i
EPIGRAPHE
« Accorder une protection spéciale aux enfants ne s’avère nullement discriminatoire d’autant
que cette protection spéciale se justifie face à une situation de vulnérabilité particulière dans
laquelle se trouve l’enfant ».1
1
RUET, Céline, « La vulnérabilité dans la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme », in
RTDH (102/2015), p. 338.
ii
Dédicace
Je dédie ce travail à Gisèle Mitonga, Papy Mbongi, Christ Vie Labu, Gisèle Labu, Bénie
Labu, Gaëlle Labu.
Votre amour, votre soutien et vos prières ont été ma force tout au long de ce parcours. Ce
travail est le fruit de vos encouragements silencieux et de votre présence bienveillante.
REMERCIEMENTS
Je tiens à exprimer ma profonde gratitude à toutes les personnes qui ont contribué, de
près ou de loin, à la réalisation de ce travail.
Je remercie tout d’abord le Seigneur pour la force, l’inspiration et la grâce tout au long
de ce parcours.
Mes remerciements vont également à mon encadreur, PASCAL MUKONDE
MUSULAY, pour ses précieux conseils, sa disponibilité et son accompagnement
bienveillant.
iii
Je n’oublie pas ma famille et mes proches, particulièrement mes parents LIEVIN
LABU EKUBA et ALICE MITONGA KASEYA pour leur soutien moral, financier et
leurs encouragements constants.
Enfin, je remercie mes camarades et toute personne ayant, d’une manière ou d’une
autre, participé à l’élaboration de ce mémoire.
Israel LABU
ABREVIATIONS ET SIGLES
Art : Article
CAI : Conflit armé international
CANI : Conflit armé non international
CG : Convention de Genève
CIC : Comité international de la croix rouge
iv
DIH :Droit international humanitaire
ibdem : Même ouvrage même auteur
Idem : La même chose
JO. : Journal officiel
[Link] : Ouvrage déjà cité
P : page.
PA : Protocole additionnel
RDC : République démocratique du Congo
1
INTRODUCTION
La présente introduction se subdivise en six points respectivement consacrés à
la problématique du sujet,(I)à la justification et intérêt de l'étude(II) , à la délimitation du
sujet,(III)aux méthodes et techniques de recherche (IV)ainsi qu'au plan sommaire.(V.)
I. Problématique
La présente étude pourtant sur la protection des personnes vulnérables en droit
international : Cas du conflit à l’est de la République démocratique du Congo s'inscrit dans le
cadre du « DIH » qui s'entend comme étant «l'ensemble des règles internationales,d’origine
conventionnelle ou coutumière, qui sont spécifiquement destinées à régler les problèmes
humanitaires découlant directement des conflits armés, internationaux ou non, et restreignent,
pour des raisons humanitaires, le droit des parties au conflit d’utiliser les méthodes et moyens
de guerre de leur choix ou protègent les personnes et les biens affectés, ou pouvant être
affectés, par le conflit»2
En effet, les conflits armés sont à l’origine de plusieurs conséquences néfastes
auxquelles les sociétés modernes subissent du jour au lendemain. Ils provoquent, outre la
perturbation du fonctionnement habituel des institutions publiques, les pertes en vies
humaines, les cas des blessés des civiles et militaires, les tortures ou traitements inhumains,
les destructions et occupations des biens publics et privés à des fins de guerre, les déportations
ou transferts illégaux des populations civiles, les déplacements massifs des populations
victimes de guerre, la soumission des personnes en esclavage, les grossesses forcées,
l’esclavage sexuel, l’extermination des communautés locales, les prises d’otage, les détentions
illégales, l’intégration forcée des enfants dans les troupes armées, et tant d’autres faits
auxquels les souffrances reviennent aux personnes qui ne sont pas concernées auxdits
conflits.3
Les États modernes sont de nos jours des véritables sujets actifs et passifs des
conflits armés ; certains vont même jusqu'à soutenir la guerre comme l’une des conditions de
l'émergence d’un État et de l’affirmation de sa souveraineté. Mais, malgré ce quasi
omniprésence de la guerre dans l'histoire de l'humanité, de tout temps, toutes les sociétés ont
affirmé le souci de limiter leurs propres capacités de destruction. 4 C’est le souci de limitation
des violences entre collectivités humaines qui a été à l'origine de la création du droit de la
2
MUMBALA J., Le droit international humanitaire et la protection des enfants en situation des conflits
armés (Étude du cas de la République démocratique du Congo) Thèse Dactyl. Université de Gand,2016-
2017,p.38.
3
ALEXIA PIERRE, « Populations vulnérables en temps de conflit armé », In [Link]
consulté le 23 août 2023 à 14h00.
4
F. BOUCHET-SAULNIER, Dictionnaire pratique du droit humanitaire, Paris, éd. La Découverte, 2006, p. 4.
2
guerre. Rebaptisé après des années en droit international humanitaire, le droit de la guerre est
le produit des réflexions agissantes des Etats sur la détermination des méthodes de guerre, des
règles et coutumes auxquelles les belligérants doivent observer afin d’éviter l’aggravation des
conséquences dommageables sur les combattants et les non combattants.
Tel que relevé ci-haut, le droit international humanitaire est cette branche du
droit international qui porte sur la réglementation des us et coutumes de guerre, de la
protection des personnes vulnérables et de la garantie des droits des personnes en temps de
guerre.
Les conventions de Genève du 12 août 1949 et leurs protocoles additionnels
sont des sources principales du droit international humanitaire étant donné qu’elles portent
généralement sur l’amélioration du sort des blessés et des malades dans les forces armées en
campagne, l’amélioration du sort des blessés, des malades et des naufragés des forces armées
sur mer, le traitement des prisonniers de guerre et, enfin, la protection des personnes civiles en
temps de guerre.5
L’analyse de ces instruments juridiques internationaux permet d’opérer une
double catégorisation des personnes vulnérables en temps de guerre. Il s’agit, d'une part, des
personnes qui ne participent pas au conflit (les civils) et, de l'autre part, des personnes ne
participant plus à la guerre. Ces dernières sont des militaires blessés, malades ou naufragés
auxquels les textes juridiques écartent de la violence de guerre par l’ennemi. Elles sont
considérées comme vulnérables en vertu de leur situation d’inaptitude à poursuivre la guerre
et bénéficient d'une protection dans le but de garantir leurs droits et d'assurer leur sécurité en
période de conflit.6
Cependant, dans le cadre du conflit armé qui sévit à l’Est de la République
Démocratique du Congo, la situation de la protection des personnes vulnérables reste encore
problématique étant donné que, les civils sont toujours victimes des viols, des violences
sexuelles, de violations graves des droits de l’homme, des déplacements massifs et forcés des
populations locales à la suite de l’occupation des territoires par les troupes rebelles. Plus
encore, le traitement que subissent les militaires blessés et malades en période de guerre qui
ne bénéficient pas de l’application des coutumes de guerre en matière de protection des
personnes en situation particulière. Car, beaucoup sont des militaires blessés et malades
emprisonnés par l’armée ennemie alors que leur situation nécessite un secours urgent en vue
5
J.M HENCKAERTS et L. DOSWALD-BECK, Droit international humanitaire coutumier, Traduit de l’anglais
par D. LEVEILLÉ, Bruxelles, Bruylant, 2006, p. 15.
6
L. DE SOUZA, « Réponses juridiques a l’emploi de la force par des entités non-étatiques » In ASPJ Afrique &
Francophonie, 4ème trimestre 2011, p. 39.
3
de sauver leurs vies, mais les belligérants les traitent pour des otages qui doivent subir des
sanctions pénales.
Par ailleurs, plusieurs violations sont enregistrées dans les rapports des Nations
Unies sur le conflit armé à l’Est de la RDC, mais aucune solution n’est trouvée en vue de
calmer la situation et de rétablir ces populations et combattants dans leurs droits. Or, la
République Démocratique du Congo figure parmi les Etats qui ont ratifié les conventions de
Genève du 12 août 1949 et leurs protocoles additionnels, surtout en ce qui concerne la
protection des miliaires blessés, malades et naufragés, ainsi que des populations civiles en
temps de guerre. Malgré la présence de la MONUSCO, du Haut-Commissariat des Refugiés
et de l’Observatoire des Nations Unies aux Droits de l’Homme, l’amélioration du sort des
blessés, des malades, des naufragés et des populations civiles en temps de guerre n’est pas
toujours possible ; car la perpétration de violations de droits de l’homme reste la pratique la
plus recourue par les troupes ennemies.
Au regard de cet état des choses qui vient d'être mis en relief, certaines questions méritent
d'être posées, entre autres:
- Quelles sont les garanties que les Conventions de Genève du 12 août 1949 et leurs protocoles
accordent aux personnes vulnérables en temps de guerre ?
- Quel est le mécanisme d’application de ces garanties dans le cadre du conflit armé qui sévit à
l’Est de la République Démocratique du Congo ?
- Enfin, ces garanties prévues par les conventions de Genève ainsi que leurs protocoles
additionnels sont-elles appliquéee dans la partie Est de la République démocratique du
Congo ? Et quelles sont les difficultés et perspectives pour la protection des personnes
vulnérables dans le conflit armé à l’Est de la RDC ?
Ces questions constituent la matrice de la présente étude, nous tenterons d'y répondre dans les
lignes qui suivent.
II. Choix et intérêt de l'étude
La présente étude recèle un intérêt à la fois théorique et pratique. Sur le plan
théorique, cette étude se veut de mettre en exergue les principaux cardinaux du droit
international humanitaire et pourra inspirer tout chercheur qui pourrait s'engager sur le même
chemin.
Du point de vue pratique et professionnel, cette étude pourra servir
d'inspiration aux pouvoirs publics dans le cadre de l'implémentation et mise en œuvre des
principes maîtraisses du droit international humanitaire notamment dans l'indemnisation des
4
victimes des conflits armés, particulièrement dans la partie Est de la République démocratique
du Congo.
III. Méthodes et techniques de recherche
A. Méthodes
Aucune étude scientifique ne saurait se faire sans que le chercheur n’ait recours
à une méthode. Toute discipline scientifique a un objet et une méthode. La méthode est la
marche rationnelle de l’esprit pour arriver à la connaissance ou à la démonstration d’une
vérité.7 Mais en science juridique, particulièrement en droit public, la question de la méthode
suscite polémique et débat. Un pôle affirme avec force qu’il n’existe que deux méthodes : «
sociologique et juridique ».89
Dans le cadre de la présente étude, nous avons fait recours à :
- La méthode historique : qui nous permet de saisir la réalité comme une totalité : en
somme, tout se tient par la loi de l’interdépendance, de l’interaction ou la loi de
connexion universelle ou encore la loi de l’action réciproque. 10 Cette méthode nous a
permis de mieux cerner la question de la protection des personnes vulnérables au
travers l'approche diachronique qui nous permet d’analyser des faits, dans pratiques
dans le temps.
- La méthode exégétique : Elle nous a permis de faire l'exégèse en interprétant des
règles de droit.11 Cette méthode nous a permis à interpréter et à critiquer les
instruments juridiques relatifs à la protection des personnes vulnérables.
- La méthode sociologique : c’est une méthode qui fait appel à l’observation doublée de
l’explication, elle est tributaire des faits et se proposent moins de les apprécier que de
7
MBOKO DJ’ANDIMA, Principes et usages en matière de rédaction d’un travail universitaire, Kinshasa, Ed.
CADICEC, 2004, p. 30.
8
COHENDET CHASLOT M.A., Les méthodes de travail en droit public, Paris, 3e éd. Montchrestien, 1998, pp.
9
MBOKO DJ'ANDIMA, Droit congolais des services publics, Bruxelles, Academia-L’Harmattan, 2015, p.21
10
DJOLI ESENG’EKELI Jacques, Droit constitutionnel : tome 2 l’expérience congolaise, Kinshasa, collection
Mateya, 2018, p. 19.
11
MUNAYI MUNTU-MONJI, Cours d’initiation à la recherche scientifique, deuxième Graduat, Faculté de
Droit, Université Protestante au Congo, Inédit, 2015-2016, p. 39.
14
Idem, p. 16.
5
les expliquer.14 Cette méthode nous a permis de décrire la façon dont dans la réalité,
les normes de protection des personnes vulnérables ne sont pas respectées.
B. Techniques de recherche
Les techniques sont des outils utilisés dans la collecte des informations chiffrées ou non, qui
devront plus tard être soumis à l’interprétation et à l’explication grâce aux méthodes. Nous
considérons les techniques comme étant l’ensemble de procédés exploités par un chercheur
dans la phase de la collecte des données intéressant ainsi son objet d’étude. À cet effet, nous
avons utilisé la technique suivante :
- La technique documentaire : Elle consiste en une fouille systématique de tout ce qui
est écrit ayant une liaison avec le domaine de recherche. 12 Ce qui nous a permis de
trouver les principaux travaux menés par d’autres auteurs sur le même thème,
idéalement dans des contextes parents.
IV. Délimitation du travail
Même si cette étude peut revêtir un caractère interdisciplinaire, l’on ne peut
s’éviter de pouvoir opérer une délimitation tant temporelle, spatiale et matérielle. Ce qui
permettra logiquement de prétendre l’étudier dans l’aspect de la totale protection des
personnes en matière de conflits armés.
Ainsi, pour la délimitation spatiale, l’étude de la protection des personnes
vulnérables en droit international connait sa délimitation lorsqu’elle est faite dans les limites
des frontières de l’Est de la République Démocratique du Congo. Le choix porté sur cet
espace est bien clair car, il vise à se focaliser sur une zone de l’Afrique centrale à laquelle les
conflits armés ont toujours visé afin de la recherche des ressources naturelles auxquelles elle
regorge. L’Est de la RDC a été au cœur des conflits depuis le partage de l’Afrique jusqu’à la
succession de la colonie par le nouvel Etat issu de l’indépendance politique. Bien que ces
conflits restent encore pérennes, la recherche de la protection des personnes vulnérables est
toujours le souci que l’Etat congolais et les Nations Unies conspirent depuis des années.
Sur le plan temporelle, la présente étude est lancée pour une période très
récente à laquelle les conflits armés ont élu domicile en République Démocratique du Congo.
Il s’agit de la période du soulèvement du Mouvement du 23 mars, M23 en sigle, soit (2012 à
12
MULUMBATI NGASHA., Manuel de sociologie générale, Lubumbashi, Ed. Afrique, Collection connaitre et
savoir, 1980, p. 26.
6
ce jour) ayant pour but de réclamer aux dirigeants congolais l’application des stipulations de
l’Accord du 23 mars 2009.
Restreindre le champ d’application d’une étude est une loi de la démarche
scientifique, toute démarche scientifique procède obligatoirement par découpage de réalité
afin d'être menée en toute efficacité 13, ainsi, sur le plan matériel, le présente étude a pour
support le droit international humanitaire, mais la portée de la notion de la personne
vulnérable en temps de conflit armé ainsi que l'immensité de la question nous ont poussé à
restreindre la présente étude à une catégorie de personnes vulnérables, notamment les enfants.
V. Plan sommaire
Outre la présente introduction et la conclusion, la présente étude comporte trois
respectivement consacrés aux généralités sur les personnes vulnérables en droit international
(Chapitre I), à la protection des personnes vulnérables en droit international (Chapitre II)
enfin à l'etat des lieux et perspctives pour la protection des personnes vulnérables dans les
conflits armés à l’Est de la RDC (Chapitre III).
13
KAMUKUNY MUKINAY A., Contribution à l’étude de la fraude Constitutionnelle en droit Congolais, Paris,
Académie-L'Harmattan, 2011, p.37
7
CHAPITRE I. GÉNÉRALITÉS SUR LES PERSONNES VULNÉRABLES
La conception des personnes vulnérables provient de l’idée de la création d’un
système de protection d’une catégorie des personnes ne bénéficiant pas des mêmes conditions
sociales que les autres. Il s’agit des personnes auxquelles les conditions physiques et
socioéconomiques sont en difficulté totale ou partielle par rapport aux autres individus vivant
dans la même société qu’elles. Généralement, sont considérées pour des personnes
vulnérables les personnes vivant avec handicap physique, mental ou professionnel, les
personnes vivant avec le VIH/SIDA et les personnes affectées, ainsi que les personnes
auxquelles le législateur pourrait considérer pour des vulnérables en raison de leur situation
sociale ou d’une circonstance leur survenue. C’est le cas personnes situées dans les zones en
conflit armé qui subissent des hostilités, des agressions sexuelles et de privation des droits
humains. Telle catégorie des personnes sont considérées comme des personnes vulnérables
auxquelles l’Etat est tenu d’accorder une protection particulière.
Ainsi, dans le cadre du présent chapitre, il est question d’analyser la notion des
personnes vulnérables en droit international (Section I) avant de voir les origines extrinsèques
de la vulnérabilité (Section II) pour chuter sur les origines du conflit armée à l’est de la
république démocratique du Congo (section 3)
Section 1. Notion des personnes vulnérables en droit international
Issue notamment des réflexions sociologiques renouvelant le débat sur la
précarité, la fragilité et l’exclusion dans les années 1990, employée dans les institution
économiques internationales et s’affirmant dans le domaine du développement humain,«
l’essor de la métaphore de la vulnérabilité a été fulgurant ». 14 Avec pour corollaires les notions
d’insécurité et de risque, la vulnérabilité infiltre progressivement la médecine, l’économie,
l’écologie, ou encore la politique internationale, caractérisant alors indifféremment
l’isolement d’une personne âgée, le risque terroriste pesant sur un Etat, la concurrence d’une
entreprise sur les marchés financiers, le piratage d’un système informatique, la fragilité d’une
zone géographique ou encore les chances de survie et de développement d’une espèce
animale.
14
SONTAG S., Le sida et ses métaphores, Paris, Bourgeois, 1989, p. 15.
8
Raison pour laquelle la présente section consacre la définition de la
vulnérabilité (§1) et la personne vulnérable saisie en droit international (§2).
§ 1. La définition de la personne vulnérable
Pour Aristote, la vulnérabilité est une composante des vertus humaines. Elle
renvoie à la finitude et à la fragilité de l'existence, mettant en lumière que « toute vie est
processus d’effondrement ». En ce sens, la vulnérabilité caractérise tous les êtres vivants qui
ne peuvent échapper à leur condition. Ce constat ontologique suppose que la confrontation de
la vulnérabilité de la personne physique avec le droit, qui plus est international, puisse susciter
au premier abord la surprise. C’est sans compter sur le déploiement exponentiel des études
relatives à la vulnérabilité dans la doctrine juridique depuis la fin des années 1990.15
En effet, qualifiée de concept « vague », « complexe » ou « ambigu », la
vulnérabilité n’est généralement pas définie par les acteurs qui l’emploient. Les termes «
vulnérabilité de la personne » et « personne vulnérable » sont notamment utilisés de manière
équivalente. Si ces deux éléments sont intimement liés, ils se distinguent par leur nature. Cette
distinction présente une incidence en droit international (A.). La définition de la personne
vulnérable passe ensuite par une tentative de clarification de ses composantes (B.).
A. Vulnérabilité de la personne et personne vulnérable
Dans la littérature française, le terme de « vulnérabilité » apparait en 1836 sous
la plume d’Honoré de Balzac. La vulnérabilité est définie par le Littré comme « le caractère
de ce qui est vulnérable ». Il faut donc se référer à la définition de l’adjectif « vulnérable »
pour approcher la compréhension de ce terme. Celui-ci vient de l’adjectif latin vulnerabilis
(issu du verbe latin vulnerare : blesser, et de vulnus : plaie, blessure), adjectif polysémique qui
signifie d’une part « qui peut être blessé », mais aussi « qui blesse ».
La langue française a précisé le caractère passif ou actif de la blessure, en distinguant
l’adjectif « vulnérant » de « vulnérable ». Au sens commun, la vulnérabilité désigne la
prédisposition à la blessure. La personne vulnérable renvoie ainsi à un individu « exposé aux
blessures, aux coups, et par extension à la douleur physique, à la maladie », mais aussi, au
sens figuré, à une souffrance morale. Ainsi en est-il « d’une personne très sensible, qui donne
prise aux attaques morales, aux agressions extérieures et qui les ressent douloureusement ».
15
Marion BLONDEL, La personne vulnérable en droit international, Bordeaux, éd. HAL, 2015, p. 15.
9
Cette définition générale est-elle saisissable par le droit ? En d’autres termes, il convient de se
demander quelle vulnérabilité peut être prise en considération par la matière juridique (1.). La
réponse à cette question permet de distinguer les termes « vulnérabilité de la personne » et «
personne vulnérable », qui présentent des définitions imbriquées mais revêtent des natures
différentes (2.)16.
1. De la vulnérabilité ontologique à la vulnérabilité particulière
L’homme est essentiellement vulnérable parce que mortel. Mais la
vulnérabilité humaine ne se réduit pas à cette ultime échéance. Soumis à des risques
physiques, psychiques, économiques, sociaux, l’individu peut être perturbé par une faiblesse,
voire une incapacité issue d’un ou plusieurs de ces pôles. Handicap, jeune ou grand âge,
maladie, genre, pauvreté, détention, migration, conflit armé, situation contractuelle inégale,
appartenance à un groupe ethnique, politique, religieux, les sources de sa vulnérabilité sont en
réalité incommensurables. De plus, dans la mesure où elle relève du sentiment, sa perception
est variable selon les personnes : à situation de risque comparable, certains se sentiront plus
vulnérables que d’autres17.
A cet égard, la psychanalyse propose une systématisation générale des sources
de la vulnérabilité humaine. Selon S. Freud, « la souffrance nous menace de trois côtés : dans
notre propre corps qui, destiné à la déchéance et la dissolution, ne peut même se passer de
signaux d’alarme que constituent la douleur et l’angoisse ; du côté du monde extérieur, lequel
dispose de forces invincibles et inexorables pour s’acharner contre nous et nous anéantir ; la
troisième enfin provient de nos rapports avec les autres êtres humains. La souffrance issue de
cette source nous est plus dure peut-être que toute autre ». Intrinsèque, extrinsèque mais aussi
essentiellement relationnelle, la vulnérabilité prend plusieurs visages et assaille l’homme sur
divers fronts. Ainsi, par nature et à certains moments de notre vie, nous sommes tous
vulnérables.
L’individu va alors rechercher dans le groupe un remède à sa vulnérabilité
naturelle acceptant d’ailleurs par là même que, de source de protection, le groupe puisse
également devenir créateur de vulnérabilité. Ce regroupement d’individus suppose alors
l’apparition du droit comme instrument d’organisation de leurs rapports mutuels : « le droit
n’a pas sa source dans l’homme isolé ; il nait des rapports de l’homme avec ses semblables.
16
Marion BLONDEL, La personne vulnérable en droit international, Bordeaux, éd. HAL, 2015, p. 2O.
17
Marion BLONDEL, Op cit, p. 21.
10
C’est le groupement d’hommes, c'est-à-dire la société, qui lui donne naissance ». C’est en
raison de sa vulnérabilité que l’homme est un être social, et c’est parce qu’il est un être social
qu’il a recours aux règles de droit. Le constat de la vulnérabilité et son corollaire, la recherche
de sécurité, constituent « l’objet même de l’engagement en société ». Il s’agit d’une
contrepartie du contrat social, conclu entre sujets autonomes qui délèguent le souci et la
responsabilité de la protection à une instance qui les représente, l’Etat.18
La vulnérabilité fondamentale de l’individu est ainsi le fondement implicite de
la règle de droit et de la construction étatique. Si sa référence explicite relève de l’effet de
mode depuis les années 2000, la vulnérabilité de la personne se retrouve en réalité derrière de
nombreuses dispositions visant à protéger les plus faibles, et à sanctionner les atteintes portées
à leur égard. Par exemple, la minorité de l’enfant est appréhendée par le législateur comme un
Etat de fait qui s’impose à lui, et l’incapacité qui en découle apparait comme la traduction
juridique d’une vulnérabilité préalablement tenue pour acquise par le droit.
En d’autres termes, la vulnérabilité, concept subjectif et mouvant, ne doit pas
envahir le droit, sous peine de voir son effectivité réduite à néant : si le droit en vient à
considérer que toute personne est vulnérable, et à lui accorder en conséquence une protection
particulière, toute protection devient ainsi particulière, c'est-à-dire qu’aucune ne l’est, et la
référence à la vulnérabilité devient surabondante. En revanche, le droit peut considérer qu’à
cette vulnérabilité universelle s’ajoute une vulnérabilité relative et contingente, issue de
situations et d’événements de vie spécifiques, susceptibles de rendre certains plus vulnérables
que d’autres. C’est cette vulnérabilité relative, ce « défaut de la cuirasse »63, que le droit peut
chercher à compenser dans son rôle de pacification, d’harmonisation de la société et de
réduction des inégalités les plus criantes.22
2. Du concept de vulnérabilité de la personne à la notion de personne vulnérable
«Vulnérabilité de la personne » et « personne vulnérable » renvoient à la même
réalité. C’est l’angle de vue qui diffère : d’une part on s’intéresse essentiellement à l’Etat de la
personne, à sa condition d’« être de besoin » ; d’autre part, on considère la personne dans sa
situation particulière, qui prend en droit la forme d’une catégorie. Les deux éléments sont
ainsi intimement liés et doivent être pensés ensemble. Cependant, cette distinction sémantique
revêt une importance dans la matière juridique, dans la mesure où l’on cherche à faire de la
18
ABDELHAMID H., BELANGER M., CROUZATIER J-M., Sécurité humaine et responsabilité de
protéger. L’ordre humanitaire en question, Paris, éd. Des archives contemporaines, 2009, p. 23. 22
ABDELHAMID H., BELANGER M., CROUZATIER J-M., Op cit, p. 24.
11
vulnérabilité un instrument opérationnel. Il semble que la « vulnérabilité de la personne »
puisse être considérée comme un concept, là où la « personne vulnérable » renvoie à une
notion.
De son côté, la référence à la vulnérabilité implique un degré d’abstraction
d’autant plus important qu’elle comporte une dimension ontologique. Si pour qu’un « “mot”
devienne un “concept”, il doit établir son espace propre, fonder son ordre ; il a une “histoire”,
qui le fait passer par d’autres concepts ou sur des plans divers », la vulnérabilité semble
aujourd’hui atteindre cette étape, mobilisant des analyses transversales, et rayonnant au sein
de termes de même caractère, tels que la dignité humaine, l’autonomie ou encore l’égalité. La
référence à la vulnérabilité de la personne recouvre des hypothèses variées et potentiellement
imbriquées, là où la personne vulnérable appelle la précision de la nature de cette
vulnérabilité.19
La personne vulnérable, dont les faiblesses prises en considération par le droit
sont variées, de même que les risques pesant sur elle, illustre tout à fait cette définition. De
façon plus critique, les notions floues sont jugées comme incarnant « un pari sur l’avenir »,
voire comme « [cachant] le rapport de force sous un masque de bon sentiments ». La
proximité de la notion de personne vulnérable avec le concept de vulnérabilité dont elle
émane, qui relève du terme consensuel, pourrait souscrire à cette analyse dans la mesure où
elle permet d’accorder, au moins virtuellement, les acteurs de la vie internationale sur la
nécessité de l’octroi d’une protection.
En tout état de cause, la nature floue n’exclut cependant pas la possibilité d’une
certaine précision, par une analyse de ses composantes constantes.24
B. Les composantes de la notion de personne vulnérable
En droit, la notion de personne vulnérable est généralement utilisée sans
définition précise. Même la doctrine, qui analyse pourtant largement cette question, se
cantonne le plus souvent à étudier ses manifestations, sans proposer une radiographie précise
de ses composantes. Ainsi, « il semble bien que sa consistance notionnelle soit inversement
proportionnelle à sa popularité. Un rapide coup d’œil sur la littérature sur le sujet souligne une
extraordinaire variation des acceptions et définitions, marquant avec force un recours
19
Marion BLONDEL, Op cit, p.
24. 24 Idem, p. 25.
12
incontrôlé à la notion ». C’est en réalité que la tâche n’est ni aisée ni consensuelle, et que le
droit peine à se saisir d’éléments essentiellement extra-juridiques.
C’est pourquoi, dans une logique transdisciplinaire largement plébiscitée par
une partie de la doctrine, un détour par les sciences appliquées peut permettre de dresser une
typologie des éléments de définition, issus d’une conciliation des thématiques y ayant recours.
Si les instruments pour se saisir de la vulnérabilité varient selon les disciplines et « bien que
certains de ses composants aient des significations différentes, les éléments structurels
ressortent systématiquement : les causes, la sensibilité, l’exposition, la menace et le risque en
lui-même ».20 Cette typologie peut être adaptée à la matière juridique, dans le but de présenter
une analyse la plus objective possible des composantes de la notion de personne vulnérable.26
D’abord, la cause de la vulnérabilité de la personne correspond à sa faiblesse
particulière. Il s’agit d’une composante constante et relativement facile à identifier. La
personne est vulnérable à un risque donné en raison d’une faiblesse matérielle particulière,
c'est-à-dire que si cette faiblesse n’existait pas, le risque en question ne se présenterait pas. La
cause se conjugue avec l’exposition, qui renvoie au contexte juridique dans lequel la personne
se trouve. A titre d’illustration, une personne handicapée est plus vulnérable dans un ordre
juridique ne prévoyant pas ou peu sa protection que dans un autre où sa protection est
assurée par des mécanismes effectifs. La personne est vulnérable en raison de sa situation
particulière, comme l’hypothèse d’un conflit armé ou encore d’une dissidence politique ou
religieuse.
Dans un droit international initialement défini comme « droit applicable à la
société internationale »21, c'est-dire classiquement à la « société interétatique », la question ne
relève pas de l’évidence (A.). Le droit international contemporain accorde quant à lui une
place et une protection à l’individu qui devient un sujet actif et passif de son ordre juridique.
La prise en considération de sa vulnérabilité constitue l’aboutissement actuel de cette
recherche de protection (B.).
20
Marion BLONDEL, Op cit, p.
27. 26 Idem, p. 28.
21
DAILLET P., FORTEAU M., PELLET A., Droit international public, Paris, 8ème éd. L.G.D.J, 1990, p. 43.
13
A. La personne saisie par le droit international
La place de l’individu dans l’ordre international fait l’objet de controverses
doctrinales anciennes. Celles-ci proposent un éventail de positionnements de l’individu,
depuis une considération comme composante de la société internationale constituée
d’individus auxquels le droit des gens s’applique directement jusqu’au refus de toute place au
sein de l’ordre juridique international.
Les atrocités de la Première puis de la Seconde Guerre mondiale constituent un tournant dans
la prise en compte de l’individu sur la scène juridique internationale. Le droit international se
recentre alors sur l’individu et sa protection. La Déclaration universelle des droits de l'homme
de 1948 et les quatre Conventions de Genève de 1949 sont les premières illustrations de cette
aspiration. A l’issue de la Guerre froide, dans un contexte de construction d’un droit
international de la coopération, la théorie de la sécurité de l'Etat est progressivement
complétée par la théorie de la sécurité humaine. Constatant l’incapacité de la première à
assurer seule la protection effective des droits de la personne humaine, la sécurité humaine
prévoit que l’Etat est titulaire à titre principal de la responsabilité d’assurer la protection de sa
population, la communauté internationale étant, quant à elle, titulaire à titre subsidiaire de la
responsabilité d’exercer sa fonction de garante de la sécurité collective en cas de défaillance
étatique.31
Cette théorie, énoncée pour la première fois dans un rapport sur le développement humain
publié par le Programme des Nations Unies pour le Développement en 1994, fait de l’individu
l’objet référent de la réflexion sur la sécurité. C’est sa protection qui doit être visée et par-
delà, c’est la garantie d’un noyau vital de droits qui doit être respecté. Entendue dans son sens
large, la notion de sécurité humaine se déploie sur trois registres : la sécurité de la vie comme
condition de la paix, la sécurité de l’épanouissement des personnes et des communautés
comme condition de leur développement autonome et la sécurité des libertés comme
condition du respect des droits de l’homme. Elle est mise en relation avec sept dimensions
correspondant à des types de menaces particulières : la sécurité économique, la sécurité
alimentaire, la sécurité sanitaire, la sécurité environnementale, la sécurité personnelle, la
sécurité de la communauté et la sécurité politique. Dans le cadre de cette théorie, les
préoccupations de la communauté internationale sont redéfinies. L’angle d’analyse de la
sécurité change, tout comme les mécanismes de réaction aux menaces subies par les
14
individus. Dans ce cadre, les instruments de protection de l’individu accélèrent leur processus
de diversification et de spécialisation sur des populations particulières.22
C’est ainsi qu’est signée la Convention internationale relative à l’élimination
de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes de 1979, ou encore celle relative
aux droits de l’enfant de 1989. Cette spécialisation de la protection de la personne humaine
pose cependant la question de l’universalité des droits de l’homme : si certaines catégories
nécessitent une protection particulière, n’est-ce pas le signe que la protection universelle est
en réalité défaillante ? La question fait l’objet de débats doctrinaux nourris et s’oriente
aujourd’hui sur deux aspects : d’une part, « un mode d’énonciation “catégoriel” apparaît dans
certains cas comme une façon de prendre en compte la vulnérabilité de certains groupes dans
le but de garantir l’effectivité.
B. La vulnérabilité saisie par le droit international
La référence à la personne vulnérable en droit international suppose que le
droit international se saisisse du concept de vulnérabilité (1.). Celui-ci se diffuse alors au sein
des différentes branches du droit international et s’imbrique avec ses principes classiques (2.).
1. La genèse de la référence à la vulnérabilité en droit international
La vulnérabilité de l’individu est un concept qui n’est pas issu à l’origine du droit
international, et dont l’importation dans ce domaine emprunte à différentes disciplines (a.).
Sa compréhension dans l’ordre juridique international diffère ainsi de celle véhiculée dans
certains ordres internes (b.).23
a. Un concept originairement interdisciplinaire
L’apparition de la référence à la vulnérabilité de l’individu en droit international s’inscrit
dans un contexte particulier. Après la reconnaissance du caractère essentiel de la protection de
l’individu suite aux deux guerres mondiales, l’issue de la Guerre froide donne au droit
international de nouvelles aspirations. La relative pacification de la société internationale
permet la construction d’une coopération entre les Etats, basée sur les relations du temps de
paix, dont le caractère est essentiellement économique. Le lien entre commerce et sécurité
internationale se renforce et le droit international voit ses objectifs se diversifier : la recherche
22
Marion BLONDEL, Op cit, p. 33.
23
Marion BLONDEL, Op cit, p. 34.
15
de la paix doit être conciliée notamment avec la décolonisation, la protection des droits de
l’homme, de l’environnement, et la promotion d’un développement durable.
La préoccupation de l’essor économique des pays en développement se couple
ainsi avec celle du développement durable dans le respect de l’environnement. Le Rapport de
la Commission mondiale sur l’environnement et le développement de 1987 préconise ainsi «
un développement qui réponde aux besoins et plus particulièrement aux besoins essentiels des
plus démunis à qui il convient d’accorder la plus grande priorité ». On peut voir ici la genèse
de la prise en considération de la vulnérabilité des populations au sein des Nations Unies.24
Le concept concerne à cette époque différents objets : « la vulnérabilité est un
indicateur de mesure de l’impact potentiel d’une catastrophe sur un groupe, une construction,
une activité, un service ou une aire géographique en tenant compte des caractéristiques
naturelles ou de la localisation ». Parmi ces objets, la vulnérabilité humaine est considérée
comme la « probabilité de faire l’expérience d’une perte mesurable de bien-être (et d’une)
incapacité à prévoir et à anticiper le futur ».
La vulnérabilité constitue alors un cadre analytique commun à de nombreuses
disciplines comme l’économie, la sociologie, l’anthropologie, la gestion des catastrophes, les
sciences environnementales, la santé et la nutrition, de même que la géographie humaine et
sociale. Les apports de ces disciplines sont alors synthétisés au sein des Nations Unies, du
Programme des Nations Unies pour le Développement, de la Banque mondiale, si bien que la
vulnérabilité devient progressivement un « mode universel et obligatoire de saisie de
l’expérience et de l’existence des êtres vivants ».35
Enfin, les travaux de l’économiste A. Sen sur les modes de promotion de l’égalité
transforment les approches des organisations internationales et régionales de développement
et cherchent à concrétiser au sein des Nations Unies l’idée selon laquelle le développement et
la réalisation du droit international des droits de l’homme sont des questions connexes et
interdépendantes. Il est ainsi désormais acquis que « le développement humain et les droits de
l’homme ont des motivations et des préoccupations assez proches pour être compatibles et
harmonieux, et ils sont différents dans leurs stratégies et leur conception pour pouvoir se
compléter mutuellement».
24
Marion BLONDEL, Op cit, p.
35. 35 Idem, p. 36.
16
La vulnérabilité utilisée dans le domaine du développement va alors se diffuser en droit
international. A cet égard, on remarque que les juges régionaux des droits de l’homme
apportent une contribution importante à la compréhension de la notion de personne vulnérable
en droit international. La vulnérabilité constitue ainsi un révélateur de « l’interdisciplinarité
[qui] a des conséquences sensibles sur les méthodes d’élaboration du droit », qu’elle est
d’ailleurs susceptible de modifier en profondeur.
b. Une notion progressivement consensuelle
L’origine interdisciplinaire de la vulnérabilité en droit international explique que
la compréhension de la notion de personne vulnérable y diffère quelque peu de son
homologue en droit interne. Ainsi, en droit allemand, la notion se retrouve en droit des
incapacités pour mettre l’accent sur l’idée de protection de la personne plus que sur celle
d’incapacité. Au Royaume-Uni, la notion est utilisée essentiellement en droit pénal. 25
Section 2. Des origines extrinsèques de vulnérabilité
La vulnérabilité de la personne peut découler de sources qui lui sont
extérieures. Son environnement peut la défavoriser par rapport aux autres individus, et/ou la
rendre vulnérable à certains risques. En raison de la variété des situations dans lesquelles
l’individu peut évoluer, les origines extrinsèques de vulnérabilité sont innombrables.
L’analyse de la jurisprudence et des textes internationaux permet de dégager les origines
principales de la vulnérabilité extrinsèque de la personne, comme la situation carcérale de
l’individu, son appartenance à une communauté, son parcours migratoire, sa situation
politique, économique ou encore sa situation contractuelle. Il semble intéressant d’étudier ici
des origines extrinsèques particulièrement topiques, soit par l’élément d’extranéité qu’elles
impliquent et qui les rendent spécifiques au droit international, soit par la controverse qu’elles
font naitre.37
De façon générale, la vulnérabilité extrinsèque peut être due à la situation sociale de
l’individu (§1.). Plus particulièrement, elle peut naitre d’une situation contractuelle par la
société (§2.).
§ 1. La vulnérabilité due à une situation sociale
La vulnérabilité de la personne peut être due à une situation sociale, c'est-à-dire à la place
que la personne occupe dans la société. Cette source de vulnérabilité est particulièrement
25
Marion BLONDEL, Op cit, p.
37. 37 Idem, p. 77.
17
large et peut conduire à la catégorisation au sein de minorités socialement construites, par
exemple en fonction de l’origine ethnique, de la culture, ou encore de la religion. Ici, la source
matérielle de la vulnérabilité ne relève pas de la personne elle-même, mais de son
environnement. A cet égard, le conflit armé implique une situation exceptionnelle dans
laquelle la vulnérabilité de l’individu est classiquement reconnue (A.). De façon plus
quotidienne, la vulnérabilité peut découler de la situation politique (B.)
A. La reconnaissance classique de la vulnérabilité liée à une situation de conflit armé
Le droit international humanitaire est l’une des branches du droit international
les plus prolixes sur la notion de personne vulnérable. En effet, la situation de conflit armé est
certainement une source de vulnérabilité à différents risques graves pour les personnes qui la
subissent. La vulnérabilité est au fondement et au cœur de l’évolution de cette branche du
droit international, qui s’adapte en fonction des situations de violence de fait : pas de
Convention de Genève pour l’amélioration du sort des militaires blessés dans les armées en
campagne sans constat de la vulnérabilité des soldats blessés lors de la bataille de Solferino, ni
de Convention relative au traitement des prisonniers de guerre sans le constat de la
vulnérabilité des soldats ennemis détenus lors de la Première Guerre mondiale.
Les acteurs du droit international humanitaire ont cherché à établir des catégories de
personnes vulnérables afin de faciliter l’identification des personnes à protéger. Ainsi, dès
1974, l’Assemblée générale des Nations Unies met en lumière la souffrance des femmes et
des enfants en situation de conflit armé. La liste s’enrichit avec notamment le Rapport de
2008 de la Représentante spéciale pour les enfants dans les conflits armés, qui énonce : « les
secteurs les plus vulnérables de la population les femmes, les enfants, les personnes âgées
sont aujourd’hui les principales cibles des éléments armés ».26
Le Rapport de la Commission plénière lors de la 27ème Conférence internationale du
Comité international de la Croix Rouge y ajoute les handicapés (incluant les personnes
souffrant de déficience mentale ou physique), les réfugiés et les personnes déplacées. Ces
catégories sont les plus évoquées dans la recherche relative à la protection des personnes en
temps de conflits armés. En effet, lors d’un conflit armé, les individus voient d’une part leurs
faiblesses éventuelles plus exposées et, d’autre part, les risques pesant sur eux devenir plus
nombreux et potentiellement plus graves. Ici, c’est la situation particulière de conflit armé,
éventuellement conjuguée à une faiblesse initiale, qui fait naitre la vulnérabilité. Mais la
26
Marion BLONDEL, Op cit, p. 78.
18
situation de conflit armé rend, par sa nature même, potentiellement toute personne vulnérable
à de nombreux risques graves. En conséquence, ces différentes listes ne sont pas exhaustives.
A cet égard, le juge des droits de l’homme reconnait généralement une
situation objective de vulnérabilité touchant toutes personnes présentes dans la zone de
conflit, à laquelle peut s’ajouter une situation de vulnérabilité particulière pour certains
individus ou groupes comme notamment les enfants, les peuples autochtones, les leaders
d’opposition politique, les journalistes. De plus, toutes ces personnes ne sont pas
nécessairement vulnérables aux mêmes risques. Par exemple, les femmes sont généralement
plus exposées aux violences sexuelles que les hommes. D’ailleurs, la Déclaration des Nations
Unies sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes met en lumière le lien entre la
situation de conflit armé et la vulnérabilité particulière des femmes 27, aussi parce qu’elles sont
« porteuses symboliques de l’identité culturelle ou ethnique, ou comme productrices de
générations futures ». Le viol est ainsi aujourd’hui souvent utilisé comme arme de guerre.
Mais les femmes comme les hommes peuvent être ciblés lors de phénomènes de disparition
ou de détention politique.
D’autre part, les hommes font plus souvent l’objet de privation de liberté ou
d’exécution sommaire. Ce sont en réalité les circonstances particulières au contexte et la
situation de l’individu qui permettent de déterminer qui est vulnérable, et à quel risque. Il est
donc important de se détacher des inventaires dressés par les acteurs du droit international
humanitaire pour considérer non la personne, mais la situation dans laquelle celle-ci se trouve.
Non pas que ces instruments soient inutiles dans l’identification, mais ils ne doivent pas être
envisagés comme des listes limitatives de groupes vulnérables.
Enfin, le recours à la notion de personne vulnérable en raison de la situation de
conflit armé se retrouve devant le juge pénal international. La notion peut être employée de
manière générale, c'est-à-dire qu’elle peut qualifier toute personne confrontée à la situation de
conflit armé. Parallèlement, on retrouve souvent les cas emblématiques des femmes et des
enfants, et ce dès le stade des incriminations. Par exemple, le Statut de Rome de la Cour
pénale internationale qualifie le viol et l’enrôlement d’enfants de moins de quinze ans dans les
forces armées comme crimes de guerre, prenant acte de la vulnérabilité particulière de ces
populations.28
27
Marion BLONDEL, Op cit, p. 79.
28
Idem, p. 80.
19
B. La reconnaissance progressive de la vulnérabilité liée à une situation politique
La vulnérabilité due à une situation politique est abordée par certains textes de
droit international, dont l’exemple emblématique est le Pacte international relatif aux droits
civils et politiques, basé sur le constat de l’existence d’une vulnérabilité de cette nature. Un
aspect particulièrement topique de cette vulnérabilité se retrouve dans la Convention de
Genève du 28 juillet 1951 relativement au réfugié persécuté pour ses opinions politiques (1.).
Cette source de vulnérabilité est largement reconnue par les juridictions internationales des
droits de l’homme (2.).
1. L’identification conventionnelle du réfugié politique
La Convention relative au statut des réfugiés du 28 juillet 1951 autorise l’octroi
du statut de réfugié à toute personne qui, « craignant avec raison d’être persécutée du fait de
sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de
ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du
fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ». La vulnérabilité est
ainsi au cœur de la définition du statut de réfugié, puisqu’une protection particulière est
accordée à toute personne présentant une caractéristique donnée (comme le sexe, la race, la
religion) qui constitue, dans une situation donnée, une faiblesse matérielle l’exposant à un
risque grave (la persécution).29
D’une manière générale, le statut de réfugié ne peut donc être lié qu’à des
situations bien précises : il faut avoir quitté son pays pour des raisons limitativement
énumérées dans le texte. A cet égard, au niveau européen, la Directive 2004/83/CE du 29 avril
2004 a d’ailleurs été adoptée afin d’assurer une interprétation uniforme des conditions
d’octroi du statut. La persécution sur le fondement d’opinions politiques constitue un des
critères ouvrant droit au statut de réfugié. Relativement aux conditions liées au critère de
l’opinion politique, le Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés énonce : « le
fait d’avoir des opinions politiques différentes de celles du gouvernement n’est pas en soi un
motif suffisant pour justifier la reconnaissance de la qualité de réfugié ; le demandeur d’asile
doit faire apparaitre : que les autorités ont connaissance de ses opinions politiques ou lui en
imputent ; que ces opinions ne sont pas tolérées par le pouvoir ; qu’il y a une crainte fondée
d’être persécuté en raison de ses opinions, compte tenu de la situation qui règne dans son pays
29
Marion BLONDEL, Op cit, p. 81.
20
». Il est donc clairement admis que la vulnérabilité de l’individu peut être de nature
politique.30
De plus, la nature politique de la vulnérabilité de la personne s’interprète de
manière large. Par exemple, certains Etats poussent à reconnaitre les risques politiques
encourus par les femmes dès lors qu’elles cherchent à faire valoir leur droit à l’expression
publique dans certaines sociétés. Le fait qu’une femme puisse remettre en cause certaines
conventions sociales relatives au comportement et aux droits de la femme peut être considéré
comme une position politique par les autorités de certains Etats, justifiant des poursuites qui
correspondent à une persécution. Ainsi, même des comportements que l’on pourrait qualifier
de privés, comme le choix de porter ou non le voile, de choisir son partenaire de vie, de
refuser la mutilation génitale de sa fille, peuvent être considérés comme des prises de position
de nature politique et exposer la femme à des risques d’oppression. La nature privée ou
publique des comportements importe peu pour le constat de la vulnérabilité politique de la
femme. D’ailleurs, à cet égard, la protection du réfugié connait un mouvement
d’élargissement de son champ d’application, en dehors même des dispositions de la
Convention de Genève de 1951.
Par ailleurs, la question du réfugié politique met en lumière un caractère
particulier de la vulnérabilité de la personne. En effet, le demandeur d’asile politique peut être
un dictateur, fuyant la révolution du peuple qu’il a opprimé. La Convention de 1951 prévoit
une clause d’exclusion de la protection pour les « personnes dont on aura de raisons sérieuses
de penser :
a) qu’elles ont commis un crime contre la paix, un crime de guerre ou un crime
contre l’humanité, au sens des instruments internationaux élaborés pour prévoir
des dispositions relatives à ces crimes ;
b) qu’elles ont commis un crime grave de droit commun en dehors du pays
d’accueil avant d’y être admises comme réfugiées ;
c) qu’elles se sont rendues coupables d’agissements contraires aux buts et aux
principes des Nations Unies ».31
Dans ces hypothèses, le demandeur se voit refuser le régime de protection, ce
30
Marion BLONDEL, Op cit, p. 82.
31
Marion BLONDEL, Op cit, p.
83. 44 Idem, p. 84.
21
qui interroge sur son devenir, en particulier en cas de refoulement dans son Etat de nationalité.
Le postulat de base, à savoir la vulnérabilité de la personne à un risque donné, est le même
pour une famille fuyant un conflit armé ou pour le dictateur sanguinaire. Ce dernier est en
effet objectivement vulnérable au risque de persécution par le gouvernement révolutionnaire,
comme la femme refusant de porter le voile est vulnérable aux persécutions du gouvernement
extrémiste. Si le cas du premier sera souvent traité de manière plus politique, diplomatique,
que juridique, et si la nature des risques encourus est sans doute différente, il n’en reste pas
moins qu’il s’agit là de situations de vulnérabilité politique. Ainsi, la vulnérabilité de la
personne doit être envisagée de manière objective : le droit à cette fonction de neutralité, en
accordant une protection également au dictateur qui sera par ailleurs jugé pour ses crimes. 44
2. La reconnaissance jurisprudentielle d’autres situations de vulnérabilité politique
La Cour interaméricaine des droits de l’homme reconnait la vulnérabilité de
personnes, groupes, organisations et partis politiques d’opposition en situation d’insécurité ou
de manque de garanties pour l’exercice de leurs droits politiques au sein d’une « société
intolérante », caractérisée par un manque de mesures étatiques visant à assurer la participation
effective à la vie démocratique.
A titre d’illustration, l’arrêt YAMATA contre Nicaragua reconnait la
vulnérabilité politique d’une communauté indigène à qui interdiction est faite aux
représentants politiques de participer aux élections municipales. La Cour considère que l’Etat
a violé le principe d’égalité dans sa double dimension : il l’a privée, sans justification
objective et raisonnable, de la jouissance de ses droits politiques, mais il a également omis de
prendre des mesures spéciales de protection que nécessite la situation particulière de cette
population.32
§2. Catégorie des personnes vulnérables
A. Les femmes et les enfants dans le conflit armé
Les femmes et hommes non combattants ne font pas les mêmes expériences en
temps de guerre. Selon le CICR, les femmes ne sont pas plus vulnérables en tant que telles,
mais elles sont exposées à de nombreux risques en temps de conflit armé, qui diffèrent des
risques que les hommes sont susceptibles de rencontrer. Les femmes sont en effet
particulièrement sensibles à la marginalisation, à la pauvreté et aux souffrances engendrées
32
Ibidem, p. 85.
22
par la guerre. Le fait que les femmes soient souvent considérées comme « porteuses
symboliques de l’identité culturelle ou ethnique, ou comme productrices de générations
futures » renforce leur vulnérabilité. Les enfants sont quant à eux considérés comme
particulièrement vulnérables en raison de leur immaturité physique et psychologique. Ces
caractéristiques exposent les femmes et les enfants à des crimes spécifiques.
Ainsi, le viol de guerre et l’enrôlement d’enfants mineurs dans les forces
combattantes sont des crimes dont les femmes et les enfants sont fréquemment victimes
durant les conflits armés, alors même que les dispositions de protection, dont les premières
sont déjà anciennes, se multiplient.33
1. Le viol et l’exploitation sexuelle des femmes en temps de guerre
Parmi les crimes spécifiques faits aux femmes, le viol systématique est l’un des
plus fréquents en temps de guerre. Le viol des femmes a en effet été utilisé systématiquement
comme arme de guerre dès la Première guerre mondiale, puis de nouveau durant la Seconde
guerre mondiale. Le viol a ainsi été considéré comme crime de guerre le 19 janvier 1946 par
le Tribunal militaire international de Tokyo, après révélation du viol de 20 000 femmes à
Nankin (1936). Aucune condamnation pour ces viols ne sera cependant prononcée. Si le cas
de Nankin a entraîné la première qualification du viol comme acte criminel au niveau pénal
international, il faudra attendre 1993 et l’institution du Tribunal pénal international pour
l’exYougoslavie pour que le viol de guerre soit incriminé en tant que crime de guerre.
En effet, l’exemple tristement célèbre de l’ex-Yougoslavie et des camps du
viol de Bosnie permet de voir l’ampleur de cette pratique, partie intégrante du programme
tactique de guerre. La terreur par le viol systématique et massif était une méthode utilisée pour
mener à bien le programme de nettoyage ethnique. Les victimes n’étaient pas choisies en
raison de leur apparence ou âge mais uniquement à cause de leur statut de membre de la
communauté musulmane.
En temps de guerre, le viol est un crime d’agression contre le groupe, un crime
de masse, qui s’exerce contre l’ensemble de la population féminine. Cependant, s’y ajoute
l’humiliation, non seulement des femmes mais également du groupe qui est le leur,
l’humiliation collective passant avant la souffrance des femmes violées. L’objectif de cette
33
Alexia Pierre, « Populations vulnérables en temps de conflit armé », In Ecole de Criminologie, Liège, 2010,
pp. 1-12.
23
pratique est de toucher l’ennemi au cœur de ses valeurs, de son identité collective, de détruire
à travers le viol la possibilité de transmission d’un patrimoine et d’une filiation. 34
Les naissances issues de ces viols sont un moyen d’anéantir la survie de la
communauté visée. Le viol de guerre est en effet un crime qui envahit l’après conflit. Pour
tenter de se mettre à l’abri et fuir les exactions, les populations civiles se déplacent. Ces
déplacements créent de nouveaux facteurs de risque pour les femmes. Même dans les zones
dites sécuritaires comme les camps de réfugiés, où les femmes représentent l’écrasante
majorité de la population, elles ne sont pas toujours en sécurité. Par exemple, dans les camps
de réfugiés du Sierra Leone, des femmes et des fillettes sont victimes de viol ou se livrent à la
prostitution. Des missions d’évaluation ont ainsi concluent que l’échange sexe contre
nourriture et des petits cadeaux semblaient répandus chez les enfants, notamment des fillettes
âgées de 13 à 18 ans. Il apparaît que l’aide et les services humanitaires destinés aux réfugiés
servent de moyen de pression dans l’exploitation sexuelle en Guinée, au Libéria ou au Sierra
Leone.
Pourtant, dès août 1996, une universitaire présente aux Nations Unies un
rapport sur L’impact des conflits armés dans lequel sont dénoncés la prostitution et
l’exploitation sexuelle forcée. Il apparaît que les débarquements de l’ONU entraînent la
flambée des trafics en tout genre, notamment une augmentation de la prostitution,
particulièrement enfantine. En janvier 2001, la rapporteuse spéciale de l’ONU chargée de la
question de la violence contre les femmes, présente les conclusions d’une enquête portant sur
1997-2000. Dès l’introduction, il est question de la traite des femmes en provenance des
camps de réfugiés ou d’autres centres mis en place pour assurer leur protection. Elle
mentionne également le nombre croissant d’informations concernant des viols et autres
sévices sexuels commis par des membres des forces de maintien de la paix. Il est en outre fait
mention d’un rapport conjoint du Haut-commissariat aux droits de l’homme et de la Minubh,
qui concluait en constatant que la traite des femmes à destination de la Bosnie Herzégovine
bénéficiait fréquemment de la complicité de la police locale ainsi que de celle de certains
membres de la Sfor. Le rapport établit enfin que l’existence de bases militaires à proximité des
populations civiles accroît le risque de certaines formes de violences, notamment sexuelles. 35
En 2002, suite à un rapport Save the children/HCR, Kofi Annan ouvre une
34
D. SALAS, « Reconnaitre la victime : le cas du viol », In Victimes de guerre en quête de justice, Paris,
L’Harmattan, 2004, pp. 89-131.
35
Alexia Pierre, Op cit, pp. 6-12.
24
enquête et demande que des mesures soient prises pour les femmes et les enfants des camps
de réfugiés. Parallèlement à cette enquête, le HCR renforce les mesures de protection dans les
camps en augmentant le personnel féminin, en assurant un meilleur accès aux structures
juridiques et en permettant aux réfugiés de porter plainte si nécessaire, auprès des
responsables de l’organisation. En 2003, le Secrétaire général de l’ONU produisait une
circulaire visant à prévenir l’exploitation et les abus sexuels, dont les directives s’appliquent
en totalité aux représentants de l’ONU et partiellement aux membres des contingents
nationaux.36
2. L’utilisation des enfants dans les forces armées
Les enfants, en raison de leur situation économique et sociale, sont
particulièrement vulnérables à l’enrôlement et à l’utilisation dans les hostilités. Les enfants
sont recrutés dans les forces armées car les armes modernes légères leur sont faciles
d’utilisation, ils sont bon marché, acceptent le danger et sont facilement conditionnables.
Cette pratique est fortement répandue malgré les interdictions. Par exemple, en ex-
Yougoslavie, l’armée régulière comme les forces indépendantes ont employé des enfants de
moins de 18 ans durant les affrontements des années 1990. Les enrôlements sont souvent
effectués de force, parfois sous la menace ou la torture. Afin de les engourdir
psychologiquement, les jeunes recrues sont parfois amenées à commettre un acte
répréhensible à la suite duquel il leur est difficilement envisageable de revenir dans leur
famille. Les enfants peuvent également rejoindre les groupes armés pour se réfugier ou
exercer une vengeance, le prestige du statut de combattant faisant également partie de la
motivation de certains enfants. Durant leur vie auprès des forces combattantes, nombre
d’enfants sont victimes de sévices sexuels.
Ainsi, les filles sont autant recrutées que les garçons, en général dans un but
d’esclavage sexuel ou afin de s’acquitter des tâches pour les militaires telles la cuisine ou le
nettoyage, mais aussi le pillage. L’usage d’alcool ou de drogue est fréquent, voire soutenu par
les chefs de manière calculée. Cette pratique permet de réduire la sensibilité des enfants aux
violences qu’ils subissent et de garantir leur obéissance, en partie pour obtenir leur « dose ».37
B. Dans le cadre de la République démocratique du Congo
36
Idem, pp. 7-12.
37
Smith D., « Atlas des guerres et des conflits dans le monde, Autrement », Paris, 2004, pp. 1-10.
25
Une Etude pilote des Risques et de la Vulnérabilité (ERV) avait été organisée
en 2003 en RDC. Dans son rapport, « la vulnérabilité est définie comme la probabilité de
subir les conséquences d’événements imprévus ou comme la sensibilité aux chocs extérieurs
». Elle est donc une notion plus vaste que celle de la pauvreté. La probabilité qu’un individu,
un ménage, une communauté, une région ou un pays entier souffre d’un choc dépend : (i) de
sa capacité d’adaptation au choc considéré (plus sa capacité d’adaptation est élevée, moins il
est vulnérable), et (ii) de la force de l’impact (plus celui-ci est fort, lorsque le risque ne peut
être minimisé, plus la personne, le ménage, la communauté ou le groupe est vulnérable). Le
degré de sensibilité aux effets d’un choc dépend de la capacité à éviter ce choc, qui est un
aspect très important de la gestion du risque.
Les groupes pauvres et extrêmement pauvres de la population sont
particulièrement vulnérables, car ils sont, en général, exposés aux chocs et disposent de peu de
moyens pour gérer les risques. En plus, une détérioration de leurs conditions de vie, même
minime, peut être catastrophique.38
Sur cette base, l’Etude pilote ci-dessus a estimé une proportion de 60% à 80%
de Congolais vulnérables vivant dans les zones en conflit. Ces personnes vulnérables seraient
réparties en six grands groupes, répartis à leur tour dans le Document de Stratégie Nationale
de Protection Sociale des Groupes Vulnérables de 2008 comme suit :
1. Les enfants en situation difficile (enfants abandonnés de la rue, les enfants handicapés,
les enfants-soldats, les enfants en conflit avec la Loi) ;
2. Les femmes en situation difficile (filles mères, les veuves ayant la charge de plusieurs
enfants de moins de 18 ans, les femmes divorcées, les femmes abandonnées, violées et
esclaves sexuelles) ;
3. Les personnes vivant avec handicap (PVH en sigle) (les handicapés physiques ou
moteurs, les handicapés mentaux, les handicapés senso-moteurs) ;
4. Les personnes déplacées internes (PDI en sigle) (les PDI femmes, les PDI des forêts,
les PDI exposés aux travaux forcés, les PDI qui sont proches de leur foyer d’origine,
les familles et les communautés d’accueil) ;
5. Les personnes vivant avec le VIH SIDA (PVV en sigle) (les personnes adultes vivant
avec le VIH SIDA, les enfants des PVV et non contaminés par le VIH SIDA) ;
38
MAFUNGU MANGOLO Bruno & MUBEY MULALA Joachim « Quid de la protection sociale de
groupes vulnérables en République Démocratique du Congo », In Education et Développement, Vol I, n° 24,
Premier Trimestre 2020, pp. 1-13.
26
6. Les personnes de troisième âge (PTA en sigle) (les PTA en rupture totale avec leurs
familles ou vieillards déplacés et non accompagnés, les retraités)
Tous ces groupes d’individus étant considérés comme vulnérables, ils doivent
en règle générale bénéficier, le principe de la solidarité nationale obligeant, de l’assistance de
l’Etat congolais dans le cadre des mécanismes de la protection sociale.39
Section 3. Présentation du conflit armé à l’Est de la République Démocratique du Congo
Il conviendrait de voir la génèse de l'insécturité à l’Est de la République
Démocratique du Congo (§ 1) avant de voir les personnes vulnérables dans de ce conflit (§ 2).
§1. Génèse de l'insécurtité
Il convient de dire un mot sur la source de l'insécurité à l'est enfaisant une
approche historique.
A. Génocide Rwandais et Est du Congo
Parler de la genèse de l'insécurité à l'est de la RDC revient à analyser certains facteurs
d'ordres historique et géopolitique qui ont conduit à cette insécurité. En effet,
l'appréhension de l'actuelle situation de l'est de la RDC ne peut se faire sans prendre en
compte l'aspect lié à la tragédie Rwandaise. Il conviendra donc de remonter vers les années
1959 et 1990, mais aussi, de sortir du cadre spatial pour une appréhension globale.
En effet, d'un côté, Il convient de noter avec Charles ONANA que, Paul KAGAME avait
l'envie d'accéder au pouvoir, et il lui fallait un soutien conséquent. Ceux qui devaient lui
apporter ce soutien avaient leur contrepartie : La facilitation de l'invasion militaire du
Zaïre, puis, l'exploitation de ses ressources naturelles. 40
Pour se faire, il fallait d'abord éliminer le président Juvenal HABYARIMANA qui
entretenait des relations très amicales avec l'ex président du Zaïre, et qui ne pouvait
accepter de servir de basse arrière à l'invasion de son voisin, ensuite, accéder au pouvoir,
puis, enfin, évincer le Maréchal MOBUTU pour placer à la tête du zaïre, quelqu'un de
confiance pouvant servir à cette fin machiavélique.41
39
MAFUNGU MANGOLO Bruno et MUBEY MULALA Joachim, 0p cit, pp. 1-13.
40
ONANA,C., RWANDA : La vérité sur l'opération turquoise, quand les archives parlent, Paris, L'artilleur,
2019, p. 461.
41
Ibid.
27
De l'autre, l'afflux de millions de réfugiés rwandais en territoire zairois n'est en aucun cas
le fait d'un accident malencontreux ni un « dégât collatéral » du génocide rwandais. Il
procède au contraire d'une action militaire minutieusement préparée en vue d'envahir et
d'occuper l'est du Zaïre pour exploiter ses minerais. Il s'agit d'inciter les populations
autochtones de l'est du Zaïre à abandonner leurs terres aux populations étrangères aux fins
de mieux organiser l'exploitation minière.42
Ainsi, parler de « conséquence du génocide rwandais » au sujet des réfugiés arrivant au
Zaire entre 1994 et 1996 est au moins un euphémisme, au plus, une grave erreur d'analyse.
La tragédie rwandaise a donc Longtemps servi d'écran de fumée aux organisateurs du plan
d'invasion du Congo-Zaire et cette lecture doit être complètement remise en cause
aujourd'hui
B. Le plan secret de l'invasion militaire du Congo-Zaïre
La première offensive du FPR tutsi de Paul KAGAME est déclenchée le 1er octobre 1990,
marquant ainsi le début de la deuxième tragédie Rwandaise après celle de 1959 suite à la
révolution hutue.43
Une autre guerre civile débute en 1990, mais le tournant intervient le 6 avril 1994
lorsqu'un avion fourni par la France est visé par un attentat. Les passagers, le président
rwandais, Juvénal Habyarimana et son homologue burundais, Cyprien Ntaryamira, sont
tués dans l'attaque.44
En juin 1994, soit environ trois mois après le début des hostilités, la France initie une
opération multinationale humanitaire appelée "opération turquoise" qui sera coulée par le
conseil de sécurité des nations unies dans sa résolution 929. Cette opération avait pour
mission de venir en aide aux populations en détresse suite aux massacres issus des
affrontements du FPR/APR contre les FAR et gouvernement intérimaire hutu. Il fallait
donc mettre les populations en danger à l'abris des massages. Cela se justifie par la
création de la ZHS. 45
42
Ibid.
43
ONANA,C., Holocauste au Congo, l'ormerta de la communauté internationale, France Complice ? , Paris,
L'artilleur, 2023, pp.32-34.
44
ONANA,C., RWANDA : La vérité sur l'opération turquoise, quand les archives parlent, Paris, L'artilleur,
2019, p. 46.
45
Ibid.
28
Dans cette luntte armée, les premiers luttant pour la conservation du pouvoir, puis, les
seconds pour l'accession au pouvoir.
Il convient de noter que les Etats-unis et autres puissances étrangères refusent de
prendre part à cette mission humanitaire.
Le 12 juillet 1994, l'armée gouvernementale hutu décapitée et définitivement vaincue
par Paul KAGAME et ses hommes qui ont pris le controle de tout le pays, le 22 juillet
1994, le président Américain Bill Clinton annonce unilatéralement le déploiement d'une
prétendue mission humanitaire appelée "Opération support hope sans une soumission
préalable au Conseil de sécurité des nations unies . Et, en refusant de soumettre cette
mission à l'approbation du conseil de sécurité, il viole ainsi la légalité internationale en la
matière.46
Alors, comment refuser au départ de prendre part à l'intevention de l'ONU pour arrêter
les massacres et le génocide au Rwanda mais laisser l'afflux de réfugiés envahir le
territoire zaïrois pour prétendre envoyer des troupes protéger ces mêmes réfugiés que l'on
considère, à Washington et à Kigali, comme des «génocidaires »
Au regard de la situation qui prévaut sur le terrain à cette époque, il est très probable que
l'intervention des troupes américaines au Rwanda, décidée par Bill Clinton, vise plutöt à
apporter un soutien militaire aux rebelles de Paul Kagame pour consolider leur prise de
pouvoir à Kigali et envahir le Zaïre.
C. Origines récentes du conflit armé à l’est de la RDC
Les origines du conflit armé à l’Est de la République Démocratique du Congo
datent de 1998 à 2003, de 2003 à 2009 et de 2009 à nos jours. Ces dates sont marquées par
des évènements et mouvements qui animent ledit conflit avec des acteurs principaux auxquels
l’analyse est impérieuse.
I. Conflit armé de 1998 à 2003
La guerre du Kivu est un terme générique permettant de designer les différents
conflits armés qui se succèdent dans l'est de la République Démocratique du Congo depuis la
fin de la deuxième guerre du Congo (1998-2003), et qui voient les Forces armées de la
46
ONANA,C., Holocauste au Congo,[Link]. p.33.
29
république démocratique du Congo (FARDC) affronter une multitude de groupes armés
locaux, principalement dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. La Mission de
l'Organisation des Nations unies pour la Stabilisation en République Démocratique du Congo
(MONUSCO), dans le cadre de son mandat, apporte son soutien aux FARDC, alors que les
forces régulières de différents pays de la région prennent elles aussi part, épisodiquement, aux
conflits, en temps qu'alliés de la RDC, où en prêtant appui à des factions armées rebelles, de
manière plus ou moins affirmée.47
Les conflits armés qui sévissent dans la région du Kivu sont le résultat d'un
ensemble de facteurs extrêmement complexes et interconnectés : griefs historiques, tensions
ethniques, intérêts locaux, nationaux et internationaux et convoitise des ressources naturelles
congolaises. Le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, et la présence des forces génocidaires
parmi les hutu rwandais qui ont trouvé refuge au Zaïre (nom de la RDC à cette époque) à la
suite du renversement du gouvernement Hutu génocidaire par la rébellion tutsi du Front
patriotique rwandais (FPR), marquent le début du cycle de conflits qui va plonger dans
l'instabilité et la violence l'est du pays. De 1996 à 2003, les première et deuxième guerre du
Congo, impliquant différents états africains, se succèdent en RDC, entrainant les premiers
déplacement de civils, massacres et violations des droits de l'homme dans la région,
documentés par le rapport Mapping, mais jamais jugés. 48
Les conflits qui suivent, à l'inverse des deux guerres du Congo, ne sont pas des affrontements
interétatiques, mais opposent le gouvernement de la RDC à des milices armées locales et des
rébellions multiformes, dont certaines soutenues par des états, perpétuant l'insécurité dans l'est
du pays : déplacements de populations, exactions, crimes, viols et autres violations du droit
humains. Certains de ces faits sont qualifiés de crimes de guerre par des
ONG, dont Human Rights Watch et Amnesty International, et les enquêtes de la Cour pénale
internationale ont débouchées sur des condamnations pour crime de guerre et crime contre
l'humanité pour des faits commis en 2002 par Thomas Lubanga, Germain Katanga et Bosco
Ntaganda lors du conflit en Ituri.
47
MUMBALA Junior, « Le droit international humanitaire et la protection des enfants en situation de
conflits armés en République démocratique du Congo », In Revue internationale interdisciplinaire, 2012, pp.
207-235.
48
Colette BRAECKMAN, L’enjeu Congolais : l’Afrique Centrale après Mobutu, Bruxelles, éd. Librairie
Arthème Fayard, 1999, p. 29.
30
Depuis 2004, trois phases de déstabilisation de la région du Kivu peuvent être identifiées49:
• La première phase se déroule de 2004 à 2009, avec comme acteur principal Laurent
Nkunda et sa rébellion à majorité Tutsi, le Congrès National pour la Défense du
Peuple (CNDP), officialisé en 2006, un groupe politico-militaire soutenu par le
Rwanda, dont les objectifs affichés sont la défense des Tutsi congolais, la
neutralisation des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) et le retour
en RDC des réfugiés congolais tutsis exilés au Rwanda. Le CNDP rentre en
confrontation directe avec le gouvernement congolais et les Forces armées de la
république démocratique du Congo (FARDC), prend progressivement le contrôle de
plusieurs zones du Nord-Kivu, et arrivent jusqu'aux portes de Goma. Fin 2008, les
gouvernements rwandais et congolais concluent un accord qui vise à stopper la
rébellion du CNDP en échange d'une lutte commune contre les FDLR sur le sol
congolais. En janvier 2009, Nkunda, lâché par Kigali, est arrêté au Rwanda, et le
nouveau leader du CNDP, Bosco Ntaganda, annonce la fin des hostilités, et la mise à
disposition des combattants de la rébellion pour intégration dans les FARDC afin de
combattre les FDLR. Durant l'année 2009, l'armée congolaise, au sein de laquelle les
combattants du CNDP ont été intégrés, et les Forces Rwandaises de Défense (FRD)
traquent les FDLR dans le Nord-Kivu, ces affrontements donneront lieu à de
nombreuses victimes civiles.
• La seconde phase prend place en 2012 et 2013, avec comme acteur principal le
Mouvement du 23 Mars (M23). Elle advient à la suite de la rébellion d'anciens
combattants du CNDP, intégrés à l'armée régulière, qui accusent Kinshasa de ne pas
avoir respecté l'accord du 23 mars 2009, conclu à la suite de l'abandon de la lutte du
CNPD. Cette rébellion donne lieu à la création du M23, qui, comme son prédécesseur
du CNDP, va s'emparer de pans du Nord-Kivu, et cette fois de Goma, avant d'être
défait par les troupes gouvernementales et les soldats de la MONUSCO et de se
réfugier au Rwanda et en Ouganda, tous deux accusés de soutenir les rebelles. 50 Un
accord entre Kinshasa et le M23 visant à démobiliser et amnistier les anciens
combattants du M23 est signé fin 2013, mais très mal accueillis par une population
congolaise largement hostile aux rebelles.
49
MUMBALA ABELUNGU Junior, Op cit, p. 235.
50
A. HADDAT, Pistes de réflexion sur les causes externes et internes de conflit dans la région des Grands-Lacs
(cas de la guerre de la République démocratique du Congo, Lubumbashi, PUL, 1999, p. 61.
31
• La phase actuelle de ce conflit débute en 2021, par les exactions commise par les
Forces Démocratiques Alliées (ADF) dans le Nord-Kivu et l'Ituri et la reprise des
armes par le M23, qui grâce à l'appui du Rwanda prend progressivement le contrôle de
pans importants du Nord-Kivu, en mars 2024, Richard Moncrieff, directeur de la
région des Grands Lacs pour l'International Crisis Group, estime que le M23 contrôle
environ la moitié de la province du Nord-Kivu.
Bien que les principaux épisodes du conflit du Kivu ne soient pas constants, ces interruptions
sont sommes toutes relatives, les populations de cette région restent soumis à la présence des
groupes armés et à leurs exactions, et des combats persistent entre groupes armés et les
FARDC, mais avec une plus faible intensité.
II. Apparition du M23 à l’Est de la RDC
C’est à la suite de l’arrestation du général Laurent Nkunda Batuare, en janvier
2009, qu’un Traité de paix était conclu le 23 mars 2009 entre le CNDP et le gouvernement de
la République démocratique du Congo (RDC). L’accord prévoyait la libération des
prisonniers, la transformation du CNDP en parti politique, les retours des réfugiés se trouvant
dans les pays limitrophes de la RDC et dont sont issus la grande majorité des rebelles,
l’intégration des civils membres du CNDP au sein des institutions gouvernementales ainsi que
l’intégration des forces du CNDP dans l'armée congolaise. Mais, le gouvernement congolais a
accepté d’intégrer les rebelles du CNDP dans les Forces Armées Congolaises, mais il a refusé
de faire que cette organisation un parti politique et de partager le pouvoir en raison que le
CNDP était majoritairement tutsi et moins des combattants étaient des congolais. 51
Les ex-membres militaires du CNDP ont été soupçonnés d'abuser de leur position
dans l'armée pour contrôler le trafic de minerais, ce qui a conduit le Gouvernement de la RDC
à muter les militaires issus du CNDP dans d'autres régions de la RDC. Estimant que ceux-ci
violaient les accords du 23 mars 2009, ils se sont mutinés en avril 2012. Le 6 mai 2012, les
mutins dirigés par le colonel Sultani Makenga créaient le mouvement du 23 mars ou M23, en
référence à la date de l’accord de paix. Les rebelles du M23 conquièrent de grandes parties du
Nord-Kivu, et le 20 novembre 2012, prennent le contrôle de Goma, la capitale régionale. Ce
fait de guerre déclenche une forte mobilisation de la communauté internationale visant à
51
Diur KATOND, « Coopération militaire et paix au sein des pays de la SADC », In Démocratie et paix en RDC,
Kinshasa, PUK, 1999, p. 200.
32
éviter un nouvel embrasement de la région. Un accord est trouvé lors d'une médiation
regroupant les pays de l'Afrique des Grands Lacs, imposant au M23 de se retirer de Goma, en
échange de l'ouverture de négociations avec le pouvoir congolais.
Le 1er décembre 2012 les rebelles quittent Goma, et le 9 décembre 2012, les
pourparlers avec le gouvernement de la RDC sont lancés à Kampala, mais les négociations
n'avancent pas, les belligérants n'arrivant pas à s'entendre. Il s'ensuit une période d'accalmie,
au cours de laquelle aura tout de même lieu une guerre fratricide au sein de la rébellion, après
la destitution de Jean-Marie Runiga de la présidence du M23 par Sultani Makenga, qui
l'accuse de soutenir le général Bosco Ntaganda, sous mandat d'arrêt de la cour pénale
internationale (CPI). Cette destitution entraine une scission au sein du mouvement, suivi
d'affrontements entre les pro Makenga et les pro Ntaganda, qui se soldent par la déroute de la
faction fidèle à Ntaganda, qui se réfugie au Rwanda, et Bosco Ntaganda qui se présente à
l'ambassade des Etats Unis du Rwanda et demande à être transféré à la CPI.
Les affrontements entre les FARDC et le M23 reprennent en mai 2013, et à partir
de fin octobre, les forces gouvernementales, soutenue par la Brigade d'Intervention de la
mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en république démocratique
du Congo (MONUSCO) dotée d'un mandat offensif, délogent le M23 de leurs positions.
Défait, le M23 déclare mettre un terme à la rébellion le 5 novembre 2013. Les troupes du M23
sont désarmés et transférés dans des camps en Ouganda, et le 12 décembre, un accord de paix
est signé à Nairobi, mettant fin officiellement à la rébellion. En novembre 2021, le
mouvement du 23 mars qui jusque-là était resté discret, redevient actif en République
Démocratique du Congo, et à partir de 2022, intensifie son offensive dans la région du
NordKivu, prenant le contrôle de zones stratégiques.
Depuis janvier 2024 les combats se sont à nouveau intensifiés et la rébellion du
M23 continue sa progression dans les territoires du Rutshuru et de Masisi, en mars 2024,
selon Richard Moncrieff, directeur de la région des Grands Lacs du groupe de recherche
International Crisis Group, le M23 contrôlerai environ la moitié de la province du Nord-Kivu.
Malgré l'entrée en vigueur le 4 août 2024, d'un accord de cessez-le-feu négocié entre Kinshasa
et Kigali, le M23 poursuit sa progression, continuant à prendre le contrôle de localités dans le
territoire de Rutshuru, dont Ishasha, une cité frontalière de l’Ouganda. En août 2024, 26
personnes, dont 21 sont en fuite, sont condamnées à la peine de mort par la justice militaire à
Kinshasa. Le principal accusé, Corneille Nangaa, coordonnateur de l'Alliance Fleuve Congo
33
(AFC), une coalition de groupes armés et politique incluant le M23, est accusé d'avoir
commandité le bombardement d'un camp de déplacés en mai 2024, qui a fait 35 morts. Parmi
les prévenus figurent des leaders du M23, dont Sultani Makenga et Bertrand Bisimwa.
CHAPITRE II. LA PROTECTION DES PERSONNES VULNÉRABLES EN DROIT
INTERNATIONAL
C’est notamment l’exercice que fait la CIJ dans son avis consultatif sur la
Licéité de la menace ou de l’emploi d’armes nucléaires, lorsqu’elle énumère « les principes
cardinaux contenus dans le texte formant le tissu du droit international humanitaire » 52. Elle en
dégage deux principes fondamentaux que l’on peut nommer respectivement « principe de
distinction » et « principe de limitation du choix des moyens et méthodes à disposition des
belligérants ». La doctrine, à travers de nombreux ouvrages, se prête également à l’exercice en
privilégiant différemment les principes. Si, par exemple, avec Robert KOLB, l’on retiendra
les principes de « nécessité militaire », d’« humanité et de limitation » et de « proportionalité
au sens étroit » comme « principes constitutionnels du droit des conflits armés » 53, chez
52
Voy. CIJ, Affaire de Licéité de la menace ou de l’emploi d’armes nucléaire, avis consultatif du 8 juillet 1996,
Recueil 1996,p.257,§78.
53
Voy. KOLB, Robert, Ius in Bello. Le droit international des conflits armés, 2em Ed. Bruylant, Bâle Bruxelles,
2009, op. cit., pp. 116-122.
34
Catherine BERGEAL, dans la conduite des hostilités trois principes fondamentaux sont
utilisés: le principe de distinction ou principe de discrimination, le principe de
proportionnalité et le principe de précaution dans l’attaque. Il y a lieu de comprendre qu’il
existe plus de principes du DIH formalisés en jurisprudence et en doctrine. Tous ces principes
concourent au sens de l’ « humanisation » des conflits armés (principe d’humanité).D’où,
l’intérêt d’examiner quelques uns en commençant par le principe fondateur, principe
d’humanité.
Dans le cadre du présent chapitre, il conviendrait de voir les sources du
droit international humanitaire (Section 1) avant de dégager les dispositions pertinentes
relatives à la protection des vulnérables en temps de conflit armé (Section 2).
Section 1. Les sources du droit international humanitaire
A l’instar de toute autre branche de droit international, le DIH est issu de trois
sources distinctes: les traités, la coutume et les principes généraux de droit. En outre, la
jurisprudence, la doctrine et — dans la pratique — le droit non contraignant (soft law) jouent
un rôle croissant dans l’interprétation des règles individuelles de DIH. Cependant, dans le
cadre de la présente section, nous allons uniquement épingler les quatre principales
Conventions en la matière ainsi que leurs différents protocoles additionnels.54
§.1. Les conventions de Genève et leurs protocoles additionnels
Nous épinglons, dans le cadre du présent paragraphe, les quatre Conventions de Genève.
A. Les conventions de Genève
Le droit international humanitaire trouve son fondament conventionnel dans
notamment dans les quatre Conventions de Genève, il s'agit de la Convention de Genève pour
l'amélioration du sort des blessés et malades dans les forces armées en campagne du 12 Août
1949 ; La convention de Genève pour l'amélioration du sort des blessés,malades et naufragés
des forces armées sur la mer du 12 Août 1949 ; la convention de Genève relative au
traitement des prisonniers de guerre du 12 Août 1949 ; La Convention de Genève relative à la
protection des personnes civiles en temps de guerre du 12 Août 1949.
54
En ce qui concerne cette section, pour plus de détails et de précisons, nous convions le lecteur à consulter
les document suivants : CICR, les conventions de Genève, Sd.; CICR, Le droit international humanitaire,
Genève, 2018.
35
B. Les protocoles additionnels
Le protocole I ou protocole additionnel aux conventions de Genève du 12 Août
1949 relatif à la protection des victimes des conflits armés internationaux; le protocole II aux
conventions de Genève du 12 août 1949 relatif à la protection des victimes des conflits armés
non internationaux; le protocole additionnel III aux Conventions de Genève du 12 août 1949
relatif à l’adoption d’un signe distintif additionnel.
§2. Les principes cardinaux du droit international humanitaire
Il existe plus de principes du DIH formalisés en jurisprudence et en doctrine.
Tous ces principes concourent au sens de l’ « humanisation » des conflits armés. D’où,
l’intérêt d’examiner le principe de l'humanité (A), Le principe de limitation du choix des
moyens et méthodes à disposition des belligérants(B), le principe de Distinction (C) de
proportionnalité (D) avant de voir celui de précaution (D).
A. Le principe d'humanité
MUMBULA55 pense qu'il faut reconnaître que le principal et le plus ancien des
principes du droit international humanitaire est le principe traditionnellement appelé principe
d’humanité. Le rôle de ce principe pour les autres principes du droit international humanitaire,
ainsi que son importance dans ce système juridique, sont reconnus par presque tous les
courants doctrinaux du droit international ». Le principe d’humanité incarne le sens et
l’essence du DIH. Il est considéré comme le principe fondateur même du DIH qui guide toute
son action. « Tous les autres principes du droit international humanitaire se sont formés sur la
base du principe d’humanité et sont donc sa concrétisation 345. Le principe d’humanité, qui
trouve son fondement juridique dans la coutume internationale et dans différents instruments
juridiques relatifs à la protection de l’être humain en toutes circonstances, dont spécialement
ceux liés au DIH, a pour but d’humaniser la conduite des hostilités. L’on remarquera donc par
ce principe que différentes interdictions sont imposées aux belligérants afin d’assurer à la
personne humaine et à son entourage, une vie plus ou moins humaine en périodes
exceptionnelles. Ce principe évite de la barbarie et du traitement inhumain et dégradant dans
les opérations militaires.
55
MUMBALA [Link].p.59.
36
B. Le principe de limitation du choix des moyens et méthodes à disposition des
belligérants
Le principe de limitation est énuméré par la CIJ au rang des « principes
cardinaux contenus dans le texte formant le tissu du droit international humanitaire » (cf.
supra). Suivant la CIJ, par ce principe, « il ne faut pas causer des maux superflus aux
combattants: il est donc interdit d'utiliser des armes leur causant de tels maux ou aggravant
inutilement leurs souffrances; en application de ce second principe, les Etats n'ont pas un
choix illimité quant aux armes qu'ils emploient »56
En effet, le droit de la Haye s’est longtemps penché sur l’emploi des armes
dans le théâtre des hostilités. Les parties aux conflits n’ont donc pas un droit illimité quant au
choix des méthodes et moyens de combats.
Différents textes conventionnels et déclaratoires traitent de cette question. L’on
citera, à titre d’exemple, la Convention de La Haye sur les lois et coutumes de la guerre
terrestre de 1907 ; la Déclaration à l’effet d’interdire l’usage de certains projectiles en temps
de guerre du 11 décembre 1868, dite « Déclaration de Saint-Pétersbourg » ; le Protocole
concernant la prohibition d’emploi à la guerre de gaz asphyxiants, toxiques ou similaires et de
moyens bactériologiques signé à Genève le 17 juin 1925 ; la Convention sur l’interdiction de
la mise au point, de la fabrication et du stockage des armes bactériologiques (biologiques) ou
à toxines et sur leur destruction du 16 décembre 1971 ; le Protocole relatif aux éclats non
localisables du 10 octobre 1980 (Protocole I); le Protocole sur l’interdiction ou limitation de
l’emploi des mines, pièges et autres dispositifs du 10 octobre 1980 (Protocole II) ; le
Protocole relatif aux armes à laser aveuglantes du 13 octobre 1995 (Protocole IV)349, etc. Les
4 CG et leurs PA traitent également de cette question de l’utilisation des moyens et méthodes
de combat.
De ces instruments juridiques précités, l’on épingle « deux formes
d’interdiction de l’usage d’armes: normes spéciales et normes générales. Font partie des
normes spéciales les interdictions conventionnelles de certains types d’armes. Certains
chercheurs les appellent à juste titre « Les moyens de guerre absolument interdits » […] et
soulignent que leur usage est interdit même s’il répond à une nécessité militaire » 57. Les
56
CIJ, Affaire de Licéité de la menace ou de l’emploi d’armes nucléaire, avis consultatif du 8 juillet 1996,
Recueil 1996, p. 257, §78.
57
BLISHCHENKO, Igor P., «[Link].» in SWINARSKI Christophe (Réd.), [Link]., p. 294
37
normes générales sont celles qui formulent une interdiction d’ordre général sans identifier
spécifiquement un type d’armes susceptibles de causer inévitablement des maux superflus
et/ou de manière non-discriminatoire, etc. Elles posent tout de même des principes très
importants qui comblent également les normes spéciales.
Ainsi, l’article 35 du PA I pose des règles fondamentales à observer notamment
dans les conflits armés internationaux: « [d]ans tout conflit armé, le droit des parties au conflit
de choisir des méthodes ou moyens de guerre n’est pas illimité. 2. Il est interdit d’employer
des armes, des projectiles et des matières ainsi que des méthodes de guerre de nature à causer
des maux superflus. 3. Il est interdit d’utiliser des méthodes ou moyens de guerre qui sont
conçus pour causer, ou dont on peut attendre qu’ils causeront, des dommages étendus,
durables et graves à l’environnement naturel ». Le principe de limitation du choix des moyens
et méthodes à disposition des belligérants va dans le même sens qu’un autre principe aussi
intéressant à savoir le principe de distinction (ou principe de discrimination).
C. Principe de distinction ou principe de discrimination
Appréhendé par la CIJ comme le premier principe des « principes cardinaux contenus dans le
texte formant le tissu du droit international humanitaire » (cf. supra), ou par le TPIY comme «
principe fondamental du droit international humanitaire » 58 et par l’Institut de droit
international comme « principe fondamental du droit international en vigueur » 59, le principe
distinction est une règle très ancienne du DIH coutumier. Ce principe est déductible du
préambule de la Déclaration de Saint-Pétersbourg de 1868 qui indique notamment « [q]ue le
seul but légitime que les Etats doivent se proposer, durant la guerre, est l'affaiblissement des
forces militaires de l'ennemi ». L’article 25 du Règlement de La Haye qui interdit
expressément « d’attaquer ou de bombarder, […] des villes, villages, habitations ou bâtiments
qui ne sont pas défendus » fait non moins part de ce principe. Lequel sera peaufiné par des
instruments juridiques subséquents.
En effet, le contenu du principe de distinction peut être lu à l’article 48 du PA I
comme suit : « En vue d’assurer le respect et la protection de la population civile et des biens
de caractère civil, les parties au conflit doivent en tout temps faire la distinction entre la
population civile et les combattants ainsi qu’entre les biens de caractère civil et les objectifs
militaires et, par conséquent, ne diriger leurs opérations que contre des objectifs militaires ».
58
TPIY, Le Procureur c. Stanislav Galic, Affaire N°IT-98-29-T, la Chambre de première instance I, jugement
59
Voy. IDI, Session d’Edimbourg, La distinction entre les objets militaires et non militaires en général et
notamment les problèmes que pose l’existence des armes de destruction massive, 5e Commission,
Résolution du septembre 1969, article 1er.
38
Il se dégage de cette disposition deux autres principes : le principe de distinction entre civils et
combattants et le principe de distinction entre biens de caractère civil et les objectifs
militaires. Bien que les statuts de combattants et de civils ne sont pas définis dans le PA II.
D. Principe de proportionnalité
A côté des principes précités, existe également le principe de proportionnalité. Ce principe est
lisible notamment dans l’article 51 §5 b du PA I et également repris dans l’étude du CICR à
titre du DIH coutumier applicable en CAI et en CANI (Règle 14)357. Ce principe « signifie
qu’un belligérant doit employer la force jusqu’à concurrence de ce qui est nécessaire pour
réaliser le but de la guerre : la soumission complète de l’ennemi, le plus rapidement possible
et avec un minimum de pertes humaines et matérielles. Il faudra donc que les avantages
militaires concrets et directs attendus d’une opération militaire soient évalués en comparaison
directe avec les dommages collatéraux qui pourraient en résulter : ces derniers ne doivent pas
être plus importants que les avantages militaires ».60
Ainsi, si dans le lancement d’une opération militaire on peut s’attendre à des
pertes et des dommages incidents qui seraient excessifs par rapport à l’avantage militaire
concret et direct attendu, ceux qui préparent ou décident de cette attaque doivent s’abstenir de
la lancer. Et suivant le TPIY « même si les attaques sont dirigées contre des cibles militaires
légitimes, elles sont illégales si elles emploient des moyens ou des méthodes de guerres
aveugles, ou si elles sont menées de manière à causer sans discernement des dommages aux
civils »61Le principe de proportionnalité propose une balance plus ou moins en équilibre entre
la nécessité militaire et les exigences humanitaires.
E. Le principe de précaution
Le principe de précaution, se présente comme le moyen d’expression du
principe de distinction et reste très attaché au principe de proportionnalité (cf. infra). Ce
principe, comme le dispose l’article 57 du PA I, exige d’épargner les civils et les biens à
caractère civil des conséquences des opérations militaires. L’article 58 (Précaution contre les
effets des attaques) du PA I abonde dans le même sens. Ainsi, comme l’étaye le TPIY, ce
60
DEYRA, Michel, Le droit dans la guerre, [Link]., p. 146.
61
TPIY, Le Procureur c. Zoran KUPRE[KI], Mirjan KUPRE[KI], Vlatko KUPRE[KI], Drago JOSIPOVI],
Dragan PAPI], Vladimir [ANTI], alias « VLADO », Affaire N°IT-95-16-T, La Chambre de première instance
Jugement rendu le 14 janvier 2000, p. 214, §524.
39
principe veut que « l’on prenne des précautions raisonnables lors de l’attaque d’objectifs
militaires pour éviter que les civils pâtissent inutilement d’une imprudence. 62
Ainsi, s’abstenir d’attaquer pour éviter des dommages incidents excessifs par
rapport à l’avantage militaire concret et direct attendu fait penser à une parfaite combinaison
de principes de précaution (art. 57 §2 a-iii du PA I) et de proportionnalité (art. 51 §5 b du PA
I). Et comme le rappelait bien le TPIY, le principe de précaution est toujours appliqué avec le
principe de proportionnalité63. Il en sera de même si l’attaque a déjà été lancée et qu’en pleine
opération, les combattants se rendent compte de l’apparition d’un élément nouveau par
exemple une population civile massée. En pareilles circonstances, afin d’éviter des dommages
incidents excessifs, l’opération doit être annulée ou suspendue. C’est ce qui ressort également
du TPIY dans l’affaire Le Procureur c. Stanislaw Galic.64
Section 2. La protection des personnes vulnérables en temps de conflit armé en
international humanitaire
Dans le cadre de la présente section, en ce qui nous concerne, nous
n'exposerons que quelques dispositions pertinentes de la quatrième convention relative à la
protection des personnes civiles ainsi que son protocole additionnel relatif à la protection des
victimes des conflits armés internationaux.
Nous l’avons dit, pour qu’il ne soit plus nécessaire de le répéter, nul n’est censé
étudier l’univers jusqu’à ces confins. Ceci étant, l’immensité de la catégorisation de personnes
vulnérables ainsi que le temps nous imparti dans le cadre de la rédaction de la présente étude
nous ont poussé à restreindre le régime spécial de protection des personnes vulnérables
uniquement aux enfants.
§1. La protection de l'enfant en temps de conflit armé
62
TPIY, Le Procureur c. Zoran KUPRE[KI], Mirjan KUPRE[KI], Vlatko KUPRE[KI], Drago JOSIPOVI],
Dragan PAPI], Vladimir [ANTI], alias « VLADO », Affaire N°IT-95-16-T, La Chambre de première instance
Jugement rendu le 14 janvier 2000, p. 214, §524.
63
Ibid.
64
TPIY, Le Procureur c. Stanislav Galic, Affaire N°IT-98-29-T, la Chambre de première instance I, jugement
rendu le 5 décembre 2003, p. 32, §58.
40
Lors d’un conflit armé, affirme Junior MUMBALA,65 qu’il soit international ou
non ,l’enfant bénéficie de la protection générale accordée par le DIH aux personnes civiles
qui ne participent pas aux hostilités ». Ceci s’avère tout à fait logique et légitime car avant
d’être vu sous l’angle de ses situations particulières – vulnérabilité d’ordre physique,
psychique ou mental – l’enfant est d’abord à classifier parmi les personnes, et dans le cadre de
conflits armés, parmi les personnes civiles. Il pourrait éventuellement être perçu comme
combattant, lorsqu’il prend part aux hostilités. Même là, il lui sera au départ accordé une
protection générale au même titre que tous les autres combattants avant de s’atteler sur ce qui
lui est spécifique en pareilles circonstances afin de lui faire bénéficier de la protection
spéciale. Cette protection générale de l’enfant comme personne civile est l’œuvre de la CG IV.
A. La protection de l'enfant en tant que civil
En effet, le champ d’application rationae personae de la CG IV se rapporte
essentiellement aux « personnes protégées » telles que définies par l’article 4 de cet
instrument: « Sont protégés par la convention les personnes qui, à un moment quelconque et
de quelque manière que ce soit, se trouvent, en cas de conflit ou d’occupation, au pouvoir
d’une partie au conflit ou d’une Puissance occupante dont elles ne sont pas ressortissantes.
Les ressortissants d’un Etat qui n’est pas lié par la convention ne sont pas protégés par elle.
Les ressortissants d’un Etat neutre se trouvant sur le territoire d’un Etat belligérant et les
ressortissants d’un Etat co-belligérant ne seront pas considérés comme des personnes
protégées aussi longtemps que l’Etat dont ils sont ressortissants aura une représentation
diplomatique normale auprès de l’Etat au pouvoir duquel ils se trouvent. […] ».
Ainsi, au regard du titre III de la CG IV, deux catégories de personnes s’y trouvent
concernées: les ressortissants ennemis sur le territoire de chacune des parties au conflit et
l’ensemble des personnes se trouvant dans les territoires occupés, à l’exception de celles ayant
la nationalité de la puissante occupante.66 Ce critère de nationalité a été appréhendé de
manière non exclusive et plus souple par la jurisprudence notamment du TPIY. Ce dernier
envisageait le critère d’allégeance qui rendait la situation « des personnes protégées » moins
absurde ou chaotique en cas d’internationalisation des conflits armés internes67
65
MUMBULA J., p.168.
66
KOLB Robert, Jus in bello. Le droit international des conflits armés, 2e d. P-p.365-366.
67
TPIY, Le Procureur c. Zejnil Delalic et al., Affaire N°IT-96-21, Chambre de première instance, jugement du
Novembre 1998,p.108,§ 263.
41
De ce qui précède, considéré comme une personne qui ne prend pas part aux
hostilités et se trouvant au pouvoir d’une partie au conflit ou d’une Puissance occupante,
l’enfant bénéficie d’un ensemble de dispositions des CG et des PA. Lesquelles dispositions
imposent généralement aux parties de réserver à l’enfant, à l’instar d’autres personnes civiles,
un traitement humain. Traitement humain, concept pour lequel d’ailleurs «Toutes les 3
chambres du TPIR ont eu à décider, souvent à l’unanimité, que l’une des conséquences de la
règle de traitement humain réside dans la nécessité de fournir une protection renforcée aux
catégories de personnes civiles qui subissent, d’une façon particulièrement grave, les effets
des conflits armés et qui se retrouvent, de ce fait, dans une situation de grande détresse » 68
Le traitement humain en faveur de l’enfant doit être entrepris en toutes circonstances. L’enfant
doit être protégé contre tout acte pouvant porter atteinte à sa vie et à son intégrité physique et
morale. L’article 27 de la CG IV s’exprime très clairement à ce sujet de la manière suivante
:”Les personnes protégées ont droit, en toutes circonstances, au respect de leur
personne, de leur honneur, de leurs droits familiaux, de leurs convictions et pratiques
religieuses, de leurs habitudes et de leurs coutumes. Elles seront traitées, en tout temps, avec
humanité et protégées notamment contre tout acte de violence ou d’intimidation, contre les
insultes et la curiosité publique. […] Compte tenu des dispositions relatives à l’état de santé, à
l’âge et au sexe, les personnes protégées seront toutes traitées par la partie au conflit au
pouvoir de laquelle elles se trouvent, avec les mêmes égards, sans aucune distinction
défavorable, notamment de race, de religion ou d’opinions politiques. […].” L’hypothèse de
renonciation partielle ou totale des droits reconnus aux personnes civiles est absolument
exclue au régard de l’article 8 de la Convention sous examen.
En conclusion, dans le conflit armé international ou non international, les
enfants comme personnes civiles seront protégés contre des atteintes à la vie, à la santé, au
bien-être physique ou psychique et à la dignité humaine – par l’interdiction de l’assassinat, de
la torture, de la mutilation des personnes ou encore de tout acte de brutalité ou traitement
humiliant ou dégradant et par l’assurance de diverses garanties pénales. 69
B. Protection de l'enfant combattant
68
MOMTAZ Djamchid, « Les défis des conflits armés asymétriques et identitaires au droit international
humanitaire », in MATHESON, Michael J. et MOMTAZ, Djamchid., pp. 17-20.
69
MUMBULA. J., p.172.
ou non international, les enfants comme personnes civiles seront protégés contre des atteintes à la
42
Les principes tels que nécessité militaire, proportionnalité, interdiction des
maux superflus applicables en DIH limiteraient certains dégâts à l’encontre de l’enfant
participant directement aux hostilités, à l’instar de tout combattant. Il ne pourrait donc pas être
tué n’importe comment.70 « Dès lors, il faudrait selon les dires de Jean PICTET, capturer
plutôt que blesser les combattants, blesser plutôt que tuer ».71
Ainsi, outre la protection de l’enfant en général en tant que civil en CAI ou
comme personne ne prenant pas part aux hostilités dans le cadre des CANI contre les atteintes
à la vie, à la santé, au bien-être physique ou psychique et à la dignité humaine – par
l’interdiction de l’assassinat, de la torture, de la mutilation des personnes ou encore de tout
acte de brutalité ou traitement humiliant ou dégradant et par l’assurance de diverses garanties
pénales – les enfants bénéficient du régime de protection spéciale en raison de leur
vulnérabilité particulière.
A ce titre, le DIH se réfère « à plusieurs reprises à l’âge de quinze ans comme
âge limite au dessous duquel l’enfant doit jouir d’une protection spéciale. Il est généralement
admis qu’au-dessus de quinze ans le développement des facultés de l’enfant sont telles que
des mesures spéciales ne s’imposent pas systématiquement avec la même nécessité »72
En termes d’obligations pour assurer cette protection spéciale, il incombe aux
parties au conflit de créer sur leurs propres territoires ou sur les territoires occupés des zones
et localités sanitaires et de sécurité afin de mettre les enfants de moins de quinze ans à l’abri
des effets de la guerre73; d’entreprendre l’évacuation des enfants d’une zone assiégée ou
encerclée74; de créer le libre passage de tout envoi des vivres indispensables, des vêtements et
des fortifiants réservés aux enfants de moins de quinze ans 75; de prendre les mesures
nécessaires au profit des enfants de moins de quinze ans, orphelins ou séparés des familles du
fait de la guerre, pour que soient facilités leur entretien, la pratique de leur religion et leur
éducation76; d’accueillir les enfants en pays neutre pendant la durée du conflit 77 ;de procéder à
l’identification des enfants de moins de douze ans 78, etc. Ajoutons à cette liste, l’intangibilté
70
AIVO, Gérard, Le Statut de combattant dans les conflits armés non internationaux, pp. 23-237.
71
Ibid.
72
RUET, Céline, « La vulnérabilité dans la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme », in
RTDH, (102/2015),p.338.
73
Lire art. 14 de la CG IV.
74
Lire art. 17 de la CG IV.
75
Lire art. 23 de la CG IV
76
Lire art. 24 §1 de la CG IV
77
Lire art. 24 §2 de la CG IV
78
Lire art. 24 §3 de la CG IV
43
du statut personnel de l’enfant qui interdit à la Puissance occupante de modifier sa situation de
famille, son état civil et sa nationalité (art. 50 §2 de la CG IV). A propos de zones et localités
sanitaires et de sécurité afin de mettre les enfants de moins de quinze ans à l’abri des effets de
la guerre, celles-ci combinent les formules de zones et localités sanitaires et de zones et
localités de sécurité. En effet, les zones et localités sanitaires sont organisées de manière
durable hors de la zone des hostilités pour mettre les blessés et malades (militaires et civils) à
l’abri des armes de longue portée et bombardements. Les zones et localités de sécurité servent
à la sécurisation des certaines personnes civiles dont la vulnérabilité requiert une protection
spéciale (ex : les enfants, les femmes enceintes, les mères d’enfants de moins de sept ans, les
vieillards, etc.)79
Portant leur choix sur les enfants de moins de quinze ans et mères d’enfants de
moins de sept ans, les auteurs de la CG IV ont estimé que ceci était approprié, raisonnable et
généralement en accord avec le développement physique et moral de l’enfance. En dépit de
ces raisons, cette limitation révèle non moins « quelque chose d’arbitraire »80
S’agissant de vivres indispensables destinés aux enfants de moins de quinze
ans méritant le droit au libre passage (art. 23 de la CG IV), il faudrait entendre par là les
denrées de première nécessité telles que le lait, la farine, le sucre, le sel, etc. Il s’agit des «
aliments de base, nécessaires à la santé et au développement normal physique et psychique » 81
des enfants de moins de quinze ans. Et les fortifiants se composent de « tous les produits
pharmaceutiques destinés à rendre à l’organisme humain affaibli sa vitalité normale » 82
Pour sa part le PA I traite en ce qui concerne les enfants: l’appartenance à la
catégorie des blessés et malades des femmes en couches, des nouveaux nés, les femmes
enceintes (art. 8 a) du PA I); la priorité d’accès au secours et le traitement de faveur aux
enfants, femmes enceintes ou en couches et les mères qui allaitent (art. 70 § 1 du PA I); le
regroupement des familles dispersées (art. 74 du PA I); la préservation de l’unité familiale en
cas d’arrestation, détention ou internement des familles (art.75 §5) voire des garanties
fondamentales prévues dans la même disposition dans son ensemble. Il existe également des
garanties spécifiques pour les enfants détenus, arrêtés ou internés notamment l’interdiction de
79
923 PICTET, Jean S. (dir.), Commentaire IV, La Convention de Genève relative à la protection des
personnes civiles en temps de guerre, op. cit., p. 130.
80
PICTET, Jean S. (dir.), Commentaire IV, La Convention de Genève relative à la protection des personnes
civiles en temps de guerre, op. cit., p. 137.
81
PICTET, Jean S. (dir.), Commentaire IV, La Convention de Genève relative à la protection des personnes
civiles en temps de guerre, op. cit., p. 149.
82
Ibid.p.195.
44
l’éxécution d’une condamnation à mort (cf. art. 75§5 et 77§4 du PA I; art. 94§3 de la CG IV et
art. 6 §4 du Protocole II) et la réglementation d’évacuation des enfants (art. 78).
A propos de l’interdiction de la peine de mort contre des enfants, l’article 77 §5
du PA I dispose qu’« une condamnation à mort pour une infraction liée au conflit armé ne sera
pas exécutée contre les personnes qui n’avaient pas dix-huit ans au moment de l’infraction ».
Son équivalent au niveau du PA II qui est l’article 6 §4 indique que « [l]a peine de mort ne
sera pas prononcée contre les personnes âgées de moins de dix-huit ans au moment de
l’infraction et elle ne sera pas exécutée contre les femmes enceintes et les mères d’enfants en
bas âge ».
Une chose est sûre et certaine, tous ces articles se rapportent aux infractions qui
sont en lien avec le conflit armé. Ce qui revient à dire que la condamnation ou l’exécution de
la peine de mort contre l’enfant pour les types d’infractions qui n’ont aucun lien avec le
conflit armé ne sont donc logiquement pas exclues. Elles restent du ressort de l’ordre pénal
applicable.
Par ailleurs, poursuivant l’article 6 §4 du PA II, il y a interdiction d’exécution
de la peine de mort contre des femmes enceintes et des mères d’enfants en bas âge et non la
condamnation. « Le but de l’interdiction d’exécuter la peine de mort prononcée contre une
femme enceinte est de protéger
l’enfant à naître, non pas la femme elle-même; c’est pourquoi l’interdiction de prononcer la
peine de mort [contre la femme] n’a été prévue ». 83 L’on retrouve également au niveau du PA I
une disposition similaire. Il s’agit du paragraphe 3 de l’article 76. Cet article dispose: « [d]ans
toute la mesure du possible, les parties au conflit s’efforceront d’éviter que la peine de mort
soit prononcée contre les femmes enceintes ou les mères d’enfants en bas âge dépendant
d’elles pour une infraction commise en relation avec le conflit armé. Une condamnation à
mort contre ces femmes pour une telle infraction ne sera pas exécutée »
CHAPITRE III. ÉTAT DES LIEUX ET PERSPECTIVES DE LA PROTECTION DES
PERSONNES VULNÉRABLES DANS LES CONFLITS ARMÉS EN RDC
Il importe de signaler que, les conflits armés en République Démocratique du
Congo ne datent pas de la période de l’apparition du M23 dans la partie Est du territoire
congolais. Ces conflits ont des origines très lointaines et leur histoire révèlent les péripéties
d’un Etat souverain dont la gestion du territoire fait est à la recherche de la paix et la sécurité
nationales. Depuis la naissance des mouvements de l’indépendance du Congo, l’Est de la
83
PICTET, Jean S. (dir.), Commentaire IV, La Convention de Genève relative à la protection des personnes
civiles en temps de guerre, op. cit., p. 372.
45
RDC a connu des réalités comparables aux scènes de massacres dû à la séparation
conflictuelle entre la puissance coloniale et le nouvel Etat. Malgré la recherche passionnée du
rétablissement de la paix, les conflits ne faisaient que s’interposer et de changer de visages
d’une période à l’autre.
Dans le cadre du présent chapitre, il sera utile de faire la présentation de la
violation du DIH à l’Est de la RDC (Section I) avant de voir la protection accordée aux
personnes vulnérables en temps de guerre en droit congolais (Section II).
Section I. Violation du DIH
A. Violation du droit international humanitaire dans le conflit à l’Est de la RDC
La violation du droit international humanitaire s’analyse dans un cadre du
respect des normes de guerre dans le conflit armé à l’Est de la République Démocratique du
Congo et du respect des droits de l’homme mis en jeu.
I. Respect des normes de guerre dans le conflit armé à l’Est de la RDC
Les deux guerres du Congo ont prouvé des graves violations de droits de
l’homme allant de la première guerre de 11996 à 1998 à la seconde guerre de 1998 à 2001.
Ces deux périodes sont caractérisée par l’intervention sur le territoire de la République
Démocratique Congo des forces armées régulières de plusieurs États, combattant avec ou
contre les forces armées congolaises, en plus de l’implication de multiples groupes de
miliciens. En effet, comme le constatait le Rapporteur spécial sur la situation des droits de
l’homme en RDC : « la RDC est la proie de plusieurs conflits armés. Certains sont
internationaux, d’autres internes et quelques-uns sont des conflits nationaux qui ont pris une
tournure internationale (voir E/CN.4/2000/42, par. 20). Au moins huit armées nationales et 21
groupes armés irréguliers prennent part aux combats ».84
Malgré la signature de l’Accord de cessez-le-feu de Lusaka, en juillet 1999,
auquel étaient parties la RDC, l’Angola, la Namibie, l’Ouganda, le Rwanda et le Zimbabwe et
auquel ont adhéré par la suite les groupes rebelles RCD et MLC, prévoyant le respect du droit
international humanitaire par toutes les parties et le retrait définitif de toutes les forces
étrangères du territoire national de la RDC, les combats ont continué les hostilités. Le 16 juin
84
MUMBALA ABELUNGU Junior, Op cit, pp. 207-235.
46
2000, le Conseil de sécurité a demandé à toutes les parties de mettre fin aux hostilités et exigé
que le Rwanda et l’Ouganda, qui avaient violé la souveraineté de la RDC, retirent toutes leurs
forces du territoire de la RDC. Il faudra attendre 2002, suite à la signature de deux nouveaux
accords, celui de Pretoria avec le Rwanda et celui de Luanda avec l’Ouganda, prévoyant le
retrait de leurs troupes respectives du territoire de la RDC, pour que s’amorce le retrait des
forces étrangères du pays.85
Ainsi, tant la participation des forces armées étrangères en territoire congolais
que l’appui direct en matériel, armement et combattants à plusieurs groupes rebelles congolais
durant toute cette période de la « deuxième guerre » permet d’affirmer qu’un conflit armé de
nature internationale se déroulait en RDC en même temps que des conflits internes entre
différents groupes de miliciens congolais. Les nombreux crimes commis par le RCD (et ses
différentes factions), les groupes Mayi-Mayi et les ex-FAR/Interahamwe à l’encontre des
populations civiles, notamment les meurtres systématiques, les viols et les actes de pillage tels
que répertoriés dans les pages précédentes, pourraient constituer des crimes de guerre. Cette
période a également été marquée par des massacres à grande échelle, comme ceux de Kasika
et Makobola, au Sud-Kivu, ainsi que par de nombreux autres massacres commis à répétition
dans les deux provinces des Kivu et au Maniema, au Katanga et en province Orientale. Il en
est de même des meurtres, viols et actes de pillage commis par les forces rwandaises et
ougandaises, notamment au cours de leur progression de Kitona, au Bas-Congo, vers
Kinshasa en août 1998, tout comme des crimes similaires commis par les Forces Armées
Angolaises (FAA) tout le long de l’axe Moanda-Boma-Matadi-Kisantu, au Bas-Congo. 86
II. Respect des droits de l’homme dans le conflit armé à l’Est de la RDC
Le conflit armé congolais a mis en relation plusieurs et armées nationales que
des milices. Ce qui a accru les conséquences de la guerre sur le territoire congolais. Le
recrutement des enfants dans l’armée, les viols et les violences sexuelles des femmes, les
massacres, les déplacements massifs des populations sont des actes auxquels ont été victimes
les populations de l’Est de la République Démocratique du Congo. L’attaque des biens des
personnes civiles et des bâtiments administratifs, la confusion entre les combattants et les non
85
Idem.
86
MUMBALA Junior, Op cit, pp. 207-235.
47
combattants et les prises d’otage ont été toujours reprochés aux rebelles par le gouvernement
congolais en vue d’arrêter l’hémorragie des hostilités à l’Est de la RDC.87
De l’autre côté, les troupes venant de l’Angola ont commis plusieurs violations
des droits de l’homme, dont l’arrêt des turbines du barrage d’Inga, dans cette même province,
qui alimentait en électricité une grande partie de la ville de Kinshasa, par des éléments de
l’ANC/APR/UPDF a causé la mort de nombreuses victimes vulnérables. Cette « mise hors
d’usage des biens indispensables à la survie de la population » pourrait constituer un crime de
guerre selon les règles du droit international humanitaire. Les bombardements aériens de
Kinshasa par les Forces de Défense Zimbabwéennes (ZDF) en août 1998 et de Businga et
Gemena, dans la province de l’Équateur, par les FAC en décembre 1998 ont également été
effectués en violation des règles du droit international humanitaire et pourraient être qualifiés
de crimes de guerre en soi et si l’on considère l’effet excessif du point de vue des pertes de
vies humaines au sein de la population civile par rapport à l’avantage militaire attendu. Qui
plus est, l’emploi à l’occasion de bombes artisanales, d’une grande imprécision, comme à
Businga, semblerait aussi violer les règles du droit international humanitaire qui interdisent «
des attaques dans lesquelles on utilise des méthodes ou moyens de combat qui ne peuvent pas
être dirigés contre un objectif militaire déterminé ou dont les effets ne peuvent être limités ».
88
Au cours des affrontements entre l’armée rwandaise et l’armée ougandaise
pour le contrôle de la ville de Kisangani, l’emploi d’armes lourdes dans des zones à forte
densité de population civile a provoqué la mort de plusieurs centaines de civils et la
destruction d’un grand nombre de biens de caractère civil. Le premier affrontement, entre les
14 et 17 août 1999, aurait causé la mort d’au moins 30 personnes au sein de la population
civile, le deuxième, en mai 2000, aurait provoqué la mort d’au moins 24 personnes, et le
troisième, en juin 2000, présente un bilan qui varie, selon certaines sources, entre 244 et 760
personnes. Ces deux derniers épisodes ont été catégoriquement dénoncés par le Conseil de
sécurité qui s’est déclaré « indigné de la reprise des combats… déplorant les pertes en vies
civiles, les risques pour la population civile et les dommages matériels infligés à la population
congolaise par les forces de l’Ouganda et du Rwanda ».89
87
NTUMBA LUABA LUMU, Jean-Pierre BEMBA, une lutte de libération au service d’un pays voisin, à
travers une lecture de son livre « le choix de la liberté », Kinshasa, éd. Mémoire Collective, 2006, p. 12-13.
88
N.R NGANGOUE, « La protection des civils : priorités des priorités », In MONUC face à la protection des
populations civiles, Vol. 8, n° 45, 2009, pp. 2-7.
89
Colette BRAECKMAN, « L’Afrique Centrale : des enfants immolés », In Nouvelle Tribune internationale des
droits de l’enfant, Bulletin trimestriel de défenses des enfants-international, n° 6, Juillet 2006, p. 4.
48
Certains des actes commis par les deux belligérants pourraient constituer des
violations du droit international humanitaire, en particulier en ce concerne l’obligation de
respecter le principe de la distinction entre les civils et les combattants et entre les biens de
caractère civil et les objectifs militaires, pouvant être ainsi qualifiés de crimes de guerre. Bien
que les forces de l’UPDF aient fait certains efforts pour limiter les pertes en vies humaines, la
Cour internationale de Justice, dans sa décision RDC v. Ouganda, n’en a pas moins considéré
« qu’il existe des éléments de preuve crédibles suffisants pour conclure que les troupes de
l’UPDF ont manqué d’établir une distinction entre cibles civiles et militaires et de protéger la
population civile lors d’affrontements avec d’autres combattants ».90
Section 2. Protection accordée aux personnes vulnérables dans le conflit armé en droit
congolais
Le droit congolais entretient un ensemble des règles juridiques applicables
aux personnes victimes des conflits armés nés sur le sol congolais. Ces règles sont
généralement alimentées par les dispositions des Conventions de Genève du 12 août 1949 sur
le droit international humanitaire et celles de la loi n°22/065 du 26 décembre 2022 fixant les
principes fondamentaux relatifs à la protection et à la réparation des victimes de violences
sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix et la sécurité de
l’humanité.
La loi précitée organise les dispositions relatives au statut de victime et du rôle de
l’Etat dans la promotion des droits des victimes de conflit armé.
§1. Statut de victime de conflit armé
Le statut de victime issu de la loi du 26 décembre 2022 organise les règles de la
détention de la qualité de victime de conflit armé et les droits et devoirs lui incombant dans le
cadre de sa protection.
A. Détention de la qualité de victime de conflit armé
La qualité de la victime de conflit armé ne peut se comprendre sans pour autant définir la
notion de la victime et voir les catégories des victimes.
90
CIJ, Arrêt du 3 février 2006, Affaire des activités armées sur le territoire du Congo, République Démocratique
du Congo c. Rwanda, compétence de la cour et recevabilité de la requête.
49
I. Définition de la victime
On appelle victime de conflit armé, toute personne ou groupe de personnes ayant
subi directement ou indirectement un ou plusieurs préjudices résultant des violences sexuelles
liées aux conflits et/ou des crimes contre la paix et la sécurité de l'humanité perpétrés en
République Démocratique du Congo.91 Le statut de la victime telle que défini est constaté par
la décision d’une autorité judiciaire, après déclaration de la victime directe ou indirecte des
faits perpétrés sur le sol congolais. Cette décision est rendue au premier degré par le Tribunal
de Grande Instance du lieu de la commission de faits. Elle est, à dater de sa signification,
susceptible d'appel dans un délai de 15 jours pour l'appelant et de 30 jours pour le Ministère
public agissant dans l'intérêt de la loi.92
Il résulte de la loi sous examen que les personnes victimes de conflits armés
auxquelles pouvant bénéficier de la protection de l’Etat et du droit à la réparation sont 93:
a. les victimes de violences sexuelles liées aux conflits ;
b. les victimes de crimes contre la paix et la sécurité de l'humanité ;
c. les victimes de tortures et de tout dommage ayant entrainé ou non une invalidité en
temps de conflits ;
d. les personnes qui, en période de conflit, ont connu des actes de pillages, de destruction
de leurs biens meubles ou immeubles, des crimes contre la paix et la sécurité de
l'humanité.
Sans préjudice des autres dispositions légales, les personnes visées par les dispositions de la
Loi n°024/2002 du 18 novembre 2002 portant Code pénal militaire et par le Programme de
Désarmement, Démobilisation, Relèvement Communautaire et Stabilisation, ayant subi une
blessure, un accident ou contracté une maladie entrainant une infirmité, ne sont pas
concernées par la définition de l'article 2 point y de la loi sous examen.94
91
Art. 2 point y, Loi n°22/065 du 26 décembre 2022 fixant les principes fondamentaux relatifs à la
protection et à la réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes
contre la paix et la sécurité de l’humanité.
92
Art. 4, Loi n°22/065 du 26 décembre 2022 fixant les principes fondamentaux relatifs à la protection et à la
réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix et
la sécurité de l’humanité.
93
Art. 5, Loi n°22/065 du 26 décembre 2022 fixant les principes fondamentaux relatifs à la protection et à la
94
Art. 6, Loi n°22/065 du 26 décembre 2022 fixant les principes fondamentaux relatifs à la protection et à la
réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix et
la sécurité de l’humanité.
réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix et la
sécurité de l’humanité.
50
II. Catégories des victimes de conflit armé
La loi du 26 décembre 2022 fait la distinction entre deux catégories des victimes
de conflit armé. Il s’agit des victimes directes et des victimes indirectes. Les victimes directes
sont les personnes physiques qui ont souffert personnellement des conséquences de conflits,
en subissant des préjudices corporels, matériels, moraux, économiques, psychologiques et/ou
culturels.95 Ce sont des personnes qui ont survécu au conflit armé et ont été touchées par des
hostilités venant d’un groupe des belligérants portant sur leurs corps physiques, les biens
matériels, leur état moral, psychologique ou culturel. Les dommages invoqués doivent porter
sur des droits privés ou communautaires légitimement protégés.
Les victimes indirectes sont les ayants droit des personnes ou groupes de
personnes ayant directement ou indirectement souffert des préjudices du fait des conflits. 96
Autrement appelées « victimes par ricochet », ce sont des personnes ou groupes des personnes
qui viennent en réclamation des droits des victimes directes en leur absence, soit en cas de
décès ou en cas de souffrance grave ne permettant pas de se déplacer et de faire valoir leurs
droits. C’est le régime de représentation qui leur accorde le droit de venir parler pour le
compte de leur père, mère, frère, sœurs, cousin, germain, consanguin, enfant, filleule, pupille
et autres.
Sont considérées comme ayants droit des victimes pour autant que les préjudices
auxquels ils rattachent leur statut soient en lien avec les crimes visés par la loi du 26 décembre
2022, les personnes suivantes97:
1. les enfants du de cujus nés dans le mariage et ceux nés hors mariage mais affiliés de
son vivant ainsi que les enfants adoptifs ;
2. le conjoint survivant, les père et mère, les frères et sœurs germains ou consanguins ou
utérins ;
3. les oncles et les tantes paternels ou maternels ;
95
Art. 7, Loi n°22/065 du 26 décembre 2022 fixant les principes fondamentaux relatifs à la protection et à la
réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix et
la sécurité de l’humanité.
96
Art. 8, Loi n°22/065 du 26 décembre 2022 fixant les principes fondamentaux relatifs à la protection et à la
réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix et
la sécurité de l’humanité.
97
Art. 9, Loi n°22/065 du 26 décembre 2022 fixant les principes fondamentaux relatifs à la protection et à la
51
4. les parents adoptifs suivant la législation en vigueur en République Démocratique du
Congo ;
5. les personnes à charge du disparu.
Ces personnes auxquelles la loi attache la qualité des victimes directes doivent venir auprès de
l’autorité judiciaire compétente munie d’un titre leur faisant obtenir la qualité à laquelle elles
allèguent avoir auprès des victimes directes. En cas de délégation des personnes en dehors de
la famille, le Procès–verbal du conseil de famille et l’acte de procuration sont nécessaires pour
prouver l’obtention de la qualité.
B. Droits et obligations des victimes de conflit armé
La bonne analyse de ce point permet d’opérer la séparation entre l’étude des droits
et des obligations des victimes de conflit armé.
I. Droits des victimes
La victime jouit de tous les droits fondamentaux consacrés par les lois nationales
et les instruments juridiques internationaux auxquels la République Démocratique du Congo
est partie, notamment les droits à la protection et à la réparation. 98 La victime ou ses ayants
droit ont droit à une protection, à une prise en charge globale pour leur relèvement et leur
réinsertion à la vie publique, à une éducation et à une formation de sorte qu'ils mènent une vie
pleine et décente, dans les conditions qui garantissent leur dignité et facilitent leur
participation à la vie publique. 99 L'Etat définit, adopte et met en œuvre des politiques et
programmes qui visent la protection et la promotion des droits de la victime.
98
Art. 10, Loi n°22/065 du 26 décembre 2022 fixant les principes fondamentaux relatifs à la protection et à
la réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix
et la sécurité de l’humanité.
99
Idem , Art. 11.
réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix et la
sécurité de l’humanité.
52
La victime ou ses ayants droit ont le droit d'accès à la justice. Ils bénéficient,
pendant toute la procédure judiciaire, de l'accompagnement du Fonds. Devant les juridictions,
ils sont dispensés des frais de consignation, de justice et d'exécution ainsi que des droits
proportionnels et ce, sans préjudice des dommages-intérêts qui peuvent leur être alloués
d'office par les juridictions répressives. Le Fonds accompagne la victime ou ses ayants droit
dans le processus d'exécution du jugement leur accordant réparation.100
Les victimes visées dans l’analyse de la présente étude jouissent, entre autres, des
droits suivants101:
a. le droit à la vérité, à la justice, à la réparation et aux garanties de non- répétition ;
b. le droit de participer au dialogue institutionnel et communautaire ;
c. le droit de bénéficier des mesures positives prises par l'Etat pour protéger et garantir le
droit à la vie dans des conditions de dignité ;
d. le droit de rechercher et de recevoir des aides humanitaires ;
e. le droit de participer à la formulation, à la mise en œuvre et au suivi de la politique
publique de prévention, de soins de santé et de réparation ;
f. le droit au regroupement familial lorsque le noyau familial a été disloqué en raison du
type de victimisation ;
g. le droit de retourner dans leur lieu d'origine et de s'y installer dans les conditions
garantissant leur sécurité et leur dignité ;
h. le droit à la restitution des terres si elles ont été dépossédées, dans les conditions fixées
par la législation en vigueur en République Démocratique du Congo ;
i. le droit de connaître l'état d'avancement des procédures judiciaires et administratives
en cours qui les concernent.
II. Obligations des victimes
La victime ou ses ayants droit respectent la Constitution, les lois et règlements de
la République.75 La victime contribue, en toutes circonstances et à tous les niveaux, à la
promotion des valeurs citoyennes, à la culture de la paix, la tolérance, le dialogue et le
renforcement de l'unité nationale. Elle contribue au rétablissement de la vérité, à la
100
Art. 13, Loi n°22/065 du 26 décembre 2022 fixant les principes fondamentaux relatifs à la protection et à
la réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix
et la sécurité de l’humanité.
101
Art. 14, n°22/065 du 26 décembre 2022 fixant les principes fondamentaux relatifs à la protection et à la
53
conservation des objets pouvant servir à la mémoire collective et les rend disponibles s'il
échet. Elle capitalise toutes les opportunités positives qui lui sont octroyées par l'Etat pour son
développement intégral, sa réinsertion et son relèvement communautaire.76
§.2. Regard prospectif sur la protection des victimes des conflits armés en RDC
Si La GG IV ainsi que Le PA I protègent les personnes touchées pendant les
conflits armés, le droit interne poursuit en prévoyant des mécanismes de protection des
dommages issus de conflits tels que relevés ci-haut, dans l'optique de garantir une répartition
des victimes. En effet, la victime jouit de tous les droits fondamentaux consacrés par les lois
nationales et les instruments juridiques internationaux auxquels la République Démocratique
du Congo est partie, notamment les droits à la protection et à la réparation. La victime ou ses
ayants droit ont droit à une protection, à une prise en charge globale pour leur relèvement et
leur réinsertion à la vie publique, à une éducation et à une formation de sorte qu'ils mènent
une vie pleine et décente, dans les conditions qui garantissent leur dignité et facilitent leur
participation à la vie publique. L'Etat définit, adopte et met en œuvre des politiques et
programmes qui visent la protection et la promotion des droits de la victime.102
Cependant, ces mécanismes souffrent d'effectité notamment en ressout de
l'insuffisance de la dotation des fonds alloués à l'indemnisation de ces victimes. Le
gouvernement doit doublé des efforts en renforçant le fonds y relatifs. Les traités devant être
appliqués de bonne foi, la communauté internationale doit arrêter de tourner autour du pot en
sanctionnant les acteurs ou auteurs intellectuels des Crimes qui se commettent dans la partie
Est de la RDC notamment par des sanctions économiques. Nous saluons les dernières avancés
notamment la résolution 2773 ainsi que l'accord de paix du 27 juin 2025 signé entre la RDC et
le Rwanda dans le cadre du maintien de la paix tout en appelant les États à doubler plus
d'efforts dans le maintien de la paix et la sécurité dans cette partie du pays.
Les juridictions internationales sont les seules à pouvoir donner une réponse
judiciaire appropriée et adéquate lorsqu’il s’agit de juger des crimes internationaux très
complexes. Et cela arrive surtout quand ces crimes impliquent des hauts dirigeants politiques
et militaires, des chefs d’Etats ou de gouvernement, et quand les éléments de preuve étant
102
Art. 13, Loi n°22/065 du 26 décembre 2022 fixant les principes fondamentaux relatifs à la protection et à
la réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix
et la sécurité de l’humanité.
54
éparpillés sur de nombreux territoires, les recherches demandent des moyens qui vont au-delà
de ce que peut faire un juge national »
Ainsi, auant à la protection post-conflit, nous pensons qu'il faudra la création
d'un tribunal pénal spécial pour la République démocratique du Congo afin de punir les
crimes internationaux dont la RDC fait l'objet depuis des décennies et ce, en tenant compte
d'un certain nombre de critères, car être efficace, une juridiction pénale internationale doit
satisfaire à un certain nombre de critères afin d'atteindre son objectif.
En effet, Antonio CASSESE,103 pense qu’une juridiction pénale internationale
doit être efficace afin de mieux répondre aux « attentes des populations du monde, assoiffées
de la vraie justice, égale pour tous ».
A cet égard, Jean-Pierre FOFE DJOFIA MALEWA retient les critères de
supranationalité, d’indépendance, de moyens d’action et d’indemnisation des victimes 104.
Kemoko DIAKITE retient, pour sa part, en dehors de l’indépendance de la justice, les défis de
la coopération des Etats, de vulgarisation du contenu des conventions de droit pénal
international et des procédures courtes [Link] MUMBALA106 ajoute le critère de la
protection des témoins.
A. Critère de supranationalité: une instance judiciaire supranationale permettrait d’atteindre
des présumés criminels relevant de différentes nationalités de manière égale, sans haine ni
complaisance107
B. Critère d’indépendance: l’indépendance reste le critère déterminant pour tout système
judiciaire. Elle crée une certaine crédibilité vis-à-vis des justiciables. Elle permet à l’instance
judiciaire d’échapper à toute emprise de tout pouvoir, afin de rechercher et d’établir la vérité.
Cette indépendance vaut de même pour le système judiciaire national afin d’envisager une
collaboration franche et effective.
103
CASSESE, Antonio, « Y a-t-il un conflit insurmontable entre souveraineté des Etats et justice pénale
internationale ? , p. 28.
104
FOFE DJOFIA MALEWA, Jean-Pierre, L’administration de la preuve devant la Cour pénale
internationale. Règles procédurales et méthodologiques, L’Harmattan, Paris, 2015, p. 11.
105
DIAKITE, Kemoko, La Justice pénale internationale en Afrique. Aspects juridiques, défis et perspectives,
[Link]., p. 74.
106
MUMBALA J.,[Link]. p.525.
107
FOFE DJOFIA MALEWA, Jean-Pierre, La Cour pénale internationale : institution nécessaire aux pays
des Grands Lacs africains. La justice pour la paix et la stabilité en R-D Congo, en Ouganda, au Rwanda et
au Burundi, Collections points de vue concrets,l’harmattan,Paris,2006, pp. 130-131.
55
C. Critère de moyens d’action : établir la vérité sur des faits criminels complexes dans le
cadre de la justice pénale internationale exige des moyens humains, financiers, matériels ou
de pression conséquents. Sans lesquels, rien ne sera fait. On rappellera, par exemple, que
chaque affaire traitée à Arusha a coûté environ 31 millions de dollars. Il faudrait toutefois
faire observer avec Antonio CASSESE que les juridictions internationales n’ont en réalité pas
le pouvoir de « commander » (Pas de police, par exemple, pour faire exécuter ces actes). Elles
dépendent donc des Etats.
[Link]ère de participation et d’indemnisation des victimes : Dès les tribunaux militaires
internationaux de Nuremberg et de Tokyo aux TPIY et TPIR, la justice pénale internationale
est demeurée tournée vers les criminels et s’intéressait moins aux victimes. C’est avec
l’avènement de la CPI que la victime aura « droit à l’information, à la participation et à
réparation. De simple témoin, la victime devient un acteur à part entière »Toutefois, sa
participation à la procédure reste passive. Elle ne pourrait pas actionner la procédure en se
portant partie civile. Ceci dit, au-delà de la répression, la réparation - dont l’indemnisation -
demeure nécessaire. Elle supposera donc l’audition, sinon la participation des victimes à la
procédure. Chose qui n’est pas aussi facile pour elle. Car « accepter de témoigner, c’est
évoquer la haine, les traques, les insultes, d’éternelles humiliations ». C’est « raviver
inévitablement les traumatismes » Et la justice se verra efficace si elle de résorber effets du
crime sur la victime.
E. Critère de protection des témoins : le procès Mathieu Ngudjolo intenté au plan national
par le Tribunal de grande instance de Bunia donnant lieu à son acquittement le 3 juin 2004,
faute des preuves, est une excellente illustration de l’importance des mesures de protection
des témoins. En effet, il a été révélé que tous les témoins qui devaient déposer au cours de
l’instruction s’étaient finalement rétractés par crainte de représailles du groupe armé FNI
auquel appartenait Mathieu Ngudjolo. Ceci dit, un témoin sécurisé est rassuré de dire « toute
la vérité, rien que la vérité ». Laquelle sera d’un grand intérêt pour l’issue de l’[Link]-delà
des critères ci-dessus examinés, il existe un défi à relever par la justice pénale internationale,
celui de voir ses décisions rendues dans un délai relativement court. Ce qui n’est donc pas les
cas.
CONCLUSION
56
La présente étude pourtant sur la protection des personnes vulnérables en droit
international : Cas du conflit à l’est de la République démocratique du Congo s'est inscrit dans
le cadre du « DIH » qui s'entend comme étant «l'ensemble des règles internationales,d’origine
conventionnelle ou coutumière, qui sont spécifiquement destinées à régler les problèmes
humanitaires découlant directement des conflits armés, internationaux ou non, et restreignent,
pour des raisons humanitaires, le droit des parties au conflit d’utiliser les méthodes et moyens
de guerre de leur choix ou protègent les personnes et les biens affectés, ou pouvant être
affectés, par le conflit»
Il a été relevé que le droit international humanitaire trouve son fondament
conventionnel dans notamment dans les quatre Conventions de Genève, il s'agit notamment
de la Convention de Genève pour pour l'amélioration du sort des blessés et malades dans les
forces armées en campagne du 12 Août 1949 ; La convention de Genève pour l'amélioration
du sort des blessés,malades et naufragés des forces armées sur la mer du 12 Août 1949 ; la
convention de Genève relative au traitement des prisonniers de guerre du 12 Août 1949 ; La
Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre du 12
Août 1949, ainsi que leurs protocoles additionnels, il s'agit du protocole I ou protocole
additionnel aux conventions de Genève du 12 Août 1949 relatif à la protection des victimes
des conflits armés internationaux ; le protocole II aux conventions de Genève du 12 Août
1949 relatif à la protection des victimes des conflits armés non internationaux ; le protocole
additionnel III aux Conventions de Genève du 12 août 1949 relatif à l’adoption d’un signe
distintif additionnel.
La CG IV et le PA I ci-haut protègent les civiles contre les atteintes à la vie, à
la santé, au bien-être physique ou psychique et à la dignité humaine – par l’interdiction de
l’assassinat, de la torture, de la mutilation des personnes ou encore de tout acte de brutalité ou
traitement humiliant ou dégradant et par l’assurance de diverses garanties pénales – les
enfants bénéficient du régime de protection spéciale en raison de leur vulnérabilité
particulière. Malheureusement, ses règles du droit international humanitaire relatives à la
protection des civiles en temps de conflits armés, ne trouvent pas de place sur ce champ de
bataille à l'Est de la République démocratique du Congo. En effet, les droits des vulnérables et
ceux de l’enfant en particulier en situation de conflits armés en RDC ne sont pas pris en
charge par les parties belligérantes en présence. Même celles qui se trouvent directement liées
par les instruments juridiques à ce sujet. L’enfant est pris comme auteur (enfant soldat) et
victime de violations de ses droits traduites par des actes les plus odieux. A la base, la
précarité de la situation socioéconomique du pays et l’absence d’un Etat de droit caractérisée
par l’impunité généralisée et quasi permanente et le manque croissant d’institutions ou
mécanismes efficaces et rassurants devant assurer la mise en œuvre des règles.
57
Au-delà de la quête de la paix entreprise notamment dans le cadre de l'accord
de paix conclu en la RDC et le Rwandais, ainsi que la résolution 2773 du conseil de sécurité
des nations, nous pensons que les crimes commis dans la partie Est du pays ne doivent restés
impunis. Il faudrait de ce fait la création d'un tribunal pénal international pour le Congo fondé
sur les critères de supranationalité, d’indépendance, de moyens d’action et d’indemnisation
des victimes, les défis de la coopération des Etats, et la protection des témoins.
58
BIBLIOGRAPHIE
I. TEXTES JURIDIQUES
A. Texte juridique interne
Loi n°22/065 du 26 décembre 2022 fixant les principes fondamentaux relatifs à la
protection et à la réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits et
des victimes des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité.
1 B. Textes juridiques internationaux
Convention de Genève pour pour l'amélioration du sort des blessés et malades dans les
forces armées en campagne du 12 Août 1949.
La convention de Genève pour l'amélioration du sort des blessés,malades et naufragés
des forces armées sur la mer du 12 Août 1949.
la convention de Genève relative au traitement des prisonniers de guerre du 12 Août
1949.
La Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de
guerre du 12 Août 1949.
Le protocole I ou protocole additionnel aux conventions de Genève du 12 Août 1949
relatif à la protection des victimes des conflits armés internationaux;
le protocole II aux conventions de Genève du 12 août 1949 relatif à la protection des
victimes des conflits armés non internationaux.
le protocole additionnel III aux Conventions de Genève du 12 août 1949 relatif à
l’adoption d’un signe distintif additionnel.
59
II. DOCTRINE
A. OUVRAGES
1. COHENDET CHASLOT M.A., Les méthodes de travail en droit public, Paris, 3e éd.
Montchrestien, 1998.
2. Colette BRAECKMAN, L’enjeu Congolais : l’Afrique Centrale après Mobutu, Bruxelles, éd.
Librairie Arthème Fayard, 1999.
3. D. SALAS, « Reconnaitre la victime : le cas du viol », In Victimes de guerre en quête de
justice, Paris L’Harmattan, 2004, pp. 89-131.
4. DAILLET P., FORTEAU M., PELLET A., Droit international public, Paris, 8ème éd.
L.G.D.J, 1990.
5. DJOLI ESENG’EKELI Jacques, Droit constitutionnel : tome 2 l’expérience congolaise,
Kinshasa, collection Mateya, 2018.
6. J.M HENCKAERTS et L. DOSWALD-BECK, Droit international humanitaire coutumier,
Traduit de l’anglais par D. LEVEILLÉ, Bruxelles, Bruylant, 2006, p. 15.
7. KOLB Robert, Jus in bello. Le droit international des conflits armés, 2e .
8. KOLB, Robert, Ius in Bello. Le droit international des conflits armés, 2em Ed. Bruylant, Bâle
Bruxelles, 2009, op. cit.,
9. Marion BLONDEL, La personne vulnérable en droit international, Bordeaux, éd. HAL, 2015.
10. MBOKO DJ'ANDIMA, Droit congolais des services publics, Bruxelles, Academia-
L’Harmattan, 2015.
B. COURS ET THESES
1. F. BOUCHET-SAULNIER, Dictionnaire pratique du droit humanitaire, Paris, éd. La
Découverte, 2006.
60
2. L. DE SOUZA, « Réponses juridiques a l’emploi de la force par des entités non-étatiques » In
ASPJ Afrique & Francophonie, 4ème trimestre 2011
3. MBOKO DJ’ANDIMA, Principes et usages en matière de rédaction d’un travail
universitaire, Kinshasa, Ed. CADICEC, 2004.
4. MULUMBATI NGASHA., Manuel de sociologie générale, Lubumbashi, Ed. Afrique,
Collection connaitre et savoir, 1980
5. MUMBALA Junior, « Le droit international humanitaire et la protection des enfants en
situation de conflits armés en République démocratique du Congo », In Revue internationale
interdisciplinaire, 2012
6. MUNAYI MUNTU-MONJI, Cours d’initiation à la recherche scientifique, deuxième
Graduat, Faculté de Droit, Université Protestante au Congo, Inédit, 2015-2016
7. RUET, Céline, « La vulnérabilité dans la jurisprudence de la Cour européenne des droits de
l’homme », in RTDH (102/2015).
III. WEBOGRAPHIE
ALEXIA PIERRE, « Populations vulnérables en temps de conflit armé », In
[Link] consulté le 23 août 2023 à 14h00.
61
TABLE DES MATIERES
EPIGRAPHE................................................................................................................................i
Dédicace......................................................................................................................................ii
REMERCIEMENTS..................................................................................................................iii
ABREVIATIONS ET SIGLES..................................................................................................iv
INTRODUCTION......................................................................................................................1
I. Problématique......................................................................................................................1
II. Choix et intérêt de l'étude................................................................................................3
III. Méthodes et techniques de recherche..............................................................................4
A. Méthodes................................................................................................................................4
B. Techniques de recherche.........................................................................................................5
IV. Délimitation de l'étude.....................................................................................................5
V. Plan sommaire..................................................................................................................6
CHAPITRE I. GÉNÉRALITÉS SUR LES PERSONNES VULNÉRABLES...........................7
Section 1. Notion des personnes vulnérables en droit international...........................................7
§ 1. La définition de la personne vulnérable...............................................................................8
A. Vulnérabilité de la personne et personne vulnérable..............................................................8
1. De la vulnérabilité ontologique à la vulnérabilité particulière..............................................9
2. Du concept de vulnérabilité de la personne à la notion de personne vulnérable................10
B. Les composantes de la notion de personne vulnérable.........................................................11
A. La personne saisie par le droit international.........................................................................12
B. La vulnérabilité saisie par le droit international...................................................................14
1. La genèse de la référence à la vulnérabilité en droit international......................................14
Section 2. Des origines extrinsèques de vulnérabilité...............................................................16
§ 1. La vulnérabilité due à une situation sociale......................................................................16
A. La reconnaissance classique de la vulnérabilité liée à une situation de conflit armé...........17
B. La reconnaissance progressive de la vulnérabilité liée à une situation politique.................19
62
1. L’identification conventionnelle du réfugié politique...........................................................19
2. La reconnaissance jurisprudentielle d’autres situations de vulnérabilité politique.............21
§2. Catégorie des personnes vulnérables..................................................................................21
A. Les femmes et les enfants dans le conflit armé....................................................................21
1. Le viol et l’exploitation sexuelle des femmes en temps de guerre.........................................22
2. L’utilisation des enfants dans les forces armées...................................................................24
B. Dans le cadre de la République démocratique du Congo.....................................................25
CHAPITRE II. LA PROTECTION DES PERSONNES VULNÉRABLES EN DROIT
INTERNATIONAL...................................................................................................................27
Section 1. Les sources du droit international humanitaire........................................................27
§.1. Les conventions de Genève et leurs protocoles additionnels.............................................28
§2. Les principes cardinaux du droit international humanitaire................................................28
Section 2. La protection des personnes vulnérables en temps de conflit armé en international
humanitaire...............................................................................................................................33
§1. La protection de l'enfant en temps de conflit armé.............................................................33
Section 1. Présentation du conflit armé à l’Est de la République Démocratique du Congo.....38
§1. Génèse de l'insécurtité.........................................................................................................38
I. Conflit armé de 1998 à 2003.............................................................................................41
II. Apparition du M23 à l’Est de la RDC...........................................................................43
I. Respect des normes de guerre dans le conflit armé à l’Est de la RDC..............................45
II. Respect des droits de l’homme dans le conflit armé à l’Est de la RDC........................47
Section 2. Protection accordée aux personnes vulnérables dans le conflit armé en droit
congolais...................................................................................................................................48
§1. Statut de victime de conflit armé........................................................................................48
I. Définition de la victime.....................................................................................................50
II. Catégories des victimes de conflit armé........................................................................51
§.2. Regard prospectif sur la protection des victimes des conflits armés en RDC...................54
CONCLUSION.........................................................................................................................57
63
BIBLIOGRAPHIE....................................................................................................................59