Diversification des Risques Financiers
Diversification des Risques Financiers
V. La droite de marché 25
A. Principe .......................................................................................................................................................................25
B. Exemple ......................................................................................................................................................................26
Remarque
Nous raisonnons ici globalement, par catégories de titres (actions vs obligations par exemple) et non
individuellement (Danone vs Eurotunnel).
Pour l'investisseur, il est cependant possible de réduire le risque supporté en investissant non plus dans les titres
d'une seule société, mais de plusieurs. On parle alors de diversification.
Comme le montre le schéma ci-dessous, plus le nombre de titres différents au sein du portefeuille augmente, plus la
variance du portefeuille baisse.
Pour autant, il existe un seuil au-delà duquel l'ajout d'un titre supplémentaire ne permet plus de réduire la variance.
On parle alors de risque non diversifiable ou risque systématique.
À l'inverse, le risque qui peut être éliminé est qualifié de risque diversifiable ou risque spécifique.
La même décomposition peut être opérée au niveau de chaque titre.
Le risque non diversifiable correspond au risque qui trouve son origine dans les variations du marché (risque
systématique). Par exemple, le cas lorsque la BCE augmente ses taux, c'est l'ensemble du marché qui est affecté et
qui va réagir.
À l'inverse, le risque qui n'est pas lié au marché est qualifié de risque spécifique ou diversifiable. C'est, par exemple,
le cas lorsque le lancement par la société d'un nouveau produit est un échec.
Cet indice doit être représentatif du marché des actions dans son ensemble. C'est pourquoi il doit être le plus large
possible, ce qui conduit généralement à préférer le SBF 120 ou le SBF 250 à l'indice CAC 40.
Le bêta mesure la sensibilité d'un titre aux variations du marché, c'est-à-dire l'impact qu'ont les variations du
marché sur la rentabilité du titre. Il s'agit d'un risque non diversifiable, car le cours du titre est « entraîné » par le
marché.
Il est possible de représenter cette relation sur un graphique avec la rentabilité du marché en abscisse et celle du
titre en ordonnée. Chaque point représente, à une date donnée, ces deux rentabilités. Le nuage de point est traversé
par une droite, appelée droite de régression ou droite des moindres carrés, dont la pente correspond à notre
coefficient bêta.
B. Exemple
Exemple
Rentabilités hebdomadaires de Danone et CAC 40 en 2013
Méthode
Conformément à ce qui a été dit auparavant, le β d'une action mesure la variation de la rentabilité d'une action
en fonction de la variabilité de la rentabilité du marché financier.
La formule de β est donc la suivante :
Cov(Rm Rx)
β =
V(Rm)
Sachant que :
Cov (Rm Rx) = La moyenne des produits - Le produit des moyennes
V(Rm) = La moyenne des carrés - Le carré de la moyenne
2. Exemple
Exemple
Vous disposez de la cote du CAC 40 et des actions de l'entreprise X à la fin de cinq trimestres successifs.
Trimestres 1 2 3 4 5
Cote de l'action de
1 300 1 455 1 412 1 390 1 353
l'entreprise X
Question
Sachant que le taux des actifs sans risque (des EO) est resté à 5 % pour chacun des cinq trimestres consécutifs,
calculez le β des actions de l'entreprise X.
Réponse
Tableau permettant d'effectuer les calculs
Cote
CAC 40 Rm Rm2 Rx Rm * Rx
action X
4 700 1 300 - - - -
(a) = [(5 174 / 4 700) - 1] * 100 ou : [(5 174 - 4 700)/ 4 700] * 100
(b) = [(4 749 / 5 279) - 1] * 100 ou : [(4 749 - 5 279)/ 5 279] * 100
(c) = [(1 455 - 1 300)/ 1 300] * 100
(d) = [(1 390 - 1 412)/ 1412] * 100
1 i−n
( ∑ Rx Rm) − [E(Rx) ∗ E(Rm)]
Cov(Rm Rx) i=1
β(x)
N
= =
V(Rm) 1 i−n 2 2
( ∑ Rm ) − E(Rm)
N i=1
Remarque
Notez bien qu'il n'y a que 4 observations et non 5 dans ce cas de figure !
1
→ E(Rx) = ∗ 4,74 = 1,19 → Soit 1,19
4
22,97
→ β(x) =
65,36
= 0,3514
3. Poids des actions, en novembre 2020, des sociétés dans le CAC 40 et leur Béta
Source : [Link]
[Link]
Remarque
Parallèlement au calcul du bêta, il est recommandé de calculer le R² de la régression (coefficient de
détermination).
Le R² indique la part de la variation du titre qui est imputable au marché.
Dans le cas de BNP Paribas, le R² indique que 58 % des variations de son cours s'expliquent par les mouvements
du marché et donc que 42 % sont dus à des facteurs spécifiques au titre.
Ces deux variables, ß et R², ne sont pas liées.
Une société peut avoir un bêta élevé tout en ayant un R² important ou faible.
Il faut cependant prendre garde aux R² faibles, car ils signifient avant tout que le modèle utilisé a un pouvoir
explicatif limité, et donc que le modèle de marché ne permet pas de décrire correctement les mouvements du
titre à partir de ceux du marché.
3. La visibilité de l'activité
Entre un propriétaire d'immeubles loués dans le cadre de baux 3-6-9 et un fabricant d'avions de combat, il y a tout
un monde en matière de prévisibilité de l'activité et donc des ß très différents, faibles pour l'immobilier, forts pour
l'avionneur.
4. La structure financière
Plus l'entreprise est endettée, plus elle a de frais financiers qui sont autant de coûts fixes élevant sa sensibilité à la
conjoncture et donc son ß.
6. Conclusion
Si le ß calculé pour une compagnie aérienne est de 0,64, le chiffre peut être juste arithmétiquement, il est
financièrement faux : métier à coûts fixes élevés (amortissements très lourds, frais financiers), fortement sensibles à
la conjoncture économique comme le démontre régulièrement British Airways.
Son coefficient ß est certainement supérieur à l'unité (celui d'une compagnie aérienne low cost est en revanche
probablement inférieur à l'unité, car elle est beaucoup moins sensible à la conjoncture économique, sa clientèle
étant essentiellement d'agrément et non d'affaires.
Excel peut aider à calculer un ß, mais il ne réfléchit pas à votre place !
Remarque
Compte tenu des spécificités des variables aléatoires, la formule de l'espérance de rentabilité d'un portefeuille est
valable dans tous les cas de figure (que les titres soient indépendants entre eux ou non).
Méthode
Le risque de portefeuille peut être mesuré par lʼécart-type (racine carrée de la variance) de la rentabilité des titres
qui le composent.
Il faut toutefois envisager deux hypothèses :
Les rentabilités des titres sont indépendantes (ce qui est peu probable dans la réalité, mais cette hypothèse
peut être envisagée dans le cadre d'un examen !).
Les rentabilités des titres sont dépendantes.
Les rentabilités des titres sont indépendantes
→ V(Rp) = [a2 * V(R1)] + [(1 – a)2 * V(R2)]
Les rentabilités des titres sont dépendantes
b. Exemples
Exemple 1
E(R1) = 0,07 et E(R2) = 0,10
σ(R1) = 0,15 et σ(R2) = 0,20
a = 0,40 et (1 - a) = 0,60
Cov(R1 R2) = - 0,01
Question
Calculer la rentabilité espérée et le risque du portefeuille dans les deux hypothèses ci-dessus (titres dont les
rentabilités sont indépendantes et dépendantes).
Réponse
Calcul de l'espérance du portefeuille
E(Rp) = [a * E(R1)] + [(1 - a) * E(R2)]
E(Rp) = (0,40 * 0,07) + (0,60 * 0,10) = 0,088 = 8,80 %
Rappel
La réponse est la même si les rentabilités des titres sont indépendantes ou dépendantes.
Calcul du risque du portefeuille si les rentabilités des titres sont indépendantes
Exemple 2
Soit deux actifs A et B qui peuvent dégager trois niveaux de rentabilité avec les mêmes probabilités.
Situation
(État de la Probabilité RA RB
nature)
1 0,30 10 % -3%
2 0,40 5% 6%
3 0,30 -5% 9%
Question 1
Calculer les espérances et le risque de chaque actif.
Réponse
Rappels
i=n
E(RA ) = [∑ RA ∗ p(RA )]
i=1
2
i=n 2 i=n
V(RA ) = [∑ R ∗ p(RA i)] − [∑ RA i ∗ p(RA i)]
i=1 A i=1
σ(R A) = √ V(RA )
Situation
(État de la Probabilité RA RA * p(RA) RA2 RA2 * p(RA)
nature)
1 0,30 10 3 100 30
2 0,40 5 2 25 10
3 0,30 -5 - 1,5 25 7,5
Situation
(État de la Probabilité RB RB * p(RB) RB2 RB2 * p(RB)
nature)
Somme
Totaux E(RB) = 4,20
= 41,40
Situation
(État de (RA * RB) * p
Probabilité RA RB RA * RB
la (RA * RB)
nature)
1 0,30 10 -3 - 30 - 9,00
2 0,40 5 6 30 12,00
3 0,30 -5 9 - 45 - 13,50
Le coefficient de corrélation peut aussi être appelé (ρ) → Lettre rhô en grec
− 25,2
Dans l' exemple ci − dessus (r) = = − 0,8711
5,94 ∗ 4,87
→ Forte é
corr lation (puisque proche de − 1), mais é
n gative.
On voit bien ici que deux titres relativement risqués permettent de constituer un portefeuille non risqué, c'est-à-dire
à l'écart-type des rentabilités nul. Ceci s'explique par le fait qu'ils évoluent en sens inverse, lorsque l'un monte,
l'autre baisse.
Ceci nous permet d'introduire un nouveau concept, la corrélation, dont le symbole est la lettre grecque rhô (ρ). La
corrélation mesure la façon dont une variable évolue par rapport à une autre. Elle est comprise entre - 1 et + 1.
Dans le cas présent, A et B sont parfaitement corrélés négativement (ρ = - 1), ce qui permet d'éliminer le risque du
portefeuille.
À l'opposé, si les deux titres étaient parfaitement positivement corrélés (ρ = 1), le risque du portefeuille ne serait
aucunement réduit et correspondrait à la moyenne pondérée de leurs risques individuels.
La corrélation des rentabilités de deux titres (A et B) se calcule donc aussi à partir de la covariance de leurs
rentabilités et de leur écart-type respectif :
Coefficient de corrélation « ρ » de la rentabilité de deux titres A et B =
Cov(RA ,RB )
ρ AB
=
σ(RA ) ∗ σ(RB )
Diversifier un portefeuille ne présente donc un intérêt qu'à la condition que les titres ne soient pas parfaitement
corrélés (ρ ≠ 1), ce qui est presque toujours le cas dans les faits. Mais comme il est impossible de trouver des titres
ayant une corrélation négative parfaite (ρ = - 1), la diversification d'un portefeuille permet de réduire son risque,
mais pas de l'éliminer totalement.
Dans la majorité des cas, les titres ont un coefficient de corrélation compris entre 0,5 et 0,7.
Bien évidemment, deux titres seront d'autant plus corrélés que les sociétés sont proches en termes d'activité.
Un portefeuille sera mieux diversifié s'il comprend des actions Danone et Peugeot que s'il comprend du Danone et
du Nestlé. Si, au lieu de deux titres en portefeuille, nous en avons trois, le risque sera encore réduit. Mais il arrive un
moment où il ne sert à rien d'ajouter un nouveau titre, car un seuil incompressible a été atteint.
Dans les faits, ce seuil correspond à un écart-type d'environ 20 % et est atteint avec environ 20 à 30 titres différents
en portefeuille.
Rappel
(X - Y)² = X² - 2XY + Y²
En développant, on obtient :
V(RP) = [wA² * V(RA)] + [(1 - 2wA + wA²) * V(RB)] + [(2wA - 2wA²) * Cov(RA, RB)]
V(RP) = [wA² * V(RA)] + [V(RB) - 2wA * V(RB) + wA² * V(RB)] + [2wA * Cov(RA,RB) - 2wA² * Cov(RA, RB)]
Puis on dérive la variance du portefeuille par rapport à wA :
Rappel
La dérivée d'une somme = La somme des dérivées.
Bien comprendre qu'ici, l'inconnue est wA.
La dérivée d'une constante est nulle !
→ V(RP) = [2wA * V(RA)] + [0 - 2 * V(RB) + 2wA * V(RB)] + [2 * Cov(RA, RB)] - [4 * wA * Cov(RA, RB)]
En simplifiant par 2 par exemple, il vient :
V(RP) = [wA * V(RA)] + [ -V(RB) + wA * V(RB)] + [Cov(RA, RB)] - [2 * wA * Cov(RA, RB)]
V(RP) = [wA * V(RA)] - V(RB) + [wA * V(RB)] + [Cov(RA, RB)] - [2 * wA * Cov(RA, RB)]
On peut mettre, par exemple, wA en facteur (1er, 2ème et 3ème terme de l'équation)
→ V(RP) = wA [V(RA) + V(RB) - 2 Cov(RA, RB)] - V(RB) + Cov(RA, RB)
Le minimum est atteint lorsque la dérivée est nulle, soit :
→ wA [V(RA) + V(RB) - 2 Cov(RA, RB)] - V(RB) + Cov(RA, RB) = 0
On peut donc trouver wA
2. Variance du portefeuille
Méthode
À partir des actifs (des titres) A et B, on peut constituer différents portefeuilles en combinant différemment les
actifs A et B.
On peut donc faire varier les coefficients de pondération a et b = (1 - a) et calculer pour ces différentes valeurs les
caractéristiques du portefeuille (espérance et écart-type).
2. Exemple
Exemple
En reprenant l'exemple précédent, on peut faire varier les pourcentages des titres A et B de 20 % en 20 % (tout en
gardant la répartition 50/50).
Il apparaît donc sept portefeuilles différents (intitulés de A à G).
Rappelons les caractéristiques de chaque titre :
E(RA) = 3,50 %
Il vient :
a b
Portefeuille (% (% E(P) V(P) σ (P)
titres A) titres B)
(1) → Il est logique de trouver ces valeurs puisque dans ce cas le portefeuille n'est composé que de titres A !
(2) → Il est logique de trouver ces valeurs puisque dans ce cas le portefeuille n'est composé que de titres B !
(3) → (0,80 * 3,50) + (0,20 * 4,20) = 3,64
Remarque
Des approches alternatives seront présentées plus loin.
Dans le cadre du MEDAF, seul le risque systématique du titre, non diversifiable, est rémunéré. Ce risque
systématique n'est autre que le bêta que nous avons vu précédemment.
La part du risque du titre qui peut être éliminée par diversification ne peut induire une majoration de la rentabilité
espérée puisqu'il est possible de la supprimer.
C'est pourquoi l'écart-type et la variance des rentabilités du titre ne peuvent servir à quantifier le risque à
rémunérer, car ils incluent aussi bien le risque diversifiable (risque spécifique) que le risque non diversifiable (risque
systématique).
B. Calcul du MEDAF
Selon le MEDAF, la rentabilité espérée d'un actif i, E(Ri), est égale à la rentabilité attendue d'un placement sans
risque à laquelle il faut ajouter une prime de risque, soit :
En effet, lorsqu'un investisseur achète un titre financier (action ou obligation), il en attend au minimum la rentabilité
que peut procurer un placement non risqué, du type emprunt d'État. Mais puisqu'il prend des risques, il va
également exiger un supplément de rémunération, une prime de risque.
Cette prime de risque se compose de deux éléments :
La Prime de Risque du marché (PRm),
Le bêta du titre.
La prime de risque du marché correspond à la différence entre la rentabilité espérée du marché, E[Rm], et le taux
sans risque, Rf.
Le supplément de rentabilité qui est exigé par les investisseurs diffère d'un titre à l'autre, car tous ne présentent pas
le même niveau de risque. Dès lors, la prime de risque (PRm) est ajustée du risque systématique du titre étudié.
Finalement, la rentabilité espérée pour un titre donné (E[Ri]), dans le cadre du MEDAF, est :
En juillet 2014, le bêta d'Alcatel était de 1,98. Cela signifie que si le marché augmente de 1 %, on peut espérer une
hausse du titre Alcatel de 1,98 %.
Il convient ici d'insister sur le fait que le MEDAF permet de déterminer la rentabilité espérée pour un titre donné, et
en aucune façon quelle sera sa rentabilité réelle, ce qu'aucun modèle ne permet de prédire avec certitude.
Il ne faut également pas confondre modèle de marché et MEDAF. Le bêta est généralement estimé dans le cadre du
modèle de marché, plus rarement sur la base du MEDAF.
Dans les pays industrialisés, la plupart des bêtas se situent entre 0,5 et 1,5 sachant que, par définition, le bêta du
portefeuille de marché (qui comprend toutes les actions incluses dans l'indice servant au calcul de la rentabilité du
marché) est égal à 1.
Remarque
En toute rigueur, le portefeuille de marché contient tous les actifs risqués (actions, obligations, etc.).
Au sein de cette catégorie, il faut retenir celui dont la maturité est proche de l'horizon d'investissement. En règle
générale, c'est le taux des OAT (les Obligations Assimilables du Trésor français) à 10 ans qui est retenu.
La prime de risque représente, quant à elle, le supplément de rentabilité qui est exigé par les investisseurs s'ils
devaient investir dans un portefeuille représentatif de l'ensemble des titres du marché. Elle se calcule par la
différence entre la rentabilité espérée du marché, E(Rm), et le taux sans risque, Rf, soit→ PRm = E(Rm) - Rf
Dans la pratique, il est cependant très délicat de faire des anticipations quant à la rentabilité future du marché. Là
encore, il est souvent fait l'hypothèse que le passé est représentatif de l'avenir.
La Prime de Risque du marché PRm est alors estimée sur la base de la moyenne des primes de risque annuelles
passées, calculées par différence entre la rentabilité du marché et la rentabilité des emprunts d'État soit :
1 n
PRm = ∑ (Rmt − Rf t )
n t=1
Où Rmt représente la rentabilité du marché l'année t et R celle des emprunts d'État de la même année.
Le MEDAF postule ainsi que le portefeuille de marché comprend l'ensemble des actifs dans lesquels il est possible
d'investir (actions, obligations, immobilier, etc.). La construction d'un tel portefeuille étant impossible, il est d'usage
de ne retenir comme actifs que les actions.
La rentabilité du marché se calcule alors sur la base d'un indice boursier, qui doit être le plus large possible afin de
refléter au mieux le marché. Dans le cas français, les indices SBF 120 ou SBF 250 sont donc à préférer au CAC 40.
2. La non-testabilité du MEDAF
Il n'est pas possible de tester les prédictions du modèle, car la rentabilité anticipée que le modèle est censé prédire
n'est pas une donnée observable.
En toute rigueur, il faudrait pouvoir confronter la rentabilité anticipée estimée dans le cadre du MEDAF à la
rentabilité anticipée réelle et voir s'il existe un écart.
Or il n'est pas possible de quantifier la rentabilité qui est espérée par chaque investisseur pour chaque
investissement qu'il réalise.
Pour remédier à ceci, les études font l'hypothèse que les investisseurs font des anticipations rationnelles, ce qui
permet d'utiliser les rentabilités passées à la place des rentabilités qui étaient espérées.
Il est alors possible de confronter la rentabilité prédite par le MEDAF à la rentabilité qui a effectivement été réalisée.
Or des études récentes remettent en cause l'hypothèse selon laquelle les investisseurs seraient nécessairement
rationnels (voir le Chapitre 5 du module « La valeur, le temps et l'information » pour une présentation de la finance
comportementale.)
3. Le portefeuille de marché
Selon le modèle, le portefeuille de marché est une combinaison pondérée de l'ensemble des actifs disponibles, qu'il
s'agisse des actions ou des obligations, mais également des autres types d'actifs, tels que les biens immobiliers, les
œuvres d'art, etc.
Dans la pratique, il n'existe pas d'indicateur représentatif d'un tel ensemble, ce qui conduit à retenir des indices
boursiers tel que le SBF 120 pour le calcul de la prime de risque du marché et du bêta.
Dès lors, les études réalisées pour tester la validité du MEDAF sont entachées d'un biais lié au non-respect d'une des
hypothèses du modèle.
5. La stabilité du bêta
Dans le cadre du MEDAF, le bêta représente une mesure de la volatilité anticipée du titre, compte tenu de celle du
marché.
Comme nous l'avons vu précédemment, cette dernière n'est pas mesurable, ce qui conduit à estimer le bêta sur la
base de données passées.
L'hypothèse qui est faite est donc que le bêta passé est représentatif du bêta futur et ainsi, implicitement, que
le bêta est stable dans le temps.
Or il apparaît très clairement dans les études que le bêta n'est pas stable dans le temps et donc que le bêta passé
d'un titre n'est pas nécessairement un bon estimateur de son bêta futur.
6. L'estimation du bêta
Le bêta qui est estimé par régression n'est qu'une approximation du « vrai » bêta de l'action.
Or, selon qu'il est estimé à partir de données quotidiennes, hebdomadaires ou mensuelles, le bêta qui sera obtenu
sera différent.
Il en va de même lorsque l'on fait varier la période d'étude (généralement entre 1 et 5 ans) ou l'indice représentatif
du marché.
Pour ces différentes raisons, un bêta peut être juste statistiquement et erroné économiquement, c'est-à-dire non-
conforme à ce qu'il devrait être, compte tenu des caractéristiques fondamentales de l'entreprise (activité et
structure financière notamment).
Faut-il, dès lors, rejeter le MEDAF ? Assurément non, car, jusqu'à présent, il n'existe pas de modèle alternatif dont la
validité soit unanimement acceptée.
Le modèle de Fama et French, par exemple, fait également l'objet de critiques de la part de certains chercheurs.
Le MEDAF reste donc un cadre de référence avec ses qualités et ses défauts, qu'il convient de connaître afin de
l'utiliser à bon escient.
V. La droite de marché
A. Principe
Méthode
La relation entre la rentabilité et le risque peut être représentée graphiquement par une droite appelée : droite de
marché.
Cette droite est l'expression de l'équation du MEDAF dans un graphique.
En abscisse, on indique le β (le risque) des actions que l'on étudie.
En ordonnée, on indique les taux de rentabilité des actifs sans risque (les EO), de l'action et du marché.
La particularité de cette droite c'est qu'elle passe par des points particuliers :
Pour β = 0 → On trouve le risque des actifs sans risque !
En effet, par définition, les EO ne présentent pas de risque quant à leur rentabilité puisque nous avons
supposé dans le modèle du MEDAF que leur taux d'intérêt était fixe !
Pour β = 1 → On trouve le taux de rentabilité du marché.
En effet, le risque moyen du marché est bien égal « en moyenne » à 1, par définition !
Conséquence
En joignant ces deux points remarquables, on trace la droite de marché.
B. Exemple
Exemple
Imaginons que la rentabilité du marché soit de 10 % sur la période, que le taux des actifs sans risque soit de 5 %
sur la même période.
Question 1 - Tracer la droite de marché
(Suite de l'exemple)
Le taux de rentabilité de l'entreprise X est de 3,50 % avec un risque (un β) de 0,50
Question
Sur le graphique précédent, placer la rentabilité de l'entreprise X en fonction de son risque et faites un
commentaire.
Il vient :
Commentaire
L'entreprise X dégage une rentabilité de 3,50 % avec un risque de 0,50. Elle est donc en dessous de la droite de
marché.
Or pour un risque de 0,5, le taux de rentabilité minimum, exigé par le marché pour les entreprises ayant le même
risque que l'entreprise X, est donné par la formule du MEDAF :
Il vient :
R(X) = Rf + β(x) [E(Rm) - Rf]
R(X) = 0,05 + 0,50 [0,10 – 0,05]
R(X) = 0,075
Ou
R(X) = 5 + 0,50 [10 - 5]
R(X)= 7,50 %
Autrement dit, compte tenu du risque de l'entreprise X, le marché attendait une rentabilité de 7,50 % et pas de
3,50 %.
Le risque de cette action est donc trop élevé compte tenu de sa rentabilité.
Remarque
Le modèle APT s'appelle en français MEA (Modèle d'Évaluation par Arbitrage).
B. Le modèle APT
1. Principe
Méthode
Ce modèle a été élaboré par Stephen Ross au milieu des années 1970.
Contrairement au MEDAF, l'APT (Arbitrage Pricing Theory) postule que la rentabilité d'un actif est fonction de
plusieurs facteurs et non d'un seul (le bêta).
Ces facteurs de risque sont à l'origine du risque systématique (non diversifiable) du titre et sont associés à une
prime de risque qui leur est propre.
Hélas, cette théorie ne précise ni leur nombre, ni leur identité.
Pour sa mise en œuvre, deux approches sont possibles.
La première consiste à identifier statistiquement ces facteurs, notamment par le biais d'une analyse factorielle
(mais leur interprétation peut alors poser problème).
La seconde revient à retenir certaines variables macro-économiques. Dans la pratique, il peut s'agir du prix du
pétrole, des taux de change, etc.
La rentabilité du titre i étudié peut être formalisée comme suit :
→ Ri = Rf + ßi1 (R1 - Rf) + ßi2 (R2 - Rf) + ... + ßin (Rn - Rf)
Avec :
Remarque
Dans la version originelle du modèle, les rentabilités retenues sont des rentabilités anticipées et non des
rentabilités passées comme souvent en pratique.
Méthode
La partie de droite présente les facteurs qui expliquent cette prime.
À chaque facteur sont associés une prime et un bêta.
Le problème de la méthode réside dans le fait qu'une corrélation n'est pas un lien de causalité, et qu'il est
possible d'observer que, statistiquement, un facteur a un impact sur la rentabilité des titres, sans qu'il existe pour
autant un lien de causalité.
Au niveau empirique, il a été mis en évidence que seuls trois ou quatre facteurs sont à retenir : l'inflation, la
production industrielle, le différentiel de taux entre les obligations peu risquées et celles très risquées et la
structure par terme des taux d'intérêt.
Modèle APT à deux facteurs :
2. Exemple
Dans une étude publiée en 1994, Burmeister, Roll et Ross mettent en évidence cinq facteurs qui affectent la
rentabilité moyenne des actions américaines :
Le risque de confiance, mesuré par l'écart de rendement entre les obligations à 20 ans des entreprises et du
Trésor américain. Plus la confiance est grande, plus l'écart est faible.
Le risque temporel, mesuré par l'écart de rendement entre les emprunts d'État à 20 ans et les billets du Trésor
à 30 jours. Il représente l'appétence des investisseurs pour des investissements à long terme.
Le risque d'inflation, lié au fait que les actions réagissent négativement aux annonces d'augmentation de
l'inflation.
Le risque de cycle d'activité mesure la sensibilité du titre aux variations de l'activité économique. Le secteur
du commerce y est très sensible, contrairement au secteur des services aux collectivités [EDF, GDF Suez
(Engie), Veolia, etc.].
Le risque de market-timing, qui est représenté par la part de la variation de rentabilité du marché (S&P 500)
qui n'est pas expliquée par les quatre facteurs macro-économiques précédents.
Exemple
Appliqué au titre Reebok, le modèle donne :
Contribution
du
Sensibilité
facteur de
Rentabilité de
Facteur de risque risque
du facteur Reebok au
à la
facteur
rentabilité
espérée
15,71 %
20,71 %
Ils justifient le choix de retenir ce facteur par le fait que les sociétés de petite taille sont plus risquées, et on peut
donc s'attendre à ce qu'elles aient une rentabilité supérieure à celles des sociétés à forte capitalisation afin de
compenser le supplément de risque.
L'idée sous-jacente au second facteur (B-to-M) est que si la valeur de marché des capitaux propres (Market value) est
supérieure à leur valeur comptable (Book value), c'est que le marché est optimiste quant à l'avenir de la société, et
inversement.
Un fort B-to-M est donc mauvais signe et traduit un niveau de risque élevé.
L'exigence de rentabilité n'en sera que plus élevée.
Méthode
Leur modèle se présente ainsi :
→ Ri − Rf = α i
+ β
i1
(Rm − Rf ) + β
i2
(Rsmall − Rbig ) + β
i3
(Rhigh − Rlow )
Ainsi, la prime de risque d'un titre i est égale à une valeur constante (αi ) à laquelle il faut ajouter trois primes de
risque.
La première est égale à la prime de risque du marché (Rm - Rf), ajustée de la sensibilité du titre (βi1) aux
variations de ce dernier.
La deuxième est une prime de risque de taille (Rsmall - Rbig), ajustée de la sensibilité du titre à ce facteur taille
(βi2).
Enfin, la troisième correspond à la prime liée à l'effet book-to-market (Rhigh - Rlow), ajustée de la sensibilité du
titre à cet effet (βi3).
Pour mettre en œuvre ce modèle, Fama et French procèdent de la sorte.
La première prime de risque correspond au risque lié au marché et n'est autre que celle qui est utilisée dans le
MEDAF.
Pour estimer le deuxième facteur, ils classent l'ensemble des actions des sociétés cotées par niveau de
capitalisation et forment ainsi deux portefeuilles, celui des grandes capitalisations et celui des faibles.
Ceci leur permet de construire un portefeuille fictif, dont la rentabilité correspond à la différence entre celle du
portefeuille des faibles capitalisations (low) et celle des fortes (high).
Ce portefeuille mesure la sensibilité des rentabilités des titres à l'effet taille.
Pour le troisième facteur, ils classent les actions selon leur ratio B-to-M (valeur comptable des capitaux propres
sur leur valeur de marché, c'est-à-dire leur capitalisation boursière).
Ceci leur permet de construire deux portefeuilles.
Le portefeuille H (high) comprend les 30 % de titres ayant le plus fort ratio B-to-M et le portefeuille L (low) qui
regroupe les 30 % d'actions au plus faible ratio B-to-M.
En soustrayant la rentabilité du second portefeuille à celle du premier, ils obtiennent un nouveau portefeuille,
appelé HML (high minus low).
D'un point de vue opérationnel, ce modèle est beaucoup plus lourd à mettre en œuvre que le modèle de marché.