Chapitre 2.
Histoire de la pensée économique depuis le XVIème siècle
I. L'émergence de la pensée classique :
1) Mercantilistes et physiocrates :
. Le courant de réflexion économique du mercantilisme (marquis de MIRABEAU) naît.
- Le commerce, et surtout le commerce extérieur, seules les exportations sont bénéfiques.
- L’État en tant qu’acteur économique, qui favorise les exportations et limite les importations,
en mettant en place du protectionnisme.
- La concurrence : il n’y a pas toujours complémentarité.
. Le mercantilisme est caractérisé par 4 courants différents :
- Le bullionisme : cette forme primitive du mercantilisme considère que la richesse d’un État
est fondée sur la quantité de métaux précieux possédée et accumulée (Espagne).
- Le commercialisme : en Hollande et Angleterre, le commerce extérieur est la seule source
de richesse d'un pays, il faut exporter tout en important le moins possible.
- Le colbertisme/mercantilisme industriel : selon COLBERT (XVII), le ministre de Louis
XIV, l’État doit investir dans les manufactures, de luxe surtout (miroirs, tapisseries, armes...).
-
. En France, Jean BODIN (XVI) est à l’origine de la théorie quantitative de la monnaie avec son
ouvrage Réponse aux paradoxes de Monsieur de Malestroit touchant l’enchérissement de toutes
choses, 1568 : plus on crée de monnaie (à l’époque : plus on possède d’or), plus il y a d’inflation, +
les taux d'intérêt réels sont bas.
→ c'est, à l’époque, le cas en Espagne du fait de l'afflux d'or américain.
- pour lui, la démographie est un facteur important : « il n'est ni richesse, ni force que d'hommes » :
la population nombreuse permet de baisser les salaires et d’exporter moins cher.
. Selon les physiocrates
. Vincent de GOURNAY dira « laisser faire, laisser passer », doctrine libérale, ce qui en fait un des
fondateurs de l'économie politique.
. TURGOT (XVIII) : contrôleur générale des finances de LOUIS XVI. Proche des idées libérales
des physiocrates et privilégie l'industrialisation. Il parle de la théorie des rendements décroissants
dans Réflexions sur la formation et la distribution de richesses, 1766.
→ mais pas de PT donc il faut augmenter la surface agricole.
→ il n'a pas réussi à libéraliser le marché et a dû démissionner.
2) Les classiques débattent :
Adam SMITH (1723 – 1790), écossais, philosophe, commissaire des douanes :
Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776 :
. théorie de la main invisible.
La division du travail et la spécialisation permettent à l’homme d’être plus productif.
→ l'exemple de la fabrique d'épingles → gains de productivité.
- avantage absolu
. 2 types de valeur :
- valeur d’usage : fondée sur l’utilité d’un objet particulier (ce qu'il nous apporte).
- valeur d’échange : fondée sur la possession d’un objet qui permet d’acheter d’autres biens.
→ Paradoxe de l'eau et du diamant.
. L’État occupe les fonctions régaliennes : justice, défense nationale, police.
- l’ État obéit au principe de subsidiarité, il est secondaire et agit que si l'action privée est
insuffisante.
- l’État doit agir pour le bien-être de la population : financement partiel de l'école pour les +
pauvres.
David RICARDO (1772 – 1823), Principes de l'économie politique et de l'impôt. 1817
. Il s'inspire fortement de SMITH
. Le salaire des ouvriers oscille autour de ce qu’il appelle le salaire de subsistance, qui constitue un
salaire minimum nécessaire à la reproduction de la force de travail.
. Équivalences ricardiennes = théorème de RICARDO/BARRO : en s'endettant l’État va inciter
les ménages à épargner plutôt qu'à investir car ils anticipent de futurs forts impôts.
→ cela s'oppose à la théorie de la relance de John Maynard KEYNES.
. Théorie de la rente différentielle : les prix augmentent à cause de la croissance démographique,
on met en culture des terres moins productives, mais ceux qui produisent sur les meilleures terres
peuvent avoir un bénéfice + important, c’est la rente différentielle.
=> hausse du prix des subsistances => hausse des salaires de subsistance => baisse des profits et
l’économie s’installe dans un état stationnaire.
→ pour RICARDO, le libre échange permet, à travers le prix des denrées alimentaires, de restaurer
les profits et de s’éloigner de l’état stationnaire.
→ Théorie des avantages comparatifs :
. 2 manière de produire de la valeur :
- le travail direct (vivant) : travail produit par les salariés.
- le travail indirect (mort) : travail produit par les machines, le capital fixe.
-le diamant a une plus grande rareté que l'eau, d'où sa valeur supérieure.
. RICARDO reprend les prix naturel et réel de SMITH dans sa théorie de la gravitation :
- le prix naturel est déterminé par le coût des salaires, de la rente foncière mais aussi par les profits
désirés. Le prix de marché est quant à lui déterminé par l'offre, il gravite autour du prix naturel.
Thomas MALTHUS, 1766 – 1834 :Essai sur le principe de population, 1798 :
→ Principe de population
→ loi des rendements décroissants (TURGOT) est le « verrou agricole » pour MALTHUS.
Trois solutions face à cette situation pour encourager les obstacles privatifs à la natalité :
- Contrainte morale : recul de l’âge au mariage et chasteté prénuptiale.
Négatif pour les pauvres, qui n’ont pas les moyens de subvenir aux besoins d’une famille.
- Vice : contrôle volontaire des naissances = avoir des relations sexuelles dont la finalité n’est
pas la procréation.
- Obstacles destructifs : épidémies, maladies, guerre, famine = font augmenter la mortalité.
Il prône donc la contrainte morale.
Jean-Baptiste SAY (1767 – 1832), Traité d’économie politique, 1803 :
« c’est la production qui ouvre des débouchés aux produits ».
. La loi de SAY/ loi des débouchés (repose sur les hypothèses de neutralité de la monnaie : « pas
de voile de la monnaie » et la flexibilité des prix)
→ la monnaie n’a donc aucune influence sur la production.
. Les revenus distribués dans le processus de production sont tout de suite réinjectés dans le circuit
et constituent une demande.
→ la monnaie ne se thésaurise pas pour SAY (seulement intermédiaire des échanges et unité de
compte.)
-SISMONDI : toute offre ne crée pas sa propre demande du fait que les ouvriers peuvent vouloir
consommer mais n'ont pas les moyens de le faire : c'est la théorie de la sous-consommation
ouvrière. Cela peut même mener à une crise de sous-consommation.
Karl MARX (1818 – 1883) : Juif allemand, philosophe, économiste, sociologue.
. Deux ouvrages majeurs :
- Le manifeste du parti communiste, 1848 coécrit avec ENGELS.
- Le capital, 1867.
. Discours sur la question du libre-échange, 1848.
.MARX est le « dernier des classiques » Selon KEYNES .
- crise finale du capitalisme
. La valeur vient pour lui du capital-travail utilisé → influence de RICARDO.
-Arbeitskraft = location par l’employeur de la force du travail de l’ouvrier en échange d’un salaire
de subsistance.
. Loi de la baisse tendancielle du taux de profit :
- la notion de plus-value qu’il définit comme le profit qui n’est pas reversé à l’ouvrier alors qu'il
est lié à son travail.
→ le nombre d’ouvriers et leur salaire décroît et les profits baissent : c’est la crise du capitalisme.
→ le capitaliste pratique donc une extorsion de la plus-value.
. Causes contrecarrantes à la baisse tendancielle du taux de profit :
- les prix baissent aussi car il y a une hausse de la productivité.
- on importe des matières premières venues d'autres pays. → baisse des prix des produits.
II. Les néoclassiques :
1) Une nouvelle école ?
. Les néoclassiques (terme créé en 1900 par Thorstein VEBLEN) reprennent certaines idées des
classiques : le rôle minimal de l’État, marché, libéralisme, et neutralité de la monnaie.
→ les néo-classiques pensent toujours que « la monnaie n'est qu'un voile » : analyse
dichotomique : déconnexion de la sphère monétaire de la sphère réelle.
Les trois grandes écoles :
École de Lausanne :
. Dirigée par Léon WALRAS Éléments d'économie politique pure (1874).(1834-1910) ⇒ utilité
marginale.
- il pense que le consommateur peut quantifier ses préférences entre des produits : analyse
cardinale.
. Vilfredo PARETO Principes d'économie politique (1896) (1848-1923) reprendra l'école.
. L'ophélimité (= valeur d’usage chez SMITH) utilité écoq
⇒ Il militera pour empêcher toute intervention et régulation étatique sur l'économie.
-principe de PARETO 1906 : 20 % de la population possède 80 % des richesses.
- Optimum de PARETO
-L’analyse des préférences du consommateur de cardinale à ordinale : le consommateur ne peut
quantifier ses préférences mais peut émettre un ordre de préférence entre elles.
[Link] en 1931 dans Prix et Production.
- aborde la préférence pour le présent : les individus préfèrent consommer tout de suite sauf si le
taux d’intérêt est suffisant pour compenser leur perte d’utilité présente.
2) Quelques grands principes :
[Link] : La sociologie comme science en 2010 homo œconomicus
. Le modèle de CPP, (Frank KNIGHT 1921).
III. Keynésianisme et néolibéralisme :
1) Keynes :
John Maynard KEYNES, (1883 – 1946) :
. KEYNES est un économiste libéral formé par les néoclassiques mais en rupture avec les
classiques : la monnaie n’est pas un voile et l’offre dépend de la demande effective.
Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, 1936 :
« Le long terme est un horizon peu intéressant. A long terme, nous serons tous morts »
« comportements moutonniers »
→ exemple du concours de beauté (chapitre 12)
→ anticipations (positives ou négatives) comme les auto-réalisatrices.
→ formation de la demande effective
-équilibre de sous-emploi du fait de l’insuffisance de la demande (chômage involontaire).
. Le retour au plein-emploi passe par l’intervention de l’État,
-soutien de la demande.→ politique contra-cyclique.
→ mais il faut un endettement provisoire de l’État.
-Politique monétaire expansionniste pour relancer la demande et l'inflation mais se heurte à la
trappe de liquidité (niveau du taux d'intérêt nominal en dessous duquel on ne peut descendre).
-Multiplicateur (effet de relance)
→ théorie moins efficace aujourd'hui à cause de la mondialisation et du commerce international =
fuites de K ( épargne, fiscalité, importations).
→ Redistribution : dans le chapitre 8 de la Théorie générale, il parle de la loi psychologique
fondamentale
⇒ propension marginale à consommer. → + de dépenses avec la même quantité de monnaie.
⇒ thésaurisation
-Le marché n'est pas efficient et ne s'autorégule pas.
2) Le néolibéralisme :
Friedrich Von HAYEK (1899-1992)La route de la servitude, 1944, nuancer (contexte de l'époque)
. Le collectivisme (le plus souvent le socialisme) entre en conflit avec la liberté individuelle :
- les lois restreignent la liberté individuelle et donc la liberté d'entreprendre aussi.
- l'autorité centrale de l’État avec la redistribution aboutirait à un contrôle de la consommation.
- la redistribution profite aux + forts : il faudrait appartenir à des groupes qui puissent influencer
l’État pour y voir un intérêt.
→ il ne faut pas de planification de l'économie.
Milton FRIEDMAN (1912-2006), Capitalisme et liberté en 1962 :
→ réduction du rôle de l’État.
- courant monétariste : le gouvernement doit mener une politique monétaire stricte pour limiter
l'inflation.
→ Le chômage naturel est le résultat du fonctionnement du marché du travail, il s'oppose au
chômage involontaire de KEYNES.
→ Le lien entre chômage et inflation se matérialise par la courbe de PHILLIPS (1958) :
→ pour les néokeynésiens : SOLOW et SAMUELSON : l'inflation dépend des taux de croissance
du salaire nominal et de la productivité.
- pour les monétaristes : à long terme le taux d'inflation détermine le taux de chômage naturel.
capitalisme managérial à un capitalisme actionnarial dans les 80's.
La nouvelle école classique des années 70 – 80, par BARRO et LUCAS
. La flexibilité des prix assure l’équilibre du marché. Ils reprennent et approfondissent l’idée du
chômage naturel de FRIEDMAN sur la courbe de PHILLIPS. La courbe est verticale à court terme
selon eux.
- théorème de RICARDO/BARRO (1974).
- BARRO et GORDON (1985) : les banques centrales sont plus efficaces si elles sont
indépendantes car elles ne sont pas obligées de répondre aux demande des États.
→ anticipations rationnelles. ⇒ maximiser leur utilité en tenant compte des informations qu’ils
possèdent.
→ rationalité limitée par l’asymétrie d’information.
3) Tentatives de synthèse :
John HICKS (1904-1989)
. « Mister Keynes and the classics », article de, 1937 :
- création de la courbe IS/LM aussi appelée modèle HICKS-HANSEN.
- modélise un équilibre général à l'intersection du marché des biens et services, qui lie épargne et
investissement, (investments and savings = IS), et du marché monétaire, qui lie offre et demande de
monnaie (liquidity preference and money supply = LM).
→ cela détermine le niveau d'équilibre de la demande et du taux d'intérêt.
La nouvelle économie keynésienne (NEK): SAMUELSON, STIGLITZ …
. Créée en réaction au développement de la nouvelle école classique.
. SAMUELSON (nobel 1970) a popularisé les théories de KEYNES en les mathématisant.
. L'individu est rationnel mais fait face aux anticipations.
. La NEK intègre la concurrence imparfaite, les entreprises sont « price makers ».
. Il y a une asymétrie d'information comme le montreront STIGLITZ et WEISS provoquant un
phénomène de sélection adverse
. STIGLITZ en 1984 :
→ théorie du salaire d'efficience : payer plus cher les employés que ce que voudrait le marché
pour les garder et de plus les contraindre à une plus grande perte monétaire si jamais ils devaient
quitter leur travail.
→ le travailleur va donc accroître sa productivité pour garder son travail et son salaire.
. Approche insiders/outsiders (microéconomique) de LINDBECK et SNOWER en 1988 :.
. Effet d’hystérésis pour BLANCHARD et SUMMERS (1986) : existence d’un chômage
involontaire (comme KEYNES) mais aussi d’un chômage structurel lié à une inadéquation entre
offre et demande de travail à cause de la dégradation du capital humain, des salaires élevés, des
jeunes pas dans les bons domaines.
L'analyse de SCHUMPETER : (1883-1950 Capitalisme, socialisme et démocratie en 1942.
. Le capitalisme évolue et ne se renouvelle jamais à l'identique.
. L'entrepreneur veut le profit, il va donc différencier son produit pour obtenir une « rente de
monopole », ce sera le profit tant qu'on imitera pas son produit.
. L'innovation est à l'origine d'un processus de destruction créatrice : les nouveaux produits
remplacent les anciens. Ex : DVD/ VHS.
→ ce phénomène explique pour lui le cycle de KONDRATIEV : 25 ans de croissance dûs à une
grappe d'innovation puis 25 ans de récession.
. L'entrepreneur est essentiel pour l'innovation mais il est amené à disparaître étant donné que
pour lui l'accroissement de la taille des entreprises va faire disparaître les petites.