Module 8 - Section 3 : Connaître
les facteurs de détérioration et
diagnostiquer les dégâts
Anne-Marie BRULEAUX
Andrea GIOVANNINI
14/10/2009 28/12/2024
Table des matières
Objectifs 4
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents 5
1.1. La température ...................................................................................................6
1.2. L'humidité ...........................................................................................................6
1.2.1. L'humidité absolue ..................................................................................................................7
1.2.2. L'humidité saturante ...............................................................................................................7
1.2.3. Qu'est-ce que l'humidité relative ? .........................................................................................7
1.2.4. Le point de rosée .....................................................................................................................8
1.2.5. L'utilisation du diagramme de Mollier .................................................................................10
1.2.6. L'influence de l'humidité relative sur la conservation ........................................................11
1.3. La lumière ..........................................................................................................13
1.3.1. Quelques notions de physique .............................................................................................13
1.3.2. Les diverses sources lumineuses ..........................................................................................19
1.3.3. L'influence de la lumière sur la conservation ......................................................................22
1.4. La pollution atmosphérique .............................................................................23
1.4.1. Les poussières .......................................................................................................................25
1.4.2. Les polluants atmosphériques .............................................................................................26
1.4.3. L'influence de l'air pollué sur la conservation .....................................................................31
1.5. Les facteurs biologiques ...................................................................................31
1.5.1. Les micro-organismes ...........................................................................................................31
1.5.2. Les insectes ............................................................................................................................37
1.5.3. Les rongeurs et autres animaux ...........................................................................................44
1.6. Les facteurs humains ........................................................................................45
1.6.1. Les dommages mécaniques .................................................................................................46
1.6.2. Les dommages chimiques .....................................................................................................50
1.6.3. Les dommages dus aux autocollants ...................................................................................51
1.6.4. Les dommages dus aux photocopies ...................................................................................53
1.6.5. Les dommages dus aux réparations «bricolées» et aux restaurations non conservatives .....54
1.6.6. Les dommages dus aux manipulations................................................................................ 56
1.6.7. Les dommages dus à l'utilisation ......................................................................................... 57
2. La détérioration des matériaux 59
2.1. Le papier ............................................................................................................59
2.1.1. Les facteurs endogènes .........................................................................................................59
2.1.2. Les facteurs internes.............................................................................................................60
2.1.3. Les facteurs externes .............................................................................................................61
2.2. Le parchemin ....................................................................................................65
2.2.1. Les altérations causées par la chaleur .................................................................................65
2.2.2. Les altérations causées par l'humidité et l'eau ....................................................................65
2.2.3. Les altérations biologiques ...................................................................................................66
2.2.4. Les encres métallo-galliques ................................................................................................66
2.2.5. La pollution atmosphérique .................................................................................................67
2
Table des matières
2.2.6. Les altérations mécaniques ..................................................................................................67
2.3. Autres matériaux ...............................................................................................67
3. Evaluer les conditions de conservation dans son service 70
1. Méthode d'évaluation des pratiques de conservation préventive dans un service
d'archives .....................................................................................................................70
4. Evaluation des connaissances 71
Les galeries associées à ce module 74
Ressources annexes 75
Mentions légales 76
3
Objectifs
Description du module:
La conservation des documents d'archives est l'une des missions fondamentales de l'archiviste. Cette
conservation doit tout d'abord être préventive, car mieux vaut prévenir que guérir, autrement dit
préserver les documents des détériorations plutôt que d'avoir à les restaurer. Il convient donc de mener
une politique de préservation, véritable stratégie qui prend en compte les considérations techniques
mises en œuvre par la conservation préventive, mais va au-delà en s'appuyant sur une collaboration
interdisciplinaire et un partage des responsabilités : concrètement elle se traduit par la mise en place de
programmes et d'outils d'évaluation.
Le but du module est de:
• aider à évaluer la situation en matière de conservation dans son service
• permettre de concevoir et de mettre en œuvre une politique de préservation
L'apprenant doit être en mesure de:
• comprendre ce qu'est la conservation préventive
• distinguer les différents types de supports et de matériaux
• identifier les facteurs de détérioration des documents et comprendre leur nocivité
• lutter contre les facteurs de détérioration
• programmer la restauration des documents
• prévoir les sinistres et réagir en cas d'urgence.
Positionnement:
Ce module s’inscrit naturellement dans la chaîne archivistique : après la collecte et le traitement
intellectuel des archives, il est essentiel de se préoccuper de leur conservation avant d’envisager leur
communication et leur valorisation auprès du public. Il se prolonge par deux modules sur le microfilmage
et la numérisation, dans la mesure où ces deux techniques permettent d’organiser au mieux l’articulation
entre la conservation des originaux et leur communication au public.
Conseils d'apprentissage:
Ce module est très dense. Nous conseillons de lire d’abord les pages principales, puis de revenir sur les
encarts si l’on veut davantage d’informations. De plus, il peut aussi être considéré comme une ressource
pour répondre ponctuellement à un problème de conservation dans un service d’archives : dans ce cas
les sections 3 et 4 pourront être particulièrement utiles pour établir un diagnostic et programmer les
actions de lutte et de prévention.
En plus des éléments bibliographiques ci-après, les autres références plus ciblées d'ouvrages ou de sites
web sont indiquées dans le cours.
4
1. Les grands facteurs communs de
détérioration des documents I
Introduction
Le vieillissement des matériaux dont sont faits les
documents est un phénomène
naturel
inévitable
irréversible
Toutefois, les conditions de stockage, de conservation
et d’utilisation des documents sont déterminantes pour
la durée de vie des documents et la rapidité de leur
vieillissement.
La détérioration des documents
Un journal oublié quelques heures au soleil prend déjà une coloration jaune.
Le même journal, conservé dans de bonnes conditions, ne s’altérera qu’au bout de quelques années
seulement.
Un certain nombre de facteurs externes participent donc à l’altération de tous les documents, quel que
soit leur support.
Les facteurs externes de l’altération des documents sont :
Les facteurs climatiques : température et humidité
La lumière
La pollution atmosphérique
Les facteurs biologiques
Les facteurs humains
Les catastrophes
Nous nous attacherons tout d’abord à décrire ces facteurs, avant de voir leur influence sur chaque type de
support.
5
1. Les grands facteurs communs de détérioration des
documents
1.1. La température
Les facteurs climatiques comprennent :
La température
L’humidité relative de l’air
L'humidité est un facteur essentiel de
détérioration des documents, mais son action
variant avec la température, on ne peut dissocier
ces deux facteurs.
La température joue un rôle important dans le
déclenchement et la vitesse des réactions chimiques :
La température plus elle est élevée, plus les réactions sont rapides.
Théoriquement, une température aussi basse que possible serait souhaitable pour la conservation
documents d'archives traditionnels. Dans la pratique, l’humidité de l’air étant plus difficile à
maîtriser à basse température, on conseille 16°C à 18°C pour les magasins d’archives, soit environ
quatre degrés de moins que pour les salles de consultation.
Les normes françaises, par exemple, prévoient une température de 18° C avec une variation possible
d’1° C en plus ou en moins.
Il est essentiel de prévoir un écart de température assez faible entre les magasins d’archives et les
salles de consultation, à cause des chocs thermiques qui sont très dommageables aux documents.
Le problème est particulièrement ardu dans les pays tropicaux et équatoriaux où une température
de 22° C dans les salles de lecture est ressentie comme trop fraîche par les êtres humains par rapport à
l’air extérieur.
On peut alors envisager de conserver les documents à une température un peu plus élevée (22° C),
mais en maintenant de façon très rigoureuse le taux d’hygrométrie à un seuil acceptable.
On peut aussi prévoir un emballage de protection ou un conteneur spécial et un temps d’attente assez
long entre la sortie du magasin et la consultation en salle de lecture, afin d’éviter un choc thermique
trop violent.
1.2. L'humidité
L 'humidité relative de l'air (HR) est le facteur le plus
important pour la conservation des documents
d'archives, car elle joue un rôle décisif dans la plupart
des processus de dégradation.
L’air ambiant n' est généralement pas totalement sec: il
absorbe une certaine quantité de vapeur d'eau qui varie
fortement en fonction de sa température.
Quelques concepts et définitions sont indispensables
pour aborder la climatologie.
L'humidité
6
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
1.2.1. L'humidité absolue
L'humidité absolue est la quantité réelle de vapeur d'eau présente dans une masse d'air.
Elle ne varie pas avec la température.
Elle peut être mesurée en grammes par m3 d' air sec ou en grammes par kg d'air sec.
1.2.2. L'humidité saturante
L'eau s'évapore dans l'atmosphère jusqu'à ce que soit atteinte une proportion maximale de vapeur
d'eau dans l'air. C'est ce qu'on appelle l'humidité saturante qui correspond à la capacité maximale
d'absorbtion de la vapeur d'eau dans une masse d'air à une température donnée. L'humidité
saturante varie donc avec la température.
Le graphique suivant montre, pour une température donnée, la quantité maximale de vapeur d'eau
exprimée en grammes par kg d'air sec pouvant être absorbée à différentes températures.
Image 1 Pour une température donnée, quantité maximale de vapeur d'eau en grammes par kg d'air
sec
On peut faire les deux constatations suivantes :
1. Plus l'air est chaud, plus sa capacité à retenir la vapeur d'eau est grande : à 20° C, 1 kg d'air
sec peut absorber jusqu'à 14,7 grammes de vapeur d'eau.
2. A l'inverse, plus l'air se refroidit, plus sa capacité à retenir l'eau diminue : à 10° C, 1 kg d'air
sec ne peut plus absorber que 7,6 grammes de vapeur d'eau.
1.2.3. Qu'est-ce que l'humidité relative ?
Il faut avoir parfaitement compris les notions d'humidité absolue et d'humidité saturante avant
d'aborder celle de l'humidité relative :
L'humidité absolue et l'humidité saturante Définition
L'humidité absolue est une donnée factuelle, le constat d'une réalité objective,
indépendamment de tout facteur.
L'humidité saturante est une donnée physique, intangible et déterminée par les lois naturelles.
7
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
L'humidité relative rend compte du rapport entre ces deux données : la quantité effective de vapeur
d'eau contenue dans un volume d'air donné (l'humidité absolue) et la quantité maximale que ce même
volume peut contenir à une température donnée (humidité saturante).
L'humidité relative se traduit par un pourcentage :
humidité absolue x 100 / humidité saturante
C'est aussi ce qu'on appelle le taux d'hygrométrie.
Exemple
Nous sommes dans une pièce où il fait 20°C. L'air de cette pièce contient 7,35g par kg d'air sec
(humidité absolue).
A 20°C, on sait que l'air peut absorber au maximum 14,7g de vapeur d'eau par kg d'air sec (humidité
saturante, selon (cf. diagramme) (cf. p.75)).
L'humidité relative se calcule ainsi :
Calcul de l'humidité relative
Nous avons une humidité relative de 50%.
Refroidissons maintenant cette même pièce jusqu'à 10°C. La pièce étant restée fermée, l'air
contient toujours 7,35g de vapeur d'eau (humidité absolue). On sait qu'à cette température, l'air
ne peut absorber que 7,6g de vapeur d'eau (humidité saturante, selon (cf. diagramme) (cf. p.75)).
L'humidité relative est de :
Autre calcul
Plus l'humidité relative est grande, plus l'air est humide.
1.2.4. Le point de rosée
Nous savons qu'à 10°C l'humidité saturante est à 7,6g par kg d'air sec (diagramme). Imaginons qu'en
ouvrant une porte nous fassions entrer de l'air humide, tout en maintenant la température à 10°.
Si l'air atteint EFFECTIVEMENT 7,6g de vapeur d'eau par kg d'air sec (humidité absolue), il a atteint sa
capacité maximale d'absorption : on dit que l'air est saturé.
L'humidité relative se calcule ainsi :
Calcul de l'humidité relative
On a 100% d'humidité relative. C'est ce qu'on appelle le point de rosée.
Inversement on pourra dire aussi que lorsque l'on a une humidité absolue de 7,6g par kg d'air sec, la
température de rosée est à 10°.
Lorsque l'on atteint 100% d'humidité relative, la moindre chute de température provoque la
condensation de la vapeur et l'apparition de minuscules gouttes d'eau. Il s'agit du phénomène de
rosée.
8
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Quelques effets du phénomène de rosée Complément
Le phénomène de rosée ou de condensation peut produire différents effets :
Par exemple :
Si nous reprenons l'exemple de notre pièce, refroidissons-la jusqu'à 8° C sans assécher l'air. Celui-ci
contient toujours 7,6g de vapeur d'eau par kg d'air sec (humidité absolue). On sait qu'à cette
température, il ne peut absorber que 6,7g de vapeur d'eau par kg d'air sec (humidité saturante).
L'humidité relative est de :
Calcul humidité relative
Dès que l'humidité relative dépasse 100% se produit un phénomène de condensation : la quantité de
vapeur d'eau contenue dans l'air est supérieur à celle qu'il peut absorber et il y a formation de
brouillard.
Voyons maintenant ce qui ce qui se passe lorsque nous entrons dans notre voiture garée en plein air un
matin d'hiver. Au début, l'air est froid à l'extérieur et à l'intérieur de la voiture. Notre entrée et la mise
en route du chauffage provoquent un réchauffement de l'air, ainsi qu'une légère augmentation de
l'humidité absolue à cause de notre respiration. Les vitres restent froides : à leur contact la vapeur
d'eau contenue dans l'air à l'état gazeux à l'intérieur de la voiture se condense en fines gouttelettes qui
forment une buée sur la vitre.
Pour lutter contre ce phénomène, nous avons à notre disposition plusieurs moyens :
Essuyer la vitre avec un chiffon pour enlever la buée, mais celle-ci se reforme presque
instantanément, car les conditions climatiques n'ont pas changé.
Ouvrir une fenêtre de la voiture : cela provoque une chute de température et rétablit un certain
équilibre entre la température de l'air ambiant et celle des vitres, qui ne jouent plus leur rôle de
point de condensation.
Chauffer le pare-brise en déclenchant le système de désembuage, afin qu'il ne soit plus un point
de condensation.
Prenons enfin l'exemple d'un registre conservé dans de bonnes conditions dans un magasin à
18°C et 50% d'humidité relative. Sortons-le brusquement à l'extérieur dans un air ambiant à 30°C
et 80% d'humidité relative, situation très fréquente en pays tropicaux et équatoriaux, conditions
auxquelles la température de rosée est à 26°. Le document étant plus froid, il va se former
immédiatement à sa surface une buée. D'où l'importance d'éviter ce genre de situation et de mettre
dans des conditionnements étanches et bien isolants les documents lorsque l'on est obligé de les sortir
dans de telles conditions climatiques.
9
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
1.2.5. L'utilisation du diagramme de Mollier
Le diagramme de Mollier met en relation température, humidité absolue et humidité relative : il permet
de comprendre les interactions entre ces trois données et d'en faire une analyse exacte.
Image 2 Diagramme de Mollier
Nous allons apprendre à nous servir du diagramme de Mollier au moyen de quelques exemples
simples.
diagramme de Mollier
Diagramme de mollier (cf. [Link])
Premier exemple Exemple
Dans une pièce, il fait 20° C. L'air de cette pièce contient 7,35 g. de vapeur d'eau par /kg d'air sec
(humidité absolue).
A 20° C, on sait que l'air peut absorber 14,7 g. de vapeur d'eau par kg d'air sec (humidité saturante).
10
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Si dans une pièce, nous avons pu mesurer que nous avons 21° C et 50% d'humidité relative, cherchons
la température de rosée, c'est-à-dire la température à laquelle nous devons descendre pour obtenir
100% d'humidité relative et en dessous de laquelle il y aura condensation.
Nous pouvons aussi connaître l'humidité absolue, c'est-à-dire la quantité réelle de vapeur d'eau
présente dans la pièce. Le diagramme de Mollier est particulièrement utile pour connaître cette
donnée, car généralement elle ne fait pas l'objet de mesures : les appareils indiquent la température et
l'humidité relative, pas l'humidité absolue. La connaissance de cette donnée peut être importante pour
déterminer s'il faut assécher l'air, ou au contraire, l'humidifier.
Connaître les phénomènes climatiques permet de comprendre les problèmes qui peuvent se
poser dans un magasin d'archives :
Exemple
Nous avons pu déterminer par des mesures que dans notre magasin d'archives, nous avons une
température de 18° et un taux d'hygrométrie de 50%, a priori donc les conditions climatiques idéales
pour la conservation des papiers. D'après le diagramme de Mollier, cela correspond à une humidité
absolue de 9g/kg. Mais les appareils de mesure ont été placés au centre du magasin, dans un endroit
bien protégé des influences extérieures éventuelles. Si, en plein hiver, nous effectuons des mesures
tout près d'une fenêtre, il se peut que nous ayons seulement une température de 15°. Il y a de fortes
chances que l'humidité absolue soit identique à celle qui règne dans le reste du magasin, soit 7g/kg. Or
à 15°, l'humidité saturante est de 10,6g/kg. Nous aurons alors dans cet endroit précis une humidité
relative de
Image 3 Autre calcul
, soit presque 66%. C'est ce qu'on appelle une poche d'humidité.
Le même phénomène peut se produire près d'un mur extérieur mal isolé et exposé au nord, ou près de
la porte d'entrée du magasin, par exemple.
L'utilisation du diagramme peut aussi permettre d'interpréter correctement les données fournies par
les appareils de mesure et d'éviter des décisions mal fondées.
Exemple
Dans une pièce fermée, on a pu mesurer une température de 17°C et un taux d'hygrométrie de 80%. A
l'extérieur, il fait 25°C et l'on a un taux d'hygrométrie de 60%. On pourrait penser qu'il fait plus sec à
l'extérieur et décider de faire entrer de l'air dans la pièce, tout en maintenant la température à 17°C.
Reportons-nous au diagramme de Mollier : nous constatons que dans la pièce, nous avons une
humidité absolue de 10g/kg d'air sec, alors que dehors nous atteignons 12g/kg d'air sec. Contre toute
apparence, l'air est donc plus humide à l'extérieur qu'à l'intérieur. Si nous faisons entrer de l'air, nous
allons rendre la pièce plus humide et nous risquons même d'atteindre le point de rosée.
1.2.6. L'influence de l'humidité relative sur la conservation
Pour une bonne conservation des documents d'archives traditionnels sur papier et parchemin, on
considère que l'humidité relative doit être maintenue de manière constante à un taux de 50 % avec
une variation acceptable de 5 % en plus ou en moins.
Les dégâts causés par une mauvaise régulation de l'humidité relative peuvent être multiples.
11
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
[Link]. Les dégâts
Une sécheresse excessive (HR inférieure à 40%) provoque l'évaporation des molécules d'eau liés par
des ponts hydrogènes qui se trouvent dans les fibres des matériaux, notamment le papier qui perd
alors sa souplesse et se fragilise.
Mais c'est surtout l'excès d'humidité qu'il faut craindre. Au dessus de 60 à 65% d'humidité relative, les
dégâts peuvent être les suivants :
une accélération très importante des réactions chimiques d'altération;
la germination des spores des micro-organismes et la création de conditions favorables au
développement et à la survie de nombreux insectes (liens avec les parties suivantes);
la migration d'éléments nuisibles toujours plus en profondeur dans l'objet : produits issus des
réactions d'altération du papier, ions métalliques provenant des encres et des pigments, de
polluants atmosphériques, etc. qui étendent ainsi la zone altérée;
la déformation par gonflement, en particulier dans les objets composites tels que les reliures,
surtout si l'humidité augmente rapidement.
[Link]. Le cas des documents composites
Il convient de considérer que de nombreux documents sont composites et peuvent comporter, outre
le papier ou le parchemin, des matériaux aux caractéristiques physiques et chimiques très différentes :
cuirs, métaux et bois des reliures
colles
encres
cire des sceaux et cachets
matières textiles (reliures, échantillons de tissus, éléments de scellement, etc.)
Dans tous les cas, la qualité principale qui nous intéresse ici leur capacité à absorber ou à désorber
l'eau sans dommage matériel important. Toute variation de l'humidité provoque des phénomènes
mécaniques :
une augmentation de l'humidité provoque une dilatation des matériaux
une diminution de l'humidité provoque au contraire une contraction
Les possibilités de dilatation ou de contraction n'étant pas identiques pour tous les matériaux, autant
en ampleur qu'en rapidité, ces phénomènes peuvent engendrer des déformations dans le cas de
documents composites, reliés avec du cuir ou du parchemin par exemple.
C'est pourquoi aussi les variations brusques de la température et de l'humidité relative sont
particulièrement préjudiciables aux documents.
12
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
1.3. La lumière
De tous les facteurs externes de détérioration, la lumière
est celui qui cause les dégâts les plus insidieux et les plus
irréparables.
L'exposition à la lumière des documents déclenche une
série complexe de réactions photo-chimiques
aboutissant par exemple à la modification des molécules
de la cellulose ou à l’effacement des pigments.
La vitesse plus ou moins grande de cette détérioration
est liée
à la température et à l'humidité de l'air ambiant
La lumière à la nature et à l'intensité de la lumière.
1.3.1. Quelques notions de physique
La lumière établit un lien entre un objet A et un récepteur B (œil, appareil photo, etc…). L’information
issue de l’objet A nécessite pour activer le récepteur un transport d’énergie.
Suivant leurs préoccupations, les physiciens ont été amenés à élaborer différents modèles de la
lumière :
Le modèle géométrique
c’est le modèle du rayon lumineux. Dans ce modèle la lumière se propage d’un point A à un point
B suivant une ligne droite ou rayon.
Le modèle ondulatoire s’est progressivement imposé devant l’impossibilité du précédent
modèle à expliquer des phénomènes tels que l’arc-en-ciel, le bleu du ciel, etc…Dans ce modèle,
la propagation de la lumière s’effectue par ondes.
Le modèle corpusculaire
Élaboré au début du XXe siècle par le physicien Planck , ce modèle considère que la lumière est formée
de grains ou photons, d’énergie E= hν (h est la constante de Planck, ν la fréquence de l’onde
électromagnétique correspondant à cette lumière dans le modèle ondulatoire) se déplaçant à la
vitesse c d’un point A vers un point B. Ce modèle permet d’expliquer certaines interactions lumière-
matière telles que l’effet photoélectrique, la fluorescence, etc…
le modèle de l'électrodynamique quantique plus récent (1954) s’affranchit de toutes les
difficultés des autres modèles et fait la synthèse de toutes les propriétés de la lumière.
Le modèle corpusculaire permet d'expliquer les mécanismes d'émission de la lumière qui s'effectuent
au niveau de l'atome.
Analyser la lumière, c'est connaître son contenu spectral (longueur d'onde). On utilise pour cela des
spectroscopes. La lumière visible ne représente qu'une partie du spectre du rayonnement
électromagnétique solaire.
La quantité de rayonnement reçue par un objet est un facteur décisif pour sa conservation. Il est
donc important de pouvoir la mesurer.
La lumière blanche est composée de différentes couleurs qui peuvent être ramenées aux trois
couleurs primaires : le bleu, le vert, le rouge.
13
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Ces trois couleurs peuvent se trouver en proportions variables dans la composition de la lumière
essentiellement à cause de l’atmosphère : les poussières en suspension, la brume absorbent les
longueurs d’ondes courtes correspondant au bleu et au vert et beaucoup les longueurs d’onde longues
(jaune, orange, rouge).
L’œil ne perçoit pas de changement de couleur tant que la variation n’atteint pas certaines limites. Au-
delà de ces limites, il perçoit une dominante colorée.
Au lever et au coucher du soleil par exemple, les longueurs d’onde les plus courtes qui correspondent
au bleu sont absorbées par l’atmosphère. La lumière nous paraît alors rouge orangée par manque de
composante bleue. On dit couramment et improprement qu’à ce moment la lumière est plus " chaude
".
La notion qui définit la composition de la lumière et ses variations est appelée " température de
couleur ".
[Link]. Le modèle ondulatoire : longueur d'onde et fréquence
Dans ce modèle, la propagation de la lumière s'effectue par ondes. Un point source émet des ondes
sphériques qui à grande distance peuvent être considérées comme planes. Ce principe, énoncé par
Huygens en 1678, complété par Fresnel en 1818 a été parachevé par Maxwell en 1876. Dans ce modèle,
la lumière est une onde électromagnétique, solution des équations de Maxwell.
Qu'est-ce qu'une onde ?
Si l'on jette un caillou dans l'eau, des vagues se forment et s'écartent en cercles concentriques autour
de l'endroit où il est tombé. Il y a eu perturbation de la surface de l'eau.
Ceci est un exemple d'onde : une onde est une perturbation qui se déplace.
Une onde peut se déplacer à la surface de l'eau, comme dans l'exemple ci-dessus, dans l'air (ondes
sonores) ou dans le vide (ondes électromagnétiques)
Si un bouchon flotte à la surface de l'eau ainsi perturbée, une vague va le soulever, mais il redescendra
à la même place. L'onde n'est qu'une énergie qui circule, la perturbation se déplace sans emporter
de matière avec elle.
L'énergie qu'elle transporte représente aussi de l'information pour nos sens. C'est pour cela que nous
sommes dotés de récepteurs d'ondes : les yeux pour recevoir la lumière, les oreilles pour recevoir le
son .
Une onde est caractérisée par plusieurs paramètres : l'amplitude a, la longueur d'onde λ, , la fréquence
ν, et la période T.
Dans l'exemple de la surface de l'eau perturbée par un caillou, l'amplitude est la hauteur de la vague,
la longueur d'onde λ est la distance qui sépare deux vagues successives. L'unité de mesure de la
longueur d'onde de la lumière visible est le nanomètre (nm) qui correspond à un millionième de mm.
Si l'on reprend l'exemple du bouchon qui flotte sur l'eau, le passage de la vague va le faire monter et
descendre alternativement. On appelle fréquence ν le nombre d'allers et de retours que fait le
bouchon pendant une seconde. Plus les allers et retours du bouchon sont rapides, plus la fréquence est
grande.
L'intervalle de temps entre deux maxima successifs du bouchon est appelé période T. La fréquence
d'une onde est donc le nombre de périodes par seconde. ν = 1/T.
L'unité de mesure de la fréquence est le Herz. C'est en fait une mesure de l'énergie qui circule.
La fréquence et la longueur d'onde des ondes électromagnétiques sont liées par la relation λ=c/ν (où c
est la vitesse de la lumière). Quand la fréquence augmente, la longueur d'onde diminue.
14
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
[Link]. L'émission de la lumière
Le modèle corpusculaire permet d'expliquer les mécanismes d'émission de la lumière qui s'effectuent
au niveau de l'atome.
Rappels sur le modèle de l'atome
L'atome est constitué d'un noyau positif comportant p protons chargés positivement et n neutrons
neutres, entouré de p électrons négatifs. L'ensemble est électriquement neutre. Du point de vue
énergétique, l'atome présente des niveaux d'énergie correspondant à des couches électroniques sur
lesquelles se répartissent les électrons : l'énergie est quantifiée.
Emission de la lumière
Lorsqu'un atome est excité par un apport extérieur
d'énergie, de la chaleur par exemple, les électrons
passent sur des niveaux d'énergie supérieurs.
La durée de vie de ces niveaux étant très faible, ils
retournent spontanément sur un niveau inférieur en
émettant un photon de fréquence ν telle que la
différence d'énergie entre les deux niveaux E1-E2= hν.
Emission de la lumière
Il y a autant de fréquences émises que de transitions. On dit que l'on a un spectre de raies (discontinu).
Chaque élément possède un spectre de raies caractéristique.
Un spectre continu correspond à un très grand nombre de niveaux préalablement excités et très
proches les un des autres. Le rayonnement thermique a un spectre continu.
les mécanismes d'excitation
Les sources habituelles de lumière, que l'on peut classer en deux groupes, font appel à divers
mécanismes d'excitation :
les sources chaudes pour lesquelles l'excitation se fait par chocs de particules matérielles
(électrons, ions, molécules) ayant été accélérées électriquement ou thermiquement.
les sources froides dues à l'excitation par un rayonnement électromagnétique.
[Link]. Lumière et spectres
La lumière visible ne représente qu'une partie du spectre
du rayonnement électromagnétique solaire selon le
schéma ci-contre.
La lumière blanche, visible par l’œil humain, se
compose de toutes les couleurs. Un rayon de lumière
est en fait la somme de rayonnements lumineux plus
simples, chacun ayant sa propre couleur.
Lumière blanche
15
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Un arc en ciel est en réalité la décomposition de la
lumière blanche par des gouttelettes d'eau en
suspension dans l'atmosphère qui agissent à la manière
d'un prisme. La représentation colorée de cette
décomposition s'appelle un spectre.
Spectre
Chaque couleur est caractérisée par une longueur d'onde et une fréquence.
Image 4 Spectre de la lumière visible
Le spectre de la lumière visible s'étend de λ=400 à 780 nm. Les rayonnements émis par le soleil et les
sources lumineuses courantes couvrent une bande plus large que celle de la lumière visible, qui
englobe les rayons ultraviolets (UV) et infrarouges (IR).
Le nanomètre est la mesure couramment utilisée pour le rayonnement visible. Pour les rayonnements
ultraviolets et infrarouges, on utilise plutôt la fréquence exprimée en Hertz.
L'énergie du rayonnement augmente avec la fréquence (E=hν), donc avec la diminution de la
longueur d'onde.
A quantité égale, la lumière rouge a moins d' énergie qu'une lumière bleue ou violette. Le rayonnement
infrarouge a moins d' énergie que le rayonnement ultraviolet.
Le rayonnement ultraviolet est donc particulièrement dangereux, à cause de son énergie élevée.
De plus, il n’est pas perceptible par nos sens.
[Link]. La mesure du rayonnement
Les unités photométriques sont définies pour la lumière blanche, visible à l'œil nu.
l'intensité lumineuse a pour unité le candela ou flux rayonné par unité d'angle solide par des
sources étalons (lampes électrique au tungstène) conservées dans les grands laboratoires de
photométrie
16
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
le flux lumineux est la quantité d'énergie lumineuse émise dans un angle solide. C'est une
énergie qui s'exprime en watts. Pour la lumière blanche l'unité de flux lumineux est le lumen.
C'est le flux émis dans un angle solide égal à l'unité par une source d'intensité 1 candela.
l'éclairement est la quantité de lumière incidente sur une surface. L'unité d'éclairement pour la
lumière blanche est le lux. C'est l'éclairement produit par 1 lumen tombant sur une surface
d'1m2.
l'émittance ou flux rayonné par unité de surface d'une source étendue s'exprime en lumen par
m2.
Pour la mesure du rayonnement ultraviolet, on utilise :
soit le µW/lm (microwatt par lumen) : c'est le rapport entre le rayonnement UV et la quantité
totale de lumière;
soit le µW /m2 (microwatt par mètre carré) : c'est la mesure du rayonnement UV sur une surface
déterminée.
[Link]. La température de couleur
La température de couleur est la température exprimée en Kelvin à laquelle le corps noir émet un
rayonnement de composition spectrale identique à celle du rayonnement émis par la source
lumineuse considérée. Il n'y a pas nécessairement de relation entre la température de couleur et la
température vraie.
Un corps noir est un corps qui absorbe toutes les
radiations et qui réémet un rayonnement en équilibre
thermique, grâce à l'agitation thermique de ses atomes.
La couleur de la lumière réémise, déterminée par
l'ensemble des longueurs d'ondes qui la composent, est
liée à la température du corps noir émetteur.
Le corps noir
La luminance spectrale énergétique I est donnée en fonction de la longueur d'onde pour trois corps
noirs de température 4000K, 5000K et 6000K (site du Comité de liaison Enseignants astronomes :1
[Link]
En analysant le spectre émis par un corps noir, représentant une source thermique idéale, on constate
que c'est vers une température de 5500 Kelvin que ce dernier émet un spectre analogue à celui
que nous recevons du soleil. Par comparaison avec un corps noir, on peut également assigner à toutes
les sources thermiques une valeur de température de couleur, exprimée en Kelvin, qui précise la
répartition spectrale des sources thermiques : En analysant le spectre émis par un corps noir,
représentant une source thermique idéale, on constate que c'est vers une température de 5500
Kelvin que ce dernier émet approximativement la même quantité d'énergie dans toutes les
longueurs d'onde.
1. [Link]
17
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Par comparaison avec un corps noir, on peut également assigner à toutes les sources thermiques une
valeur de température de couleur, exprimée en Kelvin, qui précise la répartition spectrale des sources
thermiques :
si la température de couleur est inférieure à 5500K, la
composition spectrale est déficitaire en radiations bleues.
La lumière a une tendance jaunâtre. On dit
improprement qu'elle est " chaude ", alors que pour le
physicien elle est plus froide.
Température inférieure
inversement, si la température de couleur est
supérieure à 5500K, la composition spectrale est
excédentaire en radiations bleues. La lumière a une
tendance bleuâtre. On dit improprement qu'elle est "
froide ".
Température supérieure
enfin, si la température de couleur est de 5500 K, la
composition spectrale est équivalente en radiations
bleues vertes et rouges.
5500k
Plus la température de couleur est élevée, plus la lumière est dite " froide ", c’est-à-dire comporte
de radiations d’ondes courtes correspondant au bleu.
La composition spectrale de la lumière a une influence non négligeable sur la conservation des
documents.
Température de couleur des principales sources de lumière
Lumière du soleil 6000 K en moyenne
Lumière du soleil par temps couvert 4000 K en moyenne
Lumière du jour, sans soleil, à midi 6000 K
Lumière du soleil par ciel clair en haute
11000 K
montagne
Lampe à incandescence de 40 watts 2200 K
Lampe halogène (500 watts) 3200 K
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1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Les tubes fluorescents ont des températures de couleur très variables
Tube fluorescent " blanc chaud " 2700 à 3000 K
Tube fluorescent " blanc " 4000 K
Tube fluorescent " lumière du jour " 5300 à 6500 K
1.3.2. Les diverses sources lumineuses
Les différentes sources de lumière offrent une répartition très différente de leur rayonnement typique
dans les domaines ultraviolet, lumière visible et infrarouge.
Cette répartition est importante pour la conservation.
Les sources lumineuses sont :
soit d'origine naturelle,
soit d'origine artificielle.
Dans les deux cas, les sources lumineuses peuvent être chaudes ou froides.
Les sources chaudes Complément
La lumière produite par les sources chaudes émettant un
spectre continu est due à divers mécanismes d'excitation
:
thermique (lampe à incandescence)
chimique (combustion)
nucléaire (soleil, étoiles)
Spectre continu
La lumière solaire présente les caractéristiques suivantes :
Elle comporte une part à peu près égale de toutes les fréquences situées entre l' UV et l' IR.
La part de rayonnements nocifs est très importante.
Les quantités de lumière sont très grandes
La lumière solaire directe n'est pas la seule lumière naturelle nocive ; celle diffusée par le ciel est
aussi très intense, et sa part de rayons UV est même proportionnellement plus importante.
Dans une ampoule électrique, le passage du courant provoque l'échauffement d'un filament et le
porte à incandescence. C'est pourquoi on appelle ce type d'ampoule lampe à incandescence.
Le spectre lumineux est continu et comporte toutes les radiations du spectre visible. L'émission de
lumière se poursuit aussi dans l'infrarouge.
Les lampes à incandescence sont de deux types :
Les lampes au tungstène ordinaires : elles sont constituées d'une ampoule assez large en verre
pleine d'un gaz inerte et d'un filament de tungstène en leur centre.
19
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Porté à une température d'environ 2400-2800° C par le
courant électrique, le filament émet un rayonnement
lumineux. En s'échauffant, il perd de la matière par
sublimation ; le tungstène rendu gazeux se refroidit au
contact de l'enveloppe de verre et se dépose sur celle-ci ;
le verre s'obscurcit, ce qui diminue le rendement
lumineux de la lampe et modifie sa température de
couleur (environ 2500 K).
Lampe
Le spectre lumineux est très pauvre en rayons ultraviolets. Les longueurs d' onde visibles sont réparties
de manière inégale, avec une nette prédominance de celles supérieures à 500 nm, et l' émission dans le
domaine infrarouge est très importante.
Certaines lampes, dites " à miroir dichroïque " ou " à faisceau froid ", sont pourvues d'un réflecteur
spécial qui limite le rayonnement infrarouge.
Les lampes halogènes fonctionnent selon le même principe : l'échauffement par le passage du
courant électrique d'un filament de tungstène. Mais le filament supporte une température plus
élevée grâce à l'adjonction d'un gaz halogène (brome, iode) au gaz inerte à l'intérieur de
l'ampoule.
De plus, celle-ci est de forme plus étroite, ce qui favorise l'échauffement du filament.
Le mélange de gaz se combine au tungstène qui s'évapore par sublimation pour former un sel
métallique appelé halogénure. La température de l'ampoule est telle que les halogénures ne se
refroidissent pas suffisamment pour se déposer sur ses parois, de sorte qu'ils retournent au filament et
le régénèrent. Ainsi le rendement de la lampe n'est pas diminué et la température de couleur reste
constante pendant toute sa durée de vie (environ 3200 K).
Les lampes à halogène doivent fonctionner à une température
globale de la lampe supérieure à 250°C. Leurs émissions dans le
domaine des longueurs d'onde inférieures à 500 nm sont plus
élevées que celles des ampoules à incandescence ordinaires. Or,
La forte chaleur émise par le filament impose l'utilisation de
verres de quartz, qui, contrairement au verre ordinaire, ne filtre
pas les longueurs d'onde les plus courtes dans le domaine
ultraviolet. Ainsi, le rayonnement ultraviolet de ces lampes
Lampe halogène peut atteindre 100 µW/lumen.
Le rayonnement infrarouge peut varier d'un type de lampe à l'autre, mais il est toujours important.
20
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Les sources froides Complément
Ce sont les lampes fluorescentes.
L'émission de la lumière n'y est pas provoquée par
l'échauffement d'un corps, mais par l'excitation d'une
poudre fluorescente. Cette excitation est engendrée par
le rayonnement ultraviolet émis par une décharge
électrique dans les vapeurs de mercure à basse pression
se trouvant dans l'ampoule.
Lampes fluorescentes
Image 5 Couche fluorescente
Ce sont des sources à spectre discontinu : l'émission spectrale n'est pas régulière, elle se fait par
bandes de radiations et elle tend à se concentrer en quelques pics, ce qui donne une lumière plus ou
moins froide.
Les bandes peuvent être plus ou moins larges, plus ou
moins rapprochées.
Les sources fluorescentes n'ont pas de température de
couleur propre par manque démission sur certaines
parties du spectre lumineux visible.
Bandes plus ou moins rapprochées
21
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Certaines sources sont assimilées à des sources à spectre
continu : bien que discontinu, leur spectre est resserré
et simule un spectre continu. Le flash électronique et
certains tubes fluorescents dits " lumière du jour " sont
de ce type.
Spectre resserré
Certaines lampes fluorescentes ont des émissions importantes dans le domaine ultraviolet, qui
peuvent varier de 45 à 270 µW/lumen.
En conclusion, parmi les nombreuses sources d'éclairage, c'est la lumière naturelle qui est la plus
nocive. Certaines lumières artificielles peuvent également occasionner des altérations importantes :
certains tubes fluorescents qui émettent beaucoup de rayons ultra-violets sont plus dangereux que
les lampes à filaments de tungstène qui n'en émettent pratiquement pas.
1.3.3. L'influence de la lumière sur la conservation
La lumière peut déclencher ou accélérer les réactions chimiques de dégradation de toutes les matières
organiques ; les matières inorganiques, comme le verre ou le métal, sont beaucoup moins sensibles.
Les fréquences les plus courtes sont plus énergétiques et plus pénétrantes.
La nocivité de la lumière visible et des rayonnements ultraviolets et infrarouges est tributaire de la
qualité du spectre et de la quantité totale de rayonnement reçue par l'objet.
Une comparaison des différentes sources de lumière nous montre que leur nocivité est très inégale.
Le tableau suivant attribue un facteur de dommage photochimique 100 à la lumière réfléchie par le ciel
au zénith et évalue les autres sources de lumière par comparaison :
Source de lumière Température de couleur Facteur de détérioration
Ciel zénithal à travers un
11000 K 100
vitrage
Ciel couvert à travers un
6400 K 60
vitrage
Ampoule ordinaire à
2700 K 10
incandescence
Lampe halogène sans
3100 K 25
vitre de protection
Lampe halogène avec
3100 K 15
vitre de protection
Lampe fluorescente (blanc
2700 K 1
très chaud)
Lampe fluorescente (blanc
3000 K 15
chaud)
22
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Lampe fluorescente
4000 K 20
(blanc)
Lampe fluorescente (blanc
5000 K 33
froid)
Ordre de grandeur de l'échauffement relatif produit par différentes sources de lumière pour un même
éclairement et un même facteur d'absorption spectrale (d'après Andrea Giovannini).
L'action de la lumière peut s'exercer
soit directement (photolyse)
soit en combinaison avec d'autres substances comme, par exemple, la photo-oxydation avec
l'oxygène de l'air.
Il faut tenir compte du fait que l'intensité du rayonnement aussi est déterminante: ainsi, une forte
quantité d'un rayonnement peu nuisible (de par sa longueur d'onde) engendre également des
dommages.
L'action de la lumière est encore plus nuisible lorsqu'elle s'exerce dans une atmosphère à haute
humidité relative, en présence d' impuretés qui catalysent les réactions de dégradation ou de
polluants atmosphériques dont l'action se combine avec celle de la lumière.
Il faut également considérer que souvent une quantité excessive de lumière provoque l'échauffement
de l'objet, avec une accélération sensible des altérations chimiques: on estime que la vitesse de
dégradation double si la température augmente de 8 degrés.
Les différentes sources de lumière ne provoquent pas un échauffement identique dans les mêmes
conditions.
1.4. La pollution atmosphérique
L’air que nous respirons est essentiellement composé
de vapeur d’eau dont la quantité dépend de la
température et des apports d’humidité,
d’air sec qui comporte de manière à peu près
constante de l'azote, de l'oxygène et une très
petite quantité d'autres gaz (argon, gaz
carbonique, hydrogène, néon, hélium, krypton et
xénon) selon les proportions indiquées sur le
graphique ci-dessous.
Pollution
23
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Image 6 Composition de l'air
Les sources de la pollution de l'air sont multiples : trafic routier, transports aériens ou maritimes,
production d'énergie, industries, agriculture, chauffage, volcans, pollens, etc.
La combinaison et l'interaction des cycles naturels et des activités humaines apportent dans
l'atmosphère d'autres substances, à savoir :
des poussières
des polluants atmosphériques.
Les mécanismes et les interactions photochimiques des polluants atmosphériques sont très
complexes. Une partie des réactions se passent en haute altitude où les polluants sont transportés par
les vents et où ils sont soumis à un rayonnement ultraviolet très intense; ils retombent ensuite au sol,
sous forme de particules ou sous forme de pluies acides.
Image 7 Le cycle des polluants
Site de l'Association pour la Surveillance et l'étude de la Pollution Atmosphérique en Alsace : [Link]
[Link]/2
2. [Link]
24
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
1.4.1. Les poussières
La poussière atmosphérique est constituée de particules solides en suspension.
La composition de cette poussière est très variable. On peut distinguer
des composants inorganiques, tels que sable, sel, argile, chaux, ciment, métaux, etc.
des composants organiques, tels que fragments végétaux, fibres textiles, pollen, graines,
spores, farine, noir de fumée, charbon, cendres, etc.
La taille des particules qui composent la poussière varie entre 0,5 et 1000 µm (micromètres, c’est-à-dire
millièmes de millimètre).
Les particules les plus fines, souvent appelées "fumées noires", peuvent être d’origine
naturelle (volcan)
anthropique, c’est à dire générées par les activités humaines (combustion industrielle ou de
chauffage,incinération de déchets,véhicules).
A l'œil nu, seules sont visibles les particules de taille supérieure à 20-30 µg : ce sont par exemple les
poussières que nous voyons " danser " dans un rayon de soleil. Elles ne représentent cependant qu'un
faible pourcentage des poussières qui se trouvent réellement dans l’air.
Un certain nombre de " grosses " particules proviennent aussi d’installations ou de procédés
industriels tels que l’extraction de minéraux, les cimenteries, les aciéries, les fonderies, les verreries, les
plâtrières, etc.
Ainsi la concentration des particules de poussière varie fortement selon le lieu et l’environnement
:
Image 8 Concentration des poussières
Dans l'air, on trouve également de nombreux êtres vivants ou micro-organismes d'un poids et d'une
densité leur permettant de flotter.
25
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Cette population microscopique de l'air comprend :
des virus
des bactéries
des champignons et moisissures
des algues
des fougères
des mousses
des protozoaires
Les champignons microscopiques se présentent sous la forme de spores. Leur concentration varie
entre environ 100 et 5000 par m3 d’air, avec les plus fortes concentrations dans les villes,
particulièrement à l'intérieur des habitations.
Certaines poussières absorbent l'humidité de l'air et peuvent servir de support pour le développement
de micro-organismes.
Les poussières peuvent aussi fixer et transporter des polluants atmosphériques.
1.4.2. Les polluants atmosphériques
La combustion d'hydrocarbures et les activités industrielles produisent des substances qui, en un cycle
très complexe, peuvent dégrader de nombreux matériaux, notamment ceux que comportent les
documents d’archives.
On peut considérer que les polluants les plus dangereux pour les documents d'archives sont:
Le dioxyde de soufre (SO2)
les oxydes d'azote (NOx)
l'ozone (O3)
D’autres polluants interviennent également, de façon directe ou indirecte, notamment :
Les composés organiques volatils (COV)
Les peroxy acyl nitrates (PAN)
Polluants primaires et secondaires Complément
Le dioxyde de soufre, les oxydes d'azote et les composés organiques volatils sont des " polluants
primaires ", car leur émission provient directement d'une source (cheminée d'usine ou de centrale
thermique, pot d'échappement de véhicule, sols...).
L'ozone est un des principaux " polluants secondaires ", car ce gaz est issu de la transformation
chimique de polluants primaires dans la proche atmosphère.
D'autres gaz, tels les peroxy acyl nitrates (PAN), sont aussi des polluants secondaires.
La mesure des polluants se fait :
soit en µg/m3
soit en ppm (parts per million)
parfois même en ppb (parts per billion), selon l’équivalence 1 ppm = 1000 ppb.
26
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
La relation entre ces unités de mesure est la suivante:
1 ppm = 40,9 M µg/m3
1 ppb = 0,0409 M µg/m3
M étant le poids moléculaire du polluant considéré.
Cette relation varie donc d'un polluant à un autre.
Le dioxyde de soufre Complément
Le dioxyde de soufre (SO2), aussi appelé " anhydride
sulfureux " provient essentiellement de la combustion
de combustible fossiles contenant du soufre : fuel lourd,
fuel domestique, charbon, coke de pétrole, essence,
gazole. Quelques procédés industriels émettent
également des oxydes de soufre (production de pâte à
papier, raffinage du pétrole, etc.). Même la nature émet
des produits soufrés (volcans).
Dioxyde de soufre
Les sources d'émissions sont les systèmes de production de chaleur :
Image 9 Sources d'émission du dioxyde de soufre
En présence d'humidité et de lumière, il forme de l'acide sulfurique qui contribue au phénomène des
pluies acides.
Le taux de SO2 naturellement contenu dans l' air est de 1- 5 µg/m3.
Dans les zones polluées, il peut atteindre jusqu'à 500 µg/m3.
27
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Compte tenu de l’évolution des technologies, les concentrations ambiantes tendent à diminuer
considérablement depuis une quinzaine d’années dans les pays qui ont résolument adopté une
politique anti-pollution.
Les oxydes d'azote Complément
L’air pollué peut comprendre deux types d’oxydes d’azote (NO2) :
Le monoxyde d’azote (NO)
Le dioxyde d’azote (NO2)
Les oxydes d'azotes sont émis essentiellement sous forme de monoxyde.
On distingue
les sources naturelles : Le monoxyde d'azote est émis en grande quantité par de nombreux
processus biologiques, particulièrement par l'activité bactérienne dans les sols. Il est également
produit par les éclairs, lors des orages, et par les volcans.
les sources d’origine humaine qui peuvent être
fixes :
tous les foyers de production thermique, industriels ou domestiques
certains procédés industriels (production d'acide nitrique, fabrication d'engrais,
traitement de surfaces, etc.)
les feux de biomasse, notamment dans les pays tropicaux, où ils sont le plus
fréquemment d’origine humaine (culture sur brûlis).
Mobiles :
La circulation automobile (70%)
Image 10 La circulation automobile
La circulation aérienne
Les teneurs en NOx sont en augmentation du fait de l'augmentation et du vieillissement du parc
automobile, ainsi que de la densification du trafic. Cette augmentation compense les efforts faits pour
diminuer les émissions de NOx (pot catalytique par exemple).
D’autre part, les sources naturelles émettent, sur l'ensemble du globe, l'équivalent de 25% des
émissions de NO d'origine industrielle. Cependant, les sources naturelles sont réparties de manière
relativement uniforme sur la planète, de sorte que la pollution de fond dont elles sont responsables est
bien plus faible que la pollution due aux activités humaines, concentrées dans des zones urbaines
et industrielles.
Le monoxyde d’azote est formé par l'oxydation à haute température , dans les foyers de
combustion, de l'azote (N2) par l'oxygène (O2) qui se trouvent tous deux naturellement dans l’air.
28
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Le monoxyde d'azote (NO) se transforme rapidement
en dioxyde d'azote (NO2) au cours d'une nouvelle
oxydation, toujours liée à la combustion des
hydrocarbures. Cette réaction se poursuit lentement
dans l'atmosphère et explique dans le cas des villes à
forte circulation la couleur brunâtre des couches d'air
pollué situées à quelques centaines de mètres d'altitude
(action conjointe des poussières).
Air pollué
Le NO2 se photolyse rapidement sous l'action du rayonnement solaire, pour redonner du NO. Après un
certain nombre de cycles d’interconversion entre NO2 et NO, au cours desquels l’ozone est produit, le
NO2 passe sous des formes plus stables par diverses voies :
La plus importante est la formation d’acide nitrique (HNO3). Cet acide très soluble intervient
dans la composition des pluies acides.
Une autre voie de disparition non négligeable est le dépôt sec sur le sol et la végétation.
Le taux naturel de dioxyde d'azote est de 1-2 µg/m3.
On a mesuré des concentrations allant jusqu'à 1500 µg/m3.
Les oxydes d'azote interviennent dans le processus photochimique de formation d'ozone dans la
basse atmosphère.
Les composés organiques volatils Complément
Les composés organiques volatils (COV) sont multiples.
Il s'agit :
* d'hydrocarbures émis par évaporation des bacs de stockages pétroliers ou lors du remplissage des
réservoirs automobiles,
* de composés organiques provenant de procédés industriels ou de la combustion incomplète des
combustibles,
* de solvants émis lors de l'application des peintures, des encres, le nettoyage des surfaces métalliques
et des vêtements,
* de composés organiques émis par l'agriculture et par le milieu naturel.
Ils interviennent aussi dans la formation de l'ozone.
L'ozone Complément
Dans la stratosphère, l’ozone est un gaz qui nous protège naturellement des
rayons ultraviolets du soleil. C’est pourquoi les altérations (trous) dans cette
couche d’ozone, liées à de plusieurs activités humaines, inquiètent les
scientifiques.
Dans la troposphère en revanche, l'ozone est un polluant très toxique.
Contrairement aux autres polluants, ce gaz n’est généralement pas émis par une
source particulière mais résulte de la transformation photochimique de certains
Stratosphère polluants dans l’atmosphère.
29
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
La formation de l'ozone troposphérique implique des réactions chimiques mettant en jeux :
Des précurseurs
les oxydes d’azote
les composés organiques volatils (COV)
le monoxyde de carbone (émis essentiellement par le trafic routier et le chauffage
domestique urbain).
* des rayonnements ultraviolets
Image 11 Pollution atmosphérique en Alsace
Site de l'Association pour la Surveillance et l'étude de la Pollution Atmosphérique en Alsace : [Link]
[Link]/3
C'est un problème complexe, car la réduction des oxydes d'azote peut favoriser l'augmentation des
concentrations d'ozone.
Il peut aussi être dégagé par des appareils qui produisent de fortes charges électrostatiques, tels que
certains photocopieurs certains filtres électrostatiques pour la poussière, ainsi que les lignes à
haute tension.
Les concentrations d’ozone dans l'air ont augmenté depuis plusieurs années en zone urbaine et péri-
urbaine, notamment lorsque les conditions climatiques sont propices : fort ensoleillement, stagnation
de l'air (vent faible). Pendant les périodes de canicule, les alertes aux " pics d’ozone " dans les villes
font désormais partie de notre quotidien.
Le taux naturel d'ozone est de 20-60 µg/m3.
Dans les zones polluées on mesure jusqu'à 500 µg/m3.
Autres polluants dérivés Complément
En présence de restes d'hydrocarbures non brûlés, l'ozone par une succession de réactions
chimiques très complexes génère d'autres composés oxydants (peroxyde d'hydrogène, aldéhydes,
peroxy acétyl nitrate ou PAN).
3. [Link]
30
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
1.4.3. L'influence de l'air pollué sur la conservation
Tous les polluants cités sont des réactifs chimiques très puissants qui peuvent provoquer des
réactions d'altération ou intervenir, en les accélérant, dans des réactions déjà en cours.
Une température élevée, une forte humidité de l'air et une grande quantité de lumière favorisent
fortement l'action destructive des polluants de l'air.
Les acides qui se forment sont très dangereux pour la stabilité chimique des matériaux, notamment du
papier.
Le dioxyde de soufre ou anhydride sulfureux (SO2) se transforme à la surface des matières en acide
sulfurique. Cette réaction est facilitée par la présence de particules de fer ou de cuivre, par une forte
humidité (HR > 70% ) et par la lumière.
La combinaison de ces facteurs rend l'altération sensiblement plus rapide.
L'action des oxydes d'azote et de l'acide nitrique est similaire à celle des composés de soufre, mais le
caractère volatil de l'acide nitrique rend son action plus superficielle.
L'ozone et le PAN ont une action oxydante très dangereuse pour tous les matériaux organiques, action
qui aboutit à l'hydrolyse.
Des concentrations élevées de polluants atmosphériques entraînent des dommages perceptibles
sur les objets en moins de dix ans.
En raison de la dispersion des polluants, La présence de polluants atmosphériques est à redouter
également à grande distance de leur lieu d'origine.
1.5. Les facteurs biologiques
Parmi les facteurs susceptibles d'intervenir dans la
dégradation des documents, les facteurs biologiques
tiennent une place importante.
Sous ce titre se trouvent regroupés :
les micro-organismes,
les animaux : insectes et rongeurs
essentiellement.
Les facteurs biologiques
1.5.1. Les micro-organismes
Dans l'air que nous respirons se trouve une microfaune invisible.
Par exemple, lors de chaque inspiration, nous aspirons une demi-douzaine de bactéries, quelques
dizaines de champignons microscopiques, quelques spores, quelques protozoaires et, selon la saison,
des graines de pollen.
La fonction naturelle des micro-organismes est la retransformation des substances complexes en
substances élémentaires pour perpétuer le cycle naturel. La décomposition de la matière organique
morte (cadavres, débris animaux et végétaux) relève de ce processus. Cette fonction est essentielle
pour l'équilibre de la nature : dans les forêts, par exemple, les débris végétaux et animaux se
décomposent pour se transformer en un humus fertile qui nourrit les plantes et les arbres.
Les documents sont aussi visés par ce processus : tout comme le vieillissement, la décomposition,
provoquée par les micro-organismes est un phénomène naturel.
31
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Toutefois, contrairement au vieillissement, il n'est pas inexorable. En effet, les micro-organismes
en suspension dans l'air ne sont nocifs pour les documents que si des conditions climatiques
favorables permettent leur prolifération. Si c'est le cas, de nombreuses espèces de micro-organismes
peuvent utiliser les matériaux organiques des documents comme substrat de croissance, causant ainsi
des dommages très importants et souvent irréparables.
L'une des missions de l'archiviste est précisément de protéger les documents contre ce processus
naturel en s'efforçant de maintenir des conditions climatiques défavorables à la prolifération des
micro-organismes.
Parmi les micro-organismes nuisibles, on distingue :
des champignons microscopiques, essentiellement des moisissures, mais aussi quelques
levures
des bactéries
[Link]. Les champignons microscopiques
Parmi les micro-organismes, les champignons, et plus particulièrement les moisissures, sont ceux que
l'on rencontre le plus fréquemment sur les documents. Ils sont aussi les plus difficiles à détruire.
La détérioration par les moisissures revêt des proportions extrêmes dans les climats tropicaux
humides et équatoriaux et nettement plus modérées dans des climats tempérés ; mais toute la
différence tient à l’envergure du phénomène et non à sa nature. En effet, il n'existe pas de souches
exceptionnelles, spécifiques ou particulièrement virulentes dans les pays tropicaux. Ce sont les
conditions climatiques, en l'occurrence idéales, qui sont en cause.
Il n’est pas nécessaire d’identifier une moisissure avec précision pour la traiter, car les traitements
ne sont pas spécifiques à telle ou telle espèce. L'identification des espèces contaminantes peut
néanmoins être utile, car elle peut donner des indices sur les sources de contamination et aider à
analyser les problèmes afin d'adopter des solutions appropriées et durables. Cette identification,
impossible à l'œil nu, ne peut se faire qu'en prélevant des spores qui sont mis en culture en laboratoire.
De même il est utile d'avoir une certaine connaissance des moisissures et de leur mode de
développement.
La plupart des moisissures comportent deux structures différentes
L'appareil végétatif constitué du mycélium
L'apparail reproducteur qui produit des spores
Constitution des moisissures Complément
L'appareil végétatif : il se caractérise par une ramification de filaments incolores appelés
hyphes. Ces hyphes, dont l'ensemble constitue le mycélium, poussent leurs ramifications à
travers un substrat — papier ou autre — en absorbant certains de ses éléments pour se nourrir,
par exemple la cellulose.
32
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Mycelium. Cliché A. Giovannini.
Mycellium
Leur présence précède le développement visible de la moisissure. Le mycélium est en effet la
plupart du temps totalement invisible à l’œil nu sur le papier. Chez certaines espèces, il peut
néanmoins prendre la forme d'une substance duveteuse blanchâtre ou grise, visible à l’œil nu.
L'appareil reproducteur : une fois le mycélium étalé et si les conditions favorables perdurent, la
moisissure développe une partie aérienne constituée de conidiophores qui produisent des
spores ou conidies, selon un mode de reproduction qui est sexué ou non selon les espèces. Ce
sont les spores qui permettent l'identification de l'espèce.
Les spores ont des formes variables et ne mesurent que quelques microns. Très légères, elles se
déplacent facilement grâce aux courants d'air et se trouvent partout. Elles se déposent sur les
matériaux où elles germent en produisant un tube germinatif qui va pénétrer dans le substrat et se
développer en formant un nouveau mycélium.
Les spores Complément
Les spores produites se classent en deux grandes catégories :
Les spores qui se produisent vite et en grandes quantités, mais qui résistent très mal au
dessèchement, à la lumière du soleil et autres facteurs climatiques défavorables. Elles
permettent le développement rapide des colonies lorsque les conditions sont favorables.
des spores qui résistent beaucoup mieux aux conditions défavorables. Elles sont capables de
demeurer dormantes et de garder leur capacité de germination pendant plusieurs années, voire
plusieurs siècles. Il suffit que les conditions climatiques redeviennent favorables pour que le
champignon se développe là où des spores se sont un jour déposées.
Ainsi, il est très difficile de se débarrasser des spores ou de les rendre inactives. Nous ne pouvons
qu'empêcher leur développement.
Quelques espèces de champignons microscopiques Complément
Plus de 60 espèces susceptibles de coloniser les documents ont été recensées. Parmi elles, on
signalera particulièrement :
Gyrophana lacrymans Wulfen, communément appelée mérule pleureuse, champignon résistant,
très nuisible, spécifique du bois, mais qui peut aussi s'attaquer au papier et au cuir.
Chaetomium globosum Kunze
Plusieurs espèces d'aspergillus et de penicillium, qui prolifèrent plus volontiers à l'intérieur des
locaux qu'à l'extérieur ; notons que certains aspergillus peuvent être responsables chez l'homme
d'affections appelées aspergilloses qui peuvent aller d'une simple allergie bénigne, asthme,
mycose, à l'infection généralisée grave.
33
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Fusarium graminearum Schwabe : capable de coloniser tous les supports organiques
Alternaria alternata (Fr.) Keissler
Cladosporium cladosporioides (Fres.) de Vries
Stachybotrys atra Corda : d'aspect poudreux, d'abord blanche, devenant progressivement
noire à la sporulation. Certaines souches élaborent une toxine qui peut provoquer des
intoxications mortelles pour l'homme et les animaux.
Mais on cite aussi beaucoup d'autres espèces nuisibles (mucor, rhyzopus, stemphilium, alternaria,
trichoderm, trichotecium).
[Link]. Les conditions favorables
Les conditions favorables au développement des moisissures sont les suivantes :
la présence d'un support de croissance : la plupart des matériaux entrant dans la composition
des documents d'archives peuvent convenir
un taux d' humidité suffisant dans le support de croissance : la plupart de ces matériaux
absorbent et retiennent en eux l'humidité
des conditions climatiques favorables : l'humidité et la chaleur sont les facteurs essentiels à
la germination des spores. Une humidité relative supérieure à 70% constitue l'une des
conditions idéales, mais avec l'augmentation de la température, les moisissures peuvent se
développer à une humidité relative beaucoup plus réduite. Les températures peuvent
s'échelonner de 15 à 35°C, l'idéal étant 30°C. Ces facteurs interviennent aussi dans la vitesse de
croissance des champignons microscopiques.
A noter enfin que la lumière n'est pas nécessaire au développement des moisissures qui prospèrent
très bien dans l'obscurité. Certaines espèces craignent même une exposition aux ultra-violets.
[Link]. Les matériaux attaqués
Les moisissures sont saprophytes, c'est-à-dire qu'elles se développent au dépend de matériaux
inertes variés, bois, papier, aliments. Les éléments nutritifs les plus importants sont le carbone et
l'azote. Incapables, contrairement aux plantes vertes, d'assimiler le gaz carbonique atmosphérique,
elles le puisent dans des matières organiques. Elles ont aussi besoin d'hydrogène, d'oxygène très peu,
de sorte qu'elles peuvent se développer en atmosphère confinée, de souffre, de potassium et de
magnésium. La plupart des composés naturels peuvent être utilisés par les champignons comme
sources de carbone et d'énergie. Presque tous les matériaux d'origine organique sont susceptibles
d'être attaqués par une espèce de moisissure ou une autre et donc de servir de substrat à leur
développement.
Toutefois, certains produits, comme la cellulose, l'amidon, les protéines, doivent être transformés au
préalable par la moisissure avant d'être absorbés. Celle-ci doit disposer d'enzymes adaptés pour cette
transformation, d'où une certaine spécialisation des champignons qui ne s'attaquent pas tous aux
mêmes matériaux.
Les matériaux d'origine organique entrant dans la composition des documents sont principalement
les fibres cellulosiques
les encollages, charges et apprêts à base d'amidon, de caséine et de gélatine
les colles naturelles d'origine végétale ou d'origine animale
le cuir et le parchemin
la gélatine des négatifs et des épreuves photographiques.
34
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
[Link]. Les bactéries
Les bactéries sont aussi organismes microscopiques susceptibles de détériorer les documents.
Contrairement aux champignons, elles sont unicellulaires. L'unique cellule comprend un cytoplasme,
une membrane cytoplasmique, un noyau à un seul chromosome, des cils, une capsule, une paroi et
éventuellement une spore thermorésistante.
Lorsqu'elles produisent des spores, celles-ci sont inférieures à un demi-micron.
Très diversifiées selon les espèces, elles peuvent être sphériques ou cylindrées, en spirale ou
filamenteuses.
Les bactéries qui s'attaquent à la cellulose des documents sont des bactéries cellulolytiques
aérobies, c'est-à-dire qu'elles ont besoin d'oxygènes, en opposition aux bactéries cellulolytiques
anaérobies qui jouent un rôle essentiel dans la digestion des ruminants par exemple.
Les bactéries les plus connues se nomment cytophaga, sporocytophaga, cellfalcicula, cellvibrio,
serratia, nocardia, streptomyces.
[Link]. Les dégâts dus aux micro-organismes
Les micro-organismes sont extrêmement dangereux à cause de leur diffusion universelle et leur
capacité à "digérer" le papier, le cuir et le parchemin.
Les principaux dégâts se traduisent par :
une fragilisation extrême pouvant aller jusqu'à la disparition totale du substrat atteint
Certains champignons peuvent dégrader la cellulose du papier en glucose : ce type de dégradation
peut aboutir à la destruction totale du document.
Document en partie détruit par des micro-organismes.
Cliché A. Giovannini.
Document en partie détruit
Si le développement des colonies est moins intense, le matériel attaqué devient d'abord plus fragile : il
devient par exemple impossible de tourner les pages d'un document attaqué, le papier, devenu mou,
se disloquant littéralement sous les doigts.
l'apparition de taches colorées
Certaines colonies de micro-organismes colorent le terrain sur lequel elles se développent de teintes
très diverses: blanc, gris, jaune, rouge, violet, rose, vert, bleu, brun et noir. Les avis sont partagés sur
l'origine de ces colorants : certains les attribuent à la partie reproductrice, d'autres pensent que ce sont
les produits finaux du métabolisme des micro-organismes. Ce qui est certain, c'est que les taches ainsi
produites sont le plus souvent indélébiles.
35
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Estampe marquée par des tâches de moisissures. Cliché A.
Giovannini.
Estampe marquée par des
tâches
D'autre part, la couleur des taches ne permet pas l'identification de l'espèce contaminante, car elle
peut varier aussi en fonction du pH du support et des substances contenues dans le matériau attaqué.
On pense aujourd'hui que l'altération des papiers des XVIIIe et XIXe siècles que l'on appelle " foxing " —
papier piqué, parsemé de petites taches rousses — serait essentiellement due aux micro-organismes.
En réalité, l'attaque des micro-organismes peut se développer en plusieurs vagues. Par exemple,
les substances complémentaires contenues dans le papier (colles dans les papier anciens, par exemple)
peuvent être d'abord attaquées par des bactéries banales, qui seront suivies par des micro-organismes
plus spécifiques, suivis à leur tour par des micro-organismes très spécialisés qui n'attaquent qu'une
seule matière
Développement de moisissures sur un registre devenu
un bloc soudé par les micro-organismes . Cliché A.
Giovannini.
Développement de moisissures sur un
registre
Infection généralisée. Cliché A. Giovannini.
Infection généralisée
36
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Dans tous les cas, la perspicacité du diagnostic est essentielle pour déterminer quelles sont les
mesures à prendre.
1.5.2. Les insectes
Les insectes constituent une menace très importante pour les services d'archives. Papier, cuir,
parchemin, bois et colles d'origine animale ou végétale sont autant d'aliments pour au moins soixante-
dix espèces d'insectes appartenant à plusieurs ordres et familles.
Les insectes peuvent pénétrer dans les magasins d'archives par différentes voies :
voies d'accès physiques : fenêtres, portes, fissures, canalisations ou conduits d' aération
introduction dans les dépôts de fonds déjà infestés ou d'autres éléments (cartons d'emballage
arrivant avec des livraisons de livres ou de machines)
Tous les insectes se multiplient en déposant des œufs en nombre variable selon les espèces. Si les
conditions sont favorables, leur développement peut être très rapide et les dommages qu'ils causent
peuvent devenir très graves.
De fait, plusieurs facteurs ont une influence déterminante sur la vitesse de développement des
insectes :
La température : toutes les fonctions vitales sont accélérées par la chaleur et ralenties par le
froid, c'est pourquoi les insectes prolifèrent en permanence dans les zones tropicales et
équatoriales et davantage en été dans les zones tempérées. D'une manière générale, la
température la plus favorable dans la plupart des cas se situe entre 25 et 35°C.
L'humidité : les insectes ne boivent pas, mais on besoin d'eau comme tout être vivant.
L'hydratation de leur corps dépend de l'humidité ambiante. Les conditions idéales de
développement se situent pour la plupart des insectes entre 70 et 100% d'humidité relative.
L'obscurité : très généralement, la lumière gêne le développement des insectes. Du reste,
beaucoup ont des mœurs plutôt nocturnes.
La tranquillité : l'absence de circulation d'air, de bruits et de vibrations constituent des
conditions favorables. La présence de niches petites cavités, fissures, anfractuosités, recoins
obscurs aide à l'installation et au développement des insectes.
La présence d'éléments nourriciers : de ce point de vue, les archives constituent pour certains
insectes une véritable manne. Mais ce n'est pas la seule nourriture qui peut les attirer :
l'accumulation de poussières, de saletés, la présence d'aliments à proximité ou dans les
magasins, même sous forme de miettes minuscules, de cadavres d'autres insectes ou animaux
sont autant de facteurs favorables.
Tous les insectes se reproduisent en pondant des œufs. Ceux-ci représentent le stade de
développement le plus résistant et aussi le plus difficile à déceler.
Des œufs naissent les larves. Selon la forme de la larve par rapport à celle de l'insecte adulte, on peut
classer les insectes en deux groupes :
Premier groupe : les larves ont presque le même aspect que les adultes, avec des
dimensions plus réduites et quelques caractères différents. Dans ce groupe, les espèces
parmi les plus répandues se trouvent dans les familles suivantes : les blattidés, les liposcélidés ,
les lépismatidés.
Deuxième groupe : la larve a un aspect complètement différent de celui de l'adulte, elle
prend souvent la forme d'un ver ou d'une chenille. Quand la larve a atteint un développement
suffisant, elle se transforme en nymphe ou pupe, stade intermédiaire apparemment inactif à
partir duquel se développe, au cours d'une dernière transformation, l'insecte adulte qui se
reproduit et recommence ainsi le cycle vital. Ce deuxième groupe est majoritaire dans les
bibliothèques et les archives. Les deux principales familles à signaler sont de l'ordre des
37
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
coléoptères : les anobiidés (plus connus des archivistes sous le nom de vrillettes), les
dermestidés. Bien que la larve ne soit pas vermiforme, nous rattacherons à ce groupe une
famille très importante et redoutable pour les archives de l'ordre des isoptères : les termit es .
[Link]. Les blattidés
Les blattes comprennent de nombreuses espèces, mais ont un certain nombre de points communs :
elles aiment toutes l'humidité, les lieux sombres et la tranquillité
elles ne sont pas des insectes sociaux avec une organisation structurée, mais elles sont grégaires
: elles sécrètent une phéromone d'agrégation, substance odorante qui incite les individus d'une
même espèce à se regrouper. Elles créent ainsi dans les abris où leurs excréments sont
abondants des lieux où elles se sentent en sécurité. Lorsque l'on surprend une blatte dans un
bâtiment, on peut donc supposer valablement qu'il y en a beaucoup d'autres. Il est
important de repérer leurs niches pour organiser la lutte.
elles sortent et vaquent à leurs occupations de préférence la nuit ; lorsqu'on les voit circuler de
jour, c'est qu'elles ont été dérangées dans leur niche habituelle. Cela peut aussi être le signe
d'une population très élevée.
Elles sont très craintives et réagissent vivement à toute vibration du sol et à tout mouvement de
l'air, sentant venir de loin l'ennemi avant même de le voir.
omnivores, elles se nourrissent toutes des matières organiques contenues dans les
documents et les livres (cellulose du papier, cuir, parchemin, colles d'origine végétale et
animale), mais aussi de produits alimentaires, d'excréments et de cadavres. C'est pourquoi elles
infestent volontiers bibliothèques, services d'archives, dépôts d'ordures, égouts et cuisines.
les femelles adultes déposent périodiquement des oothèques, sorte de petits sacs contenant
entre 16 et 48 embryons selon les espèces. Arrivés à maturité, les embryons devenus larves
sortent des oothèques et commencent à se nourrir. Leur croissance s'accompagne de plusieurs
mues successives.
les conditions idéales de leur développement sont une température de 25 à 30°C et une
humidité relative de 70%, mais toutes les blattes, même celles qui vivent dans les pays chauds,
supportent des températures très basses, celle d'un réfrigérateur par exemple. Ce n'est qu'en
dessous de – 5°C qu'elles commencent à se dégrader et meurent. En conséquence, la
climatisation ne les décourage pas.
elles peuvent toutes grimper sur une surface verticale irrégulière, grâce aux griffes qu'elles ont
au bout des pattes (on les sent très bien lorsqu'elles courent sur la peau).
la plupart d'entre elles émettent une odeur nauséabonde.
elles sont nuisibles à tous les stades de leur développement, non seulement pour les
documents, mais aussi pour les êtres humains, chez qui elles peuvent provoquer phobies,
maladies et allergies.
Une autre espèce très commune en Amérique du Nord, la blatte des meubles (blatte à bandes brunes,
supella longipalpa Fabr.) est une petite blatte d'à peu près la même taille que la blatte germanique, de
la famille des blatellidés. Elle infeste surtout les habitations chauffées. Bien qu'apparaissant dans notre
galerie de photographies, nous n'avons pas présenté de fiche en raison de son peu d'intérêt pour les
archivistes.
Parmi les nombreuses espèces existantes, les plus fréquentes dans les archives sont :
La blatte germanique
La blatte américaine
La blatte orientale
La blatte australienne
38
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
La blatte germanique
(cf. blatte germanique)
La blatte américaine
(cf. blatte américaine)
La blatte orientale
(cf. blatte orientale)
La blatte australienne
(cf. blatte australienne)
[Link]. Les liposcélidés
Parmi les liposcélidés, l'espèce la plus rencontrée par les archivistes et bibliothécaires est
le pou des livres (poux des livres ou psocids). Cliché Urban Pest Control Research Center. A noter
que cette dénomination est sans fondement scientifique, car il ne s'agit nullement d'un pou.
Le pou des livres
(cf. pou des livres)
[Link]. Les lépismatidés
Les lépismatidés sont des insectes très primitifs, considérés comme des fossiles vivants.
Les deux principaux représentants de cette famille sont :
Le poisson d'argent
La thermobie
Le poisson d'argent
(cf. poisson d'argent)
[Link]. Les anobiidés
Les espèces les plus communes causant des dégâts dans les archives sont :
la vrillette du pain (lien vers fiche)
la vrillette domestique (lien vers fiche)
La vrillette du pain
(cf. vrillette du pain)
La vrillette domestique
(cf. vrillette domestique)
Les anobiidés ont les caractéristiques suivantes :
Au stade adulte, elles sont pourvues d'une paire d'élytres et d'une paire d'ailes fonctionnelles
qui leur permet de voler.
Leur cycle de vie comprend trois états successifs : la larve, la nymphe, l'adulte.
La larve creuse des galeries dans les matériaux dont elle se nourrit. Le diamètre des galeries
augmente avec la croissance des larves.
L'adulte sort du matériau dont s'est nourrie la larve par des trous d'émergence. Dans les galeries
et près des trous, on trouve une poudre faite de restes alimentaires et d'excréments.
39
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Les petits tas de poudre sur les rayonnages et les
volumes est symptomatique de la présence de vrillettes.
Cliché A. Giovannini.
Petits tas de poudre
[Link]. Les dermestidés
Les espèces les plus communes causant des dégâts dans les archives sont :
Le dermeste du lard
Les attagènes, principalement le charançon des tapis et le charançon des fourrures
Les anthrènes, principalement le charançon des vêtements et l'anthrène des musées.
Le dermeste du lard
(cf. dermeste du lard)
Les attagènes
(cf. attagènes)
Les anthrènes
(cf. anthrènes)
Complément
Les dermestidés ont en commun les caractéristiques suivantes :
Au stade adulte, ils sont pourvues d'une paire d'élytres et d'une paire d'ailes fonctionnelles qui
leur permet de voler.
Bien qu'aimant l'humidité, ils résistent mieux que d'autres d'insectes à un taux d'humidité
réduit.
Leur cycle de vie comprend trois états successifs : la larve, la nymphe, l'adulte.
Leurs larves se nourrissent de préférence de produits riches en protéines animales : le nom
"dermeste" a pour racine "derme".
Pour se protéger au moment où elles vont devenir nymphes peuvent quitter le matériau dont
elles se sont nourries pour s'enfoncer dans un autre matériau compact non nourrissant. L'adulte
sort de ce matériau par des trous d'émergence.
Les adultes ont plutôt un régime végétarien et ne sont donc pas directement nuisibles aux
documents.
Les espèces les plus communes causant des dégâts dans les archives sont :
Le dermeste du lard
Les attagènes, principalement le charançon des tapis et le charançon des fourrures
Les anthrènes, principalement le charançon des vêtements et l'anthrène des musées.
40
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Larve d'anthrène des musées. Cliché A. Giovannini.
Larve d'anthrène
[Link]. Les termites
Les termites sont répandus dans le monde entier : ils prolifèrent particulièrement dans les zones
tropicales humides et équatoriales, mais on en trouve aussi quelques espèces dans les zones
tempérées.
On dénombre de par le monde plus de 2000 espèces de termites différentes, qui se répartissent
essentiellement en deux grands groupes :
Les termites souterrains
Les termites de bois sec
Les termites souterrains construisent leur nid (termitière) dans le sol ou dans du bois en contact avec
le sol. Ils se déplacent à l'intérieur de galeries tunnels (cordonnets) qu'ils construisent eux-mêmes et
qui les protègent de la lumière et d'un desséchement excessif. Les conditions favorables de leur
développement sont :
L'obscurité
L'humidité : la présence d'eau à proximité leur est indispensable
Une température élevée naturelle (climat, saison) ou artificielle (chauffage).
Toutes sortes d'espèces appartiennent à ce groupe dans le monde entier, y compris dans des pays
tempérés.
En France, ... Exemple
...plusieurs espèces de termites souterrains existent et sont en pleine extension. L'espèce la plus
répandue et la plus redoutable pour l'habitat humain est le termite de Saintonge (Reticulitermes
santonensis) que l'on trouve maintenant dans tout l'ouest depuis la Gironde jusqu'en région
parisienne. Dans les régions tropicales françaises, on peut citer l'heterotermes dans la Caraïbe et en
Guyane, très proche du reticulitermes, le coptotermes à la Réunion et en Guyane, les nasutitermes en
Martinique, en Guadeloupe et en Guyane.
Les termites de bois sec nichent directement dans le bois dont ils se nourrissent. Ces espèces se
rencontrent davantage dans les pays chauds, tropicaux et équatoriaux, mais aussi dans les régions les
plus chaudes des pays tempérés.
En Espagne Complément
Par exemple :
Le termite au cou jaune (kalotermes flavicolis), abondant en Espagne, peut à présent se trouver dans
les départements méditerranéens de France, où toutefois sa présence est beaucoup plus fréquente en
milieu naturel que dans les habitations.
41
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Les termites sont des insectes de couleur blanchâtre, mesurant entre 5 et 8 mm et ressemblant à
première vue aux fourmis, d'où leur surnom de "fourmis blanches". Leur forme est diversifiée selon
leurs fonctions.
En effet, ce sont des insectes dits " sociaux" qui vivent en colonies dont l'organisation est complexe.
Chaque individu fait partie d'une "caste" chargée d'une fonction précise à laquelle sa morphologie le
destine.
Le couple royal a pour unique mission la reproduction : la reine pond des milliers d'œufs
minuscules d'où sortent des larves blanches, au début indifférenciées, appelées à se diversifier
en trois castes :
Les ouvriers : très majoritaires, ils sont dépourvus d'ailes, aveugles et stériles ; ils ont pour
missions de
construire les cordonnets maçonnés avec des granules de terre (termites souterrains)
creuser les galeries dans le matériau nourricier, digérer la cellulose et la régurgiter pour
nourrir les autres castes
nettoyer l'ensemble de la termitière
Pour ce faire, ils sont pourvus de redoutables mandibules d'une force insoupçonnable chez des être si
petits et d'apparence si fragile.
Les nymphes : ce sont les larves qui sont appelées à devenir
Soit des adultes ailés, propres à essaimer
Soit des individus "néoténiques", qui, bien que conservant la morphologie d'une larve,
acquièrent la faculté de se reproduire.
Les soldats ont pour mission de défendre la colonie contre les prédateurs, plus particulièrement
contre leur principal ennemi : les fourmis. Ils sont blanchâtres, dépourvus d'ailes et stériles. Ils
ont une grosse tête d'un roux brunâtre armée de fortes mandibules. Ils sont plus grands que les
autres individus (8mm).
Les adultes ailés sont sexués ; ils ont le corps noir ou marron selon l'espèce et sont pourvus de deux
paires d'ailes identiques et dépassant la longueur du corps : ils ressemblent beaucoup à des fourmis
ailées. Il est capital d'apprendre à les distinguer pour pouvoir engager correctement et rapidement les
moyens de lutte. Trois signes distinctifs ont été relevés par les entomologistes :
Signe Fourmis Termites
Forme du corps Corps marqué d'une taille pas de taille marquée
Ailes supérieures plus
Les deux paires d'ailes sont
Longueur des ailes longues que les ailes
de la même longueur
inférieures
Forme des antennes Antennes coudées Antennes droites
La forme des antennes est l'élément le plus sûr et le plus facile à distinguer.
Les termites se nourrissent uniquement de matériaux cellulosiques. Bien que préférant le bois non
vivant légèrement humide, ils peuvent aussi se nourrir de papiers, de cartons, de tissus d'origine
végétale. Les termites venant du sol pénètrent en général dans les habitations pour trouver leur
nourriture : ils s'attaquent d'abord aux éléments en bois de la construction charpentes, escaliers,
colombages, notamment dans les bâtiments anciens, de façon extrêmement insidieuse, car le bois est
entièrement rongé de l'intérieur et sa surface, souvent réduite à une mince pellicule, reste en
apparence intacte. Il peuvent ensuite passer aux meubles, aux livres et aux archives. Ils récupèrent le
42
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
matériau nourricier en y creusant des galeries. Les reproducteurs s'y installent, ainsi que leur
couvain. Plusieurs sites de nourrissage reliés entre eux par un réseau de galeries peuvent ainsi être
exploités.
La dissémination des termites peut se faire de deux façons :
Par essaimage : à certains moments de l'année (à la fin de l'hiver ou au printemps en zone
tempérée), les adultes ailés s'envolent, se dispersent non loin de la colonie-mère et forment des
couples. Ils perdent leurs ailes au cours de cette parade nuptiale en retombant sur le sol et
chacun des couples peut fonder une nouvelle colonie.
Par bouturage : une partie de la colonie se déplace, au sein de laquelle apparaissent en assez
grand nombre des individus "néoténiques". La colonie-mère peut ainsi, de façon
particulièrement insidieuse, donner naissance à tout un réseau de nouvelles colonies reliées
entre elles par des tunnels. C'est ainsi que certains quartiers urbains se trouvent complètement
envahis.
Les dégâts causés peuvent être énormes, si l'infestation n'a pas été décelée. L'invasion d'un
bâtiment par les termites pouvant être particulièrement insidieuse, il est indispensable, si l'on est dans
une zone infestée, d'exercer une surveillance constante et de connaître les signes d'alerte :
La présence de tas de boue et de cordonnets à la surface des murs, du bois, des sols indique
une infestation par des termites souterrains. Il suffit de suivre les cordonnets pour atteindre les
documents infestés. Une fois rompu le cordonnet, les termites qui se trouvent dans les
documents meurent et ils n'est pas nécessaire d'appliquer un autre traitement. En revanche, il
est indispensable de traiter le bâtiment.
La présence de tas de poudre coniques révèlent l'infestation par les termites de bois sec : ces
tas sont formés de déjections granuleuses. N'ayant pas besoin d'être reliés à une termitière
enfouie dans le sol, ils peuvent infester des rayonnages en bois et des documents en y formant
une nouvelle colonie et en les vidant intégralement de leur substance. Il n'y a donc ni tunnels
apparents, ni tas de boue.
Dommages causés par les poissons d'argent et les
blattes sur un document papier. Cliché A.
Giovannini.
Dommages causés par les poissons d'argent et les
blattes
Dommages provoqués par des insectes. Cliché A.
Giovannini.
Dommages provoqués par des insectes
43
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Reliures endommagées par des insectes, probablement des
anobiidés ou des dermestidés attirés par la colle. Cliché A.
Giovannini.
Reliures endommagées par des
insectes
1.5.3. Les rongeurs et autres animaux
D'autres animaux peuvent trouver refuge dans les services d'archives ou dans des lieux de stockage de
documents et y causer des dégâts.
Les rongeurs sont les plus fréquents.
[Link]. Les rongeurs
Ce sont essentiellement :
les souris
les rats
Les souris ne mesurent que 80mm de la pointe du museau au bout de la queue. Elles peuvent se
glisser en s'aplatissant considérablement sous une porte dans un espace d'1,5 cm. En zone
tempérée, elles cherchent refuge dans les bâtiments en automne, dès les premiers froids. Elles
déchiquettent le papier pour faire leur nid. De plus elles laissent leurs excréments et leurs urines qui
tachent les documents. Les excréments de souris sont lisses, foncés et de forme généralement pointue.
Les rats sont sociables et vivent en colonies qui peuvent atteindre plusieurs centaines d'individus.
Leur taille est d'environ 45cm de la pointe du museau à la queue. Parmi les 180 espèces recensées, les
plus connues sont :
le rat noir (rattus rattus) : de couleur gris foncé, il est pourvu d'une queue longue et effilée. Il est
bon grimpeur et envahit volontiers les greniers et les combles.
le surmulot ou rat d’égout (rattus norvegicus) : il est brun, plus lourd, plus massif avec une
queue courte et épaisse. Il ne grimpe pas bien et se cantonne aux rez-de-chaussée, caves et
égoûts.
Les dégâts causés par les rats sont moins fréquents que ceux des souris, car ils nichent dehors, dans
des terriers souterrains. De plus, il leur faut un moyen d'accès assez important qu'ils n'ont pas, en
général, dans les magasins d'archives. Mais ils peuvent s'introduire dans des bâtiments industriels ou
administratifs désaffectés où seraient encore stockés des archives, par exemple. Ils ne s'attaquent aux
documents que pour user leurs incisives. Les marques sur les documents endommagés sont
beaucoup plus grosses que celles des souris. De plus, ils laissent leurs excréments et de leurs urines.
Les excréments de rats sont plus gros, de forme ovale, et se concentrent dans les recoins protégés des
pièces.
44
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Marques de dents de rongeurs. Cliché A. Giovannini.
Marques de dents
Document endommagé par l'urine des rongeurs. Cliché
A. Giovannini.
Document endommagé par l'urine
[Link]. Autres animaux
D'autres animaux peuvent pénétrer dans des locaux où sont entreposées des archives et causer des
dégâts :
Les oiseaux, notamment les pigeons. Ils souillent les documents de leur fiente. De plus, la
proximité de leurs nids désaffectés peut être l'origine d'une infestation par les dermestidés.
Les chauves-souris : elles envahissent volontiers les greniers et les combles où elles nichent.
Elles souillent les documents de leur fiente et de leur urine qui tache de façon indélébile .
Surtout, leur fiente peut contenir le germe de l'histoplasmose. Cette maladie fongique se
transmet à l'homme par l'inhalation de poussières résultant de la décomposition de la fiente de
chauve-souris. Elle atteint essentiellement les poumons et peut être mortelle. Il est essentiel
lorsque l'on travaille dans un local où ont séjourné des chauves-souris, pour un sauvetage
d'archives par exemple, de se protéger en portant des gants et un masque anti-poussière.
1.6. Les facteurs humains
Les facteurs humains ne sont pas négligeables dans la
dégradation des documents.
Le rangement et le conditionnement, la manipulation
et l'utilisation des documents peuvent être à l'origine
de dommages importants, surtout d'ordre
mécanique.
Il ne faut pas banaliser ce type de dommages, d'autant
qu'ils sont souvent beaucoup plus faciles à éviter, par
des mesures simples et peu coûteuses, que ceux
provoqués par les conditions climatiques, par exemple
Les facteurs humains
45
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
1.6.1. Les dommages mécaniques
Les dommages mécaniques peuvent être dus :
à de mauvaises conditions de rangement et de conditionnement
à des erreurs de manipulations
Voici par exemple un rayonnage dans lequel il est urgent
de mettre de l'ordre si l'on veut éviter de nombreux
dommages mécaniques. Cliché A. Giovannini.
Exemple de rayonnage
[Link]. Les volumes reliés
Les volumes reliés — livres et registres — mal entreposés peuvent subir des déformations qui
affectent essentiellement la reliure. Une fois celle-ci détériorée, les pages, beaucoup plus
vulnérables sans leur protection, s'abîment à leur tour. Il est souvent impossible de restaurer des
volumes déformés sans démonter totalement la reliure.
Plus le volume est grand, épais et lourd — c'est très souvent le cas des registres — et plus la reliure
est souple — soit d'origine, soit à cause d'altérations diverses—, plus les risques sont importants.
Ces volumes de grande taille ont été conservés debout,
ce qui a occasionné des déformations. Clichés A.
Giovannini.
Volumes de grande taille
La déformation peut affecter soit le dos du volume, soit
son corps.
La déformation du dos, qui, de convexe ou plat devient
concave, entraîne la celle de la tranche de gouttière qui,
de ce fait, n'est plus protégée par la reliure. Les forces
exercées alors sur les charnières peuvent entraîner la
dissociation complète du corps et de la reliure.
Déformation du dos
déformation du corps (cf. anne-marie_anim_4.swf)
46
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Les déformations du corps se rencontrent surtout sur des volumes très souples ou peu épais de
très grande dimension. Elles sont typiques des volumes manquant d'appui latéral sur une étagère en
partie vide ou mal calés par des serre-livres inadaptés par exemple.
livre glisse (cf. anne-marie_anim_1.swf)
Un volume très souple et lourd, placé entre des volumes plus stables, peut glisser derrière ses
voisins ; la partie qui se trouve alors sans soutien latéral se déforme rapidement. C'est souvent le cas
sur des rayonnages mobiles à la suite d'un maniement peu précautionneux.
(cf. anne-marie_anim_3.swf)
Un volume appuyé obliquement subit aussi une déformation qui impose une forte tension à ses
charnières et à sa couverture.
livre oblique (cf. anne-marie_anim_2.swf)
[Link]. Les brochures et feuilles isolées
Les brochures et les cahiers isolés sont particulièrement fragiles et exposés aux déformations, plis
et déchirures. La plupart des brochures ne supportent pas le rangement vertical que ce soit sur une
étagère
Les documents souples ne supportent pas le stockage à
la verticale. Clichés A. Giovannini.
Documents souples
47
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Image 12 Document isolé
ou dans une boîte, surtout si cette dernière n'est pas entièrement remplie.
feuille (cf. anne-marie_anim_5a.swf)
feuille 2 (cf. anne-marie_anim_5b.swf)
Les documents sous forme de feuilles isolées de format A4 (France) ou de format 8½ x 11Québec) qui
forment la majorité des archives, sont souvent entassés dans des boîtes sans protection particulière.
Si la boîte est rangée verticalement et n'est pas entièrement remplie, les feuilles se déforment
comme les brochures ci-dessus.
A contrario, les boîtes excessivement remplies sont aussi une cause de dommages mécaniques, car
les utilisateurs vont avoir tendance à forcer pour remettre en place les documents, ce qui peut
occasionner plis et déchirures.
Ce conditionnement est trop petit pour les documents
contenus, ce qui engendre des dommages mécaniques.
Cliché A. Giovannini.
Conditionnement trop petit
L'utilisation de ficelles ou d'élastiques pour maintenir les documents en liasses occasionne des
coupures dans le papier. Par ailleurs, les élastiques se dessèchent et collent sur les documents
lorsqu'ils sont en contact direct avec eux.
[Link]. Les documents de grand format
Les documents de grand format sont naturellement plus menacés que les autres. Le risque de
dommages mécaniques augmente avec le format du document et avec la fragilité, originelle ou
acquise, de son papier.
48
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Plans et affiches sont ainsi fort mal conservés et risquent
de subir des dommages mécaniques. Cliché A.
Giovannini.
ff
Plans et a iches
Parmi les documents les plus menacés on trouve les dessins techniques et d'architecture, les
cartes et les plans, les affiches.
Le mode de conservation à plat est nettement préférable à tout autre, mais même ainsi, c'est au
cours des manipulations pour les extraire ou les remettre en place que ces documents risquent d'être
endommagés.
La conservation en rouleaux présente des inconvénients multiples :
Sans un support rouleau de carton ou noyau de bois, les rouleaux s'écrasent facilement et la feuille est
marquée de plis réguliers, souvent indélébiles. Les extrémités du rouleau et le côté de la feuille qui
reste à l'extérieur sont particulièrement exposés aux plis et déchirures. L'utilisation fréquente de
ficelles ou d'élastiques augmente encore les risques.
D'une manière générale, la conservation en rouleaux entraîne une déformation des feuilles : elles se
stabilisent dans cette forme, perdent leur souplesse et il devient difficile de les remettre à plat. En cas
de forte altération du papier, la feuille peut présenter des brisures ou déchirures régulières
correspondant à la moitié de la circonférence du rouleau ; plus le diamètre du rouleau est réduit, plus
ces dommages sont graves.
Ces plans sur papier épais et rigide ont gardé la forme
que leur a donnée le stockage en rouleau. Ils se
déchirent lorsqu'on essaie de les dérouler. Cliché A.
Giovannini.
Plans sur papier épais et rigide
[Link]. Les risques de frottements
Certains documents craignent les frottements. Une partie des encres anciennes peut craindre les
abrasions causées par le contact direct avec d'autres documents ; de nombreuses techniques
artistiques sont sensibles à ce danger, en particulier les œuvres tracées au crayon, à la sanguine ou
avec des pastels.
Les frottements entre les reliures peuvent entraîner des abrasions et la formation de déchirures sur
des cuirs délicats. Il faut notamment être particulièrement vigilant aux dégâts que peuvent infliger à
d'autres volumes des reliures munies de coins ou de fermoirs en métal sans protection.
49
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Cette reliure fragile a été endommagée par le frottement avec les autres
volumes. Par ailleurs, l'étagère est très mal rangée, de sorte que
l'entassement des volumes peut provoquer d'autres types de
dommages mécaniques. Cliché A. Giovannini.
Reliure fragile
Ces frottements peuvent être dus aux manipulations pour extraire ou remettre un volume sur l'étagère
ou aux vibrations engendrées par le mouvement d'étagères mobiles.
1.6.2. Les dommages chimiques
La mauvaise qualité de papiers et de cartons utilisés pour conditionner les documents peut être à
l'origine de dommages chimiques. En effet, les produits de l'altération chimique de ces matériaux
peuvent migrer vers les papiers avec lesquels ils sont en contact et accélérer les processus de
dégradation et de vieillissement naturels.
En effet, les produits de l'altération chimique de ces matériaux peuvent migrer vers les papiers avec
lesquels ils sont en contact et accélérer les processus de dégradation et de vieillissement naturels.
En effet, les produits de l'altération chimique de ces matériaux peuvent migrer vers les papiers avec
lesquels ils sont en contact et accélérer les processus de dégradation et de vieillissement naturels.
Ici, les documents ont été endommagés par le contact
avec une chemise en papier acide. Cliché A. Giovannini.
Documents endommagés
50
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Ce plan était enroulé sur un noyau de carton acide. Toute
la partie du document qui est restée en contact prolongé
avec ce carton a pris une coloration plus foncée. Cliché A.
Giovannini.
Plan enroulé sur un noyau de carton acide
En général, tout le matériel de bureau ordinaire devrait être proscrit pour la conservation à long terme.
Un phénomène similaire peut se produire lorsque des documents ayant des natures chimiques
différentes sont mis en contact, par exemple,des papiers pur chiffon avec des papiers de type industriel
essentiellement fabriqués à base de bois.
Les passe-partout et les fonds destinés à protéger les gravures les dessins, les photographies peuvent
avoir une influence néfaste si le matériau dont ils sont faits contient des impuretés du bois ou présente
un caractère acide.
Les agrafes, trombones, épingles, attaches parisiennes métalliques qui se trouvent fréquemment dans
les documents d'archives au moment de leur versement sont aussi des facteurs de risques et peuvent
causer des dommages aussi bien mécaniques que chimiques par suite de leur oxydation.
qui se trouvent fréquemment dans les documents d'archives au moment de leur versement sont aussi
des facteurs de risques et peuvent causer des dommages aussi bien mécaniques que chimiques par
suite de leur oxydation.
qui se trouvent fréquemment dans les documents d'archives au moment de leur versement sont aussi
des facteurs de risques et peuvent causer des dommages aussi bien mécaniques que chimiques par
suite de leur oxydation.
Ces éléments, lorsqu'ils sont déclarés inoxydables par les fournisseurs, peuvent être un peu moins
dangereux en pays tempéré, mais il faut bien noter qu'en climat tropical humide et équatorial,
aucun n'est inoxydable.
1.6.3. Les dommages dus aux autocollants
Les pièces collées sur les documents — étiquettes de cotation sur des registres par exemple —peuvent
occasionner des dommages locaux par l'action néfaste de la colle et du papier utilisé.
Les dommages dus à la colle peuvent être
peuvent être
directs : une colle chimiquement instable réagit avec le matériau sur lequel elle est appliquée et
entraîne une altération locale.
indirects : il peut être nécessaire de décoller les éléments collés, remplacer par exemple une
étiquette parce qu'elle est abîmée ou parce qu'il y a eu changement de cotation ; cette opération
peut s'avérer très difficile et endommager le document.
51
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Le démontage d'anciennes étiquettes a été source de dommages
pour ces reliures. Cliché A. Giovannini.
Démontage d'anciennes
étiquettes
Les autocollants sont utilisés dans les services d'archives pour l' étiquetage ou pour des réparations
rapides de feuilles ou de livres endommagés.
Recto...
Recto
...et verso d'une étiquette autocollante. La colle a migré
dans le papier, provoquant une tache au verso. Clichés A.
Giovannini.
Verso
Afin d'être bien conscient des dommages qu'ils peuvent causer, il est utile de comprendre la structure
et le mode d'action d'un autocollant. Un autocollant est formé par quatre couches. La couche de colle
est l'élément qui pose le plus de problèmes.
52
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
La structure d'un autocollant Complément
Un autocollant est formé de quatre couches :
une couche de papier ou de matière plastique
une couche de colle
une couche anti-adhérente qui empêche que l'autocollant colle sur lui-même
une couche de "primer" qui garantit l'adhésion de la colle au support de l'autocollant.
Macrophotographie d'un rouleau de ruban autocollant.
La colle a migré dupuis la surface de l'autocollant vers
les bords. De même, la colle migre dans le papier sur
lequel l'adhésif a été apposé. A terme, l'autocollant
cesse d'adhérer et il ne reste que la colle,souvent oxidée
et de couleur brunâtre dans le papier du document.
Cliché A. Giovannini.
Rouleau de ruban autocollant
Pour maintenir son pouvoir "autocollant", la colle ne doit ni sécher ni durcir. Assez liquide, elle ne se
stabilise pas : elle peut migrer dans le support sur lequel l'autocollant a été apposé et réagir avec
celui-ci. Il en résulte, à plus ou moins long terme, que la pellicule de papier ou de plastique de
l'autocollant se détache, ne laissant sur le support que la colle. Celle-ci réagit avec le support en
formant des produits, souvent de couleur jaunâtre ou brunâtre, qui peuvent être stables, très
difficilement solubles et qui posent des problèmes complexes pour la restauration. Il n'est pas rare
aussi que l'encre parte avec la pellicule de papier qui se détache, auquel cas il y a perte du texte.
Pour des usages à moyen et à long terme, les autocollants sont toujours inefficaces et dangereux.
Certains "autocollants pour archives", proposés pour l'étiquetage ou la réparation, utilisent des papiers
de bonne qualité et des colles chimiquement plus stables. Malgré toutes les allégations des
fournisseurs, ces autocollants ne sont guère plus recommandables, car il n'est pas possible de prévoir à
moyen ou long terme les réactions de la colle avec le support.
Les "autocollants temporaires", par exemple les étiquettes "Post-it", représentent, eux aussi, un certain
danger. En effet quand on détache l'étiquette provisoire, des traces de colle restent liées au papier et
leur nocivité à moyen ou à long terme est probable.
Enfin, l'utilisation de films en plastique transparent pour doubler entièrement la couverture de
documents brochés, pratique fréquente dans les bibliothèques de lecture publique, doit être exclue
pour la conservation à long terme.
1.6.4. Les dommages dus aux photocopies
La photocopie peut causer des dommages de types mécanique et chimique.
Elle provoque principalement des dommages mécaniques, particulièrement pour les documents
reliés : en effet la personne qui fait la photocopie est bien souvent obligée de casser la reliure du
volume ouvert à plat en appuyant fortement sur le dos pour obtenir une copie satisfaisante. Il existe sur
le marché quelques modèles de photocopieurs spéciaux pour bibliothèques munis d'une vitre
d'exposition à pan coupé, mais ils sont coûteux.
Les dommages mécaniques peuvent aussi être provoqués par les multiples manipulations
nécessaires à la photocopie, notamment lorsqu'il s'agit de documents de grande taille.
53
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Ce type de manipulation force et endommage la reliure.
Cliché A. Giovannini.
Photocopie
Les autres effets néfastes de la photocopie n'ont pas fait l'objet d'études scientifiques précises, mais
certains dangers sont souvent évoqués :
La décharge lumineuse produite par la photocopieuse est très intense et peut contribuer à la
dégradation du papier et à l'affaiblissement de certaines encres et couleurs sensibles, surtout si
le document est photocopié à plusieurs reprises. produite par la photocopieuse est très intense
et peut contribuer à la dégradation du papier et à l'affaiblissement de certaines encres et
couleurs sensibles, surtout si le document est photocopié à plusieurs reprises.
produite par la photocopieuse est très intense et peut contribuer à la dégradation du papier et à
l'affaiblissement de certaines encres et couleurs sensibles, surtout si le document est
photocopié à plusieurs reprises. En cas de photocopies multiples d'un même original, la vitre du
photocopieur devient de plus en plus chaude : cette chaleur est néfaste au document.
Les forts courants électrostatiques dans certains photocopieurs produisent un dégagement
d'ozone ; si l'aération est insuffisante, l'atmosphère ainsi polluée accélère le vieillissement des
documents se trouvant dans cet environnement. Elle peut également être nuisible pour les
personnes, en cas d'utilisation intensive de ces appareils.
1.6.5. Les dommages dus aux réparations «bricolées» et aux restaurations
non conservatives
Face à un document endommagé, la tentation d'exécuter rapidement une réparation avec les "moyens
du bord" est forte. Les réparations "bricolées" et les restaurations non conservatives causent
souvent des dommages qui n'apparaissent qu'à moyen ou à long terme et sont très difficiles,
parfois même impossibles à corriger.
L'usage d'autocollants ou de colles "ordinaires" vendus dans le commerce cause souvent à terme
davantage de dégâts qu'une absence d'intervention. Même les autocollants vendus par des
fournisseurs spécialisés dans les matériaux de conservation doivent être regardés avec méfiance.
Ce document a subi une réparation ancienne avec du
ruban adhésif. Même après s'être détaché ou avoir été
retiré volontairement, l'autocollant laisse les traces
brunâtres de la colle qui a migré dans le support. Cliché
A. Giovannini.
Réparation ancienne
54
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Encore une réparation malheureuse d'un document déjà
fort endommagé. Cliché A. Giovannini.
Réparation malheureuse
Une restauration peut devenir destructive de diverses façons :
D'une part, beaucoup de restaurations ont eu pour conséquence la perte définitive de matières
originales ou d'informations contenues dans le document , par exemple :
la perte ou la modification d'une reliure ou de ses parties
le rognage des feuilles
un nettoyage des marges qui peut effacer des mentions marginales devenues visibles
seulement par fluorescence UV à la lampe de Wood
l'absence d'un rapport détaillé sur les caractéristiques du document
D'autre part, les méthodes utilisées pour la restauration peuvent être nuisibles à la conservation,
par exemple :
Dans le passé, beaucoup de restaurations ont été excessives et ont entraîné une
modification du document bien au-delà du strict nécessaire.
Certains traitements, bien qu'efficaces à court terme, peuvent être nocifs à long terme.
Les dommages dus aux lavages et blanchiments "au juger" du papier, les applications de
vernis et couches protectrices, les réparations avec des papiers et des colles inadéquates,
les traitements des cuirs avec des produits inadéquats, etc. posent des problèmes de
restauration plus grands que si le document n'avait pas été traité.
Certaines méthodes de restauration, bien que correctes, ne sont pas adaptées, de par leur
nature ou leur mode d'application, aux caractéristiques du document. Par exemple, le
traitement aqueux d'un papier acide peut provoquer un affaiblissement des encres.
Toute réparation, toute restauration doit être effectuée par un spécialiste compétent, après un
diagnostic précis et selon un protocole décrit dans une fiche détaillée d'intervention.
55
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
Document en parchemin grossièrement réparé avec du papier et une
colle non appropriée. Cliché A. Giovannini.
Document en parchemin
Ce parchemin a subi un traitement chimique destiné à
renforcer la couleur de l'encre du texte. Il est
irrémédiablement taché. Cliché A. Giovannini.
Traitement chimique
1.6.6. Les dommages dus aux manipulations
Le geste d'extraire un document d'une étagère ou de le ranger peut être source de dommages, s'il est
exécuté avec maladresse et sans précaution :
En attrapant un volume relié par la coiffe, qui est une des parties les plus fragiles de la reliure, on
peut la déchirer.
En forçant un volume à entrer dans une place trop étroite, on peut plier ou déchirer les pages
extérieures
En cherchant à créer une place suffisante pour le volume que l' on désire ranger, on peut faire
glisser et déformer d'autres volumes
Pendant le transport des documents à l'intérieur du service, il est aussi possible de causer des
dommages.
Par exemple, dans un chariot où les documents sont entassés pêle-mêle :
les documents les plus fragiles peuvent être écrasés par des registres lourds posés au-dessus
certains peuvent tomber à terre
d'autres, qui dépassent, peuvent heurter les murs.
Certains types de documents sont particulièrement sensibles aux pressions et aux chocs : c'est le cas
par exemple de tous les types de sceaux.
56
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
1.6.7. Les dommages dus à l'utilisation
Les dégâts dus à la manipulation ou à l'utilisation sont souvent causés par les lecteurs. Les dommages
peuvent être de type physique ou chimique.
Il peuvent être causés, par exemple :
par des manipulations maladroites et des habitudes néfastes
On peut endommager les documents reliés — particulièrement les reliures anciennes qui
s'ouvrent difficilement —, les parchemins, les plans roulés en forçant leur ouverture ou en
les déroulant.
Le papier peut être altéré par le contact avec des objets durs ou épais utilisés comme
signets, par une manipulation peu soigneuse des pages et feuillets.
L'utilisation des documents comme sous-main pour écrire laisse fréquemment des traces
en creux dans le papier et peut entraîner la cassure de papiers très fragiles.
Les documents de grand format sont facilement endommagés si on ne les manipule pas
des deux mains et avec soin.
Les documents scellés sont particulièrement fragiles : le simple choc d'un sceau sur une
table de travail non recouverte d'une matière souple — feutre, par exemple — peut briser
ou provoquer le détachement de fragments des sceaux en cire.
Par l'utilisation de matériel dangereux ou nocifs :
Il est rare que des lecteurs écrivent sur les documents, mais l'utilisation d'encre pour la
prise de notes, que ce soit en flacon, avec un stylo à bille ou avec un stylo à encre, est un
risque non négligeable de tache sur les documents, soit par éclaboussure, soit par geste
brusque. C'est pourquoi de plus en plus de services exigent l'utilisation exclusive de
crayons à papier.
L'utilisation de signets autocollants de type "post-it" laisse souvent des reliquats de colle
invisibles ; si ces signets sont oubliés entre les pages, ils peuvent devenir nuisibles à
moyen terme pour le papier ou pour le texte.
Par des actes de vandalisme et des vols :
La mutilation, par découpage avec une lame de rasoir ou par déchirement d'une page est toujours à
craindre.
Page de manuscrit découpée : le vandale a
probablement pris une partie du texte qui comportait
une lettrine ou une enluminure. Cliché A. Giovannini
Page de manuscrit découpée
Par la simple manipulation à mains nues et l'apport de substances organiques :
La manipulation des documents avec des mains sales ou moites apporte localement de
l'humidité, des graisses et d'autres réactifs chimiques qui peuvent altérer support et
écritures manuscrites. De plus, le frottement des doigts sur des encres et des pigments de
documents non imprimés provoque des altérations aussi bien physiques que chimiques.
57
1. Les grands facteurs communs de détérioration des documents
La manipulation directe à mains nues de tous les supports photographiques cause le plus
souvent des dommages irréversibles. Cette observation est valable également pour les
bulles en plomb qui scellent certains documents. C'est pourquoi dans certains services
d'archives, des gants sont fournis aux lecteurs.
L'habitude d'humecter les doigts sur les lèvres avant de tourner les pages a des
conséquences négatives pour la conservation : par ce geste on apporte de l'humidité, des
protéines et des sucres de la salive et on fixe sur la page la saleté qui se trouvait sur les
doigt.
Le simple fait de parler au-dessus d'un document équivaut à l'arroser de micro-
gouttelettes de salive qui sont nocives pour la conservation.
58
2. La détérioration des matériaux II
Introduction
Tous les grands facteurs communs de détérioration étudiés dans le chapitre 1 sont susceptibles
d'intervenir dans les processus de dégradation des documents, quels que soient les matériaux qui les
composent.
Mais il convient de considérer deux aspects plus spécifiques :
chaque matériau a sa façon de réagir par rapport à ces facteurs
certains matériaux possèdent en eux-mêmes des facteurs endogènes de détérioration : c'est
notamment le cas du papier.
2.1. Le papier
Nous considérerons trois types de facteurs de détérioration du papier :
Les facteurs endogènes, liés aux propriétés de la cellulose et à son vieillissement naturel
Les facteurs internes, liés aux autres composants du papier selon les procédés de fabrication
Les facteurs externes et leur influence particulière sur la détérioration du papier.
2.1.1. Les facteurs endogènes
Ces facteurs endogènes provoquent une altération de la cellulose.
Toute modification de la structure chimique ou de la disposition spatiale de la molécule de cellulose a
pour conséquence des changements importants et directement perceptibles de ses qualités.
Les processus d'altération ont lieu d'abord dans la partie amorphe.
Ces processus sont principalement :
l'oxydation
l'hydrolyse
la formation d'un réticulé
Ces trois processus peuvent coexister et interagir.
L'oxydation Complément
L'oxydation modifie les groupes H-C-OH. En perdant un atome d'hydrogène, ils forment des groupes H-
C=O (aldéhydes) très réactifs. A leur tour, ces groupes peuvent s'oxyder en liant un atome d'oxygène,
pour former des groupes OH-C=O ( -CO OH), dits carboxyles. Cette réaction peut avoir lieu en différents
endroits de la molécule. Les acides organiques sont caractérisés par la présence du groupe carboxyle -
CO OH.
De l'oxydation de la cellulose résultent donc des acides organiques.
59
2. La détérioration des matériaux
Pour cette raison, la mesure de l'acidité du papier donne une indication importante quant aux
processus d' altération dans ce papier.
L'acidité est due à la présence de ions H+ (protons) qui existent sous une forme hydratée.
La mesure de l'acidité se fait dans une échelle pH (potentiel hydrogène). Le pH exprime la
concentration de ions acides dans l'eau. A chaque unité de pH, l'acidité (ou l'alcalinité) augmente ou
diminue de dix fois.
Le pH 7 correspond au point de neutralité ; c'est le pH de l'eau pure.
Un pH inférieur à 7 indique une solution acide.
Un pH supérieur à 7 indique une solution alcaline.
Le pH du papier peut varier entre une acidité marquée et une légère alcalinité.
Un papier de mauvaise qualité et fortement dégradé peut avoir un pH franchement acide (pH 3-4).
L'hydrolyse Complément
Les acides résultant de l'oxydation de la cellulose favorisent un autre processus d' altération :
l'hydrolyse.
L 'hydrolyse est une réaction caractérisée par la rupture d'une liaison chimique par action ou en
présence d'eau. La chaîne carbone, qui forme l'ossature de la molécule, se casse dans ses irrégularités.
La rupture de la chaîne carbone provoque une chute du degré de polymérisation : le papier perd alors
toute solidité.
Au cours des processus d'oxydation et d' hydrolyse, il se forme aussi des réactions responsables du
jaunissement du papier, qui est aussi un signe d'altération.
La réticulation Complément
Les éléments issus de l'oxydation et l'hydrolyse réagissent aussi entre eux pour former de nouveaux
complexes. La conformation des chaînes moléculaires s'en trouve modifiée : la chaîne se casse et de
nouveaux liens se forment, en particulier dans les parties amorphes de la molécule qui perdent toute
souplesse. Ce phénomène est appelé réticulation.
Le papier dont la cellulose a subi une réticulation devient rigide et cassant.
2.1.2. Les facteurs internes
Le processus d'altération de la cellulose est inéluctable : il fait partie du vieillissement naturel.
En revanche, ce vieillissement peut être plus ou moins rapide en fonction d'influences internes et
externes.
Parmi les facteurs internes qui favorisent la dégradation du papier, nous pouvons distinguer
les composants du papier
les méthodes de production
2.1. Les composants du papier
La présence d' hémicelluloses et de lignine dans le papier augmente sa réactivité et provoque une très
forte accélération des réactions d'oxydation, d'hydrolyse et de formation d'un réticulé.
La lignine
augmente la sensibilité du papier à la lumière, et en particulier au rayonnement ultraviolet, qui
provoque une coloration jaune brunâtre.
Cause une diminution de la résistance mécanique du papier.
60
2. La détérioration des matériaux
Les colles à base de colophane et d'alun donnent au papier un caractère acide.
Les charges introduites dans le papier peuvent être :
Soit favorables à la conservation si elles sont alcalines : carbonates de calcium et de magnésium
Soit défavorables si elles sont acides : gypse, sulfate de baryum (baryte), alun.
La qualité de l'eau utilisée pour la fabrication de la pâte à papier peut aussi avoir une influence,
notamment à cause de métaux qu'elle peut contenir. Le fer et le cuivre, par exemple, favorisent les
altérations et contribuent à les accélérer. Les papiers de fabrication ancienne et artisanale sont
davantage sujets à ce type de problèmes que les papiers de fabrication récente, car la qualité des eaux
est aujourd'hui rigoureusement surveillée.
La présence d'additifs nuisibles dans les papiers de production industrielle peut aussi accélérer les
réactions d'altération. On ne connaît pas encore l'influence de tous ces additifs.
[Link]. Les méthodes de production
Le degré de polymérisation de la cellulose est influencé par les méthodes de production et par les
traitements que la cellulose doit subir .
La cellulose de bois doit être libérée des impuretés et des incrustants et subit donc des traitements
plus importants et plus agressifs que la cellulose issue de fibres textiles.
C'est pourquoi les papiers à base de cellulose de bois vieillissent plus vite et plus mal que ceux
fabriqués avec des fibres textiles.
Parmi les méthodes agressives, on peut signaler particulièrement :
Les méthodes de production de pâtes à papier chimiques
Les procédés de blanchiment
Le raffinage de la pâte
2.1.3. Les facteurs externes
Les facteurs climatiques jouent un rôle déterminant, car ils ont une action directe sur l'altération du
papier et influencent tous les autres mécanismes de dégradation.
La lumière et la pollution interviennent également, souvent en combinaison avec les facteurs
climatiques.
De nombreux micro-organismes et insectes sont susceptibles de s'attaquer au papier, s'ils
rencontrent des conditions favorables à leur développement. L'une des dégradations très connues du
papier leur est aujourd'hui attribuée, quoique cela n'ait pas été totalement prouvé : le " foxing " ou "
papier piqué ".
Enfin, le papier servant de support d'écriture, la qualité des encres peut avoir également une
influence défavorable sur la conservation de ce support.
[Link]. Les conditions climatiques
La température joue un rôle important dans la vitesse des réactions chimiques : plus elle est élevée,
plus les réactions sont rapides. La dégradation chimique du papier n'échappe pas à ces règles.
L'humidité relative de l'air joue un rôle décisif dans la plupart des processus de dégradation.
Une humidité relative inférieure à 40% provoque le dessèchement du papier qui perd sa souplesse,
devient rigide, fragile, cassant.
Une humidité relative supérieure à 60%-65% cause:
une accélération très importante des réactions chimiques d'altération, qui nécessitent la
présence de l' eau pour se produire
le développement des micro-organismes et des insectes
61
2. La détérioration des matériaux
la migration d'éléments nuisibles, issus des réactions chimiques par exemple, toujours plus en
profondeur dans le matériau, d'où une extension de la zone altérée
la déformation par gonflement, en particulier dans les documents composites surtout si
l'humidité augmente rapidement.
[Link]. La lumière
La lumière est une forme d'énergie qui peut déclencher ou accélérer les réactions chimiques de
dégradation du papier.
Le papier est très sensible à la lumière dont l'action peut s'exercer soit directement (photolyse), soit en
combinaison avec d'autres substances comme, par exemple, la photo-oxydation avec l'oxygène de l'air.
La sensibilité du papier diffère sensiblement selon sa composition :
Les papiers contenant de la pâte mécanique de bois, comme le papier journal, sont très
sensibles et réagissent de manière très rapide aux rayonnements de longueurs d'onde
inférieures à environ 500 nm, à cause d'une sensibilité spécifique de la lignine.
Les papiers de fibres textiles ont une sensibilité un peu plus réduite.
L’intensité du rayonnement aussi est déterminante : ainsi, une forte quantité d'un rayonnement peu
nuisible de par sa longueur d'onde engendre également des dommages.
L'altération induite par la lumière se manifeste par le jaunissement du papier, signe de la formation
de groupes chromophores liés aux réactions d'oxydation et d'hydrolyse. Ce jaunissement est
accompagné d'une sensible perte de souplesse et de résistance. Plus la longueur d'onde de la
lumière est courte, plus le jaunissement est accentué. Les rayons ultra-violets sont donc
particulièrement nocifs.
Papier jauni par l'action de la lumière. Ce volume a été
exposé ouvert à sa page de titre dans une vitrine, d'où la
différence de coloration entre cette dernière et les autres
pages. Cliché A. Giovannini.
Papier jauni par l'action de la lumière
On remarque aisément sur cette estampe la différence
de couleur entre les parties protégées et celles exposées
à la lumière qui a provoqué le jaunissement du papier à
pâte de bois. Cliché A. Giovannini.
Différence de couleur sur une estampe
62
2. La détérioration des matériaux
Action de la lumière sur les papiers et cartons. On remarquera les
différences de couleur sur la couverture et sur la tranche du volume,
une partie ayant été protégée et l'autre exposée à la lumière d'une
fenêtre. Cliché A. Giovannini.
Action de la lumière sur les
papiers et cartons
[Link]. La pollution
Tous les polluants sont des réactifs chimiques très puissants qui peuvent provoquer des réactions
d'altération ou intervenir, en les accélérant, dans des réactions déjà en cours.
L’ozone et le PAN ont une action oxydante qui aboutit à l’hydrolyse. Les acides qui se forment sont
très dangereux pour la stabilité chimique du papier. En effet, la présence d'acide catalyse l'hydrolyse
de la cellulose. Le papier perd très rapidement sa souplesse et devient fragile.
Les papiers contenant de la lignine, comme le papier journal, sont particulièrement sensibles, car
déjà acides et confrontés à une forte altération endogène.
L'action des polluants acides et l'acidification causée par des facteurs internes au papier causent une
répartition différente de l'acidité sur les pages des documents: la mesure du pH montre qu’un registre
attaqué par la pollution de l'air est altéré plus fortement dans les marges que dans le centre de la
page, alors qu'une altération endogène se développe, en principe, de manière plus uniforme sur toute
la feuille.
Cliché A. Giovannini.
L'action des polluants
Les facteurs de détérioration peuvent se combiner : une température élevée, une forte humidité de l'air
et une grande quantité de lumière favorisent fortement l'action destructrice des polluants.
63
2. La détérioration des matériaux
[Link]. Le papier piqué
Cette altération est caractérisée par des taches rondes assez étendues ou formant des points, qui se
développent sur certains papiers, notamment les gravures du XVIII° au XX° siècle.
L'origine de ce phénomène n’est pas encore totalement élucidé et peut être dû à des facteurs :
internes : altération de la cellulose due à la présence d’ions métalliques
externes : développement de micro-organismes (moisissures)
ou à la combinaison des deux.
Taches dues à des micro-organismes. Cliché A.
Giovannini.
Taches dues à des micro-organismes
[Link]. Les encres métallo-galliques
Les encres ne font pas partie des composants du papier, mais elles en sont solidaires dans la
constitution du document.
La plupart des encres utilisées depuis le début du Moyen-Age jusqu'au XIXe siècle et au-delà sont des
encres métallo-galliques.
Malgré leur diversité, on peut distinguer trois composants fondamentaux, toujours présents :
une solution tannique, obtenue généralement par macération de noix de galle ou de bois très
riches en tanins
un sel métallique, généralement du sulfate de fer ou de cuivre, appelé anciennement vitriol vert ;
un liant, par exemple de la gomme arabique.
Le sel métallique est un facteur d’acidité qui peut, par différentes réactions chimiques, avoir différents
effets :
qui peut, par différentes réactions chimiques, avoir différents effets :
Apparition de taches rougeâtres sur l’encre, liée à une oxydation du fer
Hydrolise de la cellulose, donc désintégration du papier
Apparition de cristaux blancs quadrangulaires par formation de gypse.
Certaines encres particulièrement agressives provoquent la destruction complète du papier à l'endroit
où se trouve le texte écrit. De plus, l’encre à tendance à migrer et à s’étaler tout autour du texte,
transformant les mots en tâches à peine lisibles. Le papier étant détruit, le texte, ou les taches ainsi
formées, n’apparaissent plus que sous forme de lacunes, la feuille de papier étant réduite à une
sorte de dentelle impossible à manipuler.
Ce type d’altération se transmet aussi aux zones avoisinantes et aux feuilles directement en contact
avec les parties atteintes.
Les anglophones lui donnent le nom de " brown decay ".
64
2. La détérioration des matériaux
La gravité des dommages dépend de la qualité du papier, de son épaisseur, de la composition de
l'encre et des conditions hygrométriques auxquelles le document a été soumis. En particulier un taux
d’hygrométrie élevé et de fréquentes variations de ce taux engendrent rapidement une aggravation.
C’est pourquoi ce type de dégradation est fréquent dans les pays tropicaux et équatoriaux, qui,
toutefois, n’en ont pas l’exclusivité.
Pour en savoir plus sur ce sujet, voir le site spécialisé créé à l'initiative de l'ECPA (European
Commission on Preservation and Access) et de plusieurs institutions de conservation néerlandais : http
s://[Link]/web/20080607140452/[Link]
2.2. Le parchemin
Le parchemin possède une très bonne résistance au vieillissement, malgré sa sensibilité au facteur
hygrométrique.
Sa nature alcaline le protège efficacement contre la dégradation acide et sa structure compacte le rend
difficilement pénétrable.
Toutefois, il peut connaître des altérations dues à plusieurs facteurs externes.
2.2.1. Les altérations causées par la chaleur
Le parchemin est extrêmement sensible à une forte chaleur. A environ 50°C, voire un peu moins
pour les parchemins anciens, le collagène qu'il contient se transforme en gélatine, entraînant un
rétrécissement d'environ 30%. Le parchemin devient transparent, jaunâtre et plus rigide. Cette
dégradation est irréversible.
Cette température peut être atteinte en posant le parchemin à proximité d'une lampe ou de l'exposer
au soleil à travers une vitre.
Soumis une température très élevée, au cours d'un incendie par exemple, le parchemin se carbonise.
2.2.2. Les altérations causées par l'humidité et l'eau
Une humidité élevée et le contact avec l'eau représentent les plus grands dangers pour le
parchemin, car ces deux facteurs impliquent :
des risques d'apparition de moisissures
des modifications structurelles internes graves : le parchemin gonfle et une partie de ses
fibres perdent leur orientation parallèle à la surface. En séchant, il devient alors rigide et plus ou
moins transparent. Il se déforme, car la contraction provoquée par le séchage n'est pas la même
sur les diverses parties de la peau.
Il arrive qu'une tentative de mise à plat de parchemins par humidification directe et mise sous poids
aboutisse à un résultat similaire : le parchemin est déformé en vagues rayonnant à partir de l'échine et
sa rigidité accrue le rend plus difficile à manipuler.
Les variations climatiques intenses et rapides sont particulièrement nocives : le parchemin se
contracte quand l'humidité diminue et se dilate lorsqu'elle augmente.
Une feuille de parchemin isolée peut suivre le mouvement sans trop souffrir. Du reste, même conservé
dans de bonnes conditions climatiques, le parchemin a une tendance naturelle à onduler légèrement.
En revanche, un registre relié pose beaucoup plus de problèmes : chaque feuille se déforme à sa façon,
entraînant une déformation générale du volume et une forte tension sur la reliure. Les fermoirs,
généralement utilisés dans les reliures médiévales, permettaient de pallier ces problèmes.
65
2. La détérioration des matériaux
2.2.3. Les altérations biologiques
Le collagène, la substance basale qui reste entre les fibres, la capacité du parchemin à absorber et à
retenir l’humidité en font un terrain de culture idéal pour les micro-organismes.
Dès 60% d’humidité relative, le parchemin peut être contaminé, alors que le papier et le cuir sont
moins menacés.
A 70% d’humidité relative pendant une période prolongée, le développement des micro-organismes
est fréquent et il devient systématique à 80%.
L’altération par les micro-organismes est une des dégradations les plus graves que peut connaître
le parchemin : il perd toute consistance, devient spongieux et extrêmement fragile.
Des fonds entiers peuvent ainsi disparaître en quelques semaines.
Les possibilités de restauration sont encore plus limitées que pour le papier.
Certains insectes, comme les blattidés et, surtout, les dermestidés, se nourrissent volontiers de
parchemin.
Parchemin attaqué par des blattes et des poissons
d'argent. cliché A. Giovannini.
Parchemin attaqué par des blattes
Détail des érosions occasionnées par les blattes et les
poissons d'argent dans un parchemin. Cliché A.
Giovannini.
Détail des érosions
2.2.4. Les encres métallo-galliques
Les encres ou les pigments contenant des sels métalliques sont aussi nocifs au parchemin qu'au
papier : ils favorisent la rupture des liens entre les fibres de collagène ou dans les chaînes moléculaires
et entraînent ainsi une fragilisation du parchemin.
De fortes variations de l'humidité ambiante favorisent et aggravent les réactions chimiques
provoquées par les métaux.
66
2. La détérioration des matériaux
2.2.5. La pollution atmosphérique
Le caractère alcalin du parchemin lui confère en général une résistance supérieure à celle des autres
matériaux constitutifs des documents.
Mais certains procédés de fabrication peuvent avoir diminué l'alcalinité du parchemin, qui peut alors
être sensible à la pollution oxydante de l'ozone.
2.2.6. Les altérations mécaniques
Lorsqu’il est sain, le parchemin est d’une solidité remarquable. Il peut présenter néanmoins des
parties plus fragiles correspondant aux points de faiblesse — aisselles, pattes de l’animal — ou aux
défauts de la peau : ces parties sont sujettes à des déchirures.
Le parchemin altéré, en revanche, peut devenir d’une extrême fragilité qui empêche toute
manipulation.
Les documents roulés ou pliés dont le parchemin s’est durci dans cette position peuvent, à la
consultation, subir des brisures et des craquelures lors de la tentative de mise à plat par le lecteur.
Il est notamment très préjudiciable d’écraser à sec un parchemin sous une plaque de verre pour une
prise de vue photographique par exemple. Ce type d’opération doit être confié à une personne
compétente.
2.3. Autres matériaux
Les autres matériaux susceptibles d’entrer dans la composition des documents d’archives traditionnels
peuvent connaître aussi des altérations, soit spécifiques, soit en liaison avec d’autres matériaux, soit
les deux. En effet, le caractère composite de nombreux documents peut engendrer des dommages dus
à un mode d’altération différent des matériaux.
Nous ne ferons ici qu’un très bref aperçu des détériorations possibles sans entrer dans le détail.
Les encres et pigments
Le cas des encres métallo-galliques est étudié fait l'objet d'un chapitre spécial.
De nombreuses encres pâlissent sous l’effet de la lumière, notamment du rayonnement ultra-violet, au
point qu’elles deviennent parfois quasiment invisibles à l’œil nu. Les encres à base d’extraits végétaux
et de nombreuses encres commercialisées depuis le début du XIXe siècle jusqu’à nos jours sont
particulièrement sensibles.
Les colles
Qu’elles soient d’origine végétale ou animale, les colles sont sensibles aux variations climatiques, à
l’humidité et à la chaleur : elles peuvent se dessécher, perdre leur capacité d’adhérence, migrer dans le
support, jaunir ou brunir, etc. Le cas particulier des auto-collants est étudié dans un chapitre spécial.
Elles sont aussi particulièrement sujettes aux détériorations biologiques : de nombreux micro-
organismes et insectes peuvent les attaquer.
Le cuir
Les capacités de vieillissement du cuir et ses processus de détérioration dépendent de la qualité de la
peau, mais aussi des divers traitement qu’elle a pu subir: déchaulage, confitage, tannage, finissage.
Les tannages à l’alun sont souvent plus résistants dans le temps que les tannages végétaux. Par
ailleurs, parmi ces derniers, les cuirs tannés depuis les deux cents dernières années se détériorent plus
rapidement que les cuirs plus anciens.
67
2. La détérioration des matériaux
L’altération du collagène se fait par des processus similaires à ceux qui affectent la cellulose —
oxydation, hydrolyse, réticulation —, mais qui sont plus complexes et moins connus. Ils sont liés aux
facteurs externes et internes, plus particulièrement : l’acidité, le contenu en eau, le contenu en graisse,
la chaleur et la lumière.
Les altérations du cuir Complément
Les altérations dues à l'acidité : elles peuvent être dues à des facteurs internes ou externes.
Facteurs internes : le cuir a un caractère acide naturel lié aux traitements qu'il a subis,
notamment le tannage, mais aussi les procédés de décoration. Cette acidité peut
s'accentuer sous l'effet d'une humidité excessive et entraîne alors des altérations. Il
devient alors extrêmement fragile. Certains cuirs deviennent très sensibles à l'eau : une
goutte peut provoquer une brûlure acide définitive qui se traduit par le noircissement.
Facteurs externes : la source majeure d'acidité est la pollution de l'air, plus
particulièrement la pollution acide de composés de soufre. Les processus d'altération
trouvent leur expression la plus aiguë et la plus grave dans ce que les anglophones
appellent la " red rot " ou pourriture rouge : le cuir prend une coloration rougeâtre et se
désagrège en poussière.
Les altérations dues au contenu en eau : Le contenu en eau du cuir dans une atmosphère
normale, 18°C, 50 à 50% d'HR est d'environ 14% ; l'eau assure le rôle de lubrifiant entre les fibres
et assure au cuir sa souplesse et son élasticité. Si l'humidité relative baisse beaucoup, le cuir se
dessèche, devient dur et fragile. De plus, le rétablissement de conditions hygrométriques plus
favorables ne permet pas forcément une ré-hydatration complète du cuir : tout dépend de
l'intensité et de la durée de la période sèche. La plupart des cuirs de reliure supportent mal
d'être mouillés : ils peuvent changer de couleur, perdre leurs tanins, gonfler. Le séchage du cuir
altéré gorgé d'eau provoque un rétrécissement.
Les altérations dues au contenu des graisses : Le cuir contient naturellement des graisses en plus
ou moins grande quantité selon l'animal d'origine et les traitements subis. Ces graisses
augmentent la souplesse et l'élasticité du cuir et le protègent contre les variations
hygrométriques. Mais ces graisses sont plus ou moins oxydables selon leur nature et peuvent, en
se décomposant, augmenter l'acidité du cuir. La présence de graisses inadaptées produits pour
chaussures par exemple ou en quantité excessive favorise aussi la dégradation biologique. C'est
pourquoi un traitement des reliures, considéré comme préventif, avec des produits inadaptés
peut provoquer un effet contraire à celui recherché, situation d'autant plus grave que ce type
d'intervention est irréversible, l'élimination totale des graisses ayant pénétré dans le cuir étant
impossible. En revanche, un apport de graisses adaptées à certaines cires spéciales mises au
point en laboratoire, est considéré comme un bon moyen de protéger les reliures contre les
facteurs extérieurs de dégradation, notamment la pollution de l'air.
Les altérations biologiques : Le cuir est naturellement peu sensible aux altérations biologiques.
Les produits de tannage, le contenu en acidité ne sont pas favorables au développement des
bactéries et champignons. Toutefois, dans des conditions d'humidité très élevées, les attaques
de micro-organismes sont possibles.
Par ailleurs, certains insectes apprécient particulièrement le cuir, principalement les blattidés,
les anobiidés et les dermestidés (liens vers les pages).
Les altérations dues à la chaleur et à la lumière : Le tannage augmente la capacité de résistance à
la chaleur du cuir par rapport à la peau brute : un cuir tanné neuf eut résister à une température
de 80°C, mais un cuir altéré supporte des températures bien moindres et peut déjà souffrir à
60°C. A noter que cette température est facilement atteinte par l'action du soleil à travers une
vitre.
La lumière provoque la décoloration du cuir : il n'est pas rare de le constater sur les dos des
livres, alors que les plats, protégés par le rangement, ont conservé leur couleur.
68
2. La détérioration des matériaux
Les altérations mécaniques : L'utilisation du cuir comme matériau de reliure le soumet à des
tensions et des contraintes mécaniques qui peuvent lui être préjudiciables, notamment dans
tous les endroits appelés à " travailler ", charnières, dos et de ce point de vue les méthodes de
reliure ont une part de responsabilité dans la dégradation des volumes.
L'altération du cuir se manifeste visiblement par l'apparition de craquelures dans sa couche
papillaire. La couche la plus superficielle du derme. D'abord microscopiques, elles s'accentuent
peu à peu et peuvent aboutir à former des écailles. Le cuir devient alors très sensible à tout
frottement ou même à toute pression.
Le bois
Matériau cellulosique par excellence, il est très sensible aux variations climatiques, peut gonfler ou se
rétracter, ce qui entraîne déformations et fractures.
Il est aussi très sensibles aux facteurs biologiques : micro-organismes et nombreux insectes,
notamment les vrillettes (lien vers la page des anobiidés) et les termites (lien vers la page)Les cires et
résines naturelles
Elles craignent beaucoup les variations climatiques, les fortes chaleurs, la sécheresse.
Elles deviennent facilement friables et sensibles au moindre choc ou frottement. C’est pourquoi il faut
manipuler les documents scellés ou cachetés avec le plus grand soin.
Elles sont également sujettes aux attaques biologiques.
Les textiles
La majorité des textiles anciens que l'on trouve dans les archives sont faits de cellulose, sauf la soie qui
est d’origine animale : ils sont donc sensibles aux mêmes facteurs de détérioration et présentent le
même type d’altérations que le papier.
De plus, la détérioration des pigments qui souvent leur donnent leur teinte entraîne une décoloration
sous l’effet de la lumière.
Enfin, ils sont particulièrement appréciés par certains insectes, notamment les attagènes et les
anthrènes.
Les métaux
Tous les métaux, à quelques très rares exceptions près, sont sujets à oxydation sous l’effet de
l’humidité. Ce phénomène chimique est aussi dommageable pour les matériaux avec lesquels ils sont
en contact.
Les agrafes servant à tenir ensemble les feuilles de ce
document ont rouillé sous l'effet de l'humidité et
endommagé le papier. Cliché A. Giovannini.
Agrafes rouillées
69
3. Evaluer les conditions de
conservation dans son service III
Introduction
Avant toute décision et toute programmation, il est indispensable d'évaluer les conditions de
conservation dans son service.
1. Méthode d'évaluation des pratiques de conservation préventive
dans un service d'archives
Le Centre inter-régional de Conservation du Livre d'Arles a mis au point en 2001 une méthode
d'évaluation des pratiques de conservation préventive dans un service d'archives. Ce document a été
publié par la Direction des Archives de France et est en ligne à cette adresse : [Link]
[Link]/file/0ba79eed0ba5e48398c2be5ee404875b0cfa293f/2-methode%20evaluation_principe.pdf4
4. [Link]
70
IV
OK
4. Evaluation des connaissances
Avez-vous bien compris tout ce qui vient de vous être enseigné?
Si vous voulez le vérifier, faites les exercices proposés ci-dessous.
Si vous ne savez pas répondre, ne regardez pas trop vite le corrigé, travaillez à nouveau la (les) section(s)
précédente(s) où vous découvrirez les solutions.
Bien sûr, si vous n'y arrivez vraiment pas, vous pouvez consulter les réponses. Ne les lisez pas avec
précipitation mais avec une grande attention et surtout essayez de comprendre.
A vous de jouer...
Exercice 1
Exercices sur les facteurs dommageables :
Plusieurs facteurs externes contribuent à endommager les documents. À l'aide des indices, nommer ces
facteurs.
[Note : le but est de reconnaître le mot, chaque espace étant à remplir au moyen de la bonne lettre.]
p l ut n
um d t
t p ratu
lu re
facteurs iol giq es (effets des micro-
o ga is s et des
ni a x)
facteurs h m ns (manipulation non soignée)
a as oph s( cend es,
non tions,...)
Exercice 2
Exercice A sur la température et l'humidité :
Parmi les énoncés suivants, lequel est vrai?
a. La température est le facteur le plus important pour la conservation des documents d'archives
b. Plus la température de conservation est basse, plus les réactions sont rapides
c. Le taux d'humidité idéal doit être maintenu aux environs de 25%
d. L'humidité relative varie peu en fonction de la température
e. La température d'un dépôt d'archives de papier et de parchemin doit être la plus basse possible
71
4. Evaluation des connaissances
f. Aucune de ces réponses.
Exercice 3
Exercice B sur la température et l'humidité :
Chasser l'intrus...
a. L'excès d'humidité est un danger plus grave que le manque d'humidité
b. Concernant les sources de lumière, les fréquences les plus longues sont plus énergétiques et plus
pénétrantes que les fréquences courtes
c. Une augmentation de l'humidité provoque une dilatation des matériaux
d. La dégradation causée par la lumière est plus grande dans un environnement à haute humidité
relative
e. Aucune de ces réponses
Exercice 4
Exercice sur les sources de pollution de l'air :
À l'aide des indices, nommer les sources de pollution de l'air.
[Note : le but est de reconnaitre le mot, chaque espace étant à remplir au moyen de la bonne lettre.]
Les g z nés du trafic routier, des transports aériens et maritimes
La production d'é gie et de c au fa e
Les déchets causés par la production nd str el
et ag co e
Les déchets causés par les p én m nes
n t re s (volcans, pollens)
Exercice 5
Exercice sur les éléments microscopiques :
Nommer les éléments microscopiques qui entraînent la dégradation des supports.
[Note : le but est de reconnaître le mot, chaque espace étant à remplir au moyen de la bonne lettre.].
a. V R S
b. A TE IES
c. AMP ONS
d. M I S UR S
e. A G ES
f. F UG ES
g. OU ES
h. P O Z AI ES
72
4. Evaluation des connaissances
Exercice 6
Exercice sur les facteurs de détérioration :
Compléter la phrase suivante : De tous les facteurs externes de détérioration, ----------------- est celui qui
cause les dégâts les plus insidieux et les plus irréparables.
La pollution
L'humidité
La lumière
La température
Exercice 7
Exercice sur les polluants, moisissures et autres problèmes :
Parmi les énoncés suivants, lesquels ont-ils vrais ?
1. Les polluants les plus nocifs pour les archives sont le dioxyde de soufre, les oxydes d'azote et
l'ozone
2. Il n'est pas nécessaire d'identifier une moisissure pour la traiter
3. Les moisissures ne se produisent que dans un milieu éclairé
4. Le parchemin est particulièrement affecté par la dégradation acide
5. Bien que causant un dommage évident, les micro-organismes entraînent une dégradation
relativement lente des parchemins
73
Les galeries associées à ce module V
(cf. machine_papier_industrielle)
(cf. anobiides)
(cf. blattides)
(cf. lepismatides)
(cf. moulins)
74
Ressources annexes
diagramme humidité saturante
diagramme humidité saturante (cf. graph_a.swf)
diagramme humidité saturante b
diagramme humidité saturante b (cf. graph_b.swf)
75
Mentions légales
©AIAF - PIAF
76