REPUBLIQUE DU CAMEROUN REPUBLIC OF CAMEROON
Paix - Travail - Patrie Peace - Work - Fatherland
******** ********
MINISTÈRE DE MINISTRY OF HIGHER
L’ENSEIGNEMENT EDUCATION
SUPÉRIEUR ********
******** THE UNIVERSITY OF DOUALA
UNIVERSITÉ DE DOUALA ********
******** FACULTY OF LAW AND
FACULTÉ DES SCIENCES POLITICAL SCIENCES
JURIDIQUES ET POLITIQUES
ECOLE DOCTORALE : SCIENCES SOCIALES ET HUMAINES
UNITE DE FORMATION DOCTORALE : DROIT ET SCIENCES POLITIQUES
L’INTERIMAIRE DU PRESIDENT DE LA
REPUBLIQUE EN DROIT CONSTITUTIONNEL
CAMEROUNAIS
Thèse présentée et soutenue publiquement en vue de l’obtention
du doctorat PHD en droit public
Par
M. ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE
Titulaire d’un master en droit public
Sous la direction de :
Directeur Co-directeur
Pr. ABANE ENGOLO PATRICK EDGARD Pr. WANDJI JERÔME FRANCIS
Agrégé de faculté de droit Agrégé de faculté de droit
Professeur titulaire des universités Professeur titulaire des universités
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
AVERTISSEMENT
L’Université de Douala n’entend donner aucune approbation ou improbation aux opinions
émises dans la présente thèse. Ces opinions doivent être considérées comme propres à leur
auteur.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page i
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
DEDICACE
A mes chers parents :
Monsieur MBARGA MANGA Ferdinand Gilbert,
Madame NGATABI ONGUENE Marguerite épse MBARGA
Pour votre amour, votre présence et votre obsession à nous voir réussir.
A ma grande sœur BONVOISIN Julienne Pulchérie
Pour l’indéfectible soutien que tu nous as apporté durant toutes ces années et grâce auquel
nous sommes aujourd’hui entrain de récolter les fruits
A mon fils premier-né
NGATABI ASSIGUENA TEGOU Jean Maximilien
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page ii
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
REMERCIEMENTS
Nos remerciements vont à l’endroit de tous ceux et celles qui nous ont apporté leurs soutiens
dans la réalisation de cette étude. Nous pensons particulièrement :
A nos Directeurs de thèse, Monsieur le Professeur Patrick Edgard ABANE ENGOLO et
Monsieur le Professeur Jérôme Francis WANDJI, pour la rigueur scientifique, l’exceptionnelle
disponibilité, le sens du dévouement au sacerdoce de l’heuristique et l’ensemble des précieux conseils
prodigués sans lesquels ce travail n’aurait pu aboutir. Trouvez ici chers Maîtres l’expression sincère de
notre haute et déférente considération.
A tous les enseignants qui nous ont encadrés et ont été une source de motivation pour nous.
Qu’il nous soit permis de remercier particulièrement : le Professeur Magloire ONDOA, Recteur de
l’Université de Douala, le Professeur Joseph OWONA, le Professeur Alain ONDOA, le
Professeur Marcelin NGUELE ABADA et le Professeur Lionel GUESSELE ISSEME pour le
penchant publiciste stimulé en nous par la qualité de leurs enseignements.
Au docteur TUEKAM TATCHUM Charles pour l’abondante documentation, pour ses
conseils avisés et sa disponibilité dans la réalisation du présent travail.
A tous les ainés académiques et promotionnaires qui, d’une manière ou d’une autre ont permit
la réalisation de ce travail. Nous pensons particulièrement aux docteurs : AMYE ELOUMA Lazare
II, ESSIMI Francis, NZALI Serge, TEMTIA Suzie Esther, BOMBELA MOUSSOUA Ghislain,
ELAT NDAMA Didier Patrice, MBARGA Eugène, AMASSAKA OLOKO Inès, à Messieurs
MBIA MENDAMA Thierry, BELL BELL Luc Réné et madame NGONO OWONA Bernadette
Marina.
A nos frères et sœurs biens aimés qui, par leurs encouragements, assistance et aides précieuses
dans tous les instants de la préparation de ce travail, ont été une motivation pour nous. Nous pensons
spécialement à Messieurs MANGA MBARGA François Cédric, MENYE AMBROISE Kylian,
Mesdames MENDOUGA MBARGA Catherine Christelle, ESSENGUE MBARGA Emmanuelle
Thérèse, FADIMATOU WAJAGA, ZOBO MENYE KELIANE: que le Seigneur vous garde dans
son amour.
A Madame FOUDOUOP DJITSOP Amélie Rana, Messieurs KAMSU Willy et NGANG
Hilarion Kevin, pour avoir été à nos côtés par leur réconfort et leurs encouragements.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page iii
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
SIGLES ET ABREVIATIONS
AAI : Autorité Administrative Indépendante
Al. : Alinéa
AFDC : Association Française de Droit Constitutionnel
Art. : Article
CAMES : Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur
C/ : Contre
CADHP : Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples
CC : Conseil constitutionnel
C.E. : Conseil d’Etat
CEAN : Centre d’Etude d’Afrique Noire
CERCAF : Centre d’Etudes et de Recherches Constitutionnelles, Administratives et
Financières
CERDIP : Centre d’Etudes et de Recherches en Droit et Institutions Politiques
Cf. : Confère
Chap. : Chapitre
CIJ : Cour Internationale de Justice
CNDHL : Commission Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés
CODESRIA : Conseil pour le Développement de la Recherche en Sciences sociales
Coll. : Collection
Dir. : Sous la direction de…
DUDH : Déclaration Universelle des Droits de l’Homme
Ed. : Editions
ELECAM : Elections Cameroon
FSJP : Faculté des Sciences Juridiques et Politiques
GAJA: Grands Arrêts de la Jurisprudence Administrative
Idem : Du même auteur, à la même page
JCP : Juris-Classeur périodique
Jus Politicum: Revue internationale de science politique
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page iv
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
LGDJ : Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence
M. : Monsieur
MINAT : Ministère de l’Administration Territoriale
N° : Numéro
ONU : Organisation des Nations Unies
[Link]. : Operecitato ou Opus Citatum (comme précédemment cité)
P. : Page
PP. : De la page X, à la page Y
Penant: Revue trimestrielle de droit africain
Pouvoirs : Revue française d’études constitutionnelles et politiques
Polis : Revue camerounaise de science politique
PUF : Presses Universitaires de France
RADP : Revue Africaine de Droit Public
RADSP : Revue Africaine de droit et de science politique
RASJ : Revue Africaine des Sciences Juridiques
RASJP : Revue Africaine des Sciences Juridiques et Politiques
RASPOS : Revue Africaine de Science Politique et Sociale
RFDC : Revue Française de Droit Constitutionnel
RIDC : Revue Internationale de Droit Constitutionnel
RIDSP : Revue Internationale de Droit et de Science Politique
RIPAS : Revue des institutions politiques et administratives du Sénégal
RDP : Revue du droit public et de Science politique en France et à l’étranger
RDPC : Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais
RFDC : Revue Française de Droit Constitutionnel
RJA : Revue Juridique Africaine
RRC : Revue de Réflexion Constitutionnelle
Suiv. : Suivant
SDF : Social Démocratic Front
Spéc. : Spécialement
T. : Tome
Trad. : Traduction
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page v
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
UCAC : Université Catholique d’Afrique Centrale
UPC : Union des Populations du Cameroun
V. : Voir
Vol. : Volume
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page vi
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
RESUME
L’Afrique subsaharienne est, ces dernières années le théâtre d’une kyrielle de
tribulations sociopolitiques dues à la question de transition à la chaise présidentielle. En ce
sens, l’observation des remous découlant des questions de transition au sommet de l’Etat
révèle une certaine lacune des dispositifs constitutionnels à aplanir le terrain pour la
continuité de la fonction présidentielle en cas de vacance du poste de Président de la
République. Ainsi, l’idée d’intérim du Président de la République se pose comme panacée
aux fins d’assurer la continuité de l’Etat et d’organiser la dévolution du pouvoir au nouveau
Président démocratiquement élu à l’occasion d’une élection présidentielle anticipée. Au
Cameroun comme dans la quasi-totalité des Etats africains, cette transition est conduite par
une autorité appelée « Intérimaire ».
L’intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
n’est pas qu’une simple théorie de remplacement du Président de la République
définitivement empêché. Bien plus encore, il s’agit d’une solution constitutionnelle
spécifique, traductrice de la stabilité et de la sécurité juridiquo-institutionnelle de l’Etat. Il est
à noter que malgré la rareté des situations factuelles ouvrant la voie à l’exercice intérimaire de
la fonction présidentielle, la norme constitutionnelle camerounaise demeure constante sur la
recherche d’un cadre institutionnel idoine d’encadrement de la fonction de Président de la
République par intérim. De ce fait, l’analyse axée sur la question de la spécificité de
l’intérimaire du Président de la République au Cameroun offre un espace d’exploration à
partir des modalités d’accession de ce dernier à la magistrature suprême et de la mission qui
lui est expressément confié, celle de gérer la transition. De l’examen combiné de ces deux
axes, il ressort que l’intérimaire du Président de la République au Cameroun a un statut
ambigu.
Mots clés : Intérimaire, continuité de l’Etat, Constitution, transition politique
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page vii
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
ABSTRACT
In recent years, sub-Saharan Africa has been the scene of a host of socio-political
tribulations due to the question of transition to the presidential chair. In this respect,
observation of the upheavals arising from questions of transition at the top of the State reveals
a certain lack of constitutional provisions to smooth the way for the continuity of the
presidential function in the event of a vacancy in the office of President of the Republic. Thus,
the idea of an interim President of the Republic is seen as a panacea for ensuring the
continuity of the State and organizing the devolution of power to the new democratically
elected President in an early presidential election. In Cameroon, as in almost all African
countries, this transition is led by an authority known as the "Interim".
In Cameroonian constitutional law, the interim President of the Republic is not
simply a theory for replacing a President of the Republic who is definitively unable to act.
Rather, it is a specific constitutional solution, reflecting the stability and legal-institutional
security of the State. It should be noted that, despite the rarity of factual situations opening the
way to the interim exercise of the presidential office, Cameroon's constitutional standard
remains constant in the search for an appropriate institutional framework for the function of
interim President of the Republic. As a result, an analysis focusing on the specific nature of
the interim President of the Republic in Cameroon provides an opportunity to explore the
modalities of the latter's accession to the supreme magistracy and the mission expressly
entrusted to him, that of managing the transition. A combined examination of these two axes
reveals that the interim President of the Republic in Cameroon has an ambiguous status.
Key words: Temporary worker, continuity of the state, Constitution, political
transition
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page viii
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
SOMMAIRE
INTRODUCTION GENERALE ................................................................................................................................................... 1
PREMIERE PARTIE : ................................................................................................................................................................ 42
UN PRESIDENT DE CIRCONSTANCE ................................................................................................................................... 42
TITRE I : L’ACCESSION ACCIDENTELLE A LA FONCTION PRESIDENTIELLE : LA VACANCE DU POUVOIR
........................................................................................................................................................................................................ 44
CHAPITRE I : LA VARIABILITE DES MOBILES DE LA VACANCE DU POUVOIR PRESIDENTIEL AU
CAMEROUN ................................................................................................................................................................................ 48
Section I : Le Mobile vécu : La démission ................................................................................................................................ 49
Section II : Les mobiles prévus ................................................................................................................................................. 72
CHAPITRE II :LA NECESSITE DU CONSTAT DE LA VACANCE DU POUVOIR PRESIDENTIEL ......................... 102
Section I : Les modalités de constatation de la vacance .......................................................................................................... 103
Section II : L’office du juge dans la constatation de la vacance du pouvoir présidentiel ......................................................... 121
TITRE II : L’ACCESSION CONDITIONNEE A LA FONCTION PRESIDENTIELLE : L’INVESTITURE DE
L’INTERIMAIRE ...................................................................................................................................................................... 142
CHAPITRE I : LE CHOIX PREALABLE DE L’INTERIMAIRE........................................................................................ 144
Section I : La diversité des choix marginaux ........................................................................................................................... 145
Section II : les choix privilégiés .............................................................................................................................................. 162
CHAPITRE II : LE REGIME DE L’INVESTITURE ............................................................................................................ 179
Section I : la procédure d’investiture de l’intérimaire.............................................................................................................. 180
Section II : les effets de l’investiture : l’octroi de la stature présidentielle .............................................................................. 193
SECONDE PARTIE : UN PRESIDENT DE TRANSITION .................................................................................................. 215
TITRE I : UN GARANT EXCEPTIONNEL DE LA CONTINUITE DE L’ETAT .............................................................. 218
CHAPITRE I : UN GARANT DE LA CONTINUITE DE L’ETAT PAR L’EXPEDITION DES AFFAIRES
COURANTES ............................................................................................................................................................................. 222
SECTION I : La construction de la notion d’affaire courante : l’évolution d’une règle non écrite.......................................... 223
Section II : le contenu de la notion d’affaire courante ............................................................................................................. 240
CHAPITRE II : LA CIRCONSCRIPTION ATYPIQUE DES COMPETENCES DE L’INTERIMAIRE......................... 258
Section I : La nomenclature des restrictions ............................................................................................................................ 259
Section II : L’étendue des compétences de l’intérimaire ......................................................................................................... 283
TITRE II : UN COMPTABLE DE L’ORGANISATION DE L’ELECTION PRESIDENTIELLE ANTICIPEE ............. 309
CHAPITRE I : L’EDIFICATION D’UN CADRE FAVORABLE A L’ORANISATION DE L’ELETION
PRESIDENTIELLE ANTICIPEE ............................................................................................................................................ 312
Section I : La mise en œuvre d’un cadre sociopolitique adéquat ............................................................................................. 313
Section II : La création ou le maintien d’un cadre juridico-institutionnel favorable ................................................................ 330
CHAPITRE II : L’OPERATIONNALISATION DE L’ELECTION PRESIDENTIELLE ANTICIPEE COMME GAGE
DE DEVOLUTION DEMOCRATIQUE DU POUVOIR PRESIDENTIEL ......................................................................... 356
Section I : l’organisation des élections pluralistes comme mécanisme démocratique de dévolution du pouvoir présidentiel . 357
Section II : La fin du mandat de l’intérimaire .......................................................................................................................... 382
CONCLUSION GENERALE .................................................................................................................................................... 401
ANNEXES ................................................................................................................................................................................... 455
BIBLIOGRAPHIE ..................................................................................................................................................................... 407
TABLE DES MATIERES .......................................................................................................................................................... 441
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page ix
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
INTRODUCTION GENERALE
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 1
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
« Le roi est mort, vive le roi »disait-on sous la monarchie absolue1 pour exprimer en
quelque sorte le fonctionnement ininterrompu du pouvoir exécutif dans une société, malgré
l’indisponibilité ou l’incapacité du souverain. Cette continuité est davantage exprimée par
BOSSUET dans sa « Politique tirée des propres paroles de l’Ecriture sainte », lorsqu’il
déclare : « Ô princes, vous mourrez, mais votre Etat doit être immortel ».
Dans les sociétés contemporaines, le président élu exerce ses hautes fonctions
présidentielles pendant toute la durée constitutionnelle de son mandat. Cependant, il est
constant que durant ce mandat, il peut arriver que ce dernier soit dans l’incapacité de
continuer temporairement ou définitivement l’exercice de ses fonctions.
Cette situation n’est pas étrangère dans l’environnement sociopolitique, voire
institutionnel africain ; l’on pourrait même dire qu’elle y est très récurrente et constitue une
source de frayeur et de bouleversement au sein de l’ensemble de la classe politique. En effet,
ce constat tire sa raison d’être d’une actualité africaine assez riche en enseignements sur cette
question. On a observé, non pour s’en réjouir, mais trop souvent pour le regretter, au cours
des trois premières décennies de ce siècle sur le continent noir, une illustration saisissante de
la fréquence des mandats présidentiels interrompus et leur impact sur la stabilisation des Etats
en perpétuelle crise sociopolitique voire économique. A titre d’exemple, on peut mentionner
en Afrique francophone la Tunisie et le Burkina Faso2 où les Présidents BEN ALI en 2011 et
BLAISE COMPAORE en 2014 ont été contraints de démissionner sous l’impulsion d’une
exigence un changement radical de régime chez le premier et d’un mouvement insurrectionnel
1
La formule est prononcée pour la première fois aux obsèques de Louis XII en 1515. Au préalable, l’effigie du
roi mort était placée à côté de son cercueil jusqu’à l’apparition de son successeur ; d’où la théorie des deux corps
du roi, naturel et politique (E. Kantorowicz), car le roi ne meurt pas.
2
Il est important de préciser, en ce qui concerne le Burkina Faso que, le 16 septembre 2015, c’est-à-dire moins
d’un mois avant le dénouement de la transition initiée depuis novembre 2014, qui devait durer un an selon les
prescriptions de la Charte de la transition et que les autorités de la transition s’attelaient à s’y conformer pour
assurer une transition pacifique conforme aux aspirations du peuple, la situation connaitra un rebondissement
malheureux. Celui-ci interviendra lorsque le Général Gilbert DIENDERE, patron du Régiment de Sécurité
Présidentiel (RSP), faction de l’armée constituée d’environ 1800 soldats suréquipés et hautement formés, très
proche du Président déchu Blaise COMPAORE s’empara du pouvoir par un coup de force. En effet, alors que le
gouvernement intérimaire conduit par le Président Michel KAFANDO et le Premier Ministre Isaac ZIDA
siégeaient en Conseil de ministre, les éléments du RSP firent irruption dans la salle et prenaient en otage les deux
membres de l’exécutif de transition précités ainsi que certains membres du gouvernement, plongeant ainsi le
pays dans l’incertitude et la psychose généralisée. S’autoproclamant nouvel homme fort du pays, le Général
DIENDERE ordonna la dissolution de toutes les institutions de la transition, créa un Conseil National pour la
Démocratie (CND) dont l’objectif était de pacifier le pays par le truchement de l‘organisation d’élections
inclusives.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 2
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
et révolutionnaire chez le second. De même, en République Centrafricaine et au Mali, un coup
d‘Etat renverse respectivement les Présidents BOZIZE en 2013 et TOUMANI TOURE en
2012. Le Togo, le Gabon et le Burundi quant à eux ont vu le décès successif des Présidents
GNASSINGBE EYADEMA en 2005, OMAR BONGO ONDIMBA en 2009 et PIERRE
NKURUNZIZA en 2020. Cependant dans ce dernier cas, saisi d’une requête par le Conseil
des Ministres, la Cour constitutionnelle du Burundi a refusé d’ouvrir une période d’intérim.
Elle a justifié cette décision par le fait que le peuple avait déjà élu le successeur du défunt
président et n’attendait plus que son installation. La cour a donc préconisé l’accélération de
cette installation plutôt que d’ouvrir une période de vacance en affirmant que « le Président
élu, Evariste Ndayishimiye, doit prêter serment le plus rapidement possible »3. Dans
d’autres pays, la vacance est causée par une destitution parlementaire, comme ce fut le cas à
Madagascar où le Président Albert ZAFY avait été destitué par le Parlement pour violation de
la Constitution en 2009.
Au cours de cette décennie qui commence (la troisième décennie du 21e siècle),
l’Afrique noire a de nouveau été le théâtre de nombreuses interruptions de mandats
présidentiels, on peut ainsi mentionner le coup d’Etat du 18 août 2020 au Mali perpétré par le
capitaine Assimi GOÏTA contre le président Ibrahim BOUBAKAR KEITA ; le coup d’Etat
constitutionnel au Tchad le 19 avril 2021 consécutif à l’assassinat du maréchal Idriss DEBY
ITNO4 ; le coup d’Etat en Guinée Conakry le 05 septembre 2021 contre le Président Alpha
CONDE5 et enfin le récent putsch au Burkina Faso contre le régime du président Roch Marc
Christian KABORE.
Néanmoins, cette situation de vide institutionnel est règlementée par le constituant.
Toutes les Constitutions africaines prévoient et aménagent la vacance au sommet de l’Etat6.
3
Arrêt RCCB du 12 juin 2020.
4
Réélu à la magistrature suprême avec un pourcentage de 79,32% au cours de l’élection présidentielle du 11
avril 2021, le maréchal IDRISS DEBY ITNO, au pouvoir depuis 30 ans au Tchad, sera assassiné quelques jours
plus tard, précisément le 20 avril de la même année de suite de blessure reçues alors qu’il commandait son armée
contre des rebelles dans le nord du pays. Il sera immédiatement succédé par son fils le générale MAHAMAT
DEBY ITNO.
5
Réélu Président de la République pour un troisième mandat le 24 octobre 2020, ALPHA CONDE sera renversé
le 5 septembre 2021 par un coup d’état militaire, mené par le colonel MAMADY DOUMBOUYA actuel
président de transition.
6
Voir article 6(4) de loi constitutionnelle du 18 janvier 1996 au Cameroun ; article 50 de la n°90-32 du 11
décembre 1990 portant constitution de la République du Benin Etc.…
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 3
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Cet aménagement est en réalité le passage obligatoire d’une conception personnelle à une
conception institutionnelle du pouvoir politique en Afrique. D’ailleurs, le Professeur
BIPOUN-WOUM se demandait « dans quelle mesure le véritable problème national dans la
plupart des pays africains ne sera précisément de passer de la prépondérance de l’homme à
la prépondérance de l’institution(…) ? »7
En effet, l’idée d’une perte du pouvoir du Président de la République a longtemps été
considérée comme un tabou constitutionnel8, c’est-à-dire relève de l’« innomé », de l’«
impensé », de l’« indiscuté» ou encore de l’« indélibéré». En d’autres termes, il s’agissait
d’un sujet constitutionnel qu’il était interdit d’évoquer ou qu’il était préférable de ne pas
[Link], la position institutionnelle du détenteur du pouvoir présidentiel sur le
continent depuis les indépendances n’a pas toujours milité en faveur de l’acceptation de la
possibilité d’une interruption, volontaire ou non de la magistrature suprême.
Une telle hostilité se justifiait par la personnalisation du pouvoir. En réalité, les
exigences de développement et de construction de l’unité nationale qui prévalaient au début
des indépendances en Afrique légitimaient les régimes « autoritaires»9. Le pouvoir
présidentiel ici était absolu et hostile à toute tentative de limitation ou de concurrence. Le
Professeur Gérard CONAC pense d’ailleurs que « très rapidement, en effet, les régimes
politiques des nouveaux Etats d’Afrique francophone se sont personnalisés et hiérarchisés
sous l’autorité suprême d’un Chef d’Etat inamovible »10. Abondant dans le même sens, Le
Professeur Maurice KAMTO, reconnait qu’en Afrique, la « réalité de l’ancien régime
révélait la sacralisation et la personnalisation du pouvoir que côtoyaient le monopartisme,
7
BIPOUN-WOUM (J. M.), « Les grands axes de la politique africaine », Présence Africaine, n°spécial intitulé «
Réflexions sur la première décennie des indépendances en Afrique noire », 1970, p. 1 cité par TUEKAM
TATCHUM (C.), L’intérim du Président de la République dans le nouveau constitutionnalisme des Etats
d’Afrique d’expression française, Thèse de Doctorat/PhD en droit public, Université de Dschang, juin 2015.
8
JEAN DU BOIS DE GAUDUSSON, « Les tabous du constitutionnalisme en Afrique, introduction
thématique », in Afrique contemporaine, 2012, n° 242, pages 53 à 58.
9
CONAC (G.), « Quelques réflexions sur le nouveau constitutionnalisme africain », in Rapport Général
Introductif du Symposium international de Bamako, pp. 26-32, spéc., p. 27 ; voir aussi GICQUEL (J.), « Le
présidentialisme négro-africain : l’exemple camerounais », in Le pouvoir, Mélanges offerts à Georges
BURDEAU, Paris, LGDJ, 1977, pp. 701-735.
10
CONAC (G.), « Quelques réflexions sur le nouveau constitutionnalisme africain », Op. cit.,p. 27.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 4
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
l’unanimisme et le mépris des droits de l’Homme»11. Les dirigeants de l’époque assuraient
alors un certain « continuisme»12 et la voie royale pour y parvenir était « le souverainisme
qui ne reconnait aucune limite juridique et politique à l’exercice du pouvoir souverain dans
l’Etat »13
Les dirigeants de cette époque, considérés comme les « pères de la nation» se
comportaient comme si l’Etat se confondait à leur personne et que leur disparition entrainerait
de ce faitcelle de l’institution. Dans cette mouvance, toute idée de succession non maîtrisée
par le Chef n’était pas envisageable, car ce dernier se présentait « toujours comme un leader
inamovible ayant vocation à diriger le pays jusqu’à sa mort »14. Ainsi, le modèle de
succession juridiquement consacré qui était alors appliqué était celui que la doctrine
constitutionnelle a qualifié de « Dauphinat »15 ; il s’agit d’un mode de succession propre aux
monarchies héréditaires et qui impliquait la volonté du Président de la République dans la
dévolution du pouvoir.
Cette conception du pouvoir qui était personnalisée avec une certaine « divination »
des dirigeants va connaitre son déclin avec les mouvements de démocratisation des sociétés
Africaines dans les années 1990, consécutifs à la chute du mur de Berlin et au triomphe de la
11
KAMTO (M.), Pouvoir et droit en Afrique noire. Essai sur les fondements du constitutionnalisme dans les
Etats d’Afrique noire francophone, Paris, LGDJ, 1987, p. 327 cité par TUEKAM TATCHUM (C.), L’intérim du
Président de la République dans le nouveau constitutionnalisme des Etats d’Afrique d’expression française,
[Link], p.4.
12
Ce concept a été défini par le Professeur El Hadj MBODJ comme « le continuisme est une technique de
gouvernement caractéristique des régimes latino-américains. Il s’exprime par un changement apparent du
détenteur du pouvoir présidentiel dans le cadre du maintien de l’oligarchie gouvernante ou d’un leader qui,
dans l’ombre, exerce le pouvoir réel en tirant les ficelles du jeu. Le continuisme est un moyen détourné de
perpétuation au pouvoir des anciens Chefs d’Etats. Il trouve son fondement dans des stratégies mises en œuvre
pour détourner la règle de la non- réélection définitive ou immédiate instituée dans certains régimes », cf. EL
HADJ MBODJ, La succession du Chef de l’Etat en droit constitutionnel africain (Analyse juridique et impact
politique), Thèse de Doctorat d’Etat, Université Cheikh Anta DIOP de Dakar, Faculté de Sciences Juridiques et
Economiques, 1991, p. 440.
13
MOUANGUE KOBILA (J.), « Peut-on parler d‘un reflux du constitutionnalisme au Cameroun ? », RASJP,
vol.6, n°1, 2009, pp. 267-306, spéc., p. 269.
14
DOUNKENG ZELE (C.), « Conjoncture de libéralisation politique et profanation de l‘ordre dirigeant en
Afrique », RDSP, n°51, juillet-août-septembre 2002, pp. 69-79, spéc., p. 74.
15
Lire, KAMTO (M.), « Le dauphin constitutionnel dans les régimes politiques africains (les cas du Cameroun
et du Sénégal) », article précité, pp. 256-283 ; SINDJOUN (L.), « Le Président de la République au Cameroun
(1982-1996) : Les acteurs et leur rôle dans le jeu politique », CEAN, Institut d‘Etudes Politiques de Bordeaux,
1996, pp. 3-52 ; lire également NJOYA (J.), « Succession constitutionnelle en Afrique, idée républicaine et
retour au dauphinat : parenté et politique en imbrication », RASJ, n°1, vol.7, 2010, pp. 201-218, spéc., pp. 209 et
ss.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 5
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
conception occidentale de la démocratie, plus libérale. Cette poussée démocratique va
favoriser le passage d’une conception personnelle à une conception institutionnelle du
pouvoir politique. Pour cette dernière, le pouvoir « précède les hommes et les transcende »16.
Le pouvoir dans l’Etat n’est donc plus attaché à la personne qui l’exerce, mais à l’institution
au nom duquel elle l’exerce. Une institution peut être appréhendée comme « une unité stable
et permanente, qui ne perd pas nécessairement son identité à la suite de mutations
intervenues dans tel ou tel de ses éléments : les personnes qui en font partie, son
patrimoine, ses moyens, ses intérêts, ses bénéficiaires, ses règles »17. Allant dans la même
logique, le doyen Maurice HAURIOU assimile l’institution à « une idée d’œuvre ou
d’entreprise qui se réalise et dure juridiquement dans le milieu social (…)»18. In fine, le
pouvoir est dit institutionnalisé lorsqu'il est dissocié, séparé de la personne qui l’exerce.
Cette institutionnalisation du pouvoir politique sera adoptée dans tous les Etats
d’Afrique noire, et particulièrement par le constituant Camerounais qui va consacrer les
mécanismes démocratiques de gestion des situations de vide au sommet de l’Etat. Ainsi, avec
le silence et l’absence médiatique prolongée du Président de la République Paul Biya19, au
regard de son âge avancé et de son état de santé alors considérablement détérioré, il s’est
développé dans l’imaginaire populaire une incapacité, peut être temporaire, mais surtout
définitive ou permanente du Président de la République à exercer ses fonctions, au-delà, à
aller jusqu’au bout de son mandat nouvellement commencé20. Ces allégations d’incapacité du
Président de la République, bien qu’ayant été démenties, auraient pu créer une situation de
vide institutionnel et donné lieu à une de vacance au sommet de l’Etat. Depuis la loi
constitutionnelle du 18 janvier 1996, la formule adoptée par le constituant pour régir cette
situation de vacance est l’intérim, au détriment des autres modèles proches ou propre aux
régimes monarchiques.
16
TUEKAM TATCHUM (C)., L’intérim du Président de la République dans le nouveau constitutionnalisme des
Etats d’Afrique d’expression française, [Link], p.5.
17
SANTI ROMANO, L’ordre juridique, Paris, Dalloz, 1975, p. 38.
18
HAURIOU (M.), « La théorie de l’institution et de la fondation. Essai de vitalisme social », in Aux sources du
droit : le pouvoir, l’ordre et la liberté, Cahiers de la Nouvelle Journée, n°23, 1925, p. 96.
19
Il s’agit de la période allant de fin 2019 jusqu’à mi 2020, période au cours de laquelle le pays faisait face à la
crise sanitaire liée à la pandémie de corona virus et où les apparitions médiatiques du Président de la République
étaient rares et des soupçons liés à la détérioration de sa santé alimentaire un probable décès de celui-ci.
20
Par le biais de l’élection présidentielle du 07 octobre 2018, le Président Paul Biya avait été porté pour un autre
mandat à la magistrature suprême et a prêté serment le 06 novembre de la même année.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 6
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Durant la période de l’intérim, l’Etat et surtout le pouvoir exécutif doit continuer de
fonctionner jusqu’à l’élection d’un nouveau Président. Pour ce faire, le Président de la
République dans l’incapacité d’exercer ses missions est remplacé par une personnalité
publique, désignée par la constitution selon un ordre de préséance. Cette personnalité devient
l’intérimaire.
Entreprendre une étude sur « L’Intérimaire du Président de la République en droit
constitutionnel Camerounais » parait indispensable dans la mesure où elle permet
d’apprécier non seulement le cadre normatif de cette importante et délicate période de la vie
d’une nation, mais aussi et surtout la pratique de ce que l’on pourrait appeler dans cette
situation le constitutionnalisme de crise, car en général, la vacance à la tête de l’Etat en
Afrique débouche sur des crises constitutionnelles et institutionnelles. Ainsi, pour le
traitement de ce sujet, il parait opportun de situer d’une part le cadre de l’étude (section I), et
d’autre part son objet et les méthodes retenues pour conduire cette analyse (section II).
Section I : le cadre de l’étude
L’examen du cadre d’étude permet d’établir une délimitation du champ de la
réflexion. Cette opération a pour but « d’éviter les débordements vers lesquels peut entrainer
le thème »21.
Le sujet intitulé « l’Intérimaire du Président de la République en droit
constitutionnel Camerounais » impose pour son traitement qu’il soit analysé tour à tour le
cadre contextuel (paragraphe I) et le cadre notionnel (paragraphe II) de la présente étude.
Paragraphe I : le cadre contextuel
La présente analyse s’inscrit dans un double contexte, selon qu’on se situe dans le
temps (B) ou dans l’espace géographique de l’étude (A). Ce contexte permet de délimiter et
d’établir clairement le champ de la recherche.
21
ONDOA (M.), Le droit de la responsabilité publique dans les Etats en développement : contribution à l’étude
de l’originalité des droits africains, Thèse d’Etat, université de Yaoundé II 1996, tome 1 p.4.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 7
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
A. Le contexte spatial ou géographique
Comme indiqué dans l’intitulé du sujet, l’espace géographique de la présente
recherche est le Cameroun. Le sujet nous semble plus intéressant à traiter dans ce cadre moins
global pour un certain nombre de raisons essentielles, même s’il est vrai qu’aucun Etat ni
région de l’Afrique n’est épargnée par la question de l’intérim, et partant de l’intérimaire.
Pour DAOUDA DIA, une étude intégrant « l’ensemble africain est non seulement
très vaste mais également très complexe car l’Afrique est en effet composée de sous-
ensembles ayant des différences non négligeables »22. Il poursuit d’ailleurs avec raison en
observant que « les Etats africains ont subi des influences de dominations et de libérations
différentes qui ont fortement marqué leurs structures institutionnelles et politiques
puisqu’à la démarcation linguistique entre les pays, se superpose une diversité quant aux
pratiques politiques en cours dans ces Etats»23. L’Afrique est donc en conclusion « loin
d’être un continent homogène et toute généralisation tourne à la caricature».24
C’est au regard de ces considérations que, dans le cadre de la présente recherche, nous
n’avons pas voulu mettre en relief la dimension régionale ou sous régionale, mais plutôt
nationale, caractéristique d’une certaine singularité de l’environnement juridico-institutionnel
du Cameroun. En effet, le Cameroun est un Etat d’Afrique noire d’expression francophone, il
est membre de la sous-région Afrique Centrale. Le choix de cet espace géographique a été
guidé par des considérations d’ordre pratique et juridique.
Au plan pratique, nous avons opté pour cette étude au Cameroun parce que la question
fait débat en raison de la particulière longévité au pouvoir du Président de la République.
L’objectif ici est de juger de l’efficacité des mécanismes de gestion du vide au sommet de
l’Etat à travers une analyse systémique qui permettrait de mieux saisir l’écart entre le normatif
et l’empirique sur la question.
22
DIA (D.), Les dynamiques de démocratisation en Afrique noire francophone, Thèse de Doctorat en Science
Politique, Université Jean Moulin Lyon 3, mai 2010, p. 23.
23
Idem.
24
BIGO (D.), « Justice et pouvoir en Afrique au Sud du Sahara », in Afrique contemporaine, n° 156, numéro
spécial, octobre1990, p. 166 cité par DIA (D.), Les dynamiques de démocratisation en Afrique noire
francophone, Thèse précitée, p. 23.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 8
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Au plan juridique, il est évident que tous les constituants en Afrique ont compris que
les hommes passent mais les institutions demeurent. Ainsi, le Président de la République par
intérim encore appelé intérimaire est une institution juridiquement prévue et organisée dans
les Constitutions. Cependant, en fonction des réalités et des spécificités des systèmes
politiques, la règlementation de l’intérimaire varie suivant chaque pays et présente des
originalités qui sont révélatrices d’importantes différences au niveau de leur rédaction. Cette
réalité justifie alors le choix singulier du Cameroun comme espace géographique de notre
recherche.
B. Le contexte temporel
« Quand on évoque des questions contemporaines il faut se fixer une limite»25. Ces
propos de NEUSTADT nous invitent à établir le cadre temporel de notre analyse. Le repère
temporel retenu pour traiter de l’intérimaire au Cameroun couvre la période allant de
l’indépendance de ce pays à ce jour. Il s’agit donc d’examiner l’ensemble du droit
constitutionnel Camerounais relatif à cette question depuis le premier cycle constitutionnel,
consécutif aux indépendances, jusqu’au troisième cycle correspondant au nouveau
constitutionnalisme en Afrique ou constitutionnalisme libéral, qui est généralement situé aux
environs des années 1990, en passant par le second cycle constitutionnel marqué par les
régimes autocratiques.
En effet, avant le vent libéral et démocratique qui a soufflé sur le continent,
notamment au lendemain des indépendances, la gestion de la vacance du pouvoir présidentiel
faisait l’objet d’une consécration ambivalente. Si la constitution fédérale de 1961 et sa
devancière de 1960 ont opté pour une logique d’intérim pour la gestion de la vacance du
pouvoir présidentiel, la constitution unitaire de 1972 pour sa part privilégiait la logique néo-
patrimoniale, que la doctrine a qualifié de dauphinat constitutionnel. Elle était la conséquence
de la personnification du pouvoir. Cette technique de gestion de la vacance n’était marquée
d’aucune neutralité ni de légitimité et n’avait aucun caractère provisoire et transitoire. Ce
25
NEUSTADT (D.), Les pouvoirs de la Maison blanche, Paris, Economica, 1980, p. 29. Cité par TUEKAM
TATCHUM (C)., L’intérim du Président de la République dans le nouveau constitutionnalisme des Etats
d’Afrique d’expression française, Thèse précité, p.32.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 9
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
modèle référentiel de l’époque sera remis en cause avec l’avènement du constitutionnalisme
libéral sur le continent.
Le Cameroun n’a pas échappé à ce vent de démocratisation qui a apporté des
changements sociopolitiques majeurs sur le continent. Dans ce pays, cette libéralisation s’est
concrétisée dans la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996. Depuis cette date, les règles
relatives au Président de la République par intérim ont été profondément toilettées nonobstant
leur faible ancrage dans la pratique.
La délimitation du cadre spatio-temporelle du champ de notre recherche est un signe
annonciateur de la délimitation du cadre conceptuel de la présente thématique.
Paragraphe II : le cadre notionnel
Le cadre notionnel consiste « à borner, limiter et préciser les frontières notionnelles
du travail »26. Elle permet la clarification terminologique qui a pour but de préciser,
d’éclairer, de définir, ou d’expliquer les notions clés du sujet à traiter, afin d’éviter toute
confusion malheureuse. Dans le cadre de la présente recherche, nous avons fait le choix de
parler de notions plutôt que de concepts, car bien que les deux termes semblent souvent
identiques, il n’en demeure pas moins vrai qu’ils renvoient à des réalités divergentes.
Selon le Professeur DEROSIER Jean-Philippe, « concept» et « notion», même s’ils se
rapprochent souvent à certains égards, se distinguent objectivement27. Un concept désigne une
idée abstraite aboutissant à une représentation générale d’un phénomène28. Les concepts sont
donc « compris comme des représentations ou comme des formes de médiation, ils se
distinguent de l’intuition sensible, concrète et singulière, par leur caractère abstrait et
universel »29. Pour le Professeur Paul AMSELEK, « le concept correspond à la
représentation intellectuelle des lignes essentielles, des contours typiques qui forment la
26
ONDOA (M), Le droit de la responsabilité publique dans les Etats en développement : contribution à l’étude
de l’originalité des droits africains, Thèse de doctorat, Université de Yaoundé II, 1996, Tome I, cité par
MONEMBOU (C.), La séparation des pouvoirs dans le constitutionnalisme camerounais: Contribution à l’étude
de l’évolution constitutionnelle, Thèse de doctorat, université de Yaoundé II, 2011, p.19.
27
DEROSIER (J.P.), « Enquête sur la limite constitutionnelle : du concept à la notion », RFDC, 2008/4, n° 76,
pp. 785-795, spéc., p. 787.
28
STOCKINGER (P.), « Concept », in André-Jean Arnaud (dir.),Dictionnaire encyclopédique de théorie et de
sociologie du droit, 2e édition, Paris, LGDJ, 1993, p. 87. Cité par J-P. DEROSIER, article précité, p. 787.
29
LADRIERE (J.), « Concept », in EncyclopaediaUniversalis, Paris, 2002, vol. 6.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 10
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
constitution fondamentale d’une chose »30. La notion, quant à elle, s’apparente « à la
représentation du concept, sa transcription effective dans un domaine précis »31. Dans le
domaine particulier des sciences juridiques, la notion « est la mise en œuvre normative d’un
concept, son existence en droit positif, dans un domaine juridique particulier »32.
Il paraît dès lors opportun, voire important de préciser le sens des notions clés telles
que : Intérimaire (A), Président de la République (B), et enfin de droit constitutionnel
camerounais (C).
A. La notion d’Intérimaire
Après avoir examiné la notion d’Intérimaire (1), il sera question, afin de dissiper certaines
confusions langagières de la distinguer des notions voisines en l’occurrence le régent, le
dauphin, le délégataire et le suppléant (2).
1. L’examen de la notion d’Intérimaire
L’Intérimaire ne saurait se concevoir en marge ou en dehors d’une situation
d’intérim. C’est pourquoi il serait plus indiqué de procéder au préalable à la clarification de la
notion d’intérim (a), avant d’entrer en profondeur sur ce qu’est l’intérimaire (b).
a. La définition de l’intérim
L’intérim apparait de plus en plus comme le mode de succession provisoire le plus
rependue en Afrique, cela pourrait se justifier par le fait qu’il est celui qui se rapproche le plus
des procédés démocratiques d’accession au pouvoir, car en général, il est assuré par des
personnalités ayant une légitimité populaire.
30
AMSELEK (P.), « Norme et loi », in Archives de philosophie du droit, n° 25, « La loi », Paris, Sirey, 1980, p.
95 Sur le concept de concept, lire également André LALANDE, « Concept », in Vocabulaire technique et
critique de la philosophie, 5e édition, Paris, PUF, coll. Quadrige, 1992, vol. 1, pp. 160-161. Cité par DEROSIER
(J-P.), article précité, p. 788.
31
DEROSIER (J.P.), « Enquête sur la limite constitutionnelle : du concept à la notion », [Link]., p. 788.
32
Idem.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 11
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Afin de mieux comprendre cette notion, il convient de trouver une définition qui « ne
sera ni vraie ni fausse, mais seulement opératoire pour un problème spécifique»33. C’est
pourquoi, nous retiendrons une approche de la notion d’intérim plus fonctionnelle que
conceptuelle.
La distinction entre notions conceptuelles et notions fonctionnelles a été opérée pour
la première fois par le Doyen VEDEL. Pour cet auteur, « les notions conceptuelles sont celles
qui peuvent recevoir une définition complète selon des critères logiques habituels et leur
contenu est abstraitement déterminé une fois pour toutes (…) ; elles ont une réelle unité
conceptuelle (…). L’utilisation de toutes ces notions dépend de leur contenu ; le contenu ne
dépend pas de l’utilisation »34. Par contre, les notions fonctionnelles sont des « notions
ouvertes »35, « différemment construites et qui procèdent directement d’une fonction qui
leur confère seule une véritable unité »36. A sa suite, Marie-Thérèse CALAIS-AULOY
pense que, « apparaît comme fonctionnelle toute notion qui se définit par sa fonction, ou, ce
qui revient au même, dont le contenu détermine la fonction, dans la discipline considérée.
C’est dire qu'elle n’aura pas d'autre sens que celui que les spécialistes lui attribuent. Est au
contraire conceptuelle une notion qui se définit en elle-même et que l’on peut retrouver
dans toutes les disciplines car elle est issue d'un langage général »37. Ainsi dit, dans son
acception fonctionnelle, la notion d’intérim n’est pas aisée à définir en raison de l’imprécision
des textes et du mutisme de la jurisprudence. Il faut alors se rabattre sur la doctrine pour
identifier les contours de la notion. Selon cette doctrine, l’intérim présidentiel peut être
appréhendé comme « un procédé de gestion provisoire des situations de parenthèses
33
TROPER (M.), « Pour une définition stipulative du droit », Droits, n° 10, 1989, p. 102.
34
VEDEL (G.), « De l’arrêt Septfondsà l’arrêt Barinstein», JCP, 1948-1-682 et « La juridiction compétente pour
prévenir, faire cesser ou réparer la voie de fait administrative », JCP, 1950-1-851, cité par TUEKAM
TATCHUM (C.), L’intérim du Président de la République dans le nouveau constitutionnalisme des Etats
d’Afrique d’expression française, [Link], p.21.
35
VEDEL (G.), « De l’arrêt Septfondsà l’arrêt Barinstein», article précité, cité par TUEKAM TATCHUM (C.),
L’intérim du Président de la République dans le nouveau constitutionnalisme des Etats d’Afrique d’expression
française, [Link], p.21.
36
VEDEL (G.), « La juridiction compétente pour prévenir, faire cesser ou réparer la voie de fait administrative
», article précité, cité par B-R. GUIMDO, Le juge administratif camerounais et l’urgence : Recherche sur la
place de l’urgence dans le contentieux administratif camerounais, Thèse de doctorat d’Etat en Droit Public,
Université de Yaoundé II, 2003/2004, p. 15.
37
CALAIS-AULOY (M.-T.), « Du discours et des notions juridiques (notions fonctionnelles et conceptuelles) »,
PA, 09 août 1999 n° 157, 4 pages. Pour approfondir à propos des notions fonctionnelles et conceptuelles, lire
également TUSSEAU (G.), « Critique d’une méta-notion fonctionnelle : la notion (trop) fonctionnelle de notion
fonctionnelle », RFDA, 2009, pp. 241-261.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 12
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
constitutionnelles ou des vides définitifs au sommet de l’État destiné à assurer la transition
au sommet de l’État tout en sauvegardant la continuité de ce dernier »38. Deux éléments
majeurs de ces propos, retiennent notre attention. Il s’agit du caractère provisoire de l’intérim
d’une part et du caractère transitoire d’autre part.
Le caractère provisoire de l’intérim renvoie au fait qu’il a pour but de régir une
situation temporelle, découlant d’un vide imprévu au sommet de l’Etat. Il s’agit d’une période
au cours de laquelle des mesures urgentes et efficaces doivent être prise pour permettre le
rétablissement de l’ordre institutionnel. Le caractère provisoire de l’intérim implique le
confinement de ce dernier dans les délais prescrits, et surtout la limitation des pouvoirs de
l’intérimaire qui, selon la constitution, ne doit en principe pas prendre des décisions de grande
ampleur. C’est la raison pour laquelle les délais sont très courts afin de permettre l’élection
d’un nouveau dirigeant. Ainsi, certains mécanismes sont consacrés et doivent être observés
pour éviter que le provisoire ne devienne pas définitif.
Du latin « transitio» qui signifie passage, le caractère transitoire de l’intérim permet
de faciliter le remplacement du Président de la République défaillant ou dans l’incapacité
absolue d’exercer ses fonctions. Ce caractère renvoie à un changement d’homme ou de
système de gouvernance au sommet de l’Etat. Le caractère transitoire permet enfin
d’organiser une élection libre et transparente afin d’avoir un nouveau président
démocratiquement élu.
Sur la base de ces caractères, le vocabulaire juridique de Gérard CORNU assimile
l’intérim à une « Situation temporaire dans laquelle un agent est chargé provisoirement
d’une fonction soudainement devenue vacante, en attendant la désignation définitive du
nouveau titulaire du poste »39. De manière un peu plus précise, Charles TUEKAM
appréhende l’intérim comme « un procédé de gestion provisoire des situations de
parenthèses constitutionnelles ou des vides définitifs au sommet de l’Etat prévus par le
38
MOMO (C.F.) et TUEKAM TATCHUM (C.), Le Président de la République par intérim dans le nouveau
constitutionnalisme africain : Contribution à l’étude des institutions de transition en Afrique, Op Cit., p.4.
39
CORNU (G.), Vocabulaire juridique, PUF, 12e édition, 2018, p.1213.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 13
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
droit et destiné à assurer la transition politique tout en sauvegardant la continuité de
l’Etat »40.
Ainsi, l’on pourrait alors dire que, ne donnent pas lieu à un intérim, les situations
d’empêchement temporaire, c’est-à-direles situations où on a la certitude du retour à la
fonction présidentielle de son titulaire originel41. En revanche, s’apparente à la nouvelle
dynamique de l’intérim en Afrique les situations de vide issues de la rupture des ordres
constitutionnels. C’est le cas lorsque les constitutions sont suspendues ou abrogées à la suite
des coups d’État42 ou des révolutions populaires43. Cette perception de l’intérim dans le «
maquis constitutionnel »44 intervient lorsqu’on paralyse l’application des dispositions
constitutionnelles sur la vacance du pouvoir.
En fin de compte, l’intérim dans le cadre de cette analyse désigne une situation
temporaire durant laquelle une personne occupe provisoirement les fonctions d’un poste
vacant, en l’occurrence le poste de Président de la République, du fait de l’incapacité
permanente et absolue de son titulaire afin de gérer une transition et de pourvoir à
l’installation d’un nouveau titulaire à ce poste. La notion d’intérim étant ainsi précisée, il
convient à présent d’expliquer la notion d’intérimaire.
b. La définition de l’intérimaire
Sur la base de la définition retenue de l’intérim, il est plus aisé d’appréhender
l’intérimaire car, l’intérim désigne le mode gestion d’une situation de vide, et l’intérimaire
quant à lui est le gestionnaire de cette situation, le dépositaire de l’autorité durant toute la
période. Selon le vocabulaire juridique de Gérard CORNU, l’intérimaire est « une personne
provisoirement chargée de remplacer le titulaire d’une fonction soit pendant une absence
40
TUEKAM TATCHUM (C.), L’intérim du Président de la République dans le nouveau constitutionnalisme des
Etats d’Afrique d’expression française, thèse précitée, p.23-24.
41
Idem.
42
GUEYE (B.), « Les coups d’état en Afrique entre légalité et légitimité », Droit sénégalais 2010, n° 9, pp. 259-
277.
43
SOMA (V.A.), « Réflexion sur le changement insurrectionnel au Burkina Faso », CAMES, 2015, n° 001, pp. 3-
9 ; BEN ACHOUR (R.) et BEN ACHOUR (S.), « La transition démocratique en Tunisie : entre légalité
constitutionnelle et légitimité révolutionnaire », RFDC, 2012/4, n° 92, pp. 715-732.
44
MOMO (C.F.) et TUEKAM TATCHUM (C.)Le Président de la République par intérim dans le nouveau
constitutionnalisme africain : Contribution à l’étude des institutions de transition en Afrique, Op Cit., p.3.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 14
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
de celui-ci, soit entre sa cessation de fonction et la prise de fonction de son successeur »45.
Par cette définition, l’auteur semble assimiler l’intérimaire au suppléant, dans la mesure où il
exercerait les fonctions du titulaire « pendant une absence de celui-ci ». Seulement, comme
souligné précédemment, l’intérim est une situation de vide institutionnel, par conséquent,
l’intérimaire, qui n’est pas un suppléant, ni un dauphin, encore moins un régent, est une
personne habileté à exercer les fonctions pendant cette période, conformément aux
dispositions constitutionnelles qui régissent cette situation.
Dans le cadre de cette recherche, l’intérimaire désigne l’autorité
constitutionnellement habilitée à exercer provisoirement le pouvoir suprême de l’Etat, dans
le cadre de la gestion d’une transitoire politique durant la période entre la cessation
prématurée du mandat de l’ancien Président et l’investiture d’un nouveau président.
De cette définition, 03 éléments majeurs permettent de définir l’intérimaire : un
élément organique qui renvoie à la personne, un élément matériel qui renvoie à ses
compétences et enfin un élément temporel qui est lié à la durée de ses fonctions.
L’élément organique renvoie à la personne chargée d’exercer le pouvoir durant cette
période ; il s’agit d’une autorité publique qui, suivant les Etats, peut relever soit du pouvoir
exécutif soit du pouvoir législatif qui d’ailleurs est le choix le plus répandu et l’option retenue
au Cameroun.
L’élément matériel renvoie aux compétences de l’intérimaire. Parce que n’étant pas le
titulaire principiel de la fonction, ses prérogatives sont considérablement réduites car son rôle
est de combler le vide laissé par le détenteur originel de la fonction en gérant la transition et
en organisant la prise de fonction du successeur. Pour ce faire, ses compétences sont orientées
vers ce but et par conséquent sont très limitées.
Enfin, l’élément temporel renvoie à la durée des fonctions de l’intérimaire. La période
de l’intérim étant rigoureusement encadrée par les constitutions, l’intérimaire, qui n’a pas
vocation à succéder au président défaillant ni même à finir son mandat, doit exercer ses
fonctions dans ses limites temporelles. Cette période va en général de vingt (20) à cent vingt
(120) jours.
45
CORNU (G.), Vocabulaire juridique, 12e édition, PUF, 2016, p.1213.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 15
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Ayant ainsi procédé à la définition de la notion d’intérimaire, il sied à présent
d’établit la distinction avec des notions qui lui sont voisines.
2. L’intérimaire et les notions voisines
« L’étude des concepts juridiques ne peut bien se faire qu’en les confrontant les
uns aux autres pour rapprocher les diverses espèces du même genre et les opposer à des
situations différentes »46. Ainsi, dans l’optique de mieux cerner l’intérimaire, il semble
opportun de le distinguer respectivement du dauphin (a), du suppléant (b) et du délégataire
(c).
a. L’Intérimaire et le Dauphin
Le dauphinat rentre dans la catégorie des mécanismes successoraux qualifiés de «
non participatifs »47. Généralement considérée comme un procédé non démocratique en
raison de l’absence du peuple dans le processus de transfert du pouvoir, le dauphinat est un
procédé propre aux monarchies ou aux régimes autoritaires plus soucieux de la pérennisation
du système que la continuité de l’Etat. Cependant, les régimes démocratiques peuvent
également y recourir comme le montre l’exemple du dauphinat constitutionnel. A ce titre, le
Professeur MBODJ opère la distinction entre le dauphinat« vécu » tel qu’observé dans le
régime présidentiel des Etats Unis d’Amérique et le dauphinat« subi » tel qu’expérimenté en
Afrique et notamment au Gabon en 1967, au Sénégal en 1981et au Cameroun en 1982. Ainsi,
à l’observation du fonctionnement de ces deux modèles de dauphinat constitutionnel, on peut
conclure avec le Professeur MBODJ qu’il existe un « dauphin démocratique » et un
« dauphin autocratique ».
Le dauphin48 démocratique tel qu’il est consacré aux Etats Unis d’Amérique est le
Vice-président. Il jouit d’une légitimité populaire, conséquence logique de son élection
concomitamment avec celle du Président. Il bénéficie également d’une certaine indépendance,
46
BERGEL (J.L.), Théorie générale du droit, 2e édition, Paris, Dalloz, 1989, p. 195, Cité par TUEKAM
TATCHUM (C.), L’intérim du Président de la République dans le nouveau constitutionnalisme des Etats
d’Afrique d’expression française, thèse précitée, p8.
47
EL HADJ MBODJ, La succession du Chef de l’Etat en droit constitutionnel africain (Analyse juridique et
impact politique), Thèse précitée, p. 63.
48
« Titre porté par le fils aîné du Roi de France, appelé à lui succéder ». GUINCHARD (s.) DEBARD (T.), 25e
éd., Dalloz, 2017-2018, Lexique des termes juridiques, p.731.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 16
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
d’une part vis-à-vis du chef de l’Etat, en ce sens qu’il est obligé de composer avec son
dauphin pendant toute la durée de son mandat, mais également ce dauphin est politiquement
irresponsable aussi bien devant le chef de l’Etat qui ne dispose pas d’un pouvoir de révocation
à son égard, que devant le Congrès qui ne peut mettre en jeu la responsabilité de l’exécutif
aux Etats-Unis.
Le dauphin autocratique ou imposéquant à lui est une émanation des régimes
autoritaires ou monarchiques. Ici, le dauphin se trouve dans « une situation de subordination
vis-à-vis du chef de l'Etat, maître de sa succession »49. Cette forme de dauphinat se justifie
par la « patrimonialité du pouvoir politique »50 et aboutit à une « aliénation de la volonté
nationale à travers l'essence monarchique du processus »51. Dans ce type de dauphinat, le
chef de l’Etat joue un rôle primordial, car, la succession devient pour lui une prérogative
exclusive. Ainsi, en toute discrétion, le chef de l’Etat choisit son dauphin et le moment de la
succession.
Le choix discrétionnaire du dauphin se manifeste par la capacité du Président de la
République à nommer sans consultation préalable les membres du gouvernement et par
extension du pouvoir exécutif. En effet, La réapparition du bicéphalisme ne s’est pas
accompagnée d’une modification du statut du pouvoir exécutif. Il s’agissait, non pas d’un
partager du pouvoir exécutif, mais d’une déconcentration en faveur d’organes placés sous
l’autorité exclusive du chef de l’Etat.
Au Cameroun, la réforme constitutionnelle de 1975 instituant le poste de Premier
ministre52, rappelait fort bien que le chef de l’Etat estle seul détenteur du pouvoir exécutif.
Cette réforme indiquait que toutes les décisions relevant de l’exécutif, qu’elles aient un
caractère règlementaire ou individuel, ne peuvent être prises que par lui ou en vertu d’une
délégation expresse de sa part. Le Premier ministre et les ministres sont responsables devant
lui seul. Ils ne disposent d’aucun pouvoir propre pour prendre des actes règlementaires ou des
49
EL HADJ MBODJ, Le succession du Chef de l’État en droit constitutionnel africain (Analyse juridique et
impact politique), [Link]., p.260.
50
Idem.
51
Idem.
52
OWONA (J), « La réforme politique et constitutionnelle de la République Unie du Cameroun », R.J.P.I.C., N°
4, 1975, pp.486-510 - Pour une analyse d’ensemble du Premier ministre camerounais, voir ABIABAG (I.), Le
Premier ministre en droit constitutionnel camerounais, thèse de doctorat d’Etat en droit, Université de Paris X-
Nanterre, 1978, 410p.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 17
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
mesures individuelles. Ils ne peuvent agir par conséquent que dans le cadre des pouvoirs qui
leur sont délégués par le Président de la République. A ce titre, Le Premier ministre procédait
exclusivement du chef de l’Etat qui disposait à son égard d’un pouvoir discrétionnaire de
nomination et de révocation. Avec la réforme de 1979, le Premier Ministre est devenu le
successeur constitutionnel du Président de la République et par conséquent son dauphin53.
En ce qui concerne le choix discrétionnaire du moment, le chef de l’Etat dispose du
choix de l’opportunité du moment précis de la succession en raison de l’usage discrétionnaire
du pouvoir de démission. Juridiquement aucune disposition constitutionnelle n’oblige le
Président à abandonner volontairement le pouvoir, celui-ci dispose d’un large pouvoir en la
matière et peut donc décider de manière volontaire et unilatéralement de démissionner. Au
Cameroun, comme dans d’autres pays africains, la démission était considérée comme un
mécanisme successoral permettant au chef de choisir le moment opportun de transmettre le
pouvoir à son dauphin. C’est notamment via ce mécanisme que Paul BIYA, alors Premier
Ministre va accéder à la magistrature suprême suite à la démission du Président Ahmadou
AHIDJO le 04 novembre 1982.
In fine, le dauphinat constitutionnel qui est une technique consistant à « fabriquer de
leur vivant un successeur socialisé dans les valeurs du régime et apte à prendre en charge
la continuité de l’œuvre du père-fondateur »54 avait pour but d’assurer la « survie du régime
politique »55.
Le dauphin tout comme l’intérimaire n’intervient qu’en situation de vacance du
pouvoir. Cependant, contrairement au dauphin, l’intérimaire est une autorité plus
démocratique puisque le peuple est associé dans le processus de sa désignation. En dehors de
cette différence statutaire liée à la nature du régime, la différence se perçoit également sur le
terrain de leurs pouvoirs. En effet, « le dauphin n’est pas un gestionnaire provisoire de la
fonction présidentielle censé assurer une transition au sommet de l’Etat mais un Président
53
Aux termes de l’article 7 (nouveau) de la Constitution révisée du 29 juin 1979, « En cas de vacance de la
Présidence, pour décès, démission ou empêchement définitivement constaté par la Cour suprême, le Premier
Ministre est immédiatement investi des fonctions de Président de la République pour la période du reste du
mandat présidentiel. Il prête serment dans les formes prescrites par la loi en cas d’urgence devant le bureau de
l’Assemblée nationale, assisté de la Cour suprême ».
54
Voir EL HADJ MBODJ, La succession du Chef de l’Etat en droit constitutionnel africain : Analyse juridique
et impact politique, [Link]., p.82.
55
KAMTO (M.), « Le dauphin constitutionnel dans les régimes politiques africains », article précité, p. 256.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 18
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
plein »56. C’est ce qu’exprime le Professeur Luc SINDJOUN57 lorsqu’il établit la différence
entre l’intérim qui est un choix provisoire et le dauphinat est un choix durable.
Contrairement à l’intérimaire, les prérogatives du dauphin sont matériellement,
temporellement et même personnellement illimitées. Le dauphin exerce toutes les attributions
attachées à la fonction présidentielle alors que l’intérimaire pour sa part est soumis à certaines
limitations. Par ailleurs, l’intérimaire n’est qu’un « gestionnaire provisoire » puisque son rôle
est limité sur une période bien déterminé et en général, il ne jouit pas de la faculté de
présenter sa candidature à la succession du Président défaillant. En dehors du dauphin,
l’intérimaire ne doit pas également être confondu avec le suppléant.
b. L’Intérimaire et le Suppléant
« C’est un postulat méthodologique fondamental selon lequel le droit ne connait pas
de synonyme quoique son enseignement suppose parfois certaines approximations
méthodologiques »58. Ces propos du Professeur PACTET nous amène inéluctablement à
examiner en fond les notions d’intérimaire et de suppléant, car une confusion sur ces notions
est souvent faite par la doctrine et par certains textes constitutionnels. Certains auteurs
qualifient d’intérim une situation qui relève en réalité de la suppléance et vice-versa59. A ce
titre, le doyen AUBY souligne fort opportunément que « (l’intérimaire) n’est pas dépourvu
d’ambigüité et se voit souvent prendre comme un simple synonyme de (suppléant) »60.
En effet, « L’intérim et la suppléance ont en commun la particularité d’être des
mécanismes de dérogation aux règles de compétence destinés à résorber des discontinuités
dans l’action administrative et politique »61. De ce fait, qu’il s’agissedel’Intérimaire ou du
Suppléant, ils interviennent en période d’empêchement du titulaire de la fonction.
56
TUEKAM TATCHUM (C.), L’intérim du Président de la République dans le nouveau constitutionnalisme des
Etats d’Afrique d’expression française, thèse précitée, p.11.
57
SINDJOUN (L.), « Le Président de la République au Cameroun (1982-1996) : Les acteurs et leur rôle dans le
jeu politique », CEAN, Institut d’Etudes Politiques de Bordeaux, 1996, pp.12
58
PACTET (P.), « Réflexion sur le droit constitutionnel et son enseignement », RDP, n°1, 2001, 2001, p. 155.
59
Cf. RIVERO (J.), « L’intérim et la continuité », Le Monde du 15 Mai 1969.
60
AUBY (J.M), « L’intérim », [Link]., p.869.
61
SOBZE (S.F.), « La suppléance du Président de la République en Afrique francophone », Revue de la
Recherche Juridique, PUAM, 2019, p.851.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 19
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
L’empêchement ici est entendu comme un « obstacle à l’accomplissement d’une mission »62.
L’empêchement doit être distingué de la vacance, car si le premier intègre une situation de
vide temporaire ou définitif, qui est liée à la personne, le second quant à lui n’intervient qu’en
cas de situation de vide définitif liée à la fonction.
La controverse autour de la frontière entre l’Intérimaire et le Suppléant est davantage
accentuée par la décision du Conseil d’Etat français qui déclare que l’Intérimaire est la
personne provisoirement chargée de remplacer le titulaire soit pendant son absence, soit entre
la cessation de ses fonctions et la prise des fonctions de son successeur alors que le Suppléant
est la personne appelée à remplacer le titulaire d’une fonction en cas d’absence ou
d’empêchement de celui-ci63. Cette distingue est ambigüe, car la juge ne précise ni la nature
de l’absence, ni même celle de l’empêchement. Et pourtant, nous avons vu que l’intérim est
« une situation de vacant d’un poste du fait de l’incapacité permanente et absolue de son
titulaire » en d’autres termes de son empêchement définitif. Par contre la suppléance vient
étymologiquement du latin supplerequi signifie suppléer. Elle désigne le fait de remplir à
nouveau, compléter ou remplacer (ce qui manque), réparer les pertes, combler les vides. En
d’autres termes, suppléer signifie « se mettre ou être mis à la place de… pour remplacer ou
renforcer ce qui est insuffisant », remplir les fonctions de quelqu’un64. Ainsi, l’examen
approfondi de ces deux notions révèle que la distinction entre elles se trouve au niveau de
l’empêchement. Deux éléments majeurs de l’empêchement permettent de différencier
l’Intérimaire du Suppléant : la nature de l’empêchement et sa mise en œuvre.
En ce qui concerne la nature de l’empêchement, la distinction entre l’Intérimaire et le
Suppléant s’opère selon que l’empêchement est temporaire ou définitif. En effet, pendant que
l’Intérimaire intervient dans une situation d’empêchement définitif, le Suppléant quant à lui
intervient pour le « Remplacement temporaire d’un agent empêché ou absent par un autre
(dans l’exercice de ses fonctions) (…) »65. C’est d’ailleurs le constat fait par le Professeur LE
BOSLE POURHIET qui observe « une tendance à utiliser (l’intérimaire) pour les
62
GUINCHARD (S.) et DEBARD (Th.) (dir.), Lexique des termes juridiques, 25ème édition, Paris, Dalloz,
2017-2018, p. 867.
63
C.E. du 31 octobre 1998, FN et autres.
64
Le Grand Robert de la langue française accessible en ligne http//[Link]/[Link] consulté le 11 Mars
2024.
65
CORNU (G.), Vocabulaire juridique, op. Cit, p.2110.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 20
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
empêchements définitifs et (le suppléant) pour les empêchements temporaires »66. Abondant
dans le même sens, le Professeur Charles DEBBASCH pense que l’intérimaire est une
autorité « appelée provisoirement, à remplir les fonctions d’une autre en raison de
l’absence de ce dernier ou de sa cessation de fonction en attendant l’arrivée du successeur
»67.
Il ressort clairement que l’Intérimaire intervient dans une situation d’incapacité totale
et définitive du chef de l’Etat à exercer ses missions. Par contre, le Suppléant n’entre en
action qu’en cas d’incapacité provisoire du titulaire d’assumer ses charges, il est
temporairement remplacé et pourra reprendre ses fonctions à la fin de son indisponibilité. Le
problème pourrait se poser lorsqu’il y’a des doutes quant au caractère véritablement
temporaire de l’empêchement. Mais, aussi longtemps que le juge ne déclare pas
l’empêchement comme étant définitif, il demeure temporaire et obéit du coup aux règles de la
suppléance.
Relativement à leur mise en œuvre ou encore à leur prise de fonction, la suppléance
est caractérisée par son automatisme68, en ce qu’elle intervient dès la réalisation du fait-
condition qui est à son origine69, c’est-à-dire qu’elle « s’opère de plein droit
(automatiquement) en vertu des dispositions statutaires qui le prévoient »70. Le suppléant
n’a pas besoin d’une disposition particulière pour entrer en fonction. le Professeur AUBY
affirme à cet égard qu’« il y a suppléance lorsqu’une règle détermine à l’avance qu’en cas
d’empêchement d’une autorité, elle sera remplacée ipso facto et de plein droit par une autre
précisément désignée sans qu’il y ait lieu à l’édiction d’un acte désignant le suppléant
puisque celui-ci est déjà déterminé par la règle de droit »71. Ces propos mettent en évidence
la nécessité d’un faitpour qu’il y ait suppléance. L’intérim pour sa part suppose un acte-
condition qui requiert la prise d’un acte spécifique, par une autorité spécifique, suivant une
66
LE BOS-LE POURHIET (A.-M.), Les substitutions de compétence en droit public français, Thèse pour le
Doctorat d’Etat en Droit Public, Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, 1985, pp.247.
67
DEBBASCH (C.), Droit administratif, 6e édition, Paris, Economica, 2002, p. 488.
68
EL HADJ MBODJ, Le succession du Chef de l’État en droit constitutionnel africain (Analyse juridique et
impact politique), [Link]., p.260.
69
En recourant au droit positif Français, l’on s’aperçoit que la suppléance dépend, non pas d’un acte-condition,
mais d’un fait-condition.
70
CORNU (G.), Vocabulaire juridique, Op. Cit, p.2110.
71
AUBY (J.M.), « L’intérim », Op. Cit., p. 869.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 21
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
procédure prédéfinie désignant l’intérimaire72. Le professeur CHAPUS estime que « l’intérim
n’est pas prévu mais institué, de façon improvisée ou spéciale par décision de l’autorité
supérieure à celle dont il s’agit de remplacer temporairement »73. Autrement dit,
l’intérimaire ne peut prendre fonction qu’après l’édiction d’un acte.
Dès lors, tandis que l’intervention de l’intérimaire est conditionnée par une situation
d’empêchement définitif constatée par un acte, le suppléant quant à lui peut intervenir en cas
de situation d’empêchement temporaire et qui nécessite un fait. Cependant, cette conclusion
ne s’applique qu’en ce qui concerne l’empêchement du chef de l’Etat, car en droit
parlementaire, le suppléant désigne une « Personne élue en même temps qu’un
parlementaire qu’elle est appelée à remplacer dans certains cas de vacance du siège : décès,
désignation du parlementaire comme membre du gouvernement ou du Conseil
constitutionnel, prolongation au-delà de 6 mois d’une mission temporaire confiée par le
gouvernement »74. Ici donc, la notion de suppléance prend une signification autre et
s’applique même en cas d’empêchement définitif. Ceci peut se justifier par le fait qu’ici, le
député suppléant ou le sénateur suppléant75 est élu ou désigné en même temps que le titulaire.
En effet, le Code électoral précise que pour chaque siège à pourvoir au sein de l’Assemblée
Nationale « il est prévu un candidat titulaire et un candidat suppléant »76. Puisque, « le
titulaire et le suppléant se présentent en même temps devant les électeurs de la
circonscription »77.A cet effet, le Code électoral dispose en ce sens qu’ « après leur élection,
et dans tous les cas de vacance autres que le décès du titulaire, le suppléant est appelé à
siéger à l’Assemblée Nationale à la place du titulaire jusqu’à la fin du mandat »78. Cette
précision étant faite, il convient à présent d’examiner le rapport avec le délégataire.
72
EL HADJ MBODJ, Le succession du Chef de l’État en droit constitutionnel africain (Analyse juridique et
impact politique), [Link]., p.260.
73
CHAPUS (R.), Droit administratif général, 15ème éd., Paris, Montchrestien, tome 1, 2001, p. 931.
74
GUINCHARD (S.) DEBARD (T.), Lexique des termes juridiques, [Link]., 2205.
75
Article 20 du règlement intérieur du Sénat.
76
Article 153 la Loi N°2012/001 du 19 avril 2012 portant Code électoral, modifiée et complétée par la loi
N°2012/017 du 21 décembre 2012.
77
Idem.
78
Article 154 du Code électoral.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 22
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
c. L’Intérimaire et le Délégataire
L’examen de la distinction entre l’Intérimaire et le Délégataire nécessite au préalable
clarification de la notion de délégation. Du latin « delegatio » qui signifie déléguer, confier,
s’en remettre à quelqu’un79, la notion de délégation trouve son origine dans le droit privé, où
elle dérive de la théorie du mandat. Selon Adhémar ESMEIN «il n’y a de délégation que
lorsqu’une autorité investie d’un pouvoir déterminé en fait passer l’exercice à une autre
autorité ou personne par un acte particulier et volontaire en se déchargeant sur le délégué
de l’exercice de ce pouvoir »80. Elle désigne donc une « Opération (…) par laquelle le
titulaire d’une fonction (…) en transfère l’exercice à une autre personne »81. Finalement,
on peut considérer la délégation, avec Herbert MAISL, comme « l’acte unilatéral par lequel
une autorité qui est habilitée, transfère une partie de sa compétence, son propre titre de
compétence étant maintenu »82.
Le transfert d’une compétence dans le cadre de la délégation met en avant l’idée d’un
exercice concurrentiel des compétences transférées entre le délégant et le délégataire. En plus,
une délégation ne saurait être totale ou définitive, qu’il s’agisse de la délégation depouvoir ou
de signature. Par contre, la délégation de pouvoir dessaisit le délégant de toutes
responsabilités sur les compétences déléguées et les fait reposer sur le délégataire alors que la
délégation de signature n’exonère pas le délégant, qui demeure responsable des actes pour
lesquels il a délégué sa signature. Bien mieux, la délégation de pouvoir se fait ès qualité et
subsiste même après le départ du délégataire. Tandis que la délégation de signature se fait
intuitu personae et cesse après le départ du délégataire.
La distinction entre la délégation et l’intérim est opérée par la Constitution
camerounaise du 18 janvier 1996 qui proclame en son article 10 (3) que « en cas
d’empêchement temporaire, le Président de la République charge le Premier Ministre ou,
79
CORNU (G.), Vocabulaire juridique, [Link] p. 312.
80
ESMEIN (A.), Eléments de droit constitutionnel, 6e éd., Paris, Sirey, 1914, p. 686, cité par TUEKAM
TATCHUM (C.), L’intérim du Président de la République dans le nouveau constitutionnalisme des Etats
d’Afrique d’expression française, thèse précitée, p.13.
81
Idem.
82
MAISL (H.), Recherche sur la notion de délégation en droit public, Thèse de Doctorat en Droit Public,
Université de Paris II Panthéon-Assas, 1972, p.115 cité par LE BOS-LE POURHIET (A-M.), Les substitutions
de compétence en droit public français, Op. cit., p.32.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 23
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
en cas d’empêchement de celui-ci, un autre membre du Gouvernement d’assurer certaines
de ses fonctions, dans le cadre d’une délégation expresse ». La distinction entre l’intérimaire
et le délégataire tient donc principalement sur trois points ; le fondement de leur intervention,
les conditions de leur intervention et la finalité de cette intervention.
Relativement au fondement de leur intervention, il faut dire que l’intérimaire, tout
comme le délégataire interviennent conformément aux normes en vigueurs. Cependant, il faut
souligner que le principe est absolu en matière de délégation où il est admis « qu’il n’y a pas
de délégation sans texte ni au-delà des textes ». Mais, en ce qui concerne l’intérimaire, ce
principe est relatif et connait quelques nuances car,lorsqu’il s’agit du Président de la
République, il est généralement règlementé par une disposition Constitutionnelle ; mais la
multiplication des crises politiques en Afrique provoque la plus part du temps des suspensions
ou des abrogations des Constitutions en vigueurs et la naissance des Gouvernements
provisoires qualifiés de « gouvernement de transition », qui sont en réalité des
gouvernements intérimaires dont on ne saurait rattacher les actions à un quelconque texte
formellement valide qui ne soit pas accords de paix83 ou des Constitutions de transition84.
L’on pourrait alors dire dans ce cas que nous somme en situation « d’intérim de fait ».
En ce qui concerne les conditions l’intervention du délégataire est conditionnée par
l’existence d’une habilitation octroyée par le titulaire de la compétence déléguée. Cette
habilitation a un caractère personnel qui suppose nécessairement un acte de volonté du
délégant pour produire des effets. La délégation est doncdiscrétionnaire. Par contre
l’intérimaire pour sa part n’entre en jeuqu’après la constatation de la survenance du fait-
condition. Il revêt plus un caractère institutionnel que personnel et ne requière aucune
manifestation de volonté du titulaire de la compétence.
Enfin, en tenant compte du critère finaliste, la différence entre l’intérimaire et le
délégataire est incontestable. Pendant que l’intervention de l’intérimaire a pour finalité
83
Lire AHUENI MANZAN (I.), Les accords politiques dans la résolution des conflits internes en Afrique, Thèse
de Doctorat en Droit Public, 2011, Université La rochelle, 718p. ; ATANGANA AMOUGOU (J.-L.), « Les
accords de paix dans l‘ordre juridique interne en Afrique », RASJ, Vol 4, n°1, 2007, pp. 233-257.
84
Lire avec intérêt sur la question El Hadj MBODJ, « La Constitution de transition et la résolution des conflits
en Afrique. L‘exemple de la République Démocratique du Congo », RDP, n°2, 2010, pp. 1-19.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 24
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
principale d’assurer la continuité du service85, celle du délégataire vise prioritairement
l’efficacité de l’action publique en permettant aux « autorités de se décharger en
permanence de certaines de leurs tâches sur leurs collaborateurs »86. Qu’en est-il de la
notion de Président de la République ?
B. Le Président de la République
Considéré comme « le réceptacle de tous les enjeux et le facteur de toutes les
crispations »87, en raison de son prestige et des controverses dont il est l’objet, le Président de
la République se présente comme la plus haute autorité au sein d’un Etat. Il s’agit d’une
autorité qui cristallise les attentions en vertu de son statut fort prestigieux mais plus encore de
ses pouvoirs plus ou moins importants selon la forme du régime. La fonction présidentielle
fait davantage l’objet de convoitise et d’appétitdans le contexte africain caractérisé par une
certaine patrimonialisation du pouvoir politique où le chef est considéré comme le « Père de
la nation »88, car il est « clé de voûte de l’organisation sociale »89.
La précision terminologique du terme Président de la République exige qu’il soit
expliqué au préalable celui de Président et ensuite celui de République. Le terme Président
vient du latin « Preasidens »90, et désigne « celui qui préside une assemblée, un tribunal,
une société »91. Le Président est dès lors le titulaire du pouvoir politique dans la tradition
républicaine. La doctrine propose plusieurs sens à cette terminologie. La doctrine africaine
l’appréhende sous l’angle culturel et fonctionnel. Au Cameroun, il est perçu comme « le
85
LAFERRIERE (E.), Traite de la juridiction administrative, 2e édition, Paris, LGDJ, 1896, p. 500. Cité par
TATCHUM (C.), L’intérim du Président de la République dans le nouveau constitutionnalisme des Etats
d’Afrique d’expression française, thèse précitée, p.13.
86
LE BOS-LE POURHIET (A.-M.), Les substitutions de compétence en droit public français, Op. Cit., p. 25.
87
Jean du Bois DE GAUDUSSON, « Quel statut constitutionnel pour le Chef de l’Etat en Afrique ? », in Le
nouveau constitutionnalisme, Mélanges en l’honneur de G. CONAC, Paris, Economica, 2001, p. 329.
88
Voir CONAC (G.), « L’évolution constitutionnelle des Etats francophones d’Afrique noire et de la République
démocratique Malgache », in Gérard CONAC (Dir.),Les institutions constitutionnelles des Etats d’Afrique
francophone et de la République Malgache, Paris, Economica, 1979, pp. 8.
89
ADJOVI (S.), Election d’un Chef d’Etat en Afrique, Paris, L’Harmattan, 2003, p. 15.
90
Lire à ce propos le dictionnaire encyclopédie, QUILLET, nouvelle édition entièrement remaniée, d’après
l’édition original publiée (s/Dir) Raoul MORTIER, Paris, Librairie Aristide QUILLET, 278, Boulevard Saint-
Germain 1962, p.4709.
91
Ibid, p.4984.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 25
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
mandataire du peuple »92 et « le chef de l’Etat »93. Le terme république pour sa part vient du
latin « Respublica (c’est-à-dire) la chose publique »94. « C’est un Etat où le gouvernement
est exercé par les représentant de la nation, élu pour un temps et responsable »95. Il désigne
également « un construit juridique hétérogène au plan formel et matériel »96 à travers les
caractères indivisible, démocratique, laïc et social. Ainsi, le Président de la République peut
être appréhendé au sens de l’article 5 (1) de la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996 comme
le chef de l’Etat élu de la nation toute entière au suffrage universel direct dont il incarne
l’unité.
Il appert donc que le Terme Président de la République peut se confondre avec la
notion de Chef de l’Etat. Et pourtant l’expression Président de la République rend compte
d’une réalité différente en fonction de l’intérêt que l’on porte à l’une ou l’autre formule. Cette
confusion est d’ailleurs entretenue par la loi constitutionnelle en vigueur dont l’article 5
proclame dans son alinéa premier que « le Président de la République est le chef de l’Etat ».
La confusion qui parait évidente dans le langage courant peut cependant, et dans certaines
hypothèses ne pas être avérée. En réalité, si tout Président de la République est un Chef de
l’Etat, tout chef d’Etat n’est pas forcément un Président de la République.
En effet, le chef de l’Etat se caractérise par le symbolisme de son statut, et ses
pouvoirs variant suivant la nature du régime. Il peut être bénéficiaire de pouvoirs honorifiques
et là il s’écarte du Président de la République au sens strict, ou encore détenteur de pouvoirs
substantiels et dans ce cas il s’en rapproche. De plus, suivant les régimes, il peut prendre des
appellations diverses : Dans les monarchies il prendra l’appellation de « Roi/Reine »97 ou «
Empereur/Impératrice » alors que dans les régimes non monarchiques ou alors républicains,
on trouvera le plus souvent l’expression « Président de la République ». Selon Le Professeur
92
MBPILLE (P-E), Le Président de la République en droit constitutionnel camerounais, thèse de doctorat en
droit public, 2015, FSJP-UYII-SOA Cameroun, p.196.
93
Idem.
94
Idem.
95
Idem.
96
MVAEBEME (E.-S.), La République en droit public Camerounais, thèse de doctorat en droit public, UYII,
FSJP, février 2017, p.41.
97
Le cas avec dans la monarchie constitutionnelle du royaume uni de Grande Bretagne et d’Irlande du Nord dont
le monarque actuel, le roi Charles III est en fonction depuis le 8 septembre 2023.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 26
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Michel LASCOMBE la notion de Chef d’Etat peut être appréhendée comme un « terme
générique utilisé pour désigner l’institution qui est placée à la tête d’un Etat »98.
En Afrique, c’est un invariant constitutionnel que «l’institution présidentielle doit
demeurer centrale, et qu’un Président de la République fort reste un impératif »99. A ce
titre, dans les régimes constitutionnels africains, le Président de la République est le Chef
d’Etat. Mais c’est un Chef d’Etat atypique qui exerce le commandement suprême dans le
cadre d’une République, accède à celui-ci par le biais du suffrage universel direct ou indirect
qui lui confère une légitimité, justifiant l’étendue de ses pouvoirs et sa place prééminente dans
le paysage institutionnel. Ce faisant, ayant connu plusieurs décennies de présidentialisme
fort100 ou autocratique101, le Président de la République reste l’institution faitière dans les
Etats Africains en général et au Cameroun en particulier.
In fine, comme une définition« n’est pas une thèse relative à la véritable nature
d’une chose, mais un outil intellectuel permettant de construire un raisonnement »102, nous
retiendrons, dans le cadre de la présente étude que le Président de la République est une
autorité élue au suffrage universel direct ou indirect, jouissant de pouvoirs dont l’importance
varie suivant les régimes et placée à la tête d’un Etat.
La dernière notion de notre thématique et dont il convient à présent d’examiner est
l’expression droit constitutionnel camerounais.
C. Droit constitutionnel camerounais
Le droit constitutionnel est une discipline axée sur l’analyse exclusive de la norme
constitutionnelle. Elle est perçue comme « un droit essentiellement positif, un droit de l’Etat,
un droit des constitutions »[Link] compte de son objet104 et son étendue, le droit
98
LASCOMBE (M.), Dictionnaire de droit constitutionnel, Op. cit., p. 38.
99
PIERRE-CAPS (S), Droits constitutionnels étrangers, Paris, PUF, 2015, p. 281.
100
GICQUEL (J), « Le présidentialisme négro-africain : L’exemple camerounais », in BURDEAU (G)
(Mélanges),Le pouvoir, LGDJ, 1977, pp. 70l et s.
101
WANDJI (J.F.), « Processus de démocratisation et évolution du régime politique camerounais. D’un
présidentialisme autocratique à un présidentialisme démocratique», Revue Belge de Droit constitutionnel, 2001,
3, pp.437 et s.
102
HAMON (F.) TROPER (M.), Droit Constitutionnel, 35e édition, LGDJ, p.2.
103
Loi N°2019/024 du 24 décembre 2019, p.7.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 27
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
constitutionnel désigne « un droit de souveraineté, car intimement lié à la seule personne
juridique souveraine : l’Etat. Ce d’autant, il régit la forme de l’Etat, l’agencement de sa
Constitution et le régime d’organisation des pouvoirs publics »105. Il s’agit précisément
d’une discipline juridique dont l’étude permet de connaître les grands principes d’organisation
et de fonctionnement du pouvoir dans l’Etat106. Le droit constitutionnel renvoie encore à
l’étude de la Constitution dans ses aspects matériel107 et formel108. Considérée entre autres
comme l’âme de l’Etat109, la Constitution s’avère alors ici comme étant l’élément
fondamental et exclusif de l’étude du droit constitutionnel. En d’autres termes, le droit
constitutionnel se présente comme étant « le droit de la constitution »110 de l’Etat. Sous ses
aspects à la fois substantiel111 et organique112, le droit constitutionnel s’intéresse aussi bien à
l’étude du préambule que du dispositif de la Constitution.
La question qui se pose ici est celle de savoir : Peut-on raisonnablement parler d’un
droit constitutionnel camerounais ? Ou alors faut-il envisager l’existence d’un droit
constitutionnel au Cameroun ? La question mérite d’être posée au moment où le
constitutionnalisme a dépassé un demi-siècle au Cameroun, surtout que de nombreux auteurs
soutiennent encore l’idée du mimétisme constitutionnel. C’est le cas du professeur Dominique
DARBON qui affirme que « les pays d’Afrique ne cessent d’importer des technologies
104
VEDEL (G.), Manuel élémentaire de droit constitutionnel, Dalloz, Paris, 2002, p. 3.
105
ELAT NDAMA (D.P.), La perte du mandat politique en droit constitutionnel camerounais, Thèse de doctorat,
université de Douala, 2024, p. 27.
106
BLACHER (P.), Droit constitutionnel, Hu du Droit Hachette Supérieur, 2005, p. 7.
107
La Constitution désigne ainsi dans son sens matériel l’ensemble des règles relatives à l’acquisition, à
l’exercice, à la structuration des pouvoirs et au fonctionnement des institutions politiques dont le but est de
garantir les droits fondamentaux des citoyens. De ce fait, l’étude de la norme constitutionnelle dans sa totalité
met en branle l’analyse des libertés publiques, des modes de désignation des gouvernants et élus de la nation ;
tout comme des règles juridiques internes de conduite des relations externes de l’Etat.
108
Il s’agit ici d’un texte spécial, élaboré suivant une procédure d’édiction spéciale et solennelle (Cf. OWONA
(J.), Droit constitutionnel et institution politiques du monde contemporain Etude comparative, Harmattan, 2010,
p.70; PACTET (P.), Institutions politiques – Droit constitutionnel, Paris, Armand Colin, 22ème éd., 2003, p. 67)
; et dont la modification ne peut être faite que par une procédure spéciale dite de révision (Cf. DUHAMEL (O.),
Droit constitutionnel et Institutions politiques, 2ème éd., SEUIL, France, 2011, p.23.).
109
SCHMITT (C.), Théorie de la Constitution. PUF, coll. « Léviathan », 1993, p.132.
110
FAYE (A.), Les bases administratives du droit constitutionnel français, Thèse de doctorat, Université
Panthéon-Assas, Mars 2016, p.16.
111
L’aspect substantiel du droit constitutionnel renvoie à l’ensemble des normes constitutionnelles écrites
auxquelles le Droit interne de l’État s’inspire.
112
Vu sous son aspect organique, voire processuel, le droit constitutionnel comprend l’étude de la jurisprudence
constitutionnelle ; notamment l’instance chargée de la justice en matière constitutionnelle. Selon la particularité
des pays, cette instance peut être la cour constitutionnelle, le conseil constitutionnel, ou encore, le conseil d’État.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 28
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
institutionnelles issues des pays occidentaux »113 ; elle est rejoint dans ce sens par le
professeur Charles MANGA FOMBAD qui pense que les constituants africains continuent à
s’« inspirer et à s’en remettre presque aveuglement à ce qu’ils considèrent comme le
modèle de Constitution le plus fiable et inattaquable : la Constitution gaulliste de la
cinquième République »114. On peut enfin citer dans ce courant le professeur Evariste
BOSHAB qui affirme qu’« en matière constitutionnelle, comme dans d’autres, l’Afrique a
rarement innové : celle-ci se contente de tropicaliser les recettes qui ont fait leurs preuves
sous d’autres cieux »115. On peut donc le constater, de nombreux auteurs font encore du
mimétisme, une des clés de l’analyse du constitutionnalisme africain116.
Cependant, on ne peut s’empêcher de constater que la convocation du mimétisme
devient de plus en plus caduque et que, aujourd’hui, il est possible de parler ou d’envisager
l’existence d’un droit constitutionnel Camerounais. Le recours à l’expression « droit
constitutionnel Camerounais» n’a pas pour but de réfuter l’idée de l’existence d’un
patrimoine constitutionnel commun aux sociétés démocratiques117 car, la tendance
contemporaine du droit constitutionnel est celle de l’universalisation des valeurs et non celle
du relativisme culturel118. Toutefois, il est possible de distinguer à côté d’un modèle
constitutionnel commun à tous les Etats, « l’existence des modèles constitutionnels qui
témoignent à la fois de l’adaptation ou de la tropicalisation des principes
constitutionnels »119. Il s’agit d’ailleurs d’une autonomisation continentale. Le professeur
113
DARBON (D.), « A qui profite le mime ? Le mimétisme institutionnel confronté à ses représentations en
Afrique », in Yves MENY (dir.), Les politiques du mimétisme institutionnel. La greffe et le rejet, Paris,
L’Harmattan, 1993, p. 122.
114
MANGA FOMBAD (C.), « Réformes constitutionnelles en France et leurs implications sur le
constitutionnalisme en Afrique francophone », Afrimap, 2008, p.1.
115
Le professeur BOSHAB (E.) cité par DJOLI ESENG EKELI (J.), Droit constitutionnel. L’expérience
congolaise, [Link].p,. p.39.
116
DU BOIS DE GAUDUSSON (J.), « Le mimétisme postcolonial, et après ? », Pouvoirs, n°129, 2009, p. 47 ;
Lire également : BOLLE (S.), « La Constitution Glélé en Afrique : modèle ou contre modèle ? », In frédéric
Joël Aïvo (dir.), La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ? Mélanges en
l’honneur de Maurice AHANHANZO GLELE, Paris, L’harmattan, 2014, p. 251.
117
SINDJOUN (L.), La formation du patrimoine constitutionnel commun des sociétés politiques. Eléments pour
une théorie de la civilisation politique internationale. Série des monographies, Codesria, Dakar, 1998, 72p.
118
SINDJOUN (L.), Les nouvelles constitutions africaines et la politique internationale : contribution à une
économie internationale des biens politico-constitutionnels, Etudes internationales, vol.26, n°2, 1995, p. 334.
119
BIKORO (J.M.), Le temps en droit constitutionnel africain: le cas des Etats africains d’expression français,
thèses Ph.D., Université de Yaoundé II, 2017, P.28.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 29
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Demba SY affirme dans ce sens que « dans nombre de textes africains, on trouve des
dispositions originales, inhabituelles dans les lois fondamentales »120
En conclusion, L’expression « droit constitutionnel camerounais » renvoie à l’idée
d’un droit constitutionnel sécrété par le Cameroun etadapté à ses réalités sociopolitiques. En
effet, La lecture du texte constitutionnel camerounais démontre une certaine originalité, une
autonomisation des courants de pensée constitutionnelle121, qui permet de dénombrer des
dispositions atypiques122. Ces dispositions atypiques portent sur l’hétérogénéité de la société
camerounaise, ou encore la protection des minorités et des populations autochtones123
Section II : l’objet et la méthode d’étude
L’examen de l’objet (paragraphe 1) précèdera celui des méthodes utilisées pour
conduire la présente recherche (paragraphe 2).
Paragraphe I : l’objet de l’étude
L’objet de l’étude peut se déduire de la prise en compte de trois éléments majeurs : la
formulation de la problématique (A), l’objectif de la recherche incarné par son intérêt (B), et
enfinaprès l’indication de l’idée directrice de la recherche, c’est-à-dire les axes ou hypothèses
de recherche (C).
A. La problématique
La problématique renvoie à « l’ensemble de questions que se pose une philosophie
ou une science dans un domaine particulier »124. La problématique peut aussi être « la
présentation d’un problème sous différents aspects. Dans un mémoire de fin d’étude, la
120
Idem.
121
AÏVO (F-J), « La fracture constitutionnelle. Critique pure du procès en mimétisme », in Frédéric Joël AÏVO
(dir.), La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ?, Mélanges en l’honneur de
Maurice AHANHANZO GLELE, Paris, L’Harmattan, 2014, p. 34.
122
SY (D.), « De quelques dispositions atypiques dans les Constitutions africaines », in Frédéric Joël Aïvo (dir.),
La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur à Maurice
AHANHANZO GLELE, Paris, L’Harmattan, 2014, pp. 273-283.
123
Lire le préambule du texte constitutionnel camerounais.
124
Le Petit Larousse illustré, [Link].
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 30
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
problématique est la question à laquelle l’étudiant va tâcher de répondre. Une
problématique mal posée est un hors-sujet. C’est poser le problème de recherche (énoncé),
en faire ressortir les informations pertinentes (termes) et être dans le bon cadre spatio-
temporel. La construction de la problématique se fonde sur une vue exposée de la phrase
qui rend compte des sous-entendus et permet de mettre en évidence les liens logiques entre
les termes du sujet»125.
Ainsi que l’affirmait LEVI-STRAUSS, « le savant n’est pas celui qui donne les
bonnes réponses mais celui qui pose les bonnes questions »126. En effet, tout travail de
recherche doit s’appuyer sur une question fondamentale qui doit guider la démonstration. Au
regard de la prolifération des coups d’Etat en Afrique et en particulier du contexte
camerounais marqué par le vieillissement du Président en exercice, l’étude portant sur
l’intérimaire trouve toute sa pertinence.
Partant de cette pertinence et des nombreux écrits des auteurs sur la problématique
générale de la vacance au sommet de l’Etat, la recherche se construira autour d’une question
fondamentale : Quelle est la spécificité du statut de l’Intérimaire du Président de la
République au Cameroun ? Selon le vocabulaire juridique de Gérard Cornu, le statut
désigne un ensemble cohérent des règles applicables à une catégorie de personnes ou à une
institution et qui en déterminent, pour l’essentiel, la condition et le régime juridiques. Ainsi,
étudier le statut du Président de la République par intérim, revient donc à analyser tous les
aspects de cette autorité qui permettront de mieux la cerner et plus encore son importance
dans la gestion de la vacance au sommet de l’Etat.
B. L’intérêt du sujet
Dégager l’intérêt du sujet est une pratique courante et nécessaire dans tout exercice
scientifique. Elle permet de présenter l’utilité, l’importance, les avantages, l’apport ou la
contribution du sujet dans des domaines variés. L’intérêt du sujet évalue puis démontre la
pertinence du sujet. Le choix de la thématique portant sur « l’intérimaire du Président de la
125
Définition de Wikipédia, [Link] consultée le 11 novembre
2019.
126
LEVI-STRAUSS (C.), Le cru et le cuit. Paris, Pion, 1964, p. 34. Cité par TUEKAM TATCHUM (C.),
L’intérim du Président de la République dans le nouveau constitutionnalisme des Etats d’Afrique d’expression
française, thèse précitée, p.38.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 31
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
République en droit constitutionnel camerounais » revêt plusieurs intérêts que l’on peut
regrouper en deux catégories : un intérêt théorique et un intérêt pratique.
L’intérêt théorique porte sur l’état de la doctrine et la législation en vigueur en la
matière. Le constitutionnalisme africain accorde une place de choix à l’institution
présidentielle. L’orientation présidentialiste de certains régimes africains se traduit par une
inflation de « gadgets juridiques » destinés à renforcer les prérogatives du chef de l’Etat. De
nombreux auteurs ont écrit sur les questions liées à l’intérim, à la vacance ou encore à la
succession. A titre illustratif, le Professeur Jean-Marie AUBY s’est intéressé à la question «
l’intérim » dans un article, mais seulement cet article porte sur le droit administratif et donc
l’approche et les résultats nous paraissent peu transposables en droit constitutionnel. Certains
constitutionnalistes se sont penchés sur la question de manière un peu plus précise, c’est le cas
du Professeur Philippe GODFRIN qui écrira sur « la suppléance du Président de la
République: Echec ou succès »127, ou encore du Professeur LIET-VEAUX dans son ouvrage
« l’intérim de la Présidence de la République»128.
En Afrique également, avec l’avènement du nouveau constitutionnalisme marqué par
la démocratisation de la société, de nombreux auteurs ont abordé de manière plus ou moins
significative la question de l’intérim ; à ce titre, ZEGBELENOU TOGBA et Jean-Marie
NZOUANKEU ont écrit respectivement sur « l’intérim de la Présidence de la République en
Côte d'Ivoire (Analyse juridique et impact politique) »129 et « l’intérim du Président de la
République »130 ; l’on peut encore citer plus récemment Charles TUEKAM TATCHUM qui a
rédigé une thèse sur « L’intérim du Président de la République dans le nouveau
constitutionnalisme des Etats d’Afrique d’expression française ». Bien que l’on doit
reconnaitre à leur actif, des développements plus ou moins importants sur le statut du
Président de la République par intérim appelé intérimaire, aucune étude n’a encore été faite de
manière spécifique sur cette autorité qui, soulignons-le, occupe une place centrale dans la
127
GODFRIN (P.), « La suppléance du Président de la République: Echec ou succès », D. 1969, chr. XX, pp.
167 et s.
128
Georges LIET-VEAUX, « L’intérim de la Présidence de la République », RDP. 1951, pp.1036- 1040.
129
ZEGBELENOU TOGBA, « L’intérim de la Présidence de la République en Côte d’Ivoire (Analyse juridique
et impact politique) »; Penant, n° 797, Juin-Octobre 1988, pp. 205-231. Cité par TUEKAM TATCHUM (C.),
L’intérim du Président de la République dans le nouveau constitutionnalisme des Etats d’Afrique d’expression
française, [Link]., p.12.
130
NZOUANKEU (J.-M.), « L’intérim du Président de la République », RIPAS, n° 10, Avril-Juin 1984, pp.355-
378.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 32
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
réussite d’une transition démocratique ; et les études réalisées dans une approche plus globale
liée à la vacance, à la succession ou encore à l’intérim ne rendent pas suffisamment compte de
son importance.
De plus, les normes juridiques qui encadrent l’intérimaire du président de la
République en Afrique sont très souvent ambiguës et peuvent être sourcesd’insécurité
juridique et même d’instabilité politique, du fait de leur rédaction parfois laconique.
L’intérêt pratique quant à lui se situe au-delà des textes et implique une appréciation
empirique du statut de l’intérimaire au Cameroun. Cet intérêt parait de prime abord peu
important parce que la pratique institutionnelle du Cameroun n’a jamais offert une situation
d’intérim. Cependant, le droit étant surtout prospectif, dans la mesure où il régule non
seulement les situations présentes, mais également celles qui peuvent se produire, réaliser une
étude sur cette autorité parait avant-gardiste sur un phénomène que l’on ne peut empêcher,
sinon bien aménager.
C. L’hypothèse de recherche
Une hypothèse est « une proposition de réponse qui résulte de l’observation et que
l’on peut soumettre au contrôle de l’expérience ou vérifier par déduction. C’est donc une
réponse ou une solution possible à une question ou à un problème donné »131. Il s’agit de la
« réponse anticipée que l’on formule à la suite de la question spécifique de recherche »132.
L’hypothèse Constitue donc, la substance de la démonstration à réaliser par le chercheur ; car
elle permet de saisir de manière complète, le résultat auquel on devrait parvenir au terme de
l’étude. Elle est le fondement d’une [Link] BERNARD l’appréhende d’ailleurs
comme « une interprétation anticipée et rationnelle des phénomènes de la nature»134. Elle a
131
NGO YAP LIBOCK (K.), La fonction d’ordonnateur au Cameroun, Op. cit., p.17.
132
MARC (G.) et PETRY (F.), Guide de l’élaboration d’un projet de recherches en sciences sociales, PUL,
Laval, 2000, p.2.
133
VERGEZ (A.) et HUISMAN (D.), Nouveau « cours de philo », Paris, Fernand Nathan, 1981, p. 236.
134
BERNARD (C.), Introduction à la médecine expérimentale, Paris, Garnier-Flamarion, 1865, p. 2
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 33
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
la particularité d’être vérifiable et spécifique. Vérifiable, parce que le plan n’est que sa
traduction et spécifique, parce qu’elle ne doit pas se perdre dans des généralités135.
L’hypothèse retenue dans le cadre du présent travail est la suivante : La
démocratisation des sociétés africaines en général et le Cameroun en particulier, manifestée
par l’avènement d’un nouveau constitutionnalisme plus libéral, a favorisé la consécration
constitutionnelle des dispositions liées au Président de la République par intérim lorsque
survient une situation de vacance du pouvoir. Ainsi, il apparait donc que l’Intérimaire du
Président de la République au Cameroun est une autorité au statut ambigu136. Plus
précisément, il s’agit d’une autorité fragile voire précaire du fait de son accession au
pouvoir et de la durée de son mandat, d’une part, et d’autre part, d’une autorité que
l’on pourrait qualifiée de « Supra-Intérimaire » ou de « Petit Président » relativement
aux pouvoirs dont il bénéficie qui sont plus ou moins importants en fonction des
circonstances. Pour démontrer cette hypothèse, nous ferons usage de certaines méthodes
propres aux sciences sociales.
Paragraphe II : la méthode d’étude et l’annonce du plan
Il convient de procéder au préalable à l’examen de la méthode (A) avant de
s’intéresser à l’annonce du plan (B).
A. L’examen de la méthode de recherche
Le Doyen Maurice KAMTO affirmait que « la démarche méthodologique
conditionne le travail scientifique car la méthode éclaire les hypothèses et détermine les
conclusions »137. A cet effet, l’on peut dire que toute approche scientifique d’une thématique
requiert une méthode. D’ailleurs le Professeur Boris MIRKINE GUETZEVITCH relève que
«dans toutes les disciplines sociales, les problèmes les plus complexes sont les problèmes de
135
BIKORO (J.M.)Le temps en droit constitutionnel africain: le cas des Etats africains d’expression française,
thèse de doctorat, université de Yaoundé II, 2017, p. 38
136
Du latin Ambiguus, qui signifie équivoque, le terme ambigu, est défini par Le Robert comme un mot qui
« présente deux ou plusieurs sens possibles ; dont l’interprétation est incertaines (ou encore), dont la nature est
équivoque »
137
KAMTO (M) « Dynamique constitutionnelle du Cameroun Indépendant » R.J.A., 1995, p.47.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 34
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
méthode. La méthode, c'est la façon de voir, de comprendre, et surtout d'expliquer. D'où
l'importance capitale des études méthodologiques pour les sciences juridiques en général et
pour le droit constitutionnel en particulier »138 Ainsi entendu, elle constitue le chemin
devant conduire à la démonstration de l’hypothèse, car « le propre de la méthode est d’aider
à comprendre au sens le plus large, non les résultats de la recherche scientifique, mais le
processus de recherche lui-même »139.
La méthode peut être appréhendée comme « l’ensemble des opérations
intellectuelles par lesquelles une discipline cherche à atteindre les vérités qu’elle poursuit,
les démontre les vérifie »140. Elle désigne encore le cheminement ou la voie à suivre141 pour
parvenir à un résultat. A ce titre, Le choix d’une bonne méthode est primordial dans tout
travail scientifique. Le Professeur Gaston JEZE l’avait déjà relevé lorsqu’il déclarait que : «
Plus j’avance en âge, je suis convaincu que la seule chose qui importe pour l’étude du
droit, c’est une bonne méthode »142. Dans le cadre du présent travail, en tenant compte du fait
qu’en matière de recherche il n’existe pas qu’une méthode143, l’option est faite pour la
méthode juridique comme méthode traditionnelle (1), mais avec un recours aux méthodes
additionnelles (2).
1. La méthode traditionnelle : la méthode juridique
En droit il existe une multitude de méthodes juridiques144. Dans le cadre de la
présente analyse, il sera fait usage du positivisme méthodologique145. La méthode juridique en
question est donc celle du positivisme, c'est-à-dire une méthode qui voit dans le droit posé, le
138
MIRKINE-GUETZEVITCH (B.), « Les méthodes d'étude du droit constitutionnel comparé », RIDC, Vol. 1
n° 4, Octobre-décembre 1949. pp. 397-417, spéc., p. 397.
139
GRAWITZ (M.), Méthodes des sciences sociales, Paris, Dalloz, 2001, p. 15.
140
BERGEL (J.L.), méthode du droits, théorie générale du droit, 2e éd, Paris, Dalloz, 1989, p. 10.
141
BERGEL (J-L), Méthodologie juridique, Paris, PUF, 2001, p. 17.
142
Gaston JEZE, Les principes généraux du droit administratif, Paris, réédition Dalloz, tome I, 2005, p. 1.
143
JAILLARDON (E.) et ROUSSILLON (D.), Outils pour la recherche juridique. Méthodologie de la thèse de
doctorat et du mémoire de master en droit, Editions des archives contemporaines et Agence universitaire de la
francophonie, 2010, p.7.
144
CHAMPEIL-DESPLATS (V.), Méthodologies du droit et des sciences du droit, Paris, Dalloz, coll. Méthodes
du droit, 2014, p. 9.
145
Ibid. p.11.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 35
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
seul droit susceptible d’être étudié146. Il semble opportun de souligner que le droit positif
désigne le droit effectivement en vigueur dans une société donnée147 et le positivisme a pour
vocation d’étudier exclusivement le droit en vigueur. En effet, le courant positiviste se
caractérise par son « anti-idéalisme, son antirationalisme et son anti naturalisme »148 et
n’entend fonder le droit que sur les données extérieures à la raison. Ce dernier est régi par
l’exigence de neutralité axiologique149 qui consiste à décrire le droit et non à l’évaluer.
La description du droit est ainsi facilitée par les deux variantes du positivisme qui
sont le positivisme juridique ou normatif (a) et par le positivisme sociologique (b).
a. Le positivisme juridique
Le positivisme juridique se décline en la dogmatique et en la casuistique. La
dogmatique repose essentiellement sur l’interprétation des écrits. Contrairement à ce qu’a pu
penser le Professeur Jean Louis BERGEL150, Elle comprend le droit légiféré et la doctrine : on
l’appelle « l’école de l’exégèse »151. Le droit légiféré c’est l’ensemble des textes juridiques en
vigueur152 en l’occurrence la constitution. Pour Charles EISENMANN, la dogmatique
juridique consiste à déterminer « sur la base d’un système de normes générales supposé
donné comment doit être réglée une hypothèse définie »153. Le juriste doit connaître les
textes et les exploiter, procéder à une analyse qui se rattache soit à l’esprit, soit à la lettre du
texte. Cet exercice permet de comprendre « la cohérence et les incohérences de l’ordre
146
WALINE (M.), « Positivisme philosophique, juridique et sociologique », Mélanges offerts à Raymond Carré
De Malberg, Librairie Edouard Duchemin, 1977, p. 523.
147
CAPITANT (R.), L’impératif juridique. Introduction à l’étude de l’illicite, Thèse de doctorat en droit.
Université de Paris, 1928, p.113.
148
OPPETIT (B.), Philosophie du droit, Paris, Dalloz, 1999, p. 57.
149
CHAMPEIL-DESPLATS (V.), Méthodologies du droit et des sciences du droit, op. cit. , p.111.
150
Pour cet auteur, la dogmatique juridique est « la partie de la science du droit consacrée à l’interprétation et à
la systématisation des normes», une telle affirmation réduit la dogmatique au droit légiféré. BERGEL (J.L.),
Théorie générale du droit, Dalloz, 1989, p.3.
151
TERRE (F.), Introduction générale au droit, 6e éd., Paris, Dalloz, 2003.
152
CARBONNIER (J.), Droit civil, Tome 2. Paris, PUF. 1977, p. 37.
153
EISENMANN (C.), « Quelques problèmes de méthodologie des définitions et des classifications en science
juridique », in EISENMANN (C.), Ecrits de théorie du droit, de droit constitutionnel et d'idées politiques, textes
réunis par Ch. Leben, Paris, Presses de l'Université de Panthéon-Assas, coll. « les introuvables », 2002, p. 279,
cité par BONNARD (L.), « La pensée constitutionnelle de Charles Eisenmann », Juspoliticum, n°8, 2012, 76
pages, p. 4.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 36
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
juridique »154. La dogmatique n’étant pas synonyme de codification, prend aussi en compte la
doctrine, c’est-à-dire les écrits des différents auteurs. Dans sa théorie générale du droit, le
Professeur Jean Louis BERGEL, relève que la doctrine est un concept ambigu155 . Pour lui en
effet, il n’y a pas de doctrine mais des auteurs de droit. La doctrine n’est pas un système
organisé, chaque auteur ayant sa pensée, ses opinions et même son autorité. Ce qui constitue
un ensemble disparate des ouvrages juridiques. Cette vision n’est pas sans fondement, mais il
convient de souligner que c’est cet ensemble de pensées convergentes et divergentes qui
constitue en un mot la doctrine. Cette dernière serait donc par définition « Une opinion
écriteet scientifique qui fait autorité »156.
En ce qui concerne la casuistique, elle repose essentiellement sur la jurisprudence.
Elle s’intéresse, Comme le relève le Professeur Roger Gabriel NLEP, « au droit réellement
en vigueur. Ce faisant, elle se penche sur la manière dont le droit est appliqué par les
différentes parties prenantes : l’administration d’une part, les cours et tribunaux, d’autre
part »157, elle reflèteles réalités juridiques d’un Etat158 et repose sur l’interprétation des
décisions de justice étant entendu que la jurisprudence constitue une source formelle du droit.
La casuistique sera utilisée dans cette recherche à titre de droit comparé, car il n’existe pas au
Cameroun à ce jour une hypothèse de vide au sommet de l’Etat, et donc une intervention du
juge constitutionnel en matière d’intérim.
Si cette méthode présente l’avantage de décrire le droit à travers les textes et leurs
interprétations jurisprudentielles, force est de reconnaitre qu‘elle est très limitée. En
privilégiant la structure institutionnelle, tout en négligeant son fonctionnement, elle ne rend
pas compte de la réalité. A ce titre Ives-André FAURE souligne que « La méthode positiviste
a pour conséquence malheureuse, d’évacuer systématiquement le champ social de la
pratique, d’occulter les conditions bien particulières d’émergence et d’application des
normes, de trahir leur signification réelle, d’imposer des catégories universelles devant
154
NLEP (R.G.), L’administration publique camerounaise « Contribution à l’étude des systèmes africains
d’administration publique », Op. cit, p.8.
155
BERGEL (J.L.), méthode du droits, Théorie générale de droit, Op. cit, p. 68.
156
BELLET (P.), cité par BERGEL (J.L.), méthode du droits, Théorie générale de droit Op. cit, p.68.
157
NLEP (R.G.), L’administration publique camerounaise « Contribution à l’étude des systèmes africains
d’administration publique », [Link], p.8.
158
ONDOA (M.), La protection des dépenses d’indemnisation en droit camerounais, p.6. Cité par NYEBE
TSANGA (D.) L’acte de gouvernement en droit camerounais, thèse de doctorat, université de Yaoundé II, 2018,
p.42.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 37
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
lesquelles doivent se plier les réalités diverses et complexes du sujet »159. Le positivisme
juridique apparaît alors « comme un cantonnement volontaire dans l’observation des seuls
faits de textes, à l’exclusion d’autres faits pourtant significatifs relevant notamment du
domaine sociologique »160. L’on peut alors conclure avec le Professeur Jean-Louis BERGEL
que « le raisonnement juridique (…) s’inspire à la fois des principes abstraits et des réalités
concrètes, avec un va et vient constant du droit aux faits »161, d’où l’importance du la
méthode sociologique encore appelée positivisme sociologique.
b. Le positivisme sociologique
Encore appelé positivisme factualiste162, le positivisme sociologique ne se limite pas
à la règle, mais recherche l’enracinement ou l’application du droit dans la réalité sociale, car,
le souligne le professeur GUETZEVITCH, « La logique juridique seule ne suffirait à faire
comprendre le rendement politique des institutions »163
La raison d’être du positivisme sociologique est liée au fait que « le phénomène
juridique ne peut être saisi sans que soit prise en compte sa dimension sociale et politique
»164 car, « l’analyse des usages du droit constitutionnel présuppose que les rapports entre
pratiques et règles ne sont pas posés en termes d’adhérence »165. C’est ce qui justifie le
recours à un droit constitutionnel par delà le texte et la jurisprudence constitutionnelle166. Le
Doyen VEDEL estime d’ailleurs à ce sujet que « le juriste doit se mouvoir à la fois dans le
Sein et dans le Sollen et cet exercice, tout d’illogique équilibre, lui est imposé sous peine
159
FAURE (Y.-A.), « Les Constitutions et l4exercice du pouvoir en Afrique noire. Pour une lecture différente
des textes », Politique africaine, n° 1, janvier 1981, p. 37.
160
BRAUD (P.), Science politique, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », n° 909, 1982, p. 98
161
BERGEL (J.-L.), Méthodes du droit, théorie générale du droit, Op. cit., p. 10.
162
OPPETIT (B.), Philosophie du droit, Paris, Dalloz, 1999, p.57.
163
MIRKINE GUETZEVITCH (B.), article précité, p. 398.
164
CHEVALLIER (J.), « Pour une sociologie du droit constitutionnel », in L’architecture du droit, Mélanges en
l’honneur de Michel Troper, Paris, Economica, 2006, p. 281.
165
Ibid., p. 294.
166
BEAUD (O.), « Le Droit constitutionnel par delà le texte et la jurisprudence du conseil constitutionnel »,
Cahiers du conseil constitutionnel, n°6, janvier, 1996, pp. 98-110.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 38
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
pour lui de se transformer soit en algébriste des normes, soit en chroniqueur des
phénomènes juridiques »167.
Il faudra donc appréhender les règles régissant l’intérimaire du Président de la
République en rapport avec l’environnement sociopolitique de sa création et de son
application. Cela est d’autant plus vrai qu’« en droit constitutionnel, on ne peut pas se
contenter d’exposer la règle, la pratique, c’est-à-dire la façon dont cette règle est appliquée,
contournée ou violée est aussi et peut-être même plus importante ; l’écart entre la théorie et
la réalité est ici plus large qu’ailleurs et ce qui compte n’est pas tant de savoir comment un
peuple devrait être gouverné à en croire sa Constitution, mais comment il l’est »168. Ceci
trouve toute sa pertinence notamment dans un contexte africain marqué par une certaine
ambigüité des textes.
2. Les méthodes additionnelles
Elles sont au nombre de deux : la méthode comparative (a) et la méthode historique
(b).
a. La méthode comparative
La méthode comparative est employée dans tous les stades de la recherche169. Elle
est certes transdisciplinaire, mais dans les études juridiques, on la désigne sous le vocable
droit comparé170. Le droit comparé est une méthode ancienne qui était déjà utilisée par les
juristes de l’époque171. Le Professeur Joseph Marie BIPOUN WOUM affirmait concernant le
cadre africain, qu’une recherche dans ce cadre ne peut se passer de l’analogie et de la
167
VEDEL (G.), Préface, in ISRAEL (J.-J.), La régularisation en droit administratif français, Thèse, Droit,
Paris, LGDJ, 1981, p. 2.
168
ARDANT(P.), Institutions politique et droit constitutionnel, 11e édition, Paris, LGDJ, 1999, 606 pages, spéc.,
p.10.
169
GRAWITZ (M.), Méthodes des sciences sociales, [Link]. p. 419.
170
Le premier auteur à avoir développé cette idée est sans doute Borislav BLAGOJEVIC, lequel affirme que «
L’emploi du droit comparé est si développé actuellement que (…) on s’en sert comme une méthode
supplémentaire ». Lire utilement, BLAGOJEVIC (B.), « Le droit comparé : méthode ou science », RIDC, Vol 5,
n°4, 1953, p.652.
171
Ibid, p. 650.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 39
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
comparaison172. Celle-ci permet de comprendre non seulement les autres droits, mais bien son
propre droit et même le droit en général173.
En effet, pour comparer, il faut connaitre les autres droits174, car la « connaissance
de l’autre, mise en perspective de soi est leçon de relativité »175. La comparaison assure dont
une double fonction. La première consiste en la découverte d’une façon de résoudre un
problème juridique ; et la seconde permet d’apporter une justification à la solution retenue
selon un contexte précis. La méthode comparative permet, en définitive, d’avoir un regard sur
son propre droit et de mieux le comprendre.
b. La méthode historique
Le professeur Michel TROPERaffirmait que c’est « une banalité que de dire que le
droit constitutionnel (…) est un produit de l’histoire »[Link], en matière constitutionnelle,
on peut considérer l’histoire constitutionnelle comme unlaboratoire d’arguments pour les
constitutionnalistes177. La méthode historique se base sur le fait que le droit est une création
continue de la société dont les textes ne sont que l’expression provisoire qui doit évoluer avec
le milieu social178. Le droit est appelé à s’adapter aux situations nouvelles, car la société n’est
pas figée. Pour le juriste, la recherche historique est au service de la connaissance juridique179.
Le Professeur NGONGO Louis Paul conseillera qu’il faut être « soucieux de comprendre le
Cameroun d’aujourd’hui à partir du Cameroun d’hier »180. Le droit se caractérise par sa
continuité ceci se justifie par la survivance de la règle ancienne dans la règle nouvelle181, il
172
BIPOUN WOUM (J.M.), Le droit international africain, Op. cit, p.5.
173
PICARD (E.), cité par MELLERAY (F.), « L’immunité des actes de gouvernement en question, le droit
français confronté aux développements récents du droit espagnol », RFDA, n°5, 2001, p.1087.
174
PONTHOREAU (M.-C.), Droits constitutionnels comparés, Paris, Economica, 2010, p. 90.
175
KOSSI (S.), Le Parlement dans le nouveau constitutionnalisme en Afrique. Essai d’analyse comparée à
partir des exemples du Bénin, du Burkina Faso et du Togo, Thèse pour le Doctorat en Droit Public, Université de
Lille 2-Droit et Santé, 2008, p. 33, cité par TUEKAM TATCHUM (C.), L’intérim du Président de la République
dans le nouveau constitutionnalisme des Etats d’Afrique d’expression française, Thèse précitée, p.46.
176
TROPER (M.), Le Droit et la nécéssité, Paris, PUF, coll. Léviathan, 2011, p. 274.
177
SAINT BONNET (F.), « Regards critiques sur la méthodologie en histoire constitutionnelle. Les destinations
téléologiques des options épistémologiques », Jus Politicum, n°2, 2009, p. 7.
178
BERGEL (J.L.), méthode du droits,Théorie générale du droit, Op. cit, p. 247.
179
Idem.
180
NGONGO (L.P.) cité par GUESSELE ISSEME (P.L.), L’apport de la Cour Suprême au droit
Administratif camerounais, thèse de Doctorat Ph/D, Université de Yaoundé II-Soa, 2010, p.42.
181
Idem.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 40
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
n’y a, disait le Doyen Georges VEDEL, « jamais de révolution absolue. Toute révolution
està la fois une rupture avec la tradition et une utilisation de cette tradition »182.
B. L’annonce du plan
Tout comme les précédentes parties, l’annonce du plan est une étape importante dans
la rédaction d’un travail de recherche car elle permet de présenter de manière claire et
structurée les différentes parties qui seront développées. En exposant les grandes lignes du
développement à venir, l’annonce du plan donne une vision d’ensemble de la structure du
texte. Cela permet également à l’auteur de rester organisé et de s’assurer que toutes les idées
importantes seront abordées de manière cohérente.
Afin de traiter le présent sujet, l’analyse sera organisée autour de deux grandes
parties : nous présenterons dans un premier temps l’Intérimaire comme un Président de
circonstance (1ere Partie), et dans un seconde temps nous montrerons que l’Intérimaire est
un Président de transition (2eme Partie).
182
VEDEL (G.), Droit constitutionnel, 1949, p. 51.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 41
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
PREMIERE PARTIE :
UN PRESIDENT DE CIRCONSTANCE
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 42
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
L’évolution des systèmes politiques africains vers plus de libéralisme et de démocratie
n’a pas remis en question les stigmates d’une conception paternaliste, voire personnalisée183
du pouvoir présidentiel. Le Chef de l’Etat demeure un véritable souverain selon la pensée de
CARL SCHIMITT184.
Cette position justifie la logique présidentialiste des régimes politiques Africains185,
dont le fondement se situe dans « la fragilité des nations africaines qui ont besoin de
s’incarner dans un homme »186. A cet égard, tout ce qui touche à la personne du Président de
la République affecte la vie politique du pays. Cependant, force est de reconnaitre que l’Etat
ne saurait disparaitre à cause de l’indisponibilité du titulaire de la fonction présidentielle.
Ainsi, en période de vide au sommet de l’Etat, La continuité de l’Etat suppose que le droit en
vigueur soit respecté de telle sorte que les institutions étatiques continuent de fonctionner
normalement.
Au Cameroun, les différents constituants, depuis l’accession à l’indépendance ont tôt
fait de comprendre que l’Etat ne disparait pas en cas de survenance d’une situation de vacance
au sommet de l’Etat. Cette situation, débouchant sur un intérim, nécessite, au regard de la
fragilité de la période qu’il soit consacrer des mécanismes favorables à la sauvegarde de la
continuité parfaite de l’Etat. Au rang de ces mécanismes, ceux aménageant l’intérimaire
retiennent particulièrement notre attention dans le cadre de cette thématique. Il s’agit d’une
autorité, désignée suivant la législation en vigueur dont le rôle est d’assurer la continuité de
l’Etat. Au regard de la cette situation et des mécanismes qui l’encadrent, il ressort clairement
que le Président de la République par intérim appelé intérimaire est une autorité de
circonstance manifestée non seulement par une accession accidentelle à la fonction
présidentielle notamment en cas de vacance du pouvoir (Titre I), mais également par une
accession conditionnée par son investiture (Titre II).
183
CONAC (G.), « Portrait du Chef de l’Etat », Pouvoirs, n°25, 1983, pp. 121-129.
184
Lire par exemple sur la question, CAMY (O.), « Le Chef de l’Etat est-il souverain sous la Ve République ? »,
RFDC, n°25, 1995, pp. 3-20 ; Olivier BEAUD, « Le souverain », Pouvoirs, n° 67, 1997 ; SCHMITT (C.),
Théologie politique, Paris, Gallimard, 1998.
185
GICQUEL (J.), « Le présidentialisme négro-africain. L’exemple camerounais », in Le pouvoir, Mélanges
offert à G. BURDEAU, Paris, LGDJ, 1977, pp. 701-725.
186
CONAC (G.), « Portrait du Chef de l’Etat », Op. cit., p. 121.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 43
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
TITRE I :
L’ACCESSION ACCIDENTELLE A LA FONCTION
PRESIDENTIELLE : LA VACANCE DU POUVOIR
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 44
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
L’examen du régime de la vacance pose une préoccupation majeure, celle de « situer
la magistrature suprême qui court de l’interruption du mandat d’un chef d’Etat élu du
peuple, pour diverses raisons, jusqu'à l’élection de son remplaçant par le même peuple »187.
Ainsi, ce régime vise à mieux protéger la fonction présidentielle des atteintes pouvant affecter
celui qui l’incarne188.
Etymologiquement, Le mot vacance vient du latin « vacare » qui signifie être vide,
inoccupé. C’est la période pendant laquelle une fonction, un poste ou une charge se trouve
momentanément dépourvu de titulaire. Il s’agirait alors d’une période au cours laquelle une
fonction n’est plus exercée, du moins par le titulaire originel. C’est sans doute la raison pour
laquelle Le Robert, l’appréhende comme« toute situation, période où les organes
institutionnels du pouvoir politique ne sont plus en mesure de fonctionner »189. Cette
conception, aussi pertinente soit elle, ne trouve pas notre pleine adhésion, en ce sens qu’elle
assimile la vacance à une période de dysfonctionnement absolu des institutions du pouvoir
politique, comme si la vacance entrainait la mort de l’institution.
En effet, l’idée de vacance suppose une interruption résultant de ce que la personne
physique exerçant une compétence donnée, n’est plus en mesure d'assumer matériellement les
tâches qui lui ont été confiées par la légalité190. Cette vacance ne s’attache donc pas au
pouvoir qui perdure, mais à son détenteur qui a perdu les aptitudes, physiques ou juridiques,
qui faisaient de lui le dépositaire de la volonté du pouvoir191.
La vacance qui est un « vide au sommet de l’Etat »192 Selon l’expression de Jean
GICQUEL, est un fait objectif dont la réalité ne doit être ni contestée ni contestable ; elle
désigne « (l’) absence définitive du titulaire d’un mandat ou d’une fonction»193. Allant dans
187
SALAMI (I.D.), « le chef d’Etat de transition en Afrique », RBSP, vol 1, n˚1 ; mai 2017, p.21.
188
Lire sur la question TUEKAM TATCHUM (C.), « Réflexion sur le régime de la vacance du pouvoir
présidentiel en Afrique noire francophone : étude à partir de l’exemple du Cameroun », RPSJC, n° 009, Dakar,
mars 2015, pp. 21-67.
189
Le Robert, Dictionnaire de la langue française, Vol. 9, p. 613.
190
EL HADJ MBODJ, Le succession du Chef de l’État en droit constitutionnel africain (Analyse juridique et
impact politique), [Link]., p.231.
191
Idem.
192
GICQUEL (J.), Droit constitutionnel et institutions politiques, 19ème édition, Paris, Montchrestien, p.529.
193
De VILLIERS (M.) et Le DIVELLEC (A.), Dictionnaire du droit constitutionnel, 7ème édition, Paris, Sirey,
2009, p.339.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 45
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
le même sens, le doyen Gérard CORNU l’appréhende comme « l’état d’un emploi qui n’est
plus occupé du fait de l’absence définitive de son titulaire »194. Cette définition nous permet
d’opérer une distinction entre la vacance et l’empêchement, car les deux notions ne sont pas
interchangeables.
En effet, l’empêchement renvoie à la situation dans laquelle se trouve le titulaire d'une
compétence juridique rendant impossible l'exécution de ses obligations195. Le Doyen AUBY
le défini comme : « tout motif qui met provisoirement ou définitivement le titulaire d’une
compétence dans l’impossibilité d’exercer celle-ci »196. Bien que certaines constitutions
africaines précisent la nature de cet empêchement197, La majorité en fait généralement
allusion sans procéder à une distinction entre les différents cas d’empêchement198. Il s’avère
dès lors indispensable de bien préciser la nature de l’empêchement en distinguant ainsi
l’empêchement provisoire de l'empêchement définitif.
L’empêchement provisoire est temporaire car le titulaire de la compétence ne
rencontre qu’un « obstacle provisoire à l'exercice des fonctions »[Link], « le concept
d'empêchement temporaire reste très ambigu »200 ; il peut recouvrir des situations variées qui
peuvent être la conséquence d'une maladie201, ou d'un voyage amenant le titulaire d'une
compétence à quitter temporairement le siège des pouvoirs publics202. Ainsi, L'empêchement
temporaire n'est pas une cause de vacance du pouvoir présidentiel, car Le chef d'Etat
194
CORNU (G.), Vocabulaire juridique, Association Henri Capitant, Dernière édition mise à jour, Paris, 2011,
spéc., p.1054.
195
EL HADJ MBODJ, Le succession du Chef de l’État en droit constitutionnel africain (Analyse juridique et
impact politique), [Link]., p.235.
196
AUBY (J.-M.), « L’intérim », [Link]., p. 866.
197
C’est le cas de la constitution camerounaise du 18 janvier 1996, qui précise en son article 6(4) que
l’empêchement dit être définitif.
198
Ainsi, la constitution sénégalaise du 29 Aout 1960 (J.O.R.S., 31 Août 1960.) instituait un régime
d'empêchement uniforme à travers la procédure de constatation prescrite par l'article 22, alinéa 2. Cette
assimilation fut abandonnée par la constitution du 7 Mars 1963 (Loi constitutionnelle 63-22 du 7 Mars 1963,
J.O.R.S., 11 Mars 1963).
199
AUBY (J. M.), « L’intérim », [Link]., p.865.
200
MBOME (F.), « Les empêchements du Président de la République au Cameroun », R.J.P.I.C., T.32, No.3,
Sept.1978, p.909.
201
Une intoxication alimentaire peut mettre un chef d’Etat dans une incapacité matérielle d’exercer
provisoirement ses fonctions.
202
Le Président Georges WASHINGTON considérait le déplacement du chef de l’exécutif à l’extérieur du
territoire national comme un empêchement entraînant une incapacité provisoire. C’est pour cette raison qu’il
refusa de se rendre à Rhodes Island tant que cet Etat ne fut pas membre de l’Union. Cette interprétation allait être
abandonnée par la suite par ses successeurs.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 46
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
provisoirement empêché retrouve toutes ses prérogatives une fois les obstacles qui étaient à
l'origine de son empêchement disparus203.
L’empêchement définitif pour sa part peut être défini comme la situation mettant le
titulaire d'une compétence, en l’occurrence le Président de la République dans l'impossibilité
absolue et définitive d'exercer les fonctions à lui assignées par le peuple.
En définitive, c’est au Professeur LUCHAIRE que l’on doit le mérite d’avoir, en des
termes simples, différencié l’empêchement de la vacance. L’illustre auteur estime que « la
vacance est le fait qu’une fonction est sans titulaire ; l’empêchement est la situation d’un
homme qui est titulaire d’une fonction qu’il ne peut remplir.»204. Ainsi, la vacance s’attache
à la fonction et l’empêchement à l’homme qui incarne la fonction. En conséquence, seul un
empêchement définitif peut provoquer une situation de vacance du pouvoir présidentiel.
En Afrique, deux méthodes sont généralement utilisées pour présenter les causes de la
vacance du pouvoir205 : il s’agit de laméthode par généralisation, utilisée par le constituant
gabonais206, et de la méthode par énumération dont ont fait recours les autres Etats. En tout
état de cause, la vacance revêt une importante singulière dans l'organisation du pouvoir
présidentiel dans les régimes africains en général et au Cameroun en particulier, toute chose
qui justifie la rigidité de sa règlementation. A cet égard, il nous semble pertinent de mettre en
évidence toutes les préoccupations liées à la vacance qui s’illustrent notamment à travers
l’analyse de la variabilité des mobiles de la vacance du pouvoir présidentiel au Cameroun
(chapitre I), et la nécessite du constat de la vacance du pouvoir (chapitre II).
203
Ce fut le cas au Gabon en 2018 avec le retour du Président El Hadj Ali BONGO ONDIMBA, victime d’un
accident vasculaire cérébral, après un long séjour en Arabie Saoudite et au Maroc. Cependant, son état de santé
très détérioré du fait de cet accident pouvait constituer une cause d’empêchement définitif au regard de la
diminution considérable de ses facultés et capacités physiques et mentales
204
LUCHAIRE (F.), Le Conseil constitutionnel, Paris, Economica, p. 376.
205
Lire TUEKAM TATCHUM (C.), L’intérim du Président de la République dans le nouveau
constitutionnalisme des Etats d’Afrique d’expression française, thèse précitée, PP. 53-54.
206
Article 13 de la loi n˚3/91 du 26 Mars 1991, modifiée le 11 janvier 2018 portant constitution de la République
du Gabon.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 47
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
CHAPITRE I :
LA VARIABILITE DES MOBILES DE LA VACANCE
DU POUVOIR PRESIDENTIEL AU CAMEROUN
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 48
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
La vacance résulte d’un fait qui entraîne des conséquences juridiques quant à
l’exercice du pouvoir. En raison de son importance par rapport à la continuité du pouvoir
présidentiel, elle est soumise à un régime juridique rigoureux. Cette réglementation vise à
déterminer et à rationaliser les mobiles qui sont à l’origine de la vacance d’une part, et à
aménager la procédure à travers laquelle ces mobiles font naître juridiquement une situation
de vacance.
L’expression mobile de la vacance du pouvoir, peut s’entendre comme toute
circonstance ou condition de fait susceptible de mettre le titulaire de la fonction présidentielle
dans l’impossibilité absolue et définitive de l’exercer. Ce sont ces mobiles ou encore ces
circonstances qui sont à l’origine de l’interruption ou de la fin prématurée du mandat
présidentiel. Ainsi, la multiplicité de ces faits ou mobiles ne serait un gage de sécurité et de
stabilité de la fonction du Président de la République élu. Pour le protéger, les constituants
africains ont choisi de rétrécir ou de limiter au maximum les situations pouvant déclencher la
vacance. Mais, face à l’incapacité de ceux-ci à prévoir et encadrer toutes les situations, il est
nécessaire de recourir à l’observation de la pratique politique afin d’entrevoir des mobiles de
la vacance du pouvoir qui ne relèvent pas ou ne relèvent qu’indirectement de ce qui pourrait
être considéré comme l’option du droit constitutionnel en vigueur.
Au Cameroun, la classification de mobiles de vacance du pouvoir obéit à une double
logique ; d’une part, il y’a un mobile vécu (section I) qui est la démission, et d’autre part, des
mobiles prévus par la Constitution (section II).
Section I : Le Mobile vécu : La démission
La démission en générale et particulièrement celle du chef de l’Etat ne laisse pas
indifférent et intrigue à la limite. Elle peut être considérer pour certains comme une libération
et pour d’autres comme un « aveu d’incapacité à pouvoir assumer les charges qui lui
incombent »207. C’est toujours un moment important dans une carrière et résulte très souvent
d’une réflexion intime aux conséquences souvent diverses. Au Cameroun, la démission est le
seul mobile de la vacance présidentiel qui a été vécu depuis l’accession à l’indépendance. Il
207
ELAT NDAMA (D.P.), La perte du mandat politique en droit constitutionnel camerounais, [Link]. p. 207.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 49
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
était donc nécessaire de l’analyser de manière singulière par rapport aux autres mobiles. Il
sied donc d’examiner tour à tour le régime de la démission (Paragraphe I), et sa pratique
(Paragraphe II).
Paragraphe I : Le régime de la démission
L’examen du régime de la démission commande qu’il soit étudié sa définition (A) et
ses modalités (B)
A. La notion de démission
La démission est une notion généralement utilisée en droit de la fonction publique ou
encore en droit du travail pour faire allusion à l’aptitude d’un agent ou d’un fonctionnaire à
rompre sa relation de travail avec la collectivité territoriale ou l’établissement public et de
quitter définitivement son emploi. Cette notion est abondamment définit par des dictionnaires
et lexiques spécialisés. Le Robert la considère comme « l’acte par lequel on se démet d’une
fonction, d’une charge, d’une dignité »208. D’autres dictionnaires spécialisés la définissent
tantôt comme « [l’] acte par lequel on renonce à une fonction ou à un mandat »209, tantôt
comme « [l’] acte par lequel le titulaire d’un mandat ou d’une fonction signifie qu’il ne
veut plus, ou ne peut plus, l’exercer »210 et qui se traduit « par une renonciation, une
abdication, un abandon d'une charge publique ou privée »211.
La notion de démission doit être distinguée de deux notions voisines ; il s’agit de
l’abandon de poste et de la révocation. L’abandon de poste se traduit par le fait qu’une
autorité abandonne de façon irrégulière son service sans aucune justification, c’est une «
situation irrégulière d’absence pour les fonctionnaires »212. La révocation pour sa part se
définit comme l’acte par lequel on met fin aux fonctions d’une autorité indépendamment de sa
volonté et en général à la suite d’une instance disciplinaire. Il s’agit du « licenciement d’un
208
Le Robert, Dictionnaire de la langue française, Vol. No.3, p.325.
209
GUINCHARD (S.) et DEBARD (Th.) (dir.), Lexique des termes juridiques, Op. cit., p. 715
210
DE VILLIERS (M.), Dictionnaire de droit constitutionnel, 4ème édition, Paris, Armand Colin, 1998-2003, p.
85.
211
El Hadj MBODJ, La succession du chef d’Etat en droit constitutionnel africain, Op. cit., p. 239.
212
CORNU (G.), Vocabulaire juridique, Op. Cit., p. 35.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 50
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
agent public pour raison disciplinaire »213, c’est encore une « mesure disciplinaire
consistant dans l’exclusion d’un fonctionnaire des cadres de l’administration avec ou sans
suspension de ses droits à pension »214 Quelques soit l’origine de la définition, et par
oppositions aux deux précédentes notions, la démission en droit met en exergue deux
éléments majeurs nécessaires à son appréhension. Il s’agit de la manifestation d’une volonté
(1), matérialisée par un acte explicite (2).
1. Un acte volontaire
La jurisprudence en matière sociale en France considère la démission comme « un
acte unilatéral par lequel le salarié manifeste de façon claire et non équivoque sa volonté
de mettre fin au contrat de travail»215. Abondant dans le même sens, le Professeur El Hadj
MBODJ l’appréhende comme « un acte librement consenti (…) par lequel le titulaire d'une
compétence manifeste clairement sa volonté de ne plus exercer les prérogatives qui lui
avaient été confiées»216. Il ressort clairement de l’une ou l’autre de ces déclarations que la
démission est un acte purement volontaire qui exprime la liberté de la personne. En
conséquence, Les règles juridiques qui s'appliquent à la démission se caractérisent par leur
extrême souplesse, il en va de même pour la démission du chef de l’Etat.
En effet, Le souci de respecter la volonté du titulaire de la fonction se traduit par
l'existence de règles non contraignantes rendant facile le départ du démissionnaire. Il est
surtout question de protéger la volonté du démissionnaire, car la démission est « un acte de la
personne, non un acte de la fonction »217. Ainsi, la démission ne doit être assortie d’aucune
condition, mais résulter de l’expression d’une volonté lucide et libre, car il s’agit d’un acte
unilatéral qui relève du pouvoir discrétionnaire du titulaire de la fonction. A cet égard, la
constitution se contente de poser la faculté reconnue au chef de l'Etat d'abandonner ses
213
GUINCHARD (S.) DEBARD (T.), Lexique des termes juridiques, Op. Cit. p. 2063.
214
CORNU (G.), Vocabulaire juridique, Op. Cit. p. 1958.
215
Cour de cass, soc, 9 mai 2007, n° 05/41944 et Cour de cass, soc, 12 décembre 1991, Bull. civ., n°576. Cité
par TUEKAM TATCHUM (C.),L’intérim du Président de la République dans le nouveau constitutionnalisme
des Etats d’Afrique d’expression française, [Link]., PP. 53-54.
216
MBODJ (E.H.), La succession du chef d’Etat en droit constitutionnel africain, Op. Cit. p. 241.
217
BARTHELEMY (J.) & DUEZ (P.), Traité de droit constitutionnel, (édition de 1933), Paris, Economica,
1985, p.615.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 51
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
fonctions sans entrer dans les détails de la réglementation ni déterminer une procédure
particulière devant être suivie par le démissionnaire.
Tout le problème à ce niveau se pose sur la capacité à démontrer qu’une volonté a été
librement exprimée, sans contraintes ni conditions. Pour tenter d’y apporter une solution, il est
nécessaire de recourir à la distinction que la Professeur Maurice KAMTO218 opère entre la
volonté interne et la volonté déclarée. Selon l’auteur, le droit doit se démarquer des
conceptions psychologiques et donc interne de la volonté qui dévoilent des mécanismes
complexes et essentiellement subjectifs dans leur appréhension pour favoriser des théories
plus concrète et palpable de la volonté. Il conclut alors en affirmant que « La question semble
désormais réglée dans la pensée juridique (car) en s’assignant une vocation scientifique, le
droit semble avoir tranché en faveur de la théorie de la volonté déclarée, manifestée
objectivement aux tiers et pouvant, seule, garantir une certaine sécurité dans le commerce
juridique entre sujets de droit »219.
Cette conception de la démission, acte volontaire semble ne pas être une donnée
absolue dans la mesure où il est possible de concevoir une démission involontaire. Gérard
CORNU affirme dans ce sens que la démission est un « Acte par lequel une personne (agent
public, dirigeant de société, préposé) renonce – spontanément ou sous l’effet d’une
contrainte légale – à l’exercice de ses fonctions et dont l’effet est parfois subordonné (ainsi
pour le fonctionnaire) à son acceptation par l’autorité de nomination »220.
D’ailleurs MBODJ lui-même émet la possibilité d’une démission involontaire en déclarant
que « La démission est un acte librement consenti ou imposé »221. Il apparait donc
clairement que, dans certaines circonstances, la démission peut intervenir sous contrainte, et
subordonnée à une condition. La principale hypothèse juridique dans laquelle la démission
peut intervenir sous contraintes est le cas d’une démission consécutive à l’élection à d’autres
218
Lire, KAMTO (M.), La volonté de l’Etat en droit international, Académie de Droit International de la Haye,
tome 310, 2007, 420 pages.
219
Idem.
220
CORNU (G.), Vocabulaire juridique, Op cit, p.711.
221
El Hadj MBODJ, La succession du chef d’Etat en droit constitutionnel africain, [Link].,p. 239.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 52
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
fonctions222. En effet, les fonctions de Président de la République sont incompatibles avec
toute autre fonction élective, qu’il s’agisse d’une élection nationale ou locale.
En définitive, L’acte juridique, sera considéré comme volontaire et donc comme
procédant d’une décision, chaque fois qu’il résultera d’une manifestation extérieure de la
volonté, par le biais d’un acte explicite.
2. Un acte explicite
Il est constant, qu’en matière de démission, le recours à l’écrit est une exigence en
raison de la nécessaire de protéger la volonté individuelle du démissionnaire. L’écrit apparait
alors comme une véritable exigence de forme nécessaire pour permettre l’appréciation de la
sincérité de l’acte de démission.
La question qui se pose ici est celle de savoir : quelle forme doit prendre cet écrit ?
Une lettre ou un message ? Le constituant camerounais, à l’instar de ses homologues
Africains ne s’est explicitement pas prononcé sur la question. Pour avoir une réponse à cette
interrogation, il est nécessaire de recourir à la doctrine et à la loi. En effet, pour Adhémar
ESMEIN, « le message, est un acte que le Président accomplit en vertu des pouvoirs qu’il
détient de la Constitution ; il constitue un exercice même de ces pouvoirs. La démission au
contraire est un acte éminemment personnel par lequel le citoyen investi de la présidence
l’abdique, dépose les pouvoirs qu’elle entraine »223. Par conséquent, l’auteur opte, à l’instar
des Professeurs BARTHELEMY et DUEZ224, pour une lettre de démission.
Cependant, le massage demeure important, car il permet au Président de la
République, en vertu de la prérogative qui lui est reconnu d’adresser des messages à la nation,
de porter à la connaissance du peuple qui l’a élu sa décision de démissionner. Ainsi, la lettre
de démission doit être précédée par un message du chef de l’Etat annonçant à la nation sa
démission. Le code électoral camerounais dispose d’ailleurs à cet égard que « En cas de
222
Voir article 7(4) de la loi constitutionnelle camerounaise du 18 janvier 1996.
223
ESMEIN (A.), Traité de droit constitutionnel, Paris, Sirey, 1928, p. 244.
224
BARTHELEMY (J.) et DUEZ (P.), Traité de droit constitutionnel, (édition de 1933), Paris, Economica,
1985, p. 615 cité par El Hadj MBODJ, La succession du chef d’Etat en droit constitutionnel africain, Op. cit., p.
239.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 53
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
vacance de la Présidence de la République pour cause de démission, le Président
démissionnaire en informe la Nation par voie de message »225.
Ce message est d’une importance singulière en démocratie à partir du moment où le
chef de l’Etat est l’élu de la nation. Cette dernière est en droit d’être officiellement informée
sur les raisons qui ont amené son représentant suprême à quitter le pouvoir afin d’assurer la
transparence et la légitimité du processus. C’est sans doute la raison pour laquelle le Président
AHIDJO avait annoncé sa démission par un message à la radio adressé à la nation le soir du 4
novembre 1982226. Seulement, il s’agit plus d’une exigence politique que juridique. En
somme, On parlera de démission lorsque la volonté de démissionner a été manifestée de
manière claire, certaine et non équivoque par le biais d’une lettre et éventuellement suivie
d’un message.
Cette conception de la forme de l’acte de démission exclut l’idée même d’une
démission verbale ou orale du chef de l’Etat. Le constituant l’a d’ailleurs implicitement
évincée puisqu’il exige qu’une lettre de démission soit remise au juge constitutionnel pour
constater et ouvrir la période d’intérim, ce qui suppose un écrit et par conséquent la nullité de
la démission orale. La définition de la démission ainsi posée, il convient d’examiner ses
modalités.
B. L’imprécision des modalités de la démission
L’imprécision des modalités de la démission se perçoit non seulement à travers le
mutisme des textes en ce qui concerne les facteurs de démission (1), mais également à travers
l’incertitude de sa procédure de mise en œuvre (2).
1. L’indéfinition des mobiles de la démission du Président de la
République
En l’état actuel du droit positif camerounais, aucun texte ne précise les mobiles
pouvant entrainer la démission du chef de l’Etat. Il faut donc se référer à la logique, mais
225
Article 143 de la loi n° 2012/001 du 19 avril 2012 portant code électoral, modifiée et complétée par la loi n°
2012/017 du 21 décembre 2012.
226
Ahmadou AHIDJO, JA Livres, collection « Destins », Paris, 1994, in [Link]é le 05
février 2024.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 54
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
surtout à la pratique pour en déduire. Quoi qu’il en soit, la démission du Président de la
République doit être prise de façon consciente et éclairée. Cependant, il est des hypothèses où
cette démission intervient à la suite d’une contrainte ; on parle de démission involontaire,
parce que le consentement du chef de l’Etat n’est pas librement exprimé. En tout état de
cause, qu’ils soient volontaire ou non, l’histoire constitutionnelle du Cameroun et l’actualité
africaine ces dernières années nous enseigne que la démission du chef de l’Etat peut résulter
de facteurs à caractère personnel (a) ou sociopolitique (b).
a. Les facteurs personnels de démission
Les facteurs sont une composante essentielle pouvant justifier la démission d’un chef
d’Etat en exercice. Ils sont dit personnels parce qu’ils relèvent de l’individu dans sa
spécificité. En l’absence d’une précision textuelle, l’on va se référer à la pratique et à la
doctrine pour identifier ces facteurs. Il s’agit le plus souvent de la santé du Président de la
République. Des problèmes de santé graves ou des conditions médicales qui affectent sa
capacité à exercer ses fonctions peuvent le pousser à renoncer à son mandat. Cependant, l’on
remarque que la question de la santé du Président de la République participe de ce qu’il est
convenu de nommer « tabou »227du constitutionnalisme africain. Le terme « santé » renvoie,
selon dictionnaire le Robert au « bon état physiologique d’un être vivant»228 ou encore au «
fonctionnement régulier et harmonieux de l’organisme»229. Il s’agit stricto sensu, de la
dimension physique et [Link] un raisonnement a contrario, on peut considérer qu’il y
a détérioration de la santé dès lors que « l’organisme ne fonctionne pas de manière
harmonieuse ou du moins, à partir du moment où une personne physique n’est pas en bon
état du point de vue physiologique »230.
Au Cameroun comme un peu partout en Afrique noire, la question de la santé du
Président de la République a toujours soulevé des difficultés particulières. Dans la définition
227
JEANNENEY (J.), Les lacunes constitutionnelles, Paris, Dalloz, Coll. « Nouvelle bibliothèque des thèses »,
2016, p. 193.
228
Dictionnaire le Robert, 2005, p. 406.
229
Idem.
230
BIKORO (J. M.), « Réflexions sur un tabou du constitutionnalisme africain : la sante du Président de la
République », [Link]., p.7.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 55
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
des conditions d’éligibilité à la Présidence de la République, les lois fondamentales
successives du Cameroun sont restées muettes au sujet de l’âge limite d’accès à la fonction
présidentielle ou de l’exigence de bonne santé du candidat à la Présidence de la
République231. De ce fait, au soir de sa présidence, « (AHIDJO) souffre de maux de tête et
d’insomnies. Les cigarettes, l’alcool, les somnifères et les noix de kola émoussent sa
mémoire et son ardeur au travail. Parfois, entendant battre son pouls lors d’une angoisse
nocturne, il craint une crise cardiaque qui le rendrait incapable d’exercer le pouvoir, avant
de l’avoir quitté et sans avoir préparé sa succession »232.
En effet, Les exigences du poste de Président peuvent être extrêmement stressantes et
épuisantes. Un Président peut décider de démissionner en raison d’un épuisement
professionnel ou d’une fatigue mentale dus aux pressions constantes et au poids des
responsabilités de sa fonction, qui rendent difficile pour lui de continuer à assumer ses tâches.
Après plus de vingt (20 années) passées à la tête du pays, le Président AHIDJO va
expérimenter cette fatigue. Ainsi, durant son dernier séjour en France en qualité de chef
d’Etat, AHIDJO va avaler une dizaine de pilules devant Guy Penne, le « monsieur Afrique »
de François Mitterrand au cours du repas, se disant surmené, par l’exorbitance de la tâche233.
b. Les facteurs sociopolitiques de démission
Des facteurs sociopolitiques peuvent également justifier la démission du chef de
l’Etat. En effet, L’actualité politique et constitutionnelle des Etats noirs africains ces dernières
années, laisse transparaitre de nombreuses tensions sociopolitiques qui ont très souvent
contraint les chefs d’Etat en exercice à la démission de façon volontaire ou non. Il peut être
question d’un mécontentement populaire ou encore d’une intervention militaire.
La démission du Président de la République suite à une révolution populaire est un
événement majeur qui témoigne de l’ampleur du mécontentement et de la contestation
populaire. Elle peut être le résultat de l’expression d’une frustration populaire face à des
231
On peut le démontrer à partir de l’article 6 de la Constitution camerounaise du 18 janvier 1996 modifiée
232
Ahmadou AHIDJO, JA Livres, collection « Destins », Paris, 1994, in [Link] consulté le 05
février 2024.
233
Idem.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 56
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
années de mauvaise gouvernance, de corruption, d’injustice sociale ou de violations des droits
humains. Elle peut également résulter de l’incapacité du Président de la République et de son
équipe gouvernementale à gérer efficacement les problèmes économiques du pays, qui ne
peuvent être ignoré.Les citoyens peuvent exprimer leur mécontentement à travers des
manifestations massives, des grèves généralisées des soulèvements populaires et d’autres
formes de contestation. Le Président, en tant que chef de l’État et responsable de la politique de
la nation234, peut se retrouver dans une situation d’isolement politique, confronté à une crise de
légitimité et incapable de maintenir l’ordre public dont il est le garant235. Lorsque le
mécontentement populaire atteint un niveau critique236, il peut, dans un geste historique,
prendre la décision de démissionner pour permettre l’émergence d’un nouveau leadership
capable de mettre en œuvre des réformes nécessaires pour sortir le pays de la crise. Cette
démission qui symbolise la victoire de la volonté populaire sur un régime parfois autoritaire
ou corrompu, peut être perçue comme un acte de responsabilité politique visant à restaurer la
confiance des citoyens et ouvrir la voie à un processus de transition politique
La démission du Président de la République peut également résulter d’une intervention
militaire plus précisément le coup d’Etat militaire237 ou de l’échec d’une politique pour
laquelle celui-ci a engagé son avenir dans la fonction238.
234
Voir. Article 5 de la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996.
235
Article 8 (3) du texte précité.
236
Malgré deux septennats (1992-2005) et deux quinquennats (2005-2015), le Président Blaise COMPAORE qui
souhaitait se maintenir à la tête du Burkina Faso après la fin de sons mandat en décembre 2015 en révisant la
constitution, sera contraint à la démission le 31 octobre 2014 à la suite d’un vaste mouvement de contestation
populaire.
237
C’est le cas au Gabon, au Burkina Faso, au Mali, au Niger, en Guinée Conakry etc… Lire. SIDWAOUGA
OUEDRAOGO (A.), « La démission du Président de la République en cas de prise Illégale pouvoir par les
forces armées au Burkina Faso, au Mali, au Niger et en Guinée Conakry » in RRC, décembre 2023, pp. 13-36.
238
C’est le cas du Général DE GAULLE, premier Président de la Ve République en Français qui avait dû
démissionner de ses fonction le 28 avril 1969, à la suite de l’échec de sa réforme du Sénat et la régionalisation
consécutif au référendum sur le « projet de loi relatif à la création de régions et à la rénovation du Sénat » tenu
le 27 avril 1969.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 57
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
2. L’incertitude de la procédure de mise en œuvre de la démission du
Président de la République
La procédure de mise en œuvre de la démission du Président de la République
soulève deux préoccupations majeures, la première est relative à l’autorité adréssataire de
l’acte de démission (a), et la seconde porte sur l’effectivité de la démission (b).
a. La question de l’autorité adréssataire
L’autorité adressataire est celle qui est juridiquement compétente pour recevoir la
lettre de démission. En règle générale, la démission est adressée à une autorité supérieure.
Cette formalité conditionne d’ailleurs la validité d’une démission. Or, dans les régimes
africains, le chef d’Etat est l’autorité suprême. A qui adressera t-il alors sa lettre de
démission ? En vertu du principe de la séparation des pouvoirs, la logique exclut que les
autorités exerçant le pouvoir législatif et judiciaire puissent interférer librement dans la
continuité du pouvoir exécutif239. La Constitution camerounaise, comme de nombreuses
autres en Afrique ne donne pas de précision sur la nature de l’autorité adressataire. Le recours
à l’analyse comparée et même aux textes infra constitutionnels parait alors nécessaire afin de
mieux cerner les difficultés posées par la détermination de l’autorité adressataire de la
démission. En France, par exemple, la lettre de démission du Général de Gaulle avait été
adressée au Premier ministre qui avait par la suite « informé » le Conseil Constitutionnel240.
Le cas Sénégalais est également assez édifiant. En effet, c’est par une lettre du 31 décembre
1980 adressée au président de la Cour suprême que le Président Senghor décida de
démissionner de ses fonctions en demandant à la Cour suprême « de prendre les dispositions
nécessaires en vue de l’application des articles 35, alinéa 2 et 31 de la Constitution »241.
239
Lire El Hadj MBODJ, La succession du chef d’Etat en droit constitutionnel africain, [Link]., p. 241.
240
Voir observations s/c Cons. Const., 3 Avril 1974, Déclaration de vacance; Favoreu (Louis) & Loïc (Philip),
Les Grandes Décisions du Conseil Constitutionnel, 2è éd., Paris, Sirey, 1979, p.297. Cité par El Hadj MBODJ,
La succession du chef d’Etat en droit constitutionnel africain, [Link]., p. 241.
241
Lettre No 2999 PR DC.1 du 31 Décembre 1980 portant démission du Président de la République; in
R.I.P.A.S., No 1, Avril-Juin 1981, p.11.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 58
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Au Cameroun, la question demeure : qui est destinataire de l’acte de démission ? Le
corps électoral tout entier ? Le juge constitutionnel ? Le Chef du Gouvernement ? Ou alors un
autre organe constitutionnel ? Logiquement, La solution serait que le destinataire de la
démission soit l’autorité dont émane le pouvoir, c’est-à-dire le peuple. C’est certainement
dans cette logique que le message de démission est adressé à la nation conformément à
l’article 143(1) du code électoral du Cameroun qui dispose qu’ « En cas de vacance de la
Présidence de la République pour cause de démission, le Président démissionnaire en
informe la Nation par voie de message ». Seulement, ce message, comme souligné plus haut
n’est pas la formalité qui valide une démission, il doit être suivi d’une lettre. A qui est-elle
adressée ? En matière administrative ou même civile, la lettre de démission d’un fonctionnaire
ou d’un employé doit être adressée à l’autorité hiérarchique ou à l’employeur. Ce principe
serait difficilement applicable pour ce qui est de la démission du Président de la République
en tant qu’autorité exerçant le pouvoir suprême dans l’ordre constitutionnel.
Plusieurs hypothèses peuvent être émises. Dans un premier temps, l’on pourrait
logiquement penser que la lettre de démission du Président de la République peut être
adressée au président de l’Assemblée Nationale. Partant de l’hypothèse selon laquelle, « le
serment (du Président de la République) est reçu par le Président de l’Assemblée
Nationale »242 et considérant le sermentcomme l’acte par lequel le Président prend
officiellement fonction, le principe de parallélisme de forme pourrait amener à penser que
l’autorité par qui le Président a pris fonction soit également la même par qui il adresserait sa
lettre.
Une autre hypothèse pourrait nous amener à reconnaitre en la personne du Président
du Conseil constitutionnel l’autorité adressataire de la lettre démission du chef de l’Etat. Le
conseil constitutionnel est l’instance compétente en matière constitutionnelle243. Les questions
liées à la démission du Président de la République étant des questions éminemment
constitutionnelles, l’on pourrait déduire du silence de la constitution que l’autorité
adressataire de la démission serait le juge constitutionnel. Fort de cela, l’on est tenté
242
Art. 7 al 2. De la loi constitutionnelle camerounaise du 18 janvier 1996, modifié et complétée par la révision
du 14 Avril 2008.
243
Voir art. 46 de la loi constitutionnelle précitée ; lire également Loi N° 2004_004 du 21 avril 2004 portant
organisation et fonctionnement du Conseil constitutionnel.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 59
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
d’affirmer avec le Professeur MBODJ244 que l’organe de constatation de l’empêchement
définitif était mieux indiqué pour recevoir la démission du Président de la République, il
s’agit, dans le contexte camerounais du conseil constitutionnel. C’est d’ailleurs la position
adoptée par le législateur Camerounais, lorsqu’il dispose que « En cas de vacance de la
Présidence de la République pour cause de démission, le Président démissionnaire (…)
remet (…) sa démission au Président du Conseil Constitutionnel qui en adresse copie au
Président du Sénat »245.
En tout état de cause, la démission du Président de la République n’a pas à être
acceptée ou refusée. L’organe de réception bénéficie en la matière de pouvoirs limités sous la
forme d’une compétence liée en ce qui concerne l’acceptation de la démission. Il doit
formellement l’accepter dans la mesure où il ne peut obliger le démissionnaire à rester en
fonction contre son gré. Un refus éventuel remettrait alors en question la liberté reconnu au
Président de démissionner.
b. L’effectivité de la démission
Il faut noter d’entrée de jeu que tant que la démission n’a pas été communiquée au
conseil constitutionnel, elle est réputée n’être pas intervenue. Il est nécessaire, voire impératif
que l’acte du Président démissionnaire soit rendu public et transmis à l’autorité compétente.
La problématique liée à l’effectivité de la démission du Président est très fluctuante au
Cameroun. En effet, Jusqu’en 1969 la réponse est précise, dans le sens où l’ordonnance de
1962 ne laissait subsister aucun doute sur l’interruption de la fonction présidentielle du fait de
la démission de son titulaire. Cette interruption intervenait immédiatement après la
déclaration de démission.
La révision constitutionnelle de 1969 va apporter une sorte d’ambigüité en portant
atteinte à cette exigence de sécurité juridique. Cette révision a créée une incertitude sur la
notion même de démission, et par voie de conséquence sur ses effets. L’article 10 (b) nouveau
de cette Constitution affirme clairement qu’« en cas de vacance de la Présidence par
démission, la démission ne devient effective que le jour de la prestation du serment du
244
El Hadj MBODJ, La succession du chef d’Etat en droit constitutionnel africain, [Link] p. 242.
245
Art 143 de la loi N° 2012/001 Du 19 Avril 2012 Portant Code Electoral, modifiée et complétée Par La Loi N°
2012/017 Du 21 Décembre 2012.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 60
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
nouveau Président». En d’autres termes, le Président de la République démissionne mais
reste en fonction, il continue d’assumer les fonctions présidentielles. En réalité, cette
disposition vient ôter la démission des mobiles de la vacance, pour en faire une cause
d’extinction du mandat246. Cet état de chose ne rend pas véritablement compte de l’idée de
démission qui traduit une volonté profonde de ne plus vouloir exercer une fonction. Cette
ambigüité, qui sera réaffirmée par la constitution du 2 juin 1972247, va néanmoins être levée
par la révision constitutionnelle du 29 juin 1979248. Ce retour à « l’orthodoxie
constitutionnelle »249 sera confirmé et maintenu par les différentes révisions
constitutionnelles250.
Au-delà de toutes ces considérations, une question demeure : un Président de la
République démissionnaire peut il fixer le délai, la date d’entrée en vigueur de sa démission ?
La pratique camerounaise semble aller dans ce sens. En effet, la lettre de démission du
président Ahidjo lue par ce dernier sur les ondes de la radio nationale le 04 novembre 1982
précisait qu’elle sera effective le 06 novembre à 10heures, soit un délai de 48 heures.
Cependant, si la procédure de démission se caractérise par son extrême souplesse, et
qu’aucune exigence juridique ne s’impose en matière de délais de démission, fort est de
reconnaitre qu’en toute logique, la démission à terme, c’est-à-dire celle qui fixe sa date
d’entrée en vigueur devrait être interdite afin d’éviter les risques de rétractation ou alors
qu’une autorité annonce officiellement qu’elle démissionne et se donne un délai pour quitter
le pouvoir251. Ainsi, la date d’entrée en vigueur de la démission devrait être celle de la
publication car même un délai bref de quelques heures pour plier bagages peut laisser planer
une incertitude malsaine.
246
KENFACK TEMFACK (E.), « La vacance de la Présidence de la République en droit constitutionnel
camerounais », inafrilex, novembre 2018,pp.1-29.
247
Article 7 al. c : En cas de la vacance de la présidence par démission, celle-ci ne devient effective que le jour
de la prestation du serment du nouveau Président élu. Le scrutin pour l’élection du nouveau Président a lieu vingt
jours au moins et cinquante jours au plus après l’ouverture de la vacance. Le Président de la République prête
serment dans les formes fixées par la loi.
248
En cas de vacance de la Présidence de la République pour cause de décès, de démission ou d’empêchement
définitif constaté par la Cour Suprême, le premier ministre est immédiatement investi des fonctions de Président
de la République pour la période qui reste du mandat présidentiel en cours.
249
KENFACK TEMFACK (E.), « La vacance de la présidence de la république en droit constitutionnel
camerounais », [Link]., p.12.
250
Cf. art. 6 al.4 de la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996, modifiée le 14 avril 2008.
251
Même si c’est ce qu’a fait le Général DE GAULLE lorsque le 28 avril 1969 il fait la Déclaration suivante : «
Je cesse d’exercer mes fonctions de Président de la République. Cette décision prend effet aujourd’hui à midi ».
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 61
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Si l’étude du régime de la démission nous a permis d’examiner sa définition et ses
modalités, une analyse de sa pratique permettra davantage de mieux cerner cette notion.
Paragraphe 2 : La pratique de la démission
Il semble nécessaire de faire recours à la pratique de la démission afin de comprendre
cette notion dans tous ses contours. Ainsi, nous examinerons tour à tour la pratique de la
démission au Cameroun (A), avant de faire recours, à titre de droit comparé à cette pratique
dans d’autres pays (B).
A. La pratique de la démission au Cameroun
Le 04 novembre 1982, le Président Ahmadou Ahidjo annonçait publiquement sa
démission au peuple Camerounais. A la suite de cette démission, soit deux jours plus tard,
Paul Biya, alors Premier Ministre prêtait serment en tant que nouveau chef de l’Etat. L’on
constate ici que entre la démission du Président AHIDJO et la prestation de serment de son
successeur, il n’y a pas eu l’ouverture de la vacance, par conséquent aucune période d’intérim.
C’est la raison pour laquelle cette démission du Président AHIDJO a été analysée par certains
observateurs politiques comme une technique de succession ou plus précisément de
transmission du pouvoir (1), mais aussi et surtout comme un moyen de pérennisation de son
régime (2).
1. Une technique de transmission du pouvoir
Au Cameroun, comme dans bien d’autres pays africains, l’idée de démission a
toujours suscitée une véritable psychose, justifiée par une certaine personnification du
pouvoir. Cette personnification du pouvoir illustrait le leadership d’un chef d’Etat qui, en
mélangeant des techniques diverses d’organisation du pouvoir, finissait par identifier son
pays à sa propre personne. C’est la raisons pour laquelle les démissions intervenues en
Afrique à cette période étaient le fruit de calculs politiques savamment pensés. D’ailleurs,
certains observateurs avisés de la vie politique africaine ont tôt fait de considérer ces
démissions comme une « technique de gouvernement et de transfert d’un pouvoir néo-
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 62
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
patrimonial»252. C’est dans ce sens qu’elle a été utilisée au Cameroun par le président
AHIDJO comme une technique de transmission du pouvoir entraînant ainsi l’accession
automatique de son dauphin Paul BIYA à la magistrature suprême ; Elle lui a également
permit de fixer librement le moment opportun de transfert du pouvoir à ce dernier.
En effet la loi N°69-LF-14 du 10 novembre 1969 modifiant certaines dispositions de la
constitution fédérale peut être considérée comme un « grand tournant en ce qui concerne la
conception de la succession présidentielle »253. Ce texte faisait du chef d’Etat en exercice un
véritable acteur de sa succession. Suivant les dispositions de l’article 10 de cette loi, la
démission du chef de l’Etat n’est effective qu’avec la prestation de serment de son successeur.
Ainsi, le Président démissionnaire conservait la plénitude de ses compétences et notamment le
pouvoir d’orientation de sa propre succession. Disposant de pouvoirs fort étendus, le chef de
l’Etat et du parti unique assiste au processus de sa succession, « non pas en spectateur, mais
en acteur (du)déroulement de cette succession (pouvant) même arrêter les opérations
successorales s’il estime que ces dernières ne se déroulent pas conformément à ses
vœux »254. La démission offrait ainsi au chef de l’Etat non seulement l’opportunité de
« bénir » le choix de son successeur, mais aussi le pouvoir d'empêcher le choix d'un
successeur qui n’aurait pas son accord.
La réforme constitutionnelle du 09 mai 1975 réintroduisant le poste de Premier
Ministre, et parachevée par la révision du 29 juin 1979 vient davantage renforcer cette
empreinte du Président de la République dans le déroulement de sa succession en instaurant le
dauphinat constitutionnel comme technique de gestion de la vacance du pouvoir présidentiel.
L’article 7 nouveau de la révision de 1979 énonce que : « en cas de vacance de la présidence
de la République pour cause de décès, démission ou empêchement définitif constaté par la
Cour suprême, le Premier ministre est immédiatement investi des fonctions de président de
la République pour la période qui reste du mandat présidentiel ». Cette réforme offrait au
Président AHIDJO le pouvoir de désigner lui-même son successeur, car conformément aux
dispositions de l’article 8 de la loi N°75-1 du 9 mai 1975 « Le Président de la République
252
Lire avec intérêt sur la question, El Hadj MBODJ,La succession du chef d’Etat en droit constitutionnel
africain,[Link]., pp. 242-247 et KAMTO (M.), « Le dauphin constitutionnel dans les régimes politiques africain
(les cas du Cameroun et du Sénégal», [Link]., pp. 267-28.
253
Idem.
254
Idem.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 63
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
nomme le Premier Ministre, les ministres et vices ministres et fixe leurs attributions ». Le
choix de celui qui sera investi des fonctions de chef du Gouvernement n’est soumis à aucune
condition ni consultation préalable particulièrement dans le contexte camerounais caractérisé
par ce que le Professeur Roger Gabriel NLEP, de regrettée mémoire, appelait « Le triangle
équilatéral »255. Le Président François MITTERRAND affirmait d’ailleurs à ce propos qu’«
on ne pose pas de conditions au Président de la République. Il nomme qui il veut, mais il
doit se placer en conformité avec la volonté populaire »256. Dans la foulée de ces réformes,
Paul BIYA sera nommé Premier Ministre et deviendra, suite à la réforme de 1979, le
successeur constitutionnel du Président AHIDJO. Cependant, l’histoire nous apprend que
cette transmission n’a pas été un long fleuve tranquille. Au-delà de toutes les difficultés
connues liées à ce transfert du pouvoir et ayant abouties au coup d’Etat manqué du 06 avril
1984, l’on a constaté que cette démission « n’est pas intervenue à un moment jugé opportun
par Ahidjo dans la mesure où le démissionnaire devait compléter, en catastrophe, toutes les
opérations préalables à une bonne transmission du pouvoir à son successeur »257, chose
qu’il a du faire en toute urgence en procédant à la convocation des 42 membres du comité
central du parti U.N.C., pour amorcer le processus d'installation de son successeur dans les
rouages du parti.
Par ces réformes instituant de nouvelles règles successorales, la démission est
dorénavant considérée comme une « cause de vacance du pouvoir présidentiel entraînant la
transmission automatique du pouvoir au successeur désigné »258. A cet effet, elle devient un
moyen pour le Président démissionnaire de désigner la personne et le moment opportun pour
organiser le transfert du pouvoir. Elle a également été utilisée au Cameroun sous ce régime
néo-patrimonial259 comme une technique de pérennisation du système.
255
Pour approfondir, lire utilement, MANDJACK (A.), « Le triangle équilatéral du Cameroun. L’hypothèse du
pouvoir confisqué de Roger Gabriel NLEP », Revue Camerounaise de Droit et de Science Politique, n° 3, mars
2011, pp.73-103.
256
KENFACK TEMFACK (E.), « Conflit des majorités : L’hypothèse d’une dyarchie de l’exécutif au regard de
la Constitution du 18 janvier 1996 » in La Constitution en Afrique, Blog, 10 avril 201.
257
El Hadj MBODJ, La succession du chef d’Etat en droit constitutionnel africain, [Link]., p. 246.
258
Idem.
259
Le néo-patrimonialisme est un système de gouvernance dans lequel le pouvoir est concentré entre les mains
d’un leader charismatique ou d’une élite, qui utilise les ressources de l’Etat comme propriété personnelle pour
consolider son pouvoir.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 64
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
2. Un outil de pérennisation du système
Grâce à la technique dudauphinat constitutionnel, la démission a permis à certains
chefs d’État, à l’instar du Président AHIDJO au Cameroun, de « fabriquer de leur vivant un
successeur socialisé dans les valeurs du régime et apte à prendre en charge la continuité de
l’œuvre du père-fondateur »260. Comme souligné supra, La réforme constitutionnelle de
1979 fait du Premier Ministre261, le successeur constitutionnel du Président de la République.
Cependant, pour une franche de la doctrine, l’objectif recherché se ramène simplement à « la
déconcentration du pouvoir du Chef de l’État »262. Cette soumission du Premier Ministre au
Président de la République se manifeste non seulement par sa désignation et sa révocation de
manière discrétionnaire par le chef de l’Etat263, mais encore par l’analyse de ses attributions ;
en effet, « Le Premier ministre est le chef du Gouvernement et dirige l’action de celui-ci. Le
premier ministre exerce le pouvoir règlementaire et nomme aux emplois civils, sous réserve
des prérogatives reconnues au Président de la République dans ces domaines »264. Ainsi, la
démission du Président AHIDJO résultait d’une logique de calcul destinée à verrouiller le
processus démocratique par la perpétuation d’une élite gouvernante fidèle à un système dont
on craignait l’effondrement. L’on en veut pour preuve son maintien à la tête du Parti unique
de fait l’U.N.C. après sa démission. Il s’agissait pour lui de pérenniser un système dont il a été
le « père fondateur », en plaçant à la tête de l’Etat une personne moulée dans ce système, qui
lui serait fidèle et qui perpétuerait ledit système. De part son parcours fort élogieux, et son
caractère, Paul BIYA se présentait comme le candidat idéal pour cette tâche.
En effet, depuis son retour au Cameroun au lendemain de l’indépendance, Paul
BIYA occupera les hautes fonctions dans l’administration publique du pays. Il sera nommé
260
Voir EL HADJ MBODJ, La succession du Chef de l’Etat en droit constitutionnel africain : Analyse juridique
et impact politique, [Link]., p.82.
261
Sur le statut du Premier Ministre camerounais de 1975 à 1979, voir OWONA (J.), « La réforme politique et
constitutionnelle de la République Unie du Cameroun », R.J.P.I.C, n°4, 1975, pp.486-510. Pour une analyse
d’ensemble du Premier Ministre camerounais, voir ABIAGBAG (I.), « La réforme des articles 5 et 7 de la
Constitution de la République Unie du Cameroun », [Link].
262
Voir KAMTO (M.), « La dynamique constitutionnelle du Cameroun indépendant », [Link]., p.45 ; également,
SINDJOUN (L.), « Le Président de la République au Cameroun (1982-1996) : Les acteurs et leur rôle dans le jeu
politique », CAEN, Institut d’étude politique de Bordeaux, 1996, pp. 3-52.
263
Voir Article 8 nouveau de la loi N°75-1 du 9 mai 1975.
264
Voir Loi n°96-06 du 18 janvier 1996 portant révision de la Constitution du 02 juin 1972, article 12, alinéas 1
et 3.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 65
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
tour à tour chargé de Mission à la Présidence de la République en octobre 1962 ; ensuite
Directeur du Cabinet du Ministre de l’Education Nationale en janvier 1964 et promu
Secrétaire Général du même Ministère en juillet 1965. En août 1968, le Président AHIDJO,
va renforcer sa position au sein du pouvoir en le nommant Secrétaire Général de la Présidence
de la République, cumulativement avec ses fonctions de Directeur du Cabinet Civil ; Il
occupera ces fonctions jusqu’au 30 juin 1975, date à laquelle il sera nommé Premier Ministre.
Fort de ce parcours, Paul BIYA se présentait donc aux yeux du président AHIDJO comme un
pur produit du système apte à le perpétuer. La démission d’AHIDJO était donc un calcul bien
nourrit qui lui permettrait de mettre au pouvoir Paul BIYA, qui allait maintenir le régime, tout
en exerçant sur lui un contrôle à travers le parti unique dont il conservait la présidence.
Dans la même optique, la démission a également souvent été utilisée comme « une
technique de ressourcement permettant au chef de tester sa popularité au sein des
masses »265, Elle s’analyse comme une stratégie de perpétuation du pouvoir personnifié. En
effet, à travers la menace de démission, le chef d’Etat cultive une sorte d’hystérie collective
favorable à un regroupement de masse en sa [Link] menace de démission s’analyse ainsi
en une technique de renforcement de la légitimité du chef de l’Etat. Elle lui permet d’évaluer
le poids de ses soutiens dans le régime. En fait elle est une technique latente de renforcement
du pouvoir présidentiel.
En somme, la démission s’est présentée au Cameroun comme une technique de
transmission et de pérennisation du pouvoir présidentiel. Cependant, depuis le conflit post-
successoral intervenu au pays, notamment le coup d’état du 06 avril 1984, cette méthode
d'organisation de la succession a été abolie. Néanmoins, la démission n’a pas été l’apanage du
Cameroun, d’autres pays en ont fait l’expérience.
265
El Hadj MBODJ, La succession du chef d’Etat en droit constitutionnel africain, [Link]., p. 243.
266
Cette technique de gouvernement a été mise en application pour la première fois par le Président BOIGNY
qui avait « envisagé publiquement pour la première fois les conséquences d’un changement à la tête de l’Etat
...au cours du l’IVè congrès du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire » en Septembre 1965. Les menaces pesant
sur l’unité nationale encore fragile, la peur des incertitudes devaient créer un mouvement en faveur de son
maintien à la tête de l’Etat. Cf. BAKARY (T. D.), « Logiques du recrutement politique et éventuels changements
à la tête de l’Etat », Revue française d’étude politiques africaines, vol 21, 1985, pp.3-32.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 66
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
B. La pratique de la démission dans d’autres pays
De nombreux cas de démission ont été vécus à travers le monde et plus
particulièrement en Afrique267. Il sera ainsi tour à tour étudier l’expérience française de la
démission en tant que métropole coloniale du Cameroun (1) et l’expérience d’autres pays
africains en raison des proximités soit frontalières, soit historique (2).
1. L’expérience Française de la démission
L’examen de la démission en France n’est pas anodin. En effet, les règles
successorales aménagées en France ont pour la plupart été reprises dans les régimes Africains
post indépendances. Certains ont même parlé de mimétisme, c’est-à-dire d’une « projection
de la France sous les tropiques »268 pour faire allusion à la transposition du droit français
dans ses anciennes colonies d’Afrique. Cependant, si le modèle français de la Ve République
a fortement influencé la rédaction des nouvelles Constitutions africaines269, elles restent
malgré tout marquées par une diversité des sources d’inspiration270, avec la combinaison « des
principes empruntés aux régimes politiques de l'Europe occidentale, de l’Amérique du
Nord mais aussi aux régimes africains antérieurs au processus démocratique des années
267
la première démission en Afrique est celle de Julius NYERERE président de la République unie de Tanzanie
qui, après l'indépendance de son pays, devait abandonner le leadership de l'exécutif pour se consacrer au parti et,
plus précisément, à une formule politique devant aboutir à la primauté du parti sur l'Etat dans le cadre des
principes de la participation populaire et du contrôle des gouvernants. Une fois l'objectif recherché atteint, il
revint au pouvoir en 1965 pour concrétiser les objectifs assignés au nouveau régime.
268
KOUASSIGAN (G.A), Quelle est ma loi ?Pédone, Credila, Paris, 1974, p. 19.
269
L’ingénierie constitutionnelle africaine (MOUDOUDOU (P.), La Constitution en Afrique. Morceaux choisis,
Paris, L’Harmattan, 2012, p. 28 et suivants) a été très largement critiquée au sein de la doctrine africaniste qui a
dénoncé un mimétisme constitutionnel avec la France et un manque de créativité de la part des constituants. Voir
MENY (Y.), (dir.), Les politiques du mimétisme institutionnel. La greffe et le rejet, Paris, L’Harmattan, 1993.
Voir particulièrement des contributions qui visent les Etats africains comme DARBON (D.), « A qui profite le
mime ? Le mimétisme constitutionnel confronté à ses représentations en Afrique », pp.113-137 ; CABANIS
(A.), MARTIN (M-L.), « Le nouveau cycle constitutionnel ultra-méditerranéen francophone et la Constitution du
4 octobre 1958 », pp. 139-164. Les griefs du mimétisme constitutionnel ne sont pas uniquement formulés des
juristes mais également de sociologues du continent africain qui considèrent que le modèle politique instauré par
ces Constitutions est « étranger aux réalités africaines ». Voir AMOUZOU (E.), L’Afrique 50 ans après les
indépendances, Paris, L’Harmattan, 2009, p. 49.
270
CONAC (G.), « Quelques réflexions sur le nouveau constitutionnalisme africain », Actes de la deuxième
réunion préparatoire au symposium de Bamako : Les institutions de la démocratie et de l’Etat de droit, mars
2000.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 67
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
quatre-vingt-dix »271. A ce titre les thèses du mimétisme caricatural272 souvent utilisées par
une partie de la doctrine africaniste pour caractériser le nouveau constitutionnalisme africain
paraissent réductrices et sont à relativiser273. Bien que le débat autour de l’autonomie des
droits africains soit depuis longtemps caduque, en vertu du principe de la spécialité législative
qui « trouve son fondement dans la volonté, exprimée dans les textes législatifs, d'écarter
l'application de plein droit de lois prises dans la métropole »274, il parait néanmoins
nécessaire de faire recours à la pratique française de la démission qui, d’une manière ou d’une
autre a inspiré les régimes africains.
S’agissant concrètement de la démission en France, le premier cas que nous pouvons
analyser est celui du Président Paul DESCANEL sous la troisième République. Elu Président
de la République en février 1920, il va démissionner de ses fonctions la même année, soit sept
mois seulement après son investiture car victime d’un état anxio-dépressif et du syndrome
d’alpénor275. Mais le cas le plus marquant, sinon le seul de l’histoire de la 5e république est
celui du général Charles DE GAULLE. Cette démission est intervenue dans le cadre d’un
référendum qui avait pris les allures d’un plébiscite. En effet, Le 27 avril 1969, le peuple
français est consulté par référendum sur une réforme du Sénat associée à la mise en œuvre
d'un ambitieux projet de régionalisation. Par cette réforme, le président Charles de Gaulle lie
son avenir à la tête du pays, en affirmant que « Si je suis désavoué je cesserai aussitôt
d’exercer mes fonctions ». Dans une allocution radiodiffusée le 25 avril 1969, intitulé « Moi
ou le chaos », il rappelle déjà les enjeux de son projet de réforme et son intention de quitter le
pouvoir si celui-ci était désapprouvé. «Votre réponse va engager le destin de la France,
parce que si je suis désavoué par une majorité d’entre vous, solennellement sur ce sujet
capital, et quelles que puissent être le nombre, l’ardeur de l’armée, de ceux qui me
soutiennent, et qui de toute façon détiennent l’avenir de la patrie, ma tâche actuelle de chef
271
FALL (I-M.), « Les Constitutions africaines et les transitions démocratiques », in LOADA (A.),
WHEATLEY (J.), (dir.), Transitions démocratiques en Afrique de l'Ouest : Processus constitutionnels, société
civile et institutions démocratiques, op. cit., pp. 119-138.
272
HESSLING (G.), « La réception du droit constitutionnel en Afrique trente ans après : quoi de neuf ? », in
ZOETHOUT (C.), (dir.),Constitutionalism in Africa, Ed. Sander Institut, 1996, pp.33-47.
273
Sur la critique de la thèse du mimétisme caricatural, voir notamment BOLLE (S.), « Des Constitutions
madeinAfrica », Communication au VIe Congrès de droit constitutionnel, Montpellier, 9, 10 et 11 juin 2005.
274
ROUSSILLON (Cl), Le régime législatif de la France d'Outre-mer, Bibliothèque juridique de l'Union
française, éd. de l'Union Française, Paris 1952, p. 39.
275
[Link] / wiki Paul Deschanel-wikipédia, consulté le 9 janvier 2023.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 68
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
de l’État deviendra évidemment impossible ». Malheureusement, cette reforme sera rejetée à
la majorité de 53,2% des suffrages exprimés276. Les électeurs manifestent de la sorte moins
leur opposition à la réforme de la Constitution que leur lassitude après onze ans de présidence
gaullienne, car l’enjeu de ce referendum n’est plus dans la question posée, mais bien dans le
maintien ou non de DE GAULLE au pouvoir. Le soir même, le général DE GAULLE assume
son échec et fait porter au Président du Conseil constitutionnel Gaston PALEWSKI le
message suivant : « Je cesse d’exercer mes fonctions de président de la République. Cette
décision prend effet aujourd’hui à midi »277. Ainsi, L’Homme quitte l’actualité et entre dans
l’Histoire. Dès le lendemain, lundi 28 avril, le Président du Sénat Alain Poher exerce donc par
intérim la présidence en attendant le scrutin qui verra l'élection de Georges Pompidou.
Au total, la démission du général DE GAULLE était une arme utilisée pour intimider
le peuple afin que sa reforme soit adoptée. Cette démission était aussi pour le Président une
« technique de routinisation (de son) charisme »278, c’est-à-dire un outil pour tester sa
popularité au sein de la population.
2. L’expérience d’autres pays africains
La démission du Président Sénégalais Léopold Sédar SENGHOR est souvent
considérée comme la première en Afrique noire. Mais celle-ci, à l’instar de celle intervenue
au Cameroun, était le fruit de calculs politiques savamment pensés. En effet, La révision
constitutionnelle de 1976 autorisant le Président de la République à désigner en toute liberté
son successeur en la personne du Premier Ministre laissait déjà planer le spectre d’une
démission du chef de l’Etat. Malgré que cette réforme ait consacrée la suppression de la
limitation du mandat présidentiel279 et pouvait permettre au Président SENGHOR de solliciter
un nouveau mandat en 1978 afin « de poursuivre la tâche qu'il s'est assignée pour le plus
276
Hé[Link], consulté le 23 janvier 2023.
277
Extrait du message du Président Charles DE GAULLE, envoyé le 27 avril 1969 au conseil constitutionnel
annonçant sa démission.
278
El Hadj MBODJ, La succession du chef d’Etat en droit constitutionnel africain, thèse précitée. p. 243.
279
L'article 21, alinéa 2 de la constitution adopté lors de la révision de 1970 limitait la durée du mandat
présidentiel à un seul renouvellement.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 69
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
grand bien du peuple sénégalais »280, le chef d’Etat avait déclaré qu’il a « toujours été
contre la présidence à vie » et « toujours été pour l'alternance au pouvoir ». Ces propos qui
peuvent traduire un certain attachement à la démocratie pourraient justifier sa décision de
renoncer au pouvoir avant le terme de son mandat.
Après 20 ans de règne, le président Léopold SÉDAR SENGHOR se résoudra à
prendre sa retraite politique. Cette démission du Président intervenue le 31 décembre 1980
fait encore aujourd’hui l’objet de spéculations quant aux raisons qui motivèrent sa décision.
Certes, le geste fût salué comme une initiative inédite et exemplaire dans un contexte d’une
Afrique réputée pour abriter les régimes politiques immobiles et inamovibles que seuls des
coups d’Etat parvenaient à déboulonner. SENGHOR fût alors salué comme un « humaniste »,
un « républicain ».
Mais, pour certains observateurs et acteurs de la vie politique sénégalaises, cette
démission était une alternative envisageable depuis longtemps et avec des motifs pas
forcément aussi généreux que l’on laisse entendre. Certaines raisons plus ou moins fiables
étaient avancées. Elles s’articulaient autour de l’incapacité du Président Senghor à résoudre
les difficultés économiques et sociales auxquelles était confronté le Sénégal. Si la démission
du Président n’était pas intervenue, la crise du régime qui gangrenait « le système
SENGHOR » depuis des années aurait conduit à une issue sans doute chaotique. Cette
situation a entrainée la montée des forces populaires et l’isolement du régime vis-à-vis de ses
soutiens sociaux traditionnels. D’autres encore, allant plus loin, spéculaient sur l’intervention
occulte de la France qui aurait milité et convaincu le Président à renoncer à ses fonctions pour
mettre en orbite Abdou DIOUF qui était plus susceptible de maintenir la stabilité du pays. A
contrario, d’autres observateurs ont pensé qu’il s’agissait d’une leçon de démocratie que
Senghor voulait donner à ses pairs africains ou encore la volonté du Président, homme de
lettres, de retrouver son activité première qui avaient été délaissée au profit du pouvoir
politique. Néanmoins, il est permis de constater que le Président Senghor voulait réussir sa
sortie dans un continent où les chefs d’Etat sont souvent forcés à abandonner le pouvoir et
condamnés à l’errance une fois ce pouvoir perdu.
280
Selon les termes de l’exposé des motifs de la loi No 76-01 du 19 Mars 1976 portant révision de la
constitution; in J.O.R.S. du 3 avril 1976, p.501.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 70
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Cette approche de la démission volontaire et calculée contraste avec celle observée
aujourd’hui où, dans de nombreux pays africains, la démission du chef de l’Etat est le plus
souvent le fait de contraintes populaires ou militaires. En effet, l’actualité en Afrique nous
montre que la tendance est à une fin militairement provoquée du mandat du Président. En
effet, s’il est constant que « les fonctions du président prennent fin par l’arrivée du terme de
son mandat »281, force est de constater que cette règle semble difficilement s’appliquer
aujourd’hui en Afrique noire au regard de la prolifération des changements inconstitutionnels
de régimes qui se traduisent le plus souvent par la prise illégale du pouvoir282, entrainant la
démission forcée du Président démocratiquement élus283.L’Afrique noire semble être le
théâtre des opérations284 de démissions forcées de Présidents de la République élus
démocratiquement à la suite d’un coup d’Etat militaire. Le coup d’état militaire intervenu au
Gabon courant Août 2023 suite à des soupçons de corruption et de fraude électorale le
démontre suffisamment. Il en est de même au Burkina Faso avec pas moins de deux (02)
coups d’Etat285, tout comme au Mali286, en Guinée Conakry ou encore au Niger287. Dans tous
ces pays, le Président a été contraint par les militaires à la démission.
La question qui se pose ici est celle de la validité de ces démissions qui ne sont pas la
manifestation d’une volonté, mais le fruit d’une contrainte car avant la démission, il y a
d’abord une privation de liberté du Président de la République élu de sorte à neutraliser toute
281
PACTET (P.), MELIN-SOUCRAMANIEN (F.), Droit constitutionnel, Paris, SIREY, 32ème édition, 2013,
p.415.
282
Lire. SIDWAOUGA OUEDRAOGO (A.), « La démission du Président de la République en cas de prise
Illégale pouvoir par les forces armées au Burkina Faso, au Mali, au Niger et en Guinée Conakry » in RRC,
décembre 2023, pp. 13-36.
283
C’est le cas au Gabon, au Burkina Faso, au Mali, au Niger, en Guinée Conakry etc…
284
« On vit chez les fous ! » Voilà l’analyse profonde qu’Emmanuel MACRON a partagée avec les
ambassadeurs, réunis en conférence annuelle, à propos de ce qu’il nomme une « épidémie de putschs » en
Afrique. Et ce, avant même que ne survienne un nouveau coup au Gabon. [Link]
[Link]/jean-francois-bayart/afrique-coups-detat-se-suivent-ne-se-ressemblentcompletement/00107972.
285
Le coup d’état militaire du 24 janvier 2020 perpétré par le Mouvement Pour la Patrie, la Sauvegarde et la
Restauration (MPSR 1) et le coup d’état militaire du 30 septembre 2022 par le MPSR 2.
[Link]
286
Le coup d’état militaire du 18 août 2020 par le Comité National pour le Salut du Peuple (CNSP) avec à sa tête
Assimi GOÏTA et celui du 24 mai 2021 toujours par Assimi GOÏTA alors Vice-président de la transition.
[Link] ;
287
« Ces dernières années, plusieurs pays du Sahel, déstabilisés par l’insurrection djihadiste dans la région, ont
connu des putschs ayant conduit à l’instauration de juntes militaires : c’est le cas du Niger, mais aussi du
Burkina Faso (deux en 2022), de la Guinée (2021) et du Mali (2020 et 2021) ».
[Link]
mali-soudanniger_6188565_4355770.html, consulté le 9 janvier 2023.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 71
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
forme de résistance. Si l’on constate que les différentes démissions du Président de la
République en Afrique interviennent dans un contexte où ceux-ci ont non seulement perdu la
confiance de leurs populations respectives mais aussi de celle de l’armée, il demeure que
« toute forme d’intimidation ou de contrainte exercée sur le Président pour obtenir sa
démission est illégale »288.
Au final et à l’observation, la démission apparait aujourd’hui en Afrique noire
comme le mobile de vacance du pouvoir le plus usité, en raison du très fort attachement au
pouvoir par les dirigeants africains qui sont souvent contraints par des putschistes ou la
pression de la rue à quitter leurs fonctions. Ce mobile est également le seul qui a été
expérimenté au Cameroun. Ce constat nous permet de comprendre qu’il existe bien d’autre
mobile de la vacance prévu au Cameroun et dont il convient à présent d’examiner.
Section II : Les mobiles prévus
La loi constitutionnelle du 18 janvier 1996289 consacre un certain nombre de mobiles
pouvant être à l’origine de la vacance du pouvoir. En dehors de la démission, les autres faits à
l’origine du vide au sommet de l’Etat n’ont jamais été expérimentés au Cameroun, mais sont
aménagés. Ces mobiles sont pour certains clairement inscrits dans la Constitution, ce sont les
mobiles explicites (Paragraphe I), et d’autres, sans être inscrit dans la lettre du texte
constitutionnel comme mobile, peuvent cependant être déduit à l’esprit du texte comme tel, il
s’agit de la cause implicite (Paragraphe 2).
Paragraphe I : Les mobiles explicites
Les mobiles de vacance du pouvoir explicitement prévus par la Constitution sont pour
certains objectifs, c’est le cas du décès du Président de la République (A), et pour d’autres
subjectifs, le cas controversé de l’empêchement définitif (B).
288
SIDWAOUGA OUEDRAOGO (A.), « La démission du Président de la République en cas de prise Illégale
pouvoir par les forces armées au Burkina Faso, au Mali, au Niger et en Guinée Conakry » [Link].p.23.
289
Lire l’alinéa 4 de la l’article 6 de la loin constitutionnelle.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 72
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
A. Le mobile objectif : le décès du Président de la République
Le fait objectif est celui « dont l’existence ne se discute pas »290, car ils s’imposent en
principe dès le moment de leur réalisation effective. L’on serait alors fondé de dire que le
décès du Président de la République se présente alors comme un fait objectif dans la mesure
où l’on ne saurait le contester. Seulement la notion même de décès pose un problème de
conception (1). Ainsi, l’intervention d’un conseil médical parait nécessaire dans certaines
circonstances (2).
1. La difficile appréhension de la notion de décès
L’histoire politique et constitutionnelle africaine nous enseigne que les coups d’Etat291
et les décès292 constituent les principales causes de la vacance du pouvoir présidentiel. En
effet, « le blocage de l’alternance et la longévité politique des Chefs d’Etat »293 auxquels on
pourrait ajouter la faible institutionnalisation du pouvoir en Afrique, sont les raisons souvent
évoquées. En désignant son représentant, le peuple le fait d’abord pour ses aptitudes
physiques, morales et intellectuelles ainsi que son projet politique. Il s’agit pour ce
représentant du peuple de pouvoir allier compétence et légitimité pour s’assurer la confiance
du peuple. Ainsi, selon que cette confiance est renforcée ou en crise, son décès suscitera de
nombreuses interrogations sur la stabilité de l’Etat et la survie du régime. C’est pourquoi une
290
LUCHAIRE (F.), Le conseil constitutionnel, Paris, Economica, p. 376.
291
Au cours des 10 dernières années, l’Afrique a offert un spectacle désolant de coups d’Etat ; L’on peut citer
entre autre : Au Mali, le 22 mars 2012, des militaires renversent le régime d’Amadou TOUMANI TOURÉ ; En
Guinée-Bissau Le 12 avril 2012, un coup d'Etat militaire interrompt le processus électoral, à deux semaines du
second tour de la présidentielle. En Centrafrique, en mars 2013, les rebelles de la Séléka , mené par Michel
DJOTODIA ,essentiellement musulmans, prennent la capitale Bangui , chassant FRANÇOIS BOZIZÉ ; Au
Burkina Faso, Le 17 septembre 2015, moins d'un an après la chute de Blaise COMPAORÉ, le président Michel
KAFANDO est renversé par un coup d'Etat mené par une unité d'élite de l'armée. En Guinée, Le 5 septembre
2021, le président ALPHA CONDÉ, réélu en octobre 2020 pour un troisième mandat controversé, est renversé
par un coup d'Etat militaire mené par le colonel MAMADY DOUMBOUYA. Mali, Le 18 août 2020, le président
Ibrahim BOUBACAR KEÏTA est renversé après plusieurs mois de crise politique. Le 24 mai 2021, les militaires
arrêtent le président et le Premier ministre et le colonel ASSIMI GOÏTA est investi en juin comme président de
transition.
292
Quelques président Africains morts au pouvoir au cours de ce 21e siècle : GNASSINGBÉ EYADÉMA du
Togo, le 5 février 2005, Omar BONGO ONDIMBA du Gabon le 8 juin 2009 ; Michael SATA de la Zambie en
2012 ; DÉBY ITNO au Tchad survenu Le 20 avril 2021.
293
El Hadj MBODJ,La succession du chef d’Etat en droit constitutionnel africain, thèse précitée. p. 233.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 73
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
clarification du régime du décès du Président de la République s’impose afin d’éviter des
risques de discontinuité au sommet de l’Etat.
Le décès, en tant que cause de vacance, ne soulève pas des considérations d’ordre
théorique. Néanmoins, il n’est pas aisé à cerner. Il peut être appréhendé comme la cessation
de la vie biologique d’un individu. Précisément, il renvoie à la « fin de la vie, à la cessation
définitive de toutes les fonctions corporelles »294, C’est aussi la « cessation permanente du
fonctionnement de l’organisme comme un tout»295. Au plan juridique, c’est la « cessation de
la vie dont le constat (…) doit être fait selon des critères aujourd’hui imposés par la loi »296.
Selon le code civil français, la mort est déduite de la présence de certains signes cadavériques
extérieurs tels que la fixité, la rigidité, l’absence de respiration et de pouls, le refroidissement
du corps.
Grâce aux progrès de la médecine, de nombreuses recherches ont été développées
quant à l’adoption d’un critère définitif et irrévocable de la mort. Dans cette optique, Le juge
français, dans une décision de 1889 considère qu’une personne est morte « à l’instant où les
battements du cœur ont cessé, où le lien vital qui relie toutes les parties de l’organisme a été
rompu et où le fonctionnement simultané des différents organes nécessaires à la vie a été
définitivement paralysé»297. Ainsi, l’arrêt cardio-vasculaire, qui était autrefois retenu comme
critère de la mort sera progressivement remis en cause et considéré comme un critère «
paradoxal et inadéquat »298dans la mesure où les cadavres seront destinés à de nouveaux
usages sociaux, notamment les techniques de réanimation et la possibilité de greffer les
cœurs. Il sera peu à peu remplacer par la mort cérébrale qui renvoie à ce que le Professeur
MOLLARET qualifie de « coma dépassé » et qu’il décrit comme non seulement « une
abolition totale des fonctions de la vie de relation mais aussi l’abolition totale des fonctions
de la vie végétative»299.
294
Dictionnaire Hachette de la Langue française, Paris, Hachette, 1980.
295
TROG (R.), « Is it time to abandon brain death? », Hastings Center Report, XXVII (1), 1997, pp. 29-37.
296
GUINCHARD (S) et DEBARD (T) (dir.), Lexique des termes juridiques, Op. Cit., p. 1361.
297
Tribunal de la Seine, 28 août 1889, mentionné par IACUB (M.), « La construction de la mort en droit français
», Enquête, Les objets du droit, n° 7, 1999, p. 40, consultable sur le site http:/enquê[Link]. relativement à la
mort du point de vue de l’ouverture de la succession.
298
IACUB (M.), « La construction de la mort en droit français », [Link]., p. 42.
299
MOLLARET (P.) et GOULON (M.), « Le coma dépassé », Revue neurologique, n° 101, 1959, pp. 3-15, cité
par IACUB (M.), La construction de la mort en droit français », Op. cit., p. 41.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 74
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
En somme, la définition de la mort ou du décès300 qui nous paraît la plus appropriée
ici, est Celle donnée par le comité ad hoc de l’école médicale d’Harvard qui conçoit le décès
comme la cessation du fonctionnement non seulement du néocortex mais aussi du tronc
cérébral301. Tenant compte de cette dimension de la mort, la législation française, à travers la
circulaire Jeanneney du 24 avril 1968, parle de « l’irréversibilité des lésions incompatibles
avec la vie traduite par l’altération du système nerveux central dans son ensemble »302 .
Quatre signes cliniques et para cliniques sont dès lors requis pour conclure qu’il y a décès, il
s’agit de : «Absence totale de conscience et d’activité motrice spontanée ; (l’) Abolition de
tous les réflexes du tronc cérébral ; (l’) Absence totale de ventilation spontanée et Le
caractère irréversible de l’activité encéphalique »303. Le neurologue James BERNAT parle
en gros de la « cessation permanente du fonctionnement du cerveau»304. De la mort
cardiaque, on est arrivé à la mort cérébrale305.
Conformément à l’esprit des constituants africains, le décès du Président doit résulter
d’une cause naturelle, ou d’un accident. En d’autres termes, les causes du décès doivent
concerner les raisons de santé. Ceci dit, l’application des règles de la vacance ne saurait
opérer si le Président de la République en fonction est décédé suite à un coup d’Etat. A cet
égard, il s’agit d’un intérim pathologique comme des modes anticonstitutionnels de
changement de gouvernement306. Au demeurant, compte tenu de toutes les critiques et
relativisme dont la mort clinique fait également l’objet307, le peuple est très mal outillé pour se
prononcer de façon profonde sur ces questions qui relèvent fondamentalement de la science
300
CORNU (G.), vocabulaire juridique, précité, p. 295 et 665 L’éminent auteur appréhende le décès autant la
mort comme ma perte de la vie ou le terme de la vie respectivement.
301
Lire à ce sujet, le rapport du comité ad hoc de l4école médicale d4Harvard au sujet de la définition de la mort
cérébrale Report intitulé, « A Definition of Irreversible Coma », Journal of the American Medical Association,
205, 1968, p. 337-340.
302
IACUB (M.), La construction de la mort en droit français », Op. cit., p. 42.
303
Idem.
304
Lire à ce sujet, BERNAT (J.-L.), CULVER (C. M.) et GERT (B.), « On the Definition and Criterion of Death
», Annals of InternalMedicine, 94, 1981, pp. 389-394; BERNAT (J.-L.), « How Much of the Brain Must Die in
BrainDeath? », Journal of ClinicalEthics, n°3, 1992, pp. 21-26, cité par M. IACUB, La construction de la mort
en droit français », [Link]., p. 42.
305
Lire sur la question, IACUB (M.), « La construction de la mort en droit français », [Link]., pp. 39-54,
306
TCHEUWA (J-C), «L’Union Africaine et les changements anticonstitutionnels de gouvernement », RRJ,
Droit Prospectif, PUAM, 2009, n°2, pp. 995-1022. 54DOSSO (K), « Les pratiques constitutionnelles dans les
pays d’Afriques noire francophone : cohérences et incohérences », RFDC, n°90, 2012, p. 73.
307
Lire. IACUB (M.), « La construction de la mort en droit français », Op. cit. pp. 41 et suivantes.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 75
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
médicale. L’intervention d’un conseil médical s’avère alors indispensable pour communiquer
efficacement sur la question.
2. La nécessaire intervention d’un conseil médical
La majorité des constitutions Africaines n’ont pas prévu des mécanismes ou
institutions techniques permettant d’attester du décès du Président. Cette lacune dans
l’organisation de la procédure d’attestation du décès du chef d’Etat en fonction pourrait
susciter des interrogations sur les incidences politiques liées aux circonstances et au lieu
même du décès du chef d’Etat. Néanmoins, dans un souci de protéger le Président de la
République en exercice, certains constituants ont procédé à une réglementation pointilleuse de
son décè[Link] aménagement des mécanismes s’articule autour de l’intervention d’organes
spécialisés.
En République Centrafricaine par exemple l’article 35 de la Constitution de 2004
abrogé disposait que le décès du Président de la République est constaté « par décision prise
après avis distincts et motivés de trois médecins, désignés par le Conseil National de l’Ordre
des Médecins, Chirurgiens-dentistes et Pharmaciens, et comprenant obligatoirement le
médecin personnel du Président de la République ».
Au Cameroun, le décret n° 2000/686/PM du 13 septembre 2000 crée un conseil de
santé qui est « l’organe consultatif suprême pour les décisions techniques relatives aux
dossiers médico-administratifs des agents publics »308. Ce conseil est composé d’un
Président qui est le directeur chargé de la médecine hospitalière ou son suppléant, et de trois
membres qui sont des médecins qualifiés309, tous nommés par un arrêté du ministre chargé de
la santé publique310 ; auxquels il parait logique d’ajouter le médecin personnel du Président.
L’instauration d’un conseil médical présente l’avantage qu’il confère à un organe
technique institué par le législateur, ou par les organes politiques et composé de membres
désignés en fonction de leur compétence ratione materiae, la tâche de constater en premier
ressort le décès du chef de l’Etat. L’organe qui déclare la vacance ne fait alors que ratifier la
308
Article 1 al 3 décret N° 2000/686/PM du 13 septembre 2000 Portant organisation et fonctionnement des
conseils de santé.
309
Article 6 al 1 de la loi précitée.
310
Article 8 al 1 de la loi précitée.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 76
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
décision préalable du Conseil. Cependant, ce conseil médical du Président peut
malicieusement opter pour le maintien du secret soit par allégeance au chef dont on veut
garantir la longévité, soit par crainte d’une déstabilisation sociopolitique liée aux querelles de
succession. Et pourtant, l’idée de démocratie suppose une certaine transparence à l’égard du
peuple dont le Président est le représentant.
B. Le cas controversé de l’empêchement définitif du Président de la
République
La permanence et la continuité de l’Etat sont assurées par le Président de la
République. Mais ce dernier est un homme; il n’est donc pas à l’abri de la fatalité. La logique
anticipative du droit faite par les textes consiste en une prévision de la survenue de
circonstances entravant la continuité de l’exercice du pouvoir présidentiel311. En l’espèce La
formule juridiquement consacrée est celle d’empêchement. Ainsi, avant toute analyse liée aux
circonstances pouvant entrainer un empêchement (2), il sied au préalable d’étudier la notion
d’empêchement (1).
1. La vacuité de la notion d’empêchement définitif
L’empêchement est une notion qui renvoie à l’intervention d’un facteur de gène,
d’un obstacle à l’exercice d’une fonction312. Selon les termes de la Constitution du 02 juin
1972 dans sa version modifiée du 29 juin 1979 et reconduits par la loi fondamentale du 18
janvier 1996, la vacance de la présidence de la République peut être la résultante d’un
empêchement313. Seulement, Bien qu’une procédure d’empêchement définitif n’ait été initiée
contre un Président de la République au Cameroun, à cause de l’imprécision et la généralité
qui entourent les textes sur la question, laissant prédominer des considérations politiques
subjectives, la consécration de l’empêchement définitif comme fait générateur de la vacance
du pouvoir est marquée par la complexification de sa détermination. La notion
d’empêchement, qui a progressivement suppléée celle d’« incapacité permanente » utilisée
311
ABANE ENGOLO (P.E.), « L’empêchement définitif du président de la République en droit camerounais »,
in Revue africaine de droit public, n° 1, 2012, pp 181-204.
312
Idem.
313
Idem.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 77
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
par les précédentes constitutions avant celle de 1996, semble être appréhendé par le
constituant camerounais comme un obstacle d’un genre particulier, puisqu’il ne renvoie ni à la
mort, ni à la démission. Ainsi, le problème de la définition de l’empêchement définitif reste
posé. Cette absence de définition est, dangereuse car « elle ouvre la porte à une
interprétation politico-juridique fallacieuse dont les conséquences peuvent être néfastes
pour la stabilité politique et sociale (de l’Etat) »314 car à l’intérieur de cette notion, on peut
tout y mettre. En général, cette ambiguïté joue en faveur du Chef de l’Etat. C’est d’ailleurs
pour cette raison que l’empêchement définitif, dans la plupart des États africains demeure une
modalité théorique.
En effet, le langage commun conçoit l’empêchement comme une difficulté, un
obstacle à la réalisation d’une tâche ou d’une fonction. L’acception politique l’apparente à un
mécanisme permettant au Parlement de destituer un Chef d’Etat ou un haut responsable du
pouvoir exécutif315. Juridiquement, la notion d’empêchement se présentecomme un obstacle,
non pas à la réalisation d’un acte et sa validité, mais à l’exercice d’une fonction. En l’absence
de définition textuelle ou jurisprudentielle, La doctrine, dans un effort de systématisation,
s’est attelée à lui donner un contenu précis. Le professeur Jean Marie AUBY, dans cet élan de
systématisation, s’est illustré comme une figure de proue. Il considère l’empêchement comme
« tout motif qui met provisoirement ou définitivement le titulaire d’une compétence dans
l’impossibilité de l’exercer »316. Par ces propos, il distingue deux types d’empêchement :
l’empêchement provisoire ou temporaire et l’empêchement définitif.
L’empêchement provisoire est une situation limitée dans le temps. Il est temporaire
car le titulaire de la compétence ne rencontre qu'un « obstacle provisoire à l’exercice des
fonctions »317. Toutefois, « le concept d’empêchement temporaire reste très ambigü »318. Il
peut désigner des situations aussi diverses que variées. Il peut notamment être la résultante
d'une maladie, d’une capture, ou prise en otage, d’un voyage amenant le titulaire d’une
314
Idem.
315
TUEKAM TATCHUM (C.), L’intérim du Président de la République dans le nouveau constitutionnalisme
des Etats d’Afrique d’expression française, [Link]., p. 65.
316
AUBY (J.M.), « L’intérim », article précité, p. 866.
317
Ibid. p.865.
318
MBOME (F.), « Les empêchements du Président de la République au Cameroun », R.J.P.I.C., T.32, No.3,
Sept.1978, p.909.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 78
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
compétence à quitter temporairement le siège des pouvoirs publics319. Au Cameroun, Les
différents constituants ont toujours prévu un dispositif pour aménager l’empêchement
temporaire. Avant 1984, c’est le Premier Ministre qui devait assurer certaines fonctions du
Président de la République. Après la disparition du poste de Premier Ministre, avec
l’ordonnancement juridique de 1984320, les fonctions présidentielles devaient être assurées par
un Ministre choisi par le Président de la République321. Le rétablissement de la fonction primo
ministérielle devait s’accompagner de la réinstauration du dispositif d’avant 1984. Toutefois,
l’on note une imprécision des causes de l’empêchement temporaire.
Le constituant béninois est plus précis sur la question et retient comme cause de
l’empêchement temporaire : l’absence du territoire, la maladie et le congé du Président de la
République322. L’empêchement temporaire est donc une situation qui met le président de la
République au centre de la procédure. C’est lui qui confie personnellement certaines de ses
fonctions au Premier Ministre, mais en plus, il définit le cadre desdites fonctions, et surtout, il
détermine lui-même sa situation d’empêchement temporaire. Il existe donc une certaine
manifestation de la volonté du chef de l’Etat dans cette situation d’empêchement temporaire.
Elle correspond en général à la situation de courte et petite maladie ou de congés. Pour
autant, probablement, la peur des renversements politiques, et de la transmutation de
l’empêchement temporaire en empêchement définitif, font que les Présidents préfèrent ne
recourir qu’exceptionnellement à cette disposition323.
L'empêchement définitif pour sa part se distingue fortement de l’empêchement
temporaire dans la mesure où le premier s’effectue en dehors de la volonté du Président de la
République et ses conséquences sont plus profondes. L’empêchement définitif, qui peut être
319
Président Georges Washington considérait le déplacement du chef de l’exécutif à l'extérieur du territoire
national comme un empêchement entraînant une incapacité provisoire. C’est pour cette raison qu'il refusa de se
rendre à Rhodes Island tant que cet Etat ne fut pas membre de l'Union. Cette interprétation allait être
abandonnée par la suite par ses successeurs.
320
Loi n°84-001 du 4 février 1984.
321
MBOME (F.X.), et LOGMO MBELEK(A), «Droit et politique au Cameroun depuis 1982», Juridis périodique
n°67, juillet-Août-Septembre 2006p.54.
322
Art. 50 de la constitution du Bénin.
323
ABANE ENGOLO (P .E.), « L’empêchement définitif du Président de la République en droit camerounais »,
[Link]., p.185.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 79
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
qualifié de permanent324, reste une notion difficile à cerner dans sa consistance. Le professeur
Alain Didier OLINGA ne manque pas de souligner que tout est «brumeux» dans la
règlementation juridique de cette notion325, le constituant camerounais, comme la majorité des
constituants africain ne la définissant pas par ses causes, mais par ses conséquences à savoir la
cessation des fonctions de Président de la République. La théorie générale du droit
constitutionnel elle-même s’est peu attardée sur cette question, et certains auteurs français
évoquent un « embarras »326 dans l’identification objective de la situation d’empêchement
définitif. Cette complexité à cerner la notion d’empêchement définitif est liée à la difficulté
d’opérer une appréciation objective de la situation d’empêchement définitif. Le point de chute
étant la fragilité de la décision des instances compétentes pour décider qu’il y a empêchement
définitif. Néanmoins, au-delà de cette complexité, l’empêchement définitif peut être défini
comme « la situation mettant le titulaire d'une compétence dans l'impossibilité absolue et
définitive d'exercer les compétences qui lui ont été confiées par la légalité en vigueur »327.
Faisant alors le choix de procéder à une définition opératoire, on partirait du fait que le
concept « [d’] empêchement définitif » est porteur de l’idée d’obstacle insurmontable. Il suit
de là que l’empêchement définitif renvoie, au premier degré, à la persistance de la cause de
l’empêchement provisoire, rendant permanemment le Président dans l’incapacité d’être
présent. Sous ce rapport, il faut éviter de tomber sous le coup de certaines confusions.
En effet, tout empêchement ne donne pas lieu à un intérim. Dans une approche
ambigüe, le constituant français, qui n’a pas qualifié la nature de l’empêchement donnant lieu
à l’organisation d’un intérim présidentiel, proclame que tout empêchement, qu’il soit
temporaire ou définitif, donne lieu à un intérim qualifié dans le premier cas de provisoire et
dans le second de transition. Or, il nous semble qu’un intérim est toujours de transition et
queles situations d’empêchements temporaires du Président de la République requièrent des
mécanismes de délégation ou de suppléance qui sied le mieux à ces [Link]
constituant Camerounais pour sa part, à l’instar de ses homologues africains considère à juste
324
C’est d’ailleurs l’expression utilisée par le constituant italien. Cf. art 86 (2) de la constitution du 27 décembre
1947, modifiée le 19 octobre 2020.
325
OLINGA (A.D), La Constitution de la République du Cameroun, Presses de l’UCAC, Yaoundé 2006, pp.75.
326
RICHIR (I), Le président de la République et le conseil constitutionnel, PUF, 1998, p.141s; LUCHAIRE (F).
et CONAC (G), La constitution de la République française, Paris, Economica 1980, p.350.
327
EL HADJ MBODJ, La succession du Chef de l’Etat en droit constitutionnel africain (Analyse juridique et
impact politique, thèse précitée. p. 236.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 80
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
titre que seul l’empêchement définitif donne lieu à l’organisation d’un intérim ; car,
l'empêchement temporaire n’est pas une cause de vacance du pouvoir présidentiel. Le chef
d'Etat provisoirement empêché retrouve toutes ses prérogatives une fois les obstacles qui
étaient à l’origine de son empêchement auront disparus. Seul l'empêchement définitif justifie
la mise en œuvre des règles successorales.
Une autre confusion est souvent faite entre l’empêchement définitif et la Vacance.
Certaines constitutions consacrent clairement la distinction entre ces notions qui sont deux
modalités autonomes. C’est le cas des Constitutions gabonaise328 et tchadienne329. D’autres
font de l’empêchement définitif une modalité de la vacance de la Présidence de la République.
C’est l’option retenue par les Constitutions ivoirienne de 2016330, togolaise331 et camerounaise
de 1972 dans sa révision de 1996332. En effet, L’empêchement est quelque chose de subjectif
car il concerne l’homme et la vacance quelque chose d’objectif car dirigé vers la fonction.
C’est pourquoi, nous partageons la pensée du Professeur LUCHAIRE lorsqu’il définit la
vacance comme « le fait qu’une fonction se trouve sans titulaire et l’empêchement comme
la situation d’un homme titulaire d’une fonction qu’il ne peut remplir temporairement ou
définitivement», il poursuit en déclarant que « l’existence de la vacance ne se discute pas
alors que l’empêchement exige une certaine appréciation »333. Il conclut alors de façon
claire qu’« il y’a vacance lorsque la fonction n’est plus occupée et cette situation se
présente en cas de décès ou de démission du titulaire, elle est aussi la conséquence d’un
empêchement définitif alors que l’empêchement temporaire n’entraine pas la vacance »334.
Au demeurant, seul l’empêchement définitif est, au même titre que le décès et la
démission, une cause de vacance. On ne saurait donc dire qu’un Président décédé ou
démissionnaire est empêché car il n’est plus dans ces cas, titulaire de la fonction qui devient
ipso facto vacante. Cependant, tout empêchement est à l’origine temporaire et ne dévient
définitif, ouvrant ainsi le processus intérimaire, que lorsqu’il est déclaré comme tel par les
328
Art. 13 de la constitution du Gabon.
329
Art. 76 de la constitution Tchadienne de 1996.
330
Art. 62 de la constitution de Côte d’ivoire.
331
Art. 65 de la constitution du Togo.
332
Art. 6 (4) de la loi n°96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la constitution du 2 juin 1972.
333
LUCHAIRE (F.), Le Conseil Constitutionnel, ouvrage précité, p. 376.
334
Idem.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 81
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
organes compétents. Il se pose dès lors le problème de la détermination des causes de
l’empêchement définitif, ou encore à partir de quel moment ou de quel seuil de gravité
l’empêchement temporaire devient définitif.
2. Les causes de l’empêchement définitif
La loi constitutionnelle du 18 janvier 1996, en son article 6(4) fais de l’empêchement
définitif une cause de la vacance du pouvoir présidentiel. Seulement, cette disposition ne
précise pas les mobiles de cet empêchement définitif, et pourtant, la Constitution est présentée
comme un système ayant des réponses à toutes les questions335, au point où il s’est
progressivement développé une certaine foi dans la loi fondamentale336. Une énumération de
ces mobiles serait dès lors difficilement exhaustive. Le Professeur LUCHAIRE a donc
proposé un principe général qui consiste à dire « qu’il y a empêchement chaque fois que la
continuité de l’Etat et le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ne peuvent plus être
assurés si le Président de la République en fonction n’est pas remplacé »337. Néanmoins, en
l’absence de précisions textuelles, la doctrine est unanime sur la question et considère que
l’empêchement définitif peut résulter de la maladie ou encore d’une situation.
Relativement au facteur maladie, il est à noter que la santé du Président de la
République, particulièrement dans le contexte africain, est généralement couverte de mystères
et s’apparente très souvent à un sujet extrêmement énigmatique voire tabou338. Il ne s’agit pas
à proprement parler d’une spécificité africaine tout comme il ne s’agit pas d’une question
récente. On se souvient qu’en France, le Président de la République Paul DESCHANEL a
démissionné de ses fonctions du fait de la détérioration de son état de santé339. On se souvient
aussi que sous la Cinquième République, la santé des chefs d’Etat a toujours été sujet à
335
ROUSSEAU (D.), « Questions de Constitution », Politique et Sociétés, Vol.19, n°2-3, 2000, p.9.
336
DELPEREE (F.), « La Constitution, pour quoi faire ? », RBDC, n°1-2, 1994, p. 5.
337
LUCHAIRE (F.), Le Conseil Constitutionnel, ouvrage précité, p. 377.
338
Lire avec intérêt BIKORO (J.M.), « Réflexions sur un tabou du constitutionnalisme africain : la sante du
Président de la République », in Afrilex, 2020, 32 p.
339
Le Président français Paul Deschanel a démissionné de la Présidence de la République le 20 septembre 1920
pour raison de santé soit quelques mois après son élection à la Présidence de la République. Ce dernier souffrait
de dépression c’est la raison pour laquelle la doctrine évoque l’hypothèse de la santé mentale. Lire dans ce sens :
GUGLIELMI (G-J), « Malaise dans la Constitution : l’empêchement du Président de la République », in
[Link], consulté le 02 février 2023.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 82
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
caution. L’une des critiques les plus acerbes de François MITTERAND adressée au General
DE GAULLE portait sur le caractère tabou de sa santé fragile et fébrile340. Plus tard, les
présidents Georges POMPIDOU341et François MITTERAND342ont été atteints de cancers
irréversibles durant l’exercice de leurs fonctions sans que leurs empêchements définitifs ne
soient constatés. Dans le constitutionnalisme américain, la question n’est pas en reste car, le
fait générateur de la limitation du nombre de mandats présidentiels fût la dégradation de l’état
de santé du Président Franklin Delano ROOSEVELT pendant l’exercice de son dernier
mandat343. En dehors de lui, d’autres Présidents américains ont fait face à des problèmes de
santé à l’instar de Jimmy CARTER344et REAGAN345. Au-delà de ce constat, la maladie
dont il est question ici peut être une atteinte à l’état physique ou psychique de la personne du
Président de la République.
Les maux physiques s’entendent comme étant ces maladies qui attaquent le corps
humain sans avoir d’effets directs sur le [Link] établir un catalogue complet des
maladies concernées347, l’on constate que ces différents maux semblent ne pas être
susceptibles d’entraver l’exercice de la fonction. Un Président de la République n’a pas
besoin de ses membres pour diriger; il suffit que d’une manière ou d’une autre, il soit informé
sur la vie de la nation et ait la capacité de prendre des décisions convenables. Ces maux
340
MITTERAND (F.), Le coup d’Etat permanant, Paris, Plon, 1964, 285 p.
341
Les premiers signes de la maladie s’extériorisent au début de son mandat. Mais, c’est en 1972 qu’est établi, le
diagnostic de la maladie de Waldenström qui est une forme de leucémie avancée. C’est cette maladie qui va
ronger le Président Pompidou jusqu’à sa mort le 02 avril 1974.
342
Il faut dire que l’ancien Président français souffrait du cancer de la prostate détecté dès 1981. Mais, ce n’est
qu’en 1992 qu’il a décidé de rendre public son état de santé. Avant cette date, il avait ordonné à son médecin
Claude GUBLER de falsifier son bulletin de santé, question d’en faire, un secret d’Etat. Toujours est-il que ce
dernier est resté en fonction quand bien même son état ne le lui permettait plus. Lire dans ce sens : GUBLER
(C.), Le grand secret, Paris, Plon, 1996, 189p.
343
C’est le XXIIe amendement de la Constitution américaine adopté en 1947 qui tenu à pallier à l’état de santé
du Président en optant pour la limitation du nombre de mandats présidentiels. Lire utilement : Boudon (J.), « La
désignation du Président des Etats-Unis », RDP, n°5, 2005, p. 1303.
344
Le Président Jimmy CARTER souffrait durant son mandat des hémorroïdes, lire BIKORO Jean Mermoz, «
Réflexions sur un tabou du constitutionnalisme africain : la sante du
Président de la République », Op. Cit.
345
Le Président REAGAN était atteint de la maladie d’Alzeimer.
346
ABANE ENGOLO (P .E.), « L’empêchement définitif du Président de la République en droit camerounais »,
[Link]., p.187.
347
Les maladies qui se retrouvent dans cette catégorie peuvent être entre autre : la perte de ses membres
engendrant un handicap physique, la perte de la vue, de la parole ou de l’audition. Des maux qui se soignent
facilement ou non tel le paludisme ou la tuberculose, et d’autres maux qui ne se guérissent pas à l’exemple du
VIH/SIDA rentrent également dans cette catégorie. Lire sur la question ABANE ENGOLO (P.E.),
« L’empêchement définitif du Président de la République en droit camerounais », [Link]., p.187.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 83
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
physiques s’apparentent dès lors à des situations temporaires, et amènent à poser la question
de savoir à partir de quel moment elles pourraient devenir définitives au point d’entrainer une
vacance du pouvoir ? La réponse à cette question réside dans la détermination du seuil de
gravitéà partir duquel la maladie est telle que le Président pourrait être déclaré dans
l’impossibilité absolue d’exercer ses fonctions. Pour Anne-Marie LE BOS-LE POURHIET, «
cette démarche est vaine car un même mal n’évolue pas de façon forcément identique et
n’entraine pas d’incapacités similaires chez tous les sujets. De plus, les progrès de la
médecine sont tels qu’une maladie considérée comme grave il y a quelques années
pourraitparaître bénigne aujourd’hui et enfin les conditions d’exercice des compétences
varient selon la fonction occupée»348. Le professeur ABANE ENGOLO pour sa part pense
que « l’appréciation de la gravité de maladie tient à son ampleur. Deux paramètres non
cumulatifs sont à considérer. D’une part les manifestations de la maladie constituées par
les atteintes physiques et psychiques que subit la personne concernée; d’autre part les effets
du traitement qui peuvent être autant effroyables que le mal lui-même »349. Il conclut alors
en affirmant que, « quand la continuité de la fonction présidentielle, ou l’exercice normal
de celle-ci est mise à mal a cause de l’état de santé du Président de la République, ce
dernier peut être considéré comme définitivement empêché»350. En somme, il demeure que
le critère devant permettre de faire la différence entre l’empêchement temporaire et
l’empêchement définitif relativement aux faits de santé, est la gravité de la maladie qui doit
porter substantiellement atteinte à la faculté d’assumer la fonction présidentielle.
Les maux qui sont les plus susceptibles d’entraîner l’empêchement définitif du
Président de la République sont davantage ceux qui amenuisent sa clairvoyance. Les atteintes
à la santé mentale sont par leur nature des causes privilégiées de l’empêchement définitif351. Il
s’agit des maux qui ne peuvent être récusés comme devant constituer des cas d’empêchement
définitif du Président de la République, car ils sont d’une telle portée qu’il devient difficile,
348
LE BOS-LE POURHIET (A.-M.), Les substitutions de compétence en droit public français, thèse pour le
doctorat d‘Etat, Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, 1985, p. 271.
349
ABANE ENGOLO (P .E.), « L’empêchement définitif du Président de la République en droit camerounais »,
[Link]., p.187.
350
Idem.
351
Le cas du Président CASTRO retient l’attention car, ce dernier ne semblait plus être en possession de toutes
ses facultés. Malgré des contre arguments, en cédant le pouvoir à son frère, la preuve a été faite qu’il lui devenait
difficile de continuer à exercer normalement ses fonctions de président. Lire, IGNACIO(R), Fidel Castro:
Biographie à deux voix, Éditions Fayard, Paris 2007, p.419 et suiv.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 84
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
voire impossible pour celui qui en souffre de se déployer normalement. Il s’agit
principalement des atteintes aux comportements causés par des maladies mentales. Les plus
en vue sont la maladie d’Alzheimer352, de Parkinson, l’épilepsie et la sclérose353. Les
capacités mentales des personnes atteintes de ces maux se trouvent fortement diminuées. A
côté de ces hypothèses où l’action, même mal éclairée est encore possible, il existe une où
l’action n’est plus possible: c’est la situation de coma. Dans cet état, il y a perte des fonctions
de relation car la conscience, la mobilité et la sensibilité sont inactifs, et seules la respiration
et la circulation sanguine demeurent354. Cet état végétatif révèle une impossibilité à prendre
des décisions.
Quelle soit physique ou psychique, la maladie pose le problème de sa constatation et
de son appréciation. A ce sujet, Le Professeur Jacques ROBERT propose qu’« au début du
mandat présidentiel, soit créée une commission, légère, composée de trois éminents
médecins scientifiquement incontestés et réputés pour leur conscience professionnelle et
leur intégrité, chargée de deux missions précises à savoir d’une part, donner et publier
chaque année un bulletin de santé du Président donnant une information circonstanciée
sur son état médicalement constaté et intervenir d’autre part en cas d’urgence pour
renseigner en toute clarté l’opinion publique sur ce qui vient d’arriver au Président »355. Le
juge constitutionnel destinataire privilégié de ces bulletins médicaux, devrait pouvoir se
prononcer après réception de ces informations. Le problème est d’autant plus délicat qu’il
s’avère difficile de concilier l’impératif de protection de la vie privée du Président de la
République qui fonde le secret médical356 avec l’idée de transparence357 qui voudrait que le
352
La maladie d’Alzheimer consiste en une neuro-dégénérescence du tissu cérébral qui entraîne la perte
progressive et irréversible des fonctions mentales et notamment de la mémoire. Elle est une cause de démence
chez les personnes âgées.
353
Elle consiste en une dégénérescence rapide des neurones entraînant paralysie et dysfonctions du cerveau ; lire
Annales de biologie clinique. Vol.58, N°3, 3505, mai - juin 2000, Dossier:9e réunion du comité d’interface
Inserm-SFBC; GROS-M AN(M) et LENGLET(R), « Menace sur nos neurones - Alzheimer, Parkinson... et ceux
qui en profitent », in Actes Sud, 2011; JEAN BLANC(A), « vieillissement du cerveau et maladies neuro-
dégénératives: la recherche doit progresser », [Link], visité le 2 février 2023.
354
ABANE ENGOLO (P .E.), « L’empêchement définitif du Président de la République en droit camerounais »,
[Link]., p.187.
355
ROBERT (J.), « Age, maladie et pouvoir », RDP, n° 6, 2005, p. 5.
356
Sur la question, lire MOUNEYRAT (M.H.), « éthique du secret et secret médical », Pouvoir, Revue française
d’étude constitutionnelle et politique, n°97, Paris, avril 2001, pp. 47-62.
357
Lire à ce sujet, BELORGEY (J.M.), « l’Etat entre transparence et secret », Pouvoir,Revue française d’étude
constitutionnelle et politique, n°97, Paris, avril 2001, pp. 25-32.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 85
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
peuple, dont le Président est mandataire soit constamment informé des aptitudes dont dispose
ce dernier à conduire avec efficacité cette délicate fonction. Dans tous les cas, une
conciliation de ces deux exigences s’impose afin de préserver la démocratie et la pérennité du
pouvoir.
L’empêchement définitif du fait des situations peut résulter soit de l’absence du
Président de la République soit alors de sa disparition et sa captivité. L’absence du Président
de la République est généralement conçue comme étant une vacance de poste correspondant à
l’empêchement temporaire358. Le code civil359 appréhende cette notion comme l’incertitude
quant à la connaissance de la situation dans laquelle se trouve une personne. Il y a donc
inquiétude sur le sort de la personne concernée. Le Président de la République pourra alors
être déclaré définitivement empêché si les conditions de son absence s’y prêtent. La
disparition pour sa part est considérée par le code civil comme l’évènement dont les
circonstances font douter de la survie d’une personne360. Ainsi, cette personne s’est trouvée en
péril et la présomption est celle de son décès. C’est ainsi qu’un Président de la République en
déplacement par voie aérienne peut être considéré comme disparu si l’avion qu’il a emprunté
fait un crash, et que les corps ne sont pas identifiés ou repêchés361. L’hypothèse de la
disparition ne saurait dès lors être considérée comme une situation d’empêchement provisoire.
Il en va de même de la captivité qui peut être appréhendée comme l’état d’une personne
privée de sa liberté362. Cette situation peut résulter de faits légaux, tel que la condamnation et
l’appréhension du Président par une instance juridictionnelle internationale ou d’agissements
illégaux représentés par l’enlèvement du Président de la République.
L’empêchement définitif du fait des situations pose le problème majeur de sa
temporalité ou plus clairement de la durée de l’empêchement. La Constitution camerounaise
ne dispose pas sur la temporalité de l’empêchement. A titre comparé, des textes
constitutionnels étrangers mettent en évidence la durée de l’empêchement. La loi
fondamentale italienne parle d’empêchement « permanent »363; et la Constitution algérienne
358
ARDANT (ph), Institutions politiques et Droit constitutionnel, [Link]., p 459.
359
Art 112 et suivants, [Link].
360
Art 88 [Link].
361
Quand l’accident a eu lieu en pleine mer.
362
ABANE ENGOLO (P .E.), [Link]., p.203.
363
Art 86(2) de la constitution de 27 décembre 1947.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 86
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
parle d’empêchement pour cause de « maladie grave et durable »364. Le Professeur
LUCHAIRE, sur la question, proposait en France que l’on retienne comme durée maximale,
celle qui est prévue en cas de vacance pour l’organisation de nouvelles élections365. Il
incombe donc au Conseil Constitutionnel de procéder à une appréciation qui prendrait en
compte l’effectivité de la paralysie du fonctionnement normal de l’institution présidentielle,
cette effectivité étant le plus souvent établie sans difficulté lorsque le Président de la
République est destitué.
Paragraphe II : La cause implicite : la destitution
Le constituant camerounais, à l’instar de ses homologues africains, ne consacre pas
explicitement la destitution du Président de la République comme un mobile de vacance. Ce
silence est à l’origine de la confusion autour de la place de la destitution. Certains auteurs
soutiennent qu’il s’agit d’une cause d’empêchement définitif366. Cette idée n’emporte pas
notre adhésion car il s’agit en réalité de deux procédures diamétralement différentes que le
constituant aurait dû évoquer comme deux motifs autonomes de vacance du pouvoir
présidentiel. En effet, assimiler la destitution du Président de la République à une cause
d’empêchement définitif suppose que le juge constitutionnel, saisi dans cette éventualité,
exercerait un certain contrôle sur une décision rendue par un organe juridictionnel distinct de
lui, en l’occurrence la Haute Cour de Justice qui, en tant que juridiction spéciale, rend des
décisions insusceptibles de tout recours. Cependant, Le problème se poserait différemment si
la destitution était l’œuvre d’un organe politique exclusivement, comme ce fut le cas à
Madagascar en 1996 lorsque le Président Albert ZAFY en application de l’article 50 de la
Constitution malgache de 1992 fut déclaré définitivement empêché par une résolution de
l’Assemblée Nationale engageant sa responsabilité politique pour violation de la
364
Art 88 de la Constitution de la république Algérienne Démocratique et populaire du 8 décembre 1996
modifiée par la loi n°02-03 du 10 avril 20002 [Link] n°25 du 14 avril 2002, et par la loi n°08-19 du 15
novembre 2008 [Link] n°63 du 16 novembre 2008.
365
LUCHAIRE (F.), Op. Cit., p. 385.
366
C’est le cas du professeur MBODJ qui l’assimile à un « empêchement juridique » qui « met le chef de l'Etat
dans l'incapacité absolue d'exercer les charges de sa fonction » Lire EL HADJ MBODJ, La succession du chef
d’Etat en droit constitutionnel africain, thèse précitée. p. 237. ; C’est également le cas d’Etienne KENFACK
TEMFACK, qui affirme que « L’empêchement définitif peut résulter de la condamnation par la Haute cour de
justice », lire KENFACK TEMFACK (E.), La vacance de la présidence de la république en droit constitutionnel
camerounais, 2018, p.14.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 87
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Constitution367. Néanmoins, dans le contexte camerounais, la destitution du Président de la
République est l’œuvre d’une juridiction souveraine et ne saurait dès lors être considérée
comme une cause d’empêchement définitif au même titre que la maladie, l’absence, la
disparition ou encore la captivité ; elle est plutôt un comme le décès, la démission et
l’empêchement définitif. Etudier donc la destitution comme mobile de vacance du pouvoir
présidentiel revient à examiner sa notion (A) et ses modalités (B).
A. La notion de destitution
Le constituant camerounais de 1996, dans un élan de consolidation de la démocratie et
de l’état de droit, a aménagé des dispositions liées à la destitution du chef de l’Etat. Ainsi, aux
termes de l’article 53 (1) de la loi fondamentale, le Président de la République peut être mis
en accusation et au terme de la procédure être destitué. La destitution est une procédure qui
vise à « retirer à un agent public sa qualité »368. Plus précisément, il s’agit d’une procédure
pénale dont la finalité est de priver un agent public, mais surtout une autorité politique de
l’exercice d’une fonction. En ce qui concerne le Président de la République, la procédure de
destitution requière deux conditions : un préalable qui est la mise en œuvre de la
responsabilité du Président (1) et un mobile qui se décline sous l’infraction de Haute trahison
(2).
1. La reconnaissance de la responsabilité du Président de la République
comme condition préalable à la destitution
La responsabilité est un principe fondamental et commun à toute organisation
politique moderne369. Elle renvoie à l’aptitude à « répondre de ses actes en subissant une
sanction, entendue comme toute mesure, même réparatrice justifiée par la violation
d’uneobligation»370. En Afrique, le principe général est celui de l’irresponsabilité du Chef de
367
Cet article disposait que « l’empêchement définitif du Président de la République peut être déclaré par la
Cour Constitutionnelle saisie par une résolution adoptée à la majorité des deux tiers au moins des députés
composant l’Assemblée Nationale pour violation de la Constitution ou pour toute autre cause dûment constatée
et prouvée entraînant sont incapacité permanente d’exercice de ses fonctions ».
368
AVRIL (P.) GICQUEL (J.), Lexique de droit constitutionnel,[Link], p.49.
369
THOMAS (Y.-P.), « Acte, agent, société. Sur l‘homme coupable dans la pensée juridique romaine », in
Archives de philosophie du droit, n°22, La responsabilité, Paris, Sirey, 1977, pp. 63 et s.
370
COHENDET (M.-A.), Le Président de la République, Dalloz, Paris, 2002, p. 30.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 88
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
l’Etat. Il s’agit d’un héritage de la colonisation française. L’on convient avec Charles
TUEKAM TATCHUM que, dans le contexte africain « pouvoir et irresponsabilité
apparaissent comme indissociables »371. En d’autres termes, « le pouvoir confère
l’irresponsabilité comme l’irresponsabilité confère le pouvoir»372. Cette irresponsabilité dont
se prévaut le Président de la République revêt un caractère fonctionnel, autrement dit, elle
protège non pas tant sa personne que le mandat dont il dispose. Elle lui confère une immunité
de fond373 et une immunité de forme374. C’est dans ce sillage que le constituant camerounais
prévoit que « Les actes accomplis par le Président de la République en application des
articles 5, 8, 9 et 10 ci-dessus, sont couverts par l’immunité et ne sauraient engager sa
responsabilité à l’issue de son mandat »375.
Toutefois, l’avènement de la démocratie et les exigences de l’Etat de droit ont
permit de mettre fin au mythe de l’infaillibilité du souverain qui a justifié l’irresponsabilité du
Président de la République. En réalité le régime camerounais dans lequel le Président dispose
d’importants pouvoirs ne saurait lui conférer une irresponsabilité totale a moins justement de
bafouer les préceptes démocratique et de l’Etat de droit. C’est en ce sens que le Président
CHIRAC proposait qu’il faut « repenser le statut juridictionnel du chef de l’Etat afin que
l’irresponsabilité qui garantit l’exercice serein de ses fonctions ne soit assimilée à de
l’impunité »376. A ce titre, la question, longtemps considérée pour certains comme «
chimérique »377, et pour d’autres comme « une hypothèse d’école »378, a connu d’importantes
évolutions ces dernières anné[Link] l’irresponsabilité totale et absolue, le Cameroun a évolué
vers une responsabilité pénale du Président de la République. En effet, la démocratisation de
la société camerounaise a favorisée l’aménagement des mécanismes de mise en œuvre de la
371
TUEKAM TATCHUM (C.), L’intérim du Président de la République dans le nouveau constitutionnalisme
des Etats d’Afrique d’expression française, thèse précitée, p.73.
372
ONDO (T.), responsabilité introuvable du chef de l’Etat en africain : analyse comparée de la contestation du
pouvoir présidentiel en Afrique noire francophone (exemples camerounais, gabonais, tchadien, togolais), Thèse
précitée, p. 57.
373
Qui protège le Président de la République des actes accomplis dans l’exercice de ses fonctions.
374
Elle entraine l’inviolabilité du chef de l’Etat, c’est-à-dire qu’il est soustrait a tout acte de procédure.
375
Article 53 al 3 de la loi n° 2008/001 du 14 Avril 2008 modifiant et complétant certaines dispositions de la loi
n° 96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la constitution du 02 juin 1972.
376
MARIE DE CAZALS, « la Ve République face à l’instauration d’une destitution politique inédite du
Président de la République : retour sur la révision du titre IX de la constitution du 4 octobre 1958 », revue
française de droit constitutionnel, 2007/3 n°71, p. 451.
377
ESMEIN (A.), Eléments de droit constitutionnel français et comparé, Paris, Ed. Panthéon-Assas, 2001, p. 138
378
LECLERCQ (C.), Droit constitutionnel et institutions politiques, 6e édition, Paris, Litec, 1989, p. 590.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 89
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
responsabilité pénale du chef de l’Etat devant les instances juridictionnelles pour haute
trahison.
A côté de la haute trahison, qui est en principe le seul mobile de mise en œuvre de la
responsabilité pénale du Président pour les actes commis dans l’exercice de ses fonctions, sa
responsabilité pénale peut également être engagée, comme tout citoyen ordinaire pour des
actes détachables de ses fonctions. L’ancienne ministre française de la justice, Madame
Elisabeth GUIGOU déclarait à ce sujet le 17 mai 1998, que: « comme tous les Français, le
Président de la République peut être traduit devant les tribunaux s’il a commis des délits ».
Seulement, à cause du reflexe protecteur de la fonction présidentielle qui prévaut, cette
éventualité n’est pas encore envisageable au Cameroun comme dans les autres pays africains.
En effet, il s’agit d’une question extrêmement difficile dans la mesure où « la frontière entre
les actes accomplis dans l’exercice des fonctions et les autres est à peu près impossible à
tracer»379. La distinction des « deux corps » du chef de l’Etat au Cameroun : Un corps
politique qui ne meurt pas et un corps naturel assujetti à la faiblesse, selon la formule de M.
ONDO, s’avère dès lors difficile à é[Link] conséquence, dans le contexte camerounais, «
le Président de la République jouit aussi de l’immunité pénale devant les juridictions
pénales de droit commun puisque tous ses actes sont censés être des actes de fonction, des
actes de l’Etat »381.
La responsabilité du Président de la République peut également être engagée devant
les juridictions internationales, en particulier devant la Cour Pénale Internationale. En effet, Si
l’immunité juridictionnelle longtemps reconnu aux Présidents en fonction par la coutume
internationale les protégeait des poursuites internationales, elle est de nos jours remise en
cause382 lorsqu’il s’agit de la répression des « crimes internationaux »383. Mais, une telle
379
CARCASSONNE (G.), « Le président de la République et le juge pénal », in Droit et politique à la croisée
des cultures, Mélanges Philippe ARDANT, Paris, LGDJ, 1999, pp. 275-288.
380
ONDO (T.), responsabilité introuvable du chef de l’Etat en africain : analyse comparée de la contestation du
pouvoir présidentiel en Afrique noire francophone (exemples camerounais, gabonais, tchadien, togolais), Thèse
précitée, p. 523. Cité par TUEKAM TATCHUM (C.), L’intérim du Président de la République dans le nouveau
constitutionnalisme des Etats d’Afrique d’expression française,[Link].,, p.76.
381
Ibid. P. 524.
382
L’article 7 du statut du Tribunal de Nuremberg du 8 août 1945 indique par exemple que « la situation
officielle des accusés, soit comme Chefs d’Etat, soit comme hauts fonctionnaires ne sera considérée ni comme
une excuse absolutoire, ni comme un motif de diminution de la peine ». Ce principe est repris par la Commission
Droit International en 1950 en ces termes : « le fait que l’auteur d’un crime international a agi en qualité de Chef
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 90
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
saisine contre un Chef d’Etat en fonction, qui aboutirait à sa condamnation marquerait la
supériorité du droit international sur le droit constitutionnel et pourrait ne jamais être
reconnue par l’Etat en cause. Au demeurant, le principal mobile de la destitution du Président
de la République reste la haute trahison dont-il convient à présent d’examiner.
2. La consécration de l’infraction de haute trahison comme mobile de
la destitution
La destitution du chef de l’Etat est la conséquence d’un acte qualifié au Cameroun
de « Haute trahison »384. Il s’agit, dans le contexte camerounais, d’une accusation qui n’a
jamais été faite, car la volonté de protéger la fonction présidentielle rend extrêmement
difficile sa mise en œuvre. La notion de haute trahison apparaît pour la première fois dans le
constitutionnalisme camerounais dans le texte constitutionnel du 1er septembre 1961385. En
effet, le texte de 1960386 a été très vague sur la question de la responsabilité du Président de la
République. Celui de 1972, à la suite de la constitution fédérale de 1961 sera un peu plus
précis en ajoutant que, le Président de la République pouvait être responsable des actes
accomplis dans l’exercice de ses fonctions387. Cette responsabilité sera reprise dans la loi
constitutionnelle de 1996388 avec un essor particulier dans la révision constitutionnelle du 14
avril 2008.
Considérée par le professeur Pierre AVRIL comme un concept « assez équivoque
parce que à la fois politique et pénal »389, la notion de Haute Trahison peut être appréhendée
d’Etat ou de fonctionnaire ne dégage pas sa responsabilité endroit international ». On retrouve l’application de ce
principe dès 1948 à l’article 4 de la Convention sur le génocide : « les personnes ayant commis le génocide ou
l’un quelconque des autres actes énumérés à l’article 3 seront punies, qu’elles soient des gouvernants, des
fonctionnaires ou des particuliers ».
383
Sur la question, lire DELMAS-MARTY (M.), « Les crimes internationaux peuvent-ils contribuer au débat
entre universalisme et relativisme des valeurs ? », in Antonio CASSESE et Mireille DELMAS-MARTY (dir.),
Crimes internationaux et juridictions internationales, Paris, PUF, 2002, p. 60.
384
L’article 53 al 1 nouveau de la loi fondamentale proclame que « La Haute Cour de Justice est compétente
pour juger les actes accomplis dans l'exercice de leurs fonctions par le Président de la République en cas de
haute trahison ».
385
Article 36 du texte constitutionnel du 1er septembre 1961.
386
Article 44 de la Constitution du 04 mars 1960.
387
Article 34 de la Constitution du 02 juin 1972.
388
Article 53 alinéa 1 de la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996.
389
AVRIL (P.), « A propos du statut pénal du chef de l’Etat », Revue de droit public, 2002, n°06, p.1875.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 91
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
comme l’ensemble des crimes intéressant la sûreté de l’Etat390. Toutefois, cette définition ne
permet pas d’établir la distinctionentre la haute trahison et le complot contre la sûreté de l’Etat
comme le fait le constituant camerounais391. Ainsi, la haute trahison a été perçue comme une
« qualification d’actes du Président de la République mettant en cause l’intérêt supérieur
de la Nation »392. Le Professeur Rémy CABRILLAC ira plus loin dans l’appréhension de
cette notion qu’il désigne comme « une faute grave commise par le Président de la
République dans l’exercice de ses fonctions et engageant sa responsabilité devant la Haute
Cour de Justice »393. Les Professeurs Pierre AVRIL et Jean GICQUEL quant-à eux y ajoutant
un caractère politique. Ils saisissent alors cette notion comme, tout « manquement grave du
chef de l’Etat aux devoirs de sa charge (par exemple, violation manifeste de la
Constitution). Il s’agit, en bref d’un délit à caractère politique et donc à contenu
indéterminé (…) »394. Ainsi, pour eux, la responsabilité du Président de la République qui se
traduit par la haute trahison a nécessairement un caractère politique.
Cependant, malgré la forte tendance politique qui caractérise le régime général de la
responsabilité du Président en cas de haute trahison395, il reste néanmoins à notre sens que
cette responsabilité est de type pénale car résultant d’une infraction sanctionnée par un organe
spécial ayant toutes les caractéristiques d’une juridiction. D’ailleurs, il s’agit d’une infraction
reconnue par le code pénal, qui précise qu’ « Est coupable de trahison et puni de mort, tout
citoyen qui : a) participe à des hostilités contre la République, b) favorise ou offre de
favoriser lesdites hostilités »396. De ce fait, l’acte commis par un simple citoyen est une
trahison ; mais lorsque cet acte est commis par le Président de la République, il s’agit d’une
là d’une haute trahison comme le précise la Constitution.
390
Le Nouveau Littré, Le dictionnaire de référence de la langue française, Ed. augmentée du Petit Littré,
Garnier, 2004, p.661 ; cité par MBPILLE (P.E.), [Link]., p.320.
391
Article 53 (nouveau) de la Loi constitutionnelle du 14 avril 2008.
392
Lexique de politique, [Link]., p. 203.
393
CABRILLAC (R.), Dictionnaire du vocabulaire juridique, Par Litec, LexisNexis, 3ème édition, 2008, p.216.
394
AVRIL (P.), GICQUEL (J.), Lexique de droit constitutionnel, [Link]., p.66.
395
Du fait non seulement de la spécificité de l’institution dont le détenteur ne saurait être assimilé à un citoyen
comme les autres, de la nature essentiellement politique de la procédure de sa mise en accusation, de la nature
même de l’infraction dont on ne connait pas exactement les éléments constitutifs, de la coloration politique de
l’organe en charge d’en connaitre ainsi que type de sanction applicable
396
Article 102 du Code pénal camerounais.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 92
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Tel que conçue en 1996, la Haute Cour de Justice disposait d’une marge
considérable pour déterminer le crime de haute trahison; l’absence de précision allait dans ce
sens. Avec la révision constitutionnelle de 2008, le crime de haute trahison n’a toujours pas
été défini, mais son champ a néanmoins été réduit. En effet, l’article 53 de la réforme
constitutionnelle de 2008 restreint les cas d’ouverture de la responsabilité pour haute trahison
qui ne concerne plus les actes accomplis en application des articles 5, 8, 9 et 10 de la
Constitution. Ces actes couverts par l’immunité concernent pourtant les actes majeurs et les
plus répandus que pose le Président de la République. On serait dès alors tenté de conclure, du
fait de cette vacuité que, « Constitue une haute trahison, tout acte que les parlementaires,
réunis en haute cour de justice auront considérés comme tel »397, en exclusion de ceux
retenus aux articles ci-dessus cités et couverts d’immunité.
Le constituant camerounais étant donc peu précis sur le contenu exact de la notion de
haute trahison, il convient de recourir à la doctrine et au droit comparé pour en avoir quelques
éclairages. La doctrine camerounaise sur le sujet est portée par le professeur Alain Didier
OLINGA ; il estime que la Haute trahison « n’a de sens que pour les actes relevant de la
fonction présidentielle, lesquels seraient entachés d’une particulière ignominie ou d’une
gravité spéciale au regard de l’intérêt supérieur de l’Etat ou de la nation »398. La doctrine
française pour sa part semble plus abondante sur la question. En effet, Marie-Anne
COHENDET pense qu’on devrait assimiler la haute trahison « à un acte grave, contraire à la
dignité de la fonction ou comme une violation de la constitution »399. Le professeur Dimitri
Georges LAVROFF quant-à lui appréhende la notion comme « l’action d’un chef d’Etat qui,
de mauvaise foi, s’opposerait au fonctionnement régulier des institutions, empêcherait la
mise en œuvre des dispositions de la constitution, et violerait par conséquent les devoirs de
sa charge »400 ; autrement dit, il s’agit selon lui d’ « un abus caractérisé par le Président de
la République des pouvoirs que lui attribue la constitution consistant notamment dans une
397
CHANNET (A.), La responsabilité du Président de la République : contribution de la « commission Avril »,
l’Harmattan, 2004, p.12.
398
OLINGA (A.D.), « La révision constitutionnelle du 14 avril 2008 au Cameroun », in initiative de gouvernance
citoyenne, Yaoundé, mai 2008, p. 21.
399
COHENDET (A.M.), Le Président de la République, Dalloz, Paris, 2002, p.36.
400
LAVROFF (D.G.), Le droit constitutionnel de la Ve République, Dalloz, 2e édition, Paris, 1997, p.589.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 93
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
atteinte portée aux compétences constitutionnelles des autres organes ou la violation
délibérée des limites de ses propres pouvoirs »401.
En recourant au droit comparé, l’article 68 de la Constitution française de 1848
proclamait déjà que « toute mesure par laquelle le Président de la République dissout
l’Assemblée Nationale, la proroge ou met obstacle à l’exercice de son mandat est un crime
de haute trahison ». Cependant, cette définition nous semble caduque du fait du
réaménagement des rapports entre le Président de la République et l’Assemblée Nationale,
tels qu’ils sont consacrés dans les nouvelles constitutions. La position du sénateur Etienne
DAILLY à l’occasion de la révision de 1993 nous parait plus appropriée. Pour lui en effet,
« le Président de la République commet une haute trahison lorsqu’il trahit sciemment les
intérêts de la France au profit d’une puissance étrangère, lorsqu’il s’abstient sciemment
d’accomplir les actes auxquels il est tenu en vertu de la constitution, lorsqu’il s’arroge un
pouvoir qu’il ne tient pas de la constitution ou lorsqu’il fait un usage anticonstitutionnel
des pouvoirs que la constitution lui confère »402. C’est sans doute la raison pour laquelle le
constituant français la considère comme tout « manquements graves aux devoirs de sa
charge »403. La Constitution Gabonaise semble s’inscrire dans la même logique dans la
mesure où elle appréhende la notion de Haute trahison comme une violation du serment et
donc de tous les engagements pris par le Chef de l’Etat en conformité à la norme
constitutionnelle et aux intérêts supérieurs du peuple.
Par ailleurs, loin de circonscrire la haute trahison du Président de la République sur
le territoire étatique404, celle-ci « peut être commise par le Président de la République, à
l’intérieur du territoire étatique ou à l’étranger, par action contraire à ses attributions
constitutionnelles ou par abstention d’exercer ses pouvoirs régaliens lorsque les
circonstances l’exigent »405. En fin de compte, l’analyse de toutes ces définitions nous permet
de dire que l’infraction de haute trahison est une violation grossière et délibérée de la
Constitution et du serment par une haute autorité politique en l’occurrence le chef de l’Etat, et
401
Idem.
402
Lire. Amendement n°32, Sénat, débat du 26 mai 1993, JO du 27 mai 1993, pp.460 et S.
403
Cf. révision constitutionnelle du 23 février 2007 en France.
404
KELSEN (H.), Théorie générale du droit et de l’Etat, LGDJ, Editions Bruylant (Belgique), Paris, Traduit de
l’anglais par Béatrice LAROCHE, 1997, p. 261.
405
MBPILLE (P.E.), Le Président de la République en droit constitutionnel camerounais, [Link]., p. 321.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 94
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
qui aurait des conséquences néfastes pour la nation et les intérêts du peuple. Quoi qu’il en
soit, l’infraction de haute trahison peut aboutir à une destitution du chef de l’Etat et créer une
vacuité institutionnelle au sommet de l’Etat. Il nous parait alors nécessaire d’examiner les
modalités de destitution du Président de la République au Cameroun.
B. Les modalités de destitutions du Président de la République
Comme dans la plupart des démocraties, la Constitution Camerounaise a prévu la
possibilité et les modalités de destitution du chef de l’exécutif. Ces modalités sont
principalement liées au déclenchement de la procédure (1) et à son déroulement (2).
1. Le déclenchement de la procédure de destitution : la mise en accusation
du Président de la République
La mise en accusation du Président de la République a une coloration fortement
politique, car seules des autorités politiques sont habilitées à saisir le juge pour déclencher
cette procédure. En effet, aux termes de l’article 53 (2) de la loi constitutionnelle du 18
janvier 1996, dans sa version modifiée du 14 avril 2008, « Le Président de la République ne
peut être mis en accusation que par l’Assemblée Nationale et le Sénat ». Cette disposition
exclue toute initiative populaire de destitution du Président ; elle exclut également une auto
saisine de la cour, les représentants du peuple étant les seuls compétents pour le faire. Cette
mise en accusation requiert certaines conditions ; le parlement doit siéger en congrès et statuer
par un vote identique au scrutin public à la majorité des « quatre cinquièmes des membres les
composant » ; c’est-à-dire que 224 parlementaires doivent voter en faveur de la mise en
accusation pour que la procédure soit déclencher. Cette exigence rend la procédure de
destitution très difficile voire improbable.
En cas de vote positif, Le Président de l’Assemblée Nationale saisit la Haute Cour de
Justice par une réquisition notifiée tant au Président de la Haute Cour qu’au procureur général
près cette Cour. La réquisition contient le texte de la motion d’accusation. Le Président de
l’Assemblée Nationale fait dresser des procès - verbaux des notifications. Dans les vingt-
quatre heures de la notification, le procureur général requiert l’ouverture de l'information et en
saisit immédiatement la commission d'instruction. Dès que l’instruction est ouverte, la
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 95
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
commission d'instruction recherche si les faits reprochés sont établis. Lorsque la procédure
paraît complète et après le réquisitoire définitif du procureur général, Le dossier est alors
transmis sans délai au parquet de la Haute Cour de Justice et le Président de la commission
d'instruction en informe son président.
L’environnement politique Camerounais dans lequel le parti au pouvoir bénéficie
d’une majorité obèse dans les deux chambres, rend cette procédure, et même son
déclenchement non probable. Par ailleurs, une telles hypothèse de mise en accusation du
Président est très lourde de conséquence que sa mise en œuvre s’avère encore plus difficile.
Le professeur EISMEIN, à ce sujet déclare que « défaire un Président de la République
avant l’expiration de ses fonction ? Cela est possible en droit et en fait, mais c’est une crise
violente, presque aussi grave qu’une révolution, à laquelle on ne recourt qu’a l’extrême
limite »406. La question majeure qui se pose ici est celle de savoir si la mise en accusation du
Président de la République interrompt le mandat présidentiel ?
Une partie de la doctrine répond par l’affirmative en estimant que le mandat du chef
de l’Etat mis en accusation devrait être interrompu. En effet, « la gravité des faits reprochés
au Chef de l’Etat crée inévitablement un climat de suspicion et de tension tel que le
Président se trouve dans l’impossibilité morale et politique d’exercer ses fonctions »407.
C’est la raison pour laquelle Adhémar ESMEIN affirme qu’ « un Président de la République
décrété régulièrement d’accusation ne peut pas continuer à exercer ses pouvoirs tant que
l’accusation n’a pas été purgée»408. Dans la même lancée, Eugène PIERRE affirme que « la
mise en accusation du Président pour haute trahison devant la Haute Cour de Justice
seraitprobablement suivie d’une arrestation qui mettrait ce dernier dans l’impossibilité
morale, politique et même matérielle d’exercer les fonctions à sa charge »409. Cependant,
que dire alors de la présomption d’innocence ? Quelles sont les garanties de stabilité de la
fonction présidentielle si, à chaque fois qu’il est mis en accusation, le chef d’Etat doit
démissionner ? Le doyen Léon DUGUIT, prenant à contre-pied la doctrine majoritaire sur la
406
ESMEIN (A.), Eléments de droit constitutionnel, 7e édition, Paris, Sirey, Tome II, 1921, p. 52.
407
LE BOS-LE POURHIET (A.M.), Les substitutions de compétence en droit public français, Thèse précitée, p.
287.
408
ESMEIN (A.), Eléments de droit constitutionnel, Op. Cit., p. 52.
409
PIERRE (E.), Traité de droit constitutionnel, 2e édition, Paris, LGDJ, 1926, p.108.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 96
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
question, estime que « le Président resterait en possession de ses fonctions pendant la durée
du procès devant le Sénat »410. Cette solution parait aussi peu adaptée en ce sens que, malgré
la présomption d’innocence dont bénéficie le Président de la République, sa mise en
accusation lui ôte une certaine légitimité morale et politique car « on ne gouverne pas quand
on est soupçonné ». François GOGUEL propose alors qu’il soit déclaré un empêchement
temporaire du Président, il écrit à ce propos « qu’aussi longtemps que la Haute Cour de
Justice ne se serait pas prononcée, il semble bien qu’il y aurait empêchement temporaire
d’exercer son mandat pour un Président de la République. S’il était acquitté,
l’empêchement prendrait fin »411. Charles TUEKAM TATCHUM quant à lui, propose que le
« Président concerné par une telle procédure, avant le jugement, pourrait tout simplement
démissionner pour éviter de fragiliser la fonction présidentielle »412. La destitution du
Président de la République commence par sa mise en accusation et continue suivant une
procédure assez rigoureuse.
2. Le jugement du Président de la République
D’après l’article 1er de l’ordonnance n°72/07 du 26 août 1972 portant organisation
de la haute cour de justice, la Haute Cour se compose de neuf juges titulaires et de six juges
suppléants. Six juges titulaires, ainsi que trois juges suppléants sont choisis par l’Assemblée
Nationale hors de son sein; Le Ministère Public près la Haute Cour de Justice est exercé par le
Procureur Général près la Cour suprême assisté de l’Avocat Général près la même Cour et le
cas échéant d’un Avocat Général près d’une Cour d’appel. Le greffier en chef de la Cour
suprême est de droit greffier de la Haute Cour de Justice. Le Président et le Vice-président de
cette Cour sont élus parmi les juges titulaires membres de l’Assemblée Nationale. Il est
également institué une commission d’instruction près la Haute Cour de Justice comprenant
trois membres dont le président est élu au sein de l’Assemblée Nationale et les deux autres
membres désignés par la Cour Suprême parmi les magistrats de cette Cour. Lors de leur
entrée en fonction, dans les dix jours suivant leur élection, les juges de la Haute Cour de
410
DUGUIT (L.), Traité de droit constitutionnel, Paris, LGDJ, 1929, p.51.
411
GOGUEL (F.), Les institutions politiques françaises, cours polycopié, 1969, p.247.
412
TUEKAM TATCHUM (C.), L’intérim du Président de la République dans le nouveau constitutionnalisme
des Etats d’Afrique d’expression française, [Link]., p.75.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 97
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Justice, titulaires et suppléants, le président de la Commission d’instruction prêtent serment
devant le Parlement.
Les membres de la Haute Cour de Justice sont convoqués par le Président, huit jours
avant l’ouverture de la session. Tout juge de la Haute Cour de Justice, qui ne peut siéger pour
quelque cause que ce soit, est remplacé par un juge suppléant. Les débats sont publics, sauf si
le huis clos est ordonné par la Haute Cour de Justice. Ils sont présidés par le Président ou, à
défaut, par l’un des vice-présidents. Ils suivent la procédure prévue par le code de procédure
pénale pour les affaires criminelles ou correctionnelles, suivant les cas. Après la lecture de
l’arrêt de renvoi et la vérification de l’identité des accusés, le Président donne à la Haute Cour
de Justice, connaissance du dossier. La Haute Cour ne peut que statuer sur les faits dont elle
est saisie par arrêt de renvoi. Elle peut en modifier la qualification dans les limites du Code
pénal.
Si l’accusé est déclaré coupable, il est voté sans désemparer sur l’application de la
peine. L’arrêt définitif est motivé et rédigé par le Président, adopté par la Haute Cour en
chambre du conseil, signé par le Président et le greffier. Il est lu en audience publique par le
Président. La décision est insusceptible de tout recours et ne peut donc être attaquée ni par
voie d’appel, ni par pourvoi de cassation.
En somme, la destitution du Président de la République en cas de haute trahison ou sa
condamnation par la Cour Pénale Internationale devraient être assimilée, non à une cause
d‘empêchement définitif, mais à une cause de vacance. le professeur Magloire ONDOA
admet dans ses écrits que la déchéance pénale n’est pas l’empêchement définitif. Ils diffèrent
de par leurs contenus et leurs conditions de survenance413. Il analyse néanmoins qu’il est
possible de concevoir que, cette déchéance, sans être en soi un empêchement définitif conduit
forcément à l’empêchement définitif du président déchu414. En effet, la déchéance due à la
mise en jeu de la responsabilité pénale du président de la République, et l’empêchement
définitif sont différemment traités dans la Constitution. Les procédures sont divergentes, et la
413
ONDOA (M), «La Constitution duale: Recherches sur les dispositions constitutionnelles transitoires au
Cameroun», RASJ, 2000, vol.1, n°2, p.53. Cité par ABANE ENGOLO (P.E.), « L’empêchement définitif du
Président de la République en droit camerounais », [Link]., p.187
414
Ibid. P.54.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 98
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
sanction dans la procédure de mise en jeu de la responsabilité pénale n’entraîne empêchement
définitif que quand le Conseil constitutionnel a statué dans ce sens. C’est ainsi que la haute
trahison décidée n’est qu’un élément générateur de la procédure d’empêchement définitif,
celui-ci ne demeure actionnable que par le président de l’Assemblée nationale. Ce dernier,
saisit par la Haute Cour de Justice ou prenant tout simplement acte de la décision de cette
Cour se réfère au bureau de l’Assemblée pour requérir son avis favorable. Auquel cas, il saisit
le Conseil Constitutionnel pour que celui-ci déclare le Président de la République
définitivement empêché.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 99
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
CONCLUSION CHAPITRE I
L’examen des mobiles de la vacance du pouvoir présidentiel nous a permis de prendre
connaissance de la variabilité et de la particularité de chacune de ces causes. Au Cameroun,les
motifs de la vacance du pouvoir sont ceux qui renvoient aux situations constitutionnellement
prévues. Certains de ces mobiles aménagés par le constituant ont été expérimentés c'est-à-dire
vécu et d’autres sont restés une prescription constitutionnelle. Cependant, il existe d’autres
mobiles considérés comme factuels parce que n’étant prévus par la Constitution et qui
peuvent entrainer un vide au sommet de l’Etat. Ces mobiles ont été développés par Charles
TUEKAM TATCHUM qui en a distingué deux catégories : d’une part les faits
inconstitutionnels et contraire à l’esprit démocratique en l’occurrence les coups d’Etat415, et
d’autre part les faits non prévus mais compatibles avec l’esprit démocratique, catégorie dans
laquelle il intègre les révolutions et insurrections populaires. Bien qu’une Constitution soit
également sa pratique, il ne nous a pas semblé nécessaire d’aborder cet aspect, car malgré leur
réalité et leur récurrence en Afrique, il s’agit des situations juridiquement condamnées. Nous
avons donc opté pour limiter notre étude des mobiles de la vacance du pouvoir aux situations
constitutionnellement prévues et vécues au Cameroun. Nous avons donc pu analyser la
démission comme seul mobile vécu au Cameroun, et qui a été utilisée par le Président
AHIDJO comme une technique de transmission du pouvoir et de pérennisation de son régime.
A coté, nous avons pu examiner les causes prévues mais non expérimentées. Certaines étaient
explicitement prévues par le texte constitutionnel, le cas du décès et de l’empêchement
définitif ; et un autre mobile non inscrit dans le texte, mais déduit de l’esprit de la
constitution : la destitution.
415
Sur la question, lire TAVARES (P.F.), « Pourquoi tous ces coups d’Etat en Afrique ? », Le Monde
diplomatique, janvier 2004, pp. 16-17 ; SEURIN (J.-L.), « Les régimes militaires », Pouvoirs, n°25, 1983 pp. 89-
105 ; MBEMBE (A.), « Entre coups d’Etat, élections reportées et mouvements sociaux. Esquisses d‘une
démocratie à l’africaine », Le Monde diplomatique, octobre 2000, p. 21 ; BENCHENANE (M.), Les coups
d’Etat en Afrique, Paris, Publisud, 1983, 197 p. ; BANGOURA (D.), Les armées africaines (19601990), Préface
de Pierre DABEZIES, Paris, éd. Centre des Hautes Etudes sur l’Afrique et l’Asie moderne, 1992 ; MARTIN (M.
L.), Le soldat africain et le politique. Essai sur le militarisme et l’Etat prétorien au Sud du Sahara, Presses de
l’IEP de Toulouse, 1990 ; LUTTWARD (E.N.), Coup d’Etat, mode d’emploi, Paris, Ed. Odile Jacob, coll. «
OPUS), traduit de l’anglais par Jean BRECARD, 1996, 281 pages ; AYISSI (A.), « Ordre politique et désordre
militaire en Afrique », Le Monde diplomatique, janvier 2003, pp. 20-21. Aussi, GUEYE (B.), « Les coups d’Etat
en Afrique entre légalité et légitimité », Droit sénégalais n° 9-2010, pp. 259-277, afrilex.u-
[Link]/sites/afrilex/IMG/pdf/_Droit_senegalais_9_pdf, consulté le 12 octobre 2014.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 100
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
La pluralité des mobiles de la vacance du pouvoir présidentiel au Cameroun se
fondant sur les éléments de droit pourrait constituer une menace pour la continuité de l’Etat à
partir du moment où l’imprécision des motifs de vacance du pouvoir ouvre la voie à toute
sorte de débordements. Cependant, la vacance n’est en principe établie qu’à partir du moment
où elle est formellement constatée.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 101
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
CHAPITRE II :
LA NECESSITE DU CONSTAT DE LA VACANCE DU
POUVOIR PRESIDENTIEL
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 102
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
La vacance est une situation de fait qui emporte des conséquences juridiques
fondamentales. Les effets produits par la cessation prématurée du mandat présidentiel peuvent
être extrêmement désastreux si sa règlementation n’est pas soumise à un régime juridique
complexe, dont la finalité est de garantir une transition paisible et de protéger le pouvoir des
flottements résultant de la situation de vacance. La survenance d’un fait générateur de la
vacance du pouvoir est une condition nécessaire, mais pas suffisante pour qu’on puisse
juridiquement parler d’effectivité de l’interruption du mandat présidentiel. Il faut en plus de
cela un constat formel de la vacance du pouvoir, qui seul justifie la nécessité de prendre des
mesures provisoires en vue de garantir la continuité au sommet de l’Etat.
Il est nécessaire, voire indispensable que la vacance du pouvoir soit formellement
constatée pour produire des effets juridiques. C’est la raison pour laquelle, conscients des
impératifs de sécurité juridique liés à cette situation, le constituant camerounais a aménagé
une procédure de constatation de la vacance du pouvoir, qui permettra de garantir un
déroulement serein des opérations dans le respect de l’ordre constitutionnel en vigueur, afin
de franchir cette période difficile sans contestations possibles. Cette procédure de constatation
de la vacance qui se caractérise par son extrême rigidité se révèle comme une opération
complexe du fait de la politisation de la procédure. Cette complexité tourne autour de la
détermination des organes intervenants dans la procédure (Section I), et de la fluctuation de
l’office du juge (Section II).
Section I : Les modalités de constatation de la vacance
Les modalités liées au constat de la vacance du pouvoir présidentiel au Cameroun
s’articulent autour de l’identification de l’organe de constatation (Paragraphe I) et de la mise
en œuvre de la procédure de constat de la vacance (Paragraphe II).
Paragraphe I : L’identification de l’organe de constatation
Les difficultés liées à l’identification des organes de constatation de la vacance du
pouvoir présidentielrésident sur la nature de cet organe qui peut être politique ou
juridictionnel. Tout est fonction de la nature intrinsèque du régime et des préoccupations
sécuritaires des gouvernants en place. Le constituant camerounais a pour sa part a procédé à
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 103
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
une exclusion des organes politiques de la procédure de constatation de la vacance (A) et a
opté pour l’option des organes juridictionnels dans l’implémentation du régime de cette
vacance (B).
A. L’exclusion des organes politiques
La nature de l’organe de constatation dépend de la philosophie politique du régime et
des rapports entre les organes constitués. L'organe peut être politique ou juridictionnel. Tout
est fonction de la nature intrinsèque du régime et des préoccupations sécuritaires des
gouvernants en place. Les organes politiques, autrefois bénéficiaires de cette compétence (1),
ont progressivement, avec de la démocratie constitutionnelle été exclus et remplacés pour des
raisons diverses (2). Il faut néanmoins souligner que les différentes constitutions
camerounaises ont toujours été constantes dans l’exclusion des organes politiques.
1. La reconnaissance d’antan des organes politiques dans la
constatation de la vacance
La reconnaissance de la compétence des organes politiques dans la constatation de la
vacance a été observée dans les régimes parlementaires ou d’assemblée et même dans certains
régimes présidentiels. Dans les hypothèses où le chef de l’Etat est fortement impliqué dans
les processus politiques, il semble raisonnable de faire intervenir des organes politiques dans
la constatation de la vacance. En effet, la disparition du Président de la République ne saurait
laisser indifférents ces organes politiques car il est issu de leur volonté et ils doivent par
conséquent prendre part aux opérations de constatation de la [Link] constat qui se dégage
ici est que la reconnaissance aux organes politiques la compétence ou la mission de constater
la vacance du chef de l’Etat est plus marquée dans les régimes partisans ou les régimes
accordant une place particulière au Parlement dans le processus de sélection du chef de l’Etat.
L’organe politique dont il s’agit peut être soit un organe constitué, soit un plénum composé
d'un organe constitué et d'un organe partisan.
L’organe constitué est généralement l’Assemblée nationale. Ainsi, les chefs d’Etat,
dans une mouvance de mimétisme des pratiques parlementaires expérimentées dans les
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 104
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
assemblées métropolitaines, étaient en général élus par les assemblées parlementaires qui
intervenaient également dans le processus de constatation de la vacance. A titre d’illustration,
la première Constitution sénégalaise du 29 août 1960 octroyait à l'Assemblée Nationale de
constater l'empêchement provisoire ou définitif du Chef de l’Etat à la majorité qualifiée des
deux tiers des membres qui la composent416. Malgré le fait que le constituant sénégalais de
1963 devait transférer à la Cour Suprême le pouvoir de constater l'empêchement du Chef de
l'Etat, il n'excluait pas pour autant l’Assemblée Nationale dont le vote à la majorité des deux
tiers des membres la composant devait donner effet à la constatation préalablement opérée par
la Cour Suprê[Link] la IVe République française, par exemple, l’empêchement devait
être « dûment constaté par un vote du Parlement».
A côté de l’organe constitué, certains prévoyaient plutôt un plénum. Il s’agissait d’un
corps collégial composé de représentants d’organes techniques ou [Link] cas le plus
illustratif ici est la Sierra Leone. L’article 30 de la constitution Sierra-Léonaise de 1978 fait
intervenir le cabinet ministériel, un corps technique et le Speaker du parlement. Il revenait au
cabinet d’apprécier l’opportunité d’informer le Speaker de l’état de santé mentale ou physique
du Président de la République. En accord avec le chef du service médical de la Sierra Leone,
le cabinet met en place un conseil composé d’au moins 5 (cinq) membres choisis parmi les
médecins praticiens du pays. Après investigations, le conseil adresse un rapport au Speaker
sur l'incapacité ou non du chef de l'Etat. En cas de réponse affirmative, le Speaker devra
certifier par écrit l’incapacité ouvrant ainsi selon les cas à l’intérim ou à la suppléance. L’on
peut aussi citer le cas de l’ancienne République Populaire du Congo où le plénum qui
constatait la vacance du Chef de l’Etat était composé de membres du Comité Central du parti
et de l’Assemblée Nationale418; alors que l’article 25 de la Constitution du 8 décembre 1963
confiait à la Cour Suprême le pouvoir de constater la vacance. Ce schéma était logique à la
structuration du pouvoir congolais dans la mesure où d’une part, le Président de la République
416
L’article 22, alinéa 2, de la Constitution du 29 août 1960 disposait en effet: « L’empêchement temporaire ou
définitif du Président de la République est constaté par un vote à la majorité des deux tiers des membres
composant l'Assemblée nationale ». Constitution de la République du Sénégal du 29 Août 1960, J.O. No 3396,
31 Août 1960, pp.381-387.
417
L’article 35 de la constitution du 7 Mars 1963 devait être modifié par la loi No 70-15 du 26 Février 1970
portant révision de la constitution (J.O.R.S. du 28 Février 1970, p.230). La nouvelle rédaction de l’article 35 fait
désormais de la Cour Suprême l’organe exclusif de constatation de l'empêchement définitif ouvrant droit à la
vacance du pouvoir présidentiel.
418
Article 65 de la constitution du 8 Juillet 1979.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 105
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
était le Président du Comité Central du parti et, d’autre part, le Président de l’Assemblée
Nationale était chargé de la suppléance du Chef de l’Etat en attendant la désignation d'un
successeur.
Dans les régimes fondés sur la séparation rigide des pouvoirs, l’organisation de la
succession présidentielle doit en principe tenir compte de l’indépendance de l’exécutif vis-à-
vis du pouvoir législatif. Seulement, un tel ordonnancement ne doit pas faire illusion, car la
procédure de constatation de la vacance du Chef de l’Etat n’est pas l’apanage exclusif du
pouvoir exécutif. Aux Etats-Unis, par exemple, la section 3 du XXVe amendement de la
Constitution fait intervenir le congrès dans la constatation de la vacance419.
Seulement, comme l’affirme Cyril LE TOUZE, « la plupart des Constitutions ont
écarté le gouvernement de ce rôle délicat (…) »420. Le parlement a également
progressivement été écarté de la constatation de la vacance. Cette exclusion des organes
politiques est justifiée à plus d’un titre.
2. Les raisons de l’exclusion progressive des organes politiques
L’octroie aux organes politiques la compétence de constater la vacance de la fonction
présidentielle, particulièrement dans les régimes parlementaires classiques ou d’assemblée a
soulevé quelques réserves ou critiques en termes de risque de partialité et de blocage en cas
d‘abstention d’agir.
En effet, dans l’ordonnancement institutionnel d’un Etat moderne, les organes
politiques sont ceux dont la désignation se fait soit par la voie de l’élection soit par la voie de
la nomination par un autre organe politique. « Ils sont mus par la sensibilité subjective de
419
Le Président pro-tempore du Sénat et le Speaker de la Chambre des Représentants sont informés par les
autorités investies du pouvoir de saisine. En outre, le Congrès est appelé à arbitrer les différends pouvant opposer
le Président de la République et les autorités ayant déclenché l'empêchement. S'il intervient un contentieux
portant sur l'appréciation de la fin de l'incapacité, le Congrès devra trancher le différend à la majorité des deux
tiers dans un délai de vingt et un jours.
420
LE TOUZE (C.), L’intérim du Président de la République sous la Ve République : le rôle du Sénat et du
Gouvernement pendant la vacance ou l’empêchement, Thèse de doctorat d’Etat en droit, Université de Paris 2,
1980, Tome 1, p.99.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 106
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
conquête permanente du pouvoir »421 et leur intervention est fonction des calculs et des gains
en cause. A cet égard, leur conférer le pouvoir de constatation de la vacance du Président de la
République mettrait la fonction présidentielle dans une situation d’insécurité institutionnelle.
Le Professeur LE-BOS LE POURHIET souligne à cet effet que, « les préoccupations
politiques ne peuvent manquer de les animer et le simple soupçon suffit à enlever toute
autorité à leur décision»422. La configuration politique étant essentiellement contingente
pour toujours être à la faveur du Président de la République, Adhémar ESMEIN note que « le
cabinet appartient au même parti politique que le gouvernement, nommés par lui et
détenant leurs fonctions uniquement de sa volonté, les ministres n’envisageraient pas la
déchéance même temporaire du Président avec l’indépendance de jugement désirable »423.
Il met ainsi en exergue le risque d’impartialité que pourrait juguler la cohabitation.
Parallèlement, la mise en place d’un gouvernement de coalition avec un Premier Ministre
émanant d’un parti d’opposition fait de ce dernier un concurrent au Président de la
République424. Dans un tel climat de tension politique, la fonction de Président de la
République s’exerce dans une incertitude constante dont la moindre absence pourrait entrainer
la constatation de la vacance.
Par ailleurs, la coloration politique partisane du parlement peut également basculer
dans les partis d’opposition hostiles à la gouvernance du Président de la République et dans
ces circonstances, l’exercice du pouvoir de constatation par le Président de l’Assemblée
Nationale ou par le Président du sénat est de nature à mettre la fonction présidentielle en
sursis dont la vacance peut être constatée à la moindre opportunité. Charles TUEKAM
TATCHUM affirme à ce sujet que « si la majorité appartient au parti du Président, elle
subira les mêmes influences que le cabinet et redoutera une mutation dans le personnel
gouvernemental. Si, au contraire, l’opposition est toute puissante au congrès, elle ne
peutmanquer d’apporter des idées préconçues sur l’opportunité d’un changement de
421
NGOUNMEDJE (F.) « La vacance de l’institution présidentielle dans les Etats d’Afrique noire
francophone », Revue Africaine de Droit et de Science Politique [Link] N°16, Dir : Pr. Magloire ONDOA, Juil.
- Déc. 2019, p.21.
422
LE-BOS LE POURHIET (A.M.), Les substitutions de compétence en droit public français, Op. cit., p. 292.
423
ESMEIN (A.), Eléments de droit constitutionnel, [Link]., p. 57.
424
MAMBO (P), « les rapports entre la constitution et les accords politiques dans les états africains. Réflexion
sur la légalité constitutionnelle en période de crise », Revue de Droit de Mcgill, n°57 : 4, 2012, p. 938.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 107
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
personne »425. Dans l’un ou dans l’autre cas, son jugement manquera d’autorité nécessaire
pour une décision aussi grave. Adhémar ESMEIN conclut alors que « le congrès n’est pas
qualifié pour se prononcer sur la situation de vacance»426. La crainte de partialité et de
subjectivité des organes politiques dans l’opération de constatation de la vacance du Président
de la République le choix de plus en plus porté, dans les démocraties constitutionnelles, sur
l’organe juridictionnel auquel le Cameroun marqué son adhésion.
B. L’admission de l’organe juridictionnel
L’option en faveur d'une juridicisation de la fonction présidentielle présente
l'avantage de l'indépendance des organes juridictionnels qui sont soumis à l'autorité de la loi
alors que les organes politiques peuvent se déterminer pour des motifs purement subjectifs. Le
constituant camerounais, tout en restant constant dans l’exclusion des organes politique dans
la constatation de la vacance du pouvoir présidentiel, a toujours marqué son adhésion à
l’organe juridictionnel pour cette tâche. Il a commencé par confier cette compétence à une
juridiction de droit commun (1) et avec l’avènement de la démocratie constitutionnelle, il a
attribué cette mission à une juridiction spécialisée qu’est le conseil constitutionnel (2).
1. Une juridiction de droit commun de 1960 à 1996
Faut-il le rappeler, l’option juridictionnelle dans la constatation de la vacance de la
fonction présidentielle est une constance dans les Etats Africains. En effet, dès le premier
cycle constitutionnel qui correspond aux premières constitutions consécutives aux
indépendances, les constituants africains ont octroyé aux juridictions de droit commun la
compétence de constater la vacance du pouvoir présidentiel.
Au Sénégal par exemple, sous l’empire de la constitution du 7 Mars 1963, la
constatation de l’empêchement du chef de l'Etat devait être opérée par la Cour
suprême427mais ne produisait d’effets qu’après un vote de l’Assemblée nationale à la majorité
425
TUEKAM TATCHUM (C.), L’intérim du Président de la République dans le nouveau constitutionnalisme
des Etats d’Afrique d’expression française,[Link]., p.104
426
ESMEIN (A.), Eléments de droit constitutionnel, [Link]., p. 57.
427
Ainsi que l’écrit Aurillac, la Cour Suprême du Sénégal est « une juridiction unique qui juxtapose
effectivement...les fonctions du Conseil constitutionnel, de la Cour de Cassation, du Conseil d’Etat et de la Cour
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 108
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
qualifiée des deux tiers des membres la composant. La révision constitutionnelle du 26
Février 1970 devait confier à la Cour suprême une compétenceexclusive en matière de
constatation de l'empêchement provisoire ou définitif du chef de l'Etat428, en excluant tout
autre mobile de vacance. Seulement, pour mettre en harmonie le droit avec la pratique429, et
corriger ces lacunes, la loi constitutionnelle du 1 Mai 1983 a conféré à la Cour suprême une
compétence plénière en matière de constatation de la vacance du chef de l’Etat. Désormais,
« la démission, l’empêchement ou le décès du Président de la République sont constatés par
la Cour suprême »430. C’est également le cas en Côte d’Ivoire, où la constitution de 1978 a
reconnue la compétence à la Cour suprême pour constater la vacance du pouvoir431 . Il ne
s’agissait pas d’une reconnaissance de cette prérogative à la Cour Suprême ivoirienne, mais à
une chambre de cette cour instituée par la loi du 5 Aout 1978 relative à la composition,
l’organisation, les attributions et le fonctionnement de la Cour suprême. L’article 20 de cette
loi dispose en effet: « La chambre constitutionnelle constate la vacance du Président de la
République ». Cette chambre constitutionnelle de la Cour suprême, est chargée d'apprécier la
réunion des conditions justifiant la vacance du pouvoir présidentiel.
Au Cameroun, la Constitution du 04 mars 1960 est muette en ce qui concerne
l’organe de constatation de la vacance ; elle proclame en son article 13 que « en cas de
vacance de la présidence pour quelques causes que ce soit, les pouvoirs du Président de
laRépublique sont exercés de plain droit par le Président de l’Assemblée Nationale ».
L’ordonnancement juridique de cette époque laisse penser que la cour Suprême d’alors, plus
haute juridiction était compétente pour constater la vacance. Il s’agit d’une déduction due au
mutisme de la constitution sur la question. Ce vide juridique devait être comblé par la
des Comptes. » Cf. AURILLAC (M.), « Naissance de la Cour Suprême du Sénégal », in Les Cours Suprêmes
en Afrique, [Link]., p.75.
428
Le constituant sénégalais ne faisait pas la distinction entre l'empêchement définitif et l'empêchement
provisoire. Il se contentait de préciser dans le premier alinéa de l’article 35 que l’empêchement est constaté par
la Cour Suprême et dans le second alinéa du même article de mentionner « l’empêchement (est) déclaré définitif
par la Cour Suprême ».
429
En 1980, la lettre de démission du Président Senghor avait été adressée à la Cour suprême pour que celle-ci
en tire les conséquences constitutionnelles, en l’occurrence la constatation de la vacance de la fonction
présidentielle.
430
Article 35 de la constitution modifiée par la loi constitutionnelle No.83-55 du 1 Mai 1983. Sur cette révision
constitutionnelle, Cf. NZOUANKEU (J.M.), « La révision constitutionnelle du 1 Mai 1983 et la restauration du
régime présidentiel »; R.I.P.A.S., No.8, Octobre-Décembre 1983, pp.618-650.
431
TOGBA (Z.), L’article 11 de la Constitution de 1960 dans le système politique ivoirien; [Link]., p.161.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 109
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
constitution fédérale du 01 septembre 1961. Cette dernière va créer une Cour Fédérale de
Justice à qui sera octroyée la compétence de constater la vacance du pouvoir et ouvrir une
période d’intérim. L’article 10(a) de cette constitution proclame que « en cas de vacance de
la Présidence par décès ou par incapacité physique permanente constatée par la Cour
Fédérale de Justice, (…) les pouvoirs du Président de la République sont exercés de plein
droit par le vice-président ». Cette disposition semble opérer une distinction entre les mobiles
de la vacance nécessitant un constat de la Cour en l’occurrence le décès et l’incapacité
physique permanente, et ceux ne nécessitant aucune intervention de la cour, notamment la
démission qui, suivant les dispositions de l’alinéa (b) du même article est exclu de tout
constat, car elle « ne devient effective que le jour de la prestation de serment du nouveau
Président ». Le retour à l’Etat unitaire, consécutive à l’adoption de la Constitution du 2 juin
1972, va également consacrer le retour de la Cour Suprême ; celle-ci va bénéficier de la
plénitude des compétences en matière de constatation de la vacance du pouvoir présidentiel.
En effet, l’article 7 de cette constitution et de ses différentes réformes donne compétence à la
Cour Suprême de constater la vacance de la présidence de la République pour cause de décès,
de démission ou d’empêchement définitif. Cette situation a prévalue jusqu’en 1996.
En somme, dans le premier cycle constitutionnel qui correspond aux premières
constitutions, les constituants africains ont érigé des juridictions ordinaires notamment la
Cour Suprême comme l’organe juridictionnel de constatation de la vacance du pouvoir
présidentiel432. En revanche, les nouvelles Constitutions pluralistes des années quatre-vingt-
dix confient ce rôle à une juridiction d’exception en l’occurrence au juge constitutionnel433 au
regard de son émergence434.
432
Articles 8 et 10 des Constitutions gabonaises de 1960 et de 1961 (traductions originelles) ; article 9 de la
Constitution tchadienne de 1962 ; article 7b de la Constitution camerounaise de 1972 (version originelle).
433
Art. 62 de la constitution de Côte d’ivoire ; art. 36 de la Constitution du Mali ; Art. 13 de la constitution du
Gabon ; Art. 76 d la constitution Tchadienne de 1996 ; Art. 62 de la constitution de Côte d’ivoire ; Art. 65 de la
constitution du Togo ; Art. 6(4) de la loi n°96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la constitution du 2 juin
1972 au Cameroun, Art. 50(3) de la Constitution du Bénin.
434
HOLO (T), « L’émergence de la justice constitutionnelle », Pouvoirs, 2009/2 (n°129), p. 101-114.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 110
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
2. Une juridiction d’exception depuis 1996 : le juge constitutionnel
L’avènement de la démocratie constitutionnelle435, pris sous l’angle institutionnel, a
donné naissance à une nouvelle juridiction située en dehors de l’ordre judiciaire : le Conseil
constitutionnel436. L’émergence de la justice constitutionnelle437 a été favorablement
accueillie par la quasi-totalité des démocraties du monde. Elle s’est développée en Europe au
début du XXe siècle sous l’impulsion célèbre juriste autrichien Hans KELSEN438. Bien que
l’on retrouve des traces de la justice constitutionnelle en Afrique dès les indépendances au
milieu du XXe siècle439, c’est à partir des années 1990, à la faveur des grandes réformes
constitutionnelles, institutionnelles et politiques, qu’elle va connaitre son émancipation avec
la création des juridictions constitutionnelles spéciales et autonomes placées sous l’autorité de
juges constitutionnels. Le juge constitutionnel peut est considéré comme tout juge qui statue
sur les questions mettant en cause les pouvoirs publics constitutionnels. Allant dans le même
sens, Michel FROMONT le définit comme le juge des pouvoirs publics constitutionnels ;
spécialement des pouvoirs législatif et exécutif440. Pour le Doyen FAVOREU l’expression «
justice constitutionnelle » renvoie à l’ensemble des institutions et techniques grâce
435
KLEIN (L.), « Démocratie constitutionnelle et constitutionnalisme démocratique : essai de classification des
théories juridiques de la démocratie », Revue française de droit constitutionnel, n°109, 2017.
436
Titre VII de la constitution du 18 janvier 1996.
437
Il est historiquement difficile de déterminer exactement quand apparaissent ces notions de juge, juridiction ou
justice constitutionnelle dans le vocabulaire du droit positif. On notera que Hans KELSEN et Charles
EISENMANN l’utilisent dès 1928 avec le sens qu‘on lui reconnait aujourd’hui dans la science juridique. Voir à
ce propos, KELSEN (H.), « La garantie juridictionnelle de la Constitution : la justice constitutionnelle », RDP
1928, pp. 198-257 ; EISENMANN (C.), La justice constitutionnelle et la Haute Cour constitutionnelle
d’Autriche, Paris, LGDJ, 1928 (rééd. Economica et PUAM, 1986), pp. 21 et s. Toutefois, on peut souligner que
d’un point de vue historique, la justice constitutionnelle a débuté aux Etats-Unis d’Amérique au début du 19e
siècle. Mais, c’est la Cour Suprême, dans sa célèbre décision de 1803, Marbury c/Madison, rendue à l’initiative
du juge John Marshall, qui allait l’établir. C‘est la naissance du système américain de contrôle de
constitutionnalité des lois ou de ce qu‘il est convenu d‘appeler la « judicialreview ». Pour plus de détails, voir la
Thèse de MAMOUR SY (P.), Le développement de la justice constitutionnelle en Afrique noire francophone :
les exemples du Bénin, du Gabon et du Sénégal, Thèse pour le Doctorat en Droit Public, Université Cheikh
AntaDiop de Dakar, 1999, 414 pages. ; BURDEAU (G.), Traité de Science politique, Tome 4, Le statut du
pouvoir dans l’Etat, Paris LGDJ, 1969, pp. 431 et s.; LAMBERT (J.), « Les origines du contrôle judiciaire de la
constitutionnalité des lois fédérales aux Etats-Unis », Revue du droit, 1931, pp.9 et s.; CAPPELLETTI (M.), «
Nécessité et légitimité de la justice constitutionnelle », in Cours Constitutionnelles européennes et droits
fondamentaux. Economica, PUAM, 1981, pp. 461-501.
438
H. KELSEN, Théorie pure du droit, traduction française de la 2é éd. de la « Reine Rechtslehre » par C.
EISENMANN, Paris, Dalloz, 1977, pp. 300 et s.
439
HOLO (T.), « Emergence de la justice constitutionnelle », [Link], pp. 101-114.
440
FROMONT (M.), La justice constitutionnelle dans le monde, Paris, Dalloz, 1996, pp.2 et 3.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 111
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
auxquelles est assurée, sans restriction, la suprématie de la Constitution441. Cette définition
ressort la finalité même de la justice constitutionnelle, dont le but est « d’assurer, par l’office
d’un ou de plusieurs juges, la suprématie de la Constitution »442. In fine, il y a justice
constitutionnelle « chaque fois qu’il existe une procédure ou une technique assurant la
garantie de la Constitution »443. L’on peut alors conclure avec Hans KELSEN que la «
justice constitutionnelle » représente « un élément du système des mesures techniques qui
ont pour but d’assurer l’exercice régulier des fonctions étatiques »444.
Le constituant Camerounais de 1996, à l’ère du troisième cycle constitutionnel
confère au juge constitutionnel, en dehors du contrôle de constitutionnalité des normes qu’il
opère, la compétence de contrôler la gouvernance constitutionnelle. Il lui octroie à cet égard la
fonction de régulation des institutions et de résolution juridictionnelle des conflits de
compétence entre les différents organes de l’Etat445. C’est dans cette veine que la vacance de
la Président de la République, est réglée par le juge constitutionnel grâce au pouvoir de
constatation qui lui est dévolu. En effet, la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996 proclame
en son article 7 alinéa 4 que « En cas de vacance de Présidence de la République pour cause
de décès, de démission ou d’empêchement définitif constaté par le Conseil constitutionnel
(…)». La loi régissant l’organisation du Conseil Constitutionnel vient renchérir en disposant
que « le Conseil constitutionnel, saisi par le président de l'Assemblée nationale, après avis
conforme du bureau (…), constate la vacance de la présidence de la République»446.
Nouveau gardien du respect de la Constitution, le juge constitutionnel vient succéder à la
Cour Suprême comme juge de la vacance de la Présidence de la République.
Le choix porté sur la juridiction constitutionnelle dans la constatation de la vacance
n’a pas été sans conteste ; bien que marginale, il s’est développé une certaine controverse liée
441
FAVOREU (L.), « Justice constitutionnelle », in Olivier DUHAMEL, Yves MENY (dir.), Dictionnaire
constitutionnel, Paris, PUF, 1992, pp. 556 et 557.
442
BADET (S.G.), Contrôle intra normatif et contrôle ultra normatif de constitutionnalité : contribution à
l’identification des sous catégories du modèle kelsénien de justice constitutionnelle à partir des systèmes belge
et béninois, Thèse de doctorat en droit, Université catholique de Louvain, 2011-2012, p. 20.
443
DRAGO (G.), Contentieux constitutionnel français, 2ème édition refondue, Paris, PUF, 2006, p.31.
444
KELSEN (H.), « La garantie juridictionnelle de la Constitution : La justice constitutionnelle », article précité,
p. 198.
445
CARPENTIER (E), La résolution juridictionnelle des conflits entre organes constitutionnels, LGDJ, Paris,
2006, p. 109.
446
Article 38 de la loi n°2004-004 du 21 Avril 2004 fixant l’organisation et le fonctionnement du Conseil
constitutionnel.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 112
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
à la légitimité de cette juridiction. Son organisation fortement politisée, notamment en ce qui
concerne les règles relatives au choix de ses membres qui font intervenir presque
exclusivement des autorités politiques447 et les autorités pouvant la saisir448 a fait penser qu’il
s’agissait plus d’un organe politique qu’une juridiction. De plus la possibilité de nommer des
membres non magistrat au sein de cette juridiction n’a fait que renforcer cette suspicion car la
seule exigence étant que ces personnalités nommées soient « choisis parmi les personnalités
de réputation professionnelle établie (qui) doivent jouir d’une grande intégrité morale et
d’une compétence reconnue »449. De quelle réputation et de quelle compétence parle le
constituant ? Cette vacuité des textesne permettant pas de déterminer avec précision le statut
de ces personnalités, l’on pourrait être porté à douter de leur impartialité et de leur
indépendance vis-à-vis du politique. C’est sans doute la raison pour laquelle Adhémar
ESMEIN pensait que la Cour Suprême était la juridiction la plus indiquée pour constater la
vacance de la Présidence de la République car elle est « indépendante du Parlement et du
Gouvernement, placée à l’écart des influences politiques, prend la décision impartialement
en s’éclairant au besoin d’avis d’experts (…) »450.
Néanmoins, fort est de constater qu’aujourd’hui, le caractère juridictionnel de la
justice constitutionnelle ne fait plus l’objet de débat, car elle répond à tous les critères
classiques de définition d’une juridiction451. S’il est incontestable que, dans le cadre du
447
Aux termes de l’article 51 (2) de la loi constitutionnelle, « Les membres du Conseil Constitutionnel sont
nommés par le Président de la République et désignés de la manière suivante : trois, dont le Président du
Conseil, par le Président de la République; trois par le Président de l’Assemblée Nationale après avis du
bureau; trois par le Président du Sénat après avis du bureau ; deux par le Conseil Supérieur de la
Magistrature ».
448
Article 47(2) « Le Conseil Constitutionnel est saisi par le Président de la République, le président de
l’Assemblée Nationale, le président du Sénat, un tiers des députés ou un tiers des sénateurs. Les présidents des
exécutifs des régionaux peuvent saisir le Conseil Constitutionnel lorsque les intérêts de leur région sont en
cause ».
449
Article 51 alinéa 1 de la loi n°2008/001 du 14 avril 2008 modifiant et complétant la loi n°96/06 du 18 janvier
1996.
450
ESMEIN (A.), Eléments de droit constitutionnel,[Link]., p. 156.
451
Lire sur la question, MILANO (L.), « Qu’est-ce qu’une juridiction ? La question a-t-elle encore une utilité ?
», RFDA, 2014, pp. 1119 et ss. ; CHAPUS (R.), Qu’est-ce qu’une juridiction ? La réponse de la jurisprudence
administrative, in Mélanges EISENMANN, Paris, éd. Cujas, 1975, p. 265. ; GOHIN (O.), « Qu’est-ce qu'une
juridiction pour le juge français ? », Droits, 1989, n° 9, p. 93 ; KLAOUSEN (P.), « Réflexions sur la définition
de la notion de juridiction dans la jurisprudence du Conseil d’État », LPA, 30 juill. 1993, p. 22. ; BONNARD
(R.), « La conception matérielle de la fonction juridictionnelle », in Mélanges CARRE DE MALBERG, Paris,
Sirey, 1933, p. 3 ; DUGUIT (L.), « L’acte administratif et l’acte juridictionnel », RDP, 1906. 470 ;
EISENMANN (C.), « Juridiction et logique (selon les données du droit français) », in Mélanges G. MARTY,
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 113
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
nouveau constitutionnalisme camerounais, il revient au juge constitutionnel la compétence de
constater la vacance du pouvoir, bien évidemment en dehors des hypothèses de ruptures
constitutionnelles, il convient à présent de ressortir la procédure de constatation.
Paragraphe II : La saisine de l’organe de constatation
Les modalités relatives à la saisine du juge constitutionnel pour constat de la vacance du
pouvoir se rattachent aussi bien à la détermination de l’autorité compétente pour saisir le juge
(A), qu’à la forme et aux délais consacrés pour une telle saisine (B).
A. L’examen de l’autorité de saisine
La procédure de constatation de la vacance « est très sélective du fait du nombre limité
d’autorités investies du pouvoir d’initiative en la matière »452. Partant de ce constat, les
constituants africains adoptent des formules très diverses au sujet de la détermination des
autorités compétentes pour saisir le juge d’un recours en constatation de la vacance du
pouvoir. Malgré cette divergence de choix, tous sont unanimes que cette compétence revient
aux autorités politiques. Ainsi, bien que minoritaires, certaines constitutions ont consacré la
saisine collégiale notamment dans le cadre des régimes ayant institutionnalisé le parti453.
D’autres en revanche, plus nombreux ont opté pour une saisine unilatérale. A ce stade
également, une difficulté s’est posée quant à l’identification de l’autorité politique en
question. Est-ce une autorité du pouvoir exécutif comme c’est le cas aux Etats unis
d’Amérique ou au Gabon454 ? Ou alors une autorité législative ? Le constituant camerounais a
pour sa part opté pour ce dernier cas, c'est-à-dire pour une autorité législative (1). Cependant,
ce choix ne fait pas l’unanimité, particulièrement au sein de la doctrine ou cette option est
contestée (2).
Univ. Sciences sociales de Toulouse, 1978, p. 477 ; WALINE (M.), « Les critères des actes juridictionnels »,
RDP, 1933.
452
El Hadj MBODJ, La succession du chef d’Etat en droit constitutionnel africain, Thèse précitée, p. 256.
453
Voir l’article 11 Constitution du 15 Avril 1975 relatif à la « vacance définitive » du chef de l’Etat qui confiait
à la Cour suprême, la constatation de l’empêchement définitif du président de la République, sur saisine du
gouvernement, de l’Assemblée nationale et du comité central du PDG « tous réunis ».
454
Au Gabon, la Loi n°3/91 du 26 Mars 1991 proclame en son article 13 que « En cas de vacance de la
Présidence de la République pour quelque cause que se soit, ou d'empêchement définitif de son titulaire,
constaté par la Cour Constitutionnelle saisi par le Gouvernement statuant à la majorité absolue de ses
membres ».
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
1. Une saisine opérée par l’autorité législative au Cameroun
Développant l’idée de l’organe habilitée à faire mettre en marche la procédure y
relative, le professeur Ismaïla MADIOR FALL écrivait en 2001 qu’au Cameroun « le
constituant est muet sur l’organe habilité à saisir le conseil constitutionnel »455. En réalité,
aucune des constitutions camerounaises n’a expressément désigné l’autorité compétente pour
saisir la juridiction de constatation. Ce mutisme avait suscité des critiques dénonçant « une
lacune non négligeable » des textes constitutionnels muets sur l'organe habilité à saisir la
juridiction compétente, dans la mesure où « c’est l’action de l’organe de saisine qui ouvre
juridiquement la succession »456. Cependant, ces remarques manquent de pertinence si l’on
se fonde sur la hiérarchie des normes juridiques. En effet, une norme inférieure peut remplir
une fonction supplétive, et combler une lacune de la norme supérieure. A ce titre, il est
nécessaire de recourir aux textes inférieurs dans l’ordonnancement juridique camerounais
pour trouver une réponse à cette apparente lacune. François Xavier MBOME écrit a ce titre
qu’« aux termes de l'article 63, & 2, de la loi No 73/10 du 7 Décembre 1973 fixant les
conditions d’élection et de suppléance à la Présidence de la République, en cas d'incapacité
physique permanente constatéepar la Cour suprême, celle-ci est alors saisie par le
Président de l'Assemblée Nationale sur avis conforme d'un Conseil de santé »457. En l’état
actuel du droit positif camerounais, cette question est régler par deux textes majeurs, il s’agit
de la loi portant organisation et fonctionnement du Conseil Constitutionnel et du Code
électoral. Seulement, bien que ces deux textes attribuent la compétence de saisir le juge
constitutionnel au Président de l’Assemblée Nationale, il reste néanmoins qu’ils traitent de
cette question en des termes différents et créent par là une certaine nuance dans la clarification
de la situation.
En effet, la loi de 2004/016 du 22 juillet 2004 portant organisation fonctionnement
du Conseil Constitutionnel au Cameroun parle d’une saisine par « le Président de
455
MADIOR FALL (I.), La condition du pouvoir exécutif dans le nouveau constitutionnalisme africain
(l’exemple des États d’Afrique subsaharienne francophone), Thèse de doctorat d’État, Dakar, Université Cheik
AntaDiop, 2001, p. 289 (note 974).
456
Kamto (M.), « Le dauphin constitutionnel dans les régimes politiques africains (Les cas du Cameroun et du
Sénégal), Penant, 1983, p.226.
457
MBOME (F.), « Réflexions sur la réforme constitutionnelle du 9 Juin 1979 au Cameroun », Penant 1981,
p.39.
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
l’Assemblée Nationale après avis conforme du bureau »458, alors que la loi n°2012/001 du
19 avril 2012 portant code électoral en son article 145 alinéa 2, parle d’une saisine par le
Président de l’Assemblée Nationale dans les conditions fixées par voie réglementaire459. Cette
situation pose logiquement un problème d’interprétation car, dans l’hypothèse où les
conditions fixées par voie règlementaire soient contraires à celles prévues dans la loi sur
l’organisation et le fonctionnement du Conseil Constitutionnel, quel texte serait applicable ?
Il urge qu’il y ait une clarification de la situation, au moyen d’une harmonisation des textes en
vigueur sur la question, notamment par une prise de position claire sur le sujet par le Conseil
Constitutionnel ou une réforme constitutionnel inscrivant clairement et sans ambigüité
l’autorité compétente.
Ce choix pourrait être justifié au regard des modalités de délégation et ou de la
représentation de la souveraineté nationale, qui conduit à reconnaitre l’Assemblée nationale
comme seule chambre au sein du Parlement garante de l’intérêt supérieur de la Nation,
puisque constituée de ses représentants. Il serait donc logique que son président détienne le
droit de déclencher la procédure de déclaration de vacance de la Présidence de la République
le cas échéant. Bénéficiant de cette légitimité, le Président de l’Assemblée Nationale dispose
de l’intérêt et de qualité pour agir dans le cadre d’un tel recours. Cet intérêt ne peut être
déterminé qu’en raison du caractère objectif de la requête. Celle-ci vise non pas la «
reconnaissance des droits subjectifs » mais « la garantie du droit objectif »460 découlant du
respect et de la bonne application de la Constitution. Ainsi,Le constat de la vacance du
pouvoir donc l’initiative appartient au Président de l’Assemblée Nationale, exclut tout intérêt
subjectif car une telle procédure ne concerne pas une seule personne, mais l’ensemble de la
société, la protection de l’intérêt général. Le Professeur Sylvie SCHMITT reconnait
cependant que, « la subjectivité n’est pas totalement absente même lorsque la
personneagissant devant le juge est une personne publique. En réalité, tout intérêt – même
tourné vers la défense du droit objectif – peut comprendre un élément subjectif qui est la
458
Article 38 de cette loi.
459
Lire sur cette question, le commentaire du Professeur OLINGA (A.D.), « Aspects juridiques de la «
succession à la tête de l’Etat au Cameroun », in Dossier sur « Une succession démocratique est-elle impossible
au Cameroun? - Alternance politique », coordonné par OWONA NGUINI (E.M.), juillet 2010, pp. 311.
460
SCHMITT (S.), « La nature objective du contentieux constitutionnel des normes : les exemples français et
italien », RFDC, 2007/4 n° 72, pp. 719-747, spéc., p.719.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 116
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
motivation personnelle de son titulaire »461. Elle conclut en affirmant que « pour que
l’intérêt à agir d’une personne soit reconnu, il doit inclure un élément propre qui distingue
son titulaire du reste de la société, qui l’individualise. A défaut d’un tel élément, n’importe
quelle personne aurait la possibilité de saisir le juge constitutionnel puisque tout citoyen et
tout organisme peuvent prétendre avoir un intérêt à défendre la Constitution »462. Le
Professeur DI MANNO pour sa part pense que l’intérêt à agir qui revêt un caractère subjectif
doit être assimilé à la qualité pour agir qui est plus objective afin de garantir une certaine
neutralité de l’acte de saisine. Il note à cet égard que « les auteurs des recours
constitutionnels par voie d’action sont limitativement désignés par la Constitution ou la loi
organique en raison de la fonction politique qu’ils exercent. C’est donc leur fonction
politique qui leur donne qualité pour agir. Les auteurs de ces recours n’ont jamais à
justifier d’un intérêt à agir, puisque leur qualité suffit à leur donner accès au Conseil
constitutionnel. En cela, on peut dire qu’étant lié aux fonctions que les auteurs de ces
recours occupent, leur intérêt à agir est ainsi toujours présumé. Cette présomption est
d’ailleurs irréfragable, car le Conseil constitutionnel n'a pas à s’assurer de l'intérêt à agir
de l'auteur du recours, mais seulement à vérifier sa qualité»463.
Par ailleurs, en raison de la réintroduction de la démission comme acte constitutif de la
vacance dans la Constitution du 18 janvier 1996, l’interprétation des textes aboutirait à
exclure le Président de l’Assemblée Nationale de cette procédure, en reconnaissant au
président démissionnaire le droit exclusif de déclencher la procédure de déclaration de la
vacance. Ceci se déduit du fait que copie de la lettre de démission doit être remise au
président de la juridiction constitutionnelle. Quoi qu’il en soit, la compétence de saisir le juge
de la constitution pour constater la vacance du pouvoir présidentiel est globalement reconnue
au Président de l’Assemblée Nationale. Toutefois, ce choix fait l’objet de certaines
contestations dont il convient à présent d’évaluer.
461
Ibid. p.723
462
Idem.
463
DI MANNO (T.), « Recours devant le Conseil Constitutionnel par voie d‘action », JurisClasseur Libertés,
octobre 2009, p.19.
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
2. Un choix contesté par la doctrine
Le choix du Président de l’Assemblée Nationale comme autorité de saisine du juge
constitutionnel pour constater la vacance du pouvoir présidentiel n’a pas emporté l’adhésion
de tous. Malgré le fait que ce choix soit justifié par la légitimité dont jouit le Président de
l’Assemblée Nationale, en ce sens qu’il est issu de la volonté populaire, une partie de la
doctrine reste opposée à ce choix. Deux arguments majeurs sont mobilisés pour réfuter ce
choix.
Le premier argument qui peut être considéré comme théorique porte sur les
exigences liées à la séparation des pouvoirs. En effet, le Professeur NGUELE ABADA pense
que « le principe de la séparation des pouvoirs devrait interdire qu’un pouvoir
n’intervienne dans un autre pouvoir, fut-il pour déclencher la procédure de constatation de
la vacance. En confiant au Président de l’Assemblée Nationale le pouvoir de saisir le
Conseil Constitutionnel, on viole le sacro-saint principe de la séparation des pouvoirs
admis par la Constitution»464. Par conséquent, l’auteur soutient que cette compétence devrait
être reconnue au pouvoir exécutif car il s’agit bien d’une vacance au sein de ce pouvoir. Il
rejoint par là François GOGUEL qui affirme que « le Gouvernement (doit) se réunir en
Conseil de cabinet sous la présidence du Premier Ministre »465 pour délibérer sur la question
de savoir s’il faut ou non demander au Conseil Constitutionnel de constater empêchement du
Président de la République et partant la vacance du pouvoir.
Le second argument est plus pratique et il tient au fonctionnement des organes de
l’Etat. Concrètement, dans l’hypothèse où la vacance du pouvoir présidentiel intervient dans
une période au cours de laquelle l’Assemblée est dissoute, ou alors le mandat des
parlementaires achevé et les nouveaux parlementaires non encore élus, le Président d’une
Assemblée dissoute ou dont le mandat est expiré peut-il saisir le juge constitutionnel pour
constater la vacance du pouvoir ? Bénéficie t-il encore de la légitimité nécessaire pour cela ?
Bien plus, l’option pour le Président de l’Assemblée Nationale comme autorité de saisine
paraissait encore plus controversée voire difficilement acceptable à l’époque où c’était ce
464
NGUELE ABADA (M.), « La naissance d’un contre-pouvoir. Réflexions sur la loi portant organisation et
fonctionnement du Conseil Constitutionnel camerounais », RRJ, 2005, n°4, pp. 2465-2502, spéc., p. 249.
465
F. GOGUEL, Les institutions politiques françaises, Presse de Science Po, Académique, 1964, p. 253.
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
dernier qui assurait l’intérim du Président de la République en attendant la mise en œuvre du
Sénat. Serait-il alors juge et partie ? Autant d’interrogations qui ont suscité la méfiance envers
cette autorité au point de penser que ce choix pourrait être une source de blocage de
l’exécutif. Le Professeur NGUELE ABADA estime alors que « celui qui a intérêt à ce que la
fonction exécutive fonctionne, c’est le Gouvernement à travers le Premier Ministre. Il est
donc souhaitable de lui en confier en l’entourant de garde-fous»466.
En définitive, au regard des controverses qui résultent du choix d’une saisine
unilatérale du juge constitutionnel au fin de constater la vacance du pouvoir, le choix le plus
adéquat à notre sens, pourrait porté sur un organe collégial qui associerait, les autorités
exécutives et législatives dont la décision pourrait être guidée, le cas échéant par le service
médical du Président. La question liée à la détermination de l’autorité de saisine résolue, reste
les problématiques de forme de l’acte et du délai requis pour la saisine.
B. La forme de l’acte et les délais de saisine
La quasi-totalité des Constitutions africaines sont muettes au sujet de la
détermination de la forme de l’acte et des délais de saisine pris. Nous essayerons tout de
même d’examiner la forme de l’acte de saisine d’une part (1), et d’autre part d’analyser les
délais de saisine du juge (2).
1. La forme de l’acte de saisine
La forme de l’acte dépend de l’autorité habilitée à saisir le juge. Dans les hypothèses
ou la saisine est reconnue aux autorités exécutives, en l’occurrence le gouvernement, l’acte
pourrait prendre la forme d’une requête. Au Gabon par exemple, le Premier Ministre avait
saisi la Cour constitutionnelle au moyen d’une requête pour statuer sur les articles 13 et 16 de
la Constitution relatif à la vacance du pouvoir. L’acte pourrait également prendre la forme
d’un décret du Premier Ministre ou du vice Président.
Dans l’hypothèse où le pouvoir de saisine est confié par l’autorité parlementaire, en
l’occurrence le Président de l’Assemblée Nationale comme c’est le cas au Cameroun, l’acte
466
NGUELE ABADA (M.), « La naissance d’un contre-pouvoir. Réflexions sur la loi portant organisation et
fonctionnement du Conseil Constitutionnel camerounais », Op. Cit, p. 249.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 119
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
de saisine, qui ne saurait être considérée comme une loi au sens propre du terme, peut
prendre la forme d’une résolution parlementaire. En effet, une résolution est une décision
prise ou un avis exprimé par l’une des chambres du parlement en dehors de la procédure
législative. Précisément, il s’agit d’un « Acte d’une assemblée résultant de l’adoption par
celle-ci d’une proposition dont l’objet n’était pas déterminé sous réserve qu’elles ne mettent
pas en cause la responsabilité du gouvernement et ne formulent pas d’injonctions »467.
Dépourvues de fondement constitutionnel, détachées des fonctions législatives et de contrôles
dévolues aux chambres, les résolutions renvoient alors l’image étriquée d’une sorte
d’ « apatride constitutionnel ». La jurisprudence française468 restreint les actes rentrant dans
la catégorie de résolution. Parmi les actes rentrant dans la catégorie de résolution, figure l’acte
portant mise en accusation du Président de la République devant la Haute Cour de Justice469.
Par analogie, et du fait de la vacuité des textes, l’on pourrait en déduire que l’acte par lequel
le Président de l’Assemblée Nationale saisi le juge constitutionnel pour constater la vacance
du pouvoir serait une résolution non pas de la chambre, mais du bureau tel qu’indiqué par
l’article 38 de la loi portant organisation et fonctionnement du conseil constitutionnel.
Qu’il s’agisse d’une requête ou d’un décret du Premier Ministre, ou encore d’une
résolution du bureau de l’Assemblée Nationale, l’acte de saisine du juge constitutionnel
apparait comme un acte de gouvernement. Il s’agit des actes éminemment politiques qui
interviennent dans le cadre des rapports entre les pouvoirs publics constitutionnels,
notamment entre le législatif et l’exécutif et qui sont insusceptibles de tout recours
juridictionnel470. Cette vacuité regrettable des textes sur la forme de l’acte s’observe
également sur les délais impartisaux autorités pour saisir le juge.
467
AVRIL (P.) GICQUEL (J.), Lexique de droit constitutionnel, PUF, 4e édition, p.128.
468
Le conseil constitutionnel Français, Par deux décisions des 24 et 25 juin 1959 relatives aux règlements
intérieurs respectifs de l’Assemblée nationale et du Sénat a donné une interprétation rigoureuse de la notion de
résolution.
469
Article 18 de l’ordonnance n° 59-1 portant loi organique sur la Haute Cour de justice (JORF du 3 janvier
1959, p. 179) : « La résolution des deux assemblées votée dans les conditions prévues à l’article 68 de la
Constitution et portant mise en accusation devant la Haute cour contient les noms des accusés, l’énoncé
sommaire des faits qui leur sont reprochés et, dans les cas prévus à l’alinéa 2 de l’article 68 de la Constitution, le
visa des dispositions législatives en vertu desquelles est exercée la poursuite ».
470
Voir l’article 4 de la loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 portant organisation et fonctionnement des
Tribunaux Administratifs.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 120
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
2. Les délais de saisine du juge constitutionnel
Qu’il s’agisse de la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996 et ses devancières, ou de la
loi de 2004 sur le Conseil constitutionnel, aucun de ces textes ne donne de précision sur les
délais impartis au Président de l’Assemblée Nationale pour saisir le juge. Et d'ailleurs, à titre
de droit comparé, même la Constitution françaisene dit rien sur le délai pour constater cette
vacance ; ce mutisme est observé dans presque toutes les constitutions du monde. Ceci n’est
pas à proprement parlé une incongruité, puisqu'il est difficile, de faire une liste exhaustive des
évènements pouvant marquer le début d’une vacance de pouvoir, à part bien-sûr la mort.
Néanmoins, ce vide pourrait constituer un risque pour la continuité de l’Etat en cas
d‘abstention coupable de l’autorité de saisine. Ainsi, il semble raisonnablement, prenant en
compte l’urgence de la situation, que la décision de saisine soit prise sans délai ou dans un
délai extrêmement bref, car l’inaction ou la décision tardive de l’autorité de saisine pourrait
causer à l’Etat un préjudice difficilement réparable471. Il doit donc agir en conséquence afin
que le juge puisse rapidement mettre en œuvre son office.
Section II : L’office du juge dans la constatation de la vacance du pouvoir
présidentiel
La détermination de l’office du juge en matière de constatation de la vacance du
pouvoir (Paragraphe 1) est une étape importante pour mieux appréhender sa décision
(Paragraphe 2).
Paragraphe 1 : la détermination de l’office du juge
Il nous semble approprié de préciser l’étendue de l’office du juge (A), afin de mieux
cerner l’ambivalence de cet office en matière de constatation de la vacance du pouvoir
présidentiel (B).
471
Sur la question de l’urgence, lire GUIMDO DONGMO (B.R.), Le juge administratif Camerounais et
l’urgence : recherche sur la place de l’urgence dans le contentieux administratif camerounais, thèse, université
de Yaoundé II, 2004, 610 p.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 121
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
A. L’étendue de l’office du juge
Lorsqu’il est appelé à constater la vacance du pouvoir présidentiel pour les faits de
décès, de démission, de destitution ou d’empêchement définitif, Le juge constitutionnel est
confronté à un problème de détermination de son office. Entre soumission à la lettre de la
norme constitutionnelle et interprétation extensive de sa compétence en matière de
constatation de la vacance du pouvoir, l’office du juge révèle des caractères particuliers en
raison de la nature de la question qu’il doit résoudre et qu’il importe de préciser472. Il lui
revient de définir son cadre procédural et de préciser l’étendue de ses pouvoirs473, car le juge
doit savoir se limiter lui-même et dégager la conception qu’il doit avoir de sa mission474. Le
professeur DARCY affirme d’ailleurs à cet égard que « Percevoir son office, est le rôle
principal du juge»475.
Au final, la définition du concept d’office du juge qui nous semble la plus appropriée
est celle donnée par le Professeur MAYER qui l’appréhende comme « l’ensemble des
pouvoirs et des devoirs qui sont attribués au juge et qui servent de cadre à son activité »476 .
Les pouvoirs et les devoirs dont il est question ici renvoient non seulement à son office
jurisprudentiel par laquelle il exerce une compétence d’interprétation (1) mais aussi à son
office juridictionnel grâce à laquelle il tranche les différends qui lui sont soumis (2).
1. L’interprétation du texte constitutionnel : un office jurisprudentiel
Trivialement, le terme interpréter veut dire attribuer une signification. La théorie de
l’interprétation en droit est une théorie descriptive. Elle a pour objet l’acte par lequel une
signification est attribuée.
L’interprétation en droit n’est pas le fait de tous les juges, mais seulement de
certains. Bien tout juge soit compétent pour donner une certaine interprétation, seuls les juges
472
ODENT (R.), Contentieux administratif, Paris, Dalloz, tome 1, Réédition 2007, p. 54.
473
STIRN (B.), « Le contentieux administratif en mouvement », DA, oct. 2008, entretien n°3.
474
ODENT (R.), Contentieux administratif, Paris, Dalloz, tome 1, Réédition 2007, p. 54.
475
DARCY (G.), « Regard elliptique sur l’office du juge », in Confluences, Mélanges en l’honneur de
Jacqueline MORAND-DEVILLER, Paris, Montchrestien, 2007, spéc. p. 293.
476
MAYER (P.), L’office du juge dans le règlement des conflits de lois, Travaux du Comité français de droit
international privé, Paris, Dalloz, 1977. pp.133 et suiv.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 122
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
qualifiés de « souverains » peuvent donner une interprétation « authentique ».Dans le
vocabulaire classique, l’interprétation authentique était celle qui émanait de l’auteur du texte,
par exemple le législateur. Mais aujourd’hui, à la suite de Hans Kelsen, on appelle plutôt «
authentique » l’interprétation à laquelle l’ordre juridique fait produire des effets et qui n’est
pas contestables477. Cette faculté dont dispose le juge de procéder aux interprétations lui
accorde une certaine liberté. Celle-ci provient de la source de son pouvoir et se mesure au fait
qu’elle ne saurait être limitée.
Afin d’éviter toute confusion sur le pouvoir d’interprétation du juge constitutionnel,
une triple exclusion doit être faite quant aux sources de sa liberté d’interprétation. Tout
d’abord l’On attribue quelquefois la liberté du juge à interpréter au fait que l’interprétation
soit un acte de volonté. Si elle est bien un acte de volonté, on ne doit pourtant pas voir là la
source d’un pouvoir quelconque. Ensuite, La liberté du juge ne provient pas non plus de
l’indétermination textuelle, c’est-à-dire de ce que le texte n’aurait pas de sens avant que
l’interprétation ne lui en attribue un.C’est au contraire la liberté du juge d’interpréter qui
permet d’établir le principe de l’indétermination textuelle, car que si les textes juridiques ont
pour unique signification celle que leur attribuent le juge souverain, interprète authentique, ils
n’en possèdent, avant cette attribution, aucune qui soit juridiquement obligatoire. Ce n’est
donc pas l’indétermination textuelle qui fonde la liberté de l’interprète, mais au contraire, la
liberté de l’interprète qui permet d’établir l’indétermination textuelle. Enfin cette liberté n’est
pas liée non plus à la compétence intellectuelle ou à la maîtrise technique manifestée par les
juges car le juge constitutionnel ne se voit pas confier le pouvoir de statuer en dernier ressort
parce qu’il est infaillible, mais il est au contraire infaillible parce qu’il a le dernier mot478.
Au final, la liberté du juge dans l’interprétation des textes provient seulement de « sa
capacité de produire des interprétations sans appel, qui s’imposent même lorsqu’elles vont
contre la compréhension commune ou le langage ordinaire »479. Les interprétations du juge
477
TROPER (M.), Le droit, la théorie du droit, l’État, Paris, PUF, 2001, p. 69s. Pour une critique : PFERSMAN
Otto, « Contre le néo-réalisme juridique. Pour un débatsurl'interprétation », RFDC n° 50, 2002, p. 279 & s.
478
« We are not final because we are infallible, but we are infallible only because we are final » (opinion
concordantedansl’affaire Brown v. Allen, 344 U.S. 443 (1953).
479
TROPER (M.), « La liberté de l’interprète », in Actes du colloque – L’Office du juge, organisé par le
Professeur DARCY (G.), LABROT (V.) et DOAT (M.), vendredi 29 et samedi 30 septembre 2006, palais du
Luxembourg, p.31.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 123
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
constitutionnel sont donc authentiques, « non pas parce que les individus adopteront des
comportements concrets conformes aux intentions supposées du juges, mais parce que
leurs comportements seront jugés valides ou invalides selon qu’ils seront ou non conformes
au texte tel qu’il a été interprété »480. Au-delà de ces explications, deux questions demeurent
: qu’est ce qui fonde la compétence du juge constitutionnel à interpréter la constitution ? Cette
interprétation est-elle absolue ?
Relativement à la première question liée aux fondements de cette compétence, il faut
souligner d’entrée que pour que le juge constitutionnel puisse produire des interprétations
sans appel, il faut bien entendu qu’il y ait été habilité par une norme, car « la haute
juridiction n’exercerait aucune compétence qui ne soit expressément déterminée par le
droit»481. En effet, Bien que ses décisions puissent apparaître comme créatrices, elles sont
bien l’application d’au moins une norme d’habilitation qui leur préexiste et qui est la
signification objective d’un texte. Or c’est au bénéficiaire de l’habilitation qu’il revient de
donner l’interprétation. Il y a bien des exemples de juridictions constitutionnelles qui ont ainsi
interprété la constitution, de manière à se reconnaître le pouvoir de l’interpréter en dernier
ressort.C’est ce qu’a fait d’ailleurs la Cour Suprême des Etats-Unis en 1803 dans la célèbre
affaire Marbury v. Madison. Bien que la constitution des Etats-Unis ne confère pas à la Cour
Suprême le pouvoir de contrôler la constitutionnalité des lois adoptées par le Congrès, cette
Cour a bien été instituée par la constitution. Il y aurait donc au moins une norme juridique
supérieure que ces autorités n’ont pas créée elles-mêmes et qui fondent leur pouvoir
d’interpréter. Ainsi, malgré le fait que la constitution camerounaise du 18 janvier 1996 ne
donne pas explicitement compétence au juge constitutionnel pour l’interpréter, elle l’institut
tout de même ; et comme il est de notoriété publique qu’il revient au juge de préciser
l’étendue de ses pouvoirs, l’on peut supposer qu’il soit en mesure d’interpréter la constitution
dans le sens de l’extension de ses pouvoirs.
En ce qui concerne la seconde question, relative à la porter du pouvoir
d’interprétation du juge, on pourrait a priori croire que le juge constitutionnel n’est pas
réellement maître du sens à donner au texte, parce que son interprétation peut toujours être
480
Idem, p.32.
481
FAVOREU (L.) et PHILIP (L.), Les grandes décisions du Conseil Constitutionnel, 8e édition, Paris, Dalloz,
octobre 1995, p. 297.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 124
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
remise en cause. En effet, le pouvoir constituant peut toujours réformer ce qu’a fait le juge
constitutionnel en interprétant la constitution. Seulement, ce que produit le constituant pour
réformer les décisions du juge peut encore faire l’objet d’une nouvelle interprétation par le
juge constitutionnel. Par conséquent, l’on peut dire que ce pouvoir d’interprétation est absolu.
Néanmoins, il faut tout de même admettre que ce pouvoir fait face à certaines contraintes qui
tiennent tantôt à l’éducation des juges, à l’esprit de modération, aux conditions de travail et
notamment au caractère collégial des juridictions, tantôt à la possibilité d’actions de la part
des autorités politiques. Fort est de reconnaitre cependant que ces contraintes ne sont pas
juridiques. Au terme de son interprétation, le juge constitutionnel peut procéder à
l’appréciation des mobiles afin de trancher le litige.
2. Le règlement des litiges constitutionnels : un office juridictionnel
« Le juge tranche le litige conformément aux règles de droit qui lui sont
applicables »482. Ce postulat est assez révélateur de la mission du juge. Trancher exprime
l’imperium du juge dans la seule limite du respect de la loi aussi dans le fond que dans la
procédure avec toutes les exigences du procès équitable. Trancher le litige est l’obligation
fondamentale du juge. Il doit le faire conformément aux règles de droit. Pour Guy CANIVET,
trancher un litige fait ressortir trois éléments majeurs : l’action, la décision et la construction.
Il affirme à cet égard que « trancher c’est agir, décider et construire »483
Le premier élément renvoie à l’action, « Trancher c’est agir ». Cet élément se situe
dans l’opposition entre d’une part, la force et l’autorité de la décision, et d’autre part, l’intérêt
des parties qui va être plus ou moins satisfait. Autrement dit, on est entre les deux symboles
de la justice qui sont le glaive et la balance, le glaive symbole de l’autorité du droit, et la
balance, symbole de l’équité. On est à ce moment particulier du procès où il faut essayer de
trouver la solution qui soit le plus près possible de l’intérêt des parties et qui offre la meilleure
satisfaction de leurs intérêts respectifs dans la solution du litige qui les [Link] deuxième
élément est relatif à la décision, « trancher, c’est décider ».Par sa décision, le juge agit dans
482
Voir l’article 12, premier paragraphe du nouveau code de procédure civile français, issu du décret du 5
décembre 1975.
483
CANIVET (G.), « Trancher », Actes du colloque – L’Office du juge, organisé par le Professeur DARCY (G.),
LABROT (V.) et DOAT (M.), [Link]., pp. 293-295.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 125
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
le lien social pour trouver une solution, pour dénouer ce qui était une opposition entre des
personnes ou des intérêts. Pour décider, le juge doit tenir compte de certains paramètres. En
dehors du droit, il peut faire usage de certains paramètres relatifs aux considérations sociales,
économiques et culturelles car le droit ne saurait être autosuffisant dans la solution du litige.
En dépit de toutes ces influences, il doit trancher d’une manière neutre et objective. Enfin, le
troisième élément renvoie à la construction, « trancher c’est construire ».Par ce moyen, le
juge est appelé à séparer le vrai et le faux, le juste et l’injuste, l’exact et l’inexact, tout ce qui
s’oppose en quelque sorte dans le raisonnement des parties, dans la position respective des
parties. Trancher c’est aussi anticiper, c’est-à-dire reconstruire le lien individuel ou le lien
social, et anticipé sur l’exécution de la décision.
La question qui se pose ici est celle de savoir si dans sa mission de constatation de la
vacance du pouvoir présidentiel, le juge constitutionnel tranche un litige ? Autrement dit,
exercice t’il dans cet office une fonction contentieuse ou une fonction consultative ? Pour
répondre à cette interrogation, il nous semble opportun de déterminer au préalable quand on
dit d’une juridiction qu’elle est contentieuse. La notion de contentieux peut être appréhendée
comme l’« ensemble des litiges susceptibles d’être soumis aux tribunaux, soit globalement,
soit dans un secteur déterminé »484. Sur la base de cette définition et compte tenu du fait
qu’en droit commun, le concept de « litige » implique la « discussion devant un juge de
prétentions respectives de parties, de points sur lesquels elles sont en désaccord et à l‘appui
desquels elles fournissent un certain nombre de moyens qui permettront au juge de
trancher et de dégager une solution à ce litige »485, l’on pourrait alors convenir avec le
Professeur WALINE, qui pense que la juridiction constitutionnelle « n’est pas contentieuse
lorsque le Conseil [constitutionnel] n’est pas en présence de deux prétentions opposées »486.
En l’espèce, il est claire que lorsqu‘il est appelé à constater la vacance du pouvoir, le juge
constitutionnel n’est pas en présence de deux prétentions. Abondant dans le même sens, Le
Professeur Thierry DI MANNO établit clairement la distinction entre un recours contentieux
484
CORNU (G.), Vocabulaire juridique, Paris, PUF, coll. « Quadrige », 8ème éd., 2007, p. 226.
485
TUEKAM TATCHUM (C.), L’intérim du Président de la République dans le nouveau constitutionnalisme
des Etats d’Afrique d’expression française, [Link]., p.108.
486
M. WALINE, Préface à la première édition (1975) de l’ouvrage de FAVOREU et PHILIP, Les grandes
décisions du Conseil constitutionnel, éd. Dalloz et reproduites dans toutes les éditions suivantes du recueil et où
l‘éminent auteur pouvait écrire que « le Conseil constitutionnel, rendant des décisions auxquelles la Constitution
attribue l’autorité de la chose jugée, et statuant d’ailleurs en droit, [est] une juridiction » (p. XIV, 14ème éd.).
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 126
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
et un recours non contentieux. Il observe que les « recours sont dépourvus de tout caractère
contentieux lorsqu’ils sont obligatoirement exercés devant le Conseil constitutionnel. (…).
Parce qu’ils sont obligatoires, ces recours ne traduisent aucune contestation et, a fortiori,
aucun litige. L’auteur de ces recours non contentieux est en situation de compétence liée
(…), il est tenu de les déférer au Conseil constitutionnel »487. Alors que dans le cadre des
recours contentieux, souligne l’auteur, « les personnes habilitées à les introduire devant le
Conseil Constitutionnel sont toujours libres de les exercer ou pas. L'exercice facultatif de
ces recours révèle alors leur caractère contentieux »488. Il résulte de tout ce ci que le constat
de la vacance du pouvoir présidentiel opéré par le juge constitutionnel ne saurait se rattacher à
l’exercice d’un office contentieux car l’on perçoit mal l’idée d’une contestation dans ce cadre
et l’autorité de saisine ayant une compétence liée en la matière.
Cependant, si l’on convient aisément que cette compétence n’est pas contentieuse, il
faut tout de suite relever qu’elle n’est pas non plus consultative en ce sens qu’il n’est pas
demandé au juge constitutionnel d’émettre un avis quelconque489. S’il est incontestable que,
dans le cadre du nouveau constitutionnalisme africain, il revient au juge constitutionnel la
compétence de constater la vacance du pouvoir, hors mis les hypothèses de parenthèses
constitutionnelles, il convient à présent de ressortir les modalités de sa saisine.
B. L’ambivalence de l’office du juge dans la constatation de la vacance du
pouvoir présidentiel
L’office du juge constitutionnel en matière de constatation de la vacance du pouvoir
présidentiel varie en fonction du mobile de vacance en présence. Ainsi l’intervention du juge
constitutionnel sera limitée en présence des mobiles objectifs (1) et plus accentuée lorsqu’il
s’agira des mobiles subjectifs de la vacance du pouvoir (2).
487
DI MANNO (T.), « Recours devant le Conseil Constitutionnel par voie d’action », Juris Classeur Libertés,
octobre 2009, 61 pages, spéc., p. 6.
488
Idem.
489
ARSAC (R.), « La fonction consultative du Conseil constitutionnel », RFDC, 2006/4 n° 68, pp. 781-820.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 127
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
1. L’intervention relativement limitée du juge en matière de constatation
des mobiles objectifs de la vacance du pouvoir
La doctrine semble unanime à reconnaitre que l’office du juge en matière de
constatation de la vacance du pouvoir pour décès, démission ou destitution considérés comme
des mobiles objectifs est relativement é[Link] se limite à la constatation objective d’un
fait ou d’un acte dont la certitude ne fait plus aucun doute. Son intervention se présente alors
comme une simple « formalité destinée à donner une certaine régularité au processus
d’investiture de l’intérimaire et de préservation de la continuité de l’Etat »491. Certaines
constitutions ont même exclus l’action du juge dans ces mobiles, c’est le cas de la
Constitution française en son article 7 qui prévoit son intervention en matière de vacance du
pouvoir se limite à l’empêchement définitif. Bien plus, l’article 6 (4) nouveau de la loi
constitutionnelle camerounais proclame que « En cas de vacance de Présidence de la
République pour cause de décès, de démission ou d’empêchement définitif constaté par le
Conseil constitutionnel(…) ». Cette disposition constitutionnelle semble exclure
l’intervention du juge lorsqu’il s’agit de la vacance pour cause de démission et de décès, ne
limitant son action que dans l’hypothèse d’empêchement définitif. La loi de 2012 portant code
électorale semble entretenir ce flou en maintenant le silence sur la question de l’intervention
du juge sur le décès du Président. Cependant, la loi de 2004 sur l’organisation et le
fonctionnement du conseil constitutionnel vient combler cette lacune en disposant notamment
en son Article 38 que « Le Conseil constitutionnel, saisi par le président de l’Assemblée
nationale, après avis conforme du bureau, dans le cas prévu-à l’article 6 (4) de la
Constitution, constate la vacance de la présidence de la République ». Elle vient reconnaitre
au juge constitutionnel une compétence dans le constat de tous les mobiles de la vacance, y
compris les mobiles dits objectifs.
A la lecture de cette disposition, l’on est fondé à se demander si on peut réellement
dire que ces faits ou ces actes sont absolument avérés et ne saurait susciter de doutes qui
490
La Cour constitutionnelle a purement et simplement constaté la vacance de la Présidence de la République
suite au décès de GNASSINGBE EYADEMA dans sa Décision n° C-002/05 du 06 février 2005.
491
TUEKAM TATCHUM (C.), L’intérim du Président de la République dans le nouveau constitutionnalisme
des Etats d’Afrique d’expression française, [Link]., p.119.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 128
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
porteraient le juge à intervenir pour les clarifier. A l’observation, malgré cette apparente
certitude, l’intervention du juge demeure perceptible voire nécessaire grâce à son pouvoir
d’interprétation et d’appréciation. Ainsi, comme l’affirme la Cour Constitutionnelle
malgache, relativement à la destitution du Président ZAFY « le juge constitutionnel réfute
toute compétence liée invoquées par les députés et procède, de manière discrétionnaire à
une appréciation de la validité des motifs exposés de la résolution de l’Assemblée Nationale
dépassant la simple déclaration indiquée par l’article 50 »492. En effet, s’agissant de la
démission, le Conseil Constitutionnel français a cru nécessaire d’intervenir le 28 avril 1969
lors de la démission du Général DE GAULLE, après s’être estimé saisi par le Premier
Ministre. Malgré que le Conseil, dans sa décision dit qu’il « prend acte» de la décision par
laquelle le Général DE GAULLE a cessé ses fonctions, il n’est pas interdit qu’il puisse
étendre son intervention pour vérifier si l’acte de démission est effectivement l’émanation de
son auteur, en s’assurant qu’aucune contrainte n’a dicté sa décision. En ce qui concerne le
décès du Président de la République, l’hypothèse de sa disparition où l’on présume qu’il serait
décédé ou encore lorsque le conseil est saisi d’un cas de mort cardiaque qui susciterait des
inquiétudes sur la réalité du décès, le juge n’est nullement lié par l’acte de saisine destiné à
constater la simple matérialité d’un fait ou d’un acte considéré comme irréversible. A cet
égard, le conseil constitutionnel français, en se saisissant lui-même, est intervenu le 3 avril
1974 à la suite du décès de Georges Pompidou. Il en est de même de la Cour Constitutionnelle
gabonaise, lorsqu’elle déclare que « considérant qu’il ressort des pièces du dossier que El
Hadj Omar BONGO ONDIMBA, Président de la République en exercice, est décédé le 8
juin 2009 à Barcelone, en Espagne ; que, suite à ce décès, il y a lieu de constater la vacance
de la présidence de la République ;». L’un ou l’autre de ces cas montre bien que le constat du
décès est opéré sur la base d’un examen des pièces annexées au dossier et qui auraient pu
permettre au juge de prendre une décision différente.
En somme, bien que l’intervention du juge reste perceptible dans le constat des
mobiles dits objectifs, ses pouvoirs sont néanmoins amoindris. Quoi qu’il en soit, on peut
subodorer avec El Hadj MBODJ493 qu’en dehors des cas de décès et de démission et même de
492
NGUELE ABADA (M.), « La naissance d’un contre-pouvoir. Réflexions sur la loi portant organisation et
fonctionnement du Conseil Constitutionnel camerounais », Op. Cit, p. 2491.
493
MBODJ (E.H.), La succession du chef d’état en droit constitutionnel africain, [Link]., p.256.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 129
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
destitution qui sont indéniables, toute autre situation incertaine fait l’objet d’une appréciation
rigoureuse de la part du juge constitutionnel.
2. L’intervention plus étendue en matière de constatation des mobiles
subjectifs de la vacance du pouvoir
Dans l’exercice de son office de constatation de l’empêchement définitif, le juge
constitutionnel bénéficie d’un pouvoir plus étendu comparativement à son intervention en
matière de constatation de la vacance pour cause de décès, de démission ou de destitution. Il
convient de souligner que cette cause de la vacance n’a jamais eu lieu au Cameroun. Mais, en
proclamant que l’« empêchement définitif - doit être - constaté par le Conseil
constitutionnel », la Constitution reconnait au juge constitutionnel explicitement une
compétence plus étendue en la matière. Ainsi, tout l’enjeu se trouve dans le contenu donné au
terme « constater ». Certains auteurs penchent pour une approche restrictive de cette notion,
et soutiennent que « constater » l’empêchement définitif se rapporte au fait que « l’organe de
constatation doit formaliser cette situation en prenant une décision juridique ; car elle ne
dispose d’aucun pouvoir d'appréciation (…) l’empêchement définitif devant se fonder sur
des éléments d’accompagnement de la demande, l’organe se prononce sur des éléments
objectifs. Il doit alors tirer les conséquences juridiques de la situation de fait»494.
Cependant, rappelons que le juge constitutionnel a toujours réfuté toute compétence liée
en la matière et choisi plutôt de procéder de manière discrétionnaire dans son office. Cette
conception restrictive de la notion de « constater » ne saurait dès lors emporter notre
adhésion. En effet, Par son pouvoir d’interprétation, le juge a la possibilité d’apprécier la
validité des motifs exposés par l’autorité de saisine auxquels il n’est pas lié. Ainsi, la
constatation comporte nécessairement une « marge d’appréciation individuelle »495. C’est
d’ailleurs la raison pour laquelle le Doyen CORNU, affirme que constater « c’est admettre un
fait comme certain pour l’avoir soi-même observé »496. Pour ce faire, le juge Constitutionnel
doit « déterminer les modalités de vérification des prétentions pour se faire une opinion
494
Ibid. p. 257.
495
CORNU (G.), Vocabulaire juridique, [Link]., p. 221.
496
Ibid., p.222.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 130
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
exacte»497 et procéder à un « examen minutieux de la situation du titulaire de la fonction
afin d’éviter un usage abusif»498
La pratique constitutionnelle nous renseigne suffisamment sur l’importance des
pouvoirs du juge constitutionnel en la matière. Au Gabon par exemple, saisi par le Premier
Ministre d’une requête en interprétation des dispositions de l’article 13 de la Constitution, la
Cour constitutionnelle a procédé à une interprétation restrictive de cette disposition en créant
le cas d’empêchement temporaire à la fonction présidentielle499. Elle a opté à cet effet pour la
sécurisation de la fonction de Président de la République, dont le constat systématique de la
vacuité troublerait l’ordre institutionnel. Certains textes constitutionnels semblent aller dans le
même sens. En Côte d’Ivoire, Même si le constituant prévoit qu’en cas d’empêchement
absolu du Président de la République, le conseil constitutionnel doit immédiatement constater
la vacance, celui-ci devrait nécessairement apprécier les causes d’indisponibilité absolue
d’exercice des fonctions présidentielles500.
On remarque dès lors que, « le Conseil Constitutionnel hérite d’une tâche délicate,
difficile à résoudre dans un climat de crise où les implications politiques priment sur
lesaspects juridiques et techniques »501. Cette difficulté se justifie non seulement par la
porosité de la frontière entre l’empêchement temporaire et celui définitif, mais aussi par la
vacuité des textes en ce qui concerne les causes de l’empêchement définitif. Malgré ces
difficultés réelles, Le juge peut apprécier le caractère définitif d’un empêchement soit lorsque
celui-ci est « irréversible en raison de l’atteinte irrémédiable à la santé physique ou mentale
du Chef de l‘Etat ; soit l‘empêchement temporaire est trop long pour qu’un Etat moderne
puisse attendre le retour à la normale »502. Ainsi, au-delà de la délicatesse de l’opération et
de l’importance de la part de subjectivité dans les causes d’ouverture de l’empêchement
497
NGUELE ABADA (M.), « La naissance d’un contre-pouvoir. Réflexions sur la loi portant organisation et
fonctionnement du Conseil Constitutionnel camerounais », op. cit, p. 2491.
498
Idem.
499
Décision n°219/CC du 14 novembre 2018 relative à la requête du Premier Ministre tendant à l’interprétation
des dispositions des articles 13 et 16 de la constitution.
500
Art. 62 de la constitution de Côte d’ivoire.
501
LE TOUZE (C.), L’intérim du Président de la République sous la Ve République : le rôle du Sénat et du
Gouvernement pendant la vacance ou l’empêchement, thèse précitée, p. 118.
502
TUEKAM TATCHUM (C.), L’intérim du Président de la République dans le nouveau constitutionnalisme
des Etats d’Afrique d’expression française,thèse précitée, p.122.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 131
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
définitif le juge doit faire preuve de beaucoup de lucidité, de prudence et de responsabilité en
prenant une décision incontestable et acceptée par tous, seul gage dans le contexte africain
d‘une continuité assurée sans heurts. Au terme de son office, le juge constitutionnel va
prendre une décision de déclaration de vacance qui ouvre la période d’intérim.
Paragraphe II : La déclaration de vacance du pouvoir présidentiel
Il nous paraît convenable de préciser les modalités d’adoption de la déclaration (A)
avant d’examiner leurs caractères (B).
A. L’adoption de la déclaration de vacance
Nous examinerons tour à tour ici la nature (1) et les délais (2) de la déclaration de
vacance du pouvoir présidentiel.
1. La nature de la déclaration de vacance
La déclaration de vacanceest un acte juridictionnel, par conséquent elle est mise hors
du champ politique et des éventuelles luttes de pouvoir. Le juge constitutionnel, dans
l’exercice de son office en matière de constatation de la vacance du pouvoir présidentiel, rend
des décisions qui sont des actes juridictionnels.
L’acte Juridique peut être appréhendé comme une « Opération juridique consistant
en une manifestation de la volonté ayant pour objet et pour effet de produire une
conséquence juridique »503. Par cette définition, l’on remarque que l’édiction d’un acte
juridique passe nécessairement par un processus, une opération. Le Doyen DUGUIT souligne
alors que « l’acte juridictionnel implique d’abord l’existence d’une prétention »504, c’est-à-
dire qu’une « certaine volonté prétende qu’il y a quelque chose, soit un acte, soit une
attitude, soit une situation qui est contraire au droit »505. Par ailleurs, l’acte juridique doit
avoir pour finalité de produire une « conséquence juridique », c'est-à-dire qu’il doit donner «
une réponse (…) à une question de droit»506. Plus précisément, l’acte juridique par lequel le
503
CORNU (G.), Vocabulaire juridique, précité, p. 77.
504
DUGUIT (L.), Traité de droit constitutionnel, 3e édition, Paris, Boccard, Tome 2, p. 430.
505
Idem.
506
Idem.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 132
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
juge constitutionnel constate la vacance du pouvoir présidentiel peut être considéré comme un
« acte constitutif », en ce sens qu’il est un acte « créant des droits nouveaux ou modifiant
une situation antérieure »507. Les droits nouveaux créés par l’acte du juge constitutionnel
sont au bénéfice de l’intérimaire du Président de la République et la situation antérieure
modifiée est relative au vide institutionnel laissé par l’ancien chef de l’Etat. L’acte juridique
par lequel le juge constitutionnel constate la vacance du pouvoir peut également être un « acte
déclaratif » dans la mesure où il constate « une situation juridique préexistante »508. Quoi
qu’il en soit, l’acte de constatation de la vacance ne saurait être considéré comme un « acte
consultatif » parce qu’en la matière, le juge constitutionnel ne rend par un avis qui résulte
d’une fonction consultative.
L’acte de constatation de la vacance étant un acte juridique, il se pose la question de
savoir si la décision déclarant vacant le pouvoir présidentiel doit être motivée. En effet, La
motivation d’une décision, a pour but de permettre à ses destinataires de comprendre sa raison
d’être et d’accepter les options retenues car, « une décision est acceptable si elle est
motivée»509, « Le concept de motivation (étant) consubstantiel à l’idée d’acceptabilité de
ladécision»510. Il s’agit donc d’un travail de persuasion, qui a pour but d’améliorer les
relations entre le citoyen et le juge. Le Professeur Jean RIVERO écrit à ce sujet que : «Si l’on
prend la peine d'expliquer à l'homme le pourquoi et le comment de ce qui lui est imposé, sa
liberté et sa raison entreront en jeu, elles sont, pour l'action, des auxiliaires plus féconds
que la hargne ou la semi-hébétude née de la contemplation d'un imprimé rédigé dans une
langue apparemment étrangère …»[Link] conséquent, la décision de constatation de la
vacance doit être « bien rédigée de façon à faire connaître avec fidélité toutes les opérations
507
GUINCHARD (S.) DEBARD (T.), Lexique des termes juridiques, Dalloz, 25e édition, 2017-2018, p.61
508
Idem. p. 69.
509
PONTHOREAU (M.-C.), La reconnaissance des droits non-écrits par les Cours constitutionnelles italienne
et française. Essai sur le pouvoir créateur du juge constitutionnel, Paris, Economica – PUAM, coll. « Droit
public positif », 1994, p. 26.
510
THIBAUD (V.), le raisonnement du juge constitutionnel : jalons pour une structuration herméneutique du
discours juridique, Thèse de doctorat en droit public, université de Lyon 2, 2011, p. 435.
511
RIVERO (J.), « A propos des métamorphoses de l'administration », dans « Mélanges SAVATIER », Paris,
Dalloz, 1965, p. 828, cité par TUEKAM TATCHUM (C.), L’intérim du Président de la République dans le
nouveau constitutionnalisme des Etats d’Afrique d’expression française, thèse précitée, p.124.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 133
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
de l’esprit qui ont conduit le juge au dispositif adopté par lui»512. La question de la nature de
la déclaration étant résolue, reste à présent celle relative aux délais.
2. Les délais impartis au juge
Partant de l’adage « La justice lente ; une forme d’injustice », le juge, qu’il soit
judiciaire, administratif et même constitutionnel, doit exercer son office et rendre ses
sentences dans un délai raisonnable513. Cette exigence est encore plus importante pour le juge
constitutionnel lorsqu’il statut sur la vacance du pouvoir présidentiel, car il s’agit d’une
situation d’urgence qui requière une intervention rapide du juge afin de garantir la continuité
de l’Etat. Tout comme il a été observé supra pour l’autorité de saisine qui n’était pas tenu par
un délai pour saisir le juge constitutionnel, l’on constate également qu’aucun texte
camerounais, que ce soit la Constitution ou même la loi portant organisation et
fonctionnement du conseil Constitutionnelle ne fixent de délais au juge constitutionnel pour
statuer sur la requête aux fins de déclaration de vacance de la fonction présidentielle. L’on
pourrait alors se référer, à titre de droit comparé au Togo où l’article 38 du règlement intérieur
de la Cour Constitutionnelle du 26 janvier 2005 comble le vide de la Constitution en
prévoyant que le juge dispose d’un délai de 8 jours pour apprécier le caractère définitif de
l’empêchement et statue sans délai lorsqu’il s’agit du décès ou de la démission.
Selon Madame MEYER-HEINE « il est probable que le Conseil constitutionnel
apprécierait le degré d'urgence en fonction des circonstances. Néanmoins, compte tenu de
la gravité de l'acte attendu, il est exclu que la haute juridiction sacrifie la pertinence de sa
décision à la rapidité. Mais, toute précipitation en l'espèce peut se révéler, au même titre
512
SAUVEL (T.), « Histoire du jugement motivé », RDP, 1955, p.48.
513
La notion de délai raisonnable est consacrée par de nombreux textes nationaux et internationaux. Au plan
international, elle est prévue par l’article 6 de la convention européenne des droits de l’homme qui énonce que «
toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai
raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial ». Le délai raisonnable pourrait désigner un temps
considéré comme étant juste, approprié et acceptable dans la tenue d’un procès. Lire sur la question
VERPEAUX (M.), « Droit constitutionnel », 4ème édition, LGDJ, 2018 ; MAGNON (X.), « Les délais
raisonnables en droit administratif », Revue du droit public et de la science politique en France et à l'étranger,
2009, 274-283. ; VERGÈS (L.), « Le délai raisonnable en contentieux administratif », Dalloz, 2012, pp. 1212-
1216. ; MOLFESSIS (N.), « Le juge administratif français et le respect des délais raisonnables », Revue
française de droit administratif, 2014, pp. 1109-1130. ; BENAMOUZIG (D.), « Le délai raisonnable en
contentieux constitutionnel en France », Pouvoirs, 2016, pp. 43-55.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 134
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
que la tergiversation, suspecte. Il conviendrait par conséquent de déterminer un délai
raisonnable qui permettrait au Conseil Constitutionnel de se prononcer, en toute
connaissance de cause, pour assurer la continuité politique de l'Etat»514. A ce titre, la Cour
Européenne des Droits de l’Homme et le Conseil d’Etat français515 se fondent sur un certain
nombre de critères afin d’apprécier le caractère raisonnable du délai de jugement.
Le premier critère porte sur la particularité de certaines affaires qui imposent parfois
un traitement relativement rapide que les autres, justifié par des raisons spécifiques. Il nous
semble que la vacance qui est une situation de crise institutionnelle et donc la mauvaise
gestion pourrait mettre en mal la continuité de l’Etat, nécessite une grande célérité de la part
du juge dans son constat.
Le second critère tien à la nature du litige. Les difficultés et les complexités liées à la
problématique juridique qui émerge lors de leur traitement, doit être mise en considération.
Sachant que le juge, avant de décider, prend du temps pour examiner tous les aspects de ladite
problématique, et tant que celle-ci est compliquée,le temps dont il a besoin devient de plus en
plus considérable. Ainsi, il ne serait pas anormal que le juge constitutionnel prenne plus de
temps pour le traitement de l’empêchement définitif qui exige en raison de son caractère
subjectif, une appréciation préalable et minutieuse de la validité des motifs exposés. Comme
indiqué plus haut, du fait de la vacuité des textes en ce qui concerne les causes de
l’empêchement définitif, le juge doit vérifier les mobiles soumis à son jugement et apprécier
si l’empêchement en question est bien absolu et définitif. Il a donc besoin de plus de temps
pour statuer. La pratique jurisprudentielle a par contre montré que la Cour statuait dans des
délais très brefs, pour ce qui est de la constatation du décès comme ce fut le cas au Togo et au
Gabon. Au Togo, en application de la loi qui lui exigeait de statuer sans délai, la Cour, saisi le
5 février 2005, date de la survenance du décès de GNASSINGBE EYADEMA, est intervenue
le 6 février 2005 ; soit un jour seulement après la saisine par le Gouvernement. Au Gabon
également, malgré le mutisme des textes, la Cour a été saisie le 9 juin 2009 ; soit le lendemain
514
MEYER-HEINE (A.), « La procédure d’empêchement temporaire du Chef de l’Etat sous la cinquième
république : les imprécisions de l’article 7 de la Constitution », PA, n°90, juillet 1995. p.8.
515
CASSIA (P.), « Délai raisonnable de jugement», in Les grands arrêts du contentieux administratif, Paris,
Dalloz, 3ème édition, 2011, pp.115-116.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 135
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
du jour du décès d’OMAR BONGO ONDIMBA survenu en l’occurrence le 8 juin 2009 et a
rendu sa décision le même jour qu’elle a été saisie ; soit le 9 juin 2009.
Par ailleurs, Selon la jurisprudence de la CEDH516 et du Conseil d’État517, le caractère
raisonnable des délais d’une procédure juridictionnelle s’apprécie jusqu’à l’exécution
complète de la décision de justice, et non seulement jusqu’à son prononcé. Ainsi, le
constituant n’ayant pas prévu qui assurerait la gestion de l’Etat dans l’intervalle situé entre le
moment où la saisine de la Cour est faite, jusqu’au jour où cette dernière rend sa décision, les
délais en question doivent donc courir jusqu’à l’exécution de la décision du juge avec
l’installation du Président de la République par intérim. La déclaration de vacance rendue par
décision du juge constitutionnel dispose de certains caractères.
B. Les caractères de la décision de déclaration de vacance
Les caractères de la décision de déclaration de vacance tiennent aussi bien à son
autorité (1) qu’à son opposabilité (2).
1. L’autorité de la décision du juge constitutionnel
« Autorité de chose jugée »518, « autorité de chose décidée »519, « autorité
formelle/matérielle »520, autant d’expressions qui traduisent non seulement la richesse et la
diversité des analyses doctrinales pour tenter de qualifier l’autorité des décisions du conseil
constitutionnel521, mais aussi qui révèlent l’absence d’acception doctrinale unanime de ce que
recouvre l’autorité des décisions du conseil. Cela pourrait se justifier dans la mesure où en
516
Cour EDH, 7 décembre 1999, Bouilly c/ France, n° 38952/97, § 17.
517
L’arrêt du Conseil d’Etat du 26 mai 2010, M. Michel A c/ le garde de sceaux, ministre de la justice,
n°316292.
518
Voir en particulier RENOUX (T.S.), « Autorité de chose jugée ou autorité de la constitution ? », in l’esprit
des pouvoirs, équilibre des institutions, mélange en l’honneur de Pierre PACTET, Dalloz, 2003, pp. 835-859. ;
ROUSSILLON (H.), ESPLUGAS (P.), Le conseil constitutionnel, Dalloz, connaissance du droit, 7e édition,
2001, p.53 et s.
519
DORD (O.), « le conseil constitutionnel et son environnement juridictionnel », in le conseil constitutionnel,
sous la direction de M. VERPEAUX et de M. BONNARD, la documentation française, 2007, p. 136.
520
RENOUX (T.S.), « Autorité de chose jugée ou autorité de la constitution ? », Op. Cit, pp. 850 et s.
521
Voir MEUNIER (J.), « Le Conseil constitutionnel et l’autorité de ses décisions », in l’architecture du droit-
mélange en l’honneur de Michel TROPER, économica, 2006, p. 693 et s.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 136
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
droit privé, la notion classique d’ « autorité de chose jugée » est une source d’ambigüité522. Il
ne pouvait donc en aller autrement une fois empruntée par la doctrine constitutionnelle523 et
transposée aux décisions du conseil constitutionnel.
Il ne s’agit pas dans le cadre de cette thématique de s’intéresser à la nature de
l’autorité de chose jugée, mais seulement d’établir ce qu’elle signifie. Elle renvoie donc à
l’obstacle fait à un juge de se prononcer sur une demande qui aurait déjà fait l’objet d’un
jugement antérieur. Cette autorité est une fin de non recevoir qui interdit, en dehors de
l’exercice des voies de recours qu’une même affaire soit jugée deux fois, ce qui implique que
le premier jugement sur l’affaire s’impose aux autres juges éventuellement saisis de la même
affaire. A ce titre, « ce qui a été jugé ne peut l’être à nouveau ; ce qui a été jugé ne peut être
contredit ; ce qui a été jugé doit être exécuté »524. Ainsi, la sécurisation de la décision du
conseil constitutionnelle réside en ce que celle-ci est revêtue de l’autorité absolue.
L’affirmation de l’autorité absolue des décisions du Conseil constitutionnel vient donc taire
les tâtonnements doctrinaux sur l’indépendance du Conseil Constitutionnel. À cet égard, le
constituant dispose que ; « les décisions du conseil constitutionnel ne sont susceptibles
d’aucun recours(…)»525. Cette disposition constitutionnelle commune à tous les Etats
d’Afrique noire francophone526 veut tout simplement dire que les décisions du juge
constitutionnel sont revêtues de l’autorité absolue de chose jugée. Il ne peut d’ailleurs en être
autrement, car, la mission du juge constitutionnel ne saurait être assurée sans cette autorité qui
lui donne la force juridique nécessaire. Le Professeur PACTET, indique, dans ce sens, que
l’institution du juge constitutionnel, et par ricochet sa mission de régulation du
fonctionnement des institutions, n’aurait pas de sens si ses décisions « n’étaient pas dotées
522
Voir dans ce sens : WIEDERKERH (G.), « sens, signifiance et signification de l’autorité de chose jugée », in
justice et droit fondamentaux, mélange J. Normand, LItec, 2003, p.507.
523
DI MANNO (T.), « Recours devant le Conseil Constitutionnel par voie d’action », Juris Classeur Libertés,
octobre 2009, 61 pages, spéc., p. 144 et s.
524
MEUNIER (J.), « Le Conseil constitutionnel et l’autorité de ses décisions », op. cit., p. 700.
525
Art. 50 de la loi constitutionnel n°96/06 du 18 janvier 1996.
526
Art. 137 de la constitution de Côte d’ivoire ; art. 168 de la constitution de la RDC. Art. 101d e la constitution
du Mali.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 137
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
d’une force juridiqueirréfragable, c’est-à-dire qui ne peut être récusée par quelque organe
que ce soit, même au sommet de la République »527.
Au regard de sa compétence exclusive en matière de constatation de la vacance,
c’est-à-dire qu’aucun autre juge n’intervient dans cette matière, la question qui se pose ici est
celle de savoir si cette interdiction s’impose au juge constitutionnel lui-même. Autrement dit,
le juge constitutionnel, en la matière peut-il se dédire ? La gravité, l’importance et l’urgence
de la situation nous amène à répondre par la négative. Les exigences de sauvegarde de la
continuité de l’Etat et des institutions commandent au juge, non seulement d’agir vite, mais
encore de prendre une décision qui s’impose à tous, y compris à lui-même.
In fine, la décision de constatation de la vacance de la fonction présidentielle serait
une source d’instabilité politique si elle n’était revêtue de cette autorité absolue qui est de
nature à susciter le respect de toutes les institutions de la République, car ces décisions
s’imposent à tous.
2. L’opposabilité de la décision de déclaration de vacance
Selon le Professeur LUCHAIRE « l’autorité des décisions du conseil
constitutionnel a une force et une étendue très spécifique, il est inutile et surtout inexacte
de la présenter comme celle de la chose jugée ; elle est à la fois plus forte et plus
étendue »528. Par ces propos, le professeur soutien que l’autorité des décisions du juge
constitutionnel va au-delà du jugement et intègre son application. En effet pour comprendre le
sens de l’opposabilité des décisions du juge constitutionnel, il convient d’opérer une
distinction entre « l’autorité de chose jugée » et « la force de chose jugée ». pour éclairer
cette distinction, il faut rappeler avec KERNEIS que L’autorité ou l’auctoritas renvoie à une
opération de transformation de plein droit ; elle augmente la valeur d’un acte en lui conférant
527
PACTET (P.), « Institutions politiques et droit constitutionnel », Revue générale de droit, 5e édition, Masson,
Paris, 1981, p. 528.
528
LUCHAIRE (F.), Le conseil constitutionnel, [Link]., pp. 11-12.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 138
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
la plénitude de ses effets juridiques ; alors que la force (le pouvoir) ou potestasculmine en
imperium, commandement militaire et civil, pouvoir suprême par excellence529.
In fine, si l’autorité de la chose jugée renvoie à l’étendue du caractère obligatoire de
ce qui est jugé, la force de chose jugée pour sa part qui renvoie à l’opposabilité désigne
l’exécution de ce qui a été jugé. D’ailleurs, le doyen CORNU appréhende la notion
d’opposabilité comme « l’aptitude d’un droit, d’un acte, d’une situation de droit ou de fait à
faire sentir ses effets à l’égard des tiers, non en soumettant ces tiers aux obligations
directement nées de ces éléments, mais en les forçant à reconnaître l’existence des faits,
droits et actes dits opposables, à les respecter comme des éléments de l’ordre juridique et à
en subir les effets »530. Partant de cette définition, l’on peut soutenir que l’opposabilité de la
décision de déclaration de vacance renvoie à son exécution, ou plus précisément à l’obligation
d’exécuter cette décision.
Ainsi, les décisions du juge constitutionnel en matière de déclaration de vacance sont
opposables à tous en ce sens qu’« elles s’imposent aux pouvoirs publics et à toutes autorités
administratives, militaires, juridictionnelles ainsi qu’à toute personne physique ou
morale»531. Pour Marcel WALINE, en disposant que les décisions du juge constitutionnel
s’imposent aux pouvoirs publics et aux diverses autorités, « on ne saurait mieux caractériser
l’autorité de la chose jugée »532. En réalité, l’opposabilité des décisions du conseil est une
conséquence logique de son autorité car, du fait que ces décisions soient « insusceptible de
tout recours », elles produisent des effets en droit qui s’imposent a tous.
529
KERNEIS (S.), « Autorité », in Dictionnaire de la culture juridique, sous la direction D. Alland et de S.
Rials, Lamy-PUF, 2003, p.111 et p.112.
530
CORNU (G.), Vocabulaire juridique, précité, p. 1511.
531
Art. 50 de la loi n°96/06 portant constitution du Cameroun.
532
WALINE (M.), « Préface de la première édition », in FAVOREU (L.) et PHILIP (L.), Les grandes décisions
du Conseil constitutionnel, op. cit., p. XV.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 139
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
CONCLUSION CHAPITRE II
La constatation de la vacance du pouvoir est une formalité indispensable pour que ce
vide produise des effets juridiques. En dehors des hypothèses exceptionnelles d’intérim par
rupture de l’ordre constitutionnel à l’issue d’un coup d’Etat ou d’une révolution populaire, qui
d’ailleurs n’ont jamais eu lieu au Cameroun, le constat de la vacance du pouvoir fait
intervenir une diversité d’organes qui depuis l’avènement du troisième cycle constitutionnel
des années 90 participent activement à la consolidation de la démocratie. Il s’agit plus
précisément de deux organes dont l’un intervient dans la saisine et l’autre chargé de constater
la vacance du pouvoir.
Depuis la réforme constitutionnelle du 18 janvier 1996, le conseil constitutionnel a
reçu compétence pour constater, après sa saisine opérée par le Président de l’Assemblée
Nationale, la vacance du pouvoir présidentiel suivant une procédure spécifique déterminée par
la loi régissant l’organisation et le fonctionnent de ce conseil. La particularité de ce dernier
tient à l’ambivalence de ses pouvoirs, à la procédure de sa saisine, ainsi qu’aux délais qui lui
sont impartis pour statuer. In fine, l’office du juge constitutionnel, organe chargé de constater
la vacance du pouvoir est cruciale pour la préservation de la continuité de l’Etat et la
sauvegarde des acquis démocratique.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 140
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
CONCLUSION TITRE I
L’institutionnalisation du pouvoir dans les démocraties modernes justifie que la
continuité de l’Etat soit harmonieusement assurée en cas de vacance du pouvoir. Dans un élan
de consolidation de la démocratie, les constituants camerounais ont prévus des mécanismes
liés à la gestion de cette vacuité institutionnelle au sommet de l’Etat. L’un des éléments
majeurs de la gestion de ce vide est la consécration d’une autorité chargée d’assurer la
continuité de l’Etat : il s’agit de l’intérimaire du Président de la République. L’accession de ce
dernier à la magistrature suprême se présente alors comme un accident politique car, la
vacance de la fonction présidentielle elle-même est un accident, qui entraine une cessation
prématurée du mandat par le chef de l’Etat, causés par de nombreux facteurs ou mobiles. Les
différentes Constitutions camerounaises ont consacrés de nombreux mobiles de la vacance du
pouvoir ; certains de ces mobiles ont été vécus, en l’occurrence la démission ; d’autres, bien
que n’ayant pas encore été expérimentés sont néanmoins des prescriptions constitutionnelles ;
il s’agit du décès, de la destitution et de l’empêchement définitif du Président de la
République. De façon plus large, d’autres mobiles, résultants de la pratique politique ont été
observés dans de nombreux pays d’Afrique. Ce sont les coups d’Etat et les révolutions
populaires qui apparaissent comme de nouvelles formes de destitution des gouvernants sur le
fondement de l’aspiration du peuple à une démocratie effective.
Ainsi, l’effectivité de la vacance passe nécessairement par l’obéissance d’un certain
formalisme qui doit aboutir à sa constatation formelle. Les constitutions camerounaises
restent constantes quant à l’attribution de la compétence de constater la vacance aux organes
juridictionnels. En effet, nous sommes passés d’une constatation opérée par une juridiction de
droit commun, à une constatation effectuée par une juge spécial qui est considéré comme
indépendant et au dessus des influences politiques. De plus, l’autorité, la force dont sont
revêtues ses décisions et qui leur permettent de s’imposer à toutes personnes physiques ou
morales, font de lui l’organe le plus indiqués pour exercer cette tâche. Ainsi, c’est par sa
décision que l’intérim présidentiel est effectivement ouvert car elle fixe les modalités pour
que la continuité du pouvoir, soit assurée par l’investiture de l’intérimaire.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 141
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
TITRE II :
L’ACCESSION CONDITIONNEE A LA FONCTION
PRESIDENTIELLE : L’INVESTITURE DE
L’INTERIMAIRE
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 142
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
La personnification, voire la sacralisation de l’institution présidentielle dans les
systèmes politiques africainsfait en sorte que la disparition du titulaire du pouvoir soit très
souvent source de frayeur. En effet, « Toute vacance du pouvoir risque d’entrainer une crise
ou un chaos »533, surtout lorsque« les règles de la succession ne sont pas posées clairement
et fermement »534. On peut alors comprendre pourquoi la constitution du 18 janvier 1996
aménage les dispositions nécessaires afin de pallier aux éventuels vides au sommet de l’Etat,
ceci pour éviter des crises sociopolitiques et de préserver la continuité de l’Etat. Il est de
notoriété publique que l’Etat doit survivre à ses représentants. Ainsi, l’indisponibilité du
titulaire d’une fonction, fut-elle présidentielle, ne saurait mettre à mal le fonctionnement
régulier des institutions. En conséquence, la Constitution camerounaise en vigueur, à la suite
de ses devancières, prévoit qu’en cas d’indisponibilité définitive du Président de la
République, les fonctions de chef d’Etat sont momentanément exercées par un intérimaire
préalablement défini par la constitution. Le régime d’investiturede ce dernier (Chapitre II),
passe préalablement par la détermination de cet intérimaire (Chapitre I).
533
TUEKAM TATCHUM (C.), L’intérim du Président de la République dans le nouveau constitutionnalisme
des Etats d’Afrique d’expression française, thèse précitée, p.132.
534
Idem.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 143
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
CHAPITRE I :
LE CHOIX PREALABLE DE L’INTERIMAIRE
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 144
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Le triomphe de l’idéologie libérale dans les années 90 achève le processus de
dénonciation, et non précisément de renonciation, du dauphinat comme solution à la vacance
de la présidence de la République. Cette technique répondait « à des préoccupations tactiques
dont la finalité est la protection du régime à la suite de la disparition de son fondateur ou,
de manière plus empirique, la mise en place de verrous juridiques garantissant le Chef en
place contre toute déstabilisation éventuelle émanant des membres de l'oligarchie
gouvernante »535. Il s’agissait donc d’une « technique constitutionnelle destinée à assurer
automatiquement, en cas de vacance du pouvoir, la succession en vue de la continuité du
pouvoir sans l’intervention du pouvoir de suffrage »536, autrement dit, «la transmission
héréditaire du pouvoir »537.
Cependant, depuis l’avènement du nouveau constitutionnalisme en Afrique, le choix
de l’intérimaire est basé non seulement sur des éléments objectifs, tenant à la nature du
régime politique, mais aussi subjectifs fondés notamment sur les critères de légitimité, de
neutralité et d’autorité. Cette nouvelle approche répond aux exigences de la démocratie tenant
à l’institutionnalisation du pouvoir. Ainsi, à l’observation de l’histoire constitutionnelle
camerounaise depuis l’ère de l’indépendance, l’on constate que dans la désignation de
l’intérimaire du Président de la République, certains choix sont considérés comme marginaux
(Section I) et d’autres sont primordiaux (Section II).
Section I : La diversité des choix marginaux
Les choix marginaux désignent les choix des autorités qui ont soit été rejetées dans la
gestion de l’intérim, soit ne peuvent que rarement y accéder. On les retrouve aussi bien au
niveau du pouvoir exécutif que dans le pouvoir législatif. Il s’agit donc du rejet du Premier
Ministre (paragraphe I), et la question de l’intérimaire au carré (paragraphe II).
535
El Hadj MBODJ, La succession du Chef de l’Etat en droit constitutionnel africain : Analyse juridique et
impact politique, thèse précitée, p. 265.
536
KAMTO (M.), « Le dauphin constitutionnel dans le régime politique africain : le cas du Cameroun et du
Sénégal », Penant, n° 781-782, 1983, p. 277.
537
KAMTO (M.), Pouvoir et droit en Afrique. Essai sur les fondements du constitutionnalisme dans les États
d’Afrique noire francophone, Paris, L.G.D.J, 1987, p. 460.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 145
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Paragraphe I : le rejet du Premier Ministre
Il nous parait convenable d’examiner la place du Premier Ministre dans l’histoire
constitutionnelle camerounaise (A), avant d’aborder les raisons de son exclusion dans le choix
de l’intérimaire (B).
A. Le Premier Ministre dans l’histoire constitutionnelle camerounaise
Avant la stabilisation de la fonction primo-ministérielle consécutive à l’avènement
du constitutionnalisme libéral des années 90 (2), le Premier Ministre a joué un rôle stratégique
dans le régime politique Camerounais (1).
1. L’avènement de la fonction de Premier ministre au Cameroun
Le Premier Ministre en tant que rôle ou fonction n’est pas, à la différence des autres
pays d’Afrique, une nouveauté au Cameroun. En effet, « l’Exécutif de la première
génération était totalement dominé par le chef de l’Etat seul maître à bord du navire
gouvernemental et de l’Etat en général»538, et « le dualisme de l’exécutif constituait un fait
exceptionnel par rapport aux pratiques politiques en vigueur dans les Etats de l’Afrique
noire francophone, marquées par un souci de plus grande concentration du pouvoir
»[Link], l’expérience du bicéphalisme fut de très courte durée au Cameroun car le poste
de Premier Ministre sera supprimé en 1961540 à cause du premier bouleversement
institutionnel consécutif à l’unification du pays et qui a ouvert la voie au monolithisme
présidentiel. Ce constitutionnalisme dit de « première génération » va connaître un échec
retentissant pendant la seconde moitié des années soixante541, à cause de l’autoritarisme542
dont a conduit la pratique du régime présidentiel post-indépendance.
538
FALL (I-M.), Le pouvoir exécutif dans le constitutionnalisme des Etats d’Afrique, Paris, L’Harmattan, 2008,
p.15
539
GAUTRON (J-C.), ROUGEVIN-BAVILLE (M.), Droit public au Sénégal, Paris, Pedone, 1970, p. 41
540
La Constitution camerounaise du 1er octobre 1961 (texte reproduit in Les Constitutions des Républiques
africaines et malgache d’expression française, Notes et études documentaires, Paris, La Documentation
française, n°2994, 27 mai 1963, pp.12 et suivants) qui succéda à celle du 4 mars 1960 a instauré un Etat fédéral
conduisant à la suppression du poste de Premier ministre au niveau fédéral au profit de celui de vice-président
fédéral. La fonction de Premier ministre a tout de même été maintenue dans les deux Etats fédérés du Cameroun
Oriental et du Cameroun Occidental.
541
BRETON (J-M.), « Trente ans de constitutionnalisme d’importation dans les pays d’Afrique noire
francophone entre mimétisme et réception critique : cohérences et incohérences (1960-1990) », VIe Congrès
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 146
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Grand défenseur du monocéphalisme et de la concentration des pouvoirs après
l’échec du bicéphalisme inaugural au Sénégal, le président SENGHOR du Sénégal n’en
admettait pas moins l’échec à la fin des années soixante. Après avoir notamment affirmé que
c’était « une erreur psychologique »543 d’avoir institué un exécutif bicéphale qu’il considéra
comme « un produit spécifique de l’Europe occidentale »544, et fait l’apologie d’« un
exécutif fort et non partagé »545, il reconnut qu’ « une trop grande concentration du
pouvoir entre les mêmes mains poussait, dans un pays sous-développé, les responsables
placés au-dessous, à se décharger de leurs responsabilités »546. Le constitutionnalisme de la
première vague s’est ainsi soldé par un échec, car la conception unitariste et personnelle547 du
pouvoir sur laquelle elle s’est fondée n’a pas pu réaliser les desseins d’unité nationale et de
développement économique qu’elle promettait548. Le poste de Premier Ministre va
réapparaître au début des années soixante-dix, dans le cadre du constitutionnalisme de «
seconde génération », avec ce que Serigne DIOP appelle la « renaissance du bicéphalisme
de l’exécutif»549.
Sans être une constance dans l’espace politique camerounais, la fonction primo
ministérielle a jalonné la vie politique de l’Etat et a connu des fortunes diverses.
L’observation attentive du rôle de Premier Ministre au Cameroun met en évidence une
fluctuation de celui-ci, en fonction de la conjoncture politique et surtout la structure des
rapports de forces entre acteurs politiques.
Au Cameroun Oriental, les luttes sur l’indépendance entre élites politiques
consacrent un Premier Ministre aux côtés d’un Président de la République. Ici, le Premier
français de Droit constitutionnel, Atelier 7, constitutionnalisme : un produit d’exportation, Montpellier, 9, 10,
11, juin 2005, p. 11.
542
MEDARD (J-F.), « Autoritarismes et démocratie en Afrique noire », in Politique Africaine, 1991, 43, pp. 92-
104
543
SENGHOR (L-S.), La poésie et l’action, Paris, Stock, 1980, p. 168.
544
Cité par FALL (I.), « La réforme constitutionnelle du 22 février 1970 au Sénégal », Penant, n°731, p. 91
545
SENGHOR (L-S.), La poésie et l’action, [Link]. p 168.
546
Rapport de politique générale devant le Congrès de l’UPS, 27 déc. 1969.
547
TIXIER (G.), « La personnalisation du pouvoir dans les Etats de l’Afrique de l’Ouest », RDP, 1965, pp.
1129-1130.
548
YACINE-TOURE (B.), Afrique : l’épreuve de l’indépendance, Genève, Graduate Institute Publications,
1983, pp. 46 et suivants.
549
DIOP (S.), Le Premier Ministre africain :la renaissance du bicéphalisme de l’exécutif en Afrique à partir de
1969, Université de Dakar, 1985, 444p.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 147
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Ministre joue déjà un rôle important car il est le chef du Gouvernement chargé d’« assurer la
gestion des affaires de la République »550 ; il bénéficiait en conséquence d’importantes
compétences. L’adoption de la forme fédérale de l’Etat au Cameroun en 1961 conduit à la
suppression du Premier Ministre au niveau fédéral et à la mise en place de deux premiers
ministres dans les Etats fédérés551. L’adoption de la forme unitaire de l’Etat en 1972 pour sa
part, consécutive à la monopolisation de l’offre politique via le parti unique et le contrôle de
l’espace politique par le Président Ahmadou AHIDJO à la tête de l’Etat, conduit au
rétablissement de la fonction de Premier Ministre au niveau central. Celui devient un élément
incontournable, du moins stratégique dans le régime politique Camerounais.
En effet, supprimé après l’adoption de la Constitution unitaire de 1972, le poste de
Premier Ministre sera réintroduit par la réforme constitutionnelle de 1975 et dans la foulée de
cette réforme, Paul BIYA sera nommé Premier Ministre et deviendra, suite à la révision
constitutionnelle de 1979, le successeur constitutionnel du Président AHIDJO. Cela va
considérablement renforcer la place du Premier Ministre dans le système politique et faire de
lui une composante essentielle de la vie politique. Par ces réformes, le Premier Ministre va
jouer un rôle stratégique dans la survie du régime en se plaçant au « premier rang dans la
hiérarchie des personnalités politiques susceptibles de succéder au Président de la
République »552. Cette situation va perdurer jusqu’à la suppression du poste de Premier
Ministre par la révision du 4 février 1984. S’en suivra alors une période de monocéphalisme
de l’exécutif jusqu’au milieu des années 1990 avec l’avènement du troisième cycle
constitutionnel, qui va consacrer au plan institutionnel, non seulement le retour de la fonction
primo ministérielle, mais surtout sa stabilisation.
550
Voir article 21 de la Constitution du 4 mars 1960.
551
L’Etat fédéré du Cameroun oriental a pour Premier Ministre Charles ASSALE qui va occuper cette fonction
de 1960 jusqu’à sa démissionner en 1965 ; l’Etat fédéré du Cameroun occidental a à sa tête le Premier Ministre
John NGU FONCHA qui va occuper cette fonction du 1er février 1959 au 13 mai 1965.
552
KAMTO (M.), « Le dauphin constitutionnel dans le régime politique africain : le cas du Cameroun et du
Sénégal », Op. Cit., p. 260.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 148
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
2. La stabilisation de la fonction de Premier Ministre dans le nouveau
constitutionnalisme camerounais
La « fièvre constitutionnelle »553 a embrasé l’ensemble des Etats d’Afrique noire
francophone après la période de transition organisée dans chaque Etat. Cette nouvelle phase
du constitutionnalisme africain devrait conduire à une remise en cause du «
constitutionnalisme non démocratique ou rédhibitoire et la naissance d’un nouveau
constitutionnalisme qui s’emploie à restaurer la séparation et l’équilibre du pouvoir et à
jeter les jalons d’un Etat de droit»554. Sur le plan institutionnel, la tendance générale du
nouveau constitutionnalisme africain555 met en avant la restauration du bicéphalisme de
l’exécutif comme le principal rempart contre les dérives monocratiques556 relevées au cours
des deux précédentes vagues de ce constitutionnalisme. Cette renaissance de la fonction
primo-ministérielle s’inscrit dans une logique de rationalisation du présidentialisme dans la
mesure où l’objectif des constituants n’est pas de renoncer à la prééminence du Président de
la République, mais de faire en sorte désormais qu’il « soit fort sans être un tyran »557. Mais
à la différence du constitutionnalisme précédent, le nouveau constitutionnalisme est marqué
un peu partout par l’activation des contre-pouvoirs558 censés prémunir les Etats contre les
dérives autoritaristes, tels que la revalorisation de la fonction de contrôle du Parlement559 et
l’effectivité de la justice constitutionnelle.560
553
GLELE (M-A.), « La Constitution ou la Loi fondamentale », Encyclopédie juridique africaines, Tome 1,
Dakar-Abidjan, N.E.A, 1982, p. 38.
554
FALL (I-M.), Le pouvoir exécutif dans le constitutionnalisme des Etats d’Afrique, [Link]., p. 22.
555
TSHITSHI NDOUMBA (K.), Le néoconstitutionnalisme africain : Tendances et trajectoires, Paris,
L’Harmattan, 2019.
556
SALL (A.), « Le bicéphalisme du pouvoir exécutif dans les régimes politiques d'Afrique noire : crises et
mutations », Recueil Penant n°825, 1997, pp. 287-309.
557
ASKIA (M.), « L’avancée démocratique au Mali : l’expérience d'un pluralisme socio-politique », in
ROUSSILLON (H.), (dir.), Les nouvelles Constitutions africaines, [Link]., p.118 et suivants.
558
HOUQUERBIE (F.), « De la séparation des pouvoirs aux contre-pouvoirs : « l’esprit » de la théorie de
Montestquieu», article en ligne sur
[Link] consulté le 08 mars
2023 ; MANANGOU (V-R.), « Contre-pouvoirs, tiers-pouvoirs et démocratie en Afrique », AFDC, Congrès de
Lyon, 26, 27 et 28 juin 2014, Atelier D : Constitution, pouvoirs et contre-pouvoirs, disponible en ligne sur
[Link] consulté le 08 mars 2023.
559
SOMALI (K.), Le Parlement dans le nouveau constitutionnalisme en Afrique : Essai d’analyse comparée à
partir des exemples du Bénin, du Burkina-Faso et du Togo, Thèse de droit public, Université de Lille, 27 mai
2008.
560
OULD BOUBOUTT (A-S.), « Les juridictions constitutionnelles en Afrique : Évolutions et enjeux », AIJC,
n°13, 1997, pp. 31-45.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 149
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Si l’institution du bicéphalisme de l’exécutif avec lacréation du poste de Premier
Ministre est l’une des tendances du constitutionnalisme africain561, elle a pris plusieurs
formes ; ce qui est notamment dû à la diversité des régimes politiques établis562. Dans le
contexte Camerounais par exemple, le Premier Ministre apparait comme un instrument de «
déconcentration du pouvoir du Chef de l’État »563. Plus précisément, la restauration du
bicéphalisme au Cameroun s’est présentée comme « une technique de déconcentration du
pouvoir gouvernemental ou d’autolimitation du pouvoir présidentiel »564.S’inscrivant dans
la continuité du poste de Premier Ministre créé en 1975, la Constitution camerounaise de
1996 et sa révision de 2008 fondées sur une logique présidentialiste des institutions, n’ont pas
voulu faire du Premier Ministre l’alter ego du Président de la République, mais un exécutant
de la politique présidentielle.
Habituellement utilisée en droit administratif pour désigner « l’aménagement des
structures administratives consistant pour une personne publique surtout l’Etat, à confier à
ses agents ou représentants, dans des circonscriptions administratives, des pouvoirs qu’ils
exerceront en son nom»565, la notion de déconcentration a été empruntée et transposée par la
doctrine566 en droit constitutionnel africain pour caractériser l’adaptation du postede Premier
Ministre aux régimes présidentiels africain. Ainsi, cette déconcentration a consacré
l’inféodation du Premier Ministre au Président de la République. Cette subordination du
Premier Ministre, loin d’être un simple principe ou une pratique constitutionnelle, est garantie
par sa nomination discrétionnaire et sa révocation ad nutum par le Président de la République
soumission.
561
AHADZI-NONOU (K.), « Les tendances du nouveau constitutionnalisme africain : le cas des Etats d’Afique
noire francophone », Revue du CERDIP, 2002,pp. 35-86.
562
NGWE (L.), « Le Premier ministre dans les mutations politiques des Etats d’Afrique francophone », [Link].
563
Voir KAMTO (M.), « La dynamique constitutionnelle du Cameroun indépendant », [Link]., p.45 ; également,
SINDJOUN (L.), « Le Président de la République au Cameroun (1982-1996) : Les acteurs et leur rôle dans le jeu
politique », [Link]., p.5.
564
BOURGI (A.), CASTERAN (E.), Le printemps de l’Afrique, Paris, Hachette, 1991, p.34 ; cité par
AKAPTCHA (K.D.), Le Premier Ministre en Afrique noire francophone : Essai d’analyses comparées à partir
des exemples du Togo et de la Côte d’Ivoire, thèse de droit public soutenue le 15 décembre 2021.
565
VAN LANG (A.), et al.,Dictionnaire de droit administratif, [Link]., p. 180.
566
MBODJ (E.-H.), « Le Premier ministre dans le nouvel ordonnancement constitutionnel du Sénégal », op. cit. ;
FALL (I.), Le pouvoir exécutif dans le constitutionnalisme des Etats d’Afrique, [Link]. ; CONAC (G.), Les
institutions constitutionnelles…, Op. Cit., etc.
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
La compétence discrétionnaire du chef de l’Etat dans le choix du Premier Ministre est
une constante du régime politique camerounais depuis l’instauration de ce poste le 9 avril
1975 jusqu’à nos jours, telle que prévue par articles 10 de la Constitution camerounaise de
1996 révisée en 2008. Si ces dispositions ne précisent pas expressément le caractère exclusif
ou discrétionnaire de cette compétence présidentielle, cela se déduit à la fois de la nature
présidentielle du régime camerounais et de l’absence d’investiture parlementaire du Premier
Ministre. Le professeur FALL faisait alors observer que l’exclusivité de la prérogative
présidentielle en matière du choix du Premier Ministre est un « principe constant »567 des
régimes politiques africains.
La subordination du Premier Ministre camerounais se traduit également par sa
responsabilité exclusive devant le chef de l’Etat. C’est une marque essentielle de la
présidentialisation du statut du Premier Ministre et de la déconcentration du pouvoir exécutif.
Cette responsabilité le rend entièrement dépendant du chef de l’Etat.C’est ce qui explique la
formule de l’article 10 (1) de la Constitution de 1996: « Il met fin à leurs fonctions ».
Malgré la fluctuation de la fonction primo ministérielle, le constituant camerounais est
resté constant quant à l’exclusion du Premier Ministre du choix de l’intérimaire.
B. L’exclusion constante du Premier Ministre du choix de l’intérimaire
Les éléments pouvant justifier l’exclusion constante du Premier Ministre du choix de
l’intérimaire tiennent principalement à son illégitimité (1), à sa partialité et à son instabilité
(2).
1. Le Premier Ministre : une autorité illégitime
La fonction primo ministérielle a survécu dans les systèmes politiques africains
comme une caution parlementaire dans des régimes à forte orientation présidentialiste568. En
effet, le passage progressif en Afrique noire, du régime parlementaire au régime présidentiel
567
FALL (I.), Le pouvoir exécutif dans le constitutionnalisme des Etats d’Afrique, [Link]., p. 107.
568
PAMBOU TCHIVOUNDA (G.), « Essai de synthèse sur le Premier Ministre africain », RJPIC, juil.-sept.
1979, p. 259 et suivant.
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
ou semi-présidentiel a bouleversé la structure du pouvoir569. La « renaissance du
bicéphalisme de l’exécutif» consécutif à l’avènement du constitutionnalisme de « seconde
génération», va consacrer le retour du Premier Ministre.
Le Premier Ministre au Cameroun, à la différence de ceux institués dans les régimes
parlementaires classiques comme en Grande-Bretagne où il est un élu du peuple, est plutôt
nommé par le Président de la République570. Or, Il est un principe fondamental en droit
constitutionnel, selon lequel la souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par
l’intermédiaire de ses représentants571. De plus, les autorités chargées de diriger l’Etat
tiennent leurs pouvoirs du peuple par voie d’élection au suffrage universel direct ou
indirect572. Ainsi, conformément au principe de la souveraineté dans l’Etat, le titulaire
originaire et permanent du pouvoir est le peuple qui l’exerce à travers le Président de la
République et les membres du Parlement et nullement le Premier Ministre. Sur cette base,
l’on ne saurait concevoir un Premier Ministre qui est, dans l’environnement juridique
camerounais, une autorité dépourvue de légitimité populaire, accéder, même de manière
temporaire ou provisoire à la Présidence de la République.
En effet, les constituants ayant consacré expressément le principe représentatif, le
choix d’un Premier Ministre nommé pour assurer la transition au sommet de l’État paraitra
comme une grossière inconstitutionnalité573. Cela contribuera d’ailleurs à déposséder le
peuple de sa souveraineté pour le conférer à ses agents. Toute chose qui donnera alors
l’impression que « le titulaire de la souveraineté n’estplus le peuple, mais les agents de ce
dernier»574. C’est sans doute la raison pour laquelle, conscient de cet état de chose et
soucieux de préserver la démocratie, le Président BIYA accédant au pouvoir en 1982 alors
569
DUBOUIS (L.), « Le régime présidentiel dans les nouvelles constitutions des Etats africains d’expression
française », Revue Penant, n°691, avril-mai 1962, pp. 218-248 ; ONDO (T.), « Splendeurs et misères du
parlementarisme en Afrique noire francophone », Participation au congrès CIHAE, 2006, pp. 969-982,
consultable sur le site [Link], consulté le 2 mai 2014.
570
Voir l’article 10 (1) de la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996.
571
Voir l’article 2(1) de texte sus cité.
572
Idem.
573
Les Professeurs KAMTO et MBOME l’avaient d’ailleurs relevé en leur temps, suite à leurs commentaires sur
la réforme constitutionnelle du 9 juin 1979 au Cameroun. A ce titre, lire MBOME (F. X.), article précité, pp. 44
et suivantes ; KAMTO (M.), Pouvoir et Droit en Afrique noire. Essai sur les fondements du constitutionnalisme
dans les Etats d’Afrique noire Francophone, op. cit., pp. 436 et suivantes ; MAIDOKA (A.), « La Constitution
nigérienne du 24 septembre 1989 », RJA, n°1, janvier-avril 1991, pp. 45-65.
574
MBOME (F.X.), Op. cit., p. 45.
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
qu’il était Premier Ministre, avait tôt fait d’organiser des élections présidentielles anticipées
pour faire asseoir sa légitimité575. En dehors de son illégitimité, le Premier Ministre ne donne
aucune garantie de stabilité et d’impartialité pour occuper la fonction d’intérimaire du
Président de la République.
2. Le Premier Ministre : une autorité instable et partiale
Du fait de sa position et de son rôle plus que jamais dérisoire dans le fonctionnement
des institutions, le Premier Ministre est une autorité instable et partiale.
Son instabilité tient au fait qu’il est l’émanation du chef de l’Etat qui lui donne vie et
mort selon sa volonté576. Il s’agit donc d’une subordination du Premier Ministre au chef de
l’Etat qui, loin d’être un simple principe ou une pratique constitutionnelle, est manifestée par
sa nomination discrétionnaire et sa révocation par le chef de l’Etat. En effet, comme l’indique
la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996, « le Président de la République nomme le
Premier Ministre, et sur proposition de celui-ci, les autres membres du Gouvernement. Il
fixe leurs attributions. Il met fin à leurs fonctions»577. Que se passerait-il alors si la situation
de vacance intervient à un moment où le Premier Ministre n’est plus en fonction, parce que
forcé de démissionner ou même démis de ses fonctions par le Président de la République
avant que ne survienne l’élément interrupteur de son mandat ? L’on serait donc devant une
situation de vide constitutionnel extrêmement dangereuse pour la survie de l’Etat. Partant de
ce constat, il ne nous semble pas du tout approprié de confier la charge de l’intérimaire au
Premier Ministre car l’institution primo-ministérielle dans le paysage constitutionnel en
Afrique en général et au Cameroun en particulier est précaire et très instable.
Par ailleurs, la responsabilité du Gouvernement peut être engagée par l’Assemblée
Nationale par le moyen d’une motion de censure, ou encore le gouvernement peut lui-même
575
Lire sur la question, KAMTO (M.), « Dynamique constitutionnelle du Cameroun indépendant », op. cit., pp.
25 et suivantes. Cité par TUEKAM TATCHUM (C.), L’intérim du Président de la République dans le nouveau
constitutionnalisme des Etats d’Afrique d’expression française, thèse précitée, p.132
576
L‘exception doit être faite pour le Togo où la forte connotation parlementaire du régime oblige le Président
conformément à l‘article 66 de la Constitution à nommer le Premier Ministre dans la majorité parlementaire. Les
choses ne sont donc pas très différentes sauf hypothèse difficilement envisageable de cohabitation, le jeu
politique garantissant à toute épreuve la concordance des majorités parlementaire et présidentielle, ce sans
laquelle, assurément, Faure EYADEMA n’aurait pas accédé au poste présidentiel
577
Article 10 (1) de la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996.
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
engager sa responsabilité par une question de confiance. Au terme, le Gouvernement,
chapeauté par le Premier Ministre peut être renversé par un vote de la chambre.
Qu’adviendra-t-il alors si la vacance du pouvoir présidentiel intervenait à cette période
d’absence de gouvernement et par conséquent de Premier Ministre ? Inéluctablement une
crise institutionnelle majeure du fait du vide aussi bien à la Présidence de la République qu’au
sein du Gouvernement. Cette situation mettra à coup sûr en péril la continuité de l’Etat. Pour
cette raison, le Premier Ministre ne saurait exercer les fonctions de Président Intérimaire.
Relativement à sa partialité, elle est également liée à son fort engagement politique et
à sa soumission au chef de l’Etat. En effet, la conduite temporaire des affaires de l’Etat
nécessite de sérieuses garanties de neutralité de la part de l’autorité qui en a la charge au
regard de la délicatesse de la période. Ce qui ne nous parait pas être conforme à la posture du
Premier Ministre qui est politiquement très engagé à défendre les positions de celui qui lui
donne vie et mort selon sa volonté, en l’occurrence le Président de la République. Malgré le
bicéphalisme de l’exécutif, le Premier Ministre dans le régime camerounais, a un rôle très
effacé parce que très dépendant du Président de la République à qui il doit en toutes
circonstances « loyalisme et soumission »578. Toutes proportions gardées, face à l’hégémonie
et à l’hypertrophie de la fonction présidentielle, « le Premier Ministre n’est que ce que le
Président de la République, à un moment donné, ne veut pas être ; n’a que ce que le
Président de la République veut lui octroyer »579. Cette partialité avérée du Premier Ministre
pourrait être de nature à modifier les données objectives relatives à la course pour le fauteuil
présidentiel, ceci en créant une « situation de déséquilibre entre les concurrents, par crainte
de perdre les bénéfices matériels et immatériels attachés à l’exercice du pouvoir par
lecourant politique dont se réclame le Premier Ministre »580. La seconde autorité désignée
comme marginale dans le choix de l’intérimaire en raison, non pas du fait de son
impossibilité, mais de son extrême difficulté d’accès à la fonction d’intérimaire du Président
de la République est l’intérimaire de l’intérimaire.
578
TOGOLO (O.), « Le Premier Ministre, chef du gouvernement : les arguments d’une polémique autour de la
fonction », RASJ, Volume 6, n°1, 2009, pp. 341-361, spéc., p. 345.
579
OLINGA (A.D.), La Constitution de la République du Cameroun, Presses de l’UCAC, 2006, p. 91.
580
TUEKAM TATCHUM (C.), L’intérim du Président de la République dans le nouveau constitutionnalisme
des Etats d’Afrique d’expression française, thèse précitée, p.135.
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Paragraphe 2 : La question de l’intérimaire au carré
Toujours en ce qui concerne le choix de l’intérimaire du Président de la République,
une question majeure se pose : qui devra assurer l’intérim au sommet de l’Etat au cas où
l’Intérimaire initial du Président de la République581 venait lui aussi à être définitivement
empêché ou décidait de se porter candidat à l’élection présidentielle ? En effet, le constituant
camerounais, à l’instar de ses homologues africains a prévu l’hypothèse d’une situation ou
l’Intérimaire du Président de la République empêché serait lui-même dans l’impossibilité
d’exercer cette tâche. La solution apportée par le constituant nous amène à nous questionner
sur la personnalité de celui que l’on pourrait appeler Intérimaire au carré (A), mais aussi de
dégager toutes les controverses autour de cette personnalité (B).
A. La construction de la personnalité de l’intérimaire au carré
Qualifié d’intérimaire au « second degré » par le professeur MBODJ, ou
« Intérimaire bis » par Charles TUEKAM TATCHUM, la question de l’intérimaire au carré
est abordée de Facon différente par les constituants en Afrique francophone. Si la solution
camerounaise à cette question semble ambiguë (1), il en va autrement des constitutions
d’autres Etats noirs africains d’expression française (2).
1. L’ambigüité de la nature de l’intérimaire au carré en droit camerounais
Au terme de l’article 7 alinéa 4a et b de la Constitution camerounaise du 18 janvier
1996, « l’intérim du Président de la République est exercé de plein droit, jusqu’à l’élection
du nouveau Président de la République, par le Président du Sénat, et si ce dernier est, à son
tour, empêché, par son suppléant, suivant l’ordre de préséance du Sénat. Le Président de la
République par intérim - le Président du Sénat ou son suppléant - ne peut modifier ni la
Constitution, ni la composition du Gouvernement. Il ne peut recourir au référendum». Par
cette formulation, le constituant crée une ambiguïté en raison de l’usage de la notion de
581
Il faut noter qu’en Afrique, l’intérimaire est généralement le Président de l’Assemblée Nationale ou Président
du Sénat en fonction de chaque pays.
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
suppléant. En effet, cette formulation pose la question de savoir de quel suppléant s’agit-il.582
Le suppléant naturel du Président du Sénat en tant que simple sénateur ou alors celui qui le
seconde dans l’ordre de préséance en sa qualité de Président de la chambre ?
L’expression « ordre de préséance du Sénat» montre que le constituant camerounais
veut parler du Vice-président du Sénat dans l’ordre de préséance et non du suppléant du
Président du Sénat en sa qualité de simple Sénateur. C’est d’ailleurs ce qu’énonce règlement
intérieur du Sénat en ces termes : « En cas d’absence ou d’empêchement, le Président du
Sénat est suppléé par le Premier Vice-président et, si ce dernier est à son tour absent ou
empêché, les autres Vice-présidents le suppléent dans l’ordre de préséance établi par le
Bureau»583.
Ainsi, le suppléant ne siège pas à la place du titulaire comme Président du Sénat, car
la fonction de Président par intérim n’est pas attribuée intuitu personae mais ès qualité. Le
suppléant est appelé à remplacer le Président du Sénat en sa qualité de simple sénateur. Le
règlement intérieur du Sénat précise à ce sujet qu’en cas d’interruption de mandat et dans tous
les cas de vacance autre que le décès du titulaire, notamment la démission ou la nomination à
une fonction incompatible584, le suppléant est appelé à siéger au Sénat à la place du titulaire
jusqu’à la fin du mandat585. Pour le cas des Sénateurs nommés, le décès, la démission ou la
nomination à une fonction incompatible conduit à un remplacement du Sénateur concerné par
un décret du Président de la République586.
En se référant au droit comparé, l’on s’aperçoit, par opposition au Cameroun, que
dans les autres Etats, la solution semble plus ou moins claire, mais fort diversifiée.
582
Lire AZEMBOU (P.), Le député suppléant en droit camerounais et gabonais, Thèse de doctorat en Droit
Public, Université de Dschang, 2010, 210 pages.
583
Article 13 de la loi n°2013/006 du 10 juin 2013 portant règlement intérieur du Sénat.
584
L’article 22 (2 et 3) du texte précité dispose à ce sujet que « l’exercice du mandat de sénateur est
incompatible avec les fonctions de membre du Gouvernement et assimilé, de membre du Conseil
Constitutionnel, de membre du Conseil Economique et Social, de Maire, de délégué du Gouvernement auprès
d’une communauté urbaine, de Président de Conseil Régional, de toute fonction publique non élective, ainsi
que de Président de Chambre consulaire. De même, le statut de sénateur et l’exercice du mandat qui s’y
rattache sont incompatibles avec les fonctions de Président de Conseil d’Administration ou le statut de salarié
dans un établissement public ou une entreprise du secteur public ou parapublic ».
585
Articles 20 et 21 de la loi précitée.
586
Article 21 de la loi précitée.
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
2. La diversité des choix liés à la nature de l’intérimaire au carré dans les
autres pays d’Afrique francophone
Malgré le fait que la majorité des constituants africains, ait consacré le Président du
Sénat comme intérimaire du Président de la République, l’on perçoit une diversité de logiques
gouvernant le choix de l’intérimaire au Carré. Si le constituant camerounais s’est singularisé
par une formulation ambigüe des dispositions régissant cette situation, ses homologues
africains sont un peu plus précis et parfois originaux.
En effet, le constituant Sénégalais du 22 janvier 2001 fait du Président du Sénat
l’Intérimaire du Président de la République et, s’il venait lui aussi à être définitivement
empêché, il serait remplacé par le Président de l’Assemblée Nationale conformément à
l’article 39 de la Constitution. Le constituant n’a donc pas opté pour le Vice-président du
Sénat dans l’ordre de préséance. Ce choix pourrait être justifié par la position qu’occupe le
Président de l’Assemblée Nationale dans le système politique. Cependant le risque de
dissolution est un véritable handicap, tout comme le blocage qui peut naitre d’un
empêchement simultané des Présidents des deux chambres.
Les constitutions Tchadienne et Gabonaise, quant à elles, attribuent le statut
d’Intérimaire au carré au premier Vice-président du Sénat587. Bien que cette précision faite
par ces constitutions peut paraitre trop restrictive et entrainer une situation d’impasse si le
Président du Sénat et le premier vice se trouvaient dans l’impossibilité d’assurer l’intérim, on
peut néanmoins penser que si le premier Vice-président assure l’intérim, le deuxième dans
l’ordre de préséance au Sénat devient le premier et par conséquent sera investi Intérimaire si
le Premier vice-président, devenu intérimaire est lui aussi dans l’incapacité d’assurer cette
fonction.
D’autres constitutions sont plutôt muettes sur cette question. C’est le cas de la
Constitution du Burkina Faso qui prévoit en son article 43, un intérim assuré par le Président
de l’Assemblée Nationale sans régler la question de l’intérim de l’intérimaire. La Constitution
du Mali pour sa part qui retient la même formule que celle du Burkina Faso au sujet de
587
Articles 76 de la Constitution tchadienne du 31 mars 1996 et 13 de la Constitution gabonaise du 26 mars
1991.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 157
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
l’intérimaire observe un mutisme similaire en son article 36 sur la question de « l’intérim
bis ». Au Togo, la constitution proclame en son article 65 à ce sujet qu’« en cas de vacance
de la Présidence de la République par décès, démission ou empêchement définitif, la
fonction présidentielle est exercée provisoirement par le Président de l’Assemblée Nationale
». Cette disposition pêche par son laconisme, dans la mesure où elle ne règle pas le problème
de l’intérim au carré qui intervient au cas où le Président de l’Assemblée Nationale lui-même
serait empêché. Il en est de même de la Constitution béninoise qui octroi la gestion de
l’intérim à trois autorités distinctes suivant le mobile de la vacance588 sans pour autant traiter
de la question liée à l’intérimaire au carré. Elle prévoit qu’en cas de vacance pour décès,
démission ou empêchement définitif, l’intérim est confié au Président de l’Assemblée
Nationale ; en cas de destitution, la gestion de l’intérim est effectuée par la Cour
constitutionnelle ; et enfin en cas d’absence du territoire, de maladie ou de congés, l’intérim
(plus exactement la suppléance) est assuré par un membre du gouvernement.
Cette vacuité peut être source de crise institutionnelle. C’est notamment le cas au
Togo où, à la mort du Président GNASSINGBE EYADEMA en 2005, le Président de
l’Assemblée Nationale Fambaré OUATTARA NATCHABA, étant constitutionnellement
l’Intérimaire s’est trouvé dans l’impossibilité d’assurer cette fonction, puisqu’il ne pouvait
plus retourner au Togo. Il a fallu user de stratagèmes et de manœuvres inconstitutionnelles
afin d’investir un nouveau Président de l’Assemblée Nationale qui fut le fils du père décédé
Faure EYADEMA.
B. Les aléas liés à la construction de la personnalité de l’intérimaire au
carré
Les aléas dont il est question ici tiennent aux situations de vacance lorsque le Sénat
est présidé par le doyen d’âge (1), ou lorsqu’il y a rupture de l’ordre constitutionnel (2).
1. L’hypothèse d’un Sénat présidé par le doyen d’âge
En dépit du mutisme quasi généralisé des constitutions africaines sur la question, la
vacance du pouvoir présidentiel peut intervenir pendant une période durant laquelle le bureau
588
L’article 50 de la constitution du 11 décembre 1990
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
définitif du Sénat ou de l’Assemblée Nationale n’a pas encore été appointé. Au regard du
silence de la Constitution, il faut donc se référer, en ce qui concerne le Cameroun à la loi
n°2013/006 du 10 juin 2013 portant règlement intérieur du Sénat, qui semble donner une
réponse plus ou moins claire. Cette loi dispose en effet qu’« au début de chaque législature,
ainsi qu’à l’ouverture de la première session ordinaire de l’année législative du Sénat, le
plus âgé des membres présents et les deux plus jeunes forment le Bureau d’âge qui reste en
fonction jusqu’à l’élection du Bureau définitif du Sénat »589. La question qui se pose alors
ici est celle de savoir si le doyen d’âge qui fait office de président du Sénat peut assumer les
fonctions d’intérimaire. L’alinéa 2 de l’article précité semble ne pas aller dans ce sens en
énonçant qu’« aucun débat, aucun vote, à l’exception de l’élection du Président du Sénat,
en début ou en cours de législature, ne peut avoir lieu sous la présidence du Doyen d’âge».
Seulement, l’alinéa 3 du même article apporte une dérogation à cette interdiction en
disposant que, si le Sénat est amené, sous cette présidence, à débattre d’un point touchant à
son règlement intérieur, il est créé une Commission spéciale. Cet alinéa, puisqu’il pose une
dérogation peut il être interprétée de façon extensive en incluant des situations d’urgence
comme la vacance au sommet de l’Etat ? En d’autres termes, dans le cadre de sa compétence
matérielle, le Doyen d’âge en sa qualité de Président du Sénat peut-il assurer l’intérim du
Président de la République en cas de vacance du pouvoir lors de la première session de la
législature et avant que ne soit élu le bureau définitif ?
Cette question, précisément sa réponse divise la doctrine. Le Professeur MANSON
pense que « le Doyen d’âge n’est qu’un président de séance. Il ne dispose donc pas des
compétences octroyées au Président définitif de l’Assemblée qui préside, bien souvent et
plus largement, l’institution elle-même. Les seules compétences dévolues au Doyen se
limitent aux attributions relatives à la tenue des séances plénières pour les assemblées
parlementaires»590. François MITTERAND quant à lui soutient que, « le (doyen) d’âge a
toutes les prérogatives de la présidence ; il les a certes momentanément, mais tant qu’il
occupe le fauteuil, il a les mêmes pouvoirs que le Président élu »591.
589
Article 6 (1) de la loi n°2013/006 du 10 juin 2013 précitée.
590
Lire avec intérêt, MANSON (S.), « De la présidence des Assemblées délibérantes par leur Doyen d‘âge »,
RDP, 2010, n° 2, pp. 413-430, p. 6.
591
MITTERAND (F.), « Le coup d’Etat permanent », Plon, 1964, 285 pages.
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
L’article 11 de la loi précitée donne une piste de solution au problème que pose cette
situation. En effet, l’alinéa 3 de cet article dispose que « les membres du Bureau définitif
élus au cours de la session de plein droit restent en fonction jusqu’à la prochaine élection
du Bureau à l’ouverture de la première session ordinaire de l’année législative ». Ainsi, il
apparait que le doyen d’âge ne préside le Sénat que « le jour de l’ouverture de la session
ordinaire de plein droit qui suit le scrutin »592, c’est-à-dire « le troisième mardi suivant la
proclamation des résultats des élections sénatoriales par le Conseil Constitutionnel ». L’on
se rend compte que la loi a organisé une prorogation du mandat destinée à assurer la
continuité au sein de la Chambre et permettre, en dehors du jour de la session ordinaire de
plein droit, au Président du Sénat qui n’est pas le Doyen d’âge d’assurer l’intérim présidentiel.
Il nous semble logique pour le doyen d’âge de procéder dans l’urgence à l’élection et à
l’installation du nouveau bureau, afin que le Président de ce bureau puisse assurer les charges
d’intérimaire.
2. L’hypothèse d’un intérimaire au carré extra constitutionnel
Le continent africain a offert, à travers de nombreuses crises sociopolitiques
intervenues suite à la vacance du pouvoir présidentiel, une pléthore d’expériences d’intérims
au sommet de l’Etat traités en marge des normes constitutionnelles en vigueur. Assurément,
certaines situations de vacance du pouvoir intervenues dans un contexte particulier
débouchent souvent sur une crise politique profonde rendant impossible l’application de la
Constitution. Ainsi, la sortie de ces crises et la garantie d’un retour à la normalité exige très
souvent le recours aux Chartes constitutionnelles de transition. A cet effet, le Professeur Yves
Paul MANDJEM pense que « s’il est une interrogation qui traverse avec constance et
véhémence la science de la résolution des conflits en Afrique, comme partout ailleurs dans
le monde, sur fond d’incertitudes, c’est bien celle de la sortie de conflit par la mise en route
des Gouvernements de transition »593.
592
Article 3 alinéa 1 de la Loi n°2013/006 du 10 juin 2013 portant règlement intérieur du Sénat
593
MANDJEM (Y.P.), « Les Gouvernements de transition comme sites d‘institutionnalisation de la politique
dans les ordres politiques en voie de sortie de crise en Afrique ? », RARI, Vol. 12, n°1 & 2, 2009, pp. 81-182,
spéc., p. 82.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 160
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
En effet, la fonction présidentielle étant vacante suite à un empêchement définitif du
Président de la République, d’un décès, d’un renversement populaire, ou d’un coup d’Etat
militaire, il est très souvent constaté une mise à l’écart des institutions. Les putschistes ou les
révolutionnaires adoptent en général des chartes de transition pour réguler le fonctionnement
de l’Etat et des institutions durant la période de transition. En Afrique Centrale par exemple,
les cas centrafricains, tchadien et gabonais sont forts illustratifs de cet état de chose.
A la suite du renversement du générale François BOZIZE en République
Centrafricaine, les rebelles vont adopter une Charte constitutionnelle de la transition dont
l’une des dispositions prévoit qu’« en cas de décès, de démission ou d’incapacité définitive
médicalement constatée du Chef de l’Etat de la Transition, le Président du Conseil
National de Transition assure la vacance. Dans l’hypothèse où celui-ci se trouve lui-même
dans l'un des cas visés ci-dessus, la vacance est assurée par le Vice-président du Conseil
National de Transition»594. En réalité, le président du conseil national de transition assure
l’intérim du chef de l’Etat de transition. Au Tchad également, Après la mort du Maréchal
Idriss Déby ITNO, le conseil militaire de transition dirigé par son fils le général Mahamat
Idriss Déby ITNO va adopter une charte de transition du Tchad allant dans le même sens que
celle de la République Centrafricaine et dont la disposition relative à l’intérim proclame qu’
« en cas de vacance de la Présidence de la transition pour quelques causes que ce soit, ou
d’empêchement définitif constaté par la Cour Suprême, saisie par le gouvernement, les
attributions du Président de transition sont provisoirement exercées par le Président du
conseil national de transition »595. Ici aussi, Président du conseil national de transition va
exercer en tant qu’intérimaire du chef de l’Etat de transition.
En Afrique de l’ouest également, le Mali et le Burkina Faso ont eux aussi connu
l’expérience des chartes de transition. La charte constitutionnelle Burkinabé, adoptée le 13
novembre 2014 après le renversement populaire de Blaise COMPAORE va faire du Premier
Ministre de la transition l’intérimaire de fait du Président de transition si la présidence venait
à être vacante pour quelque cause que ce soit en attendant la désignation d’un nouveau
Président de la transition conformément aux prescriptions de la Charte. Au Mali enfin,
594
Article 23 de la Charte constitutionnelle de la transition centrafricaine.
595
Article 53 de la charte de transition de la République du Tchad
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 161
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
l’article 7 de la loi n°2022‐01 portant révision du décret n°2020‐0072/PT‐RM du 1er octobre
2020 portant promulgation de la charte de la transition énonce qu’« En cas de vacance de la
Présidence de la Transition pour quelque cause que ce soit ou d’empêchement absolu ou,
constaté par la Cour constitutionnelle saisie par le Président du Conseil national de
Transition et le Premier Ministre, les fonctions du Président de la Transition sont
exercées parPrésident du Conseil national de Transition».
Suivant la conception que nous retenons de l’intérim qui renvoie au fait qu’une
« fonction est momentanément occupée par une autorité autre que celle initialement
titulaire de celle-ci en attendant la désignation de son successeur »596, ces Présidents de
transitions sont bien des Intérimaires du Président de la République mais de facto. Si
l’actualité en Afrique nous montre que ces putschistes bénéficient souvent d’un certain
soutien populaire, ceux-ci car ne jouissent d’aucune légitimité formelle597. Ainsi, a-t-on pu
observer qu’au Burkina Faso, le Président de transition par intérim occupe les fonctions de
Président de la République et de Chef d’Etat598, fonctions qui devraient normalement être
assurées par le Président de l’Assemblée nationale si l’ordre constitutionnel était respecté. De
ce fait, l’intérim de cet intérimaire extra constitutionnel est exercé parfois par Premier
Ministre de transition, comme c’est le cas au Faso, mais très souvent par le Président du
conseil national de transition qui lui-même ne jouit d’aucune légitimité populaire.
A côté de ces choix considérés comme marginaux pour des raisons sus-évoquées, il
convient d’examiner les choix dits primordiaux ou privilégiés.
Section II : les choix privilégiés
Les choix privilégiés de l’intérimaire renvoient aux choix qui ont été à un moment ou
à un autre de la vie politique du Cameroun consacrés par le constituant. A côté des choix
autrefois reconnus (paragraphe I), nous aborderons le choix aujourd’hui retenu par le droit
positif camerounais à la suite de la réforme constitutionnelle de 1996 (Paragraphe II).
596
TUEKAM TATCHUM (C.), thèse précitée, p.154.
597
Le Président de la transition est choisi par un Collège de désignation sur une liste de personnalités proposées
par les partis politiques, les organisations de la société civile et les forces de défense et de sécurité, lire article 5
de la charte de transition du Burkina Faso. Son autorité ne s’appuie sur aucune disposition constitutionnelle.
598
Article 2 de la charte.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 162
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Paragraphe I : les autorités autrefois reconnues comme intérimaire
du Président de la République
L’histoire constitutionnelle du Cameroun nous enseigne qu’avant la réforme du 18
janvier 1996, deux autorités ont été constitutionnellement consacrées comme intérimaires : il
s’agit du Vice-président (A) et du Président de l’Assemblée Nationale (B).
A. Le choix du Vice-président de la République sous l’Etat fédérale
Suivant les critères que nous avons retenus pour la définition d’un intérimaire, il
apparait que le Vice-président au Cameroun en présente toutes les caractéristiques (1),
seulement il demeure contesté (2).
1. Un Intérimaire autrefois institué
Le poste de Vice-président a été établi au Cameroun par la Constitution fédérale du
1er septembre 1961. La forme fédérale de l’Etat, instituée par la loi fondamentale est dirigée
par un exécutif dualiste mais non bicéphale. En effet, « le Président de la République
fédérale (…) assure l’unité de la fédération et la conduite des affaires de la République
fédérale. Il est assisté dans sa mission par un vice-président de la République fédérale »599.
Ce dualisme de l’exécutif fédéral a favorisé l’érection du Vice-président de la République au
rang de seconde personnalité de l’État. Il était élu avec le Président de la République sur une
même liste au suffrage universel direct et secret pour un mandat de cinq ans renouvelable, ce
qui lui donnait une certaine indépendance vis-à-vis du Président. Il jouissait d’une autorité lui
permettant de garantir la continuité du pouvoir présidentiel en raison de sa légitimité
populaire et démocratique résultant de son élection simultanée avec celle du Président de la
République600, en cas d’indisponibilité de celui-ci. Du fait de cette légitimité et de cette
599
Article 8 al.1-2.
600
Aux termes de l’article 9 de la Constitution du 1er septembre 1961 modifiée par les lois n°69/LF/14 du 10
novembre 1969 et 70/LF/1 du 4 mai 1970, « Le Président de la République Fédérale et le Vice-président, qui ne
peuvent être originaires d’un même Etat Fédéré, sont élus sur une même liste au suffrage universel direct et
secret ».
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 163
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
autorité, la nouvelle Constitution601 de 1961 va faire du Vice-président l’intérimaire du chef
de l’Etat en cas de vacance. Elle proclame que « en cas de vacance de la Présidence par
décès, ou par incapacité physique permanente constatée par la Cour Fédérale de Justice,
(…) les pouvoirs du Président de la République sont exercés de plein droit par le Vice-
président »602.
En effet, le Vice-président est une personnalité élue. Bien plus, il est élu pour exercer
le pouvoir exécutif. Sous ce prisme, lui octroyer le statut d’intérimaire trouve une justification
démocratique certaine et un ancrage constitutionnel incontestable. Par ailleurs, ce choix
respecte pleinement le principe de la séparation des pouvoirs, en ce qu’il accorde à une
autorité exécutive la compétence de remplacer le Président de la République. Mieux encore,
l’ordonnance n° 62-OF-33 du 31 mars 1962 fixant les règles de vacance et d’élection à la
Présidence et à la Vice-présidence de la République Fédérale interdit au Vice-président de
d’accéder à la Présidence de la République, car en cas d’empêchement définitif du chef de
l’Etat, le Vice-président deviendra juste un président de transition et non un dauphin qui va
achever le mandat du Président comme ce fut le cas avec le Premier Ministre. Au final, le
Vice-président, accédant de façon circonstancielle à la fonction présidentielle suite à
l’empêchement définitif du Président de la République, avait pour mission d’assurer la
gestion transitoire de l’Etat pendant cette période difficile et de préparer la succession du chef
de l’Etat.
Malgré le fait que le Vice-président ait été constitutionnellement institué intérimaire
du Président de la République sous le fédéralisme, le choix de cette autorité a suscité des
controverses notamment au sein de la doctrine en raison de la réorganisation du système
politique camerounais.
601
Pour le Professeur Maurice KAMTO, « Ce que l’on appelle couramment la Constitution de la République
Fédérale du Cameroun se désigne techniquement loi de révision constitutionnelle, qui cependant, d’un point de
vue matériel, établit une Constitution totalement nouvelle. Autrement dit, en 1961, sous prétexte de réviser la
Constitution du 4 mars 1960 ou sous le couvert de la révision de cette Constitution, on a doté le Cameroun
d’une nouvelle Constitution sans toutefois suivre la procédure consacrée à cette fin. Il y a donc eu fraude à la
Constitution. Et la formule « Loi portant révision constitutionnelle est à cet égard trompeuse ». Voir KAMTO
(M.), « La dynamique constitutionnelle du Cameroun indépendant », Revue Juridique Africaine, 1995, p.45.
602
Article 10 (b) de la constitution du 1er septembre 1961.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 164
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
2. Un intérimaire aujourd’hui caduc
Le Professeur Jacques ROBERT souligne au sujet de la Vice-présidence qu’elle «
assurerait du point de vue juridique la continuité de l’Etat en donnant immédiatement et
automatiquement un successeur au Président de la République empêché ou disparu. Elle
aurait ensuite un intérêt politique en permettant au Chef de l’Etat de se décharger sur le
Vice-président de certaines tâches et en assurant la préparation de celui-ci à l’exercice des
plus hautes fonctions. Elle présenterait enfin un intérêt psychologique en évitant à la
collectivité traumatisée par la disparition brutale de son Chef de mélanger les pleurs et le
combat électoral »603. Cette conception des missions du Vice-président ne correspond pas
vraiment à la logique d’un intérim. En effet, le rôle de l’intérimaire est d’assurer la gestion
transitoire de l’Etat pendant une période donnée, mais non pas d’achever le mandat. La Vice-
présidence ici correspond plutôt à la logique du dauphinat.
Par ailleurs, depuis la disparition de l’État fédéral du fait de l’entrée en vigueur de la
Constitution du 02 juin 1972, l’encadrement de la vacance de la présidence de la République a
subi des modifications considérables justifiées par la forme de l’Etat. La substitution de la
fédération par la République du Cameroun a emporté changement de l’identité de
l’intérimaire. En effet, sous la forme unitaire de l’Etat, l’on peut se demander à quoi servirait
un Vice-président si le Président de la République accomplissait son mandat jusqu’à son
terme. De toute évidence il ne serait pas d’une grande utilité et sa résurrection poserait plus de
problèmes qu’elle n’en résoudrait604. Il sera alors cantonné dans une fonction de
représentation en attendant une hypothétique vacance du pouvoir présidentiel. En outre, Avec
le retour du Premier Ministre au sein de l’exécutif, la présence d’un troisième personnage au
sommet de l’Etat, en l’occurrence le Vice-président constituerait, nous semble-t-il une source
de lourdeur et de complexité liées à un fonctionnement triarchique de l’exécutif605.
603
ROBERT (J.), « S’il y avait un Vice-président », Le Monde, 11 avril 1974.
604
Lire à ce sujet, DEBBASCH (C.), BOURDON (J.), PONTIER (J.-M.) et RICCI (J.-Cl.), La Ve République,
Paris, Economica, 1985, p. 277.
605
DE GUILLENCHMIDT (M.), Droit constitutionnel et institutions politiques, Paris, Economica, 2005, p. 318.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 165
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Au Gabon par exemple, la Constitution a institué un poste de Vice-président606, mais
qui n’assume certaines fonctions présidentielles que dans les cas d’empêchement temporaire
du Président de la République et sur délégation de celui-ci. A ce titre, la Cour
constitutionnelle gabonaise a mis fin aux fonctions du Vice-président qui, dans le cadre d’une
délégation expresse de pouvoir, assurait temporairement les fonctions de Président de la
République conformément aux dispositions de la Constitution qui proclament que « le Vice-
président de la République supplée le Président de la République dans les fonctions que
celui-ci lui délègue » et que « les fonctions de Vice-président de la République cessent à
l'issue de la proclamation de l'élection présidentielle par la Cour constitutionnelle et en cas
de vacance de la Présidence de la République pour quelque cause que ce soit ou
d'empêchement définitif du Président de la République »607.
Cette décision de mettre fin aux fonctions de Vice-président était justifiée dans la
mesure où le rôle du Vice-président ne concerne que des situations très ponctuelles qui ne
sauraient faire de lui un véritable gestionnaire du pouvoir présidentiel. Or, en voyageant pour
suivre son traitement en Espagne, le Président Omar BONGO avait plus envisagé l’hypothèse
de son retour, lequel devrait mettre fin aux fonctions du Vice-président. Le décès du Président
étant survenu, Plus rien ne justifiait alors l’exercice des pouvoirs conférés au Vice-président,
car la délégation de pouvoir dont il bénéficiait était rompue par changement de circonstances,
indépendamment de la volonté du délégant.C’est donc à juste titre que le juge constitutionnel
a décidé que « suite à la constatation de la vacance de la présidence de la République, il est
mis fin aux fonctions du Vice-président de la République à compter de la notification de la
présente décision ».
En somme, le virage effectué par la Constitution du 02 juin 1972 et ses différentes
réformes ont, excepté la brève période de dauphinat constitutionnel au profit du Premier
Ministre, abandonné le choix des autorités exécutives dans la désignation de l’intérimaire du
Président de la République et ont opté pour l’option en faveur des autorités législatives.
606
La loi constitutionnelle n°1/97 du 22 avril 1997 va instituer en son article 14 le poste de Vice-président
nommé par le chef de l’Etat.
607
Articles 14 (d) et 14 (e) de la Constitution gabonaise
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 166
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
B. Le Président de l’Assemblée Nationale comme intérimaire au
Cameroun
Le Président de l’Assemblée Nationale, tout comme le Vice-président, fut autrefois
reconnu comme un intérimaire (1), mais avec la réforme constitutionnelle du 18 janvier 1996,
il sera remplacé pour certaines raisons (2).
1. Une reconnaissance naguère justifiée
Le choix du Président de l’Assemblée Nationale comme intérimaire au Cameroun se
présente comme un héritage colonial car, il fut une reprise du système d’organisation de
l’intérim qui avait cours en France sous la IVe République. Le chef de l’Etat étant l’élu des
parlementaires, il devenait alorsnormal que le Parlement, plus particulièrement le président de
l’Assemblée Nationale, assume l’intérim en attendant l’élection d’un nouveau le chef d’Etat.
Dès la première expression solennelle de sa souveraineté, le peuple camerounais
traduit le principe démocratique en termes non équivoques : « les autorités chargées de
diriger l’État tiennent leurs pouvoirs du peuple par la voie d’élections au suffrage universel
direct ou indirect »608. Par conséquent, le choix du président de l’Assemblée nationale pour
assurer la continuité de l’État en cas de vacance s’énonce-t-il sous le prisme du provisoire. La
première Constitution camerounaise du 04 mars 1960 énonce que « en cas de vacance de la
Présidence de la République pour quelque cause que ce soit, les pouvoirs du Président de la
République sont exercés de droit par le Président de l’Assemblée Nationale »609. Cet état de
chose va perdurer jusqu’en en 1961 avec la substitution de la fédération à la République du
Cameroun par la Constitution du 1er septembre 1961 qui va emporter changement de l’identité
de l’intérimaire. Celui-ci n’est plus le président de la Chambre, plutôt la deuxième
personnalité de l’exécutif, c’est-à-dire le Vice-président.
Après l’adoption de la Constitution unitaire du 02 juin 1972, l’intérim du président
de la république sera de nouveau confié au Président de l’Assemblée Nationale. En effet, aux
termes de l’article 7 de la Constitution, « en cas de vacance de la Présidence de la
608
Article 2 al.2 de la Constitution du 04 mars 1960.
609
Article 13 al 5 de la Constitution du 04 mars 1960.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 167
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
République, pour cause de décès, de démission ou d’empêchement définitif constaté par la
Cour Suprême, les pouvoirs du Président de la République sont exercés de plein droit
jusqu'à l’élection du nouveau Président par le président de l’Assemblée Nationale ». La
réforme constitutionnelle du 29 juin 1979 va de nouveau évincer le Président de l’Assemblée
Nationale de l’intérim du Président de la République, qui sera remplacé par un dauphin, en la
personne du Premier Ministre.
Dans cette mouvance de variabilité de l’identité de l’intérimaire qui a caractérisé
l’aube du constitutionnalisme camerounais, le Président de l’Assemblée Nationale sera de
nouveau reconnu comme intérimaire du Président de la République à la suppression du poste
de Premier Ministre qui marque la fin du dauphinat constitutionnel.
Le choix du président de l’Assemblée nationale, nous semble justifié en ce que cette
autorité bénéficie de la légitimité populaire issue d’une élection. Par ailleurs suivant les
dispositions de l’article 4 de la loi constitutionnelle en vigueur, « l’autorité de l’Etat est
exercée par le Président de la République et le Parlement ». Au regard de cette légitimité et
de cette autorité, le Président de l’Assemblée Nationale présenterait un profil idéal pour cette
charge. Toutefois, malgré toutes les appréciations que l’on peut porter sur cette autorité610
l’option pour le Président de l’Assemblée Nationale, le choix demeure contestable à plusieurs
égards.
2. Une reconnaissance aujourd’hui réfutée
La remise en cause du choix du Président de l’Assemblée Nationale comme
intérimaire se fonde sur trois arguments majeurs. Le principe de la séparation des pouvoirs, le
l’engagement excessif de cette autorité dans l’action gouvernementale, enfin sa fragilité.
En ce qui concerne la séparation des pouvoirs, il s’agit d’une théorie
constitutionnelle élaborée par John LOCKE dans son Traité sur le gouvernement civil et
systématisée par MONTESQUIEU dans son ouvrage Del’esprit des lois. Le premier, définit
le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif comme des pouvoirs séparés, mais interagissant
610
Le choix de cette autorité est conforme au principe qui veut que le titulaire de la fonction présidentielle soit
couvert d’une légitimité populaire issue d’un vote direct ou indirect. Très souvent cette solution est consacrée
dans les régimes où la légitimité présidentielle émane des parlementaires siégeant à la chambre basse.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 168
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
l’un sur l’autre dans l’intérêt public611. Le second, quant à lui, à travers les analyses qu’il fait
de la Constitution d’Angleterre, affirme que la séparation des trois « puissances », ainsi qu’il
les nommait, est le fondement de la liberté612. Cependant, la Constitution camerounaise a opté
pour une séparation souple entre les deux principaux pouvoirs, qui implique une collaboration
ou une certaine interdépendance entre les différents pouvoirs. C’est probablement pourquoi,
dans le cadre de cette collaboration, on peut légitimer le rôle du Président de l’Assemblée
Nationale en tant qu’intérimaire du Président de la République, même s’il n’a pas reçu
mandat du peuple à cet effet.
En ce qui concerne le deuxième argument portant sur l’engagement excessif du
Président de l’Assemblée Nationale dans l’action gouvernementale, la logique démocratique
commande que « l’intérim soit confié à une personnalité assez neutre qui, en arbitre,
conduirait l’Etat jusqu’à la désignation du successeur »613. Dès lors, le fait pour le Président
de l’Assemblée Nationale d’être du même bord politique que l’ancien Président de la
République entrainera une tendance toute naturelle pour cette autorité à œuvrer pour un
système dont il est issu et qu’il a toujours défendu les intérêts. Enfin le troisième argument
relatif à la fragilité se justifie par le fait que le Président de l’Assemblée Nationale peut être,
en même temps que tous les membres de la chambre dépourvus de la qualité de parlementaire
en cas de dissolution de la chambre. La doctrine est alors unanime à reconnaitre que cela
procède d’une démarche inconséquente614. La survenance d’une telle hypothèse créerait
inéluctablement un vide dangereux pour le fonctionnement des institutions et la continuité de
l’Etat. Ces imperfections auraient d’ailleurs conduit la France autant que le Cameroun à
confier l’intérim présidentiel au Président du Sénat.
611
LOCKE (J.), Traité du gouvernement civil, Traduction de MAZEL (D.), Flammarion, 1992, p. 251.
612
« Lorsque dans la même personne ou dans le même corps de magistrature, la puissance législative est réunie
à la puissance exécutrice, il n’y a point de liberté ». MONTESQUIEU, L’Esprit des lois, Réédition par Laurent
VERSINI, Paris, Éditions Gallimard, 1995 p. 294.
613
TUEKAM TATCHUM (C.), L’intérim du Président de la République dans le nouveau constitutionnalisme
des Etats d’Afrique d’expression française, [Link], p.152.
614
Lire à ce titre, DEBBASCH (C.), BOURDON (J.), PONTIER (J. M.) et RICCI (J. Cl.), La Ve république, Op.
cit., p. 275.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 169
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Paragraphe II : Le choix définitif du Président du Sénat comme
intérimaire au Cameroun
L’introduction d’une seconde Chambre au sein du Parlement dans un Etat unitaire a
longtemps divisé la doctrine. Le Professeur Maurice DUVERGER soulignait déjà cette
division lorsqu’il se questionnait sur l’opportunité de la création d’un parlement bicaméral en
ces termes : « Le Parlement doit-il être composé d’une seule chambre ou de plusieurs ?- Le
débat sur ce sujet était très vif au début de ce siècle, où s’affrontaient les partisans du
bicamérisme ou du monocamérisme ».Pendant qu’Antoine de BAECQUE décrit « le
bicamérisme comme l’un des plus grands échecs de la pratique contemporaine »615, Patrice
GELARD pour sa part pense que « la seconde chambre (du parlement est indispensable à la
démocratie. Elle est à la démocratie ce que la Cour Constitutionnelle est à l’Etat de
droit»616.
Si, en occident, le Sénat n’a pas été instituée « pour limiter l’hégémonie du pouvoir
exécutif, mais pour atténuer la montée en puissance du Parlement lui-même avec la
consécration de la loi comme seule manifestation de la volonté populaire »617, en Afrique et
au Cameroun en particulier, il joue un rôle de premier plan dans le fonctionnement des
institutions (A) ce qui peut d’ailleurs justifier aujourd’hui la reconnaissance du président de
cette chambre comme intérimaire du Président de la République (B).
A. Le rôle du Sénat dans le fonctionnement des institutions
Le bicamérisme est apparu en Afrique comme une sorte de modus vivendi entre le
pouvoir en place et les diverses oppositions pour rétablir la paix civile. En effet, confrontés à
des contestations sans précédent de leurs systèmes politiques, les Etats africains vont trouver
dans des réformes institutionnelles notamment dans l’adoption du bicamérisme des astuces de
partage du pouvoir et de sortie de [Link] pays ont d’ailleurs inscrit cette question dans
une problématique plus large de réformes institutionnelles de l’Etat. Au Cameroun, le Sénat
615
DE BAECQUE (A.), Une histoire de la démocratie en Europe, Paris, Ed. Le Monde, 1991, p. 35.
616
GELARD (P.), « A quoi peut donc bien servir une seconde chambre en démocratie ? », in Mélanges en
l’honneur de Gérard CONAC, Paris, Economica, 2001, p. 146.
617
NACH MBACK (Charles), « La seconde chambre dans les nouveaux Parlements africains », Solon, volume
1, n°1, Douala, 1999, pp. 107-134, spéc., p. 109.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 170
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
s’est présenté non seulement comme un instrument de démocratie participative (1), mais
également comme un élément de stabilisation politique (2).
1. Le Sénat comme instrument de démocratie participative
L’instauration d’une seconde chambre au parlement poursuit, en fonction des
expériences spécifiques à chaque pays, des objectifs bien précis. Au Cameroun, le Sénat
favorise la représentativité non seulement des collectivités territoriales, mais également des
intérêts qui sont souvent ignorés par le suffrage universel.
Pour accompagner les processus de démocratisation et d’approfondissement de l’Etat
de droit dans cet Etat multiculturel, il est nécessaire que les diverses composantes de la nation
soient associées et puissent, au travers de leur représentation spécifique, participer à ces
processus. La mise en œuvre d’une seconde chambre qui permet la prise en compte de cette
diversité est un moyen efficace d’approfondissement du système parlementaire. En parfaite
complémentarité avec l’Assemblée Nationale, chambre élue au suffrage universel direct,
l’existence du Sénat permet de « concilier les principes de la démocratie, en particulier la
règle de la majorité et le respect de la diversité humaine sur tous les plans »618. Parmi les
aspects multiples de la diversité nationale, l’intégration des collectivités dont les citoyens sont
membres revêt une importante particulière. La représentation des collectivités décentralisées
permet ainsi d’éviter que la globalisation ou la mondialisation ne soient synonymes
d’uniformisation. Le Professeur Patrice GELARD affirme alors que « cette chambre est
irremplaçable pour assurer la représentation des collectivités locales dans la
décentralisation »619. La Constitution camerounaise de 1996 consacre cet état de chose
lorsqu’elle énonce en son article 20 alinéa 1 que « le Sénat représente les collectivités
territoriales décentralisées ».
Par ailleurs, l’originalité propre aux secondes chambres en Afrique réside également
dans la prise en compte de la diversité des paysages sociaux, et la nécessité de rétablir
l’égalité par des mesures spécifiques et des pratiques différentielles dans des pays affectés par
618
SOMALI (K.), Le parlement dans le nouveau constitutionnalisme en Afrique : Essai d’analyse comparée à
partir des exemples du Bénin, du Burkina Faso et du Togo, Thèse, Université du Droit et de la Santé - Lille II,
2008, p.199.
619
GELARD (P.), « A quoi peut donc bien servir une seconde chambre en démocratie ? », article précité, p.146.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 171
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
des déséquilibres sociaux, raciaux, linguistiques et culturels. Cette mission assignée aux
secondeschambres est unanimement partagée par la doctrine. Pour le Professeur Patrice
GELARD, la chambre haute est «incontournable pour assurer la représentation des
catégories spécifiques qui seraient éliminées par le jeu normal des élections »620. Dans le
même ordre d’idées le Professeur Pierre PACTET souligne que « le bicamérisme a presque
toujours un caractère modérateur en ce qu’il a essentiellement pour objet de corriger les
excès éventuels de la loi du nombre qu’incarne l’Assemblée Nationale qui a la base
populaire la plus large, c'est-à-dire dans le monde actuel, celle qui est élue au suffrage
universel direct »621.
Au demeurant, si les orientations au sein de la première chambre (chambre des
députés) sont essentiellement politiques, l’action de la seconde chambre a, en dehors de son
engagement politique pour matières, d’une part, tout ce qui est local, provincial et régional,
d’autre part, tout ce qui est économique, social et [Link], le Secrétaire Général
des Nations Unies, Kofi Annan, soulignait déjà à l’occasion de l’ouverture de la 4ème
conférence sur les démocraties nouvelles ou rétablies àCotonou le 4 décembre 2000,
l’importance de cette seconde chambre en déclarant qu’« une seule tête ne suffit pas pour
décider et la réalité du continent africainmontre que traditionnellement du niveau du
village à celui de la nation, les décisions concernant l’avenir de la communauté font l’objet
d’un débat ouvert, au cours duquel chaque point de vue est soigneusement soupesé, jusqu’à
ce qu’un consensus se dégage »[Link] dessinant une configuration de la seconde chambre
conforme aux spécificités des composantes ethniques ou régionales du pays, le constituant de
1996 a contribué à apaiser des tensions politiques. Le Sénat s’est également présenté comme
un élément de stabilisation politique.
2. Le Sénat comme une institution de stabilisation politique
Dans la perspective de résolution des nombreuses crises internes aux Etats africains,
de nombreux auteurs optent pour l’adoption d’un nouveau constitutionnalisme pour juguler
620
Idem.
621
PACTET (Pierre), MELIN-SOUCRAMANIEN (Ferdinand), Droit constitutionnel, Op. Cit., p. 234.
622
ANNAN (Kofi), Savoir écouter les minorités, in Le Figaro, 4 décembre 2000.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 172
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
les tensions politiques qui déchirent leurs pays623. Considéré comme « une anomalie parmi
les démocraties» par Lionel Jospin alors Premier Ministre dans une interview au journal Le
Monde en 1998, le bicamérisme, produit de ce nouveau constitutionnalisme issu des
conférences nationales de l’ère de la démocratisation des sociétés africaines, a cependant
contribué de façon significative d’une part à la gestion des conflits politiques et d’autre part
au partage des bien commun si souvent convoité par les armes.
En effet la signification du fait constitutionnel en Afrique doit aller au-delà de son
essence juridique pour mieux rendre compte de la réalité sociale624. Ce n’est que de cette
manière que l’on peut appréhender véritablement le bicamérisme issu des transitions
démocratiques. A cet égard, Francis DELPEREE, souligne qu’il s’agit d’un « bicamérisme
asymétrique »625 qui réside dans le souci de prendre en compte la complexité et la diversité
des situations politiques, et de leur réserver à chaque fois un sort particulier. L’adoption du
bicamérisme a ainsi permis de baisser les tensions politiques en trouvant une ligne médiane
dans ce dédoublement de chambres parlementaires qui offre inéluctablement plus de
possibilités de places à redistribuer, « car les fidélités que peut s’attacher le nouveau régime
démocratique auprès des populations ne dépendent pas tant de son incarnation d’un idéal
démocratique, mais beaucoup plus dans ses capacités à gérer à court terme les problèmes
intéressant le plus grand nombre des populations »626. Dans les pays qui ont connu des
crises sociopolitiques, l’instauration d’une seconde chambre parlementaire constitue
également un moyen visant à dissuader l’expression violente des crises politiques. Au
Cameroun par exemple, à la suite des revendications des années 1990 qui ont pris la forme
d’une demande de participation accrue des populations à la gestion des leurs affaires, tout en
prenant en compte leurs diverses particularités, la loi constitutionnelle de 1996, a donné une
623
Cette position est aussi relayée par certains auteurs dont Célestin KEUTCHA TCHAPNGA qui préconise la
constitutionnalisation des compromis politiques entre oppositions et pouvoir en place, le recours aux juridictions
constitutionnelles comme mécanismes de résolution des conflits politiques sur le continent africain. V. dans ce
sens KEUTCHA TCHAPNGA (Célestin), Droit constitutionnel et conflits politiques dans les Etats
francophones d’Afrique noire, RFDC, n°63, 2005, p. 463 ; KAMTO (Maurice), Les rapports Etat-société civile
en Afrique, RJP, 1994, p. 285.
624
Voir dans ce sens GONIDEC (P.-F.), « A quoi servent les constitutions africaines ? Réflexion sur le
constitutionnalisme africain », RJP, n°4, novembre décembre 1998.
625
DELPEREE (F.)), « Fédéralisme asymétrique », Revue juridique sur l’évolution de la nation et de l’Etat en
Europe, numéro spécial, 4ème Congrès français de droit constitutionnel, Aix-en- Provence, 10-12 juin 1999.
626
SOMALI (K.), Le parlement dans le nouveau constitutionnalisme en Afrique : Essai d’analyse comparée à
partir des exemples du Bénin, du Burkina Faso et du Togo, Thèse précitée, p.205.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 173
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
réponse à ces sollicitations en proclamant que « Chaque région est représentée au Sénat par
dix (10) sénateurs dont sept (7) sont élus au suffrage universel indirect sur la base
régionale et trois (3) nommés par le Président de la République ».
Etant entendu que le pouvoir en Afrique est perçu avant tout comme un « gâteau »
dont le destin est d’être partagé par les différentes composantes sociales de l’Etat, le
bicamérisme, dans la logique de justice sociale, reste un gage sûr susceptible de préserver la
paix dans les sociétés [Link] effet, le bicamérisme est apparu en Afrique pour
faire face à des situations de confiscation des positions du pouvoir par une seule ethnie ou un
groupe social, car il offre inéluctablement plus de places à redistribuer dans la scène politique.
Il semble dès lors mieux adapté à la complexité des Etats africains, en ce qu’il il permet de
réduire les écarts d’autrefois par l’instauration d’une « justice ethnique ». En dessinant une
configuration de la chambre conforme aux spécificités des composantes ethniques de chaque
Etat, le bicaméralisme participe indéniablement à l’apaisement des tensions politiques. En
somme, au regard de tout ce qui précède, on peut aisément soutenir l’idée que « parmi les
motivations qui ont conduit à la création d’une seconde chambre en Afrique noire, la
fonction de stabilisation et de conciliation semble primer sur les fonctions classiques du
Parlement »628
Pour définitivement marquer l’importance du Sénat, la constitution de 1996 et sa
révision de 2008 ont consacré le Président du Sénat comme intérimaire du Président de la
République.
B. Le Président du Sénat comme intérimaire
Par la réforme constitutionnelle de 1996, le constituant camerounais a rompu avec
l’ordre constitutionnel antérieur, marqué par le choix du président de l’Assemblée Nationale
comme Président de la République par intérim en cas de vacance. L’article 6 al.4 (a) proclame
à cet effet que « l’intérim du Président de la République est exercé de plein droit, jusqu'à
627
Lire à ce sujet, MBONJA (Ernest-Marie), La justice ethnique comme fondement de la paix dans les sociétés
pluriethniques, le cas de l’Afrique, in Erudit, Prépublications, Montréal, 2002.
628
Lire à ce sujet « Le bicaméralisme Afrique et dans le monde arabe. Forum des Sénats et des secondes
chambres d‘Afrique et du monde arabe », Document du Sénat français, février 2001,
[Link] consulté le 9 février 2015, p. 4.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 174
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
l'élection du nouveau Président de la République, par le président du Sénat ». Malgré que
ce choix puisse se justifier à plusieurs égard (1), il demeure néanmoins contesté (2).
1. Un choix justifié
En affirmant que « la seconde chambre parlementaire se présente en fait comme un
lieu d’élaboration pacifique des compromis politiques (…) »629, Le Professeur KEUTCHA
TCHAPNGA manifeste déjà le rôle central que cette institution et plus encore son Président
doit jouer en temps de crise. En effet, le faible engagement politique du Sénat qui se perçoit à
travers sa fonction « régulatrice, pondératrice et stabilisante »630, favorise grandement la
neutralité de l’institution et, par conséquent, celle de son président. Grâce à cette neutralité, le
Président du Sénat, à la différence du président de l’Assemblé Nationale, est l’autorité la plus
indiquée pour mieux gérer l’intérim présidentiel. Par ailleurs,l’impossibilité de dissoudre le
Sénat est une garantie supplémentaire fréquemment utilisée pour assurer la stabilité et permet
à son président d’assurer en toutes circonstances la continuité de la fonction présidentielle et
par ricochet de l’Etat.
En outre, le choix du Président du Sénat est conforme à la logique de la souveraineté
nationale puisque les sénateurs sont issus à quelques exceptions de l’expression du suffrage le
plus souvent indirect. L’option pour ce mode de suffrage se justifie par le fait que le système
électoral retenu pour la désignation des membres du Sénat doit établir des liens entre les
sénateurs et les intérêts qu’ils représentent. En effet, « on peut penser que les représentants
(…) des collectivités territoriales sont plus porteurs des intérêts de l’entité qu’ils
représentent lorsqu’ils sont désignés ou élus par les organes exprimant juridiquement et
politiquement la volonté de cette entité»631. Ainsi, au Cameroun, « Les sénateurs sont élus
dans chaque région par un collège électoral composé des conseillers régionaux et des
conseillers municipaux »632. En affirmant donc que « la légitimité du Président du Sénat
629
KEUTCHA TCHAPNGA (C.), « Droit constitutionnel et conflits politiques dans les États francophones
d’Afrique noire », RFDC, 2005/3, n° 63, p. 462.
630
MOUANGUE KOBILA (J.), op. cit., p. 298.
631
FERRETTI (R.), Le bicamérisme de la Cinquième République, Petites affiches, 31 décembre 1999,
632
Article 222 alinéa 1 de la loi n° 2012/001 du 19 avril 2012 portant code électoral, modifiée et complétée par
la loi n° 2012/017 du 21 décembre 2012
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 175
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
c’est d’abord la légitimité du Sénat même »633, Cyril LE TOUZE souligne clairement la
pleine légitimité du Président du Sénat, qui est issu de cette chambre légitime, lui-même étant
en principe dans sa casquette de sénateur.
In fine, l’institution sénatoriale étant éminemment politique, elle présente un « intérêt
tactique conjoncturel »634. L’expérience, la neutralité et la stabilité dont bénéficie le président
du Sénat, font de lui l’autorité la mieux outillée pour gérer les situations de vacance du
pouvoir. L’ancien Président du Sénat français, Alain POHER, notait alors que « si
l’Assemblée Nationale reflète les frémissements du pays, le Sénat représente la durée, la
sagesse stable, la modération, la liaison nécessaire entre les générations et les styles»635
Cependant, ce choix, malgré ces atouts, ne fait pas l’unanimité au sein de la doctrine.
2. Un choix controversé
Si l’avènement de la seconde chambre, a suscité de nombreuses contestations, il en
va de même pour la substitution du Président de l’Assemblée Nationale par le Président du
Sénat comme intérimaire qui n’a pas manqué de surprendre et de diviser la doctrine. Une
frange de cette doctrine estime que le Président de cette seconde chambre ne présente pas
véritablement les qualités requises pour éventuellement accéder, même provisoirement à la
fonction Présidentielle. Se présentant comme l’un des principaux opposants à ce choix, Le
Professeur GICQUEL souligne qu’« à rebours de la séparation des pouvoirs, ce dernier
revêt l’allure d’un étranger, sinon d’un intrus au sein de l’exécutif. Il faut y ajouter une
moindre représentativité ; l’absence d’informations et de participation à la marche des
affaires du vivant du Président»636. La situation au Cameroun semble d’ailleurs le confirmer
dans la mesure où parmi les 100 sénateurs qui siègent à la chambre, 30 sont nommés par le
Président de la République637. Ainsi, à supposer que l’un des membres nommés soit élu
Président de la chambre, comme c’est le cas actuellement, ne faudrait-il pas, du strict point de
633
LE TOUZE (C.), Thèse précitée, p. 414
634
J. MOUANGUE KOBILA, « Peut-on parler d’un reflux du constitutionnalisme au Cameroun ? », RASJP,
vol. 6, n° 1, 2009, p. 271.
635
POHER (A.), Discours sur le centenaire de la République, 1970.
636
GICQUEL (J.), « Le présidentialisme négro-africain. L’exemple camerounais », in Le pouvoir, Mélanges
offert à G. BURDEAU, Paris, LGDJ, 1977, p. 542.
637
Article 20 alinéa 2 de la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 176
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
vue démocratique, contester sa légitimité à assurer l’intérim présidentiel ? En effet, la
Constitution camerounaise en son article 2(2) proclame clairement que « les autorités
chargées de diriger l’Etat tiennent leur pouvoir du peuple par la voie d’élection au suffrage
universel direct ou indirect, sauf dispositions contraires de la présente Constitution ». Le
Président du Sénat n’étant élu ni par le peuple, ni même par les représentants du peuple, d’où
tient-il alors son autorité pour diriger l’Etat ? Cette situation laisse planer la crainte d’un
retour à la pratique du dauphin constitutionnel autrefois décriée pour sa non-conformité aux
préceptes démocratiques. Le renouvellement annuel du Bureau du Sénat peut apparaitre
comme une occasion privilégiée pour le Chef de l’Etat de s’assurer de la désignation d’un
Président du Sénat acquis à sa cause, bénéficiant de sa confiance et capable de protéger ses
intérêts. On peut alors conclure que, malgré les apparences, le spectre d’un retour au dauphin
constitutionnel persiste dans le fonctionnement de certains systèmes politiques africains
Cependant, l’article 2(2) in fine de la Constitution donne une réponse lorsqu’elle
énonce que ces autorités doivent être issues du suffrage universel « sauf dispositions
contraires de la présente Constitution ». C’est sans doute alors sous ce fondement que le
Président de la République est habilité à nommer trente (30) des cent (100) Sénateurs qui
siègent à la chambre haute, à raison de trois par régions. A notre sens, afin de garantir
pleinement les fondements de la démocratie et protéger la souveraineté du peuple, il serait
souhaitable que le règlement intérieur du Sénat soit modifié dans le sens d’interdire aux
sénateurs nommés d’être candidats pour la présidence de la chambre. À défaut, on pourrait
réviser la loi fondamentale afin que tous les sénateurs soient élus.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 177
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
CONCLUSION DU CHAPITRE I
La désignation rapide d’un intérimaire se présente comme la garantie de la continuité
de l’Etat et de la fonction présidentielle en cas de vacance du pouvoir. Depuis son accession à
l’indépendance, les différentes constitutions Camerounaises ont consacré une variabilité
d’intérimaire en fonction de la forme de l’Etat. Les autorités reconnues comme tels
ressortaient aussi bien du pouvoir exécutif que législatif. Sous la forme fédérale de l’Etat, le
Vice-président, deuxième tête de l’exécutif et deuxième personnalité de l’Etat avait la charge
d’assurer l’intérim du Président de la République. Sous les différentes formes unitaires de
l’Etat, cette charge a été confiée aux autorités parlementaires. D’abord dévolue au Président
de l’Assemblée Nationale en vertu de sa légitimité mais surtout du monocaméralisme du
parlement, la fonction d’intérimaire du Président de la République sera finalement octroyée au
Président du Sénat après l’instauration du bicaméralisme par réforme constitutionnelle du 18
janvier 1996. Le choix du Président de la seconde chambre est justifié au Cameroun par sa
légitimité, sa neutralité et d’autorité.
Dès lors, s’il est vrai que chaque recette comporte une dose de force et de faiblesse,
pour nous il est néanmoins préférable que l’intérim soit confié, avec quelques précautions, au
Président de Sénat en raison des garanties que ce choix présente.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 178
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
CHAPITRE II :
LE REGIME DE L’INVESTITURE
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 179
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Le choix d’un chef d’Etat ne se traduit pas par une dévolution directe de la charge
présidentielle. La dévolution du pouvoir présidentiel n’étant pas automatique, entre le choix
de l’intérimaire et son entrée en fonction, il peut s’écouler une certaine période correspondant
à ce que BARTHELEMY et DUEZ appellent « la situation flottante » car « l’un des deux
présidents ne l’est plus que par la forme et l’autre ne l’est pas encore en réalité »638. Afin
d’éviter un enlisement de la crise née de la vacuité de la fonction présidentielle, il est
nécessaire que l’intérimaire soit rapidement installé dans ses fonctions afin que commence la
période de transition. Le préalable à l’exercice de la fonction présidentielle par l’intérimaire
est l’investiture qui marque juridiquement son entrée en fonction. Ce terme désigne non
seulement la passation de pouvoir entre le président sortant et le président élu, mais aussi
l’ensemble des dispositifs traditionnels et protocolaires qu’il induit. L’investiture de
l’intérimaire obéit aux mêmes règles que celles du Président de la République. Ces règles
tiennent aussi bien à la procédure d’investiture (Section I), qu’aux effets de cette investiture
(Section II).
Section I : la procédure d’investiture de l’intérimaire
L’existence de règles procédurales aménageant le processus de transmission du
pouvoir suite à la disparition prématurée de son titulaire est une des garanties aménagées en
vue de la protection de la continuité de l’Etat. Ces règles sont édictées en vue de protéger les
destinataires du pouvoir ou même le pouvoir contre ses propres agents d’exercice. En effet, la
force obligatoire qui s’attache aux actes pris par ces agents dépend avant tout de
l’accomplissement des formalités d’investiture. La constitution camerounaise en vigueur en
fait d’ailleurs une condition indispensable pour l’exercice de la fonction présidentielle
lorsqu’elle proclame que « le Président de la République élu entre en fonction dès sa
prestation de serment »639. Le pouvoir présidentiel ne peut donc être mis en œuvre que si le
chef choisi fait l’objet d’une intronisation par des organes expressément désignés
(Paragraphe I) à cet effet. C’est devant ces organes que l’intérimaire va solennellement faire
son serment d’investiture (Paragraphe II).
638
BARTHELEMY (J.) & DUEZ (P.), Traité de droit constitutionnel, édition de 1933, Paris,Economica, 1985,
p.614.
639
Article 7 alinéa 1 de la constitution.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 180
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Paragraphe I : les organes d’investitures
Conformément aux dispositions de l’article 7 alinéa 2 de la loi constitutionnelle du
18 janvier 1996, le Président de la République « prête serment devant le peuple
camerounais, en présence des membres du Parlement, du Conseil constitutionnel et de la
Cour Suprême réunis en séance solennelle ». Cette déclaration est reprise intégralement par
le code électoral640. Suivant ces dispositions, l’investiture du Président de la République, fût-il
intérimaire se fait devant des organes politiques (A) et juridictionnels (B).
A. L’intervention des organes non juridictionnels dans le processus
d’investiture
A la lecture des dispositions constitutionnelles relatives à l’investiture du Président de
la République, l’on constate qu’en dehors du parlement (2) qui est, depuis les indépendances
un organe d’investiture, le constituant de 1996 va reconnaitre au peuple sa place dans
l’opération d’investiture du chef de l’Etat nouvellement élu (1).
1. L’action du peuple dans l’investiture du chef de l’Etat
Depuis l’accession du Cameroun à l’indépendance en 1960, le chef de l’Etat est l’élu
du peuple. Cela a été consolidé avec la démocratisation de la société camerounaise dans les
années 1990. Le Président de la République exerce le pouvoir au nom et pour le compte du
peuple qui lui a accordé un mandat, en conséquence il est politiquement responsable devant
ce peuple. En effet, conformément à la loi fondamentale, « La souveraineté nationale
appartient au peuple camerounais »641 ; ce peuple souverain exerce ce pouvoir politique par
l’intermédiaire de ses représentants élus que sont le « Président de la République et (les)
membres du Parlement»642. Il parait donc tout à fait normal que ce peuple soit partie à
l’investiture du Président de la République à qui il donne mandat d’exercer la souveraineté en
ses lieu et place et pour ses intérêts.
640
Loi n° 2012/001 du 19 avril 2012 portant Code électoral, modifiée et complétée par la loi n° 2012/017 du 21
décembre 2012.
641
Article 2 alinéa 1 de la Constitution du 02 juin 1972 modifié par la loi n° 006 du 18 janvier 1996
642
Idem.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 181
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
C’est, semble-t-il dans cette logique que la Constitution Camerounaise de 1996 va,
pour la première fois intégrer le peuple dans l’opération d’investiture du chef de l’Etat
nouvellement élu. L’article 7 alinéa 2 de ce texte proclame que le Président de la République
« prête serment devant le peuple camerounais ». Ainsi donc, en prêtant serment devant ce
peuple qui l’a élu, il s’engage à sauvegarder sa volonté inscrite dans la loi constitutionnelle et
à œuvrer pour l’intérêt supérieur de ses concitoyens.
Cependant, il faut relever qu’en pratique, la présence du peuple au cours de
l’investiture du chef de l’Etat reste assez abstraite. On aura éventuellement pensé à une plus
large représentativité du peuple avec la présence des élus locaux à l’investiture, mais cette
tâche reste dévolue aux représentants nationaux du peuple que sont les membres du
Parlement.
2. Le Parlement dans l’opération d’investiture
Au lendemain des indépendances, la quasi-totalité des régimes d’Afrique noire ont
conféré au Parlement la compétence d’installer le nouveau chef d’Etat dans ses fonctions. Les
premières constitutions africaines attribuaient expressément et exclusivement à l’Assemblée
Nationale, unique chambre du Parlement la mission d’installer le chef de l’Etat dans ses
nouvelles fonctions. La Constitution congolaise du 8 Décembre 1963 annonçait déjà les
couleurs lorsqu’elle énonçait en son article 26 que le Président de la République « prête
serment devant l’Assemblée nationale convoquée spécialement à cet effet ». C’est dans
cette mouvance que la Constitution camerounaise du 04 mars 1960 accordait cette
compétence exclusivement à l’Assemblée Nationale. En effet, l’article 13 in fine de ce texte
proclamait que « avant son entrée en fonction, le Président de la République prête
solennellement serment devant l’Assemblée Nationale dans les formes fixées par une loi
organique ». Le principe posé par cette disposition de la Constitution s’articule autour de la
compétence plénière de l’Assemblée Nationale, en tant que seule chambre du parlement pour
recueillir le serment, et en conséquence installer le nouveau chef d’Etat dans ses fonctions.
Malgré le silence de la Constitution fédérale de 1961, dont l’article 10 proclame que « le
Président de la République prête serment dans les formes fixées par la loi fédérale »,
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 182
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
l’Assemblée Nationale est restée l’organe compétent pour investir le nouveau Président de la
République.
Cependant, la réforme constitutionnelle de 1979, en son article 7, alinéa 2, prévoit en
cas d’urgence, l’assistance d’une cour de justice dans la procédure d’installation du nouveau
chef d’Etat. Elle énonce notamment que le chef de l’Etat, avant d’entrer en fonction, doit
prêter serment « dans les formes prescrites par la loi, ou, en cas d’urgence, devant le
Bureau de l’Assemblée Nationale assistée de la Cour suprême ». Cette situation pourrait
laisser penser à un partage des compétences dans l’installation du chef désigné. Cependant, il
s’agit en réalité d’une situation juridique exceptionnelle, dont le but est de « mieux garantir
la régularité constitutionnelle de l’opération d’installation du nouveau chef d’Etat »643 car
« l’organe associé (à l’Assemblée Nationale) n’est investi d’aucun pouvoir sinon celui
d’assister simplement l’organe investi de la compétence plénière »644. Cette exception,
relative à la situation d’urgence, amène le constituant camerounais à « écarter tout ce qui
pourrait gêner, voir empêcher l’accession à la magistrature suprême, du successeur
désigné du Président de la République »645.
Avec la réforme constitutionnelle du 18 janvier 1996 qui a apporté un important
réaménagement institutionnel en créant un parlement bicaméral, l’Assemblée Nationale ne
sera plus le seul organe politique d’investiture du Président de la République, le Sénat,
deuxième chambre du Parlement sera associé à cette opération. Ainsi, le parlement se réunit
en congrès avec les autres institutions, notamment juridictionnelles pour l’investiture du
Président de la République.
B. La participation des organes juridictionnels dans l’investiture
L’autorité judiciaire est de plus en plus impliquée dans la dévolution et l’exercice du
pouvoir dans les régimes africains. La juridicisation du pouvoir politique est une garantie des
droits et libertés proclamés par les textes constitutionnels. Ainsi, depuis son accession à
643
El Hadj MBODJ, thèse précitée, p. 290.
644
Idem.
645
KAMTO (M.), « Le dauphin constitutionnel dans les régimes politiques africains : le cas du Cameroun et du
Sénégal », Article précité, p.267.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 183
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
l’indépendance, le Constituant camerounais a toujours intégré l’autorité judiciaire dans
l’opération d’investiture du chef de l’Etat. Il a progressivement octroyé cette compétence à
une juridiction ordinaire (1) et par la suite y a associé une juridiction d’exception qui est le
Conseil Constitutionnel (2).
1. L’intervention d’une juridiction ordinaire dans l’investiture du
Président de la République : la Cour Suprême
Dans tous les régimes ayant adopté le système de l’unité des juridictions, la Cour
suprême est au sommet du système judiciaire qui présente certaines particularités. Insérée
dans un système juridique, elle répond aux caractères de la nation dont elle reflète des
conceptions politiques646. En plus de ses prérogatives judiciaires traditionnelles, elle se voit de
plus en plus reconnaître un pouvoir de régulation des rapports entre les pouvoirs publics, et
surtout de contrôle de la régularité de l’investiture des gouvernants.
Dans certains régimes, la Cour Suprême exerce de façon exclusive les prérogatives
d’intronisation du chef de l’Etat. Cette solution est celle qui a été adoptée par le Sénégal.
Dans ce système juridictionnel, la Cour Suprême est divisée en plusieurs sections. Chaque
section est compétente matériellement pour connaitre d’un contentieux donné. Les sections
réunies connaissent des affaires constitutionnelles, notamment de l’installation du chef de
l’Etat dans ses fonctions. En raison de la composition de la Cour suprême du Sénégal, « les
juges constitutionnels sont des juges tout court »647. Ainsi, ce sont ces juges qui intronisent
le chef de l’Etat dans ses fonctions, conformément aux prescriptions de la loi fondamentale
qui proclame que « Le Président de la République est installé dans ses fonctions après avoir
prêté serment devant la Cour Suprême en séance publique »648.
Au Cameroun, bien que de façon non exclusive, il est également reconnu à la Cour
Suprême la compétence d’intervenir dans le processus de dévolution ou de transmission du
646
TUNC (A.), « Conclusions : La Cour suprême idéale », In: Revue internationale de droit comparé. Vol. 30
N°1, Janvier-mars 1978. La cour judiciaire suprême, Enquête comparative. pp. 433-471;
647
Pour reprendre l’expression de l'ancien président de la Cour Suprême du Sénégal, M. Ousmane Camara,
intervenant dans le débat sur les Cours Suprêmes. Cf. CONAC (G.), (Sous la direction de …), Les Cours
suprêmes en Afrique, T1; Paris, Economica, 1989, p.67.
648
Article 31 de la Loi constitutionnelle 81-16 du 6 Mai 1981
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 184
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
pouvoir présidentiel. De prime à bord, il faut dire que cette compétence n’a pas toujours été
dévolue à la Cour Suprême. En effet, la première Constitution du Cameroun indépendant
exclue l’intervention d’un organe juridictionnel dans l’opération d’investiture du chef de
l’Etat en proclamant que « avant son entrée en fonction, le Président de la République prête
solennellement serment devant l’Assemblée Nationale dans les formes fixées par une loi
organique »649. La réforme constitutionnelle de 1972, rétablissant la forme unitaire de l’Etat
et surtout réintroduisant la Cour Suprême au sommet du système judiciaire va reconnaitre à
cette juridiction la compétence d’intervenir dans la procédure d’installation du nouveau chef
d’Etat. L’article 7 alinéa 2 de la révision constitutionnelle du 29 juin 1979, disposait que le
chef de l’Etat devait, avant d’entrer en fonction, prêter serment « dans les formes prescrites
par la loi, ou, en cas d’urgence, devant le Bureau de l’Assemblée Nationale assistée de la
Cour suprême ». Cette situation juridique, vise simplement à mieux garantir la régularité
constitutionnelle de l’opération d’installation du nouveau chef d’Etat. Cette participation de la
Cour Suprême dans l’opération d’investiture du chef de l’Etat, posée par cette réforme sera
consolidée par la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996. L’article 7 alinéa 1 de ce texte,
repris par le Code électoral fait de la Cour Suprême un organe devant lequel le Président de la
République prête serment.
A côté de la Cour Suprême, le Constituant camerounais associe une autre juridiction
dans le processus d’investiture du chef de l’Etat ; il s’agit du juge constitutionnel.
2. La participation d’une juridiction d’exception dans l’opération
d’investiture : le juge constitutionnel
Les déclarations du professeur Franc MODERNE selon lesquelles « rares sont les
Etats (africains) qui se sont inspirés de l’exemple du Conseil Constitutionnel français et ont
créé des organes à caractère nettement politique »650 sont aujourd’hui caduques car la quasi-
totalité des régimes africains, à la suite de la libéralisation des sociétés africaines a basculé
vers la démocratie constitutionnelle matérialisée par la création d’une juridiction
constitutionnelle.
649
Article 13 in fine de la constitution du 04 Mars 1960.
650
Cf. MODERNE (F.), « L’évolution des juridictions constitutionnelles », [Link]., p.194.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 185
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
En effet, la démocratie constitutionnelle s’est affirmée avec le temps comme le
meilleur système de préservation de l’Etat de droit et juge constitutionnel comme le meilleur
garant de la souveraineté du peuple exprimée dans le texte constitutionnel. Dans cette
mouvance, le Constituant camerounais de 1996 va mettre en place une juridiction
constitutionnelle, appelée Conseil Constitutionnel distincte de la Cour Suprême651. Cette
juridiction, dont la nomination des membres relève des autorités politiques, est le régulateur
du fonctionnement des institutions et de l’activité des pouvoirs publics (article 46). Outre ses
compétences en matière de contrôle de constitutionnalité, elle intervient dans la dévolution du
pouvoir présidentiel à travers le contrôle de la régularité des élections présidentielles, la
proclamation des résultats mais aussi la prestation de serment du Président de la
République652. L’intérimaire n’arbore le statut de Président de la République qu’après avoir
été investi. Cette investiture prend effet avec la prestation de serment dont il convient à
présent d’examiner.
Paragraphe 2 : Le serment d’investiture
La quasi-totalité des constitutions africaines a prévu un cérémonial d’investiture du
Président de la République nouvellement élu et ce cérémonial peut prendre plusieurs formes
dont la plus emblématique est la formalité de prestation de serment. Du latin
« sacramentum », le serment signifie « rendre sacré » et correspond entre autres à l’
« Engagement solennel de comportement d’une personne, lors de la prise de ses
fonctions »653. Ainsi, l’occupation de la fonction présidentielle, même de façon provisoire est
subordonnée à la prestation de serment selon un rituel quasi universel dont il convient de
préciser les modalités (A) et la portée (B).
A. Les modalités du serment d’investiture
Dans sa décision du 9 juin 2009 relative à la constatation de la vacance de la
Présidence de la République suite au décès du Président Omar BONGO, la Cour
651
Le Conseil Constitutionnelle fait l'objet du Titre VII de la constitution adoptée le 18/01/1996, alors que le
pouvoir judiciaire, placé sous l’autorité de la Cour Suprême, est réglementé par le Titre V de ladite Constitution.
652
Article 7 al 2 de la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996.
653
AVRIL (P.) GICQUEL (J.), Lexique de droit constitutionnel, [Link]. P.136
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 186
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
constitutionnelle gabonaise déclare que : « L’exercice des fonctions du Président de la
République étant assujetti à la prestation préalable du serment prévu à l’article 12 de la
Constitution, le Président du Sénat Madame Rose Francine ROGOMBE, prêtera serment
le 10 juin 2009, en présence du Parlement et de la Cour constitutionnelle». Cette position
gabonaise est celle adoptée par toutes les constitutions africaines qui astreignent les titulaires
de la fonction présidentielle à prêter serment avant leur entrée en fonction654 suivant certaines
modalités. Ainsi, les modalités du serment d’investiture tiennent principalement à sa nature
(1) et à sa valeur (2).
1. La nature du serment d’investiture
En fonction du degré de régulation du régime ainsi que de la nature des organes
intervenant dans le processus de recueil du serment, celui-ci peut avoir une double forme. La
nature du serment étant « indépendante de la prescription constitutionnelle ou non du
serment »655, le critère de distinction entre ces deux formes « dépend beaucoup plus de la
nature des organes impliqués dans le processus que du contenu ou du lieu du serment »656.
Ainsi, suivant ce critère, le serment peut être judiciaire ou politique.
La nature judiciaire du serment présidentiel n’est pas déterminéepar rapport « à la
procédure solennelle qui s’attache à l'acte judiciaire »657. Ces propos du professeur MBODJ
expriment le fait qu’un serment peut, tout en étant judiciaire, être prononcé et recueilli ailleurs
que dans l’enceinte d’un palais de justice. En effet, le serment est dit judiciaire soit par
prescription constitutionnelle, soit alors lorsqu’il est effectué devant une juridiction en
conformité avec la procédure judiciaire et se traduit par une décision de justice revêtue de
l’autorité de la chose jugée. La procédure judiciaire dont il est question varie entre la
notification et le réquisitoire.
La notification est une démarche destinée à porter le contenu d’une décision à son
destinataire. C’est l’accomplissement de cette formalité qui rend la décision opposable à ses
654
Les formules en la matière varient en fonction des Constitutions. Au Cameroun l’article 7 alinéas 1,2 et 3
astreint le Président à l’obligation de prêter serment selon les modalités prévues par la loi
655
El Hadj MBODJ, thèse précitée, p. 298.
656
Idem.
657
Ibid. p.299.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 187
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
destinataires. Dans certains Etats comme la Côte d’ivoire, le Président de la juridiction à
l’occasion d’une cérémonie officielle, notifie au chef de l’Etat le choix du corps électoral. En
retour, le chef de l’Etat accuse réception de cette notification judiciaire en prêtant
solennellement serment. Dans d’autres Etats, la procédure judiciaire d’installation prend la
forme d’un réquisitoire, c’est-à-dire s’opère de manière identique au prononcé d’un jugement.
En effet, en installant un chef d’Etat dans ses fonctions, la juridiction compétente agit comme
si elle siégeait en session juridictionnelle normale. Au Sénégal par exemple, le Conseil
Constitutionnel chargé d’installer le chef de l’Etat dans ses nouvelles fonctions658 en
remplacement de la Cour Suprême et siège dans la procédure d’installation du chef de l’Etat
comme en instance de jugement659.
Le serment politique pour sa part est celui qui est effectué devant un organe politique.
Généralement elle résulte d’une volonté non équivoque du constituant. La préoccupation du
Constituant camerounais de garantir la régularité juridique du serment s’intègre dans cette
perspective. Bien qu’il reconnaisse la participation d’autres organes à la prestation de serment
du chef de l’Etat, en l’occurrence les « membres du Parlement, du Conseil constitutionnel et
de la Cour Suprême réunis en séance solennelle », « le serment est reçu par le Président de
l’Assemblée Nationale »660. Par cette disposition qui confie la compétence de recevoir le
serment à une autorité politique, notamment le Président de l’Assemblée Nationale, l’on peut
sans risque de se tromper que le serment présidentiel au Cameroun est de nature politique. A
côté de sa nature double, le serment également revêt une forte valeur symbolique.
658
Article.37 de la loi 2001-03 du 22 janvier 2001 portant Constitution de la République du Sénégal
659
L'audience commence avec l’entrée solennelle du Conseil et l’ouverture de la séance par son président. Sur sa
demande, le greffier fait appel de l'affaire inscrite au rôle « Prestation de serment et installation de M... dans ses
fonctions de Président de la République du Sénégal. » Le futur chef de l’Etat est introduit devant la Cour. Le
Président de la Cour donne la parole au Procureur de la République qui procède à un véritable réquisitoire
demandant à ce qu’il plaise à la Cour de recevoir le serment du président de la République, de lui en donner acte
et de l’installer dans ses fonctions. Ensuite la parole est donnée au Bâtonnier de l’ordre des avocats qui fait sa
plaidoirie. Enfin, le Premier Président de la Cour suprême prend la parole pour prononcer son allocution. Après
son intervention, il invite le nouveau chef de l'Etat à prêter serment. Celui-ci, debout, lève la main droite et
prononce la formule de serment inscrite dans la constitution. C'est après le prononcé du serment que la Cour
donne acte au Procureur de sa réquisition et au chef de l'Etat de sa prestation de serment. Elle le déclare installé
dans ses fonctions présidentielles.
660
Article 7 (1) de la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 188
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
2. La valeur du serment
Le serment est une formalité préalable et substantielle à l’exercice de la fonction
présidentielle et qui parachève le rituel d’investiture. Il confère à l’intérimaire la posture d’un
véritable chef d’Etat. Suivant l’avis de Stéphane BOLLE, le serment présidentiel a une valeur
préventive661. Il se présente comme « une exigence du droit qui réalise l’investiture du
nouveau détenteur de la fonction présidentielle et manifeste l’acceptation de la fonction et
des devoirs qu’elle comporte »662. Le refus de prêter serment empêche l’intérimaire d’exercer
régulièrement les prérogatives à sa charge car, « aussi longtemps que (l’intérimaire) n’aura
pas prêté serment, il ne saurait être réputé installé dans ses fonctions et ne saurait en
conséquence prendre le moindre acte juridique. Le ferait-il, ses actes devraient être
considérés comme nuls, parce que dénués d'un fondement juridique substantiel »[Link]
Cameroun l’aménagement des règles relatives à la succession présidentielle résultant de la
révision constitutionnelle du 29 Juin 1979 ne faisait planer aucun doute sur l’importance du
serment dans le processus de dévolution et de transmission du pouvoir présidentiel. Après
avoir fait du Premier Ministre le successeur constitutionnel du chef de l’Etat, l’article 7
disposait que « Il (Le Premier ministre) prête serment dans les formes prescrites par la
loi... ». Cette disposition est reprise par la loi constitutionnelle en vigueur en son article 7 qui
fait du serment la condition préalable à l’exercice de toute fonction présidentielle.
Le serment a également une valeur substantielle, c’est-à-dire « une formalité
obligatoire et importante, à laquelle on ne saurait déroger »664, car « il est pris dans l’intérêt
de la fonction et des citoyens et marque le point de départ de l’exercice de la fonction
présidentielle »665. En effet, le respect des formalités de l’installation permet de légitimer
formellement les actes du chef de l’Etat en fonction. Ces formalités peuvent être analysées
comme des « garanties destinées à protéger le titulaire de la fonction contre les abus
éventuels pouvant résulter d'un pouvoir qui rend fou »666. En conséquence, le serment
661
BOLLE (S.), Le nouveau régime constitutionnel du Bénin. Essai sur la construction d’une démocratie
africaine par la Constitution, thèse de doctorat en droit, Montpellier I, 13 décembre 1997.
662
TUEKAM TATCHUM (C.), thèse précitée, p.166.
663
FALL (I.), article précité, p. 214.
664
Idem.
665
TUEKAM TATCHUM (C.), thèse précitée, p.166.
666
El Hadj MBODJ, thèse précitée, p. 303.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 189
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
présidentiel est la manifestation évidente du changement de statut chez l’intérimaire. C’est
aussi le signe de l’adhésion à une culture démocratique alliant respect de la parole donnée et
primauté du droit. Il permet de légitimer les actes pris pas le Chef de l’Etat en fonction. La
protection de la fonction présidentielle passe en effet par l’aménagement de garanties
juridiques entourant la mise en œuvre de ces prérogatives présidentielles. En tant que chef de
l’Etat, l’intérimaire assume la totalité des pouvoirs présidentiels. Mais l’exercice de ces
pouvoirs doit tenir compte des nécessités liées à la gestion de la période de transition. A côté
de l’étude des modalités du serment, il convient d’examiner ses caractères.
B. La portée du serment d’investiture
Le serment d’investiture peut avoir une double portée ; il s’agit d’une part d’un acte
d’engagement (1) et d’autre part d’un acte obligatoire (2).
1. Un acte d’engagement
Le serment est un rituel d’investiture auquel est soumis même le Président par
intérim. Le serment se présente comme « un engagement solennel devant Dieu, la Nation, le
Peuple, le Parti ou même devant les ancêtres 667pris par un chef désigné de respecter le
mandat qui lui a été confié et d’assumer en conséquence la responsabilité pour tout ce qui
concerne l’exécution, la non-exécution ou la mauvaise exécution du mandat assumé au
nom et pour le compte des gouvernés»668. Il s’agit principalement d’un engagement qui «
détermine les bornes symboliques et juridiques de la puissance et de la légitimité de l’élu du
peuple, dépositaire de la volonté nationale»669.
En effet, le serment scelle le lien entre le peuple et le Président de la République. Ce
dernier s’engage ainsi à exercer sa fonction avec conscience et probité, à respecter et faire
respecter les lois de la république. Au Cameroun, cet engagement est clairement exprimé dans
la formule du serment. Le Président de l’Assemblée Nationale en recevant le serment après
667
Ainsi dans l’article 53 de la Constitution béninoise prescrit que le Président de la République doit prêter
serment « Devant Dieu, les Mânes des Ancêtres, la Nation et devant le Peuple béninois, seul détenteur de la
souveraineté ».
668
El Hadj MBODJ, thèse précitée, pp. 296-297.
669
BOLLE (S.), Thèse précitée, p. 259.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 190
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
une brève allocution, invite le Président élus à prêter serment par la formule suivante : «
Monsieur le Président de la République, vous engagez-vous sur l’honneur à remplir
loyalement les fonctions que le peuple vous a confiées »670. Le chef de l’Etat, debout, la
main droite levée, prend solennellement cet engagement devant les membres du Parlement, du
Conseil Constitutionnel et de la Cour Suprême, en répondant, « JE LE JURE ».
Par ailleurs, faisant abstraction de la laïcité de l’Etat, de nombreuses constitutions
africaines instituent une procédure à travers laquelle, le Président de la République, y compris
l’intérimaire s’engage solennellement à respecter le contrat qui le lie aux gouvernés soit
devant des témoins sacrés soit alors devant Dieu. En effet, le recours au sacré, sublime la
magistrature suprême et manifeste le souci de pérenniser l’alliance du politique et du
religieux, même s’il « concilie difficilement le serment avec la laïcité du pouvoir de l’Etat
»671. Ainsi l’article 53 de la constitution béninoise prescrit que le président de la République
doit prêter serment « Devant (…) les Mânes des Ancêtres (…)». L’on admet déjà très
facilement que le spirituel et le temporel demeurent intimement liés dans la vie privée en
Afrique noire. Mais c’est en effet grâce ou à cause des acteurs de la politique, ainsi que
l’explique le professeur Glélé, que ces deux phénomènes connurent leur extension au champ
public et ont investi les institutions de la République672. Ainsi, Maurice AHANHANZO
GLELE, considère comme un classique dans la vie politique africaine, « un recours constant
aux forces surnaturelles, soit pour accéder au pouvoir, soit pour le conserver et consolider
son règne »673. S’il est évident que depuis 1960, le pouvoir politique africain se sacralise en
recourant constamment aux fondements du sacré traditionnel originel, M. DEBOSTE observe
que « le sacré qui se présente à nous aujourd’hui apparaît totalement différent», car on sait
que ce type de sacré est un phénomène social qui reflète lui-même une vision du monde. Le
recours au sacré traditionnel originel dans la prestation de serment « légitimait le pouvoir du
Chef tout comme le droit s’efforçait de le légitimer»674. Au Cameroun par contre, les
670
Article 140 (2) de la loi n° 2012/001 du 19 avril 2012 portant Code électoral, modifiée et complétée par la loi
n°2012/017 du 21 décembre 2012.
671
« Telex confidentiel. Dieu et le projet de Constitution », F.S., n°20, août-septembre 1990. p. 297.
672
GLELE (M. A.), Religion, culture et politique en Afrique noire, Paris, Economica, Présence Africaine, 1981,
pp. 149-151.
673
Idem.
674
DEBOSTE (M.), « Pouvoir moderne ou sacré traditionnel ? », Le mois en Afriquen°S 180-181, déc. 1980, jan.
1981, p. 96.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 191
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
ancêtres ne sont pas évoqués dans la formule de prestation de serment. Le Code électoral
dispose que le Président de la République, s’engage « solennellement devant Dieu et devant
les hommes ». La question qui demeure ici est celle de savoir si le serment est une formalité
obligatoire.
2. Un acte obligatoire
L’une des recommandations de la Conférence nationale du 28 février 1990 au Bénin
proclamait que « tout responsable impliqué dans la conduite des affaires de l’Etat devra
désormais prêter serment (…) »675. Selon « la dialectique permanente du commandement et
de l’obéissance »676, le serment traduit l’exigence traditionnelle du respect de la parole
donnée et symbolise le contrat moral entre gouvernants et gouvernés. Cependant, la question
de l’obligation de la prestation de serment du président de la République élu lors de son
investiture peut susciter une certaine polémique. Cette formalité constitutionnelle est-elle
obligatoire ou facultative ?
En France, alors que de grandioses cérémonies d’investiture ont lieu à chaque
élection présidentielle, le Président de la République ne prête pas serment car la Constitution
ne prévoit pas cette formalité. L’article 7 de la Constitution du 4 octobre 1958 relatif à la
dévolution du pouvoir n’aborde pas la question de l’investiture du Président de la République.
Il faut donc se référer à la pratique pour comprendre la cérémonie de dévolue du pouvoir en
France. Ainsi donc, aucune disposition ne traitant du serment dans la loi fondamentale
française, cette formalité est dans cet Etat facultative.
Dans les systèmes africains et au Cameroun en particulier, la question fait l’objet
d’un traitement express. Considérant les dispositions de l’alinéa premier de l’article 7 de la
constitution, où il est marqué que « le Président de la République élu entre en fonction dès
sa prestation de serment », on pourrait en déduire que tant que le Président de la République
675
Fondation Friedrich NAUMANN, « Actes de la Conférence Nationale (Cotonou 19-28 février 1990) », p.
172.
676
Lire avec intérêt, FALL (I.), « Le droit constitutionnel au secours de l’authenticité et de la négritude. Le
serment du Président de la République, acculturation ou retour aux sources ? », Annales africaines, 1973, pp.
203-218 ; PAMBOU TCHIVOUNDA (G.), « Le serment politique en Afrique noire contemporaine », R.J.P.I.C.,
n°3, 1981, p. 802. Cité par TUEKAM TATCHUM (C), L’intérim du Président de la République dans le nouveau
constitutionnalisme des Etats d’Afrique d’expression française thèse précité, p.164.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 192
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
n’a pas prêté serment, il ne peut pas entrer en fonction, ce qui en conséquence rend le
serment obligatoire. Sur ce point l’on s’accorderait tous à dire que le Président de la
République doit prêter serment sinon pourquoi prévoir une disposition constitutionnelle en la
matière. En effet, cette formalité d’investiture est considérée comme un acte obligatoire dans
la mesure où il répond invariablement, « à une conscience aiguë de la nécessité de consacrer
la primauté du droit sur la politique»677. Considéré comme « un code de bonne conduite
»678, le serment revêt davantage un caractère obligatoire parce qu’il permet au titulaire de la
fonction présidentielle, fût-il intérimaire de se conformer dans l’exercice de sa magistrature à
de nombreuses obligations sous peine de risquer la destitution pour haute trahison.
Après avoir prêté serment, l’intérimaire acquiert un statut présidentiel qui a des
conséquences statutaires particulières.
Section II : les effets de l’investiture : l’octroi de la stature présidentielle
Avec son investiture, l’intérimaire acquiert véritablement le statut et la stature
présidentielle, il devient le Président de la République. Ce nouveau statut induit deux effets
majeurs ; d’une part le bénéfice d’importants privilèges par l’intérimaire (Paragraphe I), et
d’autres part l’assujettissement à un régime d’incompatibilités (Paragraphe II).
Paragraphe I : Le bénéfice d’importants privilèges par l’intérimaire
En règle générale, le pouvoir implique la responsabilité. Patrick AUVRETestime
d’ailleurs que « le pouvoir requiert la responsabilité comme la responsabilité appelle le
pouvoir »679. Dans la même logique, le Professeur Pierre AVRIL affirme, qu’« Il n’y a pas de
pouvoir sans responsabilité »680. En effet, la responsabilité politique apparaît comme la
procédure de limitation, de contrôle et de révocabilité des détenteurs d’un pouvoir
politique681. Cependant, la nécessité de protéger la fonction présidentielle exige que son
677
FALL (I.), article précité, p. 211.
678
BOLLE (S.), Thèse précitée, p.260.
679
AUVRET (P.), « La responsabilité du chef de l’État sous la Ve République », RDP, 1998, p. 79.
680
AVRIL (P.), « Pouvoir et responsabilité », in Mélanges offerts à Georges BURDEAU, Paris, LGDJ, 1977, p.
9.
681
BARANGER (D.), Droit constitutionnel, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2002, p. 90.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 193
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
titulaire soit mis à l’abri de toutes pressions, menaces ou diversions susceptibles d’entraver le
bon exercice des hautes responsabilités qu’elle implique. Dès lors, le Président de la
République détenant au moins un mandat de représentation nationale, garantit la continuité de
l’État682 et est limité dans ses fonctions par un régime de séparation des pouvoirs683. Le
mandat présidentiel dans cette perspective, renvoyant au nom sous lequel on désigne la
fonction du Président de la République684 doit être protégé contre les intempéries qui
pourraient abusivement l’atteindre voire même l’affaiblir. Cette raison justifiel’octroie au
titulaire de la fonction une immunité, c’est-à-dire une « forme d’exemption de toute
poursuite durant l’exercice de la fonction présidentielle »685. Le Président de la République
est une personne physique, qui exerce une fonction au sommet de la hiérarchie de l’État. C’est
la plus haute autorité étatique686. Les privilèges dont il bénéficie peuvent être de nature
juridique ou matérielle. Les privilèges matériels renvoient au salaire et aux avantages du
Président de la République. Dans le cadre de cette analyse, seuls les privilèges de nature
juridique retiendront notre attention. Ces derniers portent essentiellement sur les immunités.
La question de l’immunité recouvre des contenus différents, les classifications doctrinales
étant hésitantes. Certains distinguent par exemple les immunités de fond, qui recouvrent les
cas d’irresponsabilité, des immunités de procédure, regroupant les privilèges de juridictions et
l’inviolabilité687 . D’autres encore distinguent l’immunité matérielle, qui limite les normes
pénales applicables, de l’immunité formelle, soumettant l’application de normes pénales
pertinentes à des obstacles de procédure spécifique688. D’autres enfin séparent les immunités
de fond du droit (irresponsabilité) des immunités de procédure, (inviolable)689. Cependant,
toutes ces classifications semblent exprimer la même réalité. C’est la raison pour laquelle La
682
Art 5 de la Constitution camerounaise du 2 juin 1972 révisée par la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996.
683
SOMA (A.), « La séparation des pouvoirs comme droit fondamental dans le constitutionalisme contemporain
», disponible sur [Link] consulté le 01 juin 2023, pp. 1-26.
684
CORNU (G.), Vocabulaire juridique, Association Henri CAPITANT, Paris, Dalloz, 11ème édition, 2016, p.
639.
685
DIOP (E-H-O), « L’Afrique à l’épreuve de la justice pénale internationale », disponible sur
[Link] consulté le 12 janvier 2022.
686
COHENDET (M-A), Le Président de la République, Paris, Dalloz, 2002, p. 6.
687
GENEVOIS (B.), « Immunités juridictionnelles et privilèges de juridiction en France », AIJC, n°17, 2001,
p.195.
688
PFERSMANN (O.), « Immunités constitutionnelles et privilèges de juridiction en Autriche », AIJC, n°17,
2001, p. 144.
689
LIBONE (E.) et PIZZORUSSO (A.), « Immunités constitutionnelles et privilèges de juridiction en Italie »,
AIJC, n°17, 2001, pp. 250-251.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 194
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
distinction opérée par les Professeurs690Antonio CASSESE et Mireille DELMAS-MARTY et
celle opérée par le professeur Philippe ARDANT691entre l’immunité fonctionnelle sous forme
d’irresponsabilité (A) et l’immunité personnelle sous l’aspect d’inviolabilité (B) retiendront
notre attention dans le cadre de cette étude.
A. L’immunité fonctionnelle : l’irresponsabilité
Le principe de l’irresponsabilité politique du Président de la République veut que
celui-ci n’ait pas de compte à rendre au Parlement. Autrement dit, il signifie
« l’irrévocabilité », c’est-à-dire qu’aucune procédure constitutionnelle n’existe pour
sanctionner les décisions politiques du Président de la République au sein des Assemblées
parlementaires, et qu’en particulier, rien ne peut le contraindre à démissionner pour des motifs
politiques692. L’irresponsabilité politique découle de la tradition parlementaire693 que consacre l’adage
« Le Roi ne peut mal faire ». En tant que reflet de la « majesté présidentielle »694, l’irresponsabilité
politique des Chefs d’État est un principe fondamental dans les systèmes politiques des États africains
francophones695. Cependant, comme le souligne les Professeurs Jean GICQUEL et Jean-Eric
GICQUEL, « l’irresponsabilité traditionnelle dont se prévaut le chef de l’Etat revêt un
caractère fonctionnel. Autrement dit, elle protège, non pas sa personne, mais le mandat que
le peuple lui a conféré»696. Il convient d’examiner les fondements (1) et l’étendue de cette
irresponsabilité (2).
690
CASSESE (A.) et DELMAS-MARTY (M.), Juridictions nationales et crimes internationaux, Paris, PUF,
2002, p. 638.
691
ARDANT (P.), Institutions politiques et droit constitutionnel, Paris LGDJ, 1997, p. 520.
692
BA (B.), L’institution présidentielle dans le nouveau constitutionnalisme des États d’Afrique et d’Amérique
latine (Afrique du Sud-Bénin-Ghana-Sénégal/Brésil-Chili-Colombie), Thèse de Doctorat en droit public,
Université Cheikh AntaDiop de Dakar, 2013, p. 127.
693
TURPIN (D.), Droit constitutionnel, Paris, PUF, 4ème édition, 1999, pp. 583 et s.
694
ONDO (T.), La responsabilité introuvable du Chef d’État africain : analyse comparée de la contestation du
pouvoir présidentiel en Afrique noire francophone. (Les exemples camerounais, gabonais, tchadien et togolais),
Thèse de Doctorat en droit public, Université de Reims Champagne- Ardenne, 2005, p. 57.
695
MABILEAU (A.) et MEYRIAT (J.), Décolonisation et régimes politiques en Afrique noire, Paris, Armand
Colin, 1967, pp. 17-35.
696
GICQUEL (J.), GICQUEL (J.-E.), Droit constitutionnel et institutions politiques, Paris, Montchrestien, 21 e
édition, 2007, p.562.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 195
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
1. Les fondements de l’irresponsabilité du Président de la
République
Contrairement à celle du Chef d’Etat dans un régime parlementaire, l’irresponsabilité
du Chef d’Etat africain se fonde sur ses pouvoirs considérables et sur son rôle hégémonique
dans le système politique. Elle vise non pas le retrait du Chef de l’Etat dans la vie politique
mais plutôt la suprématie de son pouvoir. L’irresponsabilité du Président de la République
apparaît ainsi comme le symbole d’une puissance hégémonique. Jean BUCHMANN697
souligne qu’il existe deux facteurs permettant de déterminer la personnalisation du Pouvoiren
Afrique noire : les facteurs culturels ou traditionnels et les facteurs modernes ou juridiques.
Relativement à l’assise culturelle de cette conception, il faut relever que les us et
coutumes africains constituent l’élément explicatif majeur de la vie politique des États
d’Afrique post-coloniaux. Pour s’en convaincre, « la présidence de la République est en
Afrique une véritable chefferie d’État »698. Ainsi, le Président de la République dans le
contexte africain puise ses origines et son autorité dans les chefferies traditionnelles pour
mieux légitimer699 son immunité. Par ailleurs, dans la culture négro-africaine, il est établi que
le Chef de l’État est un envoyé de dieu, voire des ancêtres, lequel se transforme en un chef
traditionnel moderne700. Et comme tel, il est pourvu d’attributs mystiques. Relatant cette
perception dans la société au Cameroun, BARBIER rapporte que : « Dieu, en nous donnant
cette Nation, l’a dotée d’un chef illustre. Ouvrons-lui nos craintes, car il a toute solution.
Acceptons avec franchise sa reconduction sans bavure, à la tête de la Nation. Hosanna,
gloire à celui qui fut, qui est et sera notre berger, il nous conduira jusqu’au bout. Notre
chef à l’œil à tout, partout et dans tout, vive le Président AHIDJO »701. Dans cette optique,
697
BUCHMANN (J.), L’Afrique noire indépendante, Paris, LGDJ, 1962, pp. 353-354.
698
BONGO (O.), Confidences d’un africain. Entretiens avec Christian CASTERAN, Paris, Albin Michel, 1994,
pp. 18-19.
699
À propos des méthodes de légitimation traditionnelle des chefs traditionnels sous le parti unique et pendant le
processus de démocratisation, lire notamment KOMBILA-IBOANGA (F.), Les institutions et le régime politique
de la République gabonaise, Thèse de Doctorat d’État en droit public, Université de Nantes, 1985. P. 832.
700
ADANDEDJAN (A-M), « Les lacunes du nouveau constitutionnalisme dans les États d’Afrique subsaharienne
francophone », Revue Burkinabè de Droit, n°62, 2021, p. 194.
701
Idem.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 196
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
il est clair que le leader politique702 africain n’est en fait, en raison de la persistance d’une «
mentalité magico-religieuse»703, aux yeux de ses partisans, que le chef traditionnel sacré704.
Cependant, si les dirigeants procèdent à la sacralisation de leur pouvoir en faisant référence au
« sacré traditionnel», « le sacré qui seprésente à nous aujourd’hui apparaît totalement
différent»705. On sait que, dans la société traditionnelle, le sacré, phénomène social total, a
pour objet la légitimation du pouvoir du chef et participe de sa pondération. Or, comme l’a
observé Bernard ASSO, « le Chef d’Etat africainmoderne s’écarte radicalement du modèle
traditionnel de légitimité »706. Ainsi, loin d’être une résurgence du modèle traditionnel, « le
processus de sacralisation du pouvoir dans les Etats africains exprime plutôt la défiance du
pouvoir présidentiel à l’égard des mécanismes du constitutionnalisme démocratique »707. Il
s’agit, plus précisément, d’une irresponsabilité de majesté qui s’attache à la protection de la
personne sacrée du Chef de l’Etat708.
En ce qui concerne le fondement juridique, les constitutions des États d’Afrique
noire francophone de la dernière génération, réaffirment le principe de l'irresponsabilité
politique du Chef de l’État709. Cette irresponsabilité se justifie par des considérations
théoriques et textuelles. Théoriquement, elle tient fondamentalement au présidentialisme
négro-africain. Celui-ci constitue en quelque sorte, « la quintessence d’une culture de
l’exécutif tout entier rassemblé autour du Président »710. Les dispositions constitutionnelles
semblent ne pas limiter la puissance présidentielle. Elle est amplifiée par la pratique politique
702
BOURRICAUD (F.), « La sociologie du Leadership et son application à la théorie politique », RFSP, vol. III,
n°3, juillet-septembre, 1953, p. 445.
703
KAMTO (M.), Pouvoir et Droit, op. cit., p. 299.
704
Daniel ETOUNGA MANGUELLE observe par exemple que « dans les Etats africains, les forces invisibles
ont été investies une fois pour toute dans le souverain, et dans tout souverain, ce qui justifie que son pouvoir et
son autorité soient indivisibles », in L’Afrique a-t-elle besoin d’un programme d’ajustement culturel ?, Paris, Ed.
Nouvelles du Sud, 1993, p. 49.
705
Voir DEBOSTE (M.), « Pouvoir moderne ou sacré traditionnel ? L’Afrique au Carrefour… », Le Mois en
Afrique, n°180-181, décembre 1980, janvier 1981, p. 96.
706
Daniel LAINE souligne aussi que « les dictateurs actuels n’ont la moindre légitimité coutumière, le moindre
rapport avec la réalité historique des systèmes politiques traditionnelles », in Rois d’Afrique, Paris, Les Editions
Arthaud, 1991, p. 7.
707
ONDO (T.), thèse précité, pp. 60-61.
708
Sur le fondement religieux de l’irresponsabilité du Chef de l’Etat, voir, PANCRACIO (J.-P.), « L’évolution
historique du statut international du Chef d’Etat », in Société Française pour le droit international, Le Chef d’Etat
et le droit international, op. cit., pp. 89-90 ; ZOLLER (E.), Droit constitutionnel, op. cit., pp. 482-483.
709
OWONA (J.), « La Constitution de la IIIe République togolaise. L’institutionnalisation du Rassemblement du
Peuple Togolais », RJPIC, n°4, 1980, pp. 716-729.
710
DUHAMEL (A.), « Le monarque républicain », in Le Point, n°1179, 1995, p. 35.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 197
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
et constitutionnelle. Guy CARCASSONNEobserve à ce propos qu’ « en droit, la Constitution
confie au Chef de l’État des attributions conséquentes. Mais c’est la pratique qui, sans
vraiment trahir la Constitution, mais plutôt en la conduisant à ses aboutissements, en a fait
un monarque républicain »711. À l’évidence, l’un des traits caractéristiques majeurs du
présidentialisme négro-africain est l’irresponsabilité du Président de la République du fait de
son omnipotence et de son omniprésence712. Textuellement, l’irresponsabilité du Président de
la République se fonde sur des dispositions constitutionnelles consacrant son immunité. Au
Cameroun en effet, l’article 53 de la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996, dans sa
modification du 14 avril 2008 proclame que « Les actes accomplis par le Président de la
République en application des articles 5, 8, 9 et 10 ci-dessus, sont couverts par l’immunité
et ne sauraient engager sa responsabilité à l’issue de son mandat ». Il s’agit d’une
irresponsabilité qui couvre tous les actes politiques et même administratifs accomplis par le
Président de la République dans l’exercice de ses fonctions. Par ailleurs, l’irresponsabilité du
Président de la République peut être renforcée par la rationalisation parlementaire713.
2. L’étendue de l’irresponsabilité
L’irresponsabilité protège le titulaire d’une fonction politique contre d’éventuelles
poursuites judiciaires pour les actes accomplis dans l’exercice des fonctions714.
L’irresponsabilité garantit une protection absolue, c’est-à-dire elle soustrait à l’action de la loi
pénale tous les actes commis dans le cadre de la fonction715, et perpétuelle dans le sens où elle
se poursuit même après la fin du mandat716. Les Professeurs Antonio CASSESEet Michel
DELMAS-MARTYrésument parfaitement cet état de choses. Selon eux, les immunités
711
CARCASSONNE (G.), « Pouvoirs présidentiels », in Le Point, n°1179, 1995, p. 34. La
712
ADANDEDJAN (A-M), « Les lacunes du nouveau constitutionalisme dans les États d’Afrique subsaharienne
francophone », op cit., p. 196.
713
Les mécanismes de contrôle politique dévolu dans les attributions de l’Assemblée Nationale paraissent
inefficaces en raison de la confusion entre la majorité parlementaire et la majorité présidentielle. Sans oublier le
droit de dissolution de l’Assemblée nationale conféré au Président de la République V. SOMALI (K.)Le
Parlement dans le nouveau constitutionnalisme en Afrique : essai d’analyse comparée à partir des exemples du
Bénin, du Burkina Faso et du Togo, Thèse précité. 491 p ; MENGUE ME ENGOUANG (F.), « Le nouveau
Parlement gabonais », in Afrique juridique et politique, Vol. 1, 2002, pp. 5-12.
714
PONSOT (F.), Les immunités en droit constitutionnel dans la doctrine publiciste française de 1789 à
aujourd’hui, Thèse de Doctorat en droit public, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2020, p. 45.
715
Ibidem, p. 46.
716
Idem.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 198
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
fonctionnelles « s’appliquent à toute personne agissant en sa qualité officielle de
représentant d’un État : limitées aux actes liés aux fonctions (compétence rationemateria),
elles ont un caractère permanent et font obstacles aux poursuites, même après que les
fonctions eurent pris fins »717. Cette irresponsabilité est garanti aussi bien en droit interne
qu’en droit international.
En droit interne, l’immunité fonctionnelle veut dire que pour les actes accomplis dans
l’exercice de ses fonctions, le Président de la République ne peut pas être poursuivi et
condamné devant les juridictions ordinaires notamment devant le juge pénal. Cette protection
du Président de la République le couvre même à sa retraite présidentielle c’est-à-dire après la
cessation de ses fonctions. L’économie générale de ces dispositions révèle une volonté
certaine de tourner le dos à l’idée de traduire les Chefs d’État retraités en justice et de leur
garantir une impunité totale. Cependant, la loi constitutionnelle prévoit une exception à
protection ; l’article 53 de la réforme de 2008 proclame que le Président de la République
peut être mis en accusation devant la Haute Cour de Justice pour les actes accomplis dans
l’exercice de ses fonctions pour haute trahison. Cette disposition traduit la volonté du
Constituant d’opérer une distinction entre irresponsabilité et impunité. Seulement, cette
volonté se heurte à l’imprécision de la notion de « haute trahison » qui peut donner recours à
diverses interprétations en fonction des intérêts en présence.
En droit international public, l’immunité fonctionnelle718 signifie que les actes commis
par les hauts représentants étatiques719 en général et le Chef de l’État en particulier au titre de
l’accomplissement de sa fonction ne sont pas susceptibles de poursuites devant un tribunal
pénal étranger720. Dans ce sens, le Président de la République ne peut être arrêté ni jugé. Il ne
717
CASSESE (A.) et DELMAS-MARTY (M.), Juridictions nationales et crimes internationaux, Paris, PUF,
2002, p. 638.
718
Cette notion est reprise dans les préambules de la Convention de Vienne du 18 avril 1961 sur les relations
diplomatiques, la Convention de Vienne du 24 avril 1963 sur les relations consulaires et la Convention de New
York du 8 décembre 1969 sur les missions spéciales. Ces conventions précisent que le but des privilèges et
immunités est « non pas d’avantager des individus mais d’assurer l’accomplissement efficace des fonctions ».
Voir dans ce sens, QUENEUDEC (J-P), « Un arrêt de principe : l’arrêt de la CPI du 14 février 2002 », in
Actualité et droit international, document disponible sur [Link] consulté le 8 décembre 2021, p.
3.
719
EHRENFREUND (N.), L’immunité des hauts représentants étatiques en droit international public Mémoire
de Master en droit public, Université de Lausanne, 2018, 63 p.
720
TACHOU-SIPOWO (A-G), « L’immunité de l’acte de fonction et la responsabilité pénale pour crimes
internationaux des gouvernants en exercice », [Link]., p. 643.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 199
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
peut en principe faire l’objet d’un mandat d’arrêt. Cependant, en cas de mandat d’arrêt lancé
contre un Chef d’État en exercice, celui-ci doit tenir compte des contraintes et principes
dégagés en matière de procédure721. Ainsi, le Président de la République peut être poursuivi
devant la cour pénale internationale pour crimes de génocide, crimes contre l’humanité,
crimes de guerre ou crimes d’agression. Malgré ces hypothèses, il demeure que la fonction
protège son titulaire, et en tant que Président de la République, l’intérimaire, bénéficie de ce
régime d’immunité fonctionnelle, qui est complété par une immunité personnelle sous la
forme d’inviolabilité.
B. L’immunité personnelle : L’inviolabilité
L’inviolabilité qui est considérée comme une fiction juridique722 consiste en une
« Protection de la personne du (Président de la République) destinée à éviter tout
empêchement, direct ou indirect, à l’exercice du mandat »723. Elle renvoie précisément à une
protection accordée au titulaire de la fonction présidentielle durant son mandat contre tout
incident, afin qu’il se déroule paisiblement, au regard de la noblesse et de la prééminence du
poste présidentiel au sein de l’Etat. La protection s'entend alors ici comme la précaution qui
consiste à prémunir le Président de la République contre un risque d’interruption de son
mandat, en garantissant sa sécurité, sa sérénité et son intégrité par des moyens juridiques ou
matériels724. De ce fait, l’inviolabilité dont il est question concerne aussi bien la protection
personnelle (1) que matérielle (2).
721
Ibidem, pp. 629-672 ; KOUASSI (A.), La justiciabilité des Chefs d’État en exercice devant la Cour Pénale
Internationale. Thèse de Doctorat en droit public, Université Grenoble Alpes, 2016, 530 p
722
« Procédé de technique juridique consistant à supposer un fait ou une situation différente de la réalité pour
en déduire des conséquences juridiques », CORNU (G.), Vocabulaire juridique, [Link]., p.253. ; le lexique des
termes juridique pour sa part conçoit la fiction juridique comme « Procédé de technique juridique permettant de
considérer comme existante une situation manifestement contraire à la réalité ; la fiction permet de déduire des
conséquences juridiques différentes de celles qui résulteraient de la simple constatation des faits »,
GUINCHARD (S.), DEBARD (T.), Lexique des termes juridiques, [Link]., p.1087.
723
AVRIL (P.) GICQUEL (J.),Lexique de droit constitutionnel, PUF, 4e édition, 2013, 127 pages.
724
Selon la définition du mot « protection », du latin protectio, donnée par le Vocabulaire juridique. Cf.,
CORNU (G.), (Dir.), Vocabulaire juridique, Op. cit.,p. 736. Cité par MBPILLE (P. E.), Le Président de la
République en droit constitutionnel camerounais, thèse de doctorat en droit public, Université de Yaoundé II,
2015, p.306.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 200
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
1. La protection personnelle
La fonction présidentielle place l’intérimaire dans une posture unique, car, il n’est plus
un justiciable comme les autres725.L’exercice du mandat présidentiel confère à son titulaire
une inviolabilité personnelle étendue. Elle s’oppose à tout acte de contrainte, devant toute
juridiction ou autorité administrative.
En effet, le Président de la République, même provisoire, chargé notamment d’assurer
le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’État, ne peut être
considéré comme un justiciable ordinaire. Il ne pourrait « être conduit à se défendre dans
maints contentieux, dont certains pourraient être provoqués que par la volonté de nuire à
son image ou sa réputation, mais dont tous le placeraient alors dans une situation
incompatible avec l’exercice normal de sa charge »726. C’est la raison pour laquelle l’Institut
de droit international, lors de sa Session de Vancouver, tenue le 26 août 2001, a adopté une
Résolution sur « Les immunités de juridiction et d’exécution du Chef d'Etat et de
gouvernement en droit international », sous la plume du Professeur Joe VERHOEVEN.
Le Président de la République bénéficie d’un privilège de juridiction727 durant son
mandat. Ce privilège qui correspond en réalité à une inviolabilité vise à protéger le titulaire de
la fonction présidentielle contre les attaques pour les actes accomplis en dehors des fonctions,
en tant qu’individu, qu’ils soient antérieurs ou extérieurs à son mandat728. Ainsi, aucune
action, poursuite, fondée ou non ne saurait directement ou indirectement infléchir le cours de
l’exercice de son mandat. Néanmoins, la Constitution ne lui interdit pas de témoigner de son
plein gré à l’effet, par exemple, de contribuer à la bonne administration de la justice729.
725
KOFFI KOUAME (S.-P.), Constitutionnalisme et démocratie en Afrique noire francophone : le cas du Bénin,
de la Côte d’Ivoire, du Mali, du Burkina Faso, du Togo et du Sénégal, Thèse de doctorat en droit public,
Université Paris 13-Sorbonne Paris cité, 2017, p. 368.
726
Rapport de la Commission de réflexion sur le statut pénal du Président de la République française, présidée
par le Professeur Pierre AVRIL, p. 33.
727
BOUDON (J.), « Le privilège de juridiction de l’article 68-1 de la Constitution s’apparente t-il à une immunité
? Autour de l’affaire Clearstream », in Gérard CLÉMENT et José LEFEBVRE (dir.), Les immunités pénales.
Actualités d’une question ancienne, Paris, PUF, 2010, pp. 31-47.
728
PONSOT (F.), Les immunités en droit constitutionnel dans la doctrine publiciste française de 1789 à
aujourd’hui, [Link]., pp. 45-46.
729
En 1974, le Président Valéry Giscard d’ESTAING cité à comparaître devant le tribunal correctionnel de Paris,
avait accepté de témoigner de son plein gré. Sous la IIIe République, le Président Raymond POINCARÉ avait
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 201
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
L’immunité d’exécution quant à elle réside dans l’interdiction faite aux Etats
d’appliquer les décisions de leurs juridictions aux Chefs d’Etat étrangers se trouvant sur leur
territoire. Elle garantit ainsi le déroulement paisible de la fonction présidentielle. Cette
immunité est prévue par l’article 3 de la Résolution de la Session de Vancouver de l’Institut
de droit international qui dispose que « Toutefois, aucun acte lié à l’exercice de la fonction
juridictionnelle ne peut être accompli à son endroit lorsqu’il se trouve sur le territoire de
cet Etat, dans l’exercice de ses fonctions officielles. ».
L’inviolabilité en réalité concerne les actes qui sont détachables de la fonction. C’est
dire qu’en dehors des cas de haute trahison, le Président de la République en exercice ne
répond d’aucun acte bien qu’il en soit l’auteur730. Ainsi, dans un arrêt du 10 octobre 2001,
Breisacher731, l’assemblée plénière de la Cour de Cassation a jugé que les actes accomplis en
dehors de l’exercice de fonction devaient être interprétés comme conférant au Chef de l’État
une inviolabilité pénale temporaire, pendant l’exercice de son mandat. Il ne pouvait donc être
poursuivi pour de tels actes, ni devant la Haute Cour de justice, ni devant les juridictions de
droit commun, du moins, pour ces dernières, pendant la durée de son mandat.
En somme, le Chef d’État durant son mandat, est quasi intouchable devant les
juridictions pénales ; nationale ou internationale732, sauf en cas de haute trahison ou de crimes
relevant de la compétence de la Cour Pénale Internationale733. A côté de cette protection
personnelle, le Président de la République bénéficie également d’une protection matérielle.
également décidé de témoigner devant le Premier Président de la Cour d’appel de Paris afin de protéger la
dignité de sa fonction (affaire Caillaux, en1914).
730
BIPELE KEMFOUEDIO (J.), « La rationalisation de l’exécutif dans le nouveau constitutionnalisme des États
de l’Afrique noire francophone : cas du Cameroun, Bénin, Tchad et Gabon », Revue du Centre Michel de
L’Hospital, n°19, 2019, p. 30.
731
Cass, Plén, 10 octobre 2001, Breisacher, R.F.D.A., 2001, p. 1186. Cité par MBANG EDINGUE (A.R.)
« L’irresponsabilité du Président de la République à l’épreuve de la protection du mandat présidentiel dans les
États d’Afrique noire francophone », In International Multilingual Journal of Science and Technology (IMJST)
Vol. 7 Issue 9, September – 2022. P.5511.
732
KOUASSI (A.), La justiciabilité des Chefs d’État en exercice devant la Cour Pénale Internationale, op cit., p.
24 ; EHRENFREUND (N.), L’immunité des hauts représentants étatiques en droit international public, Op cit.,
pp. 12-13.
733
La loi constitutionnelle française n°2007-238 du 23 février 2007 portant modification du titre IX de la
Constitution de 1958 a modifié le régime de responsabilité du Président de la République qui se traduisait
antérieurement par une irresponsabilité de principe, sauf en cas de « haute trahison ». Ce nouveau régime tient
aussi compte des obligations résultant de la qualité de signataire de la France du Statut de Rome et des
conséquences qui pourraient en découler pour le Président en cas de crimes poursuivis par la CPI. Désormais le
nouvel article 68 dispose : « Le Président de la République ne peut être destitué qu’en cas de manquement à ses
pouvoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat. La destitution est prononcée par le
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 202
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
2. La protection matérielle
La protection matérielle est celle qui protège les biens du Chef de l’Etat. Cette
protection est garantie aussi bien sur le plan nationale qu’internationale.
Au plan national, les biens du Président sont insaisissable, inaliénable. En effet, durant
son mandat, les biens du chef de l’Etat ne peuvent faire l’objet d’une saisie, c’est-à-dire qu’ils
ne peuvent faire l’objet de confiscation temporaire au définitive. Ils sont par ailleurs
inaliénables, dans la mesure où ils ne peuvent faire l’objet d’une transmission d’une personne
à une autre.
Au plan international, cette protection est posée par l’article 4 (paragraphe 1) de la
Résolution de Vancouver, de l’Institut de droit international. Cet article dispose que «Les
avoirs personnels du chef d’Etat qui sont localisés dans le territoire d’un autre Etat ne
peuvent y être saisis ni faire l'objet d’une quelconque mesure d'exécution forcée, sauf pour
donner effet à un jugement prononcé contre lui et passé en force de chose jugée. ». Ce texte
ajoute que ces avoirs ne peuvent faire l’objet d’aucune saisie ou mesure d’exécution lorsque
ce chef d’Etat se trouve sur « leterritoire du for »734 dans l’exercice de ses fonctions
officielles735. Cependant,dès lors qu’il est établi que nous sommes en présence de biens mal
acquis, la règlementation change. l’Institut de droit international dans le paragraphe 2 de
l’article 4 de sa Résolution deVancouver dispose à cet effet que « lorsque la légalité de
l’appropriation d’un bien ou de tout outre avoir détenu par ou pour le compte d'un Chef
d’Etat prête sérieusement à doutes, les dispositions qui précèdent n’empêchent pas les
autorités de l’Etat dans le territoire duquel ces biens ou avoirs sont localisés de prendre à
Parlement constitué en Haute Cour. La proposition de réunion de la Haute Cour adoptée par une des
assemblées du Parlement est aussitôt transmise à l’autre qui se prononce dans les quinze jours… ». L’article 67
dispose également : « Le Président de la République n’est pas responsable des actes accomplis en cette qualité,
sous réserve des dispositions des articles 53-2 et 68 ». Article 53-2 : « La République peut reconnaître la
juridiction de la Cour pénale internationale dans les conditions prévues par le traité signé le 18 juillet 1998 ».
C’est en 2014 que sera adoptée la loi organique n°2014-1392 du 24 novembre 2014 portant application de
l’article 68 de la Constitution. Cette loi prévoit les modalités de mise en accusation du Président de la
République durant son mandat.
734
Il s’agit du territoire sur lequel un tribunal a compétence pour exercer sa juridiction. Lire sur la question,
WEIL (P.), « Le contrôle par les tribunaux nationaux de la licéité des actes des gouvernants étrangers », in
Annuaire Français de Droit International, 1997, pp. 9-52.
735
Cf., article 4 de la Résolution de l'Institut de droit international, Session de Vancouver, du 26 août 2001.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 203
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
leur égard les mesures provisoires jugées indispensables pour en conserver le contrôle tant
que la légalité de leur appropriation n’est pas établie à suffisance de droit».
De cette manière, en tant que Chef de l’Etat, l’intérimaire bénéficie, de privilèges qui
garantissent la bonne exécution de son mandat. Sa personne est quasiment sacrée, tandis que
ses biens et avoirs sont hyper protégés. S’il est vrai, comme nous l’avons démontré que
l’octroi de la stature présidentielle accorde à l’intérimaire certains privilèges, celui-ci est par
contre assujetti à des incompatibilités.
Paragraphe 2 : Les incompatibilités liées à la fonction d’intérimaire
La notion d’incompatibilité736 trouve son origine en Angleterre avec « l’acte
d’établissement» qui pose que nul titulaire d’un emploi pourvu par le Roi ou titulaire d’une
pension ne pourra servir de représentant à la chambre des communes. Le principe est conservé
en France pendant la période révolutionnaire et mis en œuvre dans les régimes libéraux.
Michel AMELLER définissait l’incompatibilité comme « la règle qui interdit à un
parlementaire d’exercer certaines occupations en même temps que son mandat »737. Dans
sa posture de chef d’Etat, l’intérimaire est soumis à un régime qui est celui de tout Président
de la République. Le nouveau statut du Président de la République par intérim l’assujetti à un
régime d’incompatibilité dont il convient d’examiner la signification (A) et la portée (B).
A. La signification de l’incompatibilité
Conforment aux dispositions de l’article 7 alinéa 4 de la loi constitutionnelle
camerounaise de 1996, « les fonctions de Président de la République sont incompatibles
avec toute autre fonction publique élective ou toute activité professionnelle ». Allant dans le
même sens, l’article 25 de la Charte constitutionnelle de la transition centrafricaine dispose
que « la fonction de Chef de l’Etat de la transition est incompatible avec l’exercice de toute
autre fonction politique, ministérielle ou juridictionnelle, de tout autre mandat ou fonction
736
PIROU (X.), « L’incompatibilité entre fonction gouvernementale et mandat parlementaire : vers une
séparation atténuée des pouvoirs ? », VIIe Congrès français de droit constitutionnel, AFDC, Paris, 25-27
septembre 2008. Atelier n° 6 : Constitution, pouvoirs et contrepouvoirs, 17 pages.
737
AMELLER (M.), Parlements, Paris, PUF, 1966, p. 72. Cité par TUEKAM TATCHUM (C.) L’intérim du
Président de la République dans le nouveau constitutionnalisme des Etats d’Afrique d’expression française thèse
précitée, p.168.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 204
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
électif, de toute activité lucrative, de toute fonction de représentation professionnelle ou de
tout emploi salarié ». Ainsi, sur la base de ces dispositions, l’exercice des fonctions de
Président de la République est incompatible avec toute autre fonction publique (1), ou activité
professionnelle (2).
1. L’incompatibilité avec toute autre fonction publique élective
Cette incompatibilité exprime l’idée selon laquelle le titulaire de la fonction
présidentielle ne doit pas occuper une autre fonction publique élective. En d’autres termes, le
Président de la République ne doit pas exercer un autre mandat électif dans le cadre d’une
fonction publique. Cette incompatibilité s’étend ainsi sur toutes les autres fonctions publiques
électives, dans lesquelles le Président exercerait un mandat en tant que sénateur, député,
conseillers régional ou municipal.
Ces prescriptions relatives aux incompatibilités sont applicables au Président par
intérim. C’est en substance ce qu’a rappelé la Cour constitutionnelle gabonaise lorsqu’elle
affirme que « les fonctions de Président de la République étant incompatibles avec
l’exercice de toute autre fonction publique, l’intérim du Président du Sénat est assuré par
le premier Vice-président de cette institution». Soumettre le Président par intérim à ce régime
d’incompatibilités est un gage de son « indépendance morale »738 selon la formule du Doyen
VEDEL. C’est aussi un moyen de protection de la fonction présidentielle pendant cette
période particulière durant laquelle l’intérimaire devra se consacrer de façon exclusive à
l’exercice des charges délicates qu’induit son statut présidentiel.
En l’espèce, l’intérimaire est à l’origine titulaire d’un mandat de sénateur ; bien plus,
il est élu par ses pairs comme Président de cette chambre. La question qui se pose alors ici est
celle de savoir : Le Président d’une assemblée parlementaire en l’occurrence du Sénat,
assurant l’intérim du Président de la République perd-t-il la qualité de parlementaire en raison
de l’incompatibilité posée par la Constitution entre les deux fonctions ? Au regard des
exigences liées à la fonction présidentielle, la réponse nous parait ambigüe. En effet, Il y a ici
une sorte de dédoublement fonctionnel car l’intérimaire qui conserve la qualité de
738
VEDEL (G.), Manuel élémentaire de droit constitutionnel, réédition présentée par G. CARCASSONNE et O.
DUHAMEL, Paris, Dalloz, 2002, p. 98.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 205
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
parlementaire, ne peut cependant s’en prévaloir durant toute la période d’intérim dans laquelle
il arbore la nouvelle casquette de Président de la République. Le Président du Sénat, sans
perdre la qualité de sénateur, ne saurait agir comme tel durant toute la période de l’intérim,
« dans la perspective d’éviter tout cumul qui serait préjudiciable à la conduite des affaires
de l’Etat durant cette période de crise »739.
Si le remplacement de l’intérimaire comme Président de chambre ne pose pas de
problème, puisque cette responsabilité revient au Vice-président, la question qui se pose en
revanche est celle de savoir s’il peut alors être remplacé comme simple sénateur durant
l’intérim par son suppléant ? LE TOUZE, sur la base de l’expérience vécue pendant les deux
intérims de 1969 et 1974, dans lesquelles le Président POHER ne fut pas remplacé au Sénat,
donne deux raisons, qui expliquent cette solution. D’une part, «si le Président du sénat
devrait être remplacé par son suppléant, il ne pourrait retrouver son siège à l’issue de la
période intérimaire. Il faudrait alors que le suppléant démissionne à son tour pour
provoquer une élection partielle ; procédure qui s’avère longue, lourde et inutile»740.
D’autre part, « le caractère provisoire de l’intérim ne justifie pas la mise en œuvre d’une
procédure réservée aux situations définitives »741. Suivant cette position et conformément à
l’exigence de non cumul de fonction, on peut supposer que le Sénat pourra valablement
délibérer en l’absence d’un de ses membres durant toute la période de l’intérim. De cette
solution, découle une autre question : le Président intérimaire peut-il refuser la charge de
l’intérim et conserver la présidence de la Chambre ? Au Cameroun comme dans la plupart des
Etats africains, l’on observe un mutisme textuel sur la question. LE TOUZE propose une
solution par à propos de la France qui nous parait convenable. Il estime que «dans la mesure
où la charge intérimaire découle de la qualité de Président du Sénat, il semble difficile de
séparer ces deux fonctions. Dans ces conditions, le Président de la haute assemblée ne
pourra se dispenser d’exercer l’intérim qu’en donnant sa démission comme Président du
Sénat. Mais, il ne démissionne que de son mandat de Président et non de son mandat de
739
TUEKAM TATCHUM (C.) L’intérim du Président de la République dans le nouveau constitutionnalisme des
Etats d’Afrique d’expression française, thèse précitée, p.168.
740
LE TOUZE (C.), L’intérim du Président de la République sous la Ve République : le rôle du Sénat et du
Gouvernement pendant la vacance ou l’empêchement, thèse de doctorat d4Etat en droit, Université de Paris 2,
1980 p.431.
741
Idem.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 206
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
sénateur »742. En dehors de cette incompatibilité avec toute autre fonction publique élective,
le Constituant interdit également au Président de la République d’exercer toute autre activité
professionnelle, une interdiction qui s’applique à l’intérimaire.
2. L'incompatibilité avec toute activité professionnelle
La notion d’incompatibilité est large, et dans son sens courant, elle caractérise toute
« inconci1iabilité » entre deux situations, celles-ci pouvant d’ailleurs avoir diverses natures.
Deux choses incompatibles sont forcément injuxtaposables, cela appelle donc nécessairement
une alternative, un choix, le cumul de deux situations juridiques incompatibles étant prohibé.
Ainsi, dans le cadre de cette étude, nous pouvons définir l’incompatibilité professionnelle
comme la prohibition du cumul d’une fonction publique, en l’occurrence la fonction
présidentielle avec une ou plusieurs fonctions professionnelles. Etant donné
queL’inconci1iabilité ou incompatibilité professionnelle constitue une atteinte à la liberté
professionnelle, dans la mesure où elle viole la règle d’après laquelle tout individu peut
exercer plusieurs professions ou métiers, seule le Constituant ou le législateur ont compétence
pour édicter une telle restriction. Reprenant les dispositions de la Constitution, l’article 119 de
la loi portant Code électorale du Cameroun dispose que « les fonctions de Président de la
République sont incompatibles avec (…) toute activité professionnelle ». Dès lors, il est clair
que L’incompatibilité prohibe l’exercice simultané par le Président de la République de ses
hautes fonctions avec toute autre activité professionnelle. Cette interdiction le met dans
l’obligation d’exercer strictement sa fonction.
En effet, l’acceptation de la fonction présidentielle comporte en elle-même
l’acceptation d’un certain nombre d’inégalités, d’un droit différent du droit applicable aux
salariés du secteur privé. Le Président de la République, en raison de la distinction de l’intérêt
public et de l’intérêt privé743, de l’intérêt général et de l’intérêt particulier744, qui n’ont pas les
mêmes finalités, est soumis à une forte spécificité juridique.
742
Idem, p.426.
743
« L’engagement dans la cité et le service de la chose publique commandent de la part de ceux qui s’y
consacrent, le respect d’une déontologie spécifique qui tend à prévenir la survenance de conflits entre la mission
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 207
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
De façon plus précise, l’incompatibilité dont il est question ici signifie que le
Président de la République ne devrait plus exercer la moindre activité professionnelle. Il ne
devrait plus relever de la fonction publique, ni du Code du travail. Il ne doit non plus exercer
une fonction libérale. Il ne pourra pas par exemple tenir un cabinet d’avocat, d’huissier, de
notaire, de conseil, d’expert ou médical, ni même un commerce pendant son mandat. Il est
important de souligner que ces incompatibilités s’appliquent ex post, c’est-à-dire à partir du
moment où il entre en fonction.
Ayant ainsi relevé la signification de l’incompatibilité, il convient à présent d’aborder
sa portée.
B. La portée des incompatibilités
L’incompatibilité dans ce cadre peut avoir une double portée qui tient d’une part à son
importance (1) et d’autre part à ses effets (2).
1. L’importance des incompatibilités
L’importance des incompatibilités est de garantir la neutralité du Président de la
République dans l’exercice de ses hautes fonctions. « Le Président de la République ne doit
pas avoir deux bureaux »745, Il ne doit pas avoir un supérieur hiérarchique dans une
administration publique ou privée au sein d’un Etat dont il est le Chef. Voilà justement le sens
et l’importance de ces incompatibilités. Car, si le Président de la République continue à
appartenir à un corps ou à un syndicat, sa neutralité serait fortement remise en cause et il
aurait tendance, même inconsciemment, à mieux résoudre les attentes professionnelles de ses
collègues au détriment de celles de tous les citoyens camerounais qui comptent légitimement
sur lui pour l’amélioration de leurs conditions de vie. Il convient à présent d’analyser les
effets déduits de ces conditions négatives.
publique et des intérêts privés » SAUVE (J.-M.), Conflits d’intérêts et déontologie dans le secteur public, AJDA
2012, p. 861).
744
Le particularisme de la fonction publique tient à la conception française de l’État : un État « qui est le
détenteur d’une vérité qui dépasse les vues individuelles et qu’il peut seul promouvoir, sous le nom d’intérêt
général », GREGOIRE (R.), La fonction publique, Dal. 1954, p. 26). Pour une étude sur la notion d’intérêt
général voir le Rapport public du Conseil d’État, 1999, Considérations générales : L’intérêt général (EDCE, n°
50), 1999.
745
MBPILLE (P. E.) Le Président de la République en droit constitutionnel camerounais, thèse pour le doctorat
PHD en droit public, Université de Yaoundé II, 2015, p.75
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 208
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
2. Les effets des incompatibilités
Concernant les effets des incompatibilités, il faut reconnaitre que le législateur n’a
jamais voulu dire que les candidats aux fonctions de Président de la République soient des
« chômeurs-nés », selon l’expression de Pierre Esaïe MBPILLE746. Il est plutôt question que
le Président s’engage à abandonner sa profession ou son métier dès son entrée en fonction en
tant que chef de l’Etat. Ceci entraîne donc principalement deux sortes d’effets: soit la
démission, soit la mise en détachement.
Dans le cas de la démission, le Président de la République renonce définitivement à
son emploi dans la fonction publique ou au sein de l’entreprise dont il relevait avant son
élection. Dans le cas de la mise en détachement, elle est offerte aux fonctionnaires, d’office,
pour exercer les fonctions de membre du gouvernement ou toutes autres fonctions publiques
électives ou un mandat syndical. C’est du moins ce qui ressort de l’article 70, alinéa 2 du
Statut Général de la Fonction Publique747.
Dès lors, l’intérimaire étant déjà bénéficiaire d’un mandat électif en sa qualité de
sénateur et plus encore de président de la chambre haute, devra plutôt faire l’objet d’un
détachement. En tant que Président de la République, il est appelé à exercer à plein temps un
mandat électif, et ce, pour la durée de l’intérim.
746
Idem.
747
Il faut distinguer le détachement consacré à l’article 70 du décret n°94/199 du 07 octobre 1994 partant Statut
Général de la Fonction Publiquede la disponibilité aménagé à l’article 81 du même texte. En principe, le
détachement c’est la position du fonctionnaire placé temporairement hors de son poste de travail (article 70, al.
1.), mais qui reste dans une situation légale et statuaire (article 78), et qui est rémunéré par l’organisme de
détachement (article 79); La disponibilité quant à elle est la position du fonctionnaire qui, placé temporairement
hors de son cadre, cesse de bénéficier pour la durée de cette position, de ses droits à la rémunération, à
l'avancement et à la pension (article 81). Pour approfondir, lire à cet effet, le décret n° 94/199 du 07 octobre
1994 modifié et complété par le décret n° 2000/287 du 12 octobre 2000 portant statut général de la fonction
publique de l'Etat. .
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 209
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
CONCLUSION DU CHAPITRE II
Dans l’optique d’assurer la continuité de l’Etat et de la fonction présidentielle en cas
de vacance du pouvoir, il est impérieux que l’intérimaire préalablement désigné soit
rapidement investi.L’investiture du Président par intérim, n’a rien d’automatique. Elle est
conditionnée par l’accomplissement d’un rituel obligatoire sans lequel l’intérimaire ne saurait
se prévaloir de la qualité de Président de la République, même pour une courte période. Cette
investiture se fait, conformément à la législation en vigueur, selon une procédure identique à
l’investiture d’un Président de la République ordinaire. Cette procédure fait intervenir certains
organes et se clôture par la prestation de serment.
C’est par la prestation de serment que l’intérimaire devient Président de la République.
Ce nouveau statut lui confère les privilèges et immunités attachés à la fonction présidentielle ;
mais également le soumet à un régime particulier d’incompatibilités qui influence les
compétences à sa charge.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 210
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
CONCLUSION DU TITRE II
Comme nous l’avons démontré, l’accession de l’intérimaire à la fonction
présidentielle est conditionnée par son investiture. Cette investiture passe préalablement par le
choix de l’intérimaire et obéit à un régime spécifique.
En ce qui concerne le choix de l’intérimaire, l’histoire constitutionnelle du Cameroun
nous a permis de comprendre que certains choix sont considérés comme marginaux soit en
raison de leur exclusion constante, soit alors en raison de leur faible probabilité à accéder à
cette fonction. D’autres choix par contre sont considérés comme primordiaux en raison de
leur consécration explicite et de leur forte probabilité à accéder à la fonction présidentielle.
En effet, relativement aux choix marginaux, la Constitution camerounaise est
permanente dans l’exclusion du Premier Ministre dans le choix de l’intérimaire en raison de
son illégitimité populaire, de son instabilité et de sa partialité. Toujours en rapport avec les
choix marginaux, le Constituant est moins rigide en ce qui concerne l’intérimaire au carré ou
intérimaire au second degré. Il s’agit du Premier Vice-président du Sénat. Bien qu’il existe
une possibilité pour cette autorité d’accéder à la magistrature suprême, l’hypothèse est
néanmoins difficilement réalisable dans la mesure où il est exigé que le Président de la
chambre soit dans l’impossibilité d’exercer ses fonctions. Par ailleurs, cette situation pourra
susciter quelques problèmes dans l’hypothèse ou la présidence de la chambre est assurée soit
par un vice-président membre de l’opposition, soit alors par le Doyen d’âge.
Les choix primordiaux quant-à eux sont ceux qui sont expressément reconnus par le
Constituant comme étant les bénéficiaires directs de ce statut. Le droit constitutionnel
camerounais a connu une fluctuation et une évolution dans ce cadre ; nous sommes partis
d’un intérimaire Vice-président de la République sous l’Etat fédéral, à un intérimaire
Président d’une assemblée parlementaire sous la forme unitaire de l’Etat. Sous cette dernière
forme, l’on a également observé une fluctuation dans le choix de l’intérimaire ; sous la forme
monocamérale du Parlement, l’intérim était exercé par le Président de l’Assemblée Nationale.
Il sera reconnu comme intérimaire jusqu’en 1996, avec l’instauration d’un Parlement
bicaméral, date à laquelle il sera remplacé par le Président du Sénat. Le choix de l’intérimaire
est un préalable à l’investiture, qui doit obéir à un régime spécifique.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 211
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Le régime de l’investiture de l’intérimaire obéit aux mêmes exigences de procédure
que l’investiture d’un Président ordinaire et produit les mêmes effets. Les exigences de
procédure tiennent à l’intervention de certains organes et à la prestation de serment. Pour ce
qui est des effets, ils sont liés d’une part au bénéficie d’importants privilèges attachés à la
fonction présidentielle et d’autre part à l’assujettissement à certaines incompatibilités. Au
demeurant, l’accession de l’intérimaire à la fonction présidentielle est conditionnée par
l’accomplissement de toutes ces conditions.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 212
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
CONCLUSION DE LA PREMIERE PARTIE
Au terme de cette première partie, il ressort que La continuité de l’Etat doit
nécessairement être assurée quel que soit la circonstance qui prévaut en cas de vacance du
pouvoir présidentiel. Alain POHER déclarait à ce sujet que « la Présidence connait un
intérim, mais la République n’en connait pas »748. En effet, un Etat moderne et
démocratique ne saurait s’arrêter parce que son chef est empêché, a démissionné ou est
décédé. Pour LE TOUZE, « c’est dans ces circonstances que la nation est la plus vulnérable
et doit donc bénéficier d’un fonctionnement régulier des pouvoirs publics, de la bonne
marche des administrations et des services publics et de la continuité du travail
gouvernemental »749. Pour assurer cette continuité de l’Etat pendant la période d’intérim la
Constitution prévoit un Président Intérimaire. Les analyses précédentes sont permit de
qualifier cette autorité de Président de circonstance, en raison des circonstances entrainant son
accès à la magistrature suprême et en raison des conditions de jouissance de ce statut.
Les circonstances justifiant l’accession du Président Intérimaire au pouvoir ont trait
aux mobiles de la vacance du pouvoir. Comme observé, certains de ces mobiles ont été vécus
au Cameroun, en l’occurrence la démission, d’autre sont prévus par le texte constitutionnel ; il
s’agit du décès, de l’empêchement définitif et de la destitution du Président de la République.
La survenance des ces mobiles n’entraine pas automatiquement l’investiture de l’intérimaire.
Une intervention juridictionnelle est nécessaire pour constater la vacance. Il revient donc au
juge constitutionnel de le faire.
La constatation de l’effectivité de la vacance a soulevé un autre problème, celui de
l’identification de l’autorité Intérimaire. Sur cette question, l’on est passé d’une autorité
exécutive en la personne du vice-président à une autorité législative. Cette dernière a d’abord
été, à l’époque du monocaméralisme du Parlement, le Président de l’unique chambre de cette
institution qui est le Président de l’Assemblée Nationale. Avec l’avènement du
bicaméralisme, cette compétence d’intérimaire a été dévolue au Président de la seconde
748
Alain POHER, Allocution télévisée du 18 avril 1974.
749
LE TOUZE (C.), L’intérim du Président de la République sous la Ve République : le rôle du Sénat et du
Gouvernement pendant la vacance ou l’empêchement, Op. cit.,p. 533.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 213
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
chambre qui est le Sénat. Quoi qu’il en soit, l’intérimaire doit prêter serment conformément à
la Constitution afin de jouir pleinement des qualités d’un chef d’Etat, fut il provisoire. Cette
prestation de serment revêt une grande importance car elle engage le président par intérim à
respecter et à défendre la Constitution et les lois du pays pendant sa période de mandat. De
toute les façons, l’intérimaire est investit pour assurer la transition.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 214
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
SECONDE PARTIE :
UN PRESIDENT DE TRANSITION
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 215
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
La vacance du pouvoir présidentiel ouvre une période de parenthèse au cours de
laquelle l’on observe des dysfonctionnements politiques et institutionnels. Il s’agit
précisément d’une période de transition au sommet de l’Etat donc la régulation du processus
est à la charge du Président de la République intérimaire. La question que l’on pourrait se
poser ici est celle de savoir : à quoi renvoie la notion de transition ?
Les transitions démocratiques constituent un moment fondateur de la
constitutionnalité en Afrique. Ce mouvement massif et convergeant a été appréhendé dans un
cadre analytique, par la théorie de « transitologie »750 comme le changement des procédures
au cours d’une période couvrant l’effacement d’un régime autocratique et les efforts pour
implanter un régime démocratique. La transition peut donc être considérée comme «
l’intervalle entre un régime politique et un autre »751, ou encore comme « un laps de temps
délimité à chaque intervalle par l’existence d’un régime politique présumé stable »752. La
transition est donc un moment intermédiaire entre l’ancien régime déclaré caduque en raison
d’une situation de vacance et un nouveau régime à élaborer. Durant cette période,
normalement circonscrite dans le temps, sont élaborés les traits du nouveau régime
constitutionnel et politique (nouvelle constitution et l’élection de nouveaux dirigeants dans
des élections pluralistes). Seulement, Comme le souligne Charles TUEKAM TATCHUM, il
est important de noter que la transition qui s’opère dans le cadre d’un intérim n’entraine pas
nécessairement un changement de régime, mais parfois seulement un changement d’homme,
ou d’équipe dirigeante.
Le processus de transition est considéré comme un processus incertain quant à son
issue, dans la mesure où il intervient à la suite d’une situation de crise753. L’analyse des
processus de transition repose sur le postulat que le processus est totalement incertain, et que
l’incertitude inhérente au changement est liée aux jeux des acteurs. Le produit de la transition
est le résultat des rapports de force entre différentes catégories d’acteurs, selon qu’ils sont
750
O’DONNELL (G.A.) et SCHMITTER (P.C.), Transitions fromauthoritarianrule : tentative conclusions
about uncertaindemocracies, Baltimore, John Hopkins UniversityPress, 1986, p. 6, cités par GUILHOT (N.),
SCHMITTER (P.), « De la transition à la consolidation. Une lecture rétrospective des democratizationstudies »,
in RFSP, n°4-5, 2000. pp. 618.
751
Idem.
752
Idem.
753
DOBRY (M.), Sociologie des crises politiques. Paris, FNSP, 1986 ; BANÉGAS (R.), « Les transitions
démocratiques, mobilisation collective et fluidité politique », Cultures et Conflits, 12, Hiver, 1993, pp. 105-140.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 216
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
situés dans le pouvoir (insiders) ou extérieurs à celui-ci (outsiders), qu’ils appartiennent aux
élites ou aux masses.
Etant donné que la transition « résulte de l’apparition de multiples changements qui
se produisent simultanément à différents niveaux et dans différents secteurs de la société et
qui se renforcent et s’amplifient mutuellement jusqu’à entraîner — en cas de transition
réussie — une reconfiguration globale du système considéré »754, la question qui se pose ici
est celle de savoir qu’est ce qui singularise le Président de la République Intérimaire en droit
camerounaisdans la gestion du processus de transition au sommet de l’Etat ?
En guise de réponse à cette question, l’on peut dire que l’intérim étant limitée
par définition, l’intérimaire n’est pas appelé à définir une politique nationale propre. La
particularité du Président de la République par intérim en droit constitutionnel camerounais
réside dans les missions qui lui sont dévolues, celle de veiller à la continuité du pouvoir
présidentiel, et par conséquent de l’Etat (Titre I), et celle de garantirl’alternance au sommet
de l’Etat (Titre II) en tant que arbitre du processus successoral.
754
BOULANGER (P.-M.), « Une gouvernance du changement sociétal : la transition management», in La
Revue Nouvelle, 2008, n° 11, pp. 61-7.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 217
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
TITRE I :
UN GARANT EXCEPTIONNEL DE LA CONTINUITE
DE L’ETAT
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 218
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
La continuité de l’État fait référence à la capacité d’un État à maintenir son
fonctionnement normal, ses institutions et ses services essentiels en cas de crises, de
catastrophes naturelles, de conflits ou de changements politiques majeurs755. Pour cela,
« l’État ne doit pas s’arrêter, ni lui-même, ni dans ses institutions, ni dans ses compétences.
Cela suppose la permanence de l'État dans son existence, dans ses institutions et leurs
activités »756. Cela signifie que la continuité de l’État ne doit pas être « entamée en cas de
changement de régimes, ni en cas de changement de dirigeants politiques. Par voie de
conséquence, on ne peut pas s’y fonder pour pérenniser ad vitam le pouvoir d’un
individu »757. Elle renvoie plutôt à la garantit que le gouvernement doit à fournir des services
essentiels à la population, même dans des situations exceptionnelles.
La continuité de l’État est essentielle pour maintenir la stabilité politique, la sécurité
et le bien-être des citoyens. Elle permet également de sauvegarder les institutions
démocratiques et de prévenir les situations de vacance du pouvoir. Ainsi, dire que le Président
de la République par intérim est un garant de la continuité de l’Etat implique une préalable
clarification sémantique. Il convient de clarifier tour à tour les notions de garant exceptionnel
et de continuité de l’Etat.
Le garant désigne « celui qui répond. C’est à lui que l’on demande des comptes à
propos de cette chose placée sous sa responsabilité »758. Le Professeur Philippe ARDANT
est de cet avis lorsqu’il affirme que, s’agissant du Président de la République, « il est institué
un garant ; On conclut qu’il en est responsable et répond de leur acte »759. L’adjectif
qualificatif exceptionnel désigne « ce qui est hors de la loi commune, qui parait unique »760.
755
De la continuité de l’État il faut distinguer la continuité de service public. Celle-ci est un principe
fondamental de droit public qui inspire tant le droit constitutionnel (la continuité de l'État) que le droit
administratif. Une partie de la doctrine la considère comme une concrétisation en droit administratif de la
continuité de l’État (Voir Didier TRUCHET, Droit administratif, 5e éd., PUF, Paris 2013, p. 359). Mais
lorsqu'on sait que le droit administratif est antérieur quoiqu'inférieur au droit constitutionnel, il y a lieu de
prendre en considération les deux opinions.
756
YATALA NSOMWE NTAMBWE (C.) « La fin du mandat présidentiel et le principe de continuité de l'État
dans la Constitution congolaise », disponible sur [Link]
[Link], Août 2016, p.6, consulté le 17 novembre 2023.
757
Idem.
758
NGUELE ABADA (M.), « une intelligence de l’article 5 de notre loi fondamentale », in Cameroon Tribune,
n°11014, du lundi 18 janvier 2016, à l’occasion du 20e anniversaire de la loi constitutionnelle du 18 janvier
1996, p.10.
759
Lire à ce propos ; ARDANT (Ph), « l’article 5 et la fonction présidentielle », Pouvoirs-41, 1987, p.44.
760
[Link] ˃ français, consulté le 24 janvier 2024.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 219
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Nous considérons l’Intérimaire du Président de la République au Cameroun comme garant
exceptionnel de la continuité de l’Etat non seulement en vertu du fait que son intervention est
dérogatoire dans ce domaine, car ce rôle est en principe dévolu au Président de la République
élu761, mais aussi par rapport à l’importance des pouvoirs dont-il dispose soit du fait explicite
de la loi constitutionnelle, soit alors du fait de ses silences762.
La notion de continuité quant-à elle trouve ses origines dans une hérésie commise par
le maréchal Philippe PETAIN à travers « les actes constitutionnels de 1940 »763. Cette notion
peut être appréhendée comme « Ensemble des moyens juridiques destinés à préserver la
permanence de la vie nationale »764. C’est sans doute la raison pour laquelle le doyen Roger
BONNARD pense que la continuité consiste en ce que ; « malgré les changements dans les
institutions de l’Etat et les changements de personnes, malgré une transformation complète
de l’organisation de l’Etat, l’Etat survivrait sans interruption, ni même de novation, restant
toujours identique à lui-même »765. Allant dans le même sens, le professeur Jean GICQUEL
soutient que la continuité consiste à « assurer la pérennité de la vie nationale en vue de
préserver les droits et libertés des personnes »766. Il ressort de ces considérations que la
notion de continuité en droit constitutionnel renvoie à « l’absence d’interruption »767 dans
son fonctionnement et implique « la continuité de la vie nationale »768. Au sens de la
présente étude, la notion de continuité renvoie à l’engagement, voire la nécessité de l’Etat
d’assurer un fonctionnement régulier des pouvoirs publics sans interruption et de veiller à la
survie de l’édifice étatique.
761
Voir. Article 5 al 2 de la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996.
762
Qu’il s’agisse de la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996 portant révision de la constitution du 2 juin 1972,
ou qu’il s’agisse de la réforme constitutionnelle du 14 avril 2008, la constitution, et même la loi électorale sont
muettes ou peu expressives sur de nombreux aspects qui concernent les prérogatives de l’Intérimaire. On
pourrait citer le silence de la constitution sur l’exercice des pouvoirs de crise par l’Intérimaire, sur la possibilité
de dissoudre l’Assemblée Nationale, ou même les lacunes quant-à la protection de la norme constitutionnelle.
Lire sur la question OLINGA (A.D.), « La révision constitutionnelle du 14 avril 2008 », in POUGOUE (P.-G.),
L’obligation, Yaoundé, l’Harmattan Cameroun, 2015, pp. 629-665.
763
BONNARD (R.), « les actes constitutionnels de 1940 », R.D.P., 1942.
764
AVRIL (P.) GICQUEL (J.), Lexique de droit constitutionnel,[Link], p.35.
765
BONNARD (R.), « les actes constitutionnels de 1940 », [Link]. p56.
766
GICQUEL (J.), « sur la continuité de l’Etat », mélange en l’honneur de Louis DUBOUIS, Au carrefour du
droit, Paris, Dalloz, 2002, p.573.
767
DE VILLIERS (M.), LE DIVELLEC (A.), Dictionnaire de droit constitutionnel, [Link]., p.85.
768
Idem.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 220
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Le président de la République par intérim garanti donc exceptionnellement la
continuité de l’Etat par l’expédition des affaires courantes (chapitre I), ce qui est tout à fait
normal au regard de son statut ;mais la spécificité se perçoitdans la circonscrirede ses
compétences (chapitre II).
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
CHAPITRE I :
UN GARANT DE LA CONTINUITE DE L’ETAT PAR
L’EXPEDITION DES AFFAIRES COURANTES
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
En droit public, la gestion des affaires courantes fait référence à la notion de continuité
de l’administration publique. Elle englobe toutes les actions et décisions prises par les
autorités publiques pour assurer le fonctionnement régulier et ininterrompu des services
publics et le maintien l’ordre public. L’expédition des affaires courantes fait particulièrement
allusion à la gestion des différents services et organes gouvernementaux en période de
transition politique ou en l’absence d’un gouvernement en place. Il nous parait convenable de
procéder à l’étude de la construction de cette notion (Section I) avant d’analyser l’expédition
de ces affaires par l’intérimaire (Section II).
SECTION I : La construction de la notion d’affaire courante : l’évolution
d’une règle non écrite
L’article 7 de la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996 qui traite de la gestion de la
vacance au sommet de l’Etat, n’aborde pas explicitement la notion d’affaires courantes.
L’examen de la législation camerounaise également montre un mutisme sur la question. Il
convient dès lors de se tourner vers le droit comparé pour avoir des éléments de
compréhension de cette notion.
En effet, l’expédition des affaires courantes procède d’une règle non écrite, dont la
nature juridique a longtemps été controversée. Il s’agit d’un legs du régime parlementaire
caractérisé généralement par des périodes de rupture faisant suite à des démissions,
volontaires ou involontaires, du gouvernement. Les tractations devant aboutir à la constitution
d’un nouveau cabinet étant souvent longues, la continuité du pouvoir pourrait être affectée par
cette situation. Pour ces raisons, il est confié au gouvernement démissionnaire la mission
d’expédier les affaires courantes en attendant l’avènement d’une nouvelle équipe. Dans un
régime parlementaire, la théorie des affaires courantes s’applique tant en cas de démission du
Gouvernement que de dissolution de la Chambre769. Certains constitutionnalistes770 avaient
769
La période de dissolution des Chambres est nécessairement courte : en vertu de l’article 8, alinéa 12 de la
Constitution du 18 janvier 1996, «L’élection d’une nouvelle Assemblée a lieu conformément aux dispositions de
l’article 15 alinéa 4 ci - dessous.», c’est-à-dire « quarante (40) jours au moins et soixante (60) jours au plus
après » la dissolution. En toute hypothèse, cette durée ne peut donc excéder deux mois.
770
En l’occurrence, DE MEYER (J.), GANSHOF VAN DER MEERSCH (W.), LAMBRECHTS (W.),
SOMERHAUSEN (M.), VANWELKENHUYZEN (A.) et WIGNY (P.).
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 223
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
autrefois établi un rapport étroit entre ces deux hypothèses. Mais en droit constitutionnel
camerounais, la règle des affaires courantes s’applique également en cas de vide au sommet
de l’Etat, dans la mesure où l’intérimaire est chargé d’expédier toutes les affaires courantes
afin de garantir la continuité de l’Etat. Ainsi, conviendra-t-il d’examiner la nature de cette
règle non écrite (Paragraphe I) avant de présenter la réception juridique de cette règle
(Paragraphe II).
Paragraphe I : la nature de la règle non écrite
L’origine de la règle non écrite relative à l’expédition des affaires courantes est à
trouver dans une pratique monarchique aussi bien en France qu’en Belgique. Lorsque le Roi
acceptait officieusement771 la démission présentée par le Gouvernement, il charge ce dernier
d’expédier « les affaires courantes », et par conséquent de restreindre son action. S’agit-il
d’un simple usage ou d’une obligation juridique ?
Initialement, la section du contentieux administratif du Conseil d’Etat semblait
pencher en faveur de la première hypothèse, en considérant qu’il s’agissait là d’une « règle
politique» dont il ne lui appartient pas d’assurer le respect772. Par la suite, la Haute juridiction
administrative opère un revirement jurisprudentiel773, manifestement parce que les arrêtés
ministériels échappent, de par leur nature, au contrôle du Palais, de telle sorte qu’elle « se soit
sentie incitée à effectuer ce contrôle elle-même »774. En opérant un tel revirement, le Conseil
d’Etat consacre le caractère juridique de la règle. Mais la jurisprudence administrative paraît
hésitante quant à la nature juridique précise de la norme : elle évoque succinctement une «
règle non écrite » qui procède de « l’économie générale de la Constitution »775. De cette
réponse, découle une autre question : quelle est la nature de cette règle ? S’agit-il d’une
771
L’acceptation officielle se fait par voie d’arrêté royal, lorsqu’un nouveau gouvernement est formé
(BEHRENDT (C.) et VRANCKEN (M.), Principes de Droit constitutionnel belge, op. cit., pp. 324‑326).
772
J. Salmon, « A propos des affaires courantes : état de la question », J.T., 1978, p. 662. V. C.E., arrêt Ligny, n°
9.932 du 15 mars 1963.
773
C.E., arrêt A.S.B.L. Association du personnel wallon et francophone des services publics, n° 17.131 du 14
juillet 1975.
774
DUMONT (H.), « Les coutumes constitutionnelles, une source de droit et de controverses », Op. cit., p. 606.
De la sorte, le changement de position du juge administratif assure un contrôle en la matière sur l’ensemble des
actes administratifs.
775
C.E., arrêt A.S.B.L. Association du personnel wallon et francophone des services publics, n° 17.131 du 14
juillet 1975.
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
coutume constitutionnelle (A), ou d’un principe général de droit (B). Ces deux notions sont
des sources du droit776 qui comportent de très nombreux points communs : ils revêtent un
caractère non écrit777, ils doivent être conformes au texte constitutionnel778, et ils reposent sur
un certain besoin social, revêtant à ce titre une fonction utilitaire en ce qu’ils comblent les
lacunes du droit écrit779. Ces ressemblances engendrent que les distinctions entre l’une et les
autres apparaissaient souvent bien fines780.
A. Une coutume constitutionnelle
La coutume que l’on peut définir synthétiquement comme une « règle de droit, en
générale non écrite, qui prête à une pratique constante et répétée un caractère juridique
contraignant reconnu par les intéressés eux-mêmes»781, est un mode de formation du droit
qui suscite la perplexité, parce qu’elle déroge, non pas à la théorie de Kelsen, mais à la
vulgate « kelsénienne »782, qui veut que toute norme juridique dérive d’une autre qui lui est
supérieure et lui confère la validité. En effet, quand la Constitution ne prévoit pas
explicitement ou même implicitement l’existence de coutumes, quand elle comporte, une
776
De véritables normes au sens kelsénien (voir. KELSEN (H.), Théorie pure du droit, Neuchâtel, Editions de la
Baconnière, 1953, pp. 40‑45). Voir, sur le statut de « règle de droit » des principes généraux du droit à valeur
constitutionnelle, LEJEUNE (Y.), 3e éd., coll. Précis de la Faculté de droit et de criminologie de l’Université
catholique de Louvain, Bruxelles, Bruylant, 2017 n° 105.
777
SEYS (S.), DE JONGHE (D.) et TULKENS (F.), « Les principes généraux du droit », in HACHEZ (I.),
CARTUYVELS (Y.), DUMONT (H.), GERARD (Ph.), OST (F.) et VAN DE KERCHOVE (M.) (dir.), Les
sources du droit revisitées, vol. 2, Normes internes infraconstitutionnelles, Bruxelles, Publications des
Pressesuniversitaires de l’Université Saint-Louis, 2013, p. 495 ; Y. Gouet, La coutume en droit constitutionnel
interne et en droit constitutionnel international envisagé principalement dans ses rapports avec les autres modes
de constatation du droit, Paris, Pedone, 1932, p. 25.
778
DUMONT (H.), « Les coutumes constitutionnelles, une source de droit et de controverses », op. cit., p. 599 ;
VELAERS (J.), « Les principes généraux du droit à “valeur constitutionnelle” : des incontournables de notre
ordre constitutionnel », op. cit., pp. 551‑552. Pour René CAPITANT, la coutume constitutionnelle émane même
du Pouvoir constituant originaire, de sorte qu’elle prime la constitution écrite (CAPITANT (R.), « La coutume
constitutionnelle », Rev. dr. publ., 1979, pp. 967‑970).
779
DUMONT (H.), « Les coutumes constitutionnelles, une source de droit et de controverses », op. cit., p. 599 ;
SEYS (S.), DE JONGHE (D.) et TULKENS (F.), « Les principes généraux du droit », op. cit., pp. 512‑515.
780
DUMONT (H.), « Les coutumes constitutionnelles, une source de droit et de controverses », op. cit., p. 605.
781
Avec POUMAREDE J. (v° «Coutume », in Dictionnaire encyclopédique de théorie et de sociologie du droit,
2e éd., L.G.D.J., Paris, 1993, p. 119),
782
On ne saurait, par exemple, se contenter de citer des passages de la théorie pure comme celui-ci : « Des
normes créées par la coutume sont normes juridiques lorsque la Constitution de la collectivité institue la
coutume, et plus précisément une coutume présentant certains caractères déterminés, comme fait créateur de
droit » (KELSEN (H.), Théorie pure du droit, trad. fr. de la 2e éd. par Ch. EISENMANN, Dalloz, Paris, 1962, p.
13). On passe alors sous silence la distinction décisive entre les notions de « Constitution positive » et de «
Constitution au sens de la logique juridique » que Kelsen pose ailleurs (notamment p. 301). Nous allons y
revenir.
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
disposition clé qui veut que tous les pouvoirs doivent être exercés de la manière établie par
elle, les coutumes semblent condamnées à l’inexistence. Ainsi, avant toute précision sur la
notion de coutume constitutionnelle (1), il convient au préalable d’aborder la question de son
existence (2).
1. La controverse liée à l’existence des coutumes constitutionnelles
Existe-t-il783 des coutumes constitutionnelles dans les États dotés d’une Constitution
écrite qui ne les mentionne pas parmi les sources qu’elle institue ? Cette question élémentaire
a longtemps divise la doctrine au point que toutes les thèses les plus contradictoires ont été
soutenues.
En France, la majorité des auteurs, emmenés par Raymond Carré de Malberg784, ont
défendu, sous les IIIe et IVe Républiques, la thèse de « l’inexistence des coutumes
constitutionnelles »785. Le raisonnement est simple : une Constitution, au sens formel du
terme, est à la fois suprême et rigide. Elle est supérieure à toutes les autres règles de droit et
elle ne peut être modifiée qu’en respectant une procédure spéciale. Il n’y a donc pas de place
pour des coutumes « contra constitutionem ». La force juridique de la coutume ne peut pas
non plus être identique à celle du texte constitutionnel, puisqu’elle ne contient aucun des traits
formels qui caractérisent une Constitution écrite. En raison de la supériorité du droit écrit sur
le droit non écrit, le pouvoir législatif a la faculté de contredire n’importe quelle coutume
prétendument constitutionnelle. Par ailleurs, aucun juge ne serait à même de reconnaître
l’existence d’une coutume constitutionnelle. Or la valeur juridique d’une règle dépourvue de
sanction serait nulle. L’on aperçoit ainsi la portée politique de cette théorie, même si celle-ci
ne se réclame que de la rigueur juridique : elle permettra, dans le contexte du droit public
français de l’époque, de « dénoncer l’affaiblissement de l’Exécutif et la disparition de ses
783
Ce terme d’« existence » doit être compris au sens juridique, et non dans un sens exclusivement factuel. On
ne dira pas d’une coutume constitutionnelle qu’elle existe si elle est seulement appliquée en fait par certains
organes de l’ordre juridique. Encore faut-il qu’elle soit valide en droit. Sur cette distinction, voir. TROPER (M.),
« Du fondement de la coutume à la coutume comme fondement », Droits, 1986/3, p. 13‑14. Du même auteur, cf.
également « Nécessité fait loi. Réflexions sur la coutume constitutionnelle », in Mélanges Robert-Édouard
Charlier, Éd. de l’Université, Paris, 1981, p. 309 et s.
784
CARRE DE MALBERG (R.), Contribution à la théorie générale de l’État, t. II, Sirey, Paris, 1921, p.
571‑572.
785
Pour un repérage et une analyse de ces auteurs, voir. CHEVALLIER (J.), « La coutume et le droit
constitutionnel français », Rev. dr. publ., 1970, p. 1384‑1389.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 226
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
pouvoirs en relevant que cette pratique contraire au texte constitutionnel est dépourvue de
toute valeur juridique»786. Depuis les années 1970, après une relative perte de vitesse, La
doctrine majoritaire renoue avec Carré de MALBERG et défend aujourd’hui la thèse de
l’inexistence des coutumes constitutionnelles. Le Professeur Louis FAVOREU et son équipe
énoncent un point de vue particulièrement net à cet égard. Ses membres admettent qu’il existe
sans doute ce que les Anglais appellent des « conventions de la Constitution », c’est-à-dire
« des usages considérés comme politiquement obligatoires »787, mais ils ajoutent aussitôt que
lesdites conventions ne peuvent « revendiquer un quelconque statut de droit constitutionnel
formel […]. Il ne sert à rien de dire qu’il s’agit de règles juridiques qui ne seraient
simplement pas invocables devant un juge, car des règles qui ne sont pas invocables devant
un organe qui doit appliquer des normes juridiques ne sont pas des règles juridiques mais
relèvent éventuellement d’autres systèmes normatifs (bonnes mœurs, code de bonne
conduite en société ou dans le monde politique, morale, etc.). L’étude en est certes utile
pour la compréhension du système politique mais ne nous apprend rien sur ce qui est
obligatoire, permis ou interdit en droit»788.
D’autres publicistes de renom ont tenté de combattre cette thèse à cette même
époque. Il s’agit de Léon DUGUIT et René CAPITANT. L’un et l’autre se sont appuyés pour
ce faire sur une théorie du droit différente, non positiviste. Pour DUGUIT, la loi positive n’est
qu’un mode d’expression des règles de droit qui dérive essentiellement de l’état de conscience
de la société, lié lui-même aux sentiments de sociabilité et de justice. La constatation de ces
règles de droit peut être le fait aussi bien du législateur que de la coutume. CAPITANT
soutient aussi la thèse de la juridicité du droit non écrit. Pour lui, le droit positif n’est pas
seulement le droit posé par le législateur ou le juge. Il « est le droit en vigueur, c’est-à-dire le
droit appliqué, dont les prescriptions reçoivent généralement exécution dans une
sociétédonnée»789. Si une règle écrite cesse d’être appliquée et si une règle non écrite s’y
substitue, il faut admettre que celle-ci s’est imposée comme source de droit positif. Une
786
Ibid., p. 1385.
787
DUMONT (H.) Les coutumes constitutionnelles, une source de droit et de controverses op. cit., p. 586.
788
FAVOREU (L.), GAÏA (P.), GHEVONTIAN (R.), MESTRE (J.-L.), PFERSMANN (O.), Roux (A.) et
SCOFONI (G.), Droit constitutionnel, 2e éd., Dalloz, Paris, 1999, no 108.
789
CAPITANT (R.), « Le droit constitutionnel non écrit », in Recueil d’études en l’honneur de François Gény,
t. III, Sirey, Paris, 1934, p. 2.
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
coutume peut donc abroger une règle constitutionnelle écrite dès lors qu’elle émane de la
nation souveraine, titulaire permanent du pouvoir constituant originaire. Autrement dit, à ses
yeux, « la force constituante de la coutume n’est qu’un aspect de la souveraineté nationale.
[…] Lors même qu’elle [la nation] n’a pas le droit de manifester par écrit sa volonté, elle a
néanmoins une volonté et qui s’impose. Elle reste au moins maîtresse de son obéissance, et
par conséquent détient la positivité du droit […]. Le droit peut bien recevoir son contenu du
législateur, c’est de la nation qu’il tiendra toujours sa vigueur »790.
Par ailleurs le fait que la coutume n’a pas de force supérieure qui caractérise la
constitution ne permet pas de conclure à l’inexistence de toute coutume constitutionnelle.
L’on peut seulement déduire de ce fait l’impossibilité d’abroger la constitution écrite par une
règle coutumière. En effet, la suprématie formelle du droit constitutionnel se distingue de sa
suprématie matérielle. Si du point de vue de la forme, la règle constitutionnelle est celle qui
figure dans la constitution écrite par l’Etat, du point de vue du fond la règle constitutionnelle
est celle relative à l’organisation de l’Etat791, quelque soit la forme selon laquelle elle est
élaborée et selon laquelle elle peut être modifiée. Bien plus, on ne saurait objecter à la règle
coutumière qu’elle peut être changée792, la loi aussi est modifiable, d’ailleurs, la coutume ne
disparait pas dès la première manifestation d’un usage contraire.
Cette dernière thèse va devenir nettement majoritaires dans la doctrine au début de la
Ve République, et ce jusqu’à la fin de la présidence du Général de Gaulle. Les pratiques
d’inspiration gaulliste instaurées à partir de 1962, date de l’élection du président de la
République au suffrage universel direct, heurtent de front certains articles de la Constitution
de 1958 qui étaient restés fidèles au régime parlementaire classique. À quelques rares
exceptions près, les constitutionnalistes français commencent alors, curieusement, à admettre
l’existence de la coutume constitutionnelle, à revisiter DUGUIT et CAPITANT, et à y faire
appel pour justifier ces pratiques en droit793.
790
CAPITANT (R.), « La coutume constitutionnelle », Rev. dr. publ., 1929, p. 968.
791
HAURIOU (M.), Précis élémentaire de droit constitutionnel, 4eed. 1938, p.73 ; BASTID (P.), L’idée de
constitution, cours de droit constitutionnel, 1962-1963. P15 et suiv.
792
GOUET, La coutume, op. cit., p.30.
793
CHEVALLIER (J.), « La coutume et le droit constitutionnel français », Rev. dr. publ., 1970, p. 1384‑1389.
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
En sommes, de cette confrontation, il ressort que malgré la négation de son
existence, la coutume et plus précisément la coutume constitutionnelle a une existence
véritable en tant que source du droit. Marcel WALINE affirme alors dans ce sens que « il y’a
eu certainement, à l’origine de toute société humaine, une première phase de droit
purement coutumier jusqu’au jour où l’une ces règles a consisté précisément à attribuer à
un organe spécifique qu’elle créait, le pouvoir de faire des règles de droit autres que des
règles coutumières »794.
2. Définition de coutume constitutionnelle
« Gardez-vous d’instituer une constitution tellement étroite qu’elle entrave tous les
mouvements que nécessitent les circonstances. Il faut qu’elle les circonscrive et non qu’elle
les gêne »795. Par ces propos, Benjamin CONSTANT montre que la coutume sert d’auxiliaire
à la constitution promulguée. En effet, tant qu’il ne heurte pas une disposition
constitutionnelle, le droit coutumier est capable de se suppléer ou interpréter la constitution de
l’Etat. La question qui se pose ici est celle de savoir à quoi renvoie exactement la notion de
coutume constitutionnelle ? Le terme coutume n’est pas toujours entendu avec la même
acception. Coutume et droit coutumier, selon certains juristes, sont deux termes qui ne doivent
pas être confondus. Alors que la coutume est un simple usage, une habitude sociale, la règle
de droit coutumier est une règle juridique obligatoire796. Mais du point de vue terminologique,
on entend normalement par coutume, le droit coutumier et non le simple usage797. Sur la base
de ces éléments, il ressort que la coutume constitutionnelle repose sur une pratique répétée
dans le temps, d’une part, et sur l’opiniojuris, soit le sentiment partagé au sein de la
conscience juridique collective qu’ils sont obligatoires en droit, d’autre part798. En effet, la
règle coutumière provient de l’habitude que prennent les organes publics de suivre telle
794
WALINE (M.), L’individualisme et le droit, 1945, p.109.
795
Voir BASTID (P.), Benjamin constant et sa doctrine, tome II. P.906.
796
CAPITANT (R.), Le droit constitutionnel non écrit, recueil d’études sur les sources du droit, tome III, p.1.
797
GENY (F.), Méthode d’interprétation et source en droit privé positif, 2e éd, tome I. P.342.
798
VERHOEVEN (J.), Droit international public, Bruxelles, Larcier, 2000, pp. 318‑319. La comparaison avec la
coutume internationale est pertinente car, comme l’écrit Yvon GOUET, « la coutume est un mode de
constatation du Droit qui reste identique à lui-même qu’on l’envisage en droit interne ou en droit international »
(GOUET (Y.), La coutume en droit constitutionnelinterne et en droit constitutionnel international envisagé
principalement dans ses rapports avecles autres modes de constatation du droit, Paris, Pedone, 1932, p. 71).
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 229
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
conduite chaque fois qu’une situation donnée se renouvelle et lorsque cette habitude est
reconnue juridique. Elle est issue de la combinaison de l’usage, élément d’ordre matériel et du
sentiment d’obligation, élément d’ordre psychologique. Ainsi, l’opiniojuriset l’usage suivi
doivent être ceux des sujets de droit auxquels la coutume à vocation à s’appliquer.
En outre, l’existence de la règle coutumière n’est pas conditionnée par l’intervention
d’un juge799 : la reconnaissance juridictionnelle joue dans ce cadre un rôle probatoire, mais
non décisif, en ce sens qu’il existe des coutumes non justiciables800. En sus de servir de mode
de preuve, la jurisprudence peut également aider à provoquer la formation d’un usage ou aider
à cristalliser l’opiniojuris, mais dans ces trois cas, son rôle demeure subsidiaire et non
décisif801.
B. Un principe général du droit
Le fait jurisprudentiel occupe une place considérable dans le processus de création
du droit. La doctrine dans sa majorité admet que le juge administratif exerce un « pouvoir
normatif » : l’autorité de la chose jugée se double de l’autorité de la jurisprudence. La notion
de « principes généraux du droit » illustre le mieux le rôle créateur du Conseil d’Etat. Ces
principes découverts par la jurisprudence, consolident l’autonomie du droit administratif dans
le champ de la production juridique. Ces règles de droit dégagées de façon prétorienne par le
juge s’imposent aux autorités administratives « même en l’absence de textes »802. Il sera
question d’examiner tour à tour les caractères des principes généraux du droit (1), et leur
autorité (2).
799
VERHOEVEN (J.), Droit international public, op. cit., pp. 318‑319 ; EL-HELW (M.), La coutume
constitutionnelle en droit public français, Paris, Librairie Duchemin, 1976, p. 84.
800
BEHRENDT (C.) et VRANCKEN (M.), Principes de Droit constitutionnel belge, op. cit., pp. 375‑376 ;
DUMONT (H.), « Les coutumes constitutionnelles, une source de droit et de controverses », op. cit., p. 606 ;
LEJEUNE (Y.), Droit constitutionnel belge. Fondements et institutions, 3e éd., op. cit., n° 101 : « pour prouver
l’existence d’une coutume constitutionnelle, une troisième condition est requise : il faut s’assurer de sa
“justiciabilité” ».
801
EL-HELW (M.), La coutume constitutionnelle en droit public français, op. cit., pp. 94‑95.
802
Arrêt Aramu du 26 octobre 1945.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 230
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
1. Les caractères des principes généraux du droit
Les principes généraux du droit, doivent leur existence à l’affirmation d’un juge
selon laquelle il y a lieu à les appliquer803. L’autorité juridictionnelle joue un rôle décisif : elle
fait littéralement éclore la norme804 qui se trouve déjà, en germes, dans le système juridique.
Jan VELAERS souligne à ce propos que, « il est requis soit que le principe ait déjà laissé des
traces dans des textes de lois particuliers, soit qu’il soit inhérent à une figure juridique du
système juridique, soit encore qu’il soit tellement évident qu’il serait impensable que le
système juridique ne le contienne pas »805. Le Conseil d’État va expressément formulée les
principes généraux de droit avec l’arrêt Aramu en affirmant que « les principes généraux du
droit (sont) applicables même en l'absence de textes ». Ainsi, la norme est tenue pour
obligatoire sans qu’on puisse l’identifier précisément, laquelle ne coïncide que rarement avec
la sphère des destinataires dudit principe806. Une juridiction transforme donc une
opiniojurisen règle de droit.
En effet, l’intervention du juge est « déterminante pour l’entrée d’un principe
général de droit dans le droit positif, à partir d’un faisceau d’indices démontrant l’arrivée à
maturité d’un principe pour être constitutive d’une règle de droit »807. L’existence, mais
aussi la modification, d’un principe général de droit ne dépend donc pas d’une pratique. Les
contours de la règle n’ont donc pas vocation à évoluer par l’usage qui en est fait. Au
demeurant, il se pose ici la question de la valeur des principes généraux du droit par rapports à
la norme écrite.
Les principes généraux du droit ont force obligatoire à l’égard de l’administration :
ceux de ses actes qui les transgressent sont annulés, et peuvent, s’ils ont causé un dommage,
engager la responsabilité administrative. Ils ont donc valeur de droit positif. Cette force ne
leur vient pas de leur rattachement à une source écrite. Le Conseil d'État les déclare «
803
JAUMOTTE (J.), « Les principes généraux du droit administratif à travers la jurisprudence administrative »,
in BLERO (B.) (éd.), Le Conseil d’Etat de Belgique cinquante ans après sa création(1946‑1996), actes du
colloque organisé les 19 et 20 décembre 1996 à la mémoire de Monsieur Paul Tapie, Premier Président du
Conseil d’Etat et Président du Centre de droit public, Bruxelles, Bruylant, 1999, p. 601.
804
SEYS (S.), DE JONGHE (D.) et TULKENS (F.), « Les principes généraux du droit », op. cit., p. 514.
805
VELAERS (J.), « Les principes généraux du droit à “valeur constitutionnelle” : des incontournables de notre
ordre constitutionnel », op. cit., p. 542).
806
SEYS (S.), DE JONGHE (D.) et TULKENS (F.), « Les principes généraux du droit », op. cit., p. 513.
807
Ibid. 514.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 231
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
applicables même en l’absence de texte» ; leur autorité est indépendante de tout élément
formel. Il ne s'agit pas de règles coutumières : le juge ne se réfère pas non plus à la tradition,
ou au consentement de l'opinion. En affirmant l'existence d'un principe, le juge lui attache la
sanction dont il était dépourvu, et l'insère par-là dans le droit positif.
2. La valeur des principes généraux du droit
Avant 1958, la plupart des commentateurs s’accordaient pour reconnaître, aux
principes généraux, une autorité égale à celle de la loi. Pourtant, le juge leur conférait une
certaine prééminence sur les lois elles-mêmes, puisque c'est à eux qu'il se référait pour
interpréter celles-ci ; celles qui y dérogeaient, considérées comme des exceptions, recevaient
une interprétation stricte ; par là, le juge a pu, dans certains cas, faire prévaloir les principes
sur la loi (cf. par ex. : CE 17 févr. 1950, Dame Lamotte, GAJA, no 57).
La question a pris une importance nouvelle avec l'apparition des règlements
autonomes de l'article 37 de la Constitution dont on pouvait, à l'origine, se demander s'ils
n'avaient pas la même autorité que la loi. Reconnaître aux principes généraux une valeur
seulement législative aurait donc pu conduire à admettre que ces règlements ne leur étaient
pas subordonnés, solution qui aurait conféré au gouvernement, dans les matières
réglementaires, un pouvoir pratiquement illimité, contrairement à la définition de l'État de
droit. Conscient de ce danger, le Conseil d'État n'a pas hésité à affirmer la subordination de
ces règlements aux principes généraux (CE 26 juin 1959, Syndicat général des ingénieurs
conseils, GAJA, no 71 ; 12 févr. 1960, Soc. Eky, D. 1960. 123). Certains en ont conclu que les
principes généraux avaient désormais valeur constitutionnelle.
Un premier problème s’est posé à la fin des années soixante-dix où les principes
généraux du droit vont devenir des normes complémentaires, avec a vu une prolifération des
principes généraux du droit « moins généraux » qu’avant808. Pendant cette période, le juge
s’est auto-limité en refusant la consécration de certaines dispositions en principes généraux. Il
808
LINOTTE (D.), « Déclin du pouvoir jurisprudentiel et ascension du pouvoir juridictionnel en droit
administratif », A.J.D.A, 1981, p. 1I5.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 232
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
a donc consacré des principes à « portée étroite »809, éloignés des « grands principes de notre
droit »810.
Le problème s’est renouvelé avec la jurisprudence du Conseil constitutionnel. Elle
distingue deux catégories de principes généraux : les principes « à valeur constitutionnelle »,
qui se rattachent normalement aux textes auxquels se réfère le Préambule de 1958, et les
principes à valeur seulement législative.
La distinction est capitale en ce qui concerne la compétence du législateur : le Conseil
constitutionnel lui impose le respect des principes à valeur constitutionnelle (cf. notamment
Cons. const. 16 juill. 1971, précité), mais lui reconnaît le pouvoir de déroger aux principes
généraux de niveau inférieur (Cons. const. 26 juin 1969). Par contre, la distinction est sans
incidence sur le régime des règlements : les principes généraux, quel que soit leur niveau,
s'imposent également à eux. En ce sens, on a pu dire, dans une perspective très pragmatique,
que leur nature juridique intrinsèque, constitutionnelle ou simplement législative, ne
commandait nullement leur autorité vis-à-vis des actes de l'exécutif. Pour le juge
administratif, tout se passe comme s’ils se situaient, dans la hiérarchie des règles de droit, au-
dessous de la loi, puisqu’il ne peut sanctionner directement la violation des principes
généraux par le législateur, mais au-dessus de tous les actes de l’exécutif, décrets ou
ordonnances. Le Professeur René CHAPUS dit qu’ils ont une valeur infra-législative et supra-
décrétale811.
L’examen de ces deux règles non écrites (la coutume constitutionnelle et les principes
généraux du droit) nous amène à nous question sur la valeur de la règle d’affaires courantes. Il
s’agit précisément d’examiner sa valeur juridique.
809
RIALS (S.), « Sur une distinction contestable et un trop réel déclin », A.J.D.A., 1981, p. 117.
810
Ibid., p. 1I8.
811
CHAPUS (R.), « La valeur juridique des principes généraux du droit » D. 1966, Chron. 66
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 233
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Paragraphe II : la valeur juridique de la règle d’expédition des
affaires courantes
Il s’agira ici de présenter la qualification juridique de la règle d’affaires courantes (A),
et sa réception par les instruments juridiques Etatiques (B).
A. La qualification juridique de la règle d’expédition des affaires
courantes
La qualification juridique de la règle d’affaires courantes à fait l’objet de nombreuses
controverses au sein de la doctrine (1), et une tentative de qualification de la part de juge (2).
1. La controverse doctrinale
Face aux hésitations jurisprudentielles et au mutisme des textes, la doctrine s’est
essayée à résoudre l’épineuse question de la qualification juridique de la règle selon laquelle il
convient d’expédier les affaires courantes. L’analyse de la littérature juridique révèle
l’existence de deux positions doctrinales relativement antagonistes. Celle soutenant que la
règle d’affaires courantes est une coutume constitutionnelle, et cette défendant la thèse selon
laquelle l’expédition des affaires courantes est un principe général du droit.
Selon une première thèse que l’on peut considérer comme majoritaire en doctrine
belge812, l’expédition des affaires courantes serait une coutume constitutionnelle pour le motif
que les quatre éléments constitutifs de la coutume constitutionnelle se trouvent réunis en
l’espèce. Premièrement, la limitation des compétences de l’équipe ministérielle aux affaires
courantes procède d’une pratique, qui est celle du Roi813. Deuxièmement, le Palais suit cet
usage avec une opiniojuris, soit « la conviction que l’esprit du régime parlementaire en
command[e] l’observation, indépendamment de tout contrôle juridictionnel »814.
812
Voir not., BEHRENDT (C.) et VRANCKEN (M.), Principes de Droit constitutionnel belge, op. cit., p. 375 ;
VANDE LANOTTE (J.) et G. Goedertier, HandboekPubliekrecht, 7e éd., Brugge, die Keure, 2013, p. 813 ;
ALEN (A.) et MUYLLE (K.), Handboek van hetBelgischeStaatsrecht, Mechelen, Kluwer, 2011, p. 151 ;
WEERTS (S.), « La notion d’affaires courantes dans la jurisprudence du Conseil d’Etat », op. cit., p. 113.
813
Par laquelle Il refuse de signer les arrêtés royaux présentés par le Gouvernement s’Il estime qu’ils ne
consistent pas en des affaires courantes.
814
DUMONT (H.), « Les coutumes constitutionnelles, une source de droit et de controverses », op. cit., p. 606.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 234
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Troisièmement, la pratique est conforme aux autres règles constitutionnelles, à savoir la
constitution formelle ainsi que les principes généraux du droit à valeur constitutionnelle,
puisqu’elle est classiquement présentée comme « la résultante du principe général de la
continuité des services publics combiné avec la règle écrite de la responsabilité
ministérielle»815. Quatrièmement et enfin, cette règle est exigée « par le fonctionnement
harmonieux desinstitutions publiques »816, puisqu’elle permet au gouvernement de continuer
à fonctionner malgré l’absence de contrôle parlementaire.
Relativementà laseconde thèse, la règle limitant les compétences du collège
gouvernemental en période d’affaires courantes serait une application du principe général de
droit à valeur constitutionnelle de continuité de l’Etat à la question de la responsabilité d’un
Gouvernement qui échappe temporairement au contrôle parlementaire. Cette position est
notamment partagée par Francis DELPEREE817 et Patricia POPELIER818. Selon cette
dernière, il n’y a pas lieu à y voir une coutume constitutionnelle pour les raisons suivantes.
D’une part, la pratique du Parlement en la matière est trop inconsistante pour aboutir à une
règle de droit, ce qui rejette la qualification de coutume. D’autre part, les conditions
nécessaires à l’existence d’un principe général du droit sont réunies : il existe une
opiniojurisselon laquelle les pouvoirs de l’équipe ministérielle doivent être limités lorsque ce
dernier est démissionnaire ou le Parlement dissout ; la règle se fonde sur les principes du
contrôle parlementaire et de continuité. Face à cette controverse ; le juge a été appelé à
intervenir.
2. La position du juge
La section du contentieux administratif du Conseil d’Etat pourrait avoir mis fin au
débat par un arrêt de Crombrugghe de Picquendaeledu 17 mai 2016819. Dans cet arrêt, la
Haute juridiction administrative affirme en effet que « la règle qui limite les compétences du
815
Ibid., p. 605.
816
Ibid., p. 599.
817
DELPEREE (F.), Précis de droit constitutionnel, t. II, Le système constitutionnel, 3e partie, Les procédures
de crise, op. cit., pp. 522‑525.
818
POPELIER (P.), « Lopendezaken : over eenregeringzondervertrouwen en een parlement zondermotor », op.
cit., pp. 96‑97.
819
C.E., arrêt de Crombrugghe de Picquendaele, n° 234.747 du 17 mai 2016.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 235
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Gouvernement fédéral en période d’affaires courantes n’est inscrite comme telle dans
aucune disposition de la Constitution ni dans aucune disposition légale mais constitue une
coutume constitutionnelle liée au principe de la continuité du service public et au principe
de la responsabilité ministérielle dans un système parlementaire ; que l’existence de cette
coutume est admise depuis longtemps tant dans la jurisprudence du Conseil d’Etat que
dans la doctrine»820. Pour la première fois, les chambres francophones et néerlandophones de
la Haute juridiction administrative qualifient la règle de « coutume constitutionnelle ». Le
débat doctrinal est-il pour autant définitivement tranché ? L’on voit quelques raisons de
tempérer la portée de cet arrêt, mais aussi et surtout plusieurs indices pour le considérer
comme particulièrement décisif.
En effet, bien qu’en apparence limpide, l’arrêt ne lève pas toutes les incertitudes
relatives à la qualification juridique de la règle. En effet, l’usage du terme « coutume» par la
jurisprudence du Conseil d’Etat oscille entre quatre significations distinctes. Tantôt, le
Conseil d’Etat évoque le terme « coutume » pour désigner une véritable règle de droit821 ;
tantôt, il l’utilise pour désigner une simple pratique, une habitude822 ; tantôt, enfin, il l’utilise
pour désigner une interprétation du texte constitutionnel lui-même823. Autrement dit, le terme
« coutume » semble revêtir diverses significations dans la jurisprudence administrative. Par
ailleurs, quand bien même le Conseil d’Etat eût-il l’intention de reconnaître l’existence d’une
véritable règle coutumière, rappelons que cette reconnaissance du juge ne conditionne pas
820
Ibid. p. 6.
821
Voir. C.E., arrêt Viseur, n° 91.552 du 12 décembre 2000 : « lorsqu’elle a coutume de publier des actes de
nomination au Moniteur, comme en l’occurrence, l’autorité administrative reconnaît par là le caractère d’utilité
publique et, par suite, le caractère obligatoire de la publication ; qu’en pareil cas […], la publication de l’acte
attaqué fait courir le délai de recours ». Voir. aussi C.E., arrêt Roulet, n° 67.627 du 4 août 1997.
822
Voir. C.E., arrêt Vandevelde, n° 132.278 du 10 juin 2004 : « même si le requérant avait coutume de lire les
décisions du collège et pouvait en déduire certaines conséquences, rien ne prouve qu’une augmentation de
traitement découlant d’une promotion a fourni au requérant les éléments nécessaires pour pouvoir en retirer une
connaissance suffisante de la nomination attaquée ».
823
Voir. C.E., arrêt A.S.B.L. Groupement des sociétés agréées de contrôle automobile et des permis de conduire
et crts, n° 208.462 du 26 octobre 2010 : « une coutume constante, remontant auxpremières années de l’Etat belge
et confirmée par la jurisprudence, admet toutefois que des pouvoirssoient attribués aux ministres, même en
l’absence de toute habilitation législative expresse,pourvu qu’il s’agisse d’adopter des mesures de détail ou
d’exécution d’importance minime » (p. 11).En l’espèce, il s’agit de l’interprétation conférée aux articles 105 et
108 de la Constitution. [Link] (Y.), Droit constitutionnel belge. Fondements et institutions, 3e éd., op.
cit., pp. 125‑126 et les références citées.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 236
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
l’existence de la coutume (s’il s’agit bien d’une coutume). Autrement dit, la justiciabilité de la
règle coutumière ne conditionne pas sa juridicité824.
Toutefois, et malgré ces incertitudes, l’arrêt de Crombrugghe de Picquendaelenous
semble décisif, pour deux raisons au moins. Tout d’abord, dans le cadredu contrôle de
l’activité gouvernementale, le Conseil d’Etat est amené à jouerun rôle de premier plan dans le
cercle des juridictions suprêmes. C’est d’ailleurssa jurisprudence qui a grandement dessiné les
contours de la règle limitant lescompétences du Gouvernement, soit démissionnaire, soit en
période de dissolutionde la Chambre, aux affaires courantes825. Allant sur ce postulat, il sied
de voir à présent la réception de cette règle dans l’ordonnancement juridique des Etats.
B. La réception juridique de la règle d’expédition des affaires
courantes
La réception juridique de la norme d’expédition des affaires courantes dépend des
systèmes, dans certains Etats, elle est explicite et dans d’autres elle est tacite. Mais avant de
présenter l’admission de cette norme dans l’ordonnancement juridique des Etats (2), il nous
parait convenable de procéder à la définition (1).
1. Définition de la notion d’affaires courantes
« On ne tue pas les morts, on ne renverse pas les gouvernements démissionnaires »,
écrivait le constitutionnaliste français MarcelWALINE826. Lorsque le Président de la
République est démissionnaire ses capacités d’action doivent être limitées : on dit alors qu’il
expédie les affaires courantes, ce qui signifie qu’il ne dispose plus de la plénitude des
pouvoirs dont pourrait se prévaloir un gouvernement de plein exercice. Dès lors l’on peut se
pose la question de savoir à quoi renvoie exactement la notion d’affaires courantes ?
Les affaires courantes désignent les activités et décisions administratives nécessaires
au fonctionnement régulier de l’État pendant une période transitoire, notamment en cas de
824
BEHRENDT (C.) et VRANCKEN (M.), Principes de Droit constitutionnel belge, op. cit., p. 375.
825
WEERTS (S.), « La notion d’affaires courantes dans la jurisprudence du Conseil d’Etat », op. cit., pp.
114‑118.
826
Note sous C.E. fr., 4 avril 1952, Syndicat régional des quotidiens d’Algérie, R.D.P., 1952, pp. 1032-1033.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 237
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
vacance de la présidence ou d’empêchement temporaire du Président de la République. Il
s’agit de la « Compétence limitée d’un gouvernement démissionnaire, en attendant qu’il ait
été pourvu à son remplacement »827. Cette notion renvoie encore aux « Questions auxquelles
doit se limiter un gouvernement démissionnaire après le vote d’une motion de censure ou le
rejet d’une question de confiance. Il expédie les affaires courantes et ne peut engager des
actions nouvelles »828. En effet, Lorsqu’un gouvernement arrive en fin de mandat ou qu’il y a
une période d’interruption de l’exercice du pouvoir exécutif dû à un changement de
gouvernement ou à une période de vacance du pouvoir exécutif, les affaires courantes
permettent de maintenir la continuité de l'administration publique, évitant ainsi le blocage des
activités de l’État.
Il s’agit des tâches et responsabilités habituelles qui doivent être assurées pour
garantir la continuité des services publics et la gestion quotidienne des affaires de l’État. Cela
peut inclure la signature de décrets, la conduite des affaires étrangères, la gestion des finances
publiques, la nomination de certains hauts fonctionnaires, des contrats administratifs, des
affaires juridiques, de la sécurité intérieure, etc.c’est dans ces actes même que réside la nature
des affaires courantes. Il s’agit davantage d’actes d’administration, que d’actes de
gouvernement ou actes politiques, voir [Link] est question ici, en attendant la
désignation du successeur, d‘éviter d’entraver le fonctionnement régulier de l’Etat, sans
toutefois « déterminer une politique nationale propre»829. Les affaires courantes sont donc
une pratique administrative essentielle pour maintenir le fonctionnement régulier de l’État en
attendant le retour du Président ou l’élection d’un nouveau chef de l’État.
Les décisions prises dans le cadre des affaires courantes sont généralement de portée
limitée et doivent respecter les règles légales et réglementaires en vigueur. Elles ne doivent
pas engager l’administration publique sur des questions majeures ou controversées. En cas de
nécessité, elles peuvent être réexaminées ou annulées par le gouvernement ou l'autorité
compétente une fois que la situation transitoire est résolue.
827
AVRIL (P.) GICQUEL (J.), Lexique de droit constitutionnel, 4e éd, PUF, 14e mille, P.6.
828
GUINCHARD (S.) DEBARD (T.), Lexique des termes juridiques, 25e éd, Dalloz, 2017-2018, p. 120.
829
El Hadj MBODJ, Thèse précitée, p. 277.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 238
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Il convient de noter que la notion d’affaires courantes peut varier selon les États et
les systèmes juridiques, et être précisée par des lois spécifiques ou des conventions
internationales.
2. L’admission de la règle d’expédition des affaires courantes
L’expédition des affaires courantes est une notion utilisée en droit constitutionnel
pour désigner la gestion des affaires publiques en période de transition ou d’interruption du
fonctionnement normal des institutions. En France, la règle d’expédition des affaires
courantes a été explicitement consacrée pour la première fois dans la Constitution française du
27 octobre 1946 établissait en article 52 qu’« en cas de dissolution, le Cabinet, à l’exception
du président du Conseil et du ministre de l’Intérieur, reste en fonction pour expédier
lesaffairescourantes». Le constituant de la Ve République va reprendre cette disposition mais
de cette implicite. En effet, l’article 7 de la Constitution de 1958 proclame que le Président de
la République, qu’ « En cas de vacance de la Présidence de la République pour quelque
cause que ce soit, ou d'empêchement (…), les fonctions du Président de la République, à
l'exception de celles prévues aux articles 11 et 12 ci-dessous sont provisoirement exercées
par le président du Sénat ». Cette disposition consacre tacitement mais certainement la règle
d’expédition des affaires courantes comme compétences dévolues au président du Sénat, en
tant que l’une des ses principales prérogatives. Ce dernier dispose alors du pouvoir de prendre
les mesures nécessaires à l’expédition des affaires courantes.
Comme en France, l’admission de la règle des affaires courantes au Cameroun fait
référence à une situation dans laquelle un exécutif continue de gérer les affaires de l’État
pendant une période de transition, généralement après la fin d’un mandat présidentiel ou son
interruption pour quelques causes que ce soit en attendant l’installation d’un nouvel exécutif.
En effet, la règle des affaires courantes peut être appliquée lorsque le mandat présidentiel
arrive à son terme et qu’une nouvelle élection présidentielle doit avoir lieu. Pendant cette
période, le gouvernement en place continue de fonctionner, mais avec des pouvoirs limités, se
concentrant principalement sur les affaires courantes et évitant les décisions majeures ou
controversées. L’objectif de la règle des affaires courantes est de maintenir la stabilité et la
continuité de l’État pendant la période de transition. Cela permet également d’éviter les
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 239
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
décisions politiquement sensibles qui pourraient influencer le résultat des élections à venir.
Cette règle est implicitement consacrée par l’article 6(4) de la loi constitutionnelle qui confie
sa gestion au président du Sénat.
En somme, l’admission de la règle des affaires courantes au Cameroun comme en
France est une pratique courante pour assurer la continuité de l’État pendant une période de
transition politique. Cependant, son application doit être transparente et équitable afin d’éviter
toute manipulation politique. Il convient alors à présent d’analyser le contenu de la notion
d’affaire courante.
Section II : le contenu de la notion d’affaire courante
A partir de l’examen de la jurisprudence du Conseil d’Etat, nous procèderons à tour à
tour à l’examen de la classification des actes relevant des affaires courantes (Paragraphe I),
et la portée de cette classification (Paragraphe II).
Paragraphe I : Classification des actes relevant des affaires courantes
Dans ses conclusions relatives à l’arrêt Syndicat National des quotidiens d’Algérie, le
Commissaire du gouvernement Jean DELVOLVE soutient que parler d’affaires courantes,
revient à caractériser « la compétence exceptionnelle d’un gouvernement dont les pouvoirs
ne reposent plus que sur les nécessités de l’Etat»830. Pour lui, les décisions quotidiennes du
gouvernement en affaires courantes revêtent une double interprétation en fonction de la
nature de l’affaire. Il procède donc à une classification de ces actes par la distinction des
affaires ordinaires et les affaires urgentes. Cette classification est reprise par le conseil d’Etat
belge831. Dans le cadre de cette thématique, l’on distinguera les actes ordinaires (A) des actes
exceptionnels ou excessifs (B).
830
CE, Ass, 4 février 1952, Syndicat régional des quotidiens d’Algérie, S., 1952, III, p. 49, conclusions
DELVOLVE.
831
Le Conseil d’Etat a admis la limitation des pouvoirs d’un gouvernement démissionnaire. C.E., 21 juin 1974,
associations des industries chimiques de Belgique, n° 16.490; C.E., 14 juillet 1975, association du personnel
wallon et francophone des services publics, n° 17.131. Il a par la suite présenté plusieurs catégories d’actes
pouvant être adoptés en période d’affaires courantes : C.E., 9 juillet 1975, Berckx, n° 18.291.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 240
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
A. Les affaires ordinaires
Pour comprendre le sens des affaires ordinaires, il est nécessaire d’analyser
l’étymologie de l’adjectif « courant » dans l’expression « affaires courantes ». Outre son
opposition au mot stagnant ou immobile, cet adjectif peut signifier : présent, actuel, en cours,
ordinaire voire banal. Ainsi donc, du point de vue étymologique, une incertitude demeure sur
l’expression « affaires courantes » qui pourrait ici renvoyer aux « affaires en cours » ou
encore aux « affaires banales voire insignifiantes ». Dans le sens du lexique de droit
constitutionnel832, les affaires ordinaires renvoient aux décisions d’administration
quotidienne. Elles renvoient soit aux affaires journalières (1), soit aux affaires en cours (2).
1. Les affaires journalières
Tout d’abord, il appartient au Gouvernement de régler les affaires courantes au sens
de banales833 : ce sont les affaires de gestion journalière, soit les actes « qui, même s’ils
étaient posés par un gouvernement de plein exercice, ne feraient l’objet d’aucune
discussion au sein de l’assemblée législative devant laquelle celui-ci est responsable»834, ou
encore « les affaires qui affluent régulièrement et dont le règlement, encore qu’il puisse
laisser place à l’exercice d’un certain pouvoir discrétionnaire, n’implique pas de décision
sur la ligne politique à suivre »835. Constituent des affaires de gestion journalière le paiement
du traitement des magistrats et des fonctionnaires, le versement des pensions, ou encore
l’exercice du contrôle de tutelle sur l’action des pouvoirs subordonnés836.
Ces affaires dites ordinaires ont une double importance ; d’une part, elles sont
nécessaires à la continuité du service public dans la mesure où elles permettent de faire
fonctionner les services publics de manière normale, en particulier en ce qui concerne les
prestations d’intérêt général. Il s’agit notamment des actes de gestion courante. D’autre part,
832
AVRIL (P.), GICQUEL (J.), lexique de droit constitutionnel, [Link], p.6.
833
Pour reprendre le terme utilisé par VAN DROOGHENB ROECK (S.), EL BERHOUMI (M.) et DUMONT
(H.), Droit constitutionnel II. Parties IV et V, Syllabus, Université Saint-Louis–Bruxelles, 2019‑2020, p. 178.
834
BEHRENDT (C.) et VRANCKEN (M.), Principes de Droit constitutionnel belge, op. cit., p. 331.
835
C.E., arrêt Ory, n° 47.691 du 31 mai 1994. Voire aussi WIRTGEN (A.), « Réflexions sur la notion d’affaires
courantes. Obs. sous C.E., a.s.b.l. Syndicat des Avocats pour la Démocratie, n° 214.911,
836
BEHRENDT (C.) et VRANCKEN (M.), Principes de Droit constitutionnel belge, op. cit., p. 331. Voir aussi
C.E., arrêt Demet, n° 228.128 du 29 juillet 2014.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 241
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
ces actes sont ceux qui permettent de faire fonctionner les services publics de manière
normale, en particulier en ce qui concerne les prestations d'intérêt général. Il s'agit notamment
des actes de gestion courante, tels que les contrats, les marchés publics, les nominations et les
affectations de personnel, les décisions budgétaires et comptables, etc.
Dans cette mouvance, il s’agit pour le Président intérimaire, à travers les pouvoirs
qui lui sont reconnus, d’assurer la gestion journalière indispensable à la continuité et au bon
fonctionnement de l’Etat, d’éviter d’opérer des choix politiques nouveaux qui seraient de
nature à le détourner de sa mission principale qui est de faciliter une succession pacifique et
acceptée par tous. De même, au niveau pratique, plusieurs raisons semblent contraindre le
Président intérimaire à garantir, en vertu de ses pouvoirs, la continuité de l’Etat pendant
l’intérim. Ainsi, la délicatesse de la période de transition oblige l’intérimaire à ne jouer qu’un
rôle politique mineur en veillant de manière quasi exclusive à la continuité de l’Etat.
2. Les affaires en cours
Il est accepté que l’exécutif intérimaire expédie les affaires courantes au sens d’en
cours, soit celles « d’un intérêt plus qu’ordinaire […] et à propos desquelles la décision
constitue le prolongement et l’aboutissement de procédures entamées antérieurement »837.
Elles sont entamées in tempore non suspecto, et réglées sans précipitation particulière838. Par
exemple,il en va ainsi de la nomination, par un ministre, d’un agent subalterne, etce à la suite
d’une procédure de recrutement qui avait été entamée avantla période d’affaires courantes839.
Il s’agit ici précisément de tous les problèmes de gestion qui ont pu se poser sur le plan
administratif ont été résolus avant [la] période critique. Le Conseil d’État vise ici la décision
qui « apparaît comme le résultat final d’une opération administrative qui a été entamée,
réglée et conclue normalement, et non pas comme la suite surprenante d’une opération,
rapidement mise sur pied et exécutée de manière forcée, émanant d’un ministre qui, n’étant
plus politiquement responsable, agit en dehors des conditions constitutionnellesnormales
837
WEERTS (S.), « La notion d’affaires courantes dans la jurisprudence du Conseil d’Etat », op. cit., p. 114.
Voir aussi C.E., arrêt Berckx, n° 17.128 du 9 juillet 1975.
838
WIRTGEN (A.), « Réflexions sur la notion d’affaires courantes. Obs. sous C.E., a.s.b.l. Syndicat des Avocats
pour la Démocratie, n° 214.911, 31 août 2011 », op. cit., p. 295.
839
BEHRENDT (C.) et VRANCKEN (M.), Principes de Droit constitutionnel belge, op. cit., p. 331. Voir aussi
C.E., arrêt Jassogne, n° 12.951 du 10 mai 1968.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 242
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
»840. Le Gouvernement peut alors excéder lagestion journalière, et sa marge de manœuvre est
moins réduite que dansl’hypothèse précédente.
Même dans l’exécution des affaires en cours, la marge de manœuvre de l’exécutif
demeure restreinte : les affaires encours ne peuvent pas entraîner de choix politiques
importants841, de tellesorte que sont exclues de cette catégorie les « affaires de gouvernement
»842,soit celles « impliquant des options dont l’importance sur le plan de la
politiquegénérale est par essence telle que ces affaires ne pourraient être décidées quepar
un gouvernement qui a l’appui du parlement et qui risque de perdre cetappui en raison de
la décision qu’il a prise »843.
Les actes de préservation de l'ordre public. Ces actes sont ceux qui sont nécessaires
pour maintenir l'ordre et la sécurité publique. Il s'agit notamment des actes de police, tels que
les mesures de prévention et de répression des crimes et délits, les mesures de protection des
personnes et des biens, etc. A coté de ces affaires dites ordinaires, l’expédition des affaires
courantes comprend également des affaires que l’on peut considérées comme exceptionnelles.
B. Les affaires exceptionnelles
Ces affaires sont considérées comme exceptionnelles, en raison de l’importance des
pouvoirs que l’exécutif détient ; elles sont d’ailleurs considérées pour cette raison comme des
« affaires excessives ». Relèvent desdites affaires : les affaires urgentes (1) et les affaires
relevant du législatif (2).
1. Les affaires urgentes
Le Président de la République par intérim et son gouvernement peuvent dépasser tant
la gestion quotidienne que le traitement des affaires en cours pour s’occuper des affaires
840
Ibid.
841
C.E., arrêt A.S.B.L. Syndicat des avocats pour la Démocratie, n° 214.911 du 31 août 2011.
842
LEJEUNE (Y.), Droit constitutionnel belge. Fondements et institutions, 3e éd., op. cit., p. 684.
843
Voire. not. C.E., arrêt Meulemeester, n° 141.188 du 24 février 2005.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 243
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
courantes au sens d’urgentes844, « à savoir celles pour lesquelles un retard dans leur solution
serait générateur de nuisances pour tout ou partie de la collectivité »845, voire « risqueraient
de causer un préjudice irréparable à la collectivité »846. L’urgence dont il est question peut
être nationale ou supranationale, dictée le cas échéant par le calendrier de l’organisation
communautaire telle que l’Union Africaine847. Dans cette hypothèse, le Président intérimaire
peut aller jusqu’à traiter des « affaires de Gouvernements »848, littéralement des « [affaires]
de gouvernement qui [impliquent] des options dont l’importance sur le plan de la politique
générale est par essence telle que [ces affaires] ne [peuvent] être décidée[s] que par un
Gouvernement dont il faut admettre qu’il gouverne avec l’appui d’une majorité au
Parlement »849.
La jurisprudence du Conseil d’Etat est tout à fait explicite à cet égard : « un arrêté qui
ne constitue pas une affaire courante ordinaire doit être considéré comme une affaire de
gouvernement. Un tel arrêté ne peut être pris qu’en cas d’urgence »850. Par exemple, nous
semble totalement conforme à la jurisprudence du Conseil d’Etat le fait, pour un
Gouvernement, de désigner un candidat au poste de commissaire européen, au motif qu’il
s’agit d’une affaire urgente, en vertu du calendrier propre à l’Union européenne, quand bien
même il pourrait s’agir d’une « affaire de Gouvernement ». Ainsi donc, pour que ces affaires
puissent être menées à terme en toute régularité par un gouvernement en affaires courantes, il
faut que la nécessité de les régler s’avère « impérieuse et urgente au point de mettre en péril
la continuité du service public s’il n’y était pas immédiatement pourvu»851. Dans un arrêt
844
Pour une étude détaillée sur l’urgence et notamment ses causes d’apparition, voy. L. Maniscalco, « Des
affaires pas si courantes que cela… », R.B.D.C., 2015/1, pp. 34‑53. Voire aussi S. Weerts, « La notion d’affaires
courantes dans la jurisprudence du Conseil d’Etat », op. cit., pp. 117‑118.
845
WEERTS (S.), « La notion d’affaires courantes dans la jurisprudence du Conseil d’Etat », op. cit., p. 114.
Voire aussi C.E., arrêt Ville de Bruxelles, n° 20.933 du 5 février 1981.
846
UYTTENDAELE (M.), Trente leçons de droit constitutionnel, 2e éd., op. cit., p. 470 ; A. Wirtgen, «
Réflexions sur la notion d’affaires courantes. Obs. sous C.E., a.s.b.l. Syndicat des Avocats pour laDémocratie, n°
214.911, 31 août 2011 », op. cit., p. 295. Voy. aussi C.E., arrêt Rijmenans, n° 220.717 du 24 septembre 2012 ;
C.E., arrêt Leclercq, A/46.028 du 31 mai 1994.
847
DUMONT (H.), « Les coutumes constitutionnelles, une source de droit et de controverses », op. cit., p. 608.
848
UYTTENDAELE (M.), Trente leçons de droit constitutionnel, 2e éd., op. cit., p. 471.
849
Idem.
850
C.E., arrêt Ory, n° 47.691 du 31 mai 1994. Pour un arrêt plus récent, voy. C.E., arrêt de Crombrugghe de
Picquendaele, n° 234.747 du 17 mai 2016 : « l’acte ne peut être considéré comme une affaire courante ordinaire
mais bien comme une “affaire de gouvernement”, en sorte qu’il resteà déterminer si son adoption en périodes
d’affaires courantes est justifiée au regard d’une urgence particulière ».
851
C.E., 14 juillet 1975, C.G.E.R., Pas., 1978, IV, p. 65 ; Arr. R. v. St., 1975, p. 745.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 244
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Leclercq, rendu le 31 mai 1994, le Conseil d’État a subordonné par exemple la validité d’un
acte adopté dans ces circonstances à la démonstration de l’existence d’une urgence « telle que
le défaut [d’adoption de l’acte ferait] courir un danger ou un préjudice grave aux intérêts
fondamentaux du pays »852. Par ailleurs, la catégorie des affaires urgentes doit être couplée
d’une variable temporelle. Au plus longue est la période de formation d’un Gouvernement, au
plus certaines affaires peuvent devenir urgentes par l’écoulement du temps alors qu’elles ne
l’étaient pas à l’origine853.
2. Les affaires relevant du législatif
Au Cameroun, l’exécutif est amené à jouer un double rôle dans l’exercice du pouvoir
législatif. D’une part, en vertu de l’article 25 de la Constitution, le Président de la République
est une branche à part entière du pouvoir législatif. A ce titre, il dispose d’un droit d’initiative,
qui lui permet de déposer des projets de loi. D’autre part, en vertu de l’article 31 (1), le chef
de l’Etat sanctionne et promulgue les lois. L’exécutif dispose-t-il de ces deux prérogatives en
période d’affaires courantes ? La législation camerounaise ainsi que la jurisprudence sont
muettes sur cette question. Face à ce double silence, il convient de se référer à la seule
pratique parlementaire et gouvernementale pour délimiter les contours des pouvoirs de
l’exécutif intérimaire en la matière.
Relativement au droit d’initiative législative, la pratique atteste d’une importante
évolution. Initialement, le droit d’initiative du chef de l’Etat était considéré comme suspendu
en période d’affaires courantes, de sorte que le dépôt de projets de loi apparaissait exclu,
précisément parce que l’exécutif ne peut plus faire l’objet de la sanction ultime du contrôle
politique. Dès lors, il lui était également interdit d’amender les projets, mais aussi les
propositions. Ceci a entrainé comme conséquence l’interdiction d’un vote en séance plénière
aussi bien en ce qui concerne les projets que les propositions de loi. Le vote final ne pouvait
avoir lieu qu’une fois la période d’affaires courantes terminée, avec l’élection et l’installation
d’un nouveau président de la République et donc d’un nouveau gouvernement. Il convenait
852
C.E. (ass. gén. sect. admin.), 31 mai 1994, Leclercq, n° 46.028., J.T., 1994, p. 520, [Link]., 1994.
853
BEHRENDT (C.) et VRANCKEN (M.), Principes de Droit constitutionnel belge, op. cit., pp. 332‑333 ;
UYTTENDAELE (M.), Trente leçons de droit constitutionnel, 2e éd., op. cit., pp. 470‑471.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 245
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
par conséquent d’attendre la fin de la crise. Cette position fut débattue en 1993, lors d’une
audition à la Chambre. A cette occasion, Francis DELPEREE considérait qu’un vote final
était possible pour les propositions de loi, mais pas pour les projets854. Marc
UYTTENDAELE et Paul VAN ORSHOVEN allaient plus loin, en considérant qu’un vote
final était envisageable en toutes hypothèses, aussi bien pour les projets que pour les
propositions de lois, au motif que « la théorie des affaires courantes n’est pas d’application
dans les matières où des compétences sont exercées collectivement par le Roi et par
lesChambres»855. Finalement, la commission de révision de la Constitution, des réformes
institutionnelles et du règlement des conflits de la Chambre mit fin au débat et considéra
qu’un vote final était possible pour les propositions de loi, mais aussi que l’exécutif
conservait son droit d’amendement, au motif que « le contrôle à l’égard du gouvernement
démissionnaire est […] suffisamment garanti par le vote sur les amendements que celui-ci
à [sic] déposés»856. La commission ne se positionna pas sur l’existence éventuelle du droit
d’initiative de l’équipe ministérielle. Il nous semble toutefois permis de le considérer comme
acceptable dans la mesure où l’argument invoqué pour les amendements y est parfaitement
transposable.
Quant au droit de sanction et de promulgation, il apparaît incontesté, au regard des
développements précédents que l’intérimaire peut promulguer des lois en période d’affaires
courantes. Mais y est-il tenu ? La question est excessivement controversée, et deux thèses
antagonistes s’opposent. Selon une première thèse, l’exécutif en affaires courantes ne peut
s’opposer à la volonté du Parlement et est dès lors tenu de promulguer le texte adopté en
séance plénière. Selon une seconde thèse, le Président de la République par intérim conserve
854
Audition sur l’activité du Parlement Belge en période d’affaires courantes, Rapport fait au nom de la
commission de révision de la Constitution, des réformes institutionnelles et du règlement des conflits, Doc. parl.,
Ch., sess. ord. 1992‑1993, n° 996/1, pp. 11‑12.
855
Audition sur l’activité du Parlement Belge en période d’affaires courantes, Rapport fait au nom de la
commission de révision de la Constitution, des réformes institutionnelles et du règlement des conflits, Doc. parl.,
Ch., sess. ord. 1992‑1993, n° 996/1, p. 19. Comme le précise Paul Van Orshoven, « la théorie des affaires
courantes vise à protéger les prérogatives du Parlement et ne peut être détournée de cet objectif. C’est le
parlement qui doit avoir le dernier mot. Cela implique que les Chambres législatives peuvent décider, au cas par
cas pour les matières qu’elles jugent importantes, si le pouvoir législatif peut continuer d’être exercé » (ibid., p.
5).
856
Audition sur l’activité du Parlement en période d’affaires courantes, Rapport fait au nom de la commission de
révision de la Constitution, des réformes institutionnelles et du règlement des conflits, Doc. parl., Ch., sess. ord.
1992‑1993, n° 996/1, p. 37.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 246
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
une marge de manœuvre et apprécie l’opportunité de sanctionner et de promulguer le texte857.
En 1993, la commission Belge de révision de la Constitution, des réformes institutionnelles et
du règlement des conflits de la Chambre a considéré qu’« aucune réponse juridique
satisfaisante ne peut être donnée à la question de savoir si le gouvernement est ou non tenu
de faire sanctionner le texte adopté »858. Selon nous, il conviendrait de pencher en faveur de
la seconde thèse, et de ménager une marage de manœuvre à l’équipe gouvernementale.
L’intérimaire et son Gouvernement devraient disposer du droit de refuser de sanctionner et de
promulguer un texte adopté par les Chambres en période d’affaires courantes, et de déférer la
responsabilité de la sanction au nouvel exécutif qui sera élu au terme de la transition.
Ce sont les arrêts, Associations des industries chimiques de Belgique et Associations
du personnel wallon et francophone de services publics rendus le 21 juin 1974 qui ont, pour
la première fois, consacré la notion d’affaires courantes859. Au fil des décisions, le Conseil
d’Etat prend l’habitude de rappeler qu’il reconnaît trois types d’actes qui peuvent être adoptés
en période d’affaires courantes860.
PARAGRAPHE II : PORTEE DE LA CLASSIFICATION
La classification des actes relevant des affaires courantes peut avoir une double
portée : d’une part, elle tient à la valeur même de cette classification (A), et d’autre part elle à
trait au contrôle exercé sur ces actes (B).
A. La valeur de la classification opérée par le conseil d’Etat
857
Audition sur l’activité du Parlement en période d’affaires courantes, Rapport fait au nom de la commission de
révision de la Constitution, des réformes institutionnelles et du règlement des conflits, Doc. parl., Ch., sess. ord.
1992‑1993, n° 996/1, pp. 5 et 12.
858
Audition sur l’activité du Parlement en période d’affaires courantes, Rapport fait au nom de la commission de
révision de la Constitution, des réformes institutionnelles et du règlement des conflits, Doc. parl., Ch., sess. ord.
1992‑1993, n° 996/1, p. 37.
859
Le Conseil d’Etat a admis la limitation des pouvoirs d’un gouvernement démissionnaire. C.E., 21 juin 1974,
associations des industries chimiques de Belgique, n° 16.490; C.E., 14 juillet 1975, association du personnel
wallon et francophone des services publics, n° 17.131. Il a par la suite présenté plusieurs catégories d’actes
pouvant être adoptés en période d’affaires courantes : C.E., 9 juillet 1975, Berckx, n° 18.291.
860
Voire. Le rapport de J. SALMON avant l’arrêt n° 46.028 du 31 mai 1994, J.T., 1994, pp. 515 et s.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 247
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Parler de la valeur de la classification des actes relevant des affaires courantes revient
à examiner les modalités de classification (1), mais aussi les actes de relevant pas de
l’expédition des affaires courantes (2).
1. Les modalités de classification des actes d’affaires courantes
De la jurisprudence du conseil d’Etat, il ressort que les modalités de classification
des actes d’affaires courantes porte de façon ambivalente sur l’absence d’un lien de
classification (a), et sur l’existence d’un critère de classification (b).
a. L’absence de lien de classification
Un examen plus large de la jurisprudence permet de constater l’absence de lien entre
la classification adoptée et les matières sur lesquelles portent les actes. En d’autres termes il
n’existe pas de corrélation ou de filiation entre la classification tripartite choisis par la haute
juridiction et les matières sur lesquelles portent les actes adoptés en affaires courantes.
Quelques exemples peuvent être cités. Dans le domaine de la fonction publique, le Conseil
d’Etat considère qu’un certain nombre d’actes peuvent être pris en période d’affaires
courantes. Tantôt ce sont des actes relevant de la gestion journalière d’un département
ministériel. Il s’agit notamment des sanctions disciplinaires ou des nominations861 – un
tempérament est toutefois apporté pour les nominations à des fonctions dirigeantes862 –.
Tantôt ce sont des actes pour lesquels le Conseil d’Etat examine le déroulement de la
procédure administrative – pour des actes modifiant le cadre du personnel863. Tantôt ce sont
encore des actes pour lesquels le Conseil d’Etat constate l’absence d’élément susceptible
861
C.E., 21 novembre 1978, Beets, n° 19.272; C.E., 16 mars 1984, De Val, n° 24.143 – pouvoir de révoquer un
agent; C.E., 18 septembre 1992,Hotton, n° 40.375; C.E., 10 mars 1982, Gillet, n° 22.109 – nomination
d’unfonctionnaire de rang; C.E., 29 janvier 1980, Joos et Haesaert, nos 20.080 et20.081; C.E., 30 juin 1983,
Wagemans, n° 23.419 – sanction disciplinaire ;C.E.,14 décembre 1984, Delporte, n° 24.910 – sanction
disciplinaire; C.E., 8 octobre 1997, Leclercq, n° 68.729 – révocation pour motif disciplinaire.
862
C.E., 4 juillet 1985, Godfroid, n° 25.552.
863
C.E., 28 janvier 1994, Jacquet, n° 45.898.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 248
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
d’engager la responsabilité ministérielle864. En matière d’urbanisme, la jurisprudence tend
également à examiner deux aspects : le déroulement de la procédure et l’enjeu de l’acte.
Ainsi, les actes – de classement d’un site865, d’une construction de route866, sont considérés
comme légalement pris en période d’affaires courantes pour autant qu’ils soient
l’aboutissement d’une initiative prise avant la période critique, que la procédure
administrative ait été entamée, conclue et réglée normalement et qu’ils constituent un acte de
gestion habituelle867. Il en est de même pour l’exécution d’une loi868, les autorisations
administratives869, les actes de tutelle870.
En définitive, le Conseil d’Etat applique les trois catégories retenues aux différentes
matières. Il n’hésite pas à mêler les critères propres à la détermination de chaque catégorie
afin d’aboutir à son analyse de légalité. Il ne permet pas d’établir, à partir des matières, une
typologie des actes adoptés en période d’affaires courantes. S’il est donc constant qu’il
n’existe pas de lien de classification, il en est autrement en ce qui concerne le critère de
classification.
b. Détermination d’un critère de classification des affaires dites
courantes
Pour mieux comprendre cette classification en trois catégories, l’on peut tenter de
systématiser la démarche suivie par le Conseil d’Etat pour déterminer la légalité de l’acte
adopté en période d’affaires courantes871. Celle-ci procède d’une réflexion en trois temps.
864
C.E., 9 janvier 1998, Gurickx, n° 70.602; C.E., 16 mars 1994, Gérard, n° 46.533 – discipline
865
C.E., 14 octobre 1999, d’Oultremont, n° 76.434; C.E., 28 mars 1991, Van Steenlandten Kempenaers, n°
36.772.
866
C.E., 19 novembre 1999, Pierson, n° 83.531.
867
C.E. du 14 juillet 1975, a.s.b.l. association du personnel wallon et francophone des services publics, n°
17.181; C.E., 16 mars 1994, Gérard, n° 46.533; C.E., 21 juin 2000, de gemeente Essen, n° 88.138.
868
Il s’agissait de la mise en cause d’un arrêté royal déterminant les modalités de la facture unique de prestations
médicales et des autres montants dus en cas d’hospitalisation fixant les principes généraux consacrés dans la loi :
C.E., 21 novembre 1989, Penneman, n° 33.430.
869
C.E., 3 mai 1984, Marien, n°24.299; C.E., 2 octobre 1985, Association générale de l’industrie du
médicament, n° 25.687
870
C.E., 18 mai 1988, Commune d’Ecaussinnes et consorts, n° 30.060; C.E., 7 février 1992, Tessens, n° 38.697;
C.E., 18 septembre 1992, Hotton, n° 40.375
871
C.E., 9 juillet 1975, Berckx, n° 17.128; C.E., 29 janvier 1980, Joos et Haesaert, n° 20.080 et n° 20.081 et
véritablement consacrée dans l’arrêt Leclercq (C.E, 31 mai 1994, n° 47.691).
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 249
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Il s’agit tout d’abord d’examiner l’objet de l’acte. Cela implique d’apprécier la portée
politique de son adoption. Il s’agit de vérifier si les actes portent sur des questions
fondamentales et impliquent des options dont l’importance sur le plan de la politique générale
est, telle que ces affaires ne pourraient être décidées que par un gouvernement qui a l’appui de
la Chambre872. A partir de cet examen, l’on peut déterminer si l’on se trouve dans l’hypothèse
des affaires urgentes.
Dans l’hypothèse où l’acte ne porte pas sur une question fondamentale pour l’action
politique et qu’il n’est pas de nature à entraîner une mise en cause politique, l’on vérifie
ensuite s’il s’agit d’une affaire relevant de la gestion quotidienne d’une autorité. Dans un tel
cas, l’affaire peut également être traitée car elle ne comporte pas le moindre enjeu politique.
Cette double démarche permet d’éliminer les hypothèses les plus radicales : d’une part, celles
qui impliquent des enjeux extrêmement importants pour l’autorité qui les adopte et, d’autre
part, celles qui sont sans aucune incidence. Elle laisse place aux situations plus incertaines,
celles qui ne peuvent être considérées comme fondamentales mais qui génèrent tout de même
des enjeux plus importants que ceux de simple gestion. Le Conseil d’Etat doit alors recourir à
un autre critère, celui de l’examen du déroulement de la procédure d’adoption de ces actes
d’un intérêt plus qu’ordinaire873. Il doit vérifier si la décision de prendre un tel acte a été prise
in tempore nonsuspecto, si la procédure a été menée sans précipitation, si elle a été conclue et
réglée normalement874.
La dernière catégorie tend à s’affirmer et à s’affiner. A plusieurs reprises, le Conseil
d’Etat a souligné le caractère important de l’acte mis en cause875. Il restait pourtant difficile
d’établir la frontière entre l’acte important et les affaires urgentes ou les affaires de simple
gestion876. Le Conseil d’Etat a finalement opéré la distinction entre les trois catégories
d’affaires lors de l’arrêt Leclercq rendu le 31 mai 1994. Dans le cadre de cet arrêt, le Conseil
872
C.E., 5 février 1981, Ville de Bruxelles, n° 20.933; C.E., 2 octobre 1985, a.s.b.l. association générale de
l’Industrie du médicament et consorts, n° 25.687; C.E., 14 octobre 1999, d’Oultremont, n° 76.434.
873
C.E., 16 mars 1984, De Val, n° 24.143.
874
C.E., 14 décembre 1984, Delporte, n° 24.910; C.E., 18 mai 1988, Communes d’Ecaussinnes et consorts, n°
30.060; C.E., 7 février 1992, Tessens, n° 38.697; C.E., 18 septembre 1992, Hotton, n° 40.375; C.E., 3 mai 1994,
Marien et consorts, n° 24.299
875
C.E., 18 septembre 1992, Hotton, n° 40.375 – recours contre une décision de la députation permanente; C.E.,
21 décembre 1999, De Cock, n° 84.310.
876
V. à titre d’exemple C.E., 5 février 1981, Ville de Bruxelles, n° 20.933.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 250
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
d’Etat a distingué les affaires de peu d’importance, les affaires urgentes et les affaires
importantes mais introduites en dehors de tout conflit et menées sans célérité particulière.
Le critère essentiel de l’appréciation de l’affaire réside dans l’enjeu de la décision.
Cet élément déterminant est, en cas de doute, conjugué avec un autre critère, celui du
déroulement normal ou non de la procédure d’élaboration de l’acte. La réunion de ces deux
éléments permet de justifier l’adoption de l’acte et d’évincer toute suspicion entourant son
existence.
Cette classification ne simplifie pas pour autant l’examen de la légalité d’un acte pris
en période d’affaires courantes. Elle définit des types d’actes répondant à des critères précis,
mais le Conseil d’Etat ne paraît pas leur donner une interprétation stricte. Elle ne permet pas
d’affirmer avec certitude qu’en période d’affaires courantes, les actes relevant des catégories
élaborées peuvent être légalement adoptés puisqu’elle est parfois étoffée par d’autres indices.
2. Les actes ne relevant pas de l’expédition des affaires courantes
Il va de soi qu’un un gouvernement intérimaire peut prendre toutes les mesures qui
s'imposent, y compris celles qui auraient été prises par un gouvernement de plein exercice en
vertu de circonstances exceptionnelles pour sauvegarder l’intégrité du territoire et assurer la
continuité de l’Etat. La nécessité de faire face à un danger imminent pour la collectivité
publique légitime, en l’occurrence, l’action du gouvernement intérimaire. Son inaction, au
contraire, serait fautive dans la mesure où elle mettrait en danger la continuité de la vie de
l’Etat.
Il est, par contre, certaines affaires qui, par nature, débordent le cadre de l’expédition
des affaires courantes. On les range ici encore dans quelques classifications générales.
Une première catégorie d’affaires non courantes rassemble les décisions politiques
de grande importance. Celles qui conduisent; par exemple, à la modification du statut d'un
organisme public877, celles aussi qui impliquent de nouvelles initiatives gouvernementales ou
des choix politiques particulièrement importants. C’est ainsi qu’un gouvernement intérimaire
« ne peut déposer sur le bureau des Chambres un projet de déclaration de révision de la
877
C.E., n° 17131, Associationdu personnel wallon et francophone des services publics, du 14 juillet 1975.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 251
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Constitution. Engager la procédure susceptible de modifier la loi fondamentale excède les
limites des affaires courantes ; c’est un acte politique particulièrement grave »878.
Ne faut-il pas inscrire dans une deuxième catégorie les questions qui ont provoqué la
chute d’un gouvernement démissionnaire ? Ne serait-il pas anormal de les voir traiter et régler
dans le cadre de l’expédition des affaires courantes, alors que le contrôle parlementaire, ou
plus généralement, le contrôle de l’opinion publique, a fait échouer l’action du gouvernement
sur ce point ? On mesure toute la difficulté d’arriver à des catégories précises. La pratique
indique, en effet, que la réalité est complexe et difficile à cerner.
C’est le gouvernement intérimaire qui apprécie si la décision à prendre porte ou non
sur une affaire courante. Mais ses appréciations déroutent souvent par leurs incohérences et
leurs contradictions. En fait, pour le gouvernement intérimaire, l’opportunité politique de la
décision prime souvent sur le souci de respecter la légalité.
Pendant la période de vacance du pouvoir présidentiel, la notion d’affaires courantes
peut être invoquée à tort et à travers. Tantôt pour justifier une action, l’exécutif intérimaire
considère que la décision qu’il a l’intention de prendre rentre bien dans le domaine des
affaires courantes ; tantôt, comme prétexte d’une abstention commode et politiquement
payante, il estime que l’affaire à traiter dépasse les bornes de l’expédition des affaires
courantes. Cet état de choses donne à la notion d’affaires courantes un contenu fluctuant qui
paraît varier au gré des circonstances politiques du moment. Toute chose qui commande un
contrôle des mesures prises durant cette période.
B. Le contrôle des actes posés en affaires courantes
L’obligation pour un exécutif transitoire de gérer les affaires courantes trouve sa
justification dans l’impossibilité, pour le Parlement, d’exercer temporairement un contrôle sur
l’action de celui-ci. Cette absence de contrôle parlementaire rend d’autant plus indispensable
la mise en œuvre d’un contrôle juridictionnel effectif sur le gouvernement de transition ou le
Président par intérim, afin de vérifier que celui-ci n’excède pas les limites des affaires
courantes. La justiciabilité de la théorie des affaires courantes constitue ainsi un rempart
878
Avis d'un collège de spécialistes de droit constitutionnel remis au formateur M. Léo Tindemans, en janvier
1974.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 252
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
contre les éventuels excès d’un exécutif qui se montrerait trop « zélé » en voulant aller au-
delà de ses compétences limitées.
L’importance du contrôle juridictionnel est rendue accrue par la longueur des crises
politiques. Nicolas Bernard a mis en exergue l’extension de l’étendue de la notion d’« affaires
courantes » que ces crises politiques successives ont impliquée879. Dans ces circonstances, si
l’on comprend la nécessaire évolution du concept d’« affaires courantes », celle-ci ne peut
toutefois se faire que de manière encadrée par le biais des contrôles juridictionnels. Ainsi,
nous examinons les contrôles juridictionnels à l’égard des actes administratifs (1), d’une part,
et des actes législatifs (2), d’autre part, en période d’affaires courantes.
1. Le contrôle juridictionnel des actes administratifs adoptés en période
d’affaires courantes
Un acte administratif adopté en période d’affaires courantes et qui excéderait les
limites de celles-ci peut faire l’objet d’un recours en annulation devant le juge administratif.
Cela étant, la « justiciabilité » des actes administratifs posés en période d’affaires
courantes n’a pas toujours été admise. Le Conseil d’Etat s’est en effet « longtemps refusé, au
nom de la séparation des pouvoirs, à sanctionner un gouvernement démissionnaire qui
excédait les limites des pouvoirs qui auraient dû être les siens»880. Il a fallu attendre un arrêt
du 14 juillet 1975 pour que le Conseil d’Etat se déclare compétent pour annuler une décision
qui excédait le cadre des affaires courantes881. Dans cet arrêt, le Conseil d’Etat a jugé que :
879
Voire., dans le présent numéro de la R.B.D.C., BERNARD (N. B.), « L’expédition des affaires courantes :
évolutions d’une coutume constitutionnelle ».
880
UYTTENDAELE (M.), « Deux hommes seuls face à la balance de la justice. Réflexions sur l’intérêt à agir
des associations protectrices des droits de l’homme et sur les affaires courantes à la suite de l’arrêt du Conseil
d’Etat du 30 octobre 2009 », R.B.D.C., 2010/1, p. 64.
881
C.E., arrêt A.S.B.L. Association du personnel wallon et francophone des services publics, n° 17.131, du 14
juillet 1975. Dans cet arrêt, le Conseil d’Etat a annulé un arrêté royal du 18 janvier 1973 qui fixait les cadres
linguistiques de la C.G.E.R. Il faut toutefois voir que l’obligation de fixer ceux-ci s’imposait au gouvernement
depuis 1966. Le Conseil d’Etat n’a pas vu en quoi « cette nécessité serait devenue, en janvier 1973, impérieuse et
urgente au point de mettre en péril la continuité du service public s’il n’y était pas immédiatement pourvu ».
Comme le fait à juste titre remarquer Laurent MANISCALCO, « [s]i, effectivement, le Conseil d’Etat a, dans
son arrêt du 22 octobre 1974, évoqué les affaires courantes en utilisant les termes « usage constitutionnel », cet
arrêt ne peut pas constituer le point de départ de sa justiciabilité. En effet, dans cet arrêt, le Conseil d’Etat ne
pose pas encore clairement le principe de la compétence limitée du gouvernement qui n’est plus soumis à
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 253
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
«la règle non écrite, suivant laquelle la compétence des membresd’un Gouvernement
démissionnaire se borne à l’expédition des affairescourantes, apparaît comme une règle
obligatoire en ce qu’elle procèdede l’économie générale de la Constitution et, plus
spécialement, en ce qu’elle garantit la continuité des services publics ».
Depuis lors, le Conseil d’Etat a rendu de nombreux arrêts relatifs aux affaires
courantes et peut être considéré comme « le foyer principal des quelques applications
concrètes de ce principe en droit contemporain »882. Un acte administratif adopté en période
d’affaires courantes et qui excéderait les limites de celles-ci peut également faire l’objet d’un
contrôle incident par les cours et tribunaux. Dans un arrêt du 4 février 1999, la Cour de
cassation s’est ainsi prononcée sur la légalité de l’adoption d’un arrêté d’exécution d’une loi
en période d’affaires courantes et a décidé que : « tout retard dans l’élaboration d’un arrêté
essentiel pour l’exécution d’une loi entrée en vigueur est de nature à paralyser l’exécution
de cette loi ; que cette élaboration peut, dès lors, être considérée comme une tâche qu’il
importe de poursuivre le plus rapidement possible pour autant qu’elle soit l’aboutissement
normal d’une procédure régulière à l’issue de laquelle les pouvoirs du gouvernement ne
trouvent à s’exercer que dans les limites très étroites» (9).
En conséquence, si elle a auparavant fait défaut, la justiciabilité des actes
administratifs posés en période d’affaires courantes est donc aujourd’hui garantie, tant par le
Conseil d’Etat que par les cours et tribunaux. Il n’en va pas de même en ce qui concerne le
contrôle juridictionnel des actes législatifs adoptés en période d’affaires courantes.
2. Le contrôle juridictionnel des actes législatifs adoptés en période
d’affaires courantes
contrôle parlementaire. Qui plus est, il n’annule pas l’acte attaqué — une nomination — au nom de la théorie des
affaires courantes. » (L. MANISCALCO, « Des affaires pas si courantes que cela… », op. cit., p. 17).
882
BONBLED (N.), « Les aspects contemporains de la continuité de l’Etat : l’exception, l’urgence et la
transition », J.T., 2014/33, p. 643. Après une rapide recherche sur le site du Conseil d’Etat, on n’obtient pas
moins de 97 résultats quant aux arrêts rendus à propos des affaires courantes.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 254
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Vu le contexte de « méfiance »883 dans lequel la Cour constitutionnelle a vu le jour, «
ses compétences (ont été) limitées à l’indispensable (la répartition des compétences et les
droits fondamentaux) et ne s’étendent pas aux matières très sensibles du fonctionnement
des pouvoirs. La Cour ne se reconnaît dès lors aucune compétence de principe pour
indaguer dans la confection des lois, ne s’estimant compétente que pour en connaître le
produit fini »884. Par conséquent, le respect du processus d’élaboration des actes législatifs
échappe à la compétence de la Cour constitutionnelle885. La compétence de celle-ci se borne
au contrôle de la constitutionnalité du contenu de leurs dispositions886 : « La Cour est
compétente pour contrôler, (…) la constitutionnalité du contenu de dispositions législatives,
mais non celle de leur processus d’élaboration. Le moyen, qui concerne uniquement le
processus d’élaboration des dispositions attaquées, est étranger à la compétence de la Cour
»887.
Dans son récent arrêt n° 33/2019 du 28 février 2019, la Cour constitutionnelle belge
a ainsi confirmé cette jurisprudence selon laquelle « sauf à l’égard des mécanismes de
fédéralisme coopératif précités, visés à l’article 30bis précité, la Cour n’est pas compétente
pour contrôler le processus ou les modalités d’élaboration d’un décret », de telle sorte «
que, comme elle l’a rappelé dans les arrêts n° 144/2012 du 22 novembre 2012, n° 29/2014
du13 février 2014 et n° 82/2017 du 22 juin 2017, la Cour n’est pas compétente pour exercer
un contrôle exhaustif, quant au fond et à la procédure, des actes qui précèdent la
ratification ou l’adoption d’une norme législative, même à l’égard des règles de droit
européen […]»888.
Par conséquent, le fait qu’une loi ait été sanctionnée et promulguée en période
d’affaires courantes n’est jamais susceptible d’être attaqué devant la Cour constitutionnelle
883
Voir. VERDUSSEN (M.), Justice constitutionnelle, coll. Précis de la Faculté de droit de l’Université
catholique de Louvain, Bruxelles, Larcier, 2012, pp. 62-73 ; SCHOLSEM (J.-Cl.), « La Cour d’arbitrage », Rev.
dr. ULB, 1999, n° 20, p. 207.
884
DELGRANGE (X.) et DETROUX (L.), « La délibération parlementaire, gage de qualité de la loi pour une
meilleure protection pour les droits fondamentaux ? », in DETROUX (L.), EL BERHOUMI (M.), LOMBAERT
(B.) (dir.), La légalité. Un principe de la démocratie belge en péril ?, Bruxelles, Larcier, 2019, p. 755.
885
Voy. not. C.C., arrêt n° 24/96 du 27 mars 1996 ; C.C., arrêt n° 97/99 du 15 septembre 1999.
886
Voy. not. C.C., arrêt n° 24/96 du 27 mars 1996 ; C.C., arrêt n° 97/99 du 15 septembre 1999 ; C.C., arrêt n°
6/2009 du 15 janvier 2009 ; C.C., arrêt n° 70/2013 du 22 mai 2013.
887
C.C., arrêt n° 6/2009 du 15 janvier 2009, B.8.2.
888
C.C., arrêt n° 33/2019 du 28 février 2019, B.16.1 et B.16.2.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 255
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
(22). Il s’agit là, en effet, d’un aspect qui touche au processus d’élaboration de la loi, à l’égard
duquel la Cour est sans compétence.
La Cour constitutionnelle belge a ainsi refusé d’examiner si une loi avait été
valablement sanctionnée et promulguée par le Roi alors que, les Chambres étant dissoutes, le
requérant soutenait que la matière faisant l’objet de la loi tombait dans le champ des affaires
courantes. Marie-Françoise RIGAUX fait à ce propos observer que : « la Cour a toujours
refusé de contrôler ces règles même lorsqu’elles sont combinées avec les articles 10 et 11 de
la Constitution. Elle considère en effet que le contrôle des principes d’égalité et de non
discrimination suppose un contrôle du contenu des normes et non celui des formalités
prescrites pour leur adoption»889.
Ce contrôle pose le problème de l’obligation, pour le gouvernement, de promulguer
et sanctionner une loi en période d’affaires courantes. Sans revenir sur le débat relatif aux
affaires courantes relevant du législatif qui a déjà fait l’objet d’analyse plus haut, l’on peut
dire le contrôle effectué par la juridiction constitutionnelle dépend selon qu’il s’agisse des
propositions ou des projets de lois. En ce qui concerne les propositions de lois, le contrôle
n’est pas utile car le texte est à l’initiative des parlementaires, bénéficiant de la légitimité,
mais pour ce qui est des projets, l’intervention du juge peut être justifiée pour s’assurer que le
texte, objet du projet de loi soit rattachable à une des trois catégories d’affaires courantes.
Au final, le contrôle des actes législatifs en affaires courantes est ambigu. Le juge se
refuse de contrôler les aspects relatifs à la procédure d’élaboration de ces actes, mais dans
certaines conditions peut effectuer un contrôle du contenu de l’acte.
889
RIGAUX (M.-F.), « La nécessité d’un contrôle global de constitutionnalité : l’extension des compétences de
la Cour constitutionnelle », R.B.D.C., 2013/1, p. 59. Cité par RENSON (A.-S.), VERDUSSEN (M.) « le contrôle
juridictionneldes actes posés en affaires courantes »
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 256
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
CONCLUSION
Jean GICQUEL écrivait en 1968 que la problématique des coutumes
constitutionnelles était parmi « les plus ardues et les plus confuses du droit constitutionnel
». La théorie des affaires courantes atteste du fait que cette affirmation demeure pertinente.
L’irruption du droit non écrit au sein de notre ordre constitutionnel bouleverse les certitudes,
entraîne confusions, débats et contradictions. Que penser du contenu de cette coutume ? La
règle nous semble parfaitement adaptée lorsque la période des affaires courantes est courte.
Dans cette hypothèse, elle permet à l’Etat de continuer à fonctionner, jusqu’à ce qu’un
nouveau président soit installé à brève échéance. Mais la règle engendre un sentiment de
malaise lorsque la période dure.
En période d’affaires courantes, l’exécutif officie tout en demeurant, ultimement,
irresponsable de ses actes d’un point de vue politique. Il ne peut plus être désavoué. Cela pose
problème d’un point de vue démocratique, dans la mesure où les limites de l’action
ministérielle demeurent controversées. Une révision constitutionnelle en vue d’inscrire
explicitement la règle d’expédition des affaires courantes dans la loi fondamentale et
l’ensemble des règles applicables en cette période permettrait de mettre fin aux incertitudes.
Mais en attendant une telle réforme, le constituant a procédé au retrait de certaines
compétences à l’intérimaire pendant la période de vacance du pouvoir.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 257
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
CHAPITRE II :
LA CIRCONSCRIPTION ATYPIQUE DES
COMPETENCES DE L’INTERIMAIRE
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 258
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
L’intérim traduit l’expression du pouvoir institutionnalisé, c’est-à-dire la continuité
d’un pouvoir permanent et qui s’exerce selon des règles anonymes, impersonnelles,
s’imposant à tous les composants du régime. La continuité ne peut dès lors être affectée par la
disparition prématurée de ses agents d’exercice. C’est pour ces raisons que les Constitutions
aménagent des périodes de transition au cours desquelles la continuité du pouvoir présidentiel
est réduite à sa plus simple expression. En période d’intérim, le Président intérimaire
n’assumant que provisoirement les fonctions présidentielles, voit l’exercice de ses pouvoirs
réduit au stricte nécessaire, il ne dispose pas de pleins pouvoirs. Il n’est donc pas un « Jupiter
constitutionnel» comme le sont les Chefs d’Etat en Afrique francophone. Cette restriction
semble trouver sa justification dans le fait que l’intérimaire ne jouit pas d’une légitimité à
l’instar du Président de la République é[Link] ne saurait de ce fait exercer les pouvoirs
constitutionnels dans leur plénitude. Dans ce sens, le constituant camerounais, en vue de
circonscrire les pouvoirs de l’Intérimaire, a entrevu la limitation de ses compétences (Section
I). Cependant, force est de constater que dans certaines hypothèses, cette limitation est
contourner et le Président de la République par intérim exerce la plénitude des compétences
présidentielles (Section II)
Section I : La nomenclature des restrictions
A la lecture de la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996, il en ressort que les
restrictions aux compétences de l’intérimaires peuvent être de deux ordres : des restrictions
matérielles (Paragraphe 1) et lesrestrictions temporelles (Paragraphe 2).
Paragraphe I : Les restrictions matérielles
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 259
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Le Président de la République par intérim est une autorité fortement limitée, ne
serait-ce que pour des raisons de commodité circonstancielle. L’exercice de nombreuses
compétences lui est interdit. Les compétences qui lui sont dévolues dans le cadre de l’intérim
excluent la mise en place d’une politique personnelle pendant la période de vacance.
Seulement l’intérimaire peut mettre en œuvre la plénitude des pouvoirs qui lui sont reconnus
par la constitution, et ces pouvoirs ne sont pas insignifiants. En effet, l'organisation de
l’intérim dépend de la volonté des constituants qui, en fonction de leurs préoccupations
propres, peuvent réglementer dans les détails les pouvoirs du suppléant ou, inversement,
n’accorder aucun intérêt à cette organisation. Au Cameroun comme ailleurs, le Président
intérimaire est chargé de veiller à la continuité du pouvoir présidentiel, et d’arbitrer le
processus successoral en attendant la désignation du successeur du chef de l’Etat. Cependant,
le constituant camerounais comme les autres constituants africains d’expression française a
emprunté au régime français la technique de limitation les pouvoirs du suppléant890. Il a
procédé à l’énumération des compétences retiré à l’intérimaire. Ce retrait est dans certaines
matières explicites (A) et dans d’autres implicites (B).
A. Les restrictions explicites
Les restrictions explicites aux compétences de l’intérimaire sont aménagées dans
l’article 6 de la constitution camerounaise qui proclame que « Le Président de la République
par intérim (…) ne peut modifier ni la Constitution, ni la composition du gouvernement. Il
ne peut recourir au référendum ». Ces restrictions peuvent être classées dans deux
catégories : celles ayant une portée relative (1) et celles ayant une portée absolue (2).
1. Les limites de portée relative
Les limitations à portée relative sont considérées comme telles en ce sens que
l’intérimaire peut les contourner. Il s’agit de L’interdiction de procéder à une révision de la
constitution (a) ou à une modification de la composition du gouvernement (b).
890
La constitution française de 1958 détermine positivement les attributions du suppléant en énumérant les
prérogatives dont la mise en œuvre est prohibée durant la « période qui s’écoule entre la déclaration du
caractère définitif de l’empêchement du Président de la République et l’élection de son successeur ».
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 260
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
a. L’interdiction de procéder à une révision de la constitution
Jean Jacques ROUSSEAU a écrit qu’« un peuple est toujours maître de changer ses
lois, même les meilleures»891. Et pourtant, la première limitation des pouvoirs de
l’intérimaire, posée par la constitution est l’interdiction de procéder à la révision de la
constitution. En fait, la révision de la Constitution est une problématique sur laquelle la
doctrine s’est beaucoup appesantie, tant la question est intéressante et d’actualité892. La
Constitution, qui est le reflet d’un ordre social, doit pouvoir s’adapter aux multiples mutations
socio politiques, économiques et culturelles qui affectent la société qu’elle est censée régir. Le
principe de la révision constitutionnelle est inscrit dans toutes les Constitutions modernes893.
En droit constitutionnel, lorsque que l’on parle de « révision constitutionnelle», on
fait référence à la procédure de réforme de la Constitution qui peut s’effectuer de manière
simplifiée par loi ordinaire, pour une Constitution dite souple, ou de manière stricte et
solennelle, pour une Constitution qualifiée de rigide. Dans ce dernier cas, la Constitution
891
ROUSSEAU (J. J.), Du contrat social, cité par J. GICQUEL et Jean Eric GICQUEL, Droit constitutionnel et
Institutions politiques, Paris, Montchrestien, 21ème édition, 2007, p. 180.
892
Lire sur la question CALAMO SPECCHIA (M.), « Les limites à la révision de la Constitution en France et
perspectives comparées », VII Congrès Français de Droit Constitutionnel, 50e anniversaire de la Constitution du
4 octobre 1958, Paris - 25, 26 et 27 septembre 2008, Atelier n° 3 – CONSTITUTION ET POUVOIR
CONSTITUANT, 28 pages ; « Constitutionnalisme et révisions constitutionnelles en Afrique de l‘ouest : le cas
du Bénin, du Burkina Faso et du Sénégal », Rapport de recherches du Centre pour la Gouvernance
Démocratique du Burkina Faso, 2009, 48 pages ; MATHIEU (B.), « Les révisions constitutionnelles sous la
Vème République : les objectifs des auteurs, le jeu des acteurs », Article consultable sur le site
[Link], 13 Pages ; MAGNON (X.), « Quelques maux encore à propos des lois de révision
constitutionnelle : limites, contrôle, efficacité, caractère opératoire et existence. », En hommage au Doyen Louis
FAVOREU, RFDC, 2004/3 n° 59, p. 595-617 ; D. G. LAVROFF, « De l'abus des réformes : réflexions sur le
révisionnisme constitutionnel »,RFDC, 2008/5 HS n°2, p. 55-71 ; ATANGANA AMOUGOU (J. L.), « Les
révisions constitutionnelles dans le nouveau constitutionnalisme africain », article précité, pp. 44-84 ; FALL (I.
M.), « La révision de la Constitution au Sénégal », Revue électronique Afrilex, Université de Bordeaux, 46 pages
; Didier BLANC, « La justiciabilité des limites au pouvoir constituant sous la cinquième république »,
Propositions pour un contrôle du pouvoir de révision détenu par le Congrès, consultable sur le site
[Link], 14 pages ; GOUGBEDJI (C.), « Le pouvoir constituant dérivé à l‘épreuve de la
rigidité constitutionnelle en Afrique francophone », consultable sur le site [Link], 19
pages ; BEHRENDT (C.), « La possible modification de la procédure de révision de la Constitution belge »,
RFDC, 2003/2, n° 54, pp. 279-308 ; LAFFAILLE (F.), « La disgrâce du droit ». » La révision avortée de la
Constitution italienne (2005-2006) et les apories de l'ingénierie constitutionnelle, RFDC, 2007/2, n° 70, pp. 381-
440 ; BERNARD-MAUGIRON (N.), « Droit constitutionnel étranger » Nouvelle révision constitutionnelle en
Égypte : vers une réforme démocratique ?, RFDC, 2007/4, n° 72, pp. 843-860
893
BURDEAU (G.), Essai d’une théorie de la révision des lois constitutionnelles en droit positif français, Thèse
de Doctorat en droit public, Macon, J. Buguet-Comptour Imprimeur, 1930.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 261
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
organise une procédure particulière de révision894. Professeur Franck MODERNE considère
que « la révision est formellement une technique procédurale par laquelle les pouvoirs
publics modifient expressément et officiellement le texte de la Constitution. Matériellement,
elle décrit l’objet de la modification constitutionnelle résultat de cette procédure
formelle»895. Elle peut encore s’entendre comme « une reformation juridique de la
Constitution opérée par le pouvoir constituant selon les formes et les conditions
particulières en tout cas inusitées dans la production des normes infra- constitutionnelles,
afin de tenir compte d’exigences nouvelles tout en s’assurant de la continuité du
régime »896. La révision de la constitution est un mécanisme qui permet d’adapter l’Etat aux
exigences de son temps. Elle est donc utile pour résoudre des lacunes pouvant porter atteinte à
la continuité de l’Etat.
Ainsi, si l’on s’accorde sur la nécessité d’une révision, force est de reconnaitre que
l’interdiction de réviser pendant l’intérim s’apparente à une limite « matérielle d’ordre
contextuel»897. Encore que, dans le contexte africain, l’évocation de l‘idée d‘un relativisme
constitutionnel898 est toujours prégnante, tant il est vrai que la plupart des révisions en Afrique
sont guidées par des ambitions politiques contraires à l’idéal démocratique et à l’Etat de droit
; comme ce fut le cas par exemple au Togo à la mort d’EYADEMA père.
Le Cameroun, contrairement aux autres constituants d’Afrique francophone, ne
neutralise pas, du moins dans la lettre de la Constitution, la possibilité d’une application des
dispositions constitutionnelles relatives à la révision constitutionnelle. Mais, se contente
d’énoncer que « le Président de la République par intérim – le Président du Sénat ou son
suppléant - ne peut modifier ni la Constitution (…)». L’on peut dire alors avec Charles
TUEKAM TATCHUM que « l’interprétation stricte de cette disposition laisse subodorer
894
DROIN (N.), « Retour sur la loi constitutionnelle de 1884 : contribution à une histoire de la limitation du
pouvoir constituant dérivé », RFDC, 2009/4 n° 80, p. 725-747.
895
MODERNE (F.), Réviser la Constitution. Analyse comparative d’un concept indéterminé, Paris, Dalloz,
2006, p. 40.
896
DONFACK SOKENG (L), « Existe –il une identité démocratique camerounaise?, la spécificité camerounaise
à l’épreuve de l’universalité des droits fondamentaux », Polis, vol.1, numéros spécial, Identité et démocratie au
Cameroun, Fev.1996. GRAP/UD, p.1. Cité par NGOUNMEDJE (F.) « La vacance de l’institution présidentielle
dans les Etats d’Afrique noire francophone », RADSP, 2019, [Link], n°16, p.29.
897
CALAMO SPECCHIA (M.), op. cit., p. 14.
898
Lire sur la question, G. CONAC, « Les Constitutions des Etats d‘Afrique et leur effectivité », in G. CONAC
(dir.), Dynamiques et finalités des droits africains, Paris, Economica, 1980, pp. 385-413.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 262
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
que seul le Président par intérim ne saurait procéder à une révision constitutionnelle »899.
Pourtant, on sait que conformément à l’article 63 de la Constitution du 18 janvier 1996
l’initiative de révision appartient à la fois au Président de la République et au Parlement. L’on
est alors fondé à se demander si le Parlement pourrait pendant l’intérim initier une révision
constitutionnelle puisque la Constitution ne semble interdire la révision que lorsqu’elle est
initiée par le Président intérimaire ? Une telle initiative venant du Parlement serait
juridiquement valable et régulière mais pourrait malheureusement entrainer une
instrumentalisation à des fins politiciennes. En effet, l’intérimaire peut profiter de cette
ouverture, précisément en passant par le parlement pour changer toutes les règles de la
vacance à son profit. Au regard de ce danger, la nécessité d’une interdiction absolue de réviser
la constitution durant la période de vacance s’impose. Il nous semble également nécessaire de
prévoir des dispositions pour neutraliser la théorie de la double révision. Ou encore prévoir la
possibilité d’initier une révision de la constitution dans le seul intérêt d’assurer la permanence
de l’Etat tout en excluant toute révision intéressant les règles de la vacance.
Néanmoins, il faut dire que cette incapacité frappe spécifiquement l’intérimaire et
non la période d’intérim. Les autres mécanismes d’initiation de révision constitutionnelle
continuent de fonctionner. L’idée étant de ne pas permettre à l’intérimaire de modifié la
constitution à des fins personnel. Il ne s’agit donc pas d’une limitation de la volonté d’un
peuple à réviser la constitution mais d’une volonté de rendre le Président incapable d’exercer
certaines prérogatives.
Qu’en est-il alors de l’interdiction de modifier la composition du Gouvernement ?
b. L’interdiction de modifier la composition du gouvernement
La seconde restriction de portée relative posée par le constituant porte sur
l’interdiction de modifier la composition du gouvernement. En période d’intérim, « Le
Président intérimaire doit donc s’accommoder d’un Premier Ministre (et d’un
gouvernement) que la Constitution lui impose, qu’il n’a pas choisi et avec lequel il doit
899
TUEKAM TATCHUM (C.), thèse précité, p.200.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 263
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
s’entendre»900 car, durant cette période, « la solidarité gouvernementale se relâche
fondamentalement à cause de la disparition du pôle d’attraction et de la réapparition des
forces centrifuges»901. De ce fait, l’on est en présence d’un gouvernement en sursis appelé à
démissionner après les élections ; mais également il peut arriver que le Sénat et son Président
n’aient pas la même orientation politique que le Président disparu902. Cependant, cette
interdiction pendant la période de vacance peut constituer une entorse à la garantie par le
Président de la République intérimaire de la continuité de l’Etat.
En effet, il est possible que, durant la période d’intérim, un membre du
Gouvernement démissionne ou décède et qu’il faille pourvoir à son remplacement afin
d’assurer la continuité du pouvoir. Dans ce cas, les exigences liées à la continuité de l’Etat
justifieraient que le Président intérimaire puisse pourvoir à leur remplacement, car il lui
revient la charge d’assurer le fonctionnement régulier des institutions. L’organisation de
l’élection présidentielle peut susciter des candidatures au sein de l’appareil gouvernemental.
Et cela peut sérieusement entamer la gestion des affaires courantes par le Président
intérimaire.
Le constituant camerounais conscient de cette possible difficulté l’a anticipé à
l’occasion de la révision constitutionnelle du 14 avril 2008. Il va adopter une formule
originale en son article 6 alinéa 4b et c qui proclame que « le Président de la République par
intérim – le Président du Sénat ou son suppléant - ne peut modifier ni la Constitution, ni la
composition du Gouvernement. Il ne peut recourir au référendum. Il ne peut être candidat
à l’élection organisée pour la Présidence de la République. Toutefois, en cas de nécessité
liée à l’organisation de l’élection présidentielle, le Président de la République par intérim
peut, après consultation du Président du Conseil constitutionnel, modifier la composition
du Gouvernement ». Par cette disposition, il a restitué au Président par intérim le pouvoir de
modifier la composition du Gouvernement903. Cependant, il s’agit d’une restitution relative de
ce pouvoir dans la mesure où la modification dont il est question ne peut être que partielle.
900
LE TOUZE (C.), thèse précitée, p. 532.
901
Ibid., p. 274.
902
Ibid., p. 276.
903
Art. 6 (4) (c) de la loi n°2008/001 du 14 avril 2008 modifiant certaines dispositions de la loi n°96/06 du 18
janvier 1996 portant révision de la constitution du 2 juin 1972
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 264
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Néanmoins, malgré le fait que l’expression « modification», employée par le
Constituant soit plus réductrice que celle de « changement», cette prérogative peut être
utilisée comme une arme redoutable entre les mains d’un intérimaire, un moyen de pression
contre un Gouvernement hostile et quand bien même l’hypothèse d’une modification totale
serait rejetée, plusieurs modifications partielles pourraient aboutir au même résultat. Par
conséquent, loin de la liberté et de la discrétionnarité dont dispose un Président élu de
composer, décomposer et recomposer le Gouvernement, le Président intérimaire doit donc,
pour exercer cette compétence, justifier des nécessités liées à l’organisation de l’élection
présidentielle et obtenir l’avis du Conseil constitutionnel.
La constitution camerounaise va poser d’autres limitations des compétences de
l’intérimaire qui cette fois ont une portée plus rigide.
2. La limite de portée absolue : le recours au référendum
Le référendum est un instrument de la démocratie, car il permet au peuple
d’intervenir directement dans la conduite de certains domaines de la politique nationale et
même souvent local. De nos jours, plusieurs observateurs sont d’avis qu’il faut davantage
recourir au référendum, notamment pour faire évoluer certains secteurs de la vie sociale. Au
regard de l’importance de cette procédure, le constituant camerounais a exclu sa ténue en
période d’intérim au sommet de l’Etat. Mais avant d’examiner cette exclusion (b), il nous
parait nécessaire d’étudier l’approche définitionnelle de cette notion (a).
a. Définition de la notion de référendum
Le mot référendum est généralement utilisé pour décrire un scrutin au cours duquel
les citoyens expriment leur soutien ou leur opposition à une mesure proposée par un
gouvernement ou par une initiative populaire. Il désigne « Votation par laquelle les citoyens
se prononcent par oui ou par non à propos d’un texte »904 ou encore « Procédé de la
démocratie semi-directe par lequel le peuple collabore à l’élaboration de la loi, qui ne
904
AVRIL (P.) GICQUEL (J.), Lexique de droit constitutionnel, 4e éd, PUF, 14e mille, P.6.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 265
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
devient parfaite qu’avec son consentement. »905. Plus précisément, le terme référendum peut
s’entendre comme étant « un scrutin au cours duquel lescitoyens expriment leur soutien ou
leur opposition à une mesure proposée par un gouvernementou par une initiative
populaire»906, et par extension, il faut appréhender le référendum comme le « procédé de
démocratie semi directe qui fait intervenir l’ensemble des citoyens d’un territoire donné et
est appelé à s’exprimer sur une position qui leur est soumise, concernant une mesure
qu’une autorité a prise ou envisage de prendre et dont l’issue varie selon le type de
référendum »907. Il s’agit donc d’une procédure exceptionnellepar laquelle les citoyens sont
appelés à se prononcer directement par un vote sur un projet de loi organique ou ordinaire ou
sur un projet de révision de la Constitution en répondant à une question posée par « oui » ou
par « non ». Le référendum est donc un procédé démocratique, dans la mesure où il permet au
peuple d’exercer sa souveraineté. C’est en cela qu’il se distingue du plébiscite qui consiste
pour le peuple à accorder plus ou moins implicitement à travers le vote une confiance à un
homme, à le confirmer dans son pouvoir. Cette procédure est « dénaturation du référendum,
en ce qu’il consiste pour les citoyens à se prononcer non pas tant sur un texte, qui n’est en
l’occurrence qu’un prétexte, que sur l’action du chef de l’exécutif »908. L’une des
principales vertus de la pratique référendaire réside dans le fait que les gens ordinaires
pensent que les décisions les plus légitimes sont celles qu’ils prennent directement plutôt que
celles qui sont prises par les représentants élus, les dirigeants de partis et autres élites. Comme
l’écrit GEOFFREY WALKER : « Dans une démocratie, la seule source possible de
légitimité est la volonté du peuple souverain. De ce point de vue, le référendum et
l’initiative ont un grand avantage car ils sont le moyen le plus direct de s’assurer de la
volonté populaire. Le citoyen sera plus facilement prêt à contourner une loi défendue par
les élites, ou introduite grâce au chantage ou à la corruption, qu’une loi qui reflète le
consentement libre et conscient de la majorité des citoyens.»909. C’est la raison pour laquelle
905
GUINCHARD (S.) DEBARD (T.), Lexique des termes juridiques, 25e éd, Dalloz, 2017-2018, p. 120.
906
RANNEY (A), « Référendum et démocratie », in Le référendum, No77, Pouvoirs, Revue française d’études
constitutionnelles et politiques, 1996, P.7
907
AMYE ELOUMA (L.) L’écriture des constitutions au Cameroun, Thèse de Doctorat/Ph.D, université de
Yaoundé II, 29 décembre 2016. p.96.
908
AVRIL (P.) GICQUEL (J.), Lexique de droit constitutionnel [Link]. p.106
909
Geoffrey de Q. Walker, The People’s Law, Collingwood, Victoria, Centre for Independent Studies, 1987, p.
50.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 266
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Jean Jacques ROUSSEAU pense que « toute loi que le peuple en personne n’a pas ratifiée
est nulle : ce n’est point une loi»910.
Parler de l’approche définitionnelle de la notion de référendum revient aussi à
s’interroger sur les différents types de référendum pour une appréhension aisée de la notion.
Ainsi, il y’a lieu de distinguer le référendum constituant du référendum législatif, le
référendum de consultation du référendum de ratification, et enfin le référendum facultatif du
référendum obligatoire.
Si le référendum facultatif est celui auquel il est procédé à la demande des gouvernants
ou sur pétition d’un certain nombre de citoyens911, c’est encore ce référendum qui selon le
vocabulaire juridique est « celui dans lequel l’assemblée est pleinement maitresse dedécider
le recours au référendum»912. Par contre, le référendum obligatoire est celui « dans lequel
l’opinion exprimée par le peuple lie juridiquement l’assemblée»913, il peut s’agir de
ceréférendum que la constitution impose dans certains cas914.
Quant au référendum consultatif, il est celui qui porte à titre d’enquête sur le principe
d’une mesure envisagée915, ou encore celui dans lequel « l’opinion exprimée par le peuple
n’a pour l’assemblée que la valeur d’un simple avis»916. Le référendum consultatif n’a donc
rien àvoir avec le référendum de ratification qui se définit comme celui qui porte sur un texte
completdonné et qui n’acquiert valeur juridique qu’après l’approbation populaire917.
Enfin, le référendum législatif est celui-là qui porte sur une loi918, il s’apparente à la
« soumission au peuple d’un projet ou d’une proposition de loi en vue de son adoption ou
de son rejet»919. Le référendum constituant quant à lui, est celui qui porte sur l’adoption ou la
910
ROUSSEAU (J.-J.), Du contrat social, Librairie de la bibliothèque nationale, 1894, chap. XV livre III, p.
128-129.
911
LADEGAILLERIE (V), Lexique de termes juridiques, ANAXAGORA, Col numérique, P.140, cité par
AMYE ELOUMA (L.) L’écriture des constitutions au Cameroun, Thèse précitée.
912
CAPITANT (H), Vocabulaire juridique, [Link]., P.413
913
Idem.
914
LADEGAILLERIE (V), Lexique de termes juridiques [Link]., P.140
915
Idem.
916
CAPITANT (H), Vocabulaire juridique, [Link]., P.413
917
LADEGAILLERIE (V), Lexique de termes juridiques [Link]., P.140
918
Idem.
919
Lexique de politique, [Link]., P.355
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 267
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
révision de la constitution920, c’est une « soumission au peuple d’un projet de constitution
ou d’un projet de révision constitutionnelle parfois voté antérieurement par le
parlement»921. C’est de cedernier référendum dont il s’agira ici dans le cadre du présent
travail au regard de l’intitulé de la réflexion.
b. L’exclusion du recours au référendum pendant l’intérim
Les enjeux du référendum ont incité le constituant à lui donner une place importante
dans le texte constitutionnel malgré la réticence exprimée par certains représentants lors de la
rédaction922. Le recours à cette procédure durant l’intérim au sommet de l’Etat fait partie des
limites de portée absolue posées aux compétences de l’intérimaire dans le cadre d’un intérim
géré en conformité avec les prescriptions constitutionnelles. La pratique référendaire est assez
marginal dans le contexte africain ces dernières décennies. Sans doute a-t-elle été plus
marquée durant la période post indépendance923 et dans les années 90 où on a assisté à la «
quasi généralisation de la pratique du référendum, dans le processus d’établissement des
nouvelles Constitutions, signe de la reconquête de la souveraineté par le peuple. Mais, elle
est surtout la preuve que, depuis le mouvement démocratique des années 1990, la volonté
du peuple est le fondement des pouvoirs publics en Afrique»924.
La question qui se pose ici est celle de savoir qu’est ce qui justifie l’interdiction de
façon absolue du recours au référendum durant la période de l’intérim ? Cette interdiction
peut être doublement justifiée.
L’exclusion du recours au référendum par l’intérimaire peut se justifier d’une part
par la crainte d’une instrumentalisation de cette procédure et sa transformation en un
plébiscite comme le souligne Marthe Fatin-Rouge STEFANINI à propos de la France, « le
920
LADEGAILLERIE (V), Lexique de termes juridiques,[Link]., P.140
921
Lexique de politique, [Link]., P.355
922
Voir par exemple intervention de COSTE-FLORET (M.) in COMITÉ NATIONALE CHARGE DE LA
PUBLICATION DES TRAVAUX PRÉPARATOIRES DES INSTITUTIONS DE LA Ve RÉPUBLIQUE,
Documents pour servir à l’histoire de l’élaboration de la Constitution du 4 octobre 1958, Vol. II, op. cit.,p. 81
923
C’est ainsi qu’au Cameroun, les textes constitutionnels de 1960 et de 1972 ont reçu l’assentiment du peuple
souverain par le biais du référendum
924
LATH YEDOH (S.), « La pratique du référendum dans les systèmes constitutionnels africains », article
Publié dans La Lettre de l’IDDH, n°5, janvier-février-mars 2005. Pp. 2-3 et consultable sur le site
[Link] consulté le 19 octobre 2023, p. 2.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 268
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
recours au référendum a toujours suscité des craintes en raison notamment de l’utilisation
plébiscitaire de cette institution»925. C’est ainsi qu’en France, cette procédure a tacitement
fait l’objet d’une manipulation par le Général De GAULLE lorsqu’il a utilisé la procédure
référendaire pour réviser la Constitution. Le référendum était simplement un moyen pour lui
Gaulle afin de contourner l’Assemblée et les partis politiques926. Le Président restait
directement en face du peuple et lui posait la question.
D’autre part, l’organisation du référendum pendant l’intérim est malaisée en raison
notamment des contraintes financière et organisationnelle de sa mise en œuvre, qui se conçoit
mal dans une période où l’Etat est confronté à un vide institutionnel créé par la vacance du
pouvoir. En effet, comme il a été démontré plus haut, la période d’intérim est aménagée en
vue de la gestion de la transition et la préparation des opérations électorales en vue de
l’installation d’un nouveau Président et partant d’un nouvel exécutif. Ainsi donc, toute
consultation populaire durant cette période est constitutive d’un détournement de pouvoir et
donc éloignerait l’intérim de son object.
A coté de l’interdiction du recours au référendum, de la modification du
gouvernement ou de la révision de la constitution qui sont des restrictions explicitement
consacrées par le constituant, d’autres interdictions sont perceptible de façon implicite.
B. La restriction implicite : dissolution de l’Assemblée Nationale
L’examen des raisons du retrait du pouvoir de dissolution de l’Assemblée Nationale
par l’intérimaire (2), commande qu’il soit étudié au préalable le régime de la dissolution de
cette chambre parlementaire (1).
1. Le régime de la dissolution de l’Assemblée Nationale
La dissolution est sans doute le mécanisme de recours ultime dans les régimes
parlementaires pour résoudre les crises politiques. Même s’il existe plusieurs formes de
925
FATIN-ROUGE STEFANINI (M.), « Le référendum et la protection des droits fondamentaux », RFDC,
2003/1 n° 53, pp. 73-101, spéc., p. 75.
926
JAN (P.), Le Président de la République au centre du pouvoir, La Documentation Française, 2011, p. 117-
118
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 269
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
dissolution des parlements en l’occurrence l’autodissolution des Parlements ou dissolution par
l’initiative populaire927 , elle est principalement l’arme de l’exécutif contre le législatif qui
balance le pouvoir de censure du gouvernement en assurant une responsabilité des
parlementaires devant le peuple928. Le droit de dissolution est la manifestation ou, mieux, la
matérialisation de la conception souple de la séparation des pouvoirs propre aux régimes
parlementaires dont il en constitue d‘ailleurs l’une des caractéristiques929. C’est un moyen de
pression du pouvoir exécutif sur le pouvoir législatif défini comme « l’acte par lequel
l’exécutif met fin au mandat d’une assemblée parlementaire avant son terme normal,
provoquant ainsi des élections anticipées»930. C’est, généralement, dans les régimes qui le
consacrent (notamment les régimes parlementaires dualistes), le corollaire de l‘engagement de
la responsabilité du gouvernement devant le Parlement.
Considérée comme la procédure ayant pour objet de mettre fin, par l’organisation
d’élections législatives anticipées, aux pouvoirs de l’Assemblée Nationale avant le terme de
son mandat931, la dissolution de l’Assemblée Nationale tire ses origines historiques « des
premiers temps de l’histoire du Parlement en Angleterre où s’imposait la règle qu’un
Parlement dure autant que le Roi en a ainsi décidé et que, par conséquent, la fin normale
d’une assemblée est son renvoi par le monarque»932. Ce pouvoir qui appartenait
traditionnellement au monarque en Angleterre est aussi devenu une compétence que le
Premier Ministre exerce au fur et à mesure du développement historique du régime
parlementaire grâce à la règle de contreseing933. Mais la Constitutions camerounaise, à l’instar
de celles en vigueur dans les autres Etats africains d’expression française, attribut ce pouvoir
927
KARAMUSTAFAOĞLU (T.), YasamaMeclisleriniFesihHakkı, Ankara ÜniversitesiHukukFakültesi, 1982,
pp. 135-140.
928
COHENDET (M.-A.), Droit constitutionnel, LGDJ, coll. « Cours », 2e édition, 2015, p. 272.
929
Le Professeur Jean Claude COLLIARD estime que dans les régimes authentiquement parlementaires, le droit
de dissolution n‘intervient qu‘à titre subsidiaire et ne peut être retenu comme élément nécessaire de définition de
ce régime. Le principal critère étant la responsabilité du Gouvernement devant le Parlement. Lire sur la question
COLLIARD (J.C.), Les régimes parlementaires contemporains, Paris, FNSP, 1978, pp. 18-19 ; du même auteur
« Sur le qualificatif de « semi-présidentiel », in Mélanges en l’honneur de P. GELARD, Droit constitutionnel,
Paris, Montchrestien, 1999, p. 233 cité par ONDOA (M.), « Une résurrection : Le régime parlementaire
camerounais », article précité, pp. 1-42, spéc., p. 15.
930
Ibid, p. 21.
931
De VILLIERS (M), Dictionnaire de droit constitutionnel, Paris, 5e édition, Armand COLIN, 2005, P.92
932
Idem.
933
Ibid., p. 271.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 270
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
au chef de l’État. Pour comprendre l’attribution de ce pouvoir au chef de l’Etat, un petit
détour dans l’histoire s’impose.
En effet, Le monopartisme en vigueur dans tous les Etats africains au sud du Sahara
entre 1960 et 1990, en est la principale explication car, « quel que soit le modèle de
référence, les régimes politiques qui se mettent en place personnalisent le pouvoir et placent
l’assemblée législative unique dans ladépendance du Chef de l’Etat »934. L’Assemblée
nationale dans son mode de désignation, était réellement plus une émanation du Chef de l’Etat
que du peuple au nom duquel elle légifère. Elle était formée de représentants élus mais
généralement choisis sur une liste imposée par le parti. Ce fut le cas des Commissaires du
peuple au Bénin, sous le régime du Parti de la Révolution Populaire du Bénin935, au Togo936
par l’application de l’article 24 de la constitution du 13 janvier 1980, et au Cameroun où le
contrôle par l’UNC de la totalité des sièges de l’Assemblée nationale relevait des classiques
de la vie politique. Dans ces régimes, le Président de la République jouissait des désignations
fortement révélatrices de cette domination. Selon les pays, il prenait le nom de « le Président
National »937, « le Président fondateur »938 ou encore « le grand camarade delutte »939,
contrôlant ainsi du fait de sa position, le parti et par voie de conséquence, ses élus à
l’Assemblée nationale. C’est dans ses conditions que le professeur Bayart désignait l’UNC, de
934
CONAC (G.), « Présidentialisme. Les présidentialismes africains : habillages constitutionnels de la
personnalisation du pouvoir », in Olivier DUHAMEL, YVES MENY (Dir.), Dictionnaire constitutionnel, Paris,
PUF, 1978, p. 814.
935
L’élaboration de la liste des commissaires est exclusivement dévolue au parti unique. Elle doit assurer une
juste représentativité des différentes réalités nationales chères aux marxistes béninois. Sous la constitution de
d’août 1977, la représentation du peuple béninois à l’Assemblée nationale Révolutionnaire se fait sur la base des
catégories socioprofessionnelles, des organisations de masse, des forces armées révolutionnaires et du Parti de la
Révolution Populaire du Bénin. La loi électorale attribue à chacune de ses composantes nationales un nombre
fixe de commissaires, tenant compte de la répartition entre les différentes subdivisions administratives. Plus
précisément sur les modalités de formation de l’Assemblée nationale Révolutionnaire et le statut des
Commissaires du peuple, voir les travaux de DOSSA (R.), Le constitutionnalisme marxiste, en Afrique noire.
L’exemple du Bénin, thèse citée, pp. 110-124.
936
Le triple scrutin du 30 décembre 1980 a notamment consacré le choix des 67 futurs députés membres de
l’Assemblée nationale. Le Bulletin « bleu » qui figurait parmi ceux soumis à l’approbation des togolais, reprenait
la liste des 67 personnalités dont les noms furent préalablement arrêtés par le RPT réunis en congrès au mois de
novembre 1979 soit un mois avant le scrutin.
937
Ce fut le cas de MM. Ahidjo et Biya au Cameroun respectivement à la tête de l’UNC et du RDPC.
938
Gnassingbé Eyadéma à la tête du RPT au Togo.
939
Mathieu Kérékou placé à la tête des organes centraux du PRPB, parti d’avant-garde, était considéré
officiellement comme le guide de la Révolution.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 271
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
« propriété personnelle du Président de la République »940 et l’Assemblée nationale où siège
une majorité monocolore acquise au Chef de l’Etat, de « prolongement » et « d’arrière- cour
». Le même sentiment d’inféodation ou tout au moins d’accaparement du parlement
camerounais est exprimé par Jean- François Médard, lorsqu’il écrit : « Au Cameroun,
l’Assemblée Nationale n’est ni un lieu, ni même uninstrument du pouvoir, elle est plutôt un
élément du décor et du décorum »941.
Aujourd’hui encore, La dissolution de l’Assemblée Nationale demeure encore l’une
des manifestations les plus marquantes de la prédominance du Président de la République sur
le pouvoir législatif au Cameroun. Introduit dans la dynamique constitutionnelle, et de ce fait
dans l’ordonnancement juridique dudit pays par la révision constitutionnelle du 23 avril 1991,
le droit de dissolution de l’Assemblée Nationale reconnu au Président de la République a
trouvé une place de choix dans la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996 en son article 8
alinéa 12942. Même si notre droit constitutionnel organise la dissolution de l’Assemblée
Nationale dans des conditions assez imprécises943, il faut noter que l’article 8 alinéa 12 pose
cette prérogative reconnue au Président de la République à une double condition. Ainsi, il faut
qu’il y ait « nécessité » et que le Gouvernement, les bureaux de l’Assemblée Nationale et du
Sénat soient consultés. Toutefois et en même temps, la loi constitutionnelle de 1996 laisse
planer tout doute sur la nature de la « nécessité », et sur la valeur juridique de la
« consultation » dans la mesure où ; elle ne précise pas ce qui adviendrait au cas où l’un des
trois organes consultés émettrait un avis contraire au vœu présidentiel de dissoudre
l’Assemblée Nationale944.
940
BAYART Jean-François, « L’Union Nationale Camerounaise », RFNSP, Vol. XX, n° 4, août 1970, pp. 681 et
s.
941
MEDARD (J.-F.), « L’Etat sous-développé au Cameroun », Année Africaine, 1977, p. 43.
942
Cet article 8 alinéa 12 dispose en effet que : « Le Président de la République peut, en cas de nécessité et après
consultation du Gouvernement, des bureaux de l’Assemblée nationale et du Sénat, prononcer dissolution de
l’Assemblée nationale. L’élection d’une nouvelle Assemblée a lieu conformément aux dispositions de l’article 15
alinéa 4 ci-dessous ».
943
Pour une meilleure appréhension de l’imprécision des conditions d’organisation du droit de dissolution de
l’Assemblée nationale par le Président de la République, lire utilement ; MBPILLE (P.E), in Le Président de la
République en droit constitutionnel camerounais, [Link]., [Link] le cas du droit constitutionnel
français, lire avantageusement, CARCASSONNE (G) et GUILLAUME (M), La Constitution…, [Link]., PP.102-
107
944
MBOME (F.X), « Les rapports entre l’Exécutif et le Parlement », [Link]., P.26
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 272
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
La question qui se pose ici est celle de savoir qu’est-ce qui peut justifier le retrait de ce
pouvoir à l’intérimaire, fut-il En un président transitoire ?
2. Les raisons du retrait du pouvoir de dissolution à l’intérimaire
Il convient de souligner d’entrée de jeu que la constitution camerounaise ne consacre
pas expressément cette interdiction, comme c’est le cas au Gabon par exemple où l’article 13
de la loi fondamentale qui proclame que en période de vacance présidentielle, « les fonctions
du Président de la République, à l’exception de celles prévues aux articles 18,19 et 116,
alinéa 1er, sont provisoirement exercées par le Président du Sénat ». Le renvoi à l’article 19
de la Constitution traitant de la dissolution signifie donc que la mise en œuvre de ce pouvoir
est interdite pendant l‘intérim. Ce silence de la constitution camerounaise pourrait constituer
un risque de blocage institutionnel s’il devait être interprété comme une autorisation implicite,
car l’on saurait concevoir une possibilité pour le Président par intérim de dissoudre
l’Assemblée Nationale. Deux arguments majeurs peuvent être mobilisés pour justifier cette
interdiction.
D’une part, la nécessité liée à la pérennité des institutions, commande une telle
interdiction. En effet, l’obligation d’assurer la continuité de l’Etat a justifié le retrait de
certains pouvoirs à l’intérimaire. C’est le cas, en l’occurrence, du pouvoir de dissolution. Il
s’agit d’un pouvoir dont l’exercice pendant la période d’intérim pourrait hypothéquer la
réalisation de sa mission principale. Nous convenons avec Charles TUEKAM TATCHUM
que « permettre à l’intérimaire de dissoudre l’Assemblée Nationale pendant l’intérim serait
de nature à provoquer une situation de blocage due à la disparition de deux institutions
phares de l’Etat »945. Comment imaginer un Etat qui fonctionnerait normalement sans un
Parlement capable de légiférer et sans un exécutif capable de mettre en œuvre une véritable
politique de gestion dont il serait le maître ? Le Professeur AUBY illustre bien cette difficulté
en observant que, pendant l‘intérim, « il ne faut pas aggraver le vide constitutionnel déjà
creusé par le départ du Chef de l’Etat »946.
945
TUEKAM TATCHUM (C.), thèse précité, p.196.
946
AUBY (J.M.), Droit public, 2e édition, Paris, Economica, 1989, p. 130.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 273
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
D’autre part, l’interdiction faite au Président intérimaire de procéder à la dissolution
de l’Assemblée Nationale se justifie par la personnalisation de ce pouvoir. Pour De Gaulle, le
droit de dissolution totalement discrétionnaire du chef de l’État était indispensable947. La
doctrine s’accorde également à reconnaitre qu’il s’agit d’un pouvoir personnel948 et très
important du Président de la République. L’attribution de ce pouvoir directement au chef de
l’État au lieu du chef du gouvernement explique le basculement que les Constitutions
prévoient par rapport au régime parlementaire. Cette discrétion est sans doute la plus
importante des concrétisations de la fonction d’arbitrage du Président de la République qui est
chargé de veiller au fonctionnement régulier des institutions949. Le Professeur PACTET soutient
à ce propos que : « la dissolution est un moyen d’éviter les risques de blocage des institutions, une
arme du Président de la République lorsqu’il est personnellement mis en cause, un procédé pour
sortir d’une crise de société ainsi qu’un moyen pour l’exécutif de provoquer les élections législatives
à un moment qu’il estime favorable »950. A sa suite, le Professeur Michel De VILLIERS le
présente comme «une compétence propre puisque le décret de dissolution est dispensé de
contreseing. L’attribution de cette compétence d’appel du peuple au chef de l’Etat fait de
celui -ci le maitre du calendrier électoral»951. Unanimement, Les Professeurs Pierre AVRIL
et Jean GICQUEL de renchérir sur cette question en déclarant qu’il s’agit d’un « acte de
gouvernement par lequel il est mis fin aux pouvoirs d’une assemblée avant leterme de son
mandat (…). Elle appartient au Président de la République et elle est discrétionnaire»952.
Ainsi, à l’inverse de l’hypothèse d’abrègement ou de prorogation du mandat de
l’Assemblée Nationale où celle-ci peut décider d’elle-même, sur la demande du Président de
la République953, la dissolution de l’Assemblée Nationale est de la compétence exclusive du
chef de l’Etat. La doctrine établit que cet acte mettant fin au mandat d’une Assemblée avant
947
DEBRÉ (J.-L.), Les idées constitutionnelles du Général de Gaulle, LGDJ, coll. « Anthologie du droit », 2015,
p. 182.
948
CHANTEBOUT (B.), Droit constitutionnel et science politique, Paris, Armand Colin, 2e édition, 1991, p.
533 ; CADART (J.), Institutions politiques et droit constitutionnel, 3e édition, Paris, Economica, 1990, 1698, p.
1636 ; PACTET (P.), Institutions politiques et droit constitutionnel, Armand Colin, 22e édition (à jour août
2003), Paris, p. 450.
949
AVRIL (P.), « Article 12 », in F. LUCHAIRE, G. GONAC, X. PRETOT (dir.), La Constitution de la
République Française, Economica, 3e édition, 2009, p. 477.
950
PACTET (P.), op. cit., p. 450.
951
De VILLIERS (M.) Dictionnaire du droit constitutionnel, [Link]., P.93.
952
AVRIL (P.) et GICQUEL (J.), Lexique dedroit constitutionnel, [Link]., P.49.
953
Cf. Article 15 al 4 de la Loi constitutionnelle du 18 janvier 1996.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 274
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
l’expiration normale de ce dernier, est une véritable arme du Président de la République
contre le législatif, ou un moyen pour l’exécutif de choisir le meilleur moment pour la tenue
des élections législatives954. Sorte de responsabilité collective des députés devant le chef de
l’Etat955, « la dissolution représente désormais l’une des armes ultimes dont dispose
l’exécutif, c’est-à-dire lePrésident de la République, pour tenir l’Assemblée Nationale en
respect»956. La dissolution de l’Assemblée Nationale se présente comme un acte
discrétionnaire aux mains du chef de l’Etat selon la doctrine française.
Cette personnalisation du droit de dissolution parlementaire, joint aux enjeux
politiques d’envergure portés par le mécanisme, justifie qu’en période d’intérim où il n’est
pas judicieux pour l’intérimaire de prendre des actes de haute portée politique, que lui soit
retirée cette importante prérogative. Bien plus, la restriction des fonctions du Président de la
République intérimaire se perçoit également avec le cadrage temporel de celles-ci.
Paragraphe II : Les restrictions temporelles et personnelles
Ces deux restrictions touchent personnellement le Président intérimaire dans la
mesure où son office est cantonné à une période concise d’organisation des élections
présidentielles (A) et sa candidature à ladite élection est déclassée (B).
A. La limitation temporelle
Par définition, l’intérim est temporaire. Il prend fin une fois le successeur désigné et
investi en conformité avec les exigences la loi fondamentale. Le Président de la République
intérimaire est dès lors confiné dans le temps pour l’exercice de ses fonctions en période de
vacance. En effet, le statut de ce dernier est par essence temporaire puisque provisoire957 car
la transition qu’il assure n’a pas vocation à s’éterniser. Ainsi donc, indépendamment du pays
où l’on se trouverait en Afrique, le renouveau constitutionnel réduit le champ de compétence
954
Lexique de politique, [Link]., P.142-143.
955
MONEMBOU (Cyrille), La séparation des pouvoirs dans le constitutionnalisme camerounais : Contribution
à l’étude de l’évolution constitutionnelle, Thèse dedoctorat Ph.D en droit public, Université de Yaoundé II,
Faculté des SciencesJuridiques et Politiques, 2010/2011, P.190.
956
OLINGA (A.D), OLINGA Alain Didier, « Cameroun : Vers un présidentialisme démocratique. Réflexions
sur la révision constitutionnelle du 23 avril 1991 », RJPIC, n° 4, octobre-novembre, 1992, P.427.
957
SALAMI (I.D.), « Le chef d’Etat de transition en Afrique », in RBSP, vol. 1, n° 1, mai 2017, p. 38.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 275
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
du Chef d’État de transition dans un délai précis (1), et cela à un impact sur la continuité du
pouvoir (2).
1. L’examen de la durée de la transition
Tenant compte du fait que l’objectif de la transition soit l’organisation des élections
en vue de la désignation du futur Président de la République, l’encadrement temporel
correspond au délai de la tenue de l’élection présidentielle. Il faut alors combiner une période
minimale en vue de garantir la régularité de l’opération successorale et une période maximale
pouvant bénéficier à celui qui assume l’intérim958. Pour cette raison, certaines constitutions
telles que les constitutions béninoise959 et gabonaise960 prévoient un délai bref, alors que
d’autres, à l’instar des constitutions malienne961, congolaise962 et burkinabé963 fixent un délai
relativement long au cours duquel devra être désigné le futur Président de la République964.
Le constituant camerounais pour sa part est encore plus flexible sur la période la
vacance car il l’étend jusqu’à cent vingt jours après la déclaration de la vacance965. Sur ce
point, la doctrine a toujours exprimé son inquiétude sur ceux des constituants qui prévoient de
longues périodes de transitions. En fait selon cette doctrine, la longueur du délai favorise
essentiellement le Président intérimaire dans les cas où celui-ci peut participer à la
succession966. Bien que la constitution camerounaise ait prévu à l’encontre du Président
intérimaire l’interdiction de faire acte de candidature à l’élection présidentielle qu’il a la
charge d’organiser, la mise en place d’un délai long pourrait donner lieu à des spéculation sur
une volonté implicite du constituant de transférer le pouvoir présidentiel à un intérimaire qui,
958
MBODJ (E.H.), Le succession des chefs d’Etat…, [Link]., p. 278.
959
La Constitution béninoise affirme expressément en son article Art. 50 qu’«en cas de vacance(…) l’électiondu
nouveau Président a lieu trente jours au moinset quarante jours au plus après la déclaration ducaractère
définitif de la vacance ».
960
La constitution gabonaise prévoit en son article 13 une période de vacance très courte allant de vingt jours au
moins et quarante cinq jours au plus pour organiser l’élection présidentielle.
961
Art. 36 de la constitution du Mali.
962
Art. 78(2) de la constitution du Congo.
963
Art. 43 de la constitution du Burkina Faso.
964
Dans ces Etats, la période d’organisation de l’élection présidentielle s’étend à quatre-vingt-dix jours au plus
suivant la déclaration de la vacance.
965
Art. 6(4) de la loi n°2008/001 du 14 avril 2008 modifiant et complétant certaines dispositions de la loi
n°96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la constitution du 2 juin 1972.
966
MBODJ (E.H.), Le succession des chefs d’Etat…, [Link]., p. 279.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 276
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
bien placé sur l’échiquier politique, disposera d’un « temps de manœuvre plus grand s’il
nourrit le désir d'être candidat à la magistrature suprême»967.Dès lors, l’intérimaire pourrait
apparaître comme un président de fait qui n’attend qu’une simple ratification électorale. Et
pourtant, la brièveté des délais degestion de l’intérim présente la vertu majeur de réduire la
vacanceà une simple période d’organisation del’élection du futur Président de la République.
Le Professeur OLINGA observe à ce sujet qu’« il faut bien comprendre que la durée de
l’intérim doit rester courte pour que le seul programme d’action du Président par intérim
soit de conduire l’élection du nouveau Président, et non de gérer le pays, de prendre goût à
l’exercice du pouvoir, et de prendre, éventuellement, insidieusement, des dispositions pour
y demeurer»968. Il faudrait éviter que l’intérimaire ne se trouve dans une situation de gestion
effective de l‘Etat. C‘est pour cela, poursuit l‘auteur, que « laConstitution doit prendre des
dispositions pour que le Président par intérim soit plus intérimaire que Président, pour que
tout son statut soit aménagé de manière à ce qu’il ne puisse pas durer, de manière à
faciliter la dévolution de la fonction présidentielle à un titulaire légitimement élu et se
retirer»969.
En effet, l’organe chargé d’assurer l’intérim au regard de ces délais rigoureux n’a pas
le temps de faire autre chose de sa fonction présidentielle que d’organiser l’élection
présidentielle. Toute chose qui présente l’avantage de rétablir aussitôt que possible le
fonctionnement normal des institutions de la République. Au regard de la restriction des
pouvoirs du Président de la République intérimaire, son office doit par conséquent être très
bref pour laisser la place à la fonction présidentielle régulière qui bénéficie de la plénitude des
pouvoirs constitutionnels dévolus par le constituant.
2. L’incident de la durée de l’intérim présidentiel sur la continuité du
pouvoir
967
TOGBA (Z.), « L’intérim de la Présidence de la République en Côte d’Ivoire (Analyse juridique et impact
politique); Penant, No.797, Juin-Octobre 1988, p.214. Cité par MBODJ (E.H.), Le succession des chefs d’Etat…,
[Link]., p. 280.
968
OLINGA (A. D.), La révision constitutionnelle du 14 avril 2008 au Cameroun, Op. cit.,p. 13.
969
Idem.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 277
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Les considérations ci-dessus liées à la durée de la transition soulèvement une
problématique majeur : celle relative à la computation des délais. La question qui se pose ici
est celle de savoir, à partir de quand commence à courir l’intérim et quand s’achève-t-il ? il
convient d’observer que la plupart des Constitutions s’accordent à reconnaitre que l’intérim
commence à courir après l’ouverture de la vacance. Concrètement, cela signifie que la durée
de l’intérim commence à partir de la décision de la Cour constitutionnelle par laquelle elle
constate que la présidence est vacante. Ce n’est donc pas la survenance du décès ou de la
démission, pour ces deux hypothèses, qui font courir l’intérim. Pour être plus précis, c’est la
prestation de serment de la part du Président par intérim, intervenant après la décision de la
Cour qui ouvre concrètement la période d’intérim.
Pour ce qui est de la fin de l‘intérim, les Constitutions, dans leur grande majorité, ne
résolvent pas ce problème de façon précise et c’est là toute la problématique du caractère
impératif ou indicatif des délais prévus. Nous pouvons alors convenir avec Charles TUEKAM
TATCHUM que « l’intérim prend fin après la proclamation des résultats définitifs des
élections, mais, politiquement, à l‘investiture officielle du nouveau Président de
laRépublique, le jour de sa prestation de serment »970. A ce niveau de l’analyse, on se
demande si, entre l’investiture de l’intérimaire et l’investiture du nouveau Chef de l’Etat,
l’intervalle correspond à celui prévu par la Constitution. C’est toute la question de la durée de
l’intérim. Cette question soulève la problématique du caractère des délais de la transition.
Certaines constitutions confèrent explicitement aux délais de transition un caractère
« Indicatif » où la notion de « force majeur » est inscrite pouvant conduire la Cour
constitutionnelle à proroger la durée de l’intérim. La notion de « force majeure » peut être
appréhendée comme un évènement extérieur, irrésistible et imprévisible. Cependant, la
Constitution, qui prévoit un constat par la Cour, ne donne malheureusement aucune précision
sur ses modalités ; ce qui peut être de nature à prolonger de manière illimitée le délai de
transition. Inversement, d’autres constitutions à l’instar de la constitution camerounaise qui
emploie l’expression « impérativement» enferment ce délai dans une période minimale et une
période maximale. Ici, les délais fixés sont impératifs. L’intérimaire ne dispose d’une aptitude
juridique que dans le cadre temporel fixé par le constituant.
970
TUEKAM TATCHUM (C.), thèse précité, p.210.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 278
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
En définitive, la limitation temporelle de l’intérim répond non seulement est
principalement à des préoccupations d’ordre techniques liées à la volonté de faire respecter la
régularité juridique du choix du successeur, mais aussi, elle permet à l’intérimaire de disposer
d'une période de réflexion suffisante pour superviser les choix opérés par l’élite gouvernante
dans le respect des équilibres macro-politiques du régime. Le président par intérim est
également soumis à une inéligibilité particulière qui l’empêche d’être candidat à l’élection du
futur Président.
B. La restriction personnelle : l’inéligibilité
Généralement, l’intérim de la charge présidentielle n’est pas forcément un avantage
pour son titulaire dont le constituant africain s’est toujours visiblement méfié. C’est ainsi que
comme conséquence du caractère furtif de la vacance, le Président de la République
intérimaire ne peut faire acte de candidature à l’élection présidentielle qu’il est appelé à
organiser ; il est inéligible pour cette fonction. Ainsi donc, afin de mieux comprendre cette
inéligibilité de l’intérimaire (2) il sied au préalable d’examiner la notion d’inéligibilité (1).
1. La notion d’inéligibilité
L’inéligibilité électorale est l’une des questions les plus sensibles du processus
électoral en raison de son association étroite avec le principe de la transparence, de la
démocratie et de l’établissement d’un état de droit, ce qui donne à ce sujet une grande
importance.
LE ROBERT définit l’inéligibilité comme étant : « l’incapacité juridique à être élu.
». Dans le cadre du code électoral, le concept désigne « l’incapacité à briguer un mandat
électoral». L’inéligibilité constitue donc un empêchement juridique à l’élection sans pour
autant la rendre absolument nulle. Elle a seulement pour effet d’écarter les candidats. En
d’autres termes, elle désigne une restriction légale qui empêche certaines personnes d’être
candidates à des fonctions politiques afin de garantir l’intégrité et la probité des candidats,
ainsi qu’à prévenir les conflits d’intérêts.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 279
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Le principe d’inéligibilité est de priver un individu de la faculté d’accéder à un
mandat électif. A la différence de l’incompatibilité, elle s’oppose à la candidature de
l’intéressé. En effet, l’incompatibilité n’interdit pas la candidature mais elle s’oppose à la
conservation de l’ensemble des mandats simultanément une fois l’élection acquise.
L’existence d’une incompatibilité est donc sans incidence sur la régularité de l’élection et
n’empêche pas l’enregistrement de la candidature. Cette situation suppose cependant que l’élu
fasse cesser la situation incompatible à l’issue de l’élection, l’exercice des deux mandats étant
inconciliable. Ainsi donc, Quand on est inéligible, on ne peut pas être élu, par contre, quand
on a une incompatibilité, on peut être élu mais on ne cumul pas les deux mandats ou les deux
fonctions. L’inéligibilité a donc pour finalité « d’assurer l’égalité entre les candidats dans un
processus électoral »971. Plus fondamentalement, note le Doyen VEDEL, « le but de
l’inéligibilité relative est d’assurer la liberté de l’électeur ; son effet est d’empêcher
celuiqu’elle atteint d’être élu. Le but de l’incompatibilité est de sauvegarder la liberté de
l’élu ; son effet est d’ouvrir à celui qu’elle atteint une option entre le mandat et la situation
réputée incompatible»972.
Destinée à protéger la liberté de choix de l’électeur, l’inéligibilité se rapporte à un
élément objectif de la situation du candidat potentiel. Son champ varie en fonction de
l’élection et elle peut revêtir un caractère absolu ou relatif. L’inéligibilité absolue concerne
des personnes qui sont totalement exclues de toute possibilité d’être élues, quel que soit le
poste. Par exemple, les personnes condamnées pour certains crimes graves peuvent être
frappées d'inéligibilité absolue. L’inéligibilité relative concerne des personnes qui sont
exclues de certains postes ou fonctions spécifiques. Par exemple, un fonctionnaire en activité
peut être inéligible à certaines élections pour éviter tout conflit d’intérêts ou favoritisme.
Les critères d’inéligibilité sont fixés par la Constitution ou par des lois électorales. Il
est important de noter que l’inéligibilité ne signifie pas automatiquement l’incapacité à
exercer d’autres droits politiques, tels que le droit de vote. Une personne inéligible peut
toujours participer au processus électoral en tant qu’électeur.
971
Lire Commission européenne pour la démocratie par le droit, Rapport sur la démocratie, la limitation des
mandats et l’incompatibilité des fonctions politiques, Etude n°646/2011, Strasbourg, 17 décembre 2012, p.17.
972
VEDEL (G.), Manuel élémentaire de droit constitutionnel, Op. cit.,p. 368.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 280
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
L’inéligibilité peut résulter du fait qu’une personne ne remplit pas les conditions
prévues par la loi pour être éligible. Mais, elle peut aussi résulter d’une décision de justice et
constituer alors une sanction. A côté de ces inéligibilités dites classiques, une autre est
expressément posée par certaines Constitutions africaines qui interdisent au Président de la
République par intérim de se porter candidat à l’élection qu’il organise.
2. L’inéligibilité de l’intérimaire
La question de l’inéligibilité du Président intérimaire a suscité de vives controverses
en France lorsqu’en 1969, le Président du Sénat, Alain POHER, assurant l’intérim
présidentiel décide de se porter candidat à l’élection présidentielle alors que quelque temps
auparavant il déclarait à Lyon : « si je devais être candidat à la Présidence de la République,
alors que je serais chargé de l’intérim, j’abandonnerais l’intérim pour que l’élection
soitrégulière »973. La Constitution de 1958 ne s’étant pas prononcée en faveur ou non d’une
telle candidature, les arguments tenant aussi bien à la régularité juridique qu’à l’opportunité
politique de cette candidature étaient avancés.
Au Cameroun par contre, comme dans d’autres pays africains974, il est indiqué à
l’article 6(4) nouveau de la Constitution que le Président par intérim ne peut être candidat à
l’élection organisée pour la Présidence de la République. Il faut remarquer que «
l’interdiction faite au chef d’État detransition de candidater à la présidence de la
Républiqueest une norme de sécurité et de sagesse,une clause de sauvegarde»975 qui le met
en situation de jouer pleinement son rôle d’arbitre impartial et au-dessus des contingences
politiques. En effet, Les motivations d’une telle interdiction résident dans la volonté du
constituant de placer l’intérimaire dans des conditions qui lui permettent d’assurer, en toute
quiétude, la continuité du pouvoir présidentiel, et d’organiser la succession du Président de la
République.
Ainsi donc, un intérimaire candidat est enclin à sortir de son rôle d’arbitre qui doit le
mettre au-dessus des considérations partisanes pour risquer une crise majeure pouvant
973
Le monde, 17 avril 1969. Cité par TUEKAM TATCHUM (C.), thèse précité, p.210.
974
C’est le cas du Gabon où il est énoncé à l‘article 13 que « l’autorité qui assure l’intérim du Président de la
République, dans les conditions du présent article, ne peut se porter candidat à l’élection présidentielle ».
975
SALAMI (I.D.), « Le chef d’Etat de transition en Afrique », [Link]., p. 41.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 281
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
déstabiliser un équilibre politique déjà fragile. Un tel choix porte inévitablement atteinte à la
mission d’arbitrage qui doit être essentiellement celle de l’intérimaire. En conséquence,
interdire la candidature de l’intérimaire se présente comme un gage de stabilité. C’est la
raison pour laquelle M. LE TOUZE pense que, « le Président du Sénat dans une période
difficile, s’engageant comme partisan dans une campagne, est désormais mal placé pour
jouer le rôle qui lui est imparti de modération, d’arbitrage et de conseil»976. Dans le même
sens, Le Professeur SCHWARZENBERG écrivait : « un enseignement : on ne peut
remporter une élection de ce type ou y faire bonne figure si on ne mène pas activement
campagne. Une conséquence, le Président intérimaire sort de sa réserve»977.
Sur cette question, Le Professeur MBODJ a établit une distinctionentre ce qu’il
appelle « suppléance arbitrale et suppléance engagée»978. La première correspond à
l’hypothèse où il est formellement interdit à l’intérimaire d’être candidat à l’élection
présidentielle visant la désignation du successeur ; et la seconde, pouvant être appréhendée
comme une technique d’organisation juridique de la continuité du pouvoir donnant la
possibilité à l’intérimaire d’être candidat à l’élection qu’il organise, tout en veillant en même
temps au fonctionnement normal des institutions979. Cette technique de suppléance engagée
peut justifier la forte tendance à la participation du Président de la République intérimaire à
l’élection présidentielle qu’il organise. En effet, Les constituants français, béninois, malien et
congolais n’ont pas expressément prévu l’interdiction au Président intérimaire de faire acte de
candidature à l’élection présidentielle. Et en droit, tout ce qui n’est pas expressément interdit
étant permis, l’on pourrait analyser ces omissions comme des autorisations implicites de
participation à l’élection présidentielle. A cet égard, la participation du Président de la
République intérimaire ne devrait pas heurter la sensibilité. En fait, il est constant dans la
pratique de l’alternance démocratique de voir les Présidents sortant prendre part aux élections
qu’ils organisent. Leur statut de Président-candidat n’altère pour autant pas la sincérité et la
transparence du scrutin. Ainsi, le même scénario peut être observé en période de vacance où
976
LE TOUZE (C.), L’intérim du Président de la République sous la Ve République : le rôle du Sénat et du
Gouvernement pendant la vacance ou l’empêchement, thèse de doctorat d‘Etat en droit, Université de Paris 2,
1980, p. 436.
977
SCHWARTZENBERG (R. G.), La guerre de succession, PUF, Paris, 1969, cité par LE TOUZE (C.), Thèse
précitée, p. 436.
978
Sur la question, lire avec intérêt El Hadj MBODJ, Thèse précitée, pp. 272-275.
979
Idem, p. 273.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 282
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
le Président de la République intérimaire tout en organisant l’élection présidentielle s’y porte
candidat.
Cependant, L’on ne saurait concevoir un arbitrage objectif si l’arbitre est engagé
dans le jeu. L’intérimaire ne peut valablement veiller à la continuité de l’Etat s’il est impliqué
lui-même dans la guerre successorale. Pour cette raison, nous pensons que le Président
intérimaire qui souhaite être candidat doit d’abord signifier sa démission au conseil
constitutionnel pour se libérer de ses fonctions présidentielles.
Toutes ces restrictions confortent la thèse d’une fragilité, voire d’une précarité du
statut de l’intérimaire. Toutefois, il est des hypothèses dans lesquelles le président intérimaire
peut passer outre ces limitations : il convient de s’y intéresser.
Section II : L’étendue des compétences de l’intérimaire
Il sera question de présenter ici les compétences normales de l’intérimaire
(paragraphe I) et l’hypothèse d’extension de ses compétences (paragraphe II).
Paragraphe I : les compétences normales de l’intérimaire
En tant que garant de la continuité de l’Etat, le président intérimaire a pour principale
mission d’assurer la transition et d’organiser la succession. Pour ce faire, ses compétences se
limitent à l’arbitrage du jeu politique (A) et à la protection de la constitution (B).
A. Un arbitre du jeu politique
« N’est-il pas essentiel de préciser que le Président de la République ne doit pas
intervenir dans la vie politique ?»980. Par cette interrogation, Guy MOLLET soulève la
difficulté à déterminer avec clarté et précision la consistance de la compétence d’arbitrage du
980
Compte rendu de la réunion constitutionnelle du 13 juin 1958, in DPS I, p. 248). Suivant cette idée, il
exposera le 23 juin l‘incompatibilité de la fonction arbitrale avec la reconnaissance et l‘usage du droit de
dissolution (Compte rendu de la 2e réunion constitutionnelle du 23 juin 1958, in DPS I, p. 277. Le président
PFLIMLIN se demande quant à lui « si le Président de la République interviendra dans la vie politique ou s’il
sera un arbitre » (DPS I, p. 248) ; cité par David FRANCK, « Le Président de la République, garant de la
cohésion sociale », RFDC, 2004/3 n° 59, pp. 533-566, spéc., p.12.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 283
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Président par intérim. Il nous parait alors convenable de procéder au préalable à la définition
de la notion d’arbitre (1), avant de la compétence arbitrale de l’intérimaire (2).
1. La notion d’arbitre
Dans le sens commun comme dans l’acception juridique, la notion d’arbitrage exige
toujours au moins la neutralité de l’arbitre qui est nécessairement un tiers, appelé, par les
parties généralement, à prendre des décisions qui s’imposent à elles981 pour trancher leur litige
ou surveiller leur compétition, en veillant au respect des règles de droit982. En droit
constitutionnel plus spécifiquement, la notion d’arbitrage du chef de l’État, est parfois
présentée comme étant traditionnelle983. Ainsi, depuis l’adoption de la constitution de la Ve
République en France, notamment en son article 5, le président de la République assure par
son arbitrage le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’État.
Cependant, cette compétence d’arbitrage du Président de la République suscite des
interprétations divergentes du fait de l’évolution et des transformations du régime et du
système politique français.
Raymond JANOT exposa les deux sens possibles du mot en ces termes: « on peut
concevoir un arbitre comme un personnage passif, une sorte de miroir dans lequel se
reflètent les événements de la vie politique. (…). On peut concevoir aussi un arbitre comme
quelqu’un qui, dans un certain nombre de cas précis, prend un certain nombre de décisions
»984. Dans tous les cas, on retrouve toujours au moins les éléments suivants : Un tiers neutre
par rapport aux partiesqui tranche leur différend en statuant conformément au droit, par une
décision qui s’impose à elles (même si elle peut être contestable devant les tribunaux).
981
L’arbitrage s’oppose à la médiation en ce que la décision de l’arbitre s’impose aux parties, alors qu’elles ont
la faculté d’accepter ou non l’arrangement proposé par le médiateur. L’arbitrage s’oppose notamment à la
décision juridictionnelle en ce que la décision de l’arbitre ne dispose pas de la force exécutoire.
982
Dans certains cas, les parties peuvent prévoir que leur litige ne sera pas tranché conformément aux règles de
droit mais par exemple en vertu de l’équité, mais alors on ne sera plus en présence d’arbitres, mais d’« aimables
compositeurs ».
983
Dans le Dictionnaire de droit constitutionnel d’Olivier Duhamel et Yves Mény (PUF 1992) Philippe Ardant
estime que « la référence à l’arbitrage du chef de l’État est traditionnelle dans les régimes parlementaires ».
984
Allocution devant le Comité Consultatif Constitutionnel le 31 juillet 1958. Cité par TUEKAM TATCHUM
(C), thèse précité, p.177.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 284
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Le Général De Gaulle lui-même affirmait que « le chef du pouvoir exécutif, c’est le
Premier Ministre, le Président de la République ayant un rôle différent, (…) un rôle
propre, ce rôle propre étant un rôle d’arbitre»985. Pour lui, « Le Président de la République
est un personnage impartial, qui ne se mêle pas de la conjoncture politique et qui ne doit
pas s’en mêler. Il est là simplement […] pour que les pouvoirs publics fonctionnent
normalement, régulièrement, comme il est prévu dans la Constitution. Il est un arbitre, il
n’a pas à s’occuper de la conjoncture politique, et c’est la raison pour laquelle, entre
autres, le Premier ministre et le gouvernement n’ont pas à être responsables devant lui »986.
Il confirmera cette position lors de son discours prononcé sur la Place de la République, le 4
septembre 1958, en déclarant que « C’est donc pour le peuple […] qu’il existe, au-dessus
des luttes politiques, un arbitre national, […] chargé d’assurer le fonctionnement régulier
des institutions, ayant le droit de recourir au jugement du peuple souverain, répondant, en
cas d’extrême péril, de l’indépendance, de l’honneur, de l’intégrité de la France et du salut
de la République.[…] Qu’il existe un gouvernement qui soit fait pour gouverner […]. Qu’il
existe un Parlement destiné à représenter la volonté politique de la nation, à voter les lois, à
contrôler l’exécutif […]. Telle est la structure équilibrée que doit revêtir le pouvoir. […]
Voilà, Français, Françaises, de quoi s’inspire et en quoi consiste la Constitution qui sera le
28 septembre soumise à vos suffrages»987. Ainsi, L’arbitrage présidentiel tel qu’il est conçu
par l’ensemble de la Constitution de la Ve République correspond parfaitement au pouvoir
neutre, modérateur, dessiné par Benjamin988 puis par Prévost-Paradol qui donne une
excellente définition des pouvoirs qui seront ceux du Président de la Ve République en ces
termes : « placé au-dessus des partis, n’ayant rien à espérer ni rien à craindre de leurs
rivalités et de leurs vicissitudes, son unique intérêt, comme son premier devoir, est
d’observer avec vigilance le jeu de la machine politique afin d’y prévenir tout grave
désordre. Ce surveillant général de l’Etat doit rester l’arbitre des partis et n’appartenir à
985
Déclaration du Général De Gaulle et Comité Consultatif Constitutionnel le 31 juillet 1958, cité par
COHENDET (M.-A.), Le Président de la République, Dalloz, Paris, 2002, p. 45.
986
Charles DE GAULLE, lorsqu’il présente la Constitution au Comité consultatif constitutionnel le 8 août 1958,
cf. Doc. Fr. Documents pour servir à l’histoire de l’élaboration de la Constitution de 1958, vol. II p. 300.
987
De Gaulle, Discours place de la République le 4 sept. 1958.
988
Benjamin CONSTANT soutien que Président de la République doit être considère comme « un être à part,
qui ne peut jamais entrer dans le condition commune ». CONSTANT (B.) Principe de politique applicable à
tous les gouvernements représentatifs, [Link].
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 285
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
aucun. Il ne perdra jamais de vue la nation, juge définitif des majorités et des ministères et
au moindre soupçon d’un dissentiment entre l’opinion et le pouvoir, il enverra les partis en
présence se pourvoir devant le tribunal suprême afin qu’une prompte décision dissipe toute
incertitude»989. Le Professeur NGUELE ABADA évoque l’idée d’un personnage « au-dessus
de la mêlée parlant au nom des intérêts supérieurs de la nation qui par conséquent tranche
de manière souveraine »990.
Cependant, « le mythe de l’arbitrage présidentiel a fait long feu»991 en France et le
pays a dérogé à sa démarche initiale en la matière. En effet, la pratique présidentialiste
contraire au texte va donner l’impression que la Constitution était ambiguë. Le doyen
HAURIOU relève cet aspect lorsqu’il déclare que « Dans la vie courante, l’essentiel de
l’autorité paraît sortir d’un dialogue entre le gouvernement, dont l’action est dirigée par le
Premier ministre, et le parlement. Or, en fait, nous sommes dotés d’un régime dans lequel
tout s’organise autour de la volonté du chef de l’État»992. Les présidents se sont efforcés de
nous convaincre de l’ambiguïté d’un texte qui était pourtant très clair, pour essayer de
légitimer leurs abus de pouvoirs993. Le Président de la République, loin de sa fonction
arbitrale initiale, est devenu « décideur»994, « un Président qui gouverne réellement»995.
C’est ainsi, lors d’une Conférence de presse le 31 janvier 1964, le Général De
Gaulle, affirmait qu’« il doit être évidemment entendu que l’autorité indivisible de l’Etat est
confiée tout entière au Président par le peuple qui l’a élu, qu’il en existe aucune autre, ni
ministérielle, ni civile, ni militaire, ni judiciaire, qui ne puisse être conférée ou maintenue
autrement que par lui et qu’il lui appartient d’ajuster le domaine suprême qui lui est propre
avec ceux dont il attribue la gestion à d’autres».
En Afrique francophone en général et au Cameroun en particulier, malgré la
reconnaissance explicite de la fonction arbitrale au Président de la République par la
989
PREVOST-PARADOL, La France nouvelle, Paris, LGDJ, 6e édition, 1868.
990
NGUELE ABADA (M.), « 20e anniversaire de la Constitution du 18 janvier 1996 : une intelligence de
l’article 5 de notre loi fondamentale », Idées, Cameroon Tribune, 18 janvier 2016, p. 16
991
JAN (P.), « La réelle mais fragile prééminence présidentielle sous la Ve République », Petites affiches, 05
février 2015, n° 26, p. 1.
992
HAURIOU (A.), Préface à la thèse de Jean GICQUEL, Essai sur la pratique de la Ve République, bilan d’un
septennat, L.G.D.J., 1968, p. I.
993
ARDANT (Ph.), « L’article 5 et la fonction présidentielle », Pouvoirs, n° 41, 1987.
994
Pascal JAN, « La réelle mais fragile prééminence présidentielle sous la Ve République », article précité, p. 1.
995
Idem.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 286
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
constitution de 1996, celui-ci est un véritable « meneur du jeu politique»996, pour reprendre
l’expression du Professeur Jean GICQUEL car, c’est lui qui détermine la politique de la
nation. En ce sens, on ne saurait en principe faire du Président de la République un arbitre,
tout en lui accordant non seulement une légitimité populaire directe mais aussi un pouvoir de
définir la politique de la nation comme au Cameroun par exemple. Un tel choix traduit à coup
sûr l’implication directe du Président de la République dans le jeu politique. En somme, l’on
constate que la philosophie qui sous-tend les régimes politiques africains n’est, à l’évidence,
pas de faire en temps normal du Président de la République un arbitre, mais un véritable
acteur, voire même l’acteur principal du système politique dans sa globalité
Ainsi donc, si l’on admet que le Président de la République en Afrique exerce une
fonction arbitrale de façade, qu’en est-il du Président intérimaire ?
2. La fonction arbitrale de l’intérimaire
A la différence du Président de la République « normal »997 qui, sous le couvert de
sa compétence d’arbitrage, s’approprie de pouvoirs étendus, conformément à la logique
présidentialiste des systèmes politiques africains, le Président intérimaire pour sa part reste
confiné exclusivement dans sa fonction arbitrale car ses pouvoirs sont simplement cantonnés
à un rôle d’arbitre. La situation d’intérim faisant naitre un rééquilibrage des pouvoirs dans
l’Etat, commande que l’intérimaire se limiter aux compétences strictement nécessaires à la
conduite de la transition. La neutralité et l’impartialité dont il doit faire preuve durant
l’intérim limitent son engagement politique, le placent au-dessus des contingences politiques
et en dehors des querelles partisanes. En tout état de cause, la mission du Président de la
République par intérim est celle d’un arbitre et « en droit, comme en sport, l’arbitre n’est pas
un capitaine, il veille au respect des règles et intervient en cas de conflit»998.
En effet, quatre raisons principales peuvent être soulevées pour justifier ce rôle
d’arbitre. La première est relative au fait qu’il hérite de la gestion du pays de manière
temporaire et ne saurait de ce fait se comporter comme un Président « plein ». La deuxième
996
GICQUEL (J.), « Le présidentialisme négro-africain : l’exemple camerounais », op. cit.,p. 714.
997
Il s’agit ici du Président de la République démocratique élu et investi pour un mandat donné, conformément
aux disposition de la constitution et du code électoral.
998
COHENDET (M.A.), Le président de la République, op. cit.,p. 50
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 287
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
résulte de l’interdiction qui lui est faite de se porter candidat à l’élection visant la désignation
du nouveau Président tant qu’il n’a pas renoncé à l’exercice de l’intérim. La troisième, résulte
de l’impossibilité pour le Président par intérim de mettre en œuvre certains pouvoirs qui
traduisent un engagement politique profond, il est confiné à la gestion des affaires courantes
et la conduite de la transition. La dernière raison concerne la légitimité politique en générale
incomplète pour un intérimaire souvent étranger à la fonction présidentielle, puisqu’il hérite
de façon ponctuelle d’un mandat qui ne lui appartenait pas.C’est en vertu de cet arbitrage que
l’intérimaire préside les conseils ministériels.
Cependant, deux principaux pouvoirs qui caractérisent le rôle d’un arbitre lui sont
interdits : Organiser le référendum et dissoudre l’Assemblée Nationale. Sa qualité d’arbitre
est donc beaucoup plus visible « non du point de vue de sa posture constitutionnelle, mais
de sonossature dans le jeu politique durant la période d’intérim »999. En effet, la fonction
d’arbitrage place le Président de la République au-dessus des autres institutions et au-dessus
des intérêts partisans. Le Président par intérim ne bénéficie pas forcement d’une telle posture.
Sa neutralité ci-dessus évoquée et son devoir d’impartialité découle du fait qu’il est sensé
organiser des élections libres et transparentes. S’il est perçu comme un arbitre, c’est parce
qu’il ne participe pas à la compétition électoral mais se limite à l’organiser. Cela se démarque
donc quelque peu de la fonction d’arbitrage qui permet au président de la République de
régler politiquement les conflits entre les institutions.
L’arbitrage est donc une mission générale qui s’accompagne de celle de gardien de la
Constitution.
B. Un gardien de la constitution
« C’est le respect de la Constitution qui consolide avec bonheur l’idéal de l’Etat de
droit et de la démocratie. Ce socle décisif de l’Etat a besoin d’être protégé»1000. C’est au
Président de la République, chef de l’Etat à qui sont confiées lesdestinées de l’Etat que revient
la mission première de protection de la Constitution. La dynamique constitutionnelle du
Cameroun indépendant fait observer que le Président de la République a toujours été le
999
TUEKAM TACHUM (C), thèse précitée, p.180.
1000
NGUELE ABADA (M), « 20e anniversaire de la Constitution de 1996. Une intelligence de l’article 5 de
notre Loi fondamentale », [Link]. P.10
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 288
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
gardien des normes fondamentales camerounaises1001. Le Dictionnaire français le Larousse de
poche appréhende le vocable « gardien » sous une approche synonymique. Il dit alors du
gardien que c’est un protecteur, un défenseur1002. Durant la période d’intérim mission de
veiller sur la constitution est confié au Président de la République intérimaire. Il s’agit ici de
montrer le fondement de la protection de la constitution par l’intérimaire (1), et sa consistance
(2).
1. La consistance de la protection de la constitution par l’intérimaire
La Constitution en tant que loi fondamentale de l’Etat est le fondement de validité de
toutes les autres normes dans l’Etat. C’est aussi elle qui fonde la légitimité des institutions qui
se doivent de se conformer à ses principes. C’est sous ce rapport qu’il veille à ce que la norme
des normes ne soit pas violée tout en participant à sa vitalité1003. Ainsi, Le Président de la
République, fut-il intérimaire, a la lourde responsabilité de veiller au respect de la Constitution.
En effet deux éléments majeurs fondent la compétence du Président intérimaire à veiller
ou à protéger la constitution : d’une part, la volonté des constituants de faire de l’intérimaire un
gardien de la Constitution est affirmée dans les dispositions lui interdisant pendant cette
période de réviser cette dernière. S’il lui est interdit d’initier une révision constitutionnelle,
l’on en déduit qu’il doit tout faire pour assurer pendant cette période l’intangibilité et
l’intégrité du texte, en veillant tout simplement à son application et à son respect. Cependant,
La révision de la constitution étant un mécanisme qui permet d’adapter l’Etat aux exigences
de son temps, elle est utile pour résoudre des lacunes pouvant porter atteinte à la continuité de
l’Etat. Or, l’interdiction de toute révision constitutionnelle en période de vacance réduit une
possibilité importante au Président de la République intérimaire d’assurer la continuité de
l’Etat. Cette interdiction participe du figement de la République pendant la période de
vacance. Néanmoins, l’octroi de la possibilité de révision au Président de la République
intérimaire peut constituer un danger pour la gestion de la période de vacance. Ce dernier peut
1001
Lire utilement l’article 11 de la Constitution du 04 mars 1960, l’article 8 de la Constitution du 1er septembre
1961, l’article 5 de la Constitution du 02 juin 1972 et l’article 5 alinéa 2 de la loi constitutionnelle du 18 janvier
1996.
1002
Le Larousse de poche, [Link]., P.361
1003
NGUELE ABADA (M), « 20e anniversaire de la Constitution de 1996. Une intelligence de l’article 5 de
notre Loi fondamentale », [Link]. P.10
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 289
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
faire usage de cette prérogative pour changer toutes les règles de la vacance allant même
jusqu’à suppression de cette période à son profit. Au regard de ce danger, il parait nécessaire
de prévoir dans la constitution des dispositions interdisant de réviser d’autres dispositions
pour neutraliser la théorie de la double révision dont l’intérimaire peut user.
D’autre part, la protection de la constitution par le Président intérimaire se perçoit dans
la compétence qu’il reçoit pour saisir le juge constitutionnelle en matière de constitutionnalité
d’une loi. Cette faculté lui permet de participer à la garantie de la Constitution en veillant à ce
que toutes les normes, législatives ou règlementaires, adoptées durant cette période soient
conforme au texte et à l’esprit de la constitution. Mais, la question est de savoir si cette
compétence lui confère le pouvoir d‘imposer son interprétation de la Constitution ?
2. Les controverses liées de la protection de la constitution par
l’intérimaire
Avec l’avènement du Conseil constitutionnel en 1996, dont le rôle est aussi de
protéger la Constitution selon l’article 46 de la loi constitutionnelle de 1996, il y a lieu de se
demander qui du Président de la République ou du Conseil Constitutionnel est le véritable
gardien, mieux protecteur de la norme fondamentale ? Par ailleurs, qui de ces deux organes à
le pouvoir d’imposer son interprétation de la constitution ? Ces interrogations ont provoqué
en France de très vives controverses à propos de l’application de l’article 5 de la Constitution
de la Ve République qui fait du Président de la République un gardien de la Constitution1004.
Relativement à la première interrogation, elle a farouchement opposé Hans KELSEN
et Carl SCHMITT au début du XXe siècle. Pour KELSEN, le gardien de la Constitution ne
peut être qu’une Cour Constitutionnelle selon le modèle qu’il a contribué à mettre en place en
Autriche en 1920. Pour SCHMITT, en revanche, le gardien de la Constitution, c’est le
Président du Reich1005. Cette opposition est largement tributaire des conceptions que les deux
1004
Lire PACTET (P.), « Le président de la Cinquième République et le respect de la Constitution », Présence
du droit public et des droits de l’Homme. Mélanges offerts à Jacques Velu, Bruxelles, Bruylant, 1992, p. 325.
1005
SCHMITT (C.), Théorie de la Constitution, Paris, PUF, 1994, p.211
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 290
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
auteurs ont de la notion de Constitution. KELSEN retient une conception normative et
dynamique alors que SCHMITT adopte une conception existentielle de la Constitution1006.
Dans le contexte camerounais, il y a lieu de convenir avec le Professeur Alain Didier
OLINGA que le rôle de protecteur qui peut se muer en gardien de la Constitution est une
tâche qui n’appartient de façon générale et globale qu’au Président de la République1007. Il
justifie cette position en précisant qu’il ne saurait y avoir de concurrence à cet égard entre le
Conseil constitutionnel et le Président de la République car, « il ne serait guère pertinent
d’opposer d’une part le garantpolitique de la Constitution que serait le Président de la
République et le garant juridictionnelde la Constitution que serait le Conseil
constitutionnel»1008 d’autre part. Pour éviter tout débat stérile sur cette question, il faut
ajouter que le Conseil constitutionnel a reçu du constituant de 1996, une compétence
d’attribution matériellement limitée en matière de garantie de la loi fondamentale. Et le
Président de la République quant à lui, a reçu du constituant la compétence générale et de
principe1009. C’est ce qui lui permet de saisir le Conseil constitutionnel lorsqu’il estime qu’une
loi est contraire à la Constitution. « Cela éviterait qu’une loi inconstitutionnelleentre dans le
commerce juridique avec des conséquences que l’on peut imaginer»1010.
En ce qui concerne la seconde interrogation portant sur le pouvoir d’interprétation,
une autre controverse a été développée. Une partie de la doctrine estime que « contrairement
à ce que l’on a pu penser à certaines époques, souligneJean MASSOT,le Président de la
République n’a pas de responsabilité particulière lorsqu’il s’agit d’interpréter la
Constitution»1011. Il soutient avec le Doyen FAVOREU1012 que le Président de la République
n’a pas de compétence pour interpréter la Constitution. Pour ce dernier, le Président « n’a pas
à trancher lui-même les différends relatifs à l’interprétation de la Constitution, (…) il ne
1006
Lire avec intérêt, LE COUSTUMER (J.-C.), « La norme et l’exception. Réflexion sur les rapports du droit
avec la réalité », CRDF, n°6, 2007, pp.19-28, spéc., p. 20.
1007
OLINGA (Alain-Didier), La Constitution de la République du Cameroun, éditions terres africaines,
Yaoundé, Presses de l’UCAC, 2006, P.66.
1008
Idem.
1009
Idem.
1010
NGUELE ABADA, « 20e anniversaire de la Constitution du 18 janvier 1996. Une intelligence de l’article 5
de notre Loi fondamentale », [Link]., P.10.
1011
MASSOT (J.), L’arbitre et le capitaine. La responsabilité présidentielle, Paris, Flammarion, coll. Champs,
1987, p. 253.
1012
L. FAVOREU, La politique saisie par le droit, Paris, Economica, 1988, p. 112.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 291
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
peut à la fois appliquer la Constitution et en donner une interprétation authentique »1013.
Le Professeur ARDANT1014 a, quant à lui, souligné le paradoxe qu’il y avait pour les
Présidents de Républiques à trouver dans l’article 5 de la constitution de la Ve République le
fondement d’une liberté d’action que l’article avait pour vocation de leur refuser.
D’autres auteurs par contre à l’instar du Professeur Stéphane RIALS estiment que si
l’article 5 en France donne compétence au Président d’interpréter ses pouvoirs, c’est dans la
mesure où ces pouvoirs lui sont explicitement attribués par la Constitution1015. Ainsi, le
Professeur Gérard CONAC, suivant « l’hypothèse d’une habilitation constitutionnelle
del’article 5 au service de l’interprétation présidentielle »1016 énonce qu’il « ne s’agit plus
seulement de donner pour norme à la vocation d’arbitre du Président le respect de la
Constitution, mais de lui reconnaître le soin de la protéger de manière générale en toutes
circonstances (…). Il lui rappelle qu’il en est le premier serviteur mais, incontestablement,
il fait aussi de lui le premier défenseur de la Constitution»1017.
En tant que garant de la continuité de l’Etat, L’intérimaire doit assurer en toute
occasion le respect de la Constitution. Ainsi, si la Constitution se présente au Cameroun
comme « l’arche sacrée »1018 de la République dont le Président fut-il intérimaire en est le
premier gardien, cette fonction de gardien de la Constitution ne lui permet pas de se
comporter à l’occasion comme si, il est au-dessus d’elle. De ce fait, il se pose la question de la
nature des interprétations constitutionnelles du Président de la République.
S’il est vrai que le Président de la République et la Cour constitutionnelle, « agissent
en complémentarité plus qu’en opposition. Et ce car le champ de leur protection
constitutionnelle n’est pas exactement le même»1019, il nous semble qu’à côté de l’interprète
1013
[Link]. 112-114.
1014
ARDANT (P.), « L’article 5 et la fonction présidentielle », Pouvoirs, n° 41, 1987, pp. 38-39.
1015
RIALS (S.), Le Président de la République, PUF, coll. Que sais-je ?, n° 1926, 2e éd., 1983.
1016
SACCUCCI (Y.), « L’article 5 de la Constitution de 1958, fondement des interprétations constituantes.
Considérations épistémologiques sur les rapports entre factualité et normativité », article consultable sur le site
[Link], p. 2.
1017
CONAC (G.), « Article 5 », in F. LUCHAIRE, G. CONAC et X. PRETOT, (dir.), La Constitution de la
République française. Analyses et commentaires, Paris, Economica, 3ème édition, 2009, p. 235.
1018
Ibid.
1019
Voir en ce sens, RICHIR (I.), Le Président de la République et le Conseil constitutionnel, Thèse Paris X,
PUF, 1998. Ou encore, du même auteur, « Le chef de l‘Etat et le juge constitutionnel, gardiens de la Constitution
», RDP, 1999, n°4, p. 1066.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 292
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
juridique qu’est le juge constitutionnel, le Président de la République, même par intérim, en
serait son interprète politique. Le professeur COHENDET affirme à ce sujet que « le
Président de la République n’est en aucun cas habilité par la Constitution à délivrer une
interprétation authentique du texte constitutionnel. (…). Son interprétation est simplement
un acte d’application du texte et non pas un acte qui pourrait créer ou recréer le sens du
texte, donc la norme»1020. Pour M. SACCUCCI, reconnaitre au Président de la République la
compétence de gardien de la Constitution c’est « valider les interprétations présidentielles
comme impliquant une garantie politique de la Constitution à la condition toutefois que
cettegarantie fasse l’objet d’une adhésion populaire et soit acceptée par la « communauté
des interprètes»1021.
En fin de compte, si la compétence de protection et donc d’interprétation de la
constitution est reconnue à l’intérimaire, son office dans ce domaine doit se faire dans le seul
intérêt d’assurer la permanence de l’Etat et la transition au sommet de l’Etat tout en excluant
toute interprétation intéressant les règles de la vacance.
Paragraphe II : les hypothèses d’extension des compétences de
l’intérimaire au Cameroun
Deux hypothèses majeures peuvent être soulevées ici pour justifier l’extension des
compétences de l’intérimaire. Il s’agit de l’hypothèse des circonstances exceptionnelles (A) et
l’hypothèse d’un intérimaire a constitutionnel (B).
A. L’hypothèse des circonstances exceptionnelles
Au Cameroun comme en France, le constituant n’a pas explicitement posé
l’interdiction à l’intérimaire d’exercer les pouvoirs exceptionnels. Or En droit, tout ce qui
n’est pas expressément interdit étant tacitement permis, force est de reconnaitre que le
Président de la République, même par intérim, pourrait mettre en œuvre les pouvoirs que la
Constitution lui reconnait en période de circonstances exceptionnelles dont la notion mérite
1020
COHENDET (M. A.), Le Président de la République, op. cit.,p.53.
1021
SACCUCCI (Y.), « L’article 5 de la Constitution de 1958, fondement des interprétations constituantes.
Considérations épistémologiques sur les rapports entre factualité et normativité », op. cit.,p. 6.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 293
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
préalablement d’être étudiée (1), avant que ne soit analysée la pertinence de la reconnaissance
d’une telle compétence au président intérimaire (2).
1. La notion de circonstances exceptionnelles
« Lorsque les circonstances deviennent exceptionnelles, le droit devient
dérogatoire»1022 au point d’instituer un autoritarisme temporaire au profit du Président de la
République. Il s’agit d’un autoritarisme en raison du fait que le Président de la République
dispose pendant ces périodes de pouvoirs exorbitants, de pouvoirs énormes qui sont de nature
à mettre en berne l’exercice des libertés fondamentales constitutionnellement prévues. Sous
ce rapport, la Constitution reconnait au Président de la République d’importantes prérogatives
lorsque des circonstances exceptionnelles se présentent. La question qui se pose ici est celle
de savoir a quoi renvoie la notion de circonstances exceptionnelles.
La notion de circonstances exceptionnelles est unanimement reconnue par la doctrine
au même titre que l’exception, comme une notion dont le contenu est indéterminé. Selon le
philosophe Giorgio AGAMBEN, «(…) La définition du terme [exception] est rendue
difficile parce qu’elle se situe entre la politique et le droit»1023. Le mot « exception» trouve
son origine dans la langue latine « exceptio» dérivé de « excipere» qui signifie primitivement
« mettre de côté » ou «retirer de (…)pour le retenir»1024. Le sens du verbe s’est ensuite
étendu pour désigner « l’action d’excepter» expliquée parfois comme synonyme de « l’action
de déroger»1025. L’exception semble dès lors désigner la mise à l’écart ou la restriction de la
règle de droit générale dans certains cas1026. Mais, c’est employé comme qualificatif que la
notion revêt tout son intérêt dans le cadre de la présente étude. Ici, l’exception ne semble plus
désigner l’idée de limitation ou d’exclusion, mais elle est utilisée pour expliquer tout ce qui
est « en dehors du général», ou ce qui est « rare», « particulier», « spécial». Le Professeur
LE COUSTUMER souligne d’ailleurs à ce propos que exception est « ce qui ne peut pas être
1022
CARCASSONNE (Guy) et GUILLAUME (Marc), La Constitution introduite et commentée, 12e édition,
Editions du Seuil, 2014, p.116.
1023
AGAMBEN (G.), L’Etat d'exception, traduit par Joël Gayraud, Paris, Seuil, coll. L’ordre philosophique,
2003, p. 9.
1024
ARNAUD (A.-J.), Dictionnaire encyclopédique de théorie et de sociologie du droit, Paris, L.G.D.J., coll.
Quadrige, 2e éd., 1993; FOULQUIE (P.), Dictionnaire de la langue philosophique, 2e ed., Paris, P.U.F., 1969
1025
REY (A.) et REY-DEBOVE (J.), Le nouveau Petit Robert, Paris, Le Robert, 2010.
1026
G. CORNU (dir.), Vocabulaire juridique, Paris, P.U.F., coll. Quadrige, 2011, 9e éd,, voir « Exception ».
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 294
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
compris dans le champ de la norme»1027. Néanmoins, la notion d’exception résiste à la
conceptualisation1028, dans la mesure où elle suscite dans le langage juridique la réprobation et
la méfiance.
Définir l’exception en droit constitutionnel semble alors soulever la problématique
liée à la jurisprudence administrative des circonstances exceptionnelles. Cette dernière a
connu son véritable essor avec la première guerre mondiale dans la jurisprudence. Le Conseil
d’Etat n’a pas immédiatement utilisé le terme et, a préféré, dans un premier temps se référer à
la notion de guerre ou de pouvoirs de guerre1029. Le Professeur WALINE estime à cet effet
que ce raisonnement consiste « à prendre la partie pour le tout car il ne faut pas parler
d’une théorie de l’état de guerre ou des pouvoirs de guerre, mais d’une théorie des
circonstances exceptionnelles dont la plus frappante est l’état de guerre mais ne pas oublier
qu’il peut y avoir d’autres circonstances exceptionnelles que la guerre»1030. Ainsi, Le
Professeur Lucien NIZARD, dans sa thèse, se propose de définir la notion de circonstances
exceptionnelles comme « la condition de non-application du régime juridique normal et,
par conséquent, comme la condition d’application d’un régime juridique d’exception»1031.
La notion de circonstances exceptionnelles renvoie à ce qui est convenu d’appeler la
légalité d’exception. Cette dernière désigne alors « un ensemble de dispositions
dérogatoiresdes règles de principes destinées à faire face à des situations de crise en
conférant aux autoritésdes puissants moyens d’action sur les individus et les biens»1032. Au
Cameroun, la légalité d’exception est consacrée par la constitution du 18 janvier 1996 qui
proclame en son article 9 dans ses deux alinéas que « le Président de la République peut,
lorsque les circonstances l’exigent, proclamer par décret, l’état d’urgence qui lui confère
1027
LE COUSTUMER (J.-C.), « La norme et l’exception. Réflexion sur les rapports du droit avec la réalité »,
CRDF, n°6, 2007, p.19
1028
Lire avec intérêt, Thi Hong NGUYEN, La notion d’exception en droit constitutionnel français, Thèse de
doctorat en droit public, Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, 2013, p. 5.
1029
Lire à cet effet, RIVERO (J.), note sous CE, 13 avril 1947, Jarrighion, S., 1948, III, p.33 ; WALINE (M.),
note sous CE, janvier 1955, Andriamizeza, RDP, 1955, p. 709 ; MATHIOT (A.), « La théorie des circonstances
exceptionnelles », Mélanges A. MESTRE, Paris, Sirey, 1956, p. 419 ; JEZE (G.), « Théorie des pouvoirs de
guerre et théorie des actes de gouvernement », RDP, 1924, p. 582, cités par LE BOS LE POURHIET (A. M.),
Thèse précitée, p. 335.
1030
WALINE (M.), note précitée, p.709.
1031
Lire avec intérêt, NIZARD (L.), La jurisprudence administrative des circonstances exceptionnelles et la
légalité, Paris, L.G.D.J., coll. Bibliothèque de droit public, 1962.
1032
OWONA (J), « L’institutionnalisation de la légalité d’exception dans le droit public camerounais », RCD,
No6, juillet-décembre 1974, PP.106-107
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 295
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
des pouvoirs spéciaux dans les conditions fixées par la loi. Le Président de la République
peut, en cas de péril grave menaçant l’intégrité du territoire, la vie, l’indépendance ou les
institutions de la République, proclamer, par décret, l’état d’exception et prendre toutes
mesures qu’il juge nécessaires. Il en informe la Nation par voie de message». Les
circonstances exceptionnelles désignent alors dans le contexte camerounais l’état d’urgence et
l’Etat d’exception.
Défini par le Vocabulaire juridique comme la « situation dans laquelle les pouvoirs
de police administrativese trouvent renforcés et élargis pour faire face soit à un
périlimminent résultant d’atteintesgraves à l’ordre public, soit à des évènements présentant
par leur nature et leur gravité lecaractère de calamité publique, situation pouvant ou non
résulter de circonstancesexceptionnelles et dont l’existence justifie que l’administration,
sous réserve de l’appréciation dujuge, passe outre certains délais ou exigences de forme ou
de procédures »1033, L’état d’urgence se présente alors comme une situation exceptionnelle,
causée par une crise sociale ou une calamité nationale1034. Toutefois, La notion de
circonstances exceptionnelles a été dissociée de la notion d’urgence et, c’est à Pierre-Laurent
FRIER que l’on doit le mérite d’avoir différencié les deux termes1035. Pour le Professeur
FRIER, la circonstance exceptionnelle est, contrairement à l’urgence, un concept juridique,
car écrit-il, « les circonstances ne conditionnent pas directement la mesure, elles sont de
simples éléments de fait qui devront être qualifiés juridiquement pour déterminer
l’existence du motif et, par suite, la possibilité d’une mesure d’exception»1036. Outre la loi
constitutionnelle, l’état d’urgence est régi au Cameroun par la loi No90/047 du 19 décembre
1990 sur l’état d’urgence modifie l’ordonnance No72/13 du 26 août 1972. Elle prévoit que le
décret permettant d’instituer un autoritarisme temporaire par le truchement de l’état d’urgence
précise les circonscriptions administratives soumises à ce régime (tout ou partie du territoire
national) et la durée de celui-ci.
L’état d’exception pour sa part renvoi à une situation de crise particulièrement grave.
Le Professeur SAINT-BONNET l’assimile à la formulation la plus générale et la plus
1033
CORNU (G), (Dir), Vocabulaire juridique, Association Henri CAPITANT, Paris, PUF, 8eéd, 2008, P.946
1034
CABRILLAC (R), Dictionnaire du vocabulaire juridique, Paris, Litec, LexisNexis, 3e éd, 2008, P184
1035
Lire ici, FRIER (P.-L.), L’urgence, Thèse, Université de Paris I, 1982, p. 206.
1036
FRIER (P. L.), thèse précitée. p. 218.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 296
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
abstraite de la notion des circonstances exceptionnelles1037. Selon lui, « l’exception est de
tous les temps. Elle est aussi de tous les domaines juridiques. En droit public, l’exception
revêt une allure particulière : il s’agit non seulement d’écarter la règle applicable en raison
des circonstances ou d’une finalité supérieure, mais encore de se soustraire aux rapports
normaux entre gouvernants et gouvernés»1038. L’état d’exception peut être employé de deux
manières très différentes. Dans une première acception qualifiée de classique, «
l’étatd’exception est entendu comme un moment pendant lequel les règles de droit prévues
pourdes périodes de calme sont transgressées, suspendues ou écartées pour faire face à un
péril»1039. Il s’agit d’un moment par définition fugace, temporaire pour faire face à un péril
donné1040. Dans une seconde acception, apparue depuis peu, « l’état d’exception consiste en
une modification en profondeur de certainssystèmes juridiques pour faire face à certains
périls durables tels que le terrorisme, modificationen profondeur parce que les règles mises
en œuvre pour lutter contre ce péril sont révélatrices(au sens quasi photographique du
terme) du système politique et juridique dans lequel elles sonten vigueur»1041. Pour le
philosophe Giorgio AGAMBEN, « l’état d’exception n’est pas un droit spécial (comme le
droit de la guerre), mais en tant que suspension de l’ordre juridique lui-même, il en définit
le seuil»1042. En faite C’est la nécessité qui permet à l’administration de déroger au droit et
non la circonstance exceptionnelle, car elle constitue la condition juridique, le motif de
l’exception1043.
Lorsqu’il est utilisé en droit constitutionnel, l’état d’exception semble correspondre à
l’état de nécessité. Il est plus précisément la représentation des circonstances exceptionnelles
et de l’état de nécessité au niveau du droit constitutionnel. Ainsi que l’a noté l’auteur, « l’état
de nécessité est considéré comme l’équivalent de la notion de circonstances exceptionnelles,
mais à l’échelon supérieur de la hiérarchie des normes. De même que la seconde permet de
couvrir une violation de la loi, le premier tend à avaliser un manquement aux normes
1037
SAINT-BONNET (F.), L’Etat d’exception, Paris, PUF, coll. Léviathan, 2001
1038
Idem, p. 1.
1039
SAINT-BONNET (F), « L’état d’exception et la qualification juridique», CRDF, No6, 2007, P.29
1040
Ibid.
1041
Ibid.
1042
Idem, p. 15.
1043
PAMBOU TCHIVOUNDA (G.), « Recherche sur l‘urgence en droit administratif français », RDP, 1983, p.
95.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 297
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
constitutionnelles. En droit constitutionnel, aucune formule n’est arrêtée pour rendre
compte de l’état d’exception»1044.
En somme, l’expression « circonstance exceptionnelle», évoque l’image d’une
circonstance anormale, rare, particulière. Quel est donc l’incidence de cette circonstance sur
les compétences de l’intérimaire ?
2. La reconnaissance de pouvoirs exceptionnels au Président
intérimaire
« Il arrive que l’État lui-même soit menacé et que l’on cherche à renverser le
régime tout entier. La crise devient alors institutionnelle et appelle de ce fait une solution
extraordinaire»1045. La solution extraordinaire dont-il est question est l’instauration d’une
légalité d’exception qui permet au Président de la République de prendre toutes les mesures
nécessaires au rétablissement de l’ordre public. « Un tel outil mis à la disposition d’un seul
individu, fut-il chef de l’État, justifie son usage à l’occasion uniquement de circonstances
exceptionnelles »1046. La question qui se pose ici est celle de savoir si le constituant octroie au
Président intérimaire la faculté d’exercer les compétences exceptionnelles que confère la
Constitution à tout Chef d’Etat ?
Rien n’exclut en effet que la période d’intérim au sommet de l’Etat ne soit émaillée
d’évènements justifiant l’application par l’intérimaire des compétences exceptionnelles
reconnues à tout Chef d’Etat. Il n’est donc pas surprenant de voir ces pouvoirs de crise
conférés à l’intérimaire en cas de vacance de la présidence de la république. Le constituant
français lui réserve des pouvoirs importants et à la limite dangereux dans la mesure où sa mise
en application constitue un acte de gouvernement insusceptible de tout contrôle
juridictionnel1047. Une fois ces pouvoirs mis en œuvre, le chef de l’Etat exerce une véritable
1044
Ibid, p.15.
1045
JEANNEAU (B.), Droit constitutionnel et Institutions politiques, Paris, 3ème édition Dalloz, 1972, p. 234.
1046
LAMARQUE (J.), « La théorie de la nécessité et l‘article 16 de la Constitution de 1958 », article précité, p.
606.
1047
C.E. 2 Mars 1962, Rubin de Servens et autres, Rec.143; S.1962.147, note Bourdoncle; D.1962.109,
[Link]; R.D.P. 1962.288, note Berlia; R.D.P. 1962.294, concl. Henry.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 298
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
« dictature constitutionnelle » du fait du monopole à son bénéfice des pouvoirs législatif et
exécutif. La reconnaissance à l’intérimaire des pouvoirs exceptionnels montre que le
constituant a entendu lui conférer tous les moyens nécessaires pour faire face à une crise
intervenant suite à la disparition du chef d’Etat en exercice.
Le constituant camerounais, à l’instar de certains de ses homologues africain, n’a pas
l’exercice des pouvoirs exceptionnels par l’intérimaire ; Ce qui suppose qu’il a la possibilité
de faire recourt à ces pouvoirs si les circonstances l’exigent. Toutefois l’octroie de ces
pouvoirs à l’intérimaire peut comporter des effets pervers. En effet, le risque de détournement
de pouvoir par le suppléant n’est pas à écarter absolument. La faculté qui lui est reconnue
d’être partie à la succession pourrait se traduire par un faussement de la mission de
sauvegarde du pouvoir. Le risque de détournement est cependant limité dans les pays où
l’intérimaire est un véritable arbitre comme c’est le cas au Cameroun depuis 1984. De plus, la
constitution n’ayant pas vocation à tout prévoir, ce silence ne saurait être considéré de façon
absolue comme une autorisation donné à l’Intérimaire ; il peut supposer également qu’on
laisse la latitude au juge constitutionnel de préciser le régime des circonstances
exceptionnelles en période de vacance.
Il sied alors de canaliser les risques d’instrumentalisation de tels pouvoirs dont on ne
saurait nier la légitimité s’ils étaient nécessaires durant l’intérim dans la perspective de
rétablir l’ordre et la paix sociale. L’autre hypothèse d’extension des compétences de
l’intérimaire est la rupture de l’ordre constitutionnel.
B. L’hypothèse de rupture de l’ordre constitutionnel
L’exorbitance des pouvoir de l’intérimaire en cas de rupture de l’ordre
constitutionnel peut se justifier aussi bien par l’instrumentalisation de la loi fondamentale (1)
que par sa mise à l’écart au profit d’une charte de transition (2).
1. L’instrumentalisation de la loi fondamentale par l’intérimaire
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 299
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
La normativité de la Constitution en Afrique est réellement en crise1048. Deux raisons
peuvent justifier ce phénomène : « Soit (les constitutions) sont mal rédigées, soit elles font
l’objet de révision à des fins politiques »1049 ; Ce qui entraine des risques d’interprétations
multiples qui remettent ainsi en question la sécurité juridique qui est l’une des finalités du
droit1050.
Au Cameroun, la rédaction parfois défectueuse de la Constitution sur la question de
l’intérim pourrait poser quelques difficultés d’interprétation. Par exemple, la Constitution peut
elle être révisée à l’initiative du Parlement en période d’intérim ? Ou encore le Président par
intérim peut-il dissoudre l’Assemblée et mettre en œuvres les pouvoirs exceptionnels que
confère la Constitution au Président ? Voilà quelques situations sur lesquelles la Constitution
fait preuve de mutisme ou d’imprécision. En effet, « la Constitution contient des dispositions
souvent rédigées en des termes imprécis et se prêtent volontiers à plusieurs lectures. Comme
tout énoncé, celui de la Constitution est susceptible de plusieurs significations»1051. Ces
interprétations sont variables, peu claire1052, imprévisible, inaccessible et de ce fait, la loi
fondamentale perd sa qualité1053 de norme protectrice. Et pourtant, l’interprétation de la
norme fondamentale « ne doit pas déboucher sur la fraude à la Constitution1054, ou à son
instrumentalisation»1055.
1048
AIVO (F.J.), « Crise de la normativité des Constitutions en Afrique », RDP, 2012, n° 1, pp. 141-170.
1049
TUEKAM TATCHUM (C.), thèse précitée, p.259.
1050
Lire avec intérêt GRECH (F.), « Le principe de sécurité juridique dans l’ordre constitutionnel français »,
RFDC, 2015/2, n° 102, pp. 405-428 ; DE MONTALIVET (P.), « L’intelligibilité des lois constitutionnelles »,
RFDC, 2015/2, n° 102, pp. 321-334.
1051
AGUILA (Y.), « Cinq questions sur l’interprétation constitutionnelle », RFDC, n° 21, 1995, pp. 9-46, spéc.,
p. 10
1052
Lire, RICHARD (A.), « L’exigence de clarté », in Actes du colloque sur l’écriture de la loi, 2 juin 2014,
Sénat, pp. 43-45.
1053
GELARD (P.), « La qualité de la loi », in Actes du colloque sur l’écriture de la loi, 2 juin 2014, Sénat, pp.
55-57.
1054
Pour Georges LIET VEAUX, qui a, semble-t-il, été le premier à avoir utilisé ce concept, il s’agit d’« un
procédé par lequel la lettre des textes est respectée, tandis que l’esprit de l’institution est renié. Respect de la
forme pour combattre le fond, c’est la fraude à la Constitution ». V. LIET-VEAUX (G.), « La fraude à la
Constitution : essai d’une analyse juridique des révolutions communautaires récentes », RDP, 1943, pp. 116-150
; lire aussi KAMTO (M.), « Révision constitutionnelle ou écriture d‘une nouvelle Constitution », LexLata, n°
023-024, février-mars 1996, pp. 17-20 ; ATANGANA AMOUGOU (J. L.), « Les révisions constitutionnelles
dans le nouveau constitutionnalisme africain », AJP, n° 2, Juillet 2006, pp. 44-84 ; S. BOLLE, « Les révisions
dangereuses. Sur l’insécurité constitutionnelle en Afrique », in MABAKA (P. M.) (dir.), Constitution et risque
(s), Paris, L’Harmattan, 2010, pp. 251-269 ; ABDOU-SALAMI (M. S, « La révision constitutionnelle du 31
décembre 2002 : une revanche sur la conférence nationale de 1991 », RBSJA, n° 19, décembre 2007, pp. 53-94.
1055
KPODAR (A.), article précité, p. 9.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 300
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Malheureusement en Afrique, la Constitution est devenue une simple arme, un «
instrument de stratégie politique»1056 en raison de la multiplication des stratégies qui sont
mis en place afin de détourner celle-ci de son objectif premier à savoir l’encadrement
juridique du pouvoir. Elle «est perçue (…) moins dans son aspect normatif que dans ses
aspects fonctionnels. Elle n’est pas une barrière juridique, mais l’une des techniques que le
pouvoir met au service de ses objectifs. C’est un guide plus qu’un code d’obligation»1057. Le
Professeur CONAC affirmait déjà à ce sujet que, « la légalité constitutionnelle en Afrique a un
caractère trop formaliste et l’histoire de plusieurs pays a montré que leurs stabilitéconstitutionnelle
n’est que apparente»1058. Selon l’auteur, « en Afrique c’est le relativisme constitutionnel qui domine
»1059. Le professeur AIVO parle alors à juste titre d’un « printemps des arrangements a-
constitutionnel»1060, car « la facilité avec laquelle, dans certains pays, les Constitutions ont
été amendées et parfois remplacées n’est pas de nature à conférer à la loi constitutionnelle
un prestige très supérieur à celui de la loi ordinaire»1061. C’est sans doute la raison pour
laquelle Le Professeur KAMTO observait à propos du constitutionnalisme africain que, «
l’Afrique est le continent des incertitudes et des espoirs perpétuellement déçus »1062. Le
Professeur KPODAR conclu sur cette problématique en affirmant que « la fétichisation de la
Constitution dans les Etats d’Afrique noire d’expression française, cache mal son
incapacité à servir véritablement d’assise juridique au pouvoir politique»1063.
Ces lacunes de la constitution peuvent être utilisées par l’intérimaire pour
instrumentaliser la loi fondamentale à des fins personnelles. Il peut ainsi interpréter certaines
dispositions dans le sens d’étendre ses compétences. C’est ainsi par exemple qu’il peut user
de la vacuité du texte constitutionnel sur la question de la dissolution de l’Assemblée
Nationale en période d’intérim pour interpréter ce silence comme une autorisation, car en
1056
CONAC (G.), « Les Constitutions des Etats d’Afrique et leur effectivité », article précité, p. 386.
1057
Idem, p. 297.
1058
CONAC (G.), « Les Constitutions des Etats d’Afrique et leur effectivité », in Dynamiques et finalités des
droit africains (dir) CONAC (G.), Paris, Economica, 1980, p.386 ; lire pour compléter GONIDEC (P.-F.), « À
quoi servent les constitutions africaines ? Réflexions sur le constitutionnalisme africain », RJPIC, oct-déc. 1988,
n°4, p.386.
1059
Idem, p. 387
1060
AIVO (F.J.), « La crise de la normativité de la Constitution en Afrique », article précité, p. 10
1061
Idem, p. 400.
1062
KAMTO (M.), Pouvoir et droit en Afrique noire, Essai sur les fondements du constitutionnalisme dans les
Etats d’Afrique noire francophone, Paris, LGDJ, 1987, p. 491.
1063
KPODAR (A.), « Bilan sur un demi-siècle de constitutionnalisme en Afrique noire francophone », Revue
électronique Afrilex, Université de Bordeaux IV, p. 9
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 301
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
droit tout ce qui n’est pas expressément interdit est implicitement permis ; il en va de même
pour les pouvoirs de crise, dont le régime en période de vacance n’est point déterminé. Ces
interprétations peuvent être assimilées à des « changements constitutionnels informels»1064.
A coté de cette instrumentalisation de la constitution qui est loin d’être une simple hypothèse
en Afrique francophone, l’observe dans certains cas une mise à l’écart complète de la norme
fondamentale au profit d’une charte de transition.
2. La mise à l’écart de la constitution
Dans le contexte africain, la gestion de la transition politique au sommet de l’Etat
durant la période de vacance du pouvoir s’est souvent opérée dans le cadre de la mise entre
parenthèses de la norme constitutionnelle. Cette mise à l’écart de la constitution peut résulter
de deux facteurs, soit l’investiture d’un intérimaire a-constitutionnel qui ne serait donc pas
assujetti à la norme fondamentale, soit la survenance d’une crise politique grave durant la
période de transition et donc l’ordre constitutionnel serait soit contesté, soit incapable de faire
face à ladite crise. Dans ces deux cas, se pose le problème de l’effectivité même de la norme
constitutionnelle1065.
Définie de manière générale comme « le caractère d’une règle de droit qui produit
l’effet voulu, qui est appliquée réellement »1066, ou encore comme « le degré de réalisation,
dans les pratiques sociales, des règles énoncées par le droit»1067, l’effectivité ne constitue
pas, selon le professeur RANGEON « à proprement parler une notion juridique, et
n’appartient pas à la définition de la règle de droit, elle ne qualifie pas une situation
juridique et elle n’entraîne pas par elle-même d’effets juridiques. L’effectivité désigne
1064
ALTWEGG-BOUSSAC (M.), Les changements constitutionnels informels, Edité par l’Institut Universitaire
Varenne, diffusé par LGDJ-Lextenso éditions, coll. Collection des thèses (Fondation Varenne), n° 76, 2013,
XIII-627p.
1065
Lire ici COMMAILLE (J.), « Effectivité » in ALLAND (D.) et RIALS (S.) (dir.),Dictionnaire de la culture
juridique, , Paris, Lamy, PUF, 2003, p. 583 ; CARBONNIER (J.), « Effectivité et ineffectivité de la règle de
droit » L’année sociologique, LVII, 1958, pp. 3-17 ; LASCOUMES (P.) et SEVERIN (E.), « Théories et
pratiques de l‘effectivité du droit », in Droit et société, n° 2, 1986, p.128 ; René SABATIER, « Les creux du
droit positif au rythme des métamorphoses d‘une civilisation », in Le problème des lacunes endroit, Bruxelles,
Bruylant, 1986, p. 534 ; Jean CRUET, La vie du droit et l’impuissance des lois, Paris, Flammarion, 1908 ;
Vincent RICHARD, Le droit et l’effectivité – contribution à l’étude d’une notion, Thèse, Droit, Paris II, 2003, p.
430.
1066
CORNU (G.) Vocabulaire juridique, P.U.F., 1987, « effectivité ».
1067
LASCOUMES (P.), « Effectivité », in À. J. AMAUD et al.,Dictionnaire encyclopédique de théorie et de
sociologie du droit, L.G.D.J. et Story-scientia, 1988.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 302
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
d’une part un fait vérifiable, voire mesurable, celui de l’application, susceptible de degrés
(car l’effectivité n'est jamais totale) d’une règle de droit, d’autre part les effets réels de la
règle sur les comportements sociaux»1068. Il observe qu’ « à une conception restrictive de
l’effectivité, défendue principalement par les juristes, s’oppose une conception extensive
illustrée par les travaux de sociologie du droit. La première approche inscrit la question de
l’effectivité dans le cadre des rapports droit/application du droit, alors que la
secondel’élargit aux relations droit/société. Dans le premier cas l’effectivité est conçue de
manière normative: le droit ayant par nature vocation à être appliqué, l’effectivité traduit
une application correcte du droit, conforme à sa lettre ou du moins à son esprit, c’est-à-dire
à l'intention de son auteur, Dans le second cas, l’effectivité résulte essentiellement de
l’acceptation de la règle de droit par ses destinataires»1069. La notion d’effectivité est dans ce
cadre « l’instrument conceptuel d’évaluation (du) degré de réception (de la norme), le
moyen de mesurer des écarts entre pratique et droit»1070, car elle a une « vocation pratique
dans la mesure où elle vise à évaluer les degrés d’application du droit, à préciser les
mécanismes de pénétration du droit dans la société»1071. Ainsi, En ce sens, le Professeur
COHENDET perçoit l’effectivité d’une norme comme « la relation de conformité entre les
comportements qu’elle prescrit et les comportements réels»1072. De toute manière, dans un
cas comme dans l’autre, la constitution est souvent surplombée ou simplement remplacée par
une autre norme qui prend généralement l’appellation de charte de transition1073.
Les chartes de transition mises en exergues ici ne sont point des Constitutions au
sens formel du terme, mais s’apparentent plus aux actes matériellement constitutionnels. Il
s’agit précisément de « Normes juridiques, matériellement constitutionnelles, fondatrices
d’un ordre juridique et par lesquelles une légitimité est conférée aux actes et aux organes
1068
RANGEON (F.), « Réflexions sur l’effectivité du droit », in CURAPP, Les usages sociaux du droit, Paris,
PUF, 1989, p. 128.
1069
Idem.
1070
LASCOUMES (P.) et SERVERIN (E.), « Théories et pratiques de l’effectivité du droit », Droit et Société, n°
2, 1986, p. 127.
1071
RANGEON (F.), article précité, p. 128
1072
COHENDET (M.-A.), « Légitimité, effectivité et validité », in Mélanges P. AVRIL, La république, Paris,
Montchrestien, 2001, p. 203.
1073
Même dans la pratique, cette norme prend souvent d’autres dénominations, à savoir, « Charte
constitutionnelle de la transition » en Centrafrique, « Constitution de transition » en République Démocratique
du Congo.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 303
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
de transition, ainsi qu’à la Constitution définitive»1074. Ces actes, considérés comme faisant
partis du « droit constitutionnel transitionnel »1075, sont décrit comme « une perception
dynamique ou un dépassement du schéma normatif classique et sa substitution par un
autre schéma plus souple. Il(s) (servent) d’exutoire pour les changements circonstanciels
d’institutions substantielles de la Constitution, sans recours aux précautions formelles.
Cettebranche s’accommode des contours formels d’un acte qui donne naissance à un
nouvel ordre, contours par lesquels le juriste ordonnance les faits politiques »1076.
Les Chartes de transition sont généralement adoptées en Afrique dans le cadre de la
résolution des crises politiques1077 nées d’un coup d’Etat ou d’une révolution populaire et
ayant rendues inapplicables les dispositions constitutionnelles en vigueur. Pour le Professeur
SOMA, « la Charte de la transition est réputée compléter la Constitution pendant la durée
de la transition. Elle est supposée supprimer les dispositions constitutionnelles non
pertinentes et les suppléer par ses propres dispositions, notamment concernent le
gouvernement, le parlement, la désignation du Chef de l’Etat intérimaire»1078. L’intégration
de ces normes dans l’ordonnancement juridique pose le double problème de leur nature
juridique et de leur validité.
Relativement à la nature juridique, cette expression désigne « ce qui définit en droit
une chose en l’occurrence une institution et qui permet de le ranger dans une catégorie
juridique précise »1079. Rechercher la nature juridique d’un concept revient donc à donner sa
qualification juridique. Ainsi, la doctrine majoritaire s’accorde à dire que les chartes de
1074
PERLO (N.), « Les constitutions provisoires, une catégorie normative atypique au cœur des transitions
constitutionnelles en Méditerranée », Revue méditerranéenne de droit public, Vol. 3, 3 sept. 2015, p. 13-30.
1075
Mohammed KEBIR, Les actes pré constituants ou les constitutions intérimaires, contribution à l’étude des
transitions démocratiques, Thèse de doctorat en droit public, sur [Link], consulté le 10 novembre 2023.
1076
Victoria CHIU, Le concept de transition dans la pensée de DE VERGOTTINI (G, Université de Toulon, p. 2.
1077
KEUTCHA TCHAPNGA (C.), « Droit constitutionnel et conflits politiques dans les États francophones
d'Afrique noire », RFDC, 2005/3, n° 63, pp. 451-491 ; pour approfondir sur cette notion lire également,
EHUENI MANZAN (I.), Les accords politiques dans la résolution des conflits armes internes en Afrique, Thèse
pour le Doctorat en Droit Public, Université La Rochelle et Université de Cocody-Abidjan, 2011, 718 pages ;
1078
SOMA (A.), « Réflexion sur le changement insurrectionnel au Burkina Faso », Revue CAMES, Science
Juridique et Politique, n°001, 2015, p. 8
1079
ZAGREBELSKY (G.), Manuale di dirittocostituzionale. Il sistema delle fontideldiritto, Torino, Utet, 1988,
vol. I, p. 22.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 304
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
transition sont des « conventions constitutionnelles»1080, c’est-à-dire « une révision politique
de la constitution ou à tout le moins une interprétation plus ou moins laxiste qui s’impose
grâce à l’accord des acteurs politiques comme une norme obligatoire tant que le consensus
persiste ou qu’une révision juridique expresse ne s’y est pas substituée»1081. Les chartes de
transition peuvent alors être des « Constitutions provisoires»1082, des « Constitutions de
transition»1083, ou encore des « pré-constitutions»1084, voire des « Constitutions
intérimaires». Quoiqu’il en soit, elle désigne des « petites Constitutions »1085 qui « sont donc
à la fois provisoires par leur durée et transitoires du fait qu’elles permettent le passage
d’une Constitution à une autre, c’est-à-dire la succession de deux ordres juridiques»1086.
En ce qui concerne la validité de la charte, il faut au préalable souligner qu’elle est
généralement la résultante d’un certain consensus entre des forces politiques agissant au nom
du peuple sans toutefois avoir reçu mandat direct de lui. En cela elle se rapproche des accords
politiques qui sont des « compromis signés par des protagonistes d’une crise politique, sous
la supervision d’un facilitateur »1087 et qui visent à « réadapter le fonctionnement des
différents pouvoirs aux intérêts et aux forces en présence »1088. La validité d’une norme
renvoie au caractère obligatoire de celle-ci, c’est-à-dire non seulement juridiquement, mais
même moralement obligatoire1089. C’est ce que Jean-Charles JOBART qualifie de « validité
1080
AIVO (F.J.), « La crise de normativité de la Constitution en Afrique », [Link]., p.141 ; DU BOIS DE
GAUDUSSON (J.), « Le recours au contrat, une chance pour le constitutionnalisme contemporain, en Afrique et
ailleurs ?», in Mélanges en l'honneur du professeur Jean Hauser, LexisNexis, 2012, p. 803 ;
1081
DUHAMEL (O.) et MENY (Y.), Dictionnaire constitutionnel, Paris, PUF, 1992, p. 232
1082
G. VEDEL, Droit constitutionnel, Paris, Sirey, 1949, pp. 273-275
1083
Laurent PECH, « Les dispositions transitoires en droit constitutionnel », RRJ, 1999, p. 1412.
1084
N’GUYEN QUOC DINH, « La loi du 2 novembre 1945 », RDP, 1946, p. 68 ; O. BEAUD, La puissance de
l’Etat, Paris, Puf, 1994, p. 267 ; Willy ZIMMER, « La loi du 3 juin 1958 : contribution à l’étude des actes
préconstituants », RDP, 1995, pp. 385 ; I. THUMEREL, Les périodes de transition constitutionnelle, Thèse,
Lille II, 2008, p. 32.
1085
PRELOT (M.), Précis de droit constitutionnel, Paris, Dalloz, 1949, p. 307 et ss. ; Du même auteur
Institutions politiques et droit constitutionnel, Paris, Précis Dalloz, 6e éd., 1975, p. 290-291.
1086
CARTIER (E.), La transition constitutionnelle en France (1940-1945) : la reconstruction révolutionnaire
d’un ordre juridique « républicain », Paris, LGDJ, Bibliothèque constitutionnelle et de science politique, 2005,
tome 126, p. 515.
1087
EHUENI MANZAN (I.), « Les accords politiques dans la résolution des conflits en Afrique », Thèse de
doctorat de droit public, Université de la Rochelle, 2011, 719 pages.
1088
KPODAR (A.), « Politique et ordre juridique : les problèmes constitutionnels posés par l’Accord de Linas-
Marcoussis du 23 janvier 2003 », Revue de la recherche Droit prospectif d’Aix-Marseille, p. 2504.
1089
Lire avec intérêt ROSS (A.), « Le problème des sources du droit à la lumière d’une théorie réaliste du droit »,
in Alfred ROSS, Introduction à l’empirisme juridique, trad. Par Éric MILLARD et Elsa MATZNER et
présentation par Éric MILLARD, Paris, LGDJ, 2004.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 305
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
empirique reposant sur l’effectivité de la norme»1090. Les normes valides sont celles qui sont
appliquées.
Lorsque l’ordre constitutionnel est écarter au profit d’une charte de transition
devenue la norme suprême durant la période d’intérimaire, il va de soit que le régime des
compétences du Président intérimaire est modifié et celui-ci bénéficie de prérogatives
exorbitantes, se rapprochant de celles d’un Président normal, les égalant, voire les surclassant.
Il en est ainsi par exemple du Mali1091, du Tchad ou encore du Gabon1092 où la charte
proclame que « lePrésident de transition remplit les fonction de chef d’Etat ». Aucune
restriction n’est posée dans cette formulation concernant les compétences qui lui sont
dévolues. Il est donc, en ce qui concerne ses pouvoirs, pleinement un « chef d’Etat plein ».
Dans le contexte Camerounais où une telle hypothèse n’a pas encore été
expérimentée, l’intérimaire, outre ses fonctions de garant de la continuité de l’Etat, est chargé
d’assurer l’alternance au sommet de l’Etat.
1090
JOBART (J- Ch.), « Remarques sur la validité des actes unilatéraux en droit administratif français », Revue
Juridique Thémis, 2006, n°40, p. 654.
1091
Décret n°2020‐0072/PT‐RM du 1er octobre 2020 portant Charte de la Transition du Mali
1092
Voire journal officiel de la République Gabonaise du 4 septembre 2023, N°225 Bis.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 306
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
CONCLUSION DU CHAPITRE II
Au demeurant, il ressort de ces analyses que la question des compétences de
l’intérimaire est au cœur de la gestion de la transition. La gestion de l’intérim doit se faire
dans la stricte mesure des prérogatives limitativement définies par la constitution au profit du
Président intérimaire. D’autant plus que cette limitation correspond à l’absence de légitimité
du Président intérimaire puisque n’étant pas désigné par le peuple. Les restrictions dont il est
question ici sont d’ordre matériel, temporel et même personnel. Ces pouvoirs de l‘intérimaire
sont, à certains égards, limités afin de lui permettre de mieux jouer le rôle politique de
conduire la transition et non de gouverner que lui impose le contexte politique.
Néanmoins, la restriction des compétences de l’intérimaire doit être tempérée au
risque de faire plutôt entorse à la continuité de l’Etat. Ainsi, compte tenu de son statut et de la
circonstance, il exerce, en temps normal la compétence générale d’arbitrage et de gardien de
la constitution. Dans certaines hypothèses ses compétences peuvent être accrues soit en raison
de la survenance de circonstances exceptionnelles durant la période d’intérim, soit en raison
de la rupture de l’ordre constitutionnel.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 307
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
CONCLUSION DU TITRE I
La multiplication des mandats interrompus à travers le monde traduit l’importance et
la valeur à accorder aux mécanismes constitutionnels visant à assurer la continuité du pouvoir.
Dans ce sillage, le principal problème que soulève la situation la vacance de la présidence de
la République au Cameroun est donc celui de la continuité de l’État. En fait, le principe de
continuité, a été déduit d’une célèbre formule de l’ancien régime qui reconnaissait la
continuité de la monarchie, à savoir : « le roi est mort vive le roi». Pour ce faire, les
constitutions des Etats Africains d’expression française, notamment camerounaise, se sont
efforcées de répondre au besoin de continuité qui traduit la finalité première de l’intérim, en
accordant certaines compétences au Président intérimaire pour garantir la continuité de l’Etat
pendant ce moment de crise. Le Professeur RIVERO le notait déjà à propos de la France, « le
système intérimaire instauré en 1958 a pour premier but de garantir la continuité de
l’Etat»1093.
Etant donné que l’intérim traduit « l’expression du pouvoir institutionnalisé, c’est-
à-dire, la continuité d’un pouvoir permanent et qui s’exerce selon des règles anonymes,
impersonnelles, s'imposant à toutes les composantes du régime»1094, les compétences
accordées au Président intérimaire par la constitution doivent être limitées, tant aux plans
matériel, personnel que temporel afin de lui permettre de mieux assurer sa mission d’arbitre
du processus de transition. Ce dernier a alors la charge d’expédier les affaires courantes à
travers la gestion des affaires ordinaires, ou même des affaires urgences. Cette restriction de
ses compétences, peut néanmoins être inapplicable dans la situation de survenance d’une crise
durant la période de vacance, ou de rupture de l’ordre constitutionnel. Quoiqu’il en soit,
l’intérimaire doit non seulement assurer la continuité de l’Etat, mais également l’alternance au
sommet de l’Etat.
1093
RIVERO (J.), « Intérim et continuité », Le Monde, 19 mai 1969, p. 27.
1094
El Hadj MBODJ, op. cit., p. 276.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 308
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
TITRE II :
UN COMPTABLE DE L’ORGANISATION DE
L’ELECTION PRESIDENTIELLE ANTICIPEE
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 309
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
L’actualité politique africaine nous montre que l’alternance démocratique demeure
un idéal difficile à réaliser malgré le vent de constitutionnalisme qui souffle depuis 1990.
L’on constate malheureusement que « la plupart des présidents ont considéré qu’une fois au
pouvoir, ils avaient vocation à le conserver indéfiniment»1095 ; et pourtant, « Quelle que soit
la stature d’un homme, il est néfaste pour la démocratie qu’il reste au pouvoir trop
longtemps et qu’il finisse par s’identifier à l’État aux yeux des citoyens»1096. Ce propos du
Professeur Bernard CHANTEBOUT rend compte de la nécessité de l’alternance dans les
processus démocratiques.
La pratique du « continuisme» causé par la personnification et la longévité au
pouvoir des Présidents, dans un contexte politique africain où le chef de l’État a une
prééminence sur les institutions républicaines1097 a provoqué, dans certains cas, des coups
d’État militaires. Il s’agit d’une méthode largement utilisée pour venir à bout de certains
dirigeants. Le constat en matière de coups d’États est triste. Comme le relève Babacar
GUEYE, cinquante-trois coups d’Etat ont été enregistrés entre 1960 et 1989 en Afrique, puis
vingt-quatre autres entre 1989 et 20041098. Afin d’éviter ces coups d’Etats qui deviennent
récurrents en Afrique, les Constitutions du renouveau constitutionnel ont consacré des
dispositions promouvant les idéaux, valeurs et principes de la démocratie, parmi lesquels la
clause limitative du nombre de mandats présidentiels. Le Professeur Augustin LOADA
présente la limitation de la durée et du nombre des mandats comme « une technique qui a
pour corollaire la rotation des postes, c’est-à-dire l’obligation pour le détenteur d’un poste
de le quitter après une période donnée»1099. L’élection se présente alors comme une garantie
fondamentale de la vitalité de la démocratie. L’on se pose alors la question de savoir à quoi
renvoi la notion d’élection ?
1095
CONAC (G.), « Quelques réflexions sur le nouveau constitutionnalisme africain », disponible sur
[Link] constitution-en- [Link].
1096
CHANTEBOUT (B.), Droit constitutionnel et science politique, Paris, Armand Colin, 1988, p. 617.
1097
LOADA (A.), « La limitation du nombre de mandats présidentiels en Afrique francophone », in
[Link] Le professeur Augustin LOADA citant Juan
J. LINZ explique que dans l’hypothèse du régime présidentiel ou présidentialiste, sauf cas de haute trahison, le
président de la République conduit son mandat à terme sans être inquiété par une quelconque éviction. Il faut
donc limiter le nombre de possibilités pour lui de se représenter aux élections présidentielles.
1098
GUEYE (B.), « Les coups d’Etat en Afrique entre légalité et légitimité », in Revue Droit sénégalais, n°9,
2010, pp.260-277.
1099
LOADA (A.), « La limitation du nombre de mandats présidentiels en Afrique francophone », [Link].
p.139.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 310
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Gérard Cornu définit l’élection comme « l’opération par laquelle plusieurs
individus ou groupes, formant un collège électoral, investissent une personne d’un mandat
ou d’une fonction par le vote»1100. Quant au dictionnaire de la science politique, il
appréhende l’élection comme le « mode de désignation des titulaires des rôles politiques
octroyant aux membres de la collectivité concernée le droit de choisir leurs représentants».
Il s’agit de ce qu’on appelle « les élections politiques» qui renvoient à celles des députés
(élections législatives), des sénateurs (élections sénatoriales) et du Président de la République
(élection présidentielle). Selon le lexique des termes juridiques, l’élection est le « choix par
les citoyens de certains d’entre eux pour la conduite des affaires publiques »1101. Pour Paul
BACAT, « l’élection est le fait d’élire, c’est à dire la procédure permettant l’expression
d’un choix collectif en faveur de l’attribution à une ou plusieurs personnes »1102. Du point
de vue du droit constitutionnel, l’élection constitue « le moyen par lequel le peuple, détenteur
de la souveraineté nationale1103, délègue celle-ci à ses représentants »1104 pour l’exercer
conformément aux textes et pour l’intérêt supérieur de la nation.
Dans la cadre de la gestion de la transition, le Président Intérimaire est appelé à
organiser, non pas une élection normale conformément au calendrier électoral, mais une
élection anticipée que l’on peut appréhender comme étant « celle provoquée par une
personne ou un corps légal institué par les normes internes et ce avant la fin du terme d’un
mandat, c’est-à-dire avant la fin de la période devant normalement séparer deux élections
pour les mêmes postes »1105. Etant donc le gestionnaire de la transition, le Président
Intérimaire doit assurer l’organisation d’une élection présidentielle crédible. Il doit pour cela
créer un cadre favorable à cette élection (Chapitre I), et la rendre opérationnelle afin de
procéder à la dévolution du pouvoir au vainqueur de cette élection (Chapitre II).
1100
CORNU (G), op. cit., p. 336.
1101
GUINCHARD (S.) DEBARD (T.), Lexique des termes juridiques, Paris, 25é Édition, Dalloz, 2017, p.963.
1102
BACOT (P.), Dictionnaire du vote : élections et délibérations, Lyon, France : Presses universitaires de Lyon,
1994, 191 p.
1103
Article 2 de la constitution camerounaise du 18 janvier 1996.
1104
SÈNE (M.), La juridictionnalisation des élections nationales en Afrique noire francophone: les exemples du
Bénin, de la Côte d'Ivoire et du Sénégal. Analyse politico-Juridique, Thèse de doctorat, Université Toulouse I,
Cotutelle internationale avec l’Université Cheikh Anta DIOP de Dakar (FSJP) mars 2017, p.25.
1105
ELAT NDAMA (D.P.), La perte du mandat politique en droit constitutionnel camerounais, Thèse de
doctorat, université de Douala, février 2024, p. 100.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 311
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
CHAPITRE I :
L’EDIFICATION D’UN CADRE FAVORABLE A
L’ORGANISATION DE L’ELETION
PRESIDENTIELLE ANTICIPEE
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 312
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Le « néo-constitutionnalisme », que d’aucuns ont qualifié de « printemps
démocratique», Tout en constituant un élément de la stabilité et la continuité de l’État1106, a
incontestablement fait du réinvestissement politique une garantie de l’expression de la
différence et de l’acceptation de la critique1107 comme promotion d’un cadre démocratique
idéal. Ce constitutionnalisme qui traduit un nouveau mode de vie politique a favorisé
l’édiction de nouvelles règles relatives à la gestion de la transition. En effet, le processus de
transition démocratique entamé à partir de 1990 en Afrique a été marqué par l’espérance
collective d’un changement structurel dans chaque pays. De ce fait, la nouvelle dynamique
institutionnelle dans les États africains a contribué à la mise en place d’un cadre juridique et
politique favorable à l’organisation des élections crédibles gage d’alternance démocratique.
Ainsi donc, le Président Intérimaire, garant du processus de transition, doit s’assurer que
toutes les conditions favorables à la tenue de l’élection présidentielle soient réunies ; et en
l’absence de celles-ci, il doit créer un cadre propice pour assurer la dévolution pacifique et
démocratique du pouvoir présidentiel après la disparition ou l’incapacité définitive de l’ancien
président. Il doit donc non seulement s’assurer de l’existence d’un contexte sociopolitique
adéquat (section I), mais également de créer ou de maintenir un cadre juridico-institutionnel
propice (section II).
Section I : La mise en œuvre d’un cadre sociopolitique adéquat
Paraphrasant Rabelais, le professeur Jean du Bois de GAUDUSSON soutien qu’une
« constitution sans culture constitutionnelle n’est que ruine du constitutionnalisme»1108.
Ces propos démontrent que la démocratie, ce n’est pas seulement les institutions et les
1106
HAMON (L.), « Nécessité et conditions de l’alternance », Op. Cit., p. 19 ; QUERMONNE (J.-L.), Les
régimes politiques occidentaux, Paris, Collection Points Essais, 5ème édition, 2006, p. 64 et suivantes ; voir
également PHILIPPE (X.), « La spécificité du droit de transition dans la construction des États démocratiques :
l’exemple de l’Afrique du Sud », in Laurent SERMET, (sous la direction de), Droit et Démocratie en Afrique du
Sud, Paris, L’Harmattan, 2001, p. 36 ; SALCEDO (C.), La transition démocratique sud-africaine, Paris, LGDJ,
Fondation Varenne, Collection de thèses, 2011, p. 18 et suivantes.
1107
DUHAMEL (O.), Droit constitutionnel et institutions politiques, 2e édition, Paris, Seuil, 2011, p. 24 et
suivantes. Voir également QUERMONNE (J.-L.), L’alternance au pouvoir, Paris, Montchrestien, 2003, p. 8 et
suivantes ; El Hadj MBODJ, « Les garanties et éventuels statuts de l’opposition en Afrique », Actes de la 4ème
réunion préparatoire au symposium de Bamako : la vie politique, p. 2.
1108
DU BOIS DE GAUDUSSON (J.), « Constitution sans culture constitutionnelle n’est que ruine du
constitutionnalisme : poursuite d’un dialogue sur quinze années de transition en Afrique et en Europe », in
Mélanges en l’honneur du Slobodan MILACIC, Démocratie et liberté : tension, dialogue, confrontation,
Bruxelles, Bruylant, 2008. pp.333-348.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 313
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
principes, c’est aussi la culture. C’est la raison pour laquelle la question de l’élection en
Afrique se pose non pas seulement en termes de possibilité de sa survenance mais aussi en
termes d’adhésion des acteurs aux principes, idéaux et valeurs qui sous-tendent la démocratie
pluraliste.
Dès lors, l’organisation d’une élection en tant que trajectoire d’un système politique
démocratique qui fonctionne1109 ne peut être effective sans le principe du consensus politique
appréhendé comme le principal facteur d’émergence et d’acceptation du pacte social
(paragraphe I). Outre cette modalité, l’organisation des élections passe également par
l’existence d’une culture démocratique au sein des formations politiques en compétition et
d’une opinion publique avertie qui constituent les autres facteurs sociopolitiques de la tenue
d’une élection crédible (paragraphe II).
Paragraphe I : Le consensus politique, facteur d’émergence de
l’alternance démocratique
L’irruption du constitutionnalisme dans le débat politique1110 au début des années
1990 a donné lieu à une confrontation d’opinions différentes1111. Ce réinvestissement a
1109
GUÈYE (B.), « Alternance politique et alternative démocratique en Afrique », in Mélanges en l’honneur de
Thomas FLEINER, L’Homme et l’État, Genève, Éditions Université de Fribourg, 2003, p. 487-503 ; voir
également QUERMONNE (J.-L.), l’alternance au pouvoir, op. cit., p. 22 et suivantes.
1110
MEDHANIE (T.), « Les modèles de transition démocratique », Afrique 2000, Août 1993, p. 61 suivantes. Le
réinvestissement de l’espace politique par la société politique et civile, suite à l’expression des mécontentements
de la fin des années 1980, a remodelé le champ politique africain francophone dans le sens de la démocratie
pluraliste et de la valorisation de l’État de droit. On a assisté un peu partout, notamment en Afrique francophone
à la fin des années 1980 soit à la modification, soit à l’abrogation des premières Constitutions. Sur cette
question, voir CONAC (G.), (sous la direction de), L’Afrique en transition vers le pluralisme politique, Op. Cit. ;
DALOZ (J.-P.) et Patrick QUANTIN, (Études réunies et présentées par), Les transitions démocratiques
africaines : dynamisme et contraintes, Paris, Karthala, 1997 ; ROUSSILLON (H.), (sous la direction de), Les
nouvelles Constitutions africaines : la transition démocratique, Presse de l’IEP de Toulouse, 1993 ; DARBON
(D.) et Du BOIS De GAUDUSSON (J.), (sous la direction de), La création du droit en Afrique, Karthala, 1997 ;
MARTIN (M. L.), CABANIS (A.), Les Constitutions d’Afrique francophone. Évolutions des Constitutions
récentes, Paris, L’Harmattan, 1999 ; MARTIN (M. L.), CABANIS (A.), « Le modèle du Bénin : un
présidentialisme à l’africaine », in Henry ROUSSILLON, (sous la direction de), Les nouvelles Constitutions
africaines : la transition démocratique, Op. cit., p. 53 ; Du BOIS de GAUDUSSON (J.), CONAC (G.),
DESOUCHES (C.), Les Constitutions africaines, tomes I et II, Paris, La Documentation française et Bruxelles
Bruylant, 1997-1998.
1111
BRAUD (P.), Sociologie politique, 10ème édition, 2011, Paris, LGDJ, p. 274 ; voir également SCHMITT
(C.), Parlementarisme et démocratie (1923), Traduit, Paris, Le Seuil, 1988.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 314
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
imposé un cadre politique qui, tout en exaltant l’intérêt collectif1112, a été capable de donner
un véritable sens au consensus politique. Le consensus, en tant que procédé démocratique de
décision ne date pas de la nouvelle ère démocratique. Il a existé bien avant cette époque sous
des formes diverses sur le continent africain1113 et l’importance qui lui a été accordée par les
acteurs politiques dans de nombreux pays africains a fortement contribué à l’enracinement de
la démocratie. La démocratisation des sociétés africaines a davantage renforcé la place du
consensus dans la prise des décisions. Ainsi, les décisions concernant les réformes
constitutionnelles ou démocratiques ont commencé à être prises avec le consensus des acteurs
que sont la majorité politique gouvernante, l’opposition politique et les acteurs sociaux. De ce
fait, au-delà de la recherche du compromis politique, le consensus apparaît comme un facteur
d’émergence de l’alternance démocratique. D’ailleurs, Adeltif MENOUNI s’intéressant à
l’alternance, relevait qu’elle est avant tout fille du consensus politique1114. En tant que
gestionnaire de la transition et donc comptable de l’élection présidentielle anticipée, le
Président Intérimaire doit s’assurer de l’existence d’un consensus entre les acteurs politiques
en présence. Ainsi donc, Parler du consensus politique revient à examiner sa valeur (A) ET
les conditions de sa réalisation (B).
A. La valeur du consensus politique
En tant que forme de socialisation exaltant à la fois l’unité de la nation et la diversité
de la société politique et civile, le consensus politique qui implique des choix politiques a
pour principales valeurs d’altérer l’usage de la violence (1) et d’être une arme de conciliation
1112
LAGROYE (J.), FRANÇOIS (B.) et SAWICKI (F.), Sociologie politique, 5ème édition revue et mise à jour,
Paris, Presses des Sciences politiques et Dalloz, 2006, p. 104.
1113
Selon le Pr Charles Y. DJREKPO : « On pense à tort qu’en Afrique précoloniale, il n’y avait aucune forme
de consensus dans les prises de décisions, que des monarques sanguinaires faisaient la loi et régnaient sans
partage sur les peuples africains. D’éminents chercheurs ont montré que… le consensus était recherché
notamment à la base. Si au sommet de la pyramide du pouvoir il y avait des rois, ceux-ci avaient, dans bien des
pays, mis en place des institutions de sondage de l’opinion des gouvernés pour que compte en soit tenu dans la
prise des décisions »
1114
MENOUNI (A.), « L’alternance et la continuité de la politique de l’État. Cas des États-Unis, de la Grande-
Bretagne et de la France », RFSP, volume 36, n° 1, février 1986, p. 96. Ce qui à l’évidence sous-entend que
l’alternance en tant que critère déterminant d’un système politique démocratique ne peut que s’inscrire dans la
nouvelle dynamique institutionnelle. Elle ne saurait ébranler, ni même remettre nullement en cause les
fondements d’un système politique.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 315
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
et de promotion de valeurs, en rupture avec l’ordre ancien, qui permet de légitimer le nouveau
mode d’organisation politique de la société1115 (2).
1. Le consensus politique comme vecteur de conciliation
Le Professeur Luc SINDJOUN, percevait le consensus, comme l’acceptation d’un
changement politique, d’une transition qui marque le passage de l’autoritarisme à la
démocratie par l’adoption soit d’une nouvelle Constitution, soit la réécriture de l’ancienne
Constitution prenant en compte les aspirations nouvelles des sociétés politiques et civiles
africaines francophones1116. Mais dans la théorie constitutionnelle, le consensus politique
renvoie au « consensualisme » qui désigne une culture publique qui privilégie la recherche et
l’accord des acteurs dans la prise de décision dans une société démocratique. Le choix opéré
en faveur de la démocratie pluraliste a fait du consensus politique un critère fondamental
permettant aux acteurs politiques de parvenir à un accord sur l’établissement des institutions
et du droit tout en excluant l’usage de la violence1117.
Le consensus politique, perçu comme le fruit d’un exorcisme1118, traduit la volonté
de transcender les oppositions et les clivages dans une perspective de coexistence consistant à
préserver les principes de liberté et d’égalité. Il va de soit qu’en tant qu’acte de compromis, le
consensus politique implique tous les acteurs significatifs du jeu politique. Il vise à faire
reposer le jeu politique sur un socle, la Constitution comme norme référentielle susceptible de
promouvoir et d’assurer la stabilité de l’État et surtout d’encadrer la dynamique du jeu
politique en évitant tout recours à la violence. À cet effet, l’exemple du Bénin parait être
illustratif. Pour tenter de restaurer l’ordre et la légitimité, les participants à la conférence
1115
Voir DUVERGER (M.) et BURDEAU (G.), in Le consensus, Pouvoirs, n° 5, 1978 ; voir également
PACTET (P.), MÉLIN-SOUCRAMANIEN (F.), Droit constitutionnel, Paris, Sirey, 30 ème édition, 2011, p. 31-
32 ; CABANIS (A.) et MARTIN (M. L.), Le constitutionnalisme de la troisième vague en Afrique francophone,
Louvian-La Neuve, Bruylant-Academia, 2010, p. 7.
1116
SINDJOUN (L.), « Les pratiques sociales dans les régimes politiques africains en voie de démocratisation :
hypothèses théoriques et empiriques sur la « paraconstitution » », in Massimillano MONDELLI, (sous la
direction de), Les défis de l’État en Afrique : Édition internationale, Paris, L’Harmattan, 2007, Centre de
Recherche et de Formation sur l’État en Afrique, p. 59.
1117
RIVERO (J.), « Consensus et légitimité », Pouvoirs, n° 5, 1978, p. 660 et suivantes ; PACTET (P.), MÉLIN-
SOUCRAMANIEN (F.), Droit constitutionnel, Op. cit., p. 31 et 32.
1118
Voir VELLEY (S.), Histoire constitutionnelle française de 1789 à nos jours, 3ème édition, Paris, Ellipses,
2009, 210 p.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 316
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
nationale ont fait prévaloir le vote consensuel dans la mise en place des institutions de
transition qui a, non seulement permis de mettre fin à la violence, mais aussi d’élaborer la
Constitution de 1991.
Par contre, le refus des pouvoirs en place, dans certains États de négocier une sortie
de crise pacifiée a, au moment du mécontentement populaire, accentué les tensions et
provoqué un renversement des pouvoirs par les armes1119. Au Togo par exemple, l’absence de
compromis causé par le sabotage de la conférence nationale par le pouvoir en place a
considérablement fragilisé la cohésion nationale. Perçu comme un refus de parvenir à un
accord politique avec l’opposition, le défaut de consensus a accentué la répression des
manifestations de l’opposition1120 et renforcé les clivages au sein de la société togolaise.
Le consensus a donc assurément favorisé le recours au dialogue et au compromis
comme un moyen pacifique de parvenir au renouvellement du dispositif juridique par un
constitutionnalisme intégrant les éléments de la démocratie pluraliste. En créant un cadre
propice au dialogue, il est devenu non seulement un instrument de valorisation de la tolérance,
mais plus encore une arme, un moyen qui rassemble les différents groupes sociaux autour des
fondements de la société démocratique. Jacques LAGROYE, Bastien FRANÇOIS et Frédéric
SAWICKI remarquent à cet effet que la volonté des forces politiques émergentes de
construire un État démocratique a favorisé un cadre de discussion faisant du consensus
politique une arme de conciliation et de promotion de valeurs1121. Il est d’autant plus
nécessaire en période d’intérim qui est une période de crise, dans la mesure où il crée un
espace politique au sein duquel les intérêts et les convictions des formations politiques et
groupes sociaux s’expriment dans le respect d’un cadre institutionnel préétabli.
1119
CONAC (G.), « Les processus de démocratisation en Afrique », in Gérard CONAC, (sous la direction de),
L’Afrique en transition vers le pluralisme politique, Op. cit., p. 31 et suivantes.
1120
El Hadj Omar DIOP, « Autopsie d’une crise de succession constitutionnelle du chef de l’État en Afrique.
L’expérience togolaise (5-26 février 2005) », Politeia, n° 7, 2005, p. 119 ; Voir également SOGLO (Claude
Komi), « Les hésitations au Togo : les obstacles à la transition », in Henry ROUSSILLON, (sous la direction de),
Lesnouvelles constitutions africaines : la transition démocratique, Op. cit., p. 177. Toutefois, il est à préciser que
pour les élections législatives de 2009, un accord a été trouvé entre l’opposition et le pouvoir en vue d’un climat
politique apaisé et d’une élection crédible et transparence.
1121
Voir LAGROYE (J.), FRANÇOIS (B.) et SAWICKI (F.), Sociologie politique, 5ème édition, Paris, Presses
de Science po et Dalloz, 6ème édition revue et augmentée, 2012, p. 454 et suivantes. Ces auteurs soutiennent que
l’institutionnalisation de formes de relation, à la fois conflictuelles impose, pour la codification des dispositifs et
règles, l’adoption d’un nouveau vocabulaire faisant de la concertation la base de tout compromis politique qui
assure la légitimité de tout système politique et le changement de régime politique institutionnalisant un nouveau
style d’action politique et de gouvernement, p. 554 et suivantes.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 317
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
C’est dire que le consensus en tant que processus aboutissant au fondement de l’ordre
social, a pour objectif de « parvenir à un pacte, à un contrat social capable de préserver
l’intérêt commun exprimé par la volonté générale »1122. Elle implique la capacité des acteurs
politiques à trouver, à travers les institutions étatiques, des solutions consensuelles sur des
questions vitales pour la nation comme l’organisation des élections et la préservation des
droits de l’opposition1123. C’est en cela seul que le consensus politique transforme les
nouvelles Constitutions des transitions démocratiques en un instrument juridique accepté par
tous et qui encadre la conquête et l’exercice du pouvoir.
Au-delà d’être un vecteur, une arme de conciliation, le consensus politique c’est
imposé comme fondement de l’autorité des gouvernants.
2. Le consensus politique comme fondement de l’autorité des
gouvernants
Présenté comme « un accord au sein d’un groupe, d’un parti, d’une nation…qui se
fait entre la plupart des membres, expressément ou tacitement, sur l’action à mener, la
politique à suivre, l’échelle des valeurs admises… »1124, le consensus politique réalisé a pour
conséquence principale d’introduire de nouveaux modes de dévolution et d’exercice de
pouvoir, fondés sur le respect des règles constitutionnelles. Ainsi, « à partir du moment où
les acteurs du jeu politique, tous ensemble, ont accepté de s’ouvrir au pluralisme et à la
démocratie libérale, le consensus devient le cadre fondateur des pouvoirs
institutionnels »1125. En effet, le consensus politique, s’attachant à la définition de la forme
du pouvoir et surtout à son mode d’exercice, ne peut prévaloir que lorsque les acteurs
politiques en présence s’engagent à respecter les valeurs qui fondent tout système politique
1122
ETEKOU BEDI (Y. S.)l’alternance démocratique dans lesétats d’Afrique francophone, thèse docteur en
droit public, Université Paris-Est /Université De Cocody-Abidjan décembre 2013. P. 62.
1123
TSAKADI (Komi), « Quel statut pour l’opposition politique en Afrique et quelles perspectives face aux
conflits ethno-politiques », Op. cit., p. 392.
1124
Voir Le Lexique de politique, [Link]. p.106. Voir aussi DE VILLIERS (M.) et LE DIVELEC (A.),
Dictionnaire de droit constitutionnel, Sirey, 8è édition, 2011. Selon ces auteurs, le consensus est une procédure
qui consiste à dégager un accord sans procéder à un vote formel, ce qui évite de faire apparaitre les objections et
les abstentions.
1125
ETEKOU BEDI (Y. S.), l’alternance démocratique dans les Etats d’Afrique francophone, thèse de doctorat
en droit public, cotutelle, université Paris-Est/ université de Cocody-Abidjan, 2013, p.51.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 318
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
démocratique. Par-là, il permet d’établir l’autorité et la légitimité des gouvernants sur une
base consensuelle issue de l’acceptation des règles du jeu politique et électorales et leur fonde
à demander l’obéissance des gouvernés sur une autre base que la raison du plus fort.
Dès lors, le consensus politique apparaît digne d’intérêt dans un contexte politique
largement influencé par des pouvoirs néo-patrimoniaux. Favorable à une reconstruction, le
consensus politique apparaît clairement donc comme le seul élément à même de promouvoir,
sur la base de règles de jeu politique, la Constitution comme la norme juridique de référence
dans l’Etat.
Les gouvernants, dès lors, issus d’un processus voulu et accepté par tous, jouissent
d’une autorité que leur accorde la norme fondamentale en tant que norme suprême. Elle fonde
par conséquent, au-delà de leur légitimité, leur autorité. Cela suppose donc que la majorité au
pouvoir a un droit de gouverner, un droit qui implique la soumission des toutes les institutions
de toutes les forces politiques et civiles au pouvoir. Cependant, ce droit reconnu aux autorités
de gouverner leur impose« une obligation (…) de se conformer, dans une perspective de
stabilité institutionnelle et de consolidation du processus démocratique, au consensus
politique »1126. A cet effet, le consensus politique perçu comme expression de valeurs
fondatrices du nouvel ordre politique et social, commande le respect des idéaux qui ont
présidé à l’adoption de la Constitution.
En fin de compte, il apparait clairement que « le consensus politique, en tant que
norme supraconstitutionnelle, étant au-dessus des partis politiques, représente la première
limite impersonnelle qui légitime le processus démocratique et l’alternance démocratique
; il apparaît comme une variante fondamentale dans la construction d’un système
politique démocratique »1127. Ainsi, dans la mesure où il permet un accord sur les valeurs
fondatrices de l’État, il ne peut qu’induire un respect de la norme constitutionnelle dont la
revitalisation est susceptible d’assurer en perspective une promotion de l’alternance
démocratique.
1126
Ibid. p.67.
1127
Ibid. p.51.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 319
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
B. Les conditions de réalisation du consensus politique
Léo HAMON, dans son article intitulé « Nécessité et condition de l’alternance»1128,
a donné trois conditions sur lesquelles le consensus politique doit porter : l’assurance d’un
ticket de retour qui traduit la possibilité pour des formations politiques qui quittent le pouvoir
après un échec électoral, de revenir au pouvoir en cas d’élections favorables (1); l’exercice
d’un pouvoir limité qui veut que les partis politiques qui accèdent au pouvoir se soumettent à
l’exigence de la limitation du pouvoir donc à l’acceptation de l’alternance(2) ; et enfin
l’accord sur les institutions qui fera l’objet d’un examen ultérieur.
1. L’assurance d’un ticket retour : la limitation de mandat
La limitation des mandats présidentiels constitue un des mécanismes phares du
nouveau constitutionnalisme africain. En général, les constitutions Africaines reconnaissent
d’importantes prérogatives au président de la république et en retour une faiblesse des
mécanismes prévoyant l’engagement de sa responsabilité. Cette situation a sans doute
influencé le constituant dans l’élaboration des clauses limitatives du nombre et de la durée des
mandats présidentiels.
La limitation du mandat est donc devenue un important facteur d’alternance
démocratique c’est-à-dire le transfert du pouvoir de la majorité vers l’opposition à la suite
d’une élection remportée par cette dernière. Dans le document qu’il a publié en 2009 sur la
limitation du nombre de mandats présidentiels en Afrique, le Centre pour la Gouvernance
Démocratique affirme que « la limitation du nombre de mandats présidentiels a pour
principal effet de favoriser la circulation des élites, y compris au sein du parti au
pouvoir»1129. En effet, la limitation à deux du nombre de mandats que peut exercer un
Président est de nature à favoriser le renouvellement de l’élite dirigeante et à permettre à
d’autres citoyens compétents issus du parti au pouvoir ou des partis politiques de l’opposition
d’accéder à la fonction présidentielle. Les tenants de la limitation du nombre de mandats
1128
HAMON (L.), « Nécessité et condition de l’alternance », in Pouvoirs, n°1, 1977, p.19-43.
1129
CGD, « la limitation du nombre de mandats présidentiels en Afrique : le cas du Burkina Faso », consultable
sur [Link], 2009. Cité par SOMPOUGDOUOUEOGUIN (J.-M.), L’alternance démocratique dans les
constitutions des Etats de l’Afrique noire francophone: cas du Bénin, du Burkina Faso et du Sénégal,thèse
précitée. P.89.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 320
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
présidentiels invoquent de façon constante la sagesse selon laquelle « la nature humaine est
telle qu’on ne peut faire confiance à un homme qui a occupé longtemps, continûment un
poste important de responsabilité ».1130
En outre, au-delà du fait qu’elle permet d’assurer des successions plus ouvertes et
pacifiques, la limitation du nombre et de la durée des mandats présidentiels corrige les dérives
autoritaires et clientélistes. Il ne fait aucun doute que dans les pays où la règle de limitation
des mandats est appliquée, la compétition électorale prend de l’ampleur dans la mesure où elle
se déroule avec des candidats à armes égales. Malheureusement, au Cameroun, la loi N°
2008/001 du 14 avril 2008 modifiant et complétant certaines dispositions de la loi n° 96/06 du
18 janvier 1996 portant révision de la constitution du 02 juin 1972 va lever le verrou de la
limitation du mandat en proclamant en son article 6 alinéa 2 (nouveau) que « Le Président de
la République est élu pour un mandat de sept (7)ans. Il est rééligible ». cette disposition,
adoptée sans consensus vient remettre en cause les acquis démocratiques issus du mouvement
de démocratisation de la société camerounaise en constituant un frein à la l’alternance
dé[Link] Président sortant, comme observé dans certains Etats a généralement
tendance à utiliser les moyens de l’appareil d’Etat pour s’assurer une réélection automatique
et se maintenir ad vitam aeternam au pouvoir.
2. La limitation du pouvoir des gouvernants
La limitation du pouvoir traite particulièrement de la problématique de l’Etat
de [Link] concept « traduit une certaine vision du pouvoir, forgé au fil de l’histoire de
l’occident et qui apparaît comme inhérente à la conception libérale de l’organisation
politique: donnant à voir un pouvoir limité parce qu’assujetti à des règles, il implique que
lesgouvernants ne soient pas placés au-dessus des lois, mais exercent une fonction
encadrée et régie par le droit. (…) L’Etat de droit (est devenu) la caution de la légitimité de
tout pouvoir»1131. L’État de droit est un concept fondamental en droit constitutionnel qui se
réfère à l’idée que l’Etat et ses agents sont soumis à la loi et que tous les citoyens sont égaux
1130
Voir PETRACCA (M. P.) cité par le Pr. LOADA (A.) dans l’article intitulé « la limitation du nombre de
mandats présidentiels en Afrique francophone », in Revue électronique Afrilex, n°03/2003.p.150, [Link].u-
[Link].
1131
Dictionnaire des droits de l’homme, p. 388.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 321
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
devant la loi. Cela signifie que personne n’est au dessus de la loi et que toutes les actions du
gouvernement doivent être conformes à des règles préétablies. Il implique également le
respect des droits fondamentaux des individus. L’État de droit se réalise donc par la
soumission du pouvoir politique au droit. Une fois la Constitution établie et les organes
habilités à créer du droit institués, il s’agit, pour le pouvoir politique, de respecter l’ordre
juridique afin de préserver la cohérence du système constitutionnel et politique. L’État de
droit s’inspire de la volonté d’encadrer le rôle de l’État afin de limiter sa puissance et de lutter
contre l’arbitraire.
En effet, dans un système démocratique, l’Etat de droit est essentiel pour assurer des
élections libres et équitables. Lorsque les citoyens ont confiance dans le fait que les lois
électorales seront respectées et que les résultats seront justes, ils sont plus enclins à accepter
les résultats des élections, même s’ils ne sont pas ceux qu'ils espéraient. De plus, l’état de
droit garantit que tous les acteurs politiques sont soumis aux mêmes règles lors des
campagnes électorales, ce qui favorise un environnement propice à la compétition politique
équitable. Cela permet également de prévenir la fraude électorale et les abus de pouvoir, ce
qui renforce la légitimité des processus électoraux.
La limitation du pouvoir à laquelle aspire l’État de droit s’obtient ici par un
effacement de l’État, par la promotion de la liberté d’exercice des activités sociales selon la
règle du non-interventionnisme étatique. Cette règle en constitue un fondement essentiel mais
non exclusif qui trouve dans la notion des droits de l’homme et dans le concept de
démocratie, deux autres modes de limitation du pouvoir de l’État.
In fine, Les gouvernants doivent exercer leurs fonctions tout au long du mandat qui
leur est confié dans le respect de la constitution et de toutes les lois en vigueur. A cet effet, ils
peuvent faire l’objet d’un contrôle aussi bien par le juge que le parlement.
Paragraphe II : l’existence d’une culture démocratique
L’existence d’une culture démocratique au sein des formations politiques en
compétition et d’une opinion publique avertie est manifestée aussi bien par l’exigence du
pluralisme politique (A) que par l’implication des acteurs sociaux (B).
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 322
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
A. L’exigence du pluralisme politique
Il sera examiné tour à tour la signification de la notion de pluralisme politique (1) et
ses manifestations (2).
1. La signification du pluralisme politique
L’examen de la définition du pluralisme politique contraint de séparer au préalable les
deux termes avant de les assembler. Ainsi, en considérant d’abord le pluralisme, la notion
renvoie à l’idée de diversité. Ainsi, parle-t-on par exemple de pluralisme juridique qui
suppose l’existence de règles relevant de plusieurs ordres juridiques (droit écrit, droit
traditionnel par exemple)1132. De même, on évoque le pluralisme culturel pour marquer la
diversité des manifestations intellectuelles, des valeurs, des manières d’écrire et de penser
propre à un groupe de personnes, ou à une nation, qui s’acceptent, s’opposent et cohabitent au
sein d’un même pays. Il y a à la base de la notion de pluralisme, l’affirmation à la fois de la
liberté d’opinion et de croyance mais aussi un « système qui enracine cette liberté dans sa
structure sociale »1133. Le pluralisme se distingue ainsi de l’unicité, de l’uniformité, de
l’unique ou de l’unifié. Ainsi identifié, le pluralisme, lié au politique, désigne un système qui
accepte l’existence et l’exercice de la libre expression des différents courants d’idées
politiques1134, en particulier la reconnaissance des différents partis politiques. C’est d’ailleurs
le sens que le juge constitutionnel français1135 et la doctrine1136 donnent à cette notion.
En résumé, le pluralisme politique est un concept qui désigne la coexistence de
différentes idéologies politiques, partis politiques et groupes d’intérêts au sein d’une société.
1132
SOW SIDIBE (A.), Le pluralisme Juridique en Afrique. L’exemple du droit successoral sénégalais, Paris,
L.G.D.J. 1991, 383 p.
1133
BURDEAU (G.), Traité de science politique. T. VII, p. 559, Paris, L.G.D.J., 1973, 671 p.
1134
WALZER (M.), Pluralisme et démocratie, Paris, Editions Esprit, 1997, p.160.
1135
Voir les décisions suivantes : n°79-104 DC du 23 mai 1979, « Territoire de Nouvelle-Calédonie », Rec. pp.
27-30, n°8l-129 DC des 30 et 31 octobre 1981, « Loi portant dérogation au monopole d’Etat de la
radiodiffusion », Rec. pp. 35-38 ; n°81-141 DC du 27 juillet 1982, « Loi sur la communication audiovisuelle »,
Rec. pp. 48-51 ; n°84-181 DC des 10 et 11 octobre 1984, « Entreprises de presse », Rec. pp. 78-93 ; n°86- 217
DC du 18 septembre 1986, « loi relative à la liberté de communication », Rec. pp. 141-161 ; n'88-242 DC du 10
mars 1988, « Loi organique relative à la transparence financière de la vie politique », Rec. pp. 36 ; n°89-271 DC
du 11 janvier 1990, « Loi relative à la limitation des dépenses électorales et à la clarification du financement des
activités politiques », Rec. pp. 21-26.
1136
ETIEN (R.), « Le pluralisme : objectif de valeur constitutionnelle », Revue administrative, n°233, septembre
1986, pp. 458-462 ; PAVIA (Marie-Luce), « L’existence du pluralisme, fondement de la démocratie », Revue
administrative, n°256, juillet-août 1990, pp. 320- 331.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 323
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Il repose sur le principe de la diversité des opinions et des choix politiques, et sur la
reconnaissance de la légitimité de ces différentes perspectives. Le pluralisme politique est
considéré comme un élément essentiel de la démocratie, car il permet la représentation et
l’expression des différentes voix et visions au sein de la société. Il favorise également la
concurrence politique, la responsabilité des gouvernants et la participation citoyenne. En
somme, le pluralisme politique est un pilier fondamental de toute société démocratique, car il
garantit la liberté d’expression et le droit à la diversité politique. La signification ayant ainsi
été donnée, il ne reste plus qu’à montrer les manifestations du pluralisme politique au sein de
la société, et notamment en matière électorale.
2. Les manifestations du pluralisme politique
D’entrée de jeu, soulignons que le pluralisme politique se manifeste à travers la
présence de multiples partis politiques qui représentent une variété d’opinions et de positions
sur les questions politiques et sociales. Ces partis politiques participent à des élections libres
et équitables, où les citoyens ont la possibilité de choisir parmi différentes options politiques.
Dans ce sens, le pluralisme politique peut s’analyser sous un double point de vue qualitatif et
quantitatif.
Sur le plan qualitatif, le pluralisme politique renvoie à l’efficience. Autrement dit, à la
façon dont il est vécu, du rapport entre ses objectifs et ses résultats, de la liberté d’exercice
des partis politiques. Dès lors, il est possible de parler, mutatis mutandis, de pluralisme parfait
ou imparfait1137. Sur le plan quantitatif, il s’agira de constater l’existence et la reconnaissance
du nombre de partis politiques; on parlera alors soit du bipartisme, soit du multipartisme.
Le bipartisme politique est un système dans lequel deux partis politiques dominent la
scène politique et obtiennent la majorité des votes et des sièges au parlement. Ce système est
souvent caractéristique des systèmes politiques tels que ceux des États-Unis et du Royaume-
Uni, où les partis démocrate et républicain, ou conservateur et travailliste, sont les principaux
acteurs politiques. Le bipartisme peut avoir des avantages, tels que la stabilité politique et la
clarté pour les électeurs quant aux choix politiques. Cependant, il peut également conduire à
1137
LAVAU (Georges), « Le parti communiste français et le pluralisme imparfait en France » in SEURIN Jean-
Louis (sous la dir. de), La démocratie pluraliste, pp. 225-241. Paris Economica, 1981, 322 p.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 324
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
une polarisation politique et à une réduction des options disponibles pour les citoyens.
Certains critiques soutiennent que le bipartisme limite la diversité des opinions et des idées, et
qu'il peut favoriser un manque de représentation pour les minorités politiques. Ils plaident en
faveur d'un système plus pluraliste, où une plus grande variété de partis politiques peuvent
participer activement au processus politique.
Le multipartisme pour sa part est un système politique dans lequel plusieurs partis
politiques ont la possibilité de participer activement au processus politique et de concourir
pour les votes et les sièges au parlement ou à la magistrature suprême. Contrairement au
bipartisme, le multipartisme permet une plus grande diversité d’opinions et de représentation
politique, car il offre aux citoyens un plus large éventail d’options politiques. Les avantages
du multipartisme incluent une représentation plus diversifiée des opinions et des idées
politiques, ainsi qu’une plus grande inclusion pour les minorités politiques. De plus, cela peut
encourager le compromis et la coopération entre les différents partis politiques, ce qui peut
conduire à des politiques plus nuancées et équilibrées. Cependant, le multipartisme peut
également entraîner une instabilité politique, des coalitions fragiles et des difficultés à former
un gouvernement majoritaire. De plus, il peut rendre plus difficile pour les électeurs de
comprendre et de choisir parmi un grand nombre de partis politiques et de programmes.
Quoi qu’il en soit, ces deux approches du pluralisme politique concourent au
renforcement des acquis démocratique et favorisent l’alternance au sommet de l’Etat.
B. L’implication des acteurs sociaux
L’ancrage du processus démocratique dans un Etat ne peut se faire sans une
contribution réelle de la population. Une participation active des citoyens à la vie politique
aide à mieux asseoir les bases de la démocratie dans un Etats ; car aujourd’hui, il est difficile
voire impossible de gouverner sans tenir compte de la voix du peuple, notamment dans les
nations démocratiques et celles en voie de démocratisation. C’est pourquoi la participation de
la société civile aux échéances électorales (1) et l’existence d’une presse libre et indépendante
(2), sont des dynamiques qui favorisent la réussite des transitions vers la démocratie.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 325
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
1. La participation de la société civile
L’alternance au sommet de l’Etat ne peut se réaliser que grâce à l’existence de
conditions minimales parmi lesquelles l’adhésion des acteurs aux règles de civisme
constitutionnel et démocratique. Il s’agit précisément de donner la possibilité aux peuples
dont la conscience civique et politique est désormais élevée, de choisir réellement leurs
gouvernants et de les sanctionner, au moyen de l’urne. En effet, la participation aux élections
dans la démocratie est la forme la plus naturelle de la participation politique. Une forte
participation électorale est un gage de bon fonctionnement des institutions. Elle conforte la
légitimité des élus et traduit la confiance des citoyens dans le processus électoral. Ainsi donc,
la participation électorale se présente comme l’une des plus importantes formes de
participation politique du peuple1138. Le degré de participation électorale des citoyens est le
premier paramètre d’appréciation de l’intérêt que les citoyens portent à la vie politique.
Depuis l’avènement du pluralisme politique en Afrique et au Cameroun en particulier
consécutif au mouvement de démocratisation des sociétés Africaines dans les années 1990,
Les populations camerounaises s’intéressent de plus en plus à la chose électorale car elles ont
pris conscience de l’utilité de l’acte de vote. La base juridique et constitutionnelle de cet
engagement politique du citoyen camerounais réside dans les dispositions de l’article 2 de la
loi constitutionnelle du 18-01-1996 en ses alinéas 2 et 3 qui proclament que « Les
autoritéschargés de diriger l’Etat tiennent leurs pouvoirs du peuple par voie d’élections au
suffrage universel direct ou indirect, (…). Le vote est égal et secret ; y participent tous les
citoyens âgés d’au moins vingt (20) ans ». Ainsi, depuis l’adoption de cette loi
constitutionnelle dite démocratique, les élections se tiennent régulièrement tous les sept ans
qui représente la durée du mandat. Cela montre que les élections sont devenues un pertinent
objet d’étude pour reprendre l’expression de Céline THIRIOT1139.
Cependant, cet engouement pour les élections et notamment leur régularité n’ont pas
pour le moment conduit à d’importants changements du personnel politique, et plus
1138
La participation électorale présente trois caractéristiques fortes : en premier lieu, elle est individuelle, ensuite
elle se caractérise par la régularité de sa réitération et enfin par le fait qu’elle a force de droit voir,
PERRINEAUD (P.) et REYNIE (D.) (Sous dir.), Dictionnaire de vote, PUF, p.274.
1139
THIRIOT (C.), « Les élections, un objet scientifique pertinent », in Afrique contemporaine, n°239.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 326
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
spécialement à des alternances démocratiques au pouvoir pour diverses raisons, dont les
principales demeurent le manque de sincérité et de transparence dans le jeu politique. Bien
plus grave, il y a un problème au niveau de la qualité de la participation électorale lorsque le
vote ne repose pas sur des mobiles objectifs notamment sur des programmes proposés par les
candidats mais plutôt sur la satisfaction d’intérêts personnels et immédiats. Dans ce cas,
l’électeur accorde sa voix au candidat non pas par conviction mais par souci de la satisfaction
immédiate d’un intérêt personnel. Cela peut se justifier soit par la corruption voire le manque
de transparence dans le jeu politique, soit par la prégnance de l’ethnicité1140 dans la conquête
du pouvoir comme c’est grandement observé dans l’environnement politique camerounais.
Par ailleurs, lorsqu’on compare les taux de participation électorale avec la taille de la
population nationale, il reste notoirement faible. A titre d’illustration, Au Cameroun lors de la
dernière élection présidentielle tenue en 2018, environ six millions six cent mille (6.600.000)
seulement d’électeurs étaient inscrits sur les listes électorales et seulement environ trois
millions cinq cent mille (3.500.000) votants, pour une population nationale qui en compte
près de trente millions.
Comme le souligne Salif YONABA1141 une telle situation est de nature à mettre en
doute la légitimité du personnel politique désigné. C’est donc une des équations à résoudre si
l’on veut convaincre ceux qui sont sceptiques vis-à-vis des processus démocratiques africains
qu’il y a une véritable prise de conscience et une certaine maturité des peuples par rapport aux
enjeux électoraux. Autrement dit, l’alternance démocratique au pouvoir dans le contexte
Camerounais comme le signe d’un progrès démocratique, reste un véritable défi, un idéal à
atteindre, du fait de la faible et de la mauvaise implication du peuple dans la participation
politique.
1140
L’enjeu de pouvoir que représentent les identités ethniques est un aspect important, complexe et controversé
de la compétition politique partisane dans les États de l’Africain. Au Cameroun par exemple, des partis
politiques se sont formés, existent et agissent parfois selon les affinités ethniques. En matière électorale,
l’ethnicisme partisan se manifeste par le vote ethnique. Ainsi, très souvent chaque chef de parti fait le plein de
voix au niveau de son ethnie, au plus dans sa région d'origine.
1141
YONABA (S.), Sur les institutions politiques et juridiques du Burkina Faso : réflexions à partir de quelques
thématiques, 2016, Coll. Recueil de publications de l’UFR/SJP, p.207.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 327
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
2. La présence d’une presse libre et indépendante
Depuis les années 1990, les Etats africains se sont engagés à faire évoluer la situation
des libertés en adhérant et/ou en ratifiant les instruments juridiques internationaux1142,
régionaux1143 et nationaux relatifs aux libertés d’expression, d’opinion et des médias. Une
presse libre et indépendante s’est imposée comme un vecteur crucial dans le processus
électoral en fournissant aux citoyens des informations objectives et équilibrées sur les
candidats, les enjeux et les propositions politiques. Il est un truisme que l’Afrique connaît
aujourd’hui une libération de la parole grâce au renouveau démocratique, libération accentuée
par une prolifération des médias, des journaux écrits ou télévisés, et plus encore des réseaux
sociaux. Cette situation a contribué à la formation d’une opinion publique qui certes, n’est pas
un contre-pouvoir1144 au sens scientifique mais ne contribue pas moins au contrôle citoyen de
l’action publique. Considérée comme le moteur de la démocratie libérale, l’opinion publique
n’est pas un phénomène nouveau. Le concept remonte au XVIIIè siècle et se définit comme «
l’agrégation de l’ensemble des attitudes individuelles, des jugements et des convictions de la
majorité de la population adulte d’une société donnée»1145. Pour Jean-Marie DENQUIN,
l’opinion publique est un phénomène social, collectif, porté par le groupe en tant que distinct
des individus. Elle ne se réduit pas à la somme des opinions individuelles mais est le fruit
d’un processus d’élaboration et de cristallisation. Spontanée, elle peut néanmoins s’avérer
sensible à diverses manipulations1146.
1142
Au rang de ces instruments, l’on peut citer : la Charte de l’Organisation des Nations unies qui proclame la foi
des peuples dans les droits fondamentaux ; la Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre
1948 qui proclame la liberté d’expression (article 19) et le droit de prendre part à la gestion des affaires
politiques de son pays (article 20) ; le Pacte international relatif aux droits civils et politiques du 16 décembre
1966 et les protocoles facultatifs s’y rapportant qui disposent que tout citoyen….a le droit et la possibilité de
participer directement ou par l’intermédiaire de représentants librement choisis, à la direction des affaires
publiques de son pays.
1143
Il s’agit ici de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples de 1981, ratifiée par tous les Etats
africains qui insiste également sur le droit de tous les citoyens à participer à la direction des affaires de leurs pays
de manière directe ou indirecte.
1144
Voir HOURQUEBIE (F.), « Le contre-pouvoir, enfin connu : pour une analyse de la démocratie
constitutionnelle en terme de contre-pouvoirs », Mélanges en l’honneur de Slobodan MILACIC, Démocratie et
Liberté : tension, dialogue, confrontation, 2008, p.114.
1145
Extrait d’un article de Wikipédia sur l'encyclopédie libre ([Link]
1146
Voir DENQUIN (J.- M.), « Volonté générale, opinion publique, représentation », in Jus Politicum, n°10,
http//[Link]/article/volonte-generale-opinion [Link].
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 328
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Les fonctions principales de la presse en matière électorale sont entre autre :
Informer les citoyens, c’est-à-dire leur fournir des informations factuelles et objectives sur les
candidats, leurs programmes, leurs antécédents et leurs déclarations. Cela permet aux
électeurs de prendre des décisions éclairées lorsqu'ils se rendent aux urnes. Ensuite contrôler
le pouvoir en surveillant les actions des politiciens et en les tenant responsables de leurs
promesses électorales. Cela contribue à prévenir la corruption et les abus de pouvoir. Une
presse libre et indépendante permet également de promouvoir le débat démocratique, en
offrant une tribune aux différentes opinions et en couvrant les débats politiques. Elle favorise
de ce fait un dialogue ouvert et inclusif entre les citoyens, les partis politiques et les candidats.
Enfin, la presse libre et indépendante permet de lutter contre la désinformation et les fausses
nouvelles qui peuvent influencer négativement le processus électoral.
Une presse libre et indépendante se présente alors comme un pilier essentiel de la
démocratie. Elle permet la formation d’une conscience collective, l’émergence d’un espace
public à l’échelle d’un pays. La diffusion de l’information conduit à relier des individus
séparés par une distance géographique mais aussi des différences sociales, culturelles ou
idéologiques. Elle s’avère donc une voie nécessaire à l’édification de la communauté
politique.
Cependant, malgré le rôle joué par la presse lors des transitions démocratiques,
notamment en aidant à ramener les décisions des institutions au niveau des citoyens moyens,
elle a fait et continue de faire par endroit les frais de la répression systématique de régimes
vieillissants et de dirigeants qui s’accrochent au pouvoir. Selon Jean-François JULLIARD,
responsable de l’information de Reporters sans frontières, « La presse est victime de
l’immobilisme politique et de l’autoritarisme. Ces Chefs d’Etat, toujours plus intolérants
envers la presse indépendante ou d’opposition, mettent tout en œuvre pour garder la
mainmise sur l’information. Qu’ils utilisent la manière forte, comme au Zimbabwe, ou des
procédés plus insidieux, comme au Gabon ou au Rwanda. Alors qu’ils ont déjà souffert,
depuis le début des années 90, de l’obstination des journaux indépendants à prôner
l’alternance démocratique, tous freinent des quatre fers, aujourd’hui, devant la
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 329
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
libéralisation du secteur audiovisuel»1147. Ainsi, la presse est soumise à de fortes pressions,
de la part de leurs responsables ou des représentants du gouvernement. Pourtant, il est
reconnu que la bonne santé de la presse et son pluralisme témoignent d’une société saine où
l’information, plus facilement accessible, favorise la construction d’une meilleure conscience
politique et sociale, donc d’une nouvelle citoyenneté.Cette situation fait que dans de
nombreux pays africains, les radios et télévisions d’Etat se montrent particulièrement dociles
et favorables aux dirigeants en place en période de campagne électorale à telle enseigne que la
qualité biaisée de l’information compromet assez fortement les chances de réalisation de
l’alternance démocratique.
Au final, pour une alternance crédible et réussit, l’intérimaire doit non seulement
maintenir des conditions politiques et sociales favorables, mais aussi créer un cadre juridico-
institutionnel adéquat pour la circonstance.
Section II : La création ou le maintien d’un cadre juridico-institutionnel
favorable
Il s’agira ici de présenter les mécanismes juridiques (paragraphe I) d’une part, et
institutionnelles (paragraphe II) d’autre de gestion du processus électoral.
Paragraphe I : l’établissement des mécanismes juridiques favorables
à l’organisation de l’élection présidentielle
Le cadre juridique d’organisation de l’élection présidentielle anticipée renvoie à
l’ensemble des lois, règlements et dispositions constitutionnelles qui régissent le processus
électoralet la transition du pouvoir politique d’un parti ou d’un candidat à un autre. Il s’agit
particulièrement des règles et des mécanismes qui encadrent l’alternance (A), et tout autre
aspect lié à la rotation du pouvoir entre différents acteurs politiques ; mais également les
mécanismes d’encadrement de l’opposition politique en tant que l’un des acteurs majeurs de
l’alternance (B).
1147
Extrait de l’introduction Afrique-Rapport annuel 2003 «La liberté de la presse : une question de volonté
politique », consultable sur [Link].
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 330
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
A. Les règles d’encadrement des élections
Les règles d’encadrement des élections sont fondamentales pour assurer une rotation
pacifique du pouvoir entre différents partis politiques. Elles visent à empêcher la
consolidation, voir la confiscation du pouvoir par un seul parti ou un seul leader. Ces règles
sont, pour les unes constitutionnelles et tiennent au principe de séparation des pouvoirs (1), et
pour les autres légales et portent sur l’édiction d’un code électorale consensuel (2).
1. La consécration constitutionnelle du Principe de séparation des
pouvoirs comme facteur de promotion de l’alternance démocratique
Le principe de séparation des pouvoirs apparaît comme l’une des plus belles
trouvailles du constitutionnalisme aussi bien classique que moderne. Cela tient au fait qu’il a
été érigée en principe fondamental du droit constitutionnel. Systématisée au XVIIIe siècle, la
paternité la théorie de la séparation des pouvoirs est généralement attribuée à Charles-Louis
de SECONDAT connu sous le nom de MONTESQUIEU1148. Cependant, il reste que l’origine
du principe remonte bien avant le Baron de Brède. ARISTOTE distinguait en la puissance
trois principales opérations : la délibération, le commandement et la justice1149. Cette
distinction posait déjà les jalons d’une théorie qui allait connaître un extraordinaire essor.
Toutefois, la distinction des formes d’activité des différents organes ne saurait être considérée
comme la base de la théorie de la séparation des pouvoirs, car comme le relève si bien
CARRÉ DE MALBERG « ce serait une erreur de vouloir faireremonter Jusqu’Aristote les
origines de la théorie de la séparation des pouvoirs»1150.
Le principe de la séparation des pouvoirs fut ensuite posé en Angleterre au cours de
la révolution puritaine au XVIIè Siècle1151 Ce fut sous le coup d’œil d’un homme de génie,
CROMWELL1152. Selon ESMEIN « CROMWELL, pour la constitution de son protectorat,
tenaitessentiellement à la séparation des pouvoirs avant tout à celle du pouvoir Exécutif et
1148
MONTESQUIEU, De l’Esprit des Lois, 1748, Tome I, Livre I, chronologie, introduction, bibliographie par
Victor Goldschmidt, GF Flammarion, paris, 1979 p. 294-295.
1149
CARRE DE MALBERG (R), Contribution à la théorie générale de l’Etat. Dalloz, Paris, Tome 2, 2004, p.2.
1150
Ibid. p.2.
1151
ESMEIN (A), Éléments de droit constitutionnel français et comparé, L.G.D.J., Paris, 2001, p .452.
1152
Ibid. p.452.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 331
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
dupouvoir législatif. Il ne tenait pas moins à l’indépendance du pouvoir judiciaire »1153. «
Mais après la Restauration, son œuvre et ses idées furent recouvertes par un oubli
profond», conclut ESMEIN1154. Cet oubli a permis à John LOCKE de proposer les
prémissesde la théorie de la séparation des pouvoirs. Les fondations de la théorie de la
séparation des pouvoirs dans les temps modernes sont attribuées à LOCKE1155. John LOCKE
soutient, à travers son œuvre1156 que le pouvoir doit être distribué entre plusieurs organes, de
manière à préserver la liberté. Sa pensée a été résumée par CARRE DE MALBERG en ces
termes «au fond, la doctrine de Locke se ramène donc à une simple théorie de
francheséparation des pouvoirs»[Link] parce qu’il prône une séparation entre les organes,
entre les puissances législatives et exécutives. S’il n’a pas élaboré une véritable théorie de la
séparation des pouvoirs, LOCKE a posé les bases qui ont inspiré MONTESQUIEU pour bâtir
une véritable théorie de la séparation des pouvoirs. Comme le relève si bien SAINT-GIRON «
d’un embryon, il a tiré un être arrivé à sondéveloppement et pourvu de tous ses
membres»1158. C’est ainsi que le nom de MONTESQUIEU est attaché à la théorie de la
séparation des pouvoirs1159.
La théorie de la séparation des pouvoirs est l’idée d’une organisation politique qui
évite la concentration de tous les pouvoirs aux mains d’une seule autorité Ainsi. Le renouveau
démocratique a permis à ce principe d’être opérationnel dans un environnement politique où
désormais l’omnipotence voire le monolithisme et l’immunité judiciaire totale des Chefs
d’Etats sont battus en brèche. Cette théorie joue un rôle crucial dans la limitation du pouvoir
des gouvernants, ce qui est essentiel pour assurer une alternance démocratique saine. En effet,
en garantissant que le pouvoir exécutif, législatif et judiciaire sont indépendants les uns des
autres, la séparation des pouvoirs empêche toute branche du gouvernement de monopoliser le
pouvoir et permet de limiter les risques de manipulation ou d’ingérence dans le processus
1153
Idem.
1154
Idem.
1155
CARRE DE MALBERG (R), Contribution à la théorie générale de l’Etat, [Link]., p.2.
1156
Traité du gouvernement civil publié en 1690 éd., GF FLAMMARION.
1157
CARRE DE MALBERG (R), Contribution à la théorie générale de l’État, Op. cit., p.3.
1158
SAINT-GIRON, Essai sur la séparation des pouvoirs dans l’ordre politique et administratif, Cité par
ESMEIN (A), Éléments de droit constitutionnel Op. cit., p.455.
1159
CARRE DE MALBERG (R), Contribution à la théoriegénérale de l’État, Op. cit.p.3.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 332
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
électoral. Elle permet également d’avoir des élections libres et équitables, en limitant les
risques de fraude ou d’abus de pouvoir de la part du gouvernement en place.
Le renforcement des institutions judiciaires et la création des juridictions
constitutionnelles vont contribuer à renforcer la crédibilité du processus électoral et favoriser
ainsi l’alternance démocratique au sommet de l’Etat. A titre de droit comparé, Ainsi, au
Bénin, la prééminence du Chef de l’Etat inscrite dans la Constitution de 1990 a trouvé en face
d’elle un contre-pouvoir juridictionnel redoutable incarné par la Cour constitutionnelle. Ce
qui a pu servir de rempart face aux velléités de certains acteurs d’empêcher toute perspective
d’alternance dé[Link], il serait bien utopique de penser que l’alternance est
possible sans l’adoption consensuelle des règles du jeu politique.
2. L’adoption consensuelle des règles du jeu électoral comme vecteur
de promotion d’une élection crédible
Le recourt au consensus participe au renforcement du dialogue entre les acteurs
politiques et permet d’éviter les crises politiques qui sont de sérieuses menaces pour
l’enracinement de la démocratie. Le consensus en matière d’élection, qui s’énonce comme
« le consentement libre et généralisé des acteurs de la vie politique résultant d’un accord
mutuel sans que l’on procède à un vote formel »1161, porte sur les règles du jeu électoral qui,
pour l’essentiel, sont codifiées dans un document appelé code électoral. Ainsi, lorsque les
acteurs politiques adhèrent de façon consensuelle aux principes et valeurs établies par la loi
électorale, cela peut contribuer à l’organisation d’élections et éventuellement aboutir à
alternance démocratique. D’ailleurs, la Déclaration de Bamako et la Charte africaine de la
Démocratie, des Elections et de la Gouvernance font obligation aux Etats membres d’élaborer
1160
Voir aussi la décision DCC-14-199 du 20 novembre 2014 par laquelle la Cour constitutionnelle du Bénin se
prononce contre une modification de la Constitution et contre l’adoption d’une nouvelle constitution dont l’objet
est de permettre au Chef de l’Etat en exercice, monsieur BONI Yayi, de briguer un troisième mandat. Cette
décision de la haute juridiction fait en effet suite à un recours formé par Monsieur Emmanuel HOUENOU,
contre une lettre ouverte adressée par Monsieur Latifou DABOUTOU, citoyen béninois, pour lui demander de
modifier la Constitution afin de briguer un troisième mandat. Rappelant les options fondamentales de la
conférence nationale des forces vives de février 1990, le juge a déclaré contraire à la Constitution les propos du
sieur Latifou DABOUTOU.
1161
SOMPOUGDOUOUEOGUIN (J.-M.), L’alternance démocratique dans les constitutions des Etats de
l’Afrique noire francophone: cas du Bénin, du Burkina Faso et du Sénégal,thèse précitée. P.61.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 333
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
les lois électorales dans le cadre d’un consensus national ou avec le consentement d’une large
majorité des acteurs politiques1162.
Cette exigence de consensus en matière électorale est davantage requise en période de
vacance dans la mesure où il faut absolument éviter la survenance d’une crise électorale en
période d’intérim, qui déstabilisera encore plus les institutions et l’Etat lui-même.
L’intérimaire doit prendre en compte les revendications de la classe politique concernant le
code électorale, afin que le scrutin se fasse dans de bonnes conditions.
Au Sénégal par exemple, au lendemain du déclenchement des processus de
démocratisation en Afrique, majorité et opposition ont pu s’entendre sur la rédaction d’un
code électoral consensuel qui fut adopté par l’Assemblée nationale en 1992. Au Cameroun
par contre, le code électoral en vigueur1163à été élaboré exclusivement par le parti au pouvoir
et adopté par un parlement constitué très majoritairement par les élus de ce parti. Il s’agit donc
bien d’un code électoral non consensuel parce que n’ayant pas intégré toutes les forces
politiques et même la société civile dans son élaboration. Cela a eu comme conséquence des
manifestations de certains partis politiques de l’opposition1164, pour dénoncer la réélection du
Président Paul BIYA sur la base de ce code ; manifestions qui ont presque toutes été
réprimées.
Et pourtant, l’élaboration d’un code électoral consensuel est devenue Aujourd’hui un
impératif. Elle est devenue la condition de survie des systèmes politiques à travers un
minimum d’accord, de loyauté de la part des acteurs politiques et responsables politiques par
rapport aux règles définies, tout en contribuant à la pacification du jeu politique. Grâce à des
règles électorales définies de manière consensuelle, les processus d’accession au pouvoir et de
son exercice permettent une libre concurrence politique par la participation populaire ouverte,
libre et non discriminatoire. Chaque parti ou candidat a la possibilité de connaître la date des
1162
Pour plus de détail, voir la Déclaration de Bamako sur le bilan des pratiques de la démocratie, des droits de
l’homme et de l’Etat de droit dans l’espace francophone adoptée en 2003. Voir aussi l’article 17 de la Charte
africaine de la démocratie, des élections et de la Gouvernance adoptée le 30 janvier 2007 par l’Union africaine.
1163
Loi n° 2012/001 du 19 avril 2012 portant code électoral, modifiée et complétée par la loi n° 2012/017 du 21
décembre 2012.
1164
Les partis politiques tels que le SDF (Social Démocratic Front) et le MRC (Mouvement pour la Renaissance
du Cameroun) de mobilisent depuis des années pour la modification du code électoral afin qu’il soit le fruit d’un
consensus.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 334
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
prochaines élections pour pouvoir s’y préparer à temps. C’est une manière d’assurer qu’il
s’agit d’un pouvoir limité dans le temps, et que le peuple a le droit de le destituer1165.
Comme l’a souligné Olivier LEPSIUS, « la temporalité de la démocratie apporte une
composante humaine supplémentaire dans la justification des décisions. La périodicité
augmente la capacité de changement et ainsi l’acceptation de compromis. Le jeu
d’alternance entre la majorité et la minorité ne s’arrête jamais avec la régularité des
élections»1166. En contexte d’alternance, il y a un renouvellement régulier des organes dans la
mesure où ils changent régulièrement de titulaire. Ainsi, La nécessité d’une élection libre et
transparente passe par l’établissement de règles électorales consensuelles. Au-delà de cette
exigence, il est requis un encadrement de l’opposition politique pour renforcer la crédibilité
du processus d’alternance.
B. La valorisation de l’opposition politique comme gage de la
crédibilité de l’élection présidentielle
Presque toutes les constitutions africaines actuelles consacrent la liberté de créer des
partis politiques et le multipartisme intégral1167. Ainsi donc, pour mériter le qualificatif d’Etat
de droit démocratique, les Etats doivent impérativement aménager un véritable pluralisme
partisan, c’est-à-dire mettre en place une scène politique de plusieurs partis politiques
véhiculant des idéologies différentes et qui sont potentiellement à même de gouverner. Cela
implique par voie de conséquence la reconnaissance et la garantie d’une opposition politique
légale1168. La doctrine appréhende le concept de l’opposition comme « une posture d’hostilité
qui peut se manifester sur trois plans différents. Il y a d’abord l’opposition au régime qui
1165
BECKER (P.) et RAVELOSON (J.A.), Qu’est-ce qu’une démocratie ?, KMF – CNUE & NOVA Stella, en
partenariat avec la Friedrich-Ebert-stiftung, septembre 2008, p.7.
1166
LEPSIUS (O.), « La science du droit public et la démocratie : quelles sont les tâches de la science du droit
dans un ordre juridique démocratiquement élaboré ?», in Jus Politicum2010, n° 4, p.11.
1167
On assiste dans bien des Etats africains francophones à une reprise de l’article 4 de la Constitution française
du 4 octobre 1958 qui énonce : « Les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils
se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et
de la démocratie ». Ainsi, l’article 3 de la loi constitutionnelle Camerounaise du 18 janvier 1996 proclame
que : « Les partis et formations politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils doivent respecter les
principes de la démocratie, de la souveraineté et de l’unité nationale. Ils se forment et exercent leurs activités
conformément à la loi ».
1168
Des Etats ont aménagé des statuts de l’opposition visant à garantir l’alternance démocratique. Il en est ainsi
du Bénin, du Burkina Faso, du Mali. Le droit parlementaire donne aussi un statut à l’opposition. Les droits de
l’opposition sont ainsi reconnus par les règlements intérieurs des parlements nationaux.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 335
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
suppose le refus des valeurs sur lesquelles le régime est fondé, par exemple le refus de la
démocratie pluraliste. Il peut s’agir ensuite d’une opposition à l’ensemble des forces
politiques se partageant habituellement le pouvoir (opposition hors système ou opposition
que les mécanismes électoraux ne permettent pas d’être représentée au parlement). Et il y a
enfin, l’opposition au sens traditionnel, qui est l’opposition sur le plan électoral et
parlementaire au pouvoir en place »1169. C’est bien de cette dernière acception qu’il s’agit
c’est-à-dire l’opposition au gouvernement. L’opposition renvoie alors à l’ensemble des forces
partisanes qui ont pour vocation d’alimenter une critique des gouvernants actuels, de prendre
le pouvoir et de définir une alternative programmatique1170. La valorisation de l’opposition
politique passe son institutionnalisation (1) et par l’octroie d’un statut juridique à cette
dernière (2).
1. L’institutionnalisation de l’opposition politique au Cameroun
L’institutionnalisation de l’opposition politique au Cameroun fait référence à la mise
en place progressive des mécanismes et des structures qui permettent à l’opposition politique
d’exister et de fonctionner de manière formelle au sein du système politique du pays. Le
phénomène de l’institutionnalisation de l’opposition politique a été rendu possible au
Cameroun par la conjonction de plusieurs facteurs qui. En dehors de la période pré-
indépendance1171, cette conjoncture renvoie d’abord de la répression de l’« opposition
clandestine » pendant la période du parti unique, ensuite de l’autonomisation progressive de
l’opposition par rapport au pouvoir politique, et enfin du développement de la logique
démocratique.
L’avènement du parti unique au lendemain des indépendances en Afrique marque la
fin des organisations d’opposition aux quatre coins du continent noir. Au Cameroun,
1169
Cf. De VILLIERS (M.) et Le DIVELLEC (A.), Dictionnaire de droit constitutionnel, 8ème édition, Sirey,
2011, p.251.
1170
GIOVANNI SARTORI, Parties and party system. A Framework for analysis, Cambridge UniversityPress,
1976, cite par MOUEMENE (R.), L’urgence d’un statut juridique de l’opposition politique au Cameroun,
Afrédit, 2023, p.54.
1171
Le phénomène d’opposition trouve ses origines au Cameroun dans les années 1940-50 correspondant à la
période de pré-gestation de la future république du Cameroun et peut être présenté comme un héritage de la
culture politique de l’Occident. Voir. NGONGO (L.), Histoire des institutions et des faits sociaux du Cameroun.
Vol. 1. 1884-1945. Berger-levrault, 1987. 232. p.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 336
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
l’implacable machine répressive mise en place par Ahidjo avec l’assistance de l’ex métropole
française condamne les membres de l’opposition des années 1960 « soit à la lutte armée, la
répression militaire brutale et la clandestinité où l’on trouve bien souvent la mort (...). Soit
à la prison politique dans des quartiers spéciaux des tristement célèbres camps
d’internement de Tchollire de Yoko, de Mantum, de la BMM (Brigade mixte mobile) à
Yaoundé ou de la très « tentaculaire police politique » évoluant tour à tour sous la bannière
du SEDOC, de la DIRDOC, du CND, voire du CENER (2) (…). Soit encore à l’exil (...),
Soit enfin à la soumission et à la collaboration avec le régime dictatorial en place »1172.
Ainsi depuis 1966 avec l’instauration du parti unique de fait, la scène politique du pays a été
dominée par l’Union Nationale du Cameroun (UNC) d’Ahmadou AHIDJO, et le
Rassemblement démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) de Paul BIYA.
Avec retour au multipartisme à la faveur des transitions démocratiques amorcées en
Afrique à partir des années 1990, l’on va assister à la renaissance de l’opposition dans le
champ politique officiel camerounais. La promulgation de la loi n° 90/56 du 19 décembre
1990 sur les partis politiques permet la création ou la réapparition sur la scène politique de
nombreuses formations politiques. L’analyse des circonstances du retour au multipartisme
apparaît extrêmement intéressante du point de vue de la logique d’institutionnalisation de
l’opposition au Cameroun. En effet, dès 1985, SENDE Joseph cadre de l’UPC va
entreprendre une démarche très insidieuse visant à faire reconnaître par le juge administratif
camerounais que son parti bénéficiait d’une existence légale par un décret du gouvernement
camerounais du 25 février 1960 réhabilitant l’Union des populations du Cameroun.
Malheureusement le juge va refuser de prendre position dans cette affaire qu’il considère
comme « politiquement » délicate en prononçant par un jugement en date du 1er février 1985,
l’irrecevabilité de la requête du Sieur SENDE Joseph pour défaut d’intérêt et de qualité pour
agir au nom de l’UPC. Le 26 mai 1990 un groupe de personnes, en s’appuyant sur la
constitution de 1972 et la loi n° 67/LF/19 du 12 juin 1967 sur la liberté d’association,
annoncèrent la création d’un parti politique dénommé le « Social Democratic Front » (SDF),
et le lancement de ses activités à Bamenda dans le Nord-Ouest du Cameroun. Ni la répression
1172
DONFACK SOKENG (L.) « L’institutionnalisation de l’opposition:Une réalité objective en quête de
consistance ». In Luc SINDJOUN, comment peut-on être opposant au Cameroun ? Politique parlementaire et
politique autoritaire, Dakar, CODESRIA, 2004, p.54.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 337
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
féroce des activités de ce parti1173, ni la diabolisation médiatique orchestrée par le pouvoir en
place1174 n’allaient réussir à gommer les évidences. La conférence tripartite pouvoirs publics,
partis politiques et personnalités indépendantes organisée à Yaoundé en novembre 1991, et
consécutive aux vastes mouvements de grèves « non violentes », de désobéissance civique et
de contestation plus ou moins radicale de l’ordre établi (villes mortes, grèves, incivisme
fiscal, boycott divers, etc.) peut être interprétée comme l’acte de reconnaissance politique de
l’opposition partisane nouvelle en tant qu’acteur déterminant de la vie politique au Cameroun.
L’institutionnalisation de l’opposition politique au Cameroun transite alors
nécessairement par sa réhabilitation dans le champ politique officiel. Les membres et organes
de l’opposition deviennent de ce fait des acteurs institutionnels du jeu politique. L’entrée des
partis politiques dits d’opposition au parlement à partir de 1992 marque le début du «
nouveau parlementarisme pluraliste ». Elle apparaît comme une étape capitale du processus
d’institutionnalisation de l’opposition. Investie des attributs de la souveraineté républicaine
qui sont celles de la représentation nationale et forte de sa légitimité démocratique,
l’opposition parlementaire investit le champ politique et médiatique officiel où ses prises de
position lui font gagner en autorité et en notoriété, mais également renforcent sa légitimité. Le
problème qui se pose à présent est celui du statut juridique de cette opposition politique.
2. L’octroi d’un statut juridique à l’opposition politique
La notion d’opposition semble relever du domaine des évidences, des vérités
acquises de la théorie constitutionnelle, sur lesquelles nul n’est besoin de s’attarder, comme si
l’opposition allait de soi et ne méritait pas le détour d’une conceptualisation. Et pourtant, il
existe très peu d’écrits sur l’opposition politique. L’une des rares réalisations dans ce domaine
1173
Les manifestations de lancement des activités du SDF simultanément à Bamenda et à Yaoundé le 26 mai
1990 furent violemment réprimées par les forces de l’ordre qui ouvrirent le feu sur les manifestants, faisant selon
un bilan des plus controversés six (06) morts par balles et des dizaines de blessés.
1174
Les militants du SDF furent ainsi accusés d’avoir brandi le drapeau national et chanté l’hymne d’un « pays
voisin » — Le Nigeria en l’occurrence — par un journaliste de la Radio Télévision devenu aujourd’hui député
de l’ex-parti unique au pouvoir. Ce qui, vérification faite, s’apparenta à une manœuvre de calomnie et de
diabolisation savamment orchestrée par le régime en place pour justifier cette répression sanglante. Cette
diabolisation médiatique de l’opposition se répéta fréquemment durant les années de transition démocratique.
Cette « opposition des casseurs » était par exemple accusée d’ « importation d’armes à feu » et de « formation de
milices paramilitaires » pour préparer la guerre civile, d’ « intelligence avec un pays voisin » pour « déstabiliser
le pays » etc.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 338
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
est sans doute celle esquissée par les œuvres Sylvie GIULS portant sur le statut de
l’opposition en Europe1175 et de Robert DAHL consacrée à l’avenir de l’opposition dans les
démocraties1176. On peut également citer HAURIOU et GICQUEL dans leur manuel de droit
constitutionnel et institutions politiques1177. Pour ces derniers, l’opposition serait la résultante
du « tropisme institutionnel» que constituent la reconnaissance et l’organisation de la
contestation politique. Ils soutiennent en effet que, « la reconnaissance de la contestation
équivaut, dans la pratique, à la possibilité offerte aux opposants d’éliminer pacifiquement,
en d’autres termes légalement, les gouvernants en place à la faveur d’élections »1178.
L’opposition politique s’est donc imposée comme une exigence de la démocratie. Et
c’est dans l’optique du renforcement des démocraties africaines émergentes que certains
législateurs africains ont choisi de donner un statut à l’opposition. La reconnaissance d’un
statut à l’opposition a été une préoccupation largement partagée et c’est véritablement au
début des années deux mille que ce statut a vu le jour avec un leadership de l’opposition
organisé autour d’un chef de file1179 ou d’un porte-parole1180 de l’opposition. Cette
institutionnalisation de l’opposition revenait, selon le professeur El hadj MBODJ « à
consigner dans un document unique, les droits et sujétions, les moyens et responsabilités
devant permettre à l’opposition d’assumer sa fonction d’alerte, de critique et d’alternance à
la majorité qui exerce le pouvoir d’Etat»1181.
Octroyer donc un statut juridique à l’opposition politique revient à leur accorder des
droits et des devoirs. En ce qui concerne les droits, on peut rappeler brièvement le droit de
représentation en fonction de leur poids politique au sein des organes et des institutions où ils
siègent, le libre accès aux renseignements par voie d’audience spéciale dans les ministères et
administrations publiques, le droit de recevoir et d’être reçu par les missions diplomatiques
accréditées et les personnalités étrangères en visite dans le pays. En termes de devoirs, il
1175
GIULS (S.), Le statut de l’opposition en Europe, Documentation française, 1980.
1176
DAHL (R.), L’avenir de l’opposition dans les démocraties, Paris, Futuribles, édition SEDEIS, 1966.
1177
HAURIOU (A.), GICQUEL (J.), Droit constitutionnel et institutions politiques, 7e édition, Paris
Montchrestien, 1980, 1194 p.
1178
Ibid. P.23.
1179
Cf. article 14 de la loi n°009-2009 du 14 avril 2009 portant statut de l’opposition politique au Burkina Faso.
1180
Cf. article 7 de la loi n°2001-36 du 14 octobre 2002 portant statut de l’opposition au Benin.
1181
MBODJ (E.H.), « Statut de l’opposition et financement des partis politiques », Rapport au Président de la
République, Dakar, 1999, p. 28.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 339
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
s’agit de contribuer au développement de l’esprit démocratique, respecter la constitution et les
institutions, défendre les intérêts supérieurs de la Nation, cultiver la non-violence comme
forme d’expression, cultiver l’esprit républicain par le respect de la règle de la majorité.
De manière générale, les statuts de l’opposition trouvent leur ancrage dans des lois
spécifiques. C’est le cas par exemple Au Burkina Faso1182, ou encore au Benin1183. A titre
exceptionnel, ce statut est, dans certains Etat consacré dans la loi fondamentale ; il en est
ainsi, de la Constitution du Sénégal du 22 janvier 2001 qui énonce dans son préambule que : «
le peuple sénégalais souverain affirme la volonté du Sénégal d’être un Etat moderne qui
fonctionne selon le jeu loyal et équitable entre une majorité qui gouverne et une opposition
démocratique. Un Etat qui reconnait cette opposition comme un pilier fondamental de la
démocratie et un rouage indispensable au bon fonctionnement du mécanisme
démocratique». La Constitution laisse cependant le soin à une loi organique de fixer les
dispositions régissant le statut de l’opposition politique.
Au Cameroun, bien que la constitution garantisse la liberté d’expression et
d’association, l’opposition politique ne bénéficie pas expressément d’un statut juridique.
Outres les dispositions constitutionnelles1184 et légales1185 régissant les partis politiques de
façon générale, il n’existe, en l’état actuel du droit positif camerounais aucun texte qui traite
spécifiquement de l’opposition politique. L’on pourrait alors se poser la question avec le
professeur Alain Didier OLINGA1186 de savoir : Un parti d’opposition est-il banal au
Cameroun ? La question n’est certainement pas dénuée d’intérêt dans le contexte de transition
libérale qui caractérise ce pays marqué par un idéal démocratique essentiellement fondé sur
1182
Selon l’article 3 de la loi n° 007-2000/AN du 25 avril 2000 portant statut de l’opposition « le droit au statut
de l’opposition politique s’entend de l’existence légale du parti ou groupe de partis tenant sans interruption
leurs activités statutaires ».
1183
l’article 2 de la loi n°2001-36 du 24 octobre 2002 portant statut de l’opposition considère les partis de
l’opposition comme étant constitués de « l’ensemble des partis et alliances de partis ou groupes de partis
politiques dans le cadre juridique existant qui ont choisi de professer pour l’essentiel des options différentes de
celles du gouvernement en place et de donner une expression concrète à leurs idées dans la perspective d’une
alternance démocratique ».
1184
Voir article 3 de la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996.
1185
Voir Loi n°90/056 du 19 décembre 1990 portant sur la création des parties politiques ; voir également Loi n°
2012/001 du 19 avril 2012 portant code électoral, modifiée et complétée par la loi n° 2012/017 du 21 décembre
2012.
1186
OLINGA (A. D.), « Un parti politique d’opposition est-il banal?Le régime juridique des partis politiques »,
in Luc SINDJOUN, comment peut-on être opposant au Cameroun ? Politique parlementaire et politique
autoritaire, [Link]., p.1.
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
l’action partisane. La fragilité voire la précarité actuelle de l’opposition au Cameroun justifié
par l’absence d’un statut, limite sa capacité à jouer pleinement son rôle dans le processus
politique du pays. L’opposition politique étant la porte d’entrée en politique pour les uns, et la
porte de sortie pour les autres, il urge de lui accorder un statut juridique qui garantirait à ses
membres, plus précisément à ses leader une protection pénale et une reconnaissance de droits
spécifiques.1187
Paragraphe II : la mise en place des institutions d’encadrement du
processus électorale
L’élection constitue le principal pilier de la démocratie mais se présente également
comme l’un des facteurs clés du déclenchement de la violence et de l’insécurité dans un Etat
lorsqu’elle connait des irrégularités susceptibles d’altérer la sincérité du scrutin. C’est
pourquoi en vue d’une meilleure gestion des processus électoraux, il a été mis en place des
institutions de gestion des élections. La notion d’institution désigne l’ensemble des
organismes, des mécanismes ou de règles existant dans une société donnée à une époque
donnée1188. Le dictionnaire de droit constitutionnel définit les institutions comme des organes,
des structures permanentes dont la création, l’organisation et la composition sont prévues par
le droit1189. Maurice HAURIOU distingue, dans la même optique, deux variantes d’institution
: les institutions-règles et les institutions-corps. Cette seconde variante qui sera retenue ici,
appréhende en effet les institutions comme des organes par lesquels s’exerce l’autorité de
l’Etat1190. Ces institutions d’encadrement du processus électoral se retrouvent aussi bien au
niveau administratif (A) que juridictionnel (B).
1187
Lire MOUEMENE (R.), L’urgence d’un statut juridique de l’opposition politique au Cameroun, [Link].,
pp.58-60.
1188
SOMPOUGDOUOUEOGUIN (J.-M.), L’alternance démocratique dans les constitutions des Etats de
l’Afrique noire francophone: cas du Bénin, du Burkina Faso et du Sénégal,thèse précitée. P.125.
1189
Voir DE VILLIERS (M.) et LE DIVELLEC (A.), Dictionnaire du droit constitutionnel, 8 è édition, Sirey,
2011, p.195
1190
Idem.
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
A. Les institutions administratives de promotion de l’alternance
démocratique : des autorités administratives indépendantes
Une autorité administrative indépendante (AAI) est une forme spécifique
d’organisme étatique qui bénéficie d’un large degré d’autonomie à l’égard du pouvoir
exécutif. Il s’agit précisément des institutions de l’Etat agissant en son nom mais dont le statut
s’efforce de garantir l’indépendance d’action aussi bien vis-à-vis du gouvernement que du
parlement1191. Parler donc des institutions administratives de promotion de l’alternance
démocratique en tant qu’autorités administratives indépendantes, revient à examiner d’une
part l’organe de gestion du processus électoral (1), et d’autre part l’organe de régulation
médiatique (2).
1. L’organe de gestion du processus électoral
Au nombre des institutions issues du nouveau constitutionnalisme des années 1990 et
pouvant contribuer à l’émergence d’un jeu politique transparent favorable à l’alternance, se
trouvent les organes de gestion des élections généralement dénommés commissions
électorales nationales indépendantes ou autonomes (CENI/CENA). Selon la définition qu’en
donne le Professeur Augustin LOADA, les commissions électorales nationales peuvent être
appréhendées comme « des autorités administratives indépendantes, situées hors de la
mouvance du pouvoir en place, qui ont des garanties statutaires organiques et
fonctionnelles et sont chargées d’assurer l’ensemble ou une partie du processus électoral,
seules ou en association avec l’administration de l’Etat»1192.
La mise en place de ces institutions électorales indépendantes apparait comme une
réponse à la méfiance manifestée à l’égard des administrations électorales formatées dans la
1191
Pour de plus amples informations sur les AAI, voir SABOURIN (P.), « Les Autorités Administratives
Indépendantes, une catégorie nouvelle », Actualité Juridique du Droit Administratif (AJDA), 1983, p. 275 et s ;
GAZIER (F.) et CANNAC (Y.), « Les Autorités Administratives Indépendantes », Etudes et Documents du
Conseil d’Etat, 2001, N° 35 ; GENTOT (M.), « Les Autorités Administratives Indépendantes», Montchrestien,
1994 ; CHEVALLIER (J.), « Réflexions sur l’institution des Autorités Administratives Indépendantes », La
Semaine Juridique, 1986, I 3254 ; EncyclopaediaUniversalis, « Les Autorités Administratives Indépendantes »,
1989, p. 177 ; GUEDON (M.J.), « Les Autorités Administratives Indépendantes », L.G.D.J., 1991 ; AUTIN
(J.M.), « Les autorités Administratives Indépendantes », Jurisclasseur Administratif, fascicule 75, 1997 ;
CONSEIL D‟ETAT (Section du Rapport et des Etudes), « Les Autorités Administratives Indépendantes »,
Rapport Public, 2001, La Documentation Française ; GELARD (P.), «Les Autorités Administratives.
1192
LOADA (A.), « Où en est l‟administration publique », l’Afrique politique, 2001, p.33.
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
culture du système du parti unique de fait ou de droit et des régimes militaires d’exception1193.
En effet, quand on connaît le discrédit dont les élections faisaient l’objet lorsqu’elles étaient
sous administration étatique, on ne peut que dire qu’il était impératif de mettre sur pieds des
organes de gestions des élections indépendants, issus d’un consensus entre parties prenantes.
La mise en place de ces institutions avait donc pour but de « soustraire les résultats des
compétitions à la suspicion d’illégitimité qui pesait sur les scrutins organisés par le
seulappareil étatique»1194. Devenus « à la fois un mythe constituant un des thèmes
mobilisateurs du discours politique en Afrique et un dogme démocratique»1195, ils ont la
prétention d’être dans une relation d’indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif.
Le législateur camerounais, dans le souci de démocratiser l’organisation les
élections, va tour à tour créer l’Observatoire National des Elections (ONEL)1196, et Elections
Cameroon (ELECAM)1197. La création de ces organes traduit la volonté du législateur
d’atténuer la présence de l’administration dans le processus électoral, sur qui pèsent des
soupçons d’inféodation au pouvoir exécutif1198, afin de réunir les conditions procédurales
transparentes, impartiales susceptibles de garantir une compétition saine entre les
candidatures. Elle traduit également la volonté d’intégrer de nouveaux acteurs dans ce
processus, issus de l’opposition et de la société civile, toute chose qui fait de cet organe une
1193
MBODJ (E. H.), « Faut-il avoir peur de l'indépendance des institutions électorales en Afrique? », http: //
Afrilex. Ubordeau [Link]/sit/afrilex/ IMG/pdf, consulté le 13 décembre 2023, p.32. Voir également BOURGI (A.),
« L’implication des partis politiques dans les processus électoraux », in Démocratie et élections dans l’espace
francophone, dans la collection « Prévention des crises et promotion de la paix », [Link], édité par Jean-Pierre et
al.,Bruylant2010, p.328.
1194
La décision de la Cour constitutionnelle béninoise du 23 décembre 1994 résume bien cette philosophie. « La
création de la commission électorale nationale autonome (CENA), en tant qu'autorité administrative
indépendante, un organe disposant d'une réelle autonomie par rapport au gouvernement, aux départements
ministériels et au parlement, pour l'exercice d'attributions concernant le domaine sensible des libertés
publiques, en particulier les élections honnêtes, libres et transparentes (...) la création d'une commission
électorale indépendante est une étape importante de renforcement et de garanties des libertés publiques et des
droits de la personne ; elle permet, d'une part d'instaurer une tradition d'indépendance et d'impartialité en vue
d'assurer la transparence des élections, et d'autre part de gagner la confiance des électeurs et des partis et
mouvements politique ».
1195
Cf. MOMO (C.), « L’administration électorale en Afrique subsaharienne », Politéia, n°12, décembre 2007,
p.427.
1196
Loi n° 2000/016 du 19 décembre 2000 portant création d’un observatoire national des élections.
1197
Loi n° 2006/011 du 29 déc. 2006 portant création, organisation etfonctionnement d’ « Elections Cameroon »
(ELECAM).
1198
GAZIBO (M), « La force des institutions : la CENI comme site d’institutionnalisation au Niger », in
QUANTIN (P.), (dir), Gouverner les sociétés africaines. Acteurs et institutions, CEAN, Karthala 2001, p.65.
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
institution indépendante qui a pour mission « l’organisation, la gestion et la supervision du
processus électoral et référendaire »1199.
L’indépendance de ces institutions, se présente comme un gage d’efficacité et de
neutralité électorale. Cette indépendance est à la fois statutaire et fonctionnelle. Du point de
vue statutaire, ces institutions bénéficient d’une autonomie qui leur permet d’exercer leur
office avec des garanties de crédibilité au plan des résultats. Ainsi, Comme le fait observer le
professeur Augustin LOADA, « Garantir l’indépendance de la commission implique de la
structurer de manière à ce qu’elle ne dépende pas des individus, des groupes ou des
institutions qui ont un intérêt dans le résultat de l’élection». C’est dans ce sens que le code
électoral camerounais, en son article 4 aliéna 3 dispose que Elections Cameroon est « doté de
la personnalité juridique et jouit d’une autonomie de gestion ». Par ailleurs l’indépendance
des institutions de gestion électorale peut s’apprécier aussi à travers le mode de désignation
des membres des commissions électorales et de leur statut. Le système de nomination des
membres de ces organismes constitue le premier paramètre de leur indépendance. De ce fait,
pour qu’un organisme présente des garanties sérieuses d’organiser et superviser des élections
transparentes en Afrique, il ne peut pas et ne doit pas être nommé par le gouvernement seul,
ni dépendre de lui ; il doit faire l’objet d’un consensus. Ainsi, « Les membres d’Elections
Cameroon doivent s’abstenir de toute activité qui peut compromettre l’indépendance et la
dignité de leurs fonctions. Il leur est interdit en particulier pendant la durée de leur mandat
d’user de leur statut pour des motifs autres que ceux relatifs à l’exercice de leurs fonctions.
(…) dans l’exercice de leurs fonctions, (ils) ne doivent, en aucun cas, solliciter ou recevoir
d’instruction ni d’ordre d’une autorité publique ou privée, nationale ou étrangère »1200. En
outre, la nécessité d’octroyer une protection aux membres de la commission s’impose comme
une condition de l’efficacité de leur travail ; ils « ne peuvent être poursuivis, recherchés,
arrêtés, détenus ou jugés pour des opinions émises dans le cadre de leurs fonctions. Sauf
cas de flagrant délit, (ils) ne peuvent faire l’objet de poursuites répressives pendant
l’exercice de leurs fonctions »1201.
1199
Article 4 de la Loi n° 2012/001 du 19 avril 2012 portant Code électoral, modifiée et complétée par la loi
n°2012/017 du 21 décembre 2012.
1200
Article 5 du Code électoral.
1201
Article 6 du Code électoral.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 344
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
S’agissant de l’indépendance fonctionnelle, il faut relever que, dans la plupart des
cas, les compétences des commissions africaines sont larges et vont de l’organisation
matérielle à la proclamation des résultats provisoires en passant par la supervision des
élections. L’indépendance fonctionnelle peut venir aussi de la durée du mandat, de
l’irrévocabilité en cours de mandat ou du non renouvellement du mandat. Il faut relever que
les décisions de ces institutions ne sont en principe soumises à aucun contrôle hiérarchique ou
de tutelle et ne peuvent ainsi être ni réformées ni annulées par une autorité non
juridictionnelle.
Malheureusement, l’on constate une politisation1202 de cette institution, ce qui pose
un réel problème quant à leur efficacité sur la gestion des processus électoraux. Une
composition constituée de membres issus des partis politiques ou de la société civile peut
aboutir au fait que la Commission électorale indépendante devienne le lieu d’affrontement
politique ou d’affrontement de fortes personnalités. Ces affrontements portent préjudice à la
crédibilité de l’Institution et sont à l’origine de la crise actuelle de ces institutions qui
demeurent cependant la manifestation ou la marque de l’ingéniosité institutionnelle des
acteurs politiques africains.
L’avenir des commissions électorales nationales autonomes paraît donc incertain. Et
pour leur pérennité, certains auteurs proposent de leur octroyer une autonomie
constitutionnelle pour qu’elles ne dépendent plus du bon vouloir du ministère de
l’administration territoriale pour leur fonctionnement, ou qu’elles ne soient plus sous la «
perfusion » du ministère chargé des finances. L’autre solution passe par la construction d’une
administration républicaine où les membres nommés au sein des institutions de régulation
auront le sens de l’Etat, de l’intérêt général.
2. L’organe de régulation médiatique
L’organe de régulation médiatique est une institution indépendante chargée de
surveiller et de réguler les médias dans un Etat. Georges CANGUILHEM considère la
1202
Certains membres de ces institutions n’arrivent pas toujours à cultiver le devoir d’ingratitude vis-à-vis de
celui qui les a nommés. Les solidarités partisanes des membres de la commission électorale sont persistantes.
D’où la suspicion de partialité de certaines décisions qui peut déboucher sur une crise politique majeure. Voir
MOMO (C.), « L’administration électorale en Afrique subsaharienne », Politéian°12, 2007, p.427.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 345
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
régulation comme un processus par lequel le comportement d’un système perçu complexe est
maintenu ou ajusté en conformité à quelques règles ou normes1203. Allant dans le même sens,
le professeur El Hadj MBODJ renchéri en indiquer qu’elle « est au centre de toute activité
sociale à partir du moment où elle tend en définitive à normaliser le fonctionnement d’un
système ou d’une activité par la prévention des irrégularités ou des dysfonctionnements,
l’arbitrage des différends et la sécurisation de l’ordre juridique»1204.
La création d’organismes de régulation des médias en Afrique, en tant qu’autorité
administrative indépendante est récente. Elle est liée à « la recherche d’une formule
permettant d’isoler, dans l’administration de l’Etat, un organe disposant d’une réelle
autonomie par rapport au gouvernement, (…) et au parlement, pour l’exercice
d’attributions concernant le domaine sensible des libertés publiques en particulier »[Link]
effet, La régulation médiatique dans le cadre d’un processus électoral est un aspect crucial
pour assurer des élections libres et équitables. Elle a souvent été justifiée par la nécessité
d’organiser l’accès aux médias publics pour les partis politiques et les candidats lors des
échéances électorales pluralistes1206. Les organes de régulation médiatique veillent donc à ce
que les médias couvrent de manière équilibrée les différentes candidatures et partis politiques,
en accordant un accès équitable à la couverture médiatique. La liberté de la presse et celle de
la communication audiovisuelle sont de ce fait d’une importance indéniable pour les partis,
car pour que l’opposition ait une chance d’accéder au pouvoir, il faut qu’elle puisse
1203
CANGUILHEM (G.), Dictionnaire encyclopédique de théorie et de sociologie du droit, LGDJ, 1988, p. 347.
1204
MBODJ (E.H.), « La régulation médiatique des élections : l’exemple du Haut Conseil de l’Audiovisuel au
Sénégal », in Francophonie et démocratie, Symposium international sur le bilan des pratiques de la démocratie,
des droits et des libertés dans l’espace francophone, Bamako, 2000. ». Selon l’auteur, la régulation comporte
plusieurs volets : un volet juridique habilitant ces organes à veiller au respect des lois et règlements régissant
l’activité considérée et, le cas échéant, à sanctionner ou faire sanctionner les infractions à la législation en
vigueur ; un volet arbitral : ces organes sont situés à équidistance des différents acteurs impliqués dans la
dynamique politique. L’arbitrage, dans ces conditions, est un arbitrage actif car l’arbitre peut siffler les coups
francs, rétablir un équilibre rompu et imposer le respect des règles du jeu aux différentes parties ; un volet
pédagogique : ces organes n’ont pas vocation à se substituer aux organes classiques chargés de faire respecter la
loi. Ils ne font pas double emploi avec ceux-ci. Au contraire, ils cherchent à normaliser les rapports entre les
acteurs du jeu médiatique ou électoral par la socialisation des valeurs démocratiques fondées sur la justice,
l’équité, l’éthique et la morale. Ils apparaissent comme des autorités morales, cherchant à ajuster les
comportements des médias aux valeurs républicaines par la persuasion et non la contrainte.
1205
SOMPOUGDOUOUEOGUIN (J.-M.), L’alternance démocratique dans les constitutions des Etats de
l’Afrique noire francophone: cas du Bénin, du Burkina Faso et du Sénégal,thèse précitée. P.136.
1206
ADJOVI (E.K.), Les instances de régulation des médias en Afrique de l’Ouest : le cas du Benin, éd.
Karthala/Fondation Friedrich Ebert, 2003.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 346
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
convaincre les citoyens en ayant accès aux médias et en exposant librement et publiquement
ses choix programmatiques.
On le sait, faute d’information sur les programmes des candidats, les électeurs
africains ont très souvent été mobilisés sur des bases ethno-régionales. L’instrumentalisation
par les acteurs politiques des identités locales et claniques a souvent débouché sur des
tensions électorales et dans de nombreux cas sur des violences, voire des guerres civiles. La
concurrence entre les principaux partis fait place aux divisions ethniques et les conflits
politiques sont transformés en conflits ethniques. La régulation médiatique vient alors
censurer la diffusion de fausses informations et s’assurer que les médias respectent les règles
électorales en matière de publicité politique.
Au Cameroun, la régulation médiatique est confiée à un organe dénommé Conseil
National de la Communication (CNC)1207 ; « Il est composé de neuf (09) membres (…)
nommés par décret du Président de la République (…), parmi les personnalités de
nationalité camerounaise, reconnues pour leur intégrité, leur rectitude morale et leur
expertise dans le domaine de la communication sociale »1208. Dans le cadre de la régulation
médiatique du processus électoral, l’article 11 de ce décret dispose que « (1) Le Conseil siège
de manière permanente pendant la période de campagne électorale afin de veiller au
respect des lois, au principe de l'accès égal ou équitable des partis politiques, des candidats
ou de leurs représentants aux médias publics. (2) Il s’assure du respect par les médias, des
principes de transparence, de pluralisme et d’équilibre ». De ce fait, le CNC, en
collaboration avec les pouvoirs publics, édicte des règles spécifiques concernant la couverture
des campagnes électorales, les débats politiques à la télévision ou à la radio, ainsi que les
sondages d’opinion. L’objectif est de garantir que les médias jouent un rôle positif dans
l’information des citoyens sur les enjeux électoraux, tout en évitant toute forme de partialité
ou de manipulation de l’opinion publique.
Cependant, Les mécanismes de régulation de l’accès des partis politiques aux médias
ne sont pas exempts de critiques, surtout émises par les partis de l’opposition, lesquels
1207
Voir le Décret N° 2012/038 du 23 janvier 2012 portant réorganisation du Conseil National de la
Communication.
1208
Article 7.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 347
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
dénoncent une rupture du principe d’égalité dans l’accès aux médias d’Etat dans la période
pré-électorale. Ces partis affirment avoir du mal à accéder aux médias d’Etat pour assurer la
couverture de leurs activités politiques, alors que dans le même temps les médias d’Etat
mettraient du zèle à couvrir les activités de propagande ou de précampagne électorale du
gouvernement et/ou du parti au pouvoir et de ses réseaux au sein de la société civile1209, sans
possibilité d’une réplique de l’opposition.
Au final, en investissant les organes de régulation des médias africains d’importants
pouvoirs, les législateurs ont certainement voulu que, sous le contrôle des juridictions
électorales, ils veillent à la régulation de l’information d’une manière générale et à l’accès des
partis et formations politiques aux médias en particulier. Le président intérimaire, en étroite
collaboration avec le CNC, se doit d’assurer l’égal accès des partis et formations politiques
aux médias d’Etat et même aux médias privées qui ne doivent intervenir que dans le strict
respect du pluralisme et de l’équilibre de l’information.
B. Les institutions juridictionnelles de promotion de l’alternance
démocratique : la justice constitutionnelle
S’exprimant sur les justifications essentielles qui sont à la base de l’existence de la
justice constitutionnelle, Louis FAVOREU soutient qu’elle est un vecteur d’« apaisement des
conflits politiques et (d’) authentification des alternances et des changements de majorité,
(de) protection des minorités contre les abus des majorités, (d’) adaptation progressive de la
constitution aux changements sociaux... En définitive, quel que soit le système
constitutionnel et politique dans lequel elle s’insère, la justice constitutionnelle est utile
sinon nécessaire : elle donne la possibilité d’instituer progressivement, par la voie
juridique, un contre-pouvoir de nature à contrebalancer une majorité trop forte et elle peut
faire apparaître une séparation des pouvoirs »1210. En effet, née dans le contexte de
démocratisation de la société Africaine, la justice constitutionnelle a été érigée comme
1209
La propagande électorale déguisée du gouvernement ou du parti au pouvoir consisterait en l’organisation
d’activités socioculturelles ou sportives, inaugurations d’infrastructures ou d’équipements collectifs, « poses de
premières pierres », etc.
1210
FAVOREU (L.), « Brèves réflexions sur la justice constitutionnelle en Afrique », in Les cours suprêmes en
Afrique, Tome II. La jurisprudence : droit constitutionnel, droit social, droit international, droit financier, Paris,
Economica, 1989, p. IX-X.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 348
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
protecteur des droits et libertés et garant du respect de la légalité constitutionnelle. Elle a par
la suite joué un rôle dans la régulation du jeu politique ainsi que dans l’alternance politique au
sommet de l’Etat. Sur ce dernier point, le juge constitutionnel c’est posé comme un garant du
processus électoral par sa protection de la constitution (1), mais aussi par son arbitrage du jeu
politique (2).
1. Un garant du processus électoral par la protection de l’ordre
constitutionnel
Considérée comme « une garantie dans le processus électif, une garantie pour la
régularité des procédures électorales, une garantie quant au respect de la sincérité du
scrutin et cela dans le cadre strict des dispositions constitutionnelles »1211, l’action du juge
constitutionnel constitue un véritable facteur de réalisation de l’alternance démocratique en
Afrique et au Cameroun en particulier. En soutenant que le Conseil constitutionnel français a
permis de « parachever la construction en France de l’Etat de droit »1212, Jean RIVERO
pose que cette institution représente dans les démocraties modernes, la clé de voûte de
l’édifice démocratique. Du fait de leurs « missions hautement sensibles et politiquement
exposées »1213, les juridictions constitutionnelles garantissent la sincérité du processus
électoral à travers la protection de la norme suprême notamment par le contrôle de
constitutionnalité des lois de révision constitutionnelle.
La révision constitutionnelle s’entend de « la modification de la constitution, de
l’abrogation de certaines de ses règles et leur remplacement par d’autres»1214. En d’autres
termes, c’est une opération par laquelle la Constitution subit des modifications en vue de son
adaptation aux évolutions et aux exigences du moment1215. Cette modification est une
1211
MBORANTSUO (M.-M.), La contribution des cours constitutionnelles à l’État de droit en Afrique, Paris,
Economica, 2007, p. 210.
1212
RIVERO (J.), « Fin d’un absolutisme », in Revue Pouvoirs, n°13, 1980, p.5.
1213
Jean du Bois de GAUDUSSON, « La justice en Afrique : nouveaux défis, nouveaux acteurs. Introduction
thématique », Afrique contemporaine 2014/2 (n° 250), p. 13-28.
1214
VEDEL (G.), Manuel élémentaire de droit constitutionnel, Paris, Dalloz, 2002, p.115.
1215
Sur la définition de la révision constitutionnelle, on peut également se référer à Olivier BEAU pour qui, la
révision constitutionnelle peut être appréhendée sous l’angle formel et matériel : « Sur la plan formel la révision
de la Constitution est une technique juridique par laquelle les pouvoirs publics modifient expressément le texte
de la Constitution après avoir suivi la procédure de révision. Sur le plan matériel, la révision de la Constitution
est le résultat de cette procédure dans la mesure où elle décrit l’objet de la modification de la Constitution » (cf.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 349
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
prérogative du pouvoir constituant originaire ou dérivé1216. Le contrôle de la révision
constitutionnelle repose donc sur le respect des procédures de révision prévues par la
Constitution. Lorsque le juge constitutionnel est amené à exercer un contrôle sur la procédure
de révision constitutionnelle, il intervient dans les trois phases : l’initiative de la révision, la
phase d’appréciation du projet de révision et enfin celle de l'adoption du projet de révision.
Bien que minoritaires, certaines juridictions constitutionnelles africaines, avec ou
sans texte le consacrant se reconnaissent compétentes1217 pour contrôler la constitutionnalité
des lois constitutionnelles. Elles justifient leur position par l’inexistence d’obstacles
juridiques à un tel contrôle. Ainsi, que le juge constitutionnel Béninois, exerçant sa liberté
d’interprétation de la Constitution, a, par les décisions DCC 14-156 et DCC 14-199
respectivement du 19 août et du 20 novembre 20141218, estimé que les dispositions de la
Constitution du 11 décembre 1990 relatives au mandat présidentiel sont insusceptibles de
révision constitutionnelle. Ces décisions ont non seulement freiné les velléités de modification
constitutionnelle des dirigeants, mais favorisées la régularité du processus électoral qui est le
gage de l’alternance démocratique.
En s’inscrivant dans la tradition juridique française qui, au nom de la souveraineté du
pouvoir constituant dérivé, a opté pour l’ « injusticiabilité des lois constitutionnelles »1219, la
KIDIA KUBATAKANA, Mémoire de Licence, Université de Kinshasa, 2011, consultable sur
htpp//[Link]/10/13/7597la-révision-constitutionnelle-en-droit-positif-congolais-et-français-
[Link]).
1216
Sur les notions de pouvoir constituant originaire et de pouvoir constituant dérivé ou institué, voir DE
VILLIERS (M.) et LE DIVELEC (A.), Dictionnaire de Droit Constitutionnel, Sirey, 8ème édition, 2011, p.268 à
270.
1217
Il s’agit des juridictions constitutionnelles du Mali, du Benin et du Burkina.
1218
Ces décisions de la haute Juridiction béninoise portent sur les propos tenus respectivement par Monsieur
Latifou DABOUTOU (cf. DCC 14-156 du 19 août 2014) et par madame Fatouma AMADOU DJIBRIL (cf.
DCC 14-199 du 20 novembre 2014) tendant à l’éventualité d’un troisième mandat présidentiel du Président de la
république Boni YAYI. Alors que le Chef de l’Etat était dans son dernier mandat, le conseille, à travers une
lettre ouverte, de modifier la Constitution pour instituer une nouvelle république. Ce qui lui permettra, dans le
cadre de cette nouvelle république, d’être rééligible pour un troisième mandat. La seconde, qui occupait la
fonction de ministre de l’Agriculture et de l’Elevage, a, au cours d’une émission, argué que le Chef de l’Etat
pouvait faire un troisième mandat si telle était la volonté du peuple. Ces propos ont été jugés contraires à la lettre
et à l’esprit de la Constitution en ce qu’ils invitent le Chef de l’Etat à s’écarter de l’esprit démocratique.
1219
En France, le Conseil constitutionnel n’est pas compétent pour statuer sur la constitutionnalité des lois de
révision constitutionnelles. Ainsi, lorsqu’il a été saisi par le Président du Sénat français Gaston
MONNERVILLE pour se prononcer sur la constitutionnalité de la révision de la constitution de 1958 intervenue
le 6 novembre 1962 et ayant consacré l’élection du Président de la république au suffrage universel direct, le
Conseil constitutionnel va déclarer son incompétence. Le motif avancé était que la révision constitutionnelle a
été approuvée par référendum. Par conséquent, il ne se reconnaissait pas compétent pour contrôler les actes
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 350
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
grande majorité des juridictions constitutionnelles africaines déclinent leur compétence quant
au contrôle des lois de révision constitutionnelles. Elles se cantonnent ainsi sur les
recommandations de Jacques ROBERT pour qui le juge ne doit pas statuer sur l’opportunité
de la loi mais sur la constitutionnalité de la loi. Selon lui « le juge a quatre
obligationsessentielles : dire le droit, restituer à chacun son dû, rendre la justice au nom du
peuple, ne pas sortir de sa compétence»1220.
En adhérent à cette logique d’injusticiabilité des lois de révision constitutionnelle, la
Cour Suprême du Cameroun, officiant en tant que juge constitutionnel1221, a manqué
l’occasion de contrôler la constitutionnalité de la réforme du 14 avril 2008, notamment sa
conformité à l’esprit démocratique qui a présidé la rédaction de la loi constitutionnelle du 18
janvier 1996. En effet, la modification de l’article 6 de la constitution qui limitait à 2 les
mandants d’un Président a été qualifiée de « coup d’état constitutionnel » par les opposants
au régime. Ce faisant, en validant celle réforme, le juge constitutionnel s’est comporté en
complice du régime en place et est donc de ce fait devenu un obstacle à l’alternance
démocratique, en permettant une candidature infinie du Président en place. En renforçant les
pouvoirs du Président de la République, cette réforme a contribuée à affaiblir la crédibilité de
la démocratie camerounaise. Ainsi, le juge constitutionnel, de par cette décision, a contribué à
la détérioration de l’espace politique camerounais en faisant entorse à l’alternance
démocratique plutôt qu’accélérant son avènement.
Par ailleurs, En tant que juge du contentieux électoral, le juge constitutionnel est en
effet appelé à prendre position. Il peut alors choisir d’assumer son rôle de gardien de la
constitution et de faire prévaloir la norme constitutionnelle sur les manœuvres politiques de
conservation du pouvoir, il se fait ainsi garant de l’alternance démocratique. Il peut aussi
décider de se faire complice du pouvoir en place et passer pour un des obstacles à l’alternance
démocratique. C’est par exemple le cas en République démocratique du Congo où, la Cour
suprême qui, en 2011, faisait office de juge constitutionnel avait déclaré, en se basant sur des
posés par le souverain primaire. Mais quant aux actes du parlement constituant, le Conseil constitutionnel
français y observe un certain mutisme.
1220
ROBERT (J.), L’indépendance des juges, RDP, 1988, pp.5-22.
1221
Créé par la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996, et régis par la Loi N° 2004_004 du 21 avril 2004 portant
organisation et fonctionnement du Conseil constitutionnel. Cette juridiction est devenue effectif au Cameroun à
la faveur du décret N°2018/105 du 07 février 2018 portant nomination des membres du conseil constitutionnel.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 351
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
documents électroniques, le Président sortant vainqueur de l’élection présidentielle alors que
la Commission électorale ne lui avait pas encore remis les originaux des procès-verbaux de
vote. Ce qui a justifié les accusations de complaisance en faveur du Président de la république
sortant1222 portées contre lui.
Au final, l’on retient que la question de la justiciabilitéou lanon justiciabilitédes lois
constitutionnelles qui s’est posée au lendemain de l’adoption des constitutions de 1990, reste
toujours une question controversée. Alors que pour certains, toutes les lois votées, y compris
les lois constitutionnelles, parce qu’elles ne constituent pas des actes constituants, sont
susceptibles de contrôle juridictionnel de constitutionnalité1223, d’autres estiment qu’elles
constituent des actes de souveraineté qui échappent au contrôle juridictionnel. Mais comme
l’ont relevé certains auteurs, la loi de révision constitutionnelle en tant que loi votée n’est pas
un acte constituant et doit respecter la loi fondamentale. Pour ce faire, elle doit faire l’objet de
contrôle de constitutionnalité pour s’assurer qu’elle respecte bien et l’esprit et la lettre de la
Constitution1224.
2. Un garant du processus électoral par son arbitrage du jeu
politique
Comme le note le Professeur Max GOUNELLE dans une étude sur le contentieux
constitutionnel au Sénégal, « la Constitution vise à encadrer les pouvoirs publics plus qu’à
les limiter»1225. Dans les démocraties modernes, le juge constitutionnel n’est pas seulement un
simple gardien de la légalité constitutionnelle, il est également chargé de veiller à ce que les
institutions constitutionnelles fonctionnent conformément à la lettre et à l’esprit de la
Constitution, c’est-à-dire à l’ordre social établi par la Constitution. Dans la mesure où cet
ordre constitutionnel vise à réaliser la démocratie, le juge constitutionnel apparaît, non
1222
Cf. le rapport final de la Mission d’observation électorale de l’Union Européenne aux élections
présidentielles et législatives du 28 novembre 2011, Cahiers africains des droits de l’homme et de la démocratie,
16ème année, n°035, [Link], 2012, pp.61-62.
1223
FAVOREUX (L.), « L’injusticiabilité des lois constitutionnelles», in RFDA, 2003, p.792-795.
1224
Sur la distinction entre l’acte constituant et la loi votée ou acte de révision, voir BEAU (O.), La puissance de
l’Etat, 1994. P.377-402.
1225
GOUNELLE (M.), « La Cour suprême dans le système politique sénégalais », in Les cours suprêmes en
Afrique, Op. cit., p. 142.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 352
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
seulement comme le gardien des institutions démocratiques, mais aussi comme le gardien du
fonctionnement démocratique de ces institutions. Il est donc, en un mot, le gardien de la
démocratie. Par son contrôle, il veille au respect du principe de la séparation des pouvoirs en
empêchant les pouvoirs exécutif et législatif d’empiéter sur leurs domaines d’action
respectifs. Il est juge de la régularité des opérations électorales qui sont à la base même du jeu
démocratique. De ce fait, il s’érige en véritable gardien des valeurs démocratiques qu’il fait
respecter par les différents acteurs de la vie politique nationale à travers sa justice
constitutionnelle.
En effet, Grâce à l’existence du statut constitutionnel garantissant leur indépendance
et à une meilleure articulation de leurs compétences, les juridictions constitutionnelles
africaines déploient leur office et apportent chaque jour la preuve de leur aptitude à veiller au
bon déroulement des scrutins électoraux et à résoudre de manière pacifique les conflits
politiques. Ainsi, La Cour constitutionnelle du Bénin a eu à vérifier à de nombreuses
occasions la constitutionnalité soit des lois votées sur saisine du Président de la république
soit des ordonnances contestées par le parlement, arbitrant ainsi des conflits de compétence
entre l’exécutif et le législatif. Par une saine interprétation de la Constitution, elle a donné
raison, selon le cas, au président de la République ou au Parlement. Lors de l’adoption de la
loi 013-94 du 15 septembre 1994 portant création d’un organe indépendant chargé de
l’organisation des élections (la Commission électorale nationale autonome), le Chef de l’Etat,
ayant estimé que la création d’un tel organe relevait des prérogatives de l’exécutif, introduisit
un recours devant la Cour constitutionnelle. Lors de l’examen de la constitutionnalité de cette
loi, la Cour constitutionnelle du Bénin, dans sa décision ci-dessus rappelée, va affirmer que «
la création de cet organe participe des prérogatives constitutionnelles du parlement et ne
viole donc pas le principe de la séparation des pouvoirs, mais surtout reconnait que la
CENA s’apparente à une autorité administrative indépendante du pouvoir exécutif et du
pouvoir législatif»1226. Le juge constitutionnel béninois a encore fait preuve d’une
remarquable indépendance lors des élections présidentielles de 1991 et 1996. Ce qui a permis
une double alternance à la tête de l’Etat. A titre d’illustration, cette juridiction a, au cours de
l’élection de 1996, procédé à l’annulation de 540 635 votes irréguliers au premier tour et 57
1226
Cf. la Décision DCC 34-94 du 23 décembre 1994.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 353
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
776 autres au second tour, et rejetés comme non fondés les recours en annulation des résultats
introduits par les deux candidats sus nommés dans son arrêt de proclamation des résultats1227.
Cependant, force est de constater que le juge constitutionnel africain, du fait de sa
fragilité et de sa vulnérabilité face au pouvoir exécutif, n’exerce qu’imparfaitement ce rôle de
régulateur du jeu politique. Contrôlé en réalité par ceux qu’il est censé contrôler, il se contente
le plus souvent de jouer le rôle d’un arbitre qui constate plus qu’il ne censure le pouvoir
politique. Le Professeur PAMBOU-TCHIVOUNDA affirmera alors, à propos de la Cour
suprême du Gabon que, « si l’activité du juge constitutionnel mérite l’attention, le bilan
qu’on peut en faire n’est pas significatif d’un apport substantiel ni d’un point de vue
théorique, ni d’un point de vue pratique»1228. Et le Professeur Mathieu FAU-NOUGARET
de renchérir en affirmant qu’il existe un fossé entre « le rôle que sont censées jouer les
juridictions constitutionnelles et le rôle effectivement joué. Rares sont celles à avoir exercé
leur devoir d’ingratitude vis-à-vis des dirigeants qui les ont nommés»1229.
Il urge dès lors, de doter cette juridiction de tous les moyens nécessaire à la
réalisation de ses missions, et notamment celle de réguler le jeu politique.
1227
DONFACK SOKENG (L.), « Etat de droit, bonne gouvernance et développement : approche critique de trois
décennies de réforme de l’Etat en Afrique », in Alternances politiques en Afrique ; défis démocratiques et enjeux
constitutionnels, Actes du colloque international de la SBDC, Ouagadougou, 2017. Cité par
SOMPOUGDOUOUEOGUIN (J.-M.), L’alternance démocratique dans les constitutions des Etats de l’Afrique
noire francophone: cas du Bénin, du Burkina Faso et du Sénégal,thèse précitée. P.136.
1228
Cité par CONAC (G.), « Le juge constitutionnel en Afrique : censeur ou pédagogue ? », in Les Cours
suprêmes en Afrique, Tome II : La jurisprudence : Droit constitutionnel, Droit social, Droit international, Droit
financier, sous la direction de Gérard CONAC, Economica, Paris, 1989.
1229
FAU-NOUGARET (M.), « Manipulations constitutionnelles et coups d’Etat constitutionnels », in Revue
[Link].
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 354
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
CONCLUSION DU CHAPITRE I
Depuis le renouveau démocratique des années 1990, le Cameroun, comme les autres
Etats d’Afrique francophone a mis sur pieds un cadre sociopolitique favorable à l’avènement
de l’alternance démocratique. Ceci a été effectué par la consécration des dispositions liées au
consensus politique sur les règles du jeu électoral et à la vulgarisation de la culture
démocratique, ce qui a permit l’aménagement des espaces de libertés propices au pluralisme
politique à travers la floraison des regroupements politiques. Ainsi, les dispositions
constitutionnelles relatives à la limitation du nombre et de la durée des mandats présidentiels,
aux lois électorales, la mise en place d’un environnement social propice à l’expression
démocratique notamment l’appropriation par les acteurs politiques des principes de la
démocratie pluraliste, l’ancrage de la culture démocratique et le respect des exigences
éthiques, la régulation de la communication sont autant de mesures sociopolitiques qui
participent à la libéralisation de l’espace politique et par conséquence à l’avènement de
l’alternance.
A ces facteurs sociopolitiques, s’ajoutent des mécanismes juridiques et
institutionnels de promotions de l’alternance démocratique. Les mécanismes juridiques sont
relatifs à l’encadrement de l’alternance et la valorisation de l’opposition politique. Les
institutions de promotion de l’alternance pour leur part se retrouvent d’une part au niveau de
l’administration, on parle notamment les organes de gestion des élections et les organes de
régulation médiatique ; d’autre part au niveau juridictionnel, il s’agit précisément du juge
constitutionnel.
Comme on le sait, toutes les sociétés africaines sont en construction et dans certains
cas, les normes et institutions de la démocratie n’ont pas encore pu remplacer celles des
régimes autoritaires, car l’édification d’une société démocratique prend du temps. Pendant la
période de vacance du pouvoir présidentiel, le Président de la République par intérim doit
s’attaquer à de nombreux problèmes à la fois notamment mettre en place et faire respecter les
mécanismes de dévolution du pouvoir et les institutions propres à assurer la tenue d’une
élection crédible. L’ultime tâche dont la réalisation lui incombe pour parvenir à une
alternance et mettre fin à ses fonctions d’intérimaire, est l’organisation des élections.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 355
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
CHAPITRE II :
L’OPERATIONNALISATION DE L’ELECTION
PRESIDENTIELLE ANTICIPEE COMME GAGE DE
DEVOLUTION DEMOCRATIQUE DU POUVOIR
PRESIDENTIEL
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 356
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
L’opérationnalisation de l’élection a pour finalité une sorte d’alternance. Considérée
comme une succession des gouvernants en conformité avec la volonté du peuple exprimée par
le corps électoral, l’alternance relève plus de la dévolution que de la transmission du
pouvoir1230. Elle est donc inconcevable dans un régime monopartisan et peut être « absolue
lorsqu’elle entraine un changement au niveau de l’exécutif et du législatif, relative
lorsqu’elle se limite à un de ses pouvoirs et médiatisée lorsque le changement de majorité
parlementaire résulte d’une recomposition d’alliances partisanes et non d’une élection»1231.
Suivant ces propos, la réalisation de l’alternance passe inéluctablement par
l’opérationnalisation de l’élection. Celle-ci est conditionnée par l’organisation matérielle des
opérations électorales (Section I), ce qui entrainera la fin du mandat de l’intérimaire (Section
II).
Section I : l’organisation des élections pluralistes comme mécanisme
démocratique de dévolution du pouvoir présidentiel
« L’élection pluraliste est désormais indispensable pour mesurer la légitimité des
gouvernants»1232. Ces propos du Professeur Djédjro Francisco MELEDJE démontrent à
suffisance que la compétition électorale au Cameroun comme ailleurs est le résultat des luttes
et des actions politiques. En effet, la régularité des élections nationales parait
incontestablement comme le gage d’une alternance politique réussie, source de stabilité
politique et de paix sociale dans un Etat de droit démocratique. Il nous semble opportun
d’étudier le peuple et les partis politiques comme acteurs principaux du jeu électoral
(paragraphe I) d’une part et le déroulement du scrutin (paragraphe II) d’autre part.
1230
Comme l’écrit si bien El Hadj MBODJ reprenant les propos de Jean - Louis SEURIN, « l’alternance ne
saurait être mécanique et se traduire par une succession balancée ou cadencée entre les forces politiques luttant
en vue de la conquête du pouvoir ». Il n’existe pas, toujours selon le même l’auteur, un droit à l’alternance car «
l’alternance est une possibilité constitutionnelle, ce qui donne à l’opposition la chance d’exercer le contrôle du
processus de décision; elle est une de ses modalités, puisque rien n’interdit théoriquement qu’un même parti
donne satisfaction aux demandes d’une majorité ». Cette perception de l’alternance est corroborée par l’exemple
de la Suède où le parti socialiste était resté près d’un demi-siècle (44 ans) au pouvoir sans que le système
démocratique en soit affecté.
1231
SAIDOU (A.K), « Modes d’alternance et consolidation démocratique en Afrique », Février 2017, disponible
sur [Link]. Consulté le 17 février 2024.
1232
MELEDJE DJEDJRO (F.), « Le contentieux électoral en Afrique », Revue Pouvoirs, n°129, 2009/2, pp.139-
140.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 357
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Paragraphe I : Les acteurs principaux du jeu électoral
Le processus électoral, pour être légitime, met en branle de nombreux acteurs, entre
autre, les organes de supervision, les médias, les observateurs… Mais comme signifié plus
haut, les acteurs principaux de ce processus sont le peuple, en tant de détenteur de la
souveraineté sous l’appellation de corps électoral (A) et les candidats investis au sein d’un
parti politique (B).
A. Le corps électoral
Aux termes de l’article 2 alinéa 1 de la loi constitutionnelle camerounaise du 18
janvier 1996, « La souveraineté nationale appartient au peuple camerounais (…). Les
autorités chargés de diriger l’Etat tiennent leurs pouvoirs du peuple par voie d’élections au
suffrage universel direct ou indirect ». Cette disposition qui démontre le caractère
démocratique du pouvoir au Cameroun fait du peuple l’acteur fondamentale du processus
électoral. C’est lui en effet qui confère une légitimité aux élus. Cependant, le peuple étant une
notion abstraite1233, ce sont la constitution et les lois électorales qui vont donc définir le
contenu de cette notion en aménageant le corps électoral.
Le lexique des termes juridiques définit le corps électoral comme l’« Ensemble des
citoyens qui ont le droit de vote »1234. En d’autres termes, il s’agit de l’ensemble des citoyens
qui ont le droit de participer aux élections politiques, afin d’élire des représentants du peuple
ou pour prendre des décisions sur des questions spécifiques. Il est particulièrement question
ici de l’ensemble des électeurs inscrits, c’est-à-dire des « électeurs dont les noms figurent sur
les listes électorales et qui peuvent donc participer au vote »1235. De ce fait, l’article 45 du
code électoral camerounais dispose que « est électeur, toute personne de nationalité
camerounaise, sans distinction de sexe, âgée de vingt (20) ans révolus, inscrite sur une liste
électorale et ne se trouvant dans aucun cas d’incapacité prévue par la loi ». A la lecture de
cette disposition, deux conditions majeurs sont requises pour la formation du corps électoral ;
la jouissance (1) et l’exercice (2) du droit de vote.
1233
CHANTEBOUT (B.), Droit constitutionnel, 20 éditions, Armand COLIN, août 2003, p.81.
1234
GUINCHARD (S.) DEBARD (T.), Lexique des termes juridiques, Paris, 25é Édition, Dalloz, 2017, p.685.
1235
Idem.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 358
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
1. La jouissance du droit de vote : la capacité électorale
La jouissance du droit de vote au Cameroun est, conformément au code électoral
subordonnée à trois conditions : la nationalité, la majorité et la moralité.
La nationalité est une exigence générale d’admission dans le corps électoral. En
effet, il est généralement admis que seuls les citoyens d’un Etat peuvent participer aux
élections et exercer le droit de vote dans cet Etat. Cette condition est basée sur le principe
selon lequel seuls ceux qui ont une filiation avec un pays devraient avoir le droit de vote. Le
code électoral camerounais, reprenant la constitution fait de cette exigence de nationalité une
condition d’admission dans le corps électoral. La nationalité pouvant être appréhendée
comme le « lien juridique et politique qui rattache une personne, physique ou morale, à un
État »1236, elle s’acquière de trois manières : soit par le « jus soli » (droit du sol) c’est-à-dire
que l’individu acquière la nationalité de l’Etat sur lequel il est né ; soit alors par le « jus
sanguinis » (droit du sang), c’est-à-dire que l’individu acquière la nationalité de ses parents,
soit enfin par le mariage, c’est-à-dire que l’épouse acquière la nationalité de son époux.
Relativement à la majorité électorale, elle fait référence à l’âge requis pour jouir du
droit de vote. Ainsi, conformément la loi fondamentale, peuvent participent au vote, « tous les
citoyens âgés d’au moins vingt (20) ans ». La majorité électorale au Cameroun est donc fixée
à « vingt (20) ans révolus ». Cette condition peut être justifiée par l’idée que les personnes
plus jeunes sont susceptibles de ne pas avoir suffisamment de culture politique et de maturité
pour prendre des décisions politiques. Cependant, cette limite d’âge ne fait pas l’unanimité au
sein de la classe politique camerounaise et fait d’ailleurs partie des dispositions dont
l’opposition demande la révision. En effet, dans un Etat où la majorité pénale et même de
l’âge pour postuler aux concours administratifs y compris des recrutements militaires oscille
autour de 18 (dix huit) ans, il semble logique de ramener à cet âge (18 ans) l’âge de la
majorité électorale afin que ceux-ci puissent prendre part aux décisions importantes qui
engagent la vie du pays. Cela augmentera d’ailleurs le corps électoral pour une plus grande
1236
Ibid. p.1541.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 359
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
représentativité et surtout une véritable crédibilité du processus électoral qui assure une plus
grande légitimité pour les élus.
La dernière condition de jouissance du droit de vote au Cameroun est relative à la
jouissance des droits civils et politiques. En effet, pour être électeur et donc intégrer le corps
électoral, une personne doit être en mesure d’exercer pleinement ses droits civiques et
politiques. Cela implique que les individus placés sous tutelle ou ayant été privés de leurs
droits civiques et politiques par une décision de justice ne pourront pas exercer leur droit de
vote. De ce fait, toute personne qui enfreint volontairement la loi est supposée moralement
incapable de participer à son élaboration. Certaines condamnations pénales peuvent entrainer
une privation temporaire ou définitive du droit de vote. Ainsi, « Ne doivent pas être inscrits
sur la liste électorale : - les personnes condamnées pour crime, même par défaut ; - les
personnes condamnées à une peine privative de liberté sans sursis supérieure à trois (03)
mois ; - les personnes condamnées à une peine privative de liberté assortie de sursis simple
ou avec probation supérieure à six (06) mois ; - les personnes qui font l’objet d’un mandat
d’arrêt ; - les faillis non réhabilités dont la faillite a été déclarée soit par les tribunaux
camerounais, soit par un jugement rendu à l’étranger et exécutoire au Cameroun »1237.
Sont également privées du droit de vote « les personnes condamnées pour atteinte à la
sûreté de l’Etat »1238. A coté de cette condition de jouissance du droit de vote, la formation du
corps électoral est encore conditionnée par l’exercice de ce droit.
2. L’exercice du droit de vote
La loi subordonne l’exercice effectif du droit de vote à l’inscription préalable sur une
liste électorale. Tout citoyen jouissant de ses droits civiques doit être inscrit sur une liste
électorale et sur une seule. La tenue correcte des listes électorales est une condition essentielle
de la sincérité du scrutin. Comme toute opération électorale, les listes électorales ne sont pas à
l’abri des manipulations à des fins partisanes. Elles doivent être entourées de garanties qui
touchent, en premier lieu, l’autorité chargée de leur établissement et de leur révision. Ainsi,
aux termes de Article 51 code électoral, « les listes électorales sont établies par les
1237
Article 47 de la loi portant code électorale.
1238
Article 48 de la loi portant code électorale.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 360
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
démembrements territoriaux d’Elections Cameroon, en relation avec les commissions
mixtes compétentes ». Cette commission donc la compétence territoriale est la commune est
composée d’un « Président, représentant d’Elections Cameroon, désigné par le responsable
du démembrement départemental d’Elections Cameroon ;(…)d’un représentant de
l’Administration, désigné par le sous-préfet ; du maire, ou un adjoint au maire ou un
conseiller municipal désigné par le maire ; d’un représentant de chaque parti politique
légalisé et présent sur le territoire de la commune concernée »1239. L’attribution de cette
tâche aux commissions électorales répond à une volonté de transparence et de neutralité.
Au Cameroun, L’enregistrement des électeurs relève de la volonté des personnes
remplissant les conditions nécessaires à l’exercice du droit de vote. Néanmoins, il revient
toujours à l’administration de faciliter et d’inciter les électeurs à s’inscrire. L’inscription sur
une liste électorale se fait en principe dans la commune du domicile réel de l’électeur (au sens
de l’article 111 du code civil), exceptionnellement, il peut être possible de s’inscrire sur une
liste électorale dans la commune de son principal établissement ou des centres d’intérêt
moraux ou matériaux, ou encore celle de sa résidence, liée à la constatation d’un élément
objectif, depuis six (06) mois au moins, établissant l’appartenance effective et continue à la
commune. Après le travail de regroupement des listes communales, un fichier électoral
central répertorie l’ensemble des listes électorales du pays.
La publication des listes est également un élément important puisqu’elle permet
l’accès des listes aux électeurs. La publication doit intervenir suffisamment tôt pour que des
corrections soient effectuées à temps pour le jour du scrutin. Au Cameroun, la révision des
listes électorale s’opère chaque année. Cela favorise une actualisation de ces listes et un
meilleur suivi de l’électorat. Ainsi, dans un communiqué publié le 1e septembre 2023, le
directeur général des élections, communique que « le fichier électoral national (…) compte à
ce jour 7.523.184 électeurs »1240. Les opérations d’établissement et de révision des listes
électorales doivent pouvoir faire l’objet de réclamations conformément aux exigences de
l’État de droit. Le contentieux de l’inscription sur les listes électorales relève de la
Commission départementale de supervision et de la Cour d’appel.
1239
Article 52 al.2 code électoral.
1240
Lire Journal du [Link], publié le 1e septembre 2023.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 361
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
La carte d’électeur enfin est le document officiel attestant de la qualité d’électeur et
de l’inscription sur une liste électorale1241. Elle constitue également un moyen de contrôle de
l’identité de l’électeur1242. Si la carte d’électeur caractérise l’appartenance au corps électoral
et l’accomplissement des devoirs civiques, elle n’est, cependant pas impérative, car
l’inscription sur une liste électorale est en principe la condition nécessaire et suffisante pour
pouvoir voter.
B. Les candidatures à l’élection présidentielle
En dehors des cas très marginaux de candidature indépendante, tout candidat à
l’élection présidentielle au Cameroun est investit par un parti politique. C’est la raison pour
laquelle il nous semble raisonnable d’examiner au préalable le régime juridique des partis
politiques au Cameroun au sein desquels sont investis les candidats (1), avant d’analyser les
conditions d’éligibilité des candidats à l’élection présidentielle (2).
1. Les partis politiques socles d’investiture des candidats
« Les Camerounais devront bien comprendre que toute la législation en vigueur, la
législation de ces trois ou quatre dernières années relative aux partis politiques leur a
confié le pouvoir. Toutes les élections tournent autour des partis politiques»1243. Cette prise
de position de M. Joseph Charles DOUMBA, Secrétaire général du comité central du RDPC
(Rassemblement démocratique du peuple camerounais, parti actuellement au pouvoir) montre
suffisamment que les candidats à une élection présidentielle doivent être l’émanation d’un
parti politique. Au Cameroun, en l’état actuel de la réglementation, une réticence marquée se
manifeste à l’égard des notions de candidat indépendant et d’élu non inscrit, car « l’action
politique solitaire reste marquée du sceau de la suspicion, le singleton fait problème »1244.
1241
BIGAUT (C.), «Droit de la carte d’électeur », in PERRINEAU (Pascal) et REYNIE (Dominique) (dir.),
Dictionnaire du vote, P.U.F., Paris, 2001, p. 150-151.
1242
L’article 84 - (nouveau) (1) du code électoral dispose que : « Tout électeur inscrit reçoit une carte électorale
biométrique sur laquelle figurent ses noms, prénoms, date et lieu de naissance, filiation, photo, empreintes
digitales, profession, domicile ou résidence ».
1243
Voir interview in Cameroon Tribune, n° 6031 du lundi 05 février 1996, p. 6.
1244
OLINGA (A. D.), « Un parti politique d’opposition est-il banal ? Le régime juridique des partis politiques »,
[Link]., p.151.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 362
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
D’où la rigidité des conditions de mise en œuvre de cette candidature1245. Les partis politiques
sont donc principalement les organes habilités, en fait, à octroyer à tel ou tel citoyen le titre à
compétir.
Les partis politiques au Cameroun bénéficient d’un statut constitutionnel. En effet,
aux termes de l’article 3 de la loi constitutionnelle, « Les partis et formations politiques
concourent à l’expression du suffrage». Cette consécration souligne leur lien avec le
suffrage. Si les partis politiques ont souvent provoqué une certaine méfiance1246, Pierre
AVRIL les considère comme une dépendance du régime1247 en tant qu’élément explicatif de
la réalité politique. Hans KELSEN pour sa part insiste sur le rôle charnière des partis
politiques entre l’Etat et les individus. Pour lui, la démocratie est nécessairement et
inévitablement un Etat de partis. L’une des questions qui se pose ici est celle de savoir à quoi
renvoie précisément la notion de parti politique ?
Dans une approche extensive, le professeur Michel OFFERLE appréhende Les partis
politiques comme « des associations reposant sur un engagement (formellement) libre
ayant pour but de procurer à leurs chefs le pouvoir au sein d'un groupement et à leurs
militants actifs des chances -idéales ou matérielles -de poursuivre des buts et objectifs,
d'obtenir des avantages personnels ou de réaliser les deux ensemble »1248. De façon plus
restrictive, un parti politique peut être définit comme « un groupement organisé de personne,
unies par une philosophie ou une idéologie, dont elle poursuit la réalisation, avec
commefinalité la conquête et l’exercice du pouvoir »1249. Le lexique de droit constitutionnel
renchéri en définissant un parti politique comme « Associations de citoyens qui concourent à
l’expression du suffrage en proposant des programmes et en présentant des candidats aux
élections »1250. Il s’agit en somme« des associations qui concourent à l’expression du
1245
L’article 121 al. 2 du code électoral camerounais dispose que « Les candidats peuvent être (…) soit
indépendants, à condition d’être présentés comme candidat à l’élection du Président de la République par au
moins trois cents (300) personnalités originaires de toutes les Régions, à raison de trente (30) par Région et
possédant la qualité soit de membre du Parlement ou d’une Chambre Consulaire, soit de Conseiller Régional ou
de Conseiller Municipal, soit de Chef Traditionnel de premier degré ».
1246
Alexis de TOCQUEVILLE les considère come un mal inhérent aux gouvernements libres.
1247
AVRIL (P.), Essai sur les partis, 1986, p.135. ; COLLARD (J.C.), « la liberté des partis politiques »,
Mélange Jacques ROBERT, 1998, p.81.
1248
OFFERLE (M.) les partis politiques, PUF, collection : que sais-je ? 1987, p. 20.
1249
GICQUEL (J.), GICQUEL (J-E.), Droit constitutionnel et institutions politiques, LGDJ, 2014, p.161.
1250
AVRIL (P.), GICQUEL (J.), Lexique de droit constitutionnel, [Link]., p.105.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 363
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
suffrage »1251. De la sorte, les partis politiques se distinguent des groupes de pressions ou
d’intérêts1252. Ceux-ci en effet n’entendent en aucune façon investir le pouvoir, mais
simplement en tirer des avantages matériels le plus souvent1253.
L’historique du régime juridique des partis politiques au Cameroun permet de
distinguer schématiquement trois phases: la première va de l’apparition des premières
formations politiques camerounaises jusqu’en 1966 année de la création d’un « parti unifié »,
l’Union nationale camerounaise qui demeure parti unique de fait. La deuxième phase va de
1966 à 1990 et correspond à l’obscure période du parti unique de fait. Le décalage est alors
flagrant entre les exigences normatives et la réalité politique: le fait politique tient le droit en
échec. La troisième phase enfin court depuis 1990 et marque la revanche du droit sur la réalité
politique.
Cette troisième phase qui est une conséquence de la démocratisation de la société
camerounaise a entrainé le libéralisme partisan, avec la création d’une multitude de partis
politiques. Au Cameroun, la création d’un parti politique est encadrée par la loi1254. Si dans
certains Etats il est exigé un nombre minimal d’adhérents et/ou une implantation nationale, le
Cameroun pour sa part a opté pour un cadre libéral mais préventif. Aucun parti ne peut
exercer d’activité légale sans y avoir été préalablement autorisé par l’autorité administrative.
Ainsi, au sens de la loi n°90/056, est considéré comme un parti politique, une personne
morale de droit privé qui s’étant assignée un but politique a déposé un dossier complet1255
auprès des services du gouverneur territorialement compétent et ayant reçu une autorisation
tacite ou implicite de la par du ministre chargé de l’Administration territoriale.
1251
Article 1 de Loi n° 90/056 du 19 décembre 1990 portant sur la création des partis politiques.
1252
LAWSON (K.), « Partis politiques et groupes d’intérêts », Pouvoirs n°79, 1996, p.35 ; GUILIANI (J.D.),
Marchand d’influence. Les lobbies en France, 1991.
1253
Le service des groupes d’intérêts peut aussi être intéressé, c’est-à-dire idéologique. Pour la défense des
nobles causes, o, citera la ligue des droits de l’homme créée en 1898 en faveur de Dreyfus ; Amnesty
International, depuis 1960 ; ou encore les actions menées par S.O.S.-Racisme.
1254
La loi n°90/056 ci-dessus citée.
1255
Conformément à l’article 5.(1) de la loi n°90/56, Le dossier à déposer comprend : « - la demande timbrée
indiquant les noms, adresse ainsi que l’identité complète, la profession et le domicile de ceux qui sont chargés
de la direction et/ou de l’administration du parti ; - le bulletin N° 3 du .casier judiciaire des dirigeants ; - le
procès-verbal de l’assemblée constitutive en triple exemplaire ; - les statuts en triple exemplaire ; - l'engagement
écrit avec signature légalisée de respecter les principes énumérés à l'article 9 ci-dessous ; - un mémorandum sur
le projet de société ou le programme politique du parti ; - l’indication du siège ».
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 364
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Dans leur fonctionnement, il est possible de relever trois principales caractéristiques
qui sont collées aux partis politiques africains. La première consiste à les définir (à l’image de
la politique africaine) comme tribaux, ethniques ou régionaux, donc ne représentant que des
entités sociologiques ou géographiques particularistes1256. Au Cameroun, les pouvoirs publics
ont tôt fait de barrer la route à cette tendance de partis axés sur une base ethnique. C’est ainsi
que l’article 9 de la loi de 90/056 sur la création des partis politiques interdit l’octrois d’une
autorisation a tout parti qui « porte atteinte à l’intégrité territoriale, à l'unité nationale, à la
forme républicaine de l’Etat, à la souveraineté nationale et à l'intégration nationale,
notamment par toutes sortes de discriminations basées sur les tribus, les provinces, les
groupes linguistiques ou les confessions religieuses ». Une deuxième qualification est de les
considérer comme étant dépourvus de tout programme sociétal, ce qui veut dire qu’ils
n’assument pas l’une des fonctions principales des partis politiques. Enfin, la troisième
caractéristique, tient à leur multitude sans pour autant avoir des idéologies différentes.
L’autre problème que soulève la question du régime juridique des partis politiques
est celui de leur financement. D’entrée de jeu, soulignons que, Bien que la Constitution
camerounaise ne pose aucun principe, même général, concernant le financement des partis
politiques, le législateur pour sa part interdit « formellement à un parti politique de recevoir
des financements de l’extérieur »1257. Cette disposition marque la volonté du législateur
d’afficher son opposition aux partis politiques téléguidés de l’extérieur, afin de sauvegarder la
souveraineté nationale. Cependant, comme le relève la professeur Alain Didier OLINGA,
« l’interdiction des financements en provenance de l’étranger concerne les étrangers vivant
hors du Cameroun; elle ne saurait concerner ni les étrangers vivant au Cameroun, ni les
Camerounais vivant à l’étranger et militant dans un parti ou en étant sympathisants »1258.
La question demeure : comment les partis politiques se financent-ils ? Il faut, pour
avoir une réponse légale se référer à la loi régissant les partis politiques. La lecture de ce texte
donne à voir un double financement. Un financement public et un financement privé. Le
financement public est fixé à l’article 14 qui prévoit que « l’État participe, en tant que de
1256
Lire LAVROFF (D.G.), Les parties politiques en Afrique noire, PUF, Paris, coll. Que sais-je ? 1970, 124p.
1257
Article 10 de la loi n°90/056.
1258
OLINGA (A. D.), « Un parti politique d’opposition est-il banal ? Le régime juridique des partis politiques »,
[Link]., p.151.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 365
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
besoin, dans les conditions fixées par la loi, à certaines dépenses des partis à l’occasion des
consultations électorales locales ou nationales». Le financement privé pour sa part est
aménagé aux articles 12 et 13. L’article 12 donne aux partis la possibilité d’acquérir à titre
gratuit ou onéreux et disposer des biens meubles et immeubles nécessaires à leurs activités,
fixer les taux des cotisations et les percevoir, ouvrir des comptes bancaires exclusivement au
Cameroun; plus curieusement, s’agissant d’un groupement à but non lucratif, le parti peut «
percevoir le produit de ses activités culturelles ou économiques ». L’article 13 permet aux
partis de recevoir dons et legs mobiliers provenant exclusivement de ses membres ou des
personnes installées au Cameroun, étant entendu que les quanta annuels de ces dons et legs
ainsi que les modalités pratiques de leur perception sont fixés par voie réglementaire.
2. Les conditions d’éligibilité des candidats
L’investiture des candidats soulève en premier lieu la question de leur éligibilité.
L’éligibilité est définie par le Lexique de droit constitutionnel comme étant l’« aptitude légale
d'une personne à se porter candidate en vue d'une élection »1259. Les dispositions instaurant
des conditions d’éligibilité vont réglementer l’accès à la compétition électorale, en posant des
restrictions à cet accès. La finalité des conditions d’éligibilité est d’assurer aux électeurs
l’existence d’un choix éclairé, car prédéterminé par des critères choisis par la loi électorale.
Le professeur IsmaïlaMadior FALL, dans sa thèse sur le pouvoir exécutif en Afrique1260, met
en évidence l’existence de conditions d’éligibilité que l’on peut qualifier de classiques.
Celles-ci sont de l’ordre de trois, et sont qualifiées de « classiques » du fait de l’absence de
contestation suscitée par leur existence et du fait de leur présence quasi-systématique dans le
constitutionnalisme africain, mais aussi mondial. Il s’agit alors pour la personne souhaitant
être candidate de : posséder la nationalité du pays où elle veut briguer la fonction suprême ;
de remplir une condition d’âge ; et de jouir de ses droits civils et politiques.
Ces conditions semblent naturelles et ne posent pas de problème dans leur principe. En
effet, il s’agit des conditions minimales requises dans la grande majorité des États du globe.
1259
AVRIL (P.), GICQUEL (J.), Lexique de droit constitutionnel, Que sais-je ? Paris, PUF, 2003, p. 49.
1260
FALL (I. M.), Le pouvoir exécutif dans le constitutionnalisme des États d'Afrique, Paris, L’Harmattan, 2008,
page 52.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 366
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
L’obligation de jouir de ses droits civils et politiques « concerne la faculté pour tout citoyen
de s’inscrire sur une liste électorale, sans avoir été déchu par une décision judiciaire ;
celle-ci pouvant avoir un caractère civil ou pénal»1261. Cette disposition est toujours
présentée sous la forme du même énoncé et ne nécessite pas d’observations particulières1262.
En revanche, les conditions de nationalité et d’âge présentent différents énoncés d’un État à
un autre, ce qui souligne des différences d’exigence en la matière, et démontre le soin porté à
la rédaction de ces conditions.
En ce qui concerne la condition de nationalité, l’immense majorité des États du
continent africains opte pour une approche restrictive. En effet, même lorsque les
ressortissants naturalisés ne sont pas exclus, le caractère restrictif de la condition vient du
rejet de la plurinationalité. C’est le cas, notamment, du Sénégal1263ou il est exigé que les
candidats aient la nationalité du pays, mais celle-ci doit être exclusive de toute autre, ce qui,
de fait, va souvent exclure les ressortissants naturalisés, sauf dans le cas où ils auraient
renoncé à leur nationalité d’origine. Néanmoins, la condition de nationalité la plus fréquente
est celle qui exige au moins que le candidat soit un national d’origine ou de naissance. C’est
dans ce sillage que le Cameroun s’inscrit en exigeant, pour être candidat à l’élection
présidentielle d’ « être citoyens camerounais d’origine et justifier d’une résidence continue
dans le territoire national d’au moins douze (12) mois consécutifs »1264.
Relativement à la condition d’âge imposant un âge minimal, La quasi-totalité des
États africains distingue cet âge minimal de l’âge de la majorité civile permettant à un
individu d’être considéré juridiquement comme civilement capable et responsable. Sur le
continent, l’âge requis pour accéder à la candidature présidentielle est toujours beaucoup plus
élevé que l’âge de la majorité civile. À titre de comparaison, en France, par exemple, l’âge
requis n’est que de 23 ans. En revanche, l’âge minimal le plus fréquent en Afrique est de 35
ans ; on le retrouve par exemple au Cameroun1265. Selon IsmaïlaMadior FALL, le caractère
1261
GOUDOU (Thomas), L’État, la politique et le droit parlementaire en Afrique, Paris, Berger-Levrault, 1987,
p. 352.
1262
Seuls très peu de pays n’y font pas référence. Néanmoins, l’exigence est souvent remplacée par une condition
similaire, par exemple l’article 24 de la Constitution centrafricaine exige que le candidat n’ait pas fait l’objet
d'une « condamnation à une peine afflictive ou infamante ».
1263
Article 28 de la Constitution du 22 janvier 2001.
1264
Article 117 du code électoral ; voir également article 6 al. 5 de la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996
1265
Article 6 al. 5 de la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996 ; Article 117 du code électoral
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 367
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
relativement élevé de l’âge minimal requis en matière présidentielle est typique des
démocraties républicaines, lesquelles, selon lui, entrent dans une « logique gérontocratique
qui favorise l’accès au pouvoir des « vieux routiers de la politique »1266. André CABANIS et
Michel LOUIS MARTIN1267 s’étonnent de l’existence d’une condition d’âge minimale aussi
élevée en Afrique, où la population est jeune, l’âge médian tournant généralement autour de
18-19 ans. On ne peut donc s’empêcher de constater la dichotomie entre l’âge de la
population et le caractère fortement gérontocratique du pouvoir. C’est par exemple le cas au
Cameroun ou le président, Paul BIYA est âgé actuellement de 91 ans, alors que l’âge médian
de la population camerounaise était de 18 ans en 20151268.
Paragraphe II : les opérations électorales
L’opération électorale renvoie à l’ensemble des activités et processus impliqués dans
la tenue d’une élection. Suivant cette approche, les opérations électorales englobent toutes les
étapes depuis l’inscription des électeurs sur les listes, jusqu’à l’annonce des résultats, en
passant par la convocation du corps électorale, la nomination des candidats, la campagne
électorale le vote et même le contentieux. Cependant, les étapes liées à l’inscription des
électeurs et à la nomination des candidats ayant déjà fait l’objet d’étude plus haut, il sera
questions de présenter ici d’une part la phase pré-électorale (A) en tant qu’ensemble
d’activités englobant la convocation du corps électoral la campagne électorale ; d’autre part la
phase électorale proprement dite (B) qui porte sur le déroulement du scrutin, contentieux
électoral qui peut en découler et la proclamation des résultats.
A. La phase pré-électorale
La phase pré-électorale se décline ici en deux étapes : d’une part la convocation
anticipée du corps électorale (1) et d’autre part la campagne électorale (2).
1266
FALL (I. M.), Le pouvoir exécutif dans le constitutionnalisme des États d'Afrique, [Link]., p. 57.
1267
CABANIS (A.) et LOUIS MARTIN (M.), Le constitutionnalisme de la troisième vague en Afrique
francophone, Bruxelles, Bruylant-Academia, 2010, p. 66.
1268
Voir. https//[Link] consulté le 06 janvier 2024.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 368
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
1. La convocation anticipée du corps électoral par l’intérimaire
La convocation du corps électoral est anticipée en raison de la déclaration de la
vacance au poste de Président de la République. Cette convocation déroge de ce fait au
principe de renouvellement du mandat qui devrait intervenir à la fin prévue par le calendrier
électoral. La convocation anticipée du corps électoral pour motif de vacance au pouvoir
participe le plus souvent à une « modélisation du calendrier électoral spécifique à l’élection
présidentielle »1269. Cette convocation étant prévue par la Constitution, les délais de
programmation de l’élection anticipée sur le calendrier électoral sont également déterminés. A
ce titre, le dispositif constitutionnel prévoit que « le scrutin pour l’élection du nouveau
Président de la République doit impérativement avoir lieu vingt (20) jours au moins et cent
vingt (120) jours au plus après l’ouverture de la vacance »[Link] qu’il en soit,
l’Intérimaire doit convoquer le corps électoral à l’effet de procéder à l’élection du nouveau
Président.
Conformément à l’article 86 (1) du code électoral, « Le corps électoral est convoqué
par décret du Président de la République ». Cette compétence attribuée au Président de la
République est l’objet de controverses. Certains estiment qu’il s’agit d’une arme politique aux mains
du chef de l’Etat qu’il utilise suivant ses intérêts. Il fait partie d’un des multiples aspects de la
répression électorale au Cameroun. M. Abel EYINGA affirme à cet effet que : « Chez nous,
le chef de l’état, président du parti au pouvoir, s’est arrogé le droit d’être seul à fixer la date
du scrutin. Il le fait, naturellement, en fonction de son intérêt personnel et des convenances
de son parti. Depuis 1982 (...), peu de consultations électorales ont eu lieu à la date prévue
par les institutions. Elles ont souvent été soit retardées, parfois de plusieurs années, soit
anticipé »1271.L’incertitude qui entoure la fixation de la date du scrutin apparaît plus comme
une tactique. L’observation montre que l’autorité investie du pouvoir de fixation, choisit la
date en fonction de la période qui lui est favorable. Cette date est donc souvent fixée en tenant
1269
ELAT NDAMA (D.P.), La perte du mandat politique en droit constitutionnel camerounais, [Link]., p. 103.
1270
L’article 6 de la loi N° 2008/001 du 14 avril 2008 modifiant et complétant certaines dispositions de la loi n°
96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la constitution du 02 juin 1972.
1271
Voir lettre mensuelle de réflexion et de promotion n°84 publié par le secrétariat d’Albert AYINGA en
décembre 1998 ; cité par BEDJOKO MBASSI, Le processus électoral au Cameroun, mémoire de master,
Université Catholique d’Afrique Centrale, 2004, p.28.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 369
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
compte de l’état d’esprit des populations et de leurs opinions vis-à-vis du gouvernement.
Aussi, cette date sera-t-elle fixée si l’opinion est favorable.
La question qui se pose autour du régime juridique de cet acte de la plus haute
importance politique et constitutionnelle est celle de savoir si le Président intérimaire exerce
une compétence discrétionnaire en matière de convocation du corps électoral. Au regard des
dispositions constitutionnelles qui régissent la vacance du pouvoir, la réponse doit être
négative. En effet, si un Chef d’Etat normalement élus est déjà lui-même limité dans son
pouvoir en matière de convocation du corps électorale, dans la mesure où cet acte est encadré
par la loi électorale qui détermine à la fois le délai d’adoption de l’acte ainsi que son contenu,
il apparait clairement que l’Intérimaire, pour sa part dispose d’une compétence liée dans ce
[Link] dernier est enfermé dans de délais très brefs, aménagés pour la transition et donc
l’objectif principal est l’organisation de la succession.
En effet, Pour ce qui est du délai d’édiction du décret de convocation du corps
électoral la compétence présidentielle est balisée de diverses manières. Si en période normale
le code électoral impose que l’intervalle entre la publication du décret convoquant le corps
électoral et la date fixée pour le scrutin soit de 90 jours au moins, il en va autrement en
période d’intérim. La constitution précise qu’« En cas de vacance de Présidence de la
République (…), le scrutin pour l’élection du nouveau Président de la République doit
impérativement avoir lieu vingt (20) jours au moins et quarante (120) jours au plus après
l’ouverture de la vacance »1272. On peut déduire de cette disposition que le Président
Intérimaire peut, le jour même de sa prestation de serment, convoquer le corps électoral, ce
qui d’ailleurs serait raisonnable dans la mesure où sa mission fondamentale est d’assurer la
continuité de la fonction présidentielle en s’occupant prioritairement d’organiser le scrutin
pour la désignation du successeur. Cependant, malgré la brièveté des délais de l’intérim, le
Président Intérimaire dispose d’une marge de manœuvre temporelle suffisante pour organiser
les élections.
Pour le reste, l’acte de convocation du corps électoral pris par l’Intérimaire doit se
conformer aux autres exigences en la matière. Ceci implique que le scrutin doit avoir lieu un
dimanche ou un jour qui est déclaré férié et chômé. Il ne peut durer qu’un jour, les heures
1272
L’article 6 de la loi N° 2008/001 du 14 avril 2008 précitée.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 370
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
d’ouverture et de fermeture des bureaux de vote étant fixées par l’acte convoquant les
électeurs pour le rendez-vous des urnes afin de départager les différents candidats. L’acte
portant convocation du corps électoral a pour effet d’amener les états-majors de partis à
présenter leurs candidats et surtout d’ouvrir la campagne électorale.
2. La campagne électorale
La campagne électorale désigne l’ensemble des opérations de propagande précédant
une élection et visant à amener les électeurs à soutenir les candidats en compétition. Il s’agit
précisément d’« un espace-temps aménagé et contraignant dont le maître mot et la finalité
résident dans l’égalité des candidats pour l’expression des idées politiques »1273. Ainsi, aux
termes de l’article 87 (1) du code électoral, « la campagne électorale est ouverte à partir du
quinzième jour précédant le scrutin. Elle prend fin la veille du scrutin à minuit ». Deux
préoccupations majeures se posent ici : la première est relative aux stratégies de campagne
utilisées par les candidats, la seconde porte sur le financement des [Link] code
électoral régit en premier lieu les différents procédés utilisés par les acteurs politiques. Il
s’agit précisément des documents de campagne, des réunions de campagne, ainsi que de la
propagande par voie de mass-média.
Les documents de campagne dont il est question sont des affiches, circulaires, et
autres professions de foi. Les affiches, elles sont apposées sur des emplacements précisément
déterminés par ELECAM en liaison avec les exécutifs communaux territorialement
compétents. En vue de garantir la moralité de la campagne et la sérénité du scrutin, les
documents de campagne font l’objet d’un contrôle quant à leur contenu et leur utilisation. Le
texte des affiches, circulaires et professions de foi signé du mandataire du candidat ou du parti
politique, est soumis au visa préalable d’ELECAM. A ce propos l’article 89 (3) du code
électoral prévoit que le visa est refusé à tout texte constituant un appel à la violence, une
atteinte à l’intégrité du territoire national, à la forme républicaine de l’Etat, à la souveraineté,
à l’unité nationale ou une incitation à la haine contre une autorité publique, un citoyen ou un
1273
BIOY (X.), « La liberté de faire campagne », in Faut-il adopter le droit des campagnes électorales ? Sous la
dir. de P. ESPLUGAS-LABATUT et X. BIOY, édition Montchrestien, Lextenso éditions, 2012, 205 p., p.69-86,
p. 71.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 371
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
groupe de citoyens. Par ailleurs, la distribution des documents de propagande le jour de
l’élection est formellement interdit.
En ce qui concerne les réunions de campagne, les candidats et les partis politiques ou
leurs représentants ont également la possibilité d’organiser des meetings, ayant pour but
d’expliquer et de commenter à l’intention des électeurs les programmes et les professions de
foi. Le mandataire de chaque liste ou autre représentant de chaque parti politique ou candidat
ayant l’intention d’organiser des réunions électorales, dépose auprès des autorités
administratives et des démembrements territoriaux d’ELECAM, son calendrier de réunions,
afin que des dispositions soient prises pour assurer le maintien de l’ordre public.
La dernière stratégie de campagne prévue par la loi et l’une des plus utilisée durant
cette période est la communication par voie de mass-média. En effet, l’avènement des mas
médias a profondément transformé les conditions de la compétition politique. Les problèmes
de régulation posés par ces instruments de communication politique massive se trouvent
manifestement décuplés par les nouveaux usages de l’internet rendus possibles par les réseaux
à haut débit et le perfectionnement continu des fonctionnalités des terminaux portables. En
effet, « Avec les réseaux sociaux et l’interconnexion des populations à grande échelle qu’ils
autorisent, les conditions des campagnes électorales se trouvent assez substantiellement
bouleversées dans le sens d’une extension forte de la capacité des entrepreneurs politiques
à diffuser des messages politiques plus ou moins cohérents avec l’esprit républicain et,
paradoxalement, la réduction symétrique de la capacité des autorités nationales à contrôler
les flux d’information véhiculés par ces canaux à dimension transnationale »1274.
Malheureusement, le droit électoral camerounais n’apporte pas encore de réponses pertinentes
à cette question, particulièrement en ce qui concerne la régulation de l’utilisation d’internet1275
à des fins de propagande électorale ou plus largement politique.
1274
POUT (C.) ATEBA EYONG (R.), Éléments de référence pour un dialogue participatif sur les élections au
Cameroun, CEIDES, Septembre/Octobre 2017, p.67.
1275
La campagne dans les médias audio-visuels « classiques » fait l’objet d’un encadrement à travers le décret n°
92/030 du 13 février 1992 fixant les modalités d'accès des partis politiques aux médias audiovisuels du service
public de la communication. Ce texte fait obligation aux médias de radio et télédiffusion publics d’assurer une
représentation honnête, équilibrée et complète de l'expression pluraliste des courants de pensée et d'opinion
politiques. Les partis politiques quant à eux sont astreints au respect de plusieurs principes essentiels dans ce
cadre : - le respect de la démocratie, de la souveraineté et de l'intégrité territoriale du Cameroun ; - le respect de
la liberté et de la propriété d'autrui ; - le respect de la dignité de la personne humaine ; - le respect des droits de la
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 372
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
La seconde préoccupation qui se pose en matière de campagne électorale est celle de
leur financement. Les articles 275 et suivants comportent des dispositions relatives au
financement des partis politiques et des campagnes électorales organisent essentiellement un
mécanisme de financement public direct sur une base proportionnelle et comportant deux
tranches de financement. La première est proportionnelle à la représentativité des formations
politiques au sein des différentes assemblées au niveau national ou local. Tandis que la
seconde tranche est proportionnelle au score réalisé lors du scrutin concerné avec l’exigence
d’un score minima de 5% des voix pour l’admission au bénéfice du financement. Ainsi,
L’article 286 (1) précise qu’en cas d’élection présidentielle, « les fonds publics destinés au
financement de la campagne électorale sont répartis en deux (2) tranches d’égal montant
aux candidats, ainsi qu’il suit : - la première tranche est, après la publication de la liste des
candidats, allouée sur une base égalitaire aux différents candidats ; - la deuxième tranche
est, après la proclamation des résultats, servie proportionnellement aux résultats obtenus,
aux candidats ayant obtenu au moins 5% des suffrages exprimés ».
Cependant, le système camerounais de financement de la vie politique, et plus
précisément des campagnes électorales demeure quelque peu « rudimentaire ». En effet, ce
système n’apporte des solutions à tous les problèmes pour lequel son érection s’était imposée
en nécessité. Les dispositions du code électoral et même de la loi portant création des partis
politiques ne permettent pas de résoudre le problème du déséquilibre criard des forces entre
des partis d’opposition d’un côté et, de l’autre, une majorité gouvernante ayant peu ou prou à
disposition les ressources de l’Etat. C’est que les premiers ne peuvent s’appuyer
essentiellement que sur leurs ressources propres et les faibles subsides de l’Etat dès lors que le
financement privé, formellement consacré, n’a pas encore fait l’objet d’une précision de son
régime par des textes d’application prévus par le code électoral. Dans le même temps,
l’inexistence d’une règle de plafonnement des dépenses des partis politiques et candidats ainsi
que des montants des dons susceptibles d’être effectués par de généreux. De ce fait, il subsiste
sur ce terrain du financement des campagnes, une disproportion des ressources qui ne
famille et des bonnes mœurs ; - les nécessités de l'ordre public et la sauvegarde des besoins de la défense
nationale ; - les exigences du service public et les contraintes inhérentes aux moyens de communication. Ils
bénéficient d’un égal traitement et de la gratuité de l’accès aux médias de service public.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 373
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
s’explique pas seulement par les différences quantitatives et qualitatives des effectifs de
militants entre les partis politiques, quoique ce facteur ait également une importance qui ne
saurait être minimisée.
B. La Le déroulement du scrutin
Le déroulement du scrutin au Cameroun suit généralement un processus standard,
bien que des ajustements existent en fonction du type d’élection. Il représente l’étape la plus
sensible des opérations électorales. Il correspond clairement à l’opérationnalisation du scrutin,
c’est-à-dire à « Ensemble des actes constituants l’opération électorale proprement dit et qui
comprend le dépôt par les électeurs de leurs bulletins de vote, le dépouillement de ces
bulletins et la proclamation des élus »1276, ou encore à l’« ensemble des actes constituant
l’opération de vote (dépôt du bulletin dans l’urne, dépouillement et proclamation des
élus) »1277. Sur la base de ces définitions, le déroulement du scrutin commence par la phase
électorale proprement dite (1) et se solde par une phase post-électorale correspondant au
contentieux et la proclamation des résultats (2).
1. La phase électorale
La phase électorale correspond à l’opération de vote, c’est-à-dire le dépôt du bulletin
dans l’urne, ou plus précisément « la phase du processus électoral au cours de laquelle les
électeurs se rendent aux urnes afin d’exprimer leur choix sur la personne des
gouvernants »1278. D’entrée de jeu, relevons qu’en matière d’élection Présidentielle, il existe
une seule circonscription électorale parce qu’il n’y a qu’un seul poste à pourvoi ; cette
circonscription est le territoire national. Il convient également de rappeler que le corps
électoral, est en principe constitué par l’ensemble des citoyens inscrits sur les listes
électorales, y compris les camerounais de l’étranger mais uniquement dans le cadre de
1276
CAPITANT (H.), Vocabulaire juridique, PUF, Paris, 1936, p.454.
1277
AVRIL (P.) GICQUEL (J.), Lexique de droit constitutionnel, [Link], p.132.
1278
POUT (C.) ATEBA EYONG (R.), Éléments de référence pour un dialogue participatif sur les élections au
Cameroun, [Link].p.69.
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
l’élection présidentielle1279. Pour ces citoyens-électeurs, le vote est de droit, mais ne constitue
point une obligation.
Le code électoral consacre de nombreuses dispositions liées à l’organisation
minutieuse de la procédure de vote. Il en est ainsi des règles concernant la localisation des
bureaux de vote, qui doivent être situés dans des lieux ouverts au public par opposition aux
domiciles privés selon des pratiques d’antan. Ainsi, lors de l’élection présidentielle de 2018,
près de 25.000 bureaux de vote étaient ouverts sur toute l’étendue du territoire1280 à raison
d’un bureau de vote pour 500 électeurs au plus. Il en est de même des règles concernant le
respect des heures d’ouverture et de fermeture des bureaux de vote, d’identification des
électeurs sur la base de la liste électorale normalement affichée au niveau de chaque bureau de
vote, de disponibilité du matériel de vote, c’est-à-dire : urnes constatées vides avant le
démarrage des opérations de vote, mise à disposition des enveloppes et des bulletins de vote
en quantité suffisante et aux couleurs choisies par les différents partis politiques et candidats
en compétition, isoloirs aménagés garantissant le secret du vote, liste d’émargement des
votants et encre indélébile pour le marquage de ces derniers.
Dès lors que ces dispositions sont prises, le suffrage peut commencer. La crédibilité
et la transparence de cette opération sont conditions par la mise en œuvre des principes du
suffrage. Il s’agit de l’égalité du suffrage qui signifie que chaque électeur dispose d’une voix,
en application du principe « un homme – une voix » ; de la liberté du suffrage qui implique la
protection de l’électeur contre toute forme de pression. Le vote secret est la garantie de cette
liberté, et ce secret lui-même est garanti par un certain nombre de dispositions techniques
telles que l’usage de l’enveloppe, de l’isoloir, de l’urne ; enfin de la sincérité du suffrage qui
suppose que les fraudes sont à éviter. Toutes ces dispositions sont mises en œuvre afin
d’éviter la fraude électorale. Avant-gardiste sur cette pratique, le code électorale puni toute
personne qui« par dons, libéralités, faveurs, promesses d’octroi d’emplois publics ou privés
ou d’autres avantages particuliers faits en vue d’influencer le vote d’un ou de plusieurs
1279
L’article 271 du code électorale dispose à cet effet que « Les citoyens camerounais établis ou résidant à
l’étranger exercent leur droit de vote par la participation à l’élection du Président de la République et au
référendum ».
1280
Voir. Le Rapport général sur le déroulement de l’élection présidentielle du 07 octobre 2018 publié par
ELECAM le 29-08-2019.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 375
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
électeurs, obtient leur suffrage soit directement, soit par l’entremise d’un tiers ».
Malheureusement, le phénomène d’« achat des bulletins de vote »1281 est une pratique
constamment dénoncée lors des échéances électorales au Cameroun. Elle permet à des
personnalités politiques d’influencer le vote des électeurs en proposant à ces derniers de leur
présenter, contre rétribution en argent ou avantages divers, les bulletins de vote des candidats
adverses comme preuve de leur vote dans un sens favorable au candidat qu’il soutient.
A côté de ces critères qui façonnent la transparence du processus électoral et que l’on
pourrait considérer comme classique, le critère de « l’inclusivité » s’ajoute comme élément
conditionnant la crédibilité de ce processus. Elle postule la participation au scrutin de « tous »
les citoyens en âge de voter, y compris les personnes vivant avec un handicap. La
participation politique des handicapés est une exigence forte dans le monde contemporain et
rendue encore plus impérieuse depuis l’avènement de la convention relative aux droits des
personnes handicapées (CDPH)1282. Elle prévoit notamment en son article 29 que « Les États
Parties garantissent aux personnes handicapées la jouissance des droits politiques et la
possibilité de les exercer sur la base de l’égalité avec les autres (…)».
Bien que le Cameroun ne soit pas encore partie à la CDPH en attendant la ratification
du texte consécutive à sa signature intervenue, le 1er octobre 2008, et nonobstant l’unique
dispositif législatif d’assistance aménagée1283, ELECAM a entrepris de nombreuses de
mesures importantes afin d’améliorer l’inclusivité des élections au Cameroun du point de vue
de la participation des personnes handicapées. Elles ne peuvent qu’être salutaires.
Au terme des opérations de vote, il est Procédé au dévoilement de la volonté des
électeurs à travers le dépouillement, l’identification puis le décompte, des bulletins de vote.
Le principe cardinal en la matière étant la transparence, le code électoral aménage surtout le
cadre institutionnel du dépouillement en spécifiant les commissions électorales intervenant
1281
Article 289 du code électoral camerounais.
1282
Cette convention a adoptée le 13 décembre 2006 et entrée en vigueur le 03 mai 2008.
1283
Le code électoral camerounais, en son article 105 prévoit « Tout électeur atteint d’une infirmité ou se
trouvant dans un état physique le mettant dans l’impossibilité d’effectuer seul les opérations de vote décrites aux
articles 103 et 104 ci-dessus, peut se faire assister par un électeur de son choix. (Ce dernier) doit être inscrit sur
la liste électorale du bureau de vote concerné. Il ne doit être ni candidat, ni mandataire d’un candidat, d’une
liste de candidats ou d’un parti politique. Il ne peut assister plus d’une personne le jour du scrutin ».
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 376
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
aux différentes phases du dépouillement ainsi que leurs pouvoirs, jusqu’à la proclamation des
résultats par le Conseil constitutionnel et éventuellement le contentieux qui peux en découler.
2. La phase post-électorale
La phase post-électorale comprend le contentieux électoral (a) et la proclamation des
résultats (b).
a. Le contentieux électoral
« L’engagement et parfois la passion qui caractérisent le comportement des
candidats à une élection, rendent inévitable la survenance des contestations »1284. Ce
postulat pose le problème de l’existence de mécanismes fiables de garantie de la sincérité des
consultations électorales qui soient structurés autour d’organes à même d’exercer un contrôle
à la fois impartial et objectif. La question est d’importance, car «c’est dans la définition de
l’opération électorale et dans celle des contrôles qui peuvent l’affecter qu’une société
inscrit le plus sûrement la conception qu’elle se fait de la démocratie –pas seulement de ses
principes généraux, mais aussi de ses modalités concrètes»1285. Les élections au Cameroun,
depuis 1992, ne dérogent pas à cette réalité ; elles offrent un champ d’analyse intéressant pour
appréhender le contentieux électoral.
Perçu comme « le moyen le plus visible de concrétisation et d’effectivité d’un
système normatif »1286, le contentieux électoral est appréhendé par le professeur Maurice
KAMTO comme « l’ensemble des contestations ou de litiges liés à l'organisation, au
déroulement, et aux résultats des élections, ainsi que de l'ensemble des règles régissant la
solution de ces litiges par le juge »1287. Cette analyse nous permet d’affirmer que les
dispositions électorales relatives au contentieux sont destinées à « prévenir ou à régler »1288
les conflits électoraux. Ainsi, l’intervention du juge constitutionnel dans le contentieux
1284
BEDJOKO MBASSI, Le processus électoral au Cameroun,[Link]. p.44.
1285
DELPEREE (F.), Contentieux électoral, Paris, PUF, 1998, p. 12.
1286
OLINGA (A.D.), « contentieux électoral et état de droit au Cameroun », in Juridis périodique, n°41, 2000,
p.35.
1287
KAMTO (M.), «Le contentieux électoral au Cameroun », in LexLata, n°20, novembre 1995, p. 3.
1288
MELÈDJE (D. F.), « Le contentieux électoral en Afrique », Pouvoirs, 2009/2, n° 129, pp 139-155, p. 143.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 377
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
électoral peut être analysée sous deux aspects. D’abord, la première intervention du juge a un
caractère préventif des conflits électoraux ; Ensuite, l’autre intervention du juge
constitutionnel est curative. Il convient de souligner que la gestion du contentieux électoral
camerounais, est dévolue au Conseil constitutionnel en vertu de l’article 48.
L’action préventive du juge n’intervient pas à proprement parlé dans la phase post
électorale du processus électoral ; mais elle demeure importante pour prévenir les conflits qui
peuvent naitre de ce processus, l’intervention du juge en matière électorale s’inscrivant dans
une logique de sa pacification. En effet, les opérations et actes préparatoires à l’élection
pèsent lourdement sur l’issue finale du scrutin et sa sincérité. Dès lors, le contentieux y
afférent doit être examiné et réglé avant la tenue du vote dans le cadre d’un contentieux dit
préélectoral dans la phase préélectorale. Ainsi donc, « la compétence du juge constitutionnel
a pour objet d’apaiser les tensions résultant souvent de l’absence de consensus entre les
différents acteurs en raison de la délinquance normative des pouvoirs en place »1289. La loi
peut parfois faire ou favoriser l’élection d’un candidat en faussant les principes qui
gouvernent un scrutin sincère et démocratique. Olivier IHL soutient à cet effet que « la
législation électorale contribue à standardiser et normaliser la compétition, elle est aussi
àl’origine de savoir-faire frauduleux. L’excellence manœuvrière consiste maintenant à
savoir jouer avec les règles jusqu’à les transgresser mais en paraissant toujours rester en
règle »1290. L’on peut alors convenir avec Stéphane BOLLE que « l’intervention en amont
d’une Cour ou d’un Conseil constitutionnel, que ce soit par le règlement approprié de
conflits préélectoraux ou par une judicieuse régulation des premières étapes du processus
électoral, peut éviter la survenance d’une crise»1291.
Les opérations préélectorales étant plurielles, le contentieux susceptible de naître lors
du déroulement de ces opérations l’est de même. Concrètement, en phase préélectorale, il
existe autant de régimes contentieux que de catégories d’opérations. Suivant la logique de
1289
SÈNE (M.)La juridictionnalisation des élections nationales en Afrique noire francophone: les exemples du
Bénin, de la Côte d'Ivoire et du Sénégal. Analyse politico-Juridique, thèse de doctorat PHD, université de
Toulouse, en cotutelle l'Université Cheikh Anta DIOP de Dakar 2017, p.172-173.
1290
IHL (O.), « Tour de main et double jeu. Les fraudes électorales depuis la révolution française », in Yves
POIRMEUR, Pierre MAZET, (Dir.), Le métier politique en représentation, Paris, l’Harmattan, 1999, pp. 51-88.
1291
BOLLE (S.), « Les juridiction constitutionnelles africaines et les crises électorales », in Les Cours
constitutionnelles et les crises, Association des Cours constitutionnelle ayant en partage l’usage du français,
5ième congrès, Cotonou, 22-28 juin 2009, p. 3.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 378
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Christian POUT, le contentieux préélectoral peut se résumer autour du « contentieux du
suffrage et (du) contentieux de la campagne électorale »1292. En effet, le droit de suffrage
comporte deux volets : le droit d’élire et le droit d’être élu. « Au plan procédural, le premier
suppose l’inscription sur une liste électorale et la détention d’une carte d’électeur. Quant
au second, il est subordonné à la satisfaction aux conditions d’éligibilité qui détermine la
possibilité de faire acte de candidature à une élection. En conséquence, le contentieux du
suffrage recouvre l’ensemble des litiges susceptibles de naître de ces différentes opérations,
c’est-à-dire le contentieux des listes et cartes électorales et le contentieux de l’éligibilité et
des candidatures »1293. Le contentieux de la campagne électorale pour sa part porte sur les
litiges liés aux couleurs, sigles et symboles1294 d’une part et sur les litiges relatifs aux atteintes
à l’honneur des candidats1295 pendant la campagne électorale d’autre part.
Relativement à l’intervention curative du juge, elle s’opère dans le cadre du
contentieux post-électoral. Elle consiste à régler les différends survenus à l’occasion des
opérations électorales, car les opérations de vote et de dépouillement restent « décisives »1296
pour l’issue du scrutin. Ces différends donnent naissance à des crises ou conflits
postélectoraux. Ces conflits portent essentiellement sur la régularité des opérations électorales
et la sincérité des résultats. Chaque parti essaie de s’arroger la victoire en accusant son
adversaire d’user de fraudes électorales. En effet, les opérations de vote ou du dépouillement
doivent faire l’objet d’un examen minutieux. La difficulté du contentieux postélectoral réside
dans le caractère subjectif de la notion de sincérité du scrutin. Il revient au juge d’exercer un «
contrôle réaliste, qui ne consiste pas à censurer toutes les irrégularités, mais seulement à
apprécier la sincérité du scrutin avec le souci de respecter l’expression du suffrage
1292
POUT (C.) ATEBA EYONG (R.), Éléments de référence pour un dialogue participatif sur les élections au
Cameroun, [Link].p.84.
1293
Idem.
1294
Ce contentieux est régi par la loi n° 97/020 du 9 septembre 1997 modifiant et complétant certaines
dispositions de la loi n° 92/010 du 17 décembre 1992 fixant les conditions l’élection et de suppléance à la
présidence de la République.
1295
Selon l’article 260 (2) du code électoral, « Les atteintes à l’honneur des candidats, ainsi que toutes autres
infractions, sont poursuivies devant la juridiction de droit commun saisie sur simple requête. La juridiction de
droit commun statue dans un délai maximum de quatre (04) jours à compter de la date de saisine. Elle peut
prononcer la disqualification d’un ou de plusieurs candidats ».
1296
Lire. CAMBY (J. P.), « Dialogue des juges et contentieux électoral », in Le dialogue des juges, Mélanges en
l’honneur du Président Bruno Genevois, Dalloz, 2009, p.147.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 379
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
universel»1297. Pour ce faire, il doit recourir aux éléments légaux et aux principes généraux du
droit électoral pour apprécier la sincérité des résultats. Mais, de façon subsidiaire, et lorsque le
droit ne lui permet pas de juger de la sincérité des résultats, le juge constitutionnel va faire
recourt à son pouvoir d’appréciation notamment celui du principe de l’effet utile ou principe
de l’influence déterminante1298 qui est essentiellement subjectif. Du fait de l’importance de ce
pouvoir, Stéphane GAUTHIER se demande si le juge n’est pas aujourd’hui investi de
pouvoirs démesurés1299. En conséquence, le juge électoral fait très souvent l’objet de vives
critiques lorsqu’il valide ou invalide une élection en usant de ce pouvoir. Quoi qu’il en soit,
Par cette intervention, le juge cherche à régler les conflits postélectoraux pour pacifier
l’accession au pouvoir politique.
b. La proclamation des résultats
La proclamation des résultats de l’élection Présidentielle au Cameroun est une étape
cruciale du processus électoral. Elle intervient normalement au terme du décompte des voix et
du contentieux électoral. Cette proclamation soulève deux préoccupations : la première est
relative aux modalités de détermination du vainqueur des élections, et la seconde porte sur
l’identification des organes compétents pour procéder à la proclamation officielle et définitive
des résultats.
En ce qui concerne la première préoccupation, le code électoral prévoit en son article
116 (3) un scrutin majoritaire uninominal à un tour. Sur cette base, est déclaré élu, le candidat
ayant obtenu même une majorité relative des suffrages exprimés. Ce mode de scrutin fait
l’objet d’une critique forte et récurrente qui met en avant trois considérations principales.
Premièrement le déficit de légitimité d’un Chef d’Etat élu, le cas échéant, à une majorité
relative seulement, et qui s’aggrave particulièrement en cas de forte abstention.
Deuxièmement, le non encouragement des forces politiques de la majorité au compromis en
raison d’un mode de scrutin excluant la phase incontournable de transaction politique liée à
1297
TOUVET (L.), DOUBLET (Y-M.), Droit des élections, Paris, Economica, 2007, pp. 496-497.
1298
LUCHAIRE (F.), « Le Conseil constitutionnel en accusation », Le Monde, 20_21 août 1978.
1299
GAUTHIER (S.), Le juge judicaire, juge électoral. Vers une harmonisation du contentieux des élections,
Presses Universitaire d’Aix-Marseille, 2007, 458 p., p. 284.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 380
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
l’exigence de constitution d’un socle de majorité absolue propre au scrutin majoritaire à deux
tours. Et troisièmement, ce mode de scrutin voue à l’échec le projet d’alternance politique de
toute opposition se confrontant en rang très dispersés à un parti majoritaire ultra dominant.
Relativement à la préoccupation liée à l’identification des organes compétents pour
procéder à la proclamation officielle, elle trouve toute sa pertinence dans un contexte africain
et Camerounais en particulier où la diffusion de résultats tendanciels par des acteurs tiers où
même certains candidat avant la proclamation officielle des résultats, est devenue une pratique
constante. De telles démarches sont devenues récurrentes par les facilités offertes par les
NTIC et les réseaux sociaux. En effet, cette pratique liée à la diffusion de tendances des
résultats peut s’inscrire dans le cadre d’une manœuvre politique visant à décrédibiliser par
avance les résultats qui seront rendus officiels par les instances publiques et préparer ainsi les
arguments d’une contestation postélectorale non institutionnelle le cas échéant. Pour faire face
à cette situation, la loi fondamentale désigne clairement la seule autorité compétente pour
proclamer de façon officielle et définitive les résultats de l’élection Présidentielle. Elle
proclame dans son article 48 que « Le Conseil Constitutionnel veille à la régularité de
l’élection présidentielle, (et) en proclame les résultats ». Le code électoral se montre plus
précis sur la question et dispose en son article 137 que « Le Conseil Constitutionnel arrête et
proclame les résultats de l’élection présidentielle dans un délai maximum de quinze (15)
jours à compter de la date de clôture du scrutin ».
En somme, malgré la libéralisation de la vie politique africaine sous l’influence
conjuguée des facteurs internes et internationaux qui n’a que timidement débouché sur un
changement conséquent des habitudes politiques restées monopolistiques, celle-ci demeure
encore sous l’influence des pratiques propres aux régimes autoritaires1300: Musellement de
l’opposition politique malgré les apparences de pluralisme par le parti dirigeant1301, caractère
fictif du droit de suffrage1302, longévité particulière des gouvernants sous fond de révision
1300
KONTCHOU KOUOMEGNI (A.), « Idéologie et institutions politiques : l’impact de l’idée de l’unité
nationale sur les institutions politiques de l’Etat camerounais », in G. CONAC (dir.), Dynamiques et finalités des
droits africains, Paris, Economica, 1980, pp. 442-446.
1301
POKAM (H. D. P.), « L’opposition dans le jeu politique en Afrique depuis les années 1990 », Juridis
Périodique, n°41, janvier-février-mars 2000, pp. 53-62.
1302
COULIBALEY (B.), « Le pouvoir de suffrage dans le nouveau constitutionnalisme africain », Annales de la
Facultés des Sciences Juridiques et Politiques de l’Université de Dschang, tome 2, 1998, pp. 17-48 ;
SINDJOUN (L.), « Le paradigme de la compétition électorale dans la vie politique : entre monopole politique,
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 381
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
constitutionnelle visant à faire sauter le verrou de la limitation des mandats1303. Revenant à la
thématique objet de la présente étude, la fin du processus électorale marque la fin du mandat
de l’intérimaire.
Section II : La fin du mandat de l’intérimaire
Ainsi que l’affirmait le Professeur BIDEGARAY, la notion de transition politique est
« équivoque et conceptuellement dangereuse car véhiculant l’idée d’une progression
linéaire fort discutable. De surcroît, sa pratique est fort ambiguë et rien ne garantit que les
règles de négociation démocratique ne satisfassent des populations»1304. La mission
principale du président intérimaire est donc de faciliter le processus de transition politique au
sommet de l’Etat en organisant la dévolution du pouvoir (paragraphe I). En effet, à l’issue
de la transition, le pouvoir change, sinon de conception, du moins de mains. Durant son
mandat, de nombreux obstacles sont susceptibles de perturber la gestion de la transition
(paragraphe II).
Paragraphe I : la dévolution du pouvoir politique
La fin du mandat du président de la république intérimaire marque la fin de la
transition politique. Cette dernière s’achève concrètement avec la dévolution du pouvoir
politique au vainqueur du suffrage. Définit comme la « transmission d’un bien ou d’un
pouvoir d’une personne à une autre »1305, la dévolution est une technique de transfert de
pouvoir d’un gouvernant à un autre. Elle peut consister en un simple changement de personne
(A), on parle de dévolution néo-patrimoniale du pouvoir ; ou encore un changement de
système (B), on parle de dévolution démocratique du pouvoir.
Etat parlementaire et Etat seigneurial », in SINDJOUN (L.) (dir.), La révolution passive au Cameroun : Etat,
société et changement, CODESRIA, 1999, pp. 269-330.
1303
LOADA (A.), « La limitation du nombre de mandats présidentiels en Afrique francophone », [Link]., pp.
138-174.
1304
BIDEGARAY (Ch.), « Réflexion sur la notion de transition en Europe Centrale et Orientale », Pouvoirs, n°
65, 1993, pp. 129-144, spéc., p. 130.
1305
El Hadj MBODJ, La succession du chef d’Etat en droit constitutionnel africain, thèse précité, p.8.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 382
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
A. La dévolution néo-patrimoniale du pouvoir : un changement de
personne
« Si, au plan du droit constitutionnel, l’empêchement du Chef de l’État pose le
problème de la garantie de la continuité du pouvoir, il semble que dans les États africains
actuels il pose surtout celui de la continuité ou de la survie du régime politique. Le
problème se pose en termes de succession, et non en termes d’intérim. Les cas du
Cameroun et du Sénégal obéissent rigoureusement à la préoccupation d’assurer par une
transmission du pouvoir politiquement préparée et juridiquement garantie, la sauvegarde
d’un héritage politique»1306. Par ces propos du Professeur Maurice KAMTO, il ressort que
l’idée d’un simple changement de personne dans la dévolution du pouvoir politique renferme
la volonté de perpétuer un système. Il peut s’agir d’une continuité pure et simple du système,
ou alors d’une continuité avec des adaptions qui n’altèrent pas substantiellement les bases du
système. La transition politique à l’issue d’une vacance du pouvoir ne s’arrête donc pas au
simple transfert du pouvoir. La continuité juridique s’accompagne le plus souvent d’une
continuité politique, comme ce fut le cas en 1982 au Cameroun. La dévolution du pouvoir
politique ici n’a pas entrainé une rupture radicale avec l’ordre dirigeant précédent, malgré le
changement de personnage. Il était plutôt question d’une succession constitutionnelle.
En effet, la dévolution du pouvoir est souvent perçue en Afrique comme un « test de
stabilité des régimes en développement»1307. Le Professeur MBODJ note à ce sujet que «la
fonction manifeste des mécanismes successoraux en Afrique est de permettre aux pères-
fondateurs de mettre en place une équipe chargée de veiller à la survie du régime»1308. La
notion de succession elle-même, perçue sous l’angle constitutionnel et politique, met l’accent
sur le transfert ordonné du pouvoir de l’Etat. COAKEY la considère comme « un transfert
pacifique du pouvoir effectué d’une portion de l’élite à une autre ou, dépendant des
circonstances de matières et de définitions, d’une élite à une autre, à l’intérieur d’une
1306
Voir KAMTO (M.): « Le dauphin constitutionnel dans les régimes politiques africains : les cas du Cameroun
et du Sénégal », Revue Penant, Volume 93, n°781/782, 1983, Résumé.
1307
Voir TARMAN « The Roots of PoliticalStability in Kenya », AfricanAffairs, Volume 77, n°308, july1978,
p.319, cité par, EL HADJ MBODJ, La succession du chef d’Etat en droit constitutionnel africain, thèse
précitée, p.5.
1308
El Hadj MBODJ, La succession du chef d’Etat en droit constitutionnel africain, thèse précitée, p. 319.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 383
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
structure de règles autoritaires établies »1309. La succession, stricto sensu, concerne alors la
circulation des élites beaucoup plus que la succession des régimes constitutionnels. C’est
pourquoi, les successeurs ne s’inscrivent pas dans une logique de rupture avec l’ordre
antérieur, leur mission étant essentiellement « de perpétuer les fondements du régime et de le
stabiliser dans le temps »1310.
En ce qui concerne le cas spécifique du Cameroun, la loi constitutionnelle proclame
en son article 2 que « les autorités chargés de diriger l’Etat tiennent leurs pouvoirs du
peuple par voie d’élections au suffrage universel ». Cette disposition, en marquant la rupture
d’avec toute forme de dévolution successorale du pouvoir telle qu’il a été observé d’antan,
s’inscrit dans une démarche de démocratisation de la dévolution du pouvoir politique. Le
Professeur Luc SINDJOUN écrit fort opportunément à ce sujet que : « Le régime de
l’élection présidentielle concurrentielle inscrit l’alternance dans l’agenda politique. Et
pourtant, lePrésident Paul BIYA ne semblepas pour l’instant impliqué dans une stratégie
successorale. L’alternance néo-patrimoniale, au terme de laquelle un Premier Ministre
dauphin par exemple devient Président de la République en cas de vacance de pouvoir,
n’est plus possible au Cameroun (…)»1311. En effet, cette logique successorale de dévolution
du pouvoir tranche radicalement avec l’idéal démocratique poursuivi par les Etats Africains.
D’ailleurs le Professeur Alain Didier OLINGA soutient à cet égard qu’« au moment où les
sociétés africaines entendent, vaille que vaille, enjamber le chemin de la démocratie
pluraliste, en consolidant la dévolution électorale du pouvoir politique, il peut être
déroutant de raisonner en termes de succession pour traiter du problème de la transition ou
du changement au sommet de la structure étatique ; la sémantique successorale, en soi,
(pouvant) relever de la provocation, ou à tout le moins de l'anachronisme analytique »1312.
1309
COAKEY (J.), « Political Succession During The Transition to Independance: Evidence from Europe »; in
Peter CALVERT, The Process of Political Succession, Mac MillanPress, 1987, p.59 et s. Cité par El Hadj
MBODJ, La succession du chef d’Etat en droit constitutionnel africain,thèse précitée, p.11.
1310
Ibid., p. 320.
1311
SINDJOUN (L.): « Le Président de la République au Cameroun (1982-1996) : Les acteurs et leur rôle dans le
jeu politique », GRAPS, n°50, 1996, p.18.
1312
Voir OLINGA (A.D.), « Aspects juridiques de la succession à la tête de l’Etat au Cameroun », in Une
succession démocratique est-elle (im) possible au Cameroun ? Dossier coordonné par Mathias Éric OWONA
NGUINI, Germinal, 28 juillet 2010, p.3.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 384
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
B. La dévolution démocratique du pouvoir : un changement de
système
Après un peu plus d’une trentaine d’années d’ « élections sans choix»1313, le vent de
démocratisation qui a soufflé sur les pays africains au tournant de la décennie 90 a apporté
avec lui, sous la pression politique « du dedans » et « du dehors »1314, l’exigence d’une
restauration des mécanismes de la libre compétition politique. Cette situation a soulevé le
problème de l’alternance démocratique en Afrique qui irrigue bien des débats sur le
continent1315 dans un contexte où les stigmates d’une gestion autoritaire et néo-patrimoniale
1313
Pour parler comme HERMET (G.), « Les élections sans choix », RFSP, vol. 27, 1977, pp. 30-33.
1314
Allusion à SAVONNET–GUYOT (C.), « Le « dedans » et le « dehors », le « haut » et le « bas ». Réflexions
sur les sites d’observation du « politique africain », RFSP, vol. 31, n° 4, pp. 799-804.
1315
Lire sur cette question KANTÉ (B.), « Alternance politique et alternative démocratique en Afrique », in
Mélanges offerts à Thomas FLEINER, L’homme et l’État, Genève, Éditions Universitaires de Fribourg, 2003, p.
489 ; HOLO (T.), « Les défis de l’alternance démocratique en Afrique », Actes de la conférence internationale
de Cotonou du 23 au 25 février 2009, Fonds des Nations Unies pour la démocratie et Institut des droits de
l’homme et promotion de la démocratie, p. 1 ; MANGA (P.), « Réflexions sur la dynamique constitutionnelle en
Afrique », RJPIC, 1994, pp. 46-69 ; YEDOH LATH (S.), Les évolutions des systèmes constitutionnels africains
à l’ère de la démocratisation, Thèse de Doctorat en Droit, Abidjan, Université d’Abidjan-Cocody, novembre
2008 ; BOLLE (S.),« Obligations constitutionnelles et légales des gouvernants et autres responsables politiques
nationaux : Gouvernement, Assemblée nationale et institutions de l’État », Communication prononcée lors de la
Conférence internationale sur les défis de l’alternance démocratique, Cotonou, 23 au 25 février 2009 ;
FOUCHER (V.), « Difficiles successions en Afrique subsaharienne : persistance et reconstruction du pouvoir
personnel », Pouvoirs, n°129, avril 2009, pp. 127-137 ; MILHAT (C.), « Le constitutionnalisme en Afrique
francophone. Variations hétérodoxes sur un requiem », Politeia, n° 7, printemps 2005, pp. 677 et suiv. ;
KAMTO (M.), « Quelques réflexions sur la transition vers le pluralisme au Cameroun », in CONAC (G.) (dir.),
L’Afrique en transition vers le pluralisme politique, op. cit., pp. 209-236 ; A. BOURGI, « Les chemins difficiles
de la démocratie en Afrique de l’Ouest », La Revue Socialiste, n° 35, L’Afrique en question, 3ème trimestre
2009, pp. 27-32 ; AHADZI NONOU (K.), « Les nouvelles tendances du constitutionnalisme africain : le cas des
États d’Afrique noire francophone », La Revue du CERDIP, volume 1, n° 2, juillet-décembre 2002 ;
ALLOGNON MAHOUSSI (G.), « L’alternance politique en Afrique », RID, n° 43, 2012, p. 13 ; J.-L.
QUERMONNE, « Existe-t-il des solutions de rechanges à l‘alternance ? », in Mélanges en hommage à M.
DUVERGER, Droit, institutions et systèmes politiques, Paris, PUF, 1987, p. 382 ; du même auteur L’alternance
au pouvoir, Paris, Montchrestien, 2003, p. 49 ; MELEDJE (F.D.), « Principe majoritaire et démocratie en
Afrique », Revue Ivoirienne de Droit, n° 39, 2008, pp. 30 et suiv. ; MOMO (C.), « L’alternance au pouvoir en
Afrique subsaharienne francophone », RRJ2011-2, p. 923 ; FALL (A.B.), « La démocratie sénégalaise à
l’épreuve de l’alternance », Revue électronique Afrilex, n° 5, 2006, pp. 5 et suiv. ; HAMON (L.), « Nécessité et
condition de l’alternance », Pouvoirs, n° 1, 1977, pp. 31 et suiv. ; DUHAMEL (O.) et MÉNY (Y.), Droit
constitutionnel, Paris, PUF, 1992, p.26 ; ABDOURHAMANE (B. I.), « Alternances militaires au Niger »,
Politique africaine, n° 74, pp. 85-94 ; ISSA (S.), « Les militaires et l’alternance démocratique en Afrique :
permanences et ambivalences », Actes de l’Atelier surla promotion des transitions démocratiques pacifiques en
Afrique, Bamako, novembre 2008, pp. 44 et suiv. ; QUANTIN (P.), « La démocratie en Afrique à la recherche
d‘un modèle », Pouvoirs, n° 129, 2009/2, p. 67 ; ROUQUIÉ (A.), « Changement politique et transformation des
régimes », in GRAWTIZ (M.) et LECA (J.) (dir.), Traité de Science politique, Les régimes politiques
contemporains, Paris, PUF, 1985, p. 601 ; HAURIOU (M.), Précis de droit constitutionnel, 2ème édition, Paris,
Sirey, 1929, p. 70 ; DABEZIES (P.), « L’alternance dans les dictatures militaires du tiers-monde », Pouvoirs, n°
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 385
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
du pouvoir présidentiel sont encore perceptibles. La dévolution démocratique du pouvoir c’est
alors imposé comme un élément clé de la démocratisation de la société. Elle renvoie à une
véritable alternance démocratique, c’est-à-dire la faculté juridiquement organisée pour des
partis politiques ayant des projets de sociétés différents de se succéder au pouvoir par le jeu
des règles démocratiques de dévolution et d’exercice du pouvoir fondé sur la souveraineté du
peuple1316. Elle « favorise une rotation des idéologies politiques et permet de renforcer la
légitimité, voire la crédibilité d’un système politique»1317.
En effet, la dévolution démocratique du pouvoir intervient lorsque des partis
appartenant à des courants politiques différents se succèdent au pouvoir. Elle permet ainsi
d’assurer successivement le changement de majorité après l’organisation d’élections
présidentielles1318. S’inscrivant donc dans une perspective de démocratie pluraliste, la
dévolution démocratique du pouvoir politique qui est l’alternance démocratique renvoie à un
mode de dévolution du pouvoir consistant dans le remplacement idéologique d’une majorité
politique par une autre, au moyen de l’exercice du droit de vote1319. De ce fait, deux critères
semblent caractériser la dévolution démocratique du pouvoir : le critère du moyen et celui de
la fin. Le critère du moyen renvoie à l’intervention d’un processus électoral sincère. Quant au
critère de la fin, il renvoie au fait que les partis politiques d’obédience différentes se
succèdent à la tête de l’Etat.
S’il est constant que dans les régimes démocratiques, la dévolution du pouvoir
consiste en une succession périodique des gouvernants en conformité avec la volonté du
peuple exprimée par les élections1320, la réalité en Afrique est tout autre. Ici la dévolution du
pouvoir est influencée par les rapports de force au niveau interne et international qui
instrumentalisent la volonté du peuple. Cet état de chose entraine le fait que, presque toutes
les successions au sommet de l’Etat dans les pays noirs d’Afrique s’opèrent sous fond de
1, 1977, pp. 113 et suiv. ; L’alternance et les règles du jeu démocratique au Burkina Faso, Rapport du Centre
pour la Gouvernance Démocratique au Burkina Faso, 2008, 89 pages.
1316
FALL (I.), Sous-développement et démocratie multipartisane. L’expérience sénégalaise, Dakar, Abidjan,
N.E.A 1977, p. 71.
1317
ETEKOU BEDIS (Y. S.), L’alternance démocratique dans les Etats d’Afrique francophone, Thèse pour le
doctorat en Droit Public, Université Paris-Est et Université Cocody-Abidjan, 2013, p. 27
1318
Ibid, p. 32.
1319
AVRIL (P.) et GICQUEL (J.), Lexique de droit constitutionnel, Paris, PUF, 2003, p. 8
1320
SEURIN (J.L.), « Pour une analyse conflictuelle du rapport majorité opposition en démocratie pluraliste », in
La Démocratie Pluraliste, textes réunis et présentés par SEURIN (J.L.), Paris, Economica, 1981, pp.-102-137.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 386
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
crise. Ainsi, le constat est vite fait ; l’alternance en Afrique est la résultante d’un coup de
force destiné à provoquer un bouleversement profond dans l’architecture du régime1321. La
résurgence des procédés violents pour s’emparer de manière brutale et soudaine du
pouvoir tend à être considérée de plus en plus comme salutaire dans le contexte politique
africain. En conséquence, au-delà du simple changement d’homme, certaines transitions
politiques à la suite de la vacance du pouvoir en Afrique noire ont débouché sur une véritable
alternance tout au moins du point de vue de la forme ; ce qui malheureusement ne constitue
pas une dévolution démocratique du pouvoir, du fait l’absence du peuple souverain dans ce
processus.
Paragraphe II : les obstacles à l’exercice du pouvoir par l’intérimaire
Les entraves à l’exercice du pouvoir par le Président intérimaire sont relatifs d’une
part à sont investiture (A) et d’autre part à la gestion de la transition (B).
A. Les obstacles à l’investiture de l’intérimaire : la guerre de présence au
parlement
La bataille de la préséance successorale entre les présidents des deux chambres du
Parlement1322 doit être prise très au sérieux par tous ceux qui se préoccupent de la stabilité des
institutions nationales. Il convient de rechercher la cause (1) et de tirer la conséquence de ce
conflit (2).
1. Les causes du conflit : un bicaméralisme relativement égalitaire
La majorité des constituants d’Afrique noire confèrent aux deux chambres
parlementaires c’est-à-dire l’Assemblée Nationale et Sénat, les mêmes pouvoirs
1321
Lire. TUEKAM TATCHUM (C.), L’intérim du Président de la République dans le nouveau
constitutionnalisme des Etats d’Afrique d’expression française, Thèse précitée. P.362.
1322
La rivalité qui oppose les présidents des deux chambres se manifeste constamment à l’occasion des vœux de
nouvel an. Cette fois encore, le Président de l’Assemblée nationale a reçu les souhaits de bonne année 2018, peu
de temps seulement après le Président de la République, question de devancer son homologue du Sénat dans cet
exercice apparemment banal, mais au combien significatif de la bataille de positionnement entre les éventuels
successeurs du Président de la République.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 387
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
constitutionnels, permettant ainsi de parler d’un « bicaméralisme relativement équilibré»1323.
Par conséquent, la deuxième chambre du Parlement dispose d’un véritable pouvoir normatif
ainsi que d’un réel pouvoir de contrôle. Il en est ainsi du Cameroun où la chambre haute
dispos ce faisant et au même titre que la chambre basse de pouvoirs législatifs et
extralégislatifs.
Dans le cadre de la procédure législative, la seconde chambre doit se contenter le
plus souvent, du rôle de chambre de « deuxième lecture ». Or, il est manifeste que
l’Assemblée chargée de se prononcer en première lecture sur un texte est susceptible
d’exercer une influence déterminante sur le déroulement de la procédure. En effet, «
l’assemblée prioritaire marque de son empreinte le cours de la procédure législative »1324.
Pour cette raison, certains pays ont choisi de rétablir l’égalité entre les deux chambres. Au
Cameroun, « l’initiative des lois appartient concurremment au Président de la République
et aux membres du Parlement»1325. Les projets et propositions de lois sont déposés à la fois
sur le bureau de l’Assemblée nationale et sur celui du Sénat1326. Le bicamérisme égalitaire se
manifeste également dans le domaine des révisions constitutionnelles.
Toute proposition de révision doit être déposée au bureau de l’Assemblée nationale
par au moins un tiers des députés ou sur le bureau du Sénat par au moins un tiers des
sénateurs. La révision est acquise soit par voie référendaire, soit par voie parlementaire.
Lorsque la voie parlementaire est retenue, le projet ou la proposition de révision doit être voté
respectivement par l’Assemblée nationale et le Sénat en termes identiques. A côté de sa
fonction normative, le Sénat dispose d’une fonction de contrôle.
Le contrôle est une mission primordiale des parlements contemporains dans la
mesure où il permet de « surveiller la mise en œuvre de la politique nationale, d’en vérifier
la conformité aux attentes des populations et de sanctionner éventuellement son
inexécution ou sa mauvaise exécution »1327. Cette fonction de contrôle s’exerce dans le cadre
1323
Voir SY (P. M.) : « Le bicaméralisme au Sénégal », Revue de l’Association sénégalaise de droit pénal, n°9,
2010, p.156.
1324
HANICOTTE (R.), « Priorité au Sénat », Pouvoirs, n°111, 2004, p. 163.
1325
Voir Loi n°96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la Constitution du 02 juin 1972, article 25.
1326
Ibid. article 29.
1327
MOUBITANG (E.), « la succession constitutionnelle du président de la république du Cameroun : entre
l’intérim et le dauphinat »,[Link]. p.26.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 388
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
de la Constitution et ses modalités varient en fonction de la nature parlementaire ou
présidentielle du régime politique en place1328. Le Sénat joue également un rôle important
dans la préservation de l’État de droit. En effet, « Avant leur promulgation, les lois ainsi que
les traités et accords internationaux peuvent être déférés au Conseil Constitutionnel par
(…) le Président du Sénat (…) ou un tiers des sénateurs (…). La saisine du Conseil
Constitutionnel suspend le délais de promulgation»1329.A ce titre, le Sénat participe à la
protection de l’ordre constitutionnel et subséquemment à celle des libertés publiques et autres
fondements de l’État de droit. Pour autant, le bicaméralisme institué au Cameroun est loin
d’être entièrement, parfaitement égalitaire, au regard de la prépondérance des pouvoirs de
l’Assemblée nationale.
L’élection de l’Assemblée nationale au suffrage universel direct1330 lui assure une
certaine primauté sur le sénat1331 au sein du Parlement qui se traduit dans les dispositions
constitutionnelles par la détention de pouvoirs plus importants, que ce soit en termes de
compétences législatives et représentatives ou de contrôle du Gouvernement.
En effet, au terme d’une navette législative1332 sans issue entre les deux chambres du
Parlement et si la commission mixte paritaire convoquée par le Président de la République ne
parvient pas à adopter un texte commun, le Président de la République peut «soit demander à
l’Assemblée nationale de statuer définitivement, soit déclarer caduc le projet ou la
proposition de loi »1333. Par ailleurs la Primauté de l’Assemblée Nationale est perceptible, «
lorsque le Parlement se réunit en congrès, la constitution donne compétence au « bureau
de l’Assemblée nationale (de) préside les débats »1334.
La prépondérance de l’Assemblée nationale en tant qu’institution la plus
représentative des aspirations du peuple camerounais est encore plus manifeste en matière de
1328
SY (P. M.): « Le bicaméralisme au Sénégal », [Link]., p.166.
1329
Voir Loi n°96/06 du 18 janvier 1996, [Link]., article 43(3).
1330
Aux termes de l’article 15 (1) de la Loi n°96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la Constitution du 02
juin 1972, « L’Assemblée nationale est composée de cent quatre-vingt (180) députés élus au suffrage universel
direct et secret (…) ».
1331
Conformément à l’article 20 (1), « Le Sénat représente les collectivités territoriales décentralisées. Chaque
région est représentée au Sénat par dix (10) sénateurs dont sept (7) sont élus au suffrage universel indirect sur
la base régionale et trois (3) nommés par le Président de la République ».
1332
Article 30 de la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996.
1333
Ibid., article 30.
1334
Ibid., article 14 (4).
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 389
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
représentativité. En effet, à l’issu du processus électoral, Le Président de la République élu,
pour entrer en fonction« prête serment devant le peuple camerounais, en présence des
membres du Parlement, du Conseil Constitutionnel et de la Cour Suprême réunies en
séance solennelle. Le serment est reçu par le Président de l’Assemblée nationale »1335.
Enfin, en matière de contrôle, la Constitution camerounaise aménage des mécanismes de mise
en jeu de la responsabilité du gouvernement devant l’Assemblée nationale. Tous ces éléments
de prépondérance de l’Assemblée Nationale sur la Sénat peuvent susciter des appétits
« pouvoiristes » du Président de cette chambre et créer un environnement hostile en de cas
vacances à la Présidence.
2. L’implication du conflit : un intérimaire contestable
Bien que la Constitution, dans sa suprématie, expression de la pensée
constitutionnelle moderne1336, donne formellement compétence au Président du Sénat pour
assurer l’intérim présidentielle, l’on peut assister à un scénario où le Président de l’Assemblée
Nationale, fort de sa prééminence au parlement, peut commettre un détournement de
procédure, afin d’être investi Président intérimaire. Cette situation aura pour conséquence
directe la mise à l’écart du Président par intérim constitutionnellement désigné en cas de
vacance du pouvoir, et entrainer une « cacophonie constitutionnelle»1337, ce qui est
susceptible d’entrainer une crise. La crise, ici, renvoie aux situations de remise en question du
fonctionnement normal des institutions et de la loi fondamentale. C’est un moment de la « vie
sociale où le pouvoir est contesté en lui-même, où une partie de ses soutiens se dérobe, où
la dynamique des affrontements compromet les relations habituellement en vigueur entre
les groupes et où se trouvent modifiées les représentations et les croyances sur
l’organisation sociale et politique »1338. Pour Andreas MEHLER, on ne peut « parler de crise
politique qu’à partir du moment où une partie substantielle des gouvernés conteste
1335
Ibid., article 7 (1-2).
1336
MOUTON (Stéphane), « L’apport de la théorie du pouvoir constituant de Condorcet au droit constitutionnel
contemporain », article consultable sur [Link], consulté le 2 juillet 2015, 17 pages.
1337
BEN ACHOUR (R.) et BEN ACHOUR (S.), « La transition démocratique en Tunisie : entre légalité
constitutionnelle et légitimité révolutionnaire », RFDC, 2012/4 n° 92, pp. p. 717.
1338
ATANGANA AMOUGOU (J. L.), « La nature juridique des accords de paix dans l’ordre juridique interne
en Afrique », article précité, p. 218.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 390
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
ouvertement le régime »1339. Au sens juridique, une crise politique est celle dans laquelle les
protagonistes ont une lecture différente de l’application ou de l’interprétation du droit
existant1340. Au sens politique, la crise politique est celle dans laquelle les parties demandent
au contraire la modification du droit existant. Cette crise est très souvent résolue dans le
contexte africain par des compromis politiques.
En effet, lorsque l’intérimaire constitutionnel ne peut être investi à cause des
manipulations juridiques, le recours aux compromis politiques apparait très souvent comme la
solution la plus appropriée. Les situations de recours aux compromis politiques sont très
incertaines dès lors que, dans de telles hypothèses, l’intérimaire n’est pas connu d’avance. Il y
a en période de crise un désaccord entre les différents acteurs politiques sur l’exercice du
pouvoir, en l’occurrence le Président du Sénat et le Président de l’Assemblée Nationale soit
que l’un conteste la légitimité de l’autre. A partir du moment où l’application du droit est
rendue difficile et qu’on craint une exacerbation des antagonismes, la solution négociée
s’impose inévitablement. M. EHUENI MANZAN note, à cet égard, que le compromis
recherché par les acteurs est « basé sur le dialogue et la négociation, cette stratégie «
gagnant-gagnant » permet d’avoir, à l’issue du conflit, ni vainqueur ni vaincu, et donc de
limiter les sentiments de revanche pouvant déboucher sur une reprise des violences. Elle est
considérée par les acteurs de la paix comme la stratégie de pacification la plus durable et la
plus efficace »1341.
De ce fait, l’autorité désignée, souffrant d’une carence de légitimité populaire réelle
au plan interne, doit être une personnalité capable de fédérer toutes les énergies et d’apaiser
les oppositions radicales entre groupes rivaux. Il doit donc se mettre au-dessus des querelles
partisanes, ne pas partager les positions du régime déchu et agir dans l’intérêt supérieur du
peuple. A cette légitimité interne, il faut, de plus en plus, associer, depuis un certain temps en
Afrique francophone, une légitimité internationale qui devient incontournable avec le regain
d’intérêt que connait la problématique de l’internationalisation du droit constitutionnel.
1339
MELHER (A.), « Cameroun une transition qui n’a pas eu lieu », in G. CONAC (dir.), L’Afrique en transition
vers le pluralisme politique, Paris, Economica, 1990, pp.95-138.
1340
FOGUE TEDOM (A.), Enjeux géostratégiques et conflits politiques en Afriques noire, Paris, L‘Harmattan,
2008, pp.35-36.
1341
AHUENI MANZAN (I.), Les accords politiques dans la résolution des conflits armés internes en Afrique,
thèse pour le Doctorat en Droit Public, Université La Rochelle et Université Cocody-Abidjan, 2012, p.128.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 391
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Problématique que le Professeur Michel TROPER traduit par l‘idée selon laquelle « le droit
constitutionnel serait soumis au droit international ou tout au moins à son influence »1342.
L’internationalisation ne sera donc pas perçue, dans sa dimension radicale, au sens ou
l‘entend Louis DELBEZ lorsqu‘il affirme que, « d’une façon générale, internationaliser un
rapport juridique – ou une situation juridique, c’est-à-dire un ensemble de rapports –,
c’estsoustraire ce rapport au droit interne, qui le régissait jusqu’alors et le placer sous
l’empire du droit international, qui le régira dorénavant »1343.
Débouchant le plus souvent sur le partage du pouvoir à travers ce qui est
généralement appelé « gouvernement d’union nationale », l’on observe que les solutions qui
ressortent de ces compromis politiques ne créent qu’un équilibre et une stabilité précaires. En
somme, l’emprise des faits sur le droit fait état d’un processus de fabrication de l’intérimaire
en dehors des modalités constitutionnelles prévues, signe de la mauvaise gestion des
transitions.
B. Les entraves à la gestion de la transition par l’intérimaire
La gestion de la transition par l’intérimaire peut être rendue difficile du fait de
l’environnement sécuritaire peu favorable à la conduite d‘élections transparentes d’une part
(1) et d’autre part en raison du désaveu du processus électoral considéré comme peu crédible
par les différents acteurs (2).
1. Les entraves sécuritaires
La mission principale de l’intérimaire étant de faciliter la transition politique au
sommet de l’Etat, force est de reconnaitre qu‘il ne saurait remplir cette mission dans un
environnement délétère. L’intérimaire, quel qu’il soit, hérite parfois d’une situation si
conflictuelle qu’il devient difficile, voire impossible pour lui de déployer son autorité dans
l’Etat. Il serait donc difficile de croire qu’une transition pacifique et démocratique pourrait
1342
TROPER (M.) « Le pouvoir constituant et le droit international », AIDC, Volume XVI, Internationalisation
du droit constitutionnel, Tunis 2007, pp. 360.
1343
DELBEZ (L.), « Le concept d’internationalisation », RGDIP, 1967, p. 6, cité par TUEKAM TACHUM (C.),
L’intérim du Président de la République dans le nouveau constitutionnalisme des Etats d’Afrique d’expression
française, Thèse précitée, p.317.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 392
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
être organisée en cas de vacance du pouvoir présidentiel dans un contexte marqué par le
spectre d’une guerre civile. A la vérité, l’Afrique est une zone d'instabilité majeure ! Les
propos de M. Yao KOUASSI expliquent à suffisance la dégénérescence des antagonismes sur
le continent. Il note alors que, « depuis bientôt cinquante ans, l'Afrique ne vit qu'au rythme
des coups d'État militaires (75 coups d'État réussis entre 1952 et 2005) et des nombreuses
guerres civiles, (on en compte environ cinquante) qui sont l'expression dramatique de
crisessocio-politiques majeures. Le constat qui se dégage est l'image d'une Afrique abonnée
au désordre, à l'anarchie, à l'instabilité et réputée en matière de conflits de tout genre »1344.
Depuis 2014, la Cameroun vit dans un environnement sécuritaire fragile orchestré
par les terroristes de la secte BokoHaram qui, prenant ses origines en juillet 2009 au Nigéria a
déplacé ses actions vers les frontières du Cameroun et menaçant l’intégrité territoriale du
pays. Le Cameroun vit dans la hantise d’une déstabilisation sécuritaire de BokoHaram.
L’environnement sécuritaire déjà fragile s’est davantage dégradé Le conflit a dégénéré le 1er
octobre 2017, avec la proclamation symbolique d’indépendance de « l’État d’Ambazonie»
par des militants sécessionnistes. Cette crise donc les origines remonte au lendemain des
indépendances a pris des proportions inquiétantes au point de porté durement atteinte à l’unité
nationale et à l’intégrité territoriale du pays. Tous ces conflits ont entrainé une crise
humanitaire sans précédent au Cameroun entrainant de nombreuses pertes et de nombreux
déplacés. La survenance d’une situation de vacance en l’état actuel de l’environnement socio-
politique au Cameroun pourrait davantage ébranler la situation et rendre difficile la gestion
d’une transition.
Dans certains Etat, il est fait recours à une aide étrangère pour mettre fin au conflit.
En effet, la plupart des Etats d’Afrique francophone ne disposent pas d’armée capable de faire
face à certaines crises ou menaces terroristes ; elles sont sous équipée et donc incapable à elle
seule d’assurer la paix et la sécurité tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Etat. Ce soutien qui
peut être communautaire ou international prend généralement la forme d’une intervention,
très souvent fondée sur la responsabilité de protéger1345. L’ingérence étrangère apparait ainsi
1344
KOUASSI (Yao), « Le processus de formation des guerres civiles en Afrique », Conférence publique,
CRAPP, 20 octobre 2006, p.1.
1345
Voir. WESTMORELAND-TRAORÉ (J.), « Droit humanitaire et droit d‘intervention », R.D.U.S, 2003/2004,
n° 34, pp. 157-196 ; BOUSTANI (K.), « Intervention humanitaire et intervention d’humanité : évolution ou
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 393
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
comme un nouveau mécanisme de sécurisation et de normalisation des opérations
successorales en Afrique francophone en particulier.
Au Mali, l’intérim assuré par M. DIONKOUNDA TRAORE alors Président de
l’Assemblée Nationale, a la suite de la démission du Président AMADOU TOUMANI
TOURE consécutif au coup d’Etat, va durer plus d’un an à cause de la situation sécuritaire
peu favorable au déploiement de l’autorité de l‘Etat sur l’ensemble du territoire. Le spectre
d’une guerre civile ou d’une partition du pays était évident avec la terreur semée par les
groupes rebelles au nord du [Link] l’intervention et le soutien de la communauté
internationale, et particulièrement de la France, le Président TRAORE, qui échappa à une
tentative d’assassinat, n’aurait certainement pas pu gérer la transition qui se solda par
l’investiture du nouveau Chef de l’Etat malien Ibrahim BOUBACAR KEITA.
Ces interventions sont cependant diversement perçues dans la mesure où elles soulèvent une
double préoccupation portant sur le principe de souveraineté étatique. Pouvant être appréhendée
comme «la négation de toute subordination de l’Etat à l’égard des autres pouvoirs », la
souveraineté renvoie àla « qualité de puissance d’un Etat qui ne connaît aucune puissance
supérieure à la sienne »[Link] cette base, la première préoccupation est relative à la légalité des
interventions étrangères dans les conflits armés internes1347 et la seconde qui suscite le plus
d’interrogations1348 concerne la légitimité de ces dernières. Sur ce dernier point, le Professeur
Emmanuel DECAUX souligne que « la légitimité est inséparable de l’opportunité, alliant les
principes et les circonstances. Mais elle tient également compte de l’efficacité, en
considérant les résultats. Ce faisant, loin d’affirmer que les fins justifient les moyens, elle
rappelle que les conséquences peuvent hypothéquer les meilleures intentions »1349. Afin de
dépasser l‘antagonisme entre souveraineté et intervention il a été créé un concept baptisé « La
mutation en droit international », RQDI, Vol 8, n°1, pp. 103-111 ; TAWA (N. P.), « Interventions internationales
et résolution des conflits en Afrique noire : Bilan et perspectives », Note d’Analyse Politique, n°12, 2013, Institut
de Recherche et d’Enseignement sur la Paix, 7 pages ; Colloque de Nanterre, La responsabilité de protéger,
Paris, Pedone,2008, 358 pages ; CHAUMETTE (A.-L.) et THOUVENIN (J.-M.) (dir.), La responsabilité de
protéger, dix ans après, Paris, Pedone, 2011, 206 pages ; PEREZ-VERA (E.), « La protection d’humanité en
droit international », RBDI, 1998, n°2, 401-424.
1346
JELLINEK (G.), L’Etat moderne et son droit, Paris, Edition Giard et Brière, 1911, T1 et 2.
1347
DUPUIS (R. J.) et LEONETTI (A.), « La notion de conflit armé à caractère non international », in Antonio
CASSESE, The new humanitarianlaw of armedconflicts, Editoriale Scientifica, Napoli, 1979, pp. 258-276
1348
Lire avec intérêt DECAUX (E.), « Légalité et légitimité du recours à la force : de la guerre juste à la
responsabilité de protéger », Droits fondamentaux, n° 5, janvier-décembre 2005, 18 pages.
1349
Ibid., p. 10.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 394
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
responsabilité de protéger »1350. Depuis lors, L’obligation collective internationale de
protection s’est imposée et « le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures ne
saurait être invoqué pour défendre des actes de génocide ou d’autres atrocités telles que des
violations massives du droit international humanitaire ou des nettoyages ethniques massifs,
qui peuvent être dûment considérés comme une menace pour la sécurité internationale et
amener de ce fait le Conseil de sécurité à prendre des mesures »1351. A côté de ces obstacles
sécuritaires, s’ajoutent d’autres portants sur l’éventuel désaveu du jeu électoral par les acteurs.
2. L’éventuelle contestation du jeu électoral par les acteurs
« La transition démocratique implique la mise en place d’institutions
représentatives de la volonté populaire »1352. Ces institutions sont mises en place par
l’organisation d’élections qui représentent leur source de légitimité1353. Cependant, Les
processus électoraux en Afrique sont très souvent suspectés de ne pas respecter la volonté du
peuple souverain, ce qui alimente la plupart des conflits politiques sur le continent. L’idée de
l’ancien Président congolais Pascal LISSOUBA selon laquelle « on n’organise pas les
élections pour les perdre » persiste encore en Afrique francophone. Pour le Professeur Dodzi
KOKOROKO, cette affirmation « illustre à plus d’un titre les heurts et malheurs des
élections souhaitées et solennisées par les inlassables serviteurs de la revitalisation de la
démocratie en Afrique noire francophone dans le cadre du nouveau constitutionnalisme
»1354. La fraude électorale à dès lors fait son nid dans la quasi-totalité des processus électoraux
sur le continent.
1350
Lire, La responsabilité de protéger, Rapport de la Commission Internationale de l’intervention et de la
Souveraineté des Etats (CIISE), décembre 2001, 116 pages.
1351
Rapport du Groupe de personnalités de haut niveau sur les menaces, les défis et le changement, Un monde
plus sûr : notre affaire à tous, A/59/565, 2 décembre 2004, [Link]
1352
NATIELSE KOULEGA (J.), Le Burkina Faso de 1991 à nos jours : entre stabilité politique et illusionnisme
démocratique, thèse de doctorat en science politique, Université Montesquieu - Bordeaux IV, 2013. P.186.
1353
BIGOMBE LOGO (P.) et MENTHONG (H.-L.), « Crise de légitimité et évidence de la continuité politique
», Politique africaine, n°62, juin 1996, pp. 15-23 ; CHABOT (J.-L.), Introduction à la politique, Grenoble,
Presses Universitaires de Grenoble (PUG), coll. « Politique en plus », 2003, p. 67 ; KHOUMA (O.), La
légitimité du pouvoir de l’Etat en Afrique subsaharienne, essai sur la relation entre la reconnaissance
internationale et la légitimité démocratique, Thèse droit public, Université de Toulouse I, 2009.
1354
KOKOROKO (D.), « Les élections disputés : réussites et échecs », Pouvoirs, n°129, 2009, pp. 115-125, not.,
p. 115, du même auteur , Contribution à l’étude de l’observation internationale des élections, Thèse, Poitiers,
Université de Poitiers, 2005 ; Pour approfondir sur la question lire De GAUDUSSON (Jean du Bois), « Les
élections à l‘épreuve de l‘Afrique », Les Cahiers du Conseil constitutionnel, nº 13, 2002, pp. 100-105 ;
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 395
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
En dépit de l’arsenal juridico-normatif adopté pour encadrer les processus électoraux
sur le continent, les réalités laissent transparaitre « une ruine secrète que voile la majesté
apparente des textes et des institutions »1355. Le Professeur KOKOROKO soutient à ce sujet
que les dysfonctionnements sont visibles à diverses étapes du processus électoral. Au niveau
pré-électoral, l’examen des modes de désignation des membres des juridictions
constitutionnelles, acteurs en amont et en aval du processus électoral, révèle des manœuvres
savants pensées afin de garantir une certaine prééminence d’un candidat. Les commissions
électorales nationales pour leur part sont des institutions fortement politisée et otages des
intrigues partisanes. Au niveau du déroulement des élections et de la proclamation des
résultats, les dysfonctionnements se rapportent à la liberté et à la sincérité du vote. Enfin, la
falsification des procès-verbaux constitue l’étape suprême de la machine de fraude électorale.
Elle est généralement l’œuvre des représentants locaux de l’administration générale (préfets et
sous-préfets) qui vont modifier les résultats. Il restera alors à la juridiction constitutionnelle de
proclamer des résultats travestis qui lui ont été communiqués par une administration
électorale sous contrôle. Toutes ces manigances sont résumées par le journaliste camerounais
Pius NJAWE de regrettée qui s’exprimait ainsi : « Organisez le scrutin présidentiel, gagnez-
le sans lésiner sur la fraude électorale et l’intimidation, laissez monter un peu la
contestation du résultat, puis proposez ―le dialogue à l’opposition. Conviez-la à la table du
pouvoir, où vous lui laisserez des miettes. Si la pression est trop forte, vous pouvez même
proposer des élections législatives ou locales concertées, jusqu’à un certain point. Certes,
vous risquez d’avoir un Parlement ou des collectivités territoriales un peu turbulentes […].
Tout le monde, sauf quelques aigris, oubliera les conditions de votre (ré) élection »1356.
Dans un tel contexte socio-politique où prévalent la fraude et l’incertitude, la
conduite d’une transition pacifique devient laborieuse. Le désaveu du système électoral durant
cette période peut se traduire d’une part par un taux d’abstention élevé, qui est « pour les
entrepreneurs politiques un moyen d’expression de leur révolte contre les règles du
QUANTIN (Patrick), « Pour une analyse comparative des élections africaines », Politique africaine, nº 69, 1998,
pp. 12-29.
1355
KOKOROKO (D.), « Les élections disputés : réussites et échecs », article précité, p.118
1356
Cité par VERSCHAVE (F.-X.), « Sénégal : l’invention démocratique », Observatoire permanent de la
coopération française, Paris, Karthala, 2001, pp. 194-205.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 396
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
jeudémocratique »1357 et débouchant sur une crise de légitimité. Et pourtant, « L’abstention en
période d’intérim devrait être très limitée du fait de la fonction d’arbitrage qui est celle de
l’intérimaire. L’interdiction de se présenter à l’élection organisée pour mettre fin à la
transition met les potentiels candidats sur une même longueur d’onde »1358. D’autre part, ce
désaveu peut se traduire par les contestations post-électorales parfois très violentes qui
résultent des réserves émises sur la transparence1359 et la fiabilité des résultats des élections
tels que proclamés par les organes compétents et qui entravent l’aboutissement heureux du
processus de transition.
1357
NNA (M.), « Les tendances actuelles de l‘exercice de la fonction électorale au Cameroun », RAEPS, n° 6,
2009, Université de Yaoundé II, p.20.
1358
TUEKAM TATCHUM (C.), Thèse précitée. P.333.
1359
AMZAT BOUKARI (Yabara), « Des outils internationaux pour assurer la transparence des élections en
Afrique », Afrique contemporaine, 2011/3, n° 239, pp. 143-143 ; AFO SABI (Kasséré), La transparence des
élections en droit public africain à partir des cas béninois, sénégalais et togolais, Thèse pour l’obtention du
Doctorat en droit, 2011, Bordeaux, Université MONTESQUIEU-Bordeaux IV, 527 pages ; KOKOROKO (D.), «
Le droit à des élections libres et démocratiques dans l’ordre régional africain », in Revue juridique et politique
des Etats francophones, janvier-mars, 2004, n°2, pp. 152-166.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 397
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
CONCLUSION CHAPITRE II
Il ressort avec évidence de ce qui précède, que le règlement de la transition passe
inéluctablement par l’organisation d’une élection pluraliste et transparente et la dévolution du
pouvoir politique. L’organisation d’une élection est tributaire du système électoral en vigueur.
Depuis la démocratisation de la société Camerounaise, le système électoral en vigueur dans ce
pays a connu des évolutions notables. Au plan institutionnel, cette évolution est perceptible
par la création d’un organe de gestion et de supervision des élections, qui est un organisme
indépendant de l’administration d’Etat ; la forte implication des partis politiques dans la
supervision des processus électoraux à travers les commissions électorales ; et enfin
l’existence de recours effectifs permettant un règlement juridictionnel des contestations
électorales. Du point de vue fonctionnel, le système électoral camerounais présente également
quelques atouts. Il s’agit de l’informatisation et la biométrisation du fichier électoral d’une
part, et la consécration de mesures d’inclusivité du vote d’autre part. Au-delà de ces mérites,
il demeure cependant que ce système est marqué par de nombreuses faiblesses notamment au
regard des exigences posées au niveau international comme indicateurs d’un système électoral
fiable et crédible. Ces faiblesses son liées au cadre juridique et institutionnel d’organisation et
de gestion des processus électoraux, et même aux acteurs de ces processus.
Néanmoins, l’on peut déceler une volonté de conduire à leur achèvement toutes ces
reformes qui faciliterons la transition en débouchant sur une dévolution pacifique du pouvoir
politique. Une simple observation nous permet de dire qu’en Afrique francophone, cette
dévolution, à l’issue d’une période d’intérim peut prendre deux formes. L’une privilégie la
logique néo-patrimoniale, à travers des successions organisées au sein d’un même système,
comme ce fût le cas au Cameroun en 1982 ; l’autre opte plutôt pour une dévolution plus ou
moins démocratique, marquée par une alternance au sommet de l’Etat. Le règlement de la
transition peut en fin de compte être rendu difficile, lorsque l’intérimaire constitutionnel ne
peut être investi et qu’on privilégie les remplacements de facto. Parfois, quel que soit l’option
retenue, l’intérimaire hérite d’un Etat ingouvernable où les divisions, les conflits profonds
rendent malaisée l’organisation de la transition
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 398
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
CONCLUSION TITRE II
La réalisation de l’alternance démocratique demeure et pour longtemps encore un
enjeu et un défi majeur à relever en vue de la consolidation de la démocratie en Afrique. En
période d’intérim au sommet de l’Etat, cet enjeu et ce défi sont encore plus grand. En effet,
L’intérim au sommet de l’Etat étant une situation provisoire, il doit connaitre bon gré mal gré
un dénouement. Le Président intérimaire doit dès lors mettre sur pieds tous les mécanismes
nécessaires pour sa réalisation, notamment dans un environnement où les Etats sont «
prématurément étouffés par la pandémie du présidentialisme négro africains»1360 et qui
offrent de nombreuses expériences où les constitutions sont réduites à leur plus simple
expression1361.
L’intérimaire doit pour ce faire mettre en œuvre un cadre consensuel notamment en
ce qui concerne les règles du jeu électoral pour l’organisation d’une élection crédible gage de
paix sociale et de réussite de la transition. En tant qu’arbitre, il doit œuvrer à la vulgarisation
de la culture démocratique, et à la mise en œuvre ou au respect des mécanismes juridiques et
institutionnels de promotions de l’alternance démocratique. Il doit conduire un processus
électoral transparent afin de pacifier la transition et organiser l’alternance suivant les
dispositions constitutionnelles. Le plus souvent, cette alternance, telle qu’elle est vécue en
Afrique, laisse transparaitre une espèce de mouvement entre conservation, adaptation et
rupture du système hérité. Cette situation entraine une sorte d’incertitude dans le dénouement
de la transition. C’est sans doute ces incertitudes qui justifient les nombreux obstacles dans la
gestion de la transition par l’intérimaire. Toutefois, ces conflits qui entravent le processus
transitoire, finissent toujours par être surmontés et le pouvoir politique attribué soit au
Président élu dans le cadre d’une dévolution démocratique, soit au successeur constitutionnel
dans le cadre d’une dévolution néo-patrimoniale, soit alors par des autorités désignées par un
consensus an cas de rupture de l’ordre constitutionnel.
1360
HOLO (Th.), « Emergence de la Justice constitutionnelle », Pouvoirs, N°129, 2009/2, p.101-114.
1361
la persistance des régimes non constitutionnels avec le phénomène des coups d’Etats, les manipulations
constitutionnelles qui vident les dispositions constitutionnelles de leur contenu, les remises en cause des
compromis des années 1990 tels que celui de la clause limitative des mandats présidentiels, le recours de plus en
plus fréquent aux accords politiques de sortie de crise dont la particularité est de dévaloriser la constitution et le
constitutionnalisme, etc.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 399
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
CONCLUSION SECONDE PARTIE
L’analyse du processus de transition repose sur le postulat que ce processus est
totalement incertain, et que l’incertitude inhérente au changement est liée aux jeux des
acteurs. En effet, les transitions politiques en Afrique noire ne s’opèrent pas toujours dans la
normalité, c’est-à-dire dans le sens de la rotation du pouvoir fondé sur la conduite d’un
processus couronnant un mandat parvenu à son terme. Généralement, il faut attendre la
survenance d’une vacance du pouvoir du Chef de l’Etat, pour espérer vivre une transition.
L’Intérimaire qui officie dont comme un Président de transition, se doit de maintenir la
stabilité au sein de l’Etat et de juguler les éventuelles confrontations issues de la vacance du
pouvoir présidentiel. En lui accordant certaines compétences, le constituant entend lui
octroyer les moyens nécessaires pour garantir la continuité de l’Etat pendant cette période. Il
doit dès lors expédier les affaires courantes pour éviter une paralyse de l’administration et
donc de l’Etat. Il a même la possibilité, en cas de péril grave menaçant la vie, l’indépendance
de la nation ou même l’intégrité du territoire d’exercer les pouvoirs de crise afin de préserver
l’ordre.
Cependant, dans la gestion de la transition, sa mission fondamentale reste celle de
garantir l’alternance au sommet de l’Etat en arbitrant le processus y afférent. Pour ce fait, il
doit donc s’assurer de l’existence de tous les mécanismes normatifs et institutionnels
nécessaires à la réalisation de l’alternance. Il doit par la suite conduire un processus électoral
crédible afin de ne pas entacher la sincérité des résultats dont la contestation peut
éventuellement entrainer un désaveu du jeu électoral et déboucher sur un conflit post-
électoral. Ce n’est qu’après la réalisation de ces missions, assurer la continuité de l’Etat et
veiller à l’alternance démocratique au sommet de l’Etat que le mandat de l’intérimaire peut
prendre fin. Ce dénouement passe par la dévolution du pouvoir au Président élu qui entre en
fonction après sa prestation de serment. Malheureusement, l’environnement politique Africain
nous dévoile la persistance des mécanismes néo-patrimoniaux de dévolution du pouvoir
politique, qui implique la continuation du régime précédent toute chose qui remet en cause les
acquis démocratiques des années 1990.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 400
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
CONCLUSION GENERALE
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 401
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
La personnalisation du pouvoir suprême en Afrique souvent manifestée par la
longévité de ses titulaires a longtemps prévalue au sein des jeunes Etats africains post-
coloniaux. Cette logique a de tout temps soulevé le problème de la permanence de l’Etat,
notamment de sa continuité après la disparition de son « chef ». Cependant, les mutations
constitutionnelles, institutionnelles et politiques survenues dans les années 1990, consécutives
au mouvement de démocratisation des sociétés africaines vont affecter profondément les
rapports entre gouvernants et gouvernés. L’on va donc passer d’une logique personnelle à une
logique institutionnelle du pouvoir. Cette dernière va écarter tous les mécanismes
autocratiques ou néo-patrimoniaux d’exercice et de transmission du pouvoir à la faveur des
mécanismes démocratiques de continuité de l’Etat. C’est dans cette optique que s’inscrit la
réflexion qui s’achève et dont l’objet portait sur l’une des institutions phare de la transition
démocratique, spécialement de la continuité de l’Etat.
L’histoire constitutionnelle et politique de ce pays nous enseigne qu’il a existé une
seule transmission du pouvoir politique, entre le premier Président de la République
Ahmadou AHIDJO, et son successeur l’actuel Président Paul BIYA. Cette dévolution du
pouvoir, qui est consécutive à la démission d’AHIDJO, n’a pas substantiellement entrainé une
vacance au sommet de l’Etat, car cette démission va intervenir le 4 novembre 1982 et la
prestation de serment de son successeur interviendra deux jours plus tard. Ce mécanisme
obéissait à la logique du dauphinat qui prévalait à cette époque et qui était utilisé par les chefs
d’Etat pour fabriquer de leur vivant, au moyen de mesures constitutionnelles anti
démocratiques des successeurs aptes à prendre en charge la continuité de leurs œuvres.
La constitution démocratique de 1996, va suppléer cette logique néo-patrimoniale de
gestion de la vacance et donc de la dévolution du pouvoir, par une technique propre à la
démocratie pluraliste appelée intérim. Ce dernier qui a été perçu d’une part comme une
technique de garantie de la continuité de l’Etat de par son aménagement institutionnel et
d’autre part comme un mécanisme à travers lequel une transition politique pacifique et
démocratique devrait pourvoir être assurée, met en avant une autorité donc l’importance de la
mission pour la continuité de l’Etat a justifié qu’il soit fait une analyse minutieuse sur elle ; il
s’agit de l’Intérimaire du Président de la République.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 402
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
En effet, les situations de vacance au sommet de l’Etat peuvent entraîner des
périodes d’incertitude qui nécessitent une gestion habile. L’importance d’un Président
Intérimaire s’est particulièrement affirmée dans le contexte africain en raison de la nature
souvent tumultueuse des transitions politiques. Au Cameroun, l’examen d’une telle autorité
ne peut se faire qu’à l’aune des textes, car depuis l’accession à l’indépendance de cet Etat, il
n’y a jamais eu des situations de vide au sommet de l’Etat nécessitant son intervention.
Cependant une telle étude trouve toute sa pertinence dans une logique prospective dans la
mesure où l’actuel Président, après 43 ans de règne et âgé de 91 ans pourrait être dans une
situation d’incapacité permanente à gérer le pays. Mais pour une analyse plus approfondie de
cette autorité, nous avons fait recours au droit comparé afin d’examiner dans tous ses
concours le statut de cette autorité. La question que nous nous sommes posée ici était celle de
savoir : quelle est la spécificité du statut de l’intérimaire du Président de la République en
droit constitutionnel camerounais ?
Afin d’apporter une réponse fiable a cette question, nous avons, dans une démarche
duale et suivant une méthode appropriée, démontré que l’Intérimaire est un Président de
circonstance et mais aussi un Président de transition.
Considéré comme un Président de circonstance en raison des modalités de son accès
à la magistrature suprême, Le Président par intérim accède au pouvoir par la conjugaison de
circonstances de fait et de droit dues au décès, à la démission, à l’empêchement définitif ou à
la destitution du président en exercice. Ces causes doivent, toutefois, faire l’objet d’un
habillage juridique pour rester conformes aux exigences de l’Etat de droit ; pour ce faire,
l’intervention le juge constitutionnel est requise pour constater la vacance du pouvoir. C’est
cet acte de constatation qui marque l’ouverture de l’intérim. Seulement, le mandat de
l’intérimaire pour sa part ne commence qu’avec sa prestation de serment, une modalité qui
fait de lui le Président de la République. Au terme de cette modalité, il peut commencer son
mandat dont la mission principale n’est pas de gouverner comme le dauphin, mais d’user de
son influence et de sa compétence pour conduire la transition au sommet de l’Etat. C’est à ce
niveau que s’est situé la seconde partie de la recherche qui a consisté à démontrer la
philosophie implicite de l’institution d’un Président intérimaire dont la mission est la gestion
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 403
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
de la transition. Cette gestion doit conduire à un retour à la normale par la transmission du
pouvoir politique au nouveau président élu.
Ainsi donc, outre sa qualité de président de circonstance, l’intérimaire s’est
également présenté comme un Président de transition. En cette qualité, il est restreint dans son
office et ne bénéficie pas, comme c’est le cas pour le dauphin, de l’étendue des pouvoirs
dévolus à un Président normal. Ses compétences sont limitées à la gestion des affaires
courantes et à l’organisation de l’alternance au sommet de l’Etat.
Sur le premier point, c’est-à-dire l’expédition des affaires courantes, il s’agit pour le
Président intérimaire de mener certaines activités et de prendre des décisions administratives
qui sont nécessaires au fonctionnement régulier de l’État pendant cette période de transition.
Ces affaires dites courantes qui ont fait l’objet de controverse quant-à leur nature, peuvent être
ordinaires ou exceptionnelles. Les affaires ordinaires renvoient aux décisions
d’administration quotidienne, c’est-à-dire aux affaires journalières et aux affaires en cours.
Les secondes affaires considérées comme exceptionnelles ou encore « affaires excessives »,
en raison de l’importance des pouvoirs que l’exécutif détient sont relatives aux affaires
urgentes et aux affaires relevant du législatif.
Malgré ces restrictions, il est possible pour l’intérimaire de voir ses pouvoirs
s’étendre notamment en cas de survenance d’une circonstance exceptionnelle, ou encore s’il
ya rupture de l’ordre constitutionnel. De toutes les façons, le Président Intérimaire doit
généralement faire face à des défis complexes, tels que la réconciliation nationale, la
stabilisation économique, la réforme institutionnelle et la gestion des tensions ethniques ou
politiques. à ces défis internes, s’ajoutent le plus souvent des pressions extérieures,
notamment de la part de puissances étrangères ou d’organisations internationales, qui
cherchent à influencer la direction politique du pays pendant la période intérimaire et donner
une orientation à la transition. Son rôle est dès lors crucial pour maintenir la stabilité et mettre
en œuvre tous les mécanismes nécessaires pour organiser une alternance démocratique
pacifique.
En tant que garant de l’alternance au sommet de l’Etat, l’Intérimaire doit mettre en
œuvre les moyens nécessaires pour la dévolution du pouvoir. Pour ce faire, sa mission
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 404
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
consiste à créer un cadre favorable à l’alternance, notamment au plan sociopolitique, qu’au
plan juridico-institutionnel. Au plan sociopolitique, le Président par intérim doit, afin de
concilier les forces politiques et pacifier le processus électoral, organiser un consensus
politique surtout sur les règles du jeu politique. Appréhendé comme le principal facteur
d’émergence et d’acceptation du pacte social, ce consensus porté par l’existence d’une culture
démocratique au sein des formations politiques en compétition et d’une opinion publique
avertie qui constituent les autres facteurs sociopolitiques de mise en œuvre de l’alternance.
A ce cadre sociopolitique, s’ajoute le cadre juridico-institutionnel favorable. Le cadre
juridique de l’alternance renvoie non seulement à l’ensemble de l’arsenal juridique qui régit le
processus de transition du pouvoir politique d’un parti ou d’un candidat à un autre, c’est-à-
dire les règles et mécanismes qui encadrent l’alternance et tout autre aspect lié à la rotation du
pouvoir entre différents acteurs politiques ; mais également aux mécanismes d’encadrement
de l’opposition politique en tant que l’un des acteurs majeurs de l’alternance. Le cadre
institutionnel pour sa part renvoie aux institutions de promotion de l’alternance démocratique
qui se retrouvent aussi bien au niveau administratif que juridictionnel.
La mise en œuvre de ce cadre est un préalable indispensable pour
l’opérationnalisation de l’alternance démocratique. Celle-ci passe inéluctablement par
l’organisation des élections pluralistes et aboutit à la dévolution du pouvoir politique qui est
par conséquent la fin du mandat de l’intérimaire.
Ainsi, au regard de tous ces éléments, la missions du Président intérimaire est
cruciale pour la continuité de l’Etat, voire sa survie. Cependant, relativement à la spécificité
de son statut, l’on peut dire qu’en l’Etat actuel du droit camerounais, l’ Président Intérimaire a
un statut précaire, c’est-à-dire un Président instable, fragile voir éphémère du fait de ses
conditions d’accès à la magistrature suprême mais plus encore du fait des compétences qu’il
détient dans sa gestion de la transition. Il s’agit donc d’un Président au statut précaire.
La précarité dont il est question ici ne vaut que dans le cas du respect de l’ordre
constitutionnel, car en cas de rupture de cet ordre comme c’est observé dans d’autres Etats
tels que le Mali, le Niger, ou le Burkina Faso, le statut de l’intérimaire est défini le plus
souvent par une charte de transition qui lui accordent une place, un statut quasiment similaire
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
à celui d’un Président normal. Cet intérimaire a-constitutionnel jouit de la plénitude des
compétences dévolues à un chef d’Etat normalement élu et dans bien des cas a la possibilité
de faire acte de candidature aux élections qu’il va organiser. Ainsi donc, cette étude n’a pas eu
vocation est présenter l’intérimaire tel qu’il est concrètement observé dans les Etats qui ont
fait l’expérience de la vacance au sommet de l’Etat, mais de montrer le statut d’un intérimaire
tel qu’il devrait être, notamment tel que la norme constitutionnelle démocratiquement établie
le conçoit.
En définitive, la fonction d’intérimaire du président de la République au Cameroun
comme partout ailleurs, qui est d’une importance singulière pour la pérennisation de l’Etat
peut se révéler délicate tant il est vrai que les périodes de vacance sont souvent des périodes
de crises socio-politiques profondes et de divisions au sein même de l’appareil étatique. Il
parait donc nécessaire de revoir l’édifice normatif et institutionnel de l’Etat afin de réduire les
risques de conflits en cas de vacance du pouvoir. Il convient surtout d’opérer une
transformation radicale des habitudes politiques afin que les valeurs du constitutionnalisme
relatives à la primauté du droit et au respect de la volonté du peuple soient une culture de
tous. Cela passe par l’élaboration d’un droit consensuel, la mise en place d’institutions fortes,
indépendantes et crédibles ainsi que des hommes guidés par l’intérêt supérieur de leur peuple.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 406
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
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: le cas du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Mali, du Burkina Faso, du Togo et du Sénégal,
thèse de Doctorat en droit public, Université Paris 13-Sorbonne Paris cité, 2017.
23. KOKOROKO (D.), Contribution à l’étude de l’observation internationale des élections,
Thèse, Poitiers, Université de Poitiers, 2005.
24. KOMBILA-IBOANGA (F.), Les institutions et le régime politique de la République
gabonaise, Thèse de Doctorat d’État en droit public, Université de Nantes, 1985.
25. KOSSI (S.), Le Parlement dans le nouveau constitutionnalisme en Afrique. Essai
d’analyse comparée à partir des exemples du Bénin, du Burkina Faso et du Togo, Thèse
pour le Doctorat en Droit Public, Université de Lille 2-Droit et Santé, 2008.
26. KOUASSI (A.), La justiciabilité des Chefs d’État en exercice devant la Cour Pénale
Internationale. Thèse de Doctorat en droit public, Université Grenoble Alpes, 2016, 530
pages.
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
27. LE BOS-LE POURHIET (A.-M.), Les substitutions de compétence en droit public
français, thèse pour le doctorat d’Etat, Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, 1985,
28. LE TOUZE (C.), L’intérim du Président de la République sous la Ve République : le rôle
du Sénat et du Gouvernement pendant la vacance ou l’empêchement, Thèse de doctorat
d’Etat en droit, Université de Paris 2, 1980, Tome 1.
29. MADIOR FALL (I.), La condition du pouvoir exécutif dans le nouveau
constitutionnalisme africain (l’exemple des États d’Afrique subsaharienne francophone),
Thèse de doctorat d’État, Dakar, Université Cheik Anta Diop, 2001.
30. MAMOUR SY (P.), Le développement de la justice constitutionnelle en Afrique noire
francophone : les exemples du Bénin, du Gabon et du Sénégal, Thèse pour le Doctorat en
Droit Public, Université Cheikh Anta Diop de Dakar, 1999, 414 pages. ;
31. MBODJ (E.H.), La succession du Chef de l’Etat en droit constitutionnel africain (Analyse
juridique et impact politique), Thèse de Doctorat d’Etat, Université CHEIKH ANTA
DIOP de Dakar, Faculté de Sciences Juridiques et Economiques, 1991, 532 pages.
32. MBPILLE (P.E.) Le Président de la République en droit constitutionnel camerounais,
Thèse pour le doctorat PHD en droit public, Université de Yaoundé II, 2015.
33. MONEMBOU (C.), La séparation des pouvoirs dans le constitutionnalisme camerounais
: Contribution à l’étude de l’évolution constitutionnelle, Thèse de doctorat Ph.D en droit
public, Université de Yaoundé II, Faculté des Sciences Juridiques et Politiques,
2010/2011, 503 pages.
34. MVAEBEME (E.-S.), La République en droit public Camerounais, Thèse de doctorat en
droit public, UYII, FSJP, février 2017.
35. ONDO (T.), La responsabilité introuvable du Chef d’État africain : analyse comparée de
la contestation du pouvoir présidentiel en Afrique noire francophone. (Les exemples
camerounais, gabonais, tchadien et togolais), Thèse de Doctorat en droit public,
Université de Reims Champagne- Ardenne, 2005, 6 juillet 2005, 682 pages.
36. ONDOA (M.), le droit de la responsabilité publique dans les Etats en développement :
contribution à l’étude de l’originalité des droits africains, Thèse d’Etat, université de
Yaoundé II 1996, tome 1.
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
37. PONSOT (F.), Les immunités en droit constitutionnel dans la doctrine publiciste
française de 1789 à aujourd’hui, Thèse de Doctorat en droit public, Université Paris 1
Panthéon-Sorbonne, 2020.
38. SÈNE (M.), La juridictionnalisation des élections nationales en Afrique noire
francophone: les exemples du Bénin, de la Côte d'Ivoire et du Sénégal. Analyse politico-
Juridique, Thèse de doctorat, Université Toulouse I, Cotutelle internationale avec
l’Université Cheikh Anta DIOP de Dakar (FSJP) mars 2017, 648 pages.
39. SOMALI (K.), Le Parlement dans le nouveau constitutionnalisme en Afrique : Essai
d'analyse comparée à partir des exemples du Bénin, du Burkina-Faso et du Togo, Thèse
de droit public, Université de Lille, 27 mai 2008, 491 pages.
40. SOMPOUGDOU OUEOGUIN (J.-M.), L’alternance démocratique dans les constitutions
des Etats de l’Afrique noire francophone: cas du Bénin, du Burkina Faso et du Sénégal,
thèse de doctorat en droit public, université de bordeaux, 12 décembre 2019. 422 Pages.
41. TUEKAM TATCHUM Charles, L’intérim du Président de la République dans le nouveau
constitutionnalisme des Etats d’Afrique d’expression française, Thèse de Doctorat/PhD en
droit public, Université de Dschang, juin 2015. 514 pages.
42. YEDOH LATH (S.), Les évolutions des systèmes constitutionnels africains à l’ère de la
démocratisation, Thèse de Doctorat en Droit, Abidjan, Université d’Abidjan-Cocody,
novembre 2008.
43. DIOP (S.), Le Premier Ministre africain : la renaissance du bicéphalisme de l’exécutif en
Afrique à partir de 1969, Thèse de doctorat en droit public, Université de Dakar, 1985,
444 pages.
44. EISENMANN (C.), La justice constitutionnelle et la Haute Cour constitutionnelle
d’Autriche, Paris, LGDJ, thèse de doctorat, vol I, 1928, 307 pages.
45. SALCEDO (C.), La transition démocratique sud-africaine, Paris, LGDJ, Fondation
Varenne, Collection de thèses, 2011, p. 18 et suivantes.
B. MEMOIRES
1. BEDJOKO MBASSI, Le processus électoral au Cameroun, Master en Droit de l’Homme,
et Action Humanitaire, UCAC, 2004, 136 pages.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 428
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
2. EHRENFREUND (N.), L’immunité des hauts représentants étatiques en droit
international public Mémoire de Master en droit public, Université de Lausanne, 2018,
63 pages.
3. EHRENFREUND (N.), L’immunité des hauts représentants étatiques en droit
international public, mémoire de Master, université de Lausanne, 2018.
4. KIDIA KUBATAKANA, Mémoire de Licence, Université de Kinshasa, 2011, consultable
sur htpp//[Link]/10/13/7597la-révision-constitutionnelle-en-droit-positif-
congolais-et-franç[Link]).
5. NGO YAP LIBOCK Kitona, La fonction d’ordonnateur au Cameroun, mémoire de
master en droit public, option droit public interne, université de Yaoundé II-Soa, 2014.
IV. MELANGES, RAPPORTS, COLLOQUES ET AUTRES
A. MELANGES
1. AÏVO (F. J.), « La fracture constitutionnelle. Critique pure du procès en mimétisme », in
Frédéric Joël AÏVO (dir.), La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle
pour l’Afrique ?, Mélanges en l’honneur de Maurice AHANHANZO GLELE, Paris,
L’Harmattan, 2014.
2. AVRIL (P.), « Pouvoir et responsabilité », in Mélanges offerts à Georges BURDEAU,
Paris, LGDJ, 1977.
3. BOLLE (S.), « La Constitution Glélé en Afrique : modèle ou contre modèle ? », In
Frédéric Joël AÏVO (dir.), La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle
pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur de Maurice AHANHANZO GLELE, Paris,
L’harmattan, 2014.
4. BONNARD (R.), « La conception matérielle de la fonction juridictionnelle », in Mélanges
CARRE DE MALBERG, Paris, Sirey, 1933.
5. CAMBY (J. P.), « Dialogue des juges et contentieux électoral », in Le dialogue des juges,
Mélanges en l’honneur du Président Bruno Genevois, Dalloz, 2009.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 429
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
6. CARCASSONNE (G.), « Le président de la République et le juge pénal », in Droit et
politique à la croisée des cultures, Mélanges Philippe ARDANT, Paris, LGDJ, 1999, pp.
275-288.
7. COHENDET (M.-A.), « Légitimité, effectivité et validité », in Mélanges P. AVRIL, La
république, Paris, Montchrestien, 2001.
8. COLLARD (J.C.), « la liberté des partis politiques », Mélange Jacques ROBERT, 1998.
9. DEMBA SY, « De quelques dispositions atypiques dans les Constitutions africaines ». in
Frédéric Joël AÏVO (dir.), La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle
pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur à Maurice AHANHANZO GLELE, Paris,
L’Harmattan, 2014, pp. 273-283.
10. GELARD (P.), « A quoi peut donc bien servir une seconde chambre en démocratie ? », in
Mélanges en l’honneur de Gérard CONAC, Paris, Economica, 2001.
11. GICQUEL (J.), « Le présidentialisme négro-africain : l’exemple camerounais », in Le
pouvoir, Mélanges offerts à Georges BURDEAU, Paris, LGDJ, 1977, pp. 701-735.
12. GUÈYE (B.), « Alternance politique et alternative démocratique en Afrique », in
Mélanges en l’honneur de Thomas FLEINER, L’Homme et l’État, Genève, Éditions
Université de Fribourg, 2003, p. 487-503.
13. HOURQUEBIE (F.), « Le contre-pouvoir, enfin connu : pour une analyse de la
démocratie constitutionnelle en terme de contre-pouvoirs », Mélanges en l’honneur de
Slobodan MILACIC, Démocratie et Liberté : tension, dialogue, confrontation, 2008.
14. JEAN DU BOIS DE GAUDUSSON, « Constitution sans culture constitutionnelle n’est
que ruine du constitutionnalisme : poursuite d’un dialogue sur quinze années de transition
en Afrique et en Europe », in Mélanges en l’honneur du Slobodan MILACIC, Démocratie
et liberté : tension, dialogue, confrontation, Bruxelles, Bruylant, 2008. pp.333-348.
15. KANTÉ (B.), « Alternance politique et alternative démocratique en Afrique », in
Mélanges offerts à Thomas FLEINER, L’homme et l’État, Genève, Éditions Universitaires
de Fribourg, 2003.
16. MAGNON (X.), « Quelques maux encore à propos des lois de révision constitutionnelle :
limites, contrôle, efficacité, caractère opératoire et existence. », En hommage au Doyen
Louis FAVOREU, RFDC, 2004/3 n° 59, p. 595-617.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 430
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
17. MATHIOT (A.), « La théorie des circonstances exceptionnelles », Mélanges A. MESTRE,
Paris, Sirey, 1956.
18. PACTET (P.), « Le président de la Cinquième République et le respect de la Constitution
», Présence du droit public et des droits de l’Homme. Mélanges offerts à Jacques Velu,
Bruxelles, Bruylant, 1992.
19. QUERMONNE (J.-L.), « Existe-t-il des solutions de rechanges à l’alternance ? », in
Mélanges en hommage à M. DUVERGER, Droit, institutions et systèmes politiques, Paris,
PUF, 1987.
B. RAPPORTS
1. « Constitutionnalisme et révisions constitutionnelles en Afrique de l’ouest : le cas du
Bénin, du Burkina Faso et du Sénégal », Rapport de recherches du Centre pour la
Gouvernance Démocratique du Burkina Faso, 2009, 48 pages ;
2. Afrique-Rapport annuel 2003 «La liberté de la presse : une question de volonté politique
», consultable sur [Link].
3. Annales de biologie clinique. Vol.58, N°3, 3505, mai - juin 2000, Dossier : 9e réunion du
comité d’interface Inserm-SFBC;
4. Commission européenne pour la démocratie par le droit, Rapport sur la démocratie, la
limitation des mandats et l’incompatibilité des fonctions politiques, Etude n°646/2011,
Strasbourg, 17 décembre 2012, p.17.
5. CONAC (G.), « Quelques réflexions sur le nouveau constitutionnalisme africain », in
Rapport Général Introductif du Symposium international de Bamako, 2000, pp. 26-32.
6. CONSEIL D’ETAT (Section du Rapport et des Etudes), « Les Autorités Administratives
Indépendantes », Rapport Public, 2001, La Documentation Française ; GELARD (P.),
«Les Autorités Administratives
7. EL HADJ MBOD, « Statut de l’opposition et financement des partis politiques », Rapport
au Président de la République, Dakar, 1999.
8. La responsabilité de protéger, Rapport de la Commission Internationale de l’intervention
et de la Souveraineté des Etats (CIISE), décembre 2001, 116 pages
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 431
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
9. Le rapport de J. SALMON avant l’arrêt n° 46.028 du 31 mai 1994, J.T., 1994, pp. 515 et
s.
10. Le Rapport général sur le déroulement de l’élection présidentielle du 07 octobre 2018
publié par ELECAM le 29-08-2019.
11. Rapport de la Commission de réflexion sur le statut pénal du Président de la République
française, présidée par le Professeur Pierre AVRIL, p. 33.
12. Rapport de politique générale devant le Congrès de l’UPS, 27 déc. 1969.
13. Rapport du Groupe de personnalités de haut niveau sur les menaces, les défis et le
changement, Un monde plus sûr : notre affaire à tous, A/59/565, 2 décembre 2004,
[Link]
14. rapport final de la Mission d’observation électorale de l’Union Européenne aux élections
présidentielles et législatives du 28 novembre 2011, Cahiers africains des droits de
l’homme et de la démocratie, 16ème année, n°035, [Link], 2012, pp.61-62.
15. Rapport public du Conseil d’État, 1999, Considérations générales : L’intérêt général
(EDCE, n° 50), 1999.
16. Rapport SALMON (J.), « A propos des affaires courantes », J.T., 1978, p. 515.
C. COLLOQUES
1. actes du colloque organisé les 19 et 20 décembre 1996 à la mémoire de Monsieur Paul
Tapie, Premier Président du Conseil d’Etat et Président du Centre de droit public,
Bruxelles, Bruylant, 1999, p. 601.
2. JAUMOTTE (J.), « Les principes généraux du droit administratif à travers la
jurisprudence administrative », in BLERO (B.) (éd.), Le Conseil d’Etat de Belgique
cinquante ans après sa création(1946‑1996), actes du colloque organisé les 19 et 20
décembre 1996 à la mémoire de Monsieur Paul Tapie, Premier Président du Conseil
d’Etat et Président du Centre de droit public, Bruxelles, Bruylant, 1999, p. 601.
3. RENSON (A.-S.), VERDUSSEN (M.) « le contrôle juridictionneldes actes posés en
affaires courantes ». acte du colloque organisé par le Centre d’Etudes Jacques GEORGIN
à la chambre des représentants le 29 novembre 2020, pp 27-34.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 432
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
4. RICHARD (A.), « L’exigence de clarté », in Actes du colloque sur l’écriture de la loi, 2
juin 2014, Sénat, pp. 43-45.
5. TAWA (N. P.), « Interventions internationales et résolution des conflits en Afrique noire :
Bilan et perspectives », Note d’Analyse Politique, n°12, 2013, Institut de Recherche et
d’Enseignement sur la Paix, 7 pages ; Colloque de Nanterre, La responsabilité de
protéger, Paris, Pedone, 2008, 358 pages ;
D. AUDITIONS, CONFERENCES, ALLOCUTIONS, CONGRES
1. Allocution devant le Comité Consultatif Constitutionnel le 31 juillet 1958.
2. Audition sur l’activité du Parlement Belge en période d’affaires courantes, Rapport fait
au nom de la commission de révision de la Constitution, des réformes institutionnelles et
du règlement des conflits, Doc. parl., Ch., sess. ord. 1992‑1993, n° 996/1, pp. 11‑12.
3. Audition sur l’activité du Parlement Belge en période d’affaires courantes, Rapport fait
au nom de la commission de révision de la Constitution, des réformes institutionnelles et
du règlement des conflits, Doc. parl., Ch., sess. ord. 1992‑1993, n° 996/1, p. 19.
4. Audition sur l’activité du Parlement en période d’affaires courantes, Rapport fait au nom
de la commission de révision de la Constitution, des réformes institutionnelles et du
règlement des conflits, Doc. parl., Ch., sess. ord. 1992‑1993, n° 996/1, p. 37.
5. Audition sur l’activité du Parlement en période d’affaires courantes, Rapport fait au nom
de la commission de révision de la Constitution, des réformes institutionnelles et du
règlement des conflits, Doc. parl., Ch., sess. ord. 1992‑1993, n° 996/1, pp. 5 et 12.
6. Audition sur l’activité du Parlement en période d’affaires courantes, Rapport fait au nom
de la commission de révision de la Constitution, des réformes institutionnelles et du
règlement des conflits, Doc. parl., Ch., sess. ord. 1992‑1993, n° 996/1, p. 37.
7. BOLLE (S.), « Obligations constitutionnelles et légales des gouvernants et autres
responsables politiques nationaux : Gouvernement, Assemblée nationale et institutions
de l’État », Communication prononcée lors de la Conférence internationale sur les défis
de l’alternance démocratique, Cotonou, 23 au 25 février 2009 ;
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 433
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
8. CALAMO SPECCHIA (M.), « Les limites à la révision de la Constitution en France et
perspectives comparées », VII Congrès Français de Droit Constitutionnel, 50e
anniversaire de la Constitution du 4 octobre 1958, Paris - 25, 26 et 27 septembre 2008,
Atelier n° 3 – CONSTITUTION ET POUVOIR CONSTITUANT, 28 pages.
9. Charles DE GAULLE, lorsqu’il présente la Constitution au Comité consultatif
constitutionnel le 8 août 1958, cf. Doc. Fr. Documents pour servir à l’histoire de
l’élaboration de la Constitution de 1958, vol. II p. 300.
10. Compte rendu de la 2e réunion constitutionnelle du 23 juin 1958, in DPS I.
11. CONAC (G.), « Quelques réflexions sur le nouveau constitutionnalisme africain », Actes
de la deuxième réunion préparatoire au symposium de Bamako : Les institutions de la
démocratie et de l’Etat de droit, mars 2000.
12. COSTE-FLORET (M.) in comité nationale charge de la publication des travaux
préparatoires des institutions de la Ve république,Documents pour servir à l’histoire de
l’élaboration de la Constitution du 4 octobre 1958, Vol. II.
13. DE GAULLE, Discours place de la République le 4 sept. 1958.
14. EL HADJ MBODJ, « La régulation médiatique des élections : l’exemple du Haut
Conseil de l’Audiovisuel au Sénégal », in Francophonie et démocratie, Symposium
international sur le bilan des pratiques de la démocratie, des droits et des libertés dans
l’espace francophone, Bamako, 2000. ».
15. EL HADJ MBODJ, « Les garanties et éventuels statuts de l’opposition en Afrique »,
Actes de la 4ème réunion préparatoire au symposium de Bamako : la vie politique.
16. Fondation Friedrich NAUMANN, « Actes de la Conférence Nationale (Cotonou 19-28
février 1990) », p. 172.
17. HOLO (T.), « Les défis de l’alternance démocratique en Afrique », Actes de la
conférence internationale de Cotonou du 23 au 25 février 2009, Fonds des Nations
Unies pour la démocratie et Institut des droits de l’homme et promotion de la
démocratie, p. 1 ;
18. ISSA (S.), « Les militaires et l’alternance démocratique en Afrique : permanences et
ambivalences », Actes de l’Atelier sur la promotion des transitions démocratiques
pacifiques en Afrique, Bamako, novembre 2008, pp. 44 et suiv.
19. Journal du [Link], publié le 1e septembre 2023.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 434
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
20. KOUASSI (Y.), « Le processus de formation des guerres civiles en Afrique »,
Conférence publique, CRAPP, 20 octobre 2006.
21. TROPER (M.), « La liberté de l’interprète », in Actes du colloque – L’Office du juge,
organisé par le Professeur DARCY (G.), LABROT (V.) et DOAT (M.), vendredi 29 et
samedi 30 septembre 2006, palais du Luxembourg.
V. NORMES JURIDIQUES
A. NORMES INTERNES
1. TEXTES CONSTITUTIONNELS
1. Constitution du 04 mars 1960.
2. Constitution du 1er septembre 1961.
3. Loi N°69/LF/14 du 10 novembre 1969 modifiant et complétant certaines dispositions
des articles 10, 11, 15, 16, 24, 39 et 44 de la loi constitutionnelle du 1er septembre
1961.
4. Loi N°70/LF/1 du 04 mai 1970 complétant le troisième alinéa de l’article 9 de la loi
constitutionnelle du 1 er septembre 1961.
5. Constitution du 2 Juin 1972.
6. Loi N°75/01 du 05 mai 1975 portant modification de la Constitution du 02 juin 1972.
7. loi No 76-01 du 19 Mars 1976 portant révision de la constitution; in J.O.R.S. du 3
avril 1976, p.501.
8. Loi N°79/02 du 29 juin 1979 portant modification des articles 5 et 7 de la Constitution
du 02 juin 1972.
9. Loi constitutionnelle 81-16 du 6 Mai 1981
10. Loi constitutionnelle N°83/10 du 21 juillet 1983 modifiant l’article 12 de la
Constitution du 02 juin 1972.
11. Loi constitutionnelle N°83/25 du 29 novembre 1983 modifiant et complétant l’article
12 de la Constitution du 02 juin 1972.
12. Loi N°84/001 du 04 février 1984 portant modification des articles 1, 5, 7, 8, 26 et 34
de la Constitution du 02 juin 1972.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 435
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
13. Loi constitutionnelle N°88/01 du 17 mars 1988 modifiant l’article 7 de la Constitution
du 02 juin 1972 17- Loi constitutionnelle N°88/03 du 17 mars 1988 modifiant l’article
12 de la Constitution du 02 juin 1972.
14. Loi constitutionnelle N°90/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la Constitution
du 02 juin 1972.
15. loi n°96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la constitution du 2 juin 1972 au
Cameroun.
16. Loi n° 2008/001 du 14 Avril 2008 modifiant et complétant certaines dispositions de la
loi n° 96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la constitution du 02 juin 1972.
2. TEXTES LEGISLATIFS ET REGLEMENTAIRES
1. Loi n°90/056 du 19 décembre 1990 portant sur la création des parties politiques
2. Loi n° 92/030 du 13 février 1992 fixant les modalités d’accès des partis politiques aux
médias audiovisuels du service public de la communication.
3. Loi n° 97/020 du 9 septembre 1997 modifiant et complétant certaines dispositions de
la loi n° 92/010 du 17 décembre 1992 fixant les conditions l’élection et de suppléance
à la présidence de la République
4. Loi n° 007-2000/AN du 25 avril 2000 portant statut de l’opposition
5. Décret N° 2000/686/PM du 13 septembre 2000 Portant organisation et fonctionnement
des conseils de santé.
6. Loi n° 2000/016 du 19 décembre 2000 portant création d’un observatoire national des
élections.
7. Loi n°2004-004 du 21 Avril 2004 fixant l’organisation et le fonctionnement du
Conseil Constitutionnel.
8. Loi N°2004/005 du 21 avril 2004 fixant le statut des membres du Conseil
constitutionnel.
9. Loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 portant organisation et fonctionnement des
Tribunaux Administratifs.
10. Loi n° 2006/011 du 29 déc. 2006 portant création, organisation etfonctionnement d’ «
Elections Cameroon » (ELECAM)
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 436
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
11. Décret n° 2012/038 du 23 janvier 2012 portant réorganisation du Conseil National de
la Communication.
12. Loi n° 2012/001 du 19 avril 2012 portant code électoral, modifiée et complétée par la
loi n° 2012/017 du 21 décembre 2012
13. Loi n°2013/006 du 10 juin 2013 portant règlement intérieur du Sénat
14. Loi N°2014/016 du 09 septembre 2014 portant règlement intérieur de l’Assemblée
Nationale.
15. Loi organique n°2014-1392 du 24 novembre 2014 portant application de l’article 68
de la Constitution.
16. Décret N°2018/105 du 07 février 2018 portant nomination des membres du conseil
constitutionnel.
B. NORMES EXTERNES
1. TEXTES NATIONAUX
2. Loi n° 13/001 portant charte constitutionnelle de transition en Centrafrique du 18
juillet 2013 Charte de transition de la République du Tchad.
3. Constitution de la République du Sénégal du 29 Août 1960 »,
4. Loi n°90-32 du 11 décembre 1990 portant Constitution de la République du Bénin.
5. Loi n˚3/91 du 26 Mars 1991, modifiée par la loi n° 001/2018 du 12 janvier 2018
portant Constitution de la République du Gabon.
6. Constitution sénégalaise du 22 janvier 2001.
7. Loi n°2001-36 du 14 octobre 2002 portant statut de l’opposition au Benin.
8. Loi n°2001-36 du 24 octobre 2002 portant statut de l’opposition.
9. Loi constitutionnelle Française n°2007-238 du 23 février 2007 portant modification du
titre IX de la Constitution de 1958.
10. Loi n°009-2009 du 14 avril 2009 portant statut de l’opposition politique au Burkina
Faso.
11. Charte de la transition au Burkina Faso du 14 novembre 2014.
12. Charte de transition de la République Gabonaise du 4 septembre 2023, N°225 Bis.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 437
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
13. Décret n°2020‐0072/PT‐RM du 1er octobre 2020 portant Charte de la Transition du
Mali.
2. TEXTES INTERNATIONAUX
1. Charte Africaine de la Démocratie, des Elections et de la Gouvernance adoptée par la 8e
session de la Conférence tenue le 30 janvier 2007
2. Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples.
3. Charte des Nations Unies.
4. Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948.
5. Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789.
6. Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques du 19 décembre 1966.
7. Résolution de l’Institut de droit international, Session de Vancouver, du 26 août 2001.
VI. DECISIONS DE JUSTICE
1. C.E., arrêt A.S.B.L. Association du personnel wallon et francophone des services publics,
n° 17.131 du 14 juillet 1975.
2. not. C.E., arrêt A.S.B.L. Groupement des sociétés agréées de contrôle automobile et des
permis de conduire et crts, n° 208.462 du 26 octobre 2010 : Voir
3. C.E., a.s.b.l. Syndicat des Avocats pour la Démocratie, n° 214.911.
4. Arrêt Aramu du 26 octobre 1945.
5. C.E. fr., 4 avril 1952, Syndicat régional des quotidiens d’Algérie, R.D.P., 1952, pp. 1032-
1033.
6. N°79-104 DC du 23 mai 1979, « Territoire de Nouvelle-Calédonie », Rec. pp. 27-30,
7. C.E., 5 février 1981, Ville de Bruxelles, n° 20.933.
8. C.E., 30 juin 1983, Wagemans, n° 23.419 – sanction disciplinaire ;
9. C.E., 16 mars 1984, De Val, n° 24.143 – pouvoir de révoquer un agent;
10. C.E., 3 mai 1984, Marien, n°24.299;
11. C.E., 14 décembre 1984, Delporte, n° 24.910 – sanction disciplinaire;
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 438
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
12. C.E., 4 juillet 1985, Godfroid, n° 25.552.
13. C.E., 2 octobre 1985, Association générale de l’industrie du médicament, n° 25.687
14. C.E., 2 octobre 1985, a.s.b.l. association générale de l’Industrie du médicament et
consorts, n° 25.687; C.E., 14 octobre 1999, d’Oultremont, n° 76.434.
15. N°86- 217 DC du 18 septembre 1986, « loi relative à la liberté de communication », Rec.
pp. 141-161 ;
16. C.E., 18 mai 1988, Communes d’Ecaussinnes et consorts, n° 30.060;
17. n°89-271 DC du 11 janvier 1990, « Loi relative à la limitation des dépenses électorales et
à la clarification du financement des activités politiques », Rec. pp. 21-26.
18. C.E., 7 février 1992, Tessens, n° 38.697;
19. C.E., 28 janvier 1994, Jacquet, n° 45.898.
20. C.E., 9 janvier 1998, Gurickx, n° 70.602; C.E., 16 mars 1994, Gérard, n° 46.533 –
discipline
21. C.E., arrêt Ory, n° 47.691 du 31 mai 1994.
22. C.E. (ass. gén. sect. admin.), 31 mai 1994, Leclercq, n° 46.028., J.T., 1994, p. 520,
[Link]., 1994.
23. C.C., arrêt n° 24/96 du 27 mars 1996 ;
24. C.E., arrêt Roulet, n° 67.627 du 4 août 1997.
25. C.E., 8 octobre 1997, Leclercq, n° 68.729 – révocation pour motif disciplinaire.
26. C.C., arrêt n° 97/99 du 15 septembre 1999.
27. C.E., 21 juin 2000, de gemeente Essen, n° 88.138.
28. not. C.E., arrêt Viseur, n° 91.552 du 12 décembre 2000 :
29. DCC 14-156 du 19 août 2014.
30. Décision n°219/CC du 14 novembre 2018 relative à la requête du Premier Ministre
tendant à l’interprétation des dispositions des articles 13 et 16 de la constitution.
31. C.C., arrêt n° 33/2019 du 28 février 2019, B.16.1 et B.16.2.
32. C.E., arrêt de Crombrugghe de Picquendaele, n° 234.747 du 17 mai 2016.
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
VII. SITES WEB
1. [Link]/sites/afrilex/IMG/pdf/_Droit_senegalais_9_pdf, consulté le 12 Aout
2023
2. consultable sur le site http:/enquê[Link].
3. consultable sur [Link], 2009.
4. http: // Afrilex. Ubordeau [Link]/sit/afrilex/ IMG/pdf, consulté le 13 décembre 2023, p.32.
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6. [Link] consulté le 12 janvier 2022.
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f, consulté le 08 mars 2023 ;
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
TABLE DES MATIERES
AVERTISSEMENT ...................................................................................................................... i
DEDICACES .............................................................................................................................. ii
REMERCIEMENTS ................................................................................................................... iii
SIGLES ET ABREVIATIONS .................................................................................................... iv
RESUME .................................................................................................................................. vii
ABSTRACT .............................................................................................................................. viii
SOMMAIRE ............................................................................................................................... ix
INTRODUCTION GENERALE ......................................................................................... 1
PREMIERE PARTIE : ...................................................................................................... 42
UN PRESIDENT DE CIRCONSTANCE......................................................................... 42
TITRE I : L’ACCESSION ACCIDENTELLE A LA FONCTION
PRESIDENTIELLE : LA VACANCE DU POUVOIR................................................... 44
CHAPITRE I : LA VARIABILITE DES MOBILES DE LA VACANCE DU
POUVOIR PRESIDENTIEL AU CAMEROUN ............................................................. 48
Section I : Le Mobile vécu : La démission ....................................................................... 49
Paragraphe I : Le régime de la démission ..................................................................... 50
A. La notion de démission ...................................................................................... 50
1. Un acte volontaire ........................................................................................... 51
2. Un acte explicite ............................................................................................. 53
B. L’imprécision des modalités de la démission .................................................... 54
1. L’indéfinition des mobiles de la démission du Président de la République ... 54
a. Les facteurs personnels de démission ......................................................... 55
b. Les facteurs sociopolitiques de démission .................................................. 56
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
2. L’incertitude de la procédure de mise en œuvre de la démission du Président
de la République .................................................................................................... 58
a. La question de l’autorité adréssataire ......................................................... 58
b. L’effectivité de la démission ....................................................................... 60
Paragraphe 2 : La pratique de la démission................................................................... 62
A. La pratique de la démission au Cameroun ......................................................... 62
1. Une technique de transmission du pouvoir..................................................... 62
2. Un outil de pérennisation du système ............................................................. 65
B. La pratique de la démission dans d’autres pays ................................................. 67
1. L’expérience Française de la démission ......................................................... 67
2. L’expérience d’autres pays africains .............................................................. 69
Section II : Les mobiles prévus ......................................................................................... 72
Paragraphe I : Les mobiles explicites ............................................................................ 72
A. Le mobile objectif : le décès du Président de la République ............................. 73
1. La difficile appréhension de la notion de décès ............................................. 73
2. La nécessaire intervention d’un conseil médical ............................................ 76
B. Le cas controversé de l’empêchement définitif du Président de la République. 77
1. La vacuité de la notion d’empêchement définitif ........................................... 77
2. Les causes de l’empêchement définitif ........................................................... 82
Paragraphe II : La cause implicite : la destitution ......................................................... 87
A. La notion de destitution ...................................................................................... 88
1. La reconnaissance de la responsabilité du Président de la République comme
condition préalable à la destitution ........................................................................ 88
2. La consécration de l’infraction de haute trahison comme mobile de la
destitution ............................................................................................................... 91
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
B. Les modalités de destitutions du Président de la République ............................ 95
1. Le déclenchement de la procédure de destitution : la mise en accusation du
Président de la République..................................................................................... 95
2. Le jugement du Président de la République ................................................... 97
CONCLUSION CHAPITRE I ........................................................................................ 100
CHAPITRE II : ................................................................................................................. 102
LA NECESSITE DU CONSTAT DE LA VACANCE DU POUVOIR
PRESIDENTIEL .............................................................................................................. 102
Section I : Les modalités de constatation de la vacance ................................................. 103
Paragraphe I : L’identification de l’organe de constatation ........................................ 103
A. L’exclusion des organes politiques .................................................................. 104
1. La reconnaissance d’antan des organes politiques dans la constatation de la
vacance ................................................................................................................. 104
2. Les raisons de l’exclusion progressive des organes politiques..................... 106
B. L’admission de l’organe juridictionnel ............................................................ 108
1. Une juridiction de droit commun de 1960 à 1996 ........................................ 108
2. Une juridiction d’exception depuis 1996 : le juge constitutionnel ............... 111
Paragraphe II : La saisine de l’organe de constatation ................................................ 114
A. L’examen de l’autorité de saisine..................................................................... 114
1. Une saisine opérée par l’autorité législative au Cameroun .......................... 115
2. Un choix contesté par la doctrine ................................................................. 118
B. La forme de l’acte et les délais de saisine ........................................................ 119
1. La forme de l’acte de saisine ........................................................................ 119
2. Les délais de saisine du juge constitutionnel ................................................ 121
Section II : L’office du juge dans la constatation de la vacance du pouvoir présidentiel
......................................................................................................................................... 121
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 443
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Paragraphe 1 : la détermination de l’office du juge .................................................... 121
A. L’étendue de l’office du juge ........................................................................... 122
1. L’interprétation du texte constitutionnel : un office jurisprudentiel............. 122
2. Le règlement des litiges constitutionnels : un office juridictionnel.............. 125
B. L’ambivalence de l’office du juge dans la constatation de la vacance du pouvoir
présidentiel............................................................................................................... 127
1. L’intervention relativement limitée du juge en matière de constatation des
mobiles objectifs de la vacance du pouvoir ......................................................... 128
2. L’intervention plus étendue en matière de constatation des mobiles subjectifs
de la vacance du pouvoir...................................................................................... 130
Paragraphe II : La déclaration de vacance du pouvoir présidentiel ............................ 132
A. L’adoption de la déclaration de vacance .......................................................... 132
1. La nature de la déclaration de vacance ......................................................... 132
2. Les délais impartis au juge ........................................................................... 134
B. Les caractères de la décision de déclaration de vacance .................................. 136
1. L’autorité de la décision du juge constitutionnel.......................................... 136
2. L’opposabilité de la décision de déclaration de vacance .............................. 138
CONCLUSION CHAPITRE II ....................................................................................... 140
CONCLUSION TITRE I ................................................................................................. 141
TITRE II : L’ACCESSION CONDITIONNEE A LA FONCTION
PRESIDENTIELLE : L’INVESTITURE DE L’INTERIMAIRE ............................... 142
CHAPITRE I : LE CHOIX PREALABLE DE L’INTERIMAIRE ............................ 144
Section I : La diversité des choix marginaux .................................................................. 145
Paragraphe I : le rejet du Premier Ministre ................................................................. 146
A. Le Premier Ministre dans l’histoire constitutionnelle camerounaise ............... 146
1. L’avènement de la fonction de Premier ministre au Cameroun ................... 146
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
2. La stabilisation de la fonction de Premier Ministre dans le nouveau
constitutionnalisme camerounais ......................................................................... 149
B. L’exclusion constante du Premier Ministre du choix de l’intérimaire ............. 151
1. Le Premier Ministre : une autorité illégitime ............................................... 151
2. Le Premier Ministre : une autorité instable et partiale ................................. 153
Paragraphe 2 : La question de l’intérimaire au carré .................................................. 155
A. La construction de la personnalité de l’intérimaire au carré ............................ 155
1. L’ambigüité de la nature de l’intérimaire au carré en droit camerounais ..... 155
2. La diversité des choix liés à la nature de l’intérimaire au carré dans les autres
pays d’Afrique francophone ................................................................................ 157
B. Les aléas liés à la construction de la personnalité de l’intérimaire au carré .... 158
1. L’hypothèse d’un Sénat présidé par le doyen d’âge ..................................... 158
2. L’hypothèse d’un intérimaire au carré extra constitutionnel ........................ 160
Section II : les choix privilégiés...................................................................................... 162
Paragraphe I : les autorités autrefois reconnues comme intérimaire du Président de la
République .................................................................................................................. 163
A. Le choix du Vice-président de la République sous l’Etat fédérale .................. 163
1. Un Intérimaire autrefois institué ................................................................... 163
2. Un intérimaire aujourd’hui caduc ................................................................. 165
B. Le Président de l’Assemblée Nationale comme intérimaire au Cameroun ...... 167
1. Une reconnaissance naguère justifiée ........................................................... 167
2. Une reconnaissance aujourd’hui réfutée....................................................... 168
Paragraphe II : Le choix définitif du Président du Sénat comme intérimaire au
Cameroun .................................................................................................................... 170
A. Le rôle du Sénat dans le fonctionnement des institutions ................................ 170
1. Le Sénat comme instrument de démocratie participative ............................. 171
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 445
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
2. Le Sénat comme une institution de stabilisation politique ........................... 172
B. Le Président du Sénat comme intérimaire........................................................ 174
1. Un choix justifié ........................................................................................... 175
2. Un choix controversé .................................................................................... 176
CONCLUSION DU CHAPITRE I .................................................................................. 178
CHAPITRE II : LE REGIME DE L’INVESTITURE.................................................. 179
Section I : la procédure d’investiture de l’intérimaire .................................................... 180
Paragraphe I : les organes d’investitures ..................................................................... 181
A. L’intervention des organes non juridictionnels dans le processus d’investiture
181
1. L’action du peuple dans l’investiture du chef de l’Etat ................................ 181
2. Le Parlement dans l’opération d’investiture ................................................. 182
B. La participation des organes juridictionnels dans l’investiture ........................ 183
1. L’intervention d’une juridiction ordinaire dans l’investiture du Président de la
République : la Cour Suprême ............................................................................. 184
2. La participation d’une juridiction d’exception dans l’opération d’investiture :
le juge constitutionnel .......................................................................................... 185
Paragraphe 2 : Le serment d’investiture ...................................................................... 186
A. Les modalités du serment d’investiture ............................................................ 186
1. La nature du serment d’investiture ............................................................... 187
2. La valeur du serment .................................................................................... 189
B. La portée du serment d’investiture ................................................................... 190
1. Un acte d’engagement .................................................................................. 190
2. Un acte obligatoire........................................................................................ 192
Section II : les effets de l’investiture : l’octroi de la stature présidentielle..................... 193
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Paragraphe I : Le bénéfice d’importants privilèges par l’intérimaire ......................... 193
A. L’immunité fonctionnelle : l’irresponsabilité .................................................. 195
1. Les fondements de l’irresponsabilité du Président de la République ........... 196
2. L’étendue de l’irresponsabilité ..................................................................... 198
B. L’immunité personnelle : L’inviolabilité ......................................................... 200
1. La protection personnelle ............................................................................. 201
2. La protection matérielle ................................................................................ 203
Paragraphe 2 : Les incompatibilités liées à la fonction d’intérimaire ......................... 204
A. La signification de l’incompatibilité ................................................................ 204
1. L’incompatibilité avec toute autre fonction publique élective ..................... 205
2. L'incompatibilité avec toute activité professionnelle ................................... 207
B. La portée des incompatibilités.......................................................................... 208
1. L’importance des incompatibilités ............................................................... 208
2. Les effets des incompatibilités ..................................................................... 209
CONCLUSION DU CHAPITRE II ................................................................................ 210
CONCLUSION DU TITRE II ......................................................................................... 211
CONCLUSION DE LA PREMIERE PARTIE ............................................................. 213
SECONDE PARTIE : UN PRESIDENT DE TRANSITION ....................................... 215
TITRE I : UN GARANT EXCEPTIONNEL DE LA CONTINUITE DE L’ETAT .. 218
CHAPITRE I : UN GARANT DE LA CONTINUITE DE L’ETAT PAR
L’EXPEDITION DES AFFAIRES COURANTES ....................................................... 222
SECTION I : La construction de la notion d’affaire courante : l’évolution d’une règle non
écrite ................................................................................................................................ 223
Paragraphe I : la nature de la règle non écrite ............................................................. 224
A. Une coutume constitutionnelle ......................................................................... 225
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
1. La controverse liée à l’existence des coutumes constitutionnelles............... 226
2. Définition de coutume constitutionnelle....................................................... 229
B. Un principe général du droit............................................................................. 230
1. Les caractères des principes généraux du droit ............................................ 231
2. La valeur des principes généraux du droit .................................................... 232
Paragraphe II : la valeur juridique de la règle d’expédition des affaires courantes .... 234
A. La qualification juridique de la règle d’expédition des affaires courantes ...... 234
1. La controverse doctrinale ............................................................................. 234
2. La position du juge ....................................................................................... 235
B. La réception juridique de la règle d’expédition des affaires courantes ............ 237
1. Définition de la notion d’affaires courantes ................................................. 237
2. L’admission de la règle d’expédition des affaires courantes ........................ 239
Section II : le contenu de la notion d’affaire courante .................................................... 240
Paragraphe I : Classification des actes relevant des affaires courantes....................... 240
A. Les affaires ordinaires ...................................................................................... 241
1. Les affaires journalières................................................................................ 241
2. Les affaires en cours ..................................................................................... 242
B. Les affaires exceptionnelles ............................................................................. 243
1. Les affaires urgentes ..................................................................................... 243
2. Les affaires relevant du législatif.................................................................. 245
PARAGRAPHE II : PORTEE DE LA CLASSIFICATION ...................................... 247
A. La valeur de la classification opérée par le conseil d’Etat ............................... 247
1. Les modalités de classification des actes d’affaires courantes ..................... 248
a. L’absence de lien de classification ........................................................... 248
b. Détermination d’un critère de classification des affaires dites courantes . 249
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 448
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
2. Les actes ne relevant pas de l’expédition des affaires courantes .................. 251
B. Le contrôle des actes posés en affaires courantes ............................................ 252
1. Le contrôle juridictionnel des actes administratifs adoptés en période
d’affaires courantes .............................................................................................. 253
2. Le contrôle juridictionnel des actes législatifs adoptés en période d’affaires
courantes .............................................................................................................. 254
CONCLUSION ................................................................................................................. 257
CHAPITRE II : LA CIRCONSCRIPTION ATYPIQUE DES COMPETENCES DE
L’INTERIMAIRE ............................................................................................................ 258
Section I : La nomenclature des restrictions ................................................................... 259
Paragraphe I : Les restrictions matérielles .................................................................. 259
A. Les restrictions explicites ................................................................................. 260
1. Les limites de portée relative ........................................................................ 260
a. L’interdiction de procéder à une révision de la constitution..................... 261
b. L’interdiction de modifier la composition du gouvernement ................... 263
2. La limite de portée absolue : le recours au référendum ................................ 265
a. Définition de la notion de référendum ...................................................... 265
b. L’exclusion du recours au référendum pendant l’intérim ......................... 268
B. La restriction implicite : dissolution de l’Assemblée Nationale ..................... 269
1. Le régime de la dissolution de l’Assemblée Nationale ................................ 269
2. Les raisons du retrait du pouvoir de dissolution à l’intérimaire ................... 273
Paragraphe II : Les restrictions temporelles et personnelles ....................................... 275
A. La limitation temporelle ................................................................................... 275
1. L’examen de la durée de la transition ........................................................... 276
2. L’incident de la durée de l’intérim présidentiel sur la continuité du pouvoir
277
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 449
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
B. La restriction personnelle : l’inéligibilité ......................................................... 279
1. La notion d’inéligibilité ................................................................................ 279
2. L’inéligibilité de l’intérimaire ...................................................................... 281
Section II : L’étendue des compétences de l’intérimaire ................................................ 283
Paragraphe I : les compétences normales de l’intérimaire .......................................... 283
A. Un arbitre du jeu politique ............................................................................... 283
1. La notion d’arbitre ........................................................................................ 284
2. La fonction arbitrale de l’intérimaire............................................................ 287
B. Un gardien de la constitution ........................................................................... 288
1. La consistance de la protection de la constitution par l’intérimaire ............. 289
2. Les controverses liées de la protection de la constitution par l’intérimaire . 290
Paragraphe II : les hypothèses d’extension des compétences de l’intérimaire au
Cameroun .................................................................................................................... 293
A. L’hypothèse des circonstances exceptionnelles ............................................... 293
1. La notion de circonstances exceptionnelles.................................................. 294
2. La reconnaissance de pouvoirs exceptionnels au Président intérimaire ....... 298
B. L’hypothèse de rupture de l’ordre constitutionnel ........................................... 299
1. L’instrumentalisation de la loi fondamentale par l’intérimaire .................... 299
2. La mise à l’écart de la constitution ............................................................... 302
CONCLUSION DU CHAPITRE II ................................................................................ 307
CONCLUSION DU TITRE I .......................................................................................... 308
TITRE II : UN COMPTABLE DE L’ORGANISATION DE L’ELECTION
PRESIDENTIELLE ANTICIPEE .................................................................................. 309
CHAPITRE I : L’EDIFICATION D’UN CADRE FAVORABLE A
L’ORANISATION DE L’ELETION PRESIDENTIELLE ANTICIPEE .................. 312
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 450
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Section I : La mise en œuvre d’un cadre sociopolitique adéquat ................................... 313
Paragraphe I : Le consensus politique, facteur d’émergence de l’alternance
démocratique ............................................................................................................... 314
A. La valeur du consensus politique ..................................................................... 315
1. Le consensus politique comme vecteur de conciliation ............................... 316
2. Le consensus politique comme fondement de l’autorité des gouvernants ... 318
B. Les conditions de réalisation du consensus politique....................................... 320
1. L’assurance d’un ticket retour : la limitation de mandat .............................. 320
2. La limitation du pouvoir des gouvernants .................................................... 321
Paragraphe II : l’existence d’une culture démocratique .............................................. 322
A. L’exigence du pluralisme politique .................................................................. 323
1. La signification du pluralisme politique ....................................................... 323
2. Les manifestations du pluralisme politique .................................................. 324
B. L’implication des acteurs sociaux .................................................................... 325
1. La participation de la société civile .............................................................. 326
2. La présence d’une presse libre et indépendante ........................................... 328
Section II : La création ou le maintien d’un cadre juridico-institutionnel favorable ...... 330
Paragraphe I : l’établissement des mécanismes juridiques favorables à l’organisation de
l’élection présidentielle ............................................................................................... 330
A. Les règles d’encadrement des élections ........................................................... 331
1. La consécration constitutionnelle du Principe de séparation des pouvoirs
comme facteur de promotion de l’alternance démocratique ................................ 331
2. L’adoption consensuelle des règles du jeu électoral comme vecteur de
promotion d’une élection crédible ....................................................................... 333
B. La valorisation de l’opposition politique comme gage de la crédibilité de
l’élection présidentielle............................................................................................ 335
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1. L’institutionnalisation de l’opposition politique au Cameroun .................... 336
2. L’octroi d’un statut juridique à l’opposition politique ................................. 338
Paragraphe II : la mise en place des institutions d’encadrement du processus électorale
..................................................................................................................................... 341
A. Les institutions administratives de promotion de l’alternance démocratique : des
autorités administratives indépendantes .................................................................. 342
1. L’organe de gestion du processus électoral .................................................. 342
2. L’organe de régulation médiatique ............................................................... 345
B. Les institutions juridictionnelles de promotion de l’alternance démocratique : la
justice constitutionnelle ........................................................................................... 348
1. Un garant du processus électoral par la protection de l’ordre constitutionnel
349
2. Un garant du processus électoral par son arbitrage du jeu politique ............ 352
CONCLUSION DU CHAPITRE I .................................................................................. 355
CHAPITRE II : L’OPERATIONNALISATION DE L’ELECTION
PRESIDENTIELLE ANTICIPEE COMME GAGE DE DEVOLUTION
DEMOCRATIQUE DU POUVOIR PRESIDENTIEL ................................................. 356
Section I : l’organisation des élections pluralistes comme mécanisme démocratique de
dévolution du pouvoir présidentiel ................................................................................. 357
Paragraphe I : Les acteurs principaux du jeu électoral................................................ 358
A. Le corps électoral ............................................................................................. 358
1. La jouissance du droit de vote : la capacité électorale ................................. 359
2. L’exercice du droit de vote ........................................................................... 360
B. Les candidatures à l’élection présidentielle ..................................................... 362
1. Les partis politiques socles d’investiture des candidats ............................... 362
2. Les conditions d’éligibilité des candidats ..................................................... 366
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Paragraphe II : les opérations électorales .................................................................... 368
A. La phase pré-électorale..................................................................................... 368
1. La convocation anticipée du corps électoral par l’intérimaire ..................... 369
2. La campagne électorale ................................................................................ 371
B. La Le déroulement du scrutin........................................................................... 374
1. La phase électorale ....................................................................................... 374
2. La phase post-électorale ............................................................................... 377
a. Le contentieux électoral ............................................................................ 377
b. La proclamation des résultats.................................................................... 380
Section II : La fin du mandat de l’intérimaire................................................................. 382
Paragraphe I : la dévolution du pouvoir politique ....................................................... 382
A. La dévolution néo-patrimoniale du pouvoir : un changement de personne ..... 383
B. La dévolution démocratique du pouvoir : un changement de système ............ 385
Paragraphe II : les obstacles à l’exercice du pouvoir par l’intérimaire ....................... 387
A. Les obstacles à l’investiture de l’intérimaire : la guerre de présence au parlement
387
1. Les causes du conflit : un bicaméralisme relativement égalitaire ................ 387
2. L’implication du conflit : un intérimaire contestable .................................. 390
B. Les entraves à la gestion de la transition par l’intérimaire ............................... 392
1. Les entraves sécuritaires ............................................................................... 392
2. L’éventuelle contestation du jeu électoral par les acteurs ............................ 395
CONCLUSION CHAPITRE II ....................................................................................... 398
CONCLUSION TITRE II................................................................................................ 399
CONCLUSION SECONDE PARTIE ............................................................................. 400
CONCLUSION GENERALE .......................................................................................... 401
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BIBLIOGRAPHIE ........................................................................................................... 407
TABLE DES MATIERES................................................................................................ 441
ANNEXES ......................................................................................................................... 455
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ANNEXES
CONSTITUTION DU PREMIER SEPTEMBRE MODIFIE ET COMPLETEE PAR LES
LOIS N°69/LF/14 DU 10 NOVEMBRE 1969, 70/LF/1 DU 4 MAI 1970
CONSTITUTION DU 02 JUIN 1972
CONSTITUTION DU 2 JUIN MODIFIEE PAR LES LOIS N° 75/1 DU 9 MAI 1975, N°79/2
DU 29 JUIN 1975 ET N° 83/10 DU 21 JUILLET 1983
LOI N° 2004_004 DU 21 AVRIL 2004 PORTANT ORGANISATION ET
FONCTIONNEMENT DU CONSEIL CONSTITUTIONNEL
LOI N° 2008/001 DU 14 AVRIL 2008 MODIFIANT ET COMPLETANT CERTAINES
DISPOSITIONS DE LA LOI N° 96/06 DU 18 JANVIER 1996 PORTANT REVISION DE
LA CONSTITUTION DU 02 JUIN 1972
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CONSTITUTION DU PREMIER SEPTEMBRE MODIFIE ET
COMPLETEE PAR LES LOIS N°69/LF/14 DU 10 NOVEMBRE 1969,
70/LF/1 DU 4 MAI 1970
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Constitution du 02 juin 1972
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CONSTITUTION DU 2 JUIN MODIFIEE PAR LES LOIS N° 75/1 DU 9
MAI 1975, N°79/2 DU 29 JUIN 1975 ET N° 83/10 DU 21 JUILLET 1983
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LOI N° 2004_004 DU 21 AVRIL 2004 PORTANT
ORGANISATION ET FONCTIONNEMENT DU CONSEIL
CONSTITUTIONNEL
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Loi Num 2004_004 du 21 avril 2004 portant organisation et fonctionnement du Conseil
constitutionnel.
L’Assemblée nationale a délibéré et adopté,
Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit:
TITRE PREMIER
DISPOSITIONS GÉNÉRALES
Article 1er: – La présente loi fixe l’organisation, le fonctionnement et les modalités de
saisine du Conseil Constitutionnel ainsi que la procédure suivie devant lui, en application de
l’article 52 de la Constitution.
Article 2:- Le Conseil constitutionnel est l’instance compétente en matière de contrôle de la
constitutionnalité.
Article 3 :
(1) Le Conseil constitutionnel statue sur:
– La constitutionnalité de lois, des traités et accords internationaux;
– Les règlements intérieurs de l’Assemblée nationale et du Sénat avant leur mise en
application, quant à leur conformité à la Constitution ;
– Les conflits d’attribution entre les institutions de l’Etat, entre l’Etat et les régions, entre les
régions.
(2) Il veille à la régularité de l’élection présidentielle, des élections parlementaires, des
consultations référendaires et en proclame les résultats.
(3) Il émet des avis sur les matières relevant de sa compétence.
Article 4 :
(1) Les décisions et avis du Conseil constitutionnel sont motivés.
(2) Les décisions prennent effet dès leur prononcé et ne sont susceptibles d’aucun recours.
(3) Les décisions et avis dû. Conseil constitutionnel sont publiés au Journal officiel.
Article 5 :
(1) Le siège du Conseil constitutionnel est fixé à Yaoundé;
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
(2) En cas de circonstances exceptionnelles susceptibles d’empêcher le bon fonctionnement
des institutions, le siège du Conseil constitutionnel peut être transféré provisoirement en toute
autre localité du territoire national, sur décision du Conseil constitutionnel après consultation
du président de la République, du président de l’Assemblée nationale et du président du
Sénat.
(3) Ce transfert prend fin dès la disparition des circonstances exceptionnelles dûment
constatée par le Conseil constitutionnel.
Article 6 : – Le siège du Conseil constitutionnel est inviolable.
TITRE II
DE L’ORGANISATION ET DU FONCTIONNEMENT DU CONSEIL
CONSTITUTIONNEL
CHAPITRE I
DE L’ORGANISATION DU CONSEIL CONSTITUTIONNEL
Article7:
(1) Le Conseil constitutionnel comprend onze (11) membres désignés pour un mandat de neuf
(9) ans non renouvelable. Les membres du Conseil constitutionnel portent le titre de
conseiller.
(2) Les membres du Conseil constitutionnel sont nommés par décret du président de la
République et désignés de la manière suivante:
– Trois (03), dont le président du Conseil, par le président de la République;
– Trois (03) par le président de l’Assemblée nationale, après avis du bureau;
– Trois (03) par le président du Sénat, après avis du bureau;
– Deux (02) par le Conseil supérieur de la magistrature ;
(3) En sus des onze (11) membres prévus ci-dessus, les anciens présidents de la République
sont, de droit, membres à vie du Conseil constitutionnel.
(4) En cas d’empêchement provisoire ou d’indisponibilité temporaire du président, il est
suppléé par le membre le plus âgé. Ce membre porte le titre de Conseiller-Doyen.
(5) Lorsque cet empêchement excède un délai de six (06) mois, le président de la République
peut procéder au remplacement du président du Conseil constitutionnel.
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 512
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
(6) La durée du mandat du président du Conseil constitutionnel est identique à celle des autres
membres du Conseil.
Article 8: – Il est pourvu au renouvellement des membres du Conseil constitutionnel vingt
(20) jours au moins et cinquante (50) jours au plus avant l’expiration de leur mandat.
Article 9 : – Les modalités d’organisation interne du Conseil constitutionnel sont déterminées
par le règlement intérieur.
Article 10 :
(1) Le Conseil constitutionnel dispose d’un secrétariat général dont les modalités
d’organisation et de fonctionnement sont déterminées par décret du président de la
République.
(2) Le Secrétariat général du Conseil constitutionnel est placé sous l’autorité d’un secrétaire
général nommé par décret du président de la République.
CHAPITRE II
DU FONCTIONNEMENT DU CONSEIL CONSTITUTIONNEL
Article 11 : – Le Conseil constitutionnel se réunit sur convocation de son président ou en cas
d’empêchement temporaire de celui-ci, sur convocation du Conseiller-Doyen.
Article 12 : – Le Conseil constitutionnel statue exclusivement en cas de saisine ou de requête
dans l’exercice de ses fonctions contentieuse et consultative.
Article 13:
(1) Pour délibérer valablement le Conseil constitutionnel doit comprendre au moins neuf (09)
membres.
(2) Lorsque ce quorum n’est pas atteint en raison d’empêchement ou de cas de force majeure
dûment constaté, procès-verbal est dressé et signé par le président de séance et le secrétaire
général.
(3) Le secrétaire général assiste aux séances du Conseil constitutionnel sans voix délibérative.
(4) Les décisions sont prises à la majorité simple des conseillers présents. Tout conseiller est
tenu d’opiner. L’abstention n’est pas admise lors d’un vote. En cas de partage, le président à
voix prépondérante.
Article 14 :
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 513
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
(1) Les décisions et les avis du Conseil constitutionnel comportent les visas des textes
applicables, les moyens de fait et lesquels ils se fondent et un dispositif. Le dispositif de la
décision énonce la solution adoptée.
(2) Les décisions et les avis comportent en outre le nom des membres ayant siégé. Ils sont
signés par le président et le secrétaire général.
Article 15 :
(1) Les décisions du Conseil constitutionnel sont lues en séance publique.
(2) Elles sont notifiées aux parties concernées et publiées au Journal officiel.
(3) Elles s’imposent aux pouvoirs publics et à toutes les autorités administratives, militaires et
juridictionnelles, ainsi qu’à toute personne physique ou morale.
(4) Elles doivent être exécutées sans délai.
Article 16 :
(1) Toute partie intéressée peut saisir le Conseil constitutionnel d’une demande en
rectification d’erreur matérielle d’une décision.
(2) Cette demande doit être introduite dans les mêmes formes que la requête introductive
d’instance, et dans un délai d’un (01) mois à compter de la notification de la décision dont la
rectification est demandée.
Article 17 : – Si le Conseil constitutionnel constate qu’une de ses décisions est entachée
d’une erreur matérielle, il peut la rectifier d’office et procéder à tout amendement jugé
nécessaire.
Article 18:
(1) Les crédits nécessaires au fonctionnement du Conseil constitutionnel sont inscrits au
budget de l’Etat.
(2) Le président du Conseil constitutionnel en est l’ordonnateur
TITRE III
DE L’EXERCICE DES ATIRIBUTIONS DU CONSEIL CONSTITUTIONNEL
CHAPITRE I
DU CONTROLE DE CONFORMITE A LA CONSTITUTION
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L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
Section I : des lois
Article 19 :
(1) Conformément à l’article 47 (2) et (3) de la Constitution, le président de la République, le
président de l’Assemblée nationale, le président du Sénat, un tiers des députés ou un tiers des
sénateurs, les présidents des exécutifs régionaux lorsque les intérêts de leur région sont en
cause, peuvent saisir le Conseil constitutionnel par simple requête datée et signée du requérant
pour le contrôle de constitutionnalité des lois en instance de promulgation.
(2) Cette requête doit être motivée et comporter un exposé des moyens de fait et de droit qui
la fondent.
(3) Avis de la saisine est donné sans délai par le Conseil constitutionnel au président de la
République, ainsi qu’aux présidents des chambres du Parlement. Ceux-ci en informent les
membres de leur chambre et des organes en question.
(4) Le Conseil constitutionnel doit se prononcer dans un délai de quinze (15) jours. Toutefois,
à la demande du président de la République, ce délai peut être ramené à huit (08) jours.
(5) Il peut, en vertu de l’article 46 de la Constitution, se prononcer sur l’ensemble de la loi
déférée tant sur son contenu que sur la procédure d’élaboration.
(6) Lorsque le Conseil constitutionnel soulève d’office un moyen d’ordre public, l’autorité de
saisine doit en être informée.
(7) La saisine du Conseil constitutionnel par le président de la République ne fait pas obstacle
à sa saisine par les autres autorités habilitées et inversement.
Section II : Des traités et accords internationaux
Article 20 :- Les traités et accords internationaux peuvent être déférés au Conseil
constitutionnel avant leur ratification par :
– Le président de la République, le président de l’Assemblée nationale, le président du Sénat,
un tiers des députés ou un tiers des sénateurs ;
– Les présidents des exécutifs régionaux, lorsque les intérêts de leur région sont en cause.
Section III : Des règlements intérieurs
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Article 21 : – Conformément aux dispositions de l’article 47 (1) de la Constitution, les
règlements intérieurs de l’Assemblée nationale et du Sénat et leurs modifications sont soumis
avant leur mise en, application et sur saisine du président de la Chambre intéressée, au
Conseil constitutionnel qui statue sur leur conformité à la Constitution.
Article 22 : – La saisine du Conseil constitutionnel conformément aux articles 19, 20 et 21 ci-
dessus suspend le délai de promulgation ou de ratification.
Section IV : Des effets de la décision
Article 23 : – La décision du Conseil constitutionnel constatant qu’une disposition de la loi
n’est pas contraire à la Constitution met fin à la suspension du délai de promulgation.
Article 24: – Lorsque le Conseil constitutionnel déclare une loi contraire à la Constitution.
cette loi ne peut être ni promulguée, ni mise en application.
Article 25: – Lorsque le Conseil constitutionnel déclare que la loi contient une disposition
contraire à la Constitution et inséparable de l’ensemble de cette loi, celle-ci ne peut être ni
promulguée ni mise en application.
Article 26: – Lorsque le Conseil constitutionnel déclare que la loi contient une disposition
contraire à la Constitution sans constater en même temps qu’elle est inséparable de
l’ensemble de cette loi, le président de la République peut soit promulguer la loi à l’exception
de cette disposition soit demander au parlement une nouvelle lecture.
Article 27:
(1) Lorsque le Conseil constitutionnel déclare que le règlement intérieur de l’Assemblée
nationale ou du Sénat contient une disposition contraire à la Constitution, cette disposition ne
peut être mise en application.
(2) La décision est notifiée au président de la Chambre intéressée qui procède sans délai à la
mise en conformité de ce règlement avec la décision du Conseil constitutionnel.
(3) La décision définitive de conformité est notifiée au président de la Chambre intéressée.
(4) Le président de la République est tenu informé de la décision ainsi prise qu’après avoir été
reconnue dans sa totalité conforme à la Constitution.
Article 28:
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 516
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
(1) Lorsque le Conseil constitutionnel constate la non conformité à la Constitution d’une ou
plusieurs clauses de traités ou accords internationaux, ces engagements ne peuvent être
approuvés en forme législative par le Parlement ni ratifiés par le président de la République.
(2) La décision est notifiée aux autorités de saisine.
(3) L’approbation en forme législative ou la ratification du traité ou de l’accord international
contenant une ou plusieurs clauses inconstitutionnelles ne peut intervenir qu’après révision de
la Constitution.
Article 29: Une disposition légale déclarée inconstitutionnelle ne peut être ni promulguée ni
mise en application.
CHAPITRE II
DU REGLEMENT DES CONFLITS D’ATTRIBUTIONS ENTRE INSTITUTIONS
Article 30 : – Le Conseil constitutionnel est compétent pour statuer sur tout conflit
d’attributions entre les institutions de l’Etat, entre l’Etat et les régions, et entre les régions.
Article 31: Le Conseil est saisi par le président de la République, par le président de
l’Assemblée nationale, le président du Sénat, un tiers des députés ou un tiers des sénateurs, et
les présidents des exécutifs régionaux lorsque les intérêts de leur région sont en cause.
CHAPITRE III :
DES CONTESTATIONS SUR LA RECEVABILITE DES TEXTES DE LOI
Article 32 : – La saisine du Conseil constitutionnel dans tous les cas prévus aux articles 18
(3)b et 23 (3)b de la Constitution, suspend immédiatement la discussion du texte de loi
litigieux.
Article 33: – L’auteur de la saisine en informe les autres autorités visées aux articles 18 (3)b
et 23 (3)b de la Constitution.
CHAPITRE IV :
DE LA COMPETENCE CONSULTATIVE DU CONSEIL CONSTITUTIONNEL
Article 34: Le Conseil constitutionnel émet un avis dans les cas où la Constitution et les lois
lui attribuent compétence, notamment:
Par : ASSIGUENA MBARGA FRANCOIS D’ASSISE Page 517
L’Intérimaire du Président de la République en droit constitutionnel camerounais
– l’interprétation de la Constitution;
– tout point de droit constitutionnel, électoral et parlementaire;
– les matières expressément mentionnées à l’article 47 de la Constitution et aux dispositions
de la présente loi.
Article 35 : Le Conseil est saisi dans les mêmes formes que celles prévues à l’article 31 ci-
dessus.
Article 36 : – Les avis émis par le Conseil constitutionnel sont notifiés à l’auteur de la
demande.
Article 37: -Le président du Conseil constitutionnel consulté, émet un avis motivé dans les
cas prévus aux articles 15 et 36 de la Constitution. Cet avis est publié au Journal officiel.
CHAPITRE V :
DU CONSTAT DE LA VACANCE DE LA PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE
Article 38 : – Le Conseil constitutionnel, saisi par le président de l’Assemblée nationale,
après avis conforme du bureau, dans le cas prévu-à l’article 6 (4) de la Constitution, constate
la vacance de la présidence de la République. Il statue alors à la majorité des deux tiers de ses
membres.
Article 39: La déclaration de vacance est publiée suivant la procédure d’urgence, puis insérée
au Journal officiel.
Article 39: La déclaration de vacance est publiée suivant la procédure d’urgence, puis insérée
au Journal officiel.
CHAPITRE VI :
DU CONTRÔLE DE LA RÉGULARITÉ DES ÉLECTIONS ET DU RÉFÉRENDUM
Section 1: Des dispositions communes aux élections
Article 40: Le Conseil constitutionnel veille à la régularité de l’élection présidentielle, des
élections parlementaires et des consultations référendaires. Il veille à la sincérité du scrutin. Il
en proclame les résultats.
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Article 41: Le Conseil constitutionnel statue dans les conditions et délais prévus par la
Constitution et la législation en vigueur.
Article 42:
(1) Les contestations ou les réclamations sont faites sur simple requête et doivent parvenir au
Conseil constitutionnel dans un délai maximum de soixante douze (72) heures à compter de la
date de clôture du scrutin.
(2) Le Conseil constitutionnel peut, s’il le juge nécessaire, entendre tout requérant ou
demander la production, contre récépissé, des pièces à conviction.
(3) La requête doit préciser les faits et moyens allégués. Elle est affichée dans les vingt-quatre
(24) heures à compter de son dépôt et communiquée aux parties intéressées, qui disposent
d’un délai de quarante huit (48) heures pour déposer, contre récépissé, leur mémoire en
réponse.
(4) La requête est dispensée de tout frais de timbre ou d’enregistrement.
Section II: De l’élection présidentielle
Article 43: Le Conseil constitutionnel est juge de l’éligibilité à la présidence de la
République. Toute personne dont la candidature n’a pas été retenue est habilitée à contester la
décision de rejet devant le Conseil constitutionnel dans les conditions prévues par les lois
électorales en vigueur.
Article 44: Tout candidat, tout parti politique intéressé à l’élection ou toute personne ayant
qualité d’agent du gouvernement pour ladite élection, peur saisir le Conseil constitutionnel
pour des contestations ou réclamations relatives à la couleur, au sigle ou au symbole adoptés
par un candidat.
Article 45:Tout candidat, tout parti politique ayant pris part à l’élection ou toute personne
ayant qualité d’agent du gouvernement pour l’élection, peut saisir le Conseil constitutionnel
en annulation totale ou partielle des opérations électorales dans les conditions prévues par les
lois électorales en vigueur.
Article 46:Les résultats de l’élection présidentielle sont arrêtés et proclamés par le Conseil
constitutionnel. Ils sont publiés suivant la procédure d’urgence, puis insérés au Journal
officiel en français et en anglais.
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Section III: De l’élection des membres du Parlement
Article 47: Le Conseil constitutionnel est juge de l’éligibilité à l’Assemblée nationale et au
Sénat. Tout électeur inscrit sur les listes électorales, tout candidat ou tout mandataire de la
liste intéressée peut attaquer devant le Conseil constitutionnel et dans les conditions prévues
par les lois électorales en vigueur, toute décision d’acceptation ou de rejet d’une candidature
ou d’une liste de candidats.
Article 48 :
(1)En cas de contestation de la régularité de l’élection des membres du parlement, le Conseil
constitutionnel peut être saisi par tout candidat, tout parti politique, ayant pris part à l’élection
dans la circonscription concernée et toute personne ayant qualité d’agent du gouvernement
pour cette élection.
(2) Lorsque le Conseil constitutionnel est saisi d’une contestation relative à l’élection d’un
député ou d’uns sénateur, il statue sur la régularité de l’élection tant du titulaire que du
suppléant.
Article 49: Sous peine d’irrecevabilité, la requête doit contenir les noms, prénom(s), qualité et
adresse du requérant ainsi que le nom de l’élu ou des élus dont l’élection est contestée. Elle
doit en outre être motivée et comporter un exposé sommaire des moyens de fait et de droit qui
la fondent. Le requérant doit annexé à la requête les pièces produites au soutien de ses
moyens.
Article 50 :
(1) Le Conseil constitutionnel dresse procès-verbal de toutes les opérations électorales en
triple exemplaire. Il en conserve l’original et transmet les deux autres exemplaires
respectivement au ministre chargé de l’Administration territoriale, au président de
l’Assemblée nationale ou le cas échéant au président du Sénat.
(2) Les résultats définitifs sont publiés suivant la procédure d’urgence, puis insérés au Journal
officiel en français et en anglais. La décision du Conseil constitutionnel rectifiant ou annulant
lesdits résultats est publiée dans les mêmes conditions.
Section IV : Du référendum
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Article 51 – Le Conseil constitutionnel veille et statue sur la régularité des consultations
référendaires.
Article 52 : En cas de contestation de la régularité de la consultation référendaire, le Conseil
constitutionnel peut être saisi par le président de la République, le président de l’Assemblée
nationale ou le président du Sénat, un tiers des députés ou un tiers des sénateurs.
Article 53.- Lorsque le Conseil constitutionnel constate l’existence d’irrégularités dans le
déroulement des opérations, il décide, eu égard à la nature et à la gravité de ces irrégularités;
soit de maintenir les dites opérations, soit de prononcer leur annulation totale ou partielle.
Article 54 – Le Conseil constitutionnel proclame les résultats du référendum.
CHAPITRE VII
DES AUTRES FORMES DE PROCÉDURE
Article 55 :
(1) Le Conseil constitutionnel est saisi par une requête datée et signée du requérant. Cette
requête doit être motivée et comporter un exposé sommaire des moyens de fait et de droit qui
la fondent.
(2) Celle-ci est déposée ou adressée par voie postale avec accusé de réception au secrétariat
général qui l’enregistre suivant la date d’arrivée.
(3) Le secrétaire général délivre au requérant un récépissé constatant l’enregistrement de sa
requête.
Article 56 : Le secrétaire général du Conseil constitutionnel donne avis au candidat dont
l’élection est contestée des requêtes soumises à l’examen du Conseil constitutionnel. Il lui est
imparti un délai pour prendre connaissance des requêtes et des pièces et pour produire ses
observations.
Article 57 – La procédure devant le Conseil constitutionnel est écrite, gratuite et
contradictoire.
Article 58 – Les parties peuvent se faire assister par un conseil de leur choix.
Article 59 :
(1) Lorsque la requête est manifestement irrecevable, le Conseil constitutionnel statue par
décision motivée sans instruction contradictoire préalable.
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(2) La décision est aussitôt notifiée au requérant et aux parties intéressées.
Article 60 :
(l) Dès réception de la requête, le président du Conseil constitutionnel désigne parmi les
membres un rapporteur chargé de l’instruction de la procédure.
(2)Le rapporteur procède à l’instruction de l’affaire en vue d’un rapport écrit à soumettre au
Conseil constitutionnel.
(3) Le rapporteur entend; le cas échéant les parties; il peut également entendre toute personne
dont l’audition lui apparaît opportune ou solliciter par écrit des avis, qu’il juge nécessaires.
(4) Il fixe aux parties des, délais pour produire leurs moyens et ordonne au besoin des
enquêtes ou toute autre mesure d’instruction.
Article 61 :
(1) Le rapporteur rédige un rapport dans lequel il rappelle le contenu de la requête, analyse les
moyens soulevés et énonce les points à trancher. Il rédige également un projet de décision à
soumettre à l’appréciation des autres membres du Conseil constitutionnel.
(2) Le rapport et le projet de décision sont remis au président du Conseil constitutionnel qui
les transmet au secrétaire général pour communication sans délai aux membres du Conseil
constitutionnel.
Article 62 – Le Conseil constitutionnel tient ses audiences à la date fixée par son président.
Article 63 – A l’appel d’un dossier, le rapporteur donne lecture du rapport le président ouvre
les débats et invite les autres membres du conseil à faire leurs observations. A l’issue de ces
débats, le conseil examine le projet de décision l’amende au besoin et rend la décision.
Article 64 – Les débats ne sont pas publics, sauf en matière électorale et référendaire.
Toutefois, les décisions du Conseil constitutionnel sont rendues en audience publique.
TITRE IV
DISPOSITIONS DIVERSES, TRANSITOIRES ET FINALES
Article 65 :
(1) Dès la mise en place du Conseil constitutionnel, les affaires pendantes devant la Cour
suprême et relevant de la compétence dudit conseil lui son transférées.
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(2) Les délais impartis au Conseil constitutionnel pour rendre ses décisions et avis ne
commenceront à courir que quatre-vingt dix (90) jours après sa mise en place effective.
Article 66 :
(1) Le Conseil constitutionnel élabore et adopte son règlement intérieur.
(2) Ce règlement est publié au Journal officiel.
Article 67 – La présente loi sera enregistrée et publiée suivant la procédure d’urgence, puis
insérée au Journal officiel en français et en anglais.
Yaoundé, le 21 avril 2004
Le président de la République
(é) Paul BIYA
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LOI N° 2008/001 DU 14 AVRIL 2008 MODIFIANT ET COMPLETANT
CERTAINES DISPOSITIONS DE LA LOI N° 96/06 DU 18 JANVIER 1996
PORTANT REVISION DE LA CONSTITUTION DU 02 JUIN 1972.
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Loi N° 2008/001 du 14 avril 2008 modifiant et complétant certaines dispositions de la loi
n° 96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la constitution du 02 juin 1972.
L’Assemblée Nationale a délibéré et adopté,
le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit :
Article 1er: Les dispositions des articles 6(2) et (4),14(3)a, 15(4),51(1) 53 et 67(6) de la loi
n° 96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la Constitution du 02 juin 1972 sont modifiées
et complétées ainsi qu’il suit :
« Article 6
(2) (nouveau) : Le Président de la République est élu pour un mandat de sept (7) ans. Il est
rééligible.
(4) (nouveau) : En cas de vacance de la Présidence de la République pour cause de décès, de
démission ou d’empêchement définitif constaté par le Conseil Constitutionnel, le scrutin pour
l’élection du nouveau Président de la République doit impérativement avoir lieu vingt (20)
jours au moins et cent vingt (120) jours au plus après l’ouverture de la vacance.
L’intérim du Président de la République est exercé de plein droit, jusqu’à l’élection du
nouveau Président de la République, par le Président du Sénat. Et si ce dernier est, à son tour
empêché, par son suppléant suivant l’ordre de préséance du Sénat.
Le Président de la République par intérim- le Président du Sénat ou son suppléant ne peut
modifier ni la Constitution, ni la composition du gouvernement. Il ne peut recourir au
référendum. Il ne peut être candidat à l’élection organisée pour la présidence de la
République. Toutefois, en cas de nécessité liée à l’organisation de l’élection présidentielle, le
Président de la République par intérim peut, après consultation du Conseil Constitutionnel,
modifier la composition du gouvernement.
Article 14 :
(3) Les chambres du parlement se réunissent aux mêmes dates ; a (nouveau) : en sessions
ordinaires chaque année aux mois de mars, juin et novembre sur convocation des bureaux de
l’Assemblée Nationale et du Sénat, après consultation du Président de la République.
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Article 15 :
(4) (nouveau) : En cas de crise grave ou lorsque les circonstances l’exigent, le Président de la
République peut, après consultation du Président du Conseil Constitutionnel et des bureaux de
l’Assemblée Nationale et du Sénat, demander à l’Assemblée Nationale de décider, par une loi
, de proroger ou d’abréger son mandat.
Dans ce cas, l’élection d’une nouvelle Assemblée a lieu quarante (40) jours au moins et cent
vingt (120) jours au plus après l’expiration du délai de prorogation ou d’abrégement de
mandat.
Article 51.
(Nouveau) : Le Conseil Constitutionnel comprend onze (11) membres désignés pour un
mandat de six (6) ans éventuellement renouvelable.
Les membres du Conseil Constitutionnel sont choisis parmi les personnalités de réputation
professionnelle établie. Ils doivent jouir d’une grande intégrité morale et d’une compétence
reconnue.
TITRE VIII- DE LA HAUTE COUR DE JUSTICE
Article. 53(nouveau)
La haute Cour de Justice est compétente pour juger les actes accomplis dans l’exercice de
leurs fonctions par :
Le Président de la République en cas de haute trahison ; Le Premier Ministre, les autres
membres du gouvernement et assimilés, les hauts responsables de l’administration ayant
responsables de l’administration ayant reçu délégation de pouvoirs en application des articles
10 et 12 ci-dessus, en cas de complot contre la sûreté de l’Etat.
Le Président de la République ne peut être mis en accusation que par l’Assemblée Nationale
et le Sénat statuant par un vote identique au scrutin public et à la majorité des quatre
cinquièmes des membres les composant.
Les actes accomplis par le Président de la République en application des articles 5, 8,9 et 10
ci-dessus, sont couverts par l’immunité et ne sauraient engager sa responsabilité à l’issue de
son mandat.
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L’organisation, la composition, les conditions de saisine ainsi que la procédure suivie devant
la Haute Cour de Justice sont déterminées par la loi.
TITRE XIII- DISPOSITIONS TRANSITOIRES ET FINALES
Article 67. (Nouveau) : Au cas où la mise en place du Sénat intervient avant celle des
régions, le collège électoral pour l’élection des Sénateurs est composé exclusivement des
conseillers municipaux ».
Article 2: La présente loi sera enregistrée, publiée suivant la procédure d’urgence puis insérée
au Journal Officiel en français et en anglais.
Yaoundé, le 14 avril 2008
Le Président de la République,
(é) PAUL BIYA
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