Introduction à la science politique
Introduction à la science politique
Au masculin : Au féminin :
le politique signifie tout d’abord l’homme la « politique » signifie en premier lieu l'ensemble
politique. Mais ce n’est pas cette acception du des actions que les gouvernants ou les autres
terme qui l’oppose à l’expression considérée au acteurs sociaux entreprennent en vue de prendre
féminin. des décisions, d'influencer le processus de prise de
Le politique signifie aussi l’image que la société décision ou d'occuper des postes de responsabilité.
avait d’elle-même, notamment la « totalité, le c'est-à-dire « la traduction dynamique de tous les
lieu de la totalité du lien social de la cité ou de la phénomènes impliqués par la conquête et
communauté ». l'exercice du pouvoir »
La politique peut prendre un sens neutre.
Dans un usage bien particulier :
Celui de « gestion », c'est-à-dire un ensemble de
mesures techniques, juridiques et financières en la « politique » prend un sens péjoratif.
vue d'agir sur un secteur déterminé ou de traiter un J- P. Sartre a rendu célèbre l'expression « je
problème précis. mange, je bois, je ne fais pas de la
À titre d'exemple : politique ».
les accidents de la circulation constituent un
véritable fléau socio-économique qui exige une L'expression « politique » dans un sens
intervention pluridimensionnelle de la part des extrême veut aussi dire hypocrisie ou
pouvoirs publics. machiavélisme.
M. Duverger estime en effet que cette la société nationale (l'État) est considérée comme un
perception de la discipline est à la fois la plus genre à part par rapport aux autres groupes ou
collectivités, dans le sens d’une position transcendante
ancienne et la plus proche du sens commun. La ou « souveraine »
cité « polis », qui s'est transformé en « État L'État « serait une sorte de société parfaite ne
dépendant d'aucune autre et dominant toutes les
nation » est l'objet fondamental de la science autres ».
politique. Les gouvernants seraient les titulaires d’une position
souveraine à l'exclusion des chefs de tous les autres
groupes ou collectivités.
DUVERGER M., sociologie de la politique, idem, page : 24.
Cette conception donne une part importante à Pour les tenants de cette conception, les phénomènes
politiques se réduisent à l'organisation et au
la notion de « souveraineté » dans la mesure où gouvernement de l'État.
le fait de supposer la science politique comme Léon Duguit estime que les phénomènes politiques sont
étant une science relative à l'État et en ceux qui se rapportent à l'origine et au fonctionnement
considérant l'État comme un type de de l'État.
communauté « aujourd'hui le plus fortement Cette conception se nourrit clairement de l'hégémonie
du droit public sur la science politique.
organisé et le mieux intégré » débouche sur un Elle est représentée par Georg Jellineck, Marcel Prelot,
constat particulier : Jean Dabin, Roger Henri Soltau, Alfred de Grazia.
Les tenants de cette école (Max Weber, Harold D.
Cette école de science politique est ralliée par les Lasswell, Robert Dahl, Raymond Aron, Georges
sociologues marxistes ; mais selon une Burdeau, …) considèrent que le phénomène de
représentation différente de l'État. pouvoir et, par conséquent de politique, est
Si en Occident le fait d’isoler l'État comme un genre intrinsèque à toute collectivité organisée.
à part par rapport à d'autres groupes et collectivités G. Burdeau précise que le caractère politique est
comporte le paradigme idéologique de la
celui qui s'attache à tout fait, acte ou situation en
supériorité ou de la souveraineté de l'État, les
tenants de l'idéologie marxiste y voient une tant qu'ils traduisent l'existence dans un groupe
approche permettant d'appréhender la notion l'État humain de relations d'autorité et d'obéissance
selon sa véritable nature : « superstructure.» établies en vue d'une fin commune.
cette conception est fondée sur le rejet de la la particularité du pouvoir de l'État par rapport à
celui dans d'autres groupes ou collectivités ne doit
supériorité de la collectivité publique pas être considérée à priori, c'est-à-dire que sa
notamment la « souveraineté » de l'État, nature transcendante ou « souveraine » ne doit pas
tenir lieu d'une hypothèse dogmatique mais qui
considéré comme une idéologie et non comme reste à prouver.
une réalité. Ce qui ne peut être guère possible si cette
particularité (la transcendance ou la souveraineté)
est consacrée par le refus de toute étude
comparative du phénomène de pouvoir dans les
autres groupes et au sein de l'État.
l'avantage de cette conception de la science 2- les relations qui sous-tendent les collectivités et les
politique doit être nuancé par la difficulté relative à groupes sont fondées sur le pouvoir et que l'activité
la définition du terme « pouvoir », surtout politique serait une quête continue de pouvoir et
lorsqu'on suppose l'étude de ce phénomène là où il d'influence au sein d'un groupe ou d'une collectivité,
existe. c'est-à-dire de relations forcément inégalitaires.
L. Duguit propose un modèle de rapports de Cet argument doit être nuancé dans la mesure où la
pouvoir au sein d'une collectivité qui découle de la société est régulée par des normes générales et
distinction entre gouvernants et gouvernés. abstraites et à des fins d'ordre et de justice.
Le pouvoir serait ce phénomène qui permet aux Par exemple, qui s'appliquent à tous les rapports
gouvernants d'obtenir l'adhésion et la soumission humains, même ceux qui sont considérés comme
des gouvernés. inégalitaires.
Mais à cet égard, certains auteurs (R. Boudon) C'est le cas en effet de R.G. Schwartzenberg, à
rappellent que le mode nomothétique n'est pas titre d'exemple qui, même si il estime que « les
exclusif d’autres modes de connaissance pour deux termes sont presque entièrement
l’explication du « réel », surtout lorsqu'il s'agit synonymes », affirme que « l'expression
d'une discipline (la science politique) à objet “sociologie politique” est préférable, parce
difficilement intelligible par le procédé qu'elle marque bien que la sociologie politique
nomothétique puisque difficilement, pour ne constitue une branche de la sociologie, une
pas affirmer, insusceptible de quantification (de science sociale particulière. »
mesure).
d- objet de la science politique. Partant de là nous pouvons affirmer que l'objet de la
science politique peut être dégagé de celui du droit
La confusion entre science politique et droit constitutionnel, ainsi que d'autres disciplines qui
constitutionnel exprime l'objet initial de la constituent certes les viviers dans lesquelles la science
politique a puisé ses origine, mais avec qui elle a
science politique, celui de discipline destinée à largement pris ses distances.
corriger, compléter et interpréter la théorie Mais l'objet de la science politique doit surtout être
générale de droit constitutionnel. dégagé de celui de la philosophie politique
(génériquement désignée comme la discipline qui étudie
En effet, la science politique a fini par réaliser les idées politiques).
une évolution spectaculaire par l'affirmation En effet, les présentations doctrinales sont de nature
d'une identité propre. directive et non explicative. La science politique en tant
que discipline que nous affirmons « scientifique » doit
être en mesure de retrancher la spéculation de l'action.
1- unité fonctionnelle
les incohérences de l'approche
initiale
fonctionnalisme universel 2-
L'apport de R. K. Merton
- la religion :
- fonction de cohésion sociale
- la marche verte
- fonction de tension
- récupération des territoires du Sud
- autres exemples... - intégration du système politique
A- La critique du fonctionnalisme.
Orientation de l'action
(guidage et contrôle) :
assurée par :
• les besoins physiologiques, b- l'aspect structural.
• les motivations psychiques régissant
l'interaction des acteurs sociaux,
• les valeurs culturelles
L'organisation sociale
• résulte du système social et du système culturel .
• Ce sont ces deux systèmes qui caractérisent la
collectivité.
• le sous système physique et le sous système biologique
se situent au niveau de l'individu.
• L'interaction entre ces deux systèmes est telle qu'il est
difficile de distinguer l'un part rapport à l'autre.
Mais
• Parsons parvient à établir un élément de
distinction :
• la notion de l‘ « institutionnalisation ». c- l'aspect fonctionnel
La notion de fonction:
a- la fonction de stabilité normative
• se traduit par un élément dynamique.
• La fonction est un « mode systématiquement • la fonction la moins dynamique comparée par
ordonné d'ajustement » . Parsons à la notion d'inertie.
• Elle permet à tout système social de réagir devant • son objectif est d'assurer que les valeurs de la
les facteurs de déséquilibre qui le menacent, qu'ils société se maintiennent et se perpétuent.
soient d'ordre interne ou provenant des systèmes
qui constituent son environnement.
• D’où donc….
c- la fonction d’intégration
a- capacité d'autorégulation
• elle vise à coordonner tous les éléments du
assurée par quatre impératifs fonctionnels : système.
c- la fonction de poursuite des buts
La méthode systémique
d- la fonction d'adaptation
• l'approche systémique a contribué au renouveau
• Elle porte sur les moyens dont dispose le des sciences sociales.
système et par lesquels ses objectifs seront • elle apporte un outil d'analyse global et
dynamique.
réalisés.
• le concept de départ de l'analyse systémique
consiste en un modèle qui était celui de la
"théorie générale des systèmes", qui se propose
comme une hypothèse de travail pour l'analyse
du système politique.
Analyse systémique :
- la théorie des systèmes permettait en premier lieu de
considérer l'administration comme un ensemble
d'éléments en interaction et constituant un 'tout' dont le élaboration d'un fondement conceptuel
comportement est différent de celui de la somme des original,
parties.
- elle mettait en oeuvre les ressources de la
- en faisant appel à la notion d'équilibre.
cybernétique pour interpréter ce 'tout' comme un - en posant un postulat essentiel à savoir
système autorégulé avec contrôle, coordination et feed- la persistance des systèmes à travers le
back, c'est-à-dire un système employant des
ressources et des informations pour s'adapter aux changement.
changements de l'environnement et maintenir ses
caractéristiques essentielles
Les soutiens :
faculté d'autorégulation du système
• Permettent la satisfaction de certaines
politique
demandes et la régulation des conflits que
ces mêmes demandes provoquent • assurée par un processus d'ajustement des
lorsqu’elles se révèlent contradictoires. demandes aux capacités dont il dispose.
• trois fonctions contribuent à ce processus :
II- la fonction de régulation des
demandes.
• Le système politique peut être rapidement
submergé par des exigences si celui-ci ne
peut pas assurer de filtrage, la
canalisation, et la régularisation de ces
exigences.
• Deux catégories de régulation sont
précisées par David Easton :
• c’est la fonction par laquelle le flux des • Il s'agit, en effet, « du point final du
exigences se trouve ordonné , agencé, processus complexe par lequel les
réduit à un nombre limité d’alternatives qui exigences et les soutiens sont convertis
sont présentées au système politique. en décisions et en actions ».
b- les outputs obligatoires.
La fonction des outputs
• le système politique tend à s'adapter à son • ce sont les décisions prises par les
environnement. autorités et ayant force exécutoire.
• pour ce faire, il est amené à agir sur les • elles ont pour but de modifier quelques-
conditions auxquelles il est confronté en unes des choses de valeurs dans la
les modifiant et en adaptant ses
ressources et ses potentialités pour faire société.
face aux perturbations et à la perte de
soutiens survenues dans son
environnement immédiat ou ailleurs.
Pour D. Easton :
Feed-back :
• ce qui se produit dans cette boucle de
(mot anglais, de to feed, nourrir, et back, en
rétroaction se révélera comme ayant la plus
retour) .
grande importance pour la capacité d'un
En cybernétique, action en retour des corrections système à faire face aux tensions :
et régulations d'un système d'informations sur le
– « les outputs peuvent modifier les influences qui
centre de commande du système ; action continuent d’agir sur les inputs et, de cette façon,
exercée sur les causes d'un phénomène par le modifient les prochains flux d’inputs eux-mêmes ».
phénomène lui-même. – Autrement dit, les outputs réagissent sur les inputs ;
Syn. : réaction, rétroaction, rétrocontrôle. ils influencent les « vagues suivantes inputs ».
L’approche de Karl Deutsch.
Le décalage,
• c'est la distance entre la position qu'occupera la cible
mobile lorsque le positif atteindra et la position qu'elle
occupait au moment où lui sont parvenues d'elles les
dernières informations.
• Au niveau du système politique, le décalage définit la
capacité de l'organisme de prise de décision d'agir par
anticipation vis-à-vis des situations nouvelles et des
difficultés qui vont surgir.
• Les services d'information et de renseignement ont pour
but d'améliorer cette aptitude d'agir par anticipation, et
par là même, de réduire le taux de décalage.