Techniques PCR en microbiologie et interprétation
Techniques PCR en microbiologie et interprétation
PCR en microbiologie :
de l’amplification de l’ADN
à l’interprétation du résultat
L’amplification des acides nucléiques (PCR) permet le diag-
nostic rapide des infections causées par des micro-organismes
fastidieux pour lesquels la culture est difficile, voire impos-
sible. Ainsi, la PCR a largement amélioré notre capacité à dia-
gnostiquer les infections dues à Chlamydia trachomatis. De plus,
la PCR est attractive en raison de sa rapidité, sensibilité et
reproductibilité. Cependant, il est utile de connaître les
limites des analyses PCR afin d’interpréter correctement les
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résultats obtenus. L’interprétation est fonction de la fiabilité
des tests utilisés, des pathogènes recherchés, du site d’infec-
K. Jaton tion, et de la présentation clinique. Il est essentiel que les cli-
niciens et les microbiologistes partagent leurs expériences,
G. Greub afin que les niveaux analytiques et cliniques d’interprétation
Drs Katia Jaton et Gilbert Greub puissent être combinés.
Institut de microbiologie
Université de Lausanne
CHUV, 1011 Lausanne
[Link]@[Link]
[Link]@[Link] INTRODUCTION
Les techniques d’amplification des acides nucléiques (PCR),
sont de plus en plus utilisées en microbiologie pour le diag-
nostic étiologique des maladies infectieuses. Le but de cet
PCR in microbiology : from DNA amplifica- article est de rappeler quelles sont les techniques moléculaires disponibles pour
tion to results interpretation détecter un agent pathogène et de proposer un algorithme d’interprétation d’un
Nucleic acid amplification (PCR) allows a re-
résultat de PCR englobant les niveaux analytiques et cliniques.
latively rapid and accurate diagnosis of infec-
tion caused by intracellular bacteria and other
tement (par exemple : Mycobacterium tuberculosis), ne supportant que très mal la des-
siccation (par exemple : Neisseria gonorrhoeae, Bordetella) ou présents en faible quanti-
té dans l’échantillon clinique (par exemple: Listeria monocytogenes dans le liquide
céphalorachidien). De plus, contrairement à la culture, la détection de l’agent infec-
tieux par PCR n’est que peu influencée par quelques doses d’antibiotiques.
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Il existe deux principales approches de PCR (tableau 1) :1 en temps réel présente les avantages suivants :
• une approche ciblée pour un micro-organisme avec des • une quantification est possible, ce qui peut être utile à
amorces spécifiques ; l’interprétation clinique (figure 2) ;
• une approche «large spectre» capable de détecter l’ADN • moins de faux positifs car il n’est plus nécessaire d’ou-
de presque n’importe quelle bactérie (ou champignon), vrir les tubes après amplification ;
avec des amorces ciblant un gène présent et conservé chez • une sensibilité augmentée car généralement les seg-
de nombreux agents microbiens (PCR eubactérienne par ments amplifiés sont très courts ;
exemple). • une spécificité augmentée du fait de la spécificité de la
sonde qui s’ajoute à celle des amorces.
Détection spécifique de l’agent microbien dans
l’échantillon clinique (PCR spécifique) Détection à large spectre de l’ADN d’un agent
En utilisant une PCR spécifique, seulement l’ADN d’une microbien dans un échantillon clinique (PCR
ou de quelques espèces de micro-organismes seront ampli- eubactérienne)
fiés. Par conséquent, plusieurs amplifications spécifiques Il est possible de détecter l’ADN de presque n’impor-
séparées, ou des PCR multiplex (permettant d’amplifier plu- te quelle bactérie (ou champignon) à l’aide d’amorces ci-
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Tableau 2. Analyses effectuées au laboratoire de diagnostic de biologie moléculaire de l’Institut de microbiologie
du CHUV, Lausanne
1 multiplexméningite bactérienne ; 2 multiplex pneumonies atypiques ; 3 multiplex maladies sexuellement transmissibles ; 4 multiplex confirmation de culture
pour mycoplames urogénitaux ; 5 multiplex de confirmation de souches de Staphylocoques suspectes d’être des MRSA ; 6 multiplex malaria ; * PCR large spectre ;
** PCR encore effectuée avec les méthodes classiques nécessitant un visualisation des produits de PCR après électrophorèse sur gel d’agarose ; *** en déve-
loppement.
giquement stérile.8-10 Ces PCR sont appelées PCR eubac- mens microbiologiques classiques n’ont pu détecter
tériennes lorsque les amorces permettent la détection l’agent causal et pour lesquels des prélèvements prove-
des bactéries (figure 3) et PCR panfongiques pour les nant de sites normalement stériles sont disponibles. Les
champignons. Il n’existe actuellement pas de test équi- endocardites à hémocultures négatives représentent
valent pour les virus, leur variabilité génétique étant trop une bonne indication pour la PCR eubactérienne
importante. puisque l’antibiothérapie préalable et les germes fasti-
En cas de PCR positive, les zones amplifiées sont sé- dieux en sont les principales causes.9,11
quencées et comparées à des millions de séquences pré-
sentes dans des banques de données afin d’identifier le
micro-organisme. En conséquence, par comparaison avec INTERPRÉTATION DES RÉSULTATS DE LA PCR
les PCR spécifiques, les PCR à large spectre présentent un L’interprétation des résultats de PCR est difficile
risque accru de contamination par les amplicons, une sensi- (figure 4). Par conséquent, il est important que le cli-
bilité moindre et un délai plus long pour obtenir un résultat nicien connaisse les caractéristiques des méthodes
(24-72 heures), en tout cas lors de positivité. PCR utilisées par le laboratoire effectuant l’analyse ou
Ces PCR sont utilisées généralement pour identifier qu’il dispose d'un résultat accompagné d'un commen-
l’étiologie d’un syndrome infectieux pour lequel les exa- taire.
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Echantillon
Extraction de l’ADN
Fluorescence
Région variable
Région
conservée
PCR
Amorce forward Amorce reverse
Visualisation des
amplicons sur gel
positif dans cet exemple après 27,2 cycles. L’échantillon testé, en l’occur-
rence une urine de 1er jet provenant d’une jeune femme asymptomatique, Figure 3. Etapes de la PCR en temps réel
est donc positif. Le résultat a été communiqué au médecin et cette infection
asymptomatique a pu être traitée (azithromycine), avant qu’elle n’occasionne Après avoir extrait l’ADN bactérien potentiellement présent dans l’échan-
des complications majeures (infertilité d’origine tubaire, grossesse extra- tillon, une portion d’environ 800 paires de bases du gène codant pour
utérine, etc.). l’ARN ribosomal (sous-unité 16S) est amplifiée grâce à des amorces con-
servées (en vert). Si l’amplification est positive (visualisation sur gel après
électrophorèse), le produit de PCR sera séquencé. La séquence des zones
variables (en rouge) de cet amplicon sera ensuite comparée (analyse
Interprétation des PCR spécifiques BLAST) aux séquences connues de souches types présentes dans une base
Importance de l’échantillon de données (par exemple : celle disponible sur le site web NCBI : www.
[Link]).
Toute PCR doit être effectuée sur un prélèvement de
pour Bartonella spp., ou Coxiella burnetti peuvent être effec- miques (en Suède, des souches de C. trachomatis présentant
hémocultures négatives par exemple, les PCR spécifiques crucial, lorsque de nouvelles souches deviennent épidé-
tuées non seulement sur les valves, mais également sur le une délétion d’une partie du plasmide cryptique viennent
sérum ou le sang complet.13,14 Généralement, la sensibili- d’être décrites et ne sont pas reconnues par certains tests
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variabilité intra et intersérielle. De plus, ces tests ont fait Interprétation des PCR à large spectre
l’objet de validations sur des échantillons cliniques. Lors- Importance de l’échantillon
que appliqués sur des prélèvements cliniques, des témoins Les PCR à large spectre sont effectuées à partir de pré-
doivent être testés en parallèle afin 1) d’assurer la qualité lèvements de ponction provenant de sites normalement
du mélange réactionnel (témoin positif) ; 2) d’exclure un stériles. En effet, lorsque plusieurs germes sont présents,
faux négatif dû à la présence dans l’échantillon de molé- soit le séquençage direct est impossible, soit la quantité
cules inhibitrices de l’amplification (témoin d’inhibition) d’ADN d’une espèce est prédominante et l’espèce mino-
et 3) d’exclure un résultat faussement positif (témoins né- ritaire reste non détectée.
gatifs). Toute contamination de l’échantillon par de l’ADN bac-
térien peut entraîner des réactions faussement positives.
Interprétation clinique Ces contaminations peuvent survenir lors du prélèvement
L’interprétation clinique doit tenir compte de : au lit du malade, lors de la préparation de l’échantillon, lors
• la probabilité prétest, qui dépend du tableau clinique de l’extraction de l’ADN ou lors de la PCR. Elles peuvent
et de la prévalence de la maladie dans la population tes- être dues à un autre échantillon positif dans la même série
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Tableau 3. Questions à se poser avant de demander une analyse de PCR, car nécessaire à la bonne conduite de
l’analyse et à l’interprétation du résultat
Au niveau préanalytique
Est-ce la méthode de choix ? Oui, puisque la sérologie n’apporte qu’une réponse rétrospective (à la phase de
convalescence)*
Quel est le prix du test ? 170 points OFAS soit CHF 158.–*
Prélèvements habituels Prélèvements respiratoires (expectorations)*
Quels autres prélèvements sont adéquats ? Frottis nasopharyngé, aspiration nasopharyngée en cas de toux non productive*
Quelle quantité de prélèvement est nécessaire ? 500 µl au minimum*
Faut-il un milieu de transport ? Non, les sécrétions peuvent être mises simplement dans un récipient stérile. Pour le frottis
nasopharyngé, un écouvillon sec convient très bien*
Dans quel délai faut-il acheminer les prélèvements ? Envoyer les prélèvements au laboratoire dans les 24 heures. En cas de délai,
Comment les conserver dans l’intervalle (par ex. : nuit) ? conserver à 4°C*
Au niveau analytique
Quelle est la sensibilité analytique du test ? Détecte la présence d’une copie (une seule molécule d’ADN) par réaction de 5 µl ce qui
correspond à 100 copies/ml de sécrétions respiratoires(4)*
Quelle est la spécificité du test ? Elevée, proche de 100%*
Une quantification du germe est-elle nécessaire Non, dans le cas de Mycoplasma pneumoniae
pour l’interprétation ? Cependant, dans le cadre de certaines infections virales comme Cytomégalovirus,
Epstein-Barr virus, une PCR positive n’est pas synonyme de maladie et les PCR quantitatives
permettent de définir des seuils ou d’observer la cinétique de la charge virale
Puis-je suivre l’évolution de la maladie après initiation L’ADN bactérien reste détectable pendant une période parfois prolongée, même lorsqu’il ne
du traitement ? reste plus de bactéries viables après un traitement bien conduit. Les PCR quantitatives du
type TaqMan donnent une notion quantitative qui peut être utile pour suivre l’évolution de la
maladie
* La réponse à ces questions est fonction de l’agent infectieux recherché et de la présentation clinique. A cet égard, le dialogue entre le clinicien et le micro-
biologiste est primordial. Dans ce tableau, les réponses sont fournies à titre d’exemple pour le diagnostic des infections respiratoires basses dues à
Mycoplasma pneumoniae.
d’une hémoculture. Les six PCR restant ont pu toutes liers, ou PCR effectuées sur des échantillons inhabituels
être confirmées par une PCR spécifique pour le germe pour l’agent en question) devrait faire idéalement l’objet
identifié et ciblant un autre gène.9 d’un contact téléphonique préalable.
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