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Analyse des politiques sociales en Asie de l'Est

Ce document présente une analyse comparative des politiques sociales en Corée du Sud, à Taïwan et aux Philippines, en mettant l'accent sur les dimensions de la politique sociale, les acteurs impliqués, les formes juridiques et la définition du 'social'. L'auteur souligne l'importance d'une perspective académique pour les décideurs politiques afin de créer des synergies entre les politiques sectorielles et d'améliorer le bien-être des populations. Enfin, il aborde les programmes d'aide sociale et les réformes agraires dans ces pays, illustrant les relations entre développement économique et réduction des inégalités.

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Analyse des politiques sociales en Asie de l'Est

Ce document présente une analyse comparative des politiques sociales en Corée du Sud, à Taïwan et aux Philippines, en mettant l'accent sur les dimensions de la politique sociale, les acteurs impliqués, les formes juridiques et la définition du 'social'. L'auteur souligne l'importance d'une perspective académique pour les décideurs politiques afin de créer des synergies entre les politiques sectorielles et d'améliorer le bien-être des populations. Enfin, il aborde les programmes d'aide sociale et les réformes agraires dans ces pays, illustrant les relations entre développement économique et réduction des inégalités.

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Module VI Une analyse comparative des expériences de la politique sociale

en Asie de l'Est

Compte rendu (Conférence 2022 de l'UNDEP) Ilcheong Yi

#1. Bonjour à tous, je me présente, Ilcheong Yi, coordinateur principal de recherche à l'Institut de
recherche des Nations Unies pour le développement social ou UNRISD. Aujourd'hui, on va procéder à
une analyse comparative de la politique sociale dans les pays d'Asie de l'Est, en particulier en Corée
du Sud, à Taïwan et aux Philippines.

#2. Pour commencer, il convient de se pencher sur les cas spécifiques de développement de la
politique sociale en Corée du Sud, à Taïwan et aux Philippines, avant de parler de la politique sociale
en général. Cette dernière varie d'un pays à l'autre, cependant permettez-moi aujourd'hui d'évoquer
deux conceptions générales de la politique sociale. La première est la politique sociale en tant que
pratique qui renvoie aux politiques initiées par le gouvernement. La seconde est la politique sociale
en tant que discours académique qui désigne les discussions sur divers sujets liés au bien-être
humain.

La politique sociale, considérée comme une politique initiée par le gouvernement, est mise en œuvre
dans diverses activités gouvernementales. Étant donné que vous occupez actuellement un poste au
sein du gouvernement, il semble donc évident que vous avez une meilleure connaissance de ces
diverses activités gouvernementales répertoriées comme politiques sociales ou politiques d'aide
sociale. Vous devez donc maîtriser la manière dont sont classées les différentes mesures politiques
dans la catégorie des politiques sociales au sein du gouvernement. En général, les politiques sociales
classiques, axées sur la redistribution et la protection, constituent la politique sociale au sein du
gouvernement. Les thèmes habituels de la politique sociale dans le contexte gouvernemental
englobent notamment : la santé, l'éducation, le logement, les pensions, les transferts d'argent, etc.

La politique sociale considérée comme un discours académique présente un concept de politique


sociale et un champ de discussion sur la politique sociale beaucoup plus larges. Les universitaires se
penchent généralement sur des questions liées au bien-être humain dans diverses dimensions,
notamment le travail, l'industrie, la macroéconomie et l'environnement, dans la mesure où elles ont
un impact sur le bien-être des personnes. Par conséquent, il existe d'autres questions à prendre en
compte que celles des programmes ou des politiques d'aide sociale conventionnels dans le débat

1
académique sur la politique sociale. Il semble important d'adopter cette perspective académique de
la politique sociale, car elle est utile aux décideurs politiques chargés de concevoir et de mettre en
œuvre des politiques sociales visant à améliorer les conditions de vie des personnes dans diverses
domaines. Elle est utile aux décideurs politiques car cette perspective d’ensemble de la politique
sociale leur permet d’accorder une attention particulière à d'autres politiques sectorielles telles que
les politiques du travail, industrielles et macroéconomiques qui exercent une influence significative
sur les programmes d'aide sociale ayant une incidence sur le bien-être des personnes concernées.
Cette approche générale de la politique sociale, présente dans le discours universitaire, joue un rôle
important pour les décideurs politiques car elle leur évite de faire des compromis entre les politiques
sectorielles et crée des synergies entre les différents secteurs politiques.

Cependant, tirer des enseignements des discours académiques sur la politique sociale semble être
très difficile car de nombreuses écoles émettent des points de vue différents en matière de politique
sociale. Malgré la diversité des questions, des problématiques et des programmes des débats sur les
discours auxquels participent les universitaires et parfois les responsables politiques, il est possible
de les classer de manière générale en débats sur quatre dimensions différentes de la politique sociale.

#3. La première concerne les sujets de la politique sociale. En ce qui concerne la recherche et la
pratique conventionnelles de la politique sociale, essentiellement axées sur les pays développés, les
chercheurs et les décideurs politiques semblent mettre l'accent sur les questions liées à la protection
et à la redistribution. Toutefois, ainsi que le mentionne Thandika Mkandawire, la politique sociale ne
constitue pas le monopole des pays déjà développés. En effet, la politique sociale a joué un rôle
transformateur dans toutes les histoires de développement, et ce, en étroite corrélation avec les
fonctions clés du développement telles que la production et la reproduction, en plus de la protection
et de la redistribution. La cohésion sociale peut également être ajoutée à la liste des fonctions clés,
comme le préconise Jimi Adesina.

La deuxième dimension des débats sur la politique sociale concerne les acteurs chargés de son
élaboration et de sa mise en œuvre. Tel que mentionné dans la diapositive précédente, la politique
sociale peut être perçue comme une politique initiée par le gouvernement. Ainsi, dans la pratique,
la politique sociale est une politique initiée par le gouvernement. Cependant, le gouvernement peut
parfois faire appel à des acteurs non gouvernementaux afin d'élaborer et de mettre en œuvre des
programmes d'aide sociale. D'ailleurs, de nombreux programmes d'aide sociale des gouvernements
sont établis avec le secteur non gouvernemental, tel que les organisations de la société civile ou les
agences du secteur privé. La nature, les types et l'impact de la relation entre le gouvernement et les
agences non gouvernementales constituent l'une des questions clés des débats sur la politique
sociale.

La troisième dimension concerne les formes juridiques de la politique sociale, étroitement liées à la
mise en œuvre, au respect et à la couverture des programmes de protection sociale. La politique
sociale est conçue et mise en œuvre sous différentes formes : lois, lignes directrices et actions. Ces
différents types de politique sociale se caractérisent par un niveau de mise en œuvre différent des
politiques d'aide sociale et un degré de conformité différent.

Le dernier domaine du débat en matière de politique sociale concerne la définition du social. La


définition du « social » fait partie des thèmes les plus anciens du débat sur les sciences sociales et
constitue également un enjeu majeur du débat en ce qui concerne la politique sociale. La question de
savoir si le « social » se distingue de « l'économie », ou si le social veut dire « sociétal », mérite d'être
approfondie dès lors que l'on se penche sur la relation entre la politique sociale et la politique

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économique, ou sur la relation entre la politique sociale et la politique environnementale. La
question de savoir si le « social » évoque la « politique », et si tel est le cas, dans quelle mesure la
dynamique politique doit être prise en compte dans l'analyse de la politique sociale, constitue
également un sujet de débat sur la politique sociale.

#4. Ces débats sur la politique sociale mettent l'accent sur la redistribution des ressources et les
mesures de protection sociale. Il existe de nombreuses alternatives à cette politique sociale
dominante, toutefois la « perspective de politique sociale transformatrice », développée et utilisée
par l'UNRISD et ses collaborateurs de recherche, mérite d'être soulignée. Le concept et la vision de la
politique sociale transformatrice abordent la politique sociale dans un contexte de développement.
Ce concept permet de comprendre que la politique sociale, en tant qu'une intervention collective
dans l'économie pour améliorer le bien-être des personnes, a toujours joué un rôle de
développement ou de transformation. De plus, elle est axée sur toutes les fonctions qui ont une
incidence sur le bien-être des personnes. Par conséquent, elle s'intéresse également à la production,
à la reproduction, à la cohésion et à la paix sociales, à la protection de l'environnement ainsi qu'à la
protection et à la redistribution.

Dans cette optique, l'étude de trois pays spécifiques, la Corée du Sud, Taïwan et les Philippines, va
être abordée du point de vue de cette politique sociale transformatrice, car le processus de
développement de ces pays semble plus facile à comprendre.

#5. En consultant la carte, il est possible de localiser la Corée du Sud, Taïwan et les Philippines. En
termes de population, les Philippines représentent le pays le plus important, tandis que Taïwan est le
pays le plus petit. Et, comme de nombreux autres pays du Sud, ils ont été occupés par des pays
étrangers tels que le Japon et les États-Unis.

Voici un aperçu de la situation sociale, économique et politique de ces pays entre les années 1950 et
2000.

#6. Le graphique de cette diapositive met en évidence l'inégalité des revenus, qui se mesure par le
ratio 20-20 utilisé par le PNUD, et la croissance du PIB par habitant dans trois pays. En dépit du grand
nombre de théories et de conclusions contradictoires sur la relation entre l'inégalité des revenus et la
croissance du PIB, il est possible de constater, au moins dans ces trois pays, une étroite relation
descendante entre l'inégalité des revenus et la croissance du PIB par habitant. Cela montre que plus
l'inégalité est faible, plus la croissance du PIB par habitant est élevée.

#7. Les deux graphiques de cette diapositive montrent l'inégalité des revenus telle que mesurée par
l'indice de Gini en Corée du Sud, à Taïwan, aux Philippines et en Suède, des années 1960 à nos jours.
Celui de gauche concerne l'inégalité du revenu marchand, et celle de droite, l'inégalité du revenu
disponible. Autrement dit, le revenu marchand correspond au revenu avant impôt, tandis que le
revenu disponible correspond au revenu après impôt. La Suède a été incluse sur ces graphiques pour
deux raisons. Tout d'abord, l'inégalité du revenu marchand en Suède, l'un des meilleurs États-
providence, est considérable. Comme vous pouvez le voir sur le graphique de gauche, l'inégalité des
revenus marchands en Suède a été légèrement inférieure à celle des Philippines jusqu'à la fin des
années 1990. Ensuite, le système fiscal et l'État-providence basé sur l'impôt sont susceptibles de
réduire l'inégalité du revenu disponible. Le graphique de droite montre que la Suède a été en mesure
de réduire l'inégalité de manière significative, en particulier au milieu des années 1960, lorsqu'elle a
lancé de sérieux programmes sociaux fondés sur l'impôt. Malgré un changement minime, la Corée du
Sud, Taïwan et les Philippines ont également pu réduire l'inégalité grâce au système fiscal, comme le
montrent ces deux graphiques.

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#8. Cette diapositive indique la proportion de la population en situation d'extrême pauvreté entre
1981 et 2019. Il n'a pas été possible d'obtenir de données fiables sur la population en situation
d'extrême pauvreté avant 1981, cependant, ce graphique illustre la courbe de la réduction de la
pauvreté en termes de pourcentage de la population concernée. Les Philippines ont réduit de
manière significative leur taux de pauvreté extrême à partir des années 1990. En revanche, la Corée
du Sud et Taïwan présentaient déjà une très faible proportion de population en situation d'extrême
pauvreté dans les années 1980. Étant donné que le PIB par habitant de la Corée du Sud et de Taïwan
en 1960 était bien inférieur à celui des Philippines en 1960, une réduction significative de la pauvreté
semble avoir été observée en Corée du Sud et à Taïwan.

#9. Cette diapositive montre le développement des programmes d'aide sociale en Corée du Sud, à
Taïwan et aux Philippines. L'axe Y correspond à la proportion de programmes d'assurance sociale
axés sur la mutualisation des risques, tandis que l'axe X correspond à la proportion de programmes
d'aide sociale axés sur le marché. Comme on peut le voir dans le cercle rouge, les programmes
d'assurance sociale de mutualisation des risques se sont développés à Taïwan et en Corée du Sud
entre les années 1980 et 2000, tandis que les Philippines se sont orientées vers des programmes
d'aide sociale plus axés sur le marché.

#10. La diapositive précédente explique le développement de la politique sociale en mettant l'accent


sur les secteurs privé et public. Il existe une autre façon de comprendre la politique sociale dans un
contexte de développement, à savoir : la perspective de la politique sociale transformatrice. Cette
compréhension de la politique sociale transformatrice tient compte des politiques clés qui ont eu un
impact significatif sur le bien-être des personnes dans trois pays, tout en mettant l'accent sur les
corrélations. Il s'agit notamment de la réforme agraire, de la politique industrielle, de la politique
éducative, de la politique fiscale, de la politique salariale, de la politique tarifaire, de la politique
d'organisation des zones rurales en diverses formes d'organisations de l'économie sociale et solidaire
et, enfin, des programmes d'aide sociale. Nous allons les examiner de façon individuelle afin de
mieux comprendre les relations qu'elles ont établies entre elles en Corée du Sud et à Taïwan et celles
qu'elles n'ont pas établies aux Philippines.

#11. Commençons d'abord par les politiques de réforme agraire. La réforme agraire en Corée du Sud
s'explique par des facteurs exogènes tels que l'influence de la réforme agraire en Corée du Nord sur
les paysans sud-coréens et la politique américaine visant à empêcher la propagation du communisme.
La péninsule coréenne a été divisée en deux parties : le régime communiste nord-coréen, soutenu
par la Russie soviétique, et la démocratie libérale sud-coréenne, soutenue par les États-Unis. La
Corée du Nord établit rapidement une économie communiste de commandement et de contrôle, et
l'une de ses principales mesures consiste à s’accaparer des terres des riches pour ensuite les partager
aux plus démunis. En 1945, lorsque le Japon capitule et que la Corée est parvenue à se libérer du
régime colonial japonais, la répartition des terres était très inégale en Corée du Sud. Environ 2,7 %
des propriétaires les plus riches possédaient les deux tiers de toutes les terres cultivées en 1945. Les
agriculteurs sud-coréens, pour la plupart locataires, ont été très influencés par la réforme agraire en
Corée du Nord et les États-Unis craignaient que la sympathie et le soutien des agriculteurs sud-
coréens à l'égard du régime nord-coréen ne se renforcent. Par conséquent, les États-Unis, occupant
de manière temporaire la Corée du Sud, se sont montrés très réceptifs à la réforme agraire. En 1945,
une fois le gouvernement militaire américain établi, il a mis en œuvre un régime d’occupation
permettant de réduire le taux d’occupation à un tiers du taux initial. Malgré la volonté du
gouvernement militaire américain de procéder à une réforme agraire radicale, les propriétaires
coréens et leur alliance politique se sont opposés à cette réforme. Par conséquent, le gouvernement
militaire américain a partagé des terres détenues auparavant par les Japonais et cultivées par des

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locataires coréens. Elles représentaient 11,7 % du total des terres cultivées. La superficie des terres
distribuées était de 2 hectares, et le prix de la terre correspondait à 300 % des produits moyens des
dites terres, que les anciens locataires étaient censés payer pendant 15 ans.

Le tout nouveau gouvernement coréen a également mis en œuvre une réforme agraire après une
série de luttes politiques entre différents groupes politiques. Le gouvernement restreint le plafond
de la propriété foncière à trois hectares, redistribue 330 000 hectares et les propriétaires vendent
500 000 hectares de terres à leurs propres locataires. Les terres distribuées à ces derniers
représentaient environ 52 % du total des terres cultivées. Le prix de la terre était estimé à 150% des
produits moyens de la terre, et les locataires étaient tenus de les payer pendant 5 ans, et les
propriétaires dont les terres avaient été expropriées étaient tenus de les payer pendant 5 ans.

Cette réforme foncière revêt un intérêt particulier dans la mesure où elle permet aux propriétaires
d'investir les fonds reçus dans l'industrie par le biais d'obligations foncières émises par le
gouvernement. Un autre point intéressant concerne la conséquence positive involontaire de l'échec
de la politique gouvernementale. Il s'agit de l'augmentation rapide du taux d'inflation.
L'augmentation rapide du taux d'inflation a réduit la charge financière des locataires acquéreurs de
terres dans le cadre du processus de réforme agraire.

#12. Après la défaite en Chine continentale, le gouvernement du Kuomintang quitte l'île de Taïwan
en 1949 et la constitution d'un État à Taïwan s'est amorcée. La répartition des terres était également
très inégale à Taïwan. Plus de 50 % de la population de Taïwan était composée d'agriculteurs, et
environ 70 % d'entre eux étaient des locataires. Le taux de location était également très élevé, de 50
à 70 % des produits. Les conflits sociaux dus à ce taux de location élevé étaient fréquents. Le régime
d’occupation avait déjà été conçue et mise en œuvre avant l'arrivée du gouvernement du
Kuomintang à Taiwan, et le taux de location a été réduit à 37,5 %. La réforme agraire, qui consiste en
une redistribution des produits agricoles, a été suivie d'une importante réforme foncière fondée sur
le principe de la terre au cultivateur. La compensation pour les terres a été accordée pendant 10 ans.
Le gouvernement taïwanais a également inclus un outil politique permettant aux propriétaires
d'investir dans l'industrialisation en payant les actions des industries du gouvernement. Ainsi, les
propriétaires recevaient 70 % du prix d'achat sous forme d'obligations foncières rmboursables par le
riz ou les patates douces avec un taux d'intérêt de 4 % par an et les 30 % restants étaient payés sous
forme d'actions dans des industries gouvernementales. En 1953, la politique de vente obligatoire
des terres par les propriétaires terriens ou programme « land-to-tiller » a été lancée et le processus
de réforme agraire s'est pratiquement achevé en 1958.

#13. La réforme agraire aux Philippines se distingue à bien des égards de la Corée du Sud et de
Taïwan. Tout d'abord, le gouvernement américain, dont l'influence sur la politique gouvernementale
des Philippines est considérable, a renoncé à la réforme agraire. Même si certains experts politiques
américains défendaient la nécessité d'une réforme agraire aux Philippines, le gouvernement
américain ne faisait pas pression en ce sens. La force motrice était le gouvernement philippin qui
était très préoccupé par les groupes de paysans rebelles communistes dans différentes parties du
pays. Ensuite, le plan gouvernemental de réforme agraire ne prévoyait pas la vente obligatoire des
terres des propriétaires aux cultivateurs. Les terres distribuées aux cultivateurs dans le cadre de la
réforme agraire appartenaient principalement au gouvernement et ne représentaient que 2 %. Cette
situation est étroitement liée à la structure politique des Philippines. La structure du pouvoir aux
Philippines était, et demeure, basée sur l'oligarchie. Aux Philippines, le pouvoir politique appartient
aux propriétaires de grandes plantations, et le gouvernement contrôlé par ces propriétaires s’avère
être incapable de mettre en œuvre des réformes foncières radicales. De façon claire, aux Philippines,
lorsque vous possédez de grandes plantations, un grand nombre des membres de votre famille sont

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des politiciens. Il peut donc y avoir une mère politicienne et des enfants politiciens. Et cette famille
aura des parents politiciens. Cette organisation demeure dans la structure politique actuelle des
Philippines. Environ 75 % des législateurs du Congrès appartiennent à des « dynasties politiques ».
Tous les sénateurs élus sont millionnaires. Lorsque de riches familles propriétaires d'une grande
plantation sont élues comme des politiciens, le gouvernement se retrouve les mains liées lorsqu'il
tente de mettre en place une réforme radicale pour les paysans pauvres. Par exemple, dans les
années 1970, le décret du président Marco était très ambitieux et radical en théorie, car il permettait
aux locataires de propriétaires disposant de plus de sept hectares d'acheter les terres qu'ils
cultivaient. Cependant, seuls 4 % des terres cultivées ont été acquis et le nombre de familles
bénéficiaires ne représentait que 6 à 8 % des paysans sans-terres en 1985.

#14. Ce tableau permet d'avoir un très bon aperçu de l'impact de la réforme agraire sur l'inégalité
mesurée par le Land Gini. Entre 1945 et 1960, la Corée du Sud a réduit le Land Gini de 0,73 à 0,38.
Au cours de la même période, Taiwan a réduit le Land Gini de 0,58 seulement à 0,52. Mais il semble
impossible de trouver une différence significative dans le Land Gini des Philippines entre 1950 et
1960.

#15. Le partage avec succès des terres aux cultivateurs en Corée du Sud et à Taïwan, et l'échec aux
Philippines se sont traduits par une grande différence dans le statut économique de la population
agricole. La première et la deuxième image montrent la structure de la population agricole en Corée
du Sud et à Taïwan entre 1945 et 1965. Le nombre de propriétaires à part entière de la terre a
augmenté de façon spectaculaire dans les deux pays, et le nombre de locataires a considérablement
diminué. Il subsistait encore un nombre important de locataires-propriétaires, qui ont toutefois
bénéficié de la réforme agraire, permettant de réduire considérablement les taux de location. En
revanche, dans le cas des Philippines, aucun changement significatif n'a été observé dans le statut
économique de la population agricole entre 1948 et 1958.

Les changements structurels, ou l'absence de changement en ce qui concerne les Philippines,


comportent de nombreux impacts dans les domaines économique, social et politique. Tout d'abord,
l'augmentation du nombre de propriétaires fonciers correspond à une augmentation de la
productivité. La réduction des loyers pourrait même avoir un effet positif sur la productivité. À
Taïwan, les locataires propriétaires des terres et bénéficiant d'une réduction des loyers ont investi
davantage dans des équipements agricoles et des méthodes d'exploitation améliorées. Ainsi, à
Taïwan, les produits agricoles obtenus à la suite de la réforme foncière et de la réforme agraire se
sont accrus de près de 50 % en quatre ans par rapport aux produits obtenus avant la réforme
foncière et la réforme agraire. Ensuite, l'augmentation de la productivité et des revenus des ménages
agricoles signifie une meilleure nutrition et une meilleure santé pour les membres de la famille et
une meilleure éducation pour leurs enfants. Enfin, un pouvoir économique accru et une meilleure
éducation signifient une plus grande autonomie sur le plan politique. Les agriculteurs sont devenus
capables de dire « non » aux riches et aux propriétaires riches des grandes terres.

#16. Cette réforme agraire en Corée et à Taïwan a permis à de nombreuses personnes de quitter les
zones rurales pour s'installer dans les zones urbaines. Le graphique de gauche montre une réduction
significative de la population rurale en Corée du Sud depuis le début des années 1960.

#17. En particulier, de nombreux jeunes de ces ménages propriétaires de terres se sont déplacés vers
les zones urbaines à la recherche d'un emploi ou d'une formation.

#18. Parmi les phénomènes de transformation structurelle dans les pays en développement, il
convient de citer la réduction de la population dans le secteur agricole. La clé d'une transformation

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réussie réside dans la capacité du secteur industriel ou du secteur des services à prendre en charge la
population des zones rurales et à lui fournir des emplois décents.

Dans le cas de la Corée du Sud et de Taïwan, l'industrie à forte intensité de main-d'œuvre, en


particulier l'industrie du textile et des petits appareils, a contribué de manière significative à la prise
en charge et à la création d'emplois pour les populations rurales.

Cette diapositive révèle qu'en Corée, le secteur de l'agriculture, de la sylviculture et de la pêche a


connu une baisse significative depuis 1965, tandis que le secteur minier et manufacturier, qui fait
référence au secteur industriel, a enregistré une hausse significative depuis cette période. Il s'agit de
la période où le gouvernement sud-coréen a mis en place une industrialisation basée sur des plans de
développement économique. La politique industrielle intensive axée sur les industries à forte
intensité de main-d'œuvre s'est développée rapidement, et le secteur industriel a été en mesure de
recruter des personnes, en particulier des jeunes issus des zones rurales.

#19. Des phénomènes similaires ont pu être observés à Taïwan. Cette diapositive révèle aussi une
croissance rapide du secteur industriel à Taïwan après le début des années 1960. Tout comme la
Corée du Sud, le gouvernement taïwanais a également mis en place un programme industriel axé sur
les industries à forte intensité de main-d'œuvre, et ces secteurs industriels en pleine croissance
permettaient à la population des zones rurales de trouver un emploi. La corrélation entre la réforme
agraire et la politique industrielle a donc permis de créer d'importantes synergies favorisant le plein
emploi de la main-d'œuvre et l'augmentation de la productivité dans les zones rurales et urbaines.

#20. En revanche, comme on peut le constater sur cette diapositive, le secteur industriel des
Philippines ne semble pas avoir connu de changement significatif depuis les années 1960. Aux
Philippines, la population des zones rurales et urbaines a graduellement augmenté, mais aucun
changement important n'a eu lieu des zones rurales vers les zones urbaines. Le facteur d'attraction, à
savoir l'industrialisation dans les villes, et le facteur de répulsion, à savoir la main-d'œuvre inutilisée,
sont tous deux inexistants aux Philippines. Les habitants des zones rurales étaient sans espoir de
trouver un emploi dans les zones urbaines et incapables de scolariser leurs enfants dans les zones
urbaines. Ils se contentent de cultiver des terres agricoles en location et emploient tous les membres
de la famille afin de pouvoir accroître les rendements avec une faible productivité.

#21. Une main-d'œuvre bien formée et compétente constitue l'un des facteurs les plus importants
du développement, et la politique d'éducation occupe une place centrale dans la politique sociale
dans un contexte de développement. Le Japon impérial a considérablement influencé le système
éducatif de Taïwan et de la Corée du Sud, tandis que les États-Unis ont eu une grande influence sur le
système éducatif des Philippines. En matière d'éducation, le Japon impérial et les États-Unis ont
enregistré de meilleurs résultats par rapport aux autres impérialismes européens en Afrique.
Cependant, la couverture et le niveau de l'éducation demeuraient insuffisants pour le
développement et la Corée du Sud et Taïwan ont fourni des efforts considérables pour améliorer le
système éducatif en mettant en œuvre la réforme agraire et l'industrialisation. Le tableau montre les
efforts déployés par la Corée et Taïwan pour accroître la couverture de l'éducation à tous les niveaux
d'enseignement. En Corée du Sud et à Taïwan, le partenariat entre les secteurs public et privé a
contribué de manière significative à l'augmentation du taux de scolarisation dans le secondaire
supérieur et l'enseignement supérieur. Tout d'abord, le gouvernement a mis en place différents
canaux destinés à accroître le nombre d'étudiants de l'enseignement supérieur afin de former des
enseignants pour les écoles primaires et secondaires. Deuxièmement, le gouvernement a incité le
secteur privé à établir des écoles secondaires proposant le même programme et des enseignants de
même qualification que ceux des écoles secondaires publiques grâce à un soutien financier et à une

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réglementation administrative. Par conséquent, malgré le fait que le secteur public ait assuré
l'éducation de plus de 98% des élèves du primaire et de plus de 80% des élèves du secondaire
inférieur, l'enseignement secondaire supérieur demeure essentiellement privé. Il est important de
noter que, à l'exception de quelques écoles secondaires spéciales, les frais de scolarité et la qualité
de l'enseignement ne diffèrent pas beaucoup entre les écoles secondaires privées et publiques. En
revanche, bien qu'elles aient eu un niveau de couverture plus élevé que la Corée du Sud et Taïwan
dans les années 1950, les Philippines au contraire n'ont pas fourni d'efforts pour améliorer le
système éducatif. Le taux supérieur en matière d'enseignement supérieur aux Philippines représente
l'héritage du colonialisme américain aux Philippines, qui mettait l'accent sur la participation des
Philippins en tant qu'acteurs principaux de la gouvernance des Philippines. Dans le cas de Taïwan et
de la Corée du Sud, l'impérialisme japonais voulait employer les Taïwanais et les Coréens comme
main-d'œuvre compétente dans les industries à forte intensité de main-d'œuvre et le système
d'enseignement supérieur de Taïwan et de la Corée du Sud était peu développé par rapport à celui
des Philippines.

#22. La formation professionnelle représente aussi un secteur de politique important et constitue un


lien synergique avec d'autres politiques de développement. En Corée, les dépenses publiques en
matière de formation professionnelle se sont accrues même en pleine crise pétrolière des années
1970, comme le montre le graphique. La présence de deux sommets dans les années 1970 indique
une augmentation des dépenses de formation professionnelle en Corée du Sud, et une telle
augmentation concerne à la fois le secteur public et le secteur privé.

#23. La question de la répartition des ressources publiques constitue un élément clé de la politique
fiscale. Les gouvernements de la Corée et de Taïwan, dont l'économie était fortement dominée par
l'agriculture, ont consacré beaucoup de ressources publiques au développement rural afin de réduire
l'écart entre les niveaux de vie des zones rurales et urbaines. Face à l'augmentation des impôts du
secteur industriel, le gouvernement a consacré des ressources au développement rural, supérieures
aux montants perçus dans les zones rurales. En réalité, il s'agissait d'un transfert de ressources des
zones urbaines vers les zones rurales. Les ressources transférées des zones urbaines vers les zones
rurales étaient destinées à la modernisation des zones rurales et à l'augmentation de la productivité
du secteur agricole Le gouvernement a subventionné le développement de variétés à haut
rendement, les engrais, les machines et les équipements agricoles.

#24. La politique tarifaire constitue une autre politique destinée à réduire l'écart existant entre les
zones rurales et urbaines en termes de conditions de vie. En Corée du Sud et à Taïwan, les
gouvernements se sont efforcés d'ajuster l'indice des prix agricoles à l'indice des prix manufacturiers.
Cette démarche entraîne deux conséquences positives. Premièrement, malgré le fait que le degré
d'impact réel soit encore controversé, elle a contribué à réduire l'inflation. Deuxièmement, elle a
joué un rôle de mécanisme d'ajustement automatique afin de réduire l'écart entre les zones rurales
et urbaines en établissant un équilibre entre les niveaux de revenus des zones rurales et urbaines.
L'un des principaux outils politiques a été le programme d'achat de produits agricoles par le
gouvernement, dont le prix a été fixé en fonction de l'indice des prix manufacturiers.

#25. Dans le secteur industriel, la politique salariale faisait partie des principales politiques sociales.
Les statistiques sur les politiques salariales de la Corée du Sud et de Taïwan sont nombreuses, mais le
tableau présenté ici est simpliste et illustre la politique salariale des deux gouvernements. La part de
la main-d'œuvre dans le revenu total en Corée du Sud est restée presque la même que celle du Japon
jusqu'au milieu des années 70. Elle dépassait celle de la Suède jusque dans les années 70. Depuis les
années 1980, marquées par le début de la libéralisation de l'économie en Corée du Sud, la part du
travail dans le revenu total a considérablement diminué et depuis la fin des années 1990, avec le

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début d'une libéralisation plus radicale, la part du travail a continué à baisser. Cette réduction de la
part du travail dans le revenu correspond à une évolution mondiale, et la Corée du Sud et Taïwan ne
sont pas des exceptions. Toutefois, il convient de garder à l'esprit que la part importante du revenu
du travail en Corée du Sud jusqu'aux années 1970 a été le résultat de longues heures de travail et de
faibles rémunérations ainsi que d'un quasi plein emploi. Cette part élevée du revenu du travail en
Corée du Sud ne signifie donc pas que la rémunération a été correcte.

#26. Cependant, le gouvernement cherchait à réduire l'écart salarial entre les employés, ce qui
correspond à la « compression des salaires ». Ce graphique montre les efforts déployés par le
gouvernement coréen pour réduire l'écart salarial entre les employés dans les années 1970 et 1980
par rapport à d'autres pays. Le gouvernement sud-coréen a tenté de réduire en particulier les
salaires des PME et des grandes entreprises, ainsi que l'écart salarial entre le secteur public et le
secteur privé des années 1960 aux années 1980. Par exemple, le gouvernement annonce chaque
année la politique tarifaire applicable aux articles importants et le taux d'augmentation des salaires
du secteur public comme point de référence pour le secteur privé. Par ailleurs, le secteur privé, au
sein duquel le pouvoir de négociation des syndicats était très faible jusqu'aux années 1990, fixait le
taux d'augmentation des salaires en prenant comme référence le taux d'augmentation annoncé par
le gouvernement. L'écart salarial entre les sexes ne figure dans le programme politique que depuis
peu. Cette politique salariale ne contribue pas beaucoup à l'amélioration de la situation des
travailleurs, mais elle a été associée à d'autres politiques sectorielles telles que les politiques
commerciales et fiscales comme un élément important du système de politique sociale.

#27. Le mouvement social fait partie des domaines méconnus du discours sur la politique sociale. Or,
les mouvements sociaux peuvent parfois affecter de manière significative les politiques sociales du
gouvernement. En Corée, le gouvernement a lancé le mouvement des nouveaux villages dans les
zones rurales et urbaines au début des années 1970. Il a été conçu comme un mouvement d'auto-
assistance des personnes avec un soutien financier et administratif pour les organisateurs de groupes
d'auto-assistance. Dans les villages ruraux, les populations se sont organisées et ont amélioré leurs
conditions de vie grâce au soutien financier du gouvernement. Les besoins des villageois étaient
recensés par les habitants eux-mêmes, qui concevaient et mettaient en œuvre des projets. Un
processus similaire a été mis en place dans les zones urbaines. Malgré le fait que le mouvement des
nouveaux villages a considérablement contribué à améliorer les conditions de vie dans les zones
rurales et urbaines, sa mise en place a été décidée par le gouvernement autoritaire et l'impact à long
terme du mouvement des nouveaux villages reste une préoccupation.

#28. Par la suite, l'étude portera sur le développement des programmes d'aide sociale classiques en
Corée du Sud. Le développement des programmes d'aide sociale en termes de couverture et de
qualité est un processus de longue haleine. Cette diapositive permet de voir la manière dont certains
pays européens et nordiques ont développé leurs propres programmes d'aide sociale. Le graphique
indique la chronologie des premières lois sur l'assurance sociale dans des domaines tels que les
accidents du travail, la maladie et la santé, la retraite et le chômage. Bien que leurs trajectoires de
développement soient différentes en termes de séquence d'intervention dans les différents secteurs,
le point commun est qu'il a fallu beaucoup de temps pour établir des législations sur les programmes
d'aide sociale couvrant tous les aspects des États providence. Il est intéressant de constater que les
États-providence nordiques se sont mis à élaborer leurs législations en matière d'aide sociale alors
que leur niveau de développement socio-économique était plutôt faible par rapport à d'autres pays
européens comme l'Angleterre, l'Allemagne et les Pays-Bas. Ce constat peut constituer l'une des
preuves que les pays en voie de développement sont capables d’établir des programmes d'aide
sociale même si leur niveau de développement socio-économique est faible.

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#29. Cette diapositive montre l’évolution des programmes d'aide sociale en Corée du Sud. La ligne
bleue indique l'évolution de la couverture et de la qualité de l'enseignement obligatoire, de
l'assistance publique, de l'assurance maladie, des accidents du travail, des pensions, de l'assurance
emploi et des soins de longue durée aux personnes âgées. Et la ligne verte représente le taux de
croissance du PIB au cours de la même période. Il a fallu environ 30 ans pour atteindre la couverture
universelle et, comme on peut le voir sur le graphique, plusieurs programmes différents ont été
lancés à différents moments de l'histoire. Les programmes de protection sociale présentent des
trajectoires différentes en termes de vitesse de progression. Certains programmes se sont
développés très rapidement en termes de couverture et de qualité, tandis que d'autres ont évolué à
un rythme plus lent. Il convient de mettre en évidence l'évolution de deux programmes. Le premier
est l'assurance maladie. Le programme d'assurance maladie a débuté au début des années 1960, lors
du lancement du premier plan économique d'industrialisation par le gouvernement coréen. D'une
certaine manière, le gouvernement a lancé une politique industrielle et une politique de santé de
manière simultanée. Le second est le programme d'assurance-emploi dont la couverture a
considérablement augmenté pendant la crise financière asiatique pour atteindre une couverture
universelle pendant la crise financière. L'assurance chômage universelle a été créée et utilisée par le
gouvernement coréen comme un outil clé pour faire face à la crise financière.

#30. Lorsqu'on aborde la politique sociale transformatrice dans une perspective de développement, il
s'agit de se concentrer sur la politique sociale touchant divers domaines telles que la production, la
reproduction, la redistribution, la protection et la cohésion sociale. Dans un contexte de
développement, il semble très intéressant de voir l'impact de la politique sociale sur les questions de
gouvernance, en particulier la corruption. La politique sociale, notamment celle ayant un fort
élément de redistribution, comme les politiques de réforme agraire, les programmes de protection
sociale universelle, le transfert de ressources des zones riches vers les zones pauvres et la
compression des salaires, a un impact significatif sur la réduction des inégalités. Pour lutter contre la
corruption, la réduction des inégalités reste souvent l'action politique la plus importante. En effet,
une forte inégalité favorise l'existence d'élites politiques et économiques puissantes et d'une
importante population pauvre. Ces élites politiques et économiques puissantes sont susceptibles de
détourner des ressources politiques grâce à la corruption et aux contributions légales et illégales aux
campagnes électorales, et de créer des pratiques clientélaires par l'achat de votes et le favoritisme
dans la bureaucratie. Les grandes populations en situation d'extrême pauvreté sont amenées à
vendre leurs votes aux élites politiques et économiques puissantes pour obtenir des récompenses
immédiates, même si elles sont modestes.

#31. Il existe un contraste intéressant entre la Corée du Sud et Taïwan et les Philippines. Comme on
peut le constater, diverses politiques sociales axées sur la production, la redistribution et la
protection en Corée du Sud et à Taïwan, allant de la réforme agraire aux retraites, ont permis de
réduire de manière significative les inégalités en Corée du Sud et à Taïwan. En revanche, les
Philippines sont restées incapables de lutter contre l'inégalité et ont maintenu un niveau élevé
d'inégalité. Plusieurs indices indiquant le niveau de corruption dans les trois pays mettent en
évidence la corrélation entre le niveau d'égalité et le niveau de corruption. Les Philippines
enregistrent un grand taux d'inégalité et de corruption. La Corée du Sud et Taïwan présentent des
taux d'inégalité et de corruption inférieurs à ceux des Philippines. Étant donné que ces trois pays ont
entamé leur processus de démocratisation dans les années 1980, ils présentent des similarités sur le
plan politique. Toutefois, les différences significatives en termes de conditions sociales et
économiques, ainsi que les politiques sociales différentes visant à réduire les inégalités, se reflètent
dans les différences significatives des niveaux de corruption dans ces pays.

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#32. La présentation faite jusqu'à présent s'est concentrée sur le bon côté des expériences acquises
par la Corée du Sud et Taïwan. Il convient de prendre certaines précautions pour tirer les leçons de
ces expériences. La raison en est que les pays en voie de développement sont confrontés à plusieurs
conditions. Tout d'abord, la nature et les caractéristiques des conditions sociales, économiques,
politiques et culturelles des pays en voie de développement sont diverses. Elles ne sont pas similaires
à celles de la Corée du Sud et de Taïwan dans les années 1960 et 1970, au moment de l'élaboration
de leurs politiques sociales et économiques. De plus, les pays en voie de développement disposent
aujourd'hui de connaissances et d'enseignements dont la Corée du Sud et Taïwan ne bénéficiaient
pas dans les années 1960 et 1970. D'une certaine manière, les pays en voie de développement sont
en meilleure posture pour concevoir des politiques sociales et économiques, dans la mesure où ils
sont capables d'éviter les erreurs commises par la Corée du Sud et Taïwan dans les années 1960 et
1970. Les pays en voie de développement d'aujourd'hui peuvent également se passer du long
processus de développement grâce à une politique mieux conçue.

Dans cette optique, voici les quatre grandes leçons à retenir. Premièrement, il est possible d'avoir
des politiques visant à la fois la réduction des inégalités et une croissance économique élevée. La
relation entre l'inégalité et la croissance demeure une question très controversée dans les débats
universitaires. Cependant, les expériences de la Corée du Sud et de Taïwan montrent qu'à long terme,
avec des politiques bien conçues, les pays en voie de développement sont capables de réduire les
inégalités et d'atteindre une croissance économique élevée, ce qui améliore le niveau de
gouvernance. Deuxièmement, la perspective d'une politique sociale transformatrice, portant sur
divers aspects du développement tels que la production, la reproduction, la redistribution, la
protection et la cohésion sociale, peut contribuer de manière significative à des ensembles de
politiques de développement dans lesquels toutes les politiques sont liées entre elles pour créer des
synergies. Troisièmement, il est essentiel, comme mentionné précédemment, d'éviter les erreurs des
pays déjà développés. En ce qui concerne la Corée du Sud et Taïwan, le manque de démocratie a
représenté l'un des principaux obstacles à leur processus de développement. Toutes les politiques
étaient descendantes, et la liberté des gens était très souvent mise de côté. Il existait peu de canaux
par lesquels les personnes pouvaient participer à l'élaboration des politiques. Il est possible d'éviter
cette erreur et il convient de faire preuve d'innovation et de créativité pour élaborer de bonnes
politiques de manière démocratique. Le développement de l'Asie de l'Est est souvent décrit comme
des États développementistes ou des États développementistes autoritaires. Au XXIe siècle, il est
possible d'avoir des États développementistes inclusifs et démocratiques. Et quatrièmement, il
conviendrait d'intégrer la préoccupation de l’environnement dans la conception et la mise en œuvre
des politiques. La crise du changement climatique sévit actuellement. Il s'agit d'une crise
fondamentale au niveau mondial, et toutes les politiques de développement devraient prendre en
compte les préoccupations écologiques dans leurs plans de développement. De plus, la politique
sociale devrait également tenir compte de cette préoccupation écologique. Les concepts et les
discours sur les politiques éco-sociales ou les contrats éco-sociaux sont susceptibles de servir de
repères pour trouver des solutions plus innovantes aux problèmes écologiques et sociaux dans la
perspective d'une politique sociale transformatrice.

#33. Cette diapositive présente les principales références qui ont servi à préparer cette présentation.
Pour obtenir des explications plus détaillées sur les différentes questions abordées dans cette
présentation, il est recommandé de lire ces documents.

Merci pour votre attention.

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