Conscience et Inconscient : Concepts Clés
Conscience et Inconscient : Concepts Clés
Inconscient
Généralités préliminaires
Le concept de conscience est polysémique en français car il n'y a qu'un seul mot là où en
anglais ou en allemand il y en a deux. Il y a deux registres de conscience différents : la conscience
psychologique (consciousness, Bewustsein) et la conscience morale (conscience, Gewissen). Dans
la langue Française, le mot de conscience au sens psychologique est introduit seulement vers 1700,
afin de traduire le concept consciousness de Locke ; auparavant, on employait plutôt le mot
d'entendement ou le mot de connaissance (« perdre connaissance »)
Cette fois-ci, la conscience désigne le sentiment de soi, la perception de ses états internes.
De ce point de vue, les animaux supérieurs sont conscients, car ils se sentent, bien que Descartes
pense le contraire car à ses yeux les animaux sont des machines.
En un sens plus fort, la conscience désigne la réflexivité : le sujet se pense, il se prend lui-
même pour objet de pensée (il se dit : « je ne dors pas et je suis en train de penser à du chocolat »).
La réflexivité (faculté de faire un retour sur soi) est essentielle à la conscience selon de nombreux
auteurs (voir le texte 4 d'Alain). C'est un problème classique de savoir si se sentir suffit à être
conscient de soi ou bien s'il est nécessaire de raisonner et de prendre une distance critique par
rapport à soi pour mériter le titre de conscience (Alain opte pour la deuxième solution dans le
texte 4 alors que le cartésien Malebranche optait pour la première : la conscience est le sentiment
intérieur, dit-il). (se sentir vs se penser ; perception vs réflexion)
L'introspection signifie une inspection intérieure ; je saisis mes états internes et le cours de
mes pensées par une intuition immédiate, ce qui est mon privilège, alors que pour savoir ce que
pense autrui l'intermédiaire du langage ou une interprétation de ses actes sont requises.
B) Inconscient et inconscience
Il désigne d'une part ce qui n'est pas présent à ma conscience mais que je pourrais assez
facilement faire resurgir, par exemple la recette de la pâte à crêpes ou la date de mon anniversaire,
par un effort de mémoire ; d'autre part il désigne un manque de vigilance ou de concentration :
pour apercevoir le ronronnement de l'ordinateur, il faut concentrer son attention vers une faible
stimulation sensorielle. (Voir le texte 14 de Leibniz sur les petites perceptions ou le texte 16 d'Alain
sur le freudisme dans le recueil.)
Le sujet est ce qui pense, l'objet est ce qui est pensé. L'objet appartient déjà au sujet, en tant
qu'il est visé par la pensée. Donc la notion d'objet a un champ qui n'est pas uniquement celui des
choses matérielles. L'objet peut être soit réel (telle chaise, tel son), soit idéal (le nombre 5, un
souvenir de chaise). Par la réflexivité, le sujet coïncide presque avec l'objet, attendu que le sujet se
pense lui-même.
Ob-jectum = jeté devant
Sub-jectum = jeté dessous, sous-jacent
D) Personne et chose
Sur le plan psychologique, les personnes sont des sujets conscients qui savent qu'ils durent
dans le temps, les personnes ont donc conscience de l'unité de leur vie et, partant, elles peuvent
connaître le malheur ou le bonheur, tandis que des êtres qui oublieraient tout et ne se
projetteraient jamais dans le futur connaîtraient tout au plus des moments de plaisir et de douleur
(Lire les textes 2 et 3 de Locke sur l'identité personnelle, la mémoire et le bonheur et le texte de
Kant ci-dessous). La chose, au contraire, ne se pense pas, même si elle est vivante. Une salade est
une chose parce qu'elle n'a pas de conscience, tandis que ni un fœtus ni un homme endormi ne
sont des choses parce qu'ils pourront s'éveiller.
Sur le plan moral et juridique, traditionnellement, les personnes ont des droits et des
devoirs ; les choses n'en ont aucun. (Voir le texte de Kant ci-dessous sur dire « je ».) Tout le
problème philosophique est alors savoir comment délimiter le concept de personne. Les animaux
supérieurs sont-ils des personnes ? A partir de quel jour l'embryon humain devient-il une
personne ? Un profond comateux, un malade d'Alzheimer au dernier degré, un sujet souffrant de
trouble dissociatif de la personnalité, etc., sont-ils d'authentiques personnes ? La notion de
conscience est au cœur de ce problème.
Leçon
Sans la conscience que j'ai de moi-même, je ne pourrais pas dire « moi », je ne pourrais pas
dire « je ». Grâce à elle, je suis davantage qu'une chose, je suis une personne ; non seulement
j'existe, mais je sais que j'existe. Je le sais immédiatement, comme l'écrivait Descartes : « Je pense
donc je suis » (Discours de la Méthode, 1637). Toutefois, il n'est pas du tout certain que je coïncide
avec la conscience que j'ai de moi-même, pour deux raisons.
Premièrement, il faut se demander si la conscience est une source d'information fiable. En
effet, voir n'est pas savoir, or, la conscience est une espèce de perception de mes états psychiques,
donc, même si elle est incontournable pour obtenir certains renseignements sur mon état, il faut
se demander si elle peut suffire à fonder une connaissance en bonne et due forme (Voir le texte 15
de Freud). Une connaissance est la certitude de détenir la vérité grâce à des preuves solides. Des
preuves solides ont trois caractères : objectivité, complétude, fondation rationnelle ; or, le
sentiment de soi paraît au contraire être subjectif, incomplet, et peu rationnel. Par exemple,
l'amour-propre fait que j'entretiens des illusions sur moi-même, parce que je suis dans une
relation affective vis-à-vis de moi et des autres (Voir le texte 8 de Pascal).
Deuxièmement, il y a une raison plus profonde qui a trait à l'identité personnelle. Qui suis-
je ? Est-ce que je suis essentiellement une chose qui pense ou est-ce que je suis autre chose ? Après
tout, je suis aussi un objet physique, un organisme biologique, un individu social, et de
nombreuses disciplines ont quelque chose à dire de moi. Néanmoins, il y a lieu de douter que ces
sciences aient pour de bon quelque chose à m'apprendre sur moi-même. En fait, elles ne
s'intéressent pas à moi en tant que tel, pas à moi en tant qu'être singulier, mais elles me rangent
dans des catégories plus générales. Il ne me faut pas confondre ce que je suis avec qui je suis. Voilà
pourquoi finalement c'est sans doute la conscience qui peut me définir le plus essentiellement,
parce que je suis avant tout une personne, c'est-à-dire un être conscient de ses souvenirs et qui
s'identifie à ce qui lui arrive, je suis un être qui a une histoire, une vie, je suis une conscience qui se
situe dans le temps et fait des projets de bonheur (Voir le texte 5 de Bergson et les textes 2 et 3 de
Locke).
En résumé, la question de savoir si je suis ce que j'ai conscience d'être pose 2 problèmes :
1. Problème de connaissance :
Pour connaître une chose, il faut détenir des informations objectives et complètes.
→ Questions :La conscience est-elle une source fiable ? Est-elle suffisante ? D'ailleurs est-elle
nécessaire ? Suffit-il de voir pour savoir ? (dans le cas où la conscience serait une perception
intérieure, une intuition de soi).
→ Deux difficultés laissent penser que la conscience ne me suffit pas à me connaître :
a. Par amour-propre, j'entretiens des illusions à mon sujet.
b. La conscience n'est peut-être qu'une petite part superficielle de la vie psychique.
Qui suis-je ?
→ Il y a plusieurs facettes de mon être. Je suis un objet physique, un organisme biologique, un
individu social, etc. Et il existe différentes disciplines qui ont quelque chose à enseigner sur moi, à
propos de moi, mais cela me concerne-t-il vraiment, s'agit-il de moi essentiellement ?
Ce qui m'est le plus essentiel, c'est peut-être d'être une chose qui pense, une conscience qui
peut dire « je ».
Dans cette première partie nous allons aborder le problème de l'identité personnelle. Nous
allons nous demander quel est le support de ce que nous sommes. Est-ce que nous sommes un
corps, ou plutôt un esprit, ou plutôt une conscience ?
L'identité est une notion plus complexe qu'il n'y paraît. Facilement, on peut noter que deux
choses sont identiques si elles sont les mêmes. Toutefois, le mot « même » est ambigu. Soit il
signifie que deux choses sont similaires : Marie a les mêmes lunettes que Pauline. Soit il signifie
qu'on a affaire à un seul et unique individu : Marie et Pauline ont le même opticien. Dans le
premier cas, on parle de l'identité générique (avoir les mêmes caractéristiques), dans le second cas
on parle de l'identité numérique (être un seul et même individu). Clairement, l'identité numérique
est la plus forte car elle pose qu'une chose est absolument égale à elle-même. Cette première
distinction est très importante car elle permet de dire en quel sens une chose reste la même
malgré des transformations : en grandissant, j'ai conservé mon identité numérique mais ceux qui
ne m'ont pas vu depuis quinze ans pourraient ne pas me reconnaître.
A ce propos, l'identité est aussi ce qui correspond à un processus d'identification. Pour
identifier la tour Eiffel, il faut s'assurer que c'est bien la tour que Gustave Eiffel a construite en
1889 (et non une nouvelle), et il faut la différencier des autres tours qui existent, telle que la tour
Montparnasse. Ainsi, l'identité dénote deux idées : primo, la continuité temporelle, secundo, la
discrimination. Pour revenir à notre sujet, cela conduit à se demander qu'est-ce qui fait que je
reste moi-même au cours du temps. Pourquoi suis-je bien le même qu'il y a quinze ans ? Est-ce
parce que je garde le même corps (option matérialiste d’Épicure), est-ce parce que j'ai la même
âme (option spiritualiste de Platon), ou est-ce parce j'ai une conscience continue de mon histoire
(option psychologique de Locke) ? Et comment sais-je que c'est moi quand je pense à moi ?
+ Platon
Dans le dialogue Alcibiade Socrate rencontre Alcibiade, son légendaire amoureux. Platon, à
partir d'une réflexion sur l'inscription delphique « connais-toi toi-même » en vient à présenter le
thème fameux de l'amour platonique, porté sur la beauté intérieure. Je suis mon âme et non pas
mon corps, ni mes richesses, car, de même que la main se sert de l'outil, l'âme se sert du corps.
Selon Platon, le corps n'est en quelque sorte que mon véhicule, et j'en changerai au fil des
réincarnations. Se connaître soi-même, c'est donc connaître son âme. Se connaître soi-même et
prendre soin de soi-même, c'est avant tout s'occuper de la vertu de son âme. Platon est un des plus
vieux représentants du spiritualisme.
Spiritualisme : conception selon laquelle l'âme et le corps sont deux substances distinctes ; et selon
laquelle l'âme survit au corps et continue d'exister individuellement après la mort. Les
hindouistes, les chrétiens et les musulmans sont spiritualistes.
Dans le Phèdre de Platon, se trouve le mythe de l'attelage ailé qui représente un char avec
deux chevaux symbolisant les 3 parties de l'âme :
– Conducteur = tête = esprit (= partie rationnelle de l'âme, intellect)
– Bon cheval fougueux = cœur = sentiment noble (courage, honneur)
– Cheval irascible = ventre = concupiscence
Descartes est traditionnellement présenté comme le 1er philosophe moderne. Avec lui, le
sujet pensant, la subjectivité est mis au centre du système de la connaissance. Le Cogito (« je
pense » en latin) est en effet la première vérité qui fondera les autres. Descartes n'emploie pas
encore les mots de conscience, de sujet ou de subjectivité mais les idées se mettent en place. Il
emploie surtout les mots d'entendement et d'âme ou d'esprit (chez lui les deux mots sont presque
synonymes car seuls les êtres humains ont une âme dans le christianisme). La pensée lui sert à
désigner la forme générale de toute activité de l'esprit (douter, imaginer, vouloir, concevoir, sentir,
se souvenir, etc. sont des modes de penser).
Descartes, comme Platon, est dualiste (corps et âme sont des substances distinctes).
Ils sont aussi spiritualistes. Au contraire Épicure est un matérialiste et un moniste (à part le vide,
il n'existe qu'une seule substance dans l'univers et cette substance se trouve être matérielle).
Dualisme / Monisme
Spiritualisme / Matérialisme
Pour les anciens, par exemple pour Aristote, l'esprit est la partie rationnelle (pensante) de
l'âme. Les animaux ont une âme mais pas d'esprit. En revanche, selon Descartes, âme = esprit car
à ses yeux seul l'homme a une âme, les animaux sont comme des machines (thèse de l'animal-
machine) : leur corps n'a pas besoin d'un principe d'animation spécial (âme vient du latin anima).
Épineuse question : étant donné que ce sont deux substances absolument hétérogènes,
comment l'âme peut-elle interagir avec le corps ? Il y a une espèce de télékinésie selon Descartes :
l'âme n'est pas dans le corps, bien que Descartes croie que la glande pinéale dans le cerveau soit le
lieu d'interaction âme/corps.
Descartes est un précurseur de la biologie moderne avec son modèle mécanique : la
mécanisation du vivant. (Mécanisme et matérialisme biologique de Descartes / finalisme et
vitalisme d'Aristote)
Cause efficiente / fin
Mécanisme / Vitalisme
Matière /Esprit
Le cogito enseigne que « je suis une chose qui pense » et que « je connais mieux mon âme
que mon corps ». En effet je peux douter avoir un corps puisque peut-être le monde n'existe pas
(argument du rêve), tandis que je ne peux pas douter que j'ai une âme qui pense (« Je pense donc
je suis » : argument du cogito). Quand Descartes écrit que je suis une chose qui pense, il signifie
que je suis un esprit, c'est-à-dire une substance pensante. Il ne veut pas dire que je suis une
pensée.
Pour finir, il est important de noter à propos de l'identité personnelle que le cogito dit « ce
que je suis » mais pas « qui je suis » car il dégage la structure de toute subjectivité. Le cogito, dans
sa pureté, est le même chez n'importe quel sujet. Le cogito n'est pas personnalisé, ainsi il faut
chercher ailleurs la condition complémentaire de mon identité singulière.
b. Être une personne, c'est être capable de dire « je »
Chez Kant, de même qu'il y a deux concepts de conscience, il y a deux concepts de personne,
un concept moral et un concept psychologique :
1° - La personne morale :
C'est être autonome, respectable et doté de raison.
2° - La personne psychologique :
C'est pouvoir dire « je », c'est avoir une conscience psychologique et être capable de faire la
synthèse entre tous nos vécus afin de les unifier en une seule et même expérience, une seule et
même histoire, sinon la vie ne serait qu'une succession d'épisodes sans rapport. Le texte suivant
est important sur cette question du rapport entre la dignité humaine l'identité personnelle (ce qui
fait de nous une personne qui dure dans le temps et se reconnaît).
« Posséder le Je dans sa représentation : ce pouvoir élève l'homme infiniment au-dessus de tous les
autres êtres vivants sur la terre. Par là, il est une personne : et grâce à l'unité de la conscience dans tous les
changements qui peuvent lui survenir, il est une seule et même personne, c'est-à-dire un être entièrement
différent, par le rang et la dignité, de choses comme le sont les animaux sans raison, dont on peut disposer à
sa guise : et ceci, même lorsqu'il ne peut pas dire Je, car il l'a dans sa pensée ; ainsi toutes les langues,
lorsqu'elles parlent à la première personne, doivent penser ce Je, même si elles ne l'expriment pas par un
mot particulier. Car cette faculté (de penser) est l'entendement.
Il faut remarquer que l'enfant qui sait déjà parler assez correctement ne commence qu'assez tard
(peut-être un an après) à dire Je ; avant, il parle de soi à la troisième personne (Charles veut manger,
marcher. etc.) ; et il semble que pour lui une lumière vienne de se lever quand il commence à dire Je ; à
partir de ce jour, il ne revient jamais à l'autre manière de parler. Auparavant il ne faisait que se sentir ;
maintenant il se pense. »
Emmanuel KANT, Anthropologie du point de vue pragmatique (1798), livre I, §1, Vrin, trad. M. Foucault.
Ces deux concepts de la personne ne sont pas séparés chez tous les auteurs. Dans les deux
cas, s'affirme la dignité de l'homme : on oppose les personnes aux choses. Les personnes ont
une dignité et des droits, alors que les choses (animaux, meubles, immeubles) ont un prix et n'ont
aucun droit. Cette position de Kant est encore très présente dans le droit Français, dans lequel
l'opposition entre personne et chose est fondamentale ; bien que récemment ait été introduite
l'idée que les animaux sont des êtres sensibles, au fond ils appartiennent encore à la catégorie des
choses car il n'y a pas eu la création d'une troisième catégorie et, bien entendu, il n'est pas encore
vraiment question de classer les animaux (ou au moins certains d'entre eux) dans la catégorie des
personnes. Dans le texte de Kant ci-dessus, l'opposition entre « se sentir » et « se penser » est
claire. Être vraiment une personne, c'est se penser, c'est être capable de dire « je », autrement dit
c'est avoir la notion de notre subjectivité.
John Locke est un philosophe Anglais, c'est un des plus grands représentants de l'empirisme.
Empirisme (du grec empereia = expérience) : Théorie selon laquelle, primo, toute la connaissance
dérive de l'expérience, secundo, les premières idées ont pour origine l'expérience. Il y a ainsi un
volet épistémologique et un volet psychologique dans l'empirisme.
Il existe plusieurs variantes d'empirisme. Selon Locke, toutes nos idées viennent de 2
sources :
– la sensation (chaud, bleu, dur...)
– la réflexion (la conscience de certaines attitudes de l'esprit : vouloir, craindre...)
Selon Locke, toutes nos idées viennent de l'expérience. Mais d'où vient l'idée que j'ai de
moi-même ? De la conscience de soi, la conscience réflexive.
Chez Locke, il y a une abstraction analogue au rôle du cogito : l'esprit est à la naissance une
page blanche sur laquelle l'expérience viendra laisser des traces. Locke est le premier psychologue
à faire une sorte d'histoire de mes idées, c'est-à-dire une psychologie génétique, psychologie du
développement (Genèse de mes idées).
Selon Descartes et Platon, l'identité d'une chose se fonde sur une continuité substantielle,
c'est-à-dire qu'une même chose se maintient à travers le temps et les changements. L'originalité de
Locke consiste à dématérialiser l'identité, ou plutôt à dé-substantialiser l'identité. En effet, Locke
considère que l'âme ou le corps ne sont que des substrats, des supports ; s'il était possible de
changer de corps et même de changer d'esprit, je resterais malgré tout moi-même à condition que
ma mémoire soit transférée sur le nouveau support, dans le nouveau corps ou dans le nouvel
esprit. Ainsi, alors que, selon Descartes, dire que « je suis une chose qui pense » signifie que je suis
un esprit, selon Locke, cela veut plutôt dire que « je suis une pensée qui se pense elle-même ».
Descartes met plus l'accent sur la chose et Locke le met plus sur la pensée.
TRANSITION :
Mon identité personnelle se fonde sur la conscience que j'en ai. Comment dépasser le solipsisme
selon lequel l'esprit n'a « ni porte ni fenêtre » ?
Solipsisme (= solitude du soi)
2. La prise de conscience n'est pas un processus solipsiste.
Jean-Paul Sartre est un des philosophes français les plus célèbres. D'un certain point de vue
il n'a rien inventé, mais il a popularisé certains courants philosophiques auprès du grand public
grâce à ses pièces, à ses romans (lauréat du prix nobel, qu'il a refusé) ou encore grâce à son activité
de journaliste et son engagement d'intellectuel militant auprès des ouvriers, autant que par ses
essais théoriques. Après-guerre, la mode et l'avant-garde intellectuelle étaient à l'existentialisme.
Pour Descartes et Locke, la conscience est tournée vers soi, elle est une introspection ou
réflexion. La thèse de Sartre est que la conscience n'est pas originellement réflexive. Elle suppose
au contraire la médiation du regard de l'autre. Sartre montre avec l'exemple de la honte quel est le
phénomène originaire. A cette occasion, c'est le regard de l'autre qui me fait apparaître à moi-
même : « Je reconnais que je suis comme autrui me voit ». Il y a une intersubjectivité.
Du point de vue de Sartre, entre moi et moi-même, il y a autrui. Autrui est ce qui me relie à
moi-même. Au lieu qu'on pense souvent que c'est d'abord grâce à l'empathie que je suis capable de
me mettre à la place des autres, Sartre dirait que, plus originellement, ce sont les autres qui me
permettent de me mettre à ma propre place. C'est à travers le regard de l'autre que je me vois. Je
suis un « je » parce qu'on m'a dit « tu ». Pascal en son temps insistait déjà beaucoup sur ce point,
ce qu'il appelait la gloire, à savoir le besoin de reconnaissance : il remarquait que ce n'est pas juste
de la vanité mal placée de vouloir régner dans l'opinion d'autrui et de soigner sa réputation ; en
fait le sens de l'honneur et le sentiment de ma propre valeur naissent de mon lien avec la société.
(Voir le texte 8 de Pascal et le texte 10 d'Alain).
CITATION D'ALAIN : « Aussi cette idée de moi individu, lié à d'autres, distinct des autres,
connu par eux et jugé par eux comme je les connais et les juge, tient fortement tout mon être ; la
conscience intime y trouve sa forme et son modèle ; ce n'est point une fiction de roman ; je suis
toujours pour moi un être fait de l'opinion autour de moi ; cela ne m'est pas étranger ; c'est en
moi ; l'existence sociale me tient par l'intérieur ; et, si l'on ne veut pas manquer une idée
importante, il faut définir l'honneur comme le sentiment intérieur des sanctions extérieures. »
Thèse de Hegel : Comparé à Descartes qui, à travers le cogito, présente l'homme comme
une substance pensante détaché du monde, Hegel présente l'homme comme un être engagé dans
des rapports pratiques avec la réalité extérieure.
D'après Hegel, la prise de conscience de soi est acquise principalement par l'image que me
renvoient mon travail et mes œuvres. L'homme se retrouve dans ce qu'il produit. En transformant
la nature extérieure et en marquant son corps, en adaptant l'environnement à ses besoins ou à ses
désirs, en imprimant dans des objets réels son cachet personnel, l'homme gagne consistance
existentielle et reconnaissance sociale. La conscience de soi passe donc par l'objet ; il y a médiation
de l'objet. On peut parler d'une concience par objectivation. Bien entendu, Hegel ne méconnaît pas
la conscience réflexive, il ne méconnaît pas l'introspection. Dans le texte ci-dessous, il explique
qu'il y a deux modes de prise de conscience de soi : d'une part un mode théorique (contemplatif,
réflexif) et d'autre part un mode pratique (actif, par objectivation).
TEXTE DE HEGEL
« L’universalité du besoin d’art ne tient pas à autre chose qu’au fait que l’homme est un
être pensant et doué de conscience. En tant que doué de conscience, l’homme doit se placer en face
de ce qu’il est, de ce qu’il est d’une façon générale, et en faire un objet pour soi. Les choses de la
nature se contentent d’être, elles sont simples, ne sont qu’une fois, mais l’homme, en tant que
conscience, se dédouble : il est une fois, mais il est pour lui-même. Il chasse devant lui ce
qu’il est ; il se contemple, se représente lui-même. Il faut donc chercher le besoin général qui
provoque une œuvre d’art dans la pensée de l’homme, puisque l’œuvre d’art est un moyen à l’aide
duquel l’homme extériorise ce qu’il est.
Cette conscience de lui-même, l’homme l’acquiert de deux manières : théoriquement, en
prenant conscience de ce qu’il est intérieurement, de tous les mouvements de son âme, de
toutes les nuances de ses sentiments, en cherchant à se représenter à lui-même, tel qu’il se
découvre par la pensée, et à se reconnaître dans cette représentation qu’il offre à ses propres
yeux. Mais l’homme est également engagé dans des rapports pratiques avec le monde extérieur,
et de ces rapports naît également le besoin de transformer ce monde, comme lui-même, dans la
mesure où il en fait partie, en lui imprimant son cachet personnel. Et il le fait, pour encore se
reconnaître lui-même dans la forme des choses, pour jouir de lui-même comme
d’une réalité extérieure. On saisit déjà cette tendance dans les premières impulsions de
l’enfant : il veut voir des choses dont il soit lui-même l’auteur, et s’il lance des pierres dans l’eau,
c’est pour voir ces cercles qui se forment et qui sont son œuvre dans laquelle il retrouve comme un
reflet de lui-même. Ceci s’observe dans de multiples occasions et sous les formes les plus diverses,
jusqu’à cette sorte de reproduction de soi-même qu’est une œuvre d’art. A travers les
objets extérieurs, il cherche à se retrouver lui-même. »
Hegel, Esthétique, 1832.
Le texte ci-dessus a pour thème l'origine du besoin d'art. Hegel explique que l'art est un
moyen de prendre conscience de soi. Les thèmes de l'art et du travail sont ainsi prépondérants.
« L'art est l'esprit se prenant pour objet ». (Hegel, Esthétique, 1832.) (voir le texte 12)
D'après Hegel, l'art n'a pas vocation à imiter la nature, comme le déclarait Aristote, mais il a
vocation à manifester l'idée sous une forme sensible ; l'art est la spiritualisation de la nature, et
c'est la raison pour laquelle l'art est ou a longtemps été associé au culte religieux, attendu qu'il
permet d'incarner des notions abstraites et des puissances invisibles, de même qu'il est
aujourd'hui l'occasion de manifester des traits psychologiques (le portrait peint) ou des
interrogations culturelles (la science-fiction, etc.).
« L'art est la plus haute forme de la reproduction de soi » (Hegel, Esthétique, 1832.)
Si l'art est la plus haute forme de reproduction de soi, c'est qu'une œuvre d'art est beaucoup
plus singularisée que le produit du travail. On met plus de soi dans un poème que dans une coupe
de cheveux, une baguette de pain ou une pelouse tondue, néanmoins, dans les quatre cas on a bien
transformé la réalité extérieure.
Marx, qui a été un attentif lecteur de Hegel, reprend la théorie de la conscience par
objectivation pour expliquer ce qu'est l'aliénation. L'aliénation ne doit pas être hâtivement
confondue avec l'exploitation. L'ouvrier aliéné est coupé de son produit, il ne prend presque plus
part à ce qu'il fait (activité impersonnelle dénuée d'initiative), son œuvre lui est étrangère, par
suite il ne gagne aucune conscience ni aucune reconnaissance. Au lieu que le bon travail cultive,
libère l'individu de son animalité, l'intègre socialement et humanise la nature, le mauvais travail
est déshumanisant et abrutissant.
3. FREUD : La conscience ne délivre que l'aspect superficiel
de la vie psychique.
(Pour des compléments sur Freud, voir la page du blog [Link] :)
[Link]
– Freud invente la psychanalyse : c'est une théorie médicale qui a originellement pour but
de soigner l'hystérie, qui a pour postulat l'inconscient, et pour méthode l'association
automatique des idées (≠ hypnose).
– Après la 1ère GM, Freud proposera une philosophie de la culture en généralisant la théorie
de la psychanalyse pour comprendre la religion, l'art, la guerre, la science...
a. L'hypothèse de l'Inconscient
Toute science a un objet d'étude, or l'inconscient, s'il existe, peut-il faire l'objet d'une
expérience ? Peut-on fonder une science sur une telle hypothèse ? (C'est le problème d'un
inconscient conscient ou d'une pensée impensée, voir le début du texte 2 de Locke : « Il est difficile
de concevoir qu'une chose pense sans en être consciente. »). Voici la réponse de Freud à ceux qui
nient l'inconscient psychique.
TEXTE DE FREUD
« De divers côtés on nous conteste le droit de postuler l’existence d’un psychisme
inconscient et de travailler scientifiquement à l’aide de cette donnée. Nous répondrons que
l’hypothèse de l’inconscient est nécessaire et légitime et que l’existence de l’inconscient est
prouvée de maintes façons. Elle est nécessaire parce que les renseignements que fournit le
conscient sont pleins de lacunes ; tant chez les êtres normaux que chez les malades on observe
souvent des actes psychiques qui, pour être compris, présupposent d’autres actes dont le
conscient cependant ne sait rien témoigner. Il ne s’agit pas seulement ici des actes manqués, des
rêves faits par les normaux, de tout ce qu’on appelle symptômes psychiques et phénomènes
obsessionnels chez les malades, mais notre expérience journalière personnelle nous permet
d’observer des idées dont l’origine nous reste inconnue et des résultats de pensée dont
l’élaboration nous demeure mystérieuse. Tous ces actes conscients resteraient incohérents et
incompréhensibles si nous persistions à soutenir que le conscient suffit à nous révéler tous les
actes psychiques qui se passent en nous. Par contre, ils deviennent d’une évidente cohérence
lorsque nous interpolons les actes inconscients auxquels nous avons conclu. Le gain en
signification et en cohérence est cependant un motif bien fondé, susceptible de nous mener au-
delà de l’expérience immédiate. Et s’il est prouvé que l’hypothèse de l’inconscient permet de
baser sur elle un procédé fertile en résultats et grâce auquel nous pouvons utilement influencer le
cours des processus conscients, cet heureux résultat sera la preuve inattaquable du bien-fondé
de notre hypothèse. Il faut alors considérer que c’est une prétention insoutenable d’exiger que
tout ce qui se passe dans le psychisme doive être connu du conscient.
On peut aller plus loin, et avancer, pour étayer la thèse d’un état psychique inconscient,
que la conscience ne comporte à chaque moment qu’un contenu minime si bien que, mis à part
celui-ci, la plus grande partie de ce que nous nommons connaissance consciente se trouve
nécessairement, pendant les plus longues périodes en état de latence, donc dans un état
d’inconscience psychique. Si l’on tenait compte de l’existence de tous nos souvenirs latents, il
deviendrait parfaitement inconcevable de contester l’inconscient. »
[…]
« Mais l’hypothèse de l’inconscient est aussi tout à fait légitime, du fait que rien, en elle, ne
dévie de notre mode de pensée considéré comme correct. Le conscient ne permet à chacun de
nous de connaître que ses propres états psychiques. Si nous admettons que notre prochain
possède un conscient, c’est en procédant par analogie, et cette conclusion se fonde sur les
manifestations perceptibles dudit prochain, et nous permet de comprendre son comportement.
(Du point de vue psychologique, il serait d’ailleurs plus exact de dire que, sans avoir besoin d’y
spécialement réfléchir, nous prêtons à toute personne notre propre constitution, donc notre
conscience, et que cette identification est la condition préliminaire de notre compréhension.). »
+ Raisonnement de Freud
Freud, dans cet extrait de Métapsychologie, donne 2 arguments en faveur de son
hypothèse :
– Hypothèse : le constat de départ est le caractère lacunaire (incomplet) et inexpliqué des
actes psychiques conscients, donc il faut faire l'hypothèse qu'une part du psychique est
inconsciente.
– Argument 1 : Théoriquement avec l'hypothèse de l'inconscient psychique, on gagne en
cohérence et en sens et on peut cesser de considérer comme aberrants plein d'actes assez
fréquents (les lapsus, etc.).
– Argument 2 : Sur le plan pratique, on obtient des succès médicaux qui confirment
vraisemblablement le bien-fondé de la théorie.
Par ailleurs, il est aussi à remarquer que l'hypothèse de l'inconscient n'est pas si
révolutionnaire que Freud voudrait le faire croire, ainsi que ce texte des époux Quillot le signale :
– 1ère topique :
→ Conscience = centre de décisions et d'informations. Ensemble des représentations
actuellement mobilisées pour s'adapter à la situation.
→ Subconscient = instance de l'appareil psychique composée des représentations qui
pourraient facilement devenir conscientes au besoin.
→ Inconscient = ensemble des représentations refoulées, faisant l'objet d'une censure
pour la menace qu'elles font peser en apparence sur l'équilibre psychique.
TEXTE DE FREUD
« Nous avons tout avantage à dire que chaque processus fait d’abord partie du système
psychique de l'inconscient et peut, dans certaines circonstances, passer dans le système du
conscient. La représentation la plus simple de ce système est pour nous la plus commode : c’est
la représentation spatiale.
Nous assimilons donc le système de l'inconscient à une grande antichambre, dans laquelle
les tendances psychiques se pressent, tels des êtres vivants. À cette antichambre est attenante
une autre pièce, plus étroite, une sorte de salon, dans lequel séjourne la conscience. Mais à
l'entrée de l'antichambre, dans le salon veille un gardien qui inspecte chaque tendance psychique,
lui impose la censure et l'empêche d'entrer au salon si elle lui déplaît. Que le gardien renvoie une
tendance donnée dès le seuil ou qu'il lui fasse repasser le seuil après qu'elle a pénétré dans le
salon, la différence n'est pas bien grande et le résultat est à peu près le même. Tout dépend du
degré de sa vigilance et de sa perspicacité. Cette image a pour nous cet avantage qu'elle nous
permet de développer notre nomenclature. Les tendances qui se trouvent dans l'antichambre
réservée à l'inconscient échappent au regard du conscient qui séjourne dans la pièce voisine.
Elles sont donc tout d'abord inconscientes. Lorsque, après avoir pénétré jusqu'au seuil, elles sont
renvoyées par le gardien, c'est qu'elles sont incapables de devenir conscientes : nous disons
alors qu'elles sont refoulées. Mais les tendances auxquelles le gardien a permis de franchir le
seuil ne sont pas devenues pour cela nécessairement conscientes ; elles peuvent le devenir si
elles réussissent à attirer sur elles le regard de la conscience. Nous appellerons donc cette
deuxième pièce système de la préconscience (le préconscient). Le fait pour un processus de
devenir conscient garde ainsi son sens purement descriptif. L'essence du refoulement consiste en
ce qu'une tendance donnée est empêchée par le gardien de pénétrer de l'inconscient dans le
préconscient. Et c'est ce gardien qui nous apparaît sous la forme d'une résistance, lorsque nous
essayons, par le traitement analytique, de mettre fin au refoulement. »
– 2ème topique :
→ Moi = ensemble des représentations auxquelles je m'identifie personnellement, c'est-à-
dire, que je reconnais. Identité personnelle.
→ ça = partie « sauvage ». Partie inculte. C'est le réservoir des pulsions.
→ Surmoi = Conscience morale. Intériorisation des interdits culturels.
Le moi est le résultat d'un compromis entre principe de plaisir et principe de réalité. Le
surmoi fait s'opposer la théorie de Freud à d'autres théories de la conscience morale, en particulier
au rationalisme de Kant ou à l'émotivisme inné de Rousseau. Selon Freud, la morale est relative à
une culture, une éducation.
Tableau synthétique de l'esprit (appareil psychique) chez Freud : Image de l'iceberg
avec trois parties : hors-d'eau, entre deux eaux et immergée.
moi
conscience
préconscient surmoi
ça
inconscient
TEXTE DE FREUD
« Les pulsions du « ça » aspirent à des satisfactions immédiates, brutales, et n'obtiennent
ainsi rien, ou bien même se causent un dommage sensible. Il échoit maintenant pour tâche au «
Moi » de parer à ces échecs, d'agir comme intermédiaire entre les prétentions du « ça » et les
oppositions que celui-ci rencontre de la part du monde réel extérieur. Le "Moi" déploie son activité
dans deux directions. D’une part, il observe, grâce aux organes des sens, du système de la
conscience, le monde extérieur, afin de saisir l’occasion propice à une satisfaction exempte de
périls ; d’autre part, il agit sur le "ça", tient en bride les passions de celui-ci, incite les instincts à
ajourner leur satisfaction ; même quand cela est nécessaire, il leur fait modifier les buts auxquels
ils tendent ou les abandonner contre des dédommagements. En imposant ce joug aux élans du
"ça", le "Moi" remplace le principe de plaisir, primitivement seul en vigueur, par le principe dit "de
réalité" qui certes poursuit le même but final, mais en tenant compte des conditions imposées par
le monde extérieur. Plus tard, le "Moi" s’aperçoit qu’il existe, pour s’assurer la satisfaction, un
autre moyen que l’adaptation dont nous avons parlé, au monde extérieur. On peut en effet agir sur
le monde extérieur afin de le modifier, et y créer exprès les conditions qui rendront la satisfaction
possible. Cette sorte d’activité devient alors le suprême accomplissement du "Moi", l’esprit de
décision qui permet de choisir quand il convient de dominer les passions et de s’incliner devant la
réalité, ou bien quand il convient de prendre le parti des passions et de se dresser contre le
monde extérieur. Cet esprit de décision est tout l’art de vivre ».
Freud, « Psychanalyse et médecine », in Ma vie et la psychanalyse, 1926. Trad. M. Bonaparte,
Paris, Collection Idées, 1972, pp. 151-152.
Ce qui est refoulé dans l'inconscient continue d'agir et peut resurgir indirectement dans la
vie consciente comme en témoignent les phobies, les T.O.C, les lapsus, les actes manqués et
surtout les rêves.
➔ « Le rêve est l'expression du désir ».
➔ « Le rêve est la voie royale pour connaître l'inconscient ».
Chez Freud, tous nos désirs expriment une tendance fondamentale d'ordre sexuel (au sens
très très large d'une quête de plaisir qui suppose l'excitation de certaines zones du corps, telle que
la bouche chez le nourrisson), qui est la libido, analogue au vouloir-vivre chez Schopenhauer. En
effet, l'instinct sexuel, d'un point de vue évolutionniste, a plus de raison d'être que l'instinct de
conservation, car ce dernier ne garantit pas directement le maintien de l'espèce.
On traduit chez Freud les tendances par le terme de pulsion, mais ce n'est pas d'abord
quelque chose de soudain (impulsion = sauter sur un donut) ni répété (compulsion = boulimie),
c'est d'abord une inclination continue (telle que la tendance nutritive).
TEXTE DE FREUD
« En nous plaçant d'un point de vue biologique, nous considérons maintenant la vie
psychique, le concept de « pulsion » nous apparaît comme un concept-limite entre le psychique et
le somatique, comme le représentant psychique des excitations, issues de l'intérieur du corps et
parvenant au psychisme, comme une mesure de l'exigence de travail qui est imposée au
psychique en conséquence de sa liaison au corporel.
Nous pouvons maintenant discuter quelques termes qui sont utilisés en rapport avec le
concept de pulsion, comme : poussée, but, objet, source de la pulsion.
Par poussée d'une pulsion on entend le facteur moteur de celle-ci, la somme de force ou
la mesure d'exigence de travail qu'elle représente. Le caractère « poussant » est une propriété
générale des pulsions, et même l'essence de celles-ci. Toute pulsion est un morceau d'activité ;
quand on parle, d'une façon relâchée, de pulsions passives, on ne peut rien vouloir dire d'autre
que pulsions à but passif.
Le but d'une pulsion est toujours la satisfaction, qui ne peut être obtenue qu'en
supprimant l'état d'excitation à la source de la pulsion Mais, quoique ce but final reste invariable
pour chaque pulsion, diverses voies peuvent mener au même but final, en sorte que différents
buts, plus proches ou intermédiaires, peuvent s'offrir pour une pulsion ; ces buts se combinent ou
s'échangent les uns avec les autres. L'expérience nous autorise aussi à parler de pulsions «
inhibées quant au but », dans les cas de processus pour lesquels une certaine progression dans
la voie de la satisfaction pulsionnelle est tolérée, mais qui, ensuite, subissent une inhibition ou
une dérivation. On peut supposer que même de tels processus ne vont pas sans une satisfaction
partielle.
L'objet de la pulsion est ce en quoi ou par quoi la pulsion peut atteindre son but. Il est ce
qu'il y a de plus variable dans la pulsion, il ne lui est pas originairement lié : mais ce n'est qu'en
raison de son aptitude particulière à rendre possible la satisfaction qu'il est adjoint. Ce n'est pas
nécessairement un objet étranger, mais c'est tout aussi bien une partie du corps propre. Il peut
être remplacé à volonté tout au long des destins que connaît la pulsion ; c'est à ce déplacement
de la pulsion que revient rôle le plus important. Il peut arriver que le même objet serve
simultanément à la satisfaction de plusieurs pulsions : c'est le cas de ce qu'Alfred Adler appelle
l'entrecroisement des pulsions. Lorsque la liaison de la pulsion à l'objet est particulièrement
intime, nous la distinguons par le terme de fixation. Elle se réalise souvent dans les périodes du
tout début du développement de la pulsion et met fin à la mobilité de celle-ci en résistant
intensément à toute dissolution.
Par source de la pulsion, on entend le processus somatique qui est localisé dans un
organe ou une partie du corps et dont l'excitation est représentée dans la vie psychique par la
pulsion. Nous ne savons pas si ce processus est strictement de nature chimique ou s'il peut aussi
correspondre à une libération d'autres forces, mécaniques par exemple. L'étude des sources
pulsionnelle déborde le champs de la psychologie. »
Freud, « Pulsions et destin des pulsions », in Métapsychologie, 1912, Gallimard, coll. Idées,
pp.18-21.
exemple :
Le collégien qui se dispute avec sa mère pour avoir des baskets (objet de la pulsion) à 200 euros
(intensité) ; il argumente avec le sport alors que c'est pour épater les copains (but) et il subit les
influences de la mode (source).
Quand une pulsion échoue à se procurer son objet, il y a insatisfaction. La frustration est plutôt ce
qui gêne la satisfaction. Le transfert consiste à déplacer une pulsion sur un nouvel objet. En fait,
toute la culture et l'éducation reposent sur cette plasticité des tendances.
L'insatisfaction invite à trouver un nouvel objet, une voie détournée. Il y a 2 possibilités :
– régression
– sublimation
Exemple : une déception amoureuse (= insatisfaction) peut entraîner une boulimie / anorexie
(= régression) ou une inspiration poétique (= sublimation).
Le texte qui suit présente l'art comme un moyen exemplaire de sublimer nos pulsions pour
les satisfaire par une voie détournée.
TEXTE DE FREUD
« Il existe notamment un chemin de retour qui conduit de la fantaisie à la réalité : c'est l'art.
L'artiste est en même temps un introverti qui frise la névrose. Animé d'impulsions et de tendances
extrêmement fortes, il voudrait conquérir honneurs, puissance, richesses, gloire et amour des
femmes. Mais les moyens lui manquent de se procurer ces satisfactions. C'est pourquoi, comme
tout homme insatisfait, il se détourne de la réalité et concentre tout son intérêt, et aussi sa libido,
sur les désirs créés par sa vie imaginative, ce qui peut le conduire facilement à la névrose... Et
voici comment l'artiste retrouve le chemin de la réalité. Je n'ai pas besoin de vous dire qu'il n'est
pas le seul à vivre d'une vie imaginative. Le domaine intermédiaire de la fantaisie jouit de la
faveur générale de l'humanité, et tous ceux qui sont privés de quelque chose y viennent chercher
compensation et consolation. Mais les profanes ne retirent des sources de la fantaisie qu'un
plaisir limité. Le caractère implacable de leurs refoulements les oblige à se contenter des rares
rêves éveillés dont il faut encore qu'ils se rendent conscients. Mais le véritable artiste peut
davantage. Il sait d'abord donner à ses rêves éveillés une forme telle qu'ils perdent tout caractère
personnel susceptible de rebuter les étrangers, et deviennent une source de jouissance pour les
autres. Il sait également les embellir de façon à dissimuler complètement leur origine suspecte. Il
possède en outre le pouvoir mystérieux de modeler des matériaux donnés jusqu’à en faire l’image
fidèle de la représentation existant dans sa fantaisie et de rattacher à cette représentation de sa
fantaisie inconsciente une somme de plaisir suffisante pour masquer ou supprimer,
provisoirement du moins, les refoulements. Lorsqu’il a réussi à réaliser tout cela, il procure à
d’autres le moyen de puiser à nouveau soulagement et consolation dans les sources de
jouissances, devenues inaccessibles, de leur propre inconscient ; il s’attire leur reconnaissance et
leur admiration et a finalement conquis par sa fantaisie ce qui auparavant n’avait existé que dans
sa fantaisie : honneurs, puissance et amour des femmes. »
Freud, Introduction à la psychanalyse, 1916, tr. fr. S. Jankélévitch, Payot, 1987, p. 354-355.
=> La sublimation permet à Freud de faire une philosophie de la culture qui va expliquer
que les manifestations les plus humaines telles que la dévotion religieuse, la création artistique, la
recherche scientifique, etc., manifestent le refoulement de certaines tendances primaires.
Selon Freud, il n'y a pas de libre arbitre (théorie du déterminisme psychique, au contraire
de celle de Descartes, pour laquelle la volonté est indépendante du déterminisme physique).
Le but de la psychanalyse est de mieux se connaître pour trouver le bonheur (équilibre
psychique) en faisant du « ça » un « moi ».
CONCLUSION
==> Suis-je ce que j'ai conscience d'être ?
Malgré mes multiples statuts et les multiples facettes de mon identité (cf. Freud, Alain texte
8), on peut dire que mon identité personnelle la plus propre (le « moi ») est composée de
l'ensemble des qualités auxquelles je peux m'identifier en première personne (je suis et me
souviens d'être x, y, z (cf. Kant et Locke)). En ce sens, je suis ce que j’ai conscience d’être.