AMDEC : Méthode et Application Pratique
AMDEC : Méthode et Application Pratique
Au cours de sa deuxième année de formation, l’étudiant partir de résultats d’essais. D’où la nécessité d’une
en STS IPM doit présenter un projet de qualiication méthodologie rigoureuse pour conduire une campagne
d’essais, ain d’obtenir un maximum de résultats objec-
de processus. Quand il est nécessaire d’efectuer des essais
tifs et garantis sur le procédé ou le produit étudiés avec
avec un grand nombre de paramètres variant, le travail un minimum d’essais.
peut s’avérer complexe voire impossible dans le temps imparti. Face à la variabilité, il faut disposer de méthodes de
Voici donc une méthode eicace de résolution de problème recherche expérimentale et de résolution de problèmes.
basée sur l’expérimentation pour aider le candidat au BTS
Comment conduire
dans sa tâche. une recherche expérimentale ?
L’organigramme de conduite d’une recherche est donné
en igure 1 .
epuis les années 1970, les entreprises se pré- mots-clés Lorsque le problème est posé, bien déini avec ses
occupent de plus en plus de la qualité de leurs lycée technologique, objectifs 1 , il faut le décomposer en une série de ques-
produits. Pour cela, ils essaient de mieux déinir outil et méthode, tions bien hiérarchisées, assorties des décisions et
leurs besoins (analyse de la valeur, analyse fonction- postbac, processus, risques correspondants (une question est pertinente si
nelle, QFD), d’analyser les effets et les criticités des projet, qualité, la décision prise est différente selon la réponse) 2 .
produits, des processus et des moyens (Amdec), de référentiel On dresse alors l’inventaire des informations dont
suivre et piloter le processus (MSP). et programme on dispose 3 , grâce aux connaissances théoriques, aux
La qualité d’un produit est sa capacité à satisfaire recherches bibliographiques, à l’expérience antérieure,
les besoins du client. Elle demande de savoir écouter et aux raisonnements par analogie…, et on se demande
exprimer les besoins du client, traduire ces besoins en si ce « capital informations » est sufisant 4 :
cible de caractéristiques produit, déinir les tolérances ● Si oui, on peut alors élaborer les réponses 10 , et, dans
client, savoir viser cette cible et réduire la dispersion une phase de rélexion, vériier leur adéquation avec le
autour de cette cible. problème posé 11 . Si l’on a bien répondu aux questions
Il y a un problème de qualité quand le produit livré actualisées 12 , prenant en compte l’évolution possible
ne correspond pas aux attentes du client ou ne respecte
pas les spéciications (non-conformité).
Ce problème peut venir du procédé de fabrication,
qui subit un nombre important de sources de variation
Une histoire déjà longue
plus ou moins bien identiiées, maîtrisables et maîtri- es plans d’expériences sont issus des travaux menés dans les années 1920 par
sées, d’une méconnaissance des liaisons, de consignes L Ronald aylmer Fisher, l’un des fondateurs de la statistique moderne. En 1935, Frank Yates
en a proposé une approche moins mathématique en introduisant les interactions.
non respectées ou non adaptées… cette méthode a été utilisée tout d’abord dans le domaine de l’agronomie, mais elle n’est
Il s’agit donc de maîtriser et améliorer le processus. parvenue aux entreprises occidentales qu’au début des années 1970. l’une des raisons de
Rappelons que tous les processus connaissent des ce retard est la complexité de sa partie théorique. c’est à Genichi Taguchi que l’on doit,
variations. Ces variations ont des causes, et 20 % dans les années 1950, la simpliication et la clariication qui ont permis l’adoption des plans
d’entre elles produisent 80 % des effets (Pareto). Si d’expériences par Toyota. Il a créé les tables orthogonales et a introduit l’étude du rapport
du signal/bruit, puis, en 1980, la fonction « perte de qualité », permettant de chifrer les
on connaît ces causes, on doit pouvoir les contrôler. pertes pour l’entreprise dues à l’absence d’amélioration de ses processus.
C’est vrai pour les processus, mais aussi pour les pro- aujourd’hui, cette méthode est indispensable à tout industriel soucieux d’améliorer la qualité
duits, les services… de ses produits, et ce, quel que soit son secteur d’activités. En réponse à son utilisation
On évolue donc dans le domaine de l’aléatoire. Dans croissante, de nombreux logiciels de plans d’expériences sont apparus depuis 1990.
ce contexte, des décisions importantes sont prises à
Nota : la démarche expérimentale et les plans d’expériences étaient déjà présents dans le
référentiel du BTS Productique (c26, « déinir et mettre en œuvre des procédures d’essai
[1] Professeur certiié de génie mécanique - productique au lycée et/ou de contrôles permettant de qualiier un processus »).
Jules-Ferry de Versailles (78).
Problème 1
Informations 4 OUI
suffisantes ?
OUI Contraintes 6
irréductibles? Réponse 12 NON
aux questions
Revoir les questions 7 actualisées?
NON
OUI
Exécution du plan 8
Problème résolu
Exploitation mathématique 9
Fin
3 les causes de perte de qualité 6 La roue de Deming (PDCA) adaptée au plan d’expériences
Déinition précise du sujet (périmètre, objectifs…) Pour déinir le périmètre et les objectifs, on utilisera la méthode
du QQoQcP
– de donner des résultats avec une bonne précision. processus – surtout s’ils sont complexes (voir l’encadré
Les plans d’expériences s’inscrivent dans la démarche « Bon plan ou pas ? »).
de qualité totale au même titre que les autres outils
statistiques 2 . Ils cherchent les causes d’une non-qualité, La résolution de problèmes
ou plus positivement les paramètres pouvant améliorer
la qualité actuelle. La méthode des plans d’expériences deux méthodes
est un outil expérimental puissant indispensable pour Le problème qui peut se poser pour la qualiication et
conduire une étude de façon optimale. Elle est utilisée l’optimisation d’un processus industriel réside dans la
dans de nombreux domaines industriels ou de recherche variabilité des éléments d’entrée et des conditions de
pour la conception et l’amélioration de produits et de fabrication, qui entraîne une perte de qualité 3 .
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Classiquement, quand on constate une dispersion ou
une instabilité des caractéristiques d’un produit lors de Bon plan ou pas ?
sa fabrication ou de son utilisation, on en recherche les Les trois conditions qui justiient l’utilisation d’un plan d’expériences :
causes ain de les réduire, voire les éliminer. Il semble ● le problème expérimental ressemble à une « boîte noire ».
alors logique de résoudre le problème avec une méthode ● on a des soupçons plutôt que des certitudes.
classique 4 , assortie de quelques essais basés sur le ● le problème est multifactoriel.
principe de ne faire varier qu’un seul paramètre à la
Dans quels cas ne pas recourir à un plan d’expériences ?
fois pour justiier certaines hypothèses.
● Quand les mécanismes pilotant la boîte noire sont connus. Un plan d’expériences n’est
En règle générale, les résultats de ces essais montrent
pas un prétexte à réinventer le il à couper le beurre.
que les responsables de la perte de qualité sont les
● Quand la réponse est trop dispersée. c’est le cas des durées de vie en iabilité, qui en
facteurs de « bruit », généralement multiples et difi- outre ont la mauvaise idée de suivre une loi non normale (Weibull).
cilement maîtrisables, dus à la variabilité des condi- ● Pour démontrer un niveau de iabilité. Un plan d’expériences sert à concevoir un bon
tions d’environnement (température, hygrométrie, produit, vient ensuite l’essai de iabilité, qui en démontre la longévité.
poussières…), des caractéristiques des matières
premières et des composants utilisés, des façons de
procéder des différents opérateurs, etc. De ce fait, les d’essais. Des résultats, qui, aisément modélisables, sont
propositions de solution s’orientent vers le resserre- faciles à présenter à des non-spécialistes.
ment des tolérances, la diversiication des produits, la La démarche de conduite d’un plan d’expériences
modiication de la composition des matières premières, est détaillée en encadré.
l’utilisation de machines plus performantes, le renfor-
cement des procédures de réglage et de contrôle, la Les points clés
climatisation des locaux… ● La déinition de l’objectif
Toutes ces solutions ont un coût qui souvent n’est pas Le problème à résoudre doit relever de la méthode des
négligeable, et le résultat n’est pas toujours à la hau- plans d’expériences (boîte noire). L’objectif doit être
teur de l’investissement. Et, si ce dernier est estimé parfaitement déini. On peut procéder à des investiga-
trop important, on se satisfera, après une multitude de tions préalables en vue de limiter et de localiser exac-
réglages, de trouver un état du processus acceptable, tement le sujet à traiter. Il convient de le formaliser
qui restera igé. C’est le principe du « on ne sait pas par écrit, en faisant un exposé de la situation actuelle
comment, mais ça marche, ne touchons plus à rien ». (machines utilisées, matière consommée…) et en pré-
A contrario, les plans d’expériences ne cherchent pas cisant les caractéristiques à optimiser, classées par
à éliminer les causes, dificilement maîtrisables, mais ordre de priorité. Pour chaque caractéristique, il faut
leur effet – la dispersion ou l’instabilité des caracté- préciser la valeur à atteindre. Le document de travail
ristiques d’un produit. Le principe général en est de doit indiquer les protocoles de réalisation de l’expé-
rechercher la combinaison des facteurs d’entrée qui rimentation et de mesure des résultats, ainsi que le
donne systématiquement le meilleur résultat en sortie, calendrier et le budget de réalisation.
celle où les inluences cumulées des différents facteurs
se compensent pour donner en sortie un écart minimal ● La détermination des critères de qualité
par rapport aux valeurs nominales. La seule manière Le choix des caractéristiques à optimiser et des modali-
de trouver cette combinaison est d’en expérimenter tés de leur mesure s’avère l’étape la plus critique de la
plusieurs, ain de mettre en évidence l’inluence de conception d’une expérimentation si l’on veut que cette
chaque facteur. Cette campagne d’essais est planiiée dernière soit iable et eficace. D’une manière géné-
selon une matrice d’expériences 5 . rale, il faut choisir des caractéristiques en connexion
On le voit, la stratégie adoptée par les plans d’expé- directe avec l’énergie – quelle qu’elle soit et sous toutes
riences est diamétralement opposée à celle de la ses formes – mise en œuvre dans le système étudié.
méthode classique : elle s’attache non pas à éliminer L’acuité, la précision et la iabilité de la mesure des
les facteurs parasites, mais à minimaliser leur impact résultats sont primordiales. Il convient de déinir de
(voir en encadré « Méthode traditionnelle vs plan manière pragmatique le nombre de mesures à effec-
d’expériences »). Concrètement, elle consiste à iden- tuer, en fonction des connaissances techniques quant
tiier les combinaisons de paramètres qui réduisent au sujet à traiter et du budget alloué.
les effets des causes, sans s’attaquer directement à
celles-ci. La méthode de résolution suit le schéma ● Le choix des facteurs à tester
global que propose la roue de Deming, mais prend en Il faut respecter les mêmes conditions que pour le choix
compte l’aspect expérimentation 6 . des critères de qualité. Les facteurs qui accroissent,
La méthode des plans d’expériences est souvent trois consomment ou transforment l’énergie du système ont
à quatre fois plus eficace que les démarches habituelles des chances d’inluer sur les résultats. Les facteurs
de conduite d’essais, autrement dit elle permet d’arri- retenus doivent être réellement indépendants les uns
ver aux mêmes résultats avec trois à quatre fois moins des autres. Plus on teste de facteurs, plus on accroît
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les chances de trouver les facteurs inluents. Pour ● Mesurer la réponse avec précision
obtenir des effets bien différenciés, il faut choisir des Une fois tous les paramètres appliqués au processus,
modalités de réglage pertinentes. on sait lesquels peuvent être utilisés, mais il faut faire
attention aux interactions. En effet, un paramètre qui
● La préparation de l’expérimentation semble insigniiant pour le processus peut interagir
C’est une étape importante, qui doit mobiliser toutes avec un autre de façon décisive.
les compétences requises. Elle est menée par le groupe
de rélexion, réunissant les personnes qui possèdent ● Suivre rigoureusement la démarche
les meilleures compétences théoriques, technologiques Étant donné qu’elle suit un plan ordonné, il faut bien
et pratiques quant au sujet à traiter. évidemment la respecter.