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AMDEC : Méthode et Application Pratique

Le document présente une méthodologie pour la conduite d'essais dans le cadre de la qualification de processus pour les étudiants en STS IPM, en mettant l'accent sur l'importance des plans d'expériences pour obtenir des résultats objectifs avec un minimum d'essais. Il décrit les étapes nécessaires pour définir un problème, élaborer un plan d'expériences et analyser les résultats afin d'améliorer la qualité des produits. L'utilisation de cette méthode est essentielle pour maîtriser la variabilité des processus et répondre aux besoins des clients.

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AMDEC : Méthode et Application Pratique

Le document présente une méthodologie pour la conduite d'essais dans le cadre de la qualification de processus pour les étudiants en STS IPM, en mettant l'accent sur l'importance des plans d'expériences pour obtenir des résultats objectifs avec un minimum d'essais. Il décrit les étapes nécessaires pour définir un problème, élaborer un plan d'expériences et analyser les résultats afin d'améliorer la qualité des produits. L'utilisation de cette méthode est essentielle pour maîtriser la variabilité des processus et répondre aux besoins des clients.

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BTS IPM

L’épreuve E52 traitée par


les plans d’expériences
PaScal Malo [1]

Au cours de sa deuxième année de formation, l’étudiant partir de résultats d’essais. D’où la nécessité d’une
en STS IPM doit présenter un projet de qualiication méthodologie rigoureuse pour conduire une campagne
d’essais, ain d’obtenir un maximum de résultats objec-
de processus. Quand il est nécessaire d’efectuer des essais
tifs et garantis sur le procédé ou le produit étudiés avec
avec un grand nombre de paramètres variant, le travail un minimum d’essais.
peut s’avérer complexe voire impossible dans le temps imparti. Face à la variabilité, il faut disposer de méthodes de
Voici donc une méthode eicace de résolution de problème recherche expérimentale et de résolution de problèmes.
basée sur l’expérimentation pour aider le candidat au BTS
Comment conduire
dans sa tâche. une recherche expérimentale ?
L’organigramme de conduite d’une recherche est donné
en igure 1 .
epuis les années 1970, les entreprises se pré- mots-clés Lorsque le problème est posé, bien déini avec ses
occupent de plus en plus de la qualité de leurs lycée technologique, objectifs 1 , il faut le décomposer en une série de ques-
produits. Pour cela, ils essaient de mieux déinir outil et méthode, tions bien hiérarchisées, assorties des décisions et
leurs besoins (analyse de la valeur, analyse fonction- postbac, processus, risques correspondants (une question est pertinente si
nelle, QFD), d’analyser les effets et les criticités des projet, qualité, la décision prise est différente selon la réponse) 2 .
produits, des processus et des moyens (Amdec), de référentiel On dresse alors l’inventaire des informations dont
suivre et piloter le processus (MSP). et programme on dispose 3 , grâce aux connaissances théoriques, aux
La qualité d’un produit est sa capacité à satisfaire recherches bibliographiques, à l’expérience antérieure,
les besoins du client. Elle demande de savoir écouter et aux raisonnements par analogie…, et on se demande
exprimer les besoins du client, traduire ces besoins en si ce « capital informations » est sufisant 4 :
cible de caractéristiques produit, déinir les tolérances ● Si oui, on peut alors élaborer les réponses 10 , et, dans
client, savoir viser cette cible et réduire la dispersion une phase de rélexion, vériier leur adéquation avec le
autour de cette cible. problème posé 11 . Si l’on a bien répondu aux questions
Il y a un problème de qualité quand le produit livré actualisées 12 , prenant en compte l’évolution possible
ne correspond pas aux attentes du client ou ne respecte
pas les spéciications (non-conformité).
Ce problème peut venir du procédé de fabrication,
qui subit un nombre important de sources de variation
Une histoire déjà longue
plus ou moins bien identiiées, maîtrisables et maîtri- es plans d’expériences sont issus des travaux menés dans les années 1920 par
sées, d’une méconnaissance des liaisons, de consignes L Ronald aylmer Fisher, l’un des fondateurs de la statistique moderne. En 1935, Frank Yates
en a proposé une approche moins mathématique en introduisant les interactions.
non respectées ou non adaptées… cette méthode a été utilisée tout d’abord dans le domaine de l’agronomie, mais elle n’est
Il s’agit donc de maîtriser et améliorer le processus. parvenue aux entreprises occidentales qu’au début des années 1970. l’une des raisons de
Rappelons que tous les processus connaissent des ce retard est la complexité de sa partie théorique. c’est à Genichi Taguchi que l’on doit,
variations. Ces variations ont des causes, et 20 % dans les années 1950, la simpliication et la clariication qui ont permis l’adoption des plans
d’entre elles produisent 80 % des effets (Pareto). Si d’expériences par Toyota. Il a créé les tables orthogonales et a introduit l’étude du rapport
du signal/bruit, puis, en 1980, la fonction « perte de qualité », permettant de chifrer les
on connaît ces causes, on doit pouvoir les contrôler. pertes pour l’entreprise dues à l’absence d’amélioration de ses processus.
C’est vrai pour les processus, mais aussi pour les pro- aujourd’hui, cette méthode est indispensable à tout industriel soucieux d’améliorer la qualité
duits, les services… de ses produits, et ce, quel que soit son secteur d’activités. En réponse à son utilisation
On évolue donc dans le domaine de l’aléatoire. Dans croissante, de nombreux logiciels de plans d’expériences sont apparus depuis 1990.
ce contexte, des décisions importantes sont prises à
Nota : la démarche expérimentale et les plans d’expériences étaient déjà présents dans le
référentiel du BTS Productique (c26, « déinir et mettre en œuvre des procédures d’essai
[1] Professeur certiié de génie mécanique - productique au lycée et/ou de contrôles permettant de qualiier un processus »).
Jules-Ferry de Versailles (78).

34 technologie 164 novembre-décembre 2009


(première partie)
Début

Problème 1

Questions Q1, Q2…, Qn 2

Inventaire des informations 3

Informations 4 OUI
suffisantes ?

Élaboration des réponses 10


NON

Élaboration d’un Réflexion


plan d’expériences 5
confrontation 11
avec les questions

OUI Contraintes 6
irréductibles? Réponse 12 NON
aux questions
Revoir les questions 7 actualisées?
NON
OUI
Exécution du plan 8
Problème résolu

Exploitation mathématique 9
Fin

1 L’organigramme de conduite d’une recherche


du contexte, on a résolu le problème, sans cela il faut
Conception reprendre au début avec le nouveau contexte 1 .
● Sinon, il faut réaliser des expériences pour augmen-
Conception
et qualification Production Produit
produit
de processus ter le capital informations. Ces expériences doivent
• analyse fonctionnelle • analyse fonctionnelle • 5S être planiiées. Leur ensemble constitue un plan d’ex-
• analyse de la valeur • analyse de la valeur • MSP périences 5 .
• cco • aMDEc processus • TPM
• QFD • Plans d’expériences • SMED L’intérêt de cette planiication est double : d’une part,
• aMDEc produit • MSP elle permet de vériier que les essais prévus permettent
• Plans d’expériences • TPM
de répondre aux questions posées, sans oubli (validité
2 La place des plans d’expériences parmi les méthodes et outils de la qualité du plan) ni redondance (économie), d’autre part, elle
novembre-décembre 2009 technologie 164 35
permet d’évaluer correctement la charge de travail,
les besoins en matériels et en personnels. Plan 1 Poser le problème
Avant d’exécuter le plan, l’expérimentateur doit comprendre la situation
s’assurer qu’aucune contrainte irréductible ne s’oppose 2 et ixer des objectifs
à sa réalisation 6 : D P
● S’il en existe 7 , il faut soit conier le problème à 8 étapes 3 analyser les causes
quelqu’un qui n’a pas ces contraintes, soit voir quelles C A
4 Proposer des solutions
questions peuvent être abandonnées pour que le plan
soit réalisable. Mettre en œuvre
● Sinon, on exécute le plan 8 .
Do 5 les solutions retenues
Les résultats sont exploités à l’aide des outils mathémati-
ques 9 , et le capital informations est augmenté d’autant. 6 Vériier les résultats et corriger
Check
Il est prudent de parcourir en plusieurs fois la boucle
4 , 5 , 6 , 8 et 9 . Ce traitement séquentiel évitera des
Act 7 Standardiser
surprises désagréables s’il y a eu évolution des données
du problème (contexte, changement dans la hiérarchie 8 Étendre
des questions, domaine expérimental mal déini…).
4 La roue de Deming (PDCA) adaptée à une méthode classique
Les plans d’expériences de résolution de problème
Beaucoup de processus dépendent d’un grand nombre
de paramètres externes (appelés facteurs) pour lesquels
on ne possède pas de modèles analytiques. On parle de Paramètres
a B c D E F G Résultats
boîte noire lorsqu’il est impossible de prévoir exacte-
ment les réponses, qui sont aléatoires. La connaissance
incertaine des mécanismes ne permet que de suspecter 1 1 1 1 1 1 1 1
2 1 1 1 2 2 2 2
les facteurs susceptibles d’inluer sur les réponses. Se
3 1 2 2 1 1 2 2
pose alors une série de questions : 1 2 2 2 2 1 1 s essais
N° de 4is
s es sa Résultats de
– Quels sont les facteurs les plus inluents ? 5 2 1 M2odalité
2s 2 1 2
– Existe-t-il des interactions entre les facteurs 6 2 2 2 2 1 2 1
(corrélations) ? 7 2 2 1 1 2 2 1
– Peut-on linéariser le processus en fonction de ces 8 2 2 1 2 1 1 2
facteurs, et le modèle ainsi obtenu est-il prédictif ?
– Comment obtenir le maximum d’informations 5 La matrice d’expériences
tout en minimalisant le nombre de points de mesure
du processus ? Plan 1 Poser le problème
La méthodologie du plan d’expériences permet de
comprendre la situation
répondre à ces questions. 2 et ixer des objectifs
Un plan d’expériences est une suite d’essais rigoureu-
D P Déinir le système (boîte noire)
sement organisée par avance de façon à déterminer, en 3
12 étapes
un minimum d’essais et avec un maximum de précision,
4 Déinir la matrice d'essais
l’inluence des différents facteurs contrôlés. C A
Il s’agit, une fois établis des objectifs précis, de mettre Mettre en œuvre
5
les solutions retenues
en œuvre les moyens nécessaires pour les atteindre
dans un délai prévu par une suite d’opérations ordonnées Do 6 Réaliser les essais
qui permet :
– de minimaliser le nombre d’essais ; 7 analyser les résultats
– d’étudier un très grand nombre de facteurs ;
8 En déduire l’optimum
– de modéliser les résultats ;
9 Valider la combinaison optimale
Variation
des éléments d’entrée
Check 10 Vériier que la solution
Perte de qualité retenue conduit à l'objectif
Variation
des conditions (bruits) Act 11 Standardiser

CAUSES EFFET 12 Étendre

3 les causes de perte de qualité 6 La roue de Deming (PDCA) adaptée au plan d’expériences

36 technologie 164 novembre-décembre 2009


La conduite d’un plan d’expériences
Début Étape 1
Étape 1
Déinition précise du sujet

Déinition précise du sujet (périmètre, objectifs…) Pour déinir le périmètre et les objectifs, on utilisera la méthode
du QQoQcP

Détermination de la mesure de la réponse du phénomène étudié Étape 2


Synthèse des connaissances (brainstorming)
liste des facteurs possibles Détermination de la réponse (par une mesure) du système
étudié
Étape 2 Recensement des paramètres pouvant inluer sur la réponse
classiication des facteurs possibles
(diagramme causes-efets)
Établissement de la stratégie
Établissement de la stratégie
choix des facteurs (matrice de décision)
Périmètre de variation des facteurs
choix des facteurs, périmètre de variation des facteurs
Étape 3
Sélection d’un plan d’expériences Construction du plan d’expériences
optimisation du plan d’expériences
Étape 3 choix d’une stratégie
Essais faisables NoN Rédaction du protocole d’essai
en temps et en argent?
Étape 4
oUI
Conduite des essais
Planiication et préparation des essais (iches, achats…) assister à tous les essais ou au minimum aux premiers essais
Étape 4 Tenir un cahier des essais
Réalisation des essais
Étape 5
Validation des résultats obtenus
analyse des résultats, synthèse provisoire
analyse des résultats
Synthèse provisoire
Étape 5
Plan d’expériences oUI Étape 6
complémentaires?
Exploitation des résultats
NoN Essais de vériication
Synthèse inale
Essais de vérification
Si la solution est trouvée, passage à l’étape 7
Si la solution n’est pas satisfaisante, reposer le problème et
recommencer la démarche
Étape 6 Confirmation NoN
de vérification? Étape 7
Généralisation
oUI
Difuser les résultats
Synthèse finale Faciliter la méthode pour de nouvelles applications
Mettre en place des nouveaux modes opératoires
Généralisation Mise en place d’un contrôle statistique (MSP) sur les caracté-
Étape 7 ristiques importantes
Fin Mise en place de dispositifs anti-erreur (SaE)

– de donner des résultats avec une bonne précision. processus – surtout s’ils sont complexes (voir l’encadré
Les plans d’expériences s’inscrivent dans la démarche « Bon plan ou pas ? »).
de qualité totale au même titre que les autres outils
statistiques 2 . Ils cherchent les causes d’une non-qualité, La résolution de problèmes
ou plus positivement les paramètres pouvant améliorer
la qualité actuelle. La méthode des plans d’expériences deux méthodes
est un outil expérimental puissant indispensable pour Le problème qui peut se poser pour la qualiication et
conduire une étude de façon optimale. Elle est utilisée l’optimisation d’un processus industriel réside dans la
dans de nombreux domaines industriels ou de recherche variabilité des éléments d’entrée et des conditions de
pour la conception et l’amélioration de produits et de fabrication, qui entraîne une perte de qualité 3 .
novembre-décembre 2009 technologie 164 37
Classiquement, quand on constate une dispersion ou
une instabilité des caractéristiques d’un produit lors de Bon plan ou pas ?
sa fabrication ou de son utilisation, on en recherche les Les trois conditions qui justiient l’utilisation d’un plan d’expériences :
causes ain de les réduire, voire les éliminer. Il semble ● le problème expérimental ressemble à une « boîte noire ».
alors logique de résoudre le problème avec une méthode ● on a des soupçons plutôt que des certitudes.
classique 4 , assortie de quelques essais basés sur le ● le problème est multifactoriel.
principe de ne faire varier qu’un seul paramètre à la
Dans quels cas ne pas recourir à un plan d’expériences ?
fois pour justiier certaines hypothèses.
● Quand les mécanismes pilotant la boîte noire sont connus. Un plan d’expériences n’est
En règle générale, les résultats de ces essais montrent
pas un prétexte à réinventer le il à couper le beurre.
que les responsables de la perte de qualité sont les
● Quand la réponse est trop dispersée. c’est le cas des durées de vie en iabilité, qui en
facteurs de « bruit », généralement multiples et difi- outre ont la mauvaise idée de suivre une loi non normale (Weibull).
cilement maîtrisables, dus à la variabilité des condi- ● Pour démontrer un niveau de iabilité. Un plan d’expériences sert à concevoir un bon
tions d’environnement (température, hygrométrie, produit, vient ensuite l’essai de iabilité, qui en démontre la longévité.
poussières…), des caractéristiques des matières
premières et des composants utilisés, des façons de
procéder des différents opérateurs, etc. De ce fait, les d’essais. Des résultats, qui, aisément modélisables, sont
propositions de solution s’orientent vers le resserre- faciles à présenter à des non-spécialistes.
ment des tolérances, la diversiication des produits, la La démarche de conduite d’un plan d’expériences
modiication de la composition des matières premières, est détaillée en encadré.
l’utilisation de machines plus performantes, le renfor-
cement des procédures de réglage et de contrôle, la Les points clés
climatisation des locaux… ● La déinition de l’objectif
Toutes ces solutions ont un coût qui souvent n’est pas Le problème à résoudre doit relever de la méthode des
négligeable, et le résultat n’est pas toujours à la hau- plans d’expériences (boîte noire). L’objectif doit être
teur de l’investissement. Et, si ce dernier est estimé parfaitement déini. On peut procéder à des investiga-
trop important, on se satisfera, après une multitude de tions préalables en vue de limiter et de localiser exac-
réglages, de trouver un état du processus acceptable, tement le sujet à traiter. Il convient de le formaliser
qui restera igé. C’est le principe du « on ne sait pas par écrit, en faisant un exposé de la situation actuelle
comment, mais ça marche, ne touchons plus à rien ». (machines utilisées, matière consommée…) et en pré-
A contrario, les plans d’expériences ne cherchent pas cisant les caractéristiques à optimiser, classées par
à éliminer les causes, dificilement maîtrisables, mais ordre de priorité. Pour chaque caractéristique, il faut
leur effet – la dispersion ou l’instabilité des caracté- préciser la valeur à atteindre. Le document de travail
ristiques d’un produit. Le principe général en est de doit indiquer les protocoles de réalisation de l’expé-
rechercher la combinaison des facteurs d’entrée qui rimentation et de mesure des résultats, ainsi que le
donne systématiquement le meilleur résultat en sortie, calendrier et le budget de réalisation.
celle où les inluences cumulées des différents facteurs
se compensent pour donner en sortie un écart minimal ● La détermination des critères de qualité
par rapport aux valeurs nominales. La seule manière Le choix des caractéristiques à optimiser et des modali-
de trouver cette combinaison est d’en expérimenter tés de leur mesure s’avère l’étape la plus critique de la
plusieurs, ain de mettre en évidence l’inluence de conception d’une expérimentation si l’on veut que cette
chaque facteur. Cette campagne d’essais est planiiée dernière soit iable et eficace. D’une manière géné-
selon une matrice d’expériences 5 . rale, il faut choisir des caractéristiques en connexion
On le voit, la stratégie adoptée par les plans d’expé- directe avec l’énergie – quelle qu’elle soit et sous toutes
riences est diamétralement opposée à celle de la ses formes – mise en œuvre dans le système étudié.
méthode classique : elle s’attache non pas à éliminer L’acuité, la précision et la iabilité de la mesure des
les facteurs parasites, mais à minimaliser leur impact résultats sont primordiales. Il convient de déinir de
(voir en encadré « Méthode traditionnelle vs plan manière pragmatique le nombre de mesures à effec-
d’expériences »). Concrètement, elle consiste à iden- tuer, en fonction des connaissances techniques quant
tiier les combinaisons de paramètres qui réduisent au sujet à traiter et du budget alloué.
les effets des causes, sans s’attaquer directement à
celles-ci. La méthode de résolution suit le schéma ● Le choix des facteurs à tester
global que propose la roue de Deming, mais prend en Il faut respecter les mêmes conditions que pour le choix
compte l’aspect expérimentation 6 . des critères de qualité. Les facteurs qui accroissent,
La méthode des plans d’expériences est souvent trois consomment ou transforment l’énergie du système ont
à quatre fois plus eficace que les démarches habituelles des chances d’inluer sur les résultats. Les facteurs
de conduite d’essais, autrement dit elle permet d’arri- retenus doivent être réellement indépendants les uns
ver aux mêmes résultats avec trois à quatre fois moins des autres. Plus on teste de facteurs, plus on accroît
38 technologie 164 novembre-décembre 2009
les chances de trouver les facteurs inluents. Pour ● Mesurer la réponse avec précision
obtenir des effets bien différenciés, il faut choisir des Une fois tous les paramètres appliqués au processus,
modalités de réglage pertinentes. on sait lesquels peuvent être utilisés, mais il faut faire
attention aux interactions. En effet, un paramètre qui
● La préparation de l’expérimentation semble insigniiant pour le processus peut interagir
C’est une étape importante, qui doit mobiliser toutes avec un autre de façon décisive.
les compétences requises. Elle est menée par le groupe
de rélexion, réunissant les personnes qui possèdent ● Suivre rigoureusement la démarche
les meilleures compétences théoriques, technologiques Étant donné qu’elle suit un plan ordonné, il faut bien
et pratiques quant au sujet à traiter. évidemment la respecter.

● La recherche de stratégie Les plans d’expériences et le BTS IPM


pour l’étude des interactions Le champ d’application est extrêmement vaste, et chacun
Il convient d’apprécier l’utilité de la connaissance pré- est libre de l’étendre à de nouveaux domaines ou de nou-
cise des interactions risquant de se produire lors de veaux usages. Cette approche pragmatique, par étapes
l’expérimentation et d’estimer correctement le coût successives, fait appel au bon sens et à la connaissance
de leur étude, qui doit rester raisonnable. Il y a plus à des phénomènes acquise au cours des années par les
gagner à multiplier les facteurs qu’à s’appesantir sur étudiants. Cette connaissance, qui s’accroîtra au fur
les problèmes d’interactions. et à mesure des expérimentations, est évidemment la
On peut procéder de manière pragmatique, en deux clé qui permet de limiter le nombre d’essais.
phases : d’abord un dégrossissage permettant d’identiier Les plans d’expériences constituent donc un puis-
les deux à quatre facteurs les plus inluents ; ensuite, sant moyen naturel de formation.
si nécessaire, l’étude de l’interaction de ces facteurs La pédagogie est essentiellement pratique, et se
à l’aide d’une petite expérimentation complémentaire limite au strict nécessaire quant aux rappels et déve-
destinée à afiner les résultats. loppements théoriques. Chaque étape de l’apprentis-
sage s’appuie sur l’application des méthodes et outils.
● La rigueur dans la préparation Pour chaque méthode ou outil sont précisés ses objec-
et la réalisation de l’expérimentation tifs, ses fondements, les domaines et contraintes de son
Rigueur et précision sont indispensables à l’obtention de utilisation, la méthodologie de sa mise en œuvre, des
résultats satisfaisants. Trois documents doivent être for- commentaires et interprétations, des conseils clairs
malisés minutieusement : un protocole de réalisation de et pragmatiques.
l’expérimentation, un protocole de mesure des résultats Mais, sans méticulosité, précision et rigueur dans
et une feuille d’essai pour chaque essai à réaliser. les procédures de réalisation des essais et mesures,
l’interprétation et la reproductibilité des résultats
● La validation de l’expérimentation seront hasardeuses. L’expérience enseigne qu’il faut
Un essai de validation est indispensable ; si les résul- s’astreindre à formaliser minutieusement ces procé-
tats obtenus ne concordent pas avec les prévisions, il dures dans les documents.
est nécessaire de chercher des explications, parfois en
menant une véritable investigation pour déterminer les Les objectifs
facteurs ayant varié. Il s’agit de permettre aux étudiants de pratiquer,
de façon autonome et avec assurance, une méthode
Les conditions de la réussite destinée à décupler l’eficacité des campagnes expé-
● Avoir les moyens d’expérimenter rimentales (essais) ou de simulation (calculs) pour le
En effet, cette méthode a quand même quelques inconvé- développement, l’amélioration ou la maîtrise des per-
nients : elle demande l’implication d’une équipe, du temps, formances de produits ou processus.
des fonds et du matériel. Dans le cadre de l’épreuve professionnelle de syn-
thèse (E62) du BTS productique (ancienne version du
● Choisir moins de dix paramètres
Ces paramètres sont en fait les causes chiffrables ; l’expé- Méthode traditionnelle vs plan d’expériences
rience montre qu’en moyenne dix critères peuvent sufire,
mais évidemment il faut bien les choisir sans en omettre. La méthode traditionnelle : La méthode des plans d’expériences :
● n’est pas rigoureuse ● est rigoureuse
● est longue et coûteuse ● est moins coûteuse et plus rapide car elle
● Maîtriser les paramètres
● n’expérimente pas toutes les solutions limite les essais
Puisque la méthode consiste à faire intervenir ces ● ne tient pas compte des interactions ● expérimente toutes les solutions
paramètres ain de savoir s’ils sont conséquents pour entre facteurs ● tient compte des interactions entre facteurs
le processus, il faut savoir donner des valeurs et les ● ne donne pas de résultats précis ● donne des résultats précis
stabiliser pour que le test soit eficace et analysable.
novembre-décembre 2009 technologie 164 39
BTS IPM), il était courant que les étudiants n’abor-
dent pas, ou que partiellement, faute de temps et Les points forts de la méthode
de savoir-faire, la qualification et l’optimisation ● Démarche organisée
de processus, support d’étude de leur 2 e année. ● Analyse simple
L’épreuve E52 (« Présentation du projet de qualifi- ● Résultats iables
cation de processus », sous-épreuve de l’épreuve E5, ● Capitalisation des résultats
« Avant-projet et projet d’industrialisation ») du BTS ● Outil de communication graphique
IPM (référentiel de 2005) a permis de combler ce
manque, répondant ainsi à une attente d’industriels
souhaitant s’entourer de techniciens disposant de L’impact sur les enseignements
compétences en qualification et optimisation de pro- L’approche expérimentale et la méthode des plans
cessus. Elle porte entre autres sur les compétences d’expériences vont nous demander de changer certaines
C12, « définir et mettre en œuvre des essais réels habitudes :
et/ou par simulation permettant de qualifier un pro-
cessus », et C15, « proposer des solutions d’amé- ● La façon de poser le problème
lioration technico-économique du processus ». La Il s’agit de délimiter clairement le phénomène phy-
démarche des plans d’expériences répond parfaite- sique étudié, de le décrire en termes de système en
ment à ces exigences. identiiant ses entrées et ses sorties, et non de cher-
Mais elle peut également s’inscrire dans les diffé- cher à expliquer son mode de fonctionnement. Bien
rentes activités de travaux pratiques, en fonction des que cette façon de poser un problème puisse paraître
objectifs pédagogiques ixés par l’enseignant : évidente, elle nécessite, de la part de l’étudiant, un
certain effort pour s’affranchir de ses préoccupa-
● Activités d’observation : identifier ; désigner ; tions focalisées en général sur les équations régis-
décrire ; reconnaître ; constater… sant le phénomène.
Appréhender les phénomènes observés de manière
qualitative (les paramètres à maîtriser et les facteurs ● La façon de construire une campagne d’essais
bruit). La construction du plan d’expériences conduira l’étu-
diant à faire varier plusieurs facteurs à la fois, ce qui
● Activités d’expérimentation : conduire des essais ; va à l’encontre du sacro-saint principe selon lequel il
produire ; simuler ; mesurer… ne faut faire varier qu’un seul facteur à la fois sinon il
Appréhender les phénomènes observés de manière est impossible de comprendre ce qui se passe.
quantitative (les résultats de sortie).
● La façon de construire un argumentaire
● Activités de manipulation : réaliser des essais ; La démarche des plans d’expériences prône le langage
installer un poste en vue d’appliquer un protocole des faits ain de substituer aux échanges d’opinions
d’essai… des discussions argumentées portant sur des données
Comprendre, par exemple, le fonctionnement du objectives. Le langage des chiffres est particulièrement
processus ou la chronologie d’opérations. bien approprié pour transmettre une information fac-
tuelle et précise. Un étudiant sera mieux armé lors de
● Activités de réalisation, de validation ou d’éva- la présentation orale de son mémoire d’études avec un
luation : choisir ; construire ; mettre au point une argumentaire chiffré provenant de l’exploitation d’un
démarche expérimentale ; faire les essais… plan d’expériences, qui contribuera à l’instauration
Associer des connaissances ain de mieux les d’échanges eficaces.
assimiler.
La mise en œuvre d’une démarche expérimentale
Procédant d’une démarche pédagogique, ces activités nécessite de la part de chacun un changement profond
ont pour inalité de : dans certaines habitudes de travail ; une telle révolution
– Faciliter l’appropriation des connaissances par ne peut être obtenue par un coup de baguette magique,
l’action des élèves (réalisation, observation, expérimen- aussi nécessite-t-elle toute une stratégie d’implanta-
tation, manipulation) ; tion, qui doit être décidée par l’équipe pédagogique,
– Formaliser et structurer ces connaissances et une formation appropriée.
à travers des activités de synthèse (validation, éva- Penser plans d’expériences doit devenir un rélexe.
luation), et ce, à partir de pédagogies inductives ou Nous verrons prochainement comment appliquer
déductives mettant en œuvre des travaux pratiques cette méthode à travers un exemple concret, tiré d’un
ou dirigés ; sujet de l’épreuve E52, qui devrait rassurer ceux qui
– Mettre en œuvre des évaluations en cohérence craignent encore que cette méthode soit trop lourde à
avec les objectifs visés. faire passer auprès des étudiants de STS IPM. n
40 technologie 164 novembre-décembre 2009

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