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Chemin d'espérance avec Florentin Palangi

Le document, intitulé 'Un chemin d’espérance', aborde la question de la souffrance et son impact sur la foi des fidèles, affirmant que Dieu n'est pas la cause de nos malheurs. L'auteur, le Père Florentin Palangi Mopela, souligne l'importance de la compassion et de l'amour dans l'accompagnement des personnes souffrantes, tout en appelant à une réconciliation avec la souffrance. Il évoque également son expérience personnelle et ses remerciements envers ceux qui l'ont soutenu dans son ministère.

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Chemin d'espérance avec Florentin Palangi

Le document, intitulé 'Un chemin d’espérance', aborde la question de la souffrance et son impact sur la foi des fidèles, affirmant que Dieu n'est pas la cause de nos malheurs. L'auteur, le Père Florentin Palangi Mopela, souligne l'importance de la compassion et de l'amour dans l'accompagnement des personnes souffrantes, tout en appelant à une réconciliation avec la souffrance. Il évoque également son expérience personnelle et ses remerciements envers ceux qui l'ont soutenu dans son ministère.

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Un chemin d’espérance

Père Florentin PALANGI MOPELA


2
3
4
5

Se laisser réconcilier
avec la souffrance…
Un chemin d’espérance

Dieu
n’est
pas
la
cause
de
nos
malheurs !
6

Du même auteur
- De la mission des Augustins dans l’Uélé Orien-
tal du diocèse de Dungu-Doruma, Bunia (†††
2007)

- Prêtre de Jésus-Christ hier, aujourd'hui ... à


jamais. Témoignage de vie (††† 2021)

- De & D’eux se connaître – Petit manuel


d’apprentissage de la connaissance de Soi &
d’Autrui, (††† 2021)

- BLANC BÉNI NOIR MAUDIT (SemailleS 2022)

- Notre Dame de la Visitation de Dammarie-les-


Lys (SemailleS 2024)

©Florentin PALANGI Mopela - 2025


palangif@[Link]
ConceptionRéalisationSemailleS†††
tomeden77@[Link]
ISBN 978-2-914986-29-8
Dépôt légal 2éme trimestre 2025
Imprimé en France
7
8

Remerciements
Mes remerciements pour toutes
ces années passées ensemble…
Mes pensées vont tout d’abord à Dieu
pour le souffle de vie qu’Il a daigné
m’accorder. Ensuite aux autorités ecclé-
siastiques, notamment aux Évêques,
Monseigneur Richard DOMBA Mady,
d’heureuse mémoire, qui m’a envoyé en
Europe pour des études de spécialisa-
tion, Monseigneur Jean-Yves NAHMIAS,
qui m’a accueilli comme Prêtre étudiant
puis Prêtre Fidei donum, Monseigneur
Guillaume de LISLE, alors Curé du Pôle
avant d’être Évêque auxiliaire et vicaire
général responsable des Prêtres, qui m’a
reçu dans le Pôle Missionnaire de Melun,
et enfin Monseigneur Emile MOSHOSHO
Mutabaro, actuel Évêque de Dungu-
Doruma, qui m’a appelé ce mois de mai
9

2025 à d’autres charges à la fin de ma


mission dans ce diocèse de Meaux le 30
août 2025.

Je ne saurais oublier mes frères Prêtres


et Diacres avec lesquels nous avons tra-
vaillé et collaboré dans le Pôle Mission-
naire de Chelles et de Melun. Je rends
grâce pour notre fraternelle et orga-
nique collaboration au ministère du Sou-
verain Prêtre le Christ et le don de soi de
chacun au Peuple de Dieu, ici dans le
diocèse de Meaux. Merci pour votre en-
gagement et votre zèle apostolique qui
m’ont édifié, m’obligeant à donner le
meilleur de moi-même au service des
fidèles chrétiens…

À tous les fidèles des 3 secteurs de Claye-


Souilly, Annet sur Marne et Villevaudé le
Pin, ainsi que les églises suffragantes
dont j’étais le référent…
10

À tous les fidèles du Pôle Missionnaire


de Melun, particulièrement Dammarie-
les-Lys, qui ont été d’une aide opportune
par leur foi, leur engagement, leur fer-
veur. Je ne saurais oublier ces moments
plus que jamais fraternels et convi-
viaux…

C'est avec beaucoup d'émotion et de sa-


tisfaction que je vous quitte pour
d’autres services sous d’autres cieux.
Mes treize années passées chez vous au
diocèse de Meaux, même si tout n’a pas
vraiment été rose, ont été formidables,
riches en expériences et en rencontres.
Elles m'ont fait évoluer, tant sur le plan
pastoral que personnel.

Je vous remercie tous pour le travail ac-


compli « ensemble » et pour tous ces
moments passés avec vous.
11

Je vous remercie de m'avoir fait con-


fiance et de m'avoir soutenu lorsque j'en
avais besoin.

Je vous remercie enfin pour votre gentil-


lesse et pour toutes ces petites atten-
tions qui, tout au long de ces années,
m'ont accompagné.

Je vous souhaite à toutes et à tous une


excellente continuation et espère vous
revoir un jour… si Dieu le veut…

Je m’en voudrais d’oublier ceux qui


m’ont aidé dans l’élaboration de cet ou-
vrage.

Nos remerciements vont à madame


Maud CARROUE-BISVAL, aumônier de
l’Hôpital Général de Melun, d’avoir bien
voulu donner à cet ouvrage une préface-
témoignage. Nous sommes suffisam-
ment reconnaissants au Père Jean-
12

Thuret, Prêtre retraité et ancien vicaire


général du diocèse de Meaux, pour ses
conseils pertinents et ses corrections
bien achalandées. Enfin nous n’oublions
pas non plus l’Abbé Chançard, diacre
encore pour peu de temps et prêtre pour
tous les temps, pour sa lecture bienveil-
lante.

MERCI MERCI MERCI


13
14

Message des Évêques de Meaux


à propos de la souffrance
Vendredi 20 mai 2025
sur le thème
« Choisir la vie, jusqu’au bout »
Face à la tentation d’une société où la mort
pourrait devenir une solution, nous affirmons
que choisir la vie, même fragile, c’est choisir
l’Amour. Aimer, c’est rester aux côtés de ce-
lui qui souffre. C’est croire que toute vie reste
précieuse, même lorsqu’elle semble
s’éteindre.

Le Christ nous appelle à la compassion ac-


tive, à la fidélité dans l’épreuve, à l’Amour
jusqu’au bout.

Chaque jour, dans notre diocèse, des


femmes et des hommes engagés dans
le Service Évangélique des Ma-
lades visitent les personnes âgées, malades,
15

isolées, à l’hôpital, en EHPAD ou à domicile.


Leur fidélité silencieuse est un témoignage
fort de l’Évangile.

Chaque année, lors du Pèlerinage diocé-


sain à Lourdes, nous vivons une expérience
unique de fraternité et de prière avec les per-
sonnes malades et handicapées. Lourdes
nous enseigne que la faiblesse peut être un
lieu de grâce, que la souffrance n’exclut pas
la joie, et que toute vie, même blessée, reste
un don de Dieu.

Nous invitons les fidèles à prier, à se former,


à dialoguer, à témoigner.

Plus que jamais, soyons semeurs


d’espérance, artisans de compassion et té-
moins de la lumière du Christ !

+ Jean-Yves NAHMIAS, Évêque de Meaux

+ Guillaume de LISLE, Évêque auxiliaire de


Meaux
16

Préface
Maud CARROUÉ-BISVAL,
Aumônier Catholique de GHSIF

Une personne confrontée au quotidien à


la souffrance d’autrui et des questions
sur la raison de Dieu…

Juste après Pâques, il y a un an, j’ai ac-


cepté la mission d’aumônier à l’hôpital
de Melun (GHSIF), confiée par notre
Évêque, Monseigneur NAHMIAS. Le rôle
de l’aumônier au sein d’un hôpital est
d’accompagner fraternellement et spiri-
tuellement les patients, leurs familles,
marquées par la maladie, la fragilité et
le vieillissement.

C’est avant tout une rencontre,


« comme Marie qui vient visiter sa cou-
17

sine Elisabeth. » Elles peuvent être


uniques ou au long court. Durant ces
rencontres, le plus important est
« d’être là » auprès de la personne ma-
lade, dans la pauvreté des mots et des
gestes, disponible pour écouter, rassu-
rer, épauler.
Être disponible à l’autre pour qu’il se
raconte, en exprimant ce qu’il ressent,
aide à prendre conscience de ce qui
l’anime, le fait souffrir, lui fait peur. Ce-
pendant cet exercice d’écoute n’est pas
facile si je viens seulement en tant que
Maud. Si je suis en présence du Seigneur
alors tout est possible, « Car rien n’est
impossible à Dieu… »
L’aumônier est pour moi comme un
pont entre deux rives. Il accompagne le
cheminement du malade et l’aide à ex-
primer ses propres réponses dans
l’humilité de la rencontre. La maladie est
18

un choc, un bouleversement qui im-


pacte tout l’être de la personne et va
toucher à toutes ses dimensions (phy-
sique, psychique, sociale, familiale, pro-
fessionnelle, spirituelle).
De ce fait, la maladie apporte son lot de
deuils (autonomie, bonne santé, espoirs
de guérison) et les patients peuvent res-
sentir de la colère face à ce Dieu qui les
abandonne.
Qui suis-je, moi, pour dire que je com-
prends ce qu’ils vivent alors que je suis
en bonne santé !
Mais Jésus, Lui, a vécu cette souffrance
et je m’appuie sur Son expérience pour
les accompagner.
Ils sont souvent révoltés face à cette
maladie qui bouleverse leur vie : pour-
quoi moi ? Qu’ai-je fait de mal ?
19

Dieu nous aime tellement qu’Il nous


laisse libre jusqu’au bout de faire nos
propres choix. Il n’y a pas de vengeance
de la part de Dieu.
Notre corps est un organisme complexe
qui peut à un moment donné dysfonc-
tionner et provoquer une fragilité. Mais
le Seigneur reste toujours présent à nos
côtés sachez-le, même si vous ne Le sen-
tez pas en ce moment. Il est là, près de
vous, et comprend tout ce que vous tra-
versez, car Il a vécu la douleur, la souf-
france, la peur.
Je demande souvent aux personnes ma-
lades de déposer au pied de la Croix de
Jésus toutes leurs souffrances, pour que
le Seigneur puisse les apaiser et les ac-
compagner dans leur cheminement.
Ces situations de grande vulnérabilité où
la personne est en pause forcée peut
aider à se questionner sur le sens de la
20

vie et prendre conscience de notre pas-


sage sur terre qui est court, que notre
vie est précieuse aux yeux de Dieu. Ce
temps de pause aide à se rapprocher de
Dieu et à voir ce qu’Il a déjà fait pour
nous.
En tant qu’aumônier je suis là aussi pour
proposer aux patients de recevoir les
Sacrements prévus par l’Église pour les
encourager, les fortifier, les relever, leur
donner la force nécessaire pour conti-
nuer leur chemin.
Le Seigneur est là à chaque instant de
notre vie pour apporter la lumière dont
nous avons besoin pour avancer sur
notre chemin, Jean 14 : 6 « Je suis le
Chemin, la Vérité et la Vie ».
Je remercie vivement le père Florentin
PALANGI Mopela, l’auteur de cet ou-
vrage, prêtre Fidei Donum sur notre
Pôle Missionnaire de Melun, en fin de
21

mission, d’avoir abordé avec lucidité ce


problème récurrent de la souffrance qui
se pose dans la vie de tous les hommes
en général et de bien des chrétiens en
particulier.

Maud CARROUÉ-BISVAL
Aumônier Catholique
Service Qualité
22
23

Se laisser réconcilier
réconcilie
avec la souffrance…
Un chemin d’espérance
Père Florentin PALANGI MOPELA
24

Introduction
Depuis la nuit des temps, la souffrance ques-
tionne l’être humain, suscitant une abondante
production littéraire1, de la théologie à
l’éthique en passant par la philosophie et la
psychologie. Souffrance physique et morale,
souffrance au travail, souffrance en famille
(violence conjugale), à l’école (harcèlement,
et pas que), dans les hôpitaux, souffrance
liée à la victimisation, et bien d’autres encore
et encore, souffrance souffrance souffrance...

Autant d’enjeux importants pour notre Église


et notre société.

1
Cf. Jean FOUCART, La souffrance : un enjeu social
contemporain dans Pensée Plurielle n° 2(2004)7-
20.N.B Jean FOUCART est docteur en sociologie chargé de
cours au département social de la haute Ecole Charleroi-
Europe
25

Celles infligées au sein de l’Église affectent


considérablement la foi des fidèles, les con-
duisant parfois au découragement, à
l’indifférence religieuse, voir même à
l’abandon de leur pratique. On la désigne
pour expliquer aujourd’hui la désaffection et
l’éloignement des fidèles de la foi chrétienne
et de l’Église. Comme une plainte lancinante,
prégnante, nous ne devons et ne pouvons
l’ignorer. Cependant, bien que rien ne nous
indique qu’elle serait plus importante au-
jourd’hui qu’hier, malgré l’abondance des
ouvrages l’abordant, nous ne pouvons la né-
gliger. Cette tâche incombe aussi aux pâtres
que nous sommes, prêtres, pasteurs, théolo-
giens, afin de pouvoir, en conscience, ac-
compagner, guider, conduire les membres,
les brebis, affectés de la communauté.

Ainsi nous proposons-nous de travailler


« l’hypothèse » selon laquelle le divin n’est
26

pas la cause , ni le sujet, ni la raison de la


souffrance, comme ont souvent essayé de le
démontrer les écrits vétérotestamentaires.
Mais que la vraie réponse passe nécessai-
rement par l’Amour du Père en Jésus-Christ
qui l’a vaincue par Sa passion et Sa croix
telle que récapitulée dans la Nouvelle Al-
liance et scellée dans le Nouveau Testament.
27

Articulations du sujet en cours


Nous nous intéresserons pour commencer
aux notions centrales de la souffrance et ses
différentes perceptions.

Nous examinerons ensuite ses aspects histo-


rico-bibliques.

Qui nous mèneront enfin à considérer la


question de la souffrance aujourd’hui.

Commençons par expliciter ce titre choc par-


faitement assumé « Se laisser réconcilier
avec la souffrance». Conseil facile et gratuit à
user avec une plus qu’extrême délicatesse2.

2
Cf. Un jargon de Mgr Jean-Michel di Falco Leandri, évêque
émérite de Diocèse de Gap et d’Embrun que j’ai emprunté
pour faire comprendre combien il nous est difficile parfois
d’accepter la souffrance dans notre vie dans Mgr Jean-Michel
di Falco, Préface dans Ludovic FRERE, Laissez-vous récon-
cilier, Notre-Dame du Laus, refuge de réconciliation,
Editions de l’Emmanuel/ Les Editions du Laus, France
1914, p.11
28

Il suffit de zoomer sur notre propre vie pour


constater le mal que nous éprouvons nous-
mêmes face au mal-souffrance. Qu’en dire
quand le destin nous en préserve, un temps
du moins. Le conseil facile et gratuit
d’endurer l’épreuve ne peut-être que diffici-
lement reçu, accueilli, compris, par le souf-
frant, l’éprouvé.

Mensonge que d’oser affirmer que la vie se-


rait un long fleuve tranquille. Non, elle ne l’est
pas ! Bien sûr, arrive-t-il que l’on puisse vivre
au jour le jour sans s’inquiéter d’une quel-
conque souffrance. Cependant, que celui qui
n’en a jamais éprouvée, lève la main ! Un
jour ou l’autre, l’épreuve se présente avec
l’un de ses fruits plus ou moins amers, qu’est
la souffrance, physique ou morale. Physique,
quand elle advient sous forme de maladie,
occasionnant des douleurs et autres maux
plus ou moins insupportables. Morale, lors-
29

qu’elle atteint l’esprit, l’estime de soi, l’amour


propre, le soi.

Autrement dit, la vie de l’homme sur cette


terre est une étoffe tissée de petites,
moyennes et grandes souffrances. Celles-ci
varient et affectent en nombre et en intensité
les individus qui n’ont d’autres choix que de
les endurer, s’y résigner, puisqu’inévitables,
infligées sinon du moins permises par la vo-
lonté divine3. D’où la Parole : « Celui qui veut
Me suivre, dit Jésus à ses disciples, qu’il
prenne chaque jour sa croix et qu’il Me
suive » (Lc 9, 11).

Nous sommes donc invités, à l’exemple et


avec le Christ, à porter notre croix avec humi-
lité, patience, amour et docilité. C’est de cette
seule façon que le disciple du Christ peut se

3
Cf. P. Paul POVERA, La recollection Mensuelle Pour
Religieux et Religieuses, Editions Paulines, Versailles, 16
Février 1965, p.70
30

sauver et se sanctifier. Or, notre société con-


temporaine déteste ce discours de la Croix et
de la Sequela Christi, au point de choisir
volontairement l’euthanasie pour échapper à
toute douleur physique.
31

Des questions existentielles


sur la douleur,
moteur de la souffrance
Aujourd’hui plus que jamais la douleur est
une expérience humaine encore mal con-
nue, mal évaluée, mal traitée. De celle-ci,
que chacun peut traverser, qui bouleverse,
et que l’on a parfois du mal à expliquer,
émergent de nombreuses questions : son
origine, ses mécanismes, la façon de la
communiquer (expliciter), les possibilités de
traitement, médicamenteux ou non. Ne pas
comprendre rajoute souvent au désarroi in-
duit par la maladie et la souffrance.

Au cœur de toute souffrance humaine sur-


gissent inévitablement des questions : com-
ment, pourquoi ? Comment Dieu laisse-t-Il la
souffrance asservir l’homme alors qu’il est
32

crée à Son image et à Sa ressemblance ?


Comment laisse-t-Il souffrir aussi bien ceux
qui Le reconnaissent que les autres, ceux qui
Le respectent que les autres, ceux qui adop-
tent et respectent les dix lois fondamentales
transmises à Moïse que les autres ? Ou en-
core la question du pourquoi, qui en fait, est
une question sur la cause, la raison, le but et
en définitive le sens même de la souffrance.
Quelle en est la cause ? Pour quelle raison et
dans quel but souffre-t-on ? Quel en est le
sens ? Que répondre aux fidèles croyants qui
recherchent la réponse, une réponse, à la
question du sens de la souffrance qu’ils tra-
versent ? Comment les accompagner et les
rassurer en tant que pasteur ?

Quelle est notre motivation en écrivant ces


textes ?

Tout simplement, et ce n’est pas si simple,


trente années de ministère sacerdotal, trente
33

années de confrontation à cette probléma-


tique de la souffrance physique et morale,
trente années d’interrogations des fidèles
éprouvés, notamment comme Aumônier à
l’Hôpital Général de Namur (Belgique) durant
plus de trois années. Premier contact avec
les grands malades. Première sidération face
à ces « grands souffrants » tellement éprou-
vés… tellement ! Premier sentiment
d’incapacité de leur apporter quelques récon-
forts que ce soient. Premier sentiment
d’incompétence en tant qu’aumônier. Ainsi
commençait mon humble apprentissage.
Plus tard, je poursuivis ma mission
d’aumônier puis de chapelain au Sanctuaire
Sainte Rita des Pères Augustins de Bouge,
province namuroise, avant de rejoindre le
Sanctuaire Notre-Dame de Montligeon, dio-
cèse de Nseez. S’ensuivirent d’autres com-
munautés paroissiales durant une trentaine
d’années.
34

Parce que nombreux sont-ils à voir dans le


Prêtre, l’homme de Dieu aux pouvoirs mysté-
rieux à l’égal de Jésus, à même de les déli-
vrer de leur souffrance et de leur maladie.

Sans doute n’ont-ils pas totalement tort. Le


Prêtre, de par son ordination, est effective-
ment doté de « pouvoirs surnaturels » par
son incorporation au Corps du Christ-Prêtre.
Cependant, dès lors qu’il n’assume pas ses
responsabilités en ce sens ou ne fait rien,
rien ne peut advenir que de déplorable, de
désolant, entrainant certains fidèles à la dé-
sespérance et à la désertion de l’Église jus-
qu’à délaisser carrément la foi catholique et
sa pratique.
35

La souffrance, une des causes de


la désaffection de la foi
Il n’y a pas longtemps que cette question de
la désertion des églises est abordée avec
plus ou moins de lucidité dans le cadre des
conférences organisées par la Fondation
Sedes Sapientiae en 2018 autour du thème :
Où vont les catholiques ? Cette question a
été soulevée en ces termes : « L’Église a-t-
elle raté la transmission de sa foi ? » Lors de
ladite conférence ont été accueillis respecti-
vement deux professeurs, Guillaume CU-
CHET (de l’Université Paris-Est de Créteil) et
Henri DERROITTE (de l’Université Catho-
lique de Louvain en Belgique(UCL)). Les dé-
bats ont tourné autour de l’ouvrage et des
études de Guillaume CUCHET sur « Com-
ment notre monde a cessé d’être chré-
36

tien ?4 » Cet ouvrage montre qu’un crac a eu


lieu en occident et surtout en France dans les
années 60. Un effondrement, un changement
spectaculaire qui a vu passer le nombre des
français baptisés de 94% à 30% aujourd’hui.
En outre, à cette époque, plus de 25 % des
catholiques se rendaient à la messe domini-
cale contre 2% aujourd’hui. Ainsi beaucoup
de gens abandonnent Dieu, aussi bien du
vieux continent que des autres. Cette situa-
tion de désertion ne peut donc laisser indiffé-
rent le pasteur soucieux de paître son trou-
peau à l’exemple du Maître, le seul vrai et
unique Pasteur. D’où l’impérieuse nécessité
d’en rechercher les tenants et les aboutis-
sants, le pourquoi et la cause…

Il sied de constater malheureusement que


parmi les causes principales de cette déser-
4
Cf. Guillaume CUCHET, Comment notre monde a cessé
d’être chrétien. Anatomie d’un effondrement, Paris, éd.
du Seuil 2018.
37

tion se trouve la question épineuse qui nous


occupe, le paradoxe de la souffrance à
l’explication (au moins tentative) de laquelle
nous voulons dans les lignes qui suivent ap-
porter notre modeste contribution, de ma-
nière à accompagner spirituellement les fi-
dèles éprouvés physiquement ou morale-
ment, afin de leur permettre d’y faire face
jusqu’à parvenir à une forme de réconciliation
avec elle, la souffrance, inhérente, quoi qu’on
en pense, à notre nature humaine. Par ail-
leurs, le désarroi peut s’avérer tel que cer-
taines réactions, en partie incontrôlables,
telle que l’hystérie, peuvent survenir. En con-
sidérant Dieu comme un être humain qui agi-
rait selon le principe américain du nothing for
nothing, rien pour rien, nous L’estimons re-
devable. Si donc, vivons-nous, pratiquons-
nous selon qu’il est recommandé de le faire,
accomplissant au mieux notre devoir de chré-
tien, observant les commandements de Dieu,
38

devrions-nous, en principe, recevoir en


contre partie, bienveillance et récompenses
divines, mérites et avantages… devrions-
nous, estimons-nous ! Ainsi devrions-nous
logiquement échapper à la souffrance ! Re-
connaissant, le Seigneur serait dans
l’obligation de nous protéger, nous épargner
toute souffrance en réponse à notre fidélité.
Malheureusement… ou heureusement…
n’en est-il pas ainsi. Il arrive que l’homme,
malgré sa fidélité envers Dieu, subisse quand
même des revers. Cela l’entraine souvent à
remettre en question Dieu et Sa miséricorde
jusqu’à se révolter et finir par s’en détourner.

Ce phénomène est de plus en plus récurrent


aujourd’hui, aussi bien en occident que dans
les autres parties du monde. Le continent
noir, lui-même, n’est pas épargné, où cepen-
dant, plutôt que la désertion, migrent vers les
Églises dites « de réveil ». En Afrique, de nos
39

jours, assiste-on à un regain, un véritable


engouement des fidèles chrétiens insatisfaits
de l’Église-Mère, entendez l’Église Catho-
lique, pour les Églises de réveil ou les sectes
ésotériques, qui semblent bien répondre à
leurs attentes d’échapper à la souffrance en
proposant aux chrétiens désemparés et sans
formation, des solutions magiques, des
prières-miracles. Ces nouvelles églises les
accueillent avec faste et pompe. Elles enva-
hissent les quartiers, les rues, les bidonvilles
sans négliger les grandes agglomérations.
Elles assurent pouvoir répondre aux pro-
blèmes de la souffrance des gens, leur fai-
sant miroiter monts et merveilles : richesse,
mariage, succès, travail, santé… Malheureu-
sement en profitent-elles pour s’enrichir sur
le dos des pauvres gens, naïfs, désemparés,
mais tout de même à la recherche d’un Dieu-
Miracle.
40

Cela explique pourquoi tant de gens recher-


chent la prospérité, la solution facile à coup
de baguette magique, sans souffrir. Souffrir
est une malédiction, pensent-ils ! Ainsi le
sont, pauvreté, maladie, chômage, célibat...
Ainsi fragilisés s’exposent-ils aux premiers
venus leur proposant des solutions-miracles
d’un seul claquement de doigts. Cette es-
pèce de nouvelle théologie de la prospérité
qui fait florès trouve un écho favorable chez
ces personnes : ‘’Venez dans notre église,
vous ne serez pas déçus, venez chez nous,
vous serez bénis, vous aurez beaucoup
d’argent, serez embauchés, aurez un travail
bien rémunéré, plus jamais ne sentirez-vous
l’odeur de la pauvreté qui désertera définiti-
vement votre maison.’’ Tout cela résulte de
ces nouvelles Églises et de leur évangile dit
de « la prospérité ». Une telle évangélisation
« à la sauvette » qui fait miroiter un avenir
privilégiant à tout prix une meilleure destinée
41

prophétique et surtout, devant une telle cara-


vane de prédications-promesses, l’homme
contemporain cherche à tout prix, par tous
les moyens, à extirper de sa vie humaine et
chrétienne toute Croix du Christ.

Or pour nous chrétiens, cette parole forte du


Christ devrait, en principe, toujours nous ser-
vir de gouvernail : « Celui qui veut Me suivre,
qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa
croix, qu’il Me suive ». (Mt 16, 24)
42
43

Un chrétien sans la croix


est une illusion
Le disciple du Christ ne peut faire abstraction
de la Croix et de la souffrance. Il ne peut
plus, sinon, se dire de l’Église du Christ. Cela
signifie que, comme Lui, nous tous qui nous
revendiquons Ses disciples, connaîtrons
hauts et bas, heures de gloire, santé, succès,
promotion sociale, comme leurs contraires
dont nous ne serons pas épargnés.
N’oublions jamais ce que nous revendiquons
être, et en temps que tel, assumons avec
beaucoup de foi et de confiance renouvelées
ces différentes Croix dans notre vie de tous
les jours. Les porter avec Lui nous soulage
infailliblement. L’apôtre Paul, comme modèle
accompli du ministre chrétien, n’a-t-il pas dit
aux Philippiens (3, 18-19): « Car plusieurs, je
vous l’ai dit souvent, et maintenant je vous le
44

redis en pleurant, se conduisent en ennemis


de la Croix de Christ; leur fin sera la perdi-
tion; leur Dieu, c’est leur ventre, leur gloire
est dans leur infamie, et leurs affections sont
aux choses de la terre. » Ainsi donc con-
vient-il de faire avec, d’accepter les inéluc-
tables « épreuves » avec Le Christ, les Lui
offrant, nous attelant à Son joug, ou Lui per-
mettant de s’atteler au nôtre.

C’est du reste pourquoi après avoir longue-


ment réfléchi à ce phénomène de la souf-
france des personnes auxquelles nous
sommes envoyés porter l’Évangile de la joie
au quotidien, avons-nous estimé qu’il était
nécessaire de les accompagner aussi bien
dans ce qui les atteint, à savoir souffrance et
maladie, que dans leur cheminement spiri-
tuel. Nous ne devons négliger ni l’une ni
l’autre.
45

Nous tâcherons de l’aborder avec humilité


et sincérité. Pari risqué, nous en conve-
nons. N’en étant pas spécialiste, nous
l’aborderons en tant qu’homme de terrain
particulièrement confronté à cet état de
fait.

La souffrance aurait-elle à voir avec la jus-


tice ? Certaines paraissant carrément in-
justes, violentes jusqu’à l’accablement.
D’autres, moins prégnantes, s’intégrant au
quotidien jusqu’à se faire presque oublier.
Nous sommes tous touchés par la nôtre et
celles de nos proches. Une fois encore in-
duit-elle de nouvelles questions. Pourquoi la
souffrance ? Pourquoi fait-elle si mal ? Pour-
quoi moi ? Pourquoi cette personne que
j’aime ? Pourquoi Dieu la permet-Il… s’Il est
vraiment bon…le bon Dieu ?

Au préalable, nous nous sommes posé la


question de savoir comment les gens la
46

percevaient-ils dans leur vie. Sous le vo-


cable de « souffrance » entendons-nous
« douleur et maladie ». L’on a coutume de
distinguer douleur et souffrance, la pre-
mière désignant les maux physiques, la
seconde les douleurs morales. Cette dis-
tinction est justifiée, bien entendu, même
s’il faut encore préciser que des maux
physiques peuvent parfois être la consé-
quence de douleurs morales intenses et
réciproquement. Nous commencerons
d’abord par inventorier les différentes per-
ceptions de la souffrance, que nous sou-
mettrons ensuite à une approche à la fois
biblique et historique, pour finir par es-
sayer de proposer une nouvelle approche
de la souffrance à nos fidèles contempo-
rains.
47

1 Les différentes perceptions


de la souffrance
La souffrance, en tant que telle, est perçue
autant négativement que positivement, d’un
point de vue divin, d’un autre point de vue
humain.

A-Négativement
Du côté de Dieu
La souffrance ou la maladie est une punition
de Dieu.

La première perception de la souffrance ou


de la maladie dans la vie de l’homme con-
temporain est souvent reçue comme une
punition divine. Il suffit que l’homme soit
éprouvé, quelle que soit l’épreuve, pour qu’il
incrimine Dieu Lui-même. Ses familiers, pa-
rents, amis, ne sont de reste avec lui, le ren-
48

dant plutôt lui-même responsable de ce qui


lui arrive, l’en accusant même ouvertement.
Sûrement a-t-il fauté pour mériter cela ! Le
poussant dans ses retranchements :
n’aurais-tu pas manqué à tes parents pour
que Dieu te punisse ainsi ! Ou bien aurais-tu
commis quelque chose de très grave ! Dieu
ne punit pas sans raison. Ces questions-
affirmations plutôt péremptoires qui réduisent
souvent la personne à quelque chose qu’elle
a faite ou pas faite, finissent par la con-
vaincre d’accepter la punition divine Souvent
une pareille réflexion finit par la dévaster. Le
plus souvent, ces maladresses des familiers
l’entrainent à un nouveau questionnement
sur Dieu. Dieu envoie-t-Il la souffrance aux
humains ? Un certain nombre de personnes
malades pensent qu’en tous cas, n’y-est-Il
pas pour rien…
49

J’ai souvent rencontré des personnes aux


prises avec la souffrance ou la maladie.
Elles me disent : « Ah, mon père, Dieu ne
sort plus avec moi, Il m’a oubliée ! ».

Quelques-unes se font des représenta-


tions assez monstrueuses de Dieu, qui
n’est plus alors que la cause de tous les
malheurs des humains.

Un malade souffre atrocement de la goûte


qui a affecté l’une de ses chevilles. Il
commence à la sentir se propager à son
autre cheville. « J’espère que le bon Dieu,
se dit-il, ne va pas me transférer cette
douleur atroce encore sur l’autre cheville !
»

Dieu serait donc responsable de toutes


sinon la plupart des souffrances hu-
maines. Qui le serait… sinon ? Il est
même hors de question voire intolérable à
50

certaines personnes, de penser que leurs


souffrances pourraient avoir ses propres
causes. Il est tout simplement préférable
d’imaginer que Dieu, d’une façon ou d’une
autre, les leur envoie pour des raisons
connues de Lui seul.

Ainsi éprouvés, mêmes des chrétiens


convaincus et fervents, s’insurgent contre
Dieu, cause, selon eux, de leur souf-
france. Revenant sur le sermon d’un Prêtre
jésuite qui l’a profondément marqué,
l’écrivain panaméen Claudio de CASTRO
évoque sa vie de foi mais aussi les souf-
frances dans cette histoire publiée le
19/05/235 « Un jour, dans une homélie, un
Prêtre jésuite a raconté l’histoire d’une pa-
roissienne qui venait à la Messe quotidien-
nement. Une fois, à la fin d’un office, elle va

5
Cf. [Link]
je-vais-a-la-messe-pourquoi-marrive-t-il-tant-depreuves
51

le voir et d’un air gêné, lui souffle, « Père, je


ne comprends pas, je remplis toutes les obli-
gations d’une fidèle chrétienne. Je vais à la
Messe tous les jours, je prie le chapelet,
j’aide qui je peux, et pourtant il m’arrive des
malheurs ! J’ai des problèmes que je ne sais
pas comment résoudre. Je suis censée vivre
dans la paix et non pas avec ces angoisses
qui me gâchent la vie ! ». Le Prêtre répond
tranquillement : « Madame ! Jésus n’a jamais
dit qu’en venant à la Messe, les malheurs ne
vous arriveraient plus, mais qu’Il (Jésus)
vous donnerait la force nécessaire pour les
surmonter ».

Cela semble une évidence, en effet, nous ne


serons jamais à l’abri des difficultés, du
moins pas dans ce monde, car elles font par-
tie de cette vie de ce monde. Mais nous pou-
vons tenter de trouver la paix intérieure, celle
que le Christ nous donne. Cette paix, nous
52

pouvons la posséder en dépit de tous nos


problèmes. Ceux-ci ne vont pas disparaître.
Ils nous aident à être plus humbles. Ils aug-
mentent notre foi et nous permettent de de-
venir de meilleure personne.

Ne laissez jamais s’insinuer de telles


abominations dans votre mental déjà af-
faibli par la maladie.

Du côté de l’homme
Sorcellerie ou malédiction des parents.

Une autre cause de la souffrance réside-


rait dans le monde obscur, sorcellerie et
autres malédictions...
53

a) La sorcellerie comme source de


nos souffrances et nos maladies
Elle se présente comme une croyance selon
laquelle tout ce qui nous arrive ayant fatale-
ment une cause, proviendrait nécessaire-
ment d’intentions maléfiques de tierces per-
sonnes dotées de pouvoirs surnaturels nui-
sibles dans le seul but de faire le mal, faire
mal. De telles croyances se vérifient dans
beaucoup de cultures aux quatre coins du
globe, particulièrement le continent africain
dont nous sommes ressortissants. Cette his-
toire de sorcellerie reste toujours floue.
Beaucoup de recherches ont été menées,
notamment en Afrique sub-saharienne, pour
un temps soit peu l’éclaircir, l’expliquer,
l’étudier jusqu’à constituer un corpus de plus
en plus riche, fourni, s’appuyant sur les
sciences cognitives, afin de mettre en évi-
dence les mécanismes psychologiques assu-
54

rant à la sorcellerie son « succès » culturel.


Sans réel succès jusqu’à présent, le mystère
l’entourant demeurant d’une intense opaci-
té... jusqu’à présent…

b) La malédiction des parents


comme source de nos souffrances
et nos maladies
La malédiction est un état de malheur inéluc-
table imposé par une divinité, ou un sort ver-
bal maléfique jeté sur un individu ou une
communauté, ou le destin par un aïeul, une
personne hiérarchiquement plus importante
dans la famille, par exemple un parent mal-
traité par un descendant. La malédiction est
aussi une parole ou une incantation appelant
les puissances divines à exercer leur action
punitive contre un individu ou un groupe d'in-
dividus, sujets de cette malédiction. Ceci
peut engendrer un blocage sur la vie de la
55

victime, lui attirer toutes sortes de malheurs,


de souffrances morales ou mêmes phy-
siques. La malédiction agit comme un envoû-
tement « négatif », provoquant le malheur et
ses néfastes conséquences dans l’existence
de la victime.

B-Positivement
Du côté de Dieu
La souffrance est un signal d’amour divin…

Selon Alfred de MUSSET, poète et drama-


turge français6 « L'homme est un apprenti, la
douleur est son maître, et nul ne se connaît
tant qu'il n'a pas souffert ». Cela impliquerait
que personne ne connaitrait vraiment la va-
leur d’un bienfait quelconque confié par Dieu,
que lorsqu’il l’aurait perdu. L’on ne s’en rend
6
Cf. Alfred MUSSET,
[Link]
[Link] mardi 11 Juillet 2023, 12h 30
56

compte que lorsqu’on l’a perdu. Alors en dé-


couvre-t-on sa réelle valeur, alors… seule-
ment. !

C’est pourquoi est-il impératif, de ne pas at-


tendre de perdre un bienfait quelconque pour
se rendre compte de sa valeur. Malheureu-
sement, faisons-nous tout le contraire, le plus
souvent. Si Dieu nous a donné la vie, la san-
té, la richesse, c’est vraiment par pure gratui-
té, non pas à cause de nos mérites person-
nels. L’on peut tout avoir, accumuler des ri-
chesses et trouver son bonheur dans ce que
l’on possède. L’homme peut profiter des
nombreux bienfaits que Dieu lui a donnés.
Pourtant aucun d’eux ne lui garantiront la
santé parfaite. Bien sûr la santé permet de se
concentrer sur l’acquisition de bienfaits parmi
lesquels la richesse, pas le contraire ! Ce qui
nous rappelle que parmi les grands bienfaits,
la plus grande richesse, le plus grand trésor
57

que nous ayons est la santé. Tout le reste,


richesse, argent, confort et consort lui sont
subordonnés…

Et quand nous parlons de la santé, ceux qui


l’ont perdue un jour le savent parfaitement.
Combien souffrent en silence sans que l’on
ne s’en rende compte. L’épreuve nous rend
plus conscient. La maladie nous sensibilise à
notre fragilité et nous rend précieuse notre
santé. Souvent, si ce n’est toujours, Dieu
cherche par ce biais à nous interpeller. En-
core nous faut-il savoir, surtout vouloir, ré-
pondre à Son interpellation et ainsi mettre en
branle des ressources insoupçonnées.

Nous sommes tous concernés par la souf-


france à un moment ou un autre de notre
existence. Notre vie ne tient qu’à un fil. Les
choses vont très vite, surtout à notre époque
où la longévité est prolongée par la médecine
moderne. Les formes de la souffrance sont
58

multiples et inhérentes à la vie même, pro-


grès médicaux ou pas, vieillesse ou jeu-
nesse. Tous sommes concernés. Souffrance
familiale, souffrance professionnelle, souf-
france médicale, souffrance sociale, souf-
france culturelle et intellectuelle, tous con-
cernés, entrainant certains jusqu’au burn
out… ou pire…

Nous l’avons souvent ressenti lors de nos


entretiens avec les jeunes, constatant que
beaucoup aujourd’hui se trouvaient sans plus
d’autorité parentale, engendrant d’autres
formes de souffrances pouvant mener à la
délinquance. Dans la plupart des cas, ces
situations de délinquance résultent de
l’absence du père ou du père absent. D’où
l’accroissement des familles monoparentales
« maternelles ». De cette façon les familles
fidèles dans la longévité du mariage indisso-
luble sont presque considérées comme des
59

souvenirs dépassés, vestiges anciens, objets


archaïques de musée, incongruités de la so-
ciété moderne à l’opposées de la société
traditionnelle patriarcale. Le père y apparais-
sait à la fois comme le garant de la stabilité
familiale, aussi de la société en général. Il
détenait un réel pouvoir sur ses enfants,
adultes ou plus jeunes.

Avec l’avènement au pouvoir des Constitu-


tions des sociétés libérales7, des états
s’attaquèrent malheureusement à l’institution
familiale, en premier lieu à l’autorité de son
chef. Ils affichèrent la volonté de supprimer
l’autorité de tous les pères, en commençant
bien entendu par celle du père suprême,
Dieu-Le-Père-Tout-Puissant puis à celle des
simples pères de famille. Dès lors, le père,
privé de ses droits, n’eut plus que le devoir

Cf. Hélène YVERT JALU, La place du père en Russie : évolution


7

et perspectives dans La Revue Russe, n° 9 (1996) pp. 77-90.


60

de protéger ses enfants, ainsi que de veiller


faiblement sans aucune rigueur verbale ou
physique à leur préparation à la vie, expres-
sion vague derrière laquelle l’état se cache
sous prétexte d’assurer le droit de l’enfant.
Ainsi la carence d’un père est-elle devenue
virale et catastrophique dans la société libé-
rale telle que la nôtre aujourd’hui. Pas de
père, pas de repère, pas de repère, pas de
direction assistée du fils, père manquant, fils
manqué. Ce qui a inversé logiquement
l’autorité, des pères, manquants, aux en-
fants, manqués. Ainsi advient une société
excessivement féminisé, complètement de-
spiritualisée comme la nôtre, vidée de son
sens et de toutes ses valeurs morales. Une
société véritablement sans spiritualité, insipi-
dement universaliste, mondialiste, égalita-
riste, uniformisée, un vrai drame nihiliste et
mortifère qui rend tout le monde malade et
61

accentue la souffrance des parents et de


leurs enfants.

Pour éviter d’allonger la souffrance des


jeunes et arrêter la machine à production des
délinquants d’aujourd’hui et des brigands de
demain, il faut de l’amour, des règles, un
cadre stable. L’émancipation féminine n’est
pas mauvaise si elle est bien comprise.
L’enfant-roi qui a pris le pouvoir sur sa fa-
mille, les divorces devenus monnaie cou-
rante, ont fini par saper l’autorité paternelle et
par conséquent torpillé véritablement son
rôle. Pourtant la présence du père offre bien
des avantages et des vertus. Vertu
d’exemplarité du père qui porte les épreuves
de la vie, assume et fait figure d’autorité. Mo-
dèle d’identification, vertu transcendantale,
un rôle aussi affectif que celui de la mère.
Malheureusement notre société contempo-
raine a fini par tuer symboliquement le père.
62

« L’unité de base de la société n’est pas


l’individu mais la famille » souligne Joseph-
Édouard FORTIN. La famille est souvent ci-
tée comme l’une des institutions sociales les
plus importantes, fondatrices de la société.
Elle remplit des besoins matériels et affectifs
essentiels et joue un rôle majeur pour
l’intégration des individus dans la société8.
Dès lors, cette question de famille finit par
devenir un questionnement pour notre socié-
té, aujourd’hui dans un déni total, où
l’individu est devenu un tout culturel, enfanté
par un père de substitution et une matrice
plus ou moins artificielle, élevé tout simple-
ment par l’état ou par n’importe qui. Par des
mamans solo en détresse qui bien sûr y arri-
vent comme elles peuvent, des enfants dé-
sincarnés qui grandissent la plus part du
temps dans la rue, élevés par des grands-

8
Cf. [Link]
[Link]
63

frères ou grandes sœurs avec l’assistance de


l’institution prenant le relais de leur éducation
dans des moments plus ou moins opportuns,
entrainant, in fine, encore plus de souffrance.

Et Dieu, dans tout ça, me direz-vous ?

Aux travers des épreuves de la souffrance,


de la maladie, et d’autres, Dieu ne tenterait-ll
pas de nous rappeler à l’essentiel, nous rap-
pelant notre infime vulnérabilité, infime fragili-
té, extrême dépendance à Sa grâce, quoi
que nous en pensions !

Du côté de l’homme
À grande épreuve grande récompense…

Et l’homme dans tout cela ?

Rien n’étant sans conséquence, même de sa


souffrance, de sa maladie, l’homme peut tirer
un bénéfice. Une expérience de sa propre
64

vulnérabilité, déjà, la conscience aussi de


l’inestimable trésor qu’est sa vie. Ainsi
l’épreuve de la souffrance, de la maladie,
peut s’avérer riche de fruits bénéfiques inat-
tendus, inespérés. Plus l’épreuve est impor-
tante, plus ses fruits le seront-ils aussi. La
grande épreuve prépare une grande récom-
pense comme évoqué par Saint Paul dans sa
lettre aux Romains : «J'estime que les souf-
frances du temps présent ne sauraient être
comparées à la gloire qui se révèlera. Aussi
la création attend-elle avec impatience la
révélation des fils de Dieu » (Rom 8, 18-19).
Mais cela ne veut pas dire que Dieu se plaît
à éprouver l’humanité. Disons qu’Il nous rap-
pelle toujours à l’ordre. Quel père conscient
de ses responsabilités ne le ferait-il pas ! Ne
pensons pas que nos agissements, bien ou
mal, devant Dieu, resteront sans consé-
quences, sans récompenses ou répri-
mandes. Car notre Dieu est à la fois un Dieu
65

miséricordieux et un Dieu de Justice. Quand


l’un de nous tombe malade, considérons que
nous le sommes tous avec lui, malade. Ne
nous réjouissons jamais de la maladie ni de
la souffrance de l’autre. Ne l’ostracisons pas
non plus, surtout pas. La maladie est un ca-
deau pour notre propre guérison. Un rappel à
l’ordre, un électrochoc. Osez prendre le
temps d’y réfléchir. Ce temps ne sera pas
perdu … osez-le !

Guy CORNEAU tire les leçons de sa mala-


die : « Je compris alors que l'amour est notre
manque ultime et que nous courons tous et
toutes après le cheval sur lequel nous
sommes assis. Je sus que la guérison véri-
table d'un être humain vient de ce qu'il re-
connaît son lien avec l'arbre entier qu'est la
vie, de ce qu'il reconnaît l'unité indissociable
de tout ce qui est. Le sens de la souffrance
66

résidait dans ces retrouvailles avec l'unité


oubliée ».9

9
Cf. Petits Frères des Pauvres
[Link] › ... › Non
catégorisé, jeudi 13 février 2025, 21 h 11.
67

2 Approche biblique
et patristique de la souffrance
Le thème de la souffrance dans l’Écriture
Sainte tient une place considérable. Elle est
inscrite dans tous les livres de l’Ancien et du
Nouveau Testament. Les récits les plus con-
nus qui servent de support à la foi de bien
des chrétiens touchent de près ou de loin à la
souffrance humaine : Abraham, Abel, Job,
les prophètes Amos et Jérémie, le point cul-
minant advenant avec Jésus au Golgotha.
Toutefois, l'Écriture Sainte n’en donne au-
cune explication rationnelle et définitive. Les
livres de la Bible ne permettent pas de déga-
ger sur ce sujet un traité précis et exhaustif.
Ils présentent la souffrance telle qu'elle est
vécue dans la vie quotidienne par les hu-
mains, les renvoyant à leur relation à Dieu.
68

Nous épinglerons quelques cas d’illustration


dans l’Ancien et le Nouveau Testament.
69

1 Enquête Biblique
1 Approche Vétérotestamentaire

La conception de la souffrance dans


l’Ancien Testament n’est pas tout à fait
étrangère à celle de nos jours. Elle y était
perçue :

Premièrement, comme un signe de la


malédiction divine, d’un châtiment ou
d’une punition de Dieu.

Dans la Genèse : La souffrance n’apparaît


dans le livre de la Genèse qu’après la
chute des premiers parents en Gn 3,16
lorsque Dieu dit à la femme :
« J’augmenterai la souffrance de tes gros-
sesses et tu enfanteras dans la douleur ».
Ainsi donc la souffrance n’apparait pas
d’abord comme une fatalité, elle est plutôt
liée à la condition de l’homme pécheur.
70

Elle est l’un des signes du désordre


qu’introduit dans la création l’attitude de
l’homme pécheur. En d’autres termes, elle
est la conséquence de la révolte de
l’homme contre Dieu et montre l’emprise
du péché sur l’homme.

Les écrits sapientiaux, tels les psaumes,


redisent la même chose de la souffrance.
Ainsi, dans la lecture de l’Ancien Testament
la souffrance est une humiliation de la part de
Dieu, un signe de Sa réprobation et de Sa
colère, à travers le psaume (107. 39) par
exemple « Dieu humilie les hommes dans
leur cœur par la souffrance. Ils sont amoin-
dris par leur malheur et la souffrance »

Les prophètes abondent dans le même


sens, à l’exemple du prophète Amos « Un
malheur arrive-t-il dans une ville sans que
le Seigneur en soit l’auteur ? Car le Sei-
gneur, l'Eternel, ne fait rien sans avoir révélé
71

son secret à Ses serviteurs les prophètes. »


Amos 3, 6b-7

Ben Sirac le Sage conseille, pour échap-


per à cette colère de Dieu : « Mon fils, si tu
viens te mettre au service du Seigneur, pré-
pare-toi à subir l’épreuve ; fais-toi un cœur
droit, et tiens bon ; ne t’agite pas à l’heure de
l’adversité. Attache-toi au Seigneur, ne
L’abandonne pas, afin d’être comblé dans tes
derniers jours. Toutes les adversités, ac-
cepte-les ; dans les revers de ta pauvre vie,
sois patient ; car l’or est vérifié par le feu, et
les hommes agréables à Dieu, par le creuset
de l’humiliation. Dans les maladies comme
dans le dénuement, aie foi en Lui. Mets ta
confiance en Lui, et Il te viendra en aide ;
rends tes chemins droits, et mets en Li ton
espérance ». Ben Sirac le Sage, ch. 2
72

Deuxièmement, comme une mise à


l’épreuve de notre foi par Dieu.

Ainsi en est-il du livre de Job. L’histoire de


cet homme juste est bien connue, qui,
sans aucune faute personnelle, a connue
de multiples souffrances. Voilà pourquoi le
prénom même de Job, malgré son caractère
d’homme juste, Jb 1,1, ne l’épargne aucu-
nement des épreuves que Satan lui fait subir
par défi Jb 1,11. C’est du reste pourquoi ce
livre soulève une série de questions her-
méneutiques ayant trait au malheur de
l’innocent, du bonheur de l’homme juste
qui vire dans le malheur le plus extrême et
la souffrance la plus douloureuse. De
sorte que Job, richissime propriétaire ter-
rien, à qui tout réussissait, en plus « d’être
un homme intègre et droit qui craignait
Dieu et se gardait de tout mal » Jb 1,1.
Job supporte avec résignation la perte de ses
73

biens Jb 1,14, de ses enfants Jb 1,18-19,


finalement lui-même est atteint d’une grave
maladie Jb 2,7. Comme si cela ne suffisait
pas, il supporte en plus les réprimandes de
trois de ses vieux amis, Éliphaz, Bildad et
Tsophar, qui, chacun avec des mots diffé-
rents, cherchent à le convaincre que puisqu’il
a été frappé par des souffrances diverses et
variées, il doit avoir commis quelques fautes
très graves aux yeux de Dieu. La souffrance,
pensent-ils, atteint toujours l’homme qui a
péché. Plus tard, Dieu lui expliquera qu'il ne
faut pas juger à vues d'homme, et le rétablira
dans toutes ses possessions, doublées. Il eut
sept fils et trois filles Jb 1,2 qui périrent dans
l'effondrement de la maison de leur frère aîné
au début de ses épreuves Jb 1,18-19. Puis à
nouveau sept fils et trois filles lorsque Dieu le
rétablit à la fin du récit. Ses trois dernières
filles, Jemima, Ketsia, Kéren-Happuc, Jb
42,14. Sans doute, le malheur lui est tom-
74

bé dessus, il a perdu tout, et même son


honorabilité. Des représentants de
l’explication traditionnelle, de faux amis,
ont tout fait pour l’enfoncer davantage et
encore plus, sous-entendant qu’il ne de-
vait pas être si juste que ce qu’il paraissait
être, puisque maintenant anéanti. Pourtant
Job n’a jamais baissé les bras, il a conti-
nué de crier haut et fort son innocence. En
guise de réponse, Dieu finit par le justifier
et le réhabiliter. Job est rétabli dans sa
santé, dans sa vie et dans son honneur.
Sans doute un peu comme pour dire : «
Tout est bien qui finit bien ». Ce grand
livre a le mérite d’avoir enfin soulevé
l’énorme question de la souffrance du
juste. Le problème est alors de savoir com-
ment un Dieu bon et juste peut ainsi affliger
de malheurs et d’atroces souffrances le juste
Job ; si chacun doit être traité selon ses
œuvres, comment est-il concevable qu’un
75

juste puisse souffrir ? Le problème se pose


de manière d’autant plus aiguë que la com-
pensation du bien et du mal n’est pas conçue
comme une récompense ou une punition
dans l’au-delà. Le Seigneur s’y révèle le
Dieu de l’Alliance des Pères, Celui qui
dans le même mouvement manifeste Son
absolue transcendance à Moïse et Sa
grande proximité, comme principale quali-
té de Sa tendresse : « J’ai entendu les cris
de misère de mon peuple ».

Les justes attendent donc de Dieu le bonheur


dès cette vie. Plusieurs solutions au scandale
du mal sont proposées dans le livre, toutes
insuffisantes. La conclusion du livre est que
l’homme doit persister dans la foi même alors
que son esprit ne reçoit pas d’apaisement
dans ses interrogations. À cette étape de la
Révélation, l’auteur du Livre de Job ne pou-
vait aller plus loin pour éclairer le mystère de
76

la douleur innocente, il fallait avoir


l’assurance des sanctions d’outre-tombe et
connaître la valeur des souffrances humaines
unies à celles du Christ. Alors fallait-il at-
tendre la venue du christ pour recevoir
l’éclairage sur la souffrance.

Il y a eu beaucoup de débats sur ce livre :


vérité historique ou fiction ? Certains optent
pour livre historique comme le pasteur John
PIPER10 s’appuyant sur Ezéchiel 14.12–20 et
Jacques Jac 5.10-11. Aujourd’hui, les spécia-
listes s'accordent à dire qu'il s'agit d'un con-
tenu mythique, d'une fable qui entend passer
un message. Curieusement, ce message
biblique est exactement l'opposé de ce que
prône la théologie de la prospérité, idée lar-
gement adoptée aujourd'hui par de nom-
breuses églises évangéliques néo-

10
[Link]
un-homme-ou-un-mythe-john-piper/
77

pentecôtistes mentionnées plus haut. C’est


justement le contraire de cette théologie de la
prospérité que présente le livre de Job. Job
est passé de la richesse à la pauvreté et est
resté fidèle à Dieu. Le récit illustre donc le
problème de la théodicée - empruntant le
concept au philosophe allemand Gottfried
Leibniz (1646-1716) : justifier la justice de
Dieu dans un contexte d'humanité souffrante.
« Job ne peut être considéré comme un per-
sonnage historique mais plutôt comme une
personnification théologique », commente le
théologien, spécialiste des religions et histo-
rien Luiz Alexandre Solano Rossi11, profes-
seur à l'Université catholique pontificale du
Paraná (PUC-PR), au Centre universitaire
international (UNINTER) et auteur, entre
autres, de L'origine de la souffrance des

11
C
[Link]
78

pauvres : Théologie et antithéologie dans le


livre de Job.

Rossi rappelle que l'expérience de Job sert


« De référence pour montrer avec quelle faci-
lité un type de théologie peut être lié à cette
pratique de la récompense ». « Cette théolo-
gie est habituellement désignée comme la
théologie de la rétribution. Pour la théologie
de la rétribution, Dieu accorde la richesse à
certains et la pauvreté à tous les autres »,
explique-t-il. « À partir de cette prémisse, les
riches sont riches et le resteront parce qu'ils
sont justes, tandis que les pauvres sont
pauvres et le resteront peut-être parce qu'ils
n'ont pas confiance en la justice de Dieu, ou,
pire encore, parce qu'ils sont pécheurs »
poursuit le théologien.

Pour Rossi, Job, « Au moyen de ses dis-


cours », cherche « À donner une réponse
aux questions fondamentales présentes dans
79

le texte biblique en considérant ce type de


théologie ». « L'expérience de Job proclame
dès son début qu'il n'y a pas la moindre rela-
tion entre le péché et la souffrance et entre la
vertu et la récompense », résume-t-il.

Pour l'historien, philosophe et théologien


Gerson LEITE de MORAES, professeur à
l'université presbytérienne Mackenzie12, la
lecture de Job « Est quelque chose de com-
plexe » qui résonne sociologiquement et reli-
gieusement jusqu'à nos jours. « Nous avons
un courant très présent dans le mouvement
pentecôtiste qui est la théologie de la prospé-
rité, l'idée de - sois fidèle à Dieu et sois riche
- commente-t-il. » C'est comme si c'était au-
tomatique : si vous êtes fidèle à Dieu, il est
obligé de vous bénir, dit le théologien. « Le
livre de Job va dans le sens inverse : Job a
été fidèle à Dieu toute sa vie, Dieu l'a béni.

12
Ibid.
80

Mais lorsque Dieu a été défié par Satan, Il a


tout pris à Job » résume MORAES.

C'est peut-être la grande leçon de l'histoire :


on peut rester fidèle à Dieu même à travers
les difficultés. Pour moi c’est la grande ré-
ponse à ces fidèles qui se morfondent et di-
sent « Je fais tout bien devant Dieu et devant
les hommes, j’accompli bien mon devoir de
chrétien, comment se fait-il que je galère tous
les jours. » La réponse est que l’on peut res-
ter fidèle à Dieu même à travers cette galère.
Avoir la foi alors que tout va bien est beau et
merveilleux. Montrer sa foi et sa fidélité à
Dieu, montrer que l'on continue à croire à la
justice et à la souveraineté de Dieu même au
milieu des difficultés, peut-être est-ce le but
auquel dieu nous appelle à travers nos souf-
frances.
81

Troisièmement, comme un véritable


signe du péché qui sous-entend que
vous êtes pécheur.

La maladie, la lèpre, par exemple, excluait


l’individu de la société juive. Il devait vivre
à l’écart de la société pour éviter toute
contagion. C’était un signe de péché.
Point d’autres explications dans la société
hébraïque de l’époque. Le mal qui vous
frappe ne fait qu’extérioriser une souillure
intime. Ainsi le péché n’est-il pas simple-
ment une succession d’actes ou de com-
portements que l’homme pourrait éviter ou
réparer, mais un état qu’il ne peut contrô-
ler. Il est inhérent à la condition humaine.
C’est du reste pourquoi, Jésus, en voulant
faire partie de cette condition humaine, se
devait de l’éprouver aussi, souffrir aussi
Hé 2, 14-18. On trouve cette mentalité
encore vivante, active, à l’époque de Jé-
82

sus : « Tu es pécheur depuis ta nais-


sance, et tu voudrais nous faire la leçon !
», criaient les Pharisiens à l’oreille de
l’aveugle-né Jn 9. À l’inverse, dans cette
religiosité du pur et de l’impur, la richesse
et la santé étaient signes de bénédictions
de Dieu, avec toutes les cautions
d’injustice que cela suppose et les com-
portements arrogants.

Nous pouvons retenir de ce qui précède


que l’Ancien Testament, présente la souf-
france et les malheurs comme des puni-
tions collectives que Dieu envoie au
peuple infidèle, voire le livre d’Amos men-
tionné précédemment, pour qui la punition
douloureuse garde la valeur d’un appel à
la repentance. Loin d‘être une vengeance
divine c’est plutôt une invitation au chan-
gement. Dans le livre du Deutéronome
Dt.28, ainsi que dans certains Psaumes
83

(49 et 52) et Proverbes, la souffrance ap-


paraît comme une punition définitive ré-
servée aux méchants

Inversement, dans le livre de Job, l’auteur


s’élève contre cette idée que l’homme
souffre en fonction de ses péchés. Car la
justice divine n’est pas liée aux mérites
humains. En réponse à ses amis défen-
dant cette thèse, Job clame son inno-
cence. Pour lui, la justice de Dieu est bien
au delà de notre imagination humaine et
reste mystérieusement cachée à notre
compréhension humaine jusqu’au jour où
Dieu nous la fait connaître.

Toutefois, comme l’écrit le saint pape Jean-


Paul II dans sa Lettre Encyclique Salvifici
Doloris sur le sens chrétien de la souffrance :
« Job conteste la vérité du principe qui identi-
fie la souffrance avec la punition du péché. Et
il le fait en se fondant sur sa propre expé-
84

rience. Il est en effet conscient de ne pas


avoir mérité une telle punition; il montre au
contraire le bien qu'il a fait dans sa vie. À la
fin, Dieu lui-même reproche aux amis de Job
leurs accusations et reconnaît que Job n'est
pas coupable. Sa souffrance est celle d'un
innocent. Elle doit être acceptée comme un
mystère que l'intelligence de l'homme n'est
pas en mesure de pénétrer à fond. »13

Plus loin le saint Père argumente que : « S’il


est vrai que la souffrance a un sens comme
punition lorsqu’elle est liée à la faute, il n’est
pas vrai au contraire que toute souffrance
soit une conséquence de la faute et ait un
caractère de punition. »14

Le Livre de Job soulève avec beaucoup plus


d’acuité le problème du « pourquoi » de la

13
Cf. JEAN-PAUL II, Lettre Apostolique Salvifici Doloris n°
11
14
Ibid.
85

souffrance, mais il remarque aussi que celle-


ci frappe également l’innocent sans explica-
tion. Non seulement Job essaie de dépasser
cette idée selon laquelle la souffrance est
une punition de Dieu à cause de ses pé-
chés, mais aussi, l’Ancien Testament en gé-
néral, soutient en même temps comme nous
l’avons expliqué plus haut, la valeur éduca-
tive de cette peine qu’est la souffrance.

Cependant, pour envisager une réponse


adéquate à la question du « pourquoi la souf-
france ou la maladie », nous devons en tant
que chrétiens tourner nos regards vers la
Révélation divine, source et origine ultimes
du sens de tout ce qui existe. Le Christ qui
est au centre de la révélation nous fait entrer
dans le mystère et découvrir « le pourquoi »
de la souffrance15. Si l’Ancien Testament ne
donne pas de réponse claire et nette à cette

15
JEAN-PAUL II, Lettre Apostolique Salvifici Dolorisn° 13
86

problématique, le Nouveau Testament


l’éclaircit davantage à partir de la Révélation
de l’Amour en Jésus-Christ.

2 Approche Néotestamentaire
Il faut reconnaître que le Christ ne cache pas
à Ses disciples la réalité de la sequella Chris-
ti inhérente à la souffrance : le Maître a vou-
lu être clair et n’a pas cherché à cacher quoi
que ce soit à ceux qui Le suivent, de la pers-
pective d'une quelconque souffrance. Au
contraire, Il l’a révélée très franchement tout
en annonçant les forces surnaturelles qui les
accompagneront au milieu des persécutions
et des tribulations « À cause de Son nom »
« Si quelqu’un veut venir à Ma suite, dit-Il,
qu’il se charge de sa croix chaque jour »
(n°25)16

16
JEAN-PAUL II, Lettre Apostolique Salvifici Doloris n°25
87

Contrairement à la conception vétérotes-


tamentaire de la souffrance-punition, châ-
timent de Dieu ou la malédiction divine,
Jésus se présente comme celui qui vient
lutter et rompre le lien établi de la mala-
die, du péché et de la malédiction. Il pro-
met et vient peser de toute Sa présence
de guérison et d’écoute. Par les multiples
guérisons opérées Il a manifesté que Dieu
n’a pas voulu et ne peut vouloir la mala-
die, qu’Il n’a aucune complicité avec le
malheur qu’Il combat de toute Sa puis-
sance de salut reçue du Père. D’ailleurs
les miracles que Jésus accomplis sont les
signes avant-coureurs de la victoire défini-
tive de la vie sur la maladie et la mort. « Il
essuiera toute larme de nos yeux. » Ap.
7,17

Chaque guérison de notre Seigneur Jésus


vient contredire l’ordre établi du mal et
88

annonce sa défaite future. On peut bien


tenter de l’expliquer par le péché originel
qui n’y est sans doute pas étranger, en-
core qu’il faille distinguer la souffrance liée
à la finitude de toute chair, et celle qui est
la conséquence du désordre introduit.
Mais si l’explication se veut générale et
universelle, plongeant jusqu’aux racines
du malheur, la souffrance, elle, est per-
sonnelle, intime, organiquement et psy-
chiquement unique. Celui qui souffre, de-
vant pareille explication, pourrait vous re-
garder, l’air de dire « Ça me fait une belle
jambe ! »

Dans les textes du Nouveau-Testament,


Jésus offre Sa présence et nous unit au
mystère de la Croix. Notre Rédemption est
accomplie par le moyen de Ses souffrances
et de Sa mort. Comme l’enseigne le Pape
Jean-Paul II « L'éloquence de la Croix et de
89

la mort est complétée, toutefois,


par l'éloquence de la Résurrection. L'homme
trouve dans la Résurrection une lumière
complètement nouvelle qui l'aide à se frayer
un chemin à travers les ténèbres épaisses
des humiliations, des doutes, du désespoir et
de la persécution. C'est pourquoi l'Apôtre
écrira aussi dans la seconde lettre aux Corin-
thiens : « De même en effet que les souf-
frances du Christ abondent pour nous, ainsi,
par le Christ, abonde aussi notre consolation
»17. Ailleurs, il adresse à ses destinataires
des paroles d'encouragement: « Que le Sei-
gneur dirige vos cœurs vers l'amour de Dieu
et la constance du Christ ». Parce que Lui-
même est descendu dans le néant de la
mort, pour la vaincre, et qu’Il nous a laissé
Son sacrement, toute souffrance et tout
malheur sont unis ou peuvent être unis à
Sa puissante charité rédemptrice. De
17
JEAN-PAUL II, Op . Cit.
90

même que la Parole de Dieu, d’après le


psaume, ne lui retourne pas sans effets,
de même aucune souffrance dans le
Christ ne retourne désormais à son absur-
dité fondamentale. Le sacrifice de
l’Eucharistie, qui fait mémoire de l’offrande
du Christ traversant les temps, unit à Lui
toutes souffrances, toute forme de géné-
rosité et d’Amour pour ceux qui souffrent
ou sont malades. Lui-même en Sa Pas-
sion est devenu « Familier de la souf-
france » Is. 53,3, tout comme Il montra
pendant Son ministère Sa compassion,
reflet de Celle du Père. Jésus a bu à la
coupe de l’absolu dépouillement de
l’amour-propre : « Jésus, de condition di-
vine, ne retint pas jalousement le rang qui
L’égalait à Dieu. Mais Il s’est anéanti Lui-
même en prenant la condition humaine…»
Ph.2,6. Ce dépouillement se manifeste
dans la descente du Fils dans la chair,
91

dans cette Incarnation qui ne fut jamais du


théâtre, dans cet Amour qui alla jusqu’à la
perte de la vie par le don de soi le plus
vertigineux. Au cœur de l’épreuve qui
nous accable nous pouvons aimer ce Dieu
qui est allé si loin pour nous rejoindre. Le
message évangélique, porté par le boule-
versement de la Passion, invite ceux qui
sont accablés à se saisir de leur malheur
pour entrer en conversion, ouvrant les
yeux sur Celui qui peut les guérir et sur-
tout les sauver, leur montrant un tout autre
amour.

Avec sueur et sang Jésus n’a pas craint


de s’avancer « Comme un agneau à
l’abattoir ». La sainteté n’était accessible
que par le sacrifice. Puisque Jésus a souffert,
il nous faut souffrir aussi pour être sauvé. La
souffrance, dit-on, est rédemptrice ! C’est
ainsi que s’est développée une spiritualité du
92

sacrifice, du renoncement, de la mortification.


Il faut se flageller, dormir sur une planche,
porter le silice tel saint Louis représenté sur
les tableaux de notre église Notre-Dame de
la Visitation de Dammarie-les-Lys (voir mon
ouvrage précédent)… En quelque sorte se
torturer pour atteindre la sainteté parfaite.

Vous avez certainement tous vu ces images


de piétés doloristes qui essayaient de se dé-
passer, de représenter et d’exprimer toute
l’horreur de l’agonie de Jésus, ou encore ces
images de la Vierge Marie représentant 7
plaies…Ceci peut paraître étrange, pourtant
nous savons ô combien ce genre de spiritua-
lité est loin d’avoir disparu. On comprend que
beaucoup de chrétiens se soient détournés
d’un Dieu masochiste pour qui le plus beau
cadeau résiderait dans la souffrance extrê-
me.
93

Il est alors difficile de comprendre en quoi


l’Évangile peut-être une Bonne Nouvelle pour
la vie de l’homme d’aujourd’hui. Il n’y a pas
longtemps, durant la pandémie du Covid, une
certaine théologie s’est développée, nous
faisant croire à une punition divine sur notre
monde envahi par le mal et sous l’emprise du
démon. Ou encore un signal de vulnérabilité
de l’homme contemporain contre son ambi-
tion démesurée de posséder la science infu-
se le rendant capable de changer le monde à
sa guise. Car en soi la souffrance est une
contre valeur, elle est un mal qui doit dispa-
raître. Jésus n’a-t-Il pas voulu nous en sau-
ver, ou comme on le dit, nous sauver du
mal ? Il s’est battu de toutes Ses forces
contre ces déviations des religions anciennes
qui faisaient croire que la souffrance était
nécessaire pour atteindre le bonheur. Ce
n’est pas parce que nous sommes heureux
94

que Dieu nous rattrape au tournant en nous


envoyant un lot de souffrances.
95

2 Enquête patristique
Les Pères de l’Église tentent d’expliquer les
origines de la maladie et de la souffrance.
Selon eux, Dieu ne peut pas être considéré à
la fois comme créateur de toutes choses vi-
sibles et invisibles et en même temps auteur,
responsable des maladies. Dieu ne se con-
tredit pas. Ils sont unanimes à faire le lien et
à rapporter l’origine de la souffrance au pé-
ché originel. Selon eux, le premier homme en
faisant le mauvais usage de son libre arbitre
a été à la source de la maladie, de la souf-
france qui l’a conduit à la mort. C’est du reste
pourquoi St Basile faisait remarquer dans
son homélie « C’est une folie de croire que
Dieu est l’auteur des maux »18. Mêmement
pour St Maxime le Confesseur, lui aussi sou-

18
JC LARCHET, Théologie de la maladie, Paris, Ed. du Cerf,
1991
96

lignant « Dieu, en créant la nature humaine,


n’y a pas introduit la douleur »19.

Conformément au livre de la Genèse, à


l’origine, la Création était entièrement bonne
car « Dieu vit que tout était bon » Gn 1, 18,
21, 25. S’il en est ainsi d’où viendrait le mal
ou la maladie pour corrompre cette harmonie
originelle ? Voilà pourquoi les Pères de
l’Église considèrent que l’homme, dans sa
condition paradisiaque sous la mouvance
divine et bénéficiant essentiellement de la
grâce divine, ne pouvait d’aucune façon être
soumis à la condition de la maladie, de
l’infirmité, de la douleur, de la corruption20 et
de la mort. Étant sous la motion de la grâce

19
JC LARCHET, Théologie de la maladie , Paris, Ed. du Cerf,
1991, page 16

20Ce mot possède deux significations: d’une part, il désigne la


dissolution du corps après la mort et, d’autre part, toute forme
d’altération du corps et, dans un sens élargi, de l’âme
97

divine, Adam et Eve se trouvaient donc dans


une situation supérieure et privilégiée par
rapport aux autres êtres vivants de la nature.
Cependant St Jean Damascène21 met en
évidence que cette condition concernait non
seulement l’âme mais aussi le corps. St Do-
rothée de Gaza affirmait lui aussi que «
L’homme vivait dans les délices du paradis
[…] possédant l’intégrité de ses facultés,
dans l’état naturel où il avait été créé »22.

Malheureusement ou… heureusement…


l’homme, créé libre, avait la possibilité
d’exercer son libre arbitre pour conserver ou
non La grâce divine, ainsi tout dépendait de
sa propre volonté de conserver ou non cette
grâce23. Malheureusement, il n’a pas tardé à
21
Cité par JC LARCHET, Le chrétien devant la maladie, la
souffrance et la mort, Paris, Ed du Cerf, 2004
22
Ibid.
23
Selon certains Pères, l’homme n’a été créé ni mortel, ni
immortel, mais capable des deux, en fonction de son libre
arbitre, de la liberté qui le fait ressembler à Dieu
98

vouloir devenir « comme des dieux » Gn, 3,5


sous la motion et la suggestion du diable,
ennemi numéro 1 de Dieu. Ceci a conduit
nos premiers parents Adam et Eve à vouloir
devenir des dieux autres que Dieu. De cette
façon se sont-ils privés définitivement de la
grâce divine, perdant les privilèges divins
dont ils étaient investis prioritairement en
même temps que les qualités
d’incorruptibilité et d’immortalité.

Au 2ème siècle, St Irénée de Lyon, dans sa


dénonciation et réfutation de la gnose intitu-
lée « Contre les hérésies »24 V, 15, 2, obser-
vait : « C’est à cause du péché de désobéis-
sance que les maladies assaillent les
hommes ». À sa suite St Grégoire de NYSSE
affirmait lui aussi : « Cette désobéissance et
cet abandon du bien eurent pour consé-

24
Irénée de Lyon, Contres les hérésies, V 15, 2
99

quence l’apparition de toutes les formes du


mal. Le fait de se détourner de Dieu et de la
vie provoqua la mort, la privation de la lu-
mière, ce qui entraîna l’obscurité, la vertu
ayant fait défaut, le mal apparut et c’est ainsi
que toutes les formes du bien furent rempla-
cées une à une par la série des maux con-
traires »25. Cette chute de l’homme l’a fait
tomber (entrainé) au-dessous de son être le
rendant charnellement et sensuellement en-
ténébré, alors que sa nature originelle le rap-
prochait pratiquement de la condition angé-
lique.

Adam, qui devait naturellement partager à


toutes les autres créatures l’ordre,
l’harmonie, et la paix dont bénéficiait sa
propre nature par son union à Dieu, mais
aussi l’incorruptibilité et l’immortalité reçues
25
Cité par JC LARCHET, Théologie de la maladie, Paris, Ed.
du Cerf, 1991
100

par grâce divine, s’étant détourné de Dieu,


rompit le lien avec la nature qui cessa de lui
être soumise. Dévêtu de la grâce divine, il
devint faible face à la nature, qui lui devint
hostile. Son péché entraina, installa le dé-
sordre entre et parmi toutes les créatures.26
Le diable prit pouvoir sur l’homme dès lors
qu’Adam lui obéit. La désobéissance d’Adam
à Dieu, le fragilise, permettant à la maladie
de paraître, se produire, se reproduire,
s’étendre, se développer, activée par le
diable et ses démons sources principales de
celles-ci.

St Augustin27 quant à lui ne parle pas de


souffrance sans passer par Celle du Christ. Il
met en relation la souffrance du Christ et

26
« Maudite soit la terre à cause de toi » (Gn 3,17) dit Dieu à
l’homme, annonçant la catastrophe cosmique provoquée par sa faute

27
[Link] 12
Avril 2025
101

celle de l'homme en ce monde parce que


c'est le Christ total qui souffre, non pas seu-
lement la "tête".

Comment peut-on dire que l'homme porte


aussi les souffrances du Christ ? C’est parce
que le Christ souffre aussi bien en Son corps
que dans les membres de Son corps :

St Thomas d’Aquin va plus loin, il définit la


souffrance ou la maladie par rapport au mal.
Or le mal se définit en théologie comme ab-
sence du bien. Ainsi la souffrance est alors
l’absence du bien qui peut être matériel ou
spirituel. Ainsi la souffrance peut-être soit
physique soit morale. Et donc, si le bien
n’existe plus, nécessairement le mal non
plus. Le mal existe, donc Dieu existe. En
voulant aller plus loin dans ses investigations
St Thomas procède par l’absurde. Si Dieu est
cause de toutes choses, n’est-il pas possible
d’affirmer que Dieu est cause du mal ? Il ré-
102

pond que « Dieu est l’auteur du mal qu’est la


peine, mais non du mal qu’est la faute »28
Pour comprendre la cause du mal il faut dis-
tinguer le mal comme peine et le mal comme
faute. La peine est la destruction d’un ou plu-
sieurs éléments requis pour l’intégrité de la
chose, elle se situe du point de vue de la
forme. La faute consiste d’un point de vue
thomiste : « Dans la soustraction de l’action
qui lui est due, que cette action ait disparue,
ou qu’elle manque des éléments et de la fin
qu’elle exige »29

En somme, l’on constate que, selon les


Pères, généralement la source de la maladie
et de la souffrance est le péché originel, la
faute d’Adam. Mais pourquoi tous les

28
Somme théologique, q. 49, a. 2.

29
Somme théologique, q. 48, a. 5.
103

hommes doivent-ils souffrir et être malades ?


Sont-ils tous responsables de la faute
d’Adam ? Y-a-t-il un lien entre les péchés
personnels et la maladie ? Alors que pour St
Augustin la culpabilité, donc la responsabilité
du péché originel se transmet aux descen-
dants d’Adam, pour les Pères orientaux seuls
sont transmis les effets du péché ancestral,
c’est-à-dire la passibilité (qui inclut la souf-
france), la corruptibilité, la mortalité et une
certaine tendance à pécher30. Autrement dit,
chaque homme qui nait n’est pas à priori co-
responsable des maux qui affectent la créa-
tion et ne sera coupable et responsable que
de ses propres péchés. On pourrait repro-
cher aux Pères de transformer Adam en un
bouc émissaire, portant la responsabilité de
tous les maux du monde. Cependant, ils at-

30
T. Colliander, Le chemin des ascètes, Bégrolles-en-Mauges,
Abbaye de Bellefontaine, 1973, p 20
104

ténuent la responsabilité d’Adam par di-


verses considérations31, notamment par le
fait que le véritable inducteur du mal dans le
monde est le Malin qui a étendu le mal dans
tout l’univers, profitant de la perte de la grâce
par l’homme. De plus, soulignent-ils, Adam a
été créé dans un état d’enfance, il était donc
fragile et facilement accessible aux ruses du
Malin. Enfin, les conséquences de la faute
d’Adam tiennent à sa position de prototype
de l’humanité et au mode d’engendrement
dans lequel l’humanité s’est trouvée engagée
du fait de sa faute. Autrement dit, tous les
hommes héritent à leur naissance de la na-
ture déchue d’Adam, malades, infirmes, mar-
qués par les conséquences de son péché : «
La faute d’un seul a entrainé sur tous les
hommes une condamnation » Rm 5,18. Cela
veut dire que les maladies qui affectent les
hommes ne sont pas forcément imputables à
31
Ibid
105

leurs péchés personnels, mais au fait qu’ils


partagent la nature humaine déchue par la
faute d’Adam. D’ailleurs, plusieurs passages
de l’Évangile soulignent qu’il n’existe pas de
lien «automatique» entre la maladie et les
péchés qu’une personne ou ses ascendants
auraient commis (voir l’épisode de l’aveugle-
né Jn 9,13 ou l’épisode du paralytique Mt 9,
1-6.)

Il est important de mettre en évidence que


chez les Pères de l’Église la maladie et la
souffrance qui l’accompagne ont des nom-
breux aspects négatifs. L’un de ces aspects
tient au fait que, comme on l’a vu, la maladie
et la souffrance n’ont pas été créées par Dieu
à l’origine, qu’elles n’existaient pas dans le
Paradis où Dieu a placé le premier homme
pour qu’il y trouve le bonheur. La souffrance
et la maladie semblent donc étrangères aux
desseins de Dieu et à la nature humaine telle
106

que Dieu a voulu qu’elle soit en la créant. Les


Pères ne valorisent donc pas la souffrance,
se montrant au contraire réservés à l’égard
de sa valeur. Un autre aspect négatif de la
maladie et de la souffrance tient au fait
qu’elles sont pour l’homme déchu sinon une
source, du moins une occasion de péché,
étant utilisées à ce titre par les forces démo-
niaques qui cherchent à pousser l’homme à
accomplir le mal et à s’éloigner de Dieu, son
créateur.

Cette enquête rapide dans la patristique nous


a permis de circonscrire chez les Pères que
la maladie est un mal car elle apparaît
comme une conséquence du péché d’Adam,
comme un effet de l’action démoniaque dans
le monde déchu et comme opposée à l’ordre
voulu par Dieu lorsqu’Il créa le monde et
l’homme. Cependant, comme nous allons le
montrer dans la troisième partie de notre tra-
107

vail, pour les Pères, c’est seulement au plan


physique qu’elle est un mal. Si l’homme ne
s’abandonne pas au péché dans la maladie
et si à l’occasion de celle-ci il ne s’éloigne
pas de Dieu, elle ne peut pas être un mal du
point de vue spirituel. Elle peut même consti-
tuer un bien pour l’homme dans la mesure où
il est susceptible, s’il s’en sert bien, d’en tirer
des bénéfices spirituels. C’est ce que nous
allons aborder résolument sous l’angle de ce
que pensent les contemporains de la souf-
france aujourd’hui.

Concluons ces considérations en affirmant


que la maladie, étrangère à la condition pri-
mordiale de l’homme, est entrée dans le
monde par la ruse du Malin et par un mau-
vais usage du libre-arbitre par l’homme. Par
sa faute, l’homme change les conditions on-
tologiques de son existence, il s’exile lui-
même du Paradis. Étant le prototype de
108

l’humanité, les conséquences de son péché,


sa nature déchue, corruptible, sont transfé-
rées à tous ses descendants. Autrement dit,
tous les hommes doivent subir les effets du
péché originel, dont les fruits sont aussi la
maladie et la souffrance physique et/ou psy-
chique qui l’accompagne.

Cependant, par la grâce de l’économie salva-


trice du Christ, la maladie et la souffrance
sont devenues des armes contre le péché.
Instruments et fruits du péché, formes de
condamnation de la nature, elles peuvent
paradoxalement devenir, si elles sont vécues
dans le Christ, des moyens pour accéder à la
vie divine.
109

3 Que dire de la souffrance


aujourd’hui ?
L’objection la plus fréquente et la plus an-
cienne à l’existence de Dieu est le problème
du mal, de la maladie, de la souffrance, au-
trement dit souffrance et douleur sont les
« maîtres-maux » du chaos. Comment un
Dieu d’amour tout puissant peut-Il permettre
tant de souffrance et de mal dans le monde ?
Les chrétiens, mais aussi les non croyants
d’hier et d’aujourd’hui font face à cette ques-
tion. Ce problème du mal n’a pas de réponse
simple. Beaucoup de philosophes, de théolo-
giens et beaucoup d’autres encore ont pro-
posés des réflexions utiles. Mais concrète-
ment que répondre à nos paroissiens et pa-
roissiennes qui nous posent les mêmes
questions existentielles ? Comme le disait le
Père Philippe BELLET: « La souffrance est
110

un aspect de la vie humaine qui tient à la vie


même’’32. C’est pourquoi, continue-t-il, si l'on
doit parler de la souffrance, ce doit être avec
un infini respect. Car, estime-t-il, il y a une
impudeur à disserter sur la souffrance, qui
est intolérable. Cette impudeur, on la ren-
contre, entre autres, hélas, chez les chré-
tiens, quand ils pensent avoir dans leur foi de
quoi "répondre" à cette question-là. » C’est
tout à fait vrai que parler de la souffrance ou
vouloir donner des conseils sur la souffrance
ne va pas de soi. Qui n’a jamais souffert ne
peut pas saisir l’ampleur, la hauteur, la pro-
fondeur de la souffrance. Il faut y être passé
soi-même pour comprendre sa dimension et
s’accorder au souffrant qui se confie.

32
Cf La souffrance[Link]
[Link]/Definitions/Lexique/Souffrance/Souffrir-a-t-il-un-
sens, Mercredi 02 avril 2025
111

1° La souffrance fait partie de la vie


La souffrance touche tout le monde : vio-
lence, maladie, accidents, problèmes rela-
tionnels, échecs... Elle fait partie de la vie.
Personne n’aime souffrir, c’est naturel, mais
si nous souffrons, faisons comme le Christ,
osons au moins lui donner un sens, offrons-
là. En l’offrant par exemple pour la conver-
sion des pécheurs, la sainteté des Prêtres,
des familles, des jeunes… Il y a tant
d’intentions pour lesquelles nous pouvons
offrir notre souffrance. « Il vaut mieux être sur
la Croix avec Jésus que de Le regarder d’en
bas », disait un saint. Notre Seigneur est tou-
jours là, prêt à nous aider, à fortifier nos
âmes, à nous réconforter.

2° La souffrance est inhérente à


notre vécu quotidien
Nous ne souffrons pas par hasard. La souf-
france ou la maladie que nous éprouvons,
112

physique, morale ou psychique, traduit tou-


jours notre vécu, vécu personnel, vécu so-
cial. La souffrance a quelque chose à voir
avec notre propre existence. Il y a comme
une douleur d’exister en chaque homme.
Hier soir, vous vous êtes couchés parce que
votre corps avait souffert de sa journée et
avait besoin de repos. Aujourd’hui vous êtes
assis et vous allez avoir besoin de vous lever
et dégourdir vos jambes ou encore ce matin
vous n’êtes pas malade, vous n’éprouvez
aucune douleur mais vous êtes de mauvais
humeur. Comme si vous étiez malade alors
que vous ne l’êtes pas, mais plutôt anxieux,
vous éprouvez de la douleur là où il n’y en a
pas. Ce jour passe, vous n’éprouvez plus
rien, vous vous sentez en pleine forme. Vous
vous demandez qu’est-ce qui vous est arrivé
hier, vous étiez méchant, en colère. Au-
jourd’hui vous êtes tout joyeux, content et
113

souriant avec tous. Voilà pourquoi l’on peut


dire que la souffrance est inhérente à la vie.

3°La souffrance nous apprend à


être attentifs dans la vie
Non seulement est-elle inhérente à notre vé-
cu quotidien, elle nous rappelle aussi la briè-
veté de notre vie sur cette terre, que nous ne
sommes pas au contrôle, que nous avons
intérêt à faire attention aux choix que nous
faisons. On ne sait ni où ni quand ni pourquoi
notre corps va s’affaiblir et ralentir, notre es-
prit se déconnecter et cesser d’être efficace,
le jour de notre arrêt d’activité. Elle nous rap-
pelle que le temps est compté, la vie extrê-
mement précieuse.

Nous avons tous des choix à faire afin que


notre vie sur terre soit fructueuse. L’on peut
choisir de vivre et souffrir avec un vrai sens,
en suivant le Dieu qui nous a créés et qui a
114

des plans merveilleux pour nous. Ou l’on


peut choisir de vivre et souffrir en s’inventant
soi-même un sens à sa vie, en prétendant
être au contrôle, en continuant notre rébellion
contre le Dieu qui cherche à tous prix à nous
partager Son amour. L’on peut…

4° La souffrance nous met à notre


place33
La souffrance est partout, elle est universelle.
Tout le monde souffre. Chaque jour qui
passe l’on souffre, plus ou moins…, des jours
plus, d’autres moins. Cela nous rappelle
notre « simple » humanité de créature qui ne
sommes pas Dieu. Dieu, incréé, nous, êtres
créés. Dieu, parfait, nous, imparfait. Il existe
une différence de nature et de rôle et nous
33
[Link]
:~:text=La%20souffrance%20nous%20attire%20%C3%A0,se%
20sont%20rebell%C3%A9s%20contre%20Dieu du 20 No-
vembre 2017
115

devons accepter notre place de créatures.


Nous détestons la souffrance parce que nous
n’acceptons pas notre place, nous voulons
être comme des Dieux. Notre génération
voudrait être à la place de Dieu. Qu’Il se
soumette à notre manière de voir les choses
et nous laisse le contrôle de nos vies. Notre
génération veut servir son propre plaisir plu-
tôt que de Le servir Lui Dieu. La souffrance
nous rappelle que nous ne sommes pas in-
vulnérables, que nous sommes fragiles. Il y a
bientôt cinq ans, le Covid nous a démontré à
suffisance notre fragilité. Ce virus, malvoyant,
n’a pu distinguer ni les riches ni les moins
riches, s’acharnant sur tous sans exceptions.
Nous avons été conçus pour être dépendants
et conduits par Dieu et pour accomplir notre
mission confiée par Lui. Se révolter face à la
souffrance ou même se mettre en colère
contre Dieu est un signe d’orgueil. Attention à
ne pas vouloir prendre la place de Dieu en
116

refusant Ses plans pour notre vie. Lui seul


voit la lumière. Nous pouvons Lui faire con-
fiance que tout ce qui se passe sur terre cul-
minera un jour en une harmonie si glorieuse
que même l’éternité ne suffira pas pour la
sonder.

5°La souffrance, nous fait prendre


conscience du surnaturel
La souffrance nous remet à notre place et
peut entrainer, favoriser, une prise de cons-
cience de l’existence d’un Être surnaturel,
Dieu. Elle peut être l’une des grandes oppor-
tunités des chrétiens pour démontrer
l’existence d’un Dieu vivant qui les soutient.
C’est l’enseignement de Jésus dans le Ser-
mon sur la Montagne : « Heureux ceux qui
sont persécutés pour la justice, car le
royaume des cieux leur appartient ! Heureux
serez-vous lorsqu’on vous insultera, qu’on
117

vous persécutera et qu’on dira faussement


de vous toute sorte de mal à cause de Moi.
Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse,
parce que votre récompense sera grande au
ciel. En effet, c’est ainsi qu’on a persécuté
les prophètes qui vous ont précédés ». Mat-
thieu 5.10-12

La souffrance des croyants est l’un des té-


moignages les plus visibles que Dieu existe.
C’est aussi pour cela que Dieu la permet. Le
comportement de ceux qui Lui appartiennent,
lorsqu’ils souffrent, en Lui faisant confiance,
est une peinture de Sa grandeur.
118

6°La souffrance nous attire vers


Dieu
Comme l’écrivait Philippe Viguier34, pasteur
de l’EPEVC (Église Protestante Évangélique
de Villeurbanne-Cusset), le monde actuel a
globalement rejeté Dieu. Ce n'est pas seule-
ment notre génération, mais toutes les géné-
rations. La Bible nous confirme d’ailleurs que
cela a commencé depuis les temps les plus
immémoriaux, peu après la création du
monde dans le Jardin d'Eden avec les pre-
miers humains, Adam et Eve, qui se sont
rebellés contre Dieu. En rejetant Dieu, l’Être
parfait, l’humanité a aussi rejeté la perfection.
Depuis la chute du 1er homme, tous les hu-
mains sont devenus des êtres imparfaits
34
Cf. Ph. VIGUIER article La souffrance// cf ;
[Link]
:text=La%20souffrance%20nous%20attire%20%C3%A0,se%20
sont%20rebell%C3%A9s%20contre%20Dieu du 20 Novembre
2017
119

dans un monde imparfait. C’est cette imper-


fection qui crée notre souffrance. Nous souf-
frons parce que nos corps ne sont pas par-
faits, ils se dégénèrent. C’est pourquoi, logi-
quement, la souffrance, au lieu de nous
amener à nous révolter contre Dieu, devrait
plutôt nous attirer vers Lui.

En se détournant de Dieu, l’humanité s’est


séparée de Dieu, s’est dévoyée, se tournant
vers d’autres dieux pour se glorifier elle-
même, rejetant la sainteté du Créateur. Cette
humanité hors de son contexte divin rem-
place l’harmonie originelle avec Dieu. Elle est
centrée sur soi : « Je vis pour moi, pas pour
un Dieu. » Elle devient individualiste : « Je
suis ma propre logique, pas la Parole d’un
Dieu. » Elle est autosuffisante : « Je ne suis
pas parfait, mais ça me suffit. » Opposée au
Créateur. Beaucoup croient en un dieu à leur
image, pas au Dieu unique. Enfin, jouant
120

avec le bien et le mal : « C’est naturel, c’est


notre nature. » en acceptant la corruption : «
Pour mes intérêts, je cède souvent. »

Depuis la chute, tous héritons de cette nature


dévoyée. Ainsi coupés de Dieu, les hommes
bâtissent un monde sans chercher leur ori-
gine, leur identité ou leur destinée. Dans ce
chaos, chacun revendique sa vérité, rejetant
la souveraineté divine. En conséquence, la
Bible est considérée comme une fable pour
les faibles. Centré sur lui, l’homme oscille
entre grandeur et abjection. Privé de l’Esprit,
il dérive sur un océan tumultueux, ignorant
son but. Riches ou pauvres, dominants ou
dominés, tous partagent cette solitude, han-
tés par la mort et la souffrance, fiers d’être
une humanité dévoyée et dévergondée qui
se détruit.

C’est ce rejet de Dieu qui crée notre souf-


france. Nous souffrons parce que nos corps
121

ne sont plus sanctifiés et fidèles à Dieu, ils se


dégénèrent. Nous souffrons parce que nos
relations sont imparfaites, nous subissons
l’égoïsme, l’amertume, la colère et
l’arrogance des autres, comme les autres
subissent nos mauvaises attitudes. Nous
souffrons parce que la nature est dévasta-
trice. On aimerait la contrôler et la rendre
parfaitement apaisée et agréable, mais on ne
peut pas.

Si Dieu est source de vie, couper le cordon


avec Lui, implique une limite à la vie, la mort,
une limite au bonheur immédiat, la souf-
france.

La souffrance reste un rappel constant de


l’absence de Dieu dans notre monde et du
vide que nous avons sans Lui. Cette souf-
france nous attire à Lui. Notre absence nous
pousse à confesser que nous avons besoin
122

de Lui. Avoir une relation personnelle avec


Lui, Dieu, est le contraire de la souffrance.

7°La souffrance nourrit notre foi35


Dans notre vie humaine, souvent, la souf-
france suscite un cri de révolte, même pour
ceux dont la foi est solide. Ils ne cessent de
se poser la question du psalmiste Psaume
41, 4 « Je n'ai d'autre pain que mes larmes,
le jour, la nuit, * moi qui chaque jour entends
dire : « Où est-Il ton Dieu ? » ou encore
« Comment un Dieu d'amour peut-Il per-
mettre cela ? » - «Pourquoi moi ? » - « Je ne
le méritais pas, ce n'est pas possible, Dieu
ne m'aime pas ». Et pourtant Dieu est là qui
nous aime. Nous ne comprenons pas car la
souffrance est un défi pour l’intelligence hu-
maine. Aucune explication rationnelle ne sau-
rait nous satisfaire pleinement.

35
Ph. VIGUIER, [Link].
123

La Bible nous révèle cependant qu’elle n'est


jamais voulue par Dieu, sinon ce serait un
sabotage contre Son propre plan du salut. Il
tient tant à la liberté des hommes et à leur
solidarité, qu’Il ne peut rester impuissant de-
vant leur souffrance, c’est pourquoi Il a en-
voyé Son Fils, l’Innocent, venir souffrir du
péché et du mal des hommes, en porter les
plus terribles conséquences, pour restaurer
le contact entre eux et Lui et vaincre ainsi le
péché dans le cœur de l’homme.

La souffrance est souvent mystérieuse parce


qu’elle n’a pas toujours de sens visible. Nous
ne percevons pas toujours les leçons à en
tirer. Des personnes souffrent et meurent
sans jamais rien apprendre de leur souf-
france. C’est ce mystère et cette incompré-
hension que nous avons souvent assez de
mal à comprendre et à accepter. Le monde
physique à lui seul ne peut expliquer le sens
124

de la souffrance. Seule la foi peut le faire. En


rejetant Dieu, Adam et Eve mais aussi toute
l’humanité, ont décidé de vivre par la vue
plutôt que par la foi. On désire ce qui est vi-
sible, immédiat, mesurable, plutôt que s’en
remettre à la Parole de Dieu. On se convainc
que finalement on peut mieux faire que Lui,
s’imaginant que ce que l’on voit est meilleur
que ce que l’on ne voit pas.

Dieu n’a pas conçu l’homme pour qu’il ne


vive que des réalités du monde visible. Il est
plus qu’un monde visible. Mais il lui faut la foi
pour goûter à l’invisible. On dirait que Dieu
utilise la souffrance pour nous faire regarder
au-delà du monde visible. Nos épreuves
nous forcent à vivre par la foi plutôt que par
la vue, à espérer au-delà de ce qui est visible
parce que le visible ne peut expliquer la souf-
france, à croire en Dieu et trouver en lui notre
soutien.
125

8°La souffrance: occasion pour se


purifier des péchés et acquérir des
vertus
Être en bonne santé est généralement perçu
comme l’état normal de l’homme, alors que
souvent maladie et-ou souffrance sont sym-
boles de chute et ont tendance à déstabiliser
l’homme, à l’affaiblir physiquement et psy-
chique. C’est du reste pourquoi la majorité
des Pères de l’Église enseigne que la santé
ne sert à rien aux hommes, du point de vue
spirituel, si elle n’est pas utilisée en vue du
Bien. Ainsi l’écrivait St Basile dans ses
Lettres (CCXXXVI, 7) : « La santé, en tant
que telle, ne rend pas bons ceux chez qui
elle se trouve, ne fait pas partie des choses
bonnes par nature »36. Elle peut même cons-

36
JC LARCHET, Théologie de la maladie, Paris, Ed. du Cerf,
1991, p.53
126

tituer un mal si elle contribue à rendre


l’homme indifférent à son salut et le maintien
éloigné de Dieu. Par ailleurs, les Pères ren-
chérissent que la souffrance ou la maladie
est un mal en elle-même, car c’est la consé-
quence du péché d’Adam et l’effet de l’action
démoniaque dans le monde déchu. Cepen-
dant, seulement au plan de la nature phy-
sique, du corps, qu’elle est un mal. Elle ne
possède pas par elle-même le pouvoir de
séparer l’homme de Dieu et ne peut donc
pas être considérée automatiquement
comme un mal spirituel pour l’homme. Le
Christ enseigne que l’homme ne doit pas
redouter ce qui peut affecter son corps mais
pas son âme, Mt 10, 2837. St Jean Chrysos-
tome souligne lui aussi que « Si l’âme se
porte bien, la maladie du corps ne peut cau-

37
« Ne craignez donc pas ceux qui peuvent tuer le corps, mais
qui n’ont pas le pouvoir de faire mourir l’âme. Craignez plutôt
celui qui peut vous faire périr corps et âme dans l’enfer »
127

ser aucun dommage à l’homme »38. Elle n’est


donc un mal qu’en apparence. Elle peut
même constituer un bien pour l’homme si ce
dernier s’en sert bien. Ainsi, St Jean Cassien
affirme : « Comment voir là des grands maux
essentiels, puisqu’ils profitent au bien d’un
grand nombre et leur fournissent un moyen
de gagner des grandes joies éternelles »39.

Selon les Pères, la maladie peut dans cer-


tains cas et du point de vue de ce qui est
spirituellement bien pour l’homme, être con-
sidérée comme un bien supérieur à la santé.
C’est peut-être aussi la raison pour laquelle
de nombreux spirituels qui doivent faire face
à la maladie demandent à Dieu de leur don-
38
Homélies sur Lazare, VI,5 cité par JC LARCHET, Théologie
de la maladie, Paris, Ed. du Cerf, 199, page 54

39
Conférences, VI, 6, cité par JC LARCHET, Théologie de la
maladie, Paris, Ed. du Cerf, 199, page 54
128

ner ce qui leur est utile spirituellement plutôt


que le retour à la santé. Cela ne veut pas
dire qu’il faille chercher à être malade et à
souffrir (nous l’avons vu, les Pères ne valori-
sent pas la souffrance, au contraire), mais
que celui qui doit affronter une maladie ne
doit pas se laisser abattre, déstabiliser par
elle. La meilleure méthode suggérée par les
Pères serait de chercher d’abord le but de la
maladie et non ses causes naturelles ou les
moyens d’y remédier. Autrement dit, il con-
viendrait d’envisager une forme de philoso-
phie de la souffrance, comprendre ce qu’elle
révèle sur la condition humaine, ce qu’elle
enseigne sur notre condition humaine pré-
caire.

De manière générale, dans la maladie


comme dans la souffrance, l’homme réalise
en tout cas la faiblesse de son être terrestre,
le caractère éphémère de son existence en
129

ce monde, sa fragilité, son insuffisance. En


d’autres termes, la maladie physique rappelle
celle de tout l’être déchu, rappelle à l’homme
qu’il est poussière, Gn 3,19. St Jean Chry-
sostome affirme : « C’est pour notre bien que
nous sommes en butte aux maladies […]
parce que l’orgueil engendré en nous par le
relâchement trouve un remède dans cette
faiblesse et dans ces afflictions »40. La mala-
die, en ébranlant l’être, amène donc l’homme
à s’interroger sur les fondements de son
existence, à se rapprocher de Dieu, ce que
constate aussi St Jean Chrysostome : « Ce
n’est point pour nous abaisser que Dieu a
permis la maladie, mais parce qu’Il a voulu
nous rendre meilleurs, plus sages et plus
soumis à Sa volonté, ce qui est le fondement
de tout salut »41.

40
Cf. LARCHET, p.57
41
Ibid ; p.58
130

Nous pourrons conclure ce point en soute-


nant que la maladie, pour les Pères de
l’Église, n’est pas seulement source de puri-
fication des passions, mais aussi occasion
d’acquérir certaines vertus, la patience en
premier lieu, la tempérance, l’endurance...
Pour St Jean Chrysostome : « Si la patience
en général l’emporte sur les autres vertus, la
patience dans la douleur l’emporte sur toutes
les autres espèces de patiences »42 La pa-
tience, à son tour, est source de l’espérance,
comme l’enseigne St Paul : « La tribulation
produit la patience, la patience une vertu
éprouvée, la vertu éprouvée l’espérance »
Rm 5, 3-4. Dès lors, la mala-
die apparaît également comme source
d’humilité et de pénitence, provoquant en

42
Homélies sur le paralytique, 1, cf. JC LARCHET, Théologie
de la maladie, Paris, Ed. du Cerf, 1991

f.
131

même temps dans l’âme une bonne disposi-


tion pour la prière.

Il faut bien mettre en lumière le fait que la


purification des passions et l’acquisition des
vertus dans la patience ne sont pas des ef-
fets de la maladie elle-même ni de la souf-
france qui l’accompagne, mais des dons de
Dieu à l’occasion de celles-ci. L’homme, pour
bénéficier de ces dons, doit avoir l’attitude
adéquate, se tourner vers Dieu, s’ouvrir à Sa
grâce. La maladie est donc une sorte
d’épreuve, car elle place l’homme dans la
situation de Job : il est tenté de maudire Dieu
ou du moins de se séparer de Lui, en se re-
pliant sur lui-même dans une attitude
d’orgueil. Mais l’alternative est que l’homme
peut ressortir victorieux de cette épreuve, en
ne se laissant pas dominer et abattre par la
maladie. Au contraire, il doit s’efforcer de
conserver une attitude de vigilance, dans
132

l’attente du secours divin. Le malade doit


donc se garder de se décourager à cause de
la faiblesse qui résulte de son état maladif et
ne pas le considérer comme un handicap au
combat spirituel mais au contraire comme un
avantage, car, comme l’enseigne St Paul :
« C’est dans la faiblesse que Dieu manifeste
le plus Sa force » 2 Co 12,9.

Ensuite, ne jamais oublier de se laisser con-


duire par Dieu, dans l’oraison. La prière est
essentielle. Elle est une aide au plus fort de
la maladie elle-même. C’est par la prière que
l’homme s’unit à Dieu et reçoit de Lui toute
force et tout bien. Elle devrait donc être
l’activité principale du malade, enseigne St
Dorothée de Gaza. Dieu répond toujours à
l’appel qui Lui est ainsi lancé, mais ce qu’Il
donne à l’homme est ce qui est pour lui le
meilleur spirituellement. Le retour à la santé
peut être un bien. Parfois, cependant, la con-
133

tinuation de la maladie offre l’occasion provi-


dentielle de recevoir un bien supérieur.

En toute circonstance de la maladie tout


comme de la souffrance, patience et action
de grâce doivent occuper la place principale :
« Dieu n’exige du malade que l’action de
grâce et l’endurance » C’est bien par ces
deux dispositions de l’âme que la maladie
peut devenir l’une des formes les plus éle-
vées de l’ascèse. Certains parmi les mortels,
par cette voie d’épreuve, sont devenus
saints. « Respectons la maladie
qu’accompagne la sainteté et rendons hom-
mage à ceux que leurs souffrances ont
acheminés à la victoire : peut-être que parmi
eux se cache un nouveau Job »
134
135

4 Chrétien face la souffrance


Ce parcours à la fois biblique, historique et
patristique nous mène à la situation du chré-
tien face à la souffrance et à la maladie.
Toutes les maladies sont causes de souf-
france, physique et psychique. Elle plonge
généralement l’homme dans une situation
inaccoutumée où il doit affronter douleur,
inquiétude, découragement, désespoir. C’est
le lot de tout homme. Le chrétien semblerait
« outillé » par sa religion, sa foi, pour faire
face. Pourtant nombre d’entre eux, chrétiens,
se trouvent plus que déstabilisés, se pensant
préservés par leur foi même, ce qui bien sûr
n’est pas le cas. D’où des incompréhensions
sur la nature même de Dieu et Sa capacité
d’être Dieu ! S’il en est ainsi, quel intérêt
d’être juste et croyant ! « Qu’est-ce que j’ai
fait pour mériter ça ? Pourquoi moi ? Où est-
Il ton Dieu ? Et concrètement, que faire face
136

à la souffrance ? L’idée d’un Dieu d’amour


est-elle compatible avec le mal et la souf-
france dans le monde ? Comment un Dieu
d’amour tout puissant peut-Il permettre tant
de souffrance et de mal dans le monde ? »
Autant de questions existentielles aux-
quelles le monde ne sait répondre. Ne
reste plus que l’Église qui puisse tenter
une ébauche de réponse Chrétiens et non
croyants doivent faire face à ces questions.
Cependant le problème du mal n’a pas de
réponse simple. Il faut creuser profondément
et pour nous chrétiens c’est en contemplant
le Christ sur Sa Croix.

La liberté dans l’univers…


Tandis que nous essayons de cerner le pro-
blème du mal, reconnaissons que l’homme
en est très souvent la cause. Ce sont les
hommes et non pas Dieu, qui assassinent,
137

torturent, persécutent et violent. À cause de


leur libre-arbitre, ils peuvent accomplir des
choses terribles et immorales. Leur libre-
arbitre est essentiel. Ils devront en rendre
compte à Dieu. Pour que nous puissions véri-
tablement aimer Dieu, nous devons être
libres de choisir ou de rejeter cet amour. Si
Dieu interdisait toute forme de mal dans le
monde, nous ne serions plus libres et en ca-
pacité d’aimer Dieu volontairement. Dieu ne
peut pas en même temps nous donner la
liberté et nous empêcher de commettre le
mal.1

Oui, il est plus difficile à l’homme de com-


prendre pourquoi un Dieu d’amour permet
catastrophes naturelles et maladies. Il n’en
est pas la cause. Il nous a crées libres et Il
nous laisse faire tout comme Il laisse faire
également les forces de la nature. Par contre
Il est à notre côté pour combattre le mal qui
138

nous assaille. Autrement dit : « Les méca-


nismesi43 que Dieu a utilisés pour créer
l’homme –comme les mutations d’un gène
pendant la duplication d’une cellule— peu-
vent aussi produire de la souffrance— si ces
mutations produisent un cancer. » Ainsi, les
mêmes forces qui produisent la vie sur cette
planète, y compris les lois de la physique, de
la chimie, du climat et de la tectonique des
plaques, peuvent aussi produire des catas-
trophes. Comme avec le libre-arbitre de
l’homme, Dieu ne peut pas intervenir dans
ces domaines sans modifier la liberté inhé-
rente de Sa création et interrompre les pro-
cessus qui gouvernent toute la matière et
l’énergie dans l’univers. Sans cette uniformité
des lois naturelles, la science serait impos-
sible et les choix moraux seraient biaisés. Si

43
1. Francis Collins, The Language of God (New York, NY: Free
Press, 2006), 45.
139

Dieu bloquait toutes les conséquences des


choix moraux humains, comme commettre
un meurtre, et les évènements naturels,
comme les tsunamis, la responsabilité mo-
rale disparaîtrait et le monde naturel devien-
drait incohérent.

Bien que l’existence du mal soit un défi à


l’existence d’un Dieu d’amour, les plaintes à
propos de l’injustice de la souffrance peuvent
aussi être interprétées comme des preuves
de l’existence de Dieu. S’il n’existe aucune
référence extérieure au monde en terme de
moralité, quel est le fondement de telles re-
vendications ? Pourquoi pouvons-nous dire
que c’est mal de torturer les enfants ?

Dieu demeure un mystère pour


l’homme…
S’il y a une chose qui échappe à l’homme,
c’est de comprendre Dieu et Ses méca-
140

nismes de fonctionnement, justement parce


que Dieu demeure Dieu, égal à Lui-même,
Dieu. C’est du reste pourquoi, l’une des ré-
ponses universellement admise au problème
du mal est ambivalente en ceci que les des-
seins de Dieu sont insondables, Ses voies ne
sont pas les nôtres. Dieu est plus grand que
nous. Ses objectifs peuvent être très diffé-
rents des nôtres. Même si nous ne compre-
nons pas la raison de notre souffrance, il est
bien possible qu’un Dieu si sage et si puis-
sant dans Sa créativité ait des raisons de la
permettre, au delà de notre compréhension.
Admettons qu’il y ait des choses qui nous
dépassent. Cependant en tant que chrétiens
nous avons un modèle à suivre.
141

Le Christ, modèle d’imitation pour


les chrétiens: d’un Dieu qui souffre
Nous, chrétiens, avons une source puis-
sante, un modèle remarquable face à la souf-
france et au mal : notre Dieu s’est fait homme
et a souffert comme nous dans la personne
historique de Jésus. Jésus était pleinement
homme et Il a expérimenté la mort physique.
Cette souffrance physique n’a été qu’une
partie de Sa souffrance totale. La plus
grande agonie de Jésus a été la perte tempo-
raire de relation avec Son Père sur la Croix.
Ceci est évident lorsqu’Il crie Ses dernières
paroles : « Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi
m’as-Tu abandonné ? » 10 Matthieu 27:46,
Marc 15:34.

Jésus a subi cette souffrance par amour pour


l’humanité et obéissance à Dieu, sachant que
cette mort terrible pouvait permettre notre
142

restauration avec Dieu. Keller l’exprime ainsi


: « Le christianisme est la seule religion à
affirmer que Dieu s’est fait pleinement
homme en Jésus Christ et qu’Il a donc expé-
rimenté le désespoir, le rejet, la solitude, la
pauvreté, le deuil, la torture et
l’emprisonnement. Sur la Croix, Il a expéri-
menté les pires souffrances humaines, le
rejet et la douleur qui dépassent la nôtre au-
tant que Sa puissance infinie dépasse la
nôtre. Dans Sa mort, Dieu a souffert par
amour, s’identifiant avec L’abandonné et Le
rejeté par Dieu.»44

« Nous ne pouvons pas expliquer totalement


le mal, mais nous ne pouvons pas affirmer
qu’il prouve que Dieu ne nous aime pas. En
Jésus, Dieu a souffert, et nous pouvons trou-

44
2. [Link], The Reason for God, 29-30.
143

ver le repos et être assuré que Dieu partage


nos peines et connaît nos souffrances »45.

L’espérance chrétienne conduit à la


restauration finale
La religion chrétienne ne nous donne pas
seulement un modèle à imiter, elle nous offre
aussi une espérance. Nous, chrétiens,
croyons fermement que Dieu a vaincu la mort
par La mort et La résurrection de Son Fils
unique d’entre les morts. La résurrection de
Jésus conforte notre espoir ultime de la res-
tauration finale, lorsque nous serons avec
Dieu pour l’éternité. Cette espérance illumine
nos souffrances et les agonies apparemment
sans signification de notre existence. Un jour,
Dieu rétablira toutes choses dans la vérité.
Comme C.S. Lewis l’écrit : « Dans le paradis,
nos agonies seront oubliées et changées en
45
Ibid
144

gloire. »46 Cette transformation est la réponse


ultime au problème du mal. Fyodor Dos-
toïevski de poursuivre en disant : « Je crois
comme un enfant que la souffrance sera gué-
rie et compensée, que toute l’absurdité humi-
liante des contradictions humaines
s’évanouira comme un mirage misérable,
comme la fabrication méprisable de l’esprit
humain euclidien infiniment petit et impotent,
et qu’au moment final de l’harmonie éter-
nelle, quelque chose de si précieux se pro-
duira que cela suffira pour tous les cœurs,
pour le réconfort de tous les ressentiments…
» 47

46
Fyodor Dostoïevski écrit dans The Brothers Karamazov:
47
3. Fyodor Dostoïevski, The Brothers Karamazov, Chapter 34.
Quoted in Timothy Keller, The Reason for God (New York, NY:
Dutton, 2008), 33.
Job
145

5 Conclusion
Nous voici arrivés à la conclusion de cette
petite réflexion sur la souffrance pour le seul
besoin d’une ébauche de réponse pastorale
aux fidèles que cette question interpelle, ta-
raude, tourmente, même… Ce qu’il nous faut
principalement retenir est que Dieu n’est pas
à la source du mal, des maladies, des catas-
trophes et tous autres maux. Dieu ne punit
pas l’homme par les malheurs qu’il subit. Voi-
là pourquoi je vous propose, pour conclure,
le témoignage d’un moine, Pierre Gabriel
o.s.b, qui s’est lui-même posé ces questions
face à la maladie et face à Dieu.

La maladie et ma relation à Dieu…


« Même si ma relation à Dieu avait déjà été
éprouvée par des amis scientifiques qui
m’interpellaient volontiers sur des questions
146

relatives à la mort et à la vie, je sentais que


beaucoup de questions restaient en jachère
et qu’il me faudrait bien toute une vie pour y
répondre. Heureusement, ma formation anté-
rieure de photographe m’avait toujours per-
mis de rencontrer la réalité et l’autre avec un
regard vivant et jamais théorique ou figé. Du-
rant mes premières années de formation et
de vie monastique, je ne m’étais jamais posé
existentiellement la question de la maladie et
de la souffrance, celle-ci est venue me sur-
prendre alors que j’étais en plein dans le feu
de mon existence et de différentes respon-
sabilités. Plus vite que je ne l’aurais pensé,
elle est venue interroger ma vie, ma relation
avec Dieu, sans jamais vraiment remettre
celle-ci en question. Au contraire, j’étais con-
vaincu que mon chemin de souffrance n’était
pas voulu par Dieu, mais que Dieu
m’accompagnerait pour le vivre. Dès mon
entrée et par ma formation, j’avais pas mal
147

d’idées sur Dieu et la photographie m’avait


déjà permis de vivre une expérience avec Lui
par la rencontre des autres. Si j’avais des
réponses au plus intime de moi qui ont déci-
dé assez vite de mon entrée au monastère,
j’avais néanmoins aussi beaucoup de ques-
tions qui ne m’ont jamais découragé, mais
maintenu en marche.

Au travers de la maladie, quelle rela-


tion Dieu a-t-Il avec moi ?
Dieu désire mon bonheur. Au monastère,
assez vite, je me suis plongé dans les Écri-
tures, non pas tant pour les étudier que pour
me laisser interroger par Dieu au cœur de
ma vie. Et par la lectio divina, j’ai vu que je
n’étais pas seul à avoir été interpellé par
Dieu dans ma vie. Quand on rencontre Job,
Jérémie, Moïse et les autres, on découvre
vite que tous se sont retrouvés à devoir
148

mettre des mots sur leur rencontre avec


Dieu, et leur chemin n’a pas éludé leurs
questions, leurs doutes, leur révoltes aussi.
Assez rapidement, au monastère, j’ai eu la
chance de rencontrer le monde de l’Arche de
Jean Vanier. Avec eux, c’était la première
fois que j’approchais des personnes avec
des handicaps et donc d’une certaine ma-
nière, le monde de la souffrance, peut-être
pas celle liée directement à leur handicap
apparent, mais une souffrance plus profonde,
plus sociale (beaucoup étaient abandonnées
par leur famille). Avec le temps, ces per-
sonnes m’ont permis de rencontrer leurs
grandes richesses spirituelles, liées à leur
rencontre et leur goût de Dieu. Très vite, j’ai
été renvoyé à moi-même, à mon être et à ma
recherche de Dieu. La grande question qui
ne m’a jamais quitté fut de me demander : et
moi, quelle relation avais-je avec Dieu ?
149

Et Dieu, quelle relation a-t-Il avec


moi ?
En lisant les Évangiles, on remarque que
Jésus n’a pas fait grand chose dans Sa vie
en dehors d’avoir libéré les personnes et de
s’être libéré Lui-même dans Sa relation avec
Son Père : Il a ouvert la bouche de celui qui
ne savait pas parler, ouvert les yeux de
l’aveugle, les oreilles du sourd, redressé le
boiteux etc. Il me laisse libre d’être qui je
suis, et même, Il veut promouvoir mon être :
faire en sorte que je devienne plus libre et
plus moi-même. Il désire mon bonheur. Jé-
sus n’a jamais donné une réponse ou une
définition de la souffrance, Il a chaque fois
rejoint le plus pauvre et, celui qui Lui posait
une question, Il le renvoyait à lui-même en lui
proposant de Le suivre. Quand un jeune veut
entrer au monastère, Benoît demande de
vérifier s’il cherche vraiment Dieu. Et très
150

vite, on se rend compte que c’est Dieu qui


nous cherche et veut nous rejoindre.

Dieu ouvre la souffrance…


Pour revenir à la souffrance, je crois qu’on
peut aussi faire une distinction entre souf-
france et douleur. Quand vous avez mal aux
dents, rien ne se voit ; il y a quelques an-
nées, j’ai eu de très grandes douleurs trijumi-
nales et j’ai découvert un autre rapport à la
solitude. Je me suis rendu compte que si on
pouvait parler de la souffrance (je peux en
effet vous parler de ma sclérose en plaques),
par contre, la douleur isole plus particulière-
ment celui ou celle qui la vit car il ne peut pas
la partager et la faire comprendre à qui-
conque. On est bien désemparé devant la
douleur de quelqu’un. Je sais que des philo-
sophes ou des psychologues ont d’autres
151

avis sur la différence entre ces deux réalités,


je vous partage le mien.

Avec le temps, je découvre que la souf-


france, même si je peux davantage la mettre
en dialogue (sans nécessairement la com-
prendre), peut aussi m’isoler très fort. Car
elle reste un mystère pour moi ou celui qui la
vit et a fortiori pour l’autre. Le dialogue avec
un proche est très important. Je crois que
Dieu, par Son Fils, vient ouvrir la souffrance.
Comme telle, elle n’a pas de sens et reste
absurde, mais je peux lui donner un sens, je
crois que parce qu’Il a été jusqu’au bout, qu’Il
a souffert et en est mort, mais qu’Il est res-
suscité, le Christ me donne une espérance ;
je veux croire que la vie ne s’arrête pas avec
la mort. Et puis non seulement la souffrance
et la mort, l’ambiguïté aussi de la sensation,
et c’est toute la culture psychosomatique qu’il
faudrait évoquer là : le propos est rendu
152

énigmatique du fait que la douleur est con-


nue comme une manifestation classique des
difficultés psychologiques. Dans ce domaine
l’expression la plus redoutable est à
l’évidence celle de "douleur morale" que les
psychiatres attribuent aux déprimés. Chacun
a fait l’expérience de ces sensations de dé-
tresse où le tourment psychologique en-
gendre en effet ce poids, cette constriction,
qui ne peuvent guère se décrire qu’en termes
douloureux.

D’autre part la douleur est ressentie dans le


cerveau, dans l’organe de la pensée et du
sentiment, ce qui fait que les notions se trou-
vent fonctionnellement mêlées et indiscer-
nables dès lors qu’on s’y essaie avec un peu
de précision (Conférence inédite pour les
soins palliatifs de M. Cavey, gériatre, 2005).

Et en philosophie : "Jusqu’ici, j’ai évité de


distinguer douleur et souffrance. Or le plus
153

souvent, ces deux concepts sont confondus


à tort. En réalité, ils sont bien différents, la
douleur étant plus ponctuelle et temporelle-
ment limitée, la souffrance plus diffuse et
durable. À la limite, si la douleur peut parfois
être identifiée à la souffrance, la souffrance
ne se réduit pas à la douleur, mais
l’excède…" ([Link], La Proximi-
té et la question de la souffrance humaine,
édit. Ousia, coll. Ébauches, p.141, 2005).

Je crois que Dieu ne cesse de m’ouvrir pour


regarder au-delà de la souffrance… La ren-
contre avec la maladie n’est pas au centre de
ma vie. Ainsi, Dieu me donne de regarder
l’autre sans le réduire à sa maladie, à ses
handicaps. Et cela me permet de ne pas
mettre la rencontre avec la maladie au centre
de ma vie. Évidemment, elle conditionne
beaucoup ma relation avec moi-même, avec
les autres et avec Dieu, mais elle n’est ja-
154

mais le centre de mes préoccupations.


Comment laisser l’autre libre ? Comment
promouvoir ou développer la liberté de celui
qui est en face de moi ? Comment l’aider à
devenir lui-même et à goûter le bonheur ?
N’est-ce pas cela aimer ? Personnellement,
je crois que la souffrance m’apprend à aimer.
Elle a encore beaucoup à m’apprendre… Je
crois qu’elle m’apprend à m’ouvrir et à accep-
ter que l’autre m’enrichisse de sa différence.
On le voit dans nos pays pour les malades,
les étrangers, les handicapés : parce qu’on
ne les connaît pas, on a peur et, comme on a
peur, on les exclut. Je dois donc apprendre à
me connaître pour m’aimer. Il y a peu, je di-
sais à ma kiné que j’avais quand même fait
tout un chemin grâce à la maladie. Je ne
souhaite ce chemin à personne, mais c’est le
mien et je suis heureux de tout ce qu’il me
fait découvrir. Oui, ce chemin, même éprou-
vant, est une grâce… »
155

Ce témoignage de Pierre Gabriel (moine)


nous montre à suffisance que dans la souf-
france, il y a un caractère d’épreuve,
d’éducation, qui permet à l’homme de gran-
dir, de se convertir : « C’est pour mon bien
que j’ai souffert, ainsi, ai-je appris tes com-
mandements». Psaume 118, 71. Il faut ac-
cueillir la lumière de cette révélation : la souf-
france est vaincue par l’amour.

Comme l’a si bien noté plus haut Keller dans


Reason for God 1: « Le christianisme est la
seule religion à affirmer que Dieu s’est fait
pleinement homme en Jésus Christ et qu’Il a
donc expérimenté le désespoir, le rejet, la
solitude, la pauvreté, le deuil, la torture et
l’emprisonnement. Sur la Croix, Il a expéri-
menté les pires souffrances humaines, le
rejet et la douleur qui dépasse la nôtre autant
que Sa puissance infinie dépasse la nôtre.
Dans Sa mort, Dieu a souffert par amour,
156

s’identifiant avec l’abandonné et le rejeté par


Dieu… » Ainsi donc, au nom de cet amour,
la souffrance ne peut en aucun cas
s’expliquer sans passer par la Croix, la mort
et la Résurrection du Seigneur Jésus-Christ.
Car Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné
Son Fils unique pour que nous ayons la vie
éternelle. Le Christ nous sauve de la mort, de
la séparation définitive d’avec Dieu. Nous
sommes sauvés de la damnation par la pas-
sion de Jésus, pour un bonheur qui ne finit
pas.

Le mal est la conséquence du péché des


origines ; Dieu n’a pas créé le mal. C’est par
le démon qu’il est entré dans le monde. Jé-
sus, par Sa prédication, Sa mort, efface de
l’homme la domination du péché afin qu’il ait
la vie éternelle là où la souffrance n’existe
pas. Je suis encore sujet au péché mais j’ai
la certitude d’être sauvé.
157

Le Christ a guéri les malades, soulagé les


affligés, pris sur Lui cette souffrance. Jésus
va au devant de Sa passion, volontairement
pour nous révéler Son amour, conscient de
sa force de salut. À travers Ses souffrances Il
nous révèle Son amour pour le Père et pour
nous-mêmes. Jésus mène la lutte intérieure
et le combat d’une souffrance, dans Sa na-
ture humaine, avec la volonté, dans Sa na-
ture divine, pour la vérité de l’amour jusqu’au
bout.

Au Golgotha, le Christ expérimente cette


douleur d’être séparé de Dieu : « Mon Père,
pourquoi m’as-Tu abandonné ? » et puis
celle de la descente aux enfers où Il mesure
tout le mal contenu dans le péché. La souf-
france humaine atteint son paroxysme dans
la passion du Christ qui donne Sa vie par
amour, souffrance qui exprime l’amour du
Père pour nous. Toute souffrance humaine
158

trouve alors un sens et une portée renouve-


lée dans la passion, la mort et la Résurrec-
tion du Christ. L’homme découvre alors en la
passion du christ ses propres souffrances
enrichies d’une signification nouvelle. Ainsi,
la souffrance devient principe pour connaître
Dieu et les hommes. Ainsi le croyant sait
qu’en Dieu il n’y aura plus de souffrances.
Dieu se révèle comme Le ressuscité dans
nos vies et ensuite nous invite à communier
à Ses souffrances.

Jésus nous invite à un chemin pascal : pas-


ser des souffrances à la résurrection (cf les
apôtres) : ils témoignent, ils sont persécutés,
ils sont heureux de communier aux souf-
frances de Jésus. Être disciple, c’est suivre
Jésus dans la souffrance.

« Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il


prenne sa Croix et Me suive. » Si je persé-
vère dans l’épreuve, mon amour pour Jésus
159

grandit. La gloire, l’élévation sont concomi-


tantes avec la Croix. Il s’agit de faire preuve
de Foi dans le Christ auquel nous sommes
unis. Le don d’amour de Jésus tend à com-
pléter dans l’homme le même don d’amour ;
dans la passion Jésus se présente blessé (cf
dévotion au Cœur Sacré de Jésus) : « Voici
le cœur qui a tant aimé les hommes et qui ne
reçoit qu’ingratitude. »1 C’est ça l’espérance
chrétienne dans l’encyclique de Benoît XVI.

Convaincu de l’amour du Christ pour nous,


qui a tant aimé le monde qu’Il est descendu
de Son piédestal pour venir nous sauver de
la souffrance et nous ouvrir à la vie éternelle,
nous devrions ne plus avoir peur et ne plus
condamner Dieu d’être la cause de nos souf-
frances et de nos malheurs. Nous devrions
plutôt Le prendre comme notre proto-allié
pour combattre le mal et la souffrance qui
nous assaillent. Cependant voir en Lui le su-
160

jet de tout le malheur humain serait faire


fausse route et nous condamner nous-
mêmes à nos propres malheurs.

Beaucoup se posent la question et souvent


se révoltent : la souffrance a-t-elle un sens ?
Pour tenter d’apporter un peu de lumière sur
cette question difficile, nous avons décidé de
nous jeter à l’eau et tenter une espèce
d’enquête pour pouvoir éclairer nos propres
lanternes et celles des autres qui se posent
ces mêmes questions.

Pour le Chrétien, la souffrance est souvent le


lieu du combat ! Combat aux idoles actuelles
qui exigent une santé d’efficacité. « Idoles qui
réduisent en esclavage, promettant le bon-
heur sans le donner », comme l’a affirmé le
pape François lors de ses Audiences du
Mercredi 1er Août 2024. En soulignant que
l’idolâtrie est une « Tendance humaine qui
n’épargne ni les croyants ni les athées », le
161

pape a dénoncé les idoles qui « Promettent


la vie, mais en réalité la prennent. » alors que
« Le vrai Dieu ne demande pas la vie mais la
donne, l’offre. Le vrai Dieu n’offre pas une
projection de notre succès, mais il enseigne
à aimer. »
162

L’auteur
Florentin PALANGI Mopela est prêtre du
diocèse de Dungu-Doruma en Répu-
blique Démocratique du Congo. Ordon-
né prêtre à 1993, il est licencié en théo-
logie dogmatique. Il exerça son minis-
tère sacerdotal comme vicaire et curé
de paroisse, professeur de théologie et
pro vice-recteur au Grand Séminaire de
Bunia, et pendant de nombreuses an-
nées aux études de troisième cycle en
Belgique et à Paris. Depuis 2015 il est
prêtre en mission Fidei donum en
France, au diocèse de Meaux, prêtre-
référent de Claye-Souilly puis vicaire au
Pôle Missionnaire de Melun jusqu’en
Août 2025. Il participe activement à la
vie paroissiale et a publié plusieurs ou-
vrages sur les caractères dans la vie des
paroisses et la vie communautaire.
163

Bouleversé par la souffrance de ses


frères et sœurs, taraudé par ces mala-
dies qu’affrontent ses ouailles, partant
de son expérience personnelle à
l’Aumônerie Catholique de l’Hôpital Gé-
néral de Namur, dans les Sanctuaires
Sainte Rita consacrés à la prière pour les
causes désespérées et à la Chapelle de
Montligeon consacrée à la prière perpé-
tuelle pour les défunts, il a décidé de
proposer cette réflexion sur la souf-
france comme un balbutiement de ré-
ponse aux questions récurrentes des
catholiques sur ses causes, son sens, ses
raisons…

Et cette autre question si prégnante :


« Et Dieu dans tout ça ? Où est-il ce Dieu
des Psaume ? »...
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SE LAISSER réconcilier
AVEC LA SOUFFRANCE
SOUFFRANCE… …
Un chemin d’espérance
Père Florentin PALANGI MOPELA
Le Père Florentin prend le temps de méditer sur la
souffrance physique, morale et spirituelle qui at- a
teint les humains dans leur quotidien en rapport
avec le mal. Fourmillant de citations tirées du pa-p
trimoine
rimoine de la littérature biblique et de la tradition
spirituelle, son analyse lumineuse et profonde
peut nous éclairer. Elle nous aide à ne jamais dis-
di
socier la souffrance de notre être et à comprendre
que, plutôt que de nous pourrir la vie, elle nous
l’enseigne
seigne aussi… la vie. Que si nous voulons
comprendre notre souffrance, il nous faut regarder
le Christ en Croix, symbole de l’l’Amour
mour de Dieu
pour l’humanité TOUTE ENTIÈRE
ENTIÈRE...

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