Éducation arabo-islamique et genre au Sénégal
Éducation arabo-islamique et genre au Sénégal
RAPPORTS DE GENRE
L’éducation arabo-islamique au Sénégal
Mame Fatou Séne
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ISSN 0002-0478
ISBN 9782807390065
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Les dernières décennies ont vu l’éducation arabo-islamique au
Sénégal s’ouvrir progressivement et s’adapter à un public fémi-
nin grandissant. Cet article analyse les modalités de cette récente
ouverture visant, d’une part, à protéger les jeunes filles contre les
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maux dont la société serait porteuse, et, d’autre part, à les préparer à
leurs futurs rôles sociaux qui répondraient à des normes religieuses
spécifiques. Dès lors, l’éducation arabo-islamique devient un lieu
d’observation et de compréhension des représentations en matière
d’éducation des filles et des rapports de genre. Tout en plaçant la
femme au cœur des dynamiques des reconfigurations sociales, le
champ éducatif se révèle un lieu de fabrication mais aussi de négo-
ciation des discours et représentations d’un idéal féminin.
Mots clés : Sénégal – Éducation arabo-islamique – Genre – Filles – Modèle scolaire – Agencéité
Mame Fatou Séne est doctorante arabo-islamique au Sénégal : Toulabor (LAM, Sciences Po
en science politique et prépare une opportunité pour les femmes ? » Bordeaux) et Marie-France Lange
une thèse sur « La formation sous la co-direction de Comi (Ceped, Université Paris Descartes).
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ont démontré que, en plus de s’organiser de façon à construire des espaces éco-
nomiques qui leur sont propres (Augis, 2009), les femmes en Afrique, et plus
spécifiquement au Sénégal, investissent les espaces publics urbains (Gomez-
Perez, 2009), intègrent les hiérarchies confrériques en tant que guides (Hill,
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2010 ; Pézeril, 2008), participent aux débats de société, notamment sur la laï-
cité (Sow, 2005), mais également à des mouvements globaux comme les migra-
tions internationales (Boesen, Mafaing, 2007). Dans les sociétés africaines à
majorité musulmane ou possédant une communauté musulmane significative,
des élites féminines éclosent (Alidou, 2005 ; Umar, 2004) et s’affirment dans le
monde comme de véritables autorités (Bano, Kalmbach, 2012). Le dynamisme
des femmes dans la vie religieuse est donc remarquable et illustre une appro-
priation constante du religieux dont les récents développements de l’éducation
arabo-islamique et la présence croissante des femmes dans ce secteur ne sont
qu’une manifestation parmi d’autres.
Cependant, la mainmise masculine sur les savoirs religieux reste pré-
gnante et les effectifs féminins dans les différentes déclinaisons de cette offre,
bien que croissants, restent encore faibles. Par ailleurs, le caractère central de
la figure féminine dans l’imaginaire moral et politique de la majorité des socié-
tés musulmanes place les femmes au cœur des débats sur l’islam et ses impli-
cations sociales. Si à la diversité des acteurs impliqués dans ce secteur éducatif
1. Le « talibé » est l’élève d’une école annuel organisé principalement à 8. L’agencéité désigne « la capacité
coranique ; le terme permet Tivaouane et célébrant la naissance à définir des buts et à agir de manière
aujourd’hui de désigner également du prophète Mouhamed (PSL). cohérente pour les atteindre. Cette
les enfants mendiants dont la 6. Le « magal » est le pèlerinage action intentionnelle orientée vers
majorité vient de ces écoles. annuel organisé à Touba, par la une finalité choisie peut être faite de
2. Le daara désigne une école communauté mouride, et célébrant manière individuelle ou collective en
coranique dont l’enseignement vise à le départ en exil au Gabon interaction avec d’autres. Par
la mémorisation du Coran. d’Ahmadou Bamba, fondateur extension, on inclut, à côté de la
3. La « korité », ou « Aïd el-Fitr », est de leur confrérie. capacité d’action effective de l’agent,
la fête religieuse qui marque la fin du 7. Les dahiras sont les associations sa capacité à se projeter dans une
ramadan au Sénégal. religieuses regroupant les fidèles action potentielle » (glossaire « Les
4. La « Tabaski », appelé aussi « Aïd selon leur appartenance confrérique. mots de Sen… et au-delà », Revue
El Kebir », est la fête la plus Elles remplissent des fonctions Tiers Monde, n° 198, 2009,
importante de l’islam. spirituelles mais ont également des p. 373-381).
5. Le « gamou », autrement appelé portées économiques et sociales.
« maouloud », désigne le pèlerinage
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écoles ne fonctionnant pas en termes de cycle, nous avons choisi d’interviewer
des jeunes filles ayant entre 14 et 19 ans 9 .
Le choix des écoles répond à la volonté de saisir la diversité de cette
offre éducative musulmane puisque l’éducation arabo-islamique demeure une
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société qui juge ses femmes sur leurs comportements pieux tout en les privant
des outils de connaissance des fondements de cette piété. L’élite savante reste
donc masculine, tandis que les femmes se retrouvent gardiennes d’un islam qui
serait plutôt populaire.
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9. Tous les noms d’élèves et 10. Entretien réalisé avec Aziz Kébé
d’enseignants ont été modifiés. à Dakar le 16 avril 2014.
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Depuis les années 1990 et surtout 2000, des établissements exclusive-
ment réservés aux jeunes filles ouvrent leurs portes. Parmi elles, on compte
l’école Aïcha Oumoul Mouminine de Grand Yoff, ouverte par Adja Bineta Thiaw
en 1996, ou encore le daara Mame Diarra, inauguré en 2005 à Porokhane,
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et qui accueille 450 jeunes filles qui portent toutes le prénom de la marraine
éponyme. À ces initiatives privées, il faut désormais ajouter le lycée arabo-
islamique public ouvert par l’État sénégalais en 2009, au sein de l’Institut isla-
mique de Dakar, dont l’un des bâtiments est réservé à un effectif et un corps
professoral féminin. Un des symboles de la modernisation de l’enseignement
religieux reste l’établissement ouvert en 1985 par Seyda Mariama Niasse, fille
d’Ibrahima Niasse11, enseignante et exégète. Ce qui est devenu un complexe
scolaire est souvent cité par les autorités publiques comme l’exemple à suivre
en matière d’éducation religieuse moderne12 . Seyda Mariama Niasse, qui com-
mence à enseigner à Dakar dans les années 1950, compte aujourd’hui parmi ses
élèves des enfants de nationalités et d’origines sociales d’une grande variété.
Loin de la forte médiatisation que connaît la question des daaras, le
volet féminin de l’éducation arabo-islamique continue son expansion. Analyser
son rôle de transmission de savoirs et de la conscience d’une identité musul-
mane, en intégrant la variable « genre », devient d’autant plus important que
l’accès croissant des jeunes filles à cette éducation est particulièrement notable
dans les sociétés musulmanes en général et qu’il s’accompagne d’une rhétorique
de la femme modèle (Umar, 2004 ; Jeffery, Jeffery, Jeffrey, 2004).
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religieux, ces discours et représentations renferment un paradoxe qui illustre
la complexité de l’éducation arabo-islamique dans son rapport aux femmes. Ces
dernières sont présentées à la fois comme les éléments de la société dont la
fragilité favorise l’incursion de divers maux ; mais elles sont également dési-
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gnées comme les figures incontournables dont la mission est de remédier à ces
invasions indésirables. Cette ambivalence fait d’elles la source et la solution aux
problèmes sociétaux que l’éducation arabo-islamique viserait à éradiquer. Elle
permet de maquiller en bienveillance le contrôle exercé sur les femmes, faisant
de la protection le cheval de bataille des porteurs d’offre. En effet, les jeunes
filles sont décrites comme le maillon faible dans la chaîne sociale que seule
l’éducation islamique peut protéger.
Prenons pour exemple l’un des établissements arabo-islamiques : le
daara, organisé en internat, et dont la mission principale est de faire mémori-
ser le Coran à ses élèves. Une rapide comparaison entre le rôle habituellement
proclamé par les daaras dans le parcours des jeunes garçons et l’objectif de
cette éducation pour les jeunes filles révèle diverses représentations. Oustaz
Ngom, enseignant dans un daara14 à Dakar, résume cette différence de trai-
tement : « Daara yii li leen war moy toj xolu goor ñi [le rôle des daaras est de
former les garçons à la dure]. Mais nous maîtres coraniques savons également
comment Dieu considère les filles. Ñoom da nga leen di samm (les filles quant
à elles, il faut les protéger). Lu yakh jigeen mo ëpp lu yakh goor (les filles sont
plus vulnérables que les garçons)15 . »
L’expression wolof Toj xol renferme les représentations de la masculinité.
Il suggère que la vertu de la formation réside dans sa pénibilité et que ce sont ces
11. Ibrahima Niasse est le fondateur Premier ministre du Sénégal, se rend dakaroise, n’accueille que des jeunes
de la confrérie niassène, branche de dans l’école de Mariama Niasse et filles et offre une éducation coranique
la Tijâniyya. déclare dans la presse la volonté et, après mémorisation, un tremplin
12. En mars 2013, un incendie étatique de prendre pour exemple vers le volet franco-arabe du
ravage un daara situé à Médina et cette école qu’il qualifie « de complexe scolaire.
neuf enfants y perdent la vie. Dans la référence ». 14. Il enseigne dans le daara dirigé
foulée de mesures annoncées par le 13. Entretien réalisé avec Maïmouna par Maïmouna S.
gouvernement, sur la mendicité S. à Dakar en avril 2015. Ce daara, 15. Entretien réalisé avec Oustaz
notamment, Abdoul Mbaye, alors privé et payant, situé dans la banlieue Ngom à Dakar en avril 2015.
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le pas, la directrice des études du daara Mame Diarra, explique l’ouverture de
l’établissement en ces termes : « Le daara représente la maison où, si elle était
encore vivante, Mame Diarra vivrait, entourée de ses homonymes. Il faut plus
de Mame Diarra dans la société sénégalaise. Nos valeurs sont bafouées, les filles
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Defar jigueen moy defar société. L’internat constitue, selon les acteurs de
l’éducation arabo-islamique, le bouclier nécessaire à la formation des jeunes
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des valeurs que l’éducation arabo-islamique leur inculque, sont une constante.
Et ce, d’autant plus que « dans la culture sénégalaise, on insiste à l’envie sur
les qualités que doit posséder la femme : elle doit être bonne épouse et bonne
mère afin d’éduquer ses enfants dans la vertu. La responsabilité de la mère
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dans l’éducation est fondamentale car elle est un exemple décisif, surtout pour
ses filles ; c’est par elle que se fait une transmission quasi héréditaire des qua-
lités, des vertus et des valeurs. Dans la société traditionnelle, on ne se choisis-
sait pas seulement une épouse, on choisissait du même coup une mère pour ses
enfants », explique Penda Bâ (2007, p. 443). « Defar jigueen moy defar société
[Éduquer une fille, c’est éduquer une société]. La femme, c’est la mère, elle
ne laisse jamais tomber ses enfants. Et la famille est à l’origine de la société.
L’islam a su reconnaître la valeur de la femme et, en éduquant ses enfants, elle
rend la monnaie à la société », ajoute Fatou D 21.
En charge de la préservation de la cellule familiale, les femmes
deviennent les agents de cohésion de la société. L’assignation de tels rôles a
d’autant plus d’impact qu’elle s’inscrit dans la continuité des discours tradi-
tionnels sur la femme, la dimension religieuse lui attribuant une source de légi-
timité supplémentaire. Le choix des termes n’est pas anodin puisqu’en plus du
lexique de la maladie, celui de la réparation revient systématiquement chez nos
interviewés. Defar est le terme wolof pour à la fois « créer » et « réparer ». Il
s’agit donc de former un nouveau type de femme, de réparer son image, afin
qu’à son tour elle répare et participe à la création d’une société débarrassée
de ses maux, à la création d’une société nouvelle. Le consensus sur l’objectif
de l’éducation arabo-islamique de « former de bonnes épouses et des mères
de famille » soulève des interrogations quant à la finalité de l’école, la repré-
sentation que se font nos interviewés de l’éducation et le style de femme que
16. Ce daara, situé à Dakar, est parallèle comme tremplin vers 19. Entretien réalisé avec Aïda D.
exclusivement réservé aux jeunes l’éducation franco-arabe. à Dakar en mars 2014.
filles. Ouvert par une association de 17. Entretien réalisé avec Aïda D. 20. Entretien réalisé avec Aïda D.
femmes du mouvement réformiste à Dakar en mars 2014. à Dakar en mars 2014.
Jama’at Ibadu Rahman, il est payant 18. Entretien réalisé avec Awa. D. 21. Entretien réalisé avec Fatou D.,
et offre une éducation coranique avec à Porokhane en avril 2013. enseignante à Porokhane,
comme option une préparation en avril 2014.
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adhésion à cette représentation. Les deux directrices que nous venons de citer
ne sont pas des exceptions puisque la plupart des mères avec qui nous nous
sommes entretenues tiennent le même discours. La tradition sénégalaise de
la promotion du mariage et de la famille comme but ultime de la femme qui
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se résume dans l’expression jigeen amul lu dul sey (le mariage est le meilleur
accomplissement de la femme) trouve ainsi un écho dans l’éducation arabo-
islamique. Toutefois, la pérennisation de ces représentations n’exclut pas les
changements que l’accès des filles à l’éducation arabo-islamique peut induire.
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« faisant partie [d’elle] » et le porte dans et en dehors de l’école. « Je ne sais
pas comment expliquer, je le porte, c’est tout 26 . » Qu’il soit une évidence ou une
règle, le port du voile et ses implications dépassent le cadre scolaire. Si l’école
incite les jeunes filles à son usage, la famille et la relation avec la communauté
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ont aussi une part d’inf luence. Bien le porter, le porter occasionnellement, le
porter et agir d’une manière jugée contraire à ce qu’il représente sont tous des
éléments qui interviennent dans la façon dont ces jeunes filles sont perçues et
catégorisées comme bonne ou mauvaise musulmane.
Le choix de Mariama lui a valu le surnom d’Ibandit 27 dans son quar-
tier, car il y a des comportements qui sont attendus d’une élève scolarisée dans
une école arabo-islamique. Le non-respect des codes peut valoir des sanctions,
même en dehors de l’enceinte scolaire.
Ce signe extérieur d’appartenance religieuse fait que l’éducation arabo-
islamique dialogue avec le reste de la société. Dans ce contexte, les jeunes filles
considèrent le port du voile comme une allégeance définitive, faire machine
arrière apparaissant comme impossible sans risquer d’être négativement jugée.
Ainsi, lorsqu’elle déclare qu’elle « ne [se sent] pas encore prête 28 » à porter le
voile à l’extérieur de l’établissement, Coumba, 14 ans, souligne l’importance
d’une telle décision et surtout son caractère individuel, bien que les implica-
tions soient loin de l’être car impliquant son rapport à l’école, à la famille, et à
la société.
Le rôle social assigné aux femmes est un élément central des discours sur
la scolarisation des filles. Si l’école « française 29 » n’est pas considérée comme
le lieu d’apprentissage du « métier de femme », l’éducation arabo-islamique est
présentée comme le lieu de formation par excellence (Moguérou, 2010, p. 271).
22. Entretien réalisé avec Awa D. à 26. Entretien réalisé avec Fatou à 28. Entretien réalisé avec Coumba
Porokhane en avril 2014. Dakar en février 2013. en février 2013.
23. Entretien réalisé avec Maïmouna 27. Le terme Ibandit est une 29. Expression employée par les
S. à Dakar en avril 2015. contraction entre ibadou et « bandit ». interviewés pour désigner les écoles
24. Entretien réalisé avec M. Guèye Largement utilisé au Sénégal, il publiques sous la tutelle de
à Guédiawaye en mars 2014. désigne toute personne considérée l’Éducation nationale sénégalaise.
25. Entretien réalisé avec Mariama à ou s’identifiant comme ibadou mais
Dakar en février 2013. ne respectant pas les prescriptions.
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au moins pour le cycle primaire. Moi, j’ai décidé de continuer dans cette voie
et Alhamdoulilah. En tant qu’enseignante, j’ai pour mission de transmettre ce
que j’ai et de m’assurer que mes élèves trouvent dans ce que je leur enseigne
la même paix intérieure que moi. Un bon musulman, c’est celui qui diffuse le
message d’Allah 30 . »
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jeunes filles n’envisagent de futurs positionnements éducatifs où la dimension
religieuse n’interviendrait pas et, surtout, elles considèrent ce volet de leur
formation comme un filet de sécurité dont les formés à l’école « française »
seraient dépourvus.
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30. Entretien réalisé avec Amsatou à sciences naturelles. Ici, marketable 33. Entretien réalisé avec Amina
Dakar en mars 2014. skills signifie « capacités qu’on peut à Dakar en avril 2013.
31. Cette citation de Loimeier monnayer ». 34. Entretien réalisé avec Ndèye
(2005, p. 33) fait une distinction entre 32. Nous avons gardé le terme Sokhna à Dakar en avril 2013.
les matières religieuses et les « école française » puisque c’est 35. Entretien réalisé avec Mame
matières profanes comme les le terme utilisé par nos interviewés Diarra à Porokhane en avril 2014.
mathématiques ou encore les pour désigner l’école laïque.
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de participer à la dépense quotidienne. Elle peut participer si elle le souhaite
mais ce n’est en rien une tâche qui lui incombe 36 . » En reprenant le même dis-
cours qui fait de la prise en charge financière de la famille la responsabilité de
l’homme, de l’époux, Sokhna revendique la totale liberté que la femme possède
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sur les modalités de dépense de ses propres revenus. L’utilisation de son salaire
relevant totalement de ses envies, la supposée dépendance vis-à-vis de l’époux
devient, dès lors, gage de contrôle dans la gestion de ses biens. L’éducation
arabo-islamique est ici utilisée pour avoir accès à un emploi, et la religion pour
justifier une certaine forme d’autonomie.
Par ailleurs, l’enseignement n’est plus le seul domaine où les femmes
sont en compétition avec la gent masculine. Bien que les émissions et confé-
rences religieuses soient en majorité animées par des hommes, les femmes ont
trouvé dans le développement de médias privés un nouveau terrain d’expres-
sion. À la radio, et de plus en plus à la télévision, leurs émissions, dont le public
se veut majoritairement féminin, sont l’illustration d’une appropriation du
savoir religieux et de l’expansion de voix féminines comme vecteur de l’autorité
musulmane. L’enseignement sert généralement de tremplin à une carrière de
prédication et permet de varier les sources de revenus pour ces femmes qui, en
endossant la diffusion de la parole religieuse, participent à la reconfiguration
d’un champ en pleine mutation. Fatou Bintou Diop, Zeynab Fall, Fatou Kane ou
encore Sokhna Arame Niang ne sont que quelques illustrations de la visibilité
croissante des femmes dans la diffusion du savoir religieux.
Conclusion
L’accès des filles à l’éducation arabo-islamique s’accompagne de discours qui
visent à entretenir les rapports de genre et qui n’hésitent pas à s’inspirer des réfé-
rences traditionnelles. En alliant la tradition à la religion, les acteurs mettent
en exergue les caractéristiques communes et surtout une interconnexion
de ces deux domaines, suffisante pour préserver l’image conservatrice de la
femme subordonnée à l’autorité masculine et élaborer différentes catégories de
femmes, allant de la figure vertueuse, qui se veut positive, à la figure négative
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La question n’est plus dans l’existence ou non d’une marge de manœuvre,
aussi infime soit-elle, mais plutôt dans le rôle que jouent les femmes pour la
préserver. L’insertion professionnelle des jeunes filles à la fin de leur formation
reste un défi de taille. Cependant, l’enseignement, mais également la prédi-
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Bano, M., Kalmbach, H. (2012),
Women, Leadership, and Mosques. in M. Pilon, J.-Y. Martin, A. Carry,
Changes in Contemporary Islamic Holder, G. (2009), L’Islam, nouvel Le Droit à l’éducation : quelle
Authority, Leyde, Brill. espace public en Afrique, Paris, universalité ?, Paris, Éditions des
Karthala. archives contemporaines.
Blow Mack, B., Boyd, J. (2000),
Hollos, M. (1998), “The Status Ndiaye, M. (1985), L’Enseignement
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