Chrys Galia
Soy
© Chrys Galia, 2025
ISBN numérique : 979-10-262-1649-0
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Couverture : Réalisation Chrys Galia
Photo : Banque d’image-arturKurjan
À mes parents, les plus merveilleux au monde, mes repères, vous sans qui
rien ne serait possible,
À ma sœur, sœurs par chance, amies par choix,
À mon mari, toi, qui fais battre mon cœur un peu plus chaque jour,
À mes enfants, ma vie, mon sang, je suis si fière de vous, je vous aime plus
que tout,
À mes grands-parents, vous qui me manquez tant, qui m’inspirez. Les étoiles
que vous êtes aujourd’hui brillent toujours dans mon âme, je vous porterai
dans mon cœur jusqu’à la fin de mes jours,
À ma marraine, ma famille, mes ami(e)s, vous qui m’encouragez et m’êtes si
fidèles…
À vous, lectrices, lecteurs peut-être, pour que toujours vous continuiez de
rêver, de croire et d’espérer…
À Sofia et Yohann, mes amis, qui m’ont prêté leurs prénoms et seulement
leurs prénoms pour ce roman...
Et puis après tout, on s’en fout,
De leurs regards et de leurs dires
On s’aimera et puis c’est tout
Dans un murmure ou des soupirs.
Et puis après tout, on s’en fout
De leurs leçons et leur morale,
Je brûlerai sans aucun tabou
La règle de leur jeu impartial.
Et puis après tout, on s’en fout
De leur avis et leurs discours,
Personne n’a jamais été à bout
D’avoir osé vivre leur amour.
Et puis après tout on s’en fout
De leur critique et leur sentence,
On fera sauter tous les verrous
De leur minable existence.
Et puis après, on s’en fout
Des ragots et de la rumeur,
Si je veux un seul point de vue
C’est uniquement celui du bonheur.
Et puis après, on s’en fout
Des autres et de leur jugement,
Moi je veux être ton avant-goût
Et pour finir, ton accomplissement.
Ange Edmon, 2018
Merci à ma camarade Ange Edmon qui m’a permis d’utiliser un de ses
merveilleux poèmes pour illustrer mon propos. Elle me l’a envoyé alors que
j’écrivais l’histoire que vous allez découvrir. Il correspondait si bien à mon
roman que je lui ai demandé l’autorisation de le publier. Elle a gentiment
accepté. Je vous conseille d’aller découvrir cet auteur de talent.
Faux semblants
1. Bore-out…
Yohann
J’ai toujours cru que le temps effaçait tout, les peines, les cicatrices, même les
souvenirs, petit à petit, comme on gomme une phrase de trop sur un manuscrit.
J’étais persuadé que les traces du passé s’estompaient au rythme d’une cuillère
de miel qui coule sur une tartine : lentement, avec douceur. C’est fascinant cette
propension que j’avais à croire que tout était réparable, qu’il suffisait de tourner
la page. La crédulité de ma jeunesse, très certainement…
— J’espère que tu es prêt, s’impatiente mon ami.
Je lève les yeux au ciel, les écouteurs dans les oreilles. Il ne m’entend pas
souffler, ne me voit pas pester, c’est mieux. Je n’ai rien à lui reprocher, il est
parfait. Il fait toujours tout ce qu’il faut, quand il faut. Je connais Léo depuis
longtemps, il avait une solide réputation dans le métier, mais ce n’est pas
seulement ce qui m’a plu. Léo Erty a cette poignée de main ferme, ce regard
franc et cette fidélité à toute épreuve qui fait du professionnel un mec à part, et
de l’humain une exception. J’ai tout de suite compris que je serai en de bonnes
mains avec lui, je lui accorde une entière confiance et le laisse diriger presque à
sa guise ma carrière. Je suis le mouvement, porté par la vague d’un succès
auquel j’aspirais tant, et qui pourtant, me lasse aujourd’hui.
— Bien sûr, tout est OK, je serai là, comme prévu, à l’heure convenue, je
réponds en retenant un soupir d’exaspération.
— C’est important Yohann, ça l’est réellement. N’oublie pas que tu
commences ta promo pour le film, ça fait partie du jeu. Je sais combien tu as en
horreur ce genre de sauterie, mais on n’a rien sans rien.
— Léo, c’est bon, j’ai un costard, des pompes rutilantes, une belle chemise
blanche, et dans une heure tu verras mes dents, éclatantes au possible, illuminer
tous ces satanés objectifs.
Un silence anime tristement notre échange téléphonique. Je me sens coupable
de lui faire ressentir mes états d’âme de star capricieuse. Je n’y peux rien, malgré
tout le mal qu’il se donne, je suis arrivé à un point de non retour qui ne me
permet plus de lui masquer la vérité.
La vérité, c’est que je m’emmerde profondément dans une vie atrocement
artificielle. Je suis victime d’un bore-out, c’est ça, un syndrome d’épuisement
par l’ennui. Je me marre à l’idée de cette triste vérité. Bien sûr je bosse comme
un dingue, la logique voudrait que je sois plutôt en mode burn-out. Pourtant,
c’est vraiment cet extrême ennui que je ressens. Une lassitude terrible, je n’ai
plus goût à rien. Tout ce qui avait jusque-là encore un peu de saveur à mes yeux
ne m’est plus d’aucune aide. Il y a à peine quinze ans, je me serais damné pour
connaître de tels privilèges. Je ne compte pas mon fric, j’en fais absolument tout
ce que je veux, je change de nana dès que ça me chante et voyage partout dans le
monde. Je claque des doigts et on exauce tous mes souhaits. J’ai une santé de fer
et une forme insolente, que demander de plus, de mieux ? Le spleen que je
ressens est pourtant bien présent, de plus en plus envahissant, et rien ne semble
pouvoir m’en délester. Mon paysage mental est terne, gris, sans la moindre
lumière.
— Ouais, c’est bien, mais j’ai toujours peur que tu me poses un lapin, j’ai pris
des engagements, tu comprends, je compte vraiment sur toi, poursuit-il.
— Est-ce que je t’ai déjà fait faux bond, Léo ? je demande un peu trop
sèchement.
— Non, mais je te sens ailleurs ces derniers temps, j’ai besoin que tu restes sur
les rails, insiste-t-il.
— Léo, c’est bon, arrête de flipper.
— Tu y vas avec qui ? m’interroge-t-il d’un ton inquiet.
— Seul, je trouverai bien quelque chose à me mettre sous la dent sur place.
Il se marre, un rire franc et détendu, si communicatif qu’il arrive à me
décrocher un sourire. Il a ce pouvoir de transmettre sa bonne humeur, malgré le
degré de neurasthénie qui m’éteint. Léo est mon agent, mon ami, mon pilier et la
pierre angulaire de ma brillante carrière. Mais si Léo devine que quelque chose
cloche chez moi, il ne se doute pas à quel point je m’enfonce dans la déprime et
à quel point je me trouve illégitime de souffrir de ce mal.
— Je te reconnais bien, tant que de ce côté-là tu fonctionnes, je sais qu’il y a
encore de l’espoir. Au fait, la société de prod a planifié notre vol retour, on rentre
en jet privé mon ami, la réunion aura lieu dans l’avion.
— Ça me va. On se voit tout à l’heure. Merci Léo.