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Pythagore : Mythes et Réalités

Le document explore la vie et la légende de Pythagore, un philosophe grec dont peu de faits vérifiables subsistent. Les sources historiques sur Pythagore sont souvent contradictoires et proviennent de compilateurs ayant écrit des siècles après sa mort. Le texte aborde également ses croyances, sa philosophie de vie, et les préceptes moraux qu'il prônait, notamment le végétarisme et l'abstinence.

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Pythagore : Mythes et Réalités

Le document explore la vie et la légende de Pythagore, un philosophe grec dont peu de faits vérifiables subsistent. Les sources historiques sur Pythagore sont souvent contradictoires et proviennent de compilateurs ayant écrit des siècles après sa mort. Le texte aborde également ses croyances, sa philosophie de vie, et les préceptes moraux qu'il prônait, notamment le végétarisme et l'abstinence.

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Une histoire de mathématiques à écouter sur

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0 les vers dorés de Pythagore

Que sait-on exactement de Pythagore ? Eh bien franchement,


pas grand-chose !

1 Pythagore (ca 570–495 av. J.-C.)

D’abord à quoi ressemblait-il ? Probablement pas à ce buste,


qui a été sculpté plusieurs siècles après sa mort. La légende
veut qu’il ait été d’une grande beauté.
Les témoignages antiques les plus précis ne portent pas sur
l’homme mais sur sa philosophie. Ce sont ceux de Platon et
Aristote, qui datent d’un siècle et demi à deux siècles après
les faits. Quant aux autres. . .

2 les sources
Diodore de Sicile est un historien du temps de Jules César,
ensuite vient Plutarque un bon siècle après. Les trois suivants
ont écrit des biographies de Pythagore, qui reprennent des
racontars antérieurs. Le dernier de la liste, Proclus écrivait
environ mille ans après les faits : vous imaginez écrire de
nos jours une biographie d’Avicenne sans rien savoir de sa
vie, sans avoir rien lu de lui ? Parce que c’est le cas pour
Pythagore : il n’a rien écrit, ou au moins rien qui ait jamais
été cité.
Voici ce qu’en disait un historien des sciences à la fin du dix-
huitième siècle.
3 Histoire des sciences dans la Grèce (1781)

Il ne nous reste de tout cela qu’un ramassis informe et gros-


sier de récits contradictoires, invraisemblables, et faux pour
la plupart, rassemblés sept cents ans après la mort de Py-
thagore, par trois misérables compilateurs ; sans qu’on puisse
savoir, à l’exception de quelques faits, d’où sont venus ceux
qu’ils rapportent, et combien de fois ils ont changé de forme
avant que de parvenir dans les ouvrages où les prirent en-
fin nos trois compilateurs Diogène Laërce, Porphyre et Iam-
blique. »

4 Pythagore (ca 570–495 av. J.-C.)


De sorte que même son état civil est hasardeux. Les sources
ne sont pas d’accord sur le nom, ni sur la profession de son
père. La plupart des biographes le font naître à Samos, mais
pas tous. Les dates de naissance avancées s’étalent sur près
de 80 ans. Certains le font mourir à 80 ans, d’autres à 107
ans. Quant à son éducation, il l’aurait acquise au cours de ses
voyages, en Égypte, à Babylone, voire en Crète, en Inde ou
en Gaule.
Au fond ce qui est le moins douteux, c’est son nom : il est
formé de Pythie et de Agora. Ensuite, les questions com-
mencent. Cela peut être « Celui que la Pythie a annoncé »
ou bien « Celui qui parle comme Apollon Pythien ».

5 Apollo and Python (1811)

Apollon Pythien, c’est le Dieu qui a terrassé le serpent Py-


thon. Parfaitement : tout nu avec son arc et une flèche, comme
dans ce tableau de Turner.

6 Le temple d’Apollon Pythien à Delphes

Un temple lui était dédié dans la ville de Delphes. Dans ce


temple officiait une prêtresse, la Pythie, qui prononçait des
oracles plus ou moins clairs que chacun pouvait interpréter à
sa convenance. Dans le cas de la naissance de Pythagore, la
légende veut que la Pythie ait été très explicite. Voici cette
légende racontée par Jamblique.
7 Un voyage d’affaires
« Le commerçant Mnésarque se rend à Delphes pour affaires,
en compagnie de sa femme Parthénis. Il songe à entreprendre
un voyage en Syrie. Consultant la Pythie à ce propos, il ap-
prend que le voyage projeté sera heureux et lucratif ; et la prê-
tresse ajoute, sans être interrogée sur ce point, que Parthénis
est grosse et mettra au monde un fils d’une beauté et d’une
sagesse merveilleuses et qui comblera de bienfaits le genre
humain. Mnésarque ajoute immédiatement foi à l’oracle : il
change le nom de Parthénis en Pythaïs, et l’enfant annoncé
par Apollon Pythien reçoit, quand il naît, le nom de Pytha-
gore. »

8 toute cette fable est à rejeter


« Il n’en faut pas croire Epiménide, Eudoxe et Xénocrate qui
racontent qu’au moment de la consultation de l’oracle, Apol-
lon s’unit à Pythaïs et la rendit mère ; toute cette fable est
à rejeter. Mais à considérer les circonstances de cette nais-
sance et la profonde sagesse qui est propre à Pythagore, on
ne peut hésiter à admettre que c’est d’Apollon que procède
l’âme descendue parmi les hommes, quelle que soit la nature
du lien par lequel elle s’est unie au Dieu. »
Voilà voilà : sur l’enfance, la jeunesse, les années de formation,
les voyages, on ne sait à peu près rien de sûr.
Jusqu’à son arrivée à Crotone, vers l’an 536 avant Jésus-
Christ.

9 de Samos à Crotone
Voici ce qu’en dit la légende.
« C’était un homme d’une quarantaine d’années, d’une grande
taille, plein de grâce et de distinction dans la voix, dans la
physionomie, dans toute sa personne, unissant à une beauté
de visage qui le fit d’abord comparer, puis confondre avec
Apollon, une gravité austère qui ne se permettait jamais le
rire, ni la conversation enjouée, ni la plaisanterie. Doué d’une
rare éloquence, d’un beau génie, rempli d’une science pro-
fonde, étendue, sévère, qu’il avait puisée dans les livres et les
entretiens des sages et dans le commerce des hommes, Pytha-
gore essaya de réaliser dans Crotone un plan systématique, un
idéal de vie, une réforme morale, religieuse et politique qu’il
avait sans doute conçue antérieurement.
S’il faut en croire ses plus anciens biographes, il ébranle la
foule, et opère sur ses sentiments et ses mœurs une révolution
magique : il a le don de charmer les âmes. C’est un apôtre
éloquent et persuasif de la sagesse et de la vertu. »
En clair : un gourou. Il fonde une secte, ou une religion, se-
lon le point de vue que vous souhaitez adopter. Il sait bien
que tout fondateur de religion qui se respecte doit faire des
miracles. Voici ce que raconte Diogène Laërce.
10 Pythagore émergeant du monde souterrain

« Il se fit creuser sous terre un caveau, où il descendit. Il


demanda à sa mère de consigner sur des tablettes tous les
événements avec leurs dates et de les lui descendre dans son
caveau. Ainsi fit-elle. Plus tard, Pythagore remonta sur terre,
maigre et squelettique. Il vint trouver ses disciples et leur
raconta qu’il arrivait des enfers. Il le prouva en décrivant tout
ce qui s’était passé en son absence. Émotion des disciples, qui
fondent en larmes, croient dur comme fer que Pythagore est
un dieu, et lui confient leurs femmes pour qu’elles apprennent
elles aussi ses doctrines : ce furent les Pythagoriciennes. »

11 les Pythagoriciennes

Et oui, en effet, il y a eu des Pythagoriciennes. Diogène Laërce


s’en étonne d’ailleurs.
« Il peut paraître surprenant qu’il y ait eu tant de femmes
pythagoriciennes, si l’on considère que les Pythagoriciens ob-
servaient un silence de cinq ans, et qu’ils avaient plusieurs
dogmes secrets, qu’il n’était pas permis de révéler ; ce qui
s’accorde difficilement avec le goût de parler si naturel aux
femmes, et la peine qu’elles ont à garder un secret. »
D’ailleurs j’en vois une qui ne suit pas : elle regarde dehors.

12 Pythagore et les pêcheurs

Un autre miracle, rapporté par Jamblique :


« Apercevant des pêcheurs qui retirent de l’eau leurs filets
chargés, Pythagore leur indique le nombre exact des poissons
qu’ils ont pris. Les pêcheurs se récrient : si le nombre exact
des poissons est conforme à la réalité, ils se déclarent prêts à
rejeter leur butin à la mer. On vérifie : Pythagore ne s’est pas
trompé d’une unité, et les pêcheurs tiennent leur promesse,
d’ailleurs dédommagés généreusement par l’étranger. »

13 Pythagoriciens célébrant le lever du soleil


Un qui n’est pas vraiment convaincu par la religion de Py-
thagore, c’est Plutarque, pour qui tout cela vient d’Égypte.
« l’Héliopolitain Enuphis avait parlé à Pythagore. C’est ce
dernier Grec, surtout, à ce qu’il paraît, qui plein d’admira-
tion pour ces prêtres, auxquels il avait inspiré le même sen-
timent, voulut imiter leur langage symbolique et mystérieux,
en enveloppant d’allégories tous ses dogmes. En effet il n’y a
aucune différence entre ce qu’on appelle des hiéroglyphes et
la plupart des préceptes de Pythagore. »
Pourtant ces fameux préceptes de Pythagore n’ont rien de
particulièrement incompréhensible. On les appelle des « sym-
boles ». Par exemple il ne faut pas :
14 Les symboles de Pythagore
• tisonner le feu avec un couteau (de nos jours on dit
mettre de l’huile sur le feu)
• faire pencher la balance (s’écarter de la justice)
• s’asseoir sur un boisseau de blé (dont on se nourrit)
• essuyer sa chaise avec une torche (effectivement, ça
peut chauffer)
• uriner en regardant le soleil (euh là, j’ai pas bien vu
pourquoi)
• marcher sur des rognures d’ongle ou des cheveux cou-
pés (ben. . . là non plus)
La morale de Pythagore, ou plutôt des pythagoriciens, est
résumée dans une sorte d’évangile constitué de 71 vers. On
les appelle « les vers dorés ». Voici les premiers.

15 Les vers dorés

Craindre, adorer les dieux, c’est la première loi :


Révère du serment l’irrévocable foi.
Bienfaiteurs des humains les héros et les sages,
Des cœurs reconnaissants exigent les hommages.
Sois parent serviable et fils respectueux
Que ton meilleur ami soit le plus vertueux.
Il existe de nombreuses traductions des vers dorés. Celle-ci,
en alexandrins pur sucre, est due à Jean-Jacques Lefranc de
Pompignan, qui est né à Montauban en 1709.

16 Jean-Jacques Lefranc de Pompignan (1709–1784)


Sauf s’il vous arrive d’aller de Montauban à Toulouse, vous ne
connaissez pas Pompignan et vous allez continuer. Pourtant
il a été un poète reconnu, au siècle des Lumières. Il a même
été élu à 51 ans, à l’Académie française, en remplacement de
Maupertuis. Maupertuis avait été une des cibles de Voltaire,
et Pompignan a eu le tort, dans son discours de réception,
d’y faire allusion. Il parle des « imprudents, qui pour la sa-
tisfaction cruelle de décrier un livre, ou de diffamer un rival,
se privent eux-mêmes des fruits inestimables de leur art ».
Surtout, comme il espère être nommé gouverneur des enfants
royaux, Pompignan a eu le tort de se placer un peu trop en
écrivain chrétien, ce qui le met en opposition avec le parti
philosophique, mené par Voltaire, d’Alembert et Diderot : on
est au moment de la parution de l’Encyclopédie, et de la crise
qui va mener à l’expulsion des Jésuites.
Voltaire, avec toute la verve et la méchanceté dont il sait
faire preuve, se déchaîne, et Pompignan, ridiculisé, écœuré,
retourne dans sa province.
17 Olympe de Gouges (1748–1793)
Pour la petite histoire, on n’a jamais pu prouver que ce
Lefranc de Pompignan était le père naturel d’Olympe de
Gouges. Pourtant les bonnes langues de Montauban en
étaient persuadées. Elle aussi d’ailleurs.
Mais si, vous savez bien : celle qui a dédié sa « Déclaration
des droits de la femme et de la citoyenne » à la reine Marie-
Antoinette, en 1791. Fallait oser tout de même. Pendant la
Terreur, elle a aussi osé s’en prendre ouvertement à Robes-
pierre, et là, elle a eu tort.
Bref : revenons à Pythagore et à sa religion. Voici ce qu’en
dit Platon dans « La République ».

18 Le genre de vie pythagorique


« Pythagore, à ce qu’on dit, fut recherché pendant sa vie dans
le même but, à ce point que l’on distingue encore aujourd’hui
entre tous les autres hommes ceux qui suivent le genre de vie
appelé par eux-mêmes pythagorique.
Et ça, vous voyez, c’est intéressant parce que c’est écrit en-
viron un siècle et demi après Pythagore. Donc au temps de
Platon, et d’ailleurs aussi au temps d’Aristote, il y avait en-
core des Pythagoriciens qui se distinguaient par leur genre de
vie. »
Quel était donc ce genre de vie ? Voici ce qu’en dit Diodore
de Sicile.

19 Le genre de vie pythagorique

« Il fut pour les jeunes gens le modèle admirable d’une vie sage
et réglée qu’il leur donnait à imiter : c’est ainsi qu’il détourna
du luxe et de la prodigalité tous ceux qui le fréquentèrent,
plongés auparavant, par l’abus de leurs richesses, dans une
oisiveté et une corruption également abjectes pour le corps et
pour l’âme. »

20 Pythagore prônant le régime végétarien

Toujours d’après Diodore de Sicile :


« Pythagore a soutenu l’opinion de la métempsycose, et il re-
gardait l’usage de manger la chair des animaux comme une
abomination. Il croyait qu’après la mort les âmes de tous
les êtres qui ont eu vie passaient dans le corps d’autres ani-
maux. »
Les Pythagoriciens étaient donc végétariens. Mais ce n’était
pas leur seule abstinence.
21 ne point avoir de commerce
« Le même Pythagore, donnant des avis salutaires sur ce qui
concerne les plaisirs de l’amour, conseillait de ne point avoir
de commerce avec les femmes pendant l’été, et de n’en appro-
cher que sobrement pendant l’hiver. En général il considérait
ce genre de jouissance comme nuisible, et jugeait que l’habi-
tude des plaisirs de l’amour finissait par affaiblir les forces et
amenait une prompte mort. »
Évidemment des préceptes aussi contraires à l’usage commun,
cela ne pouvait qu’attirer les railleries. Un certain Aristophon,
un peu après Aristote, écrit une pièce de théâtre pour se mo-
quer des Pythagoristes.

22 ne pas se laver, c’est être sale

« Boire de l’eau, c’est le fait d’une grenouille ; manger des


légumes et des oignons, d’une chenille ; ne pas se laver, c’est
être sale ; passer l’hiver à la belle étoile, c’est vivre comme
un merle ; souffrir le froid, causer en plein midi, c’est affaire
aux cigales ; ne pas se servir d’huile, et ne pas même en voir,
c’est d’un gueux ; marcher pieds nus dès le lever du soleil,
c’est d’une grue, ne pas dormir, pour ainsi dire, d’une chauve-
souris. »

23 ils ont cherché de beaux prétextes


« Croyez-vous vraiment que ce soit de leur plein gré que
ceux qu’on appelle les vieux pythagoriciens, vivent dans cette
crasse et portent ces vêtements troués ? N’en croyez rien, ils
ont cherché de beaux prétextes pour donner aux gueux une
règle de vie conforme à leur état. Mais servez-leur des pois-
sons de choix et des viandes délicates, s’ils ne les croquent pas
jusqu’à s’en mordre les doigts, je peux être dix fois pendu. »
Les spécialistes estiment que la religion pythagoricienne a
duré deux siècles et demi, soit une dizaine de générations : ce
n’est pas si mal. La philosophie de Pythagore, et ses mathé-
matiques, ont duré beaucoup plus longtemps. C’est dû bien
sûr à l’influence qu’elles ont eu sur Platon, sur Aristote, et
sur Euclide.
C’est dû aussi à un homme beaucoup moins connu :. . .
24 Introduction à l’Arithmétique
Nicomaque de Gérase, qui vivait dans la seconde moitié du
premier siècle. Il a écrit une « Introduction à l’Arithmétique ».
Vous le voyez sur cette page de titre, il est présenté comme un
Pythagoricien : plus sur le plan philosophique que proprement
religieux.
On considère en tout cas que cette introduction à l’arithmé-
tique compile l’ensemble des connaissances pythagoriciennes
sur les nombres. Elle a eu une profonde influence, par l’in-
termédiaire de la traduction de Boèce, au début du sixième
siècle. Cette traduction a été utilisée comme livre d’enseigne-
ment pendant tout le Moyen-Âge en Europe.
C’est dans ce livre par exemple qu’est décrit pour la première
fois le célèbre « crible d’Ératosthène ».

25 Le crible d’Ératosthène

« La production de ces nombres est appelée par Ératosthène


le « crible », car nous prenons les nombres impairs tous en-
semble, et parmi eux nous séparons comme par une sorte
d’instrument, ou un crible, ceux qui sont premiers et non
composés, des secondaires et composés, et nous trouvons les
classes mélangées. »
Au début du livre on trouve la classification des mathéma-
tiques qui a été reprise par Platon dans la République, et
utilisée pendant une bonne quinzaine de siècles : c’est le qua-
drivium.

26 Le quadrivium

« Deux méthodes scientifiques traitent de la quantité : l’arith-


métique de la quantité absolue, la musique de la quantité re-
lative. [. . . ]

Deux autres sciences traitent de l’étendue : la géométrie de


ce qui est fixe et reste au repos, l’astronomie de ce qui est en
mouvement et qui tourne. »
Mais Nicomaque ne cache pas, comme d’ailleurs Platon, que
l’arithmétique est la plus importante des quatre parties.

27 Le quadrivium
« Laquelle de ces quatre méthodes doit-on apprendre en pre-
mier ? De toute évidence, celle qui existe naturellement avant
toutes les autres, est supérieure et sert d’origine et de racine,
pour ainsi dire de mère, à toutes les autres. C’est l’arithmé-
tique [. . . ]

Si la géométrie existe, l’arithmétique doit être impliquée, car


c’est avec l’aide de cette dernière que l’on peut parler de tri-
angle, quadrilatère, octaèdre, icosaèdre [. . . ] »
Certes, il faut savoir compter pour dire qu’il y a trois angles
dans un triangle. Mais pour les pythagoriciens, la relation
entre arithmétique et géométrie était beaucoup plus étroite.
28 Nombres polygonaux

Par exemple un nombre triangulaire, ou carré, ou pentago-


nal, était véritablement vu comme une figure géométrique
discrète : des jetons disposés en triangle, ou en carré ou en
pentagone. Et à ces nombres polygonaux étaient attachés des
propriétés plus ou moins mystiques. Surtout au plus sacré
d’entre eux, la tétraktys, ou tétrade en français.
Au milieu des vers d’or dont nous avons parlé avant, se trouve
ce qu’on appelle le « serment de Pythagore ».

29 Le serment de Pythagore

J’en jure par celui qui grava dans nos cœurs,

La Tétrade sacrée, immense et pur symbole,

Source de la Nature et modèle des Dieux.

30 La Tétrade sacrée
La tétrade sacrée c’est tout simplement ceci : pas seulement
le nombre 10, mais la figure triangulaire un plus deux plus
trois plus quatre.
Voici le commentaire du même traducteur.
« Selon Pythagore, 1 et 2 représentaient les principes ca-
chés des choses ; 3 leurs facultés, et 4, leur essence propre.
Ces quatre nombres qui, réunis par l’addition, produisent le
nombre 10, constituaient l’Être, tant universel que particu-
lier ; en sorte que la tétrade qui en est comme la vertu, pouvait
devenir l’emblème de tous les êtres. »
Cette mystique des nombres est véritablement le signe distinc-
tif de l’arithmétique pythagoricienne. Voici un autre exemple.

31 Nombres surabondants, déficients et parfaits

« Parmi les nombres pairs simples, certains sont surabon-


dants, certains déficients ; certains sont entre les deux et on
les appelle parfaits. » Ce sont des définitions parfaitement
claires. Elles font référence à la somme des diviseurs propres
d’un nombre. Que cette somme soit supérieure au nombre,
comme pour 12, et on dit qu’il est surabondant. Si la somme
des diviseurs est inférieure, comme pour 8, on dit qu’il est
déficient. Si la somme est égale, le nombre est parfait.
Pourquoi ces dénominations ? À propos des nombres surabon-
dants, Nicomaque explique.
32 Nombres surabondants

« C’est comme si un animal était créé avec trop de membres,


ou avec dix langues, comme dit le poète, et dix bouches, ou
avec neuf lèvres ou trois rangées de dents, ou une centaine de
mains, ou trop de doigts sur une main. »
Et à propos des nombres parfaits :

33 Nombres parfaits
« De même que les choses belles et excellentes sont peu nom-
breuses et faciles à énumérer, tandis que les choses laides et
mauvaises sont très répandues, ainsi les nombres surabon-
dants et déficients se trouvent en grande quantité, irrégu-
lièrement disposés ; et les nombres parfaits sont facilement
comptés et bien arrangés. »
La définition de nombre parfait a été reprise par les mathé-
maticiens de tous les temps, mais sans la connotation mys-
tique des pythagoriciens. Euclide dit simplement « le nombre
parfait est celui qui est égal à ses parties ». Il y ajoute un
magnifique théorème, promis à une longue postérité.

34 Nombres parfaits
« Si, à partir de l’unité, tant de nombres qu’on voudra sont
successivement proportionnels en raison double, jusqu’à ce
que leur somme soit un nombre premier, et si cette somme
multipliée par le dernier fait un nombre, le produit sera un
nombre parfait. »
Proportionnels en raison double : Euclide parle des puissances
de deux. La somme des puissances de deux successives jusqu’à
2 puissance n vaut 2n+1 − 1. Si cette somme est un nombre
premier, alors le produit par 2n est un nombre parfait. Re-
gardez ce que ça donne pour les premières valeurs : pour n
égale 1, 2, 4 et 6, on obtient les quatre nombres parfaits qui
étaient connus des Pythagoriciens.
35 Marin Mersenne (1588–1648)
Les nombres de la forme 2n − 1 qui sont premiers sont appe-
lés : nombres de Mersenne. C’est ce religieux de l’ordre des
Minimes. Il a beaucoup écrit dans sa vie sur les mathéma-
tiques et la musique. Il a aussi écrit des milliers de lettres à
des dizaines de correspondants dans toute l’Europe.
Il avait donné une liste de valeurs de n pour lesquelles il
pensait que 2n − 1 est premier, en se trompant d’ailleurs.
Dans une lettre à ce même Mersenne, Descartes avait affirmé
sans donner de démonstration, que tous les nombres parfaits
pairs étaient de la forme donnée par Euclide. Comme d’habi-
tude, il a fallu attendre Euler pour une vraie démonstration.
À propos, on ne sait toujours pas s’il existe des nombres par-
faits impairs.

36 références
Comment ? C’est fini ? On ne sait vraiment rien de plus sur
Pythagore ?
Ben non : je vous ai épargné la musique, l’astronomie et l’har-
monie des sphères, parce que j’en parle ailleurs. Mais pour les
maths, il n’y a que l’arithmétique mystique dont on soit à peu
près sûr.
Et le théorème de Pythagore alors ? Il n’est pas de Pythagore
peut-être ?
Ben non, pas vraiment. Promis, je vous raconterai pourquoi,
mais pas maintenant. Tenez, si on terminait par quelques pe-
tits vers dorés, à la sauce Pompignan ?
Avant que le sommeil te ferme la paupière,
Sur tes œuvres du jour porte un regard sévère.
Ce jour que je finis, comment l’ai-je employé ?
Quel devoir ai-je enfreint ? quel autre ai-je oublié ?
Qu’ai-je dit ? qu’ai-je fait ? Sonde aussi tes pensées.
Tes actions, ainsi devant toi retracées,
Répandront dans ton cœur la joie ou les regrets.

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