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Contes malgaches : Force et tradition

Le document analyse le conte malgache 'Ibotity', qui explore la question de la force entre Dieu et l'homme à travers des versions de contes en chaîne. Il présente deux types de récits, l'un circulaire et l'autre orienté, illustrant comment ces récits transmettent des valeurs culturelles et philosophiques. En fin de compte, le conte souligne que Dieu est le plus fort, gouvernant tous les êtres dans le monde.

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Contes malgaches : Force et tradition

Le document analyse le conte malgache 'Ibotity', qui explore la question de la force entre Dieu et l'homme à travers des versions de contes en chaîne. Il présente deux types de récits, l'un circulaire et l'autre orienté, illustrant comment ces récits transmettent des valeurs culturelles et philosophiques. En fin de compte, le conte souligne que Dieu est le plus fort, gouvernant tous les êtres dans le monde.

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IBOTITY, OU QUI EST LE PLUS FORT, DIEU OU L'HOMME?

Versions malgaches du conte-chaine « De plus en plus fort (Aarne-Thompson


2031)

Noël L. GUEUNIER

Le conte qui est généralement connu à Madagascar comme l'histoire d'thetir ou


Qui est le plus fort est un représentant fun conte-type international très
largement attesté à travers le monde, que les folkloristes ont rangé sous le titre
De plas en plus fort (dans le catalogue de Aarne et Thompson c'est le numéro
2031, Stronger and Strongest I appartient à une classe particulière de contes, les
namdonnées ou comes chaines, récits construits sur une fotmile cumalative.
Josiane Ben (1999) décrit les randonnées comme des enchaîncuments à la fois
rigides et poétiques, qui sont constitués d'une série d'actions on de paroles dans
lesquels sont impliqués aussi bien des êtres humains que des animaus, des objets
ou des éléments

Le conte-chaine De plus en plus fort est l'un des plus connus à travers le monde,
et il a été souvent étudié. Dejä en 1887 René Basset faisait a propos du zonte de la
Vieille et la Mouche, dans ses Contes populaires berberes des observations très
pertinentes sur la structure de la randonnée. La chaîne peut se refermer sur elle-
même, le dernier terme se trouvant être le même que le premier, ou bien elle
peut conduire, par une progression continue, à un sommet où là quête s'arrête
parce qu'il n'y a rien de plus fort chaque être nommé en a recomu on autre qui
est plus fort que lui, jusqu'à ce qu'on aboutisse à celui qui est sans conteste le plus
fort de tous.

Basset considère les randonnées de la première forme, celles qui se bouclent sur
elles-mêmes, comune complètes, sans doute parce que le type on est la célèbre
Cable de la Souris métamorphosée en fille, diffusée par des traditions littéraires
depuis des siècles, puisqu'on la trouve déji dans l'Inde antique dans le livre IV du
Pañcatantra (trad. Porte, pp. 306-313): Le sage a sauvé une souris et l'a
métamorphosée en fille. Quand elle est grande, il faut la marier à ce qu'il y a de
plus fort: Ce n'est pas au soleil qui se laisse cacher par le naage, ni au nuage
poussé par le vent, ni au vent arrêté par la montagne. C'est au rat, qui est le plus
fort, puisqu'il peut #miettur de tous côtés le corps de la montagne. Et la fille
demande au sage de la transformer à nouveau en souris et de la murier au
ratufin, dit-elle, que je suive la vie prévue pour mon espèce. De l'inde, la fable est
passée dans un classique arahe du moyen-âge, le Kalila et Dimna, et dans de
nombreuses traditions littéraires ou populaires. A cette première forme
appartient aussi, dans la tradition européenne, le conte napolitain de Saint
Janvier et le tailleur de pierres: l'ouvrier augmente son pouvoir en devenant
successivement seigneur, cavalier, soleil, nuage, roc, etretrouve finalement sa
première condition, puisque le tailleur de pierre est plus fort que le roc...
(Monnier 1880, cité par Basset).

Une autre version indienne récemment publiée montre aussi une chaîne
circulaire, mais cette fois avec un arrière-plan mystique et cosmologique, dans le
conte de la Mort da ver de terre la veuve du ver de terre pleure, alors le malheur
touche successivement le héron qui se casse la patte, puis le roseau, l'étang,
Téléphant, le banian, les enfants. Finalement la déesse Shakti pleure à son tour:
mais ses larmes sont la pluie bienfaisante qui de proche en proche ramènent la
paix et la joie dans le monde (Madanacalliany 2002, pp. 84-90).

Selon Basset, les randonnées qui, au contraire des précédentes, aboutissent à


désigner un être plus fort que tous les autres sont incomplètes, c'est-à-dire ne
rejoignant pas leur poim de départ. On pourrait dire aussi qu'elles sont orientées,
au lieu d'être circulaires. Elles sont innombrables, et déjà Basset rangeait parmi
ciles Thistoire d'lbotity malgache, publiée dans le Folk Lore and Folk-Tales, et
qu'il connaissait par la traduction anglaise de Richardson.

Parmi les versions européennes, l'une a connu une fortune littéraire parce qu'elle
a été incluse sans doute à la fin du moyen-âge, les plus anciens manuscrits datant
du XVIe siècle dans le rituel juif de la veillée de la Pâque, au cours de laquelle les
pères doivent rappeler à leurs fils t'histoire de la sortie d'Egypte du peuple
d'Israël. Le livre qui consigne le rituel de cette célébration familiale, la Haggadah
de Pâque. Haggadah shel Pesah on Seper Haggadah, se termine par deus petites
pièces chantées en langue profane, destinées spécialement aux enfants. La
seconde, qui clôt le rituel, n'est autre qu'ime version de la randonnée De plus en
plur fort, culminant dans l'exaltation du Saint (c'est-à-dire de Dieu), sans perdre
pour autant son attache avec le monde de l'enfance
Un chevreau, un chevreau, que mon père a acheté pour deux zuz

Un chevreau, un chevrean!

Et est venu le chatt, et a mange le chevreau que mon père a acheté pou

deux zuz

Un chevream, an chevreau

Et est venu le chien, et a morda le chat qui a mangé le chevreau que mon père, etc.

Ez est venu le bâton, et a battu le chien qui a mordu, etc. Et est venu le feu, et a
brûlé le bâton qui a battu, etc. Et est venu l'eau, et a éteint le feu qui a brûlé, etc.
Et est vena le bauf, et a bu l'eau qui a éteint, etc. Et est venu le boucher, et a tué le
bœuf qui a bu, etc. Et est venu l'Ange de la Mort, et a tué le boucher qui a tué, etc.
Et est venu le Saint (béni soit-il/), et a tué l'Ange de la mort qui a tue le boucher
qui a tué le beuf qui a bu l'eau qui a éteint le feu qui a brûlé le haton qui a battu
le chien qui a morda le chat qui a mangé le chevreau que mon père a acheté pour
deux zuz

Un chevreau, un chevreau!

On voit ainsi la randonnée s'adapter à deux directions clasiques de ta pembe


religieuse et philosophique. Sous sa forme circulaire, elle traduit explicitement la
philosophie d'un équilibre cosnique qui est nussi soumission à un ordre social
immuable. Sous sa forme orientée, elle traduit une tension vers un
accomplissement, un absolu, qui est un dépassement radical.

Duns leurs versions orales, ces contes appartiennent généralement à un


répertoire spécialement destiné aux enfants, y compris les tout petits. Les adultes
peuvent les dire aux enfants, anais souvent ce sont aussi les enfants en mêmes
qut les disent et se les redisent entre eux. On peut voir dans ce genre tris simple
und occasion d'apprentissage des mots du vocabulaire de base, le rat, le chat, la
corde, le feu. Feau, eic, et en même temps un jeu à la fois de mémoire et de
virtausité verhale il faut répéter la chaîne qui callonge d'un terme à chaque
épisode, et il faut la répéter aussi vite que possible, sans erreur ai hésitation. Cela
siexcha pasta présence d'une visée symbolique qui n'a pas besoin d'être
cxplicitement exprimée C'est l'idée qu'avance Randriamiadanarivo dans son
intéressant petit livre sur la fonction éducative du conte populaire

il y a là une petite histoire qui semble avoir été créée pour réjouir les enfants,
mais c'est aussi une mamere de leur faire réciter par caur les lois qui gouvernent
la création...» (1984, p.

DEUX TYPES DE VERSIONS MALGACHES, DEJA DANS LES SPECIMENS DE DAHLE

Les versions malgaches apparaissent avec le premier grand recueil de littérature


orale, les Specimens of Malagasy Folklore de L. Dahle (1877), révisés par la suite
par J. Sims, qui leur a donné le titre de Contes des Anciens Angunon'ny Nuolo,
sous lequel ils sont devenus l'un des livres malgaches les plus populaires,

constamment réimprimé. Ce recueil contient deux versions qu'on peut distinguer


à la fois par leur structure et par Fincident qui lance la chaîne.

Dans la première version c'est une mère-oiseau, une oiselle, qui veut pondre,
mais qui ne trouve pas d'endroit sûr pour poser ses onufs. Le texte, très heel, est
présenté par Dahle non pas comme un conte mais comme un texte poétique,
entrant dans la classe des Hain-teny. De fait il n'y a pas de récit, et le texte tout
entier se résume à l'énoncé de la chaîne. Comme il n'a pas été traduit en français
(Ja traduction Dorian-Molet ne concerne que les contes proprement dits, laissant
de côté les textes poétiques et les proverbes), il est bon de le donner ici
intégralement:

Nanatody aho, hoy ny vorona, tany amin-dranerinerina: ranerinerina notsofin-


drafoatra

rafoatra nisakanam-bodivona

vodivona fandoakam-boalavo

voalavo fihinan' alika

alika fanavokavoky ny olona

olona rezin'ny lefona


lefona resin'ny vato

vato ihoaran'ny rano

rano tetezin'ny menamasokely

« J'ai pondu, dit l'oiselle, cher Stre-élevé Sire-élevé a été soufflé par Dame-
bourrasque Dame-bourrasque a été arrêtée par le mont: le mont est percé par le
rat; le rat est mangé par le chien; le chien est rossé par Thomme Thomme est
vaincu par la sagate; la sagale est vaincue par le rocher: le rocher est recouvert
par l'eau: l'eau est franchie par Petirs-Yeux-Rouges »,

On a bien ici, selon la nature du hain-teny, un morceau de science de la parole: on


le volt aux premiers mots de la chaîne, qui remplacent par des figures
recherchées les mots simples des versions qui se présentent comme des contes: ce
n'est pas sur l'arbre, lurza, que l'oiselle a voulu pondre mais sur Ranerinerina le
Site dont la cime se voit de loin. Et ce n'est pas le vent, rivetru, qui renverse
T'arbre, mais Rafosatra le Souffle dévastateur de louragan. Et, si le corps de la
chaîne revient ensuite au vocabulaire de base, la fin mérite une explication le
menamasotely, Têtre aus petits yeux rouges, n'est autre qu'un petit oiseau, qui
peut facilemen franchir les eaus les plus tumultueuses en marchant délicatement
comme stir une passerelle sur une branche au dessus du courant. On peut
considérer que cette version représente la variante circulaire de la randonnée
comme dans le Palicantantra où la chaîne débute par la souris et finit par le rat,
ici la randonnée débute par Foiselle et finit par l'oiseau. Sans doute, dans les
joutes oratoires qui étaient la raison d'être des hain-teny, la métaphore pouvait-
elle être employée comme celle de la Souris métamorphosée en fille à quoi hon
chercher toujours plus loin et toujours plus fort, puisque c'est chez votre
semblable et dans votre statul que votre place vous est assignée ?

La seconde version des Specimens part d'un incident tout différent. Le point de
départ est un petit d'homme qui s'est cassé la jambe en montant à un arbre. Ce
point de départ implique sans doute quelque faute de la victime imprudence ou
désobéissance, et en cela il est différent du malheur de l'Oiselle, qui vient
seulement de sa faiblesse, tragique puisqu'elle est impuissante à protéger ce
qu'elle a de plus précieus, ses reufs. Le personnage s'appelle Ibotiry un nom qui
sera conservé parfois avec l'article honorifique Ra par toutes les autres versions
de ce type. On doit évidemment comprendre ce nom comme une variante de
l'expressif botitila bolitikatrës petit, tout petit, et nous devrons donc le traduire
par un terme expressif équivalent comme Petit-Petiot. (Dans la version betsileo
des manuscrits Valen le nom est d'ailleurs écrit tantôt Botity tantôt Boritika.

L'accident, qui va de proche en proche s'étendre à toute la chaîne des êtres,


commence typiquement par un petiot minuscule, qui nous fau penser à la souris
et ao ver de terre des contegendiens, mais aussi à la Fourmiguette, à la Fourmi
qui s'en allait à Jérusalem codu se passé la patte sur la glace des contes français,
ou encom deux frèresuluisset Pouto, qui ne devaient pas être bien grands, du
conte Boxrain (Cosquin 1886, p. 32). Le conteur peut se moquer plus ou moins
explicitement de ce tout petit, de ce chétif, dont le malheur a bouleversé toute la
chaîne des êtres... Dans une version masikoro (texte ci-dessous) Petit-Petiot blessé
dans sa chute interpelle l'arbre avec outrecuidance: Dis donc toi, l'Arbre, est-ce
que tu es fort, toi ? Puisque moi qui suis bien grand, quand je suis monté sur toi,
je suis tombé 2.

Petit-Petiot, donc, trouve que l'arbre est fort puisqu'il lui a cassé sa jombe. Et ta
chaîne de reprendre: Ce n'est pas moi qui suis fort, c'est le vent! Mais ici la chaine
ne se boucle pas sur elle-même, au contraire elle est orientée, elle sinterrompra
quand la quête du plus fort sera arrivée à son véritable terme. On aboutit à
l'homme, qui est vaincu par le sorcier maléfique mpamosavy, qui est tué par le
poison d'épreuve tangena, qui est vaincu par Dieu Andriamanitra Alors Petit-
Petiot et tous les êtres reconnurent que Dieu seul est le plus fort, qui commande à
tous les êtres en ce monde, que ce soit dans le ciel en haut, ou sur la terre ici-bas,
ou aux extrémités de l'horizon, et que c'est Lui seul qui gouverne pour toute
éternité

LES VERSIONS DU PETIT-PETIOT A LA JAMBE CASSEE: DIEU OU L'HOMME?

Parmi les nombreuses versions qui font intervenir Petit-Petiot, on compte celle du
recueil Folk-Lore and Folk Tales of Madagascar, paru en 1887, mais qui est en fait
aussi ancienne que celle de Dahle, puisqu'elle faisait partie d'une collection
imprimée d'abord en fascicules en 1877 par les membres de la Malagasy Folk-
Lore Society, et que sa traduction en anglais avait été donnée par J. Richardson
dans un article de la revue Antananarivo Annual de la même année, La chaîne y
est presque la même que dans la version des Specimens, sauf que les étapes du
sorcier maléfique et du poison d'épreuve sont sautées.

Au moment où paraissent ces versions, la suppression de la pratique du potson


d'épreuve était encore un sujet d'actualité. Le tangens servait, sous les anciennes
lois, à confondre et à condamner les sorciers maléfiques et les rebelles au pouvoir
royal (qui étaient considérés comme des espèces de sorciers). Il avait été mis à
contribution en particulier sous le règne de Ranavalona 1º pour la répression des
chrétiens. Après sa mort en 1861, il avait été supprimé sous le bref règne de
Radama II, et son abolition avait été solennellement confirmée au moment de
Tavènement de Rasoherina en 1863. On comprend que certains conteurs
préfèrent passer sous silence cet usage au moment où le christianisme triomphe,
où le potson dépreuve disparaît de la scène sociale malgache, et où le sorcier
maléfique-qui hui n'a nullement disparu des angoisses populaires, mais contre
lequel il n'y a plus de recours public rentre dans l'ombre...Randriamiadanarivo
croit que ces éléments n'appartenaient pas à la version authentique d'Thatity:

Hy a dans ce conte des pensées réellement juutete jages, mais il y en a aussi qui
ne sont justes qu'en apparence, qui ont été ajoutées plus tard por les collecteurs:
c'est ce qui se rapporte au sorcier et au poison d'épreuve Il n'y avait pas de
sorciers ni de poison d'épreuve chez les vrais Anciens sages, ce sont des idées
funestes qui ont été introduites plus tard aus tempe de la décadence», (1984, р. 9).

L'hypothèse suppose qu'on admette l'idée d'un âge d'or ancestral dans lequel les
institutions barbares, comme la sorcellerie et le poison d'épreuve, n'existaient pas
encore; elles n'ont pu être introduites qu'aux temps de la corruption ou de la
décadence (Texpression malgache dit littéralement ny androm-pihemorana les
jours du recul, le temps de la régression). Sans prendre parti dans une querelle
nue Pauthenticité de telle on telle version, j'aurais tendance au contraire à voir
dans la version des Specimens un texte plus complet, réduit dans la version de
Feik-Lore and Folk-Tales par la suppression d'un épisode qui était devenu genant,
ou qui simplement n'était plus au goût du jour.

Le sorcier a en effet bien sa place dans la chaîne pour la société malgache du XIXe
siècle, il est l'acteur de la mort des hommes, le criminel le plus effrayant, que seul
le poison d'épreuve peut vaincre à son tour. Il nous fait penser aux personnages
mortifères qu'on rencontre à la fin de plusieurs versions européennes relevées
par Cosquin le juge dans une chanson parisienne et dans un conte hongrois, le
bourreau dans un conte alsacien, le soldat dans une version vénitienne, le diable
dans des versions souabe et vosgienne, etc. On rencontre même dans un conta
allemand une sorcière, mais c'est un personnage tout différent du mpamosavy
des contes malgaches, plutôt une sorte de guérisseuse-exorciste, puisqu'elle
chasse le diable, mais qu'elle est brûlée à son tour par le bourreau, lequel est
finalçment tud par le docteur! (Cosquin, 1886, pp. 35-36).

Le sorcier et le poison d'épreuve sont d'ailleurs encore présents dans la version


inédite recueillie tout récemment en pays betsileo par J. B. 1. Ramamonjissa
(2004), mais cette version ne témoigne sans doute pas d'une transmission orale
indépendante: elle reproduit sans aucune différence la chaîne de la version des
Specimens, si bien qu'on peut supposer qu'elle a été influencée par la version
écrive devenue aujourd'hui très populaire". Plus significatif sans doute est le fait
que le version betsileo, celle de Dubois (1938) sur laquelle nous reviendrons tout
à Theure

Il est aussi des versions dans lesquelles la chaîne se termine sans aboutir à Dieu.
Une version betsimisaraka, publiée par Renel, professeur d'inspiration
rationaliste et directeur des services de l'enseignement de la Colonie, plaçait
Homme au sommet de la chaîne. Je ne peux m'empêcher de penser qu'il n'y a
sans doute pas là un hasard: cette version est bien adaptée au laïque convaincu
qua été Renel, comme les versions se concluant sur la puissance de Dieu étaient
bien adaptées aux ecclésiastiques qui les avaient collectées et publiées. Je ne crois
certes pas que Renel ait falsifié volontairement le conte malgache pour y
introduire un argument de propagande: d'ailleurs pourquoi aurait-il effacé Dien
spécialement dans ce conte, et non dans les autres de son recueil où il apparait
aussi? Mais le conte s'adapte à son public, et dans la situation de collecte il n'y a
aucune raison pour que le récit ne soit pas parfois infléchi plus ou moins
subtilement en fonction de cette variété particulière de public que sont les
collecteurs, sans doute d'ailleurs, plutôt que Renel lui-même, les instituteurs qu'il
avait chargés de la mission de réunir des contes en vue de la publication qu'il se
proposait de faire. En tout cas c'est cette version, qui place l'homme au sommet
de la création et qui fait l'économie du personnage de Dieu, qu'on retrouve
comme texte proposé aux élèves des écoles officielles de la colonie dans S. Pénot,
L'Enseignement de Français par le texte de lecture (1934) et dans le Livre de
Lecture des Ecoles primaires indigènes (1948)...

Plus étonnante encore pour moi a été cette version masikoro entendue en 1976
(texte ci-après) dans laquelle la chaîne s'arrête brusquement sur la barre-à-mine
(baramino) qui brise la pierre. Quand Petit-Petiot lui demande si c'est elle la plus
forte, elle acquiesce sans hésiter: Oui, je suis forte! Et le conte s'arrête là Pour
l'ethnographe, la tentation serait de rejeter cette version récente comme
déformée, inauthentique. Ce serait une erreur, je crois. Sans doute le conteur
trouve plaisir à surprendre son auditoire tout le monde à Madagascar a plus ou
moins entendu ane autre version de Petit-Petiot, et en faisant cette chute
inattendue, le conteur s'amuse et nous amuse. Mais il y a sans doute plus: il peut
être significatif que soit choisi comme le plus fort cet outil, qui justement porte en
malgache un nom emprunté au français comme par hasard le seul de la liste, tous
les autres étant, comme c'est Thabitude dans les randonnées, des mots du
vocabulaire le base le plus élémentaire.

La force, la domination sont associées au monde des Blancs, des Vazaha, c'est-à-
dire à la fois au parler blanc qu'est le français... et à l'outil étranger, étranger
jusque dans son nom, choisi pour représenter la force. On sait que ce thème de la
force de l'étranger est souvent manipulé dans les contes, aussi bien dans ceux
qu'on entend maintenant que dans ceux que recueillaient les ethnographes de
Tépoque coloniale (Gueunier 1992, 1994).
Tableau 1: Dieu ou l'Homme?

Dahle, Folk-Lore and Renel, Contes Conte Conte bara,


Specimens, Folk-Tales, de masikoro, 1992
1877 1877, 1887 Madagascar. 1976
1910

Petit-Petiot Petit-Petiot Petit-Petiot Petit-Petiot Petit-Petiot

arbre arbre arbre arbre arbre

vent vent vent vent vent

montagne muraille montagne montagne montagne

feu rat rat rat rat

eau chat chat chat chat

pirogue corde corde corde chien


pierre
couteau couteau couteau sanglier
rat
feu feu feu homme Blane
chat
eau eau eau DIEU
corde
pirogue pirogue pirogue
couteau
pierre pierre crabe souche
homme
crabe HOMME hache
sorcier
homme pierre
poison
BARRE-A-
DIEU
MINE

La même malice innocente inspirait peut-être le très jeune garçon qui me contait
en 1992 une version bara de Rabotity dans laquelle l'Homune se récuse: laho
mahery, hoy i Raolo, nao vonoin'ny Vazaha? Suis-je fort, dit l'Homme, alors que le
Blanc me tue? Mais ici le Blanc lui-même doit se reconnaître vaincu: Jaho
mahery, hay Vazaha, nao mbo namboarin-Jañahary? Suis-je fort, dit le Blanc,
alors que moi aussi je suis créé par Dieu ? Ce Blanc-là n'était pas directeur des
écoles officielles...

Deux versions betsileo, celle de Dubois et une version inédite qui figure dans les
Manuscrits Valen, écrits entre 1885 et 1894, ont cette particularité d'aboutir elles
aussi à la divinité, mais sous la forme de ce qui apparaît comme une liste de
divinités, chacune plus forte que la précédente:

Tableau 2: Généalogies divines ou noms divins ?

Manuscrits Valen, 1885-94 Dubois, 1938

Botitika ou Botity Petit-Petiot Botity Petit-Petiot

Ny hazo l'arbre ny hazo l'arbre

(...) L'homme (...) L'homme

ny olona Seigneur-Créateur ny olombelona le sorcier

Andriananahary Seigneur-d'En- ny mpamosavy Seigneur-Créateur


Haut
Andrianaboabo Andrianañahary Seigneur-
Seigneur-Élevé Adversaire
Andrianambonim Andrianambodisy
bony Seigneur-Rehaussé Seigneur-Rehaussé
Andrianakatsakats
Andrianakatsakats a Seigneur-d'En-
a Haut
Andrianaboabo
Seigneur Élevé
Andrianambonem
bone Père-Grand-
Monstre
Raibibibe
Seigneur-Élancé
Andrialingilingy
Commentant le texte qu'il publie, Dubois parle d'une généalogie divine». II ne
faut pas prendre cette expression au sens propre plutôt que d'une lignée de
dieux, il s'agit de dieux qui se sont battus et dont chacun a montré sa supériorité
en faisant mourir celui qu'il a vaincu Mahery Andrianakatsakatsa namono an'
Andrianambonimbony, Andrianambonimbony namono an Andrianaboaho... Il
est fort Seigneur-Rehaussé qui a tué Seigneur-Elevé, Seigneur Élevé a tué
Seigneur- d'En-Haut... (Manuscrits Valen, et la même formule chez Dubois). Ce
serait évidemment une erreur de chercher une théologie dans de tels textes, dont
la fonction n'est nullement d'enseigner une doctrine. Mais on doit remarquer que
le conte fait ici un emprunt à la liturgie des sacrifices ancestraux où l'invocation
se fait sous la forme d'une liste plus ou moins longue de noms divins, parfois
obscurs, dont on s'est souvent demandé s'il s'agit d'êtres divins différents les uns
des autres et hiérarchisés, ou bien de nominations différentes de la même
divinité. On sait que c'est une des questions classiques de l'ethnologie malgache,
souvent agitée avec des arrière-pensées idéologiques, les auteurs missionnaires et
anti-cléricaux défendant naturellement des thèses opposées sur ce que devait
être la véritable croyance des ancêtres malgaches. Dubois lui-même a écrit sur
cette question, et aussi Renel, dans un sens opposé bien sûr. Il n'est pas question
de reprendre ici cette discussion, mais nous devons noteret c'est un trait qui
ressort aussi de la comparaison des textes d'invocations rituelles que la liste est
loin d'être fermement établie. Bien qu'elle prétende aller du moins fort au plus
fort, elle n'aboutit pas à une figure de divinité qui paraisse incontestablement
supérieure aux autres. Les grands noms classiques toujours invoqués
n'apparaissent pas à la fin de la liste, et l'ordre ne semble pas fixe, puisque le
Seigneur-Rehaussé qui clôt la liste dans la version des Manuscrits Valen est
dépassé par quatre autres dans la version Dubois. Loin de contenir un exposé de
la doctrine, le conte nous présente une simple allusion, pet. être même une
parodie.

LES VERSIONS DE L'OISELLE QUI NE TROUVE PAS OU POSER DES CŒUFS

Revenons aux versions de l'Oiselle. La forme circulaire qui était bien neue dans la
version des Specimens de 1877, puisque TOiselle à la fin de sa quête était
ramenée à un oiseau, se trouble quelque peu dans les versions plus récentes.
Trois versions betsimisaraka ont été recueillies par F. Fanony, dont deux publiées
dans son recueil L'Oiseau Grand-Tison et autres contes... (2001) et l'autre confiée
par lui à M. N. Razafindramiandra (1994).

La première version Fanony, Grand-Oiseau-N'est-Point-Prodige, presque


circulaire, puisque, partant d'une Oiselle qui veut pondre, la chaîne ramène
jusqu'a un oiseau dont les cœuts sont bien calés dans les rochers... Mais au lieu de
s'arrêter là, la chaine continue et les œufs sont entraînés par la Grande-Eau (ce
qui inverse la version des Specimens où on se souvient que justement l'eau était
franchie par l'oiseau). Et vient s'ajouter à ce point un combat où Grande-Eau et
Grand-Oiseau s'affrontent à la boxe, et où finalement c'est Dame-Grand-Oiseau
qui est vaincue et pourtant, conclut le conteur, de tous les oiseaux aucun n'était
aussi fort que Dame Grand-Oiseau-N'est-Point-Prodige En outre, la narration ne
permet pas de comprendre précisément s'il s'agit au début et à la fin de la chaîne
du même oiseau ou d'un autre".

La seconde version, L'Oiseau Grand-Tison, qui donne son titre au recueil de


Fanony, se laisse plus facilement analyser. En apparence elle n'est pas circulaire
puisqu'elle aboutit à reconnaître la foudre comme l'élément le plus fort de tous:

Raforöhabe, ho izy, nañantody tan'ambo kakazo. Kakazo, ho izy, alavon-drivotro,


Rivotro than-tanery, Tanery tapak'antsy, Antsy bañam-bato, Vato sefo-drano,
Rano zao-dañanaña,

Lañonaña vakivakin-train'andro, Haiñ'andro sõndro-mika, Mika sõndro-baratra.

Grand-Tison, à ce qu'on dit, a pondu sur un arbre.

L'arbre, à ce qu'on dit, a été abattu par Fouragan, L'ouragan a été arrêté par la
montagne,

La montagne a été entaillée par le coupe-coupe, Le coupe-coupe a été ébréché par


le rocher. Le rocher a été recouvert par l'eau, L'eau a été prise par le bambou-à-
puiser, Le bambou-a-puiser a été fendu par la chaleur du soleil, La chaleur du
soleil est emportée par la nuée, La nuée est emportée par la foudres. (pp. 181-
182.)
Mais la force de la foudre est encore contestée puisque l'Oiselle l'affronte en
combat singulier. Elle est vaincue certes (les deux versions ont done un point
commun: la lutte de l'oiseau contre un élément de la nature), mais de cette défaite
elle garde des traits qui peuvent être compris aussi comme des privilèges: l'oiseau
Grand-Tison Raforohabe n'est autre que le råle tsikiza, qui garde jusqu'à présent
en souvenir de ce combat une tache blanche sur la gorge. De là vient encore le
comportement caractéristique du råle, qui prend d'abord son envol, puis
redescend heusquement en faisant entendre comme un bruit d'explosion: il est
toujours ennemi de la foudre, et il voudrait reprendre le combat contre elle. Et
c'est enfin la raison pour laquelle les gens qui détiennent des talismans contre la
foudre doivent jusqu'à présent observer le tabou du råle car ce talisman concerne
la foudre, et la foudre déteste le räle (p. 183), Cette deuxième version prend donc
l'aspect familier d'un conte expliquant l'origine de certains traits d'une espèce
conclusion qui manquait à la première version.

Dans la troisième versión Fanony, publiée par Razafindramiandra, le nom de


Toiselle ne diffère de celui de la première version que par une voyelle, c'est
Võrombetsilaza Grand-Oiseau-Qui-N'est-Point-Gloire au lieu de c'est
Võrombetsiloza Grand-Oiseau-Qui-N'est-Point-Prodige. La forme est redevenue
clairement circulaire, puisqu'on aboutit ici encore à l'oiseau råle. Mais cette fois
c'est le räle qui est vainqueur:

Zaho Võrombetsilaza Nanatody amy ny Kakazotzilavonañіћу, Lavon-dRivotro,


Rivotro tohanan'ny Tanety, Tanery tombohan-dRavalave, Valavo matin'ny Kobay.
Kobay tapaky ny Antsy, Antsy folaky ny Vato,

Vato tondraky ny Rano,

Rano tingenan'ny Titezaña,

Titezaña dikánao Ratsiköza.

Moi, Oiseau-Qui-N'est-Point-Gloire, J'ai pondu sur l'Arbre-Que-Les-Vents-


N'Abattent. Il a été abattu par l'Ouragan, L'Ouragan a été arrêté par la Montagne,

La Montagne a été traversée par le Rat, Le Rat a été tué par le Baton, Le Bâton a
été coupé par le Coupe-coupe, Le Coupe-coupe a été brisé par le Rocher, Le
Rocher a été recouvert par l'Eau, L'Eau a été franchie par la Passerelle, La
Passerelle, tu la traverses, toi Sire-Rale,

Et nous apprenons encore que le tåle a un rapport mystérieux avec la foutie mais
dans ce rapport, c'est ici clairement le råle qui a le dessus: tay azony fil il n'est pas
atteint par la "boue", ou: la "boue' ne peut rien contre lui, la bo étuant ici comme
chacun sait à Madagascar l'euphémisme prudent qui permet de désigner la
foudre sans prononcer son nom.

La dernière version que nous examinerons est due au conteur Paul Cong (2003),
qui s'est acquis une belle célébrité dans le Nord de Madagascar en donnan
régulièrement des contes à la radio, Elle conserve l'incident initial de l'Oiselle qui
a cherché le bon endroit pour mettre ses œufs à l'abri, mais en même temps elle
lui donne le nom de Rabotity, nom visiblement emprunté aux versions de la jami
cassée de Petit-Petiot. Dans ce conte Rabotity n'est donc plus un Petit-Petiot, mas
une oiselle dont il faudra traduire le nom par Dame-Petiote.

Elle est petite sans doute, mais on ne doit pas la sous-estimer, puisque le conteur
nous prévient que c'était le plus fort des oiseaux sur cette terre Lafah conte voit
l'oiselle, désemparée par l'insuccès de sa quête, aller en demander raison à Dieu.
Un des gardiens de la demeure de Dieu lui lance de la terre blanche sut le frontet
hien sûr l'anditeur doit comprendre que c'est la raison pour laquelle cette espèce
(toujours le råle, appelé ici tsikiza ou droviky) est marquée d'une tache blanche.
Comme dans les deux dernières versions nous avons une conclusion qa donne
l'explication du comportement du rûle: chaque soir cet oiseau monte vers le ciel
comme s'il voulait encore y monter, mais il n'a pas de force, alors il redescend La
chaîne quant à elle ne se boucle donc pas sur la victoire de l'oiseau. Elle concha
plutôt par une réflexion sur la condition humaine: il y a bien un être qui est plus
fort que tous les autres, mais cette fois ce n'est pas Dieu, encore moins l'Homme

Zaho Rabotity, Zaho Rabotity nañantody añabon'i Kakazo,

Kakazo narongaña Tsiko, Tsiko nitohanan'i Bongo, Bongo niloakin'i Voalavo,


Voalavo nahanin'i Piso, Piso nivonin'i Kibey Kibey nitapahin'i Meso, Meso
niroan'i Môtre, Motro matin' Rano, Rano nomboon' LakanaLakana nivakin'i Vato,

Vam niloahin'i Drakatra, nataony traño nany,


Drukatra nohanin Antendrovolo, Antendrovolo narónjirónjin'i Toromaso,

Toromaso zanakar'i Fary, Faty resin'i Matsaña ndreky Haliny,

Matsaña ndreky Haliñy mandany ny fiaiña

C'est moi Dame-Petiote, C'est moi Dame-Petiote qui ai pondu en haut de l'Arbre,

L'Arbre a été abattu par le Vent,

La Vent a été arrêté par la Montagne,

La Montagne a été percée par le Rat,

Le Rat a été mangé par le Chat,

Le Chat a été tué par le Bâton,

Le Bâton a été coupé par le Coupe-coupe, Le Coupe-coupe a été brûlé par le Feu,

Le Fou a été éteint par l'Eau,

L'Eau a été traversée par la Pirogue,

La Pirogue a été brisée par le Rocher,

Le Rocher a été percé par le Crabe, qui y a fait son gite, Le Crabe a été mangë par
Toison-au-Sommet, Torson-au-Sommet a été bousculé par le Sommeil,

Le Sommeil est le fils de la Mort.

La Mort est vaincue par les Jours-et-les-Nuits, Les Jours-et-les-Nuits qui


consument la vie

La fin de la chaîne révèle une orientation abstraite de la pensée ce qui est plus
fort que Thomine (désigné par son nom mythologique de Toison-an-Sommet)
clest le sommeil, la mort, et finalement les Jours et les Nuits, c'est-à-dire le temps.
qui use la vie.

Sans doute est-ce cela le conte: sans perdre la légèreté d'un jeu d'enfants, unc
trame si simple, justement parce qu'elle est si simple, peut toujours nous donner
à penser, comme elle a donné à penser aux Anciens.
Angano anihy zainy angano analy

maiña ana i andro!

Tsy angano unahy zaiñy try angano andhy,

mañorana anao i audro amaraiñy!

Zaiky zainy hono nanin-dRangana

Si c'est mon conte, ou mon conte,

Puisses-tu être sec, & toi le temps!

Si ce n'est pas mon conte, non pas mon conte, Alors tu peux pleuvoir, ô toi le
temps de demain !

C'est cela, oui cela ce qui fait le Contes

(Formule betsimisaraka de clôture du conte.)

IBOTITY

I eo ie laha telotela, akapako any raha ty- wo zato selotelu. Nianatry. Ka i ev ie,
laha fa nianatsy rozy, mandeha, vianatay

I bokaroa ie, nañaniky manga, ka la fa nañaniky manga rozy, ja nimosare. E on


Teloluky roty. Latsaky ny raiky, raiky amin-drozy, ja nañaniky, folaky La
tinakotako, tinakotako, tinakotako, tinakotako, avy an-tana afy

1 es (Bele taloha mou ole niñaña) nañontary i, namonjy manga nahafalaky

azy... hazo nahafolaky azy ily, nañontany hazo oñy:

-Nako kuahy iha Haze toy, hay i, mahery va koaky, hoy i, tha eo? Zabe ole be vata
toy laha nañaniky aminar la nilatsaky io?

Namaly hazo oйу

"Tsy mahery, hoy i, aho, naho fola-tsioky."

Nafiontany, nakontony an-dRetzioky


"Nao kouky, Trioky, hay i, mahery va, hoy i, iha en 2 -A Tsy mahery, hoy Retzioky,
aho, naho tampe-Rohitsy." Vohitsy nanampy Tsioky, hoy i Tsinky namola-Kazo,
hoy i Hazo namolaky an-dRabotity.

Hm. Nañestanyi, nañontany an-dRevohitay:

"Nas koahy, Vohitzy, hay i, mahery va koahy, hay i, iha eo -Tsy mahery kouhy,
hoy i, aho, laha tratsiny ñy Valavo, la... la loadoaky. -Valavo nañiri-Bohitty, hoy i,
Vohitsy nanampy Tsioky, Trioky namola-Kazo Hazo namolaky an-dRabotity."

Nañontany, nañontany any Valavo:

"Nao keaky Valavo, hoy i?

E koy hoy ñy Valave!

-Mahery va koaky, hoy i, iha eo?

Tsy mahery koaky, hoy ñy Valavo, aho, laha tratsiny ñy Retsaka, la mifereñay.
Tsaka nañia Valave, hoy t Valavo nañiri-Bohitsy,..."

Nañontany, nañonany any Retsaka:

-Mahery va koahy, hoy i, iha eo, Tsaka?

Tay mahery, hoy i, aho, laha tratsiny ñy Tady, la miferiñay.

-Tady nandroky Tsaka, hoy i Tsuka nañia Valava

Nañontuny, nailontany an-dRetady:

Mahery va koahy, hoyi, tha co, Tady? Tsy mahery, hoy i, aho, laha tratziny ñy
Meso, la miferiñay, Meso nanampa-Tady, hoy Tady nandrohy Tanku,

Nañontany, nafiontany an-dRemeso

Mahery va koohy, hoy i, iha co, Meso 2 Tsy mahery, hoy i, aho, laha tratsiny Ry
Bolò, la mena, -Bolo nahamena Mese, hoy L Meso nonampa-Tady,

Nañentury, nañontary any ty Bold


Makery va koahy, hoy i, tha en, ñy Bolo 2 -Tsy mahery, hoy i, aho, laha tratsiny ily
Rano, la miferiñay, Rano namono Bolò, koy i, Bolo nahamena Meso,..."

Nañontany, nañontany an-dRerano ndruiky:

Mahery va koahy iha eo, hoy i, Rerano Tsy mahery, hoy i, aho, laha tratziny ny
Laka, la miferiñay. Laka nanory Rano, hoy i Rano namono Bolo,

Nañontany, nañontany an-dRelaka

Mahery va koaky tha eo, hoy i, Laka?

Try mahery, hoy i, aho, laha tratsiny ñy Fototsy, la miferiñay.

Fototsy nandoaky Laka, hoy i Laka nanory Rano,

Nañontany, nañontany an-dRefototxy:

-Mahery va koahy, hoy i, tha eo, Fototsy?

-Try mahery koahy, hoy i, aho, laha tratsiny ñy Famaky, la miferiñay,

-Famaky nanampaky Fototzy,

Fototsy nandoaky Laka.....

"Mahery va koahy, hoy i, iha eo. Refamaky?

Tsy mahery, hoy ñy Famaky, uho, laha tratsiny ñy Vato, la roña.

Vato nandroña Famaky,

Famaky nanampaky Fototsy,

Mahery va koahy, hoy i, iha eo, Revato? "

Try mahery, hoy i, aho, laha tratsiny ñy Baramino, la miferiñay,

Baramino namaky Vato, Vato nandroña Famaky, Famaky nanampaky Fototsy,


Fototsy nandoaky Laka, Laka nanory Rano, Rano namono bolo, Bolè nahamena
Meso, Meso nanampa-Tady, Tady nandrohy Tsaka, Tsaka nañia Valavo, Valavo
nañiri-Bohitsy, Vohitsy nanampy Tsioky, Tsioky namola-Kazo, Hazo namolaky an-
dRabotity. Mahery va koahy, hay i, tha eo, Baramino? Mahery, hoy i, aho!"
PETIT PETIOT

Il y avait des enfants, trois enfants. Et ces trois enfants (ah, je vais l'avaler, ce
machin 1), ces enfants étaient trois. Ils allaient à l'école. Et comme ils allaient à
fécole, les voilà partis. Ils sont partis pour l'école.

Et en revenant, ils sont grimpés sur un manguier, et comme ils étaient grimpés
sur un manguier, parce qu'ils avaient faim, oui, c'étaient trois garçons, et il y en a
un qui est tombé. Un de ceux qui étaient montés, il est tombé, et il s'est cassé une
jambe. Et on l'a porté, on l'a porté, on la porté, on la porté sur les épaules, jusqu'à
ce qu'on arrive à l'amener au village.

Et alors (les gens d'autrefois, vous savez, ils étaient bien bêtes), il a demandé, il a
demandé au manguier, à l'arbre qui l'avait fait tomber, il a demandé à l'arbre:

"He toi, FArbre, es-tu fort, toi 7 Puisque moi qui suis bien grand", quand je suis
monté sur toi, je suis tombe.

L'arbre répondit:

"Je ne suis pas fort, puisque le Vent me brise". Il a demandé, il a demandé à Sire-
Vent:

"He tai, le Vent, es-tu fort, toi?

Non, je ne suis pas fort, puisque la Montagne m'arrête

-Montagne a arrêté Vent,

Vent a cassé Arbre, dit-il,

Arbre a cassé la jambe de Petit-Periot Hum! Il a demandé, il a demandé à Dame-


Montagne:

"He toi. Montagne, es-tu forte, toi

-Je ne suis pas forte, moi, dit-elle, si le Rat m'attrape, il me perce de partout

Rat a troné Montagne.

Montagne a arrêté Vent.


Vent a brisé Arbre.

Arbre a cassé la jambe de Petit-Petiot". Il a demandé, il a demandé au Rat:

"He toi, Rat

-Oui, dit le Rat

-Es-tu fort, toi?

-Je ne suis pas fort, dit le Rat, si Sire-Chat m'attrape, je suis tout misérable!

Rat Chat a poursuivi Rat, a troue Montagne, Il a demandé, il a demandé à Sire-


Chat:"Es-tu fort, toi, Chat?

-Je ne suis pas fort, dit-il, si la Corde m'attrape, je suis tout misérable.

-Corde a attaché Chat. Chat a poursuivi Rat...."

Il a demandé, il a demandé à Dame-Corde:

"Es-tu forte, toi, Corde".

-Je ne suis pas forte, dit-elle, si le Couteau m'attrape, je suis toute misérable

Couteau a coupé Corde, Corde a attaché Chat,"

Il a demande, il a demandé à Sire-Couteau

"Es-tu fort, toi, Couteau? -Je ne suis pas fort, dit-il, si le Feu m'attrape, je rougis.

Feu a fait rougir Couteau,

Couteau a coupe Corde..."

Il a demandé, il a demandé au feu:

"Es-tu fort, toi, Fen?

-Je ne suis pas fort, dit-il, si l'Eau m'attrape, je suis tout misérable.

Eau a tué Feu. Feu a fait rougir Couteau,..."

Il a demandé, il a demandé encore à Dame-Eau:


"Es-tu forte, toi, Dame-Eau 2.

Je ne suis pas forte, dit-elle, si la Pirogue m'attrape, je suis toute misérable. -


Pirogue a traversé Eau, dit-il,

Eau a tué Feu..."

Il a demandé, il a demandé à Dame-Pirogue:

"Es-tu forte, toi, Pirogue?

-Je ne suis pas forte, dit-elle, si la Souche m'attrape, je suis toute misérable.
Souche a percé Pirogue, Pirogue a traversé Eatu...."

Il a demandé, il a demandé à Dame-Souche:

"Es-tu forte, toi, Souche ?

-Je ne suis pas forte, dit-elle, si la Hache m'attrape, je suis toute misérable.

Hache a coupé Souche, Souche a perce Pirogue,.."

"Es-tu forte, toi, Dame-Hache?

-Je ne suis pas forte, dit la hache, si la Pierre m'attrape, je suis ébréchée. - Pierre a
ébréché Hache,

Hache a coupé Souche,.."

"Es-tu forte, toi, Dame-Pierre?

Je ne suis pas forte: si la Barre-à-Mine m'attrape, je suis toute misérable.

-Barre-à-mine a brisé Pierre, Pierre a ébréché Hache,

Hache a coupé Souche,

Souche a percé pirogue. Pirogue a traversé Eau,

Eau a tué Feu, Feu a fait rougir Couteau, Couteau a coupé Corde, Corde a attaché
Chat, Chat a poursuivi Rat, Rat a troue Montagne, Montagne a arrêté Vent. Vent a
brisé Arbre, Arbre a cassé la jambe de Petit-Petiot -Es-tu forte, toi, Barre-a-Mine"
Oui Je suis forte, dit-elle!"

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