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Aladdin et la jalousie enchantée

Le sultan, impressionné par le mariage d'Aladdin avec la princesse Badroulboudour, fait appel à des joailliers pour réparer une jalousie imparfaite dans son palais, mais les travaux avancent lentement. Aladdin, réalisant l'inefficacité des artisans, utilise le génie de la lampe pour achever rapidement la tâche. Pendant ce temps, un magicien africain, jaloux du succès d'Aladdin, revient pour découvrir le secret de sa fortune et de son palais.

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Aladdin et la jalousie enchantée

Le sultan, impressionné par le mariage d'Aladdin avec la princesse Badroulboudour, fait appel à des joailliers pour réparer une jalousie imparfaite dans son palais, mais les travaux avancent lentement. Aladdin, réalisant l'inefficacité des artisans, utilise le génie de la lampe pour achever rapidement la tâche. Pendant ce temps, un magicien africain, jaloux du succès d'Aladdin, revient pour découvrir le secret de sa fortune et de son palais.

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qu’on fit venir les joailliers les mieux fournis de pierreries, et les orfèvres les plus

habiles de sa capitale.
Le sultan cependant descendit du salon, et Aladdin le conduisit dans celui où il
avait régalé la princesse Badroulboudour le jour des noces. La princesse arriva
un moment après, elle reçut le sultan son père d’un air qui lui fit connaître avec
plaisir combien elle était contente de son mariage. Deux tables se trouvèrent
fournies des mets les plus délicieux, et servies toutes en vaisselle d’or. Le sultan
se mit à la première, et mangea avec la princesse sa fille, Aladdin et le grand
vizir. Tous les seigneurs de la cour furent régalés à la seconde, qui était fort
longue. Le sultan trouva les mets de bon goût, et il avoua que jamais il n’avait
rien mangé de plus excellent. Il dit la même chose du vin, qui était en effet
très-délicieux. Ce qu’il admira davantage furent quatre grands buffets garnis et
chargés à profusion de flacons, de bassins et de coupes d’or massif, le tout enrichi
de pierreries. Il fut charmé aussi des chœurs de musique qui étaient disposés
dans le salon, pendant que les fanfares de trompettes accompagnées de timbales
et de tambours retentissaient au dehors à une distance proportionnée, pour en
avoir tout l’agrément.
Dans le temps que le sultan venait de sortir de table, on l’avertit que les joailliers
et les orfèvres qui avaient été appelés par son ordre étaient arrivés. Il remonta
au salon à vingt-quatre croisées; et quand il y fut, il montra aux joailliers et aux
orfèvres qui l’avaient suivi la croisée qui était imparfaite: Je vous ai fait venir,
leur dit-il, afin que vous m’accommodiez cette croisée, et que vous la mettiez
dans la même perfection que les autres; examinez-les, et ne perdez pas de temps
à me rendre celle-ci toute semblable.
Les joailliers et les orfèvres examinèrent les vingt-trois autres jalousies avec
une grande attention; et après qu’ils eurent consulté ensemble, et qu’ils furent
convenus de ce qu’ils pouvaient contribuer chacun de leur côté, ils revinrent se
présenter devant le sultan; et le joaillier ordinaire du palais, qui prit la parole, lui
dit: Sire, nous sommes prêts à employer nos soins et notre industrie pour obéir à
Votre Majesté; mais entre tous tant que nous sommes de notre profession, nous
n’avons pas de pierreries aussi précieuses ni en assez grand nombre pour fournir
à un si grand travail. J’en ai, dit le sultan, et au delà de ce qu’il en faudra; venez
à mon palais, je vous mettrai à même, et vous choisirez.
Quand le sultan fut de retour à son palais, il fit apporter toutes ses pierreries, et
les joailliers en prirent une très-grande quantité, particulièrement de celles qui
venaient du présent d’Aladdin. Ils les employèrent sans qu’il parût qu’ils eussent
beaucoup avancé. Ils revinrent en prendre d’autres à plusieurs reprises, et en
un mois ils n’avaient pas achevé la moitié de l’ouvrage. Ils employèrent toutes
celles du sultan, avec ce que le grand vizir lui prêta des siennes; et tout ce qu’ils
purent faire avec tout cela, fut au plus d’achever la moitié de la croisée.
Aladdin, qui connut que le sultan s’efforçait inutilement de rendre la jalousie
semblable aux autres, et que jamais il n’en viendrait à son honneur, fit venir les
orfèvres, et leur dit non-seulement de cesser leur travail, mais même de défaire

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tout ce qu’ils avaient fait, et de reporter au sultan toutes ses pierreries avec celles
qu’il avait empruntées du grand vizir.
L’ouvrage que les joailliers et les orfèvres avaient mis plus de six semaines à
faire fut détruit en peu d’heures. Ils se retirèrent et laissèrent Aladdin seul dans
le salon. Il tira la lampe qu’il avait sur lui, et il la frotta. Aussitôt le génie se
présenta; Génie, lui dit Aladdin, je t’avais ordonné de laisser une des vingt-quatre
jalousies de ce salon imparfaite, et tu avais exécuté mon ordre; présentement je
t’ai fait venir pour te dire que je souhaite que tu la rendes pareille aux autres.
Le génie disparut, et Aladdin descendit du salon. Peu de moments après, étant
remonté, il trouva la jalousie dans l’état qu’il l’avait souhaitée, et pareille aux
autres.
Les joailliers et les orfèvres cependant arrivèrent au palais, et furent introduits et
présentés au sultan dans son appartement. Le premier joaillier, en lui présentant
les pierreries qu’ils lui rapportaient, dit au sultan, au nom de tous: Sire, Votre
Majesté sait combien il y a de temps que nous travaillons de toute notre industrie
à finir l’ouvrage dont elle nous a chargés. Il était déjà fort avancé, lorsque
Aladdin nous a obligés non-seulement de cesser, mais même de défaire tout ce
que nous avions fait, et de lui rapporter ses pierreries et celles du grand vizir. Le
sultan leur demanda si Aladdin ne leur en avait pas dit la raison; et comme ils lui
eurent marqué qu’il ne leur en avait rien témoigné, il donna ordre sur-le-champ
qu’on lui amenât un cheval. On le lui amène, il le monte, et part sans autre suite
que ses gens, qui l’accompagnèrent à pied. Il arrive au palais d’Aladdin, et il va
mettre pied à terre au bas de l’escalier qui conduisait au salon à vingt-quatre
croisées. Il y monte sans faire avertir Aladdin; mais Aladdin s’y trouva fort à
propos, et il n’eut que le temps de recevoir le sultan à la porte.
Le sultan, sans donner à Aladdin le temps de se plaindre obligeamment de ce
que Sa Majesté ne l’avait pas fait avertir, et qu’elle l’avait mis dans la nécessité
de manquer à son devoir, lui dit: Mon fils, je viens moi-même vous demander
quelle raison vous avez de vouloir laisser imparfait un salon aussi magnifique et
aussi singulier que celui de votre palais.
Aladdin dissimula la véritable raison, qui était que le sultan n’était pas assez riche
en pierreries pour faire une dépense si grande. Mais afin de lui faire connaître
combien le palais, tel qu’il était, surpassait, non-seulement le sien, mais même
tout autre palais qui fût au monde, puisqu’il n’avait pu le parachever dans la
moindre de ses parties, il lui répondit: Sire, il est vrai que Votre Majesté a vu
ce salon imparfait; mais je la supplie de voir présentement si quelque chose y
manque.
Le sultan alla droit à la fenêtre dont il avait vu la jalousie imparfaite; et quand il
eut remarqué qu’elle était semblable aux autres, il crut s’être trompé. Il examina
non-seulement les deux croisées qui étaient aux deux côtés, il les regarda même
toutes l’une après l’autre; et quand il fut convaincu que la jalousie à laquelle il
avait fait employer tant de temps, et qui avait coûté tant de journées d’ouvriers,
venait d’être achevée dans le peu de temps qui lui était connu, il embrassa

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Aladdin, et le baisa au front entre les deux yeux. Mon fils, lui dit-il, rempli
d’étonnement, quel homme êtes-vous, qui faites des choses si surprenantes, et
presque en un clin d’œil? Vous n’avez pas votre semblable au monde; et plus je
vous connais, plus je vous trouve admirable!
Aladdin reçut les louanges du sultan avec beaucoup de modestie, et lui répondit
en ces termes: Sire, c’est une grande gloire pour moi de mériter la bienveillance et
l’approbation de Votre Majesté. Ce que je puis lui assurer, c’est que je n’oublierai
rien pour mériter l’une et l’autre de plus en plus.
Le sultan retourna à son palais de la manière qu’il y était venu, sans permettre
à Aladdin de l’y accompagner.
Mais tous les jours, régulièrement, dès que le sultan était levé, il ne manquait pas
de se rendre dans un cabinet d’où l’on découvrait tout le palais d’Aladdin, et il
y allait encore plusieurs fois pendant la journée, pour le contempler et l’admirer.
Aladdin cependant ne demeurait pas renfermé dans son palais. Chaque fois qu’il
sortait, il faisait jeter par deux de ses esclaves, qui marchaient en troupe autour
de son cheval, des pièces d’or à poignées dans les rues et dans les places par où
il passait, et où le peuple se rendait toujours en grande foule.
D’ailleurs, pas un pauvre ne se présentait à la porte de son palais, qu’il ne s’en
retournât content de la libéralité qu’on y faisait par ses ordres.
Comme Aladdin avait partagé son temps de manière qu’il n’y avait pas de
semaine qu’il n’allât à la chasse au moins une fois, tantôt aux environs de la
ville, quelquefois plus loin, il exerçait la même libéralité par les chemins et par
les villages. Cette inclination généreuse lui fit donner par tout le peuple mille
bénédictions, et il était ordinaire de ne jurer que par sa tête. Enfin, sans donner
aucun ombrage au sultan, à qui il faisait fort régulièrement sa cour, on peut dire
qu’Aladdin s’était attiré par ses manières affables et libérales toute l’affection
du peuple, et que, généralement parlant, il était plus aimé que le sultan même.
Il joignit à toutes ces belles qualités une valeur et un zèle pour le bien de l’État
qu’on ne saurait assez louer. Il en donna même des marques à l’occasion d’une
révolte vers les confins du royaume. Il n’eut pas plutôt appris que le sultan levait
une armée pour la dissiper, qu’il le supplia de lui en donner le commandement.
Il n’eut pas de peine à l’obtenir. Sitôt qu’il fut à la tête de l’armée, il la fit
marcher contre les révoltés; et il se conduisit en toute cette expédition avec tant
de diligence, que le sultan apprit plus tôt que les révoltés avaient été défaits,
châtiés ou dissipés, que son arrivée à l’armée. Cette action, qui rendit son nom
célèbre dans toute l’étendue du royaume, ne changea point son cœur. Il revint
victorieux, mais aussi affable qu’il avait toujours été.
Il y avait déjà plusieurs années qu’Aladdin se gouvernait comme nous venons
de le dire, quand le magicien, qui lui avait donné, sans y penser, le moyen de
s’élever à une si haute fortune, se souvint de lui en Afrique où il était retourné.
Quoique jusqu’alors il se fût persuadé qu’Aladdin était mort misérablement
dans le souterrain où il l’avait laissé, il lui vint néanmoins en pensée de savoir

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précisément quelle avait été sa fin.
Le magicien africain n’eut pas plutôt appris, par les règles de son art diabolique,
qu’Aladdin était dans cette grande élévation, que le feu lui en monta au visage.
De rage il dit en lui-même: Ce misérable fils de tailleur a découvert le secret et
la vertu de la lampe: j’avais cru sa mort certaine, et le voilà qui jouit du fruit de
mes travaux et de mes veilles! J’empêcherai qu’il n’en jouisse longtemps, ou je
périrai. Il ne fut pas longtemps à délibérer sur le parti qu’il avait à prendre. Dès
le lendemain matin il monta un barbe qu’il avait dans son écurie, et il se mit
en chemin. De ville en ville et de province en province, sans s’arrêter qu’autant
qu’il en était besoin pour ne pas trop fatiguer son cheval, il arriva à la Chine, et
bientôt dans la capitale du sultan dont Aladdin avait épousé la fille. Il mit pied
à terre dans un khan ou hôtellerie publique, où il prit une chambre à louage. Il
y demeura le reste du jour et la nuit suivante, pour se remettre de la fatigue de
son voyage.
Le lendemain, avant toutes choses, le magicien africain voulut savoir ce que l’on
disait d’Aladdin. En se promenant par la ville, il entra dans le lieu le plus fameux
et le plus fréquenté par les personnes de grande distinction, où l’on s’assemblait
pour boire d’une certaine boisson chaude qui lui était connue dès son premier
voyage. Il n’y eut pas plutôt pris place, qu’on lui versa de cette boisson dans
une tasse, et qu’on la lui présenta. En la prenant, comme il prêtait l’oreille à
droite et à gauche, il entendit qu’on s’entretenait du palais d’Aladdin. Quand il
eut achevé, il s’approcha d’un de ceux qui s’en entretenaient; et en prenant son
temps, il lui demanda en particulier ce que c’était que ce palais dont on parlait
si avantageusement. D’où venez-vous? lui dit celui à qui il s’était adressé. Il
faut que vous soyez bien nouveau venu, si vous n’avez pas vu, ou plutôt si vous
n’avez pas encore entendu parler du palais du prince Aladdin. On n’appelait
plus autrement Aladdin depuis qu’il avait épousé la princesse Badroulboudour.
Je ne vous dis pas, continua cet homme, que c’est une des merveilles du monde,
mais que c’est la merveille unique qu’il y ait au monde: jamais on n’a rien vu
de si grand, de si riche, de si magnifique! Il faut que vous veniez de bien loin,
puisque vous n’en avez pas encore entendu parler. En effet, on en doit parler par
toute la terre, depuis qu’il est bâti. Voyez-le, et vous jugerez si je vous en aurai
parlé contre la vérité. Pardonnez à mon ignorance, reprit le magicien africain;
je ne suis arrivé que d’hier, et je viens véritablement de si loin, je veux dire de
l’extrémité de l’Afrique, que la renommée n’en était pas encore venue jusque-là
quand je suis parti. Mais je ne manquerai pas de l’aller voir: l’impatience que
j’en ai est si grande, que je suis prêt à satisfaire ma curiosité dès à présent, si
vous voulez bien me faire la grâce de m’en enseigner le chemin.
Celui à qui le magicien africain s’était adressé se fit un plaisir de lui enseigner le
chemin par où il fallait qu’il passât pour avoir la vue du palais d’Aladdin; et le
magicien africain se leva et partit dans le moment. Quand il fut arrivé, et qu’il
eut examiné le palais de près et de tous les côtés, il ne douta pas qu’Aladdin
ne se fût servi de la lampe pour le faire bâtir. Sans s’arrêter à l’impuissance
d’Aladdin, fils d’un simple tailleur, il savait bien qu’il n’appartenait de faire de

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semblables merveilles qu’à des génies esclaves de la lampe dont l’acquisition lui
avait échappé. Piqué au vif du bonheur et de la grandeur d’Aladdin, dont il ne
faisait presque pas de différence d’avec celle du sultan, il retourna au khan où il
avait pris logement.
Il s’agissait de savoir où était la lampe, si Aladdin la portait avec lui, ou en
quel lieu il la conservait; et c’est ce qu’il fallait que le magicien découvrît par
une opération de géomance. Dès qu’il fut arrivé où il logeait, il prit son carré
et son sable qu’il portait en tous ses voyages. L’opération achevée, il connut
que la lampe était dans le palais d’Aladdin, et il eut une joie si grande de cette
découverte, qu’à peine il se sentait lui-même.
Le malheur pour Aladdin voulut qu’alors il était allé à une partie de chasse
pour huit jours, et qu’il n’y en avait que trois qu’il était parti; et voici de quelle
manière le magicien africain en fut informé. Quand il eut fait l’opération qui
venait de lui donner tant de joie, il alla voir le concierge du khan, sous prétexte
de s’entretenir avec lui; et il en avait un fort naturel, qu’il n’était pas besoin
d’amener de bien loin. Il lui dit qu’il venait de voir le palais d’Aladdin; et après
lui avoir exagéré tout ce qu’il y avait remarqué de plus surprenant et tout ce
qui l’avait frappé davantage, et qui frappait généralement tout le monde: Ma
curiosité, ajouta-t-il, va plus loin, et je ne serai pas satisfait que je n’aie vu le
maître à qui appartient un édifice si merveilleux. Il ne vous sera pas difficile de
le voir, reprit le concierge, il n’y a presque pas de jour qu’il n’en donne occasion
quand il est dans la ville; mais il y a trois jours qu’il est dehors pour une grande
chasse qui doit en durer huit.
La magicien africain ne voulut pas en savoir davantage; il prit congé du concierge,
et en se retirant: Voilà le temps d’agir, dit-il en lui-même; je ne dois pas le laisser
échapper. Il alla à la boutique d’un faiseur et vendeur de lampes: Maître, dit-il,
j’ai besoin d’une douzaine de lampes de cuivre; pouvez-vous me les fournir? Le
vendeur lui dit qu’il en manquait quelques-unes, mais que s’il voulait se donner
patience jusqu’au lendemain, il la fournirait complète à l’heure qu’il voudrait.
Le magicien le voulut bien: il lui recommanda qu’elles fussent propres et bien
polies; après lui avoir promis qu’il le payerait bien, il se retira dans son khan.
Le lendemain, la douzaine de lampes fut livrée au magicien africain, qui les paya
au prix qui lui fut demandé, sans en rien diminuer. Il les mit dans un panier dont
il s’était pourvu exprès; et avec ce panier au bras il alla vers le palais d’Aladdin,
et quand il s’en fut approché, il se mit à crier:
Qui veut changer de vieilles lampes pour des neuves?
A mesure qu’il marchait, et d’aussi loin que les petits enfants qui jouaient dans
la place l’entendirent, ils accoururent et ils s’assemblèrent autour de lui avec de
grandes huées, et le regardèrent comme un fou. Les passants riaient de sa bêtise,
à ce qu’ils s’imaginaient. Il faut, disaient-ils, qu’il ait perdu l’esprit, pour offrir
de changer des lampes neuves contre des vieilles.
Le magicien africain ne s’étonna ni des huées ni des enfants, ni de tout ce qu’on

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pouvait dire de lui; et pour débiter sa marchandise, il continua de crier:
Qui veut changer de vieilles lampes pour des neuves?
Il répéta si souvent la même chose en allant et en venant dans la place, devant le
palais et alentour, que la princesse Badroulboudour, qui était alors dans le salon
aux vingt-quatre croisées, entendit la voix d’un homme, mais comme elle ne
pouvait distinguer ce qu’il criait, à cause des huées des enfants qui le suivaient,
et dont le nombre augmentait de moment en moment, elle envoya une de ses
femmes esclaves qui l’approchaient de plus près pour voir ce que c’était que ce
bruit.
La femme esclave ne fut pas longtemps à remonter; elle entra dans le salon avec
de grands éclats de rire. Elle riait de si bonne grâce, que la princesse ne put
s’empêcher de rire elle-même en la regardant. Eh bien! folle, dit la princesse,
veux-tu me dire pourquoi tu ris? Princesse, répondit la femme esclave en riant
toujours, qui pourrait s’empêcher de rire en voyant un fou avec un panier au
bras, plein de belles lampes toutes neuves, qui ne demande pas à les vendre,
mais à les changer contre des vieilles? Ce sont les enfants, dont il est si fort

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