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Renvoi en succession internationale : enjeux et limites

Le document traite de la question de la loi applicable à la succession internationale, illustrée par un arrêt de la Cour de cassation française concernant un homme décédé laissant des biens en France et en Italie. La Cour a reconnu le renvoi de la loi italienne vers la loi française, permettant ainsi d'inclure les biens immobiliers italiens dans le calcul de la réserve héréditaire. Cependant, le mécanisme du renvoi présente des limites et est remis en question par les évolutions du droit européen des successions.

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Renvoi en succession internationale : enjeux et limites

Le document traite de la question de la loi applicable à la succession internationale, illustrée par un arrêt de la Cour de cassation française concernant un homme décédé laissant des biens en France et en Italie. La Cour a reconnu le renvoi de la loi italienne vers la loi française, permettant ainsi d'inclure les biens immobiliers italiens dans le calcul de la réserve héréditaire. Cependant, le mécanisme du renvoi présente des limites et est remis en question par les évolutions du droit européen des successions.

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DROIT INTERNATIONAL PRIVE

SERIGNE MOUSSA NDIAYE


INE : N02179020201
PROMOTION 8
MASTER 1 / SEMESTRE 1
ANNÉE ACADÉMIQUE : 2025-2026

Lorsqu’une personne décède en laissant des biens situés dans plusieurs États, la question
de la loi applicable à la succession se pose avec acuité. C’est dans ce sens qu’on étudie
l’arrêt rendu par la première chambre civile de la cour de cassation le 21 mars 2000.
En l’espèce, un homme de nationalité française, décède en 1983, laissant une veuve et
des enfants issus d’un précédent mariage. Il laisse à sa succession des biens situés en
France et en Italie, et un testament en faveur de son épouse. Les enfants contestent la
validité du partage successoral en invoquant une atteinte à leur réserve héréditaire, en
raison de l’exclusion des immeubles situés en Italie du calcul de la masse successorale. Le
litige porte donc sur la loi applicable à la succession des biens immobiliers italiens et sur
leur inclusion ou non dans le calcul de la réserve.
Le litige débute par une assignation des héritiers réservataires assignent en France pour
faire reconnaître leurs droits. La Cour d’appel de Paris, dans un arrêt du 19 février 1998,
retient que la loi italienne, en tant que lex rei sitae, s’applique aux immeubles situés en Italie.
Elle refuse de les inclure dans la masse successorale soumise à la loi française. Un pourvoi
en cassation est formé contre cette décision, au motif que la loi italienne aurait renvoyé à la
loi nationale du défunt, c’est-à-dire la loi française.
Ainsi, selon la Cour d’Appel, la succession des immeubles situés en Italie est régie
exclusivement par la loi italienne, en application de la règle de conflit française fondée sur
la lex rei sitae. La loi française n’est donc pas applicable à ces biens. Quant aux héritiers
réservataires (requérants), ils considèrent que la loi italienne, bien que compétente en vertu
de la lex rei sitae, renvoie à la loi nationale du défunt (française), ce qui justifie que les
immeubles soient pris en compte dans le calcul de la réserve héréditaire selon la loi
française.
Dès lors la question qui se pose est de savoir : Le mécanisme du renvoi permet-il de faire
prévaloir la loi nationale du défunt sur la lex rei sitae en matière de succession immobilière
internationale, et dans quelles limites cette solution peut-elle être envisagée ?
De ce fait, à la question ainsi posée, la cour de cassation répond par l’affirmative en
cassant l’arrêt d’appel au visa de l’article 3, alinéa 3 du Code civil. Elle reproche à la cour
d’appel de ne pas avoir vérifié si la loi italienne compétente en tant que lex rei sitae renvoyait
à la loi nationale du défunt, en l’occurrence la loi française. Elle affirme que si ce renvoi de
premier degré existe, la loi française doit s’appliquer, y compris pour les immeubles situés
à l’étranger, ce qui permet leur inclusion dans le calcul de la réserve héréditaire.
Pour mieux réponde à la question centrale de cet arrêt, il convient d’étudier d’abord la
reconnaissance du renvoi comme instrument de coordination des lois applicables à la
succession (I), avant d’en analyser les limites et perspectives du renvoi en droit international
privé successoral (II).

I) La reconnaissance du renvoi comme instrument de coordination des lois


applicables à la succession
Le renvoi est reconnu comme vecteur de liaison entre différentes règles de conflits de lois.
Ainsi, la Cour de cassation a consacré le renvoi au premier degré (A), ce qui constitue un
objectif d’unification de la loi successorale en la matière (B).
A) La consécration du renvoi de premier degré par la Cour de cassation
Traditionnellement, la jurisprudence française était réticente à admettre le renvoi en
matière immobilière, du fait du principe de territorialité attaché à la lex rei sitae. En effet,
l’article 3 alinéa 3 du Code civil dispose que « les immeubles, même ceux possédés par
des étrangers, sont régis par la loi française ». Par extension, il est admis que la succession
immobilière est régie par la loi du lieu de situation des biens (lex rei sitae).
Dans l’arrêt du 21 mars 2000, la Cour de cassation rappelle que cette règle s’applique
sauf renvoi prévu par la loi étrangère elle-même. Ainsi, la loi italienne, bien que compétente
ratione loci pour les biens situés en Italie, pouvait renvoyer à la loi nationale du défunt, à
savoir la loi française. Ce faisant, elle admet expressément la possibilité pour la loi étrangère
compétente ratione loci de renvoyer à une autre loi désignée comme plus apte à régir la
succession, notamment la loi personnelle du défunt. C’est ce que l’on appelle le renvoi de
premier degré, qui consiste à appliquer la loi désignée par la loi étrangère normalement
compétente.
Ainsi, si la loi italienne renvoyait à la loi française, celle-ci devait s’appliquer non seulement
aux biens meubles, mais également aux immeubles situés en Italie. Il en résulte un
élargissement du champ d’application de la loi française, renforçant l’unité de la succession.
Cette solution vise à éviter l’application d’une loi étrangère que cette même loi juge
inadaptée, et permet un traitement plus homogène de la succession.
Le renvoi a pour objectif dans ce cas, d’unifier les lois successorales.

B) L’objectif d’unification de la loi successorale par le biais du renvoi


Grâce à l’acceptation du renvoi, la Cour ouvre la possibilité d’une application uniforme de
la loi successorale sur tous les biens successoraux, meubles comme immeubles, sans
distinction géographique.
En effet, l’intérêt majeur de l’admission du renvoi réside dans la rationalisation du régime
successoral international. L’unité de la loi applicable à l’ensemble des biens successoraux
(meubles et immeubles) permet de simplifier le règlement de la succession, d’assurer une
égalité entre les héritiers, et de préserver la réserve héréditaire, qui pourrait être
compromise si certains biens étaient soumis à une loi étrangère moins protectrice.
Dans l’affaire commentée, les héritiers réservataires contestaient l’exclusion des
immeubles italiens du calcul de leur part réservataire. En admettant le renvoi de la loi
italienne vers la loi française, la Cour de cassation leur ouvre la possibilité d’obtenir une part
plus équitable de la succession. Cela permet ainsi de prendre en compte l’ensemble du
patrimoine du défunt pour le calcul de la réserve héréditaire, ce qui renforce la protection
des héritiers réservataires.
Cette décision s’inscrit dans une logique d’équité et d’efficacité, évitant que des enfants
réservataires soient privés de leur part d’héritage en raison de la localisation étrangère d’une
partie des biens.
Cependant, ce mécanisme de renvoi n’est pas unanimement partagé, par les différents
systèmes juridiques, ce qui constitue donc une limite et une possibilité d’évolution dans
l’avenir du droit des successions européens.

II. Les limites et perspectives du mécanisme du renvoi en droit international privé


successoral
Le renvoi bien qu’admis dans les conflits de lois en droit international privé européen de,
connaît des limites et des perspectives, qui s’articule autour d’une solution dépendante de
la loi étrangère (A), et d’une évolution du droit européen des succession (B).
A. Une solution dépendante de la coopération de la loi étrangère
Le principal obstacle au renvoi réside dans le fait qu’il repose sur la volonté de la loi
étrangère elle-même. Autrement dit, pour que le renvoi soit accepté, la loi étrangère (ici,
italienne) doit comporter une disposition qui renvoie à la loi du défunt (française en l’espèce).
Donc mécanisme du renvoi repose sur la volonté de la loi étrangère de désigner une autre
loi comme applicable. Dans l’arrêt du 21 mars 2000, la Cour exigeait que la loi italienne
renvoie expressément à la loi française. Autrement dit, ce n’est pas la France qui impose sa
propre loi, mais elle accepte que la loi étrangère la désigne. C’est ce qui fait que le renvoi
n’est pas automatique, il dépend du contenu de la règle de conflit étrangère.
Cependant, le renvoi n’est pas admis par tous les systèmes de conflits de lois. C’est le
cas par exemple des pays de tradition juridique musulmane, mais aussi de certains états de
tradition anglo-saxonne. Il en est de même pour des pays européens comme la Grèce et la
Hollande. Cette situation rend le mécanisme du renvoi inopérant.
Ainsi, l’efficacité du renvoi est incertaine : il peut être accepté ou refusé selon la conception
que se fait chaque pays du droit international privé. Mais, pour les systèmes juridiques qui
reconnaissent le renvoi, on peut en relever d’une part, ceux qui admettent le renvoi-
délégation, et d’autre part ceux se qui se fondent sur le renvoi-règlement subsidiaire.
Il s’agit donc d’une solution casuistique, qui peut engendrer des résultats aléatoires d’un
pays à l’autre.
Cependant cette technique de renvoi dans le droit des successions européens se tend
vers une évolution.

B. Une technique dépassée par les évolutions du droit européen des successions
Depuis l’adoption du Règlement européen n° 650/2012 du 4 juillet 2012, applicable aux
successions ouvertes après le 17 août 2015 dans les États membres de l’Union européenne
(sauf Danemark et Irlande), la règle du renvoi a été encadrée, voire écartée. Le règlement
consacre en principe l’application de la loi du dernier domicile du défunt à l’ensemble de la
succession (article 21), sans distinction entre biens meubles et immeubles. Il prévoit que le
renvoi n’est accepté que dans certaines conditions limitées (article 34), notamment en
faveur d’États tiers qui l’admettent.
Cependant, si le défunt a choisi la loi de sa nationalité et que cette loi est celle d’un autre
État membre, les parties peuvent convenir que la juridiction de cet autre État membre soit
compétent.
Dès lors, la solution de l’arrêt Ballestrero, bien que novatrice inspirante 2000, car elle a
souligné l’importance du renvoi dans les successions internationales, notamment en
matière immobilière, est aujourd’hui remise en cause ou encadrée dans l’espace juridique
européen. Elle conserve cependant un intérêt pour les successions extra-européennes, ou
dans les pays non soumis au Règlement.
Enfin, plusieurs auteurs (notamment Paul Lagarde) appellent à une disparition du renvoi
en matière successorale, au profit d’un rattachement unique et prévisible, centré sur la
personne du défunt (nationalité ou domicile), afin de garantir la prévisibilité et l’uniformité du
droit applicable.

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