Épidémiologie des candidoses à Rouen
Épidémiologie des candidoses à Rouen
Année 2015/2016 N°
THESE
pour le DIPLOME D’ETAT DE DOCTEUR EN
PHARMACIE
1
REMERCIEMENTS
pour m’avoir proposé ce sujet durant mon stage hospitalier dans votre service de
Parasitologie-Mycologie. Pour l’intérêt que vous m’avez apporté malgré votre emploi du
temps très chargé, vos conseils, vos encouragements, votre confiance et votre aide qui ont
permis l’élaboration de ce travail.
M. Gilles GARGALA,
pour m’avoir soutenu et aidé lors de mes manques d’inspiration. Pour votre écoute, votre
disponibilité, en m’accordant plusieurs heures afin de me conseiller et m’orienter dans ce
travail et votre confiance.
A mon juge,
A mon juge,
M. Michel CAILLAUD,
pour avoir aimablement accepté de participer à ce jury de thèse et pour m’avoir donné ma
chance en 2e année de Pharmacie dans votre officine (et celle de Mme Agnès CAILLAUD)
jusqu’à maintenant, et en espérant pour longtemps. Soyez assuré de l’honneur que vous me
faites par votre présence.
merci pour votre confiance, votre présence, votre soutien, votre engagement, et merci d’avoir
cru en moi lors de la Première Année Commune aux Etudes de Santé. Merci d’avoir révisé
avec moi l’année du concours, de m’avoir fait les courses et le ménage pendant la PACES, de
2
m’avoir accompagné lors d’expéditions à la recherche de plantes (pour l’herbier) et de
champignons plus récemment. Merci Papa d’avoir relu ce travail.
A Marie,
qui est depuis peu Docteur en Pharmacie. Merci d’être à mes côtés et d’avoir relu très
attentivement ce travail. Merci pour la machine à café qui me fut très utile. Merci pour tout
ce que tu m’apportes, avec tout mon amour.
A Mamie.
la liste est longue, mais dans un premiers temps merci à ceux qui ont été à mes côtés durant 6
ans, Louis, Mathilde (ma binôme de Travaux Pratiques durant plusieurs années), Guillemette,
Manon, Mona, Amandine, Dao, Aurélie (qui a partagé un de mes stages hospitaliers),
Ravaine (pour tes cours toujours très propres), Fanny (liste non exhaustive), à ma promotion,
aux amis de Marie… Merci à mes compagnons de PACES, qui maintenant sont en Médecine,
notamment à Dorine (pour m’avoir donné les cours qui me manquaient en fin de PACES),
Simon, Marie, Hélène, Hatem, Romain (avec qui j’ai bien rigolé en stage)…
Aux parents de Marie, Francis et Pascale, qui ont aimablement proposé d’imprimer ce
manuscrit.
pour m’avoir accepté, formé, conseillé et fait confiance. C’est grâce à vous que je suis ici.
A ma chienne Chouquette,
A ma chatte Minouche,
3
A ma chatte Hermine alias « Mimine »,
4
L’Université de Rouen et l’UFR de Médecine et de
Pharmacie de Rouen n’entendent donner aucune
approbation ni improbation aux opinions émises
dans cette thèse. Ces opinions sont propres à leurs
auteurs.
5
ANNEE UNIVERSITAIRE 2015 - 2016
U.F.R. DE MEDECINE ET DE-PHARMACIE DE ROUEN
-------------------------
I - MEDECINE
8
MAITRES DE CONFERENCES DES UNIVERSITES–PRATICIENS HOSPITALIERS
9
II - PHARMACIE
PROFESSEURS
MAITRES DE CONFERENCES
10
Mr Abdelhakim ELOMRI Pharmacognosie
Mr François ESTOUR Chimie Organique
Mr Gilles GARGALA (MCU-PH) Parasitologie
Mme Najla GHARBI Chimie analytique
Mme Marie-Laure GROULT Botanique
Mr Hervé HUE Biophysique et mathématiques
Mme Laetitia LE GOFF Parasitologie - Immunologie
Mme Hong LU Biologie
Mme Sabine MENAGER Chimie organique
Mme Tiphaine ROGEZ-FLORENT Chimie analytique
Mr Mohamed SKIBA Pharmacie galénique
Mme Malika SKIBA Pharmacie galénique
Mme Christine THARASSE Chimie thérapeutique
Mr Frédéric ZIEGLER Biochimie
PROFESSEURS ASSOCIES
Mme Cécile GUERARD-DETUNCQ Pharmacie officinale
Mr Jean-François HOUIVET Pharmacie officinale
PROFESSEUR CERTIFIE
Mme Mathilde GUERIN Anglais
ASSISTANT HOSPITALO-UNIVERSITAIRE
11
LISTE DES RESPONSABLES DES DISCIPLINES PHARMACEUTIQUES
12
III – MEDECINE GENERALE
PROFESSEUR
13
ENSEIGNANTS MONO-APPARTENANTS
PROFESSEURS
MAITRES DE CONFERENCES
14
TABLE DES MATIERES
REMERCIEMENTS page 2
LEXIQUE page 26
INTRODUCTION page 38
HISTORIQUE page 40
19
LISTE DES FIGURES ET TABLEAUX
21
Figure 50 : Distribution des espèces de Candida isolées au CHU de Rouen, tous services
confondus, de 2004 à 2014 (n=1968)
Figure 51 : Distribution des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds
au CHU de Rouen, tous services confondus, en 2008 (n=186)
Figure 52 : Distribution des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds
au CHU de Rouen, tous services confondus, en 2014 (n=168)
Figure 53 : Distribution des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds
au CHU de Rouen, tous services confondus, en 2011 (n=238)
Figure 54 : Distribution des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds
au CHU de Rouen, tous services confondus, en 2013 (n=235)
Figure 55 : Répartition des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds
dans le service d’Hépato-Gastroentérologie du CHU de Rouen de 2004 à 2014 (n=637)
Figure 56 : Répartition des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds
dans le service de Réanimation Chirurgicale du CHU de Rouen de 2004 à 2014 (n=424)
Figure 57 : Répartition des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds
dans le service de Réanimation Médicale du CHU de Rouen de 2004 à 2014 (n=189)
Figure 58 : Répartition des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds
dans le service d’Hépato-Gastroentérologie du CHU de Rouen en 2008 (n=57)
Figure 59 : Répartition des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds
dans le service de Réanimation Chirurgicale du CHU de Rouen en 2008 (n=43)
Figure 60 : Répartition des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds
dans le service de Réanimation Médicale du CHU de Rouen en 2008 (n=12)
Figure 61 : Répartition des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds
dans le service d’Hépato-Gastroentérologie du CHU de Rouen en 2014 (n=61)
Figure 62 : Répartition des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds
dans le service de Réanimation Chirurgicale du CHU de Rouen en 2014 (n=35)
Figure 63 : Répartition des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds
dans le service de Réanimation Médicale du CHU de Rouen en 2014 (n=16)
Figure 64 : Répartition des CMI de la caspofungine pour C. albicans de 2006 à 2014, tous
services confondus, au CHU de Rouen (n=333)
Figure 65 : Répartition des CMI de la caspofungine pour C. glabrata de 2006 à 2014, tous
services confondus, au CHU de Rouen (n=94)
22
Figure 66 : Répartition des CMI de la caspofungine pour C. parapsilosis de 2006 à 2014, tous
services confondus, au CHU de Rouen (n=47)
Figure 67 : Répartition des CMI de la caspofungine pour C. tropicalis de 2006 à 2014, tous
services confondus, au CHU de Rouen (n=59)
Figure 68 : Répartition des CMI du voriconazole pour C. glabrata de 2006 à 2014, tous
services confondus, au CHU de Rouen (n=94)
23
Tableau 9 : Médiane des CMI (µg/ml) du fluconazole, de l’itraconazole, du voriconazole, du
posaconazole, de l’amphotéricine B, de la 5-fluorocytosine et de la caspofungine en Hépato-
Gastroentérologie vis-à-vis de C. tropicalis
Tableau 10 : Médiane des CMI (µg/ml) du fluconazole, de l’itraconazole, du voriconazole,
du posaconazole, de l’amphotéricine B, de la 5-fluorocytosine et de la caspofungine en
Réanimation Chirurgicale vis-à-vis de C. albicans
Tableau 11 : Médiane des CMI (µg/ml) du fluconazole, de l’itraconazole, du voriconazole,
du posaconazole, de l’amphotéricine B, de la 5-fluorocytosine et de la caspofungine en
Réanimation Chirurgicale pour C. glabrata
Tableau 12 : Médiane des CMI (µg/ml) du fluconazole, de l’itraconazole, du voriconazole,
du posaconazole, de l’amphotéricine B, de la 5-fluorocytosine et de la caspofungine en
Réanimation Chirurgicale vis-à-vis de C. parapsilosis
Tableau 13 : Médiane des CMI (µg/ml) du fluconazole, de l’itraconazole, du voriconazole,
du posaconazole, de l’amphotéricine B, de la 5-fluorocytosine et de la caspofungine en
Réanimation Chirurgicale vis-à-vis de C. tropicalis
Tableau 14 : Médiane des CMI (µg/ml) du fluconazole, de l’itraconazole, du voriconazole,
du posaconazole, de l’amphotéricine B, de la 5-fluorocytosine et de la caspofungine en
Réanimation Médicale vis-à-vis de C. albicans
Tableau 15 : Médiane des CMI (µg/ml) du fluconazole, de l’itraconazole, du voriconazole,
du posaconazole, de l’amphotéricine B, de la 5-fluorocytosine et de la caspofungine en
Réanimation Médicale vis-à-vis de C. glabrata
Tableau 16 : Médiane des CMI (µg/ml) du fluconazole, de l’itraconazole, du voriconazole,
du posaconazole, de l’amphotéricine B, de la 5-fluorocytosine et de la caspofungine en
Réanimation Médicale vis-à-vis de C. parapsilosis
Tableau 17 : Médiane des CMI (µg/ml) du fluconazole, de l’itraconazole, du voriconazole,
du posaconazole, de l’amphotéricine B, de la 5-fluorocytosine et de la caspofungine en
Réanimation Médicale vis-à-vis de C. tropicalis
Tableau 18 : Fréquence (%) des résistances des isolats de Candida issus de prélèvements
profonds au CHU de Rouen, tous services confondus, en 2006
Tableau 19 : Fréquence (%) des résistances des isolats de Candida issus de prélèvements
profonds au CHU de Rouen, tous services confondus, en 2007
24
Tableau 20 : Fréquence (%) des résistances des isolats de Candida issus de prélèvements
profonds au CHU de Rouen, tous services confondus, en 2008
Tableau 21 : Fréquence (%) des résistances des isolats de Candida issus de prélèvements
profonds au CHU de Rouen, tous services confondus, en 2012
Tableau 22 : Fréquence (%) des résistances des isolats de Candida issus de prélèvements
profonds au CHU de Rouen, tous services confondus, en 2013
Tableau 23 : Fréquence (%) des résistances des isolats de Candida issus de prélèvements
profonds au CHU de Rouen, tous services confondus, en 2014
Tableau 24 : Taux (%) de résistance de C. albicans, C. glabrata, C. parapsilosis et C.
tropicalis à la caspofungine et de C. glabrata au voriconazole au CHU de Rouen, tous
services confondus, en 2006
Tableau 25 : Taux (%) de résistance de C. albicans, C. glabrata, C. parapsilosis et C.
tropicalis à la caspofungine et de C. glabrata au voriconazole au CHU de Rouen, tous
services confondus, en 2007
Tableau 26 : Taux (%) de résistance de C. albicans, C. glabrata, C. parapsilosis et C.
tropicalis à la caspofungine et de C. glabrata au voriconazole au CHU de Rouen, tous
services confondus, en 2008
Tableau 27 : Taux (%) de résistance de C. albicans, C. glabrata, C. parapsilosis et C.
tropicalis à la caspofungine et de C. glabrata au voriconazole au CHU de Rouen, tous
services confondus, en 2009
Tableau 28 : Taux (%) de résistance de C. albicans, C. glabrata, C. parapsilosis et C.
tropicalis à la caspofungine et de C. glabrata au voriconazole en 2010
Tableau 29 : Taux (%) de résistance de C. albicans, C. glabrata, C. parapsilosis et C.
tropicalis à la caspofungine et de C. glabrata au voriconazole au CHU de Rouen, tous
services confondus, en 2011
Tableau 30 : Taux (%) de résistance de C. albicans, C. glabrata, C. parapsilosis et C.
tropicalis à la caspofungine et de C. glabrata au voriconazole au CHU de Rouen, tous
services confondus, en 2012
Tableau 31 : Taux (%) de résistance de C. albicans, C. glabrata, C. parapsilosis et C.
tropicalis à la caspofungine et de C. glabrata au voriconazole au CHU de Rouen, tous
services confondus, en 2013
25
Tableau 32 : Taux (%) de résistance de C. albicans, C. glabrata, C. parapsilosis et C.
tropicalis à la caspofungine et de C. glabrata au voriconazole au CHU de Rouen, tous
services confondus, en 2014
26
LEXIQUE
Absorbotrophe : se dit d’un champignon qui se nourrit par absorption, absorbant les
nutriments à travers la paroi externe.
Absorption : ensemble des mécanismes de transport par lesquels une substance pénètre dans
la cellule.
Acide aminé : acide organique dont la molécule porte aussi une fonction amine.
Acide désoxyribonucléique : molécule présente dans toutes les cellules vivantes et
renfermant l’ensemble des informations nécessaires au développement et au fonctionnement
d’un organisme ; molécule présente dans chaque cellule (noyau et mitochondries), où il
contient la presque totalité de l’information génétique de l’individu.
Acide périodique de Schiff : réaction histochimique utilisée pour mettre en évidence in situ
la présence de certaines substances glucidiques dans les cellules ou les tissus.
Acide ribonucléique : acide nucléique fait d’une chaîne de nucléotides dans laquelle le sucre
est le ribose et les bases l’adénine, la cytosine, la guanine et l’uracile.
Actinomycète : bactérie formant des filaments ramifiés, à Gram positif, aérobie ou
anaérobie.
Aérobie : se dit d’un organisme qui a besoin d’oxygène pour sa croissance ; se dit d’un
milieu où la pression partielle de l’oxygène est voisine de celle de l’air ; se dit d’un processus
se déroulant en présence d’oxygène.
Agar : ensemble de polyosides hétérogènes extraits d’algues, ayant la propriété de former un
gel en solution concentrée à basse température.
Amplification : méthode qui a pour but d’augmenter le nombre de copies d’un segment cible
d’acides nucléiques de manière à permettre sa détection.
Anamorphe : forme asexuée ou imparfaite d’un champignon.
Antibiothérapie : utilisation thérapeutique des antibiotiques.
Anticorps monoclonal : catégorie d’anticorps qui ont la particularité d’avoir une structure et
une fonction identique et qui sont produits par un clone de cellules lymphoïdes provenant
toutes d’une seule cellule initiale et donc toutes identiques entre elles sur le plan génétique.
Antigène : agent qui, introduit dans un organisme par des voies autres que digestive,
provoque la formation d’anticorps réagissant spécifiquement avec lui.
27
Asexué : sans sexe.
Balanite : inflammation, aiguë ou chronique, de la muqueuse du gland, souvent associée à
une inflammation du prépuce.
Bile : suc digestif secrété par les hépatocytes, liquide jaune doré, noircissant à l’air, visqueux,
très amer.
Blastoconidie : spore fongique asexuée résultant du bourgeonnement de la cellule mère.
Bourgeonnement : mode de reproduction asexuée, habituel chez les levures, dont la cellule
mère émet une boursouflure qui grossit et se détache en laissant une cicatrice sur la cellule
mère ou qui y reste attachée.
Candidémie : présence dans le sang de champignons levuriformes du genre Candida.
Candidose oesophagienne : infection opportuniste la plus fréquente chez les malades
atteints du syndrome d’immunodéficience acquise.
Candidose oropharyngée : candidose caractérisée par la présence au niveau de la bouche et
du pharynx de pseudomembranes blanches adhérentes à une muqueuse inflammatoire et
parfois ulcérée.
Caractères phénotypiques : élément de description du phénotype d’un être vivant, plus ou
moins arbitrairement délimité par l’observateur.
Caryotype : aspect morphologique des chromosomes d’un individu établi par une analyse
cytogénétique de leur forme et de leur nombre.
Cation : atome ou groupement d’atomes chargé positivement.
Chitine : forme le squelette cutané des Arthropodes (animal invertébré).
Chlamydospores : grosses spores de C. albicans, à paroi épaisse, situées à l’extrémité des
rameaux pseudomycéliens et qui constituent une forme de résistance.
Clairance : volume de plasma totalement épuré par minute d’une substance déterminée.
Commensal : organisme vivant au contact ou à l’intérieur d’un hôte, sans provoquer chez
celui-ci d’effet nuisible ou utile.
Corticothérapie : traitement utilisant les dérivés de la cortisone.
Créatinémie : présence ou teneur de créatine dans le sang, exclusivement présente dans les
hématies.
Cytochrome : chromoprotéine héminique cellulaire, jouant le rôle de transporteur
d’électrons dans des complexes multienzymatiques d’oxydoréduction.
Cytoplasme : contenu cellulaire, séparé du milieu extérieur par la membrane cytoplasmique
externe et du noyau par la membrane nucléaire.
28
Dermatophyte : champignon parasitant les zones kératinisées et les phanères, produisant des
lésions cutanées superficielles.
Dimorphique : se dit d’un champignon (micromycète) dont la forme parasitaire diffère de la
forme saprophyte.
Ecouvillon : tampon compact de coton ou d’alginate stérile fixé à l’extrémité d’une tige de
bois, de matière plastique ou de métal, destiné à prélever la microflore d’un endroit donné en
vue d’une analyse microbiologique.
Electrophorèse : déplacement orienté de molécules ou de particules chargées
électriquement, placées en solution dans un champ électrique.
Embolie : se définit par la migration et arrêt dans le système vasculaire veineux ou artériel,
d’un fragment solide ou gazeux (embole) constituant un obstacle temporaire ou permanent à
la circulation veineuse.
Endocardite : maladie d’origine inflammatoire ou infectieuse de l’endocarde frappant avec
prédilection les valves du cœur.
Endophtalmie : inflammation majeure du globe oculaire intéressant surtout les couches
profondes (rétine et choroïde) ainsi que le vitré, mais respectant la tunique sclérale.
Enzyme : substance de nature protéinique, généralement macromoléculaire, douée d’une
activité catalytique vis-à-vis de molécules, appelées substrats.
Ergostérol : stérol végétal isolé principalement des champignons et de l’ergot de seigle.
Ester : composé formé par la condensation d’un acide et d’un alcool avec élimination d’une
molécule d’eau.
Eucaryote : organisme dont les chromosomes sont séparés du cytoplasme par une membrane
nucléaire.
Folliculite candidosique : inflammation et infection du follicule pileux (cuir chevelu et
autres zones pileuses).
Fongémie : septicémie d’origine fongique
Fongicide : qui inhibe la prolifération des champignons (micromycètes) en les détruisant.
Fongistatique : qui inhibe la prolifération des champignons (micromycètes) sans les détruire.
Glucane : molécule formée par le groupement de plusieurs molécules de glucose par des
liaisons osidiques.
Glucide : composé organique contenant un ou plusieurs oses ou dérivés d’oses.
Glucose, galactose, maltose, saccharose, lactose, raffinose : sucre simple et sucres
isomères et dérivés du glucose.
29
Glycolipide : lipide dont la structure comporte des glucides.
Glycoprotéine : protéine dont la structure comporte un ou plusieurs enchaînements
glucidiques.
Glycosphingolipide : lipide contenant de la sphingosine ou une base apparentée telle que la
sphinganine et comportant un ou plusieurs oses.
Glycosylation : fixation d’un radical osidique ou glycanique sur une molécule.
Glycosylphosphatidylinositol : composé glycolipidique présent dans les membranes
cellulaires.
Gram : technique de coloration différentielle.
Hémoculture : prélèvement de sang que l’on ensemence dans des milieux de culture
convenables en vue de déceler la présence de microorganismes pathogènes dans la
circulation.
Hépatomégalie : augmentation du volume du foie.
Hétérotrophe : se dit d’un champignon qui utilise pour se nourrir les matières organiques
constituant ou ayant constituées d’autres organismes.
Hexosaminidase : enzyme catalysant l’hydrolyse d’une liaison osidique dans laquelle est
engagée la fonction réductrice d’une hexosamine (galactosamine, glucosamine…).
Homopolymère : polymère dont les chaînes ne renferment qu’une seule espèce de motif
monomère.
Hormones stéroïdiennes : chacune des hormones ayant une structure dérivée des stérols.
Hyperleucocytose : nombre augmenté des leucocytes, dépassant 10 000 par µL de sang.
Hyphe : filament mycélien.
Immunodéprimé : se dit d’un sujet en état de dépression immunitaire acquise ou
congénitale.
Immunité à médiation cellulaire : immunité spécifique, acquise ou passive, reposant sur
l’intervention de lymphocytes T sensibilisés, transmissible par ces lymphocytes, intervenant
dans les phénomènes d’hypersensibilité retardée, dans la résistance à de nombreuses
infections fongiques, bactériennes et virales ainsi que dans les réaction aux cancers, dans le
rejet des greffes, dans les auto-immunités et dans certains formes d’allergies.
Immunité à médiation humorale : immunité spécifique, acquise ou passive, dépendant de
l’intervention d’anticorps produits par les lymphocytes B et les plasmocytes, transmissible
par le sérum et intervenant dans les hypersensibilité de type I, II et III.
30
Immunochromatographie : technique associant la chromatographie et l’utilisation
d’anticorps monoclonaux pour former un complexe antigène-anticorps avec ceux présents sur
les microsphères qui migrera sur la plaque de chromatographie.
Immunoenzymatique : technique de dosage de protéines utilisant la fixation par affinité
spécifique d’anticorps sur lesquels ont été attachées des molécules d’enzymes susceptibles
d’être révélées quantitativement par une réaction colorée.
Immunofluorescence : technique de laboratoire employée pour déterminer la présence et la
localisation d’un antigène dans une préparation microscopique (coupe de tissu, frottis
cellulaire…) ou d’un anticorps dans un sérum pathologique, à l’aide d’anticorps marqués
avec un composé fluorescent puis examiné au microscope en lumière ultraviolette.
Immunohistochimie : méthode de détection d’antigènes tissulaires sur les tissus ou sur
frottis cellulaires (immunocytochimie) à l’aide d’anticorps couplés à un fluorochrome ou à
une enzyme.
Immunosérum : sérum sanguin d’un animal ou d’un humain sain, qui contient des anticorps
développés contre une substance qui a été inoculée à faible dose.
Imprégnation argentique de Gomori-Grocott : application à la détection des champignons
de la méthode de Gomori à l’argent méthénamine.
Incidence : en épidémiologie, nombre de cas nouveaux d’une maladie, de personnes atteintes
ou de tout autre événement recensé, survenant dans une population, une région pendant un
temps donné.
Inducteur enzymatique : ce sont des substances qui augmentent l’activité de très nombreux
systèmes enzymatiques de l’organisme, dont le cytochrome P450.
Infection nosocomiale : infection contractée par un malade à l’occasion de soins reçus dans
un établissement hospitalier ou en dehors de celui-ci.
Inhibiteur enzymatique : ce sont des substances qui diminuent l’activité de très nombreux
systèmes enzymatiques de l’organisme, dont le cytochrome P450.
Inoculum : matériel contenant des microorganismes viables avec lequel on ensemence un
milieu de culture, un organisme vivant, un milieu inerte ; introduction d’un nombre défini de
bactéries ou de virus dans un milieu de culture vivant ou inerte.
Intertrigo candidosique : dermatose inflammatoire des plis causés par des levures du genre
Candida.
Laminine : glycoprotéine présente dans les lames basales des matrices extracellulaires,
constituée d’au mois 3 sous unités liées par des pont disulfures.
31
Leucopénie : diminution du nombre de leucocytes en valeur absolue.
Levure : champignon unicellulaire se reproduisant par bourgeonnement.
Lipide : substance non hydrosoluble dans la constitution de laquelle entre un acide gras sous
forme d’ester ou d’amide.
Liquide céphalo-rachidien : liquide qui remplit l’espace arachnoïdien, les ventricules
cérébraux et le canal central de la moelle spinale.
Liquide de lavage broncho-alvéolaire : liquide obtenu après lavage d’un territoire
alvéolaire à l’aide de sérum physiologique puis recueil de ce liquide entre chaque lavage et
analyse.
Macrolides : antibiotiques bactériostatiques inhibant la biosynthèse des protéines.
May-Grünwald-Giemsa : coloration cellulaire par un mélange d’éosine, de bleu de
méthylène et d’alcool méthylique et un mélange d’éosine, d’azur méthylique et de glycérine.
Membrane nucléaire : membrane séparant le noyau du contenu cellulaire, du cytoplasme et
du milieu extérieur.
Méningite : atteinte inflammatoire des méninges.
Milieu chromogène ou fluorogène : milieu contenant des substrats non colorés incorporés
dans le milieu gélosé et absorbés par une espèce de champignon produisant une substance
colorée (métabolite) caractéristique de cette espèce.
Milieu Sabouraud : milieu gélosé (glucose, peptone et agar) classique en mycologie, auquel
on ajoute des antibiotiques ou antifongiques pour inhiber la croissance de l’espèce à tester.
Mitochondrie : organite intracytoplasmique responsable du métabolisme énergétique de la
cellule.
Monomère : molécule de masse relativement basse susceptible de s’associer ou se condenser
avec d’autres molécules identiques pour former des polymères ou des polycondensés.
Mucolytique : médicament capable de fluidifier les sécrétions bronchiques visqueuses par
action directe sur les mucopolysaccharides du mucus, facilitant ainsi leur expectoration.
Muguet buccal : manifestation la plus commune des candidoses oropharyngées avec, sur une
muqueuse érythémateuse, de petites plaques blanchâtres d’aspect « lait caillé » plus ou moins
adhérentes.
Myalgie : douleur musculaire.
Mycélium : ensemble des hyphes constituant le thalle d’un champignon.
Mycète : champignon.
Nécrose : mortification de cellules ou de tissus privés de leurs apports nutritionnels et vitaux.
32
Néphrotoxicité : effet néfaste sur le parenchyme rénal de nombreux agents tels que les
métaux lourds, dont le mercure et certains médicaments.
Nodule : grosseur anormale de forme généralement arrondie, qui se développe à la surface
d’un tissu ou d’un organe.
Nosologie : étude de la définition, de la classification et des caractères distinctifs des
maladies.
Nucléole : organite cellulaire des Eucaryotes contenant l’organisateur nucléolaire, les ARN
précurseurs des ARN ribosomiques, et des protéines.
Obnubilation : trouble déficitaire de la vigilance dominé par un engourdissement psychique,
une orientation temporospatiale défectueuse et une perception de la réalité à travers un nuage
ou un écran.
Onyxis : terme désignant l’atteinte chronique d’un ongle résultant d’une inflammation du
derme sous-unguéale.
Pétéchie : tâche cutanée purpurique punctiforme ne s’effaçant pas à la vitropression,
correspondant à une extravasation intradermique localisée d’hématies.
Phagocytose : phénomène par lequel certaines cellules, polynucléaires et macrophages
essentiellement, ont le pouvoir de capturer et détruire les particules étrangères en plusieurs
étapes.
Phlébite : atteinte infectieuse ou inflammatoire de la paroi d’une veine.
Phospholipide : lipide contenant une molécule d’acide phosphorique liée par une liaison
ester.
Photophobie : grande sensibilité à la lumière donnant une impression subjective pénible et
même douloureuse.
Pigment chlorophyllien : principal pigment assimilateur des végétaux photosynthétiques.
Plasmalemme : membrane limitante externe d’une cellule animale.
Pluricellulaire : se dit des espèces vivantes qui, pendant la plus grande partie de leur cycle
reproductif, sont formées de plusieurs cellules constituant des tissus différenciés et des
organes distincts.
Pneumonie : inflammation aiguë du parenchyme pulmonaire d’origine infectieuse se
manifestant sous la forme de foyers multiples ou d’un foyer unique.
Pneumopathie : inflammation, d’origine infectieuse ou non, atteignant le parenchyme
pulmonaire dans la partie distale des voies aériennes comprenant les bronchioles respiratoires
et les alvéoles.
33
Pôle hydrophile : pôle qui a une affinité pour l’eau.
Pôle hydrophobe : pôle qui n’a aucune affinité pour l’eau.
Polymerase Chain Reaction : technique d’amplification génique en chaîne par une
polymérase ; méthode de multiplication in vitro des acides nucléiques ou de leurs fragments,
faisant intervenir des cycles successifs d’appariements d’oligonucléotides spécifiques et
d’élongation à l’aide d’une ADN-polymérase.
Polymère : se dit d’un corps dont la formule chimique est un multiple entier de celle d’un
autre appelé monomère.
Polymérisation : opération consistant en la formation de polymères à partir de monomères.
Polysaccharide : macromolécule glucidique de masse moléculaire élevée, exclusivement
constituée par des oses ou par des dérivés d’oses.
Potentiel hydrogène : unité exprimant l’acidité d’une solution aqueuse qui se mesure par le
potentiel électrique en ions hydrogène.
Protéine : macromolécule polypeptidique.
Protiste : membre du règne des Protista qui regroupe les organismes unicellulaires : algues,
champignons et protozoaires (protistes eucaryotes) et bactéries (protistes procaryotes).
Prurit : sensation subjective localisée au tégument, presque toujours définie par la réaction
motrice qu’elle déclenche chez le sujet, c’est-à-dire le grattage.
Pseudomycélium : ensemble de levures très allongées, restant attachées les unes aux autres,
et qui a donc l’allure d’un filament.
Purpura : tâche hémorragique de couleur rouge et ne s’effaçant pas à la vitropression due à
la présence dans le derme de sang extravasé.
Pustule : lésion dermatologique élémentaire désignant une petite cavité remplie de pus.
Pyélonephrite : inflammation des structures intrarénales, portant à la fois sur le parenchyme
et la voie excrétrice.
Rash : éruption cutanée de courte durée.
Saprophyte : organisme vivant dans la nature, et normalement dépourvu de pouvoir
pathogène.
Scotome : lacune, ou îlot de non perception, fixe du champ visuel.
Sensibilité : en statistique, fréquence de l’existence d’un signe chez les patients atteints d’une
affection déterminée, c’est-à-dire la probabilité de la présence du signe permettant de
reconnaître l’existence d’une maladie lors de la découverte du signe.
Septa : cloison séparant deux cavités.
34
Septation : développement d’une cloison à l’intérieur d’une cellule en division aboutissant à
la formation de deux cellules filles.
Séquence nucléotidique : en biologie, suite orientée des constituants d’une macromolécule,
ici suite d’ester phosphorique d’un nucléoside qui est constitutif des chaînes d’ADN et
d’ARN.
Sérum : liquide clair, légèrement jaune-verdâtre, se séparant du caillot après coagulation du
sang, se distinguant du plasma par le fait qu’il ne contient plus les facteurs, consommés par la
coagulation, en particulier le fibrinogène.
Sidéen : se dit d’un patient infecté par le VIH au stade du SIDA.
Spécificité : indice informationnel apporté par l’absence d’un signe chez les sujets qui ne
sont pas malades, c’est-à-dire la probabilité de l’absence d’un signe si la maladie n’existe
pas.
Splénomégalie : augmentation du volume de la rate, appréciable par la palpation quand elle
devient volumineuse.
Spondylodiscite : atteinte inflammatoire d’un disque intervertébral et des plateaux
vertébraux adjacents.
Spore : élément de dissémination susceptible de se développer soit de façon asexuée, soit de
façon sexuée.
Squelette microfibrillaire : petite fibre mesurant de 20 à 40 nm faisant parti de la fibre de
collagène qui est une glycoprotéine du tissu conjonctif.
Stérol : alcool tétracyclique faisant partie des dérivés polyisopréniques, dont le noyau est dit
« stérane ».
Taxonomie : terme largement utilisé pour désigner l’ensemble des règles de la classification
des êtres vivants.
Thalle : ensemble de l’appareil végétatif et reproducteur d’un champignon.
Thrombopénie : diminution du nombre de plaquettes au-dessous de 150 000 par mm3 de
sang circulant.
Triacylglycérol : ester du glycérol et de 3 restes d’acides gras.
Tube germinatif : structure courte et tubulaire, issue d’une conidie ou d’une spore et qui
correspond à la formation initiale d’un hyphe.
Ulcération : perte de substance localisée, plus ou moins ancienne, en rapport avec un foyer
inflammatoire sous-jacent, d’origine infectieuse, toxique ou vasculaire.
35
Unicellulaire : se dit des animaux ou des végétaux constitués durant tout, ou presque tout
leur cycle reproductif par une seule cellule.
Urétrite : inflammation de l’urètre.
Vaccinostyle : plume métallique pointue à bords tranchants.
Vacuole : cavité dans le cytoplasme.
Vaginite : inflammation de la muqueuse vaginale.
Valve native : se dit d’une valve naturelle.
Végétation cardiaque : excroissance pathologique, plus ou moins importante, localisée au
niveau du cœur, très souvent au cours d’endocardites infectieuses.
Voie parentérale : mode d’introduction de composés dans l’organisme par voie d’entrée
vasculaire.
36
LISTE DES ABREVIATIONS
°C : degré Celsius
5-FC : 5-fluorocytosine
5-FU : 5-fluorouracile
α : alpha
β : béta
δ : delta
µm : micromètre
ADN : acide désoxyribonucléique
ARN : acide ribonucléique
C. albicans : Candida albicans
CHU : centre hospitalier universitaire
CMI : concentration minimale inhibitrice
GPI : glycosylphosphatidylinositol
h : heure
LBA : liquide de lavage broncho-alvéolaire
LCR : liquide céphalo-rachidien
MGG : May-Grünwald-Giemsa
min : minute
mL : millilitre
nm : nanomètre
PCB : pomme de terre, carotte, bile
pH : potentiel hydrogène
RAT : riz, agar et tween
SIDA : syndrome de l’immunodéficience acquise
UFC/mL : unité formant des colonies par millilitre
VIH : virus de l’immunodéficience humaine
37
INTRODUCTION
Les espèces du genre Candida sont des levures asexuées classées dans le groupe des
Fungi imperfectii, parmi lesquelles la plupart sont dimorphiques, formant des cellules
arrondies ou ovales avec un bourgeonnement typique, les blastoconidies, ou fabriquant des
pseudohyphes [1].
Ce genre comprend plus de 200 espèces, mais seule une dizaine sont impliquées dans
un processus pathologique chez l'Homme [2]. On retrouve principalement C. albicans, C.
glabrata, C. parapsilosis, C. tropicalis, C. kefyr et C. krusei et dans une moindre mesure C.
lusitaniae, C. pulcherrima et C. dubliniensis [3]. Plus rarement, sont isolées des espèces
comme C. inconspicua, C. metapsilosis, C. norvegensis, C. pelliculosa, C. sake et C.
sphaerica.
Les candidoses, infections fongiques dues au genre Candida, peuvent être invasives
ou superficielles. Elles entraînent des atteintes cutanées et des muqueuses, voire viscérales
profondes, pouvant avoir une lourde morbi-mortalité chez les patients immunodéprimés mais
aussi chez ceux présentant des facteurs de risques tels qu’un âge avancé, une thérapeutique
agressive, une chimiothérapie intensive… [3].
L'arsenal thérapeutique comprend des polyènes (amphotéricine B et nystatine), une
pyrimidine (5-fluorocytosine), des dérivés azolés (kétoconazole, fluconazole, itraconazole,
voriconazole, posaconazole et plus récemment l’isavuconazole) et des échinocandines
(caspofungine, nidulafungine et micafungine) [4]. Cependant, certaines espèces développent
des mécanismes de résistance au traitement antifongique. La diversité des espèces de
Candida impliquées, de la multiplication des conditions cliniques et notamment des facteurs
d'immunodépression, stimule la recherche et le développement de nouvelles molécules
antifongiques.
1. Voss A., Verweij P. Epidémiologie. Tendances actuelles des infections systémiques à Candida. In : Les
candidoses systémiques, JIDIF. Paris, Optimed Editions, 2001.
2. Barnett JA., Payne RW., Yarrow D. Yeasts – characteristics and identification. Cambridge University Press,
New York, 1991.
3. Chabasse D., Robert R., Marot A., Pihet M. Candida pathogènes. Paris, Lavoisier, Editions TEC et DOC,
2006.
4. Dannaoui E. Principaux antifongiques systémiques : mécanismes d’action et de résistances, spectres,
indications : DIU Stratégies thérapeutiques en maladies infectieuses. Paris, 31 mai 2007 : 2.
38
Après avoir présenté les différentes espèces de Candida pathogènes pour l’Homme,
nous nous intéresserons, grâce à une étude rétrospective réalisée au Centre Hospitalier
Universitaire (CHU) de Rouen de 2004 à 2014, à l’épidémiologie et à la sensibilité aux
antifongiques des espèces isolées à partir de prélèvements issus sites profonds.
39
HISTORIQUE
Les infections à Candida existent probablement depuis très longtemps, puisque l'on
retrouve la trace d’écrits d’Hippocrate décrivant le muguet buccal au IVème siècle avant
Jésus-Christ [3].
Cependant il faut attendre le début du XIXème siècle pour voir apparaître la
mycologie médicale et plus précisément 1839 pour que Langenbeck décrive pour la première
fois le champignon responsable du muguet chez l'Homme. Quelques années plus tard, ce
champignon est nommé Oïdium albicans, puis Monilia albicans à cause de son rôle dans les
monilioses, puis Candida albicans en 1923 par Berkhout, pour différencier le pathogène
humain des champignons du genre Monilia [3].
De plus, ce n'est qu'en 1969 que Wittaker décompose le monde vivant en un système
à cinq règnes taxonomiques. On distingue le règne des Monomères (bactéries, mycobactéries,
actinomycètes, et algues bleues et vertes), de celui des Protistes (protozoaires, mycétozoaires,
algues brunes, rouges et vertes et oomycètes), des Fungi (levures, champignons à thalle
filamenteux), des Plantes et celui des Animaux, alors qu'au XVIIIème siècle le monde n'était
divisé qu'en deux groupes, les Animaux et les Végétaux [3].
Le genre Candida regroupe des levures dont la plupart des caractères phénotypiques
sont retrouvés chez les Ascomycota, dans le règne des Fungi [5].
Les levures sont des organismes eucaryotes possédant un noyau, une membrane
nucléaire entourant le noyau, un cytoplasme contenant plusieurs organites (vacuole,
mitochondries...) et une paroi entourant la cellule principalement composée de chitine, de
mannoprotéines et de béta-(β)-glucanes [10].
La paroi cellulaire est indispensable à la survie des levures du genre Candida car elle
assure leur forme, leur stabilité mécanique, et permet donc de conserver l'intégrité cellulaire.
Celle-ci doit être d'une grande plasticité pour pouvoir s'étendre lors des multiplications, et
réagir aux diverses agressions extérieures, physiques et chimiques, voire au stress. Elle joue
aussi un rôle important lors de l'interaction avec les cellules de l'hôte [12].
Elle est composée de polysaccharides à hauteur de 80 à 90 %, principalement de
mannoprotéines (polymères de mannoses liés à des protéines par des liaisons covalentes), de
β-glucanes (polymères de glucoses) et de chitine (polymères de N-acétyl-glucosamines).
Cela représente 15 à 30 % du poids sec de la levure [12].
Ainsi on peut décomposer sa composition comme telle : [12] [13]
- 55 % de glucanes ;
- 35 % de mannoprotéines ;
- 1 à 7 % de lipides ;
- 1 à 3 % de chitine.
- la couche externe qui est la couche se trouvant directement en contact avec les
cellules de l'hôte, contenant majoritairement des protéines et des glycoprotéines mais
également des fimbriae, qui sont des réseaux denses fibrilleux à projection radiale, jouant un
12. Ruiz-Herrera J., Elorza M. V., Valentin E., Sentandreu R. Molecular organization of the cell wall of
Candida albicans and its relation to pathogenicity. FEMS Yeast Res. 2006 ; 6:14-29.
13. Chauhan N., Li D., Singh P., Calderone R., Krippa M. The cell wall of Candida spp. in Candida and
Candidiasis. ASM Press Washington DC 2002 ; 159.
44
rôle majeur dans l'adhérence des levures aux cellules épithéliales de l'hôte, plus précisément
aux glycosphingolipides [12] ;
- la zone centrale qui est riche en β-(1,3) et β-(1,6)-glucanes, liés par des liaisons
covalentes à la chitine [12] ;
- la région interne qui est riche en mannoprotéines et contenant des invaginations
membranaires permettant l'ancrage à la paroi [12].
14. Grubb E. W. Sarah, Murdoch Craig, Sudbery E. Peter, Saville P. Stephen, Lopez-Ribot L. Jose, Thornhill H.
Martin. Candida albicans-Endothelial Cell Interactions : a Key Step in the Pathogenesis of Systemic
Candidiasis. [Link] consulté le 23 juillet 2015.
45
I.2.3. COMPOSITION BIOCHIMIQUE DE LA
PAROI DE CANDIDA
46
Les protéines pariétales représentent 6 à 25 % du poids de la paroi [13]. Elles sont
souvent associées à des glucides formant des glycoconjugués, le plus souvent des
mannoprotéines. Elles sont liées aux β-(1,3)-glucanes par des liaisons covalentes, soit
directement soit par l'intermédiaire d'un β-(1,6)-glucanes et d'un GPI [15]. Les protéines à
ancres GPI regroupent différentes protéines aux fonctions importantes dont les adhésines (Als
et Hwp), impliquées dans l'adhérence et la filamentation et pHR1 et pHR2, impliquées dans
l'assemblage de la paroi et la filamentation pH dépendante [15] [16].
15. Albrecht A., Felk A., Pichova I., Neglik J., Schaller M., De Groot P., Maccallum D., Odds F., Schafer., Klis
F., Monod M., Hube B. Glycosylphosphatidylinositol-anchored Proteases of Candida albicans targets proteins
necessary for both cellular processes and host pathogen interactions. J Biol Chem 2006 ; 281 : 688-694.
16. Baldo A., Mathy A., Vermout S., Tabart J., Losson B., Mignon B. Les mécanismes d’adhérence des
champignons responsables des mycoses superficielles. Ann Méd Vét 2007 ; 151: 192-199.
17. Sanglard D., Ischer F., Parkinson T., Falconer D., Bille J. Candida albicans mutations in the ergosterol
biosynthetic pathway and resistance to several antifungal agents. Antimicrob Agents Chemother 2003 ; 47 :
2404-12.
47
Figure 4 : Biosynthèse de l'ergostérol chez C. albicans [3]
48
I.2.5. ADHERENCE DES CANDIDA AUX
CELLULES DE L'HOTE
Dans un premier temps, tout microorganisme doit adhérer à des constituants de l'hôte
avant de faire partie de la flore commensale ou d’être un parasite. Cette étape est nécessaire
avant toute colonisation, ainsi que pour la survie de la levure [18]. Ce phénomène
d'adhérence est la première étape de pathogénicité lors de la dissémination. Les Candida ont
la capacité d'adhérer aux cellules et aux tissus de l'hôte mais aussi aux dispositifs médicaux
introduits dans l'organisme (cathéters, prothèses...). Ces interactions peuvent être spécifiques
ou non spécifiques : l'adhérence spécifique implique un système de reconnaissance de type
ligand-récepteur, tandis que l'adhérence non spécifique dépend de forces de nature
électrostatique de type Van Der Waals ou d'interactions hydrophobes [16].
Une adhésine, faisant partie d’une interaction spécifique, est un composant de la
surface cellulaire d'un microorganisme qui lui permet d'adhérer aux cellules de l'hôte en se
liant à des molécules présentes à leur surface. Les adhésines identifiées chez les champignons
pathogènes sont principalement des protéines et des mannoprotéines.
Certaines espèces de Candida privilégient des localisations. Par exemple, C. albicans
semble avoir une meilleure adhérence à l’épithélium de la cavité buccale que C. tropicalis.
Par ailleurs, C. albicans et C. glabrata ont une forte affinité pour l’épithélium vaginale [19].
On retrouve des adhésines spécifiques multiples et diverses qui sont impliquées dans
des interactions avec les levures. En effet, un certain nombre d’études semblent prouver que
le fait de supprimer une seule adhésine n’entraîne qu’une faible diminution de l’adhérence de
la cellule à la cellule hôte, montrant que pour adhérer, une cellule a besoin de plusieurs
adhésines [16]. Ainsi, on a pu définir l’existence de plusieurs types d’adhésines.
Il existe les adhésines de type lectine. Celles-ci sont présentes à la surface de la paroi
de la cellule fongique, se lient aux cellules épithéliales contenant de la N-acétyl-D-
glucosamine et du fucose qui sont des glycoprotéines. La présence de ces deux molécules est
donc indispensable à l’adhérence des cellules fongiques aux cellules de l’hôte [3] [16].
18. Calderone R.A. Candida and candidiasis ASM Press Washington 2002.
19. Cassone A., De Bernardis F., Santoni G. Anticandidal Immunity and Vaginitis : Novel Opportunities for
Immune Intervention. Inf Imm 2007 ; 75 : 4675-4686.
49
On retrouve aussi les adhésines dites fibrillaires. Ce sont des appendices situés sur la
couche externe de C. albicans mesurant de 100 nanomètres (nm) à 300 nm de long et 5 nm
de large. Ces petits appendices jouent un rôle dans l’adhérence de C. albicans en se liant à un
récepteur lipidique, plus précisément au glycosphingolipide lactosylcéramide au niveau des
cellules épithéliales buccales [3] [16].
Il existe aussi des adhésines se liant au C3b et C3d. L’adhésine se liant au C3b est un
analogue d’intégrine en raison de son homologie avec le récepteur Complement Receptor
(CR) 3 présents à la surface des polynucléaires neutrophiles et des macrophages. Celle-ci
serait impliquée dans l’inhibition de la phagocytose de la cellule pathogène par compétition
avec le récepteur C3b. La seconde adhésine se liant au C3d est un analogue d’intégrine
apparenté au CR2 qui serait impliquée dans l’adhérence aux matières plastiques mais aussi
aux cellules de l’hôte [16].
La cellule fongique est aussi capable, par l’intermédiaire de 3 mannoprotéines, de
fixer le fibrinogène qui est un élément indispensable dans le processus des réactions
inflammatoires, de coagulation et de réparation des tissus. Ainsi, le fibrinogène se dispose
autour de la cellule fongique l’empêchant d’être détecté par le système immunitaire de l’hôte.
La fixation à la fibronectine trouvée à la surface de certaines cellules, aurait le même but. Ces
mêmes mannoprotéines sont aussi impliquées dans la liaison de C. albicans à la laminine [3].
C. albicans possède une famille de dix gènes codant des protéinases, plus précisément pour
des protéases aspartiques sécrétées nommées Sap. Sap1, Sap2 et Sap3 sont impliquées dans
le processus d’adhérence et d’invasion des muqueuses, de la peau mais aussi dans les
premières étapes de pénétration et d’induction de dommages tissulaires des membranes des
cellules hôtes afin de faciliter l’adhérence et l’invasion.
A côté des interactions spécifiques, on retrouve des interactions non spécifiques. Ce
type d’interaction nécessite des liaisons non covalentes ou faibles entre des cellules de C.
albicans dont la surface est hydrophobe pour former des biofilms.
50
Figure 5 : Formation d’un biofilm par C. albicans [20]
20. Lermann U., Morschhauser J. Secreted apartic proteases are not required for invasion of reconstituted
human epithelia by Candida albicans. Microbiol 2008 ; 154 : 3281-3295.
21. Infectious Diseases Division Encompasses Research, Patient Care. [Link]
divisions/infectious-diseases, consulté le 27 juillet 2015.
22. Chabasse D., Guigen CI., Contet-Audonneau N. Mycologie médicale. Masson, Paris, 1999.
51
I.3. LES CANDIDA
Les levures du genre Candida sont des micromycètes, c'est-à-dire des champignons
microscopiques. Elles sont caractérisées par un thalle unicellulaire composé de blastoconidies
et mesurent de 4 à 6 micromètres (µm) de long. Leur forme est ronde voire ovale, de couleur
blanche, opaque, Gram positif et non encapsulé avec une petite protubérance à une extrémité
[3].
I.3.1.1. CULTURE
24. Datry A., Sehrine S. Association de Biologie Praticienne : mycologie. Paris, 2010,
[Link] consulté le 26 février 2015.
25. Association Française des Enseignants de Parasitologie et Mycologie. Candidoses.
[Link] consulté le 26 février 2015.
53
Lors d'une observation au microscope, on aperçoit des colonies ovoïdes à
bourgeonnement multilatéral mesurant de (3-6) x (6-10) µm. Après 8 à 15 jours, on note une
présence de pseudofilamentations et de vraies filamentations [24].
I.3.1.2. HABITAT
C. albicans vit à l'état saprophyte dans le tube digestif de l'Homme, des autres
mammifères et des oiseaux. Sa découverte dans le milieu extérieur résulte d'une
contamination par l'Homme ou l'animal. Il est présent dès les premiers mois de la vie,
transmis par contact maternel [27].
Il devient pathogène sous l'influence de divers facteurs comme l'immunodépression
due à une chimiothérapie intensive par exemple, l'âge avancé. Sa dissémination est
I.3.1.3. PATHOGENICITE
Des complications redoutables (comme des endocardites suite à des septicémies) sont
fréquemment rencontrées chez les sujets à risque (immunodéprimés, transplantés, opérés du
tube digestif ou du cœur). C. albicans est responsable d'un grand nombre de septicémies. Il
peut diffuser à tous les viscères par voie hématogène ou par contiguïté. On décrit des
candidoses oculaires, pulmonaires, ostéo-articulaires, urinaires, hépatiques, neuro-méningées,
cardiaques (endocardites)... [28].
I.3.2.1. CULTURE
Au microscope, on aperçoit des levures rondes à ovoïdes de très petite taille, mesurant
(2-3) x (3-4) µm, multilatérales. De plus, elles ont un aspect évocateur de la tête de souris
d'un personnage de dessin animé célèbre, lorsqu'il y a deux bourgeons [29].
29. Datry A., Fihman M-A. Association de Biologie Praticienne : mycologie. Paris, 3 décembre 2014.
[Link] consulté le 26 février 2015.
56
Figure 10 : Aspect microscopique de levures de C. glabrata [29]
I.3.2.2. HABITAT
Cette levure a pris une place très importante en pathologie humaine. Bien qu'elle ait
pu être isolée occasionnellement dans le milieu extérieur, il semble bien que ce soit une
levure saprophyte des voies génito-urinaires chez l'Homme. On ne l'isole habituellement pas
des prélèvements cutanés [29].
57
I.3.2.3. PATHOGENICITE
I.3.3.1. CULTURE
Lors de la culture de C. krusei, on observe des colonies blanches, mates, planes, très
sèches, parfois plissées sur milieu Sabouraud [25].
30. Extrait du manuel de laboratoire du service de Parasitologie au Centre Hospitalier Universitaire de Rouen.
58
Lorsque que C. krusei est observé au microscope, on peut voir des levures allongées,
ovoïdes ou même cylindriques, mesurant (3-6) x (5-10) µm [31].
I.3.3.2. HABITAT
Ces levures n’ont pas été isolées dans la nature, mais dans divers aliments comme les
produits laitiers ou la bière [25].
I.3.3.3. PATHOGENICITE
I.3.4.1. CULTURE
I.3.4.2. HABITAT
I.3.4.3. PATHOGENICITE
I.3.5.1. CULTURE
Les colonies de C. tropicalis sont blanches, crémeuses, lisses ou plissées sur milieu
Sabouraud [37].
I.3.5.2. HABITAT
Chez l'Homme, on le retrouve surtout dans le tube digestif et les voies urinaires.
C. tropicalis est une espèce que l'on trouve également dans la nature, plus précisément dans
les céréales, l'eau et le sol [40].
I.3.5.3. PATHOGENICITE
La majorité des isolats a été retrouvée dans la cavité orale des sujets infectés par le
Virus de l’Immunodéficience Humaine (VIH), à l’origine d'épisodes récurrents de candidose
oropharyngée. Il a été découvert récemment (1995) car il était auparavant souvent confondu
avec C. albicans [1] [41] [42].
41. Pierquin A-L. Mycoses opportunistes et immunodépression. Université Poincaré, Nancy 1, 10 septembre
2010.
42. Sullivan DJ., Westerneng TJ., Haynes KA., Bennett DE., Coleman DC. Candida dubliniensis sp phenotypic
and molecular characterization of a novel species associated with oral candidosis in HIV-infected individuals.
Microbiology, 1995 ; 141 : 1507-21.
43. Candida spp. [Link] consulté le 2 novembre 2015.
44. Candida guilliermondii. Dictionnaire médical de l’Académie de médecine. [Link]
[Link]/?q=Candida, consulté le 2 novembre 2015.
64
I.3.6.3. CANDIDA INCONSPICUA
65
I.3.6.5. CANDIDA LIPOLYTICA
Cette espèce de Candida donne, lors de sa culture, des colonies crémeuses, de pousse
assez rapide et de couleur jaunâtre d’aspect gras se plissant avec le temps. Au microscope on
observe des levures de forme ovale ou ronde [43].
Cette espèce est rarement impliquée en pathologie humaine mais peut donner des
surinfections cutanées ou unguéales, voire des fongémies et des infections oculaires [43].
C. sphaerica est une espèce dite anamorphe de Kluyveromyces lactis et est retrouvée
dans les produits laitiers.
46. Pospisil L. The Significance of Candida pulcherrima findings in human clinical specimens. Mycoses, 1989 ;
32 : 581-3.
47. Weber A., Kolb S. The repeated isolation of Candida pulcherrima (Lindner) Windisch from blood cultures
of a patient on parenteral nutrition. Uber die mehrmalige Mykosen, 1986 ; 29 : 127-31.
68
I.3.6.13. CANDIDA UTILIS
C. utilis a été isolé dans un cas de candidémie dont la porte d’entrée était un cathéter
veineux [1].
Les Candida n'entraînent pas de pathologie chez l'Homme sain. Ils vivent à l'état
saprophyte dans des cavités naturelles où se trouvent des éléments de défense permettant un
équilibre pour empêcher la colonisation des levures. Ainsi chez l'hôte, les Candida ne sont
pas qualitativement et/ou quantitativement assez importants pour provoquer une candidose. Il
s'établit alors une stratégie entre l'Homme et la levure pour empêcher les attaques de celle-ci
et la défense de l'hôte. Cependant, suite à la rupture de cet équilibre en faveur de ces levures,
celles-ci vont devenir des pathogènes opportunistes, donnant une candidose superficielle ou
profonde.
Plusieurs propriétés biologiques de Candida contribuent à sa capacité à envahir les
tissus de ses hôtes. On retrouve des processus d'adhésion capables de s'adapter aux différents
constituants rencontrés petit à petit lors de la dissémination. A cela s'ajoute des mécanismes
de pénétration liés à une transition morphologique vers la forme filamenteuse adaptée à la
perforation et à la sécrétion des enzymes lytiques. Enfin, les levures du genre Candida sont
capables de résister aux systèmes effecteurs innés ou acquis de l'immunité à médiation
cellulaire, humorale ou mixte, grâce à des mécanismes de résistance ou d'échappement.
69
I.4.1. CANDIDOSES PROFONDES
I.4.1.2. DEFINITIONS
Les candidoses profondes, aussi appelées candidoses viscérales, sont le plus souvent
des infections nosocomiales, et sont préoccupantes du fait de leur morbi-mortalité
importante. Il s'agit le plus souvent d'une altération d'origine endogène ou exogène, comme
nous l’avons vu, avec comme sites de dissémination les reins, le cœur, les poumons, le foie,
les yeux, le système nerveux et la peau [3].
Leur prévalence a augmenté d'une manière régulière au cours des vingt dernières
années et a même doublé entre 1980 et 1990 (ceci notamment à cause de l’utilisation de
traitements immunosuppresseurs, de chimiothérapies extrêmement efficaces pour diminuer
les réponses immunitaires et d’interventions chirurgicales lourdes…) [3].
On peut décomposer les candidoses profondes en 3 catégories : [3]
71
I.4.1.2. EPIDEMIOLOGIE
Les candidoses existent dans toutes les régions du Monde puisqu'elles sont en grande
parties dues à la multiplication de levures appartenant à la flore saprophyte de l'individu,
mais d'importantes variations subsistent selon les autres espèces et les régions. Puis, selon les
facteurs favorisants, les levures se mettent à coloniser voire même disséminer vers d'autres
tissus [1].
Cependant les candidoses ne se retrouvent pas en même proportion dans la
population, ainsi C. albicans est l'espèce la plus fréquemment isolée. C. glabrata se situe en
deuxième position surtout en Amérique du Nord et en Europe du Nord alors qu'en Amérique
du Sud et en Europe du Sud c'est C. parapsilosis qui est retrouvé en première position devant
C. albicans [1].
L'utilisation accrue des antifongiques à large spectre, le recours à des procédures
invasives à but diagnostique et thérapeutique, sont à l’origine d’une évolution du profil de la
population des patients, et ont provoqué d'importantes modifications épidémiologiques des
agents pathogènes responsables d'infections nosocomiales, surtout d'origine fongique.
L'incidence des candidémies est de 5 à 10 cas pour 10 000 hospitalisations en 1990 et
n'a cessé d'augmenter depuis. C'est le 4ème agent pathogène le plus isolé des hémocultures
représentant 10 à 15 % de toutes les infections sanguines nosocomiales dans les hôpitaux
américains participant au NNIS (National Nosocomial Infections Surveillance). En Europe,
l'incidence varie entre 0,3 et 2 cas pour 1000 hospitalisations selon les pays [5].
72
Les candidoses invasives et systémiques font suite le plus souvent à une candidémie,
où les levures vont disséminer vers un ou plusieurs organes. Ces organes sont bien
évidemment stériles à l’état physiologique. Les levures colonisent préférentiellement la peau,
les yeux, le cœur, le foie, les os, les méninges et les poumons [50] [51].
Il existe aussi une candidose de l'héroïnomane, particulière car elle ne touche que
ceux qui s’injectent les produits en intraveineux aboutissant à une infection sanguine par
l'aiguille contaminée [50] [51].
On retrouve 2 modes d’entrée principaux :
- par voie endogène : à partir d’un foyer digestif, le plus souvent, la dissémination
se fait par le système porte et touche le foie, la rate, et plus rarement le poumon ;
- par voie exogène : à partir d’un cathéter ou d’une prothèse, l’adhérence de la
levure au cathéter provoque sa colonisation et par la suite, à partir d’un biofilm, la
dissémination par voie hématogène pour atteindre le cœur, les reins, le foie et
l’œil.
On retrouve la candidémie qui se définit par l’isolement d’un Candida par au moins
une hémoculture positive [52]. Le début du tableau clinique peut être brutal avec
l’installation d’un syndrome septique sévère : fièvre, frissons, hypotension artérielle
50. Monger R., Roman E., Nombela C., Pla J. The MAP kinase signal transduction nework in Candida albicans.
Microbiol 2006 ; 152 : 905-912.
51. Trick et al and NNIS. Secular trend of hospital-Aquired candidemia among intensive care unit patient in
United-States during 1989-1999. Clin Infect Dis 2002 ; 35 : 627-630.
52. Trapes L. Candidose systémique : DESC Réanimation. Septembre 2009.
[Link] consulté
le 29 juillet 2015.
73
prolongée malgré une antibiothérapie à large spectre, voire même une obnubilation [3] [5]
[53].
Les candidoses dites profondes ou viscérales sont l’atteinte d’au moins un site
profond, par exemple le péritoine.
Puis, on peut déclarer une candidose disséminée ou systémique où l’on retrouve
souvent plusieurs atteintes, comme la peau, les os, le cœur, les yeux, les reins et les
méninges. Les lésions cutanées sont fréquentes puisque près de 10 % des candidémies,
surtout à C. tropicalis, aboutissent à un foyer secondaire cutané [3]. Les lésions sont d’aspect
papulo-pustuleux avec un centre nécro-purpurique parfois très inflammatoire et associées à
des myalgies dans un contexte fébrile [5].
A partir de ces localisations, des atteintes secondaires d’organes peuvent avoir lieu
lors de la dissémination hématogène.
Parmi celles-ci, on retrouve une atteinte cardiaque, l’endocardite. Cette atteinte par
Candida, le plus souvent C. parapsilosis, est retrouvée dans 1 à 2 % des endocardites
infectieuses de l’enfant et de l’adulte et survient préférentiellement sur des lésions déjà
existantes sur une valve native ou greffée, ou bien à partir d’un cathéter veineux central,
voire même chez les toxicomanes par voie intraveineuse [3]. Les endocardites fongiques
surviennent plusieurs mois après l’épisode de candidémie et les symptômes sont peu
différents d’un épisode d’endocardite infectieuse aiguë : fièvre modérée, sueurs nocturnes,
souffle… Les symptômes périphériques sont rares : hyperleucocytose, nodules sous-cutanés
On peut retrouver aussi, plusieurs mois après l’épisode, une atteinte ostéo-articulaire.
Dans 50 % des cas on retrouve C. albicans, avec une spondylodiscite dorso-lombaire, et des
atteintes costales et sternales le plus souvent [3] [57]. Sur le plan radiologique, on retrouve
une image lacunaire ainsi qu’un effondrement du plateau vertébral et sur le plan
symptomatologique, des douleurs, des abcès des parties molles voire même un syndrome
infectieux.
56. Habib G., Casalta J-P., Raoult D. Endocardite infectieuse. Faculté de Médecine de Marseille. Janvier 2006.
[Link] consulté le
29 juillet 2015.
57. Brion J-P. Infections fongiques ostéoarticulaires. Maladies infectieuses. Centre Hospitalier Universitaire de
Grenoble. Novembre 2008. [Link]
lyon/13_BRION_IOA_26_11_2008.pdf, consulté le 29 juillet 2015.
76
Figure 21 : Spondylodiscite : lésions érosives des plateaux vertébraux [58]
Le diagnostic biologique repose sur l'examen direct, la culture et l'étude des réactions
immunologiques de l'hôte. Celui-ci repose avant tout sur la mise en évidence de levures en
prenant en compte l'état commensal de celles-ci et en confrontant ces résultats aux données
cliniques.
I.5.1.1. PRELEVEMENTS
Un prélèvement est dit de qualité s'il est adapté à la demande, prélevé en quantité
suffisante et recueilli dans un récipient stérile. Après prélèvement, celui-ci devra être
immédiatement amené au laboratoire ou bien être conservé à + 4°C. Chaque prélèvement
devra bien entendu être réalisé à distance d'un traitement antifongique local ou général [3].
Pour prélever sur des lésions cutanées sèches, on recueille le produit de grattage à
l'aide d'un vaccinostyle, ou d'une curette de Broc, en périphérie de la lésion [59].
Lors du prélèvement sur des muqueuses, des orifices naturels ou bien des lésions
suintantes, il faut utiliser deux écouvillons (un pour l'examen direct et l'autre pour la mise en
culture) stériles humidifiés avec de l'eau distillée stérile avec lesquels on va écouvillonner les
surfaces de façon appuyée [59].
L'examen direct est le premier examen réalisé dans un laboratoire afin d'orienter le
diagnostic et la thérapeutique le plus rapidement possible.
Cet examen peut être réalisé à l'état frais dans du sérum physiologique stérile ; de
l'eau distillée, ou en utilisant un colorant permettant de mieux visualiser les blastospores des
levures (lugol à 2 %, bleu de toluidine, bleu au lactophénol, ou encore noir chlorazole).
L’utilisation d'un éclaircissant additionné ou non d’un colorant (solution de potasse 10 à 30
%, ou de chloral-lactophénol), donne de meilleurs résultats sur les squames [3] [60] [61].
Lorsqu’il y a des prélèvements profonds (LBA, liquide articulaire, LCR…), ceux-ci
sont étalés, apposés sur les lames mais aussi sur des spots de cyto-centrifugation. Les frottis
obtenus sont fixés à la chaleur ou à l’alcool puis colorés par le May-Grünwald-Giemsa
(MGG) ou traités par imprégnation argentique de Gomori-Grocott. L’obtention de levures
bourgeonnantes, avec ou sans filaments, parmi les prélèvements obtenus à partir de sites
stériles, permet de poser le diagnostic de champignons pathogènes [3].
60. Grillot R. Les mycoses humaines : démarche diagnostique. Elsevier, Paris, 1996.
61. Kayser F.H, Bottger E.C. Manuel de poche de microbiologie médicale. Médecine-sciences, Flammarion,
2008.
79
Cependant, il s’avère que l’examen anatomopathologique complète avantageusement
l’examen direct et la culture dans les situations de candidoses profondes en utilisant des
colorants comme l’acide périodique de Schiff ou bien l’imprégnation argentique de Gomori-
Grocott. Le premier colorant permet de diagnostiquer des levuroses alors que le second lui,
colore la paroi de tous les champignons. Il existe aussi une technique de coloration par un
fluorochrome (Uvitex ou Calcofluor) mettant en évidence la chitine facilitant la
réalisation et la visualisation des éléments fongiques au microscope à fluorescence. A cet
examen peut être associée de l’immunohistochimie pour préciser la nature du champignon
avec des techniques d’immunofluorescence ou immunoenzymatique par l’utilisation
d’immunosérums polyclonaux ou d’anticorps monoclonaux [3].
L’examen direct permet une orientation rapide du diagnostic en mettant en évidence
les éléments fongiques (blastospores, éléments mycéliens). Cependant la présence de
blastospores n'est pas pathognomonique d'une candidose car un nombre important de
Candida vit à l'état commensal. Il reste conseillé d'évaluer leur quantité afin de mettre en
avant un déséquilibre de la flore à l'origine d'une possible colonisation de Candida. Les
levures apparaissent sous forme arrondie ou ovalaire, de 4 µm à 8 µm de diamètre,
éventuellement bourgeonnantes. La présence de filaments oriente vers les espèces capables
d’en produire (C. albicans) et élimine ainsi C. glabrata, incapable de filamenter. Les levures
sont également visibles sur des frottis colorés au MGG ou au Gram (les levures sont à Gram
positif). Des éléments mycéliens sont particulièrement recherchés comme du
pseudomycélium ou du mycélium vrai orientant vers une possible pathogénicité du
champignon en cause [59].
Malgré tout, l'examen direct a une faible sensibilité et spécificité le rendant tout de
même indispensable à tout diagnostic mais pas suffisant.
80
Figure 22 : Levures et filaments à Gram positif [62]
I.5.1.3. CULTURE
Les Candida sont peu exigeants sur le plan nutritionnel et croissent sur de nombreux
milieux de culture. L’inhibition de la pousse des bactéries est nécessaire pour individualiser
les levures. Les cultures sont donc réalisées sur milieu de Sabouraud, de préférence sur les
boîtes de Pétri que sur les tubes pour faciliter l'isolement et la visualisation des colonies. Le
milieu est additionné de chloramphénicol ou de gentamicine, qui sont tous deux des
antibiotiques. Le milieu Sabouraud contient du glucose, de l'agar et des peptones [60] [61]
[62].
Lors de l'ensemencement, l'inoculum est calibré, et si celui-ci est trop épais il faut
rajouter un produit mucolytique pour les prélèvements respiratoires. Si l'échantillon provient
d’une biopsie, l'ensemencement sera fait soit en frottant celle-ci sur une gélose, soit en la
broyant dans du liquide physiologique afin de déposer quelques gouttes sur le milieu [3].
Les Candida poussent à 37°C en 48 h environ lors de l'étape d'incubation. La lecture
se fait après 24 h d'incubation puis tous les jours durant 3 jours [61].
On différencie plusieurs milieux de culture de champignons pathogènes.
63. Letscher-Bru V. Comparison of chromID Candida, CHROMagar Candida and Candiselect 4 chromogenic
media for the identification of Candida species and the isolation of filamentous fungi in 500 clinical samples.
Poster N°1 Congrès de la société française de Mycologie Médicale 10 th May 2007.
64. Leberer E., Harcus D., Dignard D., Johnson L., Ushinsky S., Thomas D., Schroppel K. Ras links cellular
morphogenesis to virulence by regulation of the MAP kinase and AMPc signalling in the pathogenetic fungus
Candida albicans. Mol Microbiol 2001 ; 42 : 673-687.
82
Figure 23 : Milieu CHROMagar avec C. albicans (colonies vertes), C. krusei (colonies
roses) et C. tropicalis (colonies bleues) [65]
65. Asanpharm.
[Link] consulté le
06 août 2015.
83
I.5.1.4. IDENTIFICATION DES CANDIDA
L'identification des différentes espèces de Candida ne peut avoir lieu que si les
colonies sont bien individualisées. Leur caractérisation s'appuie sur la détermination de
paramètres morphologiques, physiologiques et aussi immunologiques [3].
66. Chabasse D. Intérêt de la numération des levures dans les urines. Revue de la littérature et résultats
préliminaires d’une enquête multicentrique réalisée dans 15 centres hospitaliers universitaires. Ann Fr Anest
Reanim 2001 ; 20 : 400-406.
84
Figure 24 : Tubes de germination de C. albicans suite à un test de blastèse [67]
C'est un test rapide, fiable, et peu onéreux. Le test est positif si environ 50 % des
levures présentent un "tube de germination" dont la longueur atteint au moins 3 fois celle du
diamètre de la levure. Il existe toutefois des levures qui sont de faux positifs. Il est
indispensable d'associer cette méthode avec une autre méthode d'identification pour avoir un
résultat interprétable [60].
Le test d'identification rapide est un test qui utilise des particules de latex rouge
recouvertes d'un anticorps monoclonal réagissant avec un antigène pariétal spécifique de
l’espèce C. albicans. On obtient alors une réaction d'agglutination rouge sur fond vert. Ce test
(Bichro-latex albicans) est spécifique de C. albicans, mais permet aussi la détection de C.
dubliniensis sans pouvoir discriminer une espèce par rapport à l’autre [60].
86
Figure 26 : Test d'agglutination avec agglutination mettant en évidence C. albicans ou
C. dubliniensis [68]
Il existe aussi le test d'immunochromatographie sur membrane. C'est le seul test qui
permet de distinguer C. albicans de C. dubliniensis à l'aide de deux anticorps monoclonaux,
l'un étant spécifique de la phase filamenteuse de C. albicans et le second anticorps du binôme
C. albicans et C. dubliniensis [3].
Le test métabolique est aussi un test permettant un diagnostic d'espèce. Ainsi, 3 tests
sont actuellement commercialisés pour la détection de C. albicans, MUREX C. albicans
(Murex Diagnostics), Albicans-Sure (Clinical Standards Laboratories) et BactiCard
Candida (Remel). Ces 3 tests se basent sur le fait que la double activité β-
galactosaminnidase et L-proline aminopeptidase n’est rencontrée que chez C. albicans. Les
autres espèces peuvent présenter l’une ou l’autre de ces activités mais jamais les deux
associées [3].
88
Figure 27 : Galerie API 32 C
89
Tableau 1 : Identifications des levures [67]
Chlamydo-
mycélium
Blastèse
Pseudo-
Résistance Réduction
Blasto-
spores
spores
Tests à du Auxanogramme Zymogramme
l’actidione tétrazolium
tétrazolium
Saccharose
Saccharose
Sabouraud
Sabouraud
Galactose
Tréhalose
Galactose
Tréhalose
Raffinose
Raffinose
actidione
Glucose
Sorbitol
Maltose
Lactose
Xylose
Sérum
PCB
Milieux
+
Temps d’incubation 4h 24 - 48 h
Candida dubliniensis + + + + ? ? – + + – + V – – ? ? ? ? ?
NB : profil auxanogramme réalisé à partir du tableau d’identification Api 20 C Aux, profil zymogramme réalisé à partir du tableau d’identification Api Candida.
90
I.[Link]. IDENTIFICATIONS DES
ISOLATS A CANDIDA PAR BIOLOGIE MOLECULAIRE
Les tests d'identification des levures pathogènes, ici à Candida vu au préalable, sont
parfois insuffisants et comportent des limites comme la spécificité, la sensibilité mais aussi la
rapidité [60]. Voilà pourquoi il a été mis en place des techniques de biologie moléculaire
dans le but d'affirmer des diagnostics. Cependant, ces techniques sont très onéreuses mais
sont aussi rapides et précises. Ces tests sont réservés aux laboratoires munis de l’équipement
nécessaire et aux centres de références [3].
91
I.6.1. MECANISMES D'ACTION DES
ANTIFONGIQUES UTILISES DANS LES CANDIDOSES
PROFONDES
69.
[Link]
gelose_chromagar_tm_candida_50633/[Link]?tab=images, consulté le 06 août 2015.
92
I.6.1.1. MOLECULES INHIBANT LA
SYNTHESE DE L'ERGOSTEROL
70. Troisième journée interdisciplinaire sur les infections fongiques : résistances, nouvelles modalités
thérapeutiques. OPTIMED 2003 ; 11-23.
71. Accoceberry I., Noel T. Antifungals cellular targets and mechanisms of resistance. THERAPIE 2006 ; 61 :
195-199.
93
Figure 31 : Antifongiques agissant sur la synthèse de l'ergostérol [72]
La paroi des levures est recouverte d'une paroi externe composée de chitine
(homopolymère de N-acétylglucosamine) et de glucane (glycolyl).
94
Les echinocandines sont une classe d'antifongiques faisant partie des polypeptides. Ils
agissent en inhibant de façon non compétitive la β-1,3-glucane synthétase, impliquée dans la
polymérisation et la synthèse des glucanes de la paroi des champignons. Cette diminution de
glucanes entraîne une fragilisation de la paroi aboutissant à une instabilité osmotique et donc
la mort cellulaire [3].
Les polyènes sont une classe d’antifongiques obtenus de façon naturelle à partir
d’extrait de culture d’actinomycètes du genre Streptomyces. Ils sont nommés ainsi car ils
possèdent un nombre variable de doubles liaisons conjuguées CH=CH. Ils agissent sur la
C’est une classe d’antifongique qui est fongistatique voir fongicide si les concentrations sont
élevées.
I.[Link]. L’AMPHOTERICINE B
Cette molécule est amphotère, de formule chimique C47H75NO17 et est insoluble dans
l’eau [75].
L’amphotéricine B peut-être fongistatique ou fongicide en fonction de la sensibilité de
l’espèce fongique et de sa concentration [76]. Elle agit en formant des dimères peu solubles
qui interagissent avec l’ergostérol de la membrane plasmique de la cellule fongique pour
créer des canaux transmembranaires. Ainsi, cette interaction entraîne une fuite de potassium,
de magnésium, de sucres et l’entrée de sodium provoquant alors la mort du champignon [77].
A cela s’ajoute la stimulation de la consommation d’oxygène et la diminution de la synthèse
des composés azotés accélérant le processus de mort de la cellule fongique [3].
Cette molécule est très peu absorbée par voie orale, ce qui justifie l’utilisation de la
voie parentérale pour le traitement des infections systémiques [78] [79]. Cependant, elle
exerce une activité contre Candida tout le long du tractus digestif [77] [80].
Seul l’hypersensibilité à l’amphotéricine B est une contre-indication, et les effets
indésirables ne concernent que l’utilisation de cette molécule par voie parentérale : on
retrouve des réactions d’intolérance avec des manifestations allergiques provoquant l’arrêt du
La nystatine ne sera pas développée ici puisqu’elle n’est utilisée que dans le
traitement des candidoses cutanéo-muqueuses.
Les dérivés azolés ont pour structure commune un pentacycle azoté N-substitué par
un radical à chaîne de longueur variable. Parmi ceux-ci on peut distinguer deux classes selon
le nombre d’atomes d’azote sur le pentacycle : les imidazolés (deux atomes d’azotes) et les
triazolés (3 atomes d’azote) [70].
Chez les imidazolés on retrouve le bufonazole, le butoconazole, le clotrimazole,
l’éconazole, le fenticonazole, l’isoconazole, le kétoconazole (retiré du marché pour
hépatotoxicité), le miconazole, l’omoconazole, l’oxyconazole, le sertaconazole, le
sulfoconazole et le tioconazole.
98
Figure 33 : Structure chimique du kétoconazole [81]
100
Figure 38 : Structure chimique du voriconazole [81]
Les imidazolés et les triazolés ont le même mode d’action. Ils altèrent la synthèse de
l’ergostérol de la membrane fongique en inhibant le C14-α-lanostérol démethylase entraînant
une diminution voire une suppression de la synthèse de l’ergostérol. Les azolés interviennent
également au niveau des mitochondries en perturbant leur mécanisme oxydatif conduisant à
l’asphyxie de la levure [3].
Il est rapporté de rares manifestations d’intolérance locale pour les formes topiques
comme des érythèmes, des irritations, des prurits, des sensations de brûlures voire des
allergies. De plus, l’inhibition du cytochrome P450 conduit à la diminution de la synthèse du
cholestérol et des hormones stéroïdiennes. Les azolés sont donc responsables d’effets
indésirables doses-dépendants [77] [80].
101
Le fait que ces molécules soient métabolisées par le cytochrome P450 empêche
l’utilisation concomitante d’anticoagulants oraux, de sulfamides hypoglycémiants, de
cisapride ou de pimozide. Ce sont des contre-indications absolues [77] [80].
Le spectre d’activité de cette classe thérapeutique est plus étroit que celui des
polyènes. En effet, certaines levures comme C. glabrata et C. krusei ont une sensibilité
diminuée ou nulle.
Les imidazolés ne sont actifs que sur Candida et Aspergillus alors que les triazolés
eux, ont un spectre plus étendu en agissant sur Candida, Aspergillus, Fusarium, Penicillium,
Scedosporium, Cryptococcus ainsi que les champignons dimorphiques et les dermatophytes.
I.[Link]. LE FLUCONAZOLE
102
I.[Link]. L’ ITRACONAZOLE
L’absorption de l’itraconazole est variable selon les individus étant donné son
hydrophobie. Cette caractéristique est son inconvénient majeur. Il se diffuse aussi bien dans
les reins, que dans les os, le foie, les poumons, l’estomac, la rate et les muscles [3] [77] [80].
Cette molécule doit être administrée après un repas ou bien avec la consommation
d’une boisson acide comme un soda. Son absorption dépend donc de l’acidité gastrique
(l’absorption de l’itraconazole diminue avec la prise concomitante de médicaments diminuant
l’acidité gastrique comme les inhibiteurs de la pompe à protons). Il est donc nécessaire de
réaliser un dosage sérique [3].
Ce triazolé a un spectre d’activité plus étendu que le fluconazole, en agissant sur les
Aspergillus, les dermatophytes, et les champignons dimorphiques [3].
Les principales interactions médicamenteuses sont décrites avec l’ebastine, le
triamzolam, la ciclosporine, la digoxine, le tacrolimus et la quinidine. [77] [80].
L’itraconazole est contre-indiqué chez la femme enceinte [77] [80].
Les principaux effets indésirables sont les mêmes que le fluconazole [3].
I.[Link]. LE VORICONAZOLE
Le voriconazole est un triazolé récent (mis sur le marché en 2002) qui est bien
absorbé par voie orale, dont l’absorption n’est pas modifiée par les variations de pH gastrique
mais amélioré lors d’un repas riche en graisses. Il possède une bonne diffusion tissulaire dans
le foie, les reins, les poumons, l’œil et le cerveau et s’élimine par voie urinaire [77] [80].
La forme injectable existe malgré certains troubles visuels réversibles à l’arrêt du
traitement [3].
On retrouve les mêmes effets indésirables et interactions médicamenteuses que les
autres azolés [77] [80].
103
Cependant, cet azolé proche du fluconazole a un spectre d’action supérieur en
couvrant les espèces de Candida résistantes, comme C. glabrata et C. krusei [3].
I.[Link]. LE POSACONAZOLE
I.[Link]. L’ISAVUCONAZOLE
L’isavuconazole n’est pas encore commercialisé mais disponible dans le cadre d’une
autorisation temporaire d’utilisation.
Les échinocandines sont une classe récente d’antifongiques (avec la mise sur le
marché en 2009 de la micafungine). Ce sont des métabolites lipopolypeptidiques obtenus par
fermentations de champignons [3].
104
Figure 40 : Structure de base des échinocandines [81]
Ce sont des peptides cycliques de structure apparentée avec des noyaux hexapeptides
cycliques identiques, mais avec des chaînes latérales différentes. Ces différences de chaînes
latérales influencent certaines propriétés des médicaments, comme l’activité antifongique, la
lipophilie, la solubilité et la toxicité [82].
C’est une classe d’antifongique qui est fongicide vis-à-vis de Candida.
I.[Link]. LA CASPOFUNGINE
82. Talarmin J-P. Nouvelles échinocandines. Centre Hospitalier Universitaire de Nantes. 26 Mars 2010.
[Link] consulté le
25 août 2015.
105
La tolérance de cette molécule semble excellente, cependant quelques effets
indésirables sont rapportés comme de la fièvre, des nausées et vomissements, des
manifestations allergiques (rash, prurit) et des épisodes de phlébite au point d’injection [3].
Les interactions médicamenteuses sont limitées à celles avec la ciclosporine et aussi à
des molécules inductrices enzymatiques (rifampicine, dexaméthasone, carbamazépine…) [3].
I.6.2.4. LA 5-FLUOROCYTOSINE
Cette molécule fait partie de la petite famille des fluoropyrimidines, composée aussi
de la 5-fluorouracile. Ces molécules sont des analogues structuraux d’un nucléotide entrant
dans la composition de l’ADN, la cytosine. Sa petite taille et sa très grande hydrosolubilité
lui permettent de diffuser très rapidement dans l’organisme, que ce soit dans les tissus ou le
LCR. Cependant, la 5-FC n’est pas un antifongique proprement dit, c’est sa conversion en 5-
FU par les cellules antifongiques, qui lui donne son pouvoir en remplaçant l’uracile dans
l’acide ribonucléique (ARN) fongique. Ce remplacement entraîne aussi une altération de la
biosynthèse de l’ADN fongique par l’inhibition de la thymidylate synthétase [3] [77] [80].
Sa demi-vie est courte, environ 4 à 6 h, justifiant 4 administrations quotidiennes. On
peut l’utiliser par voie orale ou injectable [3].
Ses effets secondaires sont dans la plupart des cas mineurs (nausées, vomissements,
diarrhées), hépatiques (élévation des enzymes hépatiques), mais peuvent être plus graves, et
sont surtout hématologiques (leucopénie, thrombopénie). Son utilisation est déconseillée chez
les patients en aplasie, et les doses doivent être adaptées à la clairance de la créatinémie en
cas d’insuffisance rénale. Cette molécule doit toujours être utilisée en association avec un
autre antifongique pour éviter l’apparition de résistances [3] [77] [80].
C’est une molécule fongistatique dont le spectre d’activité couvre tous les Candida.
106
I.6.3. DEMARCHES DIAGNOSTIQUES ET
STRATEGIES THERAPEUTIQUES
Figure 41 : Traitements des candidoses invasives après isolement d’une levure et avant
identification de l’espèce [83]
83. Hulin A., Deguillaume AM., Bretagne S., Bézie Y. Bon usage des antifongiques dans le traitement des
candidoses et aspergilloses invasives. 2005. [Link]
docs/bon_usage_des_antifongiques_dans_le_traitement_des_candidoses_et_aspergilloses_invasives_266473/art
[Link]?tab=images, consulté le 3 novembre 2015.
107
Figure 42 : Traitements des candidoses invasives après isolement de la levure et
identification de l’espèce [83]
108
I.6.4.1. DETERMINATION DE LA
CONCENTRATION MINIMALE INHIBITRICE
84. Etest for MIC Determination of Antifungal Agents : Reading Guide for Yeast, AB BIODISK, 2007-08.
85. Paugam A. Rôle du laboratoire dans l’utilisation des antifongiques. Laboratoire de Mycologie. Centre
Hospitalier Universitaire de Cochin, Paris. [Link]
paris/Module%207/[Link], consulté le 5 octobre 2015.
109
Figure 43 : Détermination des CMI en milieu liquide [84]
Une autre méthode très couramment utilisée est la détermination de la CMI par la
méthode de diffusion des gradients de concentration ou bandelettes Etest. Cette méthode
utilise le principe de diffusion en milieu gélosé avec l’utilisation de bandelettes imprégnées
d’un gradient d’antifongique. La gélose elle, est ensemencée de l’inoculum de la levure à
tester. La bandelette est déposée sur la gélose durant 48 h puis la CMI est lue à l’intersection
de l’ellipse d’inhibition et de la bandelette [85].
110
Figure 44 : Détermination de la CMI (0,064µg/mL) par bandelette Etest au fluconazole
[84]
111
I.6.4.2. MECANISMES DE RESISTANCE DE
CANDIDA AUX ANTIFONGIQUES UTILISES DANS LE
TRAITEMENT DES CANDIDOSES PROFONDES
I.[Link]. L’AMPHOTERICINE B
86. Vandeputte P. Mécanismes moléculaires de la résistance aux antifongiques chez C. glabrata. Thèse,
Université d’Angers. 31 octobre 2008.
112
I.[Link]. LA 5-FLUOROCYTOSINE
La résistance à cet antifongique peut être intrinsèque, ou bien acquise, par sélection
de mutants après exposition à l’antifongique [3] [86]. En raison de la complexité du mode
d’action de la 5-FC, ces mécanismes peuvent être dus à une entrée réduite de cette molécule
dans la cellule à cause d’un déficit ou d’une altération de l’enzyme cytosine-perméase, à une
conversion insuffisante ou ralentie de la 5-FC en 5-FU ou encore à la perte du contrôle de
régulation de la biosynthèse de la pyrimidine par un rétrocontrôle négatif [3].
Les azolés pour agir, doivent traverser la paroi et la membrane cellulaire afin d’avoir
accès à leur cible qui est un cytochrome P450 impliqué dans la biosynthèse de l’ergostérol.
Toute cette classe d’antifongique agit au niveau de la 14-α-démethylase (codé par le gène
ERG11) permettant la transformation du lanostérol en ergostérol à l’origine du maintient de
l’intégrité cellulaire et sous la dépendance du cytochrome P450 [87].
A partir de ce mode d’action, on peut définir 3 différents mécanismes de résistance
des levures aux antifongiques azolés : la diminution de la pénétration dans la cellule, la
modification de la cible et l’altération dans la biosynthèse de l’ergostérol [3].
La modification de la perméabilité membranaire est due à une altération des
transporteurs. En effet les azolés doivent pénétrer dans la cellule pour atteindre leur cible, la
protéine ERG11p. Il existe des systèmes d’efflux pour évacuer ces antifongiques, cependant,
chez certaines souches, ce phénomène est très développé. Le mécanisme en cause est une
surexpression des gènes des transporteurs provoquant une baisse de concentration
intracellulaire des azolés. Ces transports sont nommés ABC (ATP-Binding Cassette), codés
par les gènes CDR1 et CDR2 (Candida Drug Resistance), et les transports MFS (Major
87. Sanglard D. Mécanismes d’actions et de résistances des azolés. In : Infections fongiques : résistances et
nouvelles modalités thérapeutiques, JIDIF : Optimed Ed ; 2003 ; 38-42.
113
Facilitators Superfamily), codés par les gènes MDR1 et FLU1. Dans le type MFS, c‘est la
surexpression du gène CaMDR1 et de la protéine Camdr1p qui confèrent une résistance des
Candida aux azolés en produisant un efflux très important. Les transporteurs ABC ne sont
pas spécifiques des azolés pouvant tous les transporter mais aussi d’autres antifongiques et
d’autres composés toxiques (méthotrexate et bénomyl). Le transporteur MFS lui, est
spécifique du fluconazole [3] [70] [86].
La mutation du lanostérol provoque des altérations d’affinité empêchant les azolés
d’inhiber la réaction catalysée par le cytochrome P450 et la 14-α-déméthylase. Le gène
ERG11, codant pour la protéine Erg11p, subit donc des mutations, soit en étant modifié
entraînant une diminution de l’affinité des azolés, soit en étant surexprimé, mais ce
mécanisme aurait un impact plus réduit [3] [86].
L’altération de la biosynthèse de l’ergostérol est obtenue par des mutations génétiques
qui suppriment l’effet des azolés. Ces mutations permettent ainsi d’éviter la formation de
métabolites toxiques issus des stérols méthylés en position 14-α. Ces modifications touchent
le gène ERG3 codant pour une enzyme, delta (δ)-5-6-désaturase en un produit toxique, qui du
coup n’est plus formé, permettant à C. albicans d’acquérir une résistance aux azolés [3] [86].
114
II. REPARTITION ET SENSIBILITE DES ESPECES DE
CANDIDA ISOLEES DE PATIENTS AYANT FAIT UNE
CANDIDOSE PROFONDE AU CHU DE ROUEN
II.1. INTRODUCTION
L’étude faisant l’objet de ce travail est une étude rétrospective monocentrique des
candidoses profondes survenues au CHU de Rouen.
L’objectif principal de cette étude est d’établir l’épidémiologie locale des espèces du
genre Candida isolées chez des patients atteints de candidose profonde en précisant les
données démographiques et mycologiques.
L’objectif secondaire est de proposer, à partir des données rouennaises, des valeurs de
breakpoints là où l’EUCAST n’en propose pas.
L’objectif tertiaire de cette étude est également de comparer les données obtenues
dans notre centre hospitalier aux données nationales et internationales issues de la littérature.
II.2. METHODOLOGIE
Pour l’analyse des données mycologiques, toutes les espèces de Candida spp. issues
des différents prélèvements profonds ont été considérées, qu’elles aient été isolées à partir
d’hémocultures, de biopsies, de liquides, d’abcès, de prothèses, de membranes, de lavages
broncho-alvéolaires, de moelles, de ganglions, d’organes (comme le rein), de cartilages, de
fistules, de ponctions, de liquides céphalo-rachidiens et d’os. Un certain nombre de
paramètres mycologiques ont été analysés dans le cadre de ce travail, comme le résultat des
cultures mycologiques des différents prélèvements réalisés à partir de sites profonds, la date
du diagnostic de l’infection, la ou les espèce(s) identifiée(s) et la sensibilité in vitro des
différents isolats aux différentes classes d’antifongiques (azolés avec le fluconazole,
l’itraconazole, le voriconazole et le posaconazole, polyènes avec l’amphotéricine B,
pyrimidines avec la 5-fluorocytosine, et échinocandines avec la caspofungine et la
micafungine).
116
Les données mycologiques ont été collectées grâce à plusieurs sources
d’informations :
117
II.2.5. CLASSIFICATION DE LA RESISTANCE DES
ISOLATS ISOLES DE PRELEVEMENTS PROFONDS EN
SENSIBLES OU RESISTANTS AUX PRINCIPAUX
ANTIFONGIQUES
Une fois la CMI d’un antifongique vis-à-vis d’une espèce obtenue, il a été déterminé
la fréquence des résistances en prenant pour référence les breakpoints fournis par l’EUCAST
en 2014, c’est-à-dire la valeur pour laquelle on considère que l’espèce de Candida est
sensible ou bien résistante pour un antifongique donné.
Le logiciel Excel a été utilisé afin d'étudier la distribution des espèces de Candida
par année, globalement pour tous les services d'origine des patients puis spécifiquement pour
3 services, l’Hépato-Gastroentérologie, la Réanimation Chirurgicale et la Réanimation
Médicale. La répartition des CMI de toutes les espèces a été recensée durant ces 10 ans et une
fois ce travail de compilation des résultats effectué, il a été réalisé des statistiques
descriptives avec Excel. Ces 3 services ont été choisis car ils représentent les services
d'origine de la majorité des patients atteints de candidose profonde et parce qu’ils sont
repérés dans la littérature en tant que comparateurs. Les médianes des CMI, par année
globalement pour tous les services confondus et pour chacun des 3 services cités
précédemment, ont été calculées. Cependant la détermination statistique des médianes des
CMI (variables continues) a pu mettre en évidence des résultats non applicables à la pratique
au laboratoire puisque les valeurs ne sont pas retrouvées sur une bandelette d’Etest (les
concentrations étudiées étant des variables discontinues). Nous avons donc considéré comme
médiane de la CMI, la concentration testée par la bandelette Etest la plus proche de la
valeur calculée pour cette médiane, en gardant à l’esprit, qu’en considérant les dilutions telles
118
qu'elles figurent sur la bandelette, qu’il faut au moins 2 dilutions d'écart par rapport à une
valeur dite de breakpoint pour pouvoir parler de sensibilité ou de résistance. De plus, seules
les années au cours desquelles le nombre d'isolats testés a été similaire ont été comparées
entre elles. Enfin, le pourcentage d'isolats résistants aux différents antifongiques testés a été
calculé.
II.3. RESULTATS
Entre le 27 décembre 2003 et le 28 décembre 2014, 1509 patients ont été inclus,
correspondant à 1968 isolats. Sur ces 10 ans d’études, 10 isolats n’ont pas pu été identifiés et
17 isolats (correspondant à 17 patients) comportait chacun 2 espèces différentes de Candida.
Sur l’ensemble de l’étude, le sex ratio est très en faveur des patients du sexe
masculin. Au total, il y avait sur ces 10 ans, 1,5 hommes pour 1 femme (911 hommes pour
598 femmes). Cependant on remarque que ce sex ratio varie selon les années.
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L’âge moyen des patients est de 65,3 ans, avec un âge minimum de 2 ans et un
maximum de 103 ans. L’âge moyen est de 65,9 ans pour les hommes avec un écart-type 4,34
ans et 64,6 ans pour les femmes avec un écart-type de 3,93 ans. Cette pathologie toucherait
plus préférentiellement l’homme d’âge mur.
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Les patients pour lesquels a été diagnostiquée une candidose profonde sont retrouvés
le plus souvent dans 3 services, le service d’Hépato-Gastroentérologie, le service de
Réanimation Chirurgicale et celui de Réanimation Médicale.
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Figure 47 : Répartition des épisodes de candidoses profondes entre les services d’Hépato-
Gastroentérologie, de Réanimation Chirurgicale et de Réanimation Médicale, de 2004 à
2014, au CHU de Rouen (n=1112)
La Figure 47 souligne la grande part qu’occupent les patients hospitalisés dans ces 3
services. Au total, sur la durée de l’étude, on note globalement 1754 cas de candidoses
profondes et 1112 cas issus de ces 3 services, représentant 63,4 % des cas.
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On constate que le nombre d’isolats est croissant de 2006 à 2011 puis semble se
maintenir aux alentours de 220 pour diminuer en 2014. La moyenne des isolats retrouvés est
de 178,9 par an de 2004 à 2014 avec un écart-type de 49,5 isolats.
123
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Figure 49 : Répartition des différents isolats issus de candidoses profondes entre les services
d’Hépato-Gastroentérologie, de Réanimation Chirurgicale et de Réanimation Médicale entre
2004 et 2014 (n=1250)
A partir de cette Figure 49, on remarque que ces 3 services ont regroupé 1250 isolats
de Candida sur les 1968, soit 63,5 % des Candida isolés entre 2004 et 2014. Sur ces 1250
Candida isolés d’un site profond, un peu plus de la moitié ont été isolés chez des patients
hospitalisés dans le service d’Hépato-Gastroentérologie (637, soit 51 %), environ 1/3 ont été
isolés chez des patients en Réanimation Chirurgicale (424, soit 33,9 %) et 15,1 % chez des
patients de Réanimation Médicale.
124
II.3.2. DONNEES MYCOLOGIQUES
Comme illustré dans la Figure 50, l’espèce majoritairement isolée durant cette étude,
tous services et tous prélèvements profonds confondus, est C. albicans avec près de 1217
isolats, soit 61,9 % des isolats. Vient ensuite C. glabrata avec 13,5 %, C. tropicalis avec 7,7
% puis C. parapsilosis avec 7,1 %. D’autres espèces ont été retrouvées dans une moindre
mesure, comme C. sphaerica retrouvé dans un seul prélèvement, tout comme C. lipolytica, C.
intermedia, C. pelliculosa. Au total, 18 espèces différentes sont identifiées dans cette étude
illustrant la grande diversité des espèces de Candida susceptibles d’être à l’origine de
candidoses profondes.
125
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Figure 50 : Distribution des espèces de Candida isolées au CHU de Rouen, tous services
confondus, de 2004 à 2014 (n=1968)
La distribution des espèces au cours du temps est présentée dans la Figure 51 pour
2008 et la Figure 52 pour 2014. On remarque que C. albicans reste l’espèce retrouvée
majoritairement oscillant entre 50 et 80 % selon les années.
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Figure 51 : Distribution des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds
au CHU de Rouen, tous services confondus, en 2008 (n=186)
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au CHU de Rouen, tous services confondus, en 2014 (n=168)
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Figure 53 : Distribution des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds
au CHU de Rouen, tous services confondus, en 2011 (n=238)
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Figure 54 : Distribution des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds
au CHU de Rouen, tous services confondus, en 2013 (n=235)
129
En 2013, le nombre d’isolats de C. albicans (60,4 %) retrouvés dans les prélèvements
profonds ont diminué par rapport à 2011 (62,6 %) tout comme C. glabrata de 3 %. On note
cependant une augmentation notable de C. tropicalis en 2013 (10,2 %) par rapport à 2011
(5,5 %) tout comme pour C. parapsilosis, avec une proportion de 8,5 % en 2013 alors qu’en
2011 elle n’est que de 6,7 %. Au contraire, C. kefyr et C. krusei diminuent tous les deux de 2
% pour atteindre respectivement 2,6 % et 2,1 %.
D’une manière générale, sur la durée de l’étude, la proportion de C. albicans issus
d’un prélèvement profond diminue, représentant 63 % des isolats en 2004 alors qu’en 2014
cette espèce ne représente que 52,4 %. C. glabrata présente des variations assez nette,
d’abord une augmentation de 2004 (13,9 %) à 2007 (21,5 %) puis une diminution pour se
maintenir aux alentours de 11 % pour finir en 2014 à 14,3 %. Concernant C. kefyr, cette
espèce ne cesse de progresser de 2004 (0,9 %) à 2009 (4,4 %) pour ensuite diminuer jusqu’en
2014 (2,4 %). L’espèce C. krusei connaît des variations chaque année, oscillant entre 1,5 et
5,5 %. C. parapsilosis diminue de 2004 (13 %) à 2006 (2,6 %) pour augmenter ensuite à 12,5
% en 2014. Concernant C. tropicalis, on note une augmentation, pour passer de 2004 à 3,7 %
pour finir en 2014 à 10,1 %. Les illustrations représentant la distribution des Candida selon
les années pourront être consulté en annexe.
Les Figures 55, 56 et 57 illustrent la proportion des différentes espèces isolées chez
des patients hospitalisés dans les services d’Hépato-gastroentérologie, de Réanimation
Chirurgicale et de Réanimation Médicale de 2004 à 2014.
130
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Figure 55 : Répartition des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds
dans le service d’Hépato-Gastroentérologie du CHU de Rouen de 2004 à 2014 (n=637)
Figure 56 : Répartition des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds
dans le service de Réanimation Chirurgicale du CHU de Rouen de 2004 à 2014 (n=424)
131
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Figure 57 : Répartition des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds
dans le service de Réanimation Médicale du CHU de Rouen de 2004 à 2014 (n=189)
Dans ces 3 services, C. albicans est isolé de prélèvements profonds dans environ 63
% des cas et cela correspond aux proportions retrouvées sur l’ensemble des services au CHU
de Rouen sur la durée de l’étude. Certaines espèces sont retrouvées dans certains services et
pas d’autres parmi ces 3, ainsi C. lipolytica est seulement isolé en Hépato-gastroentérologie,
C. intermedia seulement en Réanimation Chirurgicale et C. sphaerica en Réanimation
Médicale.
132
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Figure 58 : Répartition des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds
dans le service d’Hépato-Gastroentérologie du CHU de Rouen en 2008 (n=57)
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Figure 59 : Répartition des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds
dans le service de Réanimation Chirurgicale du CHU de Rouen en 2008 (n=43)
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Figure 60 : Répartition des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds
dans le service de Réanimation Médicale du CHU de Rouen en 2008 (n=12)
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Figure 61 : Répartition des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds
dans le service d’Hépato-Gastroentérologie du CHU de Rouen en 2014 (n=61)
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Figure 62 : Répartition des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds
dans le service de Réanimation Chirurgicale du CHU de Rouen en 2014 (n=35)
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Figure 63 : Répartition des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds
dans le service de Réanimation Médicale du CHU de Rouen en 2014 (n=16)
135
Si l’on compare la distribution des espèces de Candida au sein d’un même service
selon les années, on note que la répartition des isolats est similaire, avec 57 isolats en Hépato-
Gastroentérologie en 2008 et 61 en 2014, 43 isolats en 2008 en Réanimation Chirurgicale et
35 en 2014 et 12 isolats en Réanimation Médicale en 2008 et 16 en 2014. La proportion de C.
albicans est plus forte dans les prélèvements de 2008 par rapport à 2014 dans les 3 services
avec 70,2 % en Hépato-Gastroentérologie, 62,8 % en Réanimation Chirurgicale et 58,3 % en
Réanimation Médicale en 2008 et 63,9 % en Hépato-Gastroentérologie, 51,4 % en
Réanimation Chirurgicale et 50 % en Réanimation Médicale en 2014. Pour C. glabrata, les
valeurs sont très proches entre les 2 années en Hépato-Gastroentérologie et Réanimation
Chirurgicale mais il y a une augmentation en 2008 en Réanimation Médicale (33,3 %) par
rapport à 2014 (12,5 %). Concernant C. kefyr, cette espèce est plus souvent isolée en 2008
qu’en 2014 alors que C. krusei est sensiblement constante mais ces 2 espèces ne sont pas
retrouvées pour ces 2 années en Réanimation Médicale. C. parapsilosis n’a pas été isolé dans
les prélèvements profonds de 2008 mais a été retrouvé en Hépato-Gastroentérologie,
Réanimation Chirurgicale et Réanimation Médicale en 2014. Pour C. tropicalis, on note une
augmentation en 2014 par rapport à 2008, avec pour le service d’Hépato-Gastroentérologie
en 2014, 9,84 % et en 2008, 1,75 %, en Réanimation Chirurgicale en 2014, 22,9 % et en 2008
14 %. De plus, entre ces 3 services on ne retrouve pas les mêmes espèces. En effet,
concernant le service d’Hépato-Gastroentérologie, on a diagnostiqué C. inconspicua et
norvegensis en 2008 mais pas en 2014. A l’inverse, on n’a pas retrouvé de C. parapsilosis ni
de C. utilis en 2008. Pour la Réanimation Chirurgicale, on a isolé C. parapsilosis en 2014
mais pas en 2008 et au contraire, on a isolé C. lusitaniae en 2008 mais pas en 2014. Enfin, le
service de Réanimation Médicale n’a retrouvé en 2008 que C. albicans, C. glabrata et C.
tropicalis alors qu’en 2014 on a isolé en plus C. guilliermondii, C. parapsilosis et C.
pulcherrima. Les Figures présentées en annexe montrent la distribution des Candida par
services et par années.
136
II.3.2.3. RESULTATS DE LA
DETERMINATION IN VITRO DE LA CMI DE CANDIDA
ISSUS DE PRELEVEMENTS PROFONDS AUX
ANTIFONGIQUES
La détermination de la CMI vis-à-vis des antifongiques n’a pas été réalisée pour tous
les isolats. Ainsi, la sensibilité de C. albicans aux différents antifongiques a été testée 1938
fois pendant la durée de l’étude, celle de C. glabrata 638 fois, celle C. parapsilosis 245 fois
et celle de C. tropicalis 328 fois. Une fois les CMI déterminées, les médianes de celles-ci ont
été calculées et sont présentées dans les Tableaux 2 à 5, sur toute la durée de l’étude.
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I;+C&%)"'$"* /=65 /=6.1 /=/20 /=/20 /=/03 /=/03 /=/50 /=/111 /=/03
137
Tableau 3 : Médiane des CMI (µg/ml) du fluconazole, de l’itraconazole, du voriconazole, du
posaconazole, de l’amphotéricine B, de la 5-fluorocytosine et de la caspofungine vis-à-vis de
C. glabrata
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Concernant C. glabrata, il semble y avoir une augmentation des médianes des CMI
de 2005 à 2014 montrant une augmentation de la proportion des isolats résistants au
fluconazole au cours du temps. Le nombre de données est insuffisant pour commenter les
résultats de l’itraconazole, et du posaconazole. Pour l’amphotéricine B et la 5-fluorocytosine,
les médianes des CMI sont constantes. Pour le voriconazole, l’évolution des médianes des
CMI est constante, mais avec en 2005 une médiane des CMI de 0,094 µg/ml passant en 2007
à 0,19 µg/ml pour rester constantes jusqu’en 2014. La médiane des CMI de la caspofungine
diminue passant d’une médiane de 0,38 µg/ml en 2006 à 0,125 µg/ml en 2009 pour ensuite
être constantes jusqu’en 2014.
138
Tableau 4 : Médiane des CMI (µg/ml) du fluconazole, de l’itraconazole, du voriconazole, du
posaconazole, de l’amphotéricine B, de la 5-fluorocytosine et de la caspofungine vis-à-vis de
C. parapsilosis
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139
Tableau 5 : Médiane des CMI (µg/ml) du fluconazole, de l’itraconazole, du voriconazole, du
posaconazole, de l’amphotéricine B, de la 5-fluorocytosine et de la caspofungine vis-à-vis de
C. tropicalis
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K;+E&%)"'$"* /=.. /=65 /=6.1 /=6.1 /=/20 /=/20 /=6.1 /=6.1 /=/50
BCLB&"GC-#*?D$"-
Les médianes des CMI sont constantes pour le fluconazole, l’amphotéricine B et pour
le voriconazole, alors que C. tropicalis n’a pas été testé pour l’itraconazole et les données
sont insuffisantes pour le posaconazole. L’évolution des médianes des CMI pour la 5-
fluorocytosine est très variable selon les années avec une médiane de 0,064 µg/ml, de 32
µg/ml, de 0,032 µg/ml et de 22 µg/ml (lue 24 µg/ml), respectivement en 2005, 2006, 2007 et
2008. On observe pour la caspofungine une petite diminution des médianes avec en 2006 une
médiane des CMI à 0,22 µg/ml (lue 0,19 µg/ml) et à 0,094 µg/ml en 2014.
Le calcul des médianes des CMI d’une espèce de Candida issue de prélèvements
profonds en fonction d’un antifongique sur la durée de l’étude a aussi été faite dans les 3
services précédemment étudiés, les services d’Hépato-Gastroentérologie, de Réanimation
Chirurgicale et de Réanimation Médicale. Les tableaux 6, 7, 8 et 9 représentent les médianes
des CMI en Hépato-Gastroentérologie pour C. albicans, C. glabrata, C. parapsilosis et C.
tropicalis.
140
Tableau 6 : Médiane des CMI (µg/ml) du fluconazole, de l’itraconazole, du voriconazole, du
posaconazole, de l’amphotéricine B, de la 5-fluorocytosine et de la caspofungine en Hépato-
Gastroentérologie vis-à-vis de C. albicans
!"#$%&"'$()*+,!""-*+ .//0 .//1 .//2 .//3 .//4 .//5 ./6/ ./66 ./6. ./67 ./60
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K;+E&%)"'$"* /=6.1 /=.1 /=/20 /=/20 /=/111 /=/20 /=6.1 /=/20 /=/20
@AL@&"GA-#*?D$"-
Si l’on compare l’évolution des médianes des CMI dans le service d’Hépato-
Gastroentérologie, on remarque que les médianes des CMI du fluconazole sont très variables
de 2004 à 2008, par exemple allant de 1 µg/ml en 2004 à 0,19 µg/ml en 2005 puis à 2 µg/ml
en 2007, mais que celles de 2008 à 2014 sont constantes. Cependant en regardant de 2004 à
2014 on note une diminution avec en 2014 une médiane de 0,1095 µg/ml (lue 0,094 µg/ml).
C. albicans n’a pas été testé pour l’itraconazole ici. Pour le voriconazole, les médianes sont
constantes malgré 2 pics en 2004 et 2007 avec respectivement 0,0275 µg/ml (lue 0,0230
µg/ml) et 0,079 µg/ml (lue 0,064 µg/ml). Les données du posaconazole sont insuffisantes
pour être interprétées. Les valeurs des médianes pour l’amphotéricine B sont constantes sur la
durée de l’étude tout comme la caspofungine et la 5-fluorocytosine même si un pic à 16,008
µg/ml (lue 16 µg/ml) est à noter.
141
Tableau 7 : Médiane des CMI (µg/ml) du fluconazole, de l’itraconazole, du voriconazole, du
posaconazole, de l’amphotéricine B, de la 5-fluorocytosine et de la caspofungine en Hépato-
Gastroentérologie vis-à-vis de C. glabrata
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K;+E&%)"'$"* /=74 /=6131 /=65 /=6.1 /=65 /=/50 /=6.1 /=65 /=6641
@AL@&"GA-#*?D$"-
142
Tableau 8 : Médiane des CMI (µg/ml) du fluconazole, de l’itraconazole, du voriconazole, du
posaconazole, de l’amphotéricine B, de la 5-fluorocytosine et de la caspofungine en Hépato-
Gastroentérologie vis-à-vis de C. parapsilosis
!"#$%&"'$()*+,!""-*+ .//0 .//1 .//2 .//3 .//4 .//5 ./6/ ./66 ./6. ./67 ./60
C. parapsilosis est une espèce pour laquelle la détermination des CMI des
antifongiques a été très peu testée en Hépato-Gastroentérologie voire pas du tout pour
certaines années. Cependant, si on regarde les années 2012, 2013 et 2014, on peut noter que
les médianes des CMI sont constantes pour la caspofungine et le voriconazole, en
augmentation pour le fluconazole avec en 2012 une médiane de 0,258 µg/ml et en 2014
valeur de 1 µg/ml, et ne peuvent être commentés pour l’itraconazole, le posaconazole,
l’amphotéricine B et la 5-fluorocytosine.
143
Tout comme C. parapsilosis, les isolats de C. tropicalis ont été peu testés en Hépato-
Gastroentérologie. Avec le peu de données que l’on a sur la durée de l’étude on peut tout de
même remarquer que la médiane des CMI du fluconazole est constante de 2010 à 2014 tout
comme celles du voriconazole, de l’amphotéricine B et de la caspofungine. Cependant les
données sont trop peu nombreuses pour pouvoir commenter les résultats pour l’itraconazole,
le posaconazole, et la 5-fluorocytosine.
Nous avons réalisé la même chose pour le service de Réanimation Chirurgicale, les
résultats sont présentés dans les tableaux 10, 11, 12, 13 et 14.
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@&?$:&";<&9* /=/01 /=/071 /=//1 /=/.7 /=//2 /=//2 /=//7 /=//7 /=/65 /=//0 /=//2
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K;+E&%)"'$"* /=6.1 /=6/51 /=/03 /=/111 /=/03 /=/7. /=/351 /=/03 /=/7.
BCLB&"GC-#*?D$"-
144
des médianes des CMI pour la caspofungine sont plus ou moins constantes, avec une légère
diminution de 0,125 µg/ml en 2006 à 0,032 µg/ml en 2014.
145
Tableau 12 : Médiane des CMI (µg/ml) du fluconazole, de l’itraconazole, du voriconazole,
du posaconazole, de l’amphotéricine B, de la 5-fluorocytosine et de la caspofungine en
Réanimation Chirurgicale vis-à-vis de C. parapsilosis
!"#$%&"'$()*+,!""-*+ .//0 .//1 .//2 .//3 .//4 .//5 ./6/ ./66 ./6. ./67 ./60
Les données sont insuffisantes pour commenter l’évolution des médianes des CMI
pour C. parapsilosis en Réanimation Chirurgicale.
146
1,0 µg/ml), non interprétable pour la 5-fluorocytosine, et non disponibles pour l’itraconazole
et le posaconazole.
Et enfin, ces médianes sont aussi rapportées pour le service de Réanimation Médicale.
Celles-ci sont présentées dans les tableaux 14, 15, 16 et 17.
89):&";<&9* /=6.1 /=/35 /=/42 /=/50 /=/03 /=6.1 /=6131 /=/50 /=/50
>#?;:&";<&9*
@&?$:&";<&9* /=/76 /=//0 /=//1 /=//0 /=//. /=//0 /=//4 /=//7 /=//7
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!DEF&#-?$:$"*GH /=65 /=.1 /=121 /=6/51 /=74 /=65 /=..
1I%9)&?&:J#&+$"* /=/04 /=/60 BC
K;+E&%)"'$"* /=6131 /=/7. /=/111 /=/.31 /=/03 /=6.1 /=/20 /=/7.
BCLB&"GC-#*?D$"-
147
Tableau 15 : Médiane des CMI (µg/ml) du fluconazole, de l’itraconazole, du voriconazole,
du posaconazole, de l’amphotéricine B, de la 5-fluorocytosine et de la caspofungine en
Réanimation Médicale vis-à-vis de C. glabrata
!"#$%&"'$()*+,!""-*+ .//0 .//1 .//2 .//3 .//4 .//5 ./6/ ./66 ./6. ./67 ./60
148
L’évolution des médianes des CMI des différents antifongiques vis-à-vis de C.
parapsilosis est peu interprétable pour la Réanimation Médicale.
Les médianes des CMI de C. tropicalis ne sont pas interprétables pour la Réanimation
Médicale.
II.3.2.4. DETERMINATION DE LA
FREQUENCE DES RESISTANCES DES CANDIDA VIS-A-VIS
D’UN ANTIFONGIQUE
Une fois les CMI des différents antifongiques obtenus pour les différentes espèces de
Candida, il a pu être calculé la fréquence des résistances de celles-ci pour chaque
antifongique et par an, de 2004 à 2014 en prenant comme références celles de l’EUCAST.
Cependant l’EUCAST n’a pas déterminé l’ensemble des breakpoints, d’où une analyse non
complète des données. En effet, parfois les résultats expérimentaux ne sont pas interprétables,
149
les preuves sont donc insuffisantes pour émettre un résultat, ou bien les tests n’ont pas été
effectués pour certaines espèces de Candida vis-à-vis d’un antifongique ou encore
l’organisme EUCAST n’a pas donné ses conclusions mais un autre organisme l’a fait, comme
le CLSI.
Tableau 18 : Fréquence (%) des résistances des isolats de Candida issus de prélèvements
profonds au CHU de Rouen, tous services confondus, en 2006
!"#$%&"'()*+,)-./0)1.23&" 453%0)6705& 8-96%0)6705& :09.%0)6705& ;0"6%0)6705& ,<#=0->9.%.)&'? @A453090%B-0".)& C6"#0/3)1.)&
Tableau 19 : Fréquence (%) des résistances des isolats de Candida des prélèvements
profonds au CHU de Rouen, tous services confondus, en 2007
150
Tableau 20 : Fréquence (%) des résistances des isolats de Candida des prélèvements
profonds au CHU de Rouen, tous services confondus, en 2008
Tableau 21 : Fréquence (%) des résistances des isolats de Candida des prélèvements
profonds au CHU de Rouen, tous services confondus, en 2012
!"#$%&"'()*+,)-./0)1.23&" 453%0)6705& 8-96%0)6705& :09.%0)6705& ;0"6%0)6705& ,<#=0->9.%.)&'? @A453090%B-0".)& C6"#0/3)1.)&
Tableau 22 : Fréquence (%) des résistances des isolats de Candida des prélèvements
profonds au CHU de Rouen, tous services confondus, en 2013
!"#$%&"'()*+,)-./0)1.23&" 453%0)6705& 8-96%0)6705& :09.%0)6705& ;0"6%0)6705& ,<#=0->9.%.)&'? @A453090%B-0".)& C6"#0/3)1.)&
151
Tableau 23 : Fréquence (%) des résistances des isolats de Candida des prélèvements
profonds au CHU de Rouen, tous services confondus, en 2014
!"#$%&"'()*+,)-./0)1.23&" 453%0)6705& 8-96%0)6705& :09.%0)6705& ;0"6%0)6705& ,<#=0->9.%.)&'? @A453090%B-0".)& C6"#0/3)1.)&
Comparons les années où un nombre similaire d’isolats d’une même espèce ont été
identifiés, ici 2006, 2007, 2008, 2012, 2013 et 2014. En ciblant C. albicans. Pour les années
2006, 2007, 2012 et 2013, on observe quelques isolats résistants au fluconazole, avec un taux
de résistance compris entre 1,27 et 3,57 %. Cependant, ce n’est qu’en 2012 et 2013 qu’on
retrouve quelques isolats résistants au voriconazole. La CMI du posaconazole a été peu
étudiée, cependant, cela a été fait en 2006, 2007 et 2008 avec un taux de résistance de 41,18
% en 2008. Pour C. albicans, il n’a pas été trouvé d’isolats résistants à l’amphotéricine B
durant ces 6 années, montrant que cette espèce est et reste sensible à cet antifongique.
Intéressons nous à la résistance de C. glabrata. Des isolats résistants à la fois au fluconazole
et à l’amphotéricine proviennent des prélèvements profonds de 2006, 2007 et 2014. En 2008
et 2013, des isolats de C. glabrata ne sont que résistants au fluconazole alors qu’en 2012 ils
ne l’étaient ni au fluconazole ni à l’amphotéricine B.
Les tableaux de données pour les années 2004, 2005, 2009, 2010, 2011 sont présentés en
annexe.
152
II.3.2.5. DETERMINATION DES
BREAKPOINTS DE LA CASPOFUNGINE POUR C.
ALBICANS, C. GLABRATA, C. PARAPSILOSIS ET C.
TROPICALIS ET DU VORICONAZOLE POUR C. GLABRATA
Les breakpoints sont des valeurs de CMI pour lesquelles on peut considérer qu’en
dessous de celles-ci les isolats sont sensibles et qu’au dessus, elles sont résistantes.
Cependant les référentiels que sont l’EUCAST et le CLSI sont incomplets, plus
particulièrement en ce qui concerne les breakpoints de la caspofungine pour C. albicans, C.
glabrata, C. parapsilosis et C. tropicalis et du voriconazole pour C. glabrata. Nous avons
donc calculé, pour le CHU de Rouen, les breakpoints expérimentaux permettant de combler
les informations publiées par l’EUCAST et le CLSI.
A l’aide des Figures 64 à 68, il a pu être établi des valeurs discriminant des isolats en
sensibles et résistants.
153
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Figure 64 : Répartition des CMI de la caspofungine pour C. albicans de 2006 à 2014, tous
services confondus, au CHU de Rouen (n=333)
154
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Figure 65 : Répartition des CMI de la caspofungine pour C. glabrata de 2006 à 2014, tous
services confondus, au CHU de Rouen (n=94)
Concernant C. glabrata, on peut dire que cette espèce est sensible à la caspofungine si
la CMI est inférieure ou égale à 0,38 µg/ml et résistante si la CMI est strictement supérieure à
0,5 µg/ml.
155
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Figure 66 : Répartition des CMI de la caspofungine pour C. parapsilosis de 2006 à 2014, tous
services confondus, au CHU de Rouen (n=47)
156
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Figure 67 : Répartition des CMI de la caspofungine pour C. tropicalis de 2006 à 2014, tous
services confondus, au CHU de Rouen (n=59)
157
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Figure 68 : Répartition des CMI du voriconazole pour C. glabrata de 2006 à 2014, tous
services confondus, au CHU de Rouen (n=94)
Enfin, à l’aide de cette Figure on peut supposer que C. glabrata est sensible au
voriconazole si la CMI est inférieure ou égale à 1 µg/ml et résistant si celle-ci est strictement
supérieure à 1,5 µg/ml.
158
Tableau 24 : Taux (%) de résistance de C. albicans, C. glabrata, C. parapsilosis et C.
tropicalis à la caspofungine et de C. glabrata au voriconazole au CHU de Rouen, tous
services confondus, en 2006
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159
Tableau 27 : Taux (%) de résistance de C. albicans, C. glabrata, C. parapsilosis et C.
tropicalis à la caspofungine et de C. glabrata au voriconazole au CHU de Rouen, tous
services confondus, en 2009
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160
Tableau 29 : Taux (%) de résistance de C. albicans, C. glabrata, C. parapsilosis et C.
tropicalis à la caspofungine et de C. glabrata au voriconazole au CHU de Rouen, tous
services confondus, en 2011
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161
Tableau 31 : Taux (%) de résistance de C. albicans, C. glabrata, C. parapsilosis et C.
tropicalis à la caspofungine et de C. glabrata au voriconazole au CHU de Rouen, tous
services confondus, en 2013
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162
II.3.3. DISCUSSION
La stratégie retenue dans cette étude épidémiologique a été de se limiter aux seuls
isolats issus de prélèvements profonds et correspondant donc aux candidoses profondes. Il
n’a donc été utilisé aucun isolat provenant de prélèvements superficiels. Cette étude a donc
eu pour objectif d’évaluer sur 10 ans, l’épidémiologie fongique dans lequel évoluent les
patients à risque de candidoses viscérales.
Le fait d’inclure dans cette étude tous types de prélèvements présentait l’avantage de
collecter un grand nombre d’isolats. Les infections profondes à Candida sont peu fréquentes.
Ainsi, sur la durée de l’étude, 10 ans, et sur l’ensemble du CHU de Rouen, nous avons pu
répertorier 1968 isolats provenant de prélèvements d’origine profonde, ce qui est suffisant
pour dégager des tendances épidémiologiques statistiquement significatives.
L’intérêt de cette étude est son caractère monocentrique. En effet, seuls les
prélèvements traités au laboratoire de Parasitologie-Mycologie du CHU de Rouen et issus du
CHU de Rouen ont été retenus dans cette étude. Cela permet d’avoir une vision centrée sur
l’épidémiologie locale.
L’épidémiologie nord-américaine publiée dans des études n’est pas parfaitement
identique à l’épidémiologie française ou même européenne, tant sur le plan de la distribution
des espèces que sur la résistance aux antifongiques [88]. Depuis une quinzaine d’années, des
études européennes commencent à être de plus en plus publiées [88] [90]. On y observe des
disparités entre les différents pays plus ou moins marquées en fonction de l’espèce ou de
163
l’antifongique étudié [88]. De plus, certaines de ces études mettent en lumière des variations
à plus petite échelle entre différentes villes et différents types d’hôpitaux [89]. En France, la
plupart des études épidémiologiques sur les levures du genre Candida ont été réalisées sur un
seul centre [90]. Notre étude présente l’avantage d’explorer l’épidémiologie locale mais est
difficilement extrapolable aux autres centres hospitaliers en France, même voisins puisque
l’épidémiologie des Candida est propre à chaque centre hospitalier. Par ailleurs,
contrairement à notre étude, la plupart de ces études françaises n’avaient pas l’objectif
d’aborder la sensibilité in vitro des levures isolées [91].
L’ensemble des isolats de notre étude a été identifié selon une démarche
d’identification phénotypique. Aucun isolat n’a été identifié par des techniques de biologie
moléculaire.
On retrouve dans notre étude une nette prédominance des patients de sexe masculin
avec 911 hommes pour 598 femmes, représentant donc 60,4 % de la totalité des patients. La
principale explication serait que la population masculine soit la plus exposée aux différents
88. Tortorana A. M., Kibbler C., Peman J., Bernhardt H., Klingspor L., et al. Candidaemia in Europe :
epidemiology and resistance. Int J Antimicrob Agents. 2006 ; 27 : 359-366.
89. Poikonen E., Lyytikainen O., Anttila V. J., Koivula I., Lumio J., et al. Secular trend in candidemia and the
use of fluconazole in Finland. 2004-2007. BMC Infect Dis. 2010 ; 10 : 312.
90. Honderlick P., Gravisse J., Cahen P., Vignon D. Is there a hange in ecology of Candida species incriminated
in fungemia ? A 7 years study at Foch Hospital. Pathol Biol (Paris). 2007 ; 55 : 531-533.
164
facteurs de risque. Cette prédominance se retrouve également dans d’autres études traitant
des candidémies [91].
Sur les 1509 patients inclus dans l’étude, le patient le plus jeune a 2 ans et le plus âgé
a 103 ans. Cependant, la moyenne d’âge étant de 65,25 ans avec un écart-type de 0,90 ans, la
population étudiée est surtout adulte.
Comme attendu et illustré précédemment, les services les plus touchés sont ceux
d’Hépato-Gastroentérologie, de Réanimation Chirurgicale et de Réanimation Médicale,
services accueillant les patients les plus à risque [92]. En effet, cette étude recense 1754
épisodes de candidoses profondes et ces 3 services totalisent au total 1112 épisodes, soit 63,4
%.
91. Bassetti M., Taramasso L., Nicco E., Molinari M. P., Mussap M. et al. Epidemiology, species distribution
antifungal susceptiblity and outcome of nosocomial candidemia in a tertiary care hospital in Italy. 2011, PLoS
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165
albicans, C. glabrata, C. parapsilosis, et C. tropicalis représentent plus de 90 % des isolats
issus de prélèvements profonds. Mise à part C. kefyr et C. krusei, les 13 autres espèces
représentent le plus souvent moins de 15 isolats sur les 10 ans de l’étude. De plus, la
distribution des espèces varie selon les années avec par exemple en 2011, C. parapsilosis
retrouvé devant C. tropicalis mais toujours derrière C. albicans et C. glabrata. Certains
isolats ne sont pas retrouvés chaque année comme C. sake retrouvé exclusivement en 2008.
Dans les services d’Hépato-Gastroentérologie et de Réanimation Chirurgicale, sur la
durée de l’étude, on retrouve bien C. albicans comme espèce la plus isolée, C. glabrata, C.
tropicalis puis C. parapsilosis. Cependant, en Réanimation Médicale, C. parapsilosis est plus
retrouvé que C. tropicalis. De plus, selon les services, on isole des isolats qui sont peu
courants. Par exemple, C. dubliniensis est seulement retrouvé en Hépato-Gastroentérologie
parmi ces 3 services.
La sensibilité aux antifongiques des isolats inclus dans notre étude a été étudiée par la
technique Etest. Il ne s’agit pas d’une technique de référence comme celle de l’EUCAST
ou du CLSI, mais des études montrent que cette technique est bien corrélée à ces méthodes
pour les différents antifongiques testés [95]. De plus, cette technique est facilement réalisable
en routine dans les laboratoires et étant très utilisée au laboratoire du CHU de Rouen, le
risque d’erreur était minime. Lors des doutes, un deuxième lecteur fut requis sur la lecture de
la bande. A partir des CMI lues, les médianes ont été calculées afin de suivre l’évolution du
profil de sensibilité des isolats vis-à-vis des différents antifongiques testés. Cependant, les
valeurs des CMI étant discontinues, il a fallu prendre la dilution la plus proche correspondant
à la valeur de la médiane ne pouvant être lue sur une bandelette d’Etest. A savoir que la
recherche d’une CMI lors de l’isolement d’une espèce de Candida n’était pas systématique.
Une fois les médianes obtenues pour chaque isolat de Candida en fonction des
différents antifongiques, il a pu être possible de les comparer selon les années. Les médianes
des CMI de C. albicans pour le fluconazole sont en accord avec la littérature avec une valeur
de 0,125 µg/mL [96]. Concernant C. glabrata, on remarque une sensibilité diminuée au
fluconazole tout comme au voriconazole par rapport à la littérature que ce soit dans les
95. Pfaller M. A., Castanheira M., Diekema D. J., Messer S. A., Moet G. J. et al. Comparison of European
Committee on Antimicrobial Susceptibility Testing (EUCAST) and Etest methods with CLSI broth
microdilution method for echinocandin susceptibility testing of Candida species. J Clin Microbiol. 2010 ; 48 :
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96. Espinel-ingroff A., Pfaller M. A., Bustamante B., Canton E., Fothergill A. et al. Multilaboratory Study of
Epidemiological Cutoff Values for Detection of Resistance in Eight Candida Species to Fluconazole,
Posaconazole and Voriconazole. Antimicrob Agents Chemother. 2014 ; 58 : 2006-2012.
166
services d’Hépato-Gastroentérologie, de Réanimation Chirurgicale et de Réanimation
Médicale [97].
Penchons nous sur la fréquence des résistances retrouvée chez des espèces issues de
prélèvements profonds. Concernant C. glabrata, on note des isolats résistants au fluconazole
en 2006 (13,04 %), en 2007 (12 %), en 2008 (5 %), en 2013 (7,69 %) et en 2014 (20 %).
Grâce à l’exploitation de nos breakpoints épidémiologique expérimentaux, il a pu être
recherché des isolats sensibles ou au contraire résistants à la caspofungine et au voriconazole.
Ainsi, on retrouve des isolats résistants de C. glabrata au voriconazole en 2009 (9,1 %), 2010
(6,25 %) et 2013 (15,38 %). Il y a donc des années où des isolats étaient résistants aux
antifongiques azolés. Comparons avec les taux de résistance relevés pour la caspofungine. On
a isolé des isolats de cette espèce de Candida qui avaient des résistances à cet antifongique.
En effet, en 2007 et 2012 sont retrouvés des isolats résistants avec en 2007, 6,25 % de
résistances et en 2012, 16,67 %. On pouvait donc avoir des isolats résistants au fluconazole et
à la caspofungine en 2007. Cela pourrait laisser supposer l’émergence d’une co-résistance à
cette échinocandine et aux azolés [97].
On peut noter que tous les isolats de C. tropicalis sont sensibles à la caspofungine.
Prenons un isolat résistant à une échinocandine, ici la caspofungine et analysons son
profil de sensibilité. Par exemple, en 2012 on retrouvait plusieurs isolats de C. albicans
résistants à la caspofungine (16,67 %), et présentant aussi des isolats résistants au fluconazole
(3,56 %) et au voriconazole (5,36 %), avec donc de multiples résistances.
C. albicans est considéré comme sensible, voyons ce qu’il en est dans cette étude. On
remarque que mis à part en 2008 et 2014, on retrouvait des profils de résistances au
fluconazole dans les prélèvements contaminés par ce Candida.
97. Pfaller M. A., Rhomberg P. R., Messer S. A., Jones R. N., Castanheira M. isavuconazole, micafungin, and 8
comparator antifungal agents susceptibility profiles for common and uncommon opportunistic fungi collected in
2013 : temporal analysis of antifungal drug resistance using CLSI species-specific clinical breakpoints and
proposed epidemiological cutoff values. Diagnostic Microbiology and Infectious Disease. 2015 ; 303-313.
167
II.3.4. CONCLUSION
Notre étude trouve son intérêt dans le fait qu’il n’existe que très peu de publications
françaises concernant l’épidémiologie des candidoses profondes. Ce sont surtout les
candidémies qui ont été étudiées. Le fait qu’il s’agisse ici d’une étude monocentrique en fait
son point fort, car d’une région géographique à une autre, l’épidémiologie locale peut
considérablement varier [98]. Ce travail a permis de poser les bases de l’écologie des
infections fongiques profondes à Candida, qui sera poursuivi dans le temps afin de guetter
l’émergence d’une baisse de la sensibilité des espèces en circulation au CHU de Rouen.
168
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313.
176
III. ANNEXES
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Figure : Distribution des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds au
CHU de Rouen, tous services confondus, en 2010 (n=202)
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Figure : Distribution des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds au
CHU de Rouen, tous services confondus, en 2009 (n=205)
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CHU de Rouen, tous services confondus, en 2007 (n=177)
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Figure : Distribution des espèces de Candida retrouvées dans les prélèvements profonds au
CHU de Rouen, tous services confondus, en 2006 (n=154)
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CHU de Rouen, tous services confondus, en 2005 (n=81)
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CHU de Rouen, tous services confondus, en 2004 (n=108)
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Figure : Répartition des espèces de Candida retrouvées dans des prélèvements profonds dans
le service de Réanimation Chirurgicale du CHU de Rouen en 2014 (n=35)
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le service de Réanimation Chirurgicale du CHU de Rouen en 2013 (n=40)
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le service de Réanimation Médicale du CHU de Rouen en 2013 (n=20)
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le service d’Hépato-Gastroentérologie du CHU de Rouen en 2012 (n=77)
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le service de Réanimation Chirurgicale du CHU de Rouen en 2012 (n=52)
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le service de Réanimation Médicale du CHU de Rouen en 2012 (n=17)
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le service d’Hépato-Gastroentérologie du CHU de Rouen en 2011 (n=72)
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Figure : Répartition des espèces de Candida retrouvées dans des prélèvements profonds dans
service de Réanimation Chirurgicale du CHU de Rouen en 2011 (n=50)
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le service de Réanimation Médicale du CHU de Rouen en 2011 (n=40)
186
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le service d’Hépato-Gastroentérologie du CHU de Rouen en 2010 (n=74)
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le service de Réanimation Chirurgicale du CHU de Rouen en 2010 (n=39)
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le service de Réanimation Médicale du CHU de Rouen en 2010 (n=22)
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Figure : Répartition des espèces de Candida retrouvées dans des prélèvements profonds dans
le service d’Hépato-Gastroentérologie du CHU de Rouen en 2009 (n=69)
188
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le service de Réanimation Chirurgicale du CHU de Rouen en 2009 (n=30)
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Figure : Répartition des espèces de Candida retrouvées dans des prélèvements profonds dans
le service de Réanimation Médicale du CHU de Rouen en 2009 (n=12)
189
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le service d’Hépato-Gastroentérologie du CHU de Rouen en 2008 (n=57)
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le service de Réanimation Chirurgicale du CHU de Rouen en 2008 (n=43)
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le service de Réanimation Médicale du CHU de Rouen en 2008 (n=12)
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le service d’Hépato-Gastroentérologie du CHU de Rouen en 2007 (n=60)
191
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le service de Réanimation Chirurgicale du CHU de Rouen en 2007 (n=48)
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le service de Réanimation Médicale du CHU de Rouen en 2007 (n=13)
192
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Figure : Répartition des espèces de Candida retrouvées dans des prélèvements profonds dans
le service d’Hépato-Gastroentérologie du CHU de Rouen en 2006 (n=53)
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le service de Réanimation Chirurgicale du CHU de Rouen en 2006 (n=62)
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le service d’Hépato-Gastroentérologie du CHU de Rouen en 2005 (n=16)
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le service d’Hépato-Gastroentérologie du CHU de Rouen en 2004 (n=30)
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le service de Réanimation Chirurgicale du CHU de Rouen en 2004 (n=30)
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Figure : Répartition des espèces de Candida retrouvées dans des prélèvements profonds dans
le service de Réanimation Médicale du CHU de Rouen en 2004 (n=12)
Tableau : Fréquence (%) des résistances des isolats de Candida issus de prélèvements
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profonds au CHU de Rouen, tous services confondus, en 2010
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Tableau : Fréquence (%) des résistances des isolats de Candida issus de prélèvements
profonds au CHU de Rouen, tous services confondus, en 2009
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Tableau : Fréquence (%) des résistances des isolats de Candida issus de prélèvements
profonds au CHU de Rouen, tous services confondus, en 2005
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197
Tableau : Fréquence (%) des résistances des isolats de Candida issus de prélèvements
profonds au CHU de Rouen, tous services confondus, en 2004
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198
SERMENT DE GALIEN
!
Je jure d’honorer ceux qui m’ont instruit dans les préceptes de mon art et de leur
témoigner ma reconnaissance en restant fidèle à leur enseignement.
D’exercer dans l’intérêt de la Santé publique ma profession avec conscience et de
respecter non seulement la législation en vigueur mais aussi les règles de l’Honneur, de la
Probité et du Désintéressement.
De ne jamais oublier ma responsabilité et mes devoirs envers le malade et sa dignité
humaine.
De ne dévoiler à personne les secrets qui m’auraient été confiés ou dont j’aurais eu
connaissance dans l’exercice de ma Profession.
En aucun cas, je ne consentirai à utiliser mes connaissances et mon état pour
corrompre les mœurs et favoriser les actes criminels.
Que les hommes m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses.
Que je sois méprisé de mes Confrères si je manque à mes engagements.
!
199
CARAES Nicolas
Epidémiologies des candidoses profondes au Centre Hospitalier Universitaire de Rouen
Th. D. Pharm., Rouen, 2016, 200 p.
_______________________________________________________________________________
RESUME
Les levures du genre Candida peuvent provoquer des infections superficielles touchant les
muqueuses et la peau, ainsi que des infections profondes touchant les viscères, se limitant à un
organe ou disséminant à travers l’organisme. Parmi les 200 espèces de Candida connues, une
vingtaine seulement est responsable d’infections humaines.
La pathogénicité des candidoses profondes relèvent de deux mécanismes dont un est endogène et
l’autre exogène. Une candidose profonde peut être provoquée par des levures extérieures à
l’organisme, apportées par exemple par des solutés injectables, des dispositifs médicaux ou
implantables ou encore par les mains du personnel soignant. Elle peut aussi être consécutive au
passage vers le sang et les organes profonds de levures ayant colonisé des sites digestifs et/ou
génito-urinaires. Cette atteinte est favorisée par la fragilisation des muqueuses après les
chimiothérapies, les traitements antibiotiques prolongés, les corticothérapies, les chirurgies
digestives lourdes, les neutropénies ...
Il a été réalisé une étude portant sur l’épidémiologie des candidoses profondes au Centre
Hospitalier Universitaire de Rouen regroupant, sur 10 ans, dans un premier temps l’ensemble des
services, puis dans un second temps le service d’Hépato-Gastroentérologie, de Réanimation
Chirurgicale et de Réanimation Médicale. Le but étant d’établir le profil épidémiologique,
démographique et mycologique des Candida spp. responsables de ces infections. Ensuite, les
résultats de cette étude ont permis d’analyser l’évolution des résistances sur la durée de l’étude à
l’aide des Concentrations Minimales Inhibitrices obtenues lors du diagnostic. A l’aide de ces
concentrations, il a été possible de proposer des breakpoints épidémiologiques là où l’EUCAST
n’en proposait pas. Enfin, ces résultats nous ont permis de comparer cet hôpital aux résultats issus
de la littérature.
______________________________________________________________________________
MOTS CLES : Epidémiologie-Candida-Candidoses profondes-Breakpoints
_______________________________________________________________________________
JURY
Président : Mr GARGALA Gilles, Maître de Conférences
Membres : Mr FAVENNEC Loïc, Professeur
Mr VEBER Benoît, Professeur
Mr CAILLAUD Michel, Docteur en Pharmacie
_______________________________________________________________________________
DATE DE SOUTENANCE : 21 avril 2016
200