Module 8 - Section 2 : Connaître
les supports et les matériaux des
documents
Anne-Marie BRULEAUX
Andrea GIOVANNINI
14/10/2009 28/12/2024
Table des matières
Objectifs 4
1. Le papier 5
1.1. La fabrication traditionnelle du papier ..............................................................5
1.2. Évolution des méthodes de production jusqu'au XIXe siècle .........................11
1.2.1. La fabrication de la pâte à papier .........................................................................................11
1.2.2. Les méthodes de production de la feuille ............................................................................14
1.3. La production industrielle du papier ...............................................................17
1.3.1. La matière première ..............................................................................................................17
1.3.2. La production de la pâte à papier .........................................................................................18
1.3.3. La production de la feuille ....................................................................................................22
1.4. Les papiers aujourd'hui ....................................................................................26
1.5. Structure physico-chimique du papier ............................................................27
2. Le parchemin 30
2.1. Historique du parchemin ..................................................................................30
2.2. Les caractéristiques du parchemin ..................................................................31
2.1. 2.2.1. La structure de la peau ..........................................................................................................31
2.2.2. La fabrication du parchemin .................................................................................................32
2.2.3. Le travail de rivière ................................................................................................................32
2.2.4. Les caractéristiques d'un parchemin ...................................................................................32
3. Autres matériaux 34
Liste de matériaux ...................................................................................................34
4. Les supports photographiques 36
4.1. Les images positives uniques ...........................................................................36
4.1.1. Le daguerréotype ..................................................................................................................36
4.1.2. Les autres procédés ...............................................................................................................38
4.2. Les négatifs .......................................................................................................39
4.2.1. Le calotype .............................................................................................................................39
4.2.2. Les négatifs sur verre .............................................................................................................39
4.2.3. Les négatifs gélatino-argentiques ........................................................................................41
4.3. Les tirages positifs en noir et blanc ..................................................................42
4.3.1. Le papier salé .........................................................................................................................42
4.3.2. Le papier albuminé ................................................................................................................42
4.3.3. Les positifs de l'ère industrielle ............................................................................................43
4.3.4. Le papier à développement ..................................................................................................44
4.3.5. Les procédés non argentiques ..............................................................................................45
4.4. Les procédés couleur ........................................................................................45
4.4.1. Les premières photographies en couleur .............................................................................45
2
Table des matières
4.2. 4.4.2. Les photographies en couleur modernes.............................................................................46
5. Evaluation des connaissances : Historique des supports et des matériaux 48
Les galeries associées à ce module 49
Mentions légales 50
3
Objectifs
Description du module:
La conservation des documents d'archives est l'une des missions fondamentales de l'archiviste. Cette
conservation doit tout d'abord être préventive, car mieux vaut prévenir que guérir, autrement dit
préserver les documents des détériorations plutôt que d'avoir à les restaurer. Il convient donc de mener
une politique de préservation, véritable stratégie qui prend en compte les considérations techniques
mises en œuvre par la conservation préventive, mais va au-delà en s'appuyant sur une collaboration
interdisciplinaire et un partage des responsabilités: concrètement elle se traduit par la mise en place de
programmes et d'outils d'évaluation.
Le but du module est de:
• aider à évaluer la situation en matière de conservation dans son service
• permettre de concevoir et de mettre en œuvre une politique de préservation
L'apprenant doit être en mesure de:
• comprendre ce qu'est la conservation préventive
• distinguer les différents types de supports et de matériaux
• identifier les facteurs de détérioration des documents et comprendre leur nocivité
• lutter contre les facteurs de détérioration
• programmer la restauration des documents
• prévoir les sinistres et réagir en cas d'urgence.
Positionnement:
Ce module s’inscrit naturellement dans la chaîne archivistique : après la collecte et le traitement
intellectuel des archives, il est essentiel de se préoccuper de leur conservation avant d’envisager leur
communication et leur valorisation auprès du public. Il se prolonge par deux modules sur le microfilmage
et la numérisation, dans la mesure où ces deux techniques permettent d’organiser au mieux l’articulation
entre la conservation des originaux et leur communication au public.
Conseils d'apprentissage:
Ce module est très dense. Nous conseillons de lire d’abord les pages principales, puis de revenir sur les
encarts si l’on veut davantage d’informations. De plus, il peut aussi être considéré comme une ressource
pour répondre ponctuellement à un problème de conservation dans un service d’archives : dans ce cas
les sections 3 et 4 pourront être particulièrement utiles pour établir un diagnostic et programmer les
actions de lutte et de prévention.
En plus des éléments bibliographiques ci-après, les autres références plus ciblées d'ouvrages ou de sites
web sont indiquées dans le cours.
4
1. Le papier I
Introduction
Apparu en Chine, où il était fabriqué avec de la soie, au IIe
siècle avant Jésus-Christ, le papier a mis dix siècles pour
gagner l’Europe à partir du monde arabe.
Depuis le premier moulin à papier installé en Italie au XIIIe
siècle, sa fabrication est restée artisanale jusqu’à la fin du
XVIIIe siècle. Néanmoins, pour traditionnelles qu’elles
soient, les techniques ont sensiblement évolué pendant
toute cette période et ont influé sur la qualité des papiers
produits
Le XIXe siècle a vu, avec le développement de l’industrie,
se développer des techniques nouvelles qui ont abouti à
la production de papiers de conservation
particulièrement difficile.
Le papier Cette évolution technique s’est poursuivie jusqu’à nos
jours, tandis que le papier devenait le support de l’écriture
le plus répandu dans le monde entier. Il est encore
actuellement le support massivement présent dans les
archives.
Nous expliquerons donc
en quoi consiste la fabrication traditionnelle du papier
quelles ont été les techniques nouvelles apparues au cours des siècles jusqu’à la fin du XVIIIe siècle
quelles sont les techniques utilisées depuis le XIXe pour la fabrication industrielle
Ce faisant, nous mettrons tout particulièrement en valeur les conséquences que lʼévolution des
techniques de fabrication a pu avoir sur la qualité et la conservation du papier.
1.1. La fabrication traditionnelle du papier
Le principal constituant chimique du papier est la fibre de cellulose qui n’existe pas dans la nature à
l’état pur.
Jusqu’au premier quart du XIXe siècle, cette fibre de cellulose est obtenue à partir de fibres textiles :
lin
chanvre
coton à partir du XVIIe siècle dans le monde occidental
5
1. Le papier
La fabrication de la pâte à papier Complément
On obtient ces fibres en désintégrant des chiffons de récupération (la chiffe) pour obtenir de la pâte à
papier selon les étapes suivantes :
Tri des chiffons : selon la qualité des fibres, leur couleur et leur état d’usure, les chiffons étaient
destinés à produire des papiers de qualité différente.
Lavage des chiffons (avant ou après le tri) avec de l’eau et de la cendre, ou plus tard de la soude,
pour les débarrasser des poussières et saletés.
Fermentation de la chiffe dans le pourrissoir pendant 3 à 12 semaines selon la qualité des fibres
et la saison. Le but de cette opération, où l’on alternait périodes de repos et arrosage, était
d’affaiblir le lien entre les fibres, ni trop,ni pas assez. La qualité de l’eau, soigneusement filtrée et
décantée, était importante pour celle du papier produit : la pureté et une certaine dureté de l’eau
(présence de carbonates dissous constituaient des conditions favorables pour l’obtention d’un
papier de qualité.
Eventuel blanchiment des chiffons par exposition au soleil ou par adjonction de chaux, cette
méthode apportant un caractère alcalin aux fibres.- Découpage en lanières et morceaux dans le
dérompoir
Déchiquetage dans une "pile à papier ", ensemble de maillets de différentes formes garnis de
clous et de dents métalliques, mûs par la force hydraulique.
Image 1 Pile à Maillets au moulin de Pen Mur, (France, Morbihan)
Le tout constitue le moulin à papier qui serait une amélioration technique apportée par les papetiers
de Fabriano au XIIIe siècle par rapport aux techniques des arabes. La chiffe est ainsi triturée et écrasée
par les maillets dans des cuves appelées " piles "où coule en permanence un filet d’eau afin de séparer
les fibres de cellulose des autres composants de la chiffe. Le dernier maillet sans dents métalliques
répartit uniformément les fibres dans l’eau pour obtenir une suspension régulière qui constitue la pâte
à papier.
Dilution de la pâte à papier dans un cuve et tiédissement par chauffage
Les 3 encarts suivants vous donneront des indications sur la formation de la
feuille de papier
Voir la planche de l'Encyclopédie (Le pourrissoir)
(cf. Voir la planche de l'Encyclopédie (Le pourrissoir))
Voir la planche de l'Encyclopédie (Le dérompoir)
(cf. Voir la planche de l'Encyclopédie (Le dérompoir))
Voir la planche de l'Encyclopédie (Moulin à maillets)
(cf. Voir la planche de l'Encyclopédie (Moulin à maillets))
6
1. Le papier
Qu'est-ce qu'une forme à papier ? Complément
Une forme à papier est un cadre rectangulaire en bois traversé parallèlement au petit côté par des
lames de bois de section triangulaire, appelées pontuseaux.
Sur ces lames, sont fixés parallèlement au grand côté au moyen de chaînettes (fils très fins en laiton)
des fils de laiton ou de bronze très proches les uns des autres : ce sont les vergeures. Ces fils forment
une sorte de tamis qui retient la pâte à papier en laissant passer l’eau.
Image 2 Vergeures et pontuseaux
La forme ainsi constituée est complétée par un cadre mobile en bois, appelé couverte, qui vient
s'ajuster sur elle et dont la hauteur détermine la quantité de pâte à papier prélevée, donc l'épaisseur de
la feuille obtenue.
Ci-contre : forme à papier plongée dans la pâte, au moulin de
Larroque (France, Dordogne).
Forme à papier plongée dans la pâte
7
1. Le papier
Pour identifier sa production, le papetier fixe au fond de la forme un
fil plus épais représentant des lettres ou un symbole. Ce fil laisse
une marque en creux dans la feuille de papier : c'est le filigran e
que vous pouvez voir par transparence. L'identification du filigrane
peut, entre autres indices, permettre la datation approximative de
documents non datés.
Filigrane
Site de la Fédération française des Conservateurs-restaurateurs [Link]
Le remplacement des vergeures végétales, selon les techniques orientales, par des fils métalliques,
ainsi que le filigrane, sont des innovations introduites par les artisans de Fabriano dès le XIIIe siècle.
La formation de la feuille Complément
Deux ouvriers travaillent ordinairement à la production des feuilles de papier au moyen de deux formes
dites jumelles :
* l'ouvreur
* le coucheur
L'enchaînement des tâches se fait de la façon suivante :
L'ouvreur prélève la pâte dans la cuve en favorisant par ses mouvements l'enchevêtrement des fibres
pour former la feuille de papier. Après avoir enlevé la couverte, il dépose cette première forme sur le
bord de la cuve.
Le coucheur prend cette forme et dépose la feuille ainsi formée sur un feutre en la recouvrant d'un
autre feutre ; il constitue ainsi une pile où alternent feuilles et feutres. Il remet alors la forme vidée à la
disposition du plongeur et s'occupe de la feuille que ce dernier vient de former.
Le plongeur prend la forme et prélève à nouveau de la pâte.
Et ainsi de suite...
Photographies prises au moulin de Larroque (France,
Dordogne). A droite : l'ouvreur.
ouvreur
8
1. Le papier
A gauche : le coucheur.
coucheur
La production de la feuille se poursuit par les opérations successives suivantes :
- Le premier pressage : la pile de feuiles de papier et de feutres est mise sous presse.
Le pressage des feuilles entre des feutres de laine est une des innovations techniques apportées par les
papetiers de Fabriano.
A droite, la mise sous presse (Moulin de Pen Mur, France, Morbihan).
mise sous presse
A gauche, les feutres (Moulin de Pombié, France, Lot-et-
Garonne).
feutres
- Le séchage : les feuilles sont suspendues sur des fils pour sécher. Dans la tradition arabe, les feuilles
étaient mises à sécher sur des plaques de bois ou de métal. Le séchage sur corde semble être apparu
au XVe siècle.
9
1. Le papier
Ci-contre, le leveur soulève délicatement les uns après
les autres les feutres et les feuilles de papier encore
humides pour les donner à l'étendeur (Moulin du Verger,
France, Charente)
étendeur
Ci-contre, l'étendeur (Moulin de Pen Mur, France, Morbihan).
étendeur
Voir la planche de l'Encyclopédie (forme à papier)
Voir la planche de l'Encyclopédie (forme à papier)
(cf. Voir la planche de l'Encyclopédie (forme à papier))
Voir la planche de l'Encyclopédie (L'atelier à ouvrer)
(cf. Voir la planche de l'Encyclopédie (L'atelier à ouvrer))
Voir la planche de l'Encyclopédie (L'étendoir)
(cf. Voir la planche de l'Encyclopédie (L'étendoir))
Les opérations de finition Complément
L’encollage
Le papier ainsi produit est une sorte de buvard. Pour le rendre utilisable à l'écriture ou à l'imprimerie, il
faut l'enduire d'une colle à base de gélatine, fabriquée à partir de déchets animaux (peaux, os,
cartilages). Les feuilles de papier sont plongées dans un mélange tiède d'eau et de colle filtrée
On doit aussi cette méthode aux ouvriers de Fabriano. Les Arabes utilisaient une colle d'origine
végétale (amidon).
Deuxième pressage pour éliminer l'excédent de colle.
Dernier séchage et troisième pressage
Après un séchage de deux à trois jours sur des cordes, les feuilles sont entassées et mises sous presse
pendant quelques heures pour éliminer les déformations qui se sont produites lors du séchage.
10
1. Le papier
Lissage : destiné à rendre le papier moins rugueux, il s'effectue à la main ou avec des outils en bois, en
os ou en pierre.
Finition : après tri des feuilles défectueuses, les feuilles sont regroupées en rames (= 500 feuilles = 20
mains de 25 feuilles chacune) qui sont mises en presse une dernière fois.
Voir la planche de l'Encyclopédie (L'atelier d'encollage)
(cf. Voir la planche de l'Encyclopédie (L'atelier d'encollage))
Voir la planche de l'Encyclopédie (L'atelier de lissage)
(cf. Voir la planche de l'Encyclopédie (L'atelier de lissage))
1.2. Évolution des méthodes de production jusqu'au XIXe siècle
Depuis le XIIIe siècle, l'évolution des techniques de production du papier a été constante, mais elle s'est
fortement accélérée à partir du XVIIIe siècle. Il faut reconnaître que la plupart des innovations
techniques ont eu pour objectifs la rentabilité de la production et l'amélioration des qualités
utilitaires du papier au détriment de sa durabilité.
Vous pouvez prendre connaissance des techniques qui ont contribué à produire des papiers difficiles à
conserver en reprenant les différentes étapes de la production à travers les chapitres suivants.
1.2.1. La fabrication de la pâte à papier
Aux XVIIIe et au XIXe siècle, en raison de la pénurie de matières premières, on a essayé de nouvelles
fibres pour fabriquer la pâte.
[Link]. La matière première
Au XVIIIe, le coton entre en concurrence avec le chanvre et le lin, mais l'on fabrique toujours du papier
"pur chiffon", le plus résistant et le plus stable dans le temps.
Dès 1741, des essais sont faits à partir de végétaux
En 1774, est fait le premier essai de recyclage de vieux papiers.
En 1800, Matthias Koops est le premier à produire du papier commercial à base de fibres non
textiles : il produit le premier livre imprimé sur papier de paille.
En 1830, la paille entre pour une part importante dans la composition des papiers aux Etats
Unis. Bien avant le bois, elle est couramment utilisée comme matière de remplacement.
[Link]. Le lavage et le blanchiment des matières premières
A partir du XVIIIe siècle, on ajoute de la soude à l'eau de lavage des chiffons.
En 1774, la découverte du chlore entraîne l'utilisation de produits chlorés dès la fin du XVIIIe siècle.
Le blanchiment, traditionnellement obtenu par l'exposition au soleil et parfois l'adjonction de chaux
dans l'eau de lavage, se fait alors de plus en plus avec du chlorure de chaux, indispensable notamment
pour les fibres issues de la paille qui jaunissent au soleil.
Au début du XIXe siècle, on utilise des produits chlorés pour le blanchiment de chiffons déjà
partiellement défibrés. Il s'ensuit qu'une partie du chlore peut rester dans le papier, provoquant
son vieillissement rapide .
Suit l'opération de défibrage.
11
1. Le papier
[Link]. Le défibrage
La fin du XVIIe siècle voit l'arrivée dans l'industrie papetière d'une nouvelle machine pour le défibrage
des chiffons : la pile hollandaise.
Son rendement, nettement supérieur à celui des piles traditionnelles, provoque une baisse du coût de
production du papier, mais aussi une baisse de qualité. En effet, par sa forte capacité de défibrage et
d'affinage, elle produit des fibres plus courtes, donc plus faibles qui donnent un papier moins
résistant.
La pile hollandaise Complément
La pile hollandaise est une cuve en bois ou en pierre de forme circulaire ou ovale, dans laquelle les
fibres sont écrasées contre une plaque métallique par un cylindre rotatif en bois muni de lames
métalliques. Différents réglages permettent de défibrer, puis d'affiner la pâte à papier.
Image 3 Représentation d'une pile hollandaise
Rabot (fig. 11) et spatule (fig. 12) avec lesquels on remue
la pâte dans les cuves à cylindre et les cuves à ouvrer.
Rabot et spatule
Ci-contre et ci-dessous, pile hollandaise encore en
fonctionnement : au moulin de Pombié (France, Lot-et-
Garonne).
Pile hollandaise encore en fonctionnement
12
1. Le papier
Image 4 au moulin de Pombié (France, Lot-et-Garonne).
Ci-contre, au moulin du Verger (France, Charente).
Au moulin du Verger
La pile hollandaise a été introduite en France au milieu du XVIIIe siècle. Il est bon de savoir que le
gouvernement a interdit pour les actes officiels l'utilisation de papiers produits par ce moyen jusqu'en
1861.
Voir la planche de l'Encyclopédie (Plan d'un moulin de type hollandais à cylindres)
(cf. Voir la planche de l'Encyclopédie (Plan d'un moulin de type hollandais à cylindres))
Voir la planche de l'Encyclopédie (Détail de pile hollandaise)
(cf. Voir la planche de l'Encyclopédie (Détail de pile hollandaise))
Voir la planche de l'Encyclopédie (La cuve)
(cf. Voir la planche de l'Encyclopédie (La cuve))
[Link]. L' utilisation de charges
Pour rendre le papier plus opaque et plus compact, on a de tous temps utilisé des charges, c'est-à-dire
des particules minérales dispersées entre les fibres de cellulose.
Traditionnellement les charges sont composées de carbonate de chaux et sont favorables à la
conservation du papier.
En revanche, au XIXe siècle, on a souvent utilisé comme charges du plâtre (sulfate de calcium), du
sulfate de baryum ou de plomb, du kaolin ou du talc. Certaines de ces substances sont acides et sont
donc préjudiciables à une bonne conservation du papier ainsi produit.
[Link]. L'encollage
Dès le XVIIe siècle, on ajoute souvent à la gélatine de l'alun (sulfate double de potassium et
d'aluminium), matière bien connue utilisée aussi par les tanneries. Cette méthode améliore la fixation
de la colle et rend le papier moins sensible aux moisissures, mais tend à le rendre acide.
13
1. Le papier
Au début du XIXe siècle, la gélatine tend à être remplacée par de la colophane, obtenue à partir de la
résine de pin ou d'autres résineux. Cette substance a pour avantage de pouvoir être ajoutée à la pâte à
papier avant la formation de la feuille : on gagne ainsi du temps en simplifiant les étapes de la finition.
Mais pour précipiter la colophane sur les fibres, il est nécessaire d'ajouter une assez grande quantité
d'alun, ce qui rend le papier particulièrement acide et de mauvaise qualité.
Ce procédé est très largement employé à partir du milieu du XIXe siècle.
1.2.2. Les méthodes de production de la feuille
A la fin du XVIIIe siècle, les principales innovations ont été les suivantes ont été :
la naissance du papier vélin
la machine à papier
la calandre
Naissance du papier vélin Complément
1750 : en Angleterre, John Baskerville remplace les vergeures de la forme à papier par un treillis
métallique. C'est la naissance du papier vélin, parfaitement lisse et uniforme, mais aussi plus fragile,
car fait de fibres de cellulose plus raffinées, donc courtes.
1780 : le papier vélin se répand en France
La machine à papier Complément
La machine à papier comprend plusieurs parties :
la partie humide avec la distribution uniforme
de la pâte et la formation de la feuille
les presses
la sécherie
l'enrouleuse, auxquelles peut s'ajouter
éventuellement une presse encolleuse
suivie d'une nouvelle section de
sécherie
Machine à papier de l'usine Kruger Wayagamack d'une lisse ou d'une calandre.
(Trois-Rivières, Québec) : partie humide
14
1. Le papier
Image 5 Schéma d'une machine à papier
Il existe plusieurs types de machines :
La machine à table plate, héritage très amélioré de la machine de Louis Nicolas Robert, est la
plus courante
La pâte contenant les fibres et autres composants très dilués est déversée sur une toile sans fin
constituée par des fils en bronze ou synthétiques. Ce treillis permet un premier écoulement de l'eau;
l'enchevêtrement des fibres est favorisé par des vibrations. La vitesse de déplacement du treillis cause
une orientation préférentielle des fibres qui est à l'origine du sens du papier
Puis l’eau est extraite le plus rapidement du papier par égouttage, succion et aspiration.
Un rouleau égoutteur ou filigraneur, en contact direct avec le papier, égalise la surface et peut imprimer
un filigrane dans les fibres encore très humides.
Le papier passe ensuite dans la section des presses.
Image 6 Presses : voir la galerie
La machine à formes rondes :
le papier se forme sur un treillis posé sur un cylindre qui tourne horizontalement, aux trois quarts
immergé dans la pâte à papier. Les fibres se déposent sur le treillis à cause de la différence de pression
à l'intérieur et à l'extérieur du cylindre.
Le papier est ensuite pressé contre un feutre qui le détache du cylindre.
Dans les machines de dernière génération, les fibres sont projetées sur la toile et l'égouttage est facilité
par des caisses aspirantes.
la machine à double toile :
la pâte à papier est envoyée sur deux toiles convergentes ; il se forme deux couches de papier qui
s'unissent dès que les deux toiles se trouvent à la distance correspondant à l'épaisseur programmée du
papier. Ce papier a le même aspect au recto et au verso.
Les machines à double toile fournissent actuellement la moitié environ du papier journal.
15
1. Le papier
Image 7 Machine de l'usine Kruger (Trois-Rivières, Québec). Cette machine produit 205 000 tonnes de
papier journal par an.
La calandre Complément
Le lissage de la feuille après son encollage est mécanisé au moyen de cylindres formant ce qu'on
appelle la calandre.
A gauche, papier avant le passage dans
la calandre (laminage), au moulin de
Larroque (France, Dordogne).
Papier avant le passage dans la calandre (laminage), au
moulin de Larroque (France, Dordogne)
A droite, passage en calandre au moulin du
Verger (France, Charente).
Passage en calandre au moulin du Verger (France,
Charente)
16
1. Le papier
1.3. La production industrielle du papier
C’est au milieu du XIXe siècle que se situe le début de la production industrielle.
Le XIXe et le XXe siècle sont marqués par
le remplacement des textiles comme matière première par d'autres matériaux dont on peut
extraire la cellulose
un accroissement considérable des rendements
mais aussi une baisse considérable de la qualité du papier produit
Image 8 L'une des usines Kruger à Trois-Rivières (Québec).
1.3.1. La matière première
Ce qui caractérise surtout cette époque, c'est le déclin du papier à base de fibres textiles et
l'utilisation systématique du bois comme matière première, ainsi que, plus tardivement des fibres de
récupération.
[Link]. Le bois
Les étapes de l’introduction du bois comme matière première dans la production du papier sont les
suivantes :
1800 : introduction par Mathias Koops
1840 : mécanisation
1865-1870 : généralisation de l’utilisation du bois, essentiellement issu des arbres.
Le bois présente divers inconvénients qui ont profondément transformé les méthodes de production.
Les fibres de bois, contrairement aux fibres textiles qui sont composées de cellulose quasiment pure,
sont très composites.
Entre autres composants, on y trouve :
de la cellulose (mais pas plus de la moitié)
des hémicelluloses
de la lignine
des résines
des constituants minéraux
des protéines
L’utilisation du bois a engendré la production de papiers qui supportent mal le vieillissement.
17
1. Le papier
Les journaux sont caractéristiques de ce type de
production de basse qualité.
C'est pourquoi ce sont des documents particulièrement
fragiles et difficiles à conserver.
Cliché A. Giovannini.
La présence de lignine notamment constitue un facteur de jaunissement et de vieillissement
précoce du papier.
Les différents composants du bois forment une structure complexe et sont étroitement imbriqués les
uns dans les autres, de sorte qu’il est difficile d’obtenir la séparation des fibres de cellulose et qu’il est
nécessaire de les purifier.
Dès lors, la fabrication des pâtes à papier consiste à extraire du bois ses fibres de cellulose par des
moyens physiques et mécaniques, combinés ou non avec l'action de réactifs chimiques.
[Link]. Les fibres de récupération
Le papier recyclé provient de la récupération des vieux papiers (journaux, magazines, emballages,
etc.) préalablement triés.
Les fibres sont récupérées par défibrage du papier et
mise en suspension dans l'eau. Elles doivent être
purifiées et désencrées, puis blanchies par divers
procédés chimiques.
Issus essentiellement de pâtes mécaniques, les
papiers recyclés sont en général de qualité médiocre
et leur conservation à moyen et long terme est très
difficile.
Ci-contre, les fibres de récupération chez Manistique
Papers, Inc., filiale du groupe Kruger au Michigan.
Les fibres de récupération chez Manistique Cette usine produit un papier recyclé à 100 % à partir
Papers, Inc. d'encarts, de revues et autres catégories de papier.
1.3.2. La production de la pâte à papier
On distingue aujourd'hui trois grands types de pâte à papier :
Les pâtes mécaniques
-----ordinaires
-----améliorées
Les pâtes semi-chimiques
Les pâtes chimiques
Les techniques de blanchiment et les autres composants du papier ont également une influence sur sa
qualité et ses capacités à vieillir.
18
1. Le papier
Les pâtes à papier mécaniques ordinaires Complément
Les pâtes à papier mécaniques ont été les premières utilisées pour la production industrielle de papier.
Au début du XIXe siècle, elles sont faites surtout à partir de bois résineux, qui a des fibres plus longues
et moins compactes que le bois de feuillus.
Le défibrage se fait au moyen d’un défibreur à chaînes qui, sous une forme
perfectionnée, existe encore aujourd’hui. Le bois est écorcé et les rondins sont
pressés par des chaînes contre une meule en présence d’une grande quantité
d’eau.
Cette méthode provoque la rupture d'une grande partie des fibres et donne
une pâte à papier trop faible pour être utilisée à l'état pur: on y ajoute 15 à 20
pour cent de fibres de meilleure qualité pour produire du papier journal.
Dans sa version perfectionnée, cette machine travaille sous forte pression et
avec une température de l'eau constamment maintenue près du point
d'ébullition, ce qui permet d'obtenir une meilleure qualité des fibres.
Défribreur à chaîne.
Site de la Fédération française des Conservateurs-restaurateurs : [Link]
Il existe aussi aujourd’hui des défibreurs à presse ou
à disques abrasifs entre lesquels le bois réduit en
copeaux est défibré.
Les procédés de production des pâtes mécaniques ont
un fort rendement et donnent des pâtes à coût de
revient très bas. Mais elles conservent en elles
presque tous les composants du bois et sont donc de
qualité médiocre. Elles sont utilisées pour les papiers
de bas de gamme et d'emballage.
Ci-contre, le modèle de défibreur à presse mis au
point par le Français Aristide Bergès en 1864. ([Link] Défibreur à presse mis au point par le Français
[Link]/[Link]) Aristide Bergès
Les pâtes à papier mécaniques améliorées Complément
Les pâtes mécaniques sont formées
par des fibres courtes et rigides
par des groupes de fibres (bûchettes)
par une grande quantité de fibres détruites (farine)
1. [Link]
19
1. Le papier
Pour obtenir des fibres plus longues et plus souples, donc de meilleure qualité, et pour diminuer la
quantité de "bûchettes" et de "farine", on a développé plusieurs types de traitements :
Les pâtes thermomécaniques : le bois est traité à la vapeur avant le défibrage, ce qui assouplit
le lien entre les fibres.
Les pâtes chimico-thermomécaniques : avant le défibrage, le bois est imprégné légèrement de
réactifs chimiques qui transforment partiellement la lignine.
Les pâtes mécaniques, thermomécaniques ou chimico-
thermomécaniques entrent, pour une part importante,
dans la production de papiers de qualité courante.
Elles constituent l'essentiel de la composante fibreuse
des papiers recyclés ordinaires. Le papier journal
contient environ 80% de pâte mécanique.
Pâtes à papier mécaniques
Les pâtes à papier semi-chimiques Complément
Ce procédé est un peu semblable à celui des pâtes chimico-thermomécaniques, mais l'imprégnation
chimique des copeaux de bois est plus longue, donc plus forte et aboutit à une délignification
partielle. Les fibres sont ensuite lavées et traitées dans un défibreur à disques.
Les pâtes à papier semi-chimiques ont des caractéristiques intermédiaires entre les pâtes mécaniques
et les pâtes chimiques. Plus solides et avec des qualités physiques et chimiques meilleures que les
premières, ces pâtes à papier contiennent encore une assez grande quantité d'impuretés.
Ce procédé est utilisé surtout pour la fabrication de papiers d'emballage.
Les pâtes à papier chimiques Complément
Les pâtes à papier chimiques sont obtenues par un traitement du bois, préalablement réduit en
copeaux, avec des réactifs chimiques, pour éliminer la lignine et les autres impuretés; il en résulte
aussi la solubilisation d'une part importante des hémicelluloses. le rendement de ces méthodes est
relativement faible.
Dès 1850, en Angleterre, on cherche à extraire, par des moyens chimiques, les impuretés du bois, pour
obtenir de la cellulose aussi pure que possible.
Dans les années 1880, sont mis au point les deux procédés principaux utilisés encore aujourd'hui :
Le procédé au bisulfite (dit acide) : les copeaux de bois sont traités dans une solution de
bisulfite (de calcium ou d'autre élément chimique) à haute température et sous pression
pendant huit à douze heures. La lignine et une partie des hémicelluloses se dissolvent dans cette
lessive, par action de l'anhydride sulfureux qu'elle contient.
Suivant les conditions dans lesquelles ce traitement a lieu, ce réactif chimique peut avoir des
conséquences plus ou moins négatives sur la qualité des fibres obtenues.
La pâte obtenue contient une forte proportion de cellulose et encore des résidus de lignine et autres
substances. Elle est claire et facile à blanchir. C'est pourquoi ce procédé a connu une grande diffusion
et constitue encore aujourd'hui 10 pour cent des pâtes chimiques produites dans le monde.
20
1. Le papier
Le procédé au sulfate ou Kraft (dit alcalin) : les réactifs chimiques sont la soude caustique et
le sulfure de sodium. Il donne une cellulose un peu moins pure que le procédé au bisulfite,
mais très résistante. La couleur foncée de la pâte a d'abord fait privilégié ce procédé pour les
papiers d'emballage (Kraft), mais les techniques de blanchiment moderne ont permis de pallier
cet inconvénient. Aujourd'hui ce procédé est utilisé pour 90 pour cent des pâtes chimiques
produites dans le monde.
[Link]. Le blanchiment des pâtes à papier
Aujourd'hui, les pâtes issues de n'importe quel
procédé peuvent être blanchies au moyen de
différents produits chimiques.
Ci-contre, atelier de blanchiment (usine
Kruger Wayagamack Inc., Trois-Rivières,
Québec)
Atelier de blanchiment (usine Kruger Wayagamack
Inc., Trois-Rivières, Québec)
L'opération du blanchiment peut viser deux buts différents:
soit une amélioration de la blancheur par transformation des parties colorées des molécules
de lignine, sans élimination de celle-ci (traitement des pâtes mécaniques)
soit une purification des fibres par élimination de la lignine, avec une amélioration de la qualité
de la pâte et une diminution du rendement (traitement des pâtes chimiques)
Les produits chlorés continuent à être utilisés aujourd’hui, mais tendent à être remplacés par l’eau
oxygénée.
La plupart des traitements de blanchiment font subir à la cellulose une certaine dégradation, de sorte
que ses qualités mécaniques s’en trouvent affaiblies.
Outre les pâtes à papier, plusieurs composants entrent dans la production du papier: les charges
minérales, les colles et les adjuvants contribuent de manière très importante à donner à un papier ses
caractéristiques particulières.
[Link]. Le raffinage de la pâte à papier
Cette opération permet de changer la structure et/ou la longueur des fibres, en fonction des qualités
spécifiques du papier que l'on souhaite obtenir. En effet, selon le type et le degré de raffinage, on
peut modifier les propriétés des fibres et donc la qualité du papier.
Les fibres, déjà isolées les unes des autres par les opérations de défibrage, peuvent être :
Soit écrasées : la paroi primaire de la cellule végétale s'ouvre alors, libérant les fibrilles
contenues dans la paroi secondaire qui gonflent au contact de l'eau.
Soit coupées dans le sens de la longueur.
Le raffinage peut être :
maigre : les fibres sont coupées et donnent un papier peu compact, souple, très absorbant s'il
n'est pas encollé.
gras : les fibres sont écrasées et les fibrilles libérées multiplient les possibilités de liaison entre
les fibres, ce qui donne une papier plus compact, capable de retenir les charges.
21
1. Le papier
Les piles hollandaises utilisées anciennement pour cette opération ont été remplacées par des
raffineurs coniques ou à disques, permettant le travail en continu. Les fibres y sont écrasées entre une
partie mobile et la paroi de la machine.
[Link]. Les charges minérales
Certaines charges à caractère alcalin peuvent améliorer la stabilité chimique à long terme du papier.
En revanche, les charges acides peuvent réduire à long terme la solidité mécanique du papier et ont
une influence négative sur son vieillissement.
Aujourd'hui, les charges les plus utilisées sont le kaolin, le talc, le carbonate de calcium, le gypse et le
dioxyde de titane. Les trois premières couvrent le 90% des charges utilisées actuellement.
[Link]. Les agents de collage
Pour l'encollage, on utilise aujourd'hui encore des résines naturelles, auxquelles s'ajoutent d'autres
substances naturelles ou de synthèse.
La colophane reste l'agent de collage le plus utilisé, toujours en combinaison avec de l'alun. Cette
technique a un caractère acide et, de ce fait, l'utilisation de charges à caractère alcalin est exclue.
Pour certains papiers, ont été développées des méthodes d'encollage dans la masse à base de
résines synthétiques qui se lient chimiquement aux molécules de cellulose. Ces réactions sont
facilitées par un milieu alcalin; Aujourd'hui ce type d'encollage est appliqué à une partie assez
importante de la production des papiers pour l'écriture et l'impression.
[Link]. Autres composants
Beaucoup d'autres composants (amidons, résines synthétiques, autres produits de synthèse)
interviennent aujourd'hui dans la fabrication du papier en vue d'obtenir différents résultats :
Agents de rétention, pour éviter la perte des fibres, charges et colles dans l'eau
Adjuvants divers pour renforcer la cohérence du papier, faciliter la fixation des charges,
améliorer la blancheur, éviter le développement des moisissures, etc.
1.3.3. La production de la feuille
La machine à papier de Louis Nicolas Robert avait déjà contribué à accélérer le processus de
production de la feuille.
Les énormes machines du XIXe et du XXe siècle vont permettre un accroissement bien plus
considérable encore de la production.
22
1. Le papier
La machine à papier Complément
La machine à papier comprend plusieurs parties :
la partie humide avec la distribution uniforme
de la pâte et la formation de la feuille
les presses
la sécherie
l'enrouleuse, auxquelles peut s'ajouter
éventuellement une presse encolleuse
suivie d'une nouvelle section de
sécherie
Machine à papier de l'usine Kruger Wayagamack d'une lisse ou d'une calandre.
(Trois-Rivières, Québec) : partie humide
Image 9 Schéma d'une machine à papier
Il existe plusieurs types de machines :
La machine à table plate, héritage très amélioré de la machine de Louis Nicolas Robert, est la
plus courante
La pâte contenant les fibres et autres composants très dilués est déversée sur une toile sans fin
constituée par des fils en bronze ou synthétiques. Ce treillis permet un premier écoulement de l'eau;
l'enchevêtrement des fibres est favorisé par des vibrations. La vitesse de déplacement du treillis cause
une orientation préférentielle des fibres qui est à l'origine du sens du papier
Puis l’eau est extraite le plus rapidement du papier par égouttage, succion et aspiration.
Un rouleau égoutteur ou filigraneur, en contact direct avec le papier, égalise la surface et peut imprimer
un filigrane dans les fibres encore très humides.
Le papier passe ensuite dans la section des presses.
Image 10 Presses : voir la galerie
23
1. Le papier
La machine à formes rondes :
le papier se forme sur un treillis posé sur un cylindre qui tourne horizontalement, aux trois quarts
immergé dans la pâte à papier. Les fibres se déposent sur le treillis à cause de la différence de pression
à l'intérieur et à l'extérieur du cylindre.
Le papier est ensuite pressé contre un feutre qui le détache du cylindre.
Dans les machines de dernière génération, les fibres sont projetées sur la toile et l'égouttage est facilité
par des caisses aspirantes.
la machine à double toile :
la pâte à papier est envoyée sur deux toiles convergentes ; il se forme deux couches de papier qui
s'unissent dès que les deux toiles se trouvent à la distance correspondant à l'épaisseur programmée du
papier. Ce papier a le même aspect au recto et au verso.
Les machines à double toile fournissent actuellement la moitié environ du papier journal.
Image 11 Machine de l'usine Kruger (Trois-Rivières, Québec). Cette machine produit 205 000 tonnes de
papier journal par an.
Presses, sécherie et groupe de finition Complément
Les presses servent à extraire l'eau :
-----la feuille de papier soutenue par un feutre passe entre des rouleaux
-----La disposition de plusieurs presses successives permet d'augmenter les pressions exercées sur le
papier, à mesure où son contenu en eau diminue.
-----La partie des presses se termine par une presse offset comportant deux rouleaux métalliques
destinés à égaliser, autant que possible, les deux faces de la feuille.
La sécherie sert à éliminer l'eau restante
La feuille passe sur des cylindres métalliques creux, chauffés à la vapeur d'eau. Des feutres ou toiles
synthétiques maintiennent le papier sur les cylindres.
24
1. Le papier
Machine dans l'usine Kruger Wayagamack
(Trois-Rivières, Québec) : partie sèche.
Machine dans l'usine Kruger Wayagamack (Trois-
Rivières, Québec)
La presse encolleuse (Size Press)
Une faible quantité de colle est déposée sur la surface du papier pour améliorer ses capacités recevoir
écriture et impression et ses propriétés mécaniques.
La deuxième sécherie
Le papier en sort avec une surface encore un peu irrégulière.
La section de finition comprend :
-----Une lisse constituée de rouleaux en métal poli permet d'égaliser la surface de la feuille qui prend
un aspect satiné : le papier ainsi traité est dit apprêté.
-----une bobineuse qui permet d'enrouler le papier en bobines
Machine dans l'usine Kruger Wayagamack
(Trois-Rivières, Québec) : bobineuse.
Machine dans l'usine Kruger Wayagamack (Trois-
Rivières, Québec)
Les papiers qui sortent de la machine à papier sans autres traitements supplémentaires sont dits "
papiers nature ". Dans ces papiers, les surfaces côté toile et côté supérieur restent légèrement
différentes.
Il est possible d'améliorer l'aspect de la surface et les caractéristiques d'imprimabilité par des
traitements de surface.
25
1. Le papier
Il s'agit :
soit de traitements physiques : au moyen d'une calandre,
formée de rouleaux alternés en fonte et en matière
élastique, capable d'exercer une pression beaucoup plus
élevée que la lisse. Le papier qui a passé dans une calandre
est satiné, soit sur une de ses faces, soit sur les deux faces.
Supercalandre dans l'usine Kruger
(Trois-Rivières, Québec).
soit d'un traitement chimique qui consiste à déposer sur
une ou sur les deux faces du papier une fine couche
superficielle de matières minérales pulvérisées (le plus
souvent kaolin ou carbonate de calcium) fixée par un liant
(amidons, résines synthétiques, etc.) : c'est ce qu'on appelle
le couchage.
-----Le couchage est réalisé dans des machines dites
coucheuses
Coucheuse dans l'usine Kruger
(Trois-Rivières, Québec).
-----Il doit être à nouveau séché
-----Il peut rester mat ou être rendu satiné ou brillant par le passage dans une calandre ou d'autres
procédés.
-----Le couchage n'améliore pas les caractéristiques mécaniques du papier : sa solidité dépend
uniquement de la qualité de la pâte à papier.
-----Le papier couché ne supporte pas d'être mouillé.
1.4. Les papiers aujourd'hui
La tradition artisanale a perduré jusqu'à nos jours, mais elle ne produit plus qu'une part infime du
papier mis en vente sur le marché.
26
1. Le papier
Les papiers de production artisanale Complément
Quelques dizaines de moulins à papier appliquent encore aujourd’hui les techniques traditionnelles.
Appelez la galerie pour voir deux moulins qui perpétuent la fabrication traditionnelle du papier.
Image 12 Moulins à papier - voir la galerie
Bien que le papier y soit produit à partir de fibres végétales, sa qualité n'est pas nécessairement
optimale; elle dépend en effet des matières premières ( chiffons et eau) et des procédés de fabrication.
D’autre part, l'encollage de surface de ces papiers n'est pas toujours neutre et l'utilisation de produits
nuisibles à la conservation n'est pas exclue.
L'essentiel de la production papetière est donc aujourd'hui industrielle.
L'industrie du papier produit une infinité de sortes de papiers et de cartons pour toutes sortes d'usages
et de qualités très diverses. Il n'existe pas de classement internationalement appliqué pour distinguer
les différentes sortes de papier.
Le consommateur dispose de très peu de renseignements sur la qualité du papier . Dans certains
pays (Suisse, Etats-Unis), la composition des fibres (textiles ou végétales) et leurs proportions
respectives sont généralement indiquées. Mais rien ne renseigne sur les procédés de fabrication et les
autres composants du papier (agents de blanchiment, charges minérales, type de collage, colorants ou
azurants optiques, pigments de couchage, liants, additifs divers, etc.) qui peuvent pourtant avoir des
effets non négligeables sur la conservation à long terme.
Des normes particulières ont été élaborées pour définir les caractéristiques minimales des papiers dits
" permanents " ou de " longue conservation ". Un papier permanent doit répondre à quatre
exigences minimales, reprises par toutes les normes à ce sujet:
Il doit être formé par des fibres de cellulose pure, c'est-à-dire être exempt de pâte de bois
Il doit avoir un pH légèrement alcalin, soit d'environ 7,5 à 9,5 (cette exigence exclut l'utilisation
de méthodes de collage acides)
Il doit contenir une réserve alcaline ( carbonate de calcium ou magnésium, dans des proportions
de l'ordre de 2% à 3%).
Il doit posséder une bonne résistance mécanique initiale.
En décembre 1998, est parue la norme NF EN ISO 9706 qui précise les prescription pour la
permanence des papiers pour documents.
Les archivistes devraient jouer un rôle de premier plan pour inciter :
les fabricants à donner une information plus complète sur les produits de l’industrie papetière
les organisations dans lesquelles ils travaillent à utiliser des papiers permanents pour tous
les documents fondamentaux.
1.5. Structure physico-chimique du papier
Le papier est principalement composé de cellulose.
Il peut aussi contenir, en quantités variables, des impuretés dérivées du bois ainsi que des charges
minérales, des colles, des colorants et divers additifs.
27
1. Le papier
La cellulose Complément
La cellulose est le composant principal des parois cellulaires des végétaux. On la trouve à l'état
pratiquement pur dans le coton, le lin et le chanvre.
Les caractéristiques de la molécule de la cellulose rendent possible la fabrication du papier et lui
confèrent ses caractéristiques physiques particulières.
La connaissance des principales caractéristiques de cette molécule nous permet de mieux comprendre
la nature du papier et les processus de son altération.
La cellulose est une substance stable, peu sensible à l'eau, aux acides et aux alcalis dilués.
C’est une longue chaîne linéaire formée par association d'éléments identiques; c’est ce qu’on
appelle un polymère.
L'élément de base (monomère) de cette longue chaîne est formé par l'association de deux
molécules de glucose, appelée cellobiose.
La molécule de glucose (C6H12O6) a six atomes de carbone. Dans le glucose, le carbone
est présent sous forme cyclique ( cinq atomes de carbones (C)et un atome d'oxygène (O)
forment un cycle hexagonal.
Les monomères s'associent entre eux en perdant une molécule d'eau (H2O) et forment
ainsi une chaîne de structures hexagonales : c'est ce qu'on appelle la polymérisation,
c'est-à-dire la formation du polymère.
Molécule glucose (cf. [Link])
La longueur de la chaîne varie selon l'origine de la cellulose et a une grande importance pour sa
qualité et sa résistance au vieillissement. Le nombre des monomères associés dans une chaîne
de cellulose est exprimé généralement par le degré moyen de polymérisation (DP). Une
cellulose dont le DP est inférieur à 300 perd toute solidité.
Le tableau ci-dessous permet de juger de la qualité de la cellulose selon le matériau d’origine :
Matériau DP
Coton 7000 à 15000
Bois 1000 à 3000
Le DP est souvent modifié par les traitements pratiqués dans l’industrie papetière, en particulier ceux
qui interviennent dans la fabrication du papier à base de cellulose issue du bois.
La propriété la plus remarquable des molécules de cellulose est leur capacité de former entre
elles des liens particuliers qui les unissent sans les altérer: les ponts hydrogène. Le pont
hydrogène se forme lorsqu'un atome d'hydrogène (H) se trouve placé entre deux atomes
d'oxygène (O) et qu'il est lié de façon covalente à l'un d'eux, par mise en commun de deux
électrons : l'hydrogène devient alors légèrement positif et altère l'autre oxygène.
Dans la cellulose, il y a de multiples possibilités de formation de ponts hydrogène du fait de la présence
d'un grand nombre de groupes OH ; ces liens peuvent se former entre les molécules, mais aussi à
l'intérieur même de la molécule, ce qui augmente sa stabilité. Les liens entre les molécules
permettent leur association en faisceaux pour former des microfibrilles, des fibres et, enfin, du
papier.
Le papier est donc formé par simple association de fibres de cellulose en présence d'eau. La
solidité du papier est déterminée par la qualité des fibres et par la liaison entre elles.
28
1. Le papier
Les chaînes moléculaires de cellulose s'unissent donc en faisceaux, liées par des ponts hydrogène.
L'organisation de ces faisceaux de molécules peut prendre deux formes :
Les parties cristallines, qui sont ordonnées régulièrement. le nombre de liaisons hydrogène y
est maximal. Ce sont elles qui donnent au papier sa dureté et sa relative rigidité.
Les parties amorphes, plus désordonnées, confèrent au papier son élasticité et sa souplesse.
Mais elles sont aussi plus vulnérables et réactives à des agents extérieurs. Elles forment un
terrain favorable aux altérations de la cellulose, qui aboutissent à la dégradation de la qualité
du papier.
Image 13 Zones amorphes
Les hémicelluloses Complément
Les hémicelluloses, qui se trouvent avec la cellulose dans le bois, ont les caractéristiques suivantes :
une structure semblable à celle de la cellulose, mais constituée de divers sucres, certains avec
cinq atomes de carbone, d'autres avec six atomes de carbone.
Les chaînes sont plus courtes que celles de la cellulose.
Ces chaînes peuvent être soit linéaires, soit ramifiées.
Les hémicelluloses se trouvent
soit associées à la lignine dans la lamelle mitoyenne des fibres de bois
soit dans la paroi secondaire des fibres
Elles peuvent être plus ou moins fortement liées à la cellulose et la lignine, de sorte qu’elles
restent souvent associées à la cellulose, même après les opérations de blanchiment.
Elles sont chimiquement moins stables que la cellulose et sont partiellement solubles dans les
solutions alcalines. Elles représentent un facteur d’instabilité du papier.
Les lignines Complément
La lignine est le principal constituant de la lamelle mitoyenne qui se trouve entre les fibres végétales.
Cette lamelle soude les fibres entre elles et leur donne leur rigidité. C'est pourquoi on dit que c'est un
incrustant.
La lignine a une structure chimique très complexe et très différente de celle de la cellulose; sa
composition diffère selon les espèces végétales
Les lignines sont insolubles dans l'eau, mais partiellement solubles dans des solutions alcalines. C'est
grâce à cela que l'on peut par des traitements chimiques appropriés libérer les fibres cellulosiques des
incrustants pour fabriquer la pâte à papier.
Dans le papier, les lignines constituent une impureté indésirable et leur présence est un facteur de
vieillissement rapide.
29
2. Le parchemin II
Introduction
Le parchemin est une peau d'animal non tannée, le plus
souvent de veau, de chèvre ou de mouton traitée pour
servir de support à l'écriture.
Le parchemin
2.1. Historique du parchemin
La tradition veut que l'invention du parchemin date du IIe siècle avant J.-C., peut-être sous le
règne d'Eumène II (197-159 av. J.-C.), roi de Pergame -actuellement en Turquie - , protecteur des arts et
des lettres et fondateur de la bibliothèque de Pergame, dont le parchemin tire son nom (pergamena).
En fait son existence semble beaucoup plus ancienne, mais pendant longtemps on ne le différencia
guère du cuir. Son expansion se trouve favorisée par des difficultés d'approvisionnement en papyrus .
On a donc cherché à améliorer cette sorte de cuir pour le rendre propre à l'écriture.
Le parchemin devient, en Occident, support courant de l'écriture au VIIIe siècle, alors que les
importations de papyrus d'Égypte se font plus rares. À partir de cette période et jusqu'au XIVe siècle,
en Occident, les actes officiels sont, en quasi-totalité, rédigés sur des parchemins. C'est aussi le
matériau utilisé pour copier les manuscrits dans les monastères et les universités.
Il est utilisé sous différentes formes (illustrations) :
Le morceau simple de parchemin, de tailles et de formes très diverses
Le codex : ensemble de morceaux de parchemin reliés sous la forme d'un livre
Le rouleau ou " rôle " : morceaux de parchemin cousus bout à bout et roulés.
Cependant, la difficulté de sa fabrication en fait un produit de luxe. Aussi, par souci d'économie, les
parchemins sont-ils parfois réutilisés après grattage et ponçage ; on les appelle alors des palimpsestes.
Les textes les plus anciens, ainsi effacés pour réemploi du parchemin, peuvent être lus grâce à des
traitements chimiques et optiques.
A partir du XVe siècle, l'usage du parchemin, concurrencé par le papier dont la fabrication se
développe rapidement, devient exceptionnel : il est réservé à des actes solennels. Le développement
de l'imprimerie participe à cette marginalisation du parchemin.
30
2. Le parchemin
Il continue néanmoins à être utilisé jusqu'au XVIIIe siècle pour cet usage et pour les actes à forte valeur
légale : ainsi l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert signale que toutes les expéditions de justice
doivent se faire sur parchemin et indique les différents formats à respecter selon les types d'actes.
De nos jours, on ne l'utilise plus que pour certains documents officiels, pour la Torah et pour des
activités artistiques.
2.2. Les caractéristiques du parchemin
Pour bien comprendre les caractéristiques du parchemin et les facteurs de détérioration susceptibles
de l'affecter, il faut avoir quelques connaissances de base sur sa fabrication et sur la structure de la
peau.
2.2.1. La structure de la peau
La structure de la peau est complexe. De l'extérieur à l'intérieur du corps, elle est composée des trois
couches principales suivantes :
L'épiderme
Le derme
L'hypoderme
L'épiderme est formé par plusieurs couches superposées de cellules :
Au-dessus, la couche cornée où l'on trouve des cellules mortes
En-dessous, plusieurs couches de cellules vivantes, particulièrement sensibles à l'action
d'agents chimiques et biochimiques, notamment ceux utilisés par les tanneurs et les
parcheminiers.
Le derme est caractérisé par un réseau dense de fibres formé essentiellement par deux protéines, le
collagène et, en moindre proportion, l'élastine. Il est constitué de deux couches :
Au-dessus, la couche papillaire : les fibres de collagène y sont organisées en faisceaux parallèles
à la surface de la peau ; la surface de la couche papillaire, structurée par les follicules pileux qui
accueillent les poils dont la disposition est caractéristique pour chaque espèce animale, forme le
" grain " ou la " fleur " de la peau.
Puis la couche réticulaire, où le tissu fibreux est plus compact et où les fibres de collagènes sont
organisées en faisceaux longs et ondulés disposés dans toutes les directions. Cette disposition
donne à la peau sa résistance mécanique.
Entre les faisceaux fibreux du derme se trouve une substance liquide, visqueuse, appelée substance
basale qui remplit tous les interstices et forme la couche qui sépare le derme de l'épiderme. Elle
contient notamment de l'eau et intervient dans les caractéristiques de souplesse ou de rigidité de la
peau.
L'hypoderme est formé par un réseau moins dense de fibres, associé à des cellules de graisses et à des
fibres musculaires qui permettent les mouvements volontaires de la peau.
La molécule du collagène, principale protéine de la peau, s'organise dans l'espace en forme d'hélice
maintenue par des liaisons hydrogènes. Cette structure en hélices explique ses propriétés d'élasticité et
sa capacité de gonflement.
Cette molécule a deux propriétés particulières :
A une température d'environ 60°C, elle se transforme de façon irréversible en gélatine, souvent
utilisée comme colle, d'où son nom.
Sous l'effet d'acides, d'alcalis ou de certains sels, elle peut gonfler jusqu'à sa déstructuration ;
c'est pourquoi le caractère hydrophile de la peau peut augmenter dans un milieu fortement
acide ou alcalin.
31
2. Le parchemin
Le collagène constitue aussi un bon terrain de culture pour de nombreux micro-organismes.
2.2.2. La fabrication du parchemin
Le parcheminage consiste à rendre la peau d'un animal propre à l'écriture. Les différentes
opérations permettent d'éliminer les poils et d'autres substances indésirables pour ne conserver que le
collagène, l'élastine et une partie de la substance basale.
La première partie du traitement, que l'on appelle le travail de rivière, est la même que celle qui
prépare les peaux au tannage pour en faire du cuir. Elle consiste à éliminer les poils, l'épiderme et
l'hypoderme pour ne conserver que le derme prêt à recevoir les traitements suivants.
Les étapes suivantes sont l'étirage, le séchage et le finissage de la surface qui permettent d'obtenir
une peau opaque apte à recevoir l'écriture.
2.2.3. Le travail de rivière
Il comporte les étapes suivantes :
Le lavage à l'eau courante, qu'on appelle reverdissage
L'épilage et l'écharnage, pour enlever l'épiderme avec les poils d'un côté, l'hypoderme avec les
restes de chair et de graisse de l'autre. Ces opérations nécessitent un assouplissement préalable
du lien entre le derme et l'épiderme, qui s'obtient par un traitement au lait de chaux. L'épilage
consiste ensuite à racler la peau posés sur une surface arrondie. Il arrive que la peau soit tendue
sur un châssis avec un couteau peu tranchant. L'écharnage se fait sur le même support à l'aide
d'un couteau souple bien aiguisé. Il permet aussi d'égaliser l'épaisseur de la peau.
La durée du traitement au lait de chaux est très importante pour les opérations suivantes : un
traitement trop court entraîne des difficultés lors de l'étirage de la peau ; trop long, il affaiblit la peau
qui supportera mal la tension au séchage.
L'étirage, le séchage et le finissage de surface Complément
L'étirage et le séchage : la peau, préalablement lavée à l'eau claire, est tendue sur un cadre et
sèche sous tension. Le séchage sous tension provoque des modifications importantes de la
structure interne de la peau : les réseaux de fibres se réorganisent de préférence parallèlement à
la surface de la peau, tandis que les restes de substance basale agissent comme collant interne
et maintiennent la stabilité de cette structure après le démontage du cadre quand le parchemin
est sec. Les changements opérés par la mise sous tension sont ainsi fixés par le séchage. Lors du
séchage sous tension, la peau devient opaque : la régularité de la tension est essentielle pour
obtenir une opacité uniforme du parchemin, car les parties mal tendues deviennent dures et
transparente.
Le finissage de la surface : il consiste à égaliser la surface et son épaisseur en travaillant le
parchemin tendu, sur le côté chair, avec un couteau en forme de demi-lune. Le ponçage après
légère réhumidification, permet encore d'améliorer l'aspect et l'aptitude à recevoir l'écriture.
D'autres traitements de la surface peuvent s'ajouter pour faciliter encore l'écriture, avec de
l'alun, des graisses ou un encollage.
2.2.4. Les caractéristiques d'un parchemin
Dans le détail, les caractéristiques d'un parchemin peuvent varier selon la provenance de la peau
utilisée — race, sexe, âge, provenance, état de santé et alimentation de l'animal, saison de l'abattage —
et les techniques utilisées pour la transformation en parchemin.
Du point de vue physique, le parchemin est translucide, semi-souple, peu élastique, peu
extensible, difficilement formable.
32
2. Le parchemin
Du point de vue chimique, c'est une peau brute, non tannée, ayant subi un traitement alcalin et
un séchage sous tension.
La structure fibreuse du parchemin n'est pas uniforme, car les fibres ne sont pas disposées de la même
façon selon leur localisation sur la peau : la structure fibreuse est lâche sur les flancs, alors qu'elle est
très compacte sur l'échine et au collet.
Le parchemin est très sensible
à une forte chaleur
à l'action des micro-organismes
aux écarts hygrométriques
Dans des conditions de conservation correctes, le parchemin montre une stabilité remarquable.
33
3. Autres matériaux III
Introduction
Beaucoup d’autres matériaux sont susceptibles de faire partie des documents d’archives, pour beaucoup,
en moindre quantité toutefois que le papier et le parchemin. Nous n’en donnerons ici qu’un bref aperçu
sous forme de listes non exhaustives.
1. Liste de matériaux
Les encres
Font partie du document d’archives par nature et posent des problèmes particulier de
conservation, soit par leur détérioration propre, soit par la détérioration du support qu’elles
peuvent engendrer.
Leur composition joue un rôle essentiel dans leur stabilité et leur plus ou moins grande
agressivité par rapport au support. Le problème des encres métallo-galliques, notamment, est
étudié dans un chapitre spécial de la section 3.
Les colles
Elles entrent systématiquement dans la confection des reliures.
Elles peuvent aussi intervenir dans des montages anciens de gravures et photographies sur des
fonds, dans des albums, etc.
Le cuir
Reliures des registres et ouvrages
Le cuir est une peau tannée : cela signifie qu’elle a subi des traitements supplémentaires après le travail
de rivière évoqué dans la fabrication du parchemin (lien vers la page).
Ces traitements essentiellement chimiques peuvent, dans certaines conditions, rendre le cuir plus
vulnérable que le parchemin.
Les traitements du cuir Complément
Les traitements du cuir sont :
Le déchaulage et le confitage qui préparent la peau à recevoir le tannage :
Le déchaulage consiste à débarrasser la peau de tout reste de chaux : il se fait avec des
acides.
Le confitage consiste à tremper la peau dans des infusions végétales ou animales qui
permettent le développement de micro-organismes dont les enzymes attaquent les restes
de poils et la substance basale qui protège encore les fibres de collagène, afin de les
rendre prêtes à se lier aux tanins.
le tannage lui-même : il a pour but d'obtenir une combinaison stable entre les fibres de
collagène et les tanins ; la peau devient plus résistante aux températures élevées, aux
réactifs chimiques et à la dégradation micro-biologique, mais perd une partie de sa
34
3. Autres matériaux
souplesse ; traditionnellement il se fait avec des tanins d'origine végétale obtenus à partir
de l'écorce de certains arbres, ou avec de l'alun, minéral qui a largement été utilisé à
partir du XVIe siècle pour les cuirs de reliure à bon marché.
Des traitements de finissage :
Le graissage, consistant à introduire dans le cuir humide des graisses pour le rendre
plus souple.
La teinture
Le traitement de surface : égalisation du côté chair, traitements divers du côté fleur.
Le bois
Essentiellement dans les reliures les plus anciennes
Les cires et résines naturelles
Sceaux et cachets
Les textiles
reliure de toile ou de velours
tranchefile et signet des reliures
lacs de soie des sceaux pendants
échantillons de tissus dans des catalogues commerciaux et industriels
souvenirs collés dans les carnets intimes (bonnets de bébé, tulle de voile de mariée, etc.)
doublure des plans entoilés
toiles à dessiner
Les métaux
fermoirs, coins et décors des reliures anciennes, le plus souvent médiévales
bulles de plomb
médailles et décorations
Ne sont envisagés ici que les éléments métalliques qu’il convient de conserver, car ils font partie
intégrante des documents. Tous les autres éléments, tels qu’épingles, agrafes, trombones, coins pour
lettres, attaches parisiennes, boucles des sangles, doivent être éliminés et remplacés par des
matériaux de conditionnement adéquats.
35
4. Les supports photographiques IV
Introduction
Qu’elles soient sur papier ou sur d’autres supports, les photographies sont sujettes à des altérations
très spécifiques et présentent des problèmes particuliers de conservation.
La diversité des supports et surtout des procédés de fixation de l’image depuis la naissance de la
photographie impose un bref panorama historique des techniques utilisées les plus importantes et les
altérations qui menacent les documents issus de ces procédés.
Le mot photographie vient des mots grecs « phos » (lumière) et « graphein » (écrire) : tous les procédés
photographiques utilisent la lumière et le principe de la chambre noire (camera obscura).
L’invention de la camera obscura, décrite par Léonard de Vinci, remonte au XVIe siècle. C'était une pièce
dans laquelle des spectateurs pouvaient voir des images d'objets situés à l'extérieur projetés sur un mur.
La lumière passait par une ouverture de la taille d'un trou d'épingle. Cette installation fut transformée en
une boîte portable avec un orifice, une lentille (objectif) et un écran pour visionner. C'est le principe
même de l'appareil photographique.
La première photographie a été créée par Nicéphore Niepce entre 1816 et 1822 selon les sources. C’était
une image positive unique réalisée par un procédé héliographique, c'est-à-dire utilisant la lumière du
soleil.
Dès lors vont se développer presque simultanément deux familles de techniques :
Celles qui produisent directement une image positive unique
Celles qui produisent un négatif unique à partir duquel on peut tirer des images positives
identiques ou modifiées.
4.1. Les images positives uniques
Outre leur mode de production, elles ont toutes en commun leur présentation : ce sont des images «
enchâssées », c'est-à-dire la plupart du temps recouvertes d’un passe-partout en papier, en carton ou
en laiton, protégées par une plaque de verre et serties dans un écrin. En Europe, cet écrin prend
souvent la forme d’un cadre noir.
Le principal procédé utilisé a été le daguerréotype, premier en date et qui a connu pendant longtemps
un vif succès. D'autres procédés ont été mis en œuvre par la suite successivement ou en concurrence.
4.1.1. Le daguerréotype
En 1829, Nicéphore Niepce s’associe avec Louis-Jacques-Mandé Daguerre. Niepce étant mort en 1833,
Daguerre poursuit seul ses recherches et parvient en 1837 à former le premier daguerréotype. En 1839
le brevet d’invention est racheté à Daguerre par l’Etat français et mis à la disposition de tous.
Le daguerréotype est une image positive unique, impressionnée par la lumière sur une plaque de
cuivre argenté. La fine couche d’argent polie donne à la plaque l’aspect d’un miroir. L’image est faite
de particules très fines d’aspect blanchâtres, qui forment les parties claires de l’image en masquant
plus ou moins la couche d’argent. Selon l’angle d’observation, un daguerréotype peut apparaître
négatif ou positif. L’image est d’une grande précision.
36
4. Les supports photographiques
Le daguerréotype a été très utilisé pour faire des portraits de 1839 à 1860.
[Link]. Les étapes de production
La production d’un daguerréotype fait appel aux mêmes étapes que l’on va retrouver pour tous les
procédés photographiques traditionnels :
La préparation du support
Très rapidement, des plaques argentées furent disponibles dans le commerce. La qualité du
daguerréotype était étroitement liée à celle du polissage de la plaque. La couche d’argent était rendue
photosensible par exposition à des vapeurs d’iode qui entraînait la formation d’iodure d’argent. On
essaya d’améliorer le procédé en alternant les vapeurs de brome avec les vapeurs d’iode pour
accentuer la sensibilité de la plaque et réduire le temps de pose.
L'exposition à la lumière
La plaque était placée dans l’appareil (chambre obscure) pour être exposée à la lumière pendant un
temps de pose qui pouvait varier de quelques minutes à plus d’une heure.
Le développement
C’est le procédé qui permet de faire apparaître l’image. La plaque était exposée à des vapeurs de
mercure qui se condensaient aux endroits impressionnés par la lumière et formaient un dépôt blanc,
amalgame de mercure et d’argent.
A partir de , on remplaça le mercure par une l’exposition à certaines longueurs d’onde, appelées «
rayons continuateurs ».
Le fixage
L’opération consiste à éliminer l’iodure d’argent non insolé. A l’origine on trempait la plaque dans une
solution chaude de sel de cuisine (chlorure de sodium) qui fut remplacée par la suite par de
l’hyposulfite, plus efficace et encore utilisé de nos jours.
A partir de 1840, on pratiqua aussi le fixage avec une solution de chlorure d’or qui accentuait les
contrastes et conférait à l’image une tonalité plus chaude.
On pouvait enfin, si on le souhaitait, procéder au coloriage au moyen de pigments dispersés dans une
résine naturelle, de type gomme arabique.
[Link]. Les altérations du daguerréotype
Les dégradations du daguerréotype sont très spécifiques à ce procédé et sont de deux types :
Les attaques chimiques liées aux facteurs externes : pollution, humidité
Les dégradations inhérentes à la structure de la plaque ou à de mauvaises manipulations.
Les dégradations peuvent se traduire par les effets suivants :
Rayures sur l’image et même effacement, liés au moindre frottement
Détachement de la couche d’argent
Oxydation du support en cuivre : tâches vertes
Attaque de l’image par des gouttelettes alcalines provenant de la décomposition de certains
verres de protection sous l’effet de l’humidité
Développement de micro-organismes en cas de perte d’hermétisme du montage et de
condensation
Ternissure de l’argent, sous l’effet notamment des gaz polluants : un voile coloré apparaît et se
développe des bords de l’image vers le centre.
37
4. Les supports photographiques
4.1.2. Les autres procédés
D'autres procédés ont été utilisés pour obtenir des images uniques, soit sur d'autres supports, avec par
exemple le premier positif sur papier, soit avec d'autres produits de sensibilisation.
Les principaux procédés ont été :
L’ambrotype
Le pannotype
Le ferrotype
[Link]. Le premier positif sur papier
En 1839, Hippolyte Bayard met au point un procédé qui lui permet d'obtenir directement des images
positives sur papier. Un papier recouvert de chlorure d'argent est exposé à la lumière dans une
chambre noire après sensibilisation préalable dans de l'iodure d'argent. Le temps de pose varie entre
trente minutes et deux heures. Cette technique prometteuse n'a pourtant pas eu le succès qu'elle
méritait à cette époque à cause de la concurrence du daguerréotype.
[Link]. L'ambrotype
L’ambrotype est un cliché sur verre au collodion. C’est en fait une image négative, mais qui, après un
traitement chimique particulier et placée sur un fond noir apparaît en positif.
Le collodion est un produit contenant des chlorures et des iodures, obtenu par dissolution du nitrate
de cellulose dans un mélange d'éther et d'alcool.
La technique est la suivante :
Préparation de la plaque de verre : on répand sur toute la surface du collodion, puis on la
trempe dans une solution de nitrate d’argent
Exposition : la plaque est mise encore humide, parce que plus sensible, dans l’appareil
photographique.
Développement dans un révélateur à l’acide nitrique ou au chlorure de mercure, fixage et
lavage. On obtient un négatif aux reflets grisâtres. Eventuellement la plaque est vernie.
Noircissement du fond : soit le verre est enduit au dos d’une laque noire, soit il est placé sur un
fonds de velours noir.
Montage dans un cadre fermé comme le daguerréotype.
Les altérations peuvent être les suivantes :
Décomposition du fond noir qui se traduit par l’apparition de taches blanches là où le fond est
endommagé
Réticulation du collodion et du vernis : boursouflures qui s’écaillent.
Affaiblissement de l’image par oxydation liée à un carton de mauvaise qualité utilisé pour le
montage : apparition d’un voile noir-bleuté, plus particulièrement dans les parties en contact
avec le carton.
[Link]. Le pannotype et le ferrotype
Ces deux procédés sont des dérivés de l’ambrotype sur des supports moins fragiles que le verre.
Le pannotype, mis au point en 1853, est obtenu par transfert de la couche de collodion sur du tissu ou
de la toile cirée teintés en noir.
Dans le ferrotype, né en 1856, on a remplacé le verre par une plaque de fer noircie enduite de
collodion.
Ces procédés rapides et bon marché furent très utilisés pour les portraits par les forains.
38
4. Les supports photographiques
Plus tard le collodion fut remplacé par de la gélatine et sous cette forme, le procédé survivra jusque
dans les années 1950.
Les altérations des pannotypes et ferrotypes sont les suivantes :
Affaiblissement de l’image
Altérations des supports : durcissement de la toile cirée devenue cassante, rouille de la plaque
de fer
Rayure des clichés non protégés par un verre.
4.2. Les négatifs
Parallèlement à la production d’images positives uniques vont se développer d’autres techniques
passant par la création d’un négatif. Peu utilisées au début, ces techniques vont connaître un succès
croissant, car elles offrent la possibilité de produire en nombre des tirages positifs à partir d’une seule
prise de vue.
Les premiers essais se firent sur papier (calotype), puis sur verre. La production de négatifs gélatino-
argentiques fut par la suite déterminante pour l’évolution de la photographie.
4.2.1. Le calotype
L’Anglais Henry Fox Talbot est le premier à mettre au point un procédé négatif-positif en 1841, après
de longues recherches sur la photosensibilité du chlorure d’argent. Le négatif et le positif s’obtiennent
sur papier salé : le papier est sensibilisé par trempages successifs dans une solution d’eau salée, puis
dans une solution de nitrate d’argent.
La fabrication du négatif, appelé « calotype » se fait de la façon suivante :
Exposition courte du papier salé dans l’appareil photographique : une image invisible à l’œil nu
se forme.
Développement dans une solution appelée révélateur qui fait apparaître l’image négative.
A partir de ce négatif, on peut désormais obtenir autant de tirages positifs que l’on veut par
noircissement direct.
Pour améliorer la transparence on prit l’habitude de cirer ou de huiler le papier.
Les calotypes sont rares et souvent en mauvais état. Les principales altérations sont :
les marques de pliures
les taches jaune-marron et la perte de contraste liés aux produits résiduels des traitements
chimiques
les taches noires résultant d’un transfert du nitrate d’argent lors de tirages sur un papier salé pas
totalement sec.
4.2.2. Les négatifs sur verre
Malgré sa fragilité, le verre reste un support longtemps utilisé pour la fabrication de négatifs.
Deux produits ont été employés pour fabriquer la couche photosensible :
l’albumine
le collodion, humide ou sec
39
4. Les supports photographiques
[Link]. Les négatifs à l'albumine
Ce procédé, appelé niepcéotypie ou nieçotypie, a été utilisé de 1847 à 1860.
Les étapes de production sont les suivantes :
préparation de la plaque de verre recouverte d’un mélange d’albumine contenant de l’iodure et
du bromure de potassium.
Séchage de la plaque
Sensibilisation dans une solution d’acide acétique et de nitrate d’argent
Exposition longue
Développement par applications successives d une solution d’acide gallique et d’une solution
de nitrate d’argent.
Fixage et lavage
Ces négatifs sont difficiles à distinguer des clichés verre au collodion et on connaît mal leur
vieillissement.
[Link]. Les négatifs au collodion
Deux techniques ont été parallèlement utilisées :
le collodion humide, de 1851 à 1885
le collodion sec, de 1855 à 1885
Le procédé au collodion humide permet, en raison de sa grande sensibilité, de réduire
considérablement le temps de pose, mais il faut développer la plaque immédiatement après
l’exposition, avant que le collodion ne sèche. Il était donc surtout adapté au travail en studio et fut
employé jusqu’en 1900 en raison de son coût modique et de sa rapidité d’emploi.
La production suivant les étapes suivantes :
Recouvrement de la plaque de vers nettoyée avec un couche de collodion i oduré et bromuré
Sensibilisation au nitrate d’argent
Exposition
Développement
Fixage à l’hyposulfite ou au cyanure et lavage
Vernissage et retouche
De nombreuses formules ont eu pour but principal de permettre, avec un même rendu, une utilisation
moins contraignante dans le temps grâce à l’introduction de substances maintenant une certaine
humidité à l’intérieur du collodion. C'est ce qu'on appelle le procédé au collodion sec.
Parmi ces procédés, il en est un qui préfigure les procédés industriels : en 1867, une firme anglaise
commercialise des plaques recouvertes en une seule opération d’une émulsion de collodion et de sels
sensibles.
Les négatifs au collodion sont abondants dans les collections photographiques. En lumière réfléchie, ils
présentent une tonalité de couleur crème qui permet de les différencier de procédés au gélatino-
bromure d’argent. Mais selon les traitements chimiques subis par le cliché, cette teinte peut aller
jusqu’au brun-noir.
40
4. Les supports photographiques
Les altérations peuvent être :
Brisures et fêlures du verre
Rayures de la couche de collodion
Réticulation et boursouflures en cas de mauvaise préparation de la plaque
Jaunissement de certains vernis
4.2.3. Les négatifs gélatino-argentiques
La gélatine, utilisée dès 1839, sur les papiers salés par Talbot, devint un composant indispensable à la
photographie à partir des années 1880.
La première émulsion au gélatino-bromure d’argent fut préparée par Richard Leach Maddox en
1871.
[Link]. Les négatifs sur plaque de verre (1878-1940)
En 1878, Benett parvient à augmenter considérablement la sensibilité de la plaque en chauffant
l’émulsion pendant quelques heures. Dès lors, le procédé se répand rapidement et tend à supplanter
tous les autres, d’autant qu’il est possible de conserver longtemps les plaques préparées avant leur
utilisation.
Plusieurs sociétés, qui subsistent encore aujourd’hui, fabriquent et diffusent dans le monde entier des
plaques prêtes à l’emploi : les Etablissement Lumière (France), Agfa (Allemagne), Eastman (Etats-Unis
d’Amérique), Ilford (Grande-Bretagne).
[Link]. Les négatifs sur support souple
Les premiers essais de négatifs sur support souple furent tentés par Eastman (Kodak) dès 1884 : on
revint d’abord au négatif papier, puis le procédé évolua vers un transfert de la couche sensible sur
plaque de verre.
1889 vit l’apparition d’une nouvelle matière synthétique, le nitrate de cellulose, qui permit à Kodak de
fabriquer des supports transparents et flexibles semblables aux pellicules que nous connaissons
encore aujourd’hui.
Utilisé jusqu’en 1951 pour les photographies et les films, le nitrate de cellulose est finalement interdit
parce qu’il est hautement inflammable.
Entre 1914 et les années 1950, la chimie des matières plastiques se développe et fournit à la
photographie toute une gamme de supports pour les négatifs. Les plus utilisés furent le diacétate de
cellulose (1923), le triacétate de cellulose (1948), ainsi que le polyester (1955), ces deux derniers
matériaux étant encore utilisés.
[Link]. Les altérations des négatifs au gélatino-bromure
Les altérations des négatifs gélatino-bromure peuvent être :
Brisures et fêlures de la plaque de verre
Décollement de couche image, lié aux variations hygrométriques entraînant dilatation et
contraction de la gélatine.
Décomposition du support
particulièrement spectaculaire pour le nitrate de cellulose, elle débute par une
coloration du support, se poursuit par une altération de l’émulsion photosensible
(poisseuse en milieu humide, cassante en milieu sec), la fragilisation du support et le
dégagement de vapeurs acides (acide nitrique) ; à ce stade, les documents conservés aux
alentours sont en danger, tant à cause des vapeurs acides que des risques d’incendie ;
enfin, les négatifs finissent par être collés entre eux et contre les enveloppes qui les
contiennent, l’image est perdue : au dernier stade, il ne reste qu’une poudre brunâtre.
41
4. Les supports photographiques
Le diacétate et le triacétate de cellulose se rétractent et sont sujets à ce qu’on appelle le
syndrome du vinaigre en raison de l’odeur d’acide acétique qu’ils dégagent, tandis que
l’image se plisse.
Développement de micro-organismes se nourrissant de la gélatine et détruisant l’image dans
un milieu humide.
Dégradation de l’image, parfois sous la forme de taches, plus souvent sous la forme d’un miroir
d’argent, appelé « voile dichroïque » provoqué par les cartons de conditionnement. Certains
traitements chimiques destinés à renforcer les contrastes après la prise de vue peuvent aussi
entraîner une coloration jaune ou blanchâtre.
4.3. Les tirages positifs en noir et blanc
Les premiers positifs étaient des images uniques, de grande qualité mais nécessitant beaucoup de
compétences professionnelles.
Le procédé négatif-positif, issu des recherches de Henry Fox Talbot en 1841, permit la naissance de
l'image multiple : à partir d'une seule prise de vue, il devenait possible de créer de nombreux tirages.
Les premiers essais eurent lieu sur papier salé, puis albuminé. Ces procédés artisanaux furent
remplacés à partir des années 1880 par des papiers produits à l'échelle industrielle pour aboutir au
papier à développement que nous connaissons encore aujourd'hui.
4.3.1. Le papier salé
Les tirages positifs s’obtiennent par noircissement direct en contact avec le négatif selon la procédure
suivante :
L’exposition : le négatif est mis en contact étroit avec le papier sensible et l’ensemble est exposé
longuement au soleil sous les rayons duquel le chlorure d’argent se transforme en argent.
Le virage et le fixage : le tirage est trempé dans une solution à base de sels d’or pour obtenir
une tonalité plus agréable, puis est fixé dans un bain d’hyposulfite de sodium et lavé à l’eau
courante. Ces deux dernières opérations éliminent les sels sensibles afin de rendre l’image
stable et moins réactive à la lumière.
L’une des grandes caractéristiques de ces photographies est la fragilité de l’image qui a tendance à
disparaître. Cette fragilité est liée aux phénomènes d’oxydation de l’argent, dont les causes peuvent
être :
La médiocrité du traitement chimique : bain de fixateur usagé, lavage insuffisant
La pollution atmosphérique
La mauvaise qualité des matériaux en contact : boîtes, carton des albums photographiques.
L’attaque de l’image est d’abord visible dans les parties claires, là où l’argent est présent en faible
quantité.
4.3.2. Le papier albuminé
En 1850, Louis-Désiré Blanquart-Evrard présente les premières photographies sur papier albuminé.
C’est un papier qui a été trempé dans une solution d’albumine (blanc d’œuf) et de sel, puis sensibilisé
dans une solution de nitrate d’argent.
Grâce à l’apparition des négatifs sur verre, de bien meilleure qualité que les négatifs sur papier, le
procédé négatif-positif se développe.
Les tirages positifs sur papier albuminé présentent une meilleure définition et un plus grand contraste
que les tirages sur papier salé, car l’image n’est plus formée sur les fibres du papier, mais dans la
couche d’albumine.
42
4. Les supports photographiques
L’image est obtenue, comme sur les papiers salés, par noircissement direct, puis virée et fixée. Le
résultat est d’une tonalité chaude, de brun à violet, avec un aspect satiné, parfois très brillant si le
papier a été doublement albuminé ou verni.
Ce procédé connut un grand succès pendant la deuxième moitié du XIXe siècle et ne fut supplanté que
vers 1895 par les papiers à émulsion de fabrication industrielle.
Les altérations, liées à l’humidité, la chaleur et la pollution, peuvent être les suivantes :
Jaunissement de l’albumine dans les parties claires : cette altération, liée à la structure
chimique de l’albumine, est la plus fréquente ; elle est accélérée surtout par l’humidité, mais
aussi par la lumière.
Craquelures provoquées par les différences de comportement entre le papier, qui se dilate en
cas d’humidité, et l’albumine qui ne suit pas ce mouvement. Lorsque la photographie est
contrecollée sur un carton, le phénomène est encore plus important, car elle ne peut s’enrouler
sur elle-même pour compenser les tensions.
Disparition et décoloration de l’image : c’est le même phénomène que sur les papiers salés,
moins accentué.
Taches et piqures liées à des attaques chimiques provenant de la pollution ou des matériaux
annexes : carton contrecollé, passe-partout, album ou boîte.
4.3.3. Les positifs de l'ère industrielle
La mise au point du procédé négatif au gélatino-bromure rend la prise de vue plus accessible à un large
public de non-spécialistes, point de départ du développement industriel de la photographie vers
1880. Les industriels orientent désormais leurs recherches vers le complément indispensable : des
procédés de tirages plus faciles sur une nouvelle gamme de papiers positifs.
Les premiers de ces papiers sont fabriqués en Allemagne à laquelle ils doivent leur nom : aristotypes.
Produits de façon industrielle, ils doivent leur grand succès entre 1890 et 1930 à leur facilité d’emploi, à
leur sensibilité à la lumière, à leur plus grande permanence et à leurs qualités esthétiques. Bien qu’ils
utilisent encore les procédés à noircissement direct, ils préfigurent les papiers photographiques
modernes.
En 1900, on rencontre principalement deux types :
Les aristotypes au collodion (papier celloïdine)
Les aristotypes à la gélatine (papier citrate)
[Link]. L'aristotype au collodion
C’est un papier recouvert de deux couches :
Une couche de sulfate de baryum (pigment blanc) en suspension dans de la gélatine. Ce
barytage permet, par rapport aux papiers salés ou albuminés, une plus grande adhésion de
l’émulsion photosensible sur le support et donne au papier une surface lisse sur laquelle le
rendu des détails est meilleur. On peut aussi par ce procédé obtenir des papiers d’aspect mat ou
brillant ou encore des papiers colorés (mauve, rose, lilas).
Une couche photosensible au collodion-chlorure d’argent.
Sa fabrication très rapidement mécanisée permet une production à grande échelle sous la forme de
rouleaux qui sont ensuite découpés au format des négatifs. Ces formats sont restés usuels pour les
tirages jusqu’à aujourd’hui (6,5 x 9, 9 x 12, 13 x 18, 18 x 24, 24 x 30 cm). Ce papier restait utilisable
pendant plusieurs mois, ce qui représentait un grand progrès par rapport aux papiers salés et
albuminés.
Le tirage se fait par exposition du papier à la lumière du soleil sous le négatif, puis l’image qui s’est
formée progressivement est passée dans un ou plusieurs bains de virage et de fixage.
43
4. Les supports photographiques
A partir de 1914, les aristotypes au collodion vont progressivement laisser la place aux papiers «
gaslight » et aux papiers à développement.
[Link]. L'aristotype à la gélatine
Mis au point vers 1881 et fabriqué d'abord en Allemagne dès 1885, c'est un papier de même type que
l'aristotype au collodion, mais où ce dernier a été remplacé par une émulsion sensible au gélatino-
bromure.
[Link]. Les altérations des aristotypes
Malgré une stabilité accrue par rapport aux papiers salés et albuminés, les aristotypes peuvent
connaître deux types de dégradation :
Le décollement de la couche image : les papiers au collodion sont particulièrement fragiles.
Affaiblissement et taches liés à l’oxydation de l’argent. Un bain de fixage trop usagé provoque
des taches vert-jaune dans les parties claires. Une mauvaise élimination du fixateur au lavage
déclenche, sous l’effet de l’humidité, un phénomène de sulfuration qui colore en jaune les
parties sombres de la photographie.
Miroir d’argent
4.3.4. Le papier à développement
Jusqu’en 1895, les tirages se font essentiellement par noircissement direct, bien que ce procédé exige
un temps d’exposition très long. Les seuls cas où le développement est utilisé sont les portraits
agrandis à partir de négatifs de petite taille, dits « cartes de visite ». Ces agrandissements retouchés au
fusain ou à la peinture sont appelés « crayon-portraits ».
La mise au point de tireuses automatiques nécessite l’adoption du procédé à développement pour
obtenir un grand nombre de tirages en un temps minimal.
Le papier à développement est un papier très photosensible qui, après une brève exposition à la
lumière, soit en contact direct avec le négatif, soit sous un agrandisseur, est développé dans un bain
de révélateur qui fait apparaître l’image.
Vers 1890, il existe deux types de papier à développement :
Le papier au gélatino-bromure d’argent, toujours en usage aujourd’hui
Le papier au gélatino-chlorure ou chloro-bromure d’argent, appelé « papier gaslight », car
l’exposition peut se faire à la lumière artificielle de lampes à gaz.
Par la suite, la miniaturisation des négatifs oblige à utiliser du papier au gélatino-bromure d’argent,
seul papier adapté aux agrandissements.
Les clichés tirés sur papiers à développement sont plus stables que ceux obtenus par noircissement
direct, car le développement provoque des amas de filaments d’argent plus volumineux que les
particules d’autrefois. Néanmoins, il peut y avoir deux sortes d’altérations :
Taches jaunes résultant de la dégradation de l’argent sous l’effet de produits résiduels des
traitements ou des gaz polluants.
Craquelures de la couche image provoquées par des variations brutales de l’humidité et de la
température.
Miroir d’argent, c'est-à-dire un voile métallique bleuté sur les parties sombres, visible en
lumière diffuse et provoquée par une migration des particules d’argent vers la surface. La
principale cause est l’humidité ambiante.
La dernière évolution du papier à développement se produit dans les années 1970 qui voient
l’apparition des papiers plastifiés : le support baryté est remplacé par une feuille de papier doublée
sur ses deux faces d’une feuille de polyéthylène. Ces papiers permettent un lavage et un séchage plus
courts.
44
4. Les supports photographiques
Les papiers plastifiés ont la réputation de se conserver moins bien que les papiers barytés. Il est
particulièrement important de conserver ces clichés en surveillant de près la température et
l’humidité, mais surtout il faut à tous prix éviter ou limiter l’exposition à la lumière qui peut provoquer
des craquelures suite à des réactions photochimiques du polyéthylène. L’utilisation d’antioxydants
dans la fabrication des papiers plastifiés récents permet de pallier cet inconvénient.
4.3.5. Les procédés non argentiques
Pour les papiers de tirage, plusieurs procédés de photosensibilisation sans argent ont aussi été utilisés
au XIXe siècle.
Le cyanotype : mis au point en 1842, il s’agit d’un papier qui utilise la photosensibilité des sels
de fer. Peu coûteux, il fut très utilisé vers 1880 pour le tirage des photographies, des plans et
des dessins industriels. L’image a une coloration bleue. Les principales altérations sont liées à
la mauvaise qualité du papier utilisé qui, trop acide, devient cassant.
Le platinotype : ce procédé au platine, bien que coûteux, fut très utilisé des années 1880 à 1914,
notamment pour l’illustration des livres et revues. Il permet des nuances subtiles de gris et sa
permanence est excellente grâce à l’inaltérabilité du platine. Il nécessite l’utilisation d’acides
pour le développement et le fixage, ce qui peut entraîner, en cas de lavage imparfait, une
dégradation accélérée du support papier, souvent lui-même déjà acide. De plus, le platine est un
catalyseur chimique qui favorise la dégradation de la cellulose, entraînant l’altération la plus
caractéristique de ce procédé : le transfert des parties sombres de l’image sur une autre feuille
de papier en contact.
Les procédés pigmentaires : la gélatine et la gomme bichromatées. Ces procédés utilisent les
propriétés de la gélatine et de la gomme arabique qui, traitées avec des sels de bichromate
photosensibles, deviennent insolubles après exposition à la lumière. En ajoutant des pigments,
on obtint en 1855 le premier procédé pigmentaire : seules les parties exposées à la lumière
restent après lavage en emprisonnant les pigments, formant ainsi une image en relief sur le
papier. Les deux procédés les plus fréquents, utilisés jusqu’en 1930, ont été :
Le procédé au charbon à base de gélatine bichromatée et de noir de carbone, qui
existent en plusieurs teintes, la plus fréquente étant le « rouge chocolat ».
Le procédé à la gomme arabique bichromatée mélangée à des couleurs pour aquarelle.
Ces tirages sont parmi les plus stables qui existent, notamment ceux au noir de charbon. Les autres
pigments peuvent parfois pâlir après une exposition prolongée à la lumière. La gélatine et la gomme
arabique peuvent être attaquées par des micro-organismes.
4.4. Les procédés couleur
Dès les premiers daguerréotypes, des recherches sont engagées pour aboutir à des photographies en
couleur.
4.4.1. Les premières photographies en couleur
En 1869, les premiers tirages couleurs sont dus à Ducos du Hauron qui met au point un procédé
compliqué, mais prometteur, de prise de vue à travers trois filtres de couleur, selon le principe de la
trichromie encore utilisée par l’imprimerie.
Sur cette base, l’Irlandais John Joly crée en 1894 un nouveau procédé qui permet de produire des
diapositives à partir d’un négatif noir et blanc exposé à la lumière derrière une multitude de filtres
microscopiques bleus, verts et rouges réunis en une mosaïque.
De nombreux brevets mettant en œuvre ces principes seront déposés jusqu’en 1938, notamment le
procédé Agfacolor et les autochromes.
45
4. Les supports photographiques
L’autochrome, commercialisé à partir de 1907 par les frères Lumière, est à l’origine une plaque de
verre couverte d’un réseau de fécules de pomme de terre colorées en rouge-orangé, violet et vert et
d’une émulsion photosensible. Cette plaque est exposée dans un appareil photographique en la
retournant de façon à ce que la lumière traverse les particules colorées avant d’atteindre la couche
sensible. Enfin, la plaque est développée. A ce stade, la plaque si elle est fixée, se présente sous la
forme d’un négatif qui présente par transparence les couleurs complémentaires de celle de l’objet
photographié. Pour obtenir un positif, il faut inverser l’image par un deuxième développement du
bromure d’argent non influencé par la lumière lors de l’exposition. On obtient dès lors une diapositive
sur verre qui présente par transparence les couleurs de l’objet photographié. La plaque est protégée
par un vernis.
A partir de 1931, le support verre est remplacé par un support souple. En 1935, l’arrivée sur le marché
d’un nouveau procédé, le kodachrome, voue l’autochrome à la disparition.
Les altérations possibles sont celles que peuvent subir tous les clichés au gélatino-bromure et en plus,
celles plus spécifiques au réseau coloré :
Altération des couleurs : malgré une grande stabilité apparente, il peut y avoir jaunissement
des vernis
Taches vertes dues à la diffusion du colorant vert solubilisé par l’eau, la plupart du temps au
moment du traitement d’une plaque défectueuse, ou lors d’une immersion accidentelle plus
récente dans l’eau.
Taches brunes liées à une oxydation de l’argent.
Dédoublement des couches, provoqué par des variations climatiques
Abrasions et salissures de surface
Développement de micro-organismes : pour protéger la surface des autochromes, ils ont
souvent été doublés d’une plaque de verre ; au cours de cette opération, un certaine quantité
d’humidité a été enfermée et peut se condenser quand la température baisse ce qui favorise
l’installation de micro-organismes qui détruisent l’image. D’autre part, la gélatine se ramollit et
adhère à la plaque de verre de protection.
Réticulation du vernis, sous l’effet de l’humidité.
4.4.2. Les photographies en couleur modernes
De nouveaux procédés, basés sur des concepts très différents des précédents, vont voir le jour à partir
de 1935. Mais c’est seulement à partir de 1970 que la photographie en couleur va vraiment se
développer et tend à remplacer la photographie en noir et blanc.
Toutes les photographies en couleur moderne sont constituées de trois colorants (jaune,
magenta, cyan) répartis respectivement dans trois couches de gélatine superposées.
On distingue quatre procédés principaux :
Les émulsions à développement chromogène à coupleurs incorporés : c’est le procédé lancé
en 1935 par Kodak sous le nom de Kodachrome. Un support est recouvert de trois couches
superposées d’émulsion au gélatino-bromure d’argent. Chaque couche est sensibilisée à une
lumière de couleur différente : bleu, vert et rouge. Dans chacune se trouve un coupleur, produit
incolore qui, après l’exposition, réagit lors du développement avec un révélateur chromogène
pour former le colorant jaune, magenta ou [Link] l’argent est ensuite éliminé dans un bain de
blanchiment, puis de fixage.
Le c ibachrome, créé par Ilford, permet de réaliser des tirages à partir d’une diapositive. Ce
procédé est basé sur la destruction sélective des trois colorants, tous présents dans la couche
sensible. Lors du développement, le colorant est détruit aux endroits où se forme l’argent
métallique, qui est ensuite dissout.
46
4. Les supports photographiques
Le polaroïd à développement instantané : ce procédé est basé toujours sur la superposition de
couches sensibles aux trois types de lumière et sur la diffusion et le transfert de colorants
réagissant en milieu basique pour former l’image colorée.
Les procédés artisanaux Dye-transfer et Fresson : ce sont deux procédés très coûteux, utilisés
seulement pour les tirages de collection ou la publicité.
Le dye-transfer : trois matrices en gélatine correpondant à la sélection trichrome sont
tirées, puis imprégnées de colorants, enfin transposées sur un papier baryté et gélatiné
pour former la photographie en couleur.
Le procédé Fresson, héritier des procédés au charbon, consiste à reporter quatre couches
de gélatine bichromatée teintées avec des pigments sur un même support.
Les photographies en couleur posent de gros problèmes de conservation. Celles obtenues par un
développement chromogène sont les plus fragiles. Les colorants se dégradent sous l’effet de la
lumière, mais aussi dans l’obscurité. Généralement le cyan s’altère plus vite que les deux autres
colorants, introduisant ainsi une variation considérable du rendu des couleurs par rapport au cliché tel
qu’il était lors de sa production.
D’après des tests de vieillissement, on estime que le film kodachrome conservé dans l’obscurité et dans
des conditions climatiques correctes a une durée de vie de 90 ans, alors que le dye-transfer peut aller
jusqu’à 300 ans et l’ektachrome (diapositive) commence à changer de couleur au bout de 30 ans. Parmi
les tirages couleurs le cibachrome s’avère particulièrement stable dans l’obscurité comme à la lumière.
Les films négatifs couleur s’altèrent au bout d’une dizaine d’années.
47
5. Evaluation des connaissances :
Historique des supports et des
V
OK
matériaux
Avez-vous bien compris tout ce qui vient de vous être enseigné?
Si vous voulez le vérifier, faites les exercices proposés ci-dessous.
Si vous ne savez pas répondre, ne regardez pas trop vite le corrigé, travaillez à nouveau la (les) section(s)
précédente(s) où vous découvrirez les solutions.
Bien sûr, si vous n'y arrivez vraiment pas, vous pouvez consulter les réponses. Ne les lisez pas avec
précipitation mais avec une grande attention et surtout essayez de comprendre.
A vous de jouer...
Exercice 1
Exercice A sur l'historique des supports et des matériaux :
Lesquels de ces énoncés sont-ils vrais ?
1. Le procédé de blanchiment des matières premières au chlore nuit à la conservation du papier
2. Utilisées pour rendre le papier opaque, les charges composées de plâtre (sulfate de calcium), de
sulfate de baryum ou de plomb, de kaolin ou de talc sont favorables à la conservation du papier
3. L'introduction de la colophane au XIXe siècle, utilisée pour l'encollage du papier, a permis
d'accélérer la fabrication du papier
4. Le milieu du XVIIIe siècle vit l'apparition du papier vélin, qui a la qualité d'être particulièrement
résistant
5. L'introduction de l'usage du bois comme matière première de la fabrication de papier au XIXe
siècle a entraîné la production de papier davantage résistant que celui fabriqué avec du textile
Exercice 2
Exercice B sur l'historique des supports et des matériaux :
Lesquels de ces énoncés sont-ils vrais ? (suite)
6. Le papier recyclé supporte mal le vieillissement
7. La colophane demeure l'agent de collage le plus utilisé, toujours en combinaison avec de l'alun
8. Un papier permanent doit obligatoirement être exempt de pâte de bois
9. Le papier de fabrication artisanale, parce que constitué de fibres végétales, est nécessairement de
grande qualité
10. Le parchemin est insensible aux variations de température
48
Les galeries associées à ce module VI
(cf. machine_papier_industrielle)
(cf. anobiides)
(cf. blattides)
(cf. lepismatides)
(cf. moulins)
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