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Comprendre le Droit Pénal International

Le droit pénal international combine des éléments du droit pénal national et international, se basant sur des normes et des conventions internationales pour traiter des infractions touchant des intérêts communs ou des valeurs universelles. Il a évolué à travers plusieurs phases, allant des tentatives d'incrimination après la Première Guerre mondiale à la création de la Cour pénale internationale, tout en respectant la souveraineté des États. Les infractions internationales sont définies par des critères substantiels et structurels, impliquant souvent une dimension collective et interétatique.

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Comprendre le Droit Pénal International

Le droit pénal international combine des éléments du droit pénal national et international, se basant sur des normes et des conventions internationales pour traiter des infractions touchant des intérêts communs ou des valeurs universelles. Il a évolué à travers plusieurs phases, allant des tentatives d'incrimination après la Première Guerre mondiale à la création de la Cour pénale internationale, tout en respectant la souveraineté des États. Les infractions internationales sont définies par des critères substantiels et structurels, impliquant souvent une dimension collective et interétatique.

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Le droit pénal international est une discipline qui repose sur deux

considérations fondamentales :
1. Une dimension normative : Il combine le droit pénal
national et le droit international. Certains auteurs considèrent qu’il s’agit
uniquement de l’application extraterritoriale des règles pénales
nationales (droit pénal international au sens strict). Dans cette optique,
chaque État intègre des règles de droit pénal international dans son code
pénal et son code de procédure pénale.

2. Une dimension technique : Elle renvoie aux conventions


internationales qui contiennent des dispositions pénales ou à caractère
pénal (droit international pénal). Cette approche met l’accent sur
l’application des conventions internationales, mais elle ne prend pas
toujours en compte la double internationalisation du droit pénal :
Internationalisation ascendante : Certaines infractions (corruption,
proxénétisme) sont d’abord nationales avant d’être intégrées dans des
conventions internationales.
Internationalisation descendante : Certaines infractions ont une origine
internationale mais nécessitent une transposition en droit national, ce qui pose
la question de leur caractère international après cette transposition.
Il est essentiel de distinguer les sources internationales du droit pénal
(qui fondent le droit pénal international) des conventions internationales qui
s’insèrent dans le droit pénal national.
Deux grandes situations du droit pénal international :
1. Infractions portant atteinte à un intérêt commun de
plusieurs États :
Ici, le droit pénal international regroupe des règles pénales qui
concernent plusieurs États.
2. Infractions portant atteinte à une valeur commune :
Il repose sur l’idée d’un ordre public universel, basé sur des valeurs
universelles.
Les conventions internationales et la reconnaissance des infractions
internationales sont des critères fondamentaux.
Les infractions internationales et les compétences pénales
internationales constituent l’objet de cette discipline.
Les principes du droit pénal international et la jurisprudence
internationale en sont les principales sources.
Trois axes d’étude du droit pénal international :
1. L’idée de base du droit pénal international
Le droit pénal international repose sur deux idées principales :
A. L’expansion des compétences pénales internationales
À l’origine, le droit pénal international était un droit extraterritorial
visant les infractions commises dans des espaces non territorialisés (ex : haute
mer).
La piraterie a été la première infraction à être internationalement
réprimée.
Cela a conduit à l’émergence de la compétence universelle, qui impose
aux États de poursuivre certains crimes, quel que soit le lieu où ils ont été
commis.
Ce principe s’est traduit par la règle « aut dedere aut judicare » : soit
l’État extrade le criminel, soit il le juge lui-même.
Ce principe a également donné naissance au premier mécanisme
judiciaire du droit pénal international : l’extradition.
B. La protection des valeurs communes et les obligations erga
omnes
La Cour internationale de justice (CIJ) a affirmé l’existence de valeurs
communes fondées sur les considérations élémentaires d’humanité (Arrêt du
détroit de Corfou, 1949).
Cette notion a été réaffirmée dans d’autres affaires, notamment l’affaire
du personnel diplomatique et consulaire des États-Unis à Téhéran (1980).
Elle est à la base des obligations erga omnes : des obligations que tous
les États doivent respecter vis-à-vis de la communauté internationale.
Ces obligations sont associées aux normes impératives du droit
international (jus cogens), qui interdisent par exemple le génocide, la torture et
l’esclavage.
Conclusion : Une double base du droit pénal international
L’obligation internationale de poursuivre (base normative et
coutumière).
Les principes élémentaires d’humanité (base philosophique).
L’Arrêt du 11 juillet 1996 de la CIJ sur l’application de la Convention sur le
génocide a renforcé ces principes en affirmant que cette convention consacre
des obligations erga omnes et qu’elle n’admet aucune réserve.
2. Les phases de l’évolution du droit pénal international
On peut distinguer quatre grandes phases dans l’évolution du droit pénal
international :
A. La tentative manquée de 1919 (Traité de Versailles)
Première tentative d’incrimination internationale avec la mise en
accusation de Guillaume II pour « offense suprême contre la morale
internationale et l’autorité sacrée des traités ».
Échec de la mise en place d’un tribunal international.
Le Pacte Briand-Kellog (1928) condamne le recours à la guerre, mais sans
sanction pénale.
B. La technique « ad hoc » après la Seconde Guerre mondiale
Création des Tribunaux militaires internationaux (TMI) de Nuremberg et
de Tokyo.
Dans les années 1990, création des Tribunaux pénaux internationaux
(TPI) pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda.
Développement de la jurisprudence pénale internationale.
C. La phase des juridictions hybrides
Mélange entre droit national et international pour juger certains crimes
graves.
Exemples :
Chambres extraordinaires africaines
Cour pénale de Bangui
Tribunal spécial pour la Sierra Leone
D. L’ère des juridictions permanentes (CPI)
Création de la Cour pénale internationale (CPI) en 1998 (Statut de Rome).
La CPI repose sur le principe de complémentarité : elle intervient
uniquement si les États ne veulent pas ou ne peuvent pas juger eux-mêmes.
Cette technique consacre la reconnaissance d’une compétence pénale
internationale permanente.
3. Les tendances contemporaines du droit pénal international
Trois grandes tendances ont marqué son évolution :
A. La logique du Lotus (souveraineté pénale des États)
Affirmée par l’arrêt Lotus (1927) de la Cour permanente de justice
internationale.
Chaque État est libre d’élaborer ses propres règles de compétence
pénale internationale.
B. La logique de Nuremberg (universalisation du droit pénal
international)
Dépassement de la souveraineté pénale des États au nom de la
protection des valeurs universelles.
Introduction de la théorie des crimes contre l’humanité.
A conduit à la mise en place d’un droit pénal international ad hoc.
C. La logique de Rome (compromis entre souveraineté et
universalité)
Création de la CPI.
Combinaison du droit pénal interétatique et du droit pénal universel.
La souveraineté des États est respectée, mais ils doivent coopérer avec la
CPI.
D. La tendance de Malabo (droit pénal international
régionalisé)
Création d’une juridiction pénale internationale régionale africaine avec
le Protocole de Malabo.
Articulation entre juridictions nationales, régionales et internationales.
Conclusion
Le droit pénal international est encore en construction.
Il évolue entre souveraineté des États et nécessité de réprimer les crimes
internationaux.
Son développement repose sur une interaction entre le droit pénal
substantiel (les crimes et sanctions) et le droit pénal procédural (les
mécanismes de poursuite et de jugement).
Première Partie : Le Droit Pénal International Substantiel
Dans sa dimension substantielle, le droit pénal international recouvre
l’ensemble des règles relatives à l’incrimination internationale (Titre 1) et à la
responsabilité pénale internationale (Titre 2).
Titre 1 : L’Incrimination Pénale Internationale
L’incrimination revêt deux caractères fondamentaux :
1. Un caractère général : qui concerne le processus
d’établissement des infractions internationales (problème de droit pénal
général).
2. Un caractère spécial : qui désigne les différentes infractions
internationales spécifiques (problème de droit pénal spécial).
L’existence d’une catégorie propre d’incriminations dites internationales
repose sur une qualification pénale spécifique, qui entraîne l’application d’un
régime juridique particulier. Une infraction internationale ne se limite donc pas
à une infraction prévue par une norme internationale.
L’un des principaux enjeux est la détermination précise de l’infraction
internationale. À cet effet, nous examinerons :
Les techniques d’incrimination internationale (Chapitre 1)
Les principales infractions internationales (Chapitre 2)
Chapitre 1 : Les Techniques Internationales d’Incrimination
En droit pénal international, on distingue deux grandes catégories
d’infractions :
1. Les infractions internationales par nature :
Elles concernent les crimes les plus graves du droit international, issus
principalement du droit international humanitaire et de son extension en
temps de paix.
Cette catégorie inclut des crimes tels que les crimes contre l’humanité, le
génocide et les crimes de guerre.
2. Les infractions internationales par la forme :
Elles reposent sur l’existence d’une norme internationale qui les
reconnaît comme telles.
Cette catégorie est plus difficile à déterminer car elle dépend de critères
spécifiques.
L’objectif est de clarifier les critères de l’infraction internationale (Section
1) et d’examiner les bornes de l’incrimination internationale (Section 2).
Section 1 : Les Critères de l’Infraction Internationale
L’infraction internationale repose sur deux types de critères :
1. Critères substantiels : liés à la nature de l’atteinte
(Paragraphe 1).
2. Critères structurels : liés à la manière dont l’infraction est
commise (Paragraphe 2).
Paragraphe 1 : Les Critères Substantiels de l’Infraction Internationale
L’infraction internationale se définit par son atteinte à l’ordre public
international, qui repose sur deux éléments fondamentaux :
A. L’Humanité comme Critère Substantiel
Une infraction est internationale si elle constitue une atteinte grave à
l’humanité. Cette idée repose sur plusieurs concepts fondamentaux :
L’infraction choque la conscience universelle : L’article 5 du Statut de
Rome (CPI) affirme que la Cour est compétente pour juger les crimes qui
portent atteinte à l’ensemble de la communauté internationale.
Les crimes contre l’humanité : Le Tribunal pénal international pour l’ex-
Yougoslavie (TPIY), dans l’affaire Drazen Erdemović (29 novembre 1996), a
qualifié ces crimes comme étant des actes d’une extrême gravité qui heurtent
la conscience universelle.
Définition par la jurisprudence : Le TPIY, dans un arrêt majeur, a décrit le
crime contre l’humanité comme un acte inhumain d’une ampleur ou gravité
telle qu’il dépasse les limites tolérables par la communauté internationale.
Le génocide : La Convention de 1948 définit le génocide comme un crime
du droit des gens, affirmant ainsi son caractère international.
Trois éléments permettent d’identifier ce critère substantiel fondé sur
l’humanité :
1. La nature de l’acte : il s’agit d’un acte inhumain.
2. La dimension collective de l’acte : il doit être d’une ampleur
et gravité exceptionnelles.
3. L’identité de la victime : l’atteinte doit viser l’humanité dans
son ensemble.

B. La Paix Internationale comme Critère Substantiel


L’autre fondement de l’infraction internationale est la menace contre la
paix et la sécurité internationale.
Ce critère est historique : il a donné naissance aux premières infractions
internationales (piraterie, esclavage, crimes de guerre).
Il repose sur la criminalisation de la guerre, qui a abouti à la militarisation
du droit pénal international.
Il est à la base du Code des crimes contre la paix internationale.
En résumé, les infractions internationales par nature reposent toujours
sur l’un de ces deux critères :
1. Une atteinte grave à l’humanité.
2. Une menace pour la paix et la sécurité internationale.
Paragraphe 2 : Les Critères Structurels de l’Infraction Internationale
Au-delà de leur gravité, les crimes internationaux se distinguent aussi par
leur structure spécifique, qui repose sur deux éléments :
A. L’Existence d’un Ensemble Criminel
L’infraction internationale est toujours collective.
La Cour pénale internationale (CPI) parle d’entreprise criminelle
commune.
Le TPIY (Affaire Duško Tadić, 2 octobre 1995) a défini l’infraction
internationale comme un acte commis dans le cadre d’un groupe criminel
organisé.
En droit français, l’affaire Touvier a introduit la notion de plan concerté
pour caractériser ce type de crime.
Cette dimension collective est visible dans plusieurs crimes :
Crimes contre l’humanité : nécessitent une attaque généralisée ou
systématique.
Génocide : implique une entente commune visant l’extermination d’un
groupe.
Crimes de guerre : sont souvent liés à une organisation armée structurée.
Cette structure collective justifie l’admission de la responsabilité pénale
du supérieur hiérarchique en droit pénal international.
B. La Dimension Interétatique de l’Atteinte
L’infraction internationale se caractérise souvent par son étendue
transnationale.
L’article 3 de la Convention de Palerme sur le crime organisé définit un
crime comme transnational s’il :
1. Est commis dans plusieurs États.
2. Est préparé dans un État mais exécuté dans un autre.
3. Implique un groupe criminel opérant dans plusieurs États.
4. A des effets substantiels dans un autre État.
Ce critère interétatique est alternatif aux critères substantiels.
Il fonde la deuxième catégorie d’infractions internationales (infractions
par la forme).
Tandis que les critères substantiels fondent la première catégorie
(infractions par nature).
Conclusion
À partir de ces critères, une infraction internationale peut être définie
comme :
 « Un acte criminel, commis collectivement, qui porte
atteinte à l’humanité (acte inhumain) ou constitue une menace contre la
paix et la sécurité internationale, et dont la matérialité peut être
transnationale. »
Cette définition intègre :
L’ensemble criminel (structure collective).
L’atteinte à l’humanité ou à la paix internationale (critères substantiels).
La dimension interétatique possible (critère structurel).
Section 2 : Les techniques d’incrimination en droit pénal international
L’infraction internationale peut être incriminée selon deux techniques
principales :
1. La technique bilatérale, qui repose sur un partage de
compétences entre le droit international et le droit interne.

2. La technique unilatérale, qui implique une définition directe


par le droit international.
Paragraphe 1 : La technique bilatérale d’incrimination
La technique bilatérale signifie que l’infraction internationale est définie
conjointement par le droit international et le droit national. Dans ce cadre, le
droit international pose une obligation d’incriminer (A), tandis que le droit
interne adopte une norme d’incrimination (B).
A. L’obligation d’incriminer posée par le droit international
Le droit international impose aux États une obligation d’incriminer
certaines infractions, tout en leur laissant une marge d’appréciation.
1. L’obligation conventionnelle d’incriminer
L’obligation conventionnelle d’incriminer désigne la directive pénale
posée par un traité international, qui oblige les États à intégrer certaines
infractions dans leur droit pénal national.
Cette obligation est contractuelle : elle découle d’un engagement
volontaire des États lors de la ratification d’une convention.
Elle se distingue de la théorie des obligations positives d’incriminer, qui
résulte de l’interprétation des juges internationaux en matière de droits de
l’homme.
Les fonctions de l’obligation conventionnelle d’incriminer :
Assurer l’internalisation de l’interdit pénal dans les systèmes juridiques
nationaux.
Fixer le fondement international des infractions pénales.
Contribuer à l’harmonisation des législations pénales nationales.
Exemples de formulations conventionnelles :
Obligation indirecte : L’article 5 de la Convention sur le génocide dispose
que les États doivent « prendre les mesures législatives nécessaires » pour
sanctionner le génocide.
Obligation directe : L’article 4 de la Convention contre la torture impose
aux États de faire de la torture une infraction pénale.
Toutefois, toutes les obligations conventionnelles d’incriminer ne
concernent pas les infractions internationales au sens strict. Il convient donc de
distinguer :
Les conventions qui créent directement du droit pénal international.
Les conventions qui définissent simplement des infractions de droit
interne.
2. Le pouvoir d’appréciation des États
Malgré l’obligation d’incriminer, les États conservent une marge
d’appréciation dans l’application de cette obligation.
Formules utilisées dans les conventions internationales :
L’article 5 de la Convention des Nations unies contre la corruption
prévoit que chaque État élabore son droit pénal « conformément aux principes
fondateurs de son système juridique ».
La Convention sur le génocide précise que l’engagement des États doit
être conforme à leur Constitution.
Effets juridiques :
Les États disposent d’une liberté d’adaptation dans l’incrimination.
Cette flexibilité est graduée, avec comme limite la nécessité de garantir la
compatibilité entre la loi nationale et la convention internationale.
La portée de cette marge dépend de l’objectif poursuivi :
Harmonisation des législations pénales (exemple : conventions de l’ONU
sur le terrorisme).
Création d’une véritable infraction internationale (exemple : Statut de
Rome sur les crimes internationaux).
B. La loi nationale d’incrimination
La mise en œuvre de l’incrimination repose sur la souveraineté pénale
des États, qui peuvent choisir différentes techniques législatives :
1. L’incrimination par renvoi
L’État adopte une loi qui prévoit uniquement des sanctions pour des
infractions définies dans des instruments internationaux.
Exemple : La loi camerounaise de 2003 réprimant les infractions définies
dans les actes uniformes de l’OHADA.
2. L’incrimination par transposition
L’État reprend la définition internationale d’une infraction et fixe les
sanctions.
Exemple : L’article 277-3 du Code pénal camerounais transpose la
définition de la torture de la Convention de 1984.
Problème potentiel : Le législateur national peut modifier certains
éléments de l’infraction. Ex : La définition de la torture diffère entre la
Convention et le droit camerounais en ce qui concerne les agents publics
concernés.
Principe fondamental :
L’État doit respecter le principe de légalité criminelle lorsqu’il exécute
une obligation internationale d’incriminer.
Paragraphe 2 : La technique unilatérale d’incrimination
Contrairement à la technique bilatérale, la technique unilatérale repose
sur une définition intégrale de l’infraction par le droit international.
Cette technique se manifeste dans deux cas :
1. L’incrimination par un organe juridictionnel international
Certaines infractions internationales n’existent que parce qu’elles sont
définies par un tribunal international.
Exemples :
Tribunal de Nuremberg (Accord de Londres, 8 août 1945).
Tribunaux pénaux ad hoc (TPIY et TPIR, créés par le Conseil de sécurité
de l’ONU).
Cour pénale internationale (CPI) (Statut de Rome, 1998).
Caractéristiques :
Ces infractions ne préexistent pas aux juridictions qui les sanctionnent.
Elles ne sont pas nécessairement transposées dans les droits nationaux.
Problème soulevé :
Quelle est la portée juridique de la ratification du Statut de Rome par un
État ?
L’État est-il tenu de transposer ces infractions dans son droit interne ?
2. L’incrimination liée à un ordre juridique communautaire
Certains systèmes régionaux ou communautaires fixent directement des
infractions applicables aux États membres.
Exemples :
Droit pénal communautaire en Afrique centrale : Règlement CEMAC du
11 avril 2016 sur la répression du blanchiment de capitaux et du financement
du terrorisme.
Droit pénal de l’Union européenne : Directive sur la lutte contre la traite
des êtres humains et l’exploitation sexuelle.
Caractéristiques :
Ces infractions existent indépendamment des juridictions
internationales.
Elles visent à harmoniser le droit pénal des États membres d’un même
espace régional.
Conclusion
La définition des infractions internationales repose sur deux techniques
d’incrimination :
1. La technique bilatérale, qui combine obligations
internationales et souveraineté nationale.

2. La technique unilatérale, qui permet au droit international


de définir directement certaines infractions.
Malgré ces distinctions, l’infraction internationale reste une notion
hétérogène, soumise à des évolutions doctrinales et jurisprudentielles.
L’approche analytique, prenant en compte les différentes catégories et sources,
reste la plus pertinente pour comprendre la complexité de l’incrimination en
droit pénal international.
Chapitre 2 : Les principales infractions internationales
L’identification des infractions internationales repose sur une
classification des actes criminels en fonction de leur gravité et de leur impact
sur la communauté internationale. Cette classification révèle deux grandes
catégories d’infractions :
1. Les infractions relatives à la communauté des valeurs, qui
portent atteinte aux principes universels fondamentaux (ex. crimes
contre l’humanité, génocide).

2. Les infractions relatives aux intérêts communs, qui


menacent la stabilité et la coopération internationale (ex. crimes de
guerre, terrorisme).
L’incrimination en droit pénal international poursuit un double objectif :
Transformer les valeurs universelles en biens juridiques protégés.
Construire des intérêts communs par la reconnaissance de certaines
infractions spécifiques.
Ce chapitre se focalise sur deux infractions majeures : le crime contre
l’humanité (Section 1) et le génocide (Section 2).
Section 1 : Le crime contre l’humanité
Le crime contre l’humanité est à la fois un concept juridique et une
qualification pénale.
Conceptuellement, il désigne des crimes d’une gravité exceptionnelle,
commis contre des populations civiles et portant atteinte à l’humanité tout
entière.
Juridiquement, il s’agit d’une incrimination en constante évolution, ayant
connu une extension progressive de ses éléments constitutifs.
§1. L’évolution conventionnelle du crime contre l’humanité : une
incrimination en extension
A. L’évolution de l’élément contextuel
Historiquement, le crime contre l’humanité a d’abord été associé aux
conflits armés :
Accord de Londres (1945) : défini comme un crime commis contre une
population civile avant ou pendant la guerre.
TPIY (1993) : crime lié à un conflit armé, qu’il soit international ou
interne.
Affaire Dusko Tadić (1999, TPIY) : la jurisprudence a admis que le crime
contre l’humanité peut être commis en temps de paix, amorçant son
autonomisation.
Statut de Rome (1998, CPI) : il n’est plus nécessaire qu’un crime contre
l’humanité soit lié à un conflit armé, il suffit qu’il s’inscrive dans une attaque
généralisée ou systématique contre une population civile.
B. L’extension des éléments individuels
L’évolution conventionnelle a progressivement élargi la liste des actes
constitutifs du crime contre l’humanité :
Accord de Londres (1945) : 6 actes (assassinat, extermination, réduction
en esclavage, déportation, persécution, autres actes inhumains).
TPIY (1993) : 9 actes (ajout de l’emprisonnement, la torture et le viol).
Statut de Rome (1998) : 17 actes, incluant l’esclavage sexuel, la
prostitution forcée, la grossesse forcée, la stérilisation forcée et l’apartheid.
L’extension des actes individuels et la notion d’« autres actes inhumains
» confèrent au crime contre l’humanité un caractère évolutif et adaptable.
§2. Applications jurisprudentielles
Plusieurs décisions ont précisé la qualification du crime contre
l’humanité :
Affaire Akayesu (1998, TPIR) : la torture et le viol peuvent constituer des
crimes contre l’humanité.
Affaire Furundžija (1998, TPIY) : le viol est un crime contre l’humanité et
son interdiction a un caractère coutumier.
Affaire Bagosora (2008, TPIR) : forcer des personnes à creuser leur
propre tombe est un acte inhumain relevant du crime contre l’humanité.
Affaire Blaskić (2000, TPIY) : participation à une attaque généralisée suffit
pour être qualifié d’auteur, même sans adhésion idéologique.
Affaire Mershys (2007, TPIY) : la population civile exclut les combattants,
même hors des combats.
Section 2 : Le crime de génocide
Le crime de génocide est une infraction internationale spécifique qui se
distingue par son intention exterminatrice.
§1. La stabilité conventionnelle du crime de génocide
Contrairement au crime contre l’humanité, la définition du génocide est
restée stable depuis son adoption par la Convention pour la prévention et la
répression du crime de génocide (1948).
L’article 2 de cette convention définit le génocide comme « l’intention de
détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux
», par l’un des actes suivants :
1. Meurtre de membres du groupe.

2. Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale des


membres du groupe.
3. Soumission intentionnelle à des conditions de vie entraînant
la destruction physique du groupe.

4. Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe.

5. Transfert forcé d’enfants du groupe vers un autre groupe.


La stabilité de cette définition est due à son caractère générique et à son
adoption en tant que norme de jus cogens (règle impérative du droit
international).
§2. Applications jurisprudentielles : l’intention spécifique du génocide
La reconnaissance du génocide repose sur l’intention spécifique (dol
spécial), c’est-à-dire la volonté d’exterminer un groupe en raison de son
appartenance.
Affaire Akayesu (1998, TPIR) : première condamnation pour génocide,
incluant le viol et la violence sexuelle comme actes génocidaires.
Affaire Jean Kambanda (1998, TPIR) : confirmation du dol spécial comme
critère déterminant du génocide.
Affaire Blagojević (2005, TPIY) : application stricte de l’élément
intentionnel.
Affaire Musena (2000, TPIR) : reconnaissance de l’incitation directe et
publique à commettre le génocide.
La jurisprudence a également précisé la répression des crimes
accessoires au génocide :
Entente en vue de commettre le génocide
Incitation directe et publique au génocide
Complicité de génocide
Conclusion
Les infractions internationales sont en constante évolution pour
répondre aux défis contemporains du droit pénal international.
Le crime contre l’humanité a connu une extension progressive, avec une
liste élargie d’actes constitutifs et une autonomie par rapport aux conflits
armés.
Le crime de génocide, en revanche, est resté stable et repose sur une
intention spécifique d’extermination.
Ces infractions soulignent l’importance du droit pénal international dans
la protection des droits fondamentaux et la prévention des atrocités de masse.
Titre 2 : La Responsabilité Pénale Internationale
L’existence d’une infraction internationale suppose l’existence d’un
régime de responsabilité pénale spécifique, distinct du droit interne. Cette
responsabilité pourrait être fondée soit sur la théorie du libre arbitre, soit sur
un devoir envers l’humanité, ce qui mettrait l’accent sur une approche
objective plutôt que subjective de la faute pénale.
L’infraction internationale détermine à la fois la forme de la
responsabilité pénale (Chapitre 1) et ses modalités d’application (Chapitre 2).
Chapitre 1 : Les Formes de la Responsabilité Pénale Internationale
Les infractions internationales ont une dimension structurellement
collective, ce qui justifie l’existence de deux formes principales de
responsabilité pénale internationale :
1. La responsabilité par participation criminelle collective
(notion d’entreprise criminelle commune, Section 1).

2. La responsabilité du supérieur hiérarchique (Section 2).


Section 1 : L’Entreprise Criminelle Commune en Droit Pénal
International

La notion d’entreprise criminelle commune (Joint Criminal Enterprise,


JCE) est apparue dans l’affaire Tadić (1999). Elle repose sur l’idée d’un but
criminel commun, où chaque participant partage la même intention criminelle.
Le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) a reconnu
trois formes d’entreprise criminelle commune :
1. JCE de type I : Tous les participants partagent le même but
criminel.

2. JCE de type II : Inclut une structure organisée avec un


système de répression (ex. : camps de concentration).

3. JCE de type III : Responsabilité pour des actes prévisibles


commis par un membre du groupe, même si ces actes dépassent le plan
initial.
L’entreprise criminelle commune diffère des formes classiques de
participation criminelle (complicité, coaction), car elle suppose une infraction
structurellement collective (elle ne peut être commise qu’à plusieurs).
Le Statut de Rome (article 25) reconnaît des formes de responsabilité
proches de la JCE :
Commission conjointe d’une infraction.
Agir sur ordre ou ordonner d’agir.
Participation indirecte à la commission de l’acte.
Si cette notion facilite l’accusation, elle est critiquée pour son extension
excessive de la responsabilité pénale individuelle.
Section 2 : La Responsabilité du Supérieur Hiérarchique
Également appelée command responsibility, cette responsabilité a été
affirmée dès l’affaire Yamashita (Tribunal de Tokyo, 1946) : un commandant
peut être tenu responsable s’il ne prend pas les mesures nécessaires pour
empêcher ou punir les crimes commis par ses subordonnés.
Les premières bases de cette responsabilité remontent à :
La Convention de La Haye (1907).
Le Rapport de la Commission de Versailles (1919)
Le Statut de Rome (article 28) distingue deux formes de responsabilité :
1. Responsabilité du chef militaire (commandement et contrôle
effectif).
2. Responsabilité du supérieur civil (autorité et contrôle
effectif).
Paragraphe 1: Évolution de la Responsabilité du Supérieur
Hiérarchique
Avant le Statut de Rome, la responsabilité du supérieur était considérée
comme dérivée de celle du subordonné. Avec Rome, elle devient autonome.
Le TPIY et le TPIR ont étendu cette responsabilité à :
Des autorités civiles (affaire Zeynil Delalić, 1998).
Des autorités politiques (affaire Akayesu, TPIR).
La jurisprudence Celibici a élargi la notion de supérieur hiérarchique en
affirmant qu’elle ne se limite pas aux chefs militaires, mais inclut les
responsables politiques et les autorités civiles.
Les conditions de la responsabilité pénale du supérieur hiérarchique,
qu’il soit militaire, civil ou politique, reposent sur des critères définis par le
Statut de Rome (article 28) et précisés par la jurisprudence internationale. Elles
varient en fonction du type de supérieur concerné :
1. Conditions générales de la responsabilité du supérieur
hiérarchique
La responsabilité du supérieur hiérarchique repose sur trois éléments
fondamentaux :
L’existence d’une relation de subordination entre le supérieur et l’auteur
des crimes.
La connaissance ou la présomption de connaissance des crimes commis
ou à commettre.
L’inaction face aux crimes, c’est-à-dire l’absence de mesures nécessaires
et raisonnables pour prévenir ou réprimer les crimes.
2. Conditions spécifiques selon le type de supérieur
A. Responsabilité du supérieur militaire
L’article 28(a) du Statut de Rome établit deux conditions pour engager la
responsabilité d’un chef militaire ou d’une personne ayant une fonction de
commandement :
1. La condition de connaissance
Le chef militaire est responsable s’il savait ou aurait dû savoir que ses
subordonnés commettaient ou allaient commettre des crimes.
Il s’agit d’une présomption de connaissance : le supérieur ne peut pas se
défendre en prétendant ignorer les crimes s’il avait des raisons objectives de
les connaître (ex. : ampleur des crimes, durée des exactions, proximité
géographique).
2. L’inaction
Le supérieur est responsable s’il n’a pas pris toutes les mesures
nécessaires et raisonnables pour empêcher la commission des crimes ou pour
sanctionner les auteurs.
Il doit soit intervenir directement, soit référer l’affaire aux autorités
compétentes.
Jurisprudence pertinente :
Affaire Yamashita (Tribunal de Tokyo, 1946) : Un commandant japonais a
été condamné car il n’a pas empêché des crimes de guerre massifs.
Affaire Bemba (CPI, 2018) : L’acquittement de Bemba repose sur le fait
que les mesures qu’il avait prises étaient jugées nécessaires et raisonnables,
malgré leur inefficacité.
B. Responsabilité du supérieur civil (autorité politique,
administrative, etc.)
L’article 28(b) du Statut de Rome fixe trois conditions pour engager la
responsabilité d’un supérieur hiérarchique civil :
1. La condition de connaissance ou de négligence
Contrairement au chef militaire, le supérieur civil est responsable s’il
savait ou a délibérément négligé de tenir compte d’informations indiquant que
ses subordonnés allaient commettre des crimes.
Il doit donc y avoir une faute délibérée : une simple présomption de
connaissance ne suffit pas.
2. La spécialité des crimes
Les crimes doivent être liés aux activités relevant de la responsabilité et
du contrôle effectif du supérieur civil.
Il doit y avoir un lien direct entre l’autorité exercée et les actes commis.
3. L’inaction
Comme pour les militaires, le supérieur civil est responsable s’il n’a pas
pris toutes les mesures nécessaires et raisonnables pour empêcher ou punir les
crimes.
Jurisprudence pertinente :
Affaire Celibici (TPIY, 1998) : Première affaire où la responsabilité du
supérieur civil a été reconnue.
Affaire Akayesu (TPIR, 1998) : Un maire a été condamné car il n’a pas
empêché un génocide malgré son autorité locale.
4. Responsabilité du supérieur politique
La responsabilité des responsables politiques suit généralement les
mêmes critères que celle des supérieurs civils. Toutefois, les tribunaux ont
progressivement étendu la notion de contrôle effectif pour inclure les
dirigeants politiques qui n’ont pas un commandement direct mais exercent une
influence décisive sur les auteurs des crimes.
Jurisprudence pertinente :
Affaire Blaškić (TPIY, 2000) : Le tribunal a reconnu qu’un supérieur
pouvait être responsable même s’il n’avait pas un lien de subordination formel
avec les auteurs des crimes.
Affaire Kordić et Čerkez (TPIY, 2001) : Un chef politique local a été
condamné pour crimes de guerre, car il exerçait une autorité de facto sur des
forces armées.
Conclusion
La responsabilité pénale du supérieur hiérarchique repose sur trois
éléments clés : une relation de subordination, la connaissance des crimes et
l’inaction. Toutefois, la distinction entre militaires, civils et politiques entraîne
des variations dans les conditions de responsabilité, notamment sur la question
de la présomption de connaissance et du lien avec les crimes commis.
Paragraphe 2 : Applications Jurisprudentielles de la Responsabilité du
Supérieur Hiérarchique
Trois points principaux sont examinés en jurisprudence :
1. La relation de commandement
L’affaire Delalić (TPIY, 1998) a établi que le supérieur peut être de jure
(officiellement nommé) ou de facto (exerce un contrôle effectif).
L’affaire Blaškić (TPIY) a précisé que même une absence de
commandement officiel n’exclut pas la responsabilité.
2. La connaissance des crimes
L’affaire Blaškić a admis une présomption de connaissance pour le
supérieur.
L’affaire Roechling (tribunal militaire français) a affirmé que l’ignorance
volontaire équivaut à un assentiment aux crimes.
3. L’évaluation des mesures prises
Dans l’affaire Jean-Pierre Bemba (CPI, 2018), la chambre d’appel a
acquitté l’accusé, estimant que :
La distance entre le chef militaire et ses troupes doit être prise en
compte.
Le contrôle effectif sur les troupes est un critère clé.
Les mesures prises doivent être évaluées indépendamment de leur
succès.
Conclusion
La responsabilité pénale internationale repose sur deux grandes formes :
1. La responsabilité par participation collective (JCE), qui facilite
l’accusation mais est critiquée pour son extension excessive.
2. La responsabilité du supérieur hiérarchique, qui s’est
autonomisée avec le Statut de Rome et qui s’applique aux chefs
militaires et civils.
Ces deux concepts sont essentiels pour sanctionner les crimes
internationaux tout en tenant compte de la complexité des conflits modernes.
Chapitre 2 : L’engagement de la responsabilité pénale internationale
L’engagement de la responsabilité pénale internationale vise à
déterminer les conditions sous lesquelles une personne peut être poursuivie
pour crimes internationaux. Cette question implique l’analyse des obstacles
juridiques à la mise en œuvre de la responsabilité pénale et varie selon le statut
de l’auteur présumé. On distingue ainsi :
1. L’engagement de la responsabilité pénale individuelle
ordinaire, lorsqu’il s’agit d’un individu sans position officielle.
2. La poursuite d’un individu en fonction officielle, où la
problématique des immunités en droit pénal international est centrale.
Section 1 – L’engagement de la responsabilité pénale individuelle
ordinaire
Lorsqu’un individu n’occupe pas de position officielle, trois principales
problématiques se posent :
L’existence de règles spécifiques à la mise en œuvre et aux exceptions de
la responsabilité pénale.
L’incidence de la responsabilité individuelle en droit pénal international.
L’articulation entre les lois pénales nationales et la poursuite des crimes
internationaux.
Paragraphe 1 : L’existence des règles de la responsabilité pénale en cas
de poursuite pour crime international
Historiquement, le droit pénal international s’est longtemps limité à la
question des immunités. Ce n’est qu’avec le Statut de Rome que des règles
générales de responsabilité pénale ont été établies.
1. L’âge de responsabilité pénale : L’article 26 du Statut de
Rome fixe à 18 ans l’âge minimal pour être poursuivi devant la CPI. Un
mineur de 18 ans n’est donc pas impuni, mais hors compétence de la
Cour.
2. L’intention criminelle : L’article 30 du Statut de Rome établit
que la responsabilité pénale suppose une intention et une connaissance
de l’acte criminel. Cette exigence soulève des difficultés, notamment
dans l’appréciation de l’élément intentionnel (élément contextuel vs.
Élément individuel).
3. Les motifs d’exonération de responsabilité : L’article 31 du
Statut de Rome prévoit des causes d’exonération telles que :
Maladie mentale (paragraphe a)
Légitime défense (paragraphe c)
Intoxication (paragraphe b)
Contrainte (paragraphe d)
Toutefois, leur application reste à l’appréciation de la Cour (article 31,
alinéa 2).
Paragraphe 2 : L’articulation entre responsabilité pénale et infractions
internationales
Le droit pénal international repose sur une interaction entre :
Le droit pénal national, qui définit les règles générales de responsabilité.
Le droit pénal international, qui définit les infractions internationales.
Cette articulation pose la question de la culpabilité en droit pénal
international, souvent fondée sur une approche matérielle plutôt que
subjective.
Paragraphe 3 : Les lois pénales nationales et la souveraineté des États
L’imprescriptibilité : L’article 29 du Statut de Rome consacre
l’imprescriptibilité des crimes relevant de la CPI, confirmée par la CIJ comme
une norme coutumière du droit international. Toutefois, certains crimes
comme le terrorisme restent débattus quant à leur imprescriptibilité.
Amnistie et grâce : Le droit pénal international ne définit pas clairement
la portée des lois d’amnistie nationales face aux crimes internationaux, ce qui
laisse subsister des conflits entre justice pénale internationale et justice
transitionnelle.
Section 2 – La poursuite des individus en fonction officielle : la
problématique des immunités
Les immunités posent une question centrale en droit pénal
international : une position officielle peut-elle constituer un obstacle aux
poursuites ?

On distingue :
1. L’individu déchu de sa fonction officielle : il ne peut
bénéficier d’aucune immunité.
2. L’individu en exercice de sa fonction : il bénéficie de
certaines immunités, selon qu’il est poursuivi devant une juridiction
nationale ou internationale.
Paragraphe 1 : La poursuite de l’individu déchu de sa fonction officielle
Lorsqu’un individu n’exerce plus de fonction officielle, la question est de
savoir si l’immunité fonctionnelle couvre ses actes passés.
A. Les limites de la théorie de l’acte d’État
La théorie de l’acte d’État justifie traditionnellement l’immunité
fonctionnelle, mais elle est limitée par la nature des crimes internationaux.
Tribunal de Tokyo : « L’immunité souveraine n’a aucune relation avec les
crimes contre le droit international. »
TPIY (Milosevic, 2001) : rejet de l’immunité fonctionnelle pour les crimes
internationaux.
Tribunal spécial pour la Sierra Leone (Charles Taylor) : confirmation de
cette jurisprudence.
Chambres africaines extraordinaires (Hissène Habré, 2016) : « La
catégorisation des crimes graves est incompatible avec la notion de qualité
officielle. »
CPI (Laurent Gbagbo, Omar el-Béchir, Vladimir Poutine) : confirmation du
rejet de l’immunité pour les crimes internationaux.
B. La consolidation coutumière du rejet de l’immunité
fonctionnelle
L’article 7 du Code des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité
affirme que les crimes internationaux ne peuvent être couverts par une
immunité fonctionnelle.
Paragraphe 2 : La poursuite d’un individu en fonction officielle – Les
immunités personnelles
Lorsque l’individu est en fonction, la question est de savoir si son statut
officiel peut bloquer des poursuites.
A. L’inopérance de l’immunité devant les juridictions
internationales
L’affaire Yerodia Ndombasi (CIJ, 2002) a établi que les immunités ne
s’appliquent pas devant les juridictions internationales.
CPI (Omar el-Béchir, Vladimir Poutine) : confirmation du principe.
Tribunal spécial pour la Sierra Leone : « Les tribunaux internationaux ne
sont pas des organes étatiques, ils dérivent de leur mandat international. »
Article 27 du Statut de Rome : rejet de l’immunité pour tous les
représentants officiels, y compris chefs d’État.
B. Le maintien de l’immunité devant les juridictions
nationales
À l’inverse, la jurisprudence Yerodia Ndombasi affirme que les chefs
d’État en exercice bénéficient d’une immunité devant les juridictions nationales
étrangères.
Affaire Kadhafi (Cass. Fr., 2001) : reconnaissance de l’immunité des chefs
d’État.
Affaire du président égyptien (Cass. Fr., 2020) : confirmation de cette
protection.
C. Les interactions entre juridictions nationales et
internationales
Le conflit entre juridictions nationales et internationales est illustré par
l’affaire Omar el-Béchir.
Obligation de coopération avec la CPI (article 27 du Statut de Rome) vs.
Obligation de respect des immunités diplomatiques (Convention de
Genève).
L’arrêt de la CPI du 6 mai 2019 a confirmé la mise à l’écart des immunités
devant la CPI, mais n’a pas clarifié si cette obligation de coopération avait un
caractère coutumier.
Conclusion
Le droit pénal international reste marqué par des zones d’incertitude
quant aux formes de responsabilité et aux conditions de poursuite.
La responsabilité pénale des individus ordinaires est bien établie.
L’immunité des personnes en fonction officielle est rejetée devant les
juridictions internationales, mais maintenue devant les juridictions nationales.
Le conflit entre juridictions nationales et internationales demeure une
question ouverte.
Le droit pénal international substantiel est relativement stabilisé, mais
des difficultés persistent en matière procédurale, notamment sur l’application
des immunités et l’obligation de coopération.

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