les nombœs, c'est-à-dir e la mathémaotique (ses
combinaisons) qu i est e lle-mêm e fille d e l'Univers.
Ainsi fut créée l a première écriture musicale c ap able d'enfe rmer
des compositions sonores et de les ;transmettre à traver s t emps et
espaoe : le s m o d e s doriques et io niques , assiette, plus t ard, d e la musi
que grégorienne et p ar conséqu e n t de la p ratiqu e du cuLte chréti e n à
travers toutes les nations et les langages divers. A p art un e ltentative
sans grand succès à l a R e n aiss ance, cette pratiq u e fut p erpétué e j us
qu'au xvn• siècle. C' est alors que la famine des Bach, et p articulière
ment Jean-Sébastie n lui�même, créèrent u n e nouveltle notation musi
cale : la « gamme tempérée l>, outil neuf, plus p erfectio nn é ,e qui don n a
f:
désormais u n essor immense à la comp ositio n musicale. D epuis trois
siècles, cet o util est employé, suffis ant à exprimer ce qui a pp araît co mme
ïa fin esse mêm e de l' esprit : la pensée musicale - cell e de Jean-Séb as
ti{'n, celle de Mozart et de Beethoven, c ell e d e :Qebussy ou celle de Stra
vinsky, de Sati e ou de Ravel, celle d e.s atonalistes d e la dernière h eure.
Peut-ê.fre bien - et j'e n risque la p rophéti e -l'épan o uiss emen t de
l'èr e machiniste exigera-t-il u n o u t il plus subtil, cap able d ' assembl er
des dispositioJ.s sonores jusqu'ici délaissée s ou n o n o uïes, non p erçu es
ou non aimées ... Il d emeure ceci : c'est q u e la civilisa:ti o n blan che s'est
dotée, en tout, au cours des mi1lénaires, de d eux o utils d'exploitation
du son, - phén omène . continu in transm issible par l'écri:ture, s'il n'est
aup aravant sectio n 'lé, et mesuré.
J'en viens à l'objet du travail entrepris ici : sait-on qu'en ce qui
concerne les cho s e s visuelles, les longueurs, nos civilisa:tion s n'ont pas
encore franchi l'étap e accomplie par la musiqu e ? Tout ce qui est bâti,
construit, distribué en longueurs, largeurs ou volumes, n'a pas b énéficié
-- 16-
d'u ne mesure équivalente à celle dont j o uit la musique, - outil de
travail au service de la pensée musica,le.
Est-il résulté, pa r suite de cette carence, un e perte p o u r l'esprit
humain ? Il ne semble p as, p uisque loes Parthéno n et temples de l'Inde,
les cathédrales et aussi toutes les finesses des récentes conquête.
humaines, les mécaniqu e ·s inouïtes nées en ce dernier siècle, ont pu
jalonner la marche du t emps.
Si un o u til de mesures linéaires ou optiques était offert, semblable
à l'écriture musicale, les choses de la constructio n en seraient-elles
facilit ées ? Telle est la question qu'o:1 va chercher à débattr e_ devant
Je lecteur en lui exposant tout d'abord l'historique d'une recherche
ayant atteint ce: t objet; ten lui décrivant l'obje t ; p uis on situera l'in
vention dans le temps prése:tt, cherch ant à voir si ell e y occupe une
place d ésirable. Enfin, laissant tou tes portes o uvertes, o n [Link] appel à
l'aide comm une, chacun p o uvant su r ce t errain dégagé, à partir du
se uil de cette porte o uv erte, :tracer une pist e plus sûre o u plus nourrie.
On finira sur une simple affirm ation : c'est. que da:1s une société mo
derne machinisée dont l'ou tillage se perfectionne chaque jo ur pour
fournir des ressources de bien-être, l'appaTition d'une gamme des
mesures visuelles est admissible puisque cet o u til neuf aura pour pre
mier effe t d'unir, de rallier, d'harmoniser 'le t·r avail des hommes préci
sément désuni en ce· moment - voire déchiré - du fait de la pré�ence
de deux systèmes difficilement conciliables : le « pied-p ouce » des
Anglo-Saxons, le système métrique d'autre part.
-17-
2
pies. Il y a cent années que la première locomotiv·e instaurait les vitesses
mécaniques, préludan:t à l' effondrement d'usages, de faits p atents et de
besoins, et par conséquent de moyens tous aecordés à l a vite5se de
déplacement jusque là p ossible : la marche à pied qui rythma les
entreprises, décréta les besoins, fixa les moyens, créa les usages.
Pendant que ces lignes son:t écrites, l'aviation moderne transforme
le mond e, provoquant un b ouleversement total (dont nous omettons
de prend•re conscience). Ce n'est p as le lieu ici de développer �
thème. Il en résulte ·ced : tout devient, tout est devenu solidaire. Les
besoins se déplacent, conquièren:t de nouveaux esp aces. Les moyens d'y
subvenir se multiplient; les p roduits surgissent, voyagent, cour ent et
couvrent le monde. Voi•là la qu estion posée : les mesures qui servent à
confectionner les objets peuvent-elles deme urer locales? Ici se situe
très exactement la question.
Lorsque le monde rom ain se prit à occuper d'immenses territoires,
Rome disposa d'une langue unique .e t s'en servit p ou r gouv·erner.
Lorsqu e l 'Eglise naissante s'empara du monde connu et se nüt,
siècle p ar siècle, à conquérir des terres, des mers et des continents,
elle disposa d'un outil de transmission de p ensée, unique : le latin. Pour
traverser l'Age Noir, qu and l'Europe, à feu et à sang, recherchait une
assiette nouvelle, 'le latin fut Je véhicule de la pensée centrale.
- 18-
personne humaine. Ces outils avai, e nt nom : coudée, doigt, pouce, pied,
amp an, foulée, etc .. Allons immédiatement au fait : i� l s étaient partie
.
-19-
il fallut trouver un autre étalon. Les savants de la Convention a dop tè
rent une mesure concrète si dépersonnalisée et si dép assionnée qu'e-lLe
en devenait abstraction, - une entité symbolique : le mètre, quarante
millionnième du méridien terrestre. Le mètre fut adopté par une société
imbue d e nouv>eauté. Un siècle et demi plus · l ard, à l'heure où les pro
duits usin és voyagent, · l a terre se trouve divisée en deux : les tenants
du pied-pouce, c e ux d u mètre. Le pied-pouce fermement raccroché à
la stature humaine, mais d'une manipulation atrocement compliquée.
L e mètre, indifféren t à la taille des hommes et se divisa n t en demi
mètre, en quart de mètre, en décimètres, e:t centimètre· s , en millimètres,
au tant de mesures indifférentes à la stature humain e p uisqu'il n'existe
aucun homme d'un mètre ou de deux mètres.
S'agissant de construire d es huttes, des maisons ou des temples à
destin ation humaine, le mètre sembl e avoir intro duit des mesures
étranges et étra:tgères qui, si l'on y regarde de près, pourraient bien
être accusées d'avoir disloqué l'architecture, d e l'avoir p erve , rtie. Dis
loquée est un assez b o n mot : disloquée par rapport à son objet qui est
de contenir de.<; h o mme s . L'architecture d€s « métriques >> est peut-être
dévoyée. L'architecture des p ied p o u c e s emblr a voir traversé le siècle
-
- 20-
par conséquent, de provoquer des offres ou des dema-:1d:es assurées de
sé c u rit é . Ici s ' a ttach e notre effort. C'est sa raison d'être : apporter de
l'ordre.
Et si, de surcroît, l'harmonie couronnait nôtre lt! ff o rt ? ...
-21--
chapitre 2
Chronologie
1 L faut bien qu'une découverte se. s oi t servie un j o u r de la tête, de l'œil,
de la main d' une prrsonne : conditions favorables d'ambiance et de
m ilieu, circonst ances ayant permis le dérouleme:-�t posi t i f de la
rec h erche et sa c o n clu s i o n . Proposer l'emploi d ' u ne mesure nouv elle
destinée à c o m pl ét er un j o ur le mètre ou le pi e d-po uce app a r a ît une
prétention excessive. On l ' a d mt t tr a it pl us facilement si t e ll e était l'offre
d'un c o n cil e o u d ' un con gr è s à l 'iss u e de le u:rs travaux. L'idée est
apparu e à un ho mm e co urant, pas même c her ch e ur de p ro fe ss io n,
issu to u tefois d'un milieu p a r t i c u li:e r et ay a nt bén éficié de l'ambiance
utile ou, à l'occasion, l ' ay a nt créée. L'homme mis ici en q u es t io n est
architecte et peintre, p r a t i q u a n t depuis quarante-cinq années un art
où. tout es{ mesur�.
De 1900 à 1 907 il é t u die la nature, sous la con
duite d'un excellent m aître ; il o bse rv e des phéno
mè:[Link] bi en loin de la vi:lle-, d an s la nature du hau t
Jura. La m ode est au ren ouvelle me n t des éléments
décoratifs par l'é tude direc te des pl a ntes , des ani
maux, d es j eux du ciel. La na'ure est o rdr e et lo is ,
unité et diversité illim it ée , finesse, force e t harmonie,
- leçon qui po r te t:ntre. q u i nz e et vingl a 1s !
A dix-neuf ans, il est parti en Italie vo ir rlPs
œuvres d ' art qui sont pe rs o nn ell e s , fantaisistes, aigui;�;
Paris , ensui le, lui apporte la lr·çon du m o y e n âge qui FIG. 1
est sys t èm e rigoureux e t té m ér ai re, et 'l' o rdo nn a :1ce du Grand Siè cle
qui est urbanité ·et sociabil i t é .
A vingt-trois ans, s u r s a pla n ch e à d ess in, notre homme a [Link]é
la façade d ' une maiso:1 qu'il va construire. U ne a ngo issan t e q ue st i o n
NOTE. Ce de s si n fait dans la forllt, il y a quarante-cinq années, doit être rectifié par le
lecteur : Il va de soi .qne les Intervalles sur ln vert i cal e ne do ivent pas diminuer en descendant ;·
""est la dimension réduite de la feuille de papier qui avait condu it à ces réduction...
-25-
se pose : « Quelle est la règle qui [Link], qui lie toutes choses ?
" Je me trouve en face d'un problème de n ature géométrique ; j e suis
- 26-
Elles peuvent encore être impliquées par l'instinct créateur de l'artiste,
manifestation d.' une harmonie inltuitiv:e, exemple Cézanne presque
sûrement, Michel-Ange étant d'une autre n ature, enclin aux tracés
volontaires et préco nçus, s av, a nts .
..
Un livre vient apporter des certitudes : les pages d'Auguste Cho isy
dans son Histoire de l'Architecture, consacrées aux tracés régulateurs.
Il y a donc eu des tracés régulate urs p o ur ordo nner les compositions?
En 1918, notre homme se met à p eindre des :tableaux très sérieu
sement réalisés. Le s deu x premiers sont composés « à la fortun e du
pot ! » Le troisième, en 1 919, cherche à occuper la toile d'une façon
ordonnée. Le résultat est presqu e bon. Mais voici le qu atrième tableau
qui reproduit le troisième rectifié cette. fois-ci, calé, cadré, structuré
par un tracé c a : t égorique. Le r ésul tat est indiscut able. Voici les tableaux
suivants, en kyri elle, 1 920 (Exp osition Galerie D ru e t , 1 921) : ils sont
soutenus p ar une ferme géométrie. De ux ressources mathématiques y
sont exploit ées : le lieu de l'angle droit, la section d'or . (A)
-27 --
d'urbanisme(« Vill e Contemporain e de trois millions d'habitants», 1922).
déterminatio1 de l'unité cellulaire (conten ant du logis), de la m ail!e des
circulalio1s (réseau), en réalité, phénomène d'organis ation archHectu
rale fond amentale ressen ti déj à une première fo is, quinze années aupa
ravant, à la Chartreus e d'Erna en Toscane (liberté individuelle et orga
nisation coHedive) [1007].
Au cours des voyages, il avait relevé dans les archi tectures harmo
nieuses, qu'elle s fusst'nt de folklore ou de hau t e inte llectualité, la cols
tance d'une hauteur d 'environ 2 m. 10 à 2 m. 20 (7 à, 8 pieds) entre plan4
cher et plafond : maisons des Balkan s, maisons turques, grecques, tyro
liennt>s, bavaroises, suiss es, vieilles maisons de bois du gothiqu e fran
çais, e t aussi « les petits app artements >> du faubourg Sain t-Germain.
du P€tit Trianon lui-m ême - Louis XV, Louis XVI ; et encore la tra
dition des boutiqu es de Paris, du Louis XV à la Restau ration, avec leur
soupente doublan t cette hauteur de 2 m. 20. Hauteur d'u n homme-le
bras-levé (B), haute ur éminemmen t à l'échell e humain e.
Dan s ses constructions, il ne put s'empêcher d'introduire cette hau
teur savoureuse, se mettant en contra diction avec les régl emen tations
édilitaires. Un j our, un des édiles d'une importante commune de Paris
Jui avait décl aré : << Nous vous autorisons à transgresser p arfo is le règle
ment, car nous savons que vous travaillez pour le bien de l'homme >),
-28-
notions q u i en appelaient à la présmce et à la rigueur d'un système de
mes u r e (1921) [C]. (1)
u L'Esprit Nouveau » s'était fait l'explicateur du cubisme, mot qui
11) De tel les préoccupallons firent IICandale ; en 1935, lors de mon pr�ler voyage aux
la presse unanime m'en fit grief... (L'U.S.A. pensait : c'est un blasphème ... ). Aujourd'hui,
�949 : Série, machine, [Link]é, prix et rapidité... !
U.S.A.,
-29-
et les nombres, lui faisait p a rt d'une étude sm
les ornements égypti e n s, sur Bach e t sur Beetho
ven, dans l a q u e l le l'algèbre apportait toutes
démonstrations et preuves. - « D' acco rd , rép o n
-·- 30-
années d'étouffement, il trouvait à exprimer dans une locution le fond
de son émoi : « L'Espa- o e Indicible > > ·et il l e fo r m Uil a i t ainsi :
« Prendre possessio n d e l'espace est le geste p-remier des vivants,
un milieu. S'ils att irent un j our l'attention p ar une attitude véri table
ment r a ssu r a nte et souveraine, c'est qu'ils app araissent détachés dans
leur oontenu m ais provoquant des résonances tout autour. Nous nous
arrêrons, sensibl es à tant de liaison naturelle ; et nous r egardo ns,
émus par tant de concordance orchestrant tant d'esp ace ; et nous
mesurons alors que c e que nous r egardons irradie.
» L'a r ch i tec t ure, la sculptur e et la peinture sont spécifiquement
tour : des ond es, d es cris ou clameurs (le Parthénon sur l'Acropole
d'Athènes), des traits j ailliss ant comme par un rayonnement, comme
actionné p ar u n explosif; le site proche• ou lo intain en est secoué,
affecté, dominé ou caressé. Réaction du milieu . : les murs d e l a pièèe,
ses dimensions, la place avec l· e po i ds divers de ses façades, les éte:n
dues ou les p entes d u p aysage et jusqu'aux horizons nus de la plaine
ou ce-ux crispés des montagnes, toute l' amb ian ce vient peser sur ce
lieu où est une œuvre d'art, signe d'une volonté d'homme, lui impose
ses profo n d e u rs ou ses saHlies, s·es densités dures ou floues, ses vio
lences ou ses douceurs. Un phénomène de concordance, se présente,
exact comme une ma·thématiqu e - véritable manife·s tation d'ac ous
tique plastique ; il seTa p ermis ainsi d'en appeler à l'un des ordres
--Hl-
d e phénom ènes l es plus sub tils, p o r teur de j oie (la musique) ou d'op
pre�sion (le tin tamarre) .
» Sans la moindre prétention, j e. fais une d éclaration relat ive à la
abordée dans l es éla n s si pro digie usem e n t créa teurs du cubisme, vers
1 910. Ils o nl parl é d e quatrieme dimension, av e·c p l us o u moins d'intui
tion e t d e cl airvoyan ce, peu imp o r l e. Une vic -co ns acrée à l ' art, et to u t
p a r t iculi èreme n t à l a rech erch e d'une h armo nie, m 'a p e rm i s, par l a
pra tique d e·s ·t r o is arts : architectur e , sculp t ure e t pe inture, d'observer
à mon tour le phénomène.
1 > La qu a trième dimension semble ê � re l e mom e n t d 'évasion illi
- 32 -
de haut afin de s'y confronter lui-même, d'y oppose r sa propre ·stature,
d'y inscrire en travers, u n j eu d e m esures vraies, mesures d'appui, de
siège, de p assage, etc ... C ette expéri ence montrait que le mè tre n'est
qu'un chiffre, heureusem e n t s o umis au système décimal, un chiffre
abstrait, in capable en architecture de q ualifier un intervalle (une me
sure) . O util d angereux m ême, si, p artant de son abstraite conformation
numérique, on se laisse aller, par insouciance o u p aresse, à le matéria
lis er en d es mesures commodes ! le m è tre, le d emi-mètre, le quart
de m ètre, le décimètre , e tc ... ; évolution qui s'est accomplie petit à p etit
au cours du siècle, aveuliss ant I'archHecture.
Si bien qu'à un e he ure de sa vi e, notre homme se trouva n ez à nez
avec la « normalisation A FNOR » , rencontre dont résult erait, quelques
années plus tard, le présent essai.
L'AFNOR avait été institué p en dant l'Occupation pour aider à la
reconstruction du p ays ; de s industriels, des ingénieurs et des archi
t ect es avaien t été rasse mblés autour d'un e tâche nécessaire d e norma
Esation des chos es du bâtiment (en p articulier) . Notre homm e n e fut
p as invité à s'asseoir autour de cette t abl e, bien qu'il eût été vingt années
auparavant accusé d'avoir écrit :
« Il fau t t e n dre à l'ét ablisse m e n t du standard p our affron t er le
11 problème de la p erfection.
- - 33 -
3
u La grande industrie doit s 'oc cuper du bâtiment et établir en série
Et p o ur ce faire : normaliser.
A ut a nt de propos anathèmes !
Le j o ur où furent p ubliées les premieres series n ormalisées de
l'AFNOR, not re homme décida de pré c ise r s es i n tuitions à l'égard d'une
mesure harmonique à échelle humaine applicable universellement à
l'architecture et à la m écanique .
*
**
- 34 -
FIG. 4
turaux :
çs:: �
< ' 1 /i
. 1
=iiJ&if?;;
•
.- • -
1 • t � ., • •
r.
;. � �
• • • t • ' • ' •
D FIG. 5o
E
- 35 -
*
**
térieur, j e suis p ersu adé que vous aboutirez à une séri e de mesures
a ccord ant la stature humaine (l e bras l·e vé) et la mathématique . >>..
· o·
Le 25 août 1 943 arrivait un e première proposition
un carré
1 1
L__lj'
17l\ la diagonale rabattue
Fm. 6
f�
--:J?fn.. ensemble (A) dont l'angle p ass e au milieu du
carré initial.
-� 3 7 --
L'ASCORAL, travaillait aussi (Section IIJb) et p articulièrement
Mlle Elisa Maillard ( 1 ) . Au 26 décembre 1943, son épur e rectificative
,D,
de (A) proposait
un carré
d i v i s i o n en
d e u x p arties
égales d,e l a
.§
, , distance g-i.
ou
sa section d'or
il résulte deux
carrés contigus
égaux chacun
installation d e au c arré ini
l'angle d r o i t tial < 2 ) .
FIG. 7
s u r l'axe d u
carré initial : le
point i est obtenu
Au long d e la lign e g-i app araissent des mesures significatives
dont les rapports s o :1 t infiniment riches m ais ne nous semblent pas
enc or e refléter un système.
On p eut lire (Fig. 8) :
abcd = carré initial ;
ef = médiane ;
(1) Attachée au Musée de Cluny et auteur d'un excellent travail sur les tracés régulateurs
à fin fa i t e
c Du nombre d'or » , édition André Tournon et Cie.
mis en jeu.
(2) On verra la de l'ouvrage la réserve sur l 'absolue égalité des trois carrés
- 38 -
f on installe l'angle droit a pp uy é sur g ; r-=------, h
=
sur 9
q u e m est a u point 0 ;
rn =
S ur gi on voit
0 d e abcd (carré générateur)
=
b 1-----!-::-
q ----1 d
k 0 d e dcab ; ;
k = médiane d e g h ij .
'----'-----' j
On observe sur g i , un e s ér i e croissante de
cin q é l é m en t s :
F10. 8
km ;
ka = mb = bi ;
ga = am = kb ;
gk = ki ;
gb.
Si gk = ki, gklh e t klj i sont deux carrés con tigus et égaux. Ils
sont éga u x au carré initial a bcd .
On a donc réalisé le p roblème proposé : insérer dans deux carré•
t'ontigusconten ant un-homme-le-bras-levé, un troisième carré au • lieu
de l'angle droit )) .
- 39 -
Ce dessin
peut se
retourner
et le résul-
lat se des
s i n e r ainsi
Fla. 9
1�. ! .-
�---.1...- ---J. j FlG. 10
- 40 -
Le tracé Hanning avait fourni un p oint j qui ne coïncide pas exac
tement avec le p o i n t i :
-- 4 1 -
être situé que sur la lign e j oign ant d eux carrés, sur S . . . : « Il n 'y a
qu'un angle droit possible, c ' e s t celui que form ent les diago n ales des
deux carrés . . . » affirmation qui est en con tradiction avec l'apparition
Fm. 11
- 42 -
nne différence fon damen tale e n tre l e point d e vue ASCORAL et l e leur
(A F N 0 R) : d'un côté l e-meilleur-d e-ce-qui-p eut-être, de l'autre
l a-moye.:me-de-c e-qui-existe , .
Année 1 944, l a Libération.
En automne, je fais p arti e de la Commission de doctrine du Front
National des Architectes, ayant obten u que « La Charte d'Athènes »
d es ClAM serve d e b ase a ux discussions. Reconstruire, construire,
é t ablir d es éléments d e série, harmo :lis er ... la grille des proportions
est plus que j amais à l'ordre du j our.
g L e 7 févri er 1 945, nous allons, Ml l e Maillard et
moi, re ndre visite à l a Sm·bo :1ne, au doyen Mont el,
de la Faculté d es SciencES, et lui m o n trons notre
schéma d e grille. S a réponse est : « De l'instant où
vous avez p u installer l'angle droit dans le double
!----?""'----� 1 carré, vous avez in : rodui t la fon c ti o n .j?;: provoquant
1""-----HI , ainsi une floraison de sections d'or » .
L e 30 m ars 1 945, j e re mets très sérieusement à
b 1----,."---�-l d
l'étud e la griUe des proportions. W o gensky, Hanning,
Auj am e et d e Looze y travaille n t. L e ministère des
Fm. 12 Affaires E : rangères - les R elations Cul turelles -
m'a d emandé d'organiser et d e p résider une mission
d'études architectura•l es à travers les Etats-Unis. Je s uis désire ux d'em
p orter aux U.S.A. la Grille des Propor l ions, outil évenfue•l de m esure
des préfabrirations. Nous mettons au p oi n t u n e �éri e d e planches qui
démontren t (à nos propres yeux) la richesse des combin aisons possibles�
Nous affectons alors u n e valeur h umain e à la combinaison géom é
triqu e découverte, adop tant p our cela u n e hau teur d'homme de 1 m. 75.
L a Grill e es t d ésormais dimensionnée : 175 - 216,4 - 108,2, mesures
- 43 -
dans lesquelles on peut discerner la série cr oissan t e � 1 , 2, 3, 4, 5,
� e tc . . . o ù :
1 -= 25,4 cm .
2 = 41 ,45
3 = 66,8
4 = 1 08,2
5 = 1 75,0
6 283,2
6
=
• 1 .oa2 •
Fm. 1:\
-- 44 -
une piste qui semble avoir con duit à un premier résultat : o n es·t d evant
u ne porte d e rrière l aquelle se p asse quelque chose, mais on n'a pas
encore l a clef qui ouvre à la compréhension d e l'événeme:1t. On s'adresse,
dans son cabin et où battent à l'horloge l e s secondes d'un temps pré
cie ux, à un ingénieur plein de politess e et de bienveillance aussi (il en
en tend d e toutes le s couleurs au long de se s journées !) , au chef d'un
grand bureau d e brevets d'invention ; on lui dit : Monsieur, j e vous
avouf' de prime abord que j e n'ai aucun amour pour l es brevets d'inven
tion, pour mille et une raisons venues de l' e xpérience d e ma vie. Pour
lant, j e vais vous p arler d'une Grill e des Proportions, etc., etc ... qui
est exprimé e e n n ombr es, chiffres e t tracés, mais dont je n'ai p as
découvert encore la définition o u, si vous préfér.e z, l'explication. Vous
ne comprendrez rien à mon e xposé. Je recommencerai une d euxième
fois et une troisième fois s'il le faut. Si décidément vous n'ap ercevez
rien d'intéressant en cette affaire, vous me mettrez à l a p orte. Ainsi
fut fait : première explication, d euxième explication. « Je n e com
prends p as, m alheureusement... » Troisième explication : « Arrêtez,
-
- 4:5 -
Les g e ns d'affaires déclarent : « Vous aure z droit à p e rcevo i r
licenc(' sur tout ce qui se construira au m o y e n d e vo tre mesure » . C'est
imm e n s e, c'est illimité ! Mon c o n ce ss i o : m a i re é t e n d l'effet d u brevet à
de n o mb re ux p ays d'Europ e ct d'Amérique. Il prép ar e l a création
d'agences en d i v e rs lieux ...
- 46 -
Je n 'ai p as b esoin d'une organ isation commerci ale, j e n e veu x p a11 de
publicité. La n a t ure de l 'inve n ti o n est t ell e q u e si ell e va ut, le s ar c h i
t e c t e s m o d ernes, m es amis, d a n s l e m o n d e e n tieœ, s'y attacheront, e t
l eurs rev u e s - l e s m eille ures e n l o u s p ays - offriront leurs pa,qe s
p o ur l'étu di e r, la divulguer. Je s en s n e t tem e n t la respon sabilité e n cette
affaire. On ne p e u t y i n trod uire l e circuit maléfi q u e, violent, sauvage e t
sans scrupule de l'arg e n t. Je suis plein d e scru p ul e s , j e s u i s le scrup ule
m ême en c e t t e affair e . J'en visage qu e des archit e c t es e t des construc
t eurs emp l o i ero n t c e t o u til de m e sure utile. D e s c o ngrès s'en occupero nt.
Et p lu s t ard, si l a chose l e mérite, l e s Na t i o n s Un i es, p ar le ur s e c t i o n
économiqu e et sociale, p èsero n t l a q u e s tion . E t , qui sa i t ? si l ' o , doit
adme t tre q u ' u n j ou r, l es o b s tacles, le frein age, l a co n currence, l ' o p p o
s i t i on s urgi e d e l'an t ago n ism e d es d e ux mesures actuelles : l e pi ed
pouce et le mètre, doiv m t cesse r, alors notre m esure p o urra-t-elle rel i e r
ce q u i é t ai t s é p aré e t rival e t d evenir u n ou til d ' u n i o n . Vo u s s e n tez
bien, cher Monsi eur, q u e j.e n e p uis pas p o u rsuivre cette tâche qui
p o u r r a it d evenir u n e sorte d'apostolat , si j e devais s avoir qu e d errière
chacune de m e s exhorta t i o n s, de mes plai doiries, de m e s succès. le cais
si er p ass e e t encaisse e n m o n n om. Je ne s uis pas un p éager ! »
Cette en trev u e liquida c e t t e qu estion e t , l ecteur, j e p u is vous
assurer que c e ci étant fai t , après cette a n n é e 1 945 d e p ersp ectiv es fi n an
ci ères éblouissante s, j e me s u i s s e :1 t i à l'aise, au propre, c l air vis-à-vis
de moi-m ê m e , ce qui est l'ultim e satisfaction.
A l'at eli er, j ' avais mis au travail A n dré \Vogensky et Soltan, les
chargeant d e rassembl e r .Je dossie r p o u r m o n proche d é p art en U.S.A.
Solt a n e n t re t o u t n e u f d a n s l e suj e t, n'ay ant p a s co n n u les an ticham
bres d e la question ... d eux carrés qui en re ç o i vent un tro i s i èm e , de . . .
Dès les premi ers j ours, il réagit, disant : « M o nsie u r, il m'app araît que
- 47 -
vo tre invention n ' e x p l o it e p as un événeme n t en su rface, mais u n événe
m ent l inéaire. L a « Grille » que vo u s a v ez tro u vé e n ' es t qu'un fragment
d'u :1 e série liné aire, série d e s e c t io n s .d'or t e n d an t d ' u n côté vers zéro,
de l' au t r e vers l'i nfini » . - « P a rf a i t , ai - j e rép o n d u , n o us la b a pt i se r o n s
désormais : REGLE d es p r o p ort i o n s . >>
Dès lors, tout marcha très vi t e , hors d es brouillards.
S o l t an m e c o nst r u isit s u r p a p i e r fort, verni, u n mag nifiqu e ruban
allant de zéro à 2 m. 16-1 accordé à u n homme d'une s ta t u re d e 1 m. 75.
Le 9 décembre 1945 je t e n t a i s un p r emi er ess ai d'expression de
: D:!
ce tte règle :
f • • •
: 0
!1 0
1
o P: � i
:1
!
: :
1 !
• 1
:f
!
"&.l}J
�
"' ..
.. -
... ITJ
rn
• b c
2C
FIG. 1 4
- L'unité.
doublement.
- Par 0·
·- Par
Puis ce fut l e Lib erty-ship cargo < < Vernon S. Hood n , p arti d u
H a vre mi-déc embre 1 94 5 e t q u i arriva à New-York après dix-neuf j o u rs
de traversé e d o n t l e s six p r em i e rs d e tempête é p o u v an t able e t le re s te
sur une m er soulevé e d'une houle p u is s a n t e . La C o m p ag n i e américaine
nous avai t annoncé sept à neuf j o u r s d e traversée. Dès l e second j our,
ï e po i n t ayant é t é fai t , il nous fut facile d e c alcu l e r que d ix-huit à dix
n e uf j ours y p a s s e r a ient . Ce f u t une belle colèr e ch ez l e s vingt-neuf
p ass ager s ! Ndus couchions dans d e s d o r t o i rs , les matelo ts o ccupant les
-- 48 -
c·abines. Je dis à Claudius Petit qui m'accompagnait : « - Je n e sorti
rai pas de ce s acré bateau sans a voir trouvé l'exP'lication de ma règle
d'or. » Un p assager aimable parlementa avec les officiers : la cabine
de l 'un d'eux fut mise à sa disposition ch aque matin, de 8 à 12 heu
res et l e soir, de 20 h eures à minuit. C'est là que j e m'absorbai dans le
tumulte des houles, à coudre quelques idées les unes à la suite des
autres. J'avais dans ma ,p oche l e ruban gradué par Soltan, enroulé
dans une p·etite boîte en aluminium de film Kodak ; cette boîte n'a p as
quitté ma poche depuis. On me voit souvent - e t dans les li eux les plus
inattendus - sortir de sa boîte le serpent s orcier et procéder à des véri
fi cations, celle-ci à titre d'exemple : sur le cargo, nous sommes quelques
uns accroupis sur l'a passerelle du commandant, à l'air et trouvant les
_
_.
choses agréablement et utilement
proportionnées. Le ruban sort de
sa boîte, s e risque à une confron-
1' "' '4!::'- .,l.t(_
_�o�����;:Jfl
tation d 'ailleurs - t riomphante
r.--�--= a."" "'"""'YPMf= (Noël 1945) . C e printemps 1 948,
autre vérification. Je siège au
Conseil Economique à la section
Reconstruction - Urbanisme-' Tra
Fm. t5
vaux p ublics, où e st examiné le
projet de la nouvelle loi sur les
loyers. On p arl e hauteur d'appartement. Je préconise 1l 'emploi d e la
h auteUr d'un homme-le·bras-levé - et son double. Nous sommes
a u Palais-Royal, à Paris, à l 'étage d es « petits appartements » (fin du
xvme siècle e t Restauration, début du XIX") . Ce tte mesure suffirait pour
de petits appartements puisqu'ell� semble ici, dans ces salles où nous
siégeons, suffire à nos d ébats. Je déploie m a règle, du plafond au sol.
No tre président, M. Caquot , e nregistre l'exacte concordance.
Revenons à notre cargo.
- 49 -
Pen dant que roule et tangue durement le navire, j e dresse une
écheile de chiffres
216
FIG. 1 6 .-----..----....,.
l'unité . . . . . . . . . . . A (
= 108) .
le double . . . . . . . . B (= 216) .
le rapport P de A = C ( = 175) .
(108 + 67) .
J.e rapport Si) de B = D (= 83) .
(143 + 83) .
- 50 -
FIG. 1 8
51
sièm e carré d ans deux carrés co ntigus, égaux to u s les trois entre eux..
Rassemblant l es deux conclusions d ans un s e ul d essin, j 'obtenais
al ors une fort b elle image. To ut d ' abord j e qualifiais d e série rouge la
série d e Fibonaci issue du rapport � étab li sur l'unité 1 08. Je q u alifiais
d e série bleue, c e l l e établie sur so n double 216. J e d essin ai-s l'homme
d:e 1 m. 75 d e hau t, engagé p ar quatre chiffres : zéro, 1 08, 1 75, 216. P uis
la b ande ro uge à gauch e, bleue à droite, des séries de � tend ant vers
zéro en b as, et filant à l'infini v ers l e haut.
Sortant de mon c argo le 10 j anvier 1946 à New-York, j ' avais une
e n trevue avec M. Kayser, l e constructe ur c élèbre des L iberty-ships p en
dant l a gu erre. Son nouve au programme est d e co nst·ruire 10.000 m ai
sons p ar j o ur aux Etats-Unis. - « Mais, m e rép ond-il, j ' ai changé de
programme, je vai s construir e des automobiles . . . ! ! ! > > L'exp osé que
je lui fis d e s r aisons de m a visite est évoqué p l us loin d ans oe t t e ét u d e .
Reposons-n o us u n inst ant de n o s cal culs par un e digression écono
mique et so ciologiqu e. Voici :
L'U.S.A. au to.r ise p arrfaitement M. Kayser, hom m e d'affair.e s génial
et capit aine d'industrie, à pro d uire trois m illions d e maisons p ar a nnée.
Ces maisons son t d e série, famili al es p ar conséquent. Elle s c o uvriro n t
d u territoire ; elle s s eront au l o n g d e ru es ; c e s r u e s ne s e r o n t p as e n
viJl e o ù il n ' y a pas d e place, mais dans l a campagne. L e s ville s s'éten
dront démesurément - b anlie u e·s, grandes , imm en se s b anlieu es. Il fau
dra cré er des transports s e n sationnels p our les atteind-re et l es rac
corder : chemin s de fer, métros, tram ways, au tobus, e tc .. . Par consé
qur nt, chaussées i n n o mbrables, canalisations infinies (eau, gaz, élec tri
cité, téléphone, etc.) . Quelle activit é, q u ell e rich esse produite 1 Vous
croyez ? C'es t, po ussé au d é sastre, l e Grand-Gaspi llage américain que
j ' avais d éj à observé et analysé en 1935 0 ) . Personne n ' es t en droit
- 52 -
d'admon e ster M. Kayser, personne ne songe à l'arrêter dans son élan,
aucun rouage n'est mis en s ervice p our con duire vers des fins sociales
et éco nomiques son én ergie indomp t able ... Mais voici que, tout compte
fait, après six mois d'études , M. Kayser décide, de sa pleine autori té,
qu'il ne fera pas de m aisons, mais des automobi,l es. Les automobiles
servent au transport, -aid e n t au tr à nsport, p ermetten t de fair e paraître
tol érable la phénoménal e dénaturation du phénomène urbain améri
cain. Le problème e st autre ici : bon marché, efficacité .de la voiture
elle-même, effi,cacité. Mais la concurrence est formidable en U.S.A.,
gigantesque. Il faudra enchérir encore sur la poussée d u goût du
pubHc, sure nchérir. Savoir qu'une auto e st u n signe -de considéra
tion, le premier p [Link] de la considération. Par conséquent, les
goûts p ublics seront flat t és : carrosseri e << stream-lin e. » , voiture aussi
grande que tou tes les marques les plus admirées, m anifestation
de puissance, voire d'emphase. Les voitures sont magnifiques, ruti
lantes, porteuses d'optimisme e t ambassadrice s d e force. Mais elles son t
immenses, elles ont d e s capots et des devants d e capots q u i semblent
les facés des dieux d e la puissance avec des mâchoires chromées giga n
-- 53 --
La conv ers ation fu t v érit ablement amicale, c ar m a règl e d'or
p arl ai t d'harmonie . Et t out.e l'œuvre d e M. Lilient al est ten d ue vers
l'harmonie. Son visage, d'àilleurs, so uriait à c e tt e d o u c e p ensée : faire
régn er l 'harm o n ie ... p ar l'entreprise d es plus gigant esque s travaux, p ar
l a co ordination d e s plus vastes proj e ts : eau, forc e m o trice, e ngrais,
agriculture, transp ort, in dustri e. Co uronn eme n t : un t erritoire gra n d
comme l a France arraché à l'érosion q u i , avec u ne r a p i d i t é angois
sa nte, drapait d'un linc e u l de d é s ert l es étendues cultivé e s . Et la vie
victode usc reprenait poss ession d e ces terres s auvé e s p o ur y ré aliser
l'une des p lus grandes synthèses de l' organisation mo d erne. En ces
choses-là, l'U.R.S.S. comme l'U.S.A. ont mon tré l eur p uissance.
Je rencontrai alors à N ew-York l 'un de mes ancien s d e ssinateurs,
Wachsmann, qui ave c une én ergi e admirable avait mis su r p i e d la
« Pan ee} Corporation » destinée à fournir e n masse d es éléme nts de
(1) L e tatam i mesure u n lwn ùc long, un dem i-ken de !urge. L e s k e n s étaient variRbles selon
les provinces. Le ken de J{ioto est le ken paysan : 1,97 m. Le ken de Tokio est de 1,82 m. :
Il sc généralisera du jour où l ' empereur vint h a bi te r Tokio. D 'ai l l e u r s on ne l'emploie p l u s que
peur mesurer l e s maisons traditionnel l e s . Pour le reste, c'est le système métrique qui l'emporte.
-- 54 -
Au retour à Paris en février, une rencontre foll'tuite me p ermit de
faire connaî tre à une person n e d e l'U.R . S . S . l'exis tence de notre règle.
Les choses n' eurent p a s de s ui te , j usqu'ici.
A l'atelier de la ru e d e S èvres, j e confiais à Ptréve ral le soin de
m ettre en ordre l e s m éditations du « V er non S. Hood » . Les néczs
sités du langage réclam aient un nom pour désign e r la règle d'or. En tre
plusieurs vocables, c el ui de MODULOR fut choisi. En m êm e t emps la
« m arque d e fabrique » , I.e label, éta i t arrêté fournissant p ar son des
- 55 -
démonsbratives. Ce beau résultat était le don naturel des nombres, -
fimplacable et merveilleux j eu mathématique.
Or, voici qu'on nous demandait « d'arrondir >> nos chiffr€8 pour
les rapprocher de cert,ains autre s chiffres en usage. L e grief qui nous
était fait était essentiellement celui-ci : les chiffres inscrri ts sur le pre
mier r uban (celui de Solt an) ou sur le premier tableau numérique, sont
e n n umérations métriques : 1 .080 millimètres par exemple (pl,e xus:
solaire) . Le malheur voulait que la presque totalité de ces numérations
mébriques fussent pratiquement intraduisibles en chiffrage « pied
pouce >> . Or, le « Modulor >> aura la prétention, un j our, d'unifier les
fabrications en tous pays. Nécessité était donc de .rechercher des valeurs
entieres en pied-pouce.
Je n'envisagea i j amais « d'arrondÏir > > cert ains chiffre s de nos deux
sqries, rouge et bleue. Un j our, nous étions réunis, absorb és dans la
recherche d'une solution. L'un d'entre nous, Py, dit : - « Ltes valeur8
actuelles du ci Modulor >> sont déterminées par la statull'e d'un homme
de 1 m . 75. C'est là une t aille plutôt française. N'avez-vous pas observé
dans les romans policiers anglais qu e les « beaux homm es » - un
policier par exempl,e - ont touj ours SIX PIEDS de haut ? »
Nous essayons d'appliquer cet étalon : six p i eds = 6 X 30,48 =
- 56 -
pleines. d evient une consécration. Nous étions ravis. Soltan dessina un
nouveau ruban gradué, d éfinitif cette fois-ci, qui remplaça l'autre dans
la petîte boîte d'aluminium au fond de ma p oche.
On lit alors l es équivalences suivantes :
Métrique Valewr d'usage Pied-pouce V ale ur d'usage
tions •ur l 'East River. Qui n'a pas souffert ainsi des effets i rr it ant s et décourageants d'une
lncompatlbillté de chiffr es n'apprécie pas la gravité de la situation évoquée ici.
- 57 -
étrangers l'un à l 'autre deux . c amps, bien plus durement · e ncore que ne
le fait la différence des langages.
Le « Modulor » s e trouve •r éaliser automatiquement l a conversion
mètre - pied-pouce. En fait, il sc e lle l'entente cordiale non p as du mètre
(qui n'est rien d'autre qu'une b arre de métal conventionnelle au fond
d'un puits au Pavillon de Breteuil aux environs d e Paris (1 ) , mais du
d écim al et du pied-pouce et il soulage le pied-pouce, par l'opération
décimale, de ses calculs compliqu és et p aralysants d'addition, de sous
traction, de multiplication et d·e division.
« Quelle reconnaissance ne doit-on p as à la numération d e posi
» fion et à J 'emploi qu'ell e fai' l du zéro ? Sans eUe, l'arithmétique ne s e
J> sur quoi se fond e la puissance des grands Etats modernes ? >> <2> .
(1) Rectifions : la valeur absolue de l'étalon métrique est remplacée auj ourd'hui par la
- 58 -
l e m al difficile <et l e bien facile. » Certains estiment que c ette a pprécia
tion manque d'allure scientifiqu e. Quant à moi, j e pense qu'ell e est
extraordin aire m e nt clairvoyant e. C'est u n gest e amical qu'un grand
savant fait à nous [Link] qui ne sommes p oint des savants, mais des
soldats sur l e champ de bataille. Le savant nous dit : « C e tte arme
lire j uste : en matière de dimensionnemen t, donc de proportion, elle
rend votre tâche plus assurée. »
A Broadway, dans son bur·eau d'ingénieur cons·eil, j ' avais expliqué
lè « Modul or » à Mougeot, fondateur à Paris du C.O.E. (Comité d'Orga
nisation Economique) dont il installait une succursale aux E t ats�Unis
consacrée à l 'organisation des usines. « Commen t, c'est vous, Fran
« Mais
-
- 5 9 --