Le RwandaÉcouterⓘ, en forme longue la république du Rwanda4, [ ]
(en kinyarwanda : Repubulika y'u Rwanda, en anglais : Republic of Rwanda,
en swahili : Jamhuri ya Rwanda), surnommé le « pays des mille collines », est un
pays d'Afrique de l'Est. Le Rwanda étend ses 26 338 km2 dans la région des Grands
Lacs. Il partage des frontières avec, au nord, l'Ouganda, à l'est, la Tanzanie, au sud,
le Burundi, et à l'ouest, la république démocratique du Congo. Sa capitale Kigali est
située au centre du pays.
Les Rwandais parlent le kinyarwanda, et vivent dans les collines qui constituent la
localisation de référence des habitats. Les Banyarwandas, le groupe culturel du
pays, et de la région, est divisé en trois sous-groupes, les Twa, les Hutu et les Tutsi,
qui constituent respectivement 1 %, 84 %, et 15 % de la population. Le Rwanda est
établi comme un royaume au XVe siècle dirigé par des rois Tutsi avant de devenir
une partie de la colonie allemande de l'Afrique orientale allemande en 1885. Après la
défaite de l'Allemagne à l'issue de la Première Guerre mondiale, le territoire fait
partie de la colonie belge du Ruanda-Urundi en 1923. Les deux puissances
coloniales pratiquent une politique pro-Tutsi à travers la monarchie et engendrent du
ressentiment dans la majorité Hutu. La révolution rwandaise mène à la chute de la
monarchie, la création d'un gouvernement républicain dominé par des Hutu, et
l'indépendance du pays en 1962 sous le président Grégoire Kayibanda. Lors d'un
coup d'État en 1973, Juvénal Habyarimana lui succède et continue une politique pro-
Hutu. Après l'assassinat de Habyarimana en avril 1994, le pays connaît le génocide
des Tutsis qui se termine en juillet 1994 par une victoire militaire du Front patriotique
rwandais (FPR), un groupe rebelle dirigé par des Tutsi provenant de l'Ouganda,
menant une guerre civile contre le gouvernement de Habyarimana depuis 1990.
Le président actuel du pays est Paul Kagame, un ancien commandant du FPR en
fonction depuis 2000. En 2003, il promulgue une nouvelle constitution mettant fin aux
discriminations5. Il est souvent qualifié de dictateur par des observateurs 6.
[ ] [ ]
Le Rwanda est membre de nombreuses organisations internationales dont
l'Organisation des Nations unies (ONU) depuis 1962, de l'Union africaine (UA) depuis
1963, de la Communauté d'Afrique de l'Est depuis 2007, du Marché commun de
l'Afrique orientale et australe (COMESA), de l'Organisation internationale de la
francophonie (OIF) depuis 1970 ou encore du Commonwealth depuis le 29
novembre 2009.
En français, les graphies Ruanda et Rouanda ont aussi été utilisées avant
l'indépendance en 1962 pour désigner le pays.
Histoire
Articles détaillés : Histoire du Rwanda, Chronologie du Rwanda et Décolonisation du
Rwanda.
Époque pré-coloniale et coloniale
Article détaillé : Ethnisme au Rwanda.
Le premier monarque connu du Rwanda est Gihanga, de la dynastie des Banyiginya,
qui devient, vers 1091, souverain (mwami) du pays. Le Rwanda est alors une
confédération de clans7. La population rwandaise pré-coloniale est structurée en une
[ ]
vingtaine de clans composés d'éleveurs (les Tutsi), d'agriculteurs
(les Hutus majoritaires) et d'artisans (les Twa). Les Twa sont issus des populations
pygmées qui peuplaient primitivement la région. Le clan est la référence identitaire
de chaque Rwandais. Chaque clan avait un chef nommé mwami issu
d'un lignage patriarcal. Un des clans, dirigé par un lignage tutsi, dominait la région et
son mwami était considéré comme le roi du Rwanda. Les populations parlaient la
même langue, le kinyarwanda, partageaient la même religion, pouvaient parfois se
marier entre elles et pouvaient passer d'une caste à l'autre par une faveur
du mwami comparable à l'anoblissement8. L'application de la notion d'ethnie à ces
[ ]
populations est critiquée. Ce système clientéliste 9 parfois qualifié de féodal10 était
[ ] [ ]
basé sur la possession de troupeaux ou de terres. Cette structure était concrétisée
par un chef du bétail, un chef des terres et un chef militaire 11.
[ ]
Le Royaume du Rwanda, gouverné par le clan tutsi Nyiginya, est devenu le royaume
dominant à partir du milieu du XVIIIe siècle, s'étendant par un processus de conquête
et d'assimilation, et atteignant son apogée sous le règne du roi Kigeli Rwabugiri en
1853–189512. Rwabugiri a étendu le royaume à l'ouest et au nord, et a lancé des
[ ]
réformes administratives qui ont provoqué un fossé entre les populations hutu et
tutsi. Celles-ci comprenaient uburetwa, un système de travail forcé que les Hutus
devaient accomplir pour retrouver l'accès aux terres qui leur avaient été confisquées,
et ubuhake, en vertu duquel les patrons tutsis cédaient du bétail à des clients hutus
ou tutsis en échange de services économiques et personnels13,14. [ ] [ ]
En 1885, la Conférence de Berlin attribue le Rwanda à l'Empire allemand. Les
premiers Européens à pénétrer au Rwanda, en 1892 et 1894, sont Oscar
Baumann et Gustav Adolf von Götzen. À leur arrivée,
les colonisateurs, allemands puis belges, trouvent une société qui ne correspond pas
aux critères européens et décident de classer les populations en fonction de
caractéristiques comme leurs activités ou leur apparence physique. Ils sont en
particulier impressionnés par la monarchie rwandaise tutsi et assimilent les Tutsi en
général à la cour royale et à une « race » supérieure. Les colonisateurs décrivent les
Tutsi comme plus grands, plus beaux et plus aptes à diriger 15. [ ]
L'administration coloniale s'appuie donc sur les Tutsi, au détriment des mwami des
clans hutu. L'ancienne distinction entre Hutu et Tutsi s'exacerbe, les Hutu étant
considérés comme inférieurs dans la société coloniale. L'accès aux avantages, à
l'enseignement et aux postes administratifs est réservé prioritairement aux Tutsi. Les
termes de « Hutu » (roturier) et de « Tutsi » (noble) deviennent une référence
identitaire essentielle pour les Rwandais, entraînant une différenciation antagonique
de la société entre ces deux groupes. Le terme « ethnie » n'ayant pas d'équivalent
en kinyarwanda, l'administration coloniale utilise à sa place le terme « ubwoko », qui
désigne le clan16. [ ]
L'histoire enseignée durant la tutelle belge décrit les Hutu majoritaires comme des
fermiers d'origine bantoue, tandis que les Tutsi seraient un peuple pastoral arrivé
dans la région au XVe siècle depuis les hauts-plateaux éthiopiens et d'un ADN nilo-
hamitique ; cependant, des recherches ADN réfutent cette théorie colonisatrice et
placent leur arrivée vers le IXe siècle. Les Twa seraient les descendants, issus
des Pygmées, des premiers habitants de la région.
Ces théories sont désormais fortement remises en cause. On tend aujourd'hui à
considérer que les colonisateurs belges des années 1920, négligeant les références
claniques, ont interprété de façon ethnique la structure socio-professionnelle de la
population, sous l'influence aussi de l'organisation héritée des colonisateurs
précédents, les Allemands, et ont ainsi appliqué une politique formellement appuyée
par la Société des Nations qui avait confié à la Belgique la tutelle du Ruanda-
Urundi17.
[ ]
Les Tutsi, érigés par le colonisateur en caste dominante18, sont de plus en plus
[ ]
dénoncés par la majorité hutu à partir des années cinquante. Dans un texte publié
le 24 mars 1957, le Manifeste des Bahutu, neuf intellectuels hutu dénoncent
« l'exploitation » dont les Hutu seraient victimes. La revendication d'indépendance
des Tutsi incite les Belges à renverser leur alliance au profit des Hutu. En novembre
1959 éclate la révolution rwandaise, une période de violence accompagnée
de massacres ethniques qui entraîne le départ en exil de 300 000 Tutsi18. La majorité
[ ]
hutu prend le pouvoir, avec le soutien des autorités coloniales et de l'Église
catholique19. [ ]
Après l'indépendance
La Première République est proclamée le 28 janvier 1961 et Grégoire Kayibanda, un
Hutu, devient président de la République le 26 octobre 1961. L'ONU fixe au 1er juillet
1962 la date d'indépendance du Rwanda. La passation des pouvoirs et le retrait des
troupes belges ont lieu le 1er août 1962. Le nouveau régime affronte des attaques
des exilés tutsi, qui sont le prétexte de violentes répressions sur les Tutsi de
l'intérieur, notamment en décembre 1963 où plusieurs milliers de Tutsi sont
massacrés20. [ ]
Pour maintenir l'unité politique, Grégoire Kayibanda instrumentalise les massacres
de masse dont furent victimes les Hutu du Burundi en 1972, il justifie la crainte d'une
menace des Tutsi rwandais. Les Tutsi, élèves et professeurs, sont systématiquement
expulsés de l'enseignement, quelques-uns massacrés dans les établissements
scolaires. Ces événements provoquent une nouvelle vague d'exode des Tutsi.
Exploitant ces événements, Juvénal Habyarimana renverse Grégoire Kayibanda
en juillet 1973, puis fonde un parti en 1975, le Mouvement révolutionnaire national
pour le développement (MRND). La même année, le président français Giscard
d'Estaing signe un Accord particulier d'Assistance Militaire21 avec le gouvernement
[ ]
rwandais. Entre 1987 et 1994, des livraisons régulières d’équipement militaire vers le
Rwanda seront effectuées par la France22. En 1978, Habyarimana change
[ ]
la constitution et fait adopter un régime à parti unique, le MRND, dont tous les
Rwandais sont membres d'office.
Guerre civile
Article détaillé : Guerre civile rwandaise.
Les exilés Tutsis s'organisent en Ouganda et créent le Front patriotique
rwandais (FPR) en 1987. En août 1988 au Burundi, pays frontalier au sud du
Rwanda, une guerre entre Hutu et Tutsi d'une semaine provoque la mort de
60 000 victimes, en presque totalité hutus23. Le 1er octobre 1990, venant de
[ ]
l'Ouganda, le FPR entre en force au nord du Rwanda, déclenchant ainsi la guerre
civile rwandaise. La France, dès le 4 octobre 1990, le Zaïre et la Belgique
interviennent brièvement pour aider à évacuer des occidentaux. Huit à dix mille Tutsi
sont emprisonnés en octobre 199024. En désaccord avec cette politique, la Belgique
[ ]
rapatrie alors ses troupes du Rwanda. Le soutien militaire français est maintenu sous
la dénomination opération Noroît jusqu'à la mise en place des troupes de l'ONU
(MINUAR commandée par le général Dallaire) en décembre 199325,[source insuffisante]. Le[ ]
ministre de la coopération Robert Galley témoignera que l'armée française a bien été
utilisée afin de stopper l'avancée du FPR 26. Le nombre officiel de militaires français
[ ]
participant à Noroît atteindra 688 personnes27. Le 15 octobre 1990, l'ambassadeur de
[ ]
France au Rwanda, Georges Martres, adresse un télégramme au chef d'état-major
particulier du président Mitterrand, dans lequel il mentionne le risque d'un génocide
contre les Tutsi28.[ ]
Malgré cet avertissement, le gouvernement français va continuer d'aider le régime
d'Habyarimana. Divers groupes tutsi sont exécutés par des « extrémistes » hutu.
L'armée rwandaise massacre 1 000 Bahimas (apparentés aux Tutsi) à Mutara,
et environ un millier de Bagogwe (apparentés aux Tutsi) au nord-ouest du Rwanda,
dont 348 Tutsi dans la région de Kibilira29. Depuis ses bases arrière établies en
[ ]
Ouganda et avec l'appui en matériel détourné de l'armée ougandaise 30, le FPR [ ]
établira progressivement une tête de pont au nord du Rwanda où des combats se
poursuivront jusqu'en 1994. Ceux-ci sont la cause d'importants déplacements vers la
capitale de la population hutu qui fuit les combats et des exactions attribuées au FPR
dans la zone toujours plus vaste qu'il occupe dans le nord du pays.
À la suite du discours de La Baule de François Mitterrand, Juvénal Habyarimana fait
changer la Constitution en 1991 pour revenir au multipartisme. Sous la pression de la
communauté internationale, les accords successifs d'Arusha, négociés
en Tanzanie avec le FPR et clôturés en août 1993, prévoient, après un cessez-le-
feu31, l'organisation du retour des exilés tutsi, l'intégration politique et militaire des
[ ]
différentes composantes internes et externes de la nation rwandaise et le départ des
militaires français de l'opération Noroît en décembre 199332. La MINUAR, mission de
[ ]
paix de l'ONU, sera mise en place en décembre 1993 pour aider à la concrétisation
de ces accords. Parallèlement, l'entourage de Juvénal Habyarimana et de son
épouse Agathe, qui contrôle aussi l'armée et l'économie du pays, crée en 1992
la Coalition pour la défense de la République (CDR), les milices Interahamwe et
la Radio télévision libre des Mille Collines (RTLM) qui seront les principaux organes
du génocide de 1994 et se qualifieront de Hutu Power. Les médias
gouvernementaux rwandais joueront un rôle significatif de propagande anti-Tutsi
avant et durant le génocide. Ainsi, la RTLM appelle au meurtre des Tutsi dès 1992.
L'ambassadeur belge Johan Swinnen a rapporté à Bruxelles que la RTLM diffusait
ces appels à l’extermination des Tutsi33. Le journal rwandais Kangura, un autre
[ ]
organe des « médias de la haine », publie le 10 décembre 1990 « Les Dix
commandements du Hutu », texte raciste qui appelle à la haine anti-Tutsi 34. Au cours [ ]
de la période 1990-1993, des assassinats politiques 35, les massacres de certaines
[ ]
populations tutsi par les forces gouvernementales seront considérés par une
commission d'enquête internationale conduite en 1993 comme des prémices d'un
génocide36.[ ]