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Contes choisis des Mille et Une Nuits

Le document est un eBook de 'Les mille et une nuits: contes choisis', traduit par Antoine Galland et publié par Project Gutenberg. Il raconte l'histoire de Scheherazade, qui se marie avec le sultan Schahriar, connu pour faire exécuter ses épouses chaque jour, et qui utilise son intelligence et ses talents de conteuse pour échapper à son destin. Le texte met en avant des thèmes de courage, de sacrifice et de la puissance des récits.

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Contes choisis des Mille et Une Nuits

Le document est un eBook de 'Les mille et une nuits: contes choisis', traduit par Antoine Galland et publié par Project Gutenberg. Il raconte l'histoire de Scheherazade, qui se marie avec le sultan Schahriar, connu pour faire exécuter ses épouses chaque jour, et qui utilise son intelligence et ses talents de conteuse pour échapper à son destin. Le texte met en avant des thèmes de courage, de sacrifice et de la puissance des récits.

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The Project Gutenberg eBook of Les mille et une nuits: contes choisis

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Title: Les mille et une nuits: contes choisis
Translator: Antoine Galland
Illustrator: Godefroy Durand
Release date: April 26, 2011 [eBook #35969]
Language: French
Credits: Produced by Mark C. Orton, Chuck Greif and the Online Distributed
Proofreading Team at [Link]
*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES MILLE ET UNE
NUITS: CONTES CHOISIS ***
Produced by Mark C. Orton, Chuck Greif and the Online Distributed Proofread-
ing Team at [Link]
LES
MILLE ET UNE NUITS
CONTES CHOISIS
PARIS.–IMP. SIMON RAÇON ET COMP., RUE D’ERFURTH, 1
[Illustration: Zobéide lui donna des coups de fouet à perte d’haleine.
p 76.]
MILLE ET UNE NUITS
CONTES CHOISIS
TRADUITS DE L’ARABE PAR GALLAND
ILLUSTRATIONS DE GODEFROY DURAND
[Illustration:colophon]
PARIS MORIZOT, LIBRAIRE-ÉDITEUR RUE PAVÉE SAINT-ANDRÉ, 5
LES MILLE ET UNE NUITS
CONTES ARABES
Les chroniques des Sassaniens, anciens rois de Perse, qui avaient étendu leur
empire dans les Indes, dans les grandes et petites îles qui en dépendent, et bien

1
loin au delà du Gange jusqu’à la Chine, rapportent qu’il y avait autrefois un
roi de cette puissante maison, qui était le plus excellent prince de son temps. Il
se faisait autant aimer de ses sujets par sa sagesse et sa prudence, qu’il s’était
rendu redoutable à ses voisins par le bruit de sa valeur, et par la réputation de
ses troupes belliqueuses et bien disciplinées. Il avait deux fils: l’aîné, appelé
Schahriar, digne héritier de son père, en possédait toutes les vertus; et le cadet,
nommé Schahzenan, n’avait pas moins de mérite que son frère.
Après un règne aussi long que glorieux, ce roi mourut, et Schahriar monta sur le
trône. Schahzenan, exclu de tout partage par les lois de l’empire, et obligé de
vivre comme un simple particulier, au lieu de souffrir impatiemment le bonheur
de son aîné, mit toute son attention à lui plaire. Il eut peu de peine à y réussir:
Schahriar, qui avait naturellement de l’inclination pour son frère, fut charmé de
sa complaisance, et par un excès d’amitié, voulant partager avec lui ses États, il
lui donna le royaume de la Grande-Tartarie. Schahzenan alla bientôt en prendre
possession, et il établit son séjour à Samarcande, qui en était la capitale.
Il y avait déjà dix ans que Schahriar vivait heureux sans que rien troublât sa
sécurité, quand une circonstance inattendue vint lui apprendre la déplorable
conduite de la sultane son épouse, qu’il chérissait, et dont il se croyait tendrement
aimé.
Schahriar conçut alors un projet de vengeance bizarre et cruel; ce fut de choisir
chaque jour une nouvelle femme qu’il ferait étrangler le lendemain. Il jura sur le
saint nom de Dieu, d’être fidèle à la loi barbare qu’il s’était imposée, et ne tint
que trop bien sa parole. Ses officiers exécutaient ses ordres avec une obéissance
aveugle; enfin chaque jour c’était une fille mariée et une femme morte.
Le bruit de cette inhumanité sans exemple causa une consternation générale
dans la ville. On n’y entendait que des cris et des lamentations. Ici, c’était un
père en pleurs qui se désespérait de la perte de sa fille; et là, c’étaient de tendres
mères qui, craignant pour les leurs la même destinée, faisaient par avance retentir
l’air de leurs gémissements. Ainsi, au lieu des louanges et des bénédictions que
le sultan s’était attirées jusqu’alors, tous ses sujets ne faisaient plus que des
imprécations contre lui.
Le grand vizir, qui, comme on l’a déjà dit, était malgré lui le ministre d’une si
horrible injustice, avait deux filles, dont l’aînée s’appelait Scheherazade, et la
cadette Dinarzade. Cette dernière ne manquait pas de mérite; mais l’autre avait
un courage au-dessus de son sexe, de l’esprit infiniment, avec une pénétration
admirable. Elle avait beaucoup de lecture et une mémoire si prodigieuse, que
rien ne lui était échappé de tout ce qu’elle avait lu. Elle s’était heureusement
appliquée à la philosophie, à la médecine, à l’histoire et aux arts; et elle faisait
des vers mieux que les poëtes les plus célèbres de son temps. Outre cela, elle
était d’une beauté extraordinaire, et une vertu très-solide couronnait toutes ces
belles qualités.
Le vizir aimait passionnément une fille si digne de sa tendresse. Un jour qu’ils
s’entretenaient tous deux ensemble, elle lui dit: Mon père, j’ai une grâce à vous

2
demander; je vous supplie très-humblement de me l’accorder. Je ne vous la
refuserai pas, répondit-il, pourvu qu’elle soit juste et raisonnable. Pour juste,
répliqua Scheherazade, elle ne peut l’être davantage, et vous en pouvez juger par
le motif qui m’oblige à vous la demander. J’ai dessein d’arrêter le cours de cette
barbarie que le sultan exerce sur les familles de cette ville. Je veux dissiper la
juste crainte que tant de mères ont de perdre leurs filles d’une manière si funeste.
Votre intention est fort louable, ma fille, dit le vizir; mais le mal auquel vous
voulez remédier me paraît sans remède. Comment prétendez-vous en venir à
bout? Mon père, repartit Scheherazade, puisque par votre entremise le sultan
célèbre chaque jour un nouveau mariage, je vous conjure, par la tendre affection
que vous avez pour moi, de me procurer l’honneur d’être sa femme. Le vizir ne
put entendre ce discours sans horreur. O Dieu! interrompit-il avec transport,
avez-vous perdu l’esprit, ma fille? Pouvez-vous me faire une prière si dangereuse?
Vous savez que le sultan a fait serment sur son âme de ne garder la même femme
qu’un seul jour, et de lui faire ôter la vie le lendemain; et vous voulez que je
lui propose de vous épouser! Songez-vous bien à quoi vous expose votre zèle
indiscret? Oui, mon père, répondit cette vertueuse fille; je connais tout le danger
que je cours, et il ne saurait m’épouvanter. Si je péris, ma mort sera glorieuse;
et si je réussis dans mon entreprise, je rendrai à ma patrie un service important.
Non, non, dit le vizir, quoi que vous puissiez me représenter pour m’intéresser à
vous permettre de vous jeter dans cet affreux péril, ne vous imaginez pas que
j’y consente. Quand le sultan m’ordonnera de vous enfoncer le poignard dans le
sein, hélas! il faudra bien que je lui obéisse. Quel triste emploi pour un père!
Ah! si vous ne craignez point la mort, craignez du moins de me causer la douleur
mortelle de voir ma main teinte de votre sang. Encore une fois, mon père, dit
Scheherazade, accordez-moi la grâce que je vous demande. Votre opiniâtreté,
repartit le vizir, excite ma colère. Pourquoi vouloir vous-même courir à votre
perte? Qui ne prévoit pas la fin d’une entreprise dangereuse n’en saurait sortir
heureusement.
Mon père, dit alors Scheherazade, ne trouvez pas mauvais que je persiste dans
mes sentiments; de grâce, ne vous opposez pas à mon dessein. D’ailleurs,
pardonnez-moi si j’ose vous le déclarer, vous vous y opposeriez vainement: quand
la tendresse paternelle refuserait de souscrire à la prière que je vous fais, j’irais
me présenter moi-même au sultan.
Enfin, le père, poussé à bout par la fermeté de sa fille, se rendit à ses importunités;
et quoique fort affligé de n’avoir pu la détourner d’une si funeste résolution, il
alla dès ce moment trouver Schahriar, pour lui annoncer que la nuit prochaine il
lui présenterait Scheherazade.
Le sultan fut fort étonné du sacrifice que son grand vizir lui faisait. Comment
avez-vous pu, lui dit-il, vous résoudre à me livrer votre propre fille? Sire, lui
répondit le vizir, elle s’est offerte d’elle-même. La triste destinée qui l’attend
n’a pu l’épouvanter, et elle préfère à la vie l’honneur d’être l’épouse de Votre
Majesté.
Mais ne vous trompez pas, vizir, reprit le sultan: demain, en vous remettant

3
Scheherazade entre les mains, je prétends que vous lui ôtiez la vie. Si vous y
manquez, je vous jure que je vous ferai mourir vous-même. Sire, répondit le
vizir, mon cœur gémira, sans doute, en vous obéissant; mais la nature aura beau
murmurer: quoique père, je vous réponds d’un bras fidèle. Schahriar accepta
l’offre de son ministre, et lui dit qu’il n’avait qu’à lui amener sa fille quand il lui
plairait.
Le grand vizir alla porter cette nouvelle à Scheherazade, qui la reçut avec autant
de joie que si elle eût été la plus agréable du monde. Elle remercia son père de
l’avoir si sensiblement obligée; et, voyant qu’il était accablé de douleur, elle lui
dit, pour le consoler, qu’elle espérait qu’il ne se repentirait pas de l’avoir mariée
avec le sultan, et qu’au contraire il aurait sujet de s’en réjouir le reste de sa vie.
Elle ne songea plus qu’à se mettre en état de paraître devant le sultan; mais
avant que de partir, elle prit sa sœur Dinarzade en particulier, et lui dit: Ma
chère sœur, j’ai besoin de votre secours dans une affaire très-importante; je vous
prie de ne me le pas refuser. Mon père va me conduire chez le sultan pour être
son épouse. Que cette nouvelle ne vous épouvante pas; écoutez-moi seulement
avec patience. Dès que je serai devant le sultan, je le supplierai de permettre que
vous couchiez dans la chambre nuptiale, afin que je jouisse cette nuit encore de
votre compagnie. Si j’obtiens cette grâce, comme je l’espère, souvenez-vous de
m’éveiller demain matin, une heure avant le jour, et de m’adresser ces paroles:
Ma sœur, si vous ne dormez pas, je vous supplie, en attendant le jour, qui
paraîtra bientôt, de me raconter un de ces beaux contes que vous savez. Aussitôt
je vous en conterai un, et je me flatte de délivrer, par ce moyen, tout le peuple
de la consternation où il est. Dinarzade répondit à sa sœur qu’elle ferait avec
plaisir ce qu’elle exigeait d’elle.
L’heure de se coucher étant enfin venue, le grand vizir conduisit Scheherazade
au palais, et se retira après l’avoir introduite dans l’appartement du sultan. Ce
prince ne se vit pas plutôt avec elle, qu’il lui ordonna de se découvrir le visage.
Il la trouva si belle qu’il en fut charmé; mais s’apercevant qu’elle était en pleurs,
il lui en demanda le sujet. Sire, répondit Scheherazade, j’ai une sœur que j’aime
aussi tendrement que j’en suis aimée; je souhaiterais qu’elle passât la nuit dans
cette chambre, pour la voir et lui dire adieu encore une fois. Voulez-vous bien
que j’aie la consolation de lui donner ce dernier témoignage de mon amitié?
Schahriar y ayant consenti, on alla chercher Dinarzade, qui vint en diligence. Le
sultan se coucha avec Scheherazade sur une estrade fort élevée, à la manière des
monarques de l’Orient, et Dinarzade dans un lit qu’on lui avait préparé au bas
de l’estrade.
Une heure avant le jour, Dinarzade, s’étant éveillée, ne manqua pas de faire
ce que sa sœur lui avait recommandé. Ma chère sœur, s’écria-t-elle, si vous ne
dormez pas, je vous supplie, en attendant le jour, qui paraîtra bientôt, de me
raconter un de ces contes agréables que vous savez. Hélas! ce sera peut-être la
dernière fois que j’aurai ce plaisir.
Scheherazade, au lieu de répondre à sa sœur, s’adressa au sultan: Sire, dit-elle,

4
Votre Majesté veut-elle bien me permettre de donner cette satisfaction à ma
sœur? Très-volontiers, répondit le sultan. Alors Scheherazade dit à sa sœur
d’écouter, et puis, adressant la parole à Schahriar, elle commença de la sorte.
Iˆ{RE} NUIT
LE MARCHAND ET LE GÉNIE
Sire, il y avait autrefois un marchand qui possédait de grands biens, tant en
fonds de terre qu’en marchandises et en argent comptant. Il avait beaucoup de
commis, de facteurs et d’esclaves. Comme il était obligé de temps en temps de
faire des voyages pour s’aboucher avec ses correspondants, un jour qu’une affaire
d’importance l’appelait assez loin du lieu qu’il habitait, il monta à cheval et
partit avec une valise derrière lui, dans laquelle il avait mis une petite provision
de biscuits et de dattes, parce qu’il avait un pays désert à passer où il n’aurait
pas trouvé de quoi vivre. Il arriva sans accident; et quand il eut terminé l’affaire
qui lui avait fait entreprendre ce voyage, il remonta à cheval pour s’en retourner
chez lui.
Le quatrième jour de sa marche, il se sentit tellement incommodé de l’ardeur
du soleil et de la terre échauffée par ses rayons, qu’il se détourna de son chemin
pour aller se rafraîchir sous des arbres qu’il aperçut dans la campagne. Il y
trouva au pied d’un grand noyer une fontaine d’une eau très-claire et coulante.
Il mit pied à terre, attacha son cheval à une branche d’arbre, et s’assit près de la
source, après avoir tiré de sa valise quelques dattes et du biscuit. En mangeant
les dattes, il en jetait les noyaux à droite et à gauche. Lorsqu’il eut achevé ce
repas frugal, comme il était bon musulman, il se lava les mains, le visage et les
pieds, et fit sa prière.
Il ne l’avait pas finie, et il était encore à genoux, quand il vit paraître un génie
tout blanc de vieillesse, et d’une grandeur énorme, qui, s’avançant jusqu’à lui le
sabre à la main, lui dit d’un ton de voix terrible: Lève-toi, que je te tue avec ce
sabre, comme tu as tué mon fils! Il accompagna ces mots d’un cri effroyable. Le
marchand, autant effrayé de la hideuse figure du monstre que des paroles qu’il
lui avait adressées, lui répondit en tremblant: Hélas! mon bon seigneur, de quel
crime puis-je être coupable envers vous, pour mériter que vous m’ôtiez la vie?
Je veux, reprit le génie, te tuer de même que tu as tué mon fils. Hé! bon Dieu,
repartit le marchand, comment pourrais-je avoir tué votre fils? Je ne le connais
point, et je ne l’ai jamais vu. Ne t’es-tu pas assis en arrivant ici? répliqua le
génie; n’as-tu pas tiré des dattes de ta valise, et, en les mangeant, n’en as-tu pas
jeté les noyaux à droite et à gauche? J’ai fait tout ce que vous dites, répondit
le marchand, je ne puis le nier. Cela étant, reprit le génie, je le dis que tu as
tué mon fils, et voici comment: dans le temps que tu jetais tes noyaux, mon fils
passait; il en a reçu un dans l’œil, et il en est

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