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La statue maudite et le prince Agib

Le récit décrit la rencontre d'un prince avec une statue de bronze, qui est censée causer la perte de nombreux vaisseaux. Après avoir renversé la statue, le prince reçoit des instructions d'un vieillard en rêve pour échapper à un danger imminent. Malheureusement, malgré ses efforts pour protéger un jeune homme, il le tue accidentellement, réalisant ainsi la prophétie qui le hantait.

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La statue maudite et le prince Agib

Le récit décrit la rencontre d'un prince avec une statue de bronze, qui est censée causer la perte de nombreux vaisseaux. Après avoir renversé la statue, le prince reçoit des instructions d'un vieillard en rêve pour échapper à un danger imminent. Malheureusement, malgré ses efforts pour protéger un jeune homme, il le tue accidentellement, réalisant ainsi la prophétie qui le hantait.

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y a un dôme de bronze fin, soutenu de colonnes du même métal; au haut du dôme

paraît un cheval de bronze, lequel porte un cavalier qui a la poitrine couverte


d’une plaque de plomb, sur laquelle sont gravés des caractères talismaniques.
La tradition, sire, ajouta-t-il, est que cette statue est la cause principale de la
perte de tant de vaisseaux et de tant d’hommes qui ont été submergés en cet
endroit, et qu’elle ne cessera d’être funeste à tous ceux qui auront le malheur
d’en approcher, jusqu’à ce qu’elle soit renversée.
Le pilote, ayant tenu ce discours, se remit à pleurer, et ses larmes excitèrent
celles de tout l’équipage. Je ne doutai pas moi-même que je ne fusse arrivé à la
fin de mes jours.
En effet, le lendemain matin, nous aperçûmes à découvert la montagne Noire; et
l’idée que nous en avions conçue nous la fit paraître plus affreuse qu’elle n’était.
Sur le midi, nous nous en trouvâmes si près, que nous éprouvâmes ce que le
pilote nous avait prédit. Nous vîmes voler les clous et tous les autres ferrements
de la flotte vers la montagne, où, par la violence de l’attraction, ils se collèrent
avec un bruit horrible. Les vaisseaux s’entr’ouvrirent, et s’abîmèrent dans la
mer, qui était si haute en cet endroit, qu’avec la sonde nous n’aurions pu en
découvrir la profondeur. Tous mes gens furent noyés; mais Dieu eut pitié de moi,
et permit que je me sauvasse, en me saisissant d’une planche, qui fut poussée
par le vent droit au pied de la montagne. Je ne me fis pas le moindre mal, mon
bonheur m’ayant fait aborder à un endroit où il y avait des degrés pour monter
au sommet. . .
XLVˆ{E} NUIT
Au nom de Dieu, ma sœur, s’écria le lendemain Dinarzade, continuez, je vous en
conjure, l’histoire du troisième Calender. Ma chère sœur, répondit Scheherazade,
voici comment ce prince la reprit:
A la vue de ces degrés, dit-il (car il n’y avait pas de terrain ni à droite ni à
gauche où l’on pût mettre le pied, et par conséquent se sauver), je remerciai
Dieu et invoquai son saint nom en commençant à monter. L’escalier était si
étroit, si roide et si difficile, que pour peu que le vent eût eu de violence, il
m’aurait renversé et précipité dans la mer. Mais enfin j’arrivai jusqu’au bout
sans accident; j’entrai sous le dôme, en me prosternant contre terre, je remerciai
Dieu de la grâce qu’il m’avait faite.
Je passai la nuit sous le dôme. Pendant que je dormais, un vénérable vieillard
m’apparut, et me dit: Écoute, Agib: lorsque tu seras éveillé, creuse la terre sous
tes pieds; tu y trouveras un arc de bronze, et trois flèches de plomb, fabriqués
sous certaines constellations, pour délivrer le genre humain de tant de maux qui
le menacent. Tire les trois flèches contre la statue: le cavalier tombera dans la
mer, et le cheval de ton côté, que tu enterreras au même endroit d’où tu auras
tiré l’arc et les flèches. Cela étant fait, la mer s’enflera, et montera jusqu’au
pied du dôme, à la hauteur de la montagne. Lorsqu’elle y sera montée, tu verras
aborder une chaloupe où il n’y aura qu’un seul homme avec une rame à chaque
main. Cet homme sera de bronze, mais différent de celui que tu auras renversé.

1
Embarque-toi avec lui sans prononcer le nom de Dieu, et te laisse conduire. Il te
conduira en dix jours dans une autre mer, où tu trouveras le moyen de retourner
chez toi sain et sauf, pourvu que, comme je te l’ai déjà dit, tu ne prononces pas
le nom de Dieu pendant tout le voyage.
Tel fut le discours du vieillard. D’abord que je fus éveillé, je me levai extrêmement
consolé de cette vision, et je ne manquai pas de faire ce que le vieillard m’avait
commandé. Je déterrai l’arc et les flèches, et les tirai contre le cavalier. A la
troisième flèche, je le renversai dans la mer, et le cheval tomba de mon côté. Je
l’enterrai à la place de l’arc et des flèches; et dans cet intervalle la mer s’enfla
et s’éleva peu à peu. Lorsqu’elle fut arrivée au pied du dôme, à la hauteur de
la montagne, je vis de loin sur la mer une chaloupe qui venait à moi. Je bénis
Dieu, voyant que les choses succédaient conformément au songe que j’avais eu.
Enfin la chaloupe aborda, et j’y vis l’homme de bronze tel qu’il m’avait été
dépeint. Je m’embarquai, et me gardai bien de prononcer le nom de Dieu; je ne
dis pas même un seul autre mot. Je m’assis; et l’homme de bronze recommença
de ramer en s’éloignant de la montagne. Il vogua sans discontinuer jusqu’au
neuvième jour, que je vis des îles qui me firent espérer que je serais bientôt hors
du danger que j’avais à craindre. L’excès de ma joie me fit oublier la défense qui
m’avait été faite: Dieu soit béni! dis-je alors; Dieu soit loué!
Je n’eus pas achevé ces paroles, que la chaloupe s’enfonça dans la mer avec
l’homme de bronze. Je demeurai sur l’eau, et je nageai le reste du jour du côté
de la terre qui me parut la plus voisine. Une nuit fort obscure succéda; et comme
je ne savais plus où j’étais, je nageais à l’aventure. Mes forces s’épuisèrent à
la fin, et je commençais à désespérer de me sauver, lorsque le vent venant à se
fortifier, une vague plus grosse qu’une montagne me jeta sur une plage, où elle
me laissa en se retirant. Je me hâtai aussitôt de prendre terre, de crainte qu’une
autre vague ne me reprît; bientôt j’aperçus un petit bâtiment qui venait de terre
ferme à pleines voiles, et avait la proue sur l’île où j’étais.
Comme j’ignorais si les gens qui étaient dessus seraient amis ou ennemis, je
crus ne devoir pas me montrer d’abord. Le bâtiment vint se ranger dans une
petite anse, où débarquèrent dix esclaves qui portaient une pelle et d’autres
instruments propres à remuer la terre. Ils marchèrent vers le milieu de l’île, et
à leur action, il me parut qu’ils levaient une trappe. Ils retournèrent ensuite
au bâtiment, débarquèrent plusieurs sortes de provisions et de meubles. Je les
vis encore une fois aller au vaisseau, et en ressortir peu de temps après avec
un vieillard qui menait avec lui un jeune homme de quatorze ou quinze ans,
très-bien fait. Ils descendirent tous où la trappe avait été levée; et lorsqu’ils
furent remontés, qu’ils eurent abaissé la trappe, qu’ils l’eurent recouverte de
terre, et qu’ils reprirent le chemin de l’anse où était le navire, je remarquai que
le jeune homme n’était pas avec eux, d’où je conclus qu’il était resté dans le lieu
souterrain: circonstance qui me causa un extrême étonnement.
Le vieillard et les esclaves se rembarquèrent; et le bâtiment ayant remis à la voile,
reprit la route de la terre ferme. Quand je le vis si éloigné que je ne pouvais

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être aperçu de l’équipage, je descendis de l’arbre, et me rendis promptement à
l’endroit où j’avais vu remuer la terre. Je la remuai à mon tour, jusqu’à ce que,
trouvant une pierre de deux ou trois pieds en carré, je la levai, et je vis qu’elle
couvrait l’entrée d’un escalier aussi de pierre. Je le descendis, et me trouvai au
bas d’une grande chambre où il y avait un tapis de pied et un sofa garni d’un
autre tapis et de coussins d’une riche étoffe, où le jeune homme était assis avec
un éventail à la main. Je distinguai toutes ces choses à la clarté de deux bougies,
aussi bien que des fruits et des pots de fleurs qu’il avait près de lui.
Le jeune homme fut effrayé de me voir; mais, pour le rassurer, je lui dis en
entrant: Qui que vous soyez, seigneur, ne craignez rien; un roi et fils de roi, tel
que je le suis, n’est pas capable de vous faire la moindre injure.
XLVIˆ{E} NUIT
Dinarzade, lorsqu’il en fut temps, appela la sultane; et Scheherazade, sans se
faire prier, poursuivit de cette sorte l’histoire du troisième Calender:
Le jeune homme, continua le troisième Calender, se rassura à ces paroles, et me
pria, d’un air riant, de m’asseoir près de lui. Dès que je fus assis: Prince, me
dit-il, je vais vous apprendre une chose qui vous surprendra par sa singularité.
Mon père est un marchand joaillier qui a acquis de grands biens par son travail
et par son habileté dans sa profession. Il a un grand nombre d’esclaves et
de commissionnaires, qui font des voyages par mer sur des vaisseaux qui lui
appartiennent, afin d’entretenir les correspondances qu’il a en plusieurs cours,
où il fournit les pierreries dont on a besoin.
Il y avait longtemps qu’il était marié, sans avoir eu d’enfants, lorsqu’il apprit
qu’il aurait un fils, dont la vie néanmoins ne serait pas de longue durée: ce qui
lui donna beaucoup de chagrin à son réveil. Quelques jours après, ma mère lui
annonça qu’elle était grosse; et le temps où elle croyait avoir conçu s’accordait
fort avec le jour du songe de mon père. Elle accoucha de moi dans le terme de
neuf mois, et ce fut une grande joie dans la famille.
Mon père, qui avait exactement observé le moment de ma naissance, consulta
les astrologues, qui lui dirent: Votre fils vivra sans accident jusqu’à l’âge de
quinze ans. Mais alors il courra risque de perdre la vie, et il sera difficile qu’il en
échappe. C’est qu’en ce temps-là, ajoutèrent-ils, la statue équestre de bronze
qui est au haut de la montagne d’aimant aura été renversée dans la mer par le
prince Agib, fils du roi Cassib, et que les astres marquent que, cinquante jours
après, votre fils doit être tué par ce prince.
Comme cette prédiction s’accordait avec le songe de mon père, il en fut vivement
frappé et affligé. Il ne laissa pas pourtant de prendre beaucoup de soin de mon
éducation, jusqu’à cette présente année, qui est la quinzième de mon âge. Il
apprit hier que depuis dix jours le cavalier de bronze a été jeté dans la mer par
le prince que je viens de vous nommer. Cette nouvelle lui a coûté tant de pleurs
et causé tant d’alarmes qu’il n’est pas reconnaissable dans l’état où il est.
Sur la prédiction des astrologues, il a cherché les moyens de tromper mon

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horoscope et de me conserver la vie. Il y a longtemps qu’il a pris la précaution
de faire bâtir cette demeure, pour m’y tenir caché durant cinquante jours, dès
qu’il apprendrait que la statue serait renversée. C’est pourquoi, comme il a su
qu’elle l’était depuis dix jours, il est venu promptement me cacher ici, et il a
promis que dans quarante il viendrait me reprendre. Pour moi, ajouta-t-il, j’ai
bonne espérance; et je ne crois pas que le prince Agib vienne me chercher sous
terre au milieu d’une île déserte. Voilà, seigneur, ce que j’avais à vous dire.
Pendant que le fils du joaillier me racontait son histoire, je me moquais en
moi-même des astrologues qui avaient prédit que je lui ôterais la vie; et je me
sentais si éloigné de vérifier la prédiction, qu’à peine eut-il achevé de parler, je
lui dis avec transport: Mon cher seigneur, ayez de la confiance en la bonté de
Dieu, et ne craignez rien. Je ne vous abandonnerai pas durant ces quarante jours
que les vaines conjectures des astrologues vous font appréhender. Après cela, je
profiterai de l’occasion de gagner la terre ferme, en m’embarquant avec vous sur
votre bâtiment, avec la permission de votre père et la vôtre.
Je rassurai, par ce discours, le fils du joaillier, et m’attirai sa confiance. Je
me gardai bien, de peur de l’épouvanter, de lui dire que j’étais cet Agib qu’il
craignait, et je pris grand soin de ne lui en donner aucun soupçon. Nous nous
entretînmes de plusieurs choses jusqu’à la nuit, et je connus que le jeune homme
avait beaucoup d’esprit. Nous mangeâmes ensemble de ses provisions. Il en avait
une si grande quantité, qu’il en aurait eu de reste au bout de quarante jours,
quand il aurait eu d’autres hôtes que moi.
Nous eûmes le temps de contracter amitié ensemble. Je m’aperçus qu’il avait
de l’inclination pour moi; et de mon côté j’en avais conçu une si forte pour lui,
que je me disais souvent à moi-même que les astrologues qui avaient prédit au
père que son fils serait tué par mes mains étaient des imposteurs, et qu’il n’était
pas possible que je pusse commettre une si méchante action. Enfin, madame,
nous passâmes trente-neuf jours le plus agréablement du monde dans ce lieu
souterrain.
Le quarantième jour arriva. Le matin, le jeune homme, en s’éveillant, me dit avec
un transport de joie dont il ne fut pas le maître: Prince, me voilà aujourd’hui au
quarantième jour et je ne suis pas mort, grâce à Dieu et à votre bonne compagnie;
bientôt vous pourrez retourner dans votre royaume. Mais en attendant, ajouta-
t-il, je vous supplie de vouloir bien faire chauffer de l’eau pour me laver tout le
corps dans le bain portatif; je veux me décrasser et changer d’habit, pour mieux
recevoir mon père.
Je mis de l’eau sur le feu; et lorsqu’elle fut tiède, j’en remplis le bain portatif.
Le jeune homme se mit dedans; je le lavai et le frottai moi-même. Il en sortit
ensuite, se coucha dans son lit que j’avais préparé, et je le couvris de sa couverture.
Après qu’il se fut reposé, et qu’il eut dormi quelque temps: Mon prince, me
dit-il, obligez-moi de m’apporter un melon et du sucre, que j’en mange pour me
rafraîchir.
De plusieurs melons qui nous restaient je choisis le meilleur, et le mis dans un

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plat; et comme je ne trouvais pas de couteau pour le couper, je demandai au
jeune homme s’il ne savait pas où il y en avait. Il y en a un, me répondit-il, sur
cette corniche au-dessus de ma tête. Effectivement, j’y en aperçus un; mais je
me pressai si fort pour le prendre, et dans le temps que je l’avais à la main mon
pied s’embarrassa de telle sorte dans la couverture que je glissai, et je tombai
si malheureusement sur le jeune homme, que je lui enfonçai le couteau dans le
cœur. Il expira dans le moment.
A ce spectacle, je poussai des cris épouvantables. Je me frappai la tête, le visage
et la poitrine. Je déchirai mon habit, et me jetai par terre avec une douleur
et des regrets inexprimables. Hélas! m’écriai-je, il ne lui restait que quelques
heures pour être hors du danger contre lequel il avait cherché un asile; et dans le
temps que je compte moi-même que le péril est passé, c’est alors que je deviens
son assassin, et que je rends la prédiction véritable. Mais, Seigneur, ajoutai-je
en levant la tête et les mains au ciel, je vous en demande pardon; et si je suis
coupable de sa mort, ne me laissez pas vivre plus longtemps.
XLVIIˆ{E} NUIT
Madame, poursuivi le troisième Calender en s’adressant à Zobéide, après le
malheur qui venait de m’arriver j’aurais reçu la mort sans frayeur, si elle s’était
présentée à moi. Mais le mal, ainsi que le bien, ne nous arrive pas toujours
lorsque nous le souhaitons.
Néanmoins, faisant réflexion que mes larmes et ma douleur ne feraient pas revivre
le jeune homme, et que les quarante jours finissant, je pouvais être surpris par
son père, je sortis de cette demeure souterraine, et montai au haut de l’escalier.
J’abaissai la grosse pierre sur l’entrée, et la couvris de terre.
J’eus à peine achevé, que portant la vue sur la mer, du côté de la terre ferme,
j’aperçus le bâtiment qui venait reprendre le jeune homme. Alors, me consultant
sur ce que j’avais à faire, je dis en moi-même: Si je me fais voir, le vieillard ne
manquera pas de me faire arrêter et massacrer peut-être par ses esclaves, quand
il aura vu son fils dans l’état où je l’ai mis. Tout ce que je pourrai alléguer pour
me justifier ne le persuadera point de mon innocence. Il vaut mieux, puisque
j’en ai le moyen, me soustraire à son ressentiment, que de m’y exposer.
Il y avait près du lieu souterrain un gros arbre, dont l’épais feuillage me parut
propre à me cacher. J’y montai, et je ne me fus pas plutôt placé de manière à
ne pouvoir être aperçu, que je vis aborder le bâtiment au même endroit que la
première fois.
Le vieillard et les esclaves débarquèrent bientôt, et s’avancèrent vers la demeure
souterraine, d’un air qui marquait qu’ils avaient quelque espérance; mais lorsqu’ils
virent la terre nouvellement remuée, ils changèrent de visage, et particulièrement
le vieillard. Ils levèrent la pierre, et descendirent. Ils appellent le jeune homme
par son nom, il ne répond point: leur crainte redouble: ils le cherchent, et le
trouvent enfin étendu sur son lit, avec le couteau au milieu du cœur; car je
n’avais pas eu le courage de l’ôter. A cette vue, ils poussèrent des cris de douleur

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qui renouvelèrent la mienne: le vieillard en tomba évanoui; ses esclaves, pour lui
donner de l’air, l’apportèrent en haut entre leurs bras, et le posèrent au pied de
l’arbre où j’étais. Mais, malgré tous leurs soins, ce malheureux père demeura
longtemps en cet état, et leur fit plus d’une fois désespérer de sa vie.
Il revint toutefois de ce long évanouissement. Alors les esclaves apportèrent le
corps de son fils, revêtu de ses plus beaux habillements; et dès que la fosse qu’on
lui faisait fut achevée, on l’y descendit. Le vieillard, soutenu par deux esclaves,
et le visage baigné de larmes, lui jeta le premier un peu de terre; après quoi les
esclaves en comblèrent la fosse.
Cela étant fait, l’ameublement de la demeure souterraine fut enlevé et embarqué
avec le reste des provisions. Ensuite le vieillard, accablé de douleur, ne pouvant
se soutenir, fut mis sur une espèce de brancard, et transporté dans le vaisseau,
qui remit à la voile. Il s’éloigna de l’île en peu de temps, et je le perdis de vue. . .
XLVIIIˆ{E} NUIT

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