Conception de structures composites tissées
Conception de structures composites tissées
LABORATOIRE PRISME
le 29 mai 2013
RAPPORTEURS :
Zoheir ABOURA Professeur, Université de Technologies de Compiègne
Christophe BINETRUY Professeur, École Centrale de Nantes
____________________________________________________________________
JURY :
Philippe BOISSE Professeur, INSA Lyon (Président)
Silvestre PINHO Professeur associé, Imperial College London (Examinateur)
Martin HIRSEKORN Ingénieur de Recherche, Onera (Encadrant)
Gilles HIVET Maître de conférence, Université d’Orléans (Encadrant)
Remerciements
Une thèse est le fruit de l’association de nombreuses personnes. J’ai écrit ces quelques lignes
dans le but de leur témoigner toute ma gratitude. Néanmoins, l’exercice reste périlleux car il est
difficile de remercier absolument tout le monde, que les « oubliés » m’excusent par avance.
Cette thèse s’est déroulée intégralement dans le centre Onera de Châtillon, au sein du
Département des Matériaux et Structures Composites (DMSC). A ce titre, je remercie, M. Abbé puis
M. Maire, pour m’avoir accueilli au sein de leur structure.
Je tiens ensuite à remercier les membres de mon jury pour m’avoir fait l’honneur d’évaluer mon
travail. Plus particulièrement, je remercie M. Boisse pour avoir présidé ce jury, M. Aboura et M.
Binétruy pour avoir endossés le rôle exigeant de rapporteur, et enfin M. Pinho pour avoir accepté
d’examiner mon travail, soutenu en français, soulignons-le.
Je remercie Ridha Hambli pour avoir accepté de prendre la direction de cette thèse. Je tiens
ensuite à souligner toute ma gratitude envers Gilles Hivet et Martin Hirsekorn pour leur
encadrement. La force de ce binôme vient des personnalités et des compétences très différentes de
ses membres, ce qui m’a donné deux appuis solides car ne reposant pas sur la même base. Leurs
conseils et suivi furent toujours pertinents, et ponctués de discussions en tout genre que ce soit
autour d’une table ou d’un repas, tout en ayant le bon goût de me laisser jouir d’une autonomie
faisant de ce travail ma propre thèse, ce qui est véritablement essentiel.
Un grand merci à Christian Fagiano qui continue le développement et met en application
l’ensemble des outils numériques conçus durant cette thèse. Les nombreuses discussions
enrichissantes que nous avons pu avoir sur l’avenir de ces travaux ont su me donner fierté et recul vis
à vis du travail réalisé, denrées précieuses et nécessaires, à mon sens, à tout doctorant en fin de
mandat. Je lui transmet à travers ces lignes ma reconnaissance et mon amitié, et lui souhaite, avec
Martin Hirsekorn et Patrick Lapeyronnie, une excellente continuation, et un travail d’équipe
prolifique.
Je tiens à exprimer chaleureusement toute ma gratitude envers l’unité expérimentale du DMSC.
Leur accueil formidable et leur bonne humeur contagieuse m’ont permis d’aborder le pilotage de la
partie expérimentale de cette thèse avec plus de sérénité. Ils ont réalisés tous les essais avec
beaucoup de sérieux et de minutie, et je leur en suis extrêmement reconnaissant. Dans le détail,
merci à Romain Agogué pour la fabrication des composites, Philippe Nunez et Anne Mavel pour la
préparation des échantillons et les essais mécaniques, Benjamin Lamboul et Gabriele Bai pour les
manips utilisant les ondes de Lamb (et le cours d’acoustique associé !), et enfin Jean-Michel Roche et
Françoise Passilly pour la partie thermographie (et, là aussi, pour le cours qui va avec !). J’ai
beaucoup appris à vos côtés, merci à vous ! J’associe aussi à ces remerciements Jean-François Maire
pour l’aide et les conseils salvateurs qu’il a pu m’apporter au niveau du dépouillement des essais
mécaniques. J’ai particulièrement apprécié nos échanges francs et sincères, toujours baignés
d’humour !
Le visage de cette thèse aurait été tout aussi différent si elle ne s’était déroulée au sein de l’unité
Modélisation et Caractérisation des Matériaux Composites. En voilà une belle bande
d’énergumènes ! J’ai passé avec eux trois années mémorables. J’y ai en effet beaucoup appris en les
cotoyant, grâce notamment à leurs conseils, tournant quelque fois en vastes débats scientifiques, et
à leur positionnement professionnel à cheval entre la recherche universitaire et le monde industriel.
Leur jovialité quotidienne et leur motivation communicative m’ont transmis plus que l’énergie
iii
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
nécessaire pour mener à bien ce travail de thèse (quelques pauses café, mythiques, ayant largement
contribuées à recharger mes batteries). Merci à toute l’équipe : F-H, Myriam, Cédric Jeux, F-X, Cédric
H. (et son rire explosif), Fred (my blues brother), Pascal, Pierre et Thomas.
Je tiens également à remercier ceux qu’on appelle « la cellule numérique » de l’Onera, pour
m’avoir maintes fois apporté aide et support informatique. Je pense particulièrement à Arjen,
Johann, J-D et Fred (j’en profite pour saluer toute l’équipe de volley onérienne !), et bien entendu
Vincent, qui a su faire preuve d’une patience exemplaire, et surtout à toute épreuve (croyez-moi).
Je passe maintenant à des remerciements plus personnels à mes trois complices, co-bureau et
amies : Carole (mon éternelle partenaire de travail), Emilie (aux oreilles sensibles) et Elen (notre
bretonne nationale). Nous avons partagé ensemble les meilleurs moments comme les pires, et cette
solidarité a pour moi été très importante. J’en profite pour souhaiter le meilleur à tous les autres
doctorants avec qui j’ai passé de très bons moments : Camé, Azalia, Antoine, Adrien et Alexis. Je
remercie aussi Jean-Michel, le fervent défenseur de la cause thésarde, pour son soutien et pour tous
ces fous rires partagés.
Bien entendu, je n’oublie pas mes amis qui m’ont toujours soutenu, accompagné (vive la colloc !),
voire hébergé pour certains : dbo, Carole, Alaing, Max, Armelle, Tom, Gie, et tous les MMK ! La thèse
est très prenante, et cela m’a toujours fait un grand bien de vous retrouver pour souffler un peu,
merci à vous !
Enfin, je termine par des remerciements envers mes parents, ma soeur, mon frère, et au reste de
la famille. Ces trois années ont été éprouvantes pour nous tous, la famille Grail a beaucoup évolué
mais nous sommes encore tous là et bien là, c’est tout ce qui compte. Merci pour leur soutien
aveugle qui fut, pour moi, capital.
iv
Table des matières
v
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
2.4.4 Bilan sur la construction d'un maillage de CER de CMO tissé ............................................. 38
2.5 Discussion ....................................................................................................... 39
2.6 Conclusion....................................................................................................... 40
vi
3.8 Conclusion ....................................................................................................... 69
vii
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
Bibliographie............................................................................................... 181
viii
Chapitre 1.
Introduction générale
Cette thèse a été réalisée à l’Onera, au sein de l’unité Modélisation et Caractérisation des
Matériaux Composites (MC²) du Département des Matériaux et Structures Composites (DMSC), et en
collaboration avec le laboratoire PRISME de l’Université d’Orléans. Elle s’inscrit dans un contexte
d’optimisation des structures aéronautiques par le matériau, en cherchant à exploiter le potentiel des
matériaux composites tissés. Son objectif est de participer à la mise en place d’une chaîne de calcul
permettant de faire le lien entre les paramètres de conception d’un matériau composite tissé et ses
propriétés linéaires élastiques homogènes.
Cette introduction a pour but d’expliquer le placement scientifique de l’Onera vis-à-vis des besoins
industriels actuels. Ainsi, dans un premier temps, le contexte et l’enjeu de cette étude sont présentés
dans la partie 1.1. Puis, une présentation générale des composites tissés est effectuée dans la partie
1.2, dont les conclusions permettent de comprendre l’intérêt de la mise en place d’une chaîne de
calcul, proposée par l’Onera et détaillée dans la partie 1.3. Au terme de la présentation de la chaîne, il
sera montré que sa construction passe nécessairement par l’établissement d’un premier lien entre
paramètres de mise en forme et propriétés mécaniques linéaires élastiques du matériau à une échelle
d’étude appelée « échelle mésoscopique ». C’est la mise en place de ce lien qui constitue le principal
objectif de cette thèse, présenté dans la partie 1.3.4. Enfin, la partie 1.4 décrit la démarche adoptée
dans cette étude.
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Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
Plan du chapitre
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Chapitre 1.
Introduction générale
Figure 1.1 : répartition des composites sur le Boeing 787 Dreamliner (source : Boeing)
Le potentiel des matériaux composites est énorme, mais ne s'exprimera qu’à une condition :
travailler non seulement sur les constituants de base du matériau (fibres, résines,…), sur les
conditions d’élaboration (méthodes d’injection, cycle thermique, mise en forme dans le moule…)
mais aussi et avant tout sur la fonction du matériau dans la structure. En effet, le matériau n’est
qu’un des composants d’un système plus complexe, constitué par les pièces, les assemblages, les
sous-ensembles et la structure elle-même. Cette vision système implique d’appréhender les
matériaux comme des paramètres, et non comme des données, d’une optimisation globale de la
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Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
structure. Ce lien entre matériau et structure est évident pour les matériaux composites, où une
orientation des fibres, ou des renforts d’une manière plus générale, dans la direction des efforts
permet de grandement augmenter le ratio performances/masse. On comprend bien que
l’optimisation de la structure passe, entre autres, par une conception du matériau de façon à
répondre localement au « juste besoin » structural. Et ces perspectives d’optimisation par le
matériau sont décuplées depuis l’émergence d’un nouveau type de composite : les matériaux
composites à renfort tissé.
- une très grande richesse d’optimisation, offerte par un nombre de configurations quasi-
illimité au niveau de la conception du renfort, permettant théoriquement de concevoir un
matériau « sur mesure », parfaitement adapté localement aux sollicitations structurales [Wu
2009].
- une meilleure tolérance aux défauts. L’architecture textile et les mécanismes de redistribution
des efforts autour d’un site de rupture expliquent en partie la bonne tenue de ce type de
matériaux en présence de singularités [Cox et al. 1996].
- la possibilité d’insérer des torons dans la troisième direction offre aux textiles 3D une
meilleure tenue aux sollicitations hors-plan, et aux impacts en particulier (chute d’outils,
ingestion d’oiseaux, grêle, etc.) [Pearson et al. 2007]. Ces impacts induisent des délaminages,
dont l’étendue et la propagation sont beaucoup plus limités dans le cas des composites
textiles 3D [Baucom et Zikry 2005]. Par exemple, [Chou et al. 1992] ont montré que l’énergie
d’impact nécessaire pour amorcer un défaut dans un composite tissé 3D est supérieure de
60% à celle d’un stratifié unidirectionnel (UD).
Néanmoins, malgré les caractéristiques intéressantes des composites textiles soulignées
précédemment, les applications sont encore limitées. En effet, certains points jouent en leur
défaveur [Mouritz et al. 1999] :
- la très grande richesse d’optimisation offerte par ces matériaux est à mettre en parallèle avec
le manque d’outils et de données pour les dimensionner. De plus, la forte anisotropie de ces
matériaux, liée à l'orientation des torons, se confronte à l’utilisation quasi systématique de
composite quasi-isotrope dans les structures aéronautiques, comme des empilements de
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Chapitre 1.
Introduction générale
stratifiés d’UD [0/90/±45] [Marcin 2009]. Inévitablement, les composites textiles souffrent
ainsi de la comparaison avec les composites stratifiés UD.
- leur conception reste difficile, nécessitant des métiers à tisser, à tresser ou à tricoter
contrôlés par ordinateur, réglés sur les détails architecturaux internes du textile. Ces
machines de pointe sont peu répandues et limitées dans la complexité et l’épaisseur du
renfort, malgré la très forte croissance de la demande industrielle [Bannister 2001].
Cependant, le progrès dans les techniques de tissage avance à grand pas avec, par exemple,
des machines comme le tisseur Jacquard qui sont désormais capables de tisser des interlocks
complexes jusqu’à 100mm d’épaisseur totale [de Luycker et al. 2009].
- il est aussi important de noter qu’un composite textile avec la même fraction volumique de
fibres dans le plan a des propriétés élastiques planes, module d’Young et de cisaillement,
légèrement inférieures que celle d’un composite stratifié UD, du fait de l’ondulation des
torons [Lomov et al. 2009].
Les composites textiles sont potentiellement très intéressants, mais leur diversité tant dans leur
conception que dans leur propriétés nécessitent de mener, dans un premier temps, des études
spécifiques aux tissés, aux tricotés, aux tressés ou aux cousus. Ce travail de thèse se concentre donc
exclusivement sur l’étude des composites tissés, plus largement répandus.
- le plan de tissage : il donne à l'armure sa définition (taffetas, sergé, interlock, etc., voir ci-
dessous) en définissant le parcours dans le tissu de chacun des torons les uns par rapport aux
autres. Le chemin moyen d’un toron est défini à partir du plan de tissage par la ligne centrale
du toron, aussi appelé « ligne moyenne ».
- les distances entre torons : Les distances entre torons définissent la densité de torons dans le
plan. Ainsi, dans le cas d’un tissu 2D, la distance entre trames et la distance entre chaînes
permet de rendre compte de l’équilibrage du tissu : si leur rapport est différent de 1, le tissu
est dit « non équilibré ».
- le nombre de fibres dans les torons : associé aux propriétés de la fibre (diamètre et masse
volumique), il définit le volume de fibres présent dans le tissu, indispensable pour déterminer
le taux de fibres dans le composite.
En jouant sur les paramètres de définition du tissu, un nombre illimité de configurations est
possible. Toutefois, différentes catégories de tissus se dégagent. Pour les renforts tissés
bidimensionnels, les différentes préformes sont les taffetas, les sergés et les satins, voir Figure 1.2.
Pour les tissés tridimensionnels, les différentes catégories de préforme sont réunies sous le terme
générique de tissus multicouches : « Layer to Layer Angle Interlock » (Figure 1.3a), « Through the
thickness Angle Interlock » (Figure 1.3b) et « Orthogonal » (Figure 1.3c), chacune caractérisées par
les chemins des torons de chaîne et de renforts à travers l’épaisseur du tissu.
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Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
L L0
Embuvage = 100 (1.2)
L0
L’ondulation des torons est un facteur capital pour la bonne compréhension du comportement
des composites tissés, car elle détermine localement l’orientation des fibres et influe ainsi sur la
répartition des contraintes et déformations au sein du matériau. Par exemple, [Lomov et al. 2009]
montre qu’entre deux composites possédant quasiment la même fraction volumique de fibre, la
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Chapitre 1.
Introduction générale
même épaisseur et le même ratio chaîne-trame, le composite le plus embuvé est celui qui a les
moins bonnes propriétés dans le plan, que ce soit les rigidités, la résistance ou la déformation avant
rupture. C’est pourquoi l’ondulation des torons est quelque fois introduite sous la forme d’un facteur
de perte de rigidité [Potluri et Sagar 2008; Xu et al. 1995]. L’un des enjeux les plus importants d’une
conception optimale d’un composite tissé pour une application donnée est la gestion adéquate des
orientations des fibres, i.e. de l’ondulation des torons, au sein du matériau.
Figure 1.4 : schéma représentant la longueur réelle L d’un toron et la longueur L0 qu’il occupe dans le tissu
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Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
(a) (b)
Figure 1.5 : pièces CMO à renfort interlock (a) contrefiche de train d’atterrissage réalisée par Messier-Dowty
pour le Boeing 787-8 Dreamliner (Bourget 2009), (b) aube de rotor en interlock, réalisé par SNECMA
1. Le tissage du renfort.
2. La mise en forme de la préforme sèche, que ce soit par emboutissage ou par drapage
manuel ou mécanique.
3. L’infiltration de la résine TD par voie liquide. Cette étape peut se faire par infusion, avec le
procédé « Liquid Resin Infusion » (LRI), ou par injection, avec le procédé « Resin Transfer
Molding » (RTM).
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Chapitre 1.
Introduction générale
Dans le cas des CMO tissés 3D, le comportement lors de sollicitations dans l’axe des renforts est
légèrement non-linéaire avec rupture fragile [Cox et al. 1996; Callus et al. 1999; Tan et al. 2000]. Si la
proportion de fibres est plus importante dans une direction, la non linéarité sera plus importante
dans la direction présentant une faible proportion de fibre. Le caractère viscoélastique de ce type de
matériau a été mis en évidence par [Schneider et al. 2008], par des essais de fluage multipalier à 45°
par rapport aux axes du renfort (voir Figure 1.6c) lors d’une campagne de caractérisation du
comportement mécanique de CMO tissés 3D déséquilibré.
Les CMO tissés sont fortement anisotropes, et la compréhension de leur comportement passe
nécessairement par l'observation et l'étude des phénomènes se déroulant aux échelles inférieures.
- l’échelle microscopique : c’est l’échelle des constituants fibres et matrice (une dizaine de μm).
- l’échelle mésoscopique : c’est l’échelle à laquelle l’architecture tissée est représentée, avec la
matrice (de l’ordre du mm).
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Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
retrait chimique de la matrice lors de sa réticulation génère des contraintes internes au matériau
pouvant modifier la forme finale de la pièce [Albert et Fernlund 2002; Ersoy et al. 2010]. De même,
l’endommagement dans le composite se déroule à toutes les échelles, et de manière couplée. Par
exemple, un endommagement d’origine macroscopique comme un impact d’oiseau, aura autant des
conséquences à l’échelle de la structure qu’à l’échelle microscopique (micro-décohésions entre les
fibres et la matrice, fissurations, etc.). Par conséquent, la bonne compréhension du comportement
des CMO tissés passe nécessairement par la prise en compte de leur nature multiéchelle.
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Chapitre 1.
Introduction générale
- Pour établir ces dépendances, et diminuer le coût des campagnes d’essais, un lien virtuel,
construit par des techniques de modélisation, entre paramètres de conception (paramètres
matériaux et paramètres de fabrication) et performances structurales doit être créé.
- Afin de lier les paramètres de fabrication aux différentes propriétés du matériau, il est
nécessaire de prendre en compte les différentes étapes du procédé de fabrication. La prise en
compte du caractère multiéchelle des CMO tissés est aussi essentielle, pour permettre une
bonne compréhension des effets des phénomènes intervenant à tous les niveaux de la
structure.
Ces conclusions mènent au besoin d’une chaîne virtuelle constituée de plusieurs modèles établis
aux différentes échelles de représentation du matériau et prenant en compte son procédé de
fabrication, permettant de relier performances d’une pièce en CMO tissé (rigidité, résistance, tenue
au flambement, etc.), et paramètres de conception du matériau (choix du tissu, de la matrice,
épaisseur du composite, etc.). L’objectif final d’un tel lien est d’être capable, à partir de la
connaissance des performances structurales désirées, de concevoir un composite tissé « sur-
mesure » en déterminant de façon précise quels sont ses paramètres de conception. Cependant,
avant d’établir un lien entre les effets (comportement du matériau) et les causes (architecture du
tissu, mode de cuisson, endommagement…), il est tout d’abord nécessaire de comprendre les liens
de causes à effets. C’est pourquoi, dans un premier temps, une chaîne multimodèle et multiéchelle
doit être construite dans le sens direct, avec pour objectif de prévoir l’influence des paramètres de
conception sur les performances du matériau.
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Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
12
Chapitre 1.
Introduction générale
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Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
14
Chapitre 1.
Introduction générale
mécanique des tissus secs, et la mécanique des composites tissés. Ce besoin constitue la motivation
principale de ce travail de thèse.
Cette thèse doit donc initier la construction de la chaîne de calcul en établissant un premier lien
entre paramètres de conception et performances du matériau. Pour cela, l’approche choisie est de se
concentrer sur l’échelle mésoscopique, et de se baser sur des modélisations EF, car elles permettent
l’exploitation d’architectures tissées complexes. Ainsi, le premier objectif est de développer une
méthode de construction de CER tissé mésoscopique, permettant d’établir un lien entre mise en
forme du renfort, nécessitant une géométrie de tissu sec, et le reste de la chaîne (injection de la
résine, cuisson du composite et étude de son comportement), demandant une géométrie du type de
composite tissé. Sur la base des CER générées, le second objectif est de construire la chaîne et de
démontrer son bon fonctionnement. Enfin, le dernier objectif est d’aborder sa validation
expérimentale.
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Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
introduire un endommagement discret au sein des CER, et le calcul de leur effet sur les rigidités du
matériau sont présentés en seconde partie de chapitre.
Le développement de la chaîne de calcul présentée dans les chapitres 3, 4 et 5 a constitué la part
la plus importante du travail (en termes de temps), ne permettant pas la mise en place d’une
campagne expérimentale de validation. Une telle campagne reste néanmoins indispensable, et bien
qu’elle ne puisse être menée à bien dans cette étude, il est toutefois possible, et surtout judicieux, de
penser dès à présent à sa construction. Pour cela, la stratégie adoptée est de réaliser une étude
expérimentale préliminaire, dont l’objectif est de guider la mise en place d’une campagne de
validation. La réflexion menée est la suivante : la chaîne de calcul permet de prévoir différentes
influences (chapitres 4 et 5) : l’influence des composants du matériau, l’influence du procédé de
fabrication choisi (la compaction du renfort) et l’influence de l’endommagement. La validation de la
chaîne passe donc nécessairement par la comparaison des résultats obtenus avec les influences
observées expérimentalement. Mais l’identification fine de l’influence d’un seul paramètre de
conception sur les propriétés mécaniques du composite n’est pas évidente. En effet, pour l’obtenir, il
faut mettre en place une campagne expérimentale comparative sur des composites fabriqués avec le
même procédé de fabrication, dans les mêmes conditions (température, matériel utilisé, etc.), à un
paramètre de conception près. Hors, ce n’est généralement pas le cas dans les études comparatives
que l’on peut trouver dans la littérature, comme l’ont déjà remarqué [Lomov et al. 2009]. De plus, les
composites étudiés doivent être réalisés dans la perspective de les modéliser finement ensuite, avec
les outils de calcul disponibles. Dans le contexte de la chaîne de calcul, il semble donc nécessaire de
commencer par une étude comparative menée sur des composites 2D, plus simples et plus légers (en
termes de temps CPU) à modéliser. Il est alors essentiel que la géométrie des tissus soit connue, ainsi
que les différents paramètres de fabrication (données difficiles à obtenir dans leur ensemble dans les
études rapportées dans la littérature). Ainsi, une étude préliminaire comparative entre cinq plaques
fines de CMO tissés est présentée dans le Chapitre 6. Ces plaques ont été fabriquées et découpées en
quatre éprouvettes à l’Onera, et chacune ont été testée en traction uniaxiale dans l’axe des renforts.
En collaboration avec l’unité expérimentale de l’Onera, une multi-instrumentation a été mise en
place, permettant de calculer le module élastique longitudinal de chacune des éprouvettes, et
d’étudier l’évolution de l’endommagement et son effet sur le module. Les résultats obtenus ont
permis de mettre en lumière plusieurs points durs, liés à la fabrication de plaques fines en CMO tissé
2D, à leur essai, et à l’étude de l’endommagement des éprouvettes.
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Chapitre 2.
État de l’art :
Construction d’une cellule
mésoscopique de composite tissé à
matrice organique
L’enjeu de cette étude est l’optimisation des structures aéronautiques par le matériau. Pour cela,
une chaîne de calcul reliant les propriétés matériaux et procédés du composite à ses performances
doit être établie. Un point important et nécessaire à la mise en place de cette chaîne est la
construction d’une cellule mésoscopique de CMO tissé. Dans cette seconde partie, un état de l’art est
mené. Il concerne la construction d’une telle cellule, à travers deux aspects : la géométrie et le
maillage. Il a pour objectif la justification de la stratégie de construction de ce type de cellule,
développée dans le cadre de ce travail de thèse et présentée dans le Chapitre 3.
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Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
Plan du chapitre
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Chapitre 2.
État de l’art : Construction d’une cellule mésoscopique de composite tissé à matrice organique
2.1 Introduction
Dans une approche analytique ou numérique, la prise en compte de la structure interne des
composites à renfort tissé est nécessaire afin d’être capable de prévoir les propriétés du matériau
telles que sa perméabilité, sa rigidité, sa résistance, sa tenue au flambement ou encore son
endommagement. En effet, l'architecture du renfort positionne et oriente la matière dans le
composite et influence ainsi fortement la répartition des déformations/contraintes/défauts au sein
du matériau. Inévitablement, pour établir correctement les liens entre l'architecture du renfort et les
propriétés du composite, en particulier celles dépendant fortement de l'état local du matériau
comme l'endommagement (amorçage, propagation, etc.), il devient indispensable de coupler deux
approches :
l'étude du matériau par une technique numérique permettant d'accéder à des valeurs locales,
comme la méthode des EF. Comme il l'a été expliqué dans la section 1.3.4, l'échelle
mésoscopique est la plus adaptée pour mener une telle étude.
la prise en compte du renfort par un modèle géométrique mésoscopique, représentant un
motif périodique du tissu.
On comprend alors que l'étude numérique du comportement des CMO tissés est intrinsèquement
liée au développement des modèles géométriques mésoscopique de renfort tissé. Mais représenter
un motif du tissu sur la seule base de ses paramètres de définition (voir section 1.3.1) ne suffit pas.
En effet, lorsqu'il est fabriqué puis mis en forme, l'architecture tissée subit des modifications par
rapport à sa géométrie d'origine. Ainsi, il est nécessaire d'inclure le procédé de fabrication du CMO
tissé dans la représentation même du renfort de la Cellule Élémentaire Représentative (CER)
mésoscopique, afin de prendre en compte la géométrie réelle de l'architecture tissée telle qu'elle est
dans le composite.
L'objectif de ce chapitre est de réaliser un état de l'art permettant de bien cerner les difficultés et
les limites actuelles de la construction d'une CER mésoscopique de CMO tissé prenant en compte la
géométrie réelle du renfort. Les conclusions de cet état de l'art permettent de dégager une stratégie
de création d'une telle cellule. Pour cela, les principaux modèles de tissu sec existant dans la
littérature sont décrits dans un premier temps dans la section 2.2. Une attention particulière est
portée sur les différentes stratégies de prise en compte des déformations du tissu dès la construction
de sa géométrie, et sur l'application du modèle à la méthode des EF, privilégiée dans ce travail de
thèse pour sa bonne adaptabilité à l'étude des matériaux à géométries complexes. Dans un second
temps, un point sur la modélisation par la méthode des EF de la déformation des tissus secs est
effectué dans la section 2.3. Ensuite, nous reviendrons dans la section 2.4 sur le cœur de cette étude
à travers un bilan des problématiques liées à la construction d’une CER mésoscopique de CMO tissé
dont le renfort est déformé, et des différentes solutions utilisées dans la littérature. Enfin, une
stratégie de modélisation géométrique de composite dont le renfort est un tissu déformé sera
finalement proposée dans la section 2.5.
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Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
sélection ne correspond qu’à une partie de l’ensemble des modèles existants, les principales
stratégies et méthodologies de modélisation géométrique sont présentées. Elle peut être
décomposée en deux grandes catégories. La première est l'ensemble des modèles curvilignes, qui
correspondent aux modèles mésoscopiques qui représentent le toron comme un volume homogène
dont l’enveloppe contient toutes les fibres. La seconde catégorie contient les modèles multi-fils, qui
passent à un niveau de détails supérieur en représentant le toron par un ensemble de fils.
Idéalement, pour être fidèle à la réalité, la surface de chaque toron épouse parfaitement celle du
toron qu'elle croise. Cependant, en fonction des hypothèses réalisées au niveau du modèle, il arrive
qu'une partie de la géométrie d'un toron pénètre dans celle d'un autre toron. On parle alors
d'interpénétrations entre torons. De plus, dans ce manuscrit, la notion de cohérence d'un modèle
géométrique, quoique subjective, sera utilisée pour caractériser la proximité d'un modèle avec le cas
idéal. Ainsi, on dira qu'un modèle géométrique est cohérent lorsqu'il ne présente pas
d'interpénétrations, et que les torons sont en contact lorsqu'ils se croisent.
20
Chapitre 2.
État de l’art : Construction d’une cellule mésoscopique de composite tissé à matrice organique
X3 Chaîne
X2
A
B
Trame
(a) (b)
Figure 2.2 : (a) représentation d’un taffetas par des barres articulées ; (b) interpénétration entre torons
courbure courbure
identique droite identique
L’inconvénient des formes précédentes est qu’elles s’éloignent des courbures réelles des sections
transverses observées expérimentalement. Afin de s’en approcher, plusieurs autres modèles de
sections transverses ont été utilisés, reposant sur une décomposition en deux parties de la section, la
partie supérieure et la partie inférieure, qui se rejoignent à leurs extrémités. La courbure des
contours des sections créées de cette façon a une continuité C0. Ainsi, [Hearle et Shanahan 1978] ont
proposé une forme de section lenticulaire, composition de deux arcs de cercle, qui représente plus
fidèlement les géométries des torons, et des sections sinusoïdales sont utilisées par [Naik et Ganesh
1995]. Dans les deux cas, la courbure des parties en contact de la section transverse est identique à
celle des chemins moyens des torons qu’elle croise, comme montré sur la Figure 2.3c. La rigidité de
flexion des torons est généralement négligée, et les différentes courbes de la ligne moyenne des
torons sont jointes par des segments de droites. [Searles et al. 2001] ont proposé une approche plus
générale. Des points appartenant au contour des sections transverses ainsi qu’à la ligne moyenne des
torons sont tout d’abord identifiés par une observation microscopique d’une coupe du composite. Ils
sont ensuite joints par une interpolation polynomiale de degré trois. De cette façon, le contour des
sections transverses et la ligne moyenne des torons sont représentés par une spline cubique de
21
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
continuité C2. Bien que cette approche assure une meilleure cohérence avec les géométries réelles
obtenues après mise en forme du renfort, elle requiert un nombre important de paramètres obtenus
par observation du composite fini, limitant son utilisation pour des études paramétriques.
22
Chapitre 2.
État de l’art : Construction d’une cellule mésoscopique de composite tissé à matrice organique
(b)
(a) (c)
Figure 2.4 : (a) repère global du tissu et repère local N-T-B en chaque point P de la ligne moyenne d’un toron,
(b) tissu 2D taffetas et (c) tissu 3D orthogonal réalisés par [Adanur et Liao 1998]
(a) (b)
Figure 2.5 : géométrie (a) initiale, (b) finale d’un renfort tissé générée par le modèle Gentex [Couegnat 2008]
23
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
La non tangence entre torons est devenue de plus en plus problématique avec l’avancée des
méthodes numériques basées sur une approche par EF. Ainsi, [Kuhn et Charalambides 1999] ont
proposé l’un des premiers modèles curvilignes cohérents à section transverse variable, présenté sur
la Figure 2.7. Les chemins moyens sont composés de sinusoïdes et de segments droits, et dans les
zones de croisement, chaque toron a une section transverse constante adaptée au chemin du toron
qu’il croise. Ainsi, sur la Figure 2.7a, la zone cghd du toron #1 est formée par le balayage de la section
II (Figure 2.7b), alors que la zone ejkf est formée par le balayage de la section III. Les zones de pont
entre deux zones de croisement permettent de passer d’une forme de section à une autre par une
interpolation linéaire qui s’effectue en deux temps. Reprenons l’exemple illustré par la Figure 2.7a.
La zone dhje est une zone de pont, dont la première moitié, délimitée entre l’axe dh et l’axe A-A, est
formée par l’interpolation linéaire entre la section II (en dh) et la section I (en A-A, voire Figure 2.7b).
La seconde moitié passe de la section I à la section III (en ej). La section transverse I est ainsi une
section intermédiaire assurant un passage plus cohérent entre deux sections transverses de zones de
croisement.
(a) (b)
Figure 2.7 : (a) modèle géométrique de taffetas à section transverse variable et sans espace entre torons, (b)
sections A-A et B-B.
24
Chapitre 2.
État de l’art : Construction d’une cellule mésoscopique de composite tissé à matrice organique
transverses ont été développés, voir Figure 2.8b, c et d. Elles sont principalement composées de
paraboles identiques à celles des parties courbées des chemins moyens des torons avec lesquels elles
sont en contact, afin d’assurer la cohérence du modèle. Les pointes de sections peuvent être
coupées par des segments de droites, permettant au modèle de s’adapter plus justement aux formes
réelles de sections observées expérimentalement.
(a)
25
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
Wisetex
Il est certainement le modèle géométrique d’architectures tissées le plus connu et le plus abouti.
Ce logiciel a été développé à l’Université Catholique de Louvain par Lomov et Verpoest [Lomov et al.
2000; Lomov et Verpoest 2000; Lomov et Verpoest 2006; Lomov et al. 2007]. Il permet de modéliser
la géométrie d’une très grande variété de tissus 2D et 3D, de tressés 2D et de préformes UD cousues,
dans un état relâché, en compression, traction ou cisaillement. Les avantages de WiseTex sont
nombreux. L’avancée la plus significative est la prise en compte des phénomènes de traction,
compression, flexion, torsion des torons ainsi que les frottements entre fibres. En effet, la géométrie
initiale est calculée grâce à plusieurs modèles analytiques cherchant à minimiser l’énergie de
déformation du tissu. En contrepartie, ce modèle nécessite des données expérimentales sur le
comportement en traction longitudinale, compression transverse, flexion et torsion des torons, qui
peuvent être difficiles à obtenir. De plus, bien que les sections transverses puissent variées le long
des torons, elles sont supposées symétriques, hypothèse fausse dans de nombreuses configurations
[Hivet et Boisse 2005]. Enfin, le modèle ne garantit pas la non interpénétration des torons. Notons
qu’un espace entre torons peut être inséré, afin de les limiter. Wisetex a donné suite au fil des ans à
une famille nombreuses de logiciels, présentée dans [Verpoest et Lomov 2005], permettant de le
compléter. Nous pouvons citer FETex qui assure l’exportation des géométries WiseTex dans le logiciel
26
Chapitre 2.
État de l’art : Construction d’une cellule mésoscopique de composite tissé à matrice organique
27
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
ensemble de fibres où chacune d’entre elles est modélisée par une chaîne de barres articulées. Le
contact entre fibres se résume à un contact entre nœuds, situés aux articulations entre les barres. Un
élément de contact est inséré entre deux nœuds lorsque leur distance l’une de l’autre est inférieure
au diamètre d’une fibre, permettant de simuler le frottement des fibres au sein du toron et au niveau
des zones de croisement, de façon à donner au tissu un comportement plus physique.
[Durville 2010] a lui aussi développé un modèle basé sur une approche multi-fils. Chaque fibre
d’un toron est représentée par un modèle de poutre enrichi prenant en compte la déformation des
fibres dans le plan de la section transverse. Un algorithme permet de détecter les fibres en contact
pour ensuite insérer des éléments de contact permettant de simuler le frottement entre fibres. L’un
des avantages de ce modèle est la possibilité de préciser quelles fibres sont placées au dessus ou en
dessous des autres. De cette façon, aucune hypothèse sur la forme des sections transverses des
torons du tissu fini n’est nécessaire, En effet, il est possible de créer la configuration initiale du tissu,
présentée sur la Figure 2.12a, et d’obtenir la géométrie du tissu fini par simulation. Les Figure 2.12b
et c montrent la géométrie obtenue à partir de la même configuration initiale, en ayant simplement
précisé des configurations différentes de placement relatif de fibres dans l’épaisseur. Les sections
transverses de torons s’adaptent localement au tissage et sont bien différentes dans les deux cas
présentés. De nombreuses autres applications sont possibles : prévision de la déformation en
cisaillement de tissu, identification de lois de comportement de toron sec, simulation d’un essai de
traction biaxiale, etc. Cependant, le coût de calcul associé à de telles approches reste élevé limitant
leur utilisation. En effet, plus les fibres sont nombreuses, plus le calcul est long et force l’utilisateur à
considérer non pas toutes les fibres d’un toron mais un ensemble plus restreint de fils. Par exemple,
la simulation présentée sur la Figure 2.12 est composée de 384 fils au total.
28
Chapitre 2.
État de l’art : Construction d’une cellule mésoscopique de composite tissé à matrice organique
29
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
composite où les torons ont été maintenus. Les résultats sont spectaculaires : les chaînes sont
maintenant les torons droits, alors que les torons de trame sont contraints d’onduler.
(a) (b)
Figure 2.13 : composite à renfort tissé interlock (a) sans système de tension des chaînes pendant le tissage,
(b) avec système de tension des chaîne pendant le tissage [Lapeyronnie et al. 2011]
Figure 2.14 : photo d'un tissu sec après emboutissage hémisphérique [Gatouillat 2010]
2.3.1.c Fermeture du moule avant injection : compaction du tissu, et imbrication des plis
Une fois placé dans le moule avant infiltration de la résine, le tissu est compacté pour lui donner
son épaisseur finale. La compaction du renfort modifie sa géométrie, en jouant sur la forme des
sections transverses des torons, et par conséquent sur l’ondulation des torons et les fractions
volumiques des fibres [Chen et Chou 1999; Chen et Chou 2000]. [Potluri et Sagar 2008] ont étudié le
processus de compaction du tissu en mettant en place des méthodes numériques de prédiction de la
variation d’épaisseur d’un renfort pris en sandwich entre deux surfaces planes, représentant les
parois du moule, dont le déplacement est soumis à une pression extérieure :
Cas d’un renfort monopli
Le processus de compaction d’un tissu sec monopli est illustré par la Figure 2.15. Ce processus se
déroule en trois étapes, décrites par Potluri et Sagar :
a) Sous l’influence des contraintes résiduelles dues au tissage du renfort, un espace peut
exister entre la surface des torons et les parois du moule, comme le montre la Figure 2.15a.
Cet espace diminue linéairement en fonction de la pression appliquée. Les torons sont dans
ce cas sollicités en flexion et opposent peu de résistance face à ce type de sollicitation.
b) Une fois nul, le tissu se trouve dans la configuration présentée par la Figure 2.15b. Les
parois du moule continuant à se rapprocher, les torons se compactent, et il y a multiplication
30
Chapitre 2.
État de l’art : Construction d’une cellule mésoscopique de composite tissé à matrice organique
progressive des contacts et de la friction entre les fibres expliquant la forme exponentielle
que prend l’évolution de l’épaisseur du renfort en fonction de la pression appliquée à ses
parois.
c) Le tissu a atteint une configuration stable schématisée par la Figure 2.15c, où il n’y a plus de
déplacements de fibres possibles. Dans ce cas, les fibres travaillent directement en
compression transverse dont le comportement pilote la courbe d’évolution de l’épaisseur du
renfort.
Figure 2.15 : processus de compaction d’un tissu monopli en trois étapes [Potluri et Sagar 2008]
où n est le nombre de plis dans le renfort. NF vaut 1 lorsque les plis ne s’emboîtent pas, et est
inférieur à 1 sinon. Selon Potluri et Sagar, il est difficile de déterminer le facteur d’imbrication avec
précision, d’autant plus que lorsque le tissu est compacté, l’épaisseur totale du renfort diminue mais
aussi l’épaisseur de chacun des plis, ce qui demande plusieurs mesures locales complexes à
effectuer. Pour le cas d’un empilement de deux plis de tissus 2D, la valeur de ce facteur a été
expérimentalement estimée entre 0.80 et 0.85 lorsque le renfort est non compacté, et atteint une
valeur comprise entre 0.70 et 0.75 après compaction, montrant que non seulement il dépend de la
forme de la section transverse des torons et des distances entre torons, et plus précisément de
l’espace vide entre torons, mais aussi de la tension dans les torons et de l’épaisseur finale du
composite (donc de la pression exercée par le moule sur l’empilement). Les conclusions de [Chen et
Chou 2000; Lomov et al. 2003] sont similaires et précisent que l’évolution du facteur d’imbrication en
31
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
fonction du nombre de plis dans le renfort semble présenter une asymptote, relativement éloignée
de la valeur obtenue dans une configuration d’imbrication maximale (Figure 2.16b).
t4
t3
t2 tS
t1
(a) (b)
Figure 2.16 : deux configurations idéales d’empilement de quatre taffetas identiques. (a) un empilement sans
imbrication de torons ; (b) un empilement avec une imbrication maximale.
(a)
(b)
Figure 2.17 : (a) coupe d’un composite fabriqué dans le cadre de cette étude, dont le renfort est un
empilement de quatre couches de taffetas à fibre de verre ; (b) chaque toron d’une même couleur appartient
à la même couche, l’épaisseur ti de chaque couche est représentée à droite de l’image
32
Chapitre 2.
État de l’art : Construction d’une cellule mésoscopique de composite tissé à matrice organique
[Badel et al. 2009] ou hyper-élastique [Charmetant et al. 2011] pour le matériau est
préférable à une loi élastique simple, et certains auteurs ont développés une procédure
servant à affecter localement au matériau un repère orienté selon les directions des fibres
[Hagège 2004; Badel et al. 2008b].
- le comportement longitudinal du toron est entièrement définie par le comportement de la
fibre. Pour simplifier, le comportement en traction du toron est régulièrement supposé
linéaire élastique dans le sens longitudinal avec un module d’Young obtenu par la loi des
mélanges [Lin et al. 2008; Gatouillat 2010].
- la rigidité en cisaillement et en flexion d’un toron est principalement gouvernée par le
glissement entre les fibres. A la connaissance de l’auteur, il n’existe pas d’essais publiés
permettant d’identifier cette donnée. Elle est souvent considérée comme très faible [Boisse et
al. 2001b].
- le comportement transverse du toron est fortement non linéaire, comme expliqué dans la
section 2.3.1.c. Quelques études prennent en compte cet aspect, par le développement de loi
de comportement dont les paramètres sont identifiés par méthode inverse à partir d'essais
expérimentaux de traction biaxiale [Badel et al. 2008b], ou d'essais de compression [Nguyen
et al. 2012] menés sur un tissu sec.
Ainsi, bien que les spécificités du comportement d'un toron impose des développements
numérique qui peuvent s'avérer complexes, quelques solutions ont déjà été proposées dans la
littérature, permettant de simuler la déformation d'un motif de tissu. Un état de l’art sur ce type de
simulation a été réalisé par [Vassiliadis et al. 2011]. On peut constater que les différents modes de
déformation d'un tissu générés lors de sa conception et de sa mise en forme, présentés dans la
section 2.3.1, ont été modélisés, avec généralement pour objectif l’identification des propriétés
d’une cellule mésoscopique de tissu, permettant ensuite d’établir une loi de comportement qui sera
implémentée à terme dans un calcul de préformage à échelle macroscopique. Ainsi, le cisaillement
d'un motif de tissu sec a été étudié par [Boisse et al. 2001a; Boisse et al. 2006; Badel et al. 2007;
Sherburn 2007a; Lin et al. 2008; Charmetant et al. 2011], comme montré par la Figure 2.18a, et
[Hanklar 1998; Gasser et al. 2000; Lin et al. 2008] se sont intéressées de plus près aux déformations
induites par la tension des torons ou par la compaction d'un tissu, comme on peut le voir sur la
Figure 2.18b et c. [Nguyen et al. 2012] s'est quant à lui intéressé à la compaction de plusieurs tissus,
dont l'empilement a été effectué selon différentes configurations idéales d'imbrication des plis (voir
section 2.3.1.c). La Figure 2.18d montre une configuration d'empilement de tissus positionnés
parallèlement les uns par rapport aux autres, sans aucune imbrication entre plis, comme représentée
sur le schéma de la Figure 2.16a. La Figure 2.18e est une configuration d'empilement de tissus
parallèles où une imbrication maximale entre plis a été imposée, comme représentée sur la Figure
2.16b. D'autres configurations ont été étudiées par Nguyen et al., comme l'empilement de tissu
orientés à 0°/45°/0° les uns par rapport aux autres. Ces différentes configurations permettent
d'établir l'influence de la prise en compte de l'imbrication entre plis sur le comportement en
compression du renfort complet.
Pour toutes ces études, presqu'aucune information quantitative n'est donnée sur la déformation
de la géométrie des motifs de tissu (perte de volume, évolution de la section transverse des torons,
etc). Toutefois, d'un point de vue qualitatif, des validations expérimentales ont déjà été menées,
comme par exemple [Badel et al. 2008a] qui a comparé la déformée d'un tissu cisaillé par simulation
EF à une géométrie réelle de tissu sec obtenue par tomographie à rayons X. L'ensemble des travaux
disponibles dans la littérature permettent d'établir que, dans une démarche qualitative, la
modélisation des différents modes de déformation d'un tissu sec après conception et mise en forme
donne, à l'heure actuelle, des résultats satisfaisants.
33
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
(a) (b)
(c)
(d)
(e)
Figure 2.18 : (a) cisaillement d’un tissu sergé de 2 [Badel et al. 2009], (b), compaction d’un taffetas [Lin et al.
2008], (c) observation sens chaîne de la déformée d’un sergé de 2 obtenue après une traction sens (blanc :
forme initiale, gris : forme déformée) [Hanklar 1998], (d) compaction de 5 motifs de taffetas sans
imbrication, et (e) avec imbrication maximale entre tissus [Nguyen et al. 2012]
La déformation d'un tissu sec peut être obtenue par simulation EF, à partir d'un modèle
géométrique idéal. Mais plusieurs verrous techniques doivent encore être levés avant d'obtenir un
maillage de CER de CMO tissé. C'est l'objet de la partie suivante.
34
Chapitre 2.
État de l’art : Construction d’une cellule mésoscopique de composite tissé à matrice organique
du renfort à la boîte. L’ensemble des surfaces présentes dans le composite peut ensuite être maillé
avec des éléments triangles ou quadrangles par n’importe quel mailleur surfacique commercial.
V3 V3 ?
V1 V2 V1 V2
(a) (b)
V3 ? volume nul V3
V1 V2 V1 V2
(c) (d)
Figure 2.19 : illustration 2D des difficultés liées au remplissage volumique d’un contour fermé, (a) les
normales des contours des trois volumes définissent correctement un intérieur et un extérieur, (b) le contour
de V3 s’interpénètre, le volume n’existe pas, (c) le contour de V3 défini localement un volume nul, le
maillage ne peut se faire, (d) les contours de V1 et V2 sont conformes, le contour de V3 est donc
correctement défini et le maillage peut être construit.
35
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
interpénétration a lieu entre deux torons, comme le montre la Figure 2.19b, l’extérieur de l’un est à
la fois à l’intérieur et à l’extérieur de l’autre. Un mailleur volumique ne peut interpréter cette
configuration, et le remplissage échoue.
Problème de la tangence entre torons
Il est illustré par la Figure 2.19c. Lorsque deux torons sont en contact parfait, localement le
volume de matrice est nul et ne peut donc être rempli, faisant échouer la génération du maillage.
Les interpénétrations et les tangences entre torons ne permettent pas d'envisager un maillage
automatique d'une CER de CMO tissé, ce qui ralentit significativement la mise en donnée. Hors ces
configurations sont récurrentes dans de nombreux modèles. Quelques solutions sont présentées par
la suite.
36
Chapitre 2.
État de l’art : Construction d’une cellule mésoscopique de composite tissé à matrice organique
Figure 2.20 : résultat d’un calcul EF effectué sur un maillage voxel brut, sans lissage des surfaces, obtenu par
[De Carvalho et al. 2011]. Des concentrations de déformations apparaissent au niveau des marches
d’escalier.
37
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
plusieurs modèles permettent d'imposer une distance entre torons au niveau des zones de
croisement à la géométrie idéale (et non déformée) d'un motif de tissu sec. [Lomov et al. 2007] ont
quant à eux présenté une méthode permettant d’assurer un espace entre torons en traitant a
posteriori le maillage des torons, avant remplissage du volume de matrice. Des portions de torons qui
s’interpénètrent sont extraites du maillage, et sont éloignées l’une de l’autre afin d’éliminer
l’interpénétration (Figure 2.21a). Ces deux portions sont ensuite compressées afin de les rapprocher.
Les paires de nœuds qui doivent se retrouver face à face sont préalablement identifiées, puis sont
reliées par un élément de type poutre qui assure le comportement en compression des deux
portions de toron (Figure 2.21b). Les deux portions ainsi compressées ne présentent aucune
interpénétration ni tangence et peuvent être réinsérées dans le maillage global du renfort (Figure
2.21c). Notons toutefois que cette méthode ne permet pas d'assurer la conformité des maillages des
torons, puisqu’une fine couche de matrice est insérée entre eux. Cette méthode, inspirée des travaux
de [Zako et al. 2003], demande une mise en place longue et complexe, mais propose une solution
intéressante pour corriger a posteriori le maillage de géométries défectueuses à cause
d’interpénétrations.
38
Chapitre 2.
État de l’art : Construction d’une cellule mésoscopique de composite tissé à matrice organique
capable à l'heure actuelle de construire automatiquement une interface entre deux torons déformé
et en contact.
2.5 Discussion
Afin de relier les paramètres de tissage et les paramètres de mise en forme du renfort aux
propriétés locales et globales d’une cellule mésoscopique de composite tissé à matrice organique par
un calcul EF, nous avons besoin de construire un maillage de cette cellule, dont le renfort a pu être
déformé. Analysons ces exigences à la lumière de l’état de l’art réalisée.
Une géométrie de renfort prenant en compte la déformation du tissu
Nous avons vu que trois stratégies se dégagent dans la littérature :
1. Construire un modèle géométrique cohérent avec la géométrie du tissu réel dans le
composite, une fois mis en forme. Le modèle doit donc être identifié à partir d’observations
du renfort in situ.
2. Utiliser un modèle géométrique capable de prendre en compte la physique du tissu sec et de
prévoir son état déformé. Le modèle est donc identifié à partir des paramètres de définition
du tissu et des paramètres matériaux et/ou procédé.
3. Construire dans un premier temps un modèle de tissu non déformé, puis simuler sa mise en
forme par un calcul EF.
Les deux premières pistes sont abordées dans la section 2.2, traitant des modèles géométriques
de tissu sec. Dans le premier cas, la construction d’un tel modèle demanderait trop de paramètres
d’entrées afin de capter les déformations locales du tissu. De plus, elle force à étudier un composite
déjà conçu, ce qui n’entre pas dans une perspective d’optimisation du matériau qui est l’enjeu de
cette étude. Dans le second cas, il a aussi été vu qu’aucun modèle n’est actuellement capable de
prévoir l’état déformé d’un tissu sans que la géométrie ne perde de sa cohérence ou présente des
anomalies bloquantes pour la construction d’un maillage EF comme par exemple des
interpénétrations. La troisième piste, abordée dans la section 2.3, est la plus adaptée à nos
exigences. En effet, elle permet de séparer clairement modélisation géométrique du tissu et
modélisation du procédé de mise forme. Cette approche est plus souple, permet d’exploiter plus
d’architectures différentes et prend en compte la mécanique des tissus secs.
Un maillage d'une CER de CMO tissé, dont le renfort est déformé
La section 2.4 a présenté les difficultés liées à la génération d’un tel maillage. Bien que la
voxélisation de la géométrie du renfort soit une méthode robuste et générale, cette solution n'est
pas retenue à cause de l’altération de la surfaces des torons qu’elle génère, et les coûts de calcul
important qui lui sont associés. Insérer un espace entre torons en contact n’est pas non plus une
solution envisageable. En effet, la cohérence du modèle avec les tissus réels est amoindrie, et la fine
couche de matrice entre torons pose des problèmes de prévision locale des déformations ou
contraintes, alourdit le maillage et limite l’étude des interfaces entre torons. La génération d’un
maillage conforme reste la meilleure solution. Comme expliqué précédemment, si la géométrie du
renfort déformé du composite provient d’une simulation EF, l’interface entre torons en contact n’est
pas définie. Par conséquent, une seule solution se dégage : développer une procédure capable de
créer les interfaces entre torons, en traitant a posteriori la géométrie du renfort déformé obtenue
par simulation EF.
39
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
2.6 Conclusion
Cet état de l’art a montré que la construction d’une cellule mésoscopique de composite tissé à
matrice organique soulève de nombreuses problématiques : génération d’une géométrie de tissu
cohérente, prise en compte de la déformation du renfort, maillage, etc. Il a permis de dégager une
stratégie de génération d’une cellule mésoscopique de composite tissé, dont la mise en place
constitue le Chapitre 3. Elle se développe selon trois étapes :
Etape 1 : la génération d’une géométrie de tissu sec
Il est estimé que ce point n’a pas besoin d’être développé. En effet, plusieurs modèles existent
déjà, et deux d’entre eux sont disponibles par le biais de collaborations menées dans le cadre de ce
travail de thèse. Le premier est le modèle Gentex (section 2.2.1.d), développé par Couégnat lors
d’une collaboration entre le LCTS de Bordeaux et l’ONERA. Le peu de paramètres d’entrées
demandés par Gentex, et la diversité en terme d’architectures tissées modélisables ont été très utiles
pour valider la procédure développée sur un plus grand nombre de cas. Le second est le modèle
Hivet, en collaboration avec le laboratoire PRISME (section 2.2.1.e). Ses qualités en terme de
cohérence géométrique, facilitent grandement son utilisation dans un calcul EF de prévision des
déformations du renfort, et améliorent la prédictibilité de l’approche proposée. Ce modèle est donc
celui qui a été utilisé pour obtenir l’ensemble des résultats présentés dans ce manuscrit.
Etape 2 : la simulation de la déformation du tissu
Comme il l'a été vu dans la section 2.3, les techniques de simulation de la déformation d'un motif
de tissu sec par la méthode des EF, bien qu'encore imparfaites, sont actuellement déjà établies. De
ce fait, cette étape ne demande pas non plus un développement poussé, et s’intéressera aux
déformations du tissu d’un point de vue qualitatif, afin d’établir un lien entre modélisation du
procédé de fabrication et propriétés du composite.
Etape 3 : la construction d'un maillage cohérent d'une CER de CMO tissé, dont le renfort a été
déformé par une simulation EF
Il a été vu dans la section 2.5 qu'une seule approche permet de réaliser un maillage cohérent
d'une CER de CMO tissé, dont le renfort est déformé : il faut développer une procédure de post-
traitement des géométries/maillages obtenus par simulation numérique lors de l'étape précédente.
En effet, aucun outil n'est actuellement capable de réaliser cette étape de manière automatique
(section 2.4), ce qui rend sa création nécessaire. Cette étape fait toute l’originalité de l’approche
proposée, et a demandé un développement personnel présenté en détail dans le Chapitre 3.
40
Chapitre 3.
Afin d'établir un lien virtuel entre les paramètres de conception d'un CMO tissé et ses propriétés
mécaniques, le matériau, une fois mis en forme, doit être représenté et étudié à l'échelle
mésoscopique. Pour cela, une stratégie de construction d'une CER mésoscopique de CMO tissé, dont
le renfort est déformé, a été proposée dans le Chapitre 2. Elle consiste tout d'abord à représenter un
motif périodique du renfort tissé en utilisant un modèle géométrique, puis à simuler sa déformation
par la méthode des EF, et enfin à construire la CER de CMO tissé en prenant comme renfort la
géométrie (ou le maillage) issue de la simulation précédente. Cette dernière étape a été identifiée
comme bloquante, et a donc nécessitée un développement particulier, objet de ce chapitre.
41
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
Plan du chapitre
42
Chapitre 3.
Construction d’une cellule mésoscopique de composite tissé prenant en compte la déformation du renfort
3.1 Introduction
L’état de l’art réalisé dans le Chapitre 2 a permis de cerner les difficultés liées à la construction
d’une CER mésoscopique de CMO tissé : représentation géométrique fidèle du tissu, déformation
cohérente du renfort et création d’un maillage EF conforme prenant en compte cette déformation.
Ce dernier point est le plus bloquant car actuellement il n’existe, à la connaissance de l’auteur, aucun
outil capable de générer de façon automatique une géométrie et un maillage conforme de CMO tissé
à l’échelle mésoscopique, avec conservation de la continuité des surfaces des torons et prise en
compte de la déformation du renfort. L’objectif de ce chapitre est de proposer une procédure de
construction de tels objets, par post-traitement de géométries de torons non conformes.
La stratégie de construction d’une géométrie conforme de CMO tissé est résumée par le schéma
de la Figure 3.1, et est présentée en détail dans les paragraphes suivants. Dans un premier temps,
une discrétisation de la surface des torons est effectuée, afin de la transformer en une grille
structurée de points (3.2.2). De cette grille sont ensuite extraites des splines toutes orientées de la
même façon (3.2.5). La géométrie des torons est ainsi largement simplifiée, ce qui permet, dans un
second temps, d'identifier une zone de contact entre deux torons comme l'ensemble des points
d'intersections, appelés « points de contact », entre les splines définissant chacun des deux torons
(3.3). Dans un troisième temps, les surfaces de torons sont reconstruites en prenant en compte les
points de contact précédemment détectés (3.4). Notons que le cas des contacts entre torons
longitudinaux et ceux entre torons transverses sont traités de manière distincte. A ce niveau, les
grilles créées sont conformes au niveau des interfaces entre torons. Dans un dernier temps, elles
sont traitées afin de générer une géométrie conforme de cellule mésoscopique de CMO tissé dans un
format standard, lisible par n’importe quel mailleur (3.5). Enfin, la génération du maillage à partir de
ces géométries est traitée dans une dernière partie (3.6).
Géométries
des torons Contact entre torons Contact entre subdivisions
longitudinaux torons transverses triangulaires des
grilles
Discrétisation
Géométrie
Points de contact Points de contact
conforme du
entre torons entre torons
renfort
Grilles
43
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
Z Z’(ut)
P(ut,vt)
L’(ut)
L(ut) u
Y’(ut)
1
Z
X
P(ut,vt)
L(ut) ut
vt
0 1 0
Y v
d L(u)
L (u) avec 0 ≤ u ≤ 1
du (3.1)
L (0) L (1)
Pour chaque section transverse du toron, on définit deux vecteurs Y’ et Z’, définit par les
équations (3.2) et (3.3) représentés dans l'encadré de la Figure 3.2, orthogonaux à L'(u) et inclus dans
le plan de la section transverse :
L ( u ) Z
Y ( u ) avec 0 ≤ u ≤ 1
L ( u ) Z (3.2)
Y’(0)=Y’(1)
44
Chapitre 3.
Construction d’une cellule mésoscopique de composite tissé prenant en compte la déformation du renfort
Y ( u ) L ( u )
Z ( u ) avec 0 ≤ u ≤ 1
Y ( u ) L (u ) (3.3)
Z’(0)=Z’(1)
De cette façon, on définit le contour de la section transverse de centre L(u) par une ligne
paramétrique S(u) : v 3 avec 0 ≤ v < 1, et S(1,v)=S(0,v). Ainsi, les vecteurs Y’(u) et Z’(u) forment
un repère 2D orthonormé de centre L(u), dans lequel le contour de la section transverse peut
s'exprimer selon l'équation (3.4) :
Par conséquent, la peau d’un toron peut être entièrement définie par une surface paramétrique
P:(u,v) 3 donnée par :
1
c L (t) dt
0
(3.7)
1
s0 S(0,t) dt
0
(3.8)
c
m (3.9)
h
s0
n (3.10)
h
On peut voir sur les équations (3.9)et (3.10) que h définit l'échantillonnage de la surface d'un
toron dans les deux directions, ce qui permet de générer des quadrangles avec un ratio proche de 1.
En échantillonnant l’espace (u,v) en, respectivement, m et n intervalles réguliers, on défini :
i
ui avec 0 ≤ i ≤ m (3.11)
m
45
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
j
vj avec 0 ≤ j ≤ n-1
n (3.12)
vn v0
Ainsi, la surface P d’un toron est décrite de façon discrète par une grille structurée 2D
Pij 00 ij mn de dimension (m+1) x (n+1), représentée sur la Figure 3.3. Cette grille est composée des
points Pij, où :
Pij=P(ui,vj)
avec 0 ≤ i ≤ m et 0 ≤ j ≤ n (3.13)
Pmj=P0j+V
La structuration de cette grille, visible dans le zoom effectué sur la Figure 3.3, permet de définir
m x (n+1) quadrilatères Qij, avec :
Pi+1j+1 Pi+1j P
i+1j-1
QQijij
Pij+1 Qij-1
Qi-1j Pij um
Pi-1j+1 Pij-1
Pi-1j Pi-1j-1
Z
Pij X
ui+1
u
ui-1 i
vb vj+1 v
j vj-1 u0
vb+1
Y v0
vn-1
46
Chapitre 3.
Construction d’une cellule mésoscopique de composite tissé prenant en compte la déformation du renfort
même pour tous ou une section spécifique en chacun des points. Ces sections doivent elles-mêmes
être discrétisées par un ensemble de points, dont le nombre est identique pour chacune d’entre
elles. Une numérotation logique des points des sections permet d’obtenir la grille 3D.
A partir d’un maillage structuré et composé d’éléments hexaédriques, ou d’une géométrie
continue :
La surface d’un maillage structuré hexaédrique est déjà une grille 3D. Ainsi, le passage d’un
maillage déformé d’un renfort obtenu après simulation de mise en forme, par exemple, aux grilles 3D
de torons est quasi-immédiat (un script python a néanmoins été développé pour rendre cette étape
automatique).
3.2.4.b Avantage des géométries de toron dont les bords sont coupés
Les torons dont les bords sont coupés (section simplifiée à droite de la Figure 3.4a) permettent de
générer un maillage hexaédrique structuré très proche de la géométrie (Figure 3.4c), et d’épouser
plus fidèlement la géométrie initiale du toron. En effet, l’erreur géométrique naturellement induite
par le procédé de maillage est moins importante en bord de toron si ces derniers sont coupés, car les
courbures en présence sont plus faibles. De plus, il a été montré par [Hivet et Boisse 2005] que ces
géométries sont cohérentes par rapport aux sections transverses observées expérimentalement. Par
conséquent, l’utilisation de ce type de toron est fortement recommandée (mais pas obligatoire), et
est à la base de l’ensemble des figures présentées dans ce chapitre. Par la suite, on notera b la valeur
de j tel que le segment droit [Pib Pib+1], avec 0 ≤ i ≤ m, est un bord de section transverse du toron
correspondant au segment [S2 S3] représenté sur la Figure 3.4a, où le second bord de section
transverse est [Pi0 Pin-1], correspondant au segment droit [S1 S4].
47
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
S2
S1
S2
S3
S1
Formes simplifiées S4
(a) (c)
Figure 3.4 : (a) sections transverses continue et discontinues de toron [Hivet et Boisse 2005], (b) et (c) deux
types de maillage hexaédrique d’un toron dont le contour de la section transverse est discontinu
SSm
um
SIm
SSi
ui SS0
u0
Lb vb
vj
Lb+1 SIi
Lj L0 v0
Ln-1 vb+1 SI0
vn-1
(a) (b)
Figure 3.5 : (a) Lignes du toron, (b) Sections du toron
48
Chapitre 3.
Construction d’une cellule mésoscopique de composite tissé prenant en compte la déformation du renfort
respectivement construites par interpolation cubique par morceaux entre les points Pij 0 jb
et
Pij b1 j n . Les Sections Sj sont ainsi formées de deux splines jointes par un segment droit à leurs
extrémités si le bord du toron est coupé. En se référant à l’espace paramétrique (u,v), les Sections
correspondent aux lignes de la grille dans la direction v. Elles sont représentées sur la Figure 3.5b. La
décomposition des Sections du toron en une partie supérieure et une partie inférieure présente
l’avantage de conserver les pointes de sections. En effet, une interpolation cubique menée
directement sur un ensemble de points Pij 0 j m peut fortement altérer la géométrie en bord de
toron, du fait de la continuité C2.
surface esclave
interpénétrations
poches
poches surface maître
49
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
une configuration longitudinale. Bien que chronologiquement la détection des contacts entre torons
longitudinaux se déroule avant celle des contacts transverses, comme le montre la Figure 3.1, pour
une meilleure compréhension il est préférable de présenter les procédures par ordre de complexité
croissante, en commençant par les contacts transverses. L’algorithme de détection du contact entre
torons développé dans le cadre de ce travail de thèse repose sur une simplification du problème : au
lieu de détecter un contact entre deux surfaces, ce sont des intersections entre splines qui sont
recherchées. Le fonctionnement général de l’algorithme de création des points de contact est
expliqué ci-dessous :
Initialisation
On note Tα un toron du renfort, voir Figure 3.7a. Conformément aux étapes présentées dans les
paragraphes précédents, les Lignes des torons sont extraites, voir Figure 3.7b. On note δ un
paramètre de tolérance défini par l’utilisateur. Il correspond à la distance à partir de laquelle
l’algorithme considérera que deux torons sont en contact. L’introduction de ce paramètre permet de
corriger les problèmes d’interpénétrations ou de poches de vides, décrits dans la section précédente,
dont la taille est inférieure à δ. Par conséquent, l’influence de ce paramètre sur la solution finale est
du premier ordre. Pour chaque Ligne Lαk du toron Tα, une matrice C kα , vide dans un premier temps,
est créée. Dans cette matrice, seront stockées les données relatives aux points de contact détectés
sur la Ligne Lαk . L’objectif de l’algorithme est de remplir dynamiquement l’ensemble des matrices C.
Déroulement de l’algorithme
Pour chaque toron Tα, on calcule la distance d entre chacune de ses Lignes Lαk et toutes les Lignes
Lα'k' de tous les autres torons transverses Tα’. Si cette distance est inférieure au paramètre de
tolérance δ, les deux Lignes Lαk et Lα'k' sont considérées comme étant en contact. Dans ce cas, un
point de contact Pkk'αα' est créé à mi-distance de ces deux Lignes, à l’endroit où la distance est
minimale, comme montré sur le zoom de la Figure 3.7c (avec α=0 et α'=4). Dans la matrice C kα sont
ensuite stockées les données Pkαkα ,α,k , et dans la matrice C kα sont stockées les données
Pkαkα ,α,k .
Fin de l'algorithme et données de sortie
Une fois l’algorithme terminé, les matrices C sont remplies. Prenons l'exemple de la matrice C kα .
Elle est vide si aucun point de contact n'a été détecté sur la Ligne Lαk , sinon, elle décrit l'ensemble des
points de contact détectés sur cette Ligne de la façon suivante :
- les trois premières colonnes contiennent les coordonnées (x,y,z) des points de contact (il s'agit
des points Pkk'αα' )
- la quatrième colonne donne un indice de zone de contact à chacun des points (l'indice α'). Cet
indice, que l’on appellera aussi « couleur » dans la suite du manuscrit, permet d’identifier tous
les points qui appartiennent à une même zone de contact (tous les points en contact avec le
toron Tα’).
- la cinquième colonne fournit un indice de connectivité (l'indice k'). Il permet d’identifier, parmi
tous les points d’une même couleur, tous ceux qui doivent être connectés entre eux. En effet,
en s’appuyant sur l’exemple proposé sur la Figure 3.7c avec α=0 (bleu) et α’=2 (rouge), tous les
points rouges issus d’un contact entre la Ligne du toron T2 à laquelle ils sont affectés et une
autre Ligne L0k du toron T0, doivent se retrouver connectés. Pour cela, on donne à ces points le
même indice de connectivité k, qui correspond à l’indice de la Ligne L0k .
50
Chapitre 3.
Construction d’une cellule mésoscopique de composite tissé prenant en compte la déformation du renfort
Ainsi, chaque point Pkk'αα' est enregistré dans deux matrices C : la matrice C kα et la matrice C k'α' . En
se servant des matrices C, l'objectif est ensuite de reconstruire les grilles de torons de façon à ce que
chacune de leurs Lignes incluent les points de contact, tout en respectant leur connectivité, pour
qu'elles soient conformes au niveau de leur zone de contact. L’utilisation des données contenues
dans les matrices C pour reconstruire des grilles de torons conformes est expliquée dans la section
3.4.
T4
T3 L4
T2 L3
L2
T1
L1
L0
T0
(a) (b)
L4k'' L4k''
d δ
L2k' Pkk'04'
L0k
(c)
0
Figure 3.7 : (a) torons transverses en contact, le toron T a été éloignés des autres pour une meilleure
visualisation, (b) Lignes extraites des précédents torons, (c) points de contact entre les différentes Lignes
51
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
52
Chapitre 3.
Construction d’une cellule mésoscopique de composite tissé prenant en compte la déformation du renfort
contact affectés aux Lignes d’un toron est l’indice de la Section (et non plus de la Ligne) avec laquelle
ils sont en contact. Une fois l'algorithme terminé, une différence majeure apparaît avec le cas du
contact entre torons transverses : certains torons peuvent avoir des matrices C remplies, en lien avec
leurs Lignes et leurs Sections. Ce point demande donc un traitement particulier, qui sera présenté
dans la section 3.4.4.
Cas 1 Cas 2
Détection des points de contact entre les Lignes Lα’ Détection des points de contact entre les Sections
(rouges) de Tα’ et les Sections Sα (bleues) de Tα’ Sα’ (rouges) de Tα’ et les Lignes Lα (bleues) de Tα’
Lα'
Lα
α
Siα'1
S i2
Siα'
Siα1
Siα Z
Y
d>δ X d>δ
Pas de contact détecté en pointe de section de Tα Pas de contact détecté en pointe de section de Tα’
T α' T α'
Z Z
Tα Y
Tα
Y
Etape 1 : cas 1 pour détecter Solution Résultat: les pointes des Sections de Tα’ sont
uniquement le contact en maintenant en contact avec une Ligne de Tα
pointe de section de Tα’
Siα'1
Siα 2
Siα'
α
S i 1
Siα
Ligne obtenue après
reconstruction Position de la Ligne
avant reconstruction
Etape 2 : Reconstruction de la grille de Tα’ grâce aux points
de contact précédemment détectés, de façon à avoir une
Ligne qui passe par les pointes des Sections de Tα’
α α’
Figure 3.8 : points de contacts entre les Lignes d’un toron T et les Sections d’un toron T , (b) points de
α α
contacts entre les Sections d’un toron T et les Lignes d’un toron T
53
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
T5
T6
T5
T6
T0
T0
(a) (b)
T5
T6
T5 T0 T6 T0
(c) (d)
Figure 3.9 : (a) torons dans une configuration longitudinale, (b) points de contact entre les bords des torons
5 6 0 0
T et T avec les Sections Supérieures du toron T , (c) grille de T reconstruite afin de tenir compte des points
0
de contact précédemment détectés, (d) points de contact entre les Lignes de T et les Sections Inférieures de
5 6 0
T et de T , après reconstruction de la grille de T
54
Chapitre 3.
Construction d’une cellule mésoscopique de composite tissé prenant en compte la déformation du renfort
niveau de la terminologie, notons qu’une zone de contact est différente d’une interface : alors
qu’une zone de contact est propre à un seul et unique toron, une interface appartient à deux torons
en contact. Par conséquent, lorsque deux torons sont en contact, il existe bel et bien deux zones de
contact dont la fusion, possible si les deux torons sont conformes, génère l’interface entre les deux
torons. Comme nous l’avons vu dans la section 3.3, les zones de contact sont indicées et sont définies
par un ensemble de points donnés. La stratégie permettant d’assurer la conformité des grilles de
toron est la suivante :
Soit deux torons T1 et T2 en contact respectivement au niveau de la zone α et β.
- Les deux nouvelles grilles reconstruites des torons T1 et T2 doivent inclure tous les points de
contact respectivement des zones α et β.
- Pour chaque point de contact affecté au toron T1, il existe un autre point de contact affecté au
toron T2, dont la position est strictement identique à celle du premier point. De cette façon,
les points des grilles reconstruites de deux torons en contact sont identiques au niveau des
zones α et β.
- Afin d’assurer la conformité entre les deux torons T1 et T2 (et rendre possible leur fusion), la
connectivité des points appartenant aux zones α et β des grilles reconstruites doit être la
même. Pour cela, elle est imposée
55
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
Présentation de l’algorithme
Chaque Ligne est échantillonnée en p+1 points, avec p le nouveau paramètre d’échantillonnage
de la grille. Généralement, p+1 est égal au nombre initial de points se trouvant sur la Ligne (soit m+1
points, voir la section 3.2.5.a). Cependant, dans le cas de renfort très dense avec des zones de
contact étendues, il est possible qu’il y ait plus de points de contact détectés sur une même Ligne
que le nombre initial de points se trouvant sur la Ligne. Dans ce cas, p+1 est égal au nombre initial de
points se trouvant sur la Ligne. En revanche, s'il s'agit de points de contact détectés sur une Section,
l'algorithme échoue si leur nombre est supérieur au nombre initial de points se trouvant sur la
Section (soit supérieur à n, voir la section 3.2.5.b). Sans rentrer dans des détails algorithmiques,
notons que cette limitation a volontairement été introduite afin de simplifier la programmation de la
procédure. Un développement plus poussé du code peut donc permettre de lever cette limitation.
Le nouvel échantillonnage des Lignes se déroule en trois étapes :
1. Quelques zones de contact, comme la zone jaune sur la Figure 3.10a doivent être
partitionnées. Cela arrive lorsque deux torons se touchent en plusieurs endroits distincts,
comme par exemple deux torons en contact à leurs extrémités, séparés au milieu par le
passage d’un ou plusieurs torons. Ces différentes zones sont repérées grâce à l’indice de
connectivité des points qu’elles contiennent : lorsqu’un écart supérieur à 1 est observé au
niveau de ces indices, la zone de contact doit être divisée. Sur la Figure 3.10a, on peut en effet
voir que les indices de connectivité des points jaunes passent soudainement de k+1 à k+2+q,
avec q>0. Des couleurs différentes sont ensuite données aux points en fonction de leur
appartenance à une partie de la zone de contact, comme montré sur la Figure 3.10d.
2. Les zones de contact sont ordonnées en fonction du point le plus proche de l’extrémité i=0 du
toron qu’elles contiennent. Par exemple, on peut voir sur la Figure 3.10d que la zone jaune est
positionnée avant la zone orange, qui est positionnée avant la zone grise.
3. Chaque Ligne est ensuite échantillonnée progressivement, en procédant zone par zone dans
l’ordre déterminé précédemment. L’algorithme de reconstruction suit trois règles : (R1)
chaque Ligne doit au final contenir p+1 points, (R2) aucun nouveau point ne doit être inséré
entre deux points de contact d’une même zone, et (R3) les points de contact d’une même
zone ayant le même indice de connectivité doivent être connectés, i.e. ils doivent être repérés
sur leur Ligne par le même indice i, comme montré sur les Figure 3.10b, c et d. Ainsi, sur la
Figure 3.10b, la Ligne j=0 est tout d'abord échantillonnée entièrement en p+1 points (les "+"
sont des points d'échantillonnage ajoutés sur les Lignes) car elle ne contient aucun point de
contact. Ensuite, les Lignes contenant des points de contact jaune sont échantillonnées de
façon à les inclure. Sur la Figure 3.10c, on passe à la zone de contact suivante, de couleur
orange, où l'échantillonnage des Lignes qui contiennent des points de contact de cette zone
continue. Enfin, la Figure 3.10d montre l'inclusion de la dernière zone de contact, en
procédant de la même manière qu'auparavant. Une dernière étape termine l'échantillonnage
des Lignes sur lesquelles il manque des points (les Lignes j=1 et j=5).
3.4.4 Cas des torons contenant des points de contact sur leur Lignes et sur
leur Sections
L’algorithme de reconstruction d’une grille fonctionne à partir des Lignes uniquement ou des
Sections uniquement, mais pas des deux à la fois. Par conséquent, lorsqu’un toron contient des
points de contact sur ses Lignes et sur ses Sections, ce qui arrive lorsqu’il est en contact longitudinal
avec un autre toron (voir la section 3.3.3), il faut transférer les points de contact détectés sur les
Sections vers les Lignes (choix arbitraire, l'inverse est aussi possible). Pour cela, la stratégie utilisée
est de reconstruire la grille des torons à partir de ses Sections uniquement, grâce aux matrices C
56
Chapitre 3.
Construction d’une cellule mésoscopique de composite tissé prenant en compte la déformation du renfort
auxquelles elles sont liées. Une fois la grille reconstruite, chaque point de contact a une position
déterminée par ses coordonnées (i,j). Ainsi, pour chaque toron Tα, le point Pijα peut être stockés dans
la matrice C iα liée à la Ligne Lαi , en gardant la même couleur de zone de contact qu'auparavant (celle
qu'on lui a attribuée la première fois lorsqu'il a été stocké dans la matrice C liée à la Section sur
laquelle le contact a été détecté), et en prenant j comme indice de connectivité. De cette façon, les
matrices C liées aux Lignes de chaque toron contiennent bien les points de contact qu'on leur a
attribués initialement, ainsi que les points de contact qui ont été attribués aux Sections du toron.
Tous les points de contact détectés sur un toron sont bien présents dans l'ensemble de ses Lignes, la
reconstruction de sa grille peut donc être effectuée à partir des Lignes uniquement, sans risque
d'oublis.
j=0 j=1 j=2 j=3 j=4 j=5 j=0 j=1 j=2 j=3 j=4 j=5
k+5+q i=8
k+4+q i=7
k+3+q i=6
k’+3
k+2+q i=5
k’+2
i=4
k’+1
i=3
k’
i=2
i=1
k+1
k i=0
(a) (b)
j=0 j=1 j=2 j=3 j=4 j=5 j=0 j=1 j=2 j=3 j=4 j=5
i=8 i=8
i=7 i=7
i=6 i=6
i=5 i=5
i=4 i=4
i=3 i=3
i=2 i=2
i=1 i=1
i=0 i=0
(c) (d)
Figure 3.10 : (a) Lignes et points de contacts associés, les valeurs de gauche et de droite sont les indices de
connectivité avec q>0 ; (b) première étape de reconstruction d’une grille après échantillonnages successifs
des Lignes avec p=8 : inclusion de la première zone de contact (les "+" sont des points d'échantillonnage
ajoutés sur les Lignes), (c) deuxième étape : inclusion de la seconde zone de contact, (d) dernière étape :
inclusion de la dernière zone de contact
57
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
58
Chapitre 3.
Construction d’une cellule mésoscopique de composite tissé prenant en compte la déformation du renfort
T4
T3
T2
T6
α=5’
T1
α=4
α=3
T5
T0 α=2
α=5
α=6
(a) α=1
(b)
Figure 3.11 : (a) ensemble des points de contact obtenus, (b) grille finale obtenues après reconstruction,
incluant l’ensemble des points de contact des différentes zones
Il a jusqu'ici été montré comment obtenir des grilles 3D de torons, périodiques et conformes au
niveau des zones de contact, à partir d'une géométrie, ou d'un maillage, de renfort tissé. Rappelons
toutefois que l'objectif de ce chapitre est la construction d'un maillage de CER de CMO tissé. Pour
cela, avant d'obtenir le maillage d'une CER, il est nécessaire de passer d'un ensemble de grilles 3D à
une géométrie de CER de CMO tissé. C'est l'objet de la partie suivante.
59
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
60
Chapitre 3.
Construction d’une cellule mésoscopique de composite tissé prenant en compte la déformation du renfort
A
Pij+1 B
EDij
EVij
Pij EUij Pi+1j
u
Figure 3.12 : entités topologiques primaires créées à partir d’une grille de toron et triangularisation associée
1. Les premières faces construites sont les extrémités des torons, soit les faces A, B, C, D et E. Il
s’agit simplement des faces dont le contour est formé par la connexion des segments EV0j et
EVmj dans l’ordre de leur numérotation, avec 0 ≤ j ≤ n.
2. Afin de créer les faces externes liées au volume de matrice, il faut tout d’abord construire les
segments manquants de la boîte externe. Il s’agit des segments pointés par une flèche sur la
Figure 3.13. Ils sont constitués des segments des deux faces supérieures et inférieures du
composite, et des segments sur le bord de la boîte permettant de relier les torons aux
segments précédents, ou éventuellement de relier les torons entre eux dans le cas où, par
exemple, le toron E et le toron F n’étaient pas en contact.
3. Enfin, le contour des faces liées au volume de matrice, soit les faces 1, 2, 3 et 4, sont
construits par un algorithme. Tout d’abord, l’ensemble des segments EU et EV inclus dans une
face externe sont stockés dans une liste. De cette liste sont enlevés tous les segments
appartenant à une interface entre torons, représentés en pointillés sur la Figure 3.13. Le
premier segment de la liste est ensuite extrait, puis chaque segment restant est testé afin de
vérifier s’il peut se connecter au segment extrait. Si oui, le segment est retiré de la liste et est
61
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
1 F
A E
2 C 3
B 4 D
Figure 3.13 : points, segments et faces externes d'un bord d’une CER de CMO tissé
1
[Link]
2
[Link]
62
Chapitre 3.
Construction d’une cellule mésoscopique de composite tissé prenant en compte la déformation du renfort
63
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
Une procédure de création de maillage volumique de CER de CMO tissé a été présentée. Les
maillages créés sont périodiques, leur densité est paramétrable et peut être augmentée localement,
et ils sont conformes grâce à la création automatique d'interfaces communes entre torons en contact
(voir la section 2.4.3.a). Cette procédure doit maintenant être validée. C'est l'objet de la partie
suivante.
64
Chapitre 3.
Construction d’une cellule mésoscopique de composite tissé prenant en compte la déformation du renfort
rendre continues grâce aux fonctions d’interpolation disponibles dans les logiciels de CAO, ou grâce à
une procédure plus personnelle. A titre d’exemple, la Figure 3.15a montre une géométrie discrète de
toron importée dans Abaqus, sans les interfaces. Avec les outils automatiques d’interpolation et de
lissage de surfaces disponibles dans ce logiciel, cette géométrie a été rendue continue, comme on
peut le voir sur la Figure 3.15b. Ce point montre qu’aucune forte discontinuité ou erreur
géométrique n’est générée par la reconstruction des surfaces de toron effectuée par la procédure.
(a) (b)
(c) (d)
Figure 3.14 : exemples d'importation dans Abaqus des géométries (a) de la CER complète, (b) des faces des
interfaces entre torons (en blanc).
(a) (b)
Figure 3.15 : (a) géométrie discrète de toron privée des interfaces, (b) géométrie continue
65
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
A B
(a) (b)
(c)
(d)
Figure 3.16 : maillage volumique d’une dont le renfort est composé de quatre plis de taffetas avec
imbrication maximale cellule de CMO tissé, obtenu sans amélioration du maillage surfacique ; (a) renfort, (b)
composite, (c) trois premiers plis du renfort, (e) faces externes.
66
Chapitre 3.
Construction d’une cellule mésoscopique de composite tissé prenant en compte la déformation du renfort
B’
A’
Amélioration du maillage
des faces externes
(a) (b)
A’
B’
(d)
Figure 3.17 : maillage volumique d’une cellule de CMO tissé dont le renfort est composé de quatre plis de
taffetas avec imbrication maximale, obtenu après amélioration du maillage surfacique ; (a) renfort, (b)
composite, (c) trois premiers plis du renfort, (e) faces externes.
67
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
68
Chapitre 3.
Construction d’une cellule mésoscopique de composite tissé prenant en compte la déformation du renfort
3.8 Conclusion
L'état de l'art réalisé dans le Chapitre 2 a permis de montrer qu'actuellement il existait un verrou
technique lié à la création automatique de CER mésoscopiques de CMO tissé, dont le renfort est
déformé, et la surface des torons non voxélisées. La procédure complète développée dans ce travail
de thèse, et présentée dans ce chapitre, apporte une solution à ce problème. En effet, par une
approche consistant à post-traiter une géométrie de renfort non conforme, déformée ou non, elle
est capable de prendre en compte les déformations des torons sans passer par leur voxélisation, ce
qui permet de garder leur surface lisse. Cette procédure présente de nombreux avantages :
la procédure est automatique.
les géométries d’entrée peuvent provenir de différents modèles géométriques ou d’un calcul
par EF, permettant à la procédure de s’adapter plus facilement à différentes études et
différentes architectures tissés.
les surfaces des géométries créées, bien que discrètes, sont suffisamment régulières pour
permettre un lissage par des logiciels de CAO, grâce à des fonctions d’interpolations
automatique.
les géométries peuvent être maillées directement de façon automatique tout en assurant leur
périodicité.
Au niveau des zones de contact, une interface commune aux deux torons en contact est
créée, afin d'assurer la conformité de leur maillage. La présence de cette unique surface entre
torons permet d’étudier le comportement à l’interface, et d’atteindre des taux de fibres réels
en augmentant la densité de toron dans la cellule, comme il le sera montré dans le chapitre
suivant.
L’objectif de ce chapitre est donc atteint, et une chaîne de modélisation partant de la déformation
du renfort jusqu’à l’étude de son comportement mécanique élastique peut maintenant être mis en
place. C’est l’objet du chapitre suivant.
69
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
70
Chapitre 4.
Une procédure de création de cellule de CMO tissé, capable de prendre en compte différents types
d’architectures ainsi que la déformation des torons a été développée et présentée dans le Chapitre 3.
Ce chapitre présente l’application de cette procédure à la simulation du procédé de fabrication d’un
CMO tissé à l’échelle mésoscopique. Ainsi, en assurant un lien entre la simulation de la mise en forme
du renfort et le reste de la chaîne de calcul, des prévisions d’influence de la compaction du renfort et
de l’imbrication des plis sur sa perméabilité et la répartition des contraintes résiduelles après cuisson
peuvent être dégagées.
71
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
Plan du chapitre
72
Chapitre 4.
ère
Constr. de la 1 partie de la chaîne : la modélisation du procédé de fabrication d’un CMO tissé à l’échelle méso.
4.1 Introduction
Dans le but d’incorporer le procédé de fabrication d’un CMO tissé dans la chaîne de calcul, on a vu
qu’il était nécessaire d’établir tout d’abord un lien entre la modélisation du préformage d’un tissu sec
et le reste de la chaîne à l’échelle mésoscopique (voir la section 1.4). Pour cela, une procédure,
présentée dans le Chapitre 3, a été développée afin de générer des cellules de CMO tissé capable de
prendre en compte la déformation du renfort. Dès lors, son application à la modélisation du procédé
de fabrication doit être établie, pour montrer son rôle de pont entre tissus secs et composites tissés.
Ce rôle est plus particulièrement montré au travers de quelques démonstrateurs. Leurs
géométries sont dans un premier temps représentées par des modèles idéaux (section 4.2), puis elles
sont déformées lors de la modélisation de leur compaction (section 4.3), une des étapes clés du
processus de mise en œuvre des renforts tissés. Les résultats de cette simulation servent de base
géométrique à la construction de l’ensemble des CER mésoscopiques de CMO tissée utilisées dans ce
chapitre et dans le Chapitre 5. Par ailleurs, nous verrons que les limitations actuelles de la procédure
ne permettent pas de créer certaines CER (taux de compaction élevé, architectures bien
particulières). Trois des cellules générées sont ensuite appliquées à une simulation de l’écoulement
de la matrice au travers du renfort, permettant de calculer sa perméabilité (section 4.5), et à la
simulation du refroidissement du composite après cuisson, permettant de donner une première
approximation du champ de contraintes résiduelles apparaissant dans le matériau après fabrication
(section 4.6).
73
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
type B
type B
type A
types aléatoires
type A
types aléatoires
(a)
renfort de 4 types A : pas d’imbrication
74
Chapitre 4.
ère
Constr. de la 1 partie de la chaîne : la modélisation du procédé de fabrication d’un CMO tissé à l’échelle méso.
nulle, maximale, et aléatoire. Le tissu modélisé choisi est un tissu réel déséquilibré de motif taffetas
composé de fibres de verre, utilisé dans le cadre de cette thèse pour créer les composites de la partie
expérimentale présentée dans le Chapitre 6. Ses paramètres géométriques et matériaux, fournies par
le fabricant ou obtenues par mesure sur le tissu, sont résumés dans le Tableau 4.1. Rappelons que
pour un même tissu, plusieurs motifs peuvent être extraits, comme le montre la Figure 4.1a. Pour un
pli isolé, ces motifs sont strictement équivalents si des conditions périodiques aux contours dans le
plan sont appliquées. Toutefois, deux de ces motifs se dégagent de façon plus « naturelle », le type A
et le type B, alors que d’autres ont un découpage que l’on dira aléatoire. Ils ont permis de créer trois
renforts différents, montrés sur la Figure 4.1b. Le premier est un empilement de quatre motifs
identiques de type A, ce qui empêche toute imbrication entre plis. Le second, est composé de deux
motifs différents de type A et B, superposés de façon alternée. Ainsi, après une mise en contact
géométrique des plis entre eux par translation selon l’axe de l’épaisseur du renfort, une imbrication
maximale entre plis est introduite. Le troisième est composé de quatre motifs aléatoires, donnant
une imbrication entre plis aléatoire.
75
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
type A type B
Figure 4.2 : géométries des deux motifs du tissu de satin de 5 à décochement de 2, et des deux renforts créés
géométries déformées satisfaisantes permettant d’atteindre notre objectif. Tout d’abord, rappelons
que dans notre cas, avoir des géométries satisfaisantes ne signifie pas forcément avoir des
géométries finement représentatives avec la réalité, mais simplement que ces géométries sont de
même nature que celles réellement observées, et exploitables numériquement (pas de distorsions
entrainant de fortes discontinuités au niveau des surfaces de torons, par exemple). Ensuite, il a été
jugé plus pertinent de se concentrer sur un mode de déformation, afin de correctement montrer le
bon fonctionnement de la procédure complète. Le mode choisi est la compaction du renfort, car il
est une des étapes clés du processus de mise en œuvre des renforts tissés (il est systématiquement
imposé pour augmenter le taux de fibres dans le composite). De plus, c’est celui qui permet le mieux
de montrer l’apport de la procédure de création d’une CER de CMO tissé, car tous les torons sont
déformés et fortement en contact les uns des autres.
Ε ε (4.1)
Σ ε (4.2)
On se place dans le cadre de l’élasticité linéaire, appliquée ici aux milieux périodiques. Soit un
élément de volume périodique dans le plan X-Y et de grande taille, contenant un grand nombre de
76
Chapitre 4.
ère
Constr. de la 1 partie de la chaîne : la modélisation du procédé de fabrication d’un CMO tissé à l’échelle méso.
Y0
Y
Py
fy1
fx1
PX
fx0
fy0
X0
motif élémentaire, représenté sur la Figure 4.3. Dans le cas des tissus, ce volume présente deux
vecteurs de périodicité, notés Px et Py. Ils correspondent aux vecteurs de déplacement selon lesquels
tout point d’un motif se retrouve à une position équivalente dans un motif voisin. Une famille f de
bords d’un motif est associée à chacun des deux vecteurs. Chacune de ces deux familles contient
donc deux bords, indexés par 0 et 1, équivalents par translation selon le vecteur de périodicité
associé. Lorsque l’on travaille avec la méthode des EF, les différents bords sont composés de nœuds
qui, pour une bonne implémentation des conditions aux limites, doivent trouver leur équivalent sur
le bord opposé. On écrit donc que pour tout nœud dans fα0 de position Xα0, avec α={x,y}, il existe un
nœud dans fα1 de position Xα1 tel que :
u(X) Ε X (4.4)
Les déformations au contour de l’élément de volume sont homogènes, ce qui génère un état de
déformation uniforme dans le matériau homogénéisé ε Ε , et un état de contrainte également
uniforme σ Σ . Mais dans le matériau hétérogène réel, les champs locaux ε et σ sont oscillants et
fluctuent autour de leurs valeurs moyennes Ε et Σ . Cependant, loin du bord, le principe de Saint-
Venant en élasticité nous permet de faire abstraction du détail des conditions aux limites. De plus, la
géométrie du milieu étant périodique, les champs Ε et Σ le sont aussi. Ainsi, le champ local de
déformations ε(u(X)) peut être décomposé en un champ moyen Ε correspondant au champ de
déformations si le milieu était homogène, et une correction fluctuante ε (X) qui tient compte des
hétérogénéités :
Puisque ε dérive de u, et Ε dérive de Ε X , ε dérive également d’un déplacement u’, qui est
aussi périodique à un déplacement rigide près. Ε correspond à la déformation du milieu périodique
complet tandis que ε est de moyenne nulle. On exprime alors le champ de déplacement comme
suit :
77
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
La périodicité de u’ indique que toutes ses composantes prennent des valeurs identiques pour
toute paire de nœuds équivalents dans fx ou fy. Ainsi, en utilisant les équations (4.3) et (4.6), on écrit
la relation cinématique (4.7), reliant les déplacements aux bords de deux nœuds équivalents par
périodicité. Elle forme les conditions aux limites périodiques à appliquer aux bords du motif, en
fonction de la déformation macroscopique appliquée et des vecteurs de périodicité.
Notons que pour pouvoir appliquer dans un calcul EF des conditions aux limites périodiques à la
CER, il est nécessaire que le maillage de la géométrie soit périodique.
Application à la compaction d’un tissu
Dans le cas d’une compaction de tissu contenu dans un moule RTM, la déformation
macroscopique n’affecte pas les coordonnées dans le plan du milieu. Par conséquent, les vecteurs de
périodicité étant dans le plan, la relation cinématique entre nœuds aux bords de la CER s’écrit
simplement :
Notons qu’un script python a été développé afin d’écrire dans Abaqus toutes les relations
cinématiques de l’équation (4.7) pour chaque paire de nœuds.
A cause de la nature fibreuse d’un toron, la modélisation de son comportement mécanique dans
une approche continue est complexe. Cependant, quelques lois de comportement ont déjà été
proposées dans la littérature, donnant des résultats qualitativement satisfaisants (voir la section
2.3.2). Cependant, l’objectif de la modélisation mise en place ici est d’obtenir des géométries
déformées de tissu sec à l’échelle mésoscopique, même peu réalistes, pour simplement démontrer le
bon fonctionnement de la procédure. C’est pourquoi la loi de comportement donnée aux torons est
volontairement simple : linéaire élastique isotrope transverse.
Eléments et orientation
Les éléments choisis sont des hexaèdres à intégration pleine, donnant des résultats plus
cohérents par rapport à l’intégration réduite. Le repère matériau doit être orientés au temps initial
78
Chapitre 4.
ère
Constr. de la 1 partie de la chaîne : la modélisation du procédé de fabrication d’un CMO tissé à l’échelle méso.
selon l’axe des fibres. Remarquons que le maillage hexaédrique des torons, lorsqu’il a été réalisé par
balayage d’une extrémité vers l’autre, suit correctement cette direction. C’est pourquoi une option
d’Abaqus, « offset to nodes », a été utilisé afin d’orienter le repère matériau de chaque élément
selon les lignes longitudinales du maillage, ce qui demande d’apporter un certain soin à la
construction de ce dernier.
Quelles valeurs donner aux modules d’élasticité ?
Les modules élastiques ont été ajustés de manière à obtenir des déformations les plus réalistes
possible. C’est pourquoi l’anisotropie du matériau est limitée par un rapport de 103 entre le module
d’Young longitudinal, et les modules d’Young transverse et de cisaillement dans l’axe des fibres, alors
qu’il peut aisément dépasser 105 [Badel et al. 2008b]. Ce facteur est tout de même important afin de
prendre en compte le mouvement des fibres dans le sens transverse du toron. Le module de traction
longitudinal est calculé par une loi des mélanges en ayant connaissance du taux de fibre dans le
toron et du module longitudinal de la fibre. Quant au module de cisaillement transverse, il est
obtenu selon l’hypothèse d’isotropie transverse. Les différentes valeurs données aux modules
d’élasticité et aux coefficients de poisson de la loi de comportement des torons en fonction du taux
de fibres dans les torons et du coefficient élastique longitudinal des fibres, sont résumées dans le
Tableau 4.3.
Quelles valeurs donner aux coefficients de poisson ?
Pour conserver au mieux le volume de fibres dans chacun des torons, il est important de limiter la
perte de volume du toron lors d’une compaction ou d’une tension. De plus, la mécanique du corps
fibreux du toron fait qu’une compaction transverse de celui-ci n’augmente pas sa longueur mais
provoque uniquement son étalement transverse. Par conséquent, le coefficient de poisson
longitudinal pour la loi de comportement est choisi nul, alors que le coefficient de poisson transverse
est fixé à 0.5, afin d’être relativement élevé (perte de volume limitée) tout en donnant des
déformations géométriquement satisfaisantes (plusieurs essais numériques ont été réalisés pour
fixer ce paramètre).
LT 0
TT 0.5
Tableau 4.3 : modules élastiques et coefficients de poisson donnés dans la loi linéaire isotropique transverse
de comportement des torons secs, avec Tf le taux de fibre dans les torons et EL fibre le module d’Young
longitudinal des fibres
79
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
scaling », est appliquée ici. Elle consiste à augmenter virtuellement la masse volumique du matériau,
afin d’augmenter le pas de temps, ce qui accélère le calcul. Cette augmentation doit toutefois se faire
de façon à rester en régime quasi-statique, i.e. que l’énergie cinétique du système reste nettement
inférieure à l’énergie interne (moins de 1%). Finalement, dans le cas des simulations présentées dans
ce chapitre, une masse volumique de 100 [Link]-3 est imposée, contre 2.6 [Link]-3 pour la fibre de verre.
Nc
Lt 9.1 mm 22.7 mm (4.9)
Cc
Nt
Lc 10 mm 25 mm (4.10)
Ct
Mf
Vf N 70.6 mm3 4400 mm3 (4.13)
ρ
Tableau 4.4 : grandeurs propres aux démonstrateurs choisis
Lors de la compaction du renfort, on néglige la perte de volume de fibre. Ainsi, afin de savoir
quelle compaction appliquer afin d’obtenir in fine le taux de fibres ciblé dans la cellule composite
finale, il suffit de relier le déplacement d(t) imposé aux parois mobiles du moule (voir Figure 4.4),
compressant le renfort, au volume du composite V(t). Notons qu’en régime statique, une seule paroi
aurait pu être mobile, se déplaçant de 2.d(t), mais en régime dynamique, il est préférable que les
deux parois se déplacent pour minimiser les effets d’inertie. Rappelons de plus qu’un inconvénient
de la procédure de création d’une cellule de CMO tissé est d’ajouter une fine couche de matrice au
dessus et au dessous du renfort (voir la section 3.6), d’une épaisseur (paramétrable). Ainsi, en
notant e0 l’épaisseur initiale du renfort (voir Figure 4.4), on a :
80
Chapitre 4.
ère
Constr. de la 1 partie de la chaîne : la modélisation du procédé de fabrication d’un CMO tissé à l’échelle méso.
Vf
Tf (t ) (4.16)
V (t )
Soit :
e0 Vf
d(t ) Δ (4.17)
2 2 Tf (t )S
C’est le déplacement d des parois mobiles du moule qui pilote le calcul. Dans les premiers temps
du chargement, le contact entre les torons se met en place. Après plusieurs essais, il a été constaté
que les instabilités numériques apparaissent majoritairement pendant cette période. Ainsi, il a été
nécessaire d’appliquer un chargement dépendant du temps de façon non linéaire, de manière à
compacter lentement le renfort en début de simulation, puis d’accélérer la compaction par la suite
pour diminuer les temps de calcul. Une fonction quadratique a été choisie, afin d’imposer une
accélération constante aux parois mobiles, ce qui est préférable en régime dynamique, et limiter les
effets d’inertie pour un temps de compaction donné. Ainsi, on a :
e0 Vf
dmax Δ
2 2 Tf (t f )S
2 (4.18)
t
d(t ) dmax
t
f
avec tf le temps de simulation, soit 0.1s pour les calculs présentés dans ce chapitre.
d(t)
renfort compacté au
e0 renfort non compacté e(t)
temps t
d(t)
fine couche de matrice présente
S
dans la cellule composite finale
Figure 4.4 : schéma montrant la relation entre le déplacement des parois mobiles du moule et le volume du
composite final
81
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
briser les symétries du renfort. C’est pourquoi aucun effort n’a été fait dans ce sens. Ainsi, les calculs
sont relativement longs, d’une dizaine d’heure sur quatre cœurs pour les renforts de taffetas, et
d’une quarantaine d’heure sur quatre cœurs pour les renforts de satin de 5.
4.3.4 Résultats
4.3.4.a Modélisation de la compaction
Les renforts démonstrateurs de tissu taffetas et satin ont été compactés jusqu’à atteindre un taux
de fibres de 60% dans le composite en utilisant la relation (4.18), avec =0.02mm. Durant le calcul,
plusieurs stades de compaction intermédiaires sont aussi enregistrés pour obtenir les déformées à
différents taux de fibres. Les résultats obtenus sont montrés sur les Figures 4.5 à 4.9. On peut
constater que les déformations des renforts sans imbrications des plis sont relativement similaires
pour les quatre plis, alors que lorsqu’une imbrication est introduite, les torons ont une déformation
particulière, dépendant de leur position dans le renfort. L’imbrication joue donc sur la géométrie (et
donc l’ondulation) des torons, ce qui laisse présager une forte influence de ce facteur sur la
répartition des contraintes au sein du composite.
On peut voir que les géométries obtenues présentent des déformations cohérentes, sensiblement
comparables d’un point de vue qualitatif aux résultats obtenues par [Nguyen et al. 2012] (voir Figure
4.10), dont les lois de comportement des torons sont plus complexes et identifiés sur la base d’essais
expérimentaux. L’objectif de la modélisation de la compaction est donc atteint : des géométries de
tissu sec déformées à l’échelle mésoscopique ont été obtenues, qui vont pouvoir être utilisées afin
de montrer le bon fonctionnement de la procédure de création de CER de CMO tissé.
Figure 4.5 : maillage du renfort 4 plis de taffetas non imbriqués, avant et après compaction
82
Chapitre 4.
ère
Constr. de la 1 partie de la chaîne : la modélisation du procédé de fabrication d’un CMO tissé à l’échelle méso.
Figure 4.6 : maillage du renfort 4 plis de taffetas avec imbrication maximale avant et après compaction
Figure 4.7 : maillage du renfort 4 plis de taffetas avec imbrication aléatoire avant et après compaction
83
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
Figure 4.8 : maillage du renfort 4 plis de satin de 5 non imbriqués avant et après compaction
Figure 4.9 : maillage du renfort 4 plis de satin de 5 avec imbrication maximale avant et après compaction
84
Chapitre 4.
ère
Constr. de la 1 partie de la chaîne : la modélisation du procédé de fabrication d’un CMO tissé à l’échelle méso.
(a) (b)
Figure 4.10 : visualisation des sections des torons non déformées (en haut) et déformées après compaction
(en bas) de quatre tissus de sergé de 2 (a) sans imbrication, et (b) avec imbrication [Nguyen et al. 2012]
85
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
- la CER avec quatre plis de satin de 5, imbrication maximale et compactés à 60% de fibres
- la CER avec quatre plis de taffetas, imbrication aléatoire et compactés à 60% de fibres
En effet, dans ces deux CER, il existe un toron (i) coupé dans le sens longitudinal en bord de
cellule, (ii) fortement compacté entre deux autres torons en contact longitudinal avec lui, et (iii) qui
ne sont eux-mêmes pas coupés en bord de cellule, amenant à l’échec de la procédure. Toutefois,
rappelons que cette limitation peut être gommée par une amélioration de l’algorithme de
reconstruction des grilles de torons.
(a) (b)
Figure 4.11 : maillages du composite et du renfort à 4 plis de taffetas sans imbrication, compactés pour
atteindre (a) 40% de fibres, et (b) 60% de fibres
(a) (b)
Figure 4.12 : maillages du composite et du renfort à 4 plis de taffetas avec imbrication maximale, compactés
pour atteindre (a) 40% de fibres, et (b) 60% de fibres
86
Chapitre 4.
ère
Constr. de la 1 partie de la chaîne : la modélisation du procédé de fabrication d’un CMO tissé à l’échelle méso.
(a)
(b)
Figure 4.13 : maillages du composite et du renfort à 4 plis de satin de 5 sans imbrication, compactés pour
atteindre (a) 40% de fibres, et (b) 60% de fibres
87
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
(a)
(b)
Figure 4.14 : maillages du composite et du renfort à 4 plis de satin de 5 avec imbrication maximale,
compactés pour atteindre (a) 40% de fibres, et (b) 50% de fibres
88
Chapitre 4.
ère
Constr. de la 1 partie de la chaîne : la modélisation du procédé de fabrication d’un CMO tissé à l’échelle méso.
Figure 4.15 : maillages du composite et du renfort à 4 plis de taffetas avec imbrication aléatoire, compactés
pour atteindre 50% de fibres
89
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
Tableau 4.5 : taux de fibres obtenus dans les CER et les torons
80
taffetas sans imbr.
taffetas imbr. max
75 taffetas imbr. aléatoire
satin sans imbr.
satin imbr. max
Taux de fibres torons (%)
70
65
60
55
50
40 45 50 55 60
Taux de fibres CER (%)
Figure 4.16 : taux de fibres calculés dans les torons en fonction du taux de fibres des différentes CER
90
Chapitre 4.
ère
Constr. de la 1 partie de la chaîne : la modélisation du procédé de fabrication d’un CMO tissé à l’échelle méso.
Comme attendu, plus la compaction du renfort est importante, plus, à volume de fibres égal, le
taux de fibres dans les torons est important. De plus, on peut voir qu’il est moins élevé lorsque
l’imbrication est prise en compte. En effet, l’empilement des plis sans imbrication répartit moins bien
les torons dans l’espace. Par exemple, on peut voir sur les Figures 4.5 et 4.8 que des « colonnes » de
matière se créent là où les croisements entre torons sont superposés, alors que les torons sont plus
uniformément répartis sur les Figures 4.6 et 4.9.
91
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
μΔv p (4.19)
.v 0 (4.20)
KD (4.21)
φ v p
μ
92
Chapitre 4.
ère
Constr. de la 1 partie de la chaîne : la modélisation du procédé de fabrication d’un CMO tissé à l’échelle méso.
Ainsi, les équations de Brinkman permettant de résoudre le problème à double porosité, sont les
suivantes :
μ
v 0 μ2 Δ yy v 0 y p1 x p0 dans le milieu de Brinkman (4.26)
K Br
Avec µ2 un paramètre physiquement homogène à une viscosité et de l’ordre de grandeur de µ.
L’objectif de cette partie n’étant d’étudier ni l’influence des géométries de torons sur ce paramètre,
ni l’influence de ce paramètre sur les résultats finaux, il sera fixé en tant que scalaire (perméabilité
isotrope) avec pour valeur KBr=5.10-13 m² (valeur usuelle [Laine 2008]).
Données d’entrées
La donnée d’entrée principale de Celper 2, au-delà du paramétrage propre à l’outil, est le maillage
du milieu d’écoulement. Ce maillage doit être constitué d’éléments tétraédriques, doit être
périodique, et écrit dans le format IDEAS (format « unv »). Ainsi, uniquement une réécriture au bon
format a été nécessaire pour directement calculer le tenseur de perméabilité macroscopique des
cellules de CMO tissé générées par la procédure, ce qui permet d’avoir accès rapidement à
l’influence de la déformation, dont on sait qu’elle est de premier ordre.
4.5.3 Résultats
4.5.3.a Choix des démonstrateurs
Trois cellules avec un renfort de quatre plis de taffetas ont été utilisées, dont la répartition des
milieux de Stokes (en bleu) et de Brinkman (en rouge) est montrée sur la Figure 4.17. Les plis de la
première ont une imbrication maximale, et sont compactés pour atteindre un taux de fibres de 40%
(Figure 4.17a), ces mêmes plis ont été compactés pour atteindre un taux de fibres de 60% dans la
seconde cellule (Figure 4.17b), et aucune imbrication n’a été imposée sur les plis de la troisième
cellule, compactée pour atteindre aussi un taux de fibres de 60%. La comparaison entre la première
et la troisième cellule permet de voir l’influence de la compaction des tissus, alors que la
comparaison entre la deuxième et la troisième cellule permet de voir l’influence de l’imbrication des
plis.
93
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
des chaînes entre elles par rapport à celui des trames, diminue la taille des macro-pores entre les
chaînes, ce qui ralentit l’écoulement de la résine dans le sens trame. On peut aussi remarquer que K 1
et K2 sont toujours plus grands que K3, ce qui s’explique simplement par la présence de fines couches
de matrices sur la partie supérieure et inférieure de la cellule, laissant s’écouler la matrice.
Tableau 4.6 : coefficients diagonales du tenseur de perméabilité homogène des trois cellules
(a)
(b)
(c)
Figure 4.17 : (a) cellule de composite taffetas avec imbrication maximale, compactée pour atteindre un taux
de fibres de 40%, et (b) un taux de fibres de 60%, (c) cellule de composite taffetas sans imbrication,
compactée pour atteindre un taux de fibres de 60%
94
Chapitre 4.
ère
Constr. de la 1 partie de la chaîne : la modélisation du procédé de fabrication d’un CMO tissé à l’échelle méso.
(a)
(b)
(c)
Figure 4.18 : champs de vitesse d’écoulement du fluide selon la direction de l’épaisseur pour la cellule (a) à
Tf=40% avec imbrication maximale, (b) à Tf=60% avec imbrication maximale, et (c) à Tf=60% sans imbrication
anormal), est sans doute la conséquence d’erreurs numériques et d’une qualité de maillage
insuffisante par endroit (il serait mieux, par exemple, qu’au moins deux éléments d’un même milieu
se situent dans les épaisseurs de toutes les zones du maillage).
95
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
σ C : (ε εth ) (4.27)
εth α ΔT (4.28)
3
Z-set/Zébulon, material and structure analysis suite, [Link]
96
Chapitre 4.
ère
Constr. de la 1 partie de la chaîne : la modélisation du procédé de fabrication d’un CMO tissé à l’échelle méso.
σ C : (ε εth ) 0 (4.29)
Soit :
ε εth α ΔT (4.30)
Ainsi, en imposant un ΔT constant sur toute la CER, la moyenne des déformations obtenue après
calcul permet immédiatement d’obtenir les coefficients du tenseur de dilatation thermique
homogénéisé.
4.6.3 Résultats
4.6.3.a Remarques préliminaires
Les démonstrateurs utilisés dans ces simulations sont les mêmes que ceux utilisés dans la partie
4.5, pour les mêmes raisons (voir 4.5.3.a). Rappelons que l’objectif de cette simulation est de
montrer que les cellules composites générées, et leur capacité à prendre en compte la déformation
du renfort, peuvent s’appliquer à la modélisation de la cuisson du composite. Par conséquent,
aucune discussion ne sera faite sur les valeurs mêmes des contraintes affichées par la suite,
difficilement mesurables expérimentalement, afin de porter un regard qualitatif sur les résultats.
Dans le même état d’esprit, les propriétés mécaniques des constituants, et des torons homogènes
obtenus par homogénéisation, ne sont volontairement pas affichées. Notons que ces propriétés et
leur obtention sont explicitées dans le Chapitre 5 (section 5.2) de ce manuscrit, qui se concentre lui
véritablement sur la modélisation purement mécanique des composites.
97
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
l’ensemble des coefficients de dilatation thermique. En revanche, l’influence de l’imbrication des plis
est peu visible. En effet, bien que l’on puisse constater que les coefficients thermiques de la cellule
avec imbrication maximale sont inférieurs à ceux de la cellule sans imbrication, les écarts sont peu
significatifs, moins de 5%, dans un simple contexte d’élasticité linéaire.
(a)
(b)
(c)
Figure 4.19 : contraintes de Von Mises dans les composites et les renforts composés de quatre plis de
taffetas compactés (a) à Tf=40% avec imbrication maximale, (b) à Tf=60% avec imbrication maximale, (c) à
Tf=60% sans imbrication
98
Chapitre 4.
ère
Constr. de la 1 partie de la chaîne : la modélisation du procédé de fabrication d’un CMO tissé à l’échelle méso.
-1
Torons 8.73 10-6 8.25 10-6 7.76 10-6
α1 (K )
CER 2.43 10-5 1.90 10-5 1.81 10-5
Torons 4.14 10-5 3.59 10-5 2.91 10-5
α2 (K-1)
CER 2.58 10-5 2.02 10-5 1.93 10-5
Torons 4.14 10-5 3.59 10-5 2.91 10-5
α3 (K-1)
CER 8.35 10-5 6.04 10-5 5.88 10-5
Tableau 4.7 : coefficients diagonaux des tenseurs de dilatation thermique des trois cellules
4.7 Conclusion
L’objectif de ce chapitre était de montrer l’apport de la procédure de génération de CER de CMO
tissé prenant en compte la déformation du renfort, à la modélisation du procédé de fabrication du
composite. Tout d’abord, on a pu voir que, couplée avec la modélisation de la compaction d’un
renfort tissé, la procédure permettait de créer de façon automatique des CER dont le renfort était
très dense, tout en gardant un taux de fibres réaliste dans les torons. De plus, différentes cellules
peuvent être extraites d’un même calcul de compaction, ce qui permet de les relier par les mêmes
paramètres de conception : géométrie du tissu, volume de fibres et paramètres de compaction
(vitesse d’écrasement, par exemple). Grâce à cette approche, construite avec des hypothèses simples
et pragmatiques, des résultats encourageants et cohérents ont été obtenus en termes de prévision
des influences de la compaction ou de l’imbrication des plis, montrant que la procédure joue bien
son rôle de pont entre les paramètres matériaux, la modélisation de la déformation des renforts secs
et le reste de la chaîne. Néanmoins, la modélisation du procédé complet, procédure comprise,
présente actuellement plusieurs limitations :
- La qualité des maillages de composites générés pose quelques problèmes numériques, avec
peu d’importance dans un contexte d’élasticité linéaire, mais que l’on devine non sans
conséquence lorsque l’on passera au non-linéaire. Un effort important doit donc être fait sur
ce point. Malgré tout, les maillages ont été générés de façon automatique, les outils de
remaillage disponibles permettent un raffinement dans les zones étroites, et les surfaces de
torons sont continues, ce qui est encourageant.
- Les formes de torons après prise en compte de leur compaction, et/ou de l’imbrication des
plis sont beaucoup plus proches de la réalité que celles idéalisées par un modèle
géométrique. Malgré tout, elles semblent éloignées des formes réelles de torons observées
dans un CMO tissé. Ce point sera confirmé dans le Chapitre 6, par une comparaison avec une
coupe microscopique d’un composite réel. Cette limitation a principalement deux origines : la
géométrie initiale d’un toron étant idéale (et homogène), sa déformation ne sera jamais
identique à celle d’un toron réel (non homogène), et la loi de comportement de toron sec
utilisée actuellement est trop simpliste. Un développement plus poussé de cette loi, comme
proposé par exemple par [Badel et al. 2008b], permettrait de mieux approcher les
déformations réelles de torons.
- la fine couche de matrice sur la partie supérieure et inférieure du composite limite fortement
la prédictivité d’un modèle EF d’écoulement de résine. Toutefois, ce point n’est pas une
limitation du concept même de la procédure présentée dans le Chapitre 3, mais est
99
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
100
Chapitre 5.
Il a été montré que la procédure de création de CER de CMO tissé, présentée dans le Chapitre 3,
apporte une solution permettant de prendre en compte certains paramètres de conception tels que la
compaction du matériau, ou l’imbrication des plis du renfort. L’objectif de cette partie est de mettre
en place une modélisation mécanique adaptée aux CER de CMO tissé, permettant de prévoir les
propriétés élastiques mécaniques du matériau sain et endommagé, en vue d’une identification d’un
modèle macroscopique. Cette étape permettra dans le futur de prévoir les performances d’un
composite tissé en prenant en compte son procédé de fabrication
101
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
Plan du chapitre
102
Chapitre 5.
nde
Construction de la 2 partie de la chaîne : étude du comportement mécanique d’un CMO tissé à l’échelle méso.
5.1 Introduction
La construction d’une loi de comportement macroscopique est la dernière étape de la chaîne de
calcul présentée dans la section 1.3.3. Son utilisation permet de prévoir les performances
structurales d’une pièce en CMO tissé, dans des temps de calcul raisonnables. Elle doit prendre en
compte l’endommagement du matériau, afin de déterminer les performances résiduelles de la
structure endommagée, et de prévoir sa durée de vie. L’utilisation de variables d’endommagement
dans les modèles macroscopiques est alors nécessaire pour quantifier le niveau d’endommagement
au sein du composite, dans un cadre thermodynamiquement admissible. Dans beaucoup de modèles
d’endommagement macroscopiques, les variables d’endommagement représentent les effets des
endommagements présents dans le composite sur les propriétés élastiques apparentes, comme l’ont
proposé [Ladeveze et Le Dantec 1992] pour modéliser le comportement endommagé d’un pli
unidirectionnel d’un composite stratifié, ou [Couegnat 2008] et [Marcin 2009] pour les CMO tissés.
On parle alors de modèle utilisant des variables d’effets de l’endommagement sur le comportement
mécanique. Ce type d’approche permet de prévoir de manière tout à fait satisfaisante l’évolution des
propriétés mécaniques au cours d’un essai statique jusqu’à la ruine finale de la structure. Toutefois,
si l’on s’intéresse à la prévision de la durée de vie ou à la tenue des structures après impact, il devient
intéressant d’avoir une description fine des mécanismes d’endommagement présents au sein du
matériau, et il convient alors de s’intéresser aux modèles s’appuyant sur des variables physiques,
telles que la densité de fissure. Un autre intérêt de ce type de modélisation est que les variables
d’endommagement physiques sont observables, dans une certaine mesure, ce qui peut rendre
d’importants services en termes de validation lors de l’application de ce modèle sur des structures
complexes. L’identification de tel modèle reste actuellement un point dur, et demande la mise en
place de campagnes expérimentales longues et onéreuses. Une autre approche consiste à identifier
le modèle sur la base de simulations EF, en introduisant les différents types d’endommagement au
sein des CER. Ainsi, non seulement les gains en terme de coûts et de temps sont énormes, mais en
plus il devient possible d’insérer précisément un endommagement spécifique au sein du matériau, et
d’en déduire l’effet. Cette approche consistant à simuler un essai d’endommagement est plus
connue sous son nom anglophone « Virtual Testing ».
L’objectif de ce chapitre est de montrer l’application de la procédure de création de CER en CMO
tissé (Chapitre 3), dont le renfort a été déformé par simulation EF (Chapitre 4), à l’identification d’une
loi d’endommagement macroscopique prenant en compte l’endommagement. Pour cela, on va
chercher à modéliser l’effet de l’endommagement sur les modules de l’ingénieur du matériau. Dans
un premier temps, une modélisation multiéchelle (microscopique-mésoscopique), reposant sur des
simulations EF linéaires et permettant de calculer les modules élastiques dans le matériau sain, est
mise en place et présentée dans la section 5.2. Elle permet d’étudier, après une homogénéisation
périodique, l’influence de la compaction et de l’imbrication des plis sur les modules plans des CER, et
de prévoir l’état interne (champ de déformations et de contraintes) du matériau suite à une
sollicitation mécanique. Ensuite, afin d’étudier l’endommagement du matériau, un outil capable
d’insérer tout type de fissures de manière discrète dans les CER, par découpe de maillage et
dédoublement de nœuds, est présenté dans la section 5.3. Son application aux CER est montrée dans
la section 5.3.5. L’apport d’un tel outil, couplé à une modélisation multiéchelle adaptée, est d’étudier
numériquement l’effet de tout type de variables physiques d’endommagement sur les modules
élastiques du matériau et sur son état interne (répartition des efforts), afin d’aider à l’identification
d’une loi d’endommagement.
103
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
1 ν 12 ν 13
0 0 0
Ε1 Ε1 Ε1
1 ν 23
0 0 0
Ε2 Ε2
1
0 0 0
Ε3
S (5.1)
1
0 0
G 23
1
SYM 0
G 31
1
G 12
avec la loi de Hooke écrite comme suit :
(5.2)
εS:σ
σ 11 ε ε11
σ 22 ε 22
σ ε
où : σ et ε 33
33
(5.3)
σ 23 2 ε 23
σ 31 2 ε 31
σ 2ε
12 12
On peut voir sur la matrice (5.1) que les modules de l’ingénieur sont regroupés en trois
catégories : les modules d’Young E, les coefficients de Poisson , et les coefficients de cisaillement G.
A l’échelle microscopique, les torons sont supposés isotropes transverses, ce qui est un cas
particulier d’orthotropie où seulement cinq modules sont indépendants : un module d’Young
longitudinal EL, un module d’Young transverse ET, deux coefficients de Poisson LT et TT, et un
module de cisaillement GLT. En supposant que la direction des fibres est la direction 1, on a :
104
Chapitre 5.
nde
Construction de la 2 partie de la chaîne : étude du comportement mécanique d’un CMO tissé à l’échelle méso.
EL = E1
ET = E2 = E3
LT = 12 = 13
TT = η23 (5.4)
C h est l’inverse de S h [Bornert et al. 2001]. Le tenseur d’ordre 4 C h relie, dans le cadre de
l’élasticité linéaire, le tenseur de la contrainte macroscopique appliquée au volume homogène, noté
Σ , au tenseur des déformations macroscopiques Ε , par la loi de Hooke :
(5.5)
Σ Ch :Ε
qui peut s’écrire, avec la convention de sommation d’Einstein et la notation de Voigt (permise grâce
à la symétrie des tenseurs), de cette façon :
Σ i C ijh . Ε j (5.6)
Σ 1 Σ 11 Ε 1 Ε 11
Σ 2 Σ 22 Ε 2 Ε 22
Σ Σ Ε Ε
3 33 et 3 33 (5.7)
Σ 4 Σ 23 Ε 4 2 Ε 23
Σ 5 Σ 31 Ε 5 2 Ε 31
Σ Σ Ε 2Ε
6 12 6 12
Numériquement, le but est donc de calculer C h , puis S h par inversion, et d’en déduire les
modules de l’ingénieur du VER de toron selon (5.1) et (5.4). Pour cela, après application des
conditions périodiques tridimensionnelles aux contours de la cellule, on comprend avec l’équation
(5.6) qu’en sollicitant le VER selon l’une des déformations élémentaires Ε n , telles que décrites par
l’équation (5.8) avec δ ij le symbole de Kronecker et 1≤n≤6, le calcul des six composantes
105
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
δn 1
δn 2
δ
Εn Ε .
n3
(5.8)
δn 4
δn 5
δ
n6
Σ ni
C inh (5.9)
Ε
ce cas, l’inversion du tenseur C h n’est pas possible, puisque trois de ses lignes seraient inconnues
(voir la section 5.2.1.b). Le tenseur S h ne peut donc être obtenu par cette méthode, et il convient
alors de directement calculer ses composantes sans passer par le tenseur des rigidités
homogénéisées. L’écriture de la loi de Hooke (5.2) en fonction des composantes du tenseur des
souplesses homogénéisées (5.1) s’exprime de la façon suivante, en utilisant la notation de Voigt
(5.7) :
Ε i S ijh . Σ j (5.10)
106
Chapitre 5.
nde
Construction de la 2 partie de la chaîne : étude du comportement mécanique d’un CMO tissé à l’échelle méso.
Ε S 11
h
. Σ 11 S 12
h
. Σ 12
n=1 : 0 S 12
h
. Σ 11 S 22
h
. Σ 12
Ε 13 S 13
h
. Σ 11 S 23
h
. Σ 12
0 S 11
h
. Σ 12 S 12
h
. Σ 22 (5.11)
n=2 : Ε S 12
h
. Σ 12 S 22
h
. Σ 22
Ε 23 S 13
h
. Σ 12 S 23
h
. Σ 22
n=6 : Ε S 66
h
. Σ 66
(a) (b)
Figure 5.1 : (a) lignes moyennes extraites des Sections des torons du renfort (b)
Chaque point de Gauss de chaque élément d’un toron est projeté orthogonalement sur sa ligne
moyenne. Au point projeté est calculé la tangente à la ligne moyenne, dont l’orientation définie
localement l’axe principal d’isotropie au point de Gauss considéré. Cette étape est réalisée avant
calcul EF par un script Python développé dans cette étude.
107
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
Tf dans la Tf dans le
Imbrication EL (GPa) ET (GPa) GLT (GPa) LT TT
CER toron (%)
non 59.1 43.8 10.9 7.94 0.308 0.407
40%
max 56.6 42.3 10.3 7.56 0.318 0.419
non 61.0 45.1 11.5 8.36 0.309 0.401
45%
max 56.6 42.1 10.2 7.50 0.319 0.420
non 64.1 47.2 12.6 9.14 0.310 0.391
50% max 57.4 42.6 10.4 7.66 0.318 0.417
aléatoire 58.5 43.5 10.8 7.90 0.318 0.414
non 66.9 49.1 13.7 9.92 0.311 0.381
55%
max 59.2 43.9 11.0 8.04 0.317 0.412
non 70.8 51.9 15.6 11.3 0.312 0.3680
60%
max 63.1 46.5 12.2 8.86 0.310 0.394
Tableau 5.1 : modules de l’ingénieur des torons dans les CER à renfort composé de 4 plis de taffetas
108
Chapitre 5.
nde
Construction de la 2 partie de la chaîne : étude du comportement mécanique d’un CMO tissé à l’échelle méso.
Tf dans la Tf dans le
Imbrication EL (GPa) ET (GPa) GLT (GPa) LT TT
CER toron (%)
non 58.7 43.6 10.8 7.92 0.318 0.413
40%
oui 54.1 40.4 9.6 7.06 0.320 0.426
non 66.4 48.9 13.6 9.88 0.314 0.388
50%
oui 56.2 41.9 10.1 7.14 0.319 0.420
60% non 75.5 55.1 18.8 13.5 0.310 0.356
Tableau 5.2 : modules de l’ingénieur des torons dans les CER à renfort composé de 4 plis de satin de 5
109
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
Tf dans la
Imbrication E11 (GPa) E22 (GPa) G12 (GPa) 12 13 23
CER
non 18.6 19.7 5.67 0.143 0.413 0.409
40%
max 18.5 19.5 5.93 0.140 0.420 0.417
Tableau 5.4 : modules de l’ingénieur des CER à renfort composé de 4 plis de taffetas
Tf dans la
Imbrication E11 (GPa) E22 (GPa) G12 (GPa) 12 13 23
CER
non 18.7 19.8 5.63 0.136 0.420 0.417
40%
oui 18.7 19.8 5.75 0.131 0.424 0.420
Tableau 5.5 : modules de l’ingénieur dans les CER à renfort composé de 4 plis de satin de 5
110
Chapitre 5.
nde
Construction de la 2 partie de la chaîne : étude du comportement mécanique d’un CMO tissé à l’échelle méso.
30
28
26
E22 (GPa)
24
22
taffetas sans imbr.
taffetas imbr. max
20 taffetas imbr. aléatoire
satin sans imbr.
satin imbr. max
18
40 45 50 55 60
Taux de fibres CER (%)
Figure 5.2 : évolution du module d’Young dans le sens des trames en fonction du taux de fibres dans les CER
A paramètres de conception égaux, l’ondulation des torons du taffetas est par nature plus
importante que celle du satin de 5. Par conséquent, comme expliqué dans la section 1.2.2.b, la
rigidité de la CER à renfort de taffetas doit être plus faible que celle à renfort de satin de 5. Seuls les
résultats à Tf=60% permettent de confirmer cette tendance, les valeurs des modules entre les CER à
renfort de taffetas et de satin de 5 étant trop proches à Tf=40% et 50% pour vérifier ce point.
Si on se concentre maintenant sur les résultats entre deux CER à architecture égale, l’une avec
imbrication des plis et l’autre sans, on peut voir que la rigidité en traction E22 est plus faible avec
imbrication. De plus, l’écart entre les modules avec et sans imbrication augmente avec la compaction
du renfort. Une explication se trouve au niveau de l’évolution de l’ondulation des torons en fonction
de la compaction et de l’imbrication des plis. En effet, à faible compaction, la géométrie d’un pli (un
motif) d’un renfort n’est quasiment pas modifiée. Ainsi, que le renfort présente des imbrications
entre plis ou non, l’ondulation des torons reste la même, ce qui explique les valeurs quasi identiques
à faible compaction entre les modules d’Young de deux CER à la même architecture. Ensuite, lorsque
l’on regarde les images latérales des renforts compactés avec et sans imbrication des plis de la Figure
5.3 on peut voir que les torons des renforts compactés avec imbrication des plis sont plus ondulés
que les torons des renforts compactés sans imbrication (seuls les renforts de 4 plis de satin de 5 sont
affichés sur cette figure, car la différence d’ondulation entre le cas sans et le cas avec imbrication est
beaucoup plus visible). En effet, lorsque des torons sont écrasés les uns sur les autres sans
imbrication, ils tendent à devenir de plus en plus rectilignes. En revanche, lorsque l’imbrication des
plis est maximale, la compaction pousse les torons à se déformer de manière à s’insérer et se répartir
dans les espaces vides entre les torons des plis voisins. On peut voir que cet agencement déforme les
torons de manière complexe, sans forcément les tendre, et peut même augmenter leur ondulation
(Figure 5.3) selon l’architecture tissée. Bien entendu, plus de simulations permettraient de confirmer,
ou non, ces observations.
111
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
L’évolution du module E11 n’a pas été présentée ici car elle est similaire à celle de E22. On peut
tout de même remarquer que les valeurs d’E11 sont plus faibles que celles d’E22. C’est tout à fait
normal, les renforts modélisés étant déséquilibrés de façon à ce que la distance entre chaînes soit
plus petite que la distance entre trames (contexture sens chaîne supérieure à la contexture sens
trame, voir le Tableau 4.1), la densité de fibres dans la direction 1 (direction des chaînes) est plus
faible que celle dans la direction 2 (direction des trames).
Observations de l’évolution du module de cisaillement G12
Les observations que l’on peut mener sur l’évolution du module de cisaillement plan G12 des CER,
tracée sur la Figure 5.4, diffèrent à faible compaction (Tf compris entre 40% et environ 47%) de celles
menées sur l’évolution du module d’Young E22. Les tendances observées montrent aussi que le
module G12 est plus sensible à l’ondulation des torons que le module E22. En effet, l’imbrication des
plis rend plus difficile le cisaillement plan des CER, ce qui se voit bien à faible compaction. De plus, la
rigidité en cisaillement plan de la CER à renfort de taffetas est supérieure à celle du satin, à
imbrication équivalente. Ce point semble intuitif lorsque l’on se réfère au comportement des tissus
secs (il est connu que le satin se cisaille mieux que le taffetas). Vers Tf=47%, ces tendances
s’inversent, et l’évolution de G12 devient quasiment la même que celle du module E22 : (i) la CER à
renfort de satin sans imbrication est la plus rigide, (ii) les CER à renfort de taffetas sans imbrication
sont plus rigides que les mêmes CER avec imbrication, et (iii) la CER à renfort de satin avec
imbrication maximale est moins rigide que les autres CER. A ce niveau là, l’influence de l’ondulation
des torons sur la rigidité en cisaillement est loin d’être intuitive, contrairement à la rigidité en
traction. Cependant, on sent bien que l’ondulation des torons, et son évolution en fonction de la
compaction et de l’imbrication, joue là aussi un rôle prédominant dans la compréhension des
phénomènes.
Observations des coefficients de Poisson 12 et 13
La première remarque que l’on peut faire sur les coefficients de Poisson homogénéisés est qu’ils
évoluent très faiblement par rapport aux modules de traction et de cisaillement, en fonction du taux
de compaction. On peut voir sur les Tableaux 5.4 et 5.5 que les variations sont globalement de
l’ordre de 6%, avec un maximum d’augmentation de 16% observé pour le coefficient 12 de la CER à
satin de 5 sans imbrication. On constate aussi sur les Figures 5.5 et 5.6 que les valeurs et l’évolution
de 12 et 13 sont très différentes, montrant qu’un fort effet de structure guide le comportement du
matériau. En effet, le composite est plus rigide dans le sens des fibres. Puisque dans le cas des CMO
tissés 2D, les fibres sont principalement orientées dans le plan, lors d’une sollicitation en traction
unixiale dans la direction 1, par exemple, le matériau se rétracte moins dans la direction 2 que dans
la direction 3 (le calcul étant linéaire élastique, le comportement en traction ou compression est le
même). Le matériau a donc naturellement un coefficient de Poisson dans le plan inférieur 12 au
coefficient de Poisson hors-plan 13. De plus, cet effet de structure est si fort que le Poisson dans le
plan est inférieur au minimum des Poissons des constituants (12 < 0.3). Cependant, pour
correctement comprendre et établir les liens entre les valeurs et l’évolution des différents
coefficients de Poisson du matériau en fonction de sa mésostructure, une étude plus poussée est
nécessaire, hors du cadre de cette thèse.
112
Chapitre 5.
nde
Construction de la 2 partie de la chaîne : étude du comportement mécanique d’un CMO tissé à l’échelle méso.
10
taffetas sans imbr.
9.5 taffetas imbr. max
taffetas imbr. aléatoire
9 satin sans imbr.
satin imbr. max
8.5
G12 (GPa)
7.5
6.5
5.5
40 45 50 55 60
Taux de fibres CER (%)
Figure 5.4 : évolution du module de cisaillement plan en fonction du taux de fibres dans les CER
0.16
taffetas sans imbr.
taffetas imbr. max
0.155
taffetas imbr. aléatoire
satin sans imbr.
0.15 satin imbr. max
0.145
nu12
0.14
0.135
0.13
0.125
40 45 50 55 60
Taux de fibres CER (%)
Figure 5.5 : évolution de 12 en fonction du taux de fibres dans les CER
113
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
0.425
0.42
0.415
0.41
0.405
nu13
0.4
0.395
0.39
taffetas sans imbr.
0.385 taffetas imbr. max
taffetas imbr. aléatoire
0.38 satin sans imbr.
satin imbr. max
0.375
40 45 50 55 60
Taux de fibres CER (%)
Figure 5.6 : évolution de 13 en fonction du taux de fibres dans les CER
114
Chapitre 5.
nde
Construction de la 2 partie de la chaîne : étude du comportement mécanique d’un CMO tissé à l’échelle méso.
Sans imbrication
Min = 0.45%
Max = 2.90%
3 : Hors-plan
2 : Chaînes
Imbrication maximale
Min = 0.26%
Max = 2.19%
1 : Trames
1%
Imbrication aléatoire
Min = 0.36%
1
chargement élémentaire Ε Max = 2.76%
115
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
Tf = 40%
Min = 0.54%
Max = 2.5%
Tf = 60%
Min = -0.37%
Max = 4.2%
San
s im
3 : Hors-plan bri
cat
2 : Chaînes ion
1 : Trames Tf = 40%
Min = 0.42%
Max = 2.2%
Tf = 60%
Min = 0.34%
Max = 3.6%
Im
b ric
ati
on
ma
xim
1% ale
1
chargement élémentaire Ε
élémentaire Ε1
116
Chapitre 5.
nde
Construction de la 2 partie de la chaîne : étude du comportement mécanique d’un CMO tissé à l’échelle méso.
Tf = 40%
Min = 0.03%
Max = 2.8%
Tf = 50%
Min = 0.29%
Max = 3.7%
Tf = 60%
Min = -0.25%
Max = 4.9%
3 : Hors-plan
1% 2 : Chaînes
1
chargement élémentaire Ε 1 : Trames
élémentaire Ε1
117
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
Tf = 40%
Min = 0.36%
Max = 2.3%
Tf = 50%
Min = 0.20%
Max = 2.20%
3 : Hors-plan
1%
2 : Chaînes
1
chargement élémentaire Ε 1 : Trames
chargement élémentaire Ε1
118
Chapitre 5.
nde
Construction de la 2 partie de la chaîne : étude du comportement mécanique d’un CMO tissé à l’échelle méso.
Notons que la restriction aux modules plans homogénéisés de l’ingénieur n’est pas une limitation de
l’approche elle-même, et que les études effectuées dans ce chapitre peuvent facilement s’étendre à
l’ensemble des propriétés mécaniques des CER tissées (compression, flexion, etc.). La partie suivante
présente les travaux réalisés dans cette étude pour prendre en compte l’endommagement du
matériau.
119
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
120
Chapitre 5.
nde
Construction de la 2 partie de la chaîne : étude du comportement mécanique d’un CMO tissé à l’échelle méso.
5.3.3.b Méthodologie
1. Création de la fissure et placement au sein du maillage
Dans un premier temps, la surface de la fissure que l’on souhaite insérer dans le maillage doit
être définie, et maillée par des éléments triangles. Dans un second temps, cette fissure est placée
dans le maillage. Dans la pratique, on superpose donc deux maillages indépendants, le maillage
3D de la CER du composite et le maillage 2D des fissures, comme le montre la Figure 5.11. Notons
que plusieurs fissures peuvent être définies en même temps.
surfaces
des
fissures
(a) (b)
Figure 5.11 : (a) placement des surfaces de fissures dans le maillage d’une CER. Les torons que l ‘on souhaite
couper par ces surfaces sont coloriés en rouge, (b) torons à couper et surfaces de fissures.
121
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
souhaite, par exemple, sectionner un toron en deux (rupture des torons longitudinaux), ou
fissurer la matrice.
- La création des décohésions au niveau des fronts de fissures est facultative, bien que leur
présence soit systématique dans la réalité. Quoiqu’il en soit, dans cette étude, leur imposition
en extrémité de fissures planes coupant un toron améliore énormément la robustesse de la
méthode. C’est pour cela qu’elles ont été imposées dans l’application présentée dans la
section 5.3.5, liée à l’insertion de douze fissures planes.
fronts de fissure
zones de
décohésion de
chaque coté
de la fissure
(a)
lèvres de
fissures
(b)
Figure 5.12 : (a) découpe des torons par les surfaces de fissures. Les surfaces de décohésions apparaissant en
pointe de fissure sont coloriées en jaune et bleu, (b) coupe des torons
122
Chapitre 5.
nde
Construction de la 2 partie de la chaîne : étude du comportement mécanique d’un CMO tissé à l’échelle méso.
il suffit de dédoubler les nœuds se trouvant sur cette interface. Le contour des interfaces devient
ainsi le front de fissure, comme le montre la Figure 5.13. Pour la création de décohésions toron-
matrice, la méthodologie reste la même : après avoir défini la zone de décohésion, un dédoublement
des nœuds dans cette zone et sur la surface du toron crée la décohésion souhaitée. En revanche, le
front de fissure une discontinuité C1, pour les mêmes raisons que celle du contour des zones de
décohésions créées en front de fissure (voir Figure 5.12 et paragraphe 5.3.3.b.2).
front de fissure
Figure 5.13 : introduction d’une décohésion à l’interface entre un toron de chaîne en rouge, et un toron de
trame en bleu
123
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
Tableau 5.6 : valeurs des modules plans homogénéisés de l’ingénieur des CER endommagées, et écarts avec
la CER saine
Au niveau de la CER multifissurée, la décroissance du module E11 est plus importante que celle du
module E22, qui n’est presque pas affecté par l’endommagement. Les fissures ont en effet été
introduites dans les torons de chaînes (direction 2), et sont normales à la direction 1. Une sollicitation
uniaxiale selon cette direction ouvre donc les fissures, alors qu’une sollicitation selon la direction 2
ne les sollicite quasiment pas, expliquant les tendances observées. De plus, l’ouverture des fissures
semble avoir un effet important sur le coefficient de Poisson 12, dont la décroissance est la plus
importante. Dernier point, le frottement entre les fissures n’a pas été pris en compte. De ce fait, un
cisaillement plan du matériau entraîne un glissement des lèvres de fissures les unes par rapport aux
autres. Il est donc normal de voir le module de cisaillement plan G12 chuter aussi. Au niveau de la CER
présentant une décohésion toron-toron, les décroissances des modules de l’ingénieur sont bien
moins importantes qu’avec la CER multifissurée, ce qui rend difficile toute interprétation des
résultats. En effet, la surface de décohésion est moins étendue que la somme des surfaces des douze
fissures de la précédente CER, son influence globale sur les propriétés mécaniques du matériau est
donc moindre.
124
Chapitre 5.
nde
Construction de la 2 partie de la chaîne : étude du comportement mécanique d’un CMO tissé à l’échelle méso.
CER saine
Min = 0.34%
Max = 3.55%
CER
endommagée
Min = -13.3%
Max = 17.2%
2 : Chaînes
déformation macroscopique élémentaire Ε1 avec E=1%. Les images de gauche montrent le champ sur la face
inférieure du composite, celles de droite le champ sur la partie inférieure des torons.
dans la réalité, la décohésion est une zone de contraintes libres à l’interface entre deux torons, qui
peuvent entrer en contact avec frottement. Hors, les calculs réalisés dans cette démonstration sont
linéaires élastiques en petites perturbations. Par conséquent, la prise en compte du contact
permettrait d’éviter des interpénétrations entre torons qui, en fin de compte, seraient très faibles.
En considérant la grande complexité et l’augmentation importante du coût de calcul qu’introduirait
la prise en compte du contact au niveau de la zone de décohésion, elle n’a pas été introduite dans
cette démonstration.
Une sollicitation uniaxiale selon la direction 1 a tendance à tendre le toron de trame, ce que
montre bien la sur-déformation selon la direction 1 visible sous le toron de trame. Le toron de chaîne
est quant à lui sollicité de façon transverse. La reprise de charge engendrée par la présence de la
décohésion va principalement se reporter au niveau des fronts transverses à la sollicitation, soit les
fronts 2 et 4. La rigidité transverse d’un toron étant inférieure à la rigidité longitudinale, il est normal
de constater une concentration de déformation importante sur le toron de chaîne au niveau des
fronts 2 et 4.
125
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
CER saine
Min = 13 MPa
Max = 725 MPa
CER
endommagée
Min = -1910 MPa
Max = 2490 MPa
2 : Chaînes
3 : Hors-plan
1 : Trames Torons Trames
chargement
élémentaire Ε
1
300 MPa σ11 600 MPa
Figure 5.15 : champs de contraintes σ11 dans une CER saine et endommagée (12 fissures) suite à une
déformation macroscopique élémentaire Ε1 avec E=1%. Les images de gauche montrent le champ sur la
partie inférieure des torons, celles de droite le champ sur la partie inférieure des trames uniquement.
On a montré que l’effet de l’insertion de douze fissures transverses ou d’une décohésion toron-
toron sur une CER de CMO tissé peut être obtenu grâce à l’outil Zcracks, à la procédure de création
des CER et à la modélisation multiéchelle mise en place dans ce chapitre (voir 5.2.1). De ce fait, on a
pu obtenir des informations aidant à la compréhension des mécanismes régissant le comportement
d’un CMO endommagé, ce qui démontre l’apport de tels outils pour l’identification d’une loi
d’endommagement macroscopique. Notons de plus que le potentiel d’un outil comme Zcracks est
bien plus grand que l’insertion de fissures planes, comme ont pu le montrer [Chiaruttini et al. 2010].
Cependant, l’adaptation de cet outil à nos CER n’est pas encore automatique, quelques ajustements
de paramètres devant être faits de manière itérative jusqu’à l’obtention du résultat désiré, ce qui
demande une intervention personnelle de l’utilisateur.
126
Chapitre 5.
nde
Construction de la 2 partie de la chaîne : étude du comportement mécanique d’un CMO tissé à l’échelle méso.
2 1 : Trames 3 2 : Chaînes
front 1
front 4 1
3
Torons sains
front 4
Min =0.34%
Max = 3.55%
front 1
front 2
front 3
front 3 front 2
Torons avec
décohésion
Min = -0.09%
Max = 7.58%
Trame Chaîne
chargement
élémentaire Ε1 0.7% ε11 1.3%
Figure 5.16 : champs de déformation ε11 dans deux torons en contact sains et avec décohésion suite à une
déformation macroscopique élémentaire Ε1 avec E=1%. Les images de gauche montrent le champ sur la
partie inférieure du toron de trame, celles de droite le champ sur la partie supérieure du toron de chaîne.
5.4 Conclusion
L’objectif de ce chapitre était de démontrer l’apport d’une construction de CER de CMO tissée
prenant en compte le procédé de fabrication du matériau, et d’outils d’insertion discrète de
l’endommagement, pour aider à l’identification d’une loi d’endommagement macroscopique prenant
en compte l’endommagement du matériau. Pour cela, une modélisation multiéchelle a été mise en
place, partant de l’échelle microscopique pour remonter par homogénéisation périodique à l’échelle
mésoscopique. Une deuxième homogénéisation périodique en conditions de contraintes planes a
permis d’extraire les modules homogénéisés plans de l’ingénieur des différentes CER créées dans le
Chapitre 4. De cette façon, l’apport de la prise en compte de la compaction et de l’imbrication des
plis pour l’étude du comportement mécanique linéaire élastique d’un CMO tissé a pu être montré.
Ensuite, deux endommagements différents ont été introduits dans l’une des CER : une
multifissuration (douze fissures) des torons de chaînes, normale à la direction 1, et une décohésion
toron-toron. Bien qu’idéalisés, ces deux endommagements sont observés expérimentalement (voir
5.3.1) ce qui permet de les associer à une variable d’endommagement physique (longueur ou surface
de décohésion, nombre ou densité de fissures, etc.). L’étude de l’effet de ces deux
endommagements sur les propriétés mécaniques élastiques de la CER, et sur l’état local du matériau,
aide à la compréhension des mécanismes de répartition des efforts intervenant au sein du matériau,
et fournit des informations nécessaires à l’identification d’une loi d’endommagement à variables
physiques.
Les développements menés et présentés tout au long des chapitres 2, 3 et 4 aboutissent sur la
mise en place d’une chaîne de calcul partant des paramètres de conception d’un matériau CMO tissé
127
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
(architecture du renfort, compaction, imbrication des plis, propriétés des constituants, etc.) et allant
jusqu’à la prévision des propriétés mécaniques d’une cellule de CMO tissé, endommagée ou non, à
l’échelle mésoscopique, ce qui était l’un des objectifs de cette étude. Le bon fonctionnement de
cette chaîne a pu être montré, malgré quelques limitations actuelles comme sa non validation sur
des tissus complexes (interlock), ou la génération de CER de CMO tissé présentant quelques
éléments de mauvaises qualités. Quoiqu’il en soit, l’outil numérique pris dans sa globalité permet
d’obtenir des résultats très intéressants et prometteurs, dont les limites sont à mettre au crédit de
son développement récent. Cependant, comme tout outil numérique, il faut dès à présent penser à
sa validation expérimentale. C’est l’objet du prochain et dernier chapitre.
128
Chapitre 6.
Une chaîne de modélisation, appliquée à l’étude de matériaux CMO tissé à l’échelle mésoscopique,
a été développée et présentée dans les chapitres précédents. Afin d’aller vers une validation
expérimentale de cette chaîne, étape indispensable à toute démarche scientifique, une étude
expérimentale préliminaire a été réalisée. Cette étude, objet de ce chapitre, a été menée en
collaboration avec l’unité expérimentale de l’Onera.
129
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
Plan du chapitre
130
Chapitre 6.
Vers une validation expérimentale...
6.1 Introduction
La chaîne de calcul construite dans les chapitres 2, 3 et 4 doit in fine être validée
expérimentalement, mais la place occupée par l’aspect numérique de cette thèse ne permet pas la
mise en place d’une vaste campagne de validation. Cependant, il est judicieux de penser le plus tôt
possible à sa construction. Pour cela, la stratégie suivie est de participer à sa construction en mettant
en place une étude expérimentale comparative entre différents CMO tissés 2D et dont la conception
ne diffère qu’à un paramètre près (voir la section 1.4). L’objectif de cette étude est d’identifier les
difficultés liées d’une part à la fabrication de tels composites, et d’autre part liées à l’identification de
l’influence de certains paramètres de conception, et de l’endommagement du matériau.
La démarche suivie dans ce chapitre est la suivante. Tout d’abord, différentes plaques de CMO
tissé avec des paramètres de conception différents ont été fabriquées. Les choix ayant guidés la
fabrication de ces plaques, et les difficultés rencontrées sont rapportés dans la section 6.2. Ensuite,
deux types d’essais ont été mis en place : des essais de traction monotone uniaxiale et des essais de
traction incrémentale et uniaxiale. Les essais de traction monotone présentent principalement deux
intérêts : observer le comportement en traction du matériau, et estimer le module d’élasticité
longitudinal. De cette façon, l’influence des paramètres de conception des éprouvettes testées sur
leur module élastique longitudinal peut être dégagée. Au niveau des essais de traction incrémentale,
plusieurs cycles successifs de charge-décharge sont imposés au composite, avec des paliers de plus
en plus élevés. L’intérêt de ce deuxième type d’essai est d’une part l’estimation de la densité de
fissuration créée à chacun des niveaux de charge, et d’autre part la mesure à chaque montée des
modules d’élasticité résiduels du matériau. L’influence de l’endommagement sur le module élastique
longitudinal peut donc être estimée. Sur la base de ces essais, cinq techniques expérimentales
proposées dans la littérature pouvant apporter des informations sur la cinétique de l'évolution et des
effets de l'endommagement, et pouvant être mises en place à l’Onera, ont été utilisées afin d’évaluer
de façon qualitative leur apport pour l’identification de ces influences. Ces techniques sont : la
stéréo-corrélation d'images, l'émission acoustique, l'observation microscopique sur chant, la
thermographie infrarouge (IR) active et passive, et une technique utilisant les ondes de Lamb, toutes
présentées plus en détail dans la section 6.3.1. Les résultats obtenus sont divisés en deux parties. En
effet, cette étude expérimentale présente des intérêts pour l’Onera dépassant le cadre de ce travail.
Une collaboration forte a donc été menée avec l’unité expérimentale de l’Onera, pour exploiter
profondément les résultats issus de la multi-instrumentation. Ainsi, la section 6.4 ne présente que les
résultats obtenus et exploités dans le cadre de cette thèse. Leur analyse cherche à répondre aux
objectifs fixés : guider la construction d’une campagne de validation en repérant les difficultés liées à
l’identification des influences des paramètres de conception et de l’endommagement sur les
modules élastiques du composite. Ces résultats n'exploitent que les trois premières
instrumentations. Les résultats provenant de la thermographie IR active et passive, ainsi que de la
technique utilisant les ondes de Lamb, ont été exploités, et le sont encore actuellement, à l'Onera
par [Bai 2012] dans le cadre d’un Projet de Recherche Interne, et ont fait l’objet d’un article de
conférence [Roche et al. 2012]. Le travail personnel effectué ici se place dans le suivi de l’étude
plutôt que dans l’aspect technique du dépouillement des données, c'est pourquoi les résultats
obtenus ne seront pas présentés dans ce chapitre. Cependant, leur apport pour l’étude de
l’endommagement du matériau et de ses effets est brièvement rapporté dans les conclusions de
l’étude expérimentale, sections 6.4.5.c et d.
131
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
132
Chapitre 6.
Vers une validation expérimentale...
Tableau 6.2 : Propriétés des matrices LY564 et RTM6, fournies par le fabricant
Leurs propriétés mécaniques sont sensiblement équivalentes lorsque l’on reste dans le domaine
élastique du matériau. Cependant, les essais de traction réalisés sur des éprouvettes de composites
tissés fabriqués avec ces deux matrices, ont montré qu’elles entraînent un endommagement
radicalement différent du matériau (voir 6.4.3.c). En effet, la RTM6 utilisée nous a semblé
particulièrement fragile, dès l’étape de démoulage des composites. Cette impression s’est confirmée
lors des essais de traction. Ceci est probablement dû à un incident dans la conservation du produit,
entraînant l’accélération de son vieillissement. N’ayant pu re-caractériser cette matrice par manque
de temps et de moyens, les propriétés mécaniques de la matrice RTM6 données dans le Tableau 5.3
sont à considérer avec prudence. Ainsi nous l’appellerons désormais « RTM6 vieillie » afin d’éviter
toute confusion. Quoiqu’il en soit, puisque les densités de fissuration obtenues suite à un essai de
traction dans l’axe du matériau sont différentes en fonction de la matrice utilisée, leur influence sur
les propriétés du matériau est aussi différente. Dans une démarche qualitative, ce point nous a
semblé suffisamment intéressant pour continuer à utiliser ces deux matrices.
133
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
contexture du tissu est de 2.2 chaînes/cm x 2 trames/cm. Dans la pratique, cela signifie que
52.4% des fibres sont des chaînes, et 47.6% sont des trames.
cale moule
134
Chapitre 6.
Vers une validation expérimentale...
cale
drainant
éjection injection
densité
de fibres
plus
faible
(d)
thermo-
couple
(f) (e)
Figure 6.3 : (a) quatre plis de tissus taffetas découpés, (b) partie inférieure du moule RTM avec cale
positionnée, (c) renfort positionné dans le moule, avec morceaux de drainant, (d) zoom sur un morceau de
drainant, (e) moule RTM fermé, (f) moule RTM fermé avec isolant thermique positionné
Tableau 6.4 : Température et temps de cuisson des deux matrices RTM6 vieillie et LY564
135
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
dépassant hors du cadre dans lequel est positionné le renfort peut se placer entre le joint et le
moule, provoquant une infime fuite d’air lorsque le vide est effectué dans le composite. Finalement,
il a été constaté de façon quasi-systématique qu’en bord de renfort, un toron par pli s’est échappé,
entraînant une densité locale de fibre plus faible (voir Figure 6.3d). Par conséquent, des canaux
d’écoulement se créent, facilitant l’infiltration de la matrice en bord de renfort. Ce point, couplé au
problème de fuite d’air pouvant accidentellement survenir, entraîne quelques défauts
d’imprégnation en bord de plaque, comme le montre la Figure 6.4. C’est pourquoi ces bords ont été
éliminés lors de la découpe des éprouvettes, comme le montre le schéma de la Figure 6.5.
15mm zone de
matrice
pure
défauts
d’imprégnation
Figure 6.4 : Photo d’une plaque de composite (matrice RTM6 vieillie) en sortie de moule. Des défauts
d’imprégnation sont visibles en bord de plaque.
La seconde difficulté rencontrée est liée au démoulage des plaques. En effet, un peu de matrice
polymérisée se situe dans les zones d’injection et d’évacuation du moule (voir Figure 6.2), créant des
points d’accroche rendant délicate l’extraction du composite. Cette difficulté, à laquelle s’ajoute la
fragilité des plaques liée à leur faible épaisseur (entre 1.6mm et 2mm), rend le démoulage risqué car
pouvant faire apparaître un endommagement. Ce dernier point est particulièrement vrai lorsque la
matrice est la RTM6 vieillie (plus fragile). C’est pourquoi, comme représenté sur la Figure 6.5, les
différents plis de tissus sont découpés de façon à pouvoir les positionner à une distance de 15mm de
chacun des bords dans le sens de la largeur du moule. Ainsi, l’endommagement créé lors du
démoulage de la plaque se concentre dans une zone de matrice pure située en extrémité de plaque
(voir Figure 6.4). De cette façon, la propagation des fissures dans le composite est évitée.
15mm 220mm 15mm
drainant
10mm
éprouvette 4 plaque
moule
éprouvette 3 éjection
120mm
éprouvette 2 25mm
injection
éprouvette 1
10mm
cale
20mm 185mm 15mm
20mm
Figure 6.5 : Dimensions du moule RTM, de la plaque composite et des éprouvettes
136
Chapitre 6.
Vers une validation expérimentale...
Les deux difficultés précédentes imposent de créer des chutes de matériaux en bord de plaques,
telles que représentées sur le schéma de la Figure 6.5. Ainsi, quatre éprouvettes par plaques sont
découpées, de forme rectangulaire de dimensions 185m x 25mm. A partir de ce point et jusqu’à la fin
de ce chapitre, l’éprouvette i de la plaque Gj sera notée Gj-i.
137
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
écarts de température de l’éprouvette, une couche de noir de fumée de taille identique à la zone
mouchetée de l’éprouvette est apposée sur la face arrière des éprouvettes (voir Figure 6.6).
Technique utilisant les ondes de Lamb
Une onde de Lamb est un type d’onde ultrasonore se propageant à la surface d’une plaque. Pour
plus d'info sur la théorie des ondes de Lamb, voir [Royer et Dieulesaint 1996]. L’utilisation de ces
ondes a déjà fait l’objet de nombreuses études, pour par exemple caractériser les propriétés
mécaniques d’une plaque composite stratifié UD (modules élastiques) [Dayal et Kinra 1991; Toyama
et Takatsubo 2004] ou d'un CMO tissé [Bouazzaoui 1994; Morvan 1997], pour identifier
l'endommagement du matériau [Seale et al. 1998; Toyama et al. 2003], ou encore pour déterminer
son influence sur les propriétés mécaniques du matériau [Toyama et Okabe 2004]. En effet, il a été
montré que la vitesse de propagation d’une onde de Lamb, aussi appelée « temps de vol », entre
deux capteurs piézo-électriques dépend du module élastique du matériau [Prosser et Gorman 1994],
et donc aussi de son endommagement, l’onde étant plus rapide dans un matériau rigide. Dans cette
étude, elle a été testée afin de détecter et suivre l’endommagement du matériau, et surtout de
donner une estimation de l’influence de l’endommagement sur le module élastique longitudinal du
composite. Pour cela, deux capteurs piézo-électriques ont été collés sur les faces des éprouvettes, à
une distance de 70 mm, comme le montre la Figure 6.6, l’un étant l’émetteur, et l’autre le récepteur.
mouchettis 50mm
face avant
capteurs
piézoélectriques
face arrière
Figure 6.6 : Instrumentation de l’éprouvette G7-1 (le capteur d’émission acoustique est ici absent)
Rappelons que les résultats obtenus avec les trois premières instrumentations (stéréo-corrélation
d’images, observation microscopique sur chant, et émission acoustique) ont été traités et exploités
personnellement. Ils sont présentés dans la section 6.4. L’exploitation des résultats des deux autres
instrumentations (thermographie infrarouge, et technique par onde de Lamb) a été réalisée à l'Onera
par [Roche et al. 2012] et [Bai 2012]. Leur apport est présenté dans les conclusions de la partie
expérimentale, sections 6.4.5.c et d.
138
Chapitre 6.
Vers une validation expérimentale...
grâce à une machine électromécanique, à une vitesse de 50 N/s. Les mors pincent chaque extrémité
des éprouvettes sur une longueur de 45mm, l’instrumentation imposée (voir 6.3.1) ne permettant
pas plus de longueur. Ainsi, le serrage des mors s’effectue sur deux vis au lieu des trois disponibles,
ce qui est une limitation. En effet, bien qu’il soit possible d’augmenter le couple de serrage appliqué
sur les vis pour améliorer le maintien de l’éprouvette, il reste limité car il faut faire attention de ne
pas endommager l’éprouvette. Ainsi, un glissement ou une rupture au niveau des mors s’est produit
sur quelques éprouvettes.
Machine de
traction
Caméra Infra-Rouge
Disques
piézoélectriques
Capteur d’émission
acoustique
139
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
6.3.3.b Méthodologie
La méthodologie de la technique bootstrap utilisée est illustrée sur la Figure 6.8 par une
application sur la courbe contrainte-déformation de la traction incrémentale de l’éprouvette G3-1.
Extraction de l’enveloppe monotone de la courbe contrainte-déformation
La première étape est de récupérer l’enveloppe monotone de la courbe (voir Figure 6.8, en haut).
Il s’agit des points tels que la contrainte soit systématiquement supérieure à la contrainte
précédente (6.1) :
L’avantage est de pouvoir comparer les essais incrémentaux avec les essais monotones (voir la
section 6.4.2.a).
Estimation de la contrainte seuil
La deuxième étape consiste à déterminer la contrainte seuil. Pour cela, une estimation du module
par régression linéaire (de type ax+b) est faite en prenant les 5 premiers points de l’enveloppe
monotone, puis les 6, les 7, les 8 jusqu’au nombre total de points de l’enveloppe. Le module obtenu
(coefficient a) est ensuite tracé en fonction de la contrainte du dernier point utilisé lors de la
régression (voir Figure 6.8, en bas à gauche). En général, le module converge (en augmentant) vers
un palier, stagne (il y a tout de même quelques fluctuations), puis diminue. Ainsi, lorsque le module
stagne, on peut considérer que suffisamment de points expérimentaux sont pris en compte par la
méthode pour le calculer. Par conséquent, la diminution du module revêt un sens physique, qui peut
indiquer la sortie du domaine élastique, causée par l’endommagement, la viscosité, ou autre (point
que l’on vérifie dans la section 6.4.3.e). C’est pourquoi, dans cette étude, on définit la contrainte
seuil comme la contrainte du dernier point de la zone de stagnation, au delà duquel le module est en
perpétuelle diminution.
Détermination du module et de l’intervalle de confiance à 95%
Le principe est de faire autant de tirages aléatoires dans la zone inférieure à la contrainte seuil
qu’il y a de points dans cette zone. La particularité est qu’à chaque tirage, on pioche un point dans
toute la zone, ce qui fait que le même point peut être tiré plusieurs fois. Par conséquent, cela revient
à piocher un nombre aléatoire de points, et à leur donner un poids aléatoire. Une régression linéaire
est ensuite effectuée sur l’ensemble de points tirés aléatoirement. Cette opération est réalisée un
très grand nombre de fois (1000 fois), pour obtenir une base conséquente de modules. En analysant
140
Chapitre 6.
Vers une validation expérimentale...
la distribution des modules ainsi obtenus (voir Figure 6.8, en bas à droite), on détermine le module
initial par la moyenne, la dispersion par l’écart-type, et l’intervalle de confiance à 95% (IC 95%), qui
est égal à ± 2*écart-type. Dans la suite de ce chapitre, c’est cet intervalle de confiance à 95% qui est
utilisé comme variation du module.
120
100
20
-20
-0.2 0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2
déformation (%)
20 100
40 MPa
18
16 50
module initial
14
contrainte seuil
12 0
0 50 100 150 23 23.2 23.4 23.6 23.8 24
contrainte (MPa) module (MPa)
Figure 6.8 : Présentation de la méthodologie de la technique bootstrap utilisée, appliquée sur les résultats de
l’éprouvette G3-1
141
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
Émission
Plaque Éprouvette Essai Thermographie IR Mesure temps de vol
acoustique
1 TI 8 paliers oui active non
2 TI 5 paliers oui active non
G3
3 TM oui passive non
4 TM oui passive non
1 TM inexploitable passive oui
2 TI 8 paliers inexploitable active oui
G7
3 TI 9 paliers inexploitable active oui
4 TM inexploitable passive oui
1 TI 5 paliers non active oui
2 TM non passive oui
G8
3 TI 5 paliers non active oui
4 TM non passive oui
2 TM non passive oui
G9
3 TM oui passive non
1 TM oui passive non
2 TI 5 paliers non active oui
G11
3 TM non passive oui
4 TI 5 paliers oui active non
142
Chapitre 6.
Vers une validation expérimentale...
143
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
1.65
0.45
0.57
0.40
0.47
(a)
1.65
0.38
0.62
0.59
0.42
(b)
Figure 6.9 : (a) observation microscopique d’un chant de l’éprouvette G3-1,
(b) observation microscopique d’un chant de l’éprouvette G11-1. Les valeurs sont données en mm, l’échelle
des photos est 1/1000 ; pour les deux cas présentés, l’image du dessous est une colorisation des torons
apparents de l’image du dessus, chaque couleur montrant les torons appartenant à un même pli
Plaque G3 G7 G8 G9 G11
Module moyen (GPa) 19.16 22.32 21.35 24.15 23.10
Tableau 6.6 : Moyennes des modules obtenus sur les différentes plaques
144
Chapitre 6.
Vers une validation expérimentale...
Tf=47%
Matrice RTM6 G9-2 24.17 ± 0.556 29.0 X
vieillie
Traction selon les
chaînes G9-3 24.12 ± 1.306 27.1 11.4
145
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
Tf=47%
RTM6 Tf=47%
Tf=40% Tf=47% Tf=38%
vieillie
RTM6 vieillie LY564 LY564 RTM6 vieillie
Traction
Traction trames Traction trames Traction trames chaînes Traction trames
26 100
24 80
22 60
20 40
18 20
16 0
1 2 3 4 1 2 3 4 1 2 3 4 2 3 1 2 3 4
G3 G7 G8 G9 G11
Figure 6.10 : en bleu : modules initiaux et incertitudes. Pour chaque plaque, la moyenne des modules est
indiquée par un trait en pointillé ; en rouge : contraintes seuils
250
Tf=40%
Matrice RTM6 vieillie P3
200 Traction selon les trames
contrainte (MPa)
150 G3-1
G3-2
G3-3 P2
100 G3-4
σseuil=63.6 MPa
σseuil=46.2 MPa
50
σseuil=40 MPa σseuil=39.6 MPa
P1
0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8 2
déformation (%)
Figure 6.11 : Enveloppes contrainte-déformation des éprouvettes de la plaque G3. Les modules initiaux et les
contraintes seuils sont indiqués. Un glissement au niveau des mors est apparu sur les éprouvettes G3-3 et
G3-4, entrainant une décharge, puis une nouvelle charge après application d’un nouveau serrage.
146
Chapitre 6.
Vers une validation expérimentale...
350
Tf=47%
200 G7-1
G7-2
G7-3
150
G7-4
0
0 0.5 1 1.5 2 2.5
déformation (%)
Figure 6.12 : Enveloppes contrainte-déformation des éprouvettes de la plaque G7. Les modules initiaux et les
contraintes seuils sont indiqués
300
Tf=38%
Matrice LY564
250
Traction selon les trames
200
contrainte (MPa)
G8-1
G8-2
150
G8-3
G8-4
100
σseuil=53.9MPa
50 σseuil=49.0 MPa
σseuil=26.8 MPa
σseuil=16.2 MPa
0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8
déformation (%)
Figure 6.13 : enveloppes contrainte-déformation des éprouvettes de la plaque G8. Les modules initiaux et les
contraintes seuils sont indiqués
147
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
300
Tf=47%
Matrice RTM6 vieillie
250
Traction selon les chaînes
200 P3
contrainte (MPa)
G9-2
G9-3
150
100
P2
50
σseuil=29.1 MPa
σseuil=27.1 MPa P1
0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8
déformation (%)
Figure 6.14 : Enveloppes contrainte-déformation des éprouvettes de la plaque G9. Les modules initiaux et les
contraintes seuils sont indiqués
350
Tf=47%
200 G11-1
G11-2
G11-3
150
G11-4
P2
100
σseuil=42.8 MPa
50
σseuil=37.6 MPa σseuil=38.2 MPa σseuil=38.5 MPa P1
0
0 0.5 1 1.5 2 2.5 3
déformation (%)
Figure 6.15 : Enveloppes contrainte-déformation des éprouvettes de la plaque G11. Les modules initiaux et
les contraintes seuils sont indiqués. L’éprouvette G11-4 n’a pas été mené jusqu’à la rupture à cause de
glissements au niveau des mors.
148
Chapitre 6.
Vers une validation expérimentale...
6.4.2.c Tendances entre les modules élastiques initiaux moyens des plaques
Il est connu que l’augmentation du taux de fibres dans un composite augmente sa rigidité, et il
serait normal d’observer cela dans cette étude. Et c’est bien le cas lorsque l’on regarde le Tableau 6.6
et la Figure 6.10 où, à matrice équivalente, le module moyen de la plaque G11 (Tf=47%) est
effectivement plus élevé que celui de la plaque G3 (Tf=40%), et le module de la plaque G7 (Tf=47%)
est supérieur à celui de la plaque G8 (Tf=38%). Cependant, même si les valeurs moyennes des
modules des cinq plaques testées tendent à confirmer l’augmentation de la rigidité du composite
avec le taux de fibres, les importantes dispersions constatées au niveau du calcul du module moyen
ne permettent pas de conclure.
De même, on peut constater que la rigidité moyenne de la plaque G9 dans le sens chaîne (T f=47%,
RTM6 vieillie) est supérieure de 4.5% par rapport à celle de la plaque G11 dans le sens trames
(Tf=47%, RTM6 vieillie). Comme précisé dans le paragraphe 6.2.1.c, 52.4% des fibres de chaque
plaque sont des chaînes, et 47.6% sont des trames, à cause du déséquilibre du renfort. Il y a donc
24.6% de fibres dans le sens chaîne de la plaque G9, et 22.4% de fibres dans le sens trames de la
plaque G11. Par conséquent, la rigidité légèrement supérieure de la plaque G9 semble tout à fait
normale, et pourrait l’influence du déséquilibre du renfort. Mais là aussi, considérant la grande
variabilité des modules de la plaque G11, il convient de rester prudent quant à un tel constat.
A taux de fibres identique, le module de la plaque G7 (LY564) est très proche (légèrement
inférieur) de celui de la plaque G11 (RTM6 vieillie), seul un écart de 3.5% a été observé. Cet écart a
peu de signification lorsque l’on considère les incertitudes et les erreurs de mesures liées à toute
campagne expérimentale. En revanche, l’écart entre le module moyen de la plaque G3 (Tf=40%,
RTM6 vieillie) et celui de la plaque G8 (Tf=38%, LY564) est bien plus important : la plaque G8 est plus
rigide de 11% par rapport à la G3. On pourrait y voir l’influence de la matrice, mais une simple loi des
mélanges permet de se rendre compte que son influence sur la rigidité des composites est faible
(environ 2MPa). Ainsi, si l’écart entre les moyennes de la plaque G3 et G8 est plus important, la cause
se trouve plutôt du côté de la variabilité de la mésostructure des composites, en particulier lorsque
l’on voit le module de l’éprouvette G3-1, que du côté de la matrice.
149
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
L3
L4
5.8mm L1
L2
5.2mm
4.4mm 4.4mm
S=25.5 mm² et 1 fissure avec L1=4.3 mm S=22.9 mm² et 3 fissures avec L2+L3+L4=6.9 mm
S=0.039 fis/mm² et λS=0.17 mm/mm² S=0.13 fis/mm² et λS=0.30 mm/mm²
(a) (b)
Figure 6.16 : Deux exemples de comptage de fissures, et de mesure de leur longueur. Certaines libertés sont
prises au niveau du type de fissures prises en compte.
Le nombre de fissures comptées dépend de la taille de la zone observée, c’est pourquoi il est
indispensable de découpler ces deux aspects en revenant à une densité de fissures. Classiquement,
dans les composites stratifiés UD, la densité de fissuration transverse est définie comme le rapport
150
Chapitre 6.
Vers une validation expérimentale...
151
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
320] (MPa), mais les observations microscopiques effectuées sur une tranche polie du composite ont
permis de constater que l’endommagement n'apparaissait qu'à une contrainte appliquée de plus de
150 MPa. Pour la plaque G7, la contrainte seuil ne donne donc pas une bonne estimation du début
de l’endommagement (explication donnée dans la section 6.4.3.e). Toutefois, cet essai de traction
incrémentale a permis d’établir un nouvel ensemble de palier de contrainte, commençant à 200
MPa, appliquée à l’éprouvette G7-3 (Figure 6.19), et permettant d’observer l’évolution des densités
de fissuration transverse. Puisque seuls deux paliers de contraintes ont endommagés l'éprouvette
G7-2, l'évolution de la contrainte dans le temps de la traction incrémentale menée sur ce composite
n'est pas affichée dans cette partie.
Les paliers des éprouvettes G8-1 et G8-3 ont été établis à partir des résultats de la technique
utilisant les ondes de Lamb (voir 6.3.1). Sept paliers entre 50 et 350 MPa avaient été prévus pour
l’éprouvette G8-3, mais le matériau s’est rompu aux mors au palier de 250 MPa. Cette rupture a
permis de mieux définir les paliers de l'éprouvette G8-1. Cependant, et pour les mêmes raisons que
pour l'éprouvette G7-2, l'évolution de la contrainte dans le temps de la traction incrémentale menée
sur l'éprouvette G8-3 n'est pas affichée dans cette partie.
152
Chapitre 6.
Vers une validation expérimentale...
G3-1 S=1.44
λS=0.41
S (fis/mm²)
λS (mm/mm²) S=0.94
λS=0.28
S=0.23 S=0.52
λS=0.16 λS=0.19
S=0.064
S=0.011 λS=0.022
λS=0.003
S=0.003
λS=0.001
1.93 mm
Figure 6.17 : Evolution de la contrainte et de l'énergie cumulée dans le temps de la traction incrémentale
menée sur l’éprouvette G3-1. Pour les paliers de contrainte 1 à 6, les densités surfaciques de fissuration et de
longueur de fissuration sont affichées. Les photos montrent l’évolution de l’endommagement sur une
portion d’une tranche du composite au cours de l’essai
153
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
G3-2 S=0.90
λS=0.23
S (fis/mm²)
λS (mm/mm²)
S=0.45
λS=0.12
S=0.22
λS=0.069
S=0.064
S=0.014 λS=0.018
λS=0.006
1.93 mm
Figure 6.18 : Evolution de la contrainte et de l'énergie cumulée dans le temps de la traction incrémentale
menée sur l’éprouvette G3-2. Pour les paliers de contrainte 1 à 4, les densités surfaciques de fissuration et de
longueur de fissuration sont affichées. Les photos montrent l’évolution de l’endommagement sur une
portion d’une tranche du composite au cours de l’essai
154
Chapitre 6.
Vers une validation expérimentale...
G7-3 S=0.94
400 S=0.84
λS=0.21
S (fis/mm²) S=0.66 λS=0.19
350
λS (mm/mm²) =0.57 λS=0.18
S=0.31 S=0.39 S
300 S=0.22 λ =0.16
λS=0.087 λS=0.10 S
contrainte (MPa)
λS=0.066
250 S=0.072
λ =0.018
200 S
150
100
50
S=0
λS=0 0
0 2000 4000 6000 8000 10000 12000
t=0s, 0 fissure temps (s)
1.65 mm
Figure 6.19 : Evolution de la contrainte dans le temps de la traction incrémentale menée sur l’éprouvette G7-
3. Pour les paliers de contrainte 1 à 8, les densités surfaciques de fissuration et de longueur de fissuration
sont affichées. Les photos montrent l’évolution de l’endommagement sur une portion d’une tranche du
composite au cours de l’essai
155
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
200
G8-1 S=0.22
λS=0.054
S (fis/mm²)
150
λS (mm/mm²)
contrainte (MPa)
100
S=0.029
50
S=0.011 λS=0.008
S=0 S=0 S=0 λS=0.003
λS=0 λS=0 λS=0
0
0 500 1000 1500 2000 2500 3000 3500 4000 4500 5000
temps (s)
cinquième palier, S=0.22, λS=0.054
2.04 mm
Figure 6.20 : Evolution de la contrainte dans le temps de la traction incrémentale menée sur l’éprouvette G8-
1. A chaque palier de contrainte, les densités surfaciques de fissuration et de longueur de fissuration sont
affichées. La photo montre l’état d’une portion d’une tranche du composite au dernier palier
350
G11-2 S=2.55
300 λS=1.17
S (fis/mm²)
250 λS (mm/mm²)
contrainte (MPa)
S=1.72
200 λS=0.83
150
100
S=0.17
S=0 λS=0.095
50
λS=0
S=0
λS=0 0
0 200 400 600 800 1000 1200 1400 1600 1800 2000
temps (s)
cinquième palier, beaucoup de fissures (> 800)
1.65 mm
Figure 6.21 : Evolution de la contrainte dans le temps de la traction incrémentale menée sur l’éprouvette
G11-2. Pour les paliers de contrainte 1 à 4, les densités surfaciques de fissuration et de longueur de
fissuration sont affichées. La photo montre l’état d’une portion d’une tranche du composite au dernier palier
156
Chapitre 6.
Vers une validation expérimentale...
G11-4 S=2.39
λS=1.07
S (fis/mm²)
λS (mm/mm²)
S=1.16
λS=0.52
S=0.19
S=0.003 λS=0.093
λS=0.003
S=0
λS=0
1.65 mm
Figure 6.22 : Evolution de la contrainte et de l'énergie cumulée dans le temps de la traction incrémentale
menée sur l’éprouvette G11-4. Pour les paliers de contrainte 1 à 4, les densités surfaciques de fissuration et
de longueur de fissuration sont affichées. La photo montre l’état du composite avant rupture sur une portion
d’une tranche du composite au cours de l’essai
P1 P2 P3 P1 P2 P3
(a) (b)
Figure 6.23 : Evolution de la contrainte et de l'énergie cumulée dans le temps des tractions monotones des
éprouvettes (a) G9-3, et (b) G11-1
157
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
2.8 1.4
G3-1
composites à G3-2
2.4 matrice RTM6 1.2
G7-2
vieillie
G7-3
2 G8-1 1
G8-3
S (mm/mm²)
S (fis/mm²)
1.2 0.6
composites à
matrice LY564
0.8 0.4
0.4 0.2
0 0
0 50 100 150 200 250 300
contrainte max appliquée (MPa)
Figure 6.24 : Densités surfaciques de fissuration transverse en fonction de la contrainte max appliquée
1.65 mm
Figure 6.25 : Observation microscopique d’une tranche de l’éprouvette G3-1 à σ=140 MPa
158
Chapitre 6.
Vers une validation expérimentale...
1.42 mm
zones de élargissement
plastification des zones
1.93 mm
(d)
Figure 6.26 : Observations microscopiques d’une tranche de l’éprouvette G7-3 (a) à σ=200 MPa, (b) à
σ=250 MPa, des zones de plastification apparaissent en pointes de fissures, ainsi qu’une décohésion
toron-toron, (c) σ=300 MPa, les fissures s‘ouvrent, les zones de plastification s’élargissent et la décohésion se
propage, (d) observation de toute l’épaisseur à σ=300 MPa
159
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
d’émission acoustique n’étant disponible pour toutes les éprouvettes à matrice LY564, on peut au
moins en déduire que pour les éprouvettes à matrice RTM6 vieillie, l’une des causes de la
décroissance du module, au sens de la méthode bootstrap, est l’endommagement du matériau. Pour
ces éprouvettes, la contrainte seuil n’est pas représentative du début de l’endommagement, mais
bien du niveau de contrainte à partir duquel l’endommagement a un effet non négligeable sur le
module élastique.
A défaut d’avoir des résultats d’émission acoustique pour les éprouvettes de la seconde famille
(matrice LY564), les résultats des Figures 6.19 et 6.20, ainsi que les observations menées sur les
éprouvettes G7-2 et G8-3 aux paliers de contraintes (non affichées dans cette partie), permettent de
voir qu’à une charge égale à la contrainte seuil calculée (voir Tableau 6.7), aucun n’endommagement
n’est observé sur les tranches des composites. La décroissance des modules, au sens de la méthode
bootstrap, n’est donc pas liée à l’endommagement du matériau. La forme des courbes contrainte-
déformation des Figures 6.12 et 6.13 étant typique d’un comportement viscoélastique ou
viscoplastique, la contrainte seuil des composites de la seconde famille indique donc, pour ces
éprouvettes, le niveau de contrainte à partir duquel les effets visqueux ont un effet non négligeable
sur le calcul du module élastique. D’autres essais réalisés à différentes vitesses de traction seraient
intéressants pour confirmer ce point.
160
Chapitre 6.
Vers une validation expérimentale...
(a) (b)
Figure 6.27 : Eprouvettes G3-3 après rupture, (a) face avant, (b) face arrière
Les composites de la deuxième famille (G7 et G8) ont un comportement totalement différent. Les
courbes des Figures 6.12 et 6.13, sont linéaires jusqu’à la contrainte seuil, puis leur pente décroit
lentement et de façon régulière jusqu’à rupture, ce qui ne correspond toujours pas aux observations
que l’on peut trouver dans la littérature. Malheureusement, aucune donnée d’émission acoustique
n’est disponible pour ces plaques, pour les raisons citées dans la section 6.4.2.a. Comme il l’a été
remarqué dans la section 6.4.3.e, et avec les observations des zones de plastification de la matrice
(section 6.4.3.c), le comportement mécanique des éprouvettes avec LY564 est élastique-
viscoplastique. Ces courbes ne sont composées que de deux parties. La première correspond au
régime élastique et se termine lorsque la contrainte seuil est atteinte. Aucun endommagement n’est
présent dans le matériau, ce sont les effets visqueux de la matrice qui mettent fin à ce régime (voir la
section 6.4.3.e). La seconde partie correspond au régime viscoplastique. L’endommagement apparaît
dans cette partie, accompagné d’une plastification locale de la matrice en pointe de fissure. Aucune
discontinuité brutale de la courbe contrainte-déformation ne permet d’identifier le début de
l’endommagement du matériau.
6.4.3.g Bilan
Bien que le comportement en traction uniaxiale des composites fabriqués semble atypique par
rapport à celui classiquement rapporté dans la littérature pour des CMO tissés 2D (voir section 1.2.5),
les faciès d’endommagement et les densités de fissuration générés au sein des éprouvettes restent
très intéressants pour cette étude. En effet, l’objectif est de cerner les difficultés relatives d’une part
à la fabrication de CMO tissés 2D fins, et d’autre part à l’identification des influences de paramètres
de conception (compaction, matrice) et de l’endommagement sur le comportement du composite, et
particulièrement sur les modules élastiques initiaux. Hors, il a été clairement identifié qu’en fonction
de la matrice utilisée (LY564 ou RTM6 vieillie), l’endommagement généré dans le composite est
radicalement différent. Il est donc intéressant d’essayer de voir si on est capable de retrouver cette
différence au niveau de l’effet de l’endommagement sur les modules élastiques initiaux des
éprouvettes. C’est le sujet de la section suivante.
161
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
S=α.d (6.4)
λS=αλ.d (6.5)
162
Chapitre 6.
Vers une validation expérimentale...
Les Figures 6.28 à 6.33 présentent les résultats obtenus. Pour chaque éprouvette, les résultats
expérimentaux (modules et variables d’endommagement) sont représentés sur deux courbes en
fonction du chargement appliquée, et sont comparés au modèle. Les variables d’endommagement
représentées sur la courbe de droite correspondent aux deux densités de fissuration transverse,
divisées par leur facteur d’échelle respectifs, selon les Equations (6.4) et (6.5), afin de pouvoir les
relier au modèle d’endommagement. Un tableau rassemblant les valeurs des différents paramètres
du modèle et des facteurs d’échelle, identifiés sur chaque courbe, est affiché en bas de chaque
figure. Les résultats liés aux éprouvettes G7-2 et G8-3 ne sont pas traités dans cette partie. En effet,
comme précisé dans la section 6.4.3.b, seuls deux paliers ont générés de l'endommagement pour ces
éprouvettes. Par conséquent, les variables du modèle peuvent être définies de façon beaucoup trop
arbitraires pour être intéressantes.
163
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
Longueur
Contrainte Nombre S λS Module IC à 95%
Eprouvette cumulée des
max (Mpa) fissures (fissures/mm²) (mm/mm²) (Gpa) (GPa)
fissures (mm)
0 1 0.003 0.20 0.001 23.28 ± 0.36
30 4 0.011 0.98 0.003 22.39 ± 0.80
40 23 0.064 7.73 0.022 22.65 ± 0.89
50 76 0.21 35.0 0.10 21.38 ± 0.92
G3-1
60 186 0.52 67.9 0.19 20.15 ± 0.75
8 paliers
80 336 0.94 99.0 0.28 18.15 ± 1.45
100 513 1.44 147.8 0.41 16.28 ± 0.80
120 16.40 ± 0.39
trop de fissures
140 pas de montée
0 5 0.014 2.05 0.006 17.07 ± 0.77
40 23 0.064 6.27 0.018 18.22 ± 1.22
Tableau 6.8 : densités de fissuration transverse, modules élastiques initiaux résiduels et intervalles de
confiance à 95% obtenus lors des TI sur les éprouvettes des plaques G3 et G11, à matrice RTM6 vieillie
164
Chapitre 6.
Vers une validation expérimentale...
Longueur IC à
Contrainte Nombre S λS Module
Echantillon cumulée des 95%
max (Mpa) fissures (fissures/mm²) (mm/mm²) (Gpa)
fissures (mm) (GPa)
0 0 0 0 0 23.42 ± 0.46
60 0 0 0 0 22.68 ± 0.84
70 0 0 0 0 23.36 ± 0.50
80 0 0 0 0 22.95 ± 0.75
G7-2
90 0 0 0 0 22.96 ± 0.60
8 paliers
110 0 0 0 0 22.71 ± 0.62
150 0 0 0 0 22.90 ± 0.58
300 262 0.86 79.4 0.26 22.96 ± 1.87
320 247 0.81 81.9 0.27 22.07 ± 1.93
0 0 0 0 0 21.18 ± 0.28
200 22 0.072 5.61 0.018 20.86 ± 0.29
250 66 0.22 20.2 0.066 20.46 ± 0.36
260 94 0.31 26.5 0.087 20.59 ± 0.61
165
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
G3-1 G3-1
24 0.5
modèle
22 0.4 S
Endommagement
S
Module (GPa)
20 0.3
18 modèle 0.2
modules
16 0.1
14 0
0 20 40 60 80 100 120 0 20 40 60 80 100 120
Contrainte (MPa) Contrainte (MPa)
Eprouvette σ0 σc n dc α αλ
G3-1 30 MPa 120 MPa 1 0.8 4 1
Figure 6.28 : Evolution des modules, avec les IC à 95%, et des variables d’endommagement en fonction de la
contrainte appliquée à l’éprouvette G3-1. Le tableau résume les valeurs des variables du modèle, identifiées
sur les courbes.
G3-2 G3-2
20 0.2
19 modèle
0.15 S
Endommagement
modèle
Module (GPa)
18 S
modules
17 0.1
16
0.05
15
14 0
0 20 40 60 80 100 120 0 20 40 60 80 100 120
Contrainte (MPa) Contrainte (MPa)
Eprouvette σ0 σc n dc α αλ
G3-2 40 MPa 120 MPa 1 0.3 10 3
Figure 6.29 : Evolution des modules, avec les IC à 95%, et des variables d’endommagement en fonction de la
contrainte appliquée à l’éprouvette G3-2. Le tableau résume les valeurs des variables du modèle, identifiées
sur les courbes.
166
Chapitre 6.
Vers une validation expérimentale...
G11-2 G11-2
24 0.35
23 0.3
Endommagement
22 0.25
modèle
Module (GPa)
21 modules 0.2
20 0.15
modèle
19 0.1 S
18 0.05 S
17 0
0 50 100 150 0 50 100 150
Contrainte (MPa) Contrainte (MPa)
Eprouvette σ0 σc n dc α αλ
G11-2 35 MPa 40 MPa 1 0.35 8 3.7
Figure 6.30 : Evolution des modules, avec les IC à 95%, et des variables d’endommagement en fonction de la
contrainte appliquée à l’éprouvette G11-2. Le tableau résume les valeurs des variables du modèle,
identifiées sur les courbes.
G11-4 G11-4
26 0.5
modèle
24 0.4 S
Endommagement
modèle S
Module (GPa)
22 0.3
modules
20 0.2
18 0.1
16 0
0 50 100 150 0 50 100 150
Contrainte (MPa) Contrainte (MPa)
éprouvette σ0 σc n dc α αλ
G11-4 30 MPa 30 MPa 1 0.7 7 3
Figure 6.31 : Evolution des modules, avec les IC à 95%, et des variables d’endommagement en fonction de la
contrainte appliquée à l’éprouvette G11-4. Le tableau résume les valeurs des variables du modèle,
identifiées sur les courbes.
167
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
G7-3 G7-3
21.5 0.07
0.06 modèle
21
S
Endommagement
0.05
Module (GPa)
20.5
S
0.04
20 modèle 0.03
modules
0.02
19.5
0.01
19 0
0 100 200 300 0 100 200 300
Contrainte (MPa) Contrainte (MPa)
éprouvette σ0 σc n dc α αλ
G7-3 190 MPa 130 MPa 1 0.1 14 3
Figure 6.32 : Evolution des modules, avec les IC à 95%, et des variables d’endommagement en fonction de la
contrainte appliquée à l’éprouvette G7-3. Le tableau résume les valeurs des variables du modèle, identifiées
sur les courbes.
G8-1 G8-1
22.5 0.06
modèle
22 modèle
modules 0.05
S
Endommagement
21.5
0.04
Module (GPa)
S
21
0.03
20.5
0.02
20
19.5 0.01
19 0
0 50 100 150 200 0 50 100 150 200
Contrainte (MPa) Contrainte (MPa)
Eprouvette σ0 σc n dc α αλ
G8-1 110 MPa 140 MPa 1 0.1 4 1
Figure 6.33 : Evolution des modules, avec les IC à 95%, et des variables d’endommagement en fonction de la
contrainte appliquée à l’éprouvette G8-1. Le tableau résume les valeurs des variables du modèle, identifiées
sur les courbes.
168
Chapitre 6.
Vers une validation expérimentale...
169
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
Au niveau de l’exploitation des résultats, la méthode de type bootstrap a été très satisfaisante
pour calculer les modules d’élasticité initiaux et les intervalles de confiance associés. En revanche, le
comptage de fissures par observation microscopique des chants polis des éprouvettes s’est avéré
très difficile sans simplifications. En effet, la détection, le dénombrement et la mesure des
décohésions toron-toron ou toron-matrice est particulièrement délicate à cause de la géométrie des
renforts tissés. Dans cette étude, on a choisi de ne pas s’intéresser à ces endommagements, et
aucune distinction entre fissures transverses et fissures matricielles n’a été faite. De plus, les fissures
détectées sont uniquement des fissures débouchantes, bon nombre d’entre elles restant invisible à
l’objectif du microscope. La complexité des modèles d’endommagements développés et publiés dans
la littérature ne cessant de croître, il faudra tôt ou tard être capable de déterminer
expérimentalement et distinctement la densité de fissuration transverse intra-toron, de décohésion
ou de fissuration matricielle présente dans un CMO tissé. Dans ce cas, on ne pourra se contenter
d’un comptage « à l’œil», et des techniques plus sophistiquées de traitement d’images
microscopiques, ou de micro-tomographie, devront être utilisées. Quoiqu’il en soit, dans un premier
temps, l’estimation effectuée de la densité de fissuration transverse des composites testés a permis
de déterminer de façon satisfaisante l’influence de l’endommagement sur le module élastique des
éprouvettes à matrice RTM6 vieillie. La mise en place d’un modèle d’endommagement uniaxial a
permis de montrer que les résultats obtenus pouvaient être décrit selon une même forme de loi, ce
qui est encourageant.
170
Chapitre 6.
Vers une validation expérimentale...
électriques (on se place sous conditions contraintes planes pour s'affranchir d'une hypothèse sur le
coefficient de Poisson plan du matériau). Notons qu'actuellement, seuls les résultats relatifs aux
tractions monotones des éprouvettes G8-2, G9-2 et G11-3 ont été traités. Pour ces éprouvettes, la
contrainte d'amorçage de l'endommagement, définie comme la contrainte à partir de laquelle le
module varie de plus de 1%, et la variation finale du module élastique en contraintes planes sont
indiquées dans le Tableau 6.10. On peut remarquer que la technique des ondes de Lamb prévoit
l'amorçage de l'endommagement des éprouvettes à matrice RTM6 vieillie à une contrainte plus
élevée que la contrainte seuil des éprouvettes (+13% pour la G9-2 et +30% pour la G11-3), qui
définissent bien le début de l'endommagement comme observé dans la section 6.4.3.f. Pour
l'éprouvette G8-2, le début de l'endommagement est quant à lui bien détecté entre 80 MPa et 120
MPa, valeurs minimales et maximales d'amorçage de l'endommagement déterminées
expérimentalement sur les éprouvettes G8-1 et G8-3 (voir le Tableau 6.9). Il est donc difficile de
conclure sur la sensibilité de cette technique pour la détection du début de l’endommagement,
d’autant plus qu’aujourd’hui on manque encore de recul sur son utilisation (manipulation,
instrumentation, paramétrage, etc.). Au niveau des variations finales du module élastique en
contraintes planes, on peut constater que les deux méthodes de mesure des variations du module
élastique sont du même ordre de grandeur.
Tableau 6.10 : Résultats expérimentaux obtenus par la technique des ondes de Lamb
La technique utilisant les ondes de Lamb utilisée dans cette étude présente de nombreux points
forts particulièrement intéressant dans le cadre d'une campagne de validation de la chaîne de calcul.
En effet, elle permet la mesure immédiate de la variation du module élastique en contraintes planes
d'une éprouvette lors d'une simple traction monotone, jusqu'à rupture. En outre, on a pu voir que les
variations obtenues donne de bonnes tendances, et permet de relativement bien prévoir la
contrainte d'amorçage de l'endommagement. Cette technique apporte donc une alternative
intéressante pour la détermination de l'influence de l'endommagement, qui présente en plus
l'avantage d'être continue, ce qui facilite la comparaison avec les résultats discrets des simulations EF
(l'hypothèse de contraintes planes ne pose ici aucun problème). Cependant, cela n'évite pas le
comptage des fissures.
6.5 Conclusion
Cette étude permet comme attendu de définir plusieurs points importants et intéressants pour la
construction d'une campagne expérimentale de validation de la chaîne de calcul. Tout d'abord, une
grande variabilité de la mésostructure des CMO tissés, inévitable, a été constatée. Pour cela, la
possibilité de créer virtuellement des CER mésoscopiques avec imbrication des plis aléatoires est un
avantage très important de la procédure présentée dans le Chapitre 3. L’influence des deux matrices
utilisées, s’est avérée prédominante face à l’influence de la compaction des composites. En effet,
171
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
172
Conclusion et perspectives
Conclusion générale
Rappel des enjeux et objectifs de la thèse
Toute étude établie à l’échelle mésoscopique apporte un niveau de détail qui introduit
inévitablement une complexité supplémentaire, d’ordre géométrique, qu’il faut être capable de
gérer dans un calcul EF afin de relier l’architecture du renfort et sa déformation après mise en forme,
aux propriétés mécaniques du composite, fortement influencées par l’orientation et la répartition
des fibres. Ainsi, le premier travail réalisé (Chapitre 2) est un état de l’art sur la création d’une CER
mésoscopique de CMO tissé (géométrie et maillage EF), avec prise en compte de la déformation du
renfort. On a ainsi pu constater que malgré l’existence de modèles géométriques de tissus secs
cohérents et représentatifs, ainsi que le développement de modélisation EF de leur déformation, il
n’existait pas à l’heure actuelle un outil capable de générer automatiquement un maillage EF d’une
CER de CMO à renfort tissé déformé, sans altérer la surface des torons (comme peut le faire une
méthode voxel par exemple). Une procédure de création de ce type de cellule a donc été développée
et présentée dans le Chapitre 3. Elle se base sur le post-traitement d’une géométrie ou d’un maillage
EF de tissu sec, déformé ou non, et obtenu précédemment par un modèle ou une simulation EF. Le
résultat est un maillage EF tétraédrique d’une CER de CMO tissé, où la déformation du renfort est
173
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
prise en compte, et le contact entre torons géré grâce à la génération d’interfaces de contact
correctement identifiées. La procédure créée est automatique, et permet de faire le pont entre tout
modèle de mise en forme d’un renfort tissé, et l’ensemble des autres modélisations (imprégnation
de résine, cuisson, étude du comportement) nécessitant de travailler sur un maillage EF de
composite tissé après mise en forme.
Une fois le verrou technique relatif aux géométries et maillages de CER de CMO à renfort tissé
déformé levé, la chaîne de calcul a pu être mise en place à l’échelle mésoscopique. La première
partie de la chaîne, la modélisation du procédé de fabrication d’un CMO tissé, a été construite dans
un premier temps sur la base d’hypothèses simples (comportement linéaire élastique de la matrice
et des fibres), permettant de prévoir de façon qualitative l’état physique du matériau après
fabrication.
Tout d’abord, une modélisation de la compaction d’un renfort tissé a été développée (Chapitre 4),
prenant en compte l’imbrication entre les différentes couches, phénomène apparaissant
obligatoirement dans un composite réel. Ainsi, deux démonstrateurs numériques ont été utilisés,
quatre couches d’un taffetas et quatre couches d’un satin de 5 à décochement de 2, chacun
compactés à différentes épaisseurs. De plus, de façon à maximiser les écarts de propriétés entre
cellules avec et sans imbrication, la moitié d’entre elles présente une imbrication nulle, et l’autre
moitié une imbrication maximale. Un renfort de taffetas avec une imbrication aléatoire entre
couches a aussi été créé, de façon à situer ce type de configuration par rapport aux autres, et pour se
rapprocher des configurations réelles observées dans les CMO tissés. Les géométries des
démonstrateurs proviennent du modèle géométrique de Hivet et Boisse, choisi pour sa cohérence et
la bonne représentativité de la forme réelle des torons qu’il génère. Le chaînage de cette
modélisation avec la procédure a permis de créer un ensemble de CER dont le taux de fibres est
parfaitement contrôlé, et qui sont définies par les mêmes paramètres de conception donnés en
entrée de chaîne (les mêmes fibres, le même tissu, et le même procédé de compaction). Le point fort
de cette approche est qu’elle permet d’assurer un taux de fibres réaliste dans les torons, et d’étudier
l’influence de la compaction du renfort et de l’imbrication des couches sur les propriétés du
matériau, puisque seuls ces paramètres sont modifiés entre les cellules. Afin de montrer
qualitativement son apport, quelques CER ont été utilisées dans une modélisation EF de l’injection de
résine, grâce à l’outil CELPER2 disponible à l’Onera. Ensuite, le comportement thermomécanique
linéaire élastique des torons de chacune des CER a été calculé par une homogénéisation périodique
réalisée à l’échelle microscopique. Ce comportement a été introduit à l’échelle mésoscopique dans
les CER précédemment utilisées, afin d’estimer les contraintes résiduelles internes présentes dans le
composite grâce à une modélisation du refroidissement après cuisson. Les résultats obtenus par ces
deux modélisations ont permis de montrer l’importance de la prise en compte de la compaction et
de l’imbrication des couches pour la prévision de la perméabilité du renfort, du coefficient de
dilatation thermique du composite, et de la répartition des contraintes résiduelles après cuisson.
Etude du comportement d’un CMO tissé à l’échelle mésoscopique obtenu après compaction, et
insertion discrète de l’endommagement
174
Conclusion et perspectives
l’observation des répartitions de contraintes suite à une sollicitation uniaxiale, ont permis de
montrer l’apport de l’approche proposée, en dégageant l’influence de la compaction et de
l’imbrication des couches des composites. Afin d’aller plus loin, un outil d’insertion discrète de tout
type de fissures et de décohésions inter-torons a enfin été présenté, et utilisé sur l’une des CER. Il
permet non seulement de modéliser l’effet de l’endommagement sur le comportement
macroscopique d’un CMO tissé (avec comme perspective l’identification d’un modèle à variables
physiques), mais aussi sur la distribution locale des contraintes (perspective : modélisation de la
cinétique de l’endommagement).
Une version opérationnelle de la chaîne de calcul à l’échelle mésoscopique a été construite. Elle
prend en données d’entrées les paramètres de conception du CMO tissé (nature des fibres, de la
matrice, architecture du tissu, taux de compaction, etc.), et fournit en sortie ses modules plans
homogénéisés de l’ingénieur. Mais pour estimer sa capacité prédictive, il faut la valider
expérimentalement. Bien que la mise en place d’une campagne complète de validation
expérimentale de la chaîne soit hors du cadre de cette thèse, cette étape doit être anticipée le plus
tôt possible. C’est pourquoi une étude expérimentale préliminaire a été effectuée et présentée dans
le dernier chapitre de ce manuscrit (Chapitre 6). L’objectif était de réaliser une étude comparative du
comportement et du module élastique longitudinal de plusieurs éprouvettes de CMO tissé,
fabriquées à l’Onera, afin d’identifier les différents points durs pouvant ralentir voire bloquer la
validation expérimentale de la chaîne. Pour restreindre le volume de cette étude, seules la matrice et
la compaction du renfort ont été modifiées entre les composites fabriqués. Une multi-
instrumentation a été choisie spécifiquement pour mesurer le module élastique longitudinal des
éprouvettes, l’amorçage de l’endommagement, la densité de fissuration présentes dans le
composite, et son effet sur le module. Les résultats de cette campagne ont permis de mettre en
lumière différents points dont il faudra tenir compte lors de la construction d'une campagne
expérimentale de validation de la chaîne de calcul, dont les principaux sont les suivants :
- tout d’abord, la mésostructure des CMO tissés présente une grande variabilité, même au sein
d’une même plaque, dont il faut tenir compte dans toute campagne expérimentale. La
possibilité de compacter différents types d’architectures tissées, et d’imposer une imbrication
entre couches, même aléatoire, est donc un véritable point fort de l’approche multimodèle
développée dans cette thèse. Cependant, ce point reste problématique, et tend à
complexifier toute étude comparative entre deux CMO tissés. C’est pourquoi, par exemple, il
est conseillé de suffisamment varier le taux de compaction entre les différentes plaques de
composite (de plus de 10%), pour pouvoir correctement identifier son influence sur le module
longitudinal du matériau.
- la matrice utilisée pour la conception du composite doit être judicieusement choisie. En effet,
son influence sur le comportement et la cinétique de fissuration du matériau semble
importante, voire elle peut prédominer par rapport à l’influence de l’endommagement ou de
la compaction du matériau. Bien que le fonctionnement de la chaîne de calcul ait été
démontré à travers des modélisations reposant sur des comportements linéaires élastiques
des fibres et de la matrice, la possibilité d’étendre l’approche à des comportements non-
linéaire est donc essentielle.
- différentes techniques expérimentales ont été utilisées dans cette étude, afin de mesurer la
densité de fissuration et son influence sur le module élastique longitudinal des éprouvettes.
Tout d’abord, les techniques de stéréo-corrélation d’images et d’émission acoustique, déjà
largement utilisées dans ce domaine pour mesurer la déformation locale du matériau et le
temps d’amorçage de l’endommagement, donnent des résultats très satisfaisants. De plus, le
plein potentiel de ces deux instrumentations n’a pas été ici totalement exploité. De
175
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
Perspectives
Vers une chaîne multiéchelle et multimodèle, prédictive et robuste...
176
Conclusion et perspectives
interlocks ou des orthogonaux. La procédure en elle-même n’est pas limitée par le type
d’architecture tissée donné en entrée, mais plusieurs problématiques relatives à la simulation
de la mise en forme à l’échelle mésoscopique de ce genre de tissu vont inévitablement
apparaître, comme le flambement des torons lors d’une compaction.
- les maillages créés présentent de nombreuses zones étroites (bords de torons, ou petites
poches de matrice coincées entre des torons par exemple), sources de concentration de
contraintes non problématiques en linéaire élastique, mais qui le deviendront lorsque l’on
s’attèlera à l’étude de l’amorçage de l’endommagement, par exemple. Mailler très finement
ces zones est une solution, certes, mais qui reste limitée par des problèmes de convergence (il
ne faut pas faire varier la taille de maille de façon trop brutale d’une zone à l’autre), et surtout
de temps de calcul, en particulier lorsque les motifs élémentaires sont de grandes dimensions
(tissus 3D ou interlock) Quoiqu’il en soit, une optimisation rigoureuse des maillages est
indispensable. D’autres solutions, comme l’utilisation de technique de réduction de domaine,
doivent aussi être envisagées [De Carvalho et al. 2011]. Un autre point est la suppression de la
fine couche de matrice sur la partie inférieure et supérieure des cellules, qu’un
développement plus poussé de la procédure devrait régler.
- le champ d’application de la procédure doit être étendu aux géométries de tissu cisaillé et
fléchi, ainsi qu’aux contacts latéraux entre torons, inévitables pour des tissus denses et
fortement compactés ou cisaillés. Un développement plus poussé de la version actuelle du
code permettra de lever ces limitations. Cependant, d’un problème géométrique, on arrive
vite à un problème mécanique, avec la question de la forme de la CER et des conditions aux
contours périodiques à appliquer.
- l’étude de l’endommagement du matériau, en utilisant l’outil présenté dans cette thèse pour
introduire des fissures discrètes au sein des maillages, doit être poursuivie. Pour cela,
l’amélioration de la robustesse de l’outil et son automatisation sont nécessaires, afin d’être
capable d’imposer de façon stable des densités de fissuration élevées dans les CER, comme
observées expérimentalement dans l’étude présentée dans le Chapitre 6. Ensuite, le maillage
des zones de décohésion en pointe de fissure doit être plus soigné. Ce dernier point, avec
l’amélioration du maillage global de la CER, est en effet essentiel pour être capable de prévoir
l’amorçage de l’endommagement, peu fiable si le champ de contraintes n’est pas
correctement représenté à cause d’un raffinement insuffisant.
- il faudra enfin compléter et complexifier la chaîne par un ensemble de modèles permettant
d’étendre l’approche à l’étude de l’ensemble des phénomènes ayant lieu aux échelles
microscopiques et macroscopiques, afin de la porter vers la prévision des performances
globales du matériau (résistance, tenue au flambement, durée de vie, etc.). Pour cela, un lien
fort entre l’état physique du matériau (prise en compte de l’état physico-chimique de la
matrice, présence de porosités, contraintes résiduelles, etc.), prévu par les modèles
d’injection de résine et de cuisson du composite, et son comportement sain ou endommagé
doit être établi. Il s’agit donc d’étudier ces effets pour améliorer les lois de comportement
(dans le sens large : mécanique, thermique, cinétique de réticulation et tous leurs couplages),
utilisés dans la chaîne.
Virtual testing
L’une des perspectives les plus intéressantes de la chaîne de calcul est de remplir un rôle de banc
numérique d’essais. En effet, l’intérêt est énorme : identifier certaines propriétés matériau
impossible ou extrêmement longues à mesurer directement (effet d’un certain type
d’endommagement bien spécifique, propriétés en fatigue, durée de vie, etc.), remplacer une partie
des essais pour caractériser ou certifier un matériau (gain de temps et d’argent), ou encore aider à
l’identification des modèles d’endommagement macroscopiques, sans avoir à réaliser une campagne
177
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
par matériau. Pour cela, une fois que leur amélioration respective aura été effectuée, tous les
ingrédients seront déjà présents : maillage EF de CER de CMO tissé avec prise en compte du procédé
de fabrication, étude du comportement du matériau, prise en compte de l’endommagement, etc.
Validation expérimentale
A terme, pour porter la chaîne de calcul vers les bureaux d’études, une validation expérimentale
approfondie est nécessaire. Les difficultés liées à la réalisation d’une campagne expérimentale de
validation de la chaîne de calcul ont été déjà été en partie abordées dans le bilan du Chapitre 6 de ce
manuscrit (section 6.4.5). Cependant, la validation de la chaîne complète s’étend bien au delà du
cadre de ce chapitre, focalisé sur la mesure de l’influence de la compaction et de l’endommagement
sur le module élastique d’un CMO tissé. En effet, on peut d’ores et déjà s’attendre à une campagne
de validation de taille proportionnelle au nombre très important de paramètres de conception d’un
CMO tissé, qu’il faudra donc nécessairement effectuer point par point. Bien que certaines difficultés
ne peuvent encore être anticipées, quelques points durs sont déjà bien identifiés, comme la grande
variabilité des mésostructures tissés. Ainsi, la validation de la chaîne devra inévitablement
s’accompagner du développement poussé de techniques expérimentales, capables d’observer et
mesurer des phénomènes pouvant se dérouler in situ (déformation des torons, présence de
porosités, apparition de l’endommagement, etc.). Dans cette optique, l’utilisation d’une multi-
instrumentation exploitant différentes physiques (thermique, acoustique, optique, etc.) et provenant
du contrôle non destructif (entre autres) offre des perspectives très intéressantes, comme ont pu le
montrer les résultats de la thermographie IR et de la technique utilisant les ondes de Lamb, testées
lors de la campagne expérimentale de cette thèse. Une autre technique, également testée à l’Onera
durant cette campagne, mais dont les résultats n’ont pas encore été traités, est de se servir de la
vibrométrie laser (voir Figure C.1). Elle consiste à émettre une onde volumique au centre d’une
plaque de CMO tissé grâce à un émetteur piézo-électrique, puis de mesurer le parcours du mode S0
sur toute sa surface avec un laser. De cette façon, il est possible de remonter aux propriétés
mécaniques (rigidités) des plaques fabriquées durant la campagne, et de déterminer ainsi l’influence
de l’architecture du renfort, de sa déformation ainsi que l’effet de l’endommagement par
comparaison des résultats. D’autres techniques expérimentales peuvent sans aucun doute être
appliquées au cas des CMO tissés, pouvant pleinement participer et aider à la validation
expérimentale de la chaîne de calcul.
X émetteur
piézo-
électrique
178
Conclusion et perspectives
179
Approche multimodèle pour la conception de structures composites à renfort tissé
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Gaël GRAIL
Pour optimiser les structures des aéronefs, il est maintenant nécessaire de concevoir le matériau au « juste-
besoin », de façon à diminuer le ratio masse/performances. Par une bonne gestion du procédé de fabrication
et un choix judicieux des matériaux constitutifs, les composites à renfort tissé et à matrice organique ont ce
potentiel. Mais pour l’exploiter pleinement, de nouvelles approches adaptées à ce type de matériau doivent
être développées. Pour cela, une chaîne de calcul multimodèle est proposée, permettant de prévoir les
propriétés mécaniques élastiques saines ou endommagées du matériau à partir de ses paramètres de
conception. Cette chaîne est établie à l’échelle mésoscopique, pour pouvoir prendre en compte la géométrie
du renfort. Une procédure spéciale de création de maillages de cellules mésoscopiques de composites tissés a
été développée, de façon à faire le lien entre la déformée du renfort après mise en forme, obtenue par
simulation EF, et les autres modèles de la chaîne (injection de résine, cuisson du composite, comportement
mécanique). Le bon fonctionnement de l’approche est montré par l’étude de deux cas-tests, un renfort de
quatre plis de taffetas et un renfort de quatre plis de satin de 5, chacun compactés à différents niveaux et selon
plusieurs configurations d’imbrication de plis. Enfin, pour anticiper la validation de la chaîne de modélisation,
une étude expérimentale comparative entre plusieurs composites tissés compactés à différentes épaisseurs a
été menée. Ce travail se place dans le cadre de la construction future d’une chaîne multiéchelle plus globale
qui, parcourue dans le sens inverse, permettra de concevoir le matériau sur-mesure en fonction des
performances structurales locales désirées.
Mots clés : composites tissés, échelle mésoscopique, modélisation éléments finis, endommagement
In order to optimize aeronautic structures, the manufacturing process must be tailored to the structural needs,
with the aim of reducing the density/performance ratio. Polymer composites with woven reinforcements offer
a large flexibility due to a vast choice of constituent materials and manufacturing process parameters.
However, to entirely exploit their potential, new design methods specifically adapted to this type of material
have to be developed. For this purpose, a modeling chain is proposed, which is able to predict the elastic
properties of the intact or damaged material, by incorporating the manufacturing process parameters. The
chain is built at the mesoscopic scale, to take into account the reinforcement geometry. A special procedure to
generate finite element (FE) meshes of mesoscopic representative unit cells of woven composites has been
developed, which links the deformation of the reinforcement, obtained from FE calculations, to the other
models of the chain (resin injection, curing, and mechanical behavior). Two materials are studied to show the
potential of the modeling chain: A four ply lay-up of a plain weave and of a satin weave fabric are considered,
each of them having several compaction ratios and different nesting between the plies. With the aim of a
validation of the modeling chain, multi-instrumented experimental tests have been carried out on several
multi-layer plain weave composites with different thicknesses. In future applications, the proposed strategy will
be placed in a toolbox able to design optimum woven composite structures based on local performance
requirements.
Keywords: woven composites, mesoscopic scale, finite element modeling, damage