0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
4 vues27 pages

Droit de la concurrence en Suisse et UE

Le droit de la concurrence vise à protéger le bien-être des consommateurs, promouvoir l'efficience économique et garantir la liberté de concurrence, tout en s'adaptant aux évolutions du cadre juridique. En Suisse, bien qu'il n'existe pas d'accords bilatéraux sur le droit de la concurrence avec l'UE, il y a une convergence significative entre les deux systèmes, notamment dans les règles et l'application. La loi sur les cartels en Suisse s'applique à toutes les entreprises et couvre divers aspects, tels que les accords restrictifs, l'abus de position dominante et le contrôle des concentrations.

Transféré par

linaamrii1999
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
4 vues27 pages

Droit de la concurrence en Suisse et UE

Le droit de la concurrence vise à protéger le bien-être des consommateurs, promouvoir l'efficience économique et garantir la liberté de concurrence, tout en s'adaptant aux évolutions du cadre juridique. En Suisse, bien qu'il n'existe pas d'accords bilatéraux sur le droit de la concurrence avec l'UE, il y a une convergence significative entre les deux systèmes, notamment dans les règles et l'application. La loi sur les cartels en Suisse s'applique à toutes les entreprises et couvre divers aspects, tels que les accords restrictifs, l'abus de position dominante et le contrôle des concentrations.

Transféré par

linaamrii1999
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

A. Buts du droit de la concurrence B. Sources CH .

C Relation avec le droit de l’UE

Le droit de la concurrence ne poursuit pas 1 les fondements constit : Le droit de la concurrence dans l'Union
un objectif unique et immuable ; ses européenne (UE) se divise en deux niveaux :
a. La liberté économique
fonctions ont évolué au fil du temps, le droit de l'UE stricto sensu et les droits des
souvent sans modification formelle du Cette liberté, contenue dans la Constitution, est garantie à la États membres (EM) en matière de
cadre juridique. On peut identifier concurrence. En ce qui concerne la Suisse, il
fois comme droit fondamental et comme principe de l’ordre
plusieurs finalités principales : n'existe pas d'accords bilatéraux en matière
économique. Elle remplit trois fonctions : de droit de la concurrence, à l'exception de
1. Protection du bien-être des deux domaines :
consommateurs  Individuelle : peuvent s’en prévaloir des individus entravés
L’objectif principal est d’évaluer par l’état dans leurs activités économiques ;  Transport aérien : Un accord bilatéral
l’impact des pratiques qui harmonise le droit de la
commerciales sur les  Fédérative : la liberté économique cherche à concurrence. Dans ce cadre, la
consommateurs. Un abaisser/supprimer les barrières économiques entre les Commission européenne est
comportement ayant des effets compétente pour le contrôle des
négatifs sera généralement interdit cantons, pour créer un espace économique unique ; concentrations.
ou limité, tandis qu’un impact  Institutionnelle : la liberté économique est le symbole du  Accord sur les marchés : Ce domaine
neutre ou positif sera toléré. est également couvert par un accord
Exemple : Certains accords entre rejet de l’économie planifiée. On privilégie un régime bilatéral, mais pour le reste, le droit
entreprises favorisent l’innovation d’économie de marché, dans lequel la concurrence est suisse de la concurrence s'applique.
et bénéficient ainsi aux
consommateurs. garantie, même si pas de manière absolue. Malgré l'absence d'accords bilatéraux sur le
2. Promotion de l’efficience droit de la concurrence en général, il existe
économique une forte convergence entre le droit suisse et
Les économistes critiquent Implications de la concurrence : le droit européen, principalement sous trois
l’approche centrée uniquement sur E l’égalité de traitement entre concurrents économiques. aspects :
les consommateurs, arguant
C’est un impact direct, qui nécessite la présence d’un 1. Les règles de droit elles-mêmes :
qu’elle néglige d’autres parties
prenantes (employés, actionnaires, rapport direct de concurrence : les entreprises concernées o Les trois piliers du droit de la
créanciers, etc.). Ils privilégient une concurrence suisse ont été
doivent être actives dans la même branche économique et
analyse globale de l’efficience largement inspirés du droit
économique. s’adresser à la même clientèle, en présentant une offre européen.
Dans la pratique, les deux objectifs o En droit européen, le premier
identique en vue de satisfaire les mêmes besoins.
(bien-être des consommateurs et pilier repose sur une
efficience globale) convergent C’est une approche très restrictive que la doctrine critique, interdiction claire (principe
souvent. Toutefois, lorsqu’ils d’interdiction), tandis qu’en
lui préférant le critère habituel de substituabilité, qui se
divergent, les autorités privilégient droit suisse, il existe des
généralement la protection des contente de vérifier si deux biens/services sont substituables présomptions d’illicéité, bien
consommateurs, car plus que les pratiques ne diffèrent
aux yeux des consommateurs ( si on augmente le prix de
facilement mesurable. pas énormément en pratique.
Exemple : Une fusion d’entreprises l’un, les consommateurs se reporteront sur l’autre). o Le contrôle des concentrations
entraînant une légère hausse des (troisième pilier) est plus strict
 Exemple : Sprite et Seven Up sont considérés comme
prix peut bénéficier aux en UE qu’en Suisse, où l'examen
actionnaires et aux créanciers, concurrents parce que si le prix de l’un augmente, les est plus souple.
soulevant la question de 2. Les communications :
consommateurs peuvent facilement choisir l’autre.
l’arbitrage entre ces intérêts. o Les autorités adoptent souvent
des communications (lignes
 Construction d’un marché intégré (UE, directrices) qui orientent
Suisse) Neutralité de l’Etat
l’interprétation des normes
Un objectif essentiel du droit de la L’État ne doit pas avantager une entreprise au détriment des applicables. Ces
concurrence est de supprimer les communications ne sont pas des
barrières commerciales entre États autres. Mais peut-il lui-même être un acteur économique ?
lois ou des ordonnances, mais
membres (Union européenne) ou entre plutôt des soft law, servant à
cantons (Suisse), favorisant ainsi guider l'application des règles
1) Oui, si le marché ne fonctionne pas bien (défaillance du
l’ouverture du marché. de la concurrence.
marché) 3. L’application concrète du droit :
Si le marché privé ne répond pas à un besoin essentiel des o Lors de l’application concrète
 Garantie de la liberté de concurrence des lois, il est courant que les
Il s’agit d’empêcher toute entrave consommateurs, l’État peut intervenir pour fournir ce
autorités suisses se réfèrent aux
anticoncurrentielle, comme les cartels. service. solutions retenues par l'UE, en
Toutefois, cela peut conduire à protéger particulier pour délimiter le
des acteurs inefficients plutôt que la Exemple : Si aucune entreprise privée ne propose un service
marché pertinent ou résoudre
concurrence elle-même, soulevant la d’assurance contre les catastrophes naturelles, l’État peut le des problèmes d’interprétation.
question de savoir si l’on protège un
marché dynamique ou simplement ses créer. 1. Application conjointe du droit européen et
participants. 2) Oui, même si le marché fonctionne déjà, mais sous suisse

 Encadrement des pratiques certaines conditions Dans certaines situations, une enquête peut
commerciales déloyales L’État peut proposer des services en concurrence avec des être ouverte simultanément en Suisse et dans
Bien que le droit de la concurrence en lui- l'UE concernant le même fait (par exemple,
même ne se concentre pas sur la loyauté entreprises privées, mais sans fausser la concurrence. un cartel européen ayant des effets en
des pratiques, il existe dans certains Exemple : ATF 138 I 378 Suisse). Dans ce cas, la coopération entre les
cadres (notamment en Europe) des autorités suisses et européennes devient
législations contre la concurrence Une entreprise publique suisse avait le monopole de essentielle, notamment en matière de
déloyale. l’assurance incendie des bâtiments. procédure. En absence de coordination, les
actions comme les perquisitions ou l'échange
 Maintien du bon fonctionnement du Elle proposait aussi d’autres types d’assurances en d'informations confidentielles peuvent poser
marché concurrence avec des entreprises privées. des problèmes.
La définition d’un « bon fonctionnement
» du marché est sujette à débat. On peut Le Tribunal fédéral a jugé cela légal, mais sous deux  Cette coopération peut se faire avec
considérer que cet objectif se confond conditions strictes : l'accord des entreprises concernées,
avec la maximisation du bien-être des bien que ces dernières donnent
consommateurs, faisant de lui un moyen Pas de subventionnement croisé souvent leur consentement
plutôt qu’une finalité propre. L’entreprise publique ne peut pas utiliser les bénéfices de uniquement pour des questions
son monopole pour financer ses services concurrents.
relevant du troisième pilier (contrôle
Pourquoi ? Sinon, elle pourrait baisser artificiellement ses des concentrations), afin de pouvoir
prix et écraser la concurrence privée. poursuivre une fusion envisagée.
 Pour les autres piliers du droit de la
Respect du droit de la concurrence concurrence, des règles spéciales sont
L’entreprise publique ne doit pas abuser de sa position mises en place, notamment en matière
de transport aérien et de contrôle des
dominante. concentrations.
Elle doit respecter les mêmes règles que les entreprises
privées (ex. : pas d’ententes anticoncurrentielles).

Mise en œuvre et limites de la liberté économique

 La liberté économique est garantie par des lois


fédérales, comme la loi sur les cartels (référencée
dans l’art. 27 Cst.).
 Elle n’est pas absolue : toute restriction doit reposer
sur une base légale et poursuivre un intérêt public
légitime, sans entraver la libre concurrence.

Dérogations possibles

Des dérogations, plus lourdes que de simples restrictions,


permettent de suspendre temporairement la libre
concurrence. Elles nécessitent une base constitutionnelle
(ex : art. 100ss pour l’agriculture).
Cas spécifiques aux cantons :

1. Monopoles cantonaux (ex : assurance incendie,


distribution d’eau).
2. Clauses du besoin : le canton limite le nombre
d’acteurs économiques dans certains secteurs,
notamment la santé (ex : limitation du nombre
d’hôpitaux).

b) Art. 96 Cst : Lutte contre les abus de concurrence

L’État intervient pour limiter certaines pratiques


anticoncurrentielles, notamment :

 Les cartels et autres restrictions de concurrence (loi


sur les cartels).
 Les prix abusifs imposés par des entreprises
dominantes (loi sur la surveillance des prix).
 La concurrence déloyale (LCD).

Cela signifie que les entreprises ne sont pas totalement


libres d’agir : si elles abusent de leur position, l’État peut
intervenir.

c) Art. 97 Cst : Protection des consommateurs

 La protection des consommateurs est partielle en


Suisse, car le droit de la consommation est dispersé.
 Problème actuel : un consommateur victime d’un
abus de position dominante ne peut pas agir en
justice directement, faute de mécanismes d’actions
collectives efficaces.

Exemple : Swatch et la rupture de livraison

Si une entreprise dominante comme Swatch décide de ne


plus livrer un client, elle invoque sa liberté contractuelle
(décider avec qui elle veut faire affaire).

 Le droit de la concurrence (art. 7 de la loi sur les


cartels) peut l’obliger à continuer à livrer sous
certaines conditions.

Tension entre deux visions de la Liberté Économique

 Du point de vue de Swatch → C'est une limitation de


sa liberté économique. Elle est forcée de continuer à
fournir un client contre sa volonté.
 Du point de vue du client → C'est une protection de
sa liberté économique. Il peut continuer son activité
sans être bloqué par une entreprise dominante.

2) la mise en œuvre législative


a. loi sur le marche intérieur LMI
Objectif principal de la LMI

 Basée sur l’art. 95 Cst, elle vise à garantir un marché


unique inter-cantonal en Suisse.
 Elle empêche les restrictions cantonales injustifiées à
l’exercice d’une activité économique.
 Toute entreprise ayant son siège en Suisse doit avoir
un accès libre et non discriminatoire au marché sur
tout le territoire suisse.

Le principe du "lieu de provenance"

C'est un concept clé qui empêche un réexamen de l’activité


économique au lieu de destination.
Si une activité est licite dans le canton d’origine, elle doit
être acceptée ailleurs en Suisse (sauf exceptions strictes).
Il repose sur deux composantes :

 Prestation : Une entreprise garde son établissement


dans son canton d’origine mais offre des services
partout.
 Établissement : Une entreprise change de canton
pour y exercer son activité.

Exemple :

Une entreprise de Soleure vend des médicaments en ligne


car la loi soleuroise l’autorise. Elle veut étendre ses ventes
au canton de Vaud, mais les autorités vaudoises refusent car
leur loi interdit la vente par correspondance de
médicaments.

 Le Tribunal fédéral (TF) a donné raison à l’entreprise


en estimant que Vaud ne pouvait pas empêcher cette
activité sans un motif d’intérêt public suffisant.

🔹 Problème supplémentaire : Quid d’une entreprise


vaudoise qui voudrait vendre en ligne mais ne peut pas à
cause de la loi vaudoise ? Elle pourrait invoquer le principe
d’égalité de traitement et contester la loi cantonale.
➡ Conséquence : La LMI peut harmoniser les règles
cantonales en éliminant certaines différences.

3) Autres mesures favorisant l’accès au marché

 Reconnaissance des certificats cantonaux : Un


professionnel ayant un certificat dans un canton doit
être reconnu ailleurs.
 Expérience professionnelle équivalente : Si une
profession ne nécessite pas de certificat dans un
canton A, un travailleur exerçant dans ce canton peut
obtenir une reconnaissance pour travailler dans un
canton B qui l’exige.
 Appels d’offres non discriminatoires :
o Un canton ou une commune ne peut pas
favoriser une entreprise locale.
o Tous les concurrents suisses doivent avoir la
possibilité de soumissionner.
o Cela concerne aussi le secteur public.

La LMI est mise en œuvre par des recommandations de la


ComCo, qui ne sont pas obligatoires. Les particuliers (comme
les concurrents évincés) et la ComCo peuvent faire un
recours si une décision cantonale ne respecte pas la loi. Il y a
deux différences :
le recours des particuliers protège leurs intérêts
personnels, tandis que celui de la ComCo vise à appliquer
correctement la loi ;
le particulier peut annuler une décision, alors que la ComCo
ne peut que constater une violation. Ces recours peuvent
être faits en même temps.

B . loi sur les Cartels LCart

La Loi sur les cartels (LCart) a un champ d’application très


large :

 Personnel : Elle s'applique à toutes les entreprises,


qu'elles soient privées ou publiques, peu importe leur
forme juridique (y compris celles sans personnalité
juridique). Elle a une définition autonome de l' «
entreprise », couvrant aussi bien les individus que les
entités publiques.
 Territorial : La loi s’applique selon la théorie des
effets. Même si un comportement anticoncurrentiel
se produit à l’étranger, il peut être jugé si ce
comportement a des effets en Suisse. Par exemple,
des restrictions de vente entre garages en Allemagne
affectant les consommateurs suisses peuvent être
traitées sous le droit suisse.
 Matériel : La loi définit certaines notions de manière
autonome, comme l'« entente/accord », plus large
que le simple contrat. Toutefois, si un secteur est
réglementé par une législation spécifique (comme les
tarifs médicaux), cette réglementation prévaut sur le
droit de la concurrence. La loi sur les cartels ne
s’applique pas aux effets découlant exclusivement de
la législation sur la propriété intellectuelle.

Les trois piliers principaux de la LCart sont :

1. Les accords restrictifs de concurrence : Tout accord


entre au moins deux entreprises qui vise à restreindre
la concurrence, même si la restriction est potentielle
et non effective.
2. L’abus de position dominante : Lorsqu’une ou
plusieurs entreprises, en position dominante,
adoptent des comportements anticoncurrentiels.
Avoir une position dominante n’est pas illégal, mais
l'abus l’est.
3. Le contrôle des concentrations et des fusions : Les
autorités de la concurrence peuvent interdire de
manière préventive des fusions ou concentrations si
elles risquent de causer de graves distorsions de la
concurrence.

Le contrôle des aides d'État, qui existe dans l'UE, n’a pas
d’équivalent général en Suisse, bien qu'il existe dans certains
secteurs spécifiques, comme l'aviation.

C . Loi sur la surveillance des prix LSPr :

 Objectif : Cette loi met en place un surveillant des prix, chargé


d'empêcher les augmentations abusives des prix.

 Champ d’application matériel : La loi concerne la surveillance


des prix des marchandises, services, et crédits (à l'exception de
ceux de la BNS). Elle ne concerne pas les salaires, qui sont réglés
par des négociations collectives.

 Champ d’application personnel : Elle vise les comportements


unilatéraux des entreprises, qu’elles soient privées ou publiques,
qui participent à un accord en matière de concurrence ou qui
détiennent une position de puissance sur le marché (mais pas
nécessairement une position dominante, comme dans le cas
d'une entreprise ayant 50 % du marché).

 Méthodes de détermination des prix abusifs :

 Méthode des coûts : On compare le coût unitaire de


production d’un bien avec son prix sur le marché. Si une
différence évidente est constatée, on parle d’abus.
 Méthode de comparaison : On compare le prix d’un bien
avec celui d’un bien similaire sur le marché.

 Limite : Si le prix est fixé ou approuvé par une institution, le


surveillant des prix ne peut que donner un avis. Il ne peut ni
interdire l’augmentation du prix ni ordonner une baisse.
D .Loi sur les entraves techniques au commerce (LETC) :

 Objectif : Faciliter l’accès au marché suisse en


éliminant les obstacles techniques au commerce,
comme les divergences législatives entre les pays,
pour favoriser les échanges internationaux de biens
et de services.
 Principe Cassis de Dijon : Ce principe stipule qu’un
bien produit légalement dans l'Union européenne
(UE) doit pouvoir être importé en Suisse. C’est le
principe du "lieu de provenance" qui s'applique à
l'échelle internationale.
 Risques et solutions : Bien que ce principe soit
unilatéralement appliqué par la Suisse, il existe un
risque de discrimination à rebours, car les
producteurs suisses doivent se conformer aux normes
européennes pour pouvoir exporter. Pour éviter cela,
la Suisse permet aussi la production selon les normes
d'un État membre (EM) de l'UE.

.E. Loi contre la concurrence déloyale (LCD) :

 Objectif : Prévenir les comportements trompeurs ou


contraires aux règles de la bonne foi, si ces
comportements ont un impact sur la concurrence.
 Protection étendue : Cette loi protège non seulement
les entreprises contre la concurrence déloyale entre
elles, mais aussi les consommateurs. Par exemple,
elle peut s'appliquer même si une association lutte
contre l’utilisation de la fourrure dans les vêtements,
impliquant des entreprises et des organisations.
 Nature hybride : La LCD est considérée comme la loi
la plus proche du droit de la consommation,
combinant des éléments de la concurrence et de la
protection des consommateurs.

Introduction au droit de la concurrence européen


Les fondements du droit de la conc II. Développement historique et sources Aspects internationaux
Le droit de la concurrence vise à maintenir un marché libre A. Droit américain A. Applicabilité internationale du
et compétitif, en veillant à ce que les entreprises respectent droit européen de la concurrence
les règles du jeu pour garantir l'efficacité du marché. Cela Le droit de la concurrence a ses origines
aux États-Unis avec l'adoption du Le droit européen de la concurrence
permet de favoriser l'entrepreneuriat et de bénéficier aux ne spécifie pas explicitement son
consommateurs. Bien que la concurrence ne soit pas un Sherman Act en 1890. Cette législation
champ d'application géographique,
objectif en soi, elle constitue un moyen essentiel pour a été la première à proposer une loi mais la Commission européenne a
optimiser la production et améliorer les conditions pour contrer les pratiques des développé la « théorie des effets ».
économiques. entreprises dominantes, connues sous Selon cette théorie, les règles de
le terme "anti-trust", inspiré de l'idée concurrence européennes
En droit européen, les règles relatives à la concurrence sont de combattre les monopoles. Le but s'appliquent aux entreprises
principalement ancrées dans les traités de l'Union était de protéger la démocratie contre étrangères (y compris celles basées à
l’étranger) lorsque leurs
européenne (UE), qui constituent le droit primaire, le pouvoir excessif des grandes
comportements ont des effets,
notamment dans les articles 101 à 106 du TFUE. Les lois et entreprises, comparé à celui de la directs ou indirects, sur le marché
règlements qui en découlent forment le droit secondaire. royauté. européen.
L’objectif global de l'UE est de faciliter la libre circulation
des personnes, des services et des capitaux. L'ajout du droit Le Sherman Act est toujours en vigueur Par exemple, les entreprises
et est composé de deux sections clés : américaines qui mènent des activités
de la concurrence permet d'éviter que des pratiques
ayant un impact sur le marché
anticoncurrentielles, telles que des accords de répartition
1. Section I : Elle interdit les accords européen sont soumises aux règles
territoriale, nuisent à l'intégration du marché unique de la concurrence européennes. Ce
qui restreignent la concurrence.
européen. principe d'extraterritorialité peut
Les sanctions pour violations
soulever des problèmes, tels que des
En droit suisse, le droit de la concurrence est régulé peuvent inclure des amendes ou
conflits de compétence où plusieurs
principalement par la législation, bien que la constitution même des peines de prison pour juridictions pourraient réclamer leur
les dirigeants des entreprises
contienne également quelques principes en matière de concernées. Ce type de sanction, droit d'intervenir sur un même
concurrence. plus sévère, n'existe pas en droit comportement concurrentiel. Cela
européen. peut mener à des décisions
A. Les trois volets du droit de la concurrence contradictoires, créant ainsi la
2. Section II : Elle cible les tentatives
nécessité d'une coopération
de monopoliser un marché. Des internationale renforcée.
La structure du droit de la concurrence de l'UE est similaire
sanctions similaires à celles de la
à celle de la Suisse, avec trois principaux piliers :
Section I s'appliquent. Pour cette raison, une collaboration
1. Les accords restrictifs de concurrence (art. 101 TFUE) bilatérale existe entre différentes
Les lois sont appliquées par la Antitrust autorités nationales et
:
Division du Ministère de la Justice et la internationales de la concurrence.
o Il s'agit des accords entre entreprises visant à
Federal Trade Commission. Cependant, ces accords ne se
restreindre la concurrence, comme une concentrent pas sur les compétences
entente pour fixer les prix ou limiter l'offre sur B. Droit européen juridiques elles-mêmes, mais
un marché (ex. : des compagnies pétrolières se cherchent plutôt à respecter les
mettent d’accord pour augmenter les prix de 5 Le droit de la concurrence européen est intérêts légitimes des parties
concernées dans une optique de
%). plus interventionniste que le droit
courtoisie internationale.
o Ces accords sont interdits, car ils faussent la américain, mettant l'accent sur la
libre concurrence. protection de la structure des marchés. Depuis 2001, il existe le Réseau
2. L’abus de position dominante (art. 102 TFUE) : Il vise aussi à garantir l'intégration du International de la Concurrence
o Une entreprise qui détient une position marché européen et à soutenir les (RIC), un réseau informel d’autorités
dominante sur un marché ne peut pas en principes de libre circulation des biens de la concurrence mondiales. Ce
réseau a pour objectif de renforcer la
abuser pour nuire à la concurrence. Cela inclut et services.
convergence des politiques
des comportements unilatéraux tels qu'une nationales de concurrence et de
entreprise pharmaceutique imposant des prix
excessivement élevés pour un médicament Les principales étapes historiques du fournir des recommandations
droit de la concurrence européen pratiques pour faciliter la
unique.
incluent : coopération et éviter les conflits.
o Ce pilier concerne principalement les
entreprises dominantes, et l'abus est B. Rapports entre droit européen et
1. Traité de la CECA (1951) : Le droit
sanctionné même sans coordination avec national de la concurrence
de la concurrence est apparu
d'autres entreprises.
avec la CECA, qui visait à Le droit européen de la concurrence
3. Le contrôle des concentrations (art. 2 Règlement
empêcher une nouvelle guerre en coexiste avec les législations
contrôle des concentrations) : nationales de la concurrence,
rendant le charbon et l'acier
o Ce pilier se trouve dans le droit secondaire, lesquelles existent dans chaque État
moins accessibles aux Allemands.
dans un règlement spécifique. Il a été introduit membre (EM). Par exemple, en
Dès le début, des règles de
au fil du temps, car au départ, l'idée de France, le droit de la concurrence est
concurrence étaient intégrées intégré dans le Code de commerce,
contrôler les fusions et concentrations entre
dans ce traité. tandis que dans d'autres pays, il
entreprises n’était pas présente lors de la
2. Articles 81/82 du Traité CE (qui existe des lois nationales spécifiques,
création de la CE. mais généralement similaires aux
sont aujourd’hui devenus les
o Les entreprises doivent respecter des limites à principes européens.
articles 101/102 du TFUE) : Ces
leur liberté de fusionner, pour éviter la
règles ont été centrées sur Le droit européen de la concurrence
formation de positions dominantes ou de
l'intégration du marché en évitant s'applique uniquement lorsque le
monopoles qui nuiraient à la concurrence.
que les entreprises n'imposent comportement concerné affecte de
Qui applique le droit européen de la concurrence et ses des barrières privées (comme des manière directe ou indirecte le
cartels) qui viendraient remplacer commerce entre les États membres
trois piliers ?
les barrières étatiques de l'Union européenne. Cela signifie
qu'il doit y avoir un élément
supprimées.
1. Droit administratif : 3. Règlement de 1962 sur les transfrontalier (c’est-à-dire un
o La Commission européenne (composée des impact sur plusieurs États membres).
ententes : L'UE a adopté son
représentants des 28 États membres) applique premier règlement sur la Dans les cas où le commerce entre les
principalement le droit de la concurrence. Elle concurrence, introduisant un États membres est affecté, les deux
est contrôlée par le Tribunal de première système de notification et systèmes, européen et national, sont
instance à Luxembourg, qui statue sur les faits d'autorisation centralisée des simultanément applicables.
et le droit, et par la Cour de justice de l’Union accords restrictifs. Cela signifiait Toutefois, il existe une exception
européenne (CJUE), qui tranche uniquement pour le contrôle des concentrations
que seule la Commission
les questions de droit. (fusions et acquisitions), qui est
européenne pouvait autoriser des uniquement régi par le droit
o Les autorités nationales de concurrence :
ententes restreignant la européen (conformément à l'article
Chaque État membre dispose de son autorité concurrence. 21 du règlement sur les
compétente en matière de concurrence, 4. Règlement 1/2003 (entré en concentrations).
comme l'Autorité de la concurrence en France vigueur en 2004) : Ce règlement a
ou l'AGCM (Autorità Garante della Concorrenza Si, à la fois, le droit européen et le
remplacé le précédent système droit national aboutissent au même
e del Mercato) en Italie. Ces autorités par un système plus décentralisé, résultat, il n’y a pas de problème.
appliquent le droit de la concurrence au niveau permettant aux entreprises Cependant, en cas de conflits entre
national, sous le contrôle des tribunaux d'évaluer elles-mêmes si leurs les deux, le principe de primauté du
nationaux. accords sont conformes à la droit européen s'applique, ce qui
2. Droit privé : réglementation européenne. Cela signifie que les règles européennes
o Les tribunaux nationaux peuvent également doivent primer sur les règles
a également permis à toutes les
être saisis par des demandes individuelles en nationales en cas de contradiction.
autorités nationales de mettre en
vertu du droit européen de la concurrence. œuvre cette réglementation. En résumé, le droit européen de la
Cela s'applique même aux tribunaux des États 5. Règlements d’exemption par
non membres de l’UE, comme la Suisse. catégorie : Ces règlements concurrence a une portée
internationale grâce à la théorie des
o Par exemple, les tribunaux suisses peuvent être précisent les conditions sous
effets, et coexiste avec les législations
compétents pour appliquer le droit européen lesquelles certains types nationales tout en garantissant que,
de la concurrence dans un litige de droit privé, d'accords peuvent bénéficier dans le cas de conflits, le droit
en vertu de l'article 137.1 LDIP (Loi fédérale sur d'une exemption à l'interdiction européen prime.
le droit international privé). Le critère utilisé est générale des ententes. Si un
l'effet direct du cartel ou de la pratique accord répond aux critères, il est
anticoncurrentielle dans le pays concerné : si automatiquement valide, sans
l’effet se produit en Suisse, le droit suisse est nécessité de notification
appliqué ; s'il se produit en France, c’est le préalable.
droit européen de la concurrence qui 6. Règlement sur les concentrations
s’applique. : Il régule les fusions et
acquisitions pour éviter qu'elles
B. Notions fondamentales d’économie ne créent une position dominante
sur le marché.
Le droit de la concurrence s'intègre dans la politique
économique, qui repose sur plusieurs idées fondamentales, Application au-delà de l'UE
souvent inspirées par l'histoire de la pensée économique.
Cette histoire a donné lieu à diverses écoles de pensée, Le droit européen de la concurrence
chacune ayant ses propres recommandations et visions sur s'applique également dans le cadre de
l'économie et la concurrence. l'Espace économique européen (EEE).
Cet accord entre les États membres de
1. Histoire de la pensée économique l'UE et certains membres de l'AELE
(Islande, Liechtenstein, Norvège) vise à
 Mercantilisme : Le mercantilisme met l'accent sur la créer un espace économique
richesse et le pouvoir de l'État. Le but principal est dynamique et homogène. Le droit de la
l'augmentation de l'excédent de la balance concurrence européen est donc aussi
commerciale, par un afflux net de métaux précieux, applicable dans ces pays, à condition
et par des mesures protectionnistes telles que les que le commerce entre ces pays et les
tarifs d'importation. Cela s'apparente à une économie États membres de l'UE soit affecté.
planifiée où l'État joue un rôle central dans la
régulation économique. En résumé, le droit de la concurrence
 Pensée économique "classique" et "néoclassique" aux États-Unis se concentre sur la
(Adam Smith → ≈ 1700) : répression des pratiques
o Adam Smith est considéré comme anticoncurrentielles avec des sanctions
l'économiste le plus influent de son époque. Il sévères, tandis qu’en Europe, il a évolué
soutenait la liberté individuelle et la notion de pour inclure des règles de contrôle des
"main invisible" : l'égoïsme des individus, structures de marché et favoriser une
modéré par un sentiment de sympathie, intégration économique régionale.
conduirait à un bien-être collectif optimal, à
condition que le marché fonctionne librement.
L'intervention de l'État doit être limitée aux
fonctions publiques essentielles (police, armée,
justice, infrastructures).
o École néoclassique : Elle a succédé à l’école
classique avec des économistes comme Alfred
Marshall et est influencée par la théorie
marginaliste. L'idée principale est la
concurrence parfaite, caractérisée par une
multitude d'acteurs, une parfaite transparence
des prix et des produits, une flexibilité dans la
production et l'absence de barrières à l'entrée.
 Socialisme – Marxisme (≈ 1800) : Karl Marx critique
le capitalisme, en soulignant les injustices subies par
les ouvriers, qui sont exploités par les capitalistes. La
séparation entre les propriétaires et les travailleurs,
selon lui, conduit à l'exploitation de la plus-value (la
différence entre la valeur produite par les travailleurs
et leur salaire). Cependant, plusieurs arguments ont
remis en cause cette analyse :
o Bien que les salaires réels aient augmenté
lentement, cela a montré que même dans les
phases critiques du capitalisme, le système
pouvait être bénéfique à certains égards.
o Le socialisme basé sur une planification
centrale a échoué, notamment parce qu'il
manquait des incitations nécessaires à
l'amélioration de la production et des
informations cruciales que seuls les
mécanismes de marché peuvent fournir.
 Ordolibéralisme de l’École de Fribourg :
L'ordolibéralisme se situe entre un libéralisme
"sauvage" et une économie planifiée. Il stipule que
l'État doit définir les règles du jeu économiques sans
intervenir directement dans les affaires économiques.
Selon cette perspective, l'État doit mettre en place un
cadre juridique et institutionnel permettant à la
concurrence de se déployer librement.
 Harvard School vs Chicago School :
o Harvard School : Ce paradigme "Structure –
Conduct – Performance" suggère que la
structure du marché influence le
comportement des entreprises, qui à leur tour
affectent les performances du marché. L’École
de Harvard préconise une intervention active
de l'État pour maintenir un nombre suffisant
d'acteurs sur chaque marché.
o Chicago School : Selon cette école, la
"l'efficience" est le but principal du droit de la
concurrence. Elle prône une approche plus
libérale, moins interventionniste, où le
processus concurrentiel est vu comme le
meilleur moyen d’atteindre cette efficacité, et
où les accords verticaux et les concentrations
sont largement permis.

2. Les fonctions de la concurrence

La concurrence a plusieurs fonctions économiques


essentielles :

1. Distribution des revenus : La concurrence incite les


acteurs économiques à optimiser leurs prestations, ce
qui permet une répartition des revenus
proportionnelle aux efforts fournis.
2. Souveraineté des consommateurs : Dans une
économie de marché, ce sont les consommateurs qui
choisissent les biens qui sont produits, via leurs
décisions d’achat influencées par la loi de l’offre et de
la demande.
3. Allocation optimale des ressources : La concurrence
assure que les ressources sont utilisées de manière
optimale pour produire la plus grande valeur ajoutée
possible. Ce processus est qualifié de fonction
"statique" (fixe dans le temps).

Les autres fonctions sont qualifiées de "dynamiques", car


elles prennent en compte l’évolution du marché : 4.
Flexibilité d'adaptation : Les entreprises ajustent leur
production en réponse aux variations de la demande et des
pénuries sur le marché. 5. Progrès technique : L'innovation
et le développement de nouveaux produits sont encouragés
dans un environnement concurrentiel, ce qui permet une
amélioration continue.

En Europe, certains théoriciens ajoutent des fonctions


politiques à la concurrence, telles que la limitation du
pouvoir économique des grandes entreprises, ce qui évite la
formation de monopoles et préserve l’équilibre des
pouvoirs dans l’économie.

3. Notions économiques de base

 Concurrence : Il s'agit d'une situation où plusieurs


vendeurs d’un produit ou service, opérant
indépendamment, cherchent à attirer les
consommateurs pour atteindre un objectif
commercial, comme un certain niveau de bénéfices,
de volumes de ventes ou de parts de marché. La
concurrence peut porter sur plusieurs aspects,
comme les prix, la qualité, les services, et d’autres
critères qui influencent le choix des consommateurs.
 Concurrence intermarques et intramarques :
o Intermarques : Concurrence entre plusieurs
marques différentes (ex. : Pepsi vs Coca-Cola).
o Intramarques : Concurrence parmi les
distributeurs d’une même marque (ex. :
différents revendeurs de Pepsi).

Selon l'École de Harvard, il faut protéger les deux


types de concurrence pour assurer la meilleure
protection des consommateurs. En revanche, l'École
de Chicago se concentre sur la concurrence
intermarque et est moins stricte sur la concurrence
intramarque si une concurrence suffisante existe sur
le marché global.

 Concurrent réel et potentiel :


o Concurrent réel : Une entreprise qui est déjà
active sur le même marché ou qui peut
facilement adapter sa production à court terme
pour répondre à des changements de prix.
o Concurrent potentiel : Une entreprise qui n'est
pas encore présente sur le marché mais qui
pourrait y entrer rapidement en raison de
coûts d’entrée faibles ou d'opportunités
rentables, suite à une augmentation des prix.
 Économie d’échelle et de gamme :
o Économie d'échelle : Réduction des coûts
unitaires de production en augmentant la
quantité produite.
o Économie de gamme : Réduction des coûts
grâce à l’élargissement de la gamme de
produits, utilisant les mêmes ressources ou
installations.
 Monopole, duopole, oligopole, polypôle :
o Monopole : Un marché où un seul vendeur
domine, ce qui lui donne un pouvoir de marché
important, souvent avec des prix plus élevés et
une production plus faible que dans une
situation concurrentielle.
o Duopole : Un marché avec deux acteurs
principaux.
o Oligopole : Un marché où quelques vendeurs
dominent, influençant les prix et la production,
et où leurs décisions sont interdépendantes.
o Polypôle : Un marché avec de nombreux
vendeurs, souvent considéré comme un
marché parfaitement concurrentiel.

Les notions de monopsone, duopsone, oligopsone, et


polypsone concernent le côté des acheteurs, où un seul
acheteur ou quelques acheteurs dominent, comme l'État
dans l'achat de produits militaires.

Vous aimerez peut-être aussi