Droit des personnes et de la famille
Droit des personnes et de la famille
PLAN DU COURS
Plan du cours _______________________________________________________________ 1
Première partie : Droit des personnes ___________________________________________ 3
Titre I : La personnalité juridique ___________________________________________________ 4
Chapitre I : Les personnes physiques ________________________________________________________ 4
Section I : L’existence de la personne physique _____________________________________________ 4
Paragraphe I : Le corps humain __________________________________________________________ 4
A. La protection du corps humain ______________________________________________________ 5
B. La vie humaine __________________________________________________________________ 7
Paragraphe II : L’incertitude sur l’existence de la personne _____________________________________ 11
A. L’absence ______________________________________________________________________ 12
B. La disparition ___________________________________________________________________ 14
C. Le retour de l’absent ou du disparu _________________________________________________ 15
Section II : L’individualisation de la personne ______________________________________________ 16
Paragraphe I : Le nom au sens large _____________________________________________________ 16
A. Les éléments constitutifs du nom ___________________________________________________ 16
B. Le régime juridique du nom _______________________________________________________ 20
Paragraphe II : Le domicile _____________________________________________________________ 22
Paragraphe III : Le sexe _______________________________________________________________ 26
Paragraphe IV : L’état civil _____________________________________________________________ 27
Section III : Les attributs de la personnalité __________________________________________________ 34
Paragraphe I : Les droits de la personnalité _______________________________________________ 35
A. Le droit à l’honneur ______________________________________________________________ 35
B. Le droit à la dignité ______________________________________________________________ 35
C. Le droit à l’image ________________________________________________________________ 36
D. Le droit à la vie privée ____________________________________________________________ 36
Paragraphe II : Les libertés individuelles __________________________________________________ 36
A. La liberté d’aller et de venir _______________________________________________________ 37
B. La liberté de faire ou de ne pas faire ________________________________________________ 37
C. La liberté de s’enfermer chez soi ___________________________________________________ 37
D. La liberté de conscience __________________________________________________________ 37
INTRODUCTION GENERALE
Le droit des personnes est, de toutes les matières du droit, sans doute celle dont on se sent
le plus proche. C’est la raison pour laquelle les étudiants en droit entament souvent leur cursus en
étudiant cette matière. Mais il ne faudrait pas imaginer qu’elle est la plus simple. Bien au contraire,
certaines matières comme les droits de la personnalité, les incapacités sont particulièrement subtiles
et nécessitent une attention et une rigueur dans l’analyse de la part de l’étudiant.
Le droit des personnes est par excellence un lieu de tension entre plusieurs systèmes de
valeurs. Les valeurs religieuses et les valeurs laïques. Dans les pays africains, des phénomènes tels
que le colonialisme n’ont pas aidé à construire un véritable droit des personnes assis sur les
traditions culturelles africaines. Ceci a comme conséquence que les principaux concepts et notions
que nous étudierons ont été consacrés ailleurs et généralement il s’agit d’emprunts à la tradition
juridique romaine. Ainsi, un important défi interpelle les intellectuels, en général, les juristes
africains, en particulier, celui de la construction d’un droit des personnes qui prennent en compte les
valeurs africaines.
Qu’à cela ne tienne, au Sénégal, le droit des personnes est régi par le Code de la famille. Un
texte de compromis adopté par le législateur sénégalais avec la loi 72-61 du 12 juin 1972 portant
Code de la famille. A ses travers ses différentes dispositions, le législateur sénégalais pose,
en s’inspirant du Code civil de 1804, le cadre général des différents droits et obligations dont
jouit toute personne juridique. Les personnes, au sens juridique du terme, sont les sujets de
droit c'est-à-dire « les êtres capables de jouir de droits ». Ce sont, en d’autres termes, ceux à
qui le droit confère des prérogatives (droits subjectifs) vis-à-vis de leurs semblables (droits
personnels) ou sur les choses (droits réels).
C’est la raison pour laquelle nous étudierons dans cette première partie deux titres :
la personnalité juridique (Titre I) et les incapacités (Titre II).
1
Les animaux, malgré la déclaration du 15 octobre de l’UNESCO ne sont pas des personnes mais bien des
choses distinctes cependant des choses inanimées.
2
Jean Carbonnier, Droit civil, Paris, PUF, 2004, 1496 p., p. 377.
3 ème
Yvaine Buffelan Lanore, Droit civil, Première année, Paris, Masson, 8 édit., 610 p, p. 589, 1992.
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déraisonnable de poser en principe que le corps humain fait la personne. Parce qu’il fait la
personne elle-même, le corps échappe au monde des objets, au droit des choses mêmes
vivantes. Il est défendu, protégé (A). Pour que cette défense soit efficace, il faut que l’on
puisse déterminer avec exactitude le commencement et la fin de ce corps humain, c’est la
question de la vie du corps humain (B).4
C’est ce principe de prohibition des atteintes au corps humain qui explique que, dans
un procès civil, la comparution personnelle (c'est-à-dire corporelle) d’une partie devant le
juge ne puisse être imposée manu militari, non plus qu’une expertise médicale ou un
prélèvement de sang ou de salive aux fins d’analyse. Celui qui refuse court seulement le
risque de perdre son procès. C’est la seule méthode que se permette le droit civil : pas de
coercition sur le corps, uniquement une pression sur la volonté, la crainte d’une perte,
4
Le corps humain dans la civilisation grecque a été excellemment mis en vigueur. La main de l’artiste a dessiné
d’admirables corps sur les vases de la Grèce antique. La pensée du philosophe a vanté l’exercice physique, voie
d’accès indispensable à la connaissance et à la sagesse V. François Terré ; Dominique Fenouillet, Droit civil, les
ème
personnes, la famille, les incapacités, Paris, Dalloz, 6 édition, 1145 p., p. 17, 1996.
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Le corps humain est hors du commerce. La personne est inaliénable. Pour protéger la
liberté en général, il a fallu limiter partiellement la liberté des actes juridiques ; ce qui ne
veut pas dire que soit contraire à l’ordre public tout acte juridique, spécialement toute
convention, ayant avec le corps humain une relation quelconque, directe ou indirecte. Le
droit tient largement compte du but poursuivi par les parties. C’est pourquoi il faut
distinguer entre les conventions qui portent à proprement parler sur le corps humain.
De telles conventions sont totalement prohibées. Nul ne peut totalement aliéner son
corps dans sa totalité. Ce serait se donner en esclavage. Cette interdiction semble atténuée
toutes les fois que la convention répond à des fins légitimes comme le don de sang, de
sperme, d’organes etc.
Le corps humain peut servir de cobaye dans l’intérêt de recherches biomédicales. Ces
contrats sont autorisés mais avec quelques limitations afin d’éviter les abus. Une distinction
est faite entre les expérimentations à finalité thérapeutique directe (dont le patient est
appelé à bénéficier lui-même) et les autres (ou le patient est appelé à souffrir pour le
progrès de la science et le bien de l’humanité). Dans le second cas, la responsabilité des
chercheurs et plus rigoureuse, et ils doivent verser au sujet passif sinon une rémunération,
du moins une indemnité en compensation des contraintes subies. Il s’agit bien d’une
convention, puisque le consentement de ce sujet est requis, un consentement libre, éclairé
et exprès. Toutefois, lorsqu’il y a impossibilité, d’une part, et d’autre part urgence, le droit
de consentir passe aux proches…s’ils sont là.
B. La vie humaine
Sans essayer de la définir, le droit se contente de la saisir par ses deux extrêmes qui sont
la naissance et la mort.
Une solution classique a été adoptée qui a été par la suite remise en question sous
l’influence d’un mouvement scientifique.
Cependant, l’alinéa 3 de l’article 1er CF dispose que « l’enfant peut acquérir des droits du
jour de sa conception, s’il né vivant ». Cette disposition est la consécration d’une ancienne
maxime latine à savoir infans conceptus pro nato habetur quoties de commodis ejus agitur.7
En effet, dès lors que l’enfant est né vivant est viable, sa naissance remonte à la date de sa
conception s’il acquiert de la sorte des droits, (pour des raisons de succession par exemple)
6
Articles 318 et 319 du Code pénal.
7
L’enfant conçu est réputé pour né toutes les fois qu’il y va de son intérêt.
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et non s’il doit en résulter pour lui des obligations. En application de l’alinéa 3 de l’article 1er,
« la date de la conception d’un enfant est fixée légalement et de façon irréfragable entre le
180e et le 300e jour précédant sa naissance. »
En définitive pour qu’un enfant ait la personnalité juridique, il faut qu’il naisse vivant.
Mais dans certains et notamment lorsqu’il y va de son intérêt, l’enfant peut acquérir la
personnalité juridique à partir de sa conception. Une telle solution a été remise en cause.
L’article 1er du CF dispose que « la personnalité cesse au décès ». La mort est donc
l’événement qui met fin à la personnalité juridique, confirmant ainsi les propos de Corneille
8
Pour Terré et Fenouillet « l’utilisation du mot éthique est aussi répandue que l’ignorance de sa signification
exacte. Le terme est hérité du grec, tandis que celui de la morale est hérité du latin. La morale est un ensemble
de règles de conduite admises à une époque par un groupe d’hommes et reposant sur la distinction du bien et
du mal. Quant à l’éthique, il s’agit d’une science ayant pour objet le jugement d’appréciation en tant qu’il
s’applique à la distinction du bien et du mal » [Link]. p. 17-18.
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8 12-13
qui disait que « chaque instant de la vie est un pas vers la mort ». Tout comme avec la
naissance, la loi ne donne aucune définition de la mort. C’est la science qui définit la mort
en disant sans émotion que c’est « l’arrêt complet et irréversible des fonctions vitales
(circulation-respiration). » Pour le doyen Carbonnier, la mort est un événement certain de
date incertaine.
Depuis l'origine des temps, tout ce qui entoure la mort est imprégné de la peur viscérale
qu'elle provoque. Les hommes ont toujours tenté de l'apprivoiser, d'abord en la
reconnaissant comme un être familier accompagnant le vivant tout au long de ses jours, puis
en l'entourant d'un cérémonial permettant au mourant d'achever sa vie au milieu du cercle
familial qui recueillait ses dernières volontés. Aujourd'hui, la mort est devenue honteuse, il
faut la cacher au mourant et encore plus aux autres ; la mort s'est « inversée » (4). On ne
meurt plus chez soi on meurt à l'hôpital. De cette évolution, nous conservons le culte des
morts et des mots, découpant la mort en une série de situations : mort naturelle, mort
violente, mort accidentelle, mort suicidaire, mort criminelle, mort suspecte, mort cérébrale,
mort apparente... Il n'y a plus une mort, il n'y a plus La mort mais différentes hypothèses de
« fin de vie ».
Au regard de cette formidable évolution scientifique et sociologique, le droit est resté
inchangé : autant la complexité du début de vie a été prise en compte, autant celle de la fin
de vie semble ignorée, comme si l'être passait brusquement de vie à trépas, de la situation
de personne en bonne santé à celle de cadavre à enterrer.9 Mais avec la médecine moderne,
les variations autour de la notion de coma, (coma vigil, coma d’intensité moyenne, coma
profond ou carus, coma dépassé)10 d’acharnement thérapeutique,11 de soins palliatifs12
jettent le flou sur ce qui n’est pour tout le monde qu’une vérité irréfutable. Deux situations
déconcertantes pour le droit concernant la fin de vie ne sont pas suffisamment bien prises
en compte par le droit. Il s’agit de ce continuum menant à la mort. En effet, comme le disait
9
Marie- France Callu, Autour de la mort : variations sur « Madame se meurt, madame est morte », RTD civ.
1999, p. 313.
10
Seulement dans le dernier cas on parle de mort cérébrale qui ne correspond pas forcément à la fin de la
personnalité juridique puisqu’il y a un débat entre les juristes. Certains disent que la mort est certaine alors que
d’autres estiment qu’il s’agit d’un majeur incapable, c'est-à-dire toujours des personnes. Voir Marie-France
Callu, Autour de la mort…op. cit. p. 12. Voir aussi Laurence Ravillon, Le statut juridique de la personne en état
végétatif chronique, Revue de droit sanitaire et social, 1999, p. 191.
11
On considère qu'il y a acharnement thérapeutique lorsque l'appareillage a suppléé complètement à la
fonction des organes humains.
12
Des soins qui ont la vertu de calmer, de soulager momentanément.
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9 12-13
René Etiemble « la mort n’est rien, mourir est tout. » Dès lors, toute la phase précédant la
mort mérite un questionnement. Certaines situations également ayant trait avec la manière
dont intervient la mort sont importantes à questionner. Il s’agit du suicide et de l’euthanasie.
2.1. Le moribond, le mourant et le gisant
Il s’agit, dans les deux premiers cas, de situations précédant la mort. Alors que dans la
troisième situation, la personne vient juste de mourir.
S’agissant de la première situation, en s’attardant sur le cas du moribond, il s’agit de
la personne13 se trouvant dans une situation médicale irréversible (ou apparaissant comme
telle en raison de la gravité de son état) ; mais n'étant pas encore mort, il est toujours une
personne au sens juridique de ce terme. Parce qu'il est conscient, parce qu'il est encore
totalement corpus et animus, ce malade va bénéficier de tous les droits attachés à sa
personnalité juridique. Le moribond est un corps, donc un esprit et partant a la personnalité
juridique.
S’agissant du mourant, le Petit Robert le définit comme celui qui meurt, l'agonisant,
l'expirant mais celui qui n'est pas encore mort. Potentiellement, son esprit est encore là.
Toutefois, les médecins s'interrogent pour savoir quel degré de compréhension de tels
malades peuvent conserver. Ce qui est certain, c'est qu'ils ne peuvent plus exprimer leur
volonté. Parce qu'ils sont toujours vivants, le droit leur maintien le bénéfice de la
personnalité juridique. Il peut s’agir d’une situation de mort apparente c’est à dire « l'arrêt
des fonctions respiratoire et circulatoire avec perte de connaissance. Cet arrêt peut être
transitoire, spontanément ou sous l'effet de manœuvres de réanimation, ou définitif : c'est
la mort confirmée.
Quant au gisant, la personne est bien morte mais sans être encore un cadavre c'est-à-
dire qu'elle ne peut bénéficier de la législation sur les dépouilles humaines. Si tous les
critères de la mort14 et les formalités la constatant sont remplies, la personnalité juridique
cesse.
2.2. La manière dont intervient la mort
13
Sujet d’examen : Le moribond, le mourant et le gisant.
14
C’est d’abord l’absence de circulation sanguine, On sait, aujourd'hui qu'une personne dont le cœur et la
respiration se sont arrêtés, dont le cerveau ne répond plus aux stimulations, n'est pas forcément morte, son
tronc cérébral pouvant continuer à fonctionner. C'est pourquoi le décret de 1996, outre les contrôles
antérieurs, insiste sur la recherche d'éventuelles réponses du système nerveux à des stimulations provoquées.
On ne fait plus appel, seulement, à des électroencéphalogrammes (variations électriques émises par le
cerveau) mais également à une angiographie qui permet de vérifier s'il existe encore une circulation
encéphalique.
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10 12-13
La manière dont intervient le décès est importante. Dans deux cas au moins le décès
pose problème. Il s’agit du suicide et de l’euthanasie. C’est la question du rôle de la volonté
dans la provocation de la mort. L’individu a-t-il le droit de disposer de son corps ? C’est le
conflit entre la sacralité de la personne humaine et la volonté de la personne.
Le suicide déconcerte le droit puisqu’il transforme en fait volontaire ce qui était par
excellence la « force majeure ». En droit français, l’acte suicidaire ainsi que la tentative de
suicide ont été décriminalisés. Même s’il est libre et licite, l’Etat a le droit et le devoir de
l’empêcher. Seule la provocation au suicide est incriminée depuis 1987. Au Sénégal, il n’y a
pas de texte sur cette question. La tentative de suicide n’est pas punie ce qui se comprend
aisément en tant que le suicide en lui-même n’est pas une infraction.
Le corps humain peut dans certaines circonstances se trouver dans des situations qui
font douter de l’existence de la personnalité juridique.
Dans certains cas, l’existence de la personne est douteuse car il y a longtemps qu’elle
n’a pas donné de ses nouvelles alors que l’existence de la personnalité juridique est basée
sur une certitude : l’existence de la personne humaine en vie. La mort doit être certaine,
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11 12-13
certitude constatée par la présence du cadavre. Sans cette présence, il ne peut être question
de mort, en principe.
A. L’absence
Dans la langue du droit, l’absence a une signification différente de son sens usuel. Dans
le langage courant, l’absence est la situation de la personne qu’on ne trouve pas à son
domicile ou sa résidence ou tout simplement celui qui ne se présente pas au lieu où il aurait
dû se trouver. Dans son sens juridique, l’absence est la situation de la personne dont le
manque de nouvelles rend l’existence incertaine.15
1. La présomption d’absence
La demande est formée un an au moins après la réception des dernières nouvelles par
tout intéressé et le ministère public par voie d’action.17 Il s’agit donc d’une action en
demande de déclaration de présomption d’absence introduite par simple requête devant le
15
Article 16 al.1 du CF.
16
Article 112 du Code civil.
17
Article 17 CF.
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12 12-13
Le seul dépôt de la demande produit des effets importants au double plan patrimonial et
extrapatrimonial. Au plan patrimonial, un administrateur provisoire des biens est désigné
par le tribunal qui seul peut le révoquer ou le remplacer éventuellement. Cet administrateur
établit un inventaire des biens du présumé absent et le dépose au greffe du tribunal
régional. Il a pouvoir de faire les actes conservatoires18 et de pure administration19 et peut
être autorisé en cas d’urgence à faire des actes de disposition.20
Au plan extrapatrimonial, s’il y a des enfants mineurs, le tribunal les déclare soumis au
régime de l’administration légale ou de la tutelle.
2. La déclaration d’absence
C’est l’acte par lequel une personne est juridiquement considérée comme absente. Cet
acte obéit à une certaine procédure et produit des effets. La procédure est la suivante : Deux
ans après le jugement déclaratif de présomption d’absence (soit quatre ans après les
dernières nouvelles), le tribunal pourra être saisi d’une demande en déclaration d’absence
et rendre, le cas échéant, un jugement déclaratif d’absence. Ce jugement produit des effets
au plan patrimonial et extrapatrimonial. Au plan patrimonial d’abord, on note une extension
des pouvoirs de l’administrateur provisoire ; il peut à partir de ce jugement accomplir des
18
Acte par lequel on maintien en l’état le patrimoine. Par exemple, réparation d’un bien, inscription d’une
hypothèque.
19
Acte d’exploitation ou de gestion courante du patrimoine. Par exemple, ouvrir un compte de dépôt, vendre
des meubles d’usage courant, conclure un bail à usage d’habitation.
20
Acte modifiant la composition du patrimoine. Par exemple vente d’un immeuble, renonciation à une
succession, conclusion d’un emprunt.
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13 12-13
actes d’aliénation à titre onéreux ou à titre gratuit sauf que pour cette seconde catégorie
d’actes, il devra faire expertiser le bien sur ordonnance du président du tribunal. 21
3. La déclaration de décès
A. La disparition
« Le disparu est la personne dont l’absence s’est produite dans des circonstances
mettant sa vie en danger, sans que son corps ait pu être retrouvé23 ». La disparition suppose
que la personne soit soumise à un péril de mort rendant vraisemblable son décès encore que
l’on ne puisse démontrer que ce péril de mort a causé effectivement la mort, d’où une plus
grande probabilité du décès, qui autorise une action immédiate des ayants droit du disparu.
La procédure est ici plus courte que concernant l’absence.
La requête est présentée par le ministère public ou par tout intéressé, soit à titre
individuel, soit collectivement en cas de disparition de plusieurs personnes dans les mêmes
circonstances. Elle est introduite à tout moment auprès du tribunal du lieu de la disparition
si celle-ci s’est produite sur le territoire sénégalais, sinon au tribunal régional de Dakar.
21
Article 22 CF
22
Article 166 CF.
23
Article 16 CF.
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14 12-13
Le nom au sens large désigne une suite de mots utilisés pour désigner une personne. En
tant qu’institution, le nom est la clé de l’individualisation. Qui recherche quelqu’un
commence par là. Le nom c’est une appellation, l’usage d’une suite de mots permettant de
désigner une personne et de la distinguer des autres. Le nom est constitué de certains
éléments (A) et soumis à un certain régime juridique (B).
- L’attribution du nom
- L’enfant légitime porte le nom de son père. En cas de désaveu, il prend le nom de
sa mère24 ;
- L’enfant naturel porte le nom de sa mère. Reconnu par son père, il prend le nom
de celui-ci25 ;
- L’adoption plénière26 confère à l’enfant le nom de l’adoptant et, en cas
d’adoption par deux époux, le nom du mari. Toutefois les enfants du mari
adoptés par l’épouse de celui-ci conservent le nom de leur père. L’enfant faisant
l’objet d’une adoption limitée27 porte le nom de l’adoptant qu’il ajoute à son nom
de famille; cependant le juge peut, dans l’intérêt de l’enfant, décider qu’il portera
seulement le nom de l’adoptant.
- L’attribution de l’usage du nom
C’est la situation de la femme mariée. Elle conserve son nom mais elle acquiert
durant le mariage et durant le temps qu’elle reste veuve le droit d’user du nom de son
mari.28 L’usage du nom du mari cesse avec le divorce.
- Enfants de parents non dénommés : l’enfant dont la filiation est inconnue porte le
nom que lui attribue l’officier de l’état civil. Le choix de ce nom doit être fait de
24
Article 3 CF
25
Article 4 CF
26
L’adoption n’est permise qu’en faveur des mineurs accueillis au foyer du ou des adoptants depuis au moins
un an. Article 228 CF.
27
L’adoption limitée est permise sans condition d’âge en la personne de l’adopté. Article 244 CF.
28
Article 7 CF.
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Aux termes de l’article 3 du CF, « les prénoms sont librement choisis lors de la
déclaration de la naissance à l’officier de l’état civil. » L’attribution du prénom est soumise à
la libre volonté des parents, généralement le père ou dans certaines situations (enfant
naturel non reconnu par le père, enfant adopté ou enfant trouvé) par le déclarant. Le choix
du prénom quant à lui est libre même si l’officier d’état civil peut opérer un contrôle pour
éviter des noms fantaisistes attentatoire à la dignité ou à l’intérêt de l’enfant. D’ailleurs, les
dispositions de l’article 9 du Code de la famille autorisent le juge en cas d’intérêt légitime de
changer, par jugement, le prénom de l’enfant figurant dans son acte de naissance. 30 Les
exemples sont nombreux de prénoms fantaisistes contraires à l’intérêt de l’enfant tels que
Ravi, Cerise, Fetnat. (Tel que l’abréviation de fête nationale figurant sur les calendriers) ou
Sauvassin (pour Joachim). En cas d’adoption, le prénom peut être changé sur la seule
demande de l’adoptant.
En droit français,31 « lorsque ces prénoms ou l’un deux, seul ou associé aux autres
prénoms ou au nom, lui paraissent contraire à l’intérêt de l’enfant ou au droit des tiers à voir
protéger leur nom de famille », l’officier d’état civil est certes tenu d’inscrire le ou les
prénoms mais il avisera sans délai le Procureur de la République qui a son tour saisira le juge
29
Article 5 CF.
30
Les prénoms de l’enfant figurant dans son acte de naissance peuvent être modifiés par jugement en cas
d’intérêt légitime et, en cas d’adoption, sur la seule demande de l’adoptant.
31
Article 57 al. 3 du Code civil.
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18 12-13
aux affaires familiales. Si le juge estime que le ou les prénoms portent atteinte à l’intérêt de
l’enfant, il ordonnera leur suppression du registre d’état civil.
En lui même et isolé du nom de famille, le prénom est sans conséquence juridique. Il
ne permet pas d’individualiser suffisamment la personne et ne peut sans être joint au nom
constituer à lui tout seul la signature, même si la jurisprudence française a tenu pour
valablement signé un testament olographe auquel le testateur n’avait apposé que son
prénom.32
Lorsque la personne a plusieurs prénoms, la question se pose de savoir par quel
prénoms l’appeler. En droit français, il n’existe pas de hiérarchie entre les différents
prénoms, chacun d’eux pouvant être choisi come prénom usuel.33 En l’absence de texte
similaire rien n’interdit d’étendre cette solution au Sénégal.
2.1. Le surnom
L’initiative du surnom peut provenir de la famille ou des tiers pour désigner l’individu
quelque fois d’ailleurs contre son gré. Lorsque le surnom est très répandu, il devient de facto
un élément du nom mentionné dans les documents officiels pour plus de précision. Si le
surnom est intéressant, il peut légitimer la possibilité de changer de prénom. En revanche,
s’il n’est pas flatteur, il est source de conflits.
2.2. Le pseudonyme
Le pseudonyme est un nom d’emprunt choisi par celui qui le porte afin de dissimuler
son état véritable, contrairement au surnom qui vient généralement des autres. C’est dit-on
encore, « un nom de fantaisie librement choisi par une personne pour masquer au public sa
personnalité véritable dans l’exercice d’une activité particulière. » Cependant, il peut être
recouru au pseudonyme pour des raisons professionnelles. Dans ce cas, en tant que création
32
Jean Carbonnier, [Link]. p. 439.
33
Article 15 al. 2 Code civil.
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de l’esprit, le nom littéraire ou artistique est comparable au nom commercial en ce qu’il fait
l’objet d’une certaine appropriation. Celui qui par un usage prolongé et la renommée a
acquis un droit sur le pseudonyme peut le défendre contre des tiers qui prétendraient se
servir d’un pseudonyme semblable, ou même l’appliquer comme marque à un produit. On
peut également recourir au pseudonyme à des fins privées pourvu que cela ne tende pas à
tromper les tiers ou à nuire à ceux-ci.
1. L’usage du nom
Le législateur n’aime pas voir des personnes sans nom. C’est ainsi qu’il a institutionnalisé
le nom comme élément d’identification de la personne. Toute personne est tenue d’avoir un
nom et d’en faire usage en se désignant et en se faisant désigner par lui (article 8 CF). La
personne a non seulement le droit mais encore l’obligation de faire usage du ou des
prénoms que son acte de naissance lui attribue.
Le nom est définitivement attribué à la naissance. Nul ne peut porter que le nom
mentionné sur son acte de naissance. On ne peut changer de nom sauf intérêt légitime
et suivant une procédure complexe et longue. En effet, le changement de nom
patronymique ne peut être autorisé que par décret. La demande sera publiée au Journal
officiel. Pendant le délai d’une année à compter de cette publication, toute personne
justifiant d’un intérêt légitime pourra faire opposition au changement de nom. Le décret
autorisant le changement de nom est publié au J.O.34
2. La protection du nom
Le nom est un droit subjectif protégé internationalement. C’est le cas du Pacte des
Nations Unies relatif aux droits civils et politiques en son article 24.2 déclare que « tout
enfant doit être enregistré immédiatement après sa naissance et avoir un nom ».
Autre exemple, l’article 7.1 de la Convention de New York de 1990 sur les droits de
l’enfant selon lequel « l’enfant est enregistré aussitôt après sa naissance et à dès celle-ci le
droit à un nom, le droit à une nationalité et, dans la mesure du possible, le droit de connaitre
ses parents et d’être élevé par eux ».
On ne peut pas être privé d’en avoir, on peut agir en réclamation de son nom
patronymique et lorsqu’on l’a, on a le droit de s’opposer à son usurpation et à son utilisation
par les tiers. Tout individu a droit à un nom. Le droit au nom est un droit subjectif à classer
dans la catégorie des droits extrapatrimoniaux c'est-à-dire les droits qui n’ont pas de valeur
pécuniaire, que l’on ne peut pas évaluer en argent, du moins en principe. Cela implique que
le nom est indisponible et imprescriptible.
34
Article 10 CF.
35
François Terré ; Dominique Fenouillet, Droit civil ; les personnes, la famille, les incapacités, Paris Dalloz, 1170
p. p. 147.
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Paragraphe II : Le domicile
A. La notion de domicile
Le domicile est une institution et en tant que telle il est obligatoire en ce sens que
tout individu doit pouvoir être rattaché à un lieu donné. Autant il est obligatoire, autant il
constitue de nos jours un droit subjectif qui apparait comme un attribut de la personnalité
du fait que tout individu a droit au domicile.
Le domicile se caractérise enfin par son unité : une même personne ne peut avoir
qu’un seul domicile pour des considérations de logique (on ne peut être localisé à plusieurs
endroits à la fois) et d’organisation sociale (difficultés de localiser une personne en cas de
pluralité de domicile). Le principe de l’unité du domicile peut paraitre très gênant pour la
personne qui a plusieurs centres d’intérêts et qui noue dans chacun d’eux des relations avec
les tiers. Pour cette raison, le législateur a prévu un tempérament en édictant la règle selon
laquelle « la personne peut avoir une ou plusieurs résidences là ou elle a d’autres centres
d’intérêt » (art. 12 al. 2 CF). Ce qui nous pousse à distinguer la notion de domicile des
notions voisines.
Le droit prend en compte toutes ces notions pour parvenir à toujours localiser la
personne dans l’espace. C’est ce qui ressort des dispositions de l’article 14 CF « si le domicile
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23 12-13
ne peut être déterminé, la résidence actuelle en produira les effets. A défaut de résidence,
l’habitation en tiendra lieu ». Une fois la notion précisée, on s’interroge sur la détermination
du domicile.
B. La détermination du domicile
Le domicile est tantôt déterminé par la volonté privée tantôt par la loi.
« La personne est domiciliée au lieu de son principal établissement » art 12 CF. La règle
est posée d’autorité mais le choix du principal établissement relève de la volonté de la
personne. C’est un aspect de la liberté individuelle en ce sens que l’individu a le droit de
choisir un domicile et d’en changer. Un individu ne peut cependant fixer son domicile en un
lieu ou il n’aurait aucun établissement effectif. Son intention n’est efficace que lorsqu’elle se
caractérise dans une installation de fait. Il faut donc la réunion de deux éléments : la
matérialité (corpus) et l’intention (animus).
C’est le domicile que la loi désigne d’office à certaines personnes se trouvant dans une
situation déterminée. Deux situations sont à distinguer.
La loi fait dépendre du domicile d’une personne le domicile d’une autre personne,
parce que celle-ci, d’une certaine mesure dépend de celle là. Aux termes de l’article 13 CF
« sont domiciliés :
- Le mineur non émancipé chez la personne qui exerce sur lui le droit de garde ;
Depuis la loi 89-01 du 17 janvier 1989, la femme mariée ne fait plus partie de la liste
des personnes dont la loi fixe d’autorité le domicile. Cette liste, n’étant composée de
d’incapable, la soustraction de la femme des membres de cette liste montre la volonté du
législateur de ne plus considérer la femme comme une incapable ne serait-ce que dans la
forme. Cependant, cette réforme n’est pas en cohérence avec les autres dispositions du
code de la famille notamment les articles 153 al. 1er et 167 al. 1er. La première disposition
citée donne le droit au mari de fixer la résidence du ménage. La femme est tenue de l’y
suivre, sauf si la maison présente pour elle et pour sa famille des dangers d’ordre moral ou
physique. Dans un tel cas, elle peut être autorisée par le juge à avoir, avec ses enfants, une
résidence séparée. La deuxième disposition donne compétence, en matière de divorce au
tribunal du domicile de l’épouse. Il s’infère de ces différentes dispositions une obligation de
mise en cohérence de toutes ces dispositions afin que le Sénégal puisse se conformer aux
nouvelles exigences de l’égalité des sexes et des impératifs des relations internationales
d’ordre privé (Droit international privé).
l’utilité du domicile. Vu son importance, le domicile fait l’objet d’une protection dans la
constitution même qui consacre le principe de l’inviolabilité du domicile. (Perquisition, vol
avec effraction, escalade, sape etc.).
Le sexe n’est pas une institution mais le législateur le considère comme un élément
pertinent dans l’organisation de l’état des personnes (mariage, état civil) et en tient compte
en droit de la famille et dans pratiquement toute l’organisation de la cité.
Il s’agit d’un élément de la nature humaine qui nous permet d’opérer un classement
binaire dans les populations : Adam et Eve, l’homme et la femme, le masculin et le féminin.
C’est le partage primordial qui se traduit par des signes familiers rarement équivoques
(apparence corporelle, comportement vestimentaire). Mais avec la modernité des difficultés
peuvent apparaitre dans cette classification binaire. C’est le cas des travestis.
- La mention du sexe est obligatoire dans l’acte d’état civil (art. 52 CF). Ce sont les
cliniques et maternités qui font la déclaration. Le sexe est repérable dès la
naissance et de nos jours, avec l’écographie, même avant la naissance ;
- La différence de sexes est une condition de validité du mariage en droit
sénégalais. Dans certains pays cela n’est pas le cas.
- La différence de sexe est prise en compte en matière de succession.
sexe. » Sans nommer expressément l’homosexualité, cette disposition n’en demeure pas
moins une bonne base juridique pour la répression de l’homosexualité au Sénégal.
Une autre question se pose avec acuité concernant le sexe. Il s’agit du
transsexualisme. Chez le transsexuel il y a dysharmonie. Le Transsexuel a la conviction
d'appartenir au sexe opposé au sien. On parle de :
- Transsexuel à vocation féminine (possède un corps d'homme),
- Transsexuel à vocation masculine (possède un corps de femme).
Il possède "la conviction inébranlable depuis l'enfance, véritable idée prévalante au sens
psychiatrique du terme, d'être psychiquement de l'autre sexe, et demande impérativement un
traitement médico-chirurgical susceptible de rendre son aspect physique conforme à son aspect
psychique. Il demande également la rectification de son état civil".
Depuis 1992, la Cour de Cassation, en Assemblée plénière a décidé que :
"lorsqu'à la suite d'un traitement médico-chirurgical subi dans un but thérapeutique, une
personne présentant le syndrome de transsexualisme ne possède plus tous les caractères de
son sexe d'origine et a pris une apparence physique la rapprochant de l'autre sexe, auquel
correspond son comportement social, le principe du respect dû à la vie privée justifie que son
état civil indique désormais le sexe dont elle a l'apparence".
Au terme d'une évolution jurisprudentielle difficile, la Haute juridiction française s'est
efforcée d'apporter à un problème humain et social complexe, une solution pragmatique
tenant compte tout à la fois des souffrances du transsexuel, des exigences de l'ordre public
et de l'évolution jurisprudentielle européenne. Mais on remarquera qu'elle ne s'est pas
prononcée sur la réalité du sexe ! Il n'est pas fait état de conversion ni de changement de
sexe, mais de "rapprochement sexuel" et de respect de la vie privée.
En droit sénégalais, en raison du principe de l’immutabilité du sexe, aucune
rectification du sexe mentionné sur les actes d’état civil n’est possible.
36
Ambroise Colin et Henri Capitant, Traité de Droit civil, Paris, Dalloz, Tome I, p. 46, 1071 p.
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27 12-13
personnes, tel qu’il vient d’être défini : les naissances, les mariages, les décès.37 Mais l’état
civil est aussi un ensemble de règles de droit, une institution, éminemment municipale, qui
a sa base dans les mairies, un office dont les maires sont les officiers.38
L’état civil constitue un champ de concurrence entre les autorités étatiques laïques et
les autorités religieuses. Les différents événements de la vie de famille sont généralement
célébrés religieusement. Mais de nos jours, il ya une monopolisation de ces services par
l’Etat qui en a fait un service public parallèle et autonome vis-à-vis des offices religieux
auxquels la loi continue malgré tout de conférer une légitimité et d’attacher des
conséquences juridiques.39
L’état civil reste un service public (A) qui, à première vue, pourrait sembler relever
d’une réglementation purement administrative. Il ressortit, pourtant, au droit civil, parce
que son activité se manifeste par l’établissement d’actes (B) qui sont essentiellement
destinés à produire des effets de droit civil, parce qu’également les tribunaux civils eux-
mêmes y participent, par certains de leurs jugements (C).
Il s’agit d’un service public judiciaire, rattaché au service public de la justice. L’état
des personnes est placé sous la sauvegarde de l’ordre judiciaire (les tribunaux administratifs
sont radicalement incompétents en cette matière). Le maire, officier de l’état civil, dispose
d’un personnel (a) qui tient un certain matériel (b).
a. Le personnel de service
Il est constitué par l’officier d’état civil et par des particuliers appelés à collaborer au
service.
37
Voir article 30 CF.
38
Carbonnier, op. cit. p ; 471.
39
Cette monopolisation des services de l’état civil est le résultat de la sécularisation en France, c'est-à-dire la
séparation de l’Eglise et de l’Etat intervenue en 1905 à travers une loi dite de séparation des Eglises et de l’Etat.
C’est ainsi que la France applique une forme de laïcité interdisant l’expression outrancière de l’appartenance
religieuse dans la sphère publique. Voir Jean-Claude Monod, Sécularisation et laïcité, Presses universitaires de
France, coll. « Philosophies », 2007, 152 p.
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28 12-13
Les actes de l’état civil sont reçus par les officiers de l’état civil dans les centres
principaux et les centres secondaires rattachés à un centre principal. Les centres principaux
sont les communes et les sous préfectures. Dans les communes, en principe, c’est le maire
qui assume les fonctions d’officier de l’état civil. Il peut déléguer ses pouvoirs à un adjoint,
un conseiller municipal ou un fonctionnaire spécialement désigné par la loi. Dans les sous-
préfectures, ces fonctions sont remplies par le sous préfet ou à défaut par une personne
sachant couramment lire et écrire le français et désigné par arrêté préfectoral.
Dans les centres secondaires,40 les fonctions d’officier d’état civil sont remplies par
une personne désignée par arrêté préfectoral. Il exerce ses fonctions sous le contrôle et la
responsabilité de l’officier d’état civil du centre principal auquel est rattaché son centre. De
ce centre, l’officier d’état civil reçoit les déclarations de naissance et de décès, constate les
mariages mais n’a pas qualité pour les célébrer.41
- Les parties : les personnes qui interviennent elles mêmes à un acte les
concernant comme pour le mariage ou bien par l’intermédiaire d’un mandataire
dûment autorisé. Exemple : La reconnaissance de l’enfant naturel par le père ou
la mère ;
- Les déclarants : les personnes sur la déclaration desquelles l’officier de l’état civil
établit l’acte. Exemple : Naissance, décès puisque l’intéressé ne peut le faire lui-
même ;
- Les témoins : les personnes qui certifient l’identité des parties et l’exactitude de
leurs dires et vérifient que l’acte établi est conforme aux déclarations faites.
b. Le matériel de service
Il existe deux catégories de matériel sans lesquelles le service de l’état civil ne peut
fonctionner. Les registres et le livret de famille.
40
Ils sont crées par arrêté du ministre de l’intérieur.
41
Article 32 in fine.
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29 12-13
Livre dans lequel les renseignements relatifs à l’état des personnes sont inscrits. Le
registre est régit par deux principes. D’abord le principe de la reliure. Dans chaque centre de
l’état civil, il y a un registre spécial pour chaque catégorie d’actes (naissance, décès,
mariage). L’acte de l’état civil est directement inscrit sur le registre déjà préconstitué ou bien
sur une feuille numérotée mobile, et l’ensemble sera ensuite relié. Le principe de la reliure a
priori ou a posteriori a pour but d’empêcher les fraudes par antidate.
- Le livret de famille42
C’est le document sous forme de livret remis aux époux lors de leur mariage et
contenant un extrait de l’acte de mariage et des pages en blanc pour les événements qui
surviendront (naissances, décès des conjoints ou des enfants, adoption, divorce, séparation
de corps). Il est remis gratuitement à l’époux et copie conforme est remise à l’épouse au
court de l’établissement de l’acte de mariage.
Les actes de l’état civil concernent tous les événements de la vie. Naissance, mariage,
décès. Pour chaque moment, un acte. D’autres événements tels que les jugements de
démariage (annulation, divorce et séparation de corps) parce que traduisant une situation
42
Article 80 CF.
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30 12-13
de l’état des personnes, peuvent être des actes de l’état civil. Etant de plusieurs types, il est
plus judicieux, pour mieux saisir les actes d’état civil, d’en faire ressortir les traits
proprement juridiques. Les actes de l’état civil sont des actes solennels, ils ont une certaine
force probante, d’où la nécessité de procéder à la surveillance de la tenue des registres.
Les actes de l’état civil sont des actes solennels, authentiques rédigés par des officiers
de l’état civil. Cela a plusieurs conséquences :
- L’inscription de l’acte sur les registres se fait selon une certaine technique de
rédaction, la loi pouvant imposer certaines mentions en fonction de la nature de
l’acte ;
La présence de l’officier d’état civil, des parties et éventuellement des témoins se
manifeste par leur signature au bas de l’acte. Si l’une des parties ne sait pas
signer, mention en est faite dans l’acte. En cas d’inobservation de ces formes, la
nullité peut être prononcée quand la formalité violée est une formalité
substantielle.
2. La force probante des actes de l’état civil
Les actes de l’état civil font foi jusqu’à inscription de faux. Dès lors, les copies ont la
même valeur que l’acte original si elles sont régulièrement délivrées. L’état des personnes
ne peut être établie ou prouvé que par les actes de l’état civil.
La surveillance de l’état civil est doublement assurée. D’une part par le juge du Tribunal
départemental et d’autre part par le ministère public.
Cette visite de contrôle doit être mentionnée sur les deux registres en cours de
chaque catégorie d’acte. Et cette mention doit comporter l’appréciation générale de la
tenue des registres. Après la visite, le juge dresse un rapport qu’il adresse à l’officier d’état
civil pour lui faire part de ses observations et en fait copie au ministère public.
b. Le Ministère public
C’est le cas lorsqu’il s’agit d’une omission ou d’une erreur purement matérielle
(mauvaise écriture, faute d’orthographe) dans la rédaction de l’acte. Il appartient,
concurremment au Juge départemental et au Procureur de la République que de faire
procéder d’office à leur rectification. A cet effet, ils donnent directement les instructions
utiles aux dépositaires des registres.43
Dans tous les autres cas d’omissions ou d’erreurs, la requête en rectification peut
être présentée par toute personne intéressée ou par le ministère public au juge du tribunal
départemental dans le ressort duquel l’acte à rectifier a été dressé. Le dispositif de la
décision portant rectification est transmis par le ministère public au dépositaire des registres
où se trouve inscrit l’acte rectifié. Mention de ce dispositif est aussitôt portée, avec
43
Article 90 CF
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32 12-13
référence au jugement, en marge dudit acte et, au cas où l’erreur porterait sur la date de
l’acte, en marge du registre à la date où l’acte aurait dû être inscrit.
Quand aucun acte n’aura été dressé ou que la demande en aura été introduite
tardivement (après le délai de six mois), le juge du tribunal départemental, dans le ressort
duquel l’acte aurait dû être reçu, pourra par jugement autoriser l’inscription par l’officier
d’état civil.
b. Destruction d’acte ou de registre45
44
Article 87
45
Article 89 CF
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33 12-13
46
Ces droits peuvent être rangés dans la catégorie des droits naturels. L’école du droit naturel ou l’école
idéaliste est très ancienne. Elle apparait déjà dans la philosophie grecque et l’on peut citer dans l’Antigone de
Sophocle la réponse que fait le jeune Antigone au Roi Créon qui lui reproche d’avoir enterré son frère malgré la
défense qui lui en avait été faite : « Je ne pensais pas, dit Antigone, que vos ordres puissent prévaloir sur la
volonté des immortels, sur ces lois qui ne sont pas écrites et qui ne sauraient être effacées. Ce n’est pas
d’aujourd’hui, ce n’est pas d’hier que ces lois existent, elles sont de tous les temps et personne ne peut dire
quand elles ont pris naissance. » Pour Jean Jacques Rousseau, la loi naturelle est celle que peut découvrir la
raison humaine. Dans son « contrat social » il expose que les hommes ont d’abord vécu à l’état de nature puis
par le « contrat social » ils abandonnèrent au pouvoir social une partie de leurs prérogatives mais une partie
seulement, ils conservèrent certaines prérogatives, inhérentes à la nature humaine telles que le respect de la
vie, la liberté d’aller et de venir, la liberté de conscience… ce sont les droits naturels et le pouvoir ne peut y
porter atteinte. Cette théorie a été vivement critiquée notamment sur la difficulté à s’entendre sur le contenu
du droit naturel. Ceux qui tentent de la définir sont forcément influencés par leur culture, leur origine, leurs
opinions philosophiques, leurs croyances religieuses. D’où la formule de Pascal « Plaisante justice, qu’une
rivière ou une montagne bornent ! Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà ». Voir Buffelan-Lanore ; [Link].
p. 14 et 15.
47
Ce texte est différent de la déclaration universelle des droits de l’homme adoptée le 10 décembre 1948 par
l’Assemblée générale des nations unies.
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34 12-13
donc d’une affaire concernant celui qui se plaint contre celui qui est supposé être l’auteur de
la violation sur le fondement de l’article 118 du COCC ou 1382 du Code civil français.
Pour traiter des attributs de la personnalité, nous ferons la distinction entre les droits
de la personnalité (para I) et les libertés individuelles (Para II).
A. Le droit à l’honneur
La notion recouvre deux phénomènes. L’un psychologique, l’autre social. L’honneur c’est
à la fois le sentiment qu’à la personne d’être irréprochable (sans reproche) en morale
comme en droit et le fait qu’elle est considérée comme tel par les autres (la société globale
ou un cercle restreint).48 L’honneur est lié à la dignité humaine et est fonction du sentiment
que l’on a de sa propre dignité et du sentiment que les autres ont de notre dignité. Au plan
pénal, ce droit est protégé par le délit de diffamation ou d’injures publiques (articles 258 et
262 du Code pénal). Au plan civil, la victime est fondée à demander réparation et en cas
d’atteinte par voie de presse, de solliciter un droit de réponse.
L’honneur s’étend par solidarité à la famille et aux héritiers qui peuvent dès lors intenter
une action en réparation.
B. Le droit à la dignité
Le droit à la dignité est apparu plus tard. Il vient du fondement selon lequel avant
d’imposer le respect de sa dignité aux autres chacun a le devoir de garder sa propre dignité.
Mais force est de reconnaitre, qu’entre l’honneur et la dignité, il est difficile de tailler un
domaine spécifique à la dignité. Serait contraire à la dignité humaine, le contrat de travail
48
Carbonnier, op. cit. p. 510.
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35 12-13
soumettant le salarié à une fouille au corps à sa sortie de l’usine. Il a été dit pour droit par le
Conseil d’Eta français que l’attraction consistant à organiser un lancer de nain était contraire
à la dignité humaine qui fait partie intégrante de l’ordre public. Dès lors, le maire, investie
d’un pouvoir de police municipale, est fondé dans son interdiction.49
C. Le droit à l’image
C’est le droit à la propre image reconnu à toute personne comme un droit exclusif. En
vertu de ce droit, une personne peut s’opposer à ce qu’une personne puisse utiliser son
image sans qu’elle n’y soit autorisée expressément ou tacitement. Il est donc interdit de
tirer un portrait, prendre des photos ou prendre un film sans autorisation expresse ou tacite.
Il n’est pas besoin que le tiers ait agi avec une intention bienveillante, le mobile légitime
n’est pas une justification. Par exemple, un journaliste ne peut pas invoquer le droit à
l’information du public pour violer le droit à l’image. Si tel est le cas, le titulaire du droit à
l’image peut demander des dommages intérêts et solliciter du juge également que la
publicité faite de son image cesse et pourra également demander la destruction des clichés.
Josserand une virtualité de droit. Une telle notion se dissoudrait si elle devait rester sans
rivages. La liberté se définit par ses limites nécessaires. Les libertés individuelles sont
presque innombrables. On peut en citer quelques unes.
D. La liberté de conscience
La liberté de conscience c’est la liberté de croire ou de ne pas croire. C’est la liberté
d’avoir une religion ou de ne pas en avoir et même d’en changer. Cette liberté se heurte
souvent à la liberté religieuse. Celle de vivre sa foi librement et entièrement. Souvent
l’exercice de la liberté religieuse peut entrainer quelques discriminations. C’est pourquoi
l’équilibre est très difficile à tenir entre la liberté de conscience et la liberté religieuse.
Après l’étude des personnes physiques, le droit consacre une deuxième catégorie de
personnes, les personnes morales auxquelles nous allons consacrer le chapitre II.
La personnalité, au sens juridique du terme, est une aptitude à être titulaire actif ou
passif de droit. Seule une personne peut être propriétaire, créancier, débiteur, demandeur
en justice, etc. A priori, le concept juridique de personne paraît recouvrir celui le concept
biologique de personne humaine. Au sens juridique du terme, les personnes humaines n’ont
pas toujours été des personnes juridiques et inversement, les personnes juridiques ne sont
pas que des personnes humaines. - Toute personne humaine n’est pas nécessairement une
personne juridique : Au regard du droit civil, tous les êtres humains sont des personnes
juridiques. Les hommes, les femmes, les enfants ont tous la personnalité juridique. Cela
signifie qu’ils sont tous sujet de droit, ils ont tous un patrimoine et ont vocation à être
titulaire de droit. Ils n’ont pas tous la capacité d’exercer seuls leurs droits : ils doivent être
assisté voire représenter.
Néanmoins, celui qui gère leur affaire, le fait en leur nom et pour leur compte, même
frappé d’une incapacité d’exercice, ils bénéficient d’une capacité de jouissance. Cela n'a pas
toujours été le cas. Ainsi, en droit romain, l'esclave était une chose, au même titre des objets
matériels. Les esclaves, êtres humains, faisait donc l'objet d'un droit réel, d'un droit de
propriété. Ils pouvaient être vendus, donnés, éventuellement tués. Rappelons-nous que
l’esclavage n’a été aboli dans les colonies françaises qu’au milieu du 19e siècle. De la même
manière, notre droit a admis dans son histoire que certaines personnes humaines se voient
retirées la personnalité juridique. Les morts civils, qui étaient bien vivants, étaient morts
juridiquement : leur succession était ouverte, leur mariage dissous, etc... La mort civile qui
frappait certains criminels ne fût abolie que par la loi du 31 mai 1854.
Les personnes juridiques ne sont pas que des personnes humaines : La personnalité
juridique étant l’aptitude à être titulaire de droits, on pourrait penser, dans une vision
purement individualiste du droit, que seuls des individus peuvent être dotés de la
personnalité juridique et qu’il n’y a donc que des personnes physiques. Or, toutes les
personnes que le droit civil reconnaît ne sont pas tous des êtres humains.
En effet, le droit reconnaît à des entités l’aptitude à participer en tant que telles à la
vie juridique : ces entités sont les personnes morales. Il existe même des corps de règles qui
ne régissent que des rapports entre des entités purement abstraites : ainsi en est-il du droit
international public qui régit les rapports entre Etats, l’individu n’apparaissant pas comme
un sujet de DIP.
Nous verrons quelle est la nature juridique des personnes morales (§1), leur diversité
(§2) et leur régime (§3).
Il est impossible de donner une liste exhaustive des personnes morales, d’autant
plus, on l’a vu, que la théorie de la réalité permet de reconnaître cette qualité à des
groupements, en dehors d’une disposition expresse du législateur. Cependant, quelques
oppositions méritent d’être soulignées. On oppose les personnes morales de droit public aux
personnes morales de droit privé. Les personnes morales de droit public recouvrent l’Etat,
les collectivités locales (région, commune, communauté rurale, les établissements publics
qui assurent une mission de service public (hôpitaux, Universités, etc…). Parmi les personnes
morales de droit privé, on peut distinguer les groupements de personnes et les groupements
de biens.
A. Les groupements de personnes
Les principaux groupements de personnes dotés de la personnalité juridique sont : les
sociétés civiles, commerciales, les associations, les mutuelles, les groupements d’intérêt
51 èm
Civ. 2e, 28 janv. 1954, D. 1954-217, note G. Levasseur, Grands arrêts de la jurisprudence civile, Dalloz, 12 ).
économique (GIE), les comités d’entreprise, les partis politiques, les syndicats, les Ordres
professionnels, etc.
Sans entrer dans le détail de chacun de ces groupements, décrivons brièvement les plus
nombreux : les sociétés et les associations :
Les sociétés : L’art. X de l’AU sur le droit des sociétés définit la société : « La société
est instituée par deux ou plusieurs personnes qui conviennent par un contrat d’affecter à
une entreprise commune des biens ou leur industrie en vue de partager le bénéfice ou de
profiter de l’économie qui pourra en résulter ». La société a un but lucratif. On distingue les
sociétés civiles et commerciales. Sont commerciales, les sociétés soit par leur objet
(réalisation d’actes de commerce) soit par leur forme SNC, sociétés en commandite simple,
société anonyme, SARL. Les autres sont civiles.
Les associations : L’association est un groupement de personnes sans but lucratif. La
liberté d’association est une liberté fondamentale garantie depuis la loi du 1er juillet 1901.
Toute personne peut constituer librement une association sans autorisation préalable
nécessaire. Cependant, le groupement ne sera doté de la personnalité morale qu’à compter
de sa déclaration en préfecture. De plus, est entachée de nullité, une association « fondée
sur une cause ou en vue d’un objet illicite, contraire aux lois, aux bonnes mœurs, ou qui
aurait pour but de porter atteinte à l’intégrité du territoire national et à la forme
républicaine du Gouvernement ».
Nous verrons les règles communes aux personnes morales qui permettent leur
individualisation (I), leur fonctionnement (II) et entraînent leur dissolution (III).
La personne morale a un nom : il s’agit d’un titre pour une association, d’une
dénomination sociale pour les sociétés commerciales, d’une dénomination pour les
fondations et les syndicats…. Il est, en principe librement choisi mais ne doit pas heurter les
droits des tiers (risque de confusion en imitant le nom d’un groupement concurrent) et pas
porter atteinte à l’ordre public et aux bonnes mœurs. Il n’est pas non plus possible de
reproduire un patronyme autre que celui d’un des associés. Le nom de la personne morale
est protégé contre les risques d’usurpation ou de confusion. Il peut être modifié, sous
réserve d’observer des règles de publicité destinées à informer les tiers. Il peut aussi être
cédé à titre onéreux ou gratuit. Les personnes morales de droit privé ont un domicile,
comme les personnes physiques. Le domicile des personnes morales est au lieu du siège
social déterminé lors de la création de la personne morale dans ses statuts. Cependant, pour
déterminer la compétence territoriale des juridictions, l’art. 43 du NCPC prévoit que ce lieu
s’entend, s’il s’agit d’une personne morale « du lieu où celle-ci est établie ».
Cela signifie que la personne morale peut être attrait en justice, au lieu du siège social
mais aussi en tout autre lieu où le groupement dispose d’un centre d’administration, de
production, de distribution, à la tête duquel est placée une personne qui a le pouvoir de
l’engager vis à vis des tiers. C’est la transposition de la jurisprudence dite « des gares
principales » élaborée par la jurisprudence au 19e siècle (Req., 19 juin 1876) pour permettre
aux personnes d’agir contre une personne au lieu où le différend est né.
Les personnes morales ont une nationalité. Elle est déterminée par le lieu du siège social.
Est considérée, en principe, comme étant une personne morale française, toute personne
morale qui a son siège sociale en France. Il arrive cependant, en particulier en période de
guerre, que d’autres critères s’ajoutent (tel celui du contrôle) et que le seul lieu du siège
social ne soit pas suffisant pour accorder le bénéfice d’avantages réservés aux nationaux.
Les personnes morales ont un patrimoine distinct de celui de ses membres. Cela a
pour conséquence que les créanciers de la personne morale n’ont pas d’action sur le
patrimoine des membres de celle-ci et que les créanciers des membres de la personne
morale n’ont pas d’action contre celle-ci. Il y a un cloisonnement des patrimoines, plus ou
moins étanche selon le type de personne morale (dans certaines formes de société, les
associés sont solidairement et indéfiniment tenus des dettes de la société).
Les membres de la personne n’ont aucun droit sur le patrimoine de la personne si
elle a été constituée à but non lucratif. S’il s’agit d’une personne à but lucratif, chacun a un
droit sur le patrimoine social, qui se traduit notamment par la perception de dividendes. Les
personnes morales, entités abstraites, ont besoin d’organes qui la gèrent, l’administre et de
représentants auprès des tiers. Des assemblées générales déterminent les modalités de
fonctionnement du groupement et souvent, un conseil plus restreint veille au respect des
orientations arrêtées par l’assemblée. De grandes différences dans les modalités de
fonctionnement existent selon la personne morale envisagée. De plus, les fondateurs de la
personne morale sont, en principe, libres de déterminer les modalités de son
fonctionnement. La capacité juridique de la personne morale est limitée par le principe de
spécialité de son objet social. Elle ne peut pas accomplir un acte qui excède les limites de son
objet social, c’est-à-dire la raison pour laquelle elle a été créée. Certaines personnes morales
(comme les associations) n’ont, en principe, pas la capacité de recevoir des libéralités (sauf à
être reconnue d’utilité publique).
La personne morale peut être responsable civilement, tant sur le terrain contractuel
que sur le terrain délictuel. La jurisprudence a eu l’occasion de l’affirmer dans une affaire où
un ouvrier était décédé à la suite du fonctionnement défectueux d’un monte-charge
manœuvré par l’un des associés. La responsabilité civile de la société avait été recherchée
sur le terrain de la responsabilité des commettants du fait de leur préposé : « Attendu que la
personne morale répond des fautes dont elle s’est rendue coupable par ses organes et en
doit la réparation à la victime sans que celle-ci soit obligée de mettre en cause, sur le
fondement de l’art. 1384 al. 4 du Code civil, lesdits organes pris comme préposés » (Civ. 2e,
27 avr. 1977, Bull. civ. II n°108). Depuis quelques années, on note les balbutiements d’un
régime de responsabilité des personnes morales en droit sénégalais. Pour s’en convaincre, il
faut lire les dispositions de la loi 2004-09 du 06 février 2004 relative à la lutte contre le
blanchiment de capitaux qui prévoit un peine d’amende pour les personnes morales
convaincues de violation aux dispositions de la loi.52
La responsabilité pénale des personnes morales n’exclut pas celle des personnes
physiques auteurs ou complices des mêmes faits »). La personne morale ne peut être
poursuivie que si le texte d’incrimination le prévoit de manière expresse pour les personnes
morales. De plus, l’infraction doit avoir été accomplie pour la compte de la personne morale
et par ses organes ou représentants (et non un préposé). Les peines peuvent être
contraventionnelle, correctionnelle ou criminelle. Naturellement, l’emprisonnement est
exclu mais de fortes amendes peuvent être prononcées. De plus, dans les cas les plus graves,
le juge peut aller jusqu’à prononcer la dissolution de la personne morale, c’est-à-dire sa mort
alors que la peine de mort a été supprimée pour les personnes physiques.
52
Voir l’article de Ndiaw Diouf publié à la revue sénégalaise de droit.
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- pour les associations, les syndicats ou les fondations, les éléments d’actif doivent être
dévolus selon les prévisions statutaires, en principe à un autre groupement dont l’objet
social est similaire.
La capacité peut être définie comme l’aptitude qu’une personne a, étant donné son
état, à être titulaire des droits privés et à les exercer. La détermination des conditions
auxquelles on est sénégalais est une question d’état ; la détermination des droits qu’un
étranger peut exercer est une question de capacité. Une personne incapable est celle qui est
privée par le droit de la jouissance ou de l’exercice de certains droits.
En revanche, les mineurs, les enfants qui n’ont pas atteint 18 ans, peuvent être
titulaires de tous les droits, mais ils ne peuvent pas les exercer par eux-mêmes, c’est leur
père ou leur tuteur qui les exerce en leur nom et place. C’est une incapacité d’exercice.
Au Sénégal, un régime clair et précis d’incapacités est posé par le législateur. Deux
types d’incapacités sont consacrés par la loi. Il s’agit de l’incapacité liée à l’âge, les mineurs,
et de l’incapacité de certaines catégories de majeurs.
Chapitre I : L’incapacité liée à l’âge
La loi se représente bien l’incapacité liée à l’âge. Un régime juridique cohérent est
construit autour du mineur (section I) et du mineur émancipé (section II).
Section I : Le mineur
La minorité c’est d’abord et avant tout une question d’âge. Il s’agit d’une
présomption irréfragable d’inexpérience. Le code de la famille pose un régime général
d’incapacité (Paragraphe I) auquel des textes particuliers peuvent déroger (paragraphe II.
Le régime général d’incapacité lié à l’âge est posé par le Code de la famille en son
livre V. En son article 276, le législateur dispose que : « est considéré comme mineur, la
personne de l’un ou l’autre sexe qui n’a pas encore l’âge de 18 ans accomplis ». Dès lors,
avant 18 révolus, la personne âgée de moins de 18 ans a tous les droits que lui confère sa
condition d’être humain mais il ne peut les exercer seul.
Mais que se passe t-il lorsque le mineur effectue des actes juridiques ?
Les règles organisant la protection du mineur ne sont pas à considérer comme des
règles impératives qui s’imposent même au mineur. En effet,
53
Arnaud Cermolacce, Les contrats du mineur, Droit de la famille, n. 6, juin 2006, étude 27.
54
En France, l’incapacité du mineur de conclure un contrat de prêt reçoit plusieurs tempéraments. Il peut agir
pour les actes de la vie courante dont la définition est imprécise et très contingente. C’est le cas du prêt
effectué par le mineur auprès de sa famille, il peut agir aussi de l’ouverture d’un compte bancaire Voir
Jurisclasseur commercial, Fascicule 355, Le crédit aux mineurs ; Frédérique Julienne, Le mineur acteur de la vie
économique, Droit de la famille, n. 11, novembre 2010, étude 31.
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lorsque le mineur atteint 18 ans, n’a plus d’objet suite à l’adoption de la loi 99-82 du 03
septembre 1999 ramenant l’âge de la majorité de 21 à 18 ans. 55
Le mineur émancipé peut, comme un majeur, accomplir tous les actes de la vie civile
avec quelques restrictions en matière d’adoption ou de mariage. Il peut contrairement aux
mineurs ordinaires devenir commerçant (selon l’article 7 alinéa 1er de l’AUDCG « le mineur,
sauf s’il est émancipé, ne peut avoir la qualité de commerçant, ni effectuer des actes de
commerce »). Cela signifie bien que le mineur émancipé peut devenir commerçant.
Alors que l’incapacité est la règle chez les mineurs, c’est la capacité qui est la règle chez
les majeurs. Donc les incapacités sont des exceptions chez les majeurs. Aux termes de
l’article 340 du Code de la famille : « A 18 ans accomplis, les personnes de l’un et l’autre sexe
sont majeures et capables de tous les actes de la vie civile » Il y a 2 types d’incapacité chez
les majeurs : les incapacités de défiance et les incapacités de protection.
55
Le Conseil de famille se tient sous la présidence du juge des tutelles. Voir article 335 CF.
56
Condamnation à des travaux forcés, la réclusion criminelle à perpétuité etc.
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48 12-13
57
C’est le contraire de l’avarice.
58
Ce qui est opposé à la modération, à la juste mesure, de quelque espèce d’excès qu’il s’agisse.
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49 12-13
Le droit de la famille, tout comme le droit des personnes, est régi par les dispositions
de la loi 72-61 du 12 juin 1972 portant Code de la famille, entré en vigueur le 1er janvier
1973. Il est subdivisé en 8 Livres. Les dispositions concernant le mariage sont contenues dans
le Livre II intitulé Du Lien Matrimonial.
59
Guy A. KOUASSIGAN, Quelle est ma loi : tradition et modernisme dans le droit privé de la famille en Afrique
noire francophone, Paris, Pédone, 1974, 311 p., p. 27.
60
R. PAUTRAT, Les vicissitudes du statut personnel, in Annales africaines, 1957, p. 335, cité par G. KOUASSIGAN,
Quelle est ma loi, op. cit. p. 27, note 2.
61
Ibid.
Amsatou Sow SIDIBE, Le pluralisme juridique en Afrique, l’exemple du droit successoral sénégalais, Paris,
62
63
Ensemble des règles gouvernant la condition civile des personnes physiques et comprenant, en général,
l’état et la capacité des personnes. A distinguer de Etat des personnes qui signifie « ensemble des éléments qui
concourent à identifier t à individualiser chaque personne dans la société (date et lieu de naissance, filiation,
nom, domicile, situation matrimoniale etc.)Vocabulaire juridique Gérard Cornu, Paris PUF, 2011.
64
Youssoupha NDIAYE, Le divorce et la séparation de corps, Dakar, NEA, 1979, 271 p, p. 12 ; Doudou Ndoye, La
famille sénégalaise et le droit moderne, EDJA, Mars 2001, n. 48, pp. 7-14.
65
Il comptait vingt sept membres censés représentés toutes les régions et toutes les coutumes.
66
Séance d’ouverture du Comité le 26 mars 1966.
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51 12-13
Le résultat des travaux du Comité des options fut présenté en mai 1967 à la
Commission. Par la suite, le Code de la famille, avec ses 854 articles synthèse de règles du
droit moderne et du droit traditionnel, est entré en vigueur le 1 er janvier 1973. Ce Code, à
l’édification duquel les couches principales de la société sénégalaise ont participé, constitue
sans conteste, une œuvre de transaction, de sagesse et d’équilibre. Le Code de la famille est
unanimement présenté comme étant un compromis entre plusieurs coutumes pour la
détermination desquelles un travail important fut fait.
67
Souleymane Kane, Le statut de la famille en droit sénégalais, EDJA, Mars 2001, n. 48, p. 15-42, p. 16.
68
[Link] Consulté le 15 mai 2011.
69
Idem
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52 12-13
La famille ne peut disparaitre car comme le disait Sa Sainteté le Pape Jean Paul II « la famille
a des liens organiques et vitaux avec la société parce qu’elle en constitue le fondement et
qu’elle la sustente70 sans cesse en réalisant son service de la vie : c’est au sens de la famille,
en effet, que naissent les citoyens et dans la famille qu’ils font le premier apprentissage des
vertus sociales, qui sont pour la société l’âme de sa vie et de son développement »71
Avec l’évolution, les fonctions assignées par l’Etat à la famille ont changé si ce n’est la
famille elle-même qui a changé. En effet, on est passé de la famille large (toutes les
personnes descendants du même auteur) au la famille au sens étroit. En d’autres termes, on
est passé de la famille étendue et patriarcale à la famille nucléaire, conjugale donc libérale et
égalitaire. Le législateur ne se désintéresse pas de la famille et pour montrer son
attachement met en place une politique de famille ont les grandes lignes sont contenues
dans les dispositions de l’article 21 de la Constitution du 21 janvier 2001 qui dispose que « le
mariage et la famille constituent la base naturelle et morale de la communauté humaine. Ils
sont placés sous la protection de l’Etat. L'Etat et les collectivités publiques ont le devoir
social de veiller à la santé physique et morale de la famille… » En tant que tel, elle est
considérée comme un cadre pertinent de l’action des pouvoirs publics, en vue d’une finalité
qui est le bien être familial, l’épanouissement de l’être humain. C’est à la lumière de cette
problématique et de la politique de famille du Sénégal que nous envisageons l’étude du
mariage et de la filiation dans deux titres successifs.
70
En parlant des personnes, entretenir la vie par le moyen des aliments. Se nourrir.
71
Souleymane Kane, op. cit. p. 18.
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Titre I : Le mariage
Après avoir été pendant longtemps une association de plusieurs familles à finalité
patrimoniale, le mariage tend à devenir une union des sexes, des cœurs entre un homme et
une femme dans le cadre de la légalité. Il en résulte une légalisation et une légitimation des
rapports sexuels et de tout ce qu’ils peuvent engendrer. Le mariage, c’est
« l’institutionnalisation de l’amour ».
Un fait d’une telle importance pour la société ne pouvait pas être l’apanage des
simples particuliers ; l’Etat est nécessairement impliqué. Par le mariage, il se crée un lien
entre les mariés : c’est le lien matrimonial. Il nous faut d’abord savoir comment se crée ce
lien matrimonial (Chapitre I). Le lien matrimonial, une fois établi met les personnes mariées
dans un certain état et leur impose une certaine organisation de leurs rapports tant
personnels que pécuniaires (chapitre II). Ce lien, même s’il a été noué pour durer, peut être
dissous dans certaines situations et pour des causes que le législateur a organisées. (Chapitre
III). Egalement, il peut connaitre des crises qui ne conduisent pas à sa dissolution mais tout
simplement à son relâchement (chapitre IV).
« Les fiançailles sont une convention solennelle par laquelle un homme et une
femme se promettent mutuellement le mariage. »73 Les fiançailles sont donc analysées
comme une promesse synallagmatique de mariage. De ce point de vue, les fiançailles ont
des aspects contractuels. Il a cependant des aspects institutionnels comme le mariage
d’ailleurs en raison de son importance sociale, d’où l’organisation de beaucoup de ses
aspects par l’Etat. Deux questions seront étudiées il s’agit des conditions (paragraphe I) et
des effets de la convention de fiançailles (Paragraphe II).
72
Article 102 du Code de la famille.
73
Article 101 du Code de la famille.
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55 12-13
Les fiançailles sont certes une convention solennelle mais la preuve peut en être
apportée librement.
C’est une convention solennelle. On n’exige pas l’écrit mais il faut une certaine
solennité pour célébrer les fiançailles. En effet, « la convention est passée en présence de
deux témoins au moins pour chaque fiancé et d’un représentant de chaque famille. »74 Ce
n’est donc pas une affaire individuelle et c’est justement la présence de ces deux témoins
pour chaque fiancé qui donne aux fiançailles leur caractère solennel. Le caractère solennel
d’un acte juridique ne résidant pas seulement dans le respect de la forme écrite de l’acte ou
le passage devant une autorité quelconque ou devant un officier ministériel. La solennité
réside uniquement dans l’obligation de respecter formalité pour la validité de l’acte.
74
Article 104 du Code de la famille.
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Les fiançailles sont certes une convention solennelle mais puisque l’écrit n’est pas
exigé pour sa validité, la preuve est libre. Le législateur a prévu expressément la preuve
testimoniale puisqu’elle est en la circonstance la plus appropriée en cas de contestation. En
effet, étant conclu en présence de deux témoins au moins pour chacune des parties, en cas de
contestation, ces derniers pourront rapporter la preuve de la célébration des fiançailles.
On peut les classer en effets entre les fiancés (1) et les effets à l’égard des tiers (2)
C’est le droit de visite. Le législateur dispose que les fiancés peuvent se rendre visite
réciproquement conformément aux usages. Que faut-il entendre par là ? C’est quoi les usages
en matière de visite ? En état de cause, cela ne se limite qu’à des visites et rien qu’à des
visites.75
Envers les tiers, les effets des fiançailles se résument en une abstention qui est l’obligation
de réserve. Ils doivent se conduire de manière réservée à l’égard des tiers. Les fiancés ne
doivent pas se comporter comme s’ils n’avaient pas promis de se marier, en d’autres termes
ils ne doivent pas se comporter déjà comme mari et femme.
Il n’y en a pas. Seule une conséquence négative est cependant prévue par la loi. Il n’y
a pas d’obligation alimentaire entre les fiancés, ou vis-à-vis de leurs familles respectives
(articles 106 CF).
75 er
Article 105 al. 1 du Code de la famille.
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57 12-13
Le droit de rupture est un droit unilatéral (A) qui doit être exercer de manière légitime
(B).
Contrairement au droit des obligations ou toute rupture unilatérale est exclue, sauf le
versement de dommages-intérêts, le législateur prévoit le droit de rupture unilatérale des
fiançailles. Cependant, lorsque l’un des fiancés est mineur, une certaine solennité est exigée
lors de la rupture : son consentement à la rupture doit être exprimé en présence des témoins et
des représentants des deux familles. C’est le parallélisme des formes.
En dehors de ces cas, d’autres motifs peuvent être invoqués mais doivent être prouvés.
En cas de motifs illégitimes, la rupture est sanctionnée.
Le législateur n’a pas prévu de motifs illégitimes mais seulement des sanctions qui
sont au nombre de deux. Les sanctions en nature (A) et les sanctions pécuniaires (B).
La loi prévoit la restitution du cadeau par la fiancée lorsque la rupture lui est
imputable. Dans le cas contraire pas de restitution. Il est laissé aussi la possibilité au fiancé de
faire opposition au mariage de son ancienne fiancée jusqu’à restitution du cadeau, même
lorsqu’il est de 5000f. Cependant, en aucun cas les dépenses occasionnées par les fiançailles
ne sont remboursées ni indemnisées.
Le mariage par lequel se crée et se forme le lien matrimonial est un acte de volonté qui
consacre l’union solennelle de deux personnes juridiquement aptes à fonder une famille
légitime socialement permise. Cet acte, pour être valable, doit satisfaire à un certain nombre
de conditions dont l’inobservation est sanctionnée par la nullité. De sa validité découle celle
du lien matrimonial (section I) et de sa nullité celle du même lien (section II).
Elle est tributaire du respect d’un certain nombre de conditions aussi bien de fond
(sous section I) que de forme (sous section II).
Pour comprendre les conditions exigées par la loi, il faut rappeler un certain nombre de
conditions. D’abord le mariage est un acte de volonté, certains en ont conclu qu’il s’agit d’un
contrat particulier. Il crée une famille, l’état d’époux, la légitimité des enfants. C’est pourquoi
d’autres y voient une institution. Une institution qui dépasse les volontés individuelles mais il
reste qu’en tant qu’acte de volonté, le mariage demeure soumis à des impératifs
psychologiques (paragraphe I). Ensuite le mariage consacre l’union de deux personnes aptes à
fonder une famille. L’aptitude au mariage ne s’apprécie pas comme on apprécie la capacité
juridique en général. Elle obéit à des impératifs biologiques (Paragraphe II). Enfin la famille
créée par le mariage est une famille socialement permise. La société a expressément donné sa
permission de façon négative en posant un ensemble d’interdit soumettant ainsi le mariage à
des impératifs sociologiques.
A. Le consentement au mariage
1. L’existence du consentement
Aux termes de l’article 108 du CF « chacun des futurs époux même mineur doit
consentir personnellement au mariage. » Cette exigence était sous tendue par deux
considérations : d’une part, l’émancipation de la femme et partant la renonciation à certaines
pratique coutumières qui ne reconnaissaient pas sa personnalité pleine et entière. D’autre part,
l’abolition du mariage forcé des femmes d’une manière générale et des enfants, en particulier.
Le consentement du mineur au mariage est exigé même si celui du titulaire de la puissance
paternelle est indispensable. Cependant, il est permis de se marier par procuration (article 108
al. 2) sous réserve du respect de certaines formalités afin d’éviter le détournement de la règle.
Sans consentement point de mariage. Ainsi les mariages conclus par des déments
sont nuls pour absence de consentement (article 341). Seulement la démence habituelle
n’empêche pas la validité des actes dans un intervalle de lucidité. Le majeur interné n’a pas de
consentement s’il est en tutelle ou en curatelle, l’exigence du consentement familial s’ajoute à
l’exigence de la volonté personnelle.
- La nullité des mariages simulés ou fictifs. Par fraude à la loi des personnes
concluent mariage sans intention d’union durable et effective mais dans l’unique but de
profiter d’avantages juridiques que le mariage procure indirectement par exemple acquérir la
nationalité de l’époux.