Dans les relations contractuelles, notamment dans le domaine bancaire et commercial, le
créancier cherche à se prémunir contre le risque d’impayé. Pour cela, il peut exiger une
garantie. Ce mécanisme, simple en apparence recouvre en réalité des formes variées
avec des effets juridiques très différents selon le type d’engagement souscrit. Autrement
dit, Dans le cadre d’un contrat, il n’est pas rare que le créancier exige une garantie
bancaire afin d’assurer le paiement de la dette contractée ; Selon la nature de
l’engagement, les droits du créancier et la protection de la caution peuvent
considérablement varier. C’est sans doute dans ce sens que semble s’inscrit notre sujet à
savoir : «Les différentes types de cautions».
Par définition, la caution en droit bancaire constitue une garantie, un prêt de signature
de la part d’une banque qui équivaut à une promesse de payer à la place de son client
défaillant, soit à une certaine échéance, soit dans certaines circonstances bien précisées
dans le contrat. Il s’agit d’un engagement accessoire, car il ne peut exister
indépendamment de l’obligation principale.
Les types de cautions telles que la caution maritime, la caution professionnelle, caution
mutuelle, immobilière…etc , ne seront pas abordées dans le cadre de ce travail. Bien
qu’elles interviennent dans divers contextes contractuels, elles sont volontairement
exclues de l’analyse. L’étude de ce sujet se concentrera uniquement sur les modalités de
cautionnement (simple, solidaire) qui existent aussi bien en droit bancaire qu’en sûretés,
ainsi que les cautions de marchés et les cautions douanières,
Des lors, la question centrale qui se pose est de savoir : Quels sont les différents types
de cautions ?
L'étude de ce sujet présente un intérêt pratique dans la mesure où il nous renseigne que
la caution est importante car elle offre une sécurité financière et réduit les risques des
associés aux transactions et aux contrats, ce qui peut contribuer à prévenir les litiges et
les conflits entre les parties. Elle facilite également l'accès au crédit bancaire et renforce la
confiance entre les parties impliquées, jouant ainsi un rôle clé dans la stabilité et la
sécurité des échanges économiques.
La caution joue un rôle essentiel dans la sécurisation des relations bancaires et
juridiques en garantissant le paiement ou l’exécution des obligations d’un débiteur par une
tierce partie, comme une banque. Cet engagement, qui peut prendre des formes variées
selon la nature de l’obligation, est particulièrement important dans des contextes où les
risques d’impayés ou de non-exécution sont élevés, comme dans les marchés publics ou
les opérations douanières. Pour mieux comprendre ce mécanisme, il est nécessaire
d’analyser d’abord les cautions selon l’origine de leur engagement (I), avant d’examiner
les cautions selon leurs finalités dans la pratique bancaire (II).
I) Les cautions selon l’origine de l’engagement
Ce sont généralement les types de cautionnements qu’on rencontre en sûretés. Il s’agit du
cautionnement simple (A) et du cautionnement solidaire (B).
A) Le cautionnement simple
Le cautionnement simple est une sûreté personnelle par laquelle une banque s’engage à
garantir le paiement d’une obligation contractée par un tiers, généralement un client ou
une entreprise, mais uniquement en cas de défaillance avérée du débiteur principal. Ce
mécanisme est régi par les articles 20 et 21 de l’Acte Uniforme OHADA portant
organisation des sûretés, qui s’applique dans tout l’espace UEMOA. Contrairement au
cautionnement solidaire ou à la garantie autonome, le cautionnement simple offre à la
banque des protections juridiques spécifiques, notamment le bénéfice de discussion, qui
impose au créancier de poursuivre d’abord le débiteur principal avant de se retourner
contre la caution, et le bénéfice de division, qui permet à la banque de limiter son
engagement à sa part lorsqu’il existe plusieurs cautions.
Dans la pratique bancaire, ce type de cautionnement est moins fréquent que les
garanties autonomes, car il expose la banque à un risque différé et dépendant du
comportement du débiteur. Toutefois, il est utilisé dans des contextes particuliers,
notamment lorsque la banque bénéficie d’une contre-garantie solide (hypothèque,
nantissement, fonds bloqués) ou lorsqu’elle souhaite accompagner un client stratégique
dans une opération commerciale ou financière. L’engagement doit impérativement
respecter les conditions de forme prévues par l’article 14 de l’AUS OHADA : il doit être
écrit, signé, et comporter la mention manuscrite de la somme garantie en lettres et en
chiffres.
La jurisprudence sénégalaise confirme la portée de ce mécanisme. Dans l’arrêt n°42 du
18 mai 2022, la Cour suprême du Sénégal a jugé que la Banque de l’Habitat du Sénégal
(BHS), engagée comme caution simple, ne pouvait être poursuivie directement sans
preuve que le créancier avait épuisé les recours contre le débiteur principal. La Cour a
ainsi réaffirmé le caractère subsidiaire de l’engagement de la caution simple et la
nécessité de respecter les garanties procédurales prévues par le droit OHADA.
Lorsqu’une banque se porte caution simple dans le cadre d’un contrat de crédit ou d’une
opération garantie, son engagement est encadré par l’Acte Uniforme OHADA sur les
sûretés Ce régime repose sur deux garanties fondamentales : le bénéfice de discussion et
le bénéfice de division, qui protègent la banque contre une exécution immédiate et totale
de l’engagement. Le bénéfice de discussion lui permet de différer le paiement en exigeant
que le créancier poursuive d’abord le débiteur principal, sous condition qu’elle indique les
biens saisissables appartenant à ce dernier. Le bénéfice de division, quant à lui, est
mobilisable lorsque plusieurs cautions simples sont en jeu ; il permet à la banque de
limiter sa responsabilité à sa part virile, à condition d’en faire expressément usage dès
l’ouverture du litige. Si la banque est contrainte de payer en dépit de ces protections, elle
dispose ensuite d’un recours personnel pour demander le remboursement intégral au
débiteur, ainsi que d’une subrogation légale qui lui ouvre droit aux sûretés attachées à la
créance initiale.
Ces mécanismes traduisent une volonté du législateur OHADA de concilier la sécurité
juridique du créancier et la rationalité économique de l’engagement bancaire.
Passons à présent au cautionnement solidaire.
B) Le cautionnement solidaire
Le cautionnement solidaire est une forme renforcée de garantie dans laquelle la caution
s’engage à satisfaire à l’obligation du débiteur comme si elle était elle-même le débiteur
principal. Cette solidarité, qui doit obligatoirement être stipulée de manière claire et
expresse, supprime plusieurs protections légales normalement accordées à une caution
simple. En effet, l’article 30 de l’Acte uniforme OHADA sur les sûretés dispose que « la
solidarité de la caution avec le débiteur principal ne se présume pas ; elle doit être
expressément stipulée ». Cette précision est fondamentale : à défaut de mention claire
dans l’acte de caution, la solidarité ne sera pas retenue. Lorsque la solidarité est
convenue, la caution solidaire ne peut pas invoquer le bénéfice de discussion prévu à
l’article 29, qui dispose que « lorsque le cautionnement est simple, la caution peut exiger
que le créancier poursuive d’abord le débiteur principal, sauf renonciation expresse à ce
bénéfice ». Elle ne peut pas non plus invoquer le bénéfice de division prévu à l’article 31,
selon lequel « lorsque plusieurs personnes se sont rendues cautions pour la même dette,
chacune d’elles n’est tenue que pour sa part, à moins qu’il n’y ait solidarité ». Ainsi, si
plusieurs cautions sont solidaires, chacune peut être tenue pour la totalité de la dette.
Dans les pratiques bancaires, le cautionnement solidaire est particulièrement répandu. Il
permet aux banques, lorsqu’elles accordent un crédit, d’exiger une garantie personnelle
plus sûre, en demandant à un tiers souvent un associé ou un chef d’entreprise de se
porter caution solidaire. Par exemple, lorsqu’une entreprise contracte un prêt bancaire,
son dirigeant peut être amené à signer un acte de caution solidaire. En cas de défaillance
de l’entreprise, la banque pourra se retourner directement contre le dirigeant, sans avoir à
prouver l’insolvabilité de la société. Ce mécanisme permet à l’établissement financier de
sécuriser ses créances, surtout lorsque le débiteur principal présente un profil à risque. Il
constitue donc un outil de confiance, un crédit par signature, qui ne nécessite pas
d’avance de fonds immédiate mais donne à la banque un engagement juridiquement
solide.
Toutefois, cette garantie est à double tranchant : elle facilite l’accès au financement pour le
débiteur, mais transfère un risque juridique et financier considérable sur la caution. Cette
dernière peut engager une action de recours subrogatoire contre le débiteur pour être
remboursée, mais cela suppose qu’elle ait déjà payé la dette et que le débiteur soit
solvable.
Ainsi, dans le cadre bancaire, le cautionnement solidaire est un instrument de confiance,
mais il nécessite prudence et lucidité de la part de celui qui accepte de s’y engager.
En résumé, le cautionnement solidaire est un outil juridique puissant qui renforce la
position du créancier mais qui impose à la banque caution une vigilance accrue. Il incarne
également la volonté d’un engagement fort, où la banque assume une responsabilité
presque équivalente à celle du débiteur, dans un cadre légal équilibré entre efficacité
économique et sécurité juridique.
Cependant, les cautions bancaires ne se trouvent pas uniquement dans le domaine des
garanties et de sûretés. Dans la pratique, on les retrouve également dans les travaux des
marchés publics, et dans le domaine douanier.
II) Les cautions selon leurs finalités dans la pratique
Le cautionnement bancaire peut être classé selon la fonction concrète qu’il remplit. Dans
la vie économique, certaines cautions sont liées à des domaines spécialisés comme les
marchés publics (A), ou dans le secteur douanier (B).
A) Les cautions intervenant dans le domaine des marchés publics
Dans le cadre de la commande publique, les administrations exigent des entreprises
soumissionnaires ou attributaires diverses formes de cautions bancaires afin de sécuriser
le processus contractuel. Ces cautions sont émises par des établissements bancaires
agréés. Parmi ces dernières on peut citer : la caution de soumission, la caution de
restitution d’acompte, la caution de bonne exécution et la caution de retenue de garantie.
Ces différentes cautions, peuvent être classées en deux catégories selon l’aspect
chronologique de leur intervention vis-à-vis de l’exécution des travaux des marchés
publics.
D’une part, il y a la caution de soumission et la caution de restitution d’acompte, qui
interviennent avant ou au moment de la conclusion du marché. Ainsi la caution de
soumission est une garantie financière fournie par un soumissionnaire pour prouver son
sérieux et son engagement à respecter les termes de son offre, notamment en cas
d’attribution du marché. Elle est prévue pour garantir le paiement dans le cas où le client
après avoir participé à l’appel d’offre, renoncerait par la suite à exécuter le contrat pour
lequel il a été choisi. Elle est prévue par l’article 114 du décret n°2022-2295 du 28
Décembre 2022 portant code des marchés publics au Sénégal. Son montant doit être
compris entre 1% et 3% de la valeur estimée du marché. Il y a ensuite la caution de
restitution d’acompte. Elle constitue une garantie financière qui assure au donneur d’ordre
(maître d’ouvrage) le remboursement des acomptes versés à l’entrepreneur (maître
d’œuvre) dans le cadre d’un marché, si ce dernier ne respecte pas ses obligations
contractuelles. En d’autres termes, elle protège le donneur d’ordre en cas de non-
exécution du marché ou de défaillance de l’entreprise. Ainsi, les avances et acomptes
versés à la signature du contrat puis au cours de la réalisation de la commande confortent
la trésorerie du vendeur. Ces acomptes, sont prévus par les articles 98 et 99 du décret
portant code des marchés publics.
D’autre part, il y a les cautions qui interviennent durant l’exécution d’un marché public,
ainsi qu’à sa fin. Ces cautions sont : la caution de bonne exécution et la caution de
retenue de garantie. La première caution qu’on étudiera, est celle de bonne exécution.
Une caution de bonne exécution, (également appelée caution définitive dans certains
textes ou pratiques) est un engagement financier pris par une banque en général, pour
garantir qu’une entreprise respectera les termes et conditions d’un contrat, notamment en
termes de délais et de qualité des travaux. Elle implique une garantie, que si l’entreprise
n’exécute pas le marché ou si le contrat est résilié, l’acompte pourra être intégralement
restitué. Dans un cas concret, lors de la réalisation du marché, l’entreprise retenue
adjudicataire peut éventuellement, pour une raison ou une autre, s’arrêter de travailler ou
commettre des malfaçons. Ce qui serait préjudiciable pour le maître de l’ouvrage, du point
financier mais dans les délais qui ont été impartis. Par conséquent, l’administration se
couvre contre ce risque en exigeant la remise d’une caution bancaire de bonne exécution
représentant généralement un pourcentage du marché.
La deuxième caution de cette phase est la caution de retenue de garantie. La caution de
retenue de garantie est un engagement par lequel un établissement financier (banque ou
assureur) se porte garant pour le compte d’une entreprise, en lieu et place de retenue de
garantie classique effectuée par le maître d’ouvrage. Ses modalités sont prévues le décret
portant code des marchés publics (articles 101, 118,119).
Donc, dans le cadre du marché public, certaines cautions comme la caution de
soumission et celle de restitution d’acompte se déroulent avant la concrétisation du
marché. Par contre, la caution de bonne exécution et celle de retenue de garantie entrent
jeu durant l’exécution des travaux des marchés publics, mais aussi à la fin de ces
derniers.
Intéressons-nous maintenant au cautionnement douanier.
B) Le cautionnement douanier
Les cautions douanières constituent tous les engagements accordés à l’administration
des douanes pour permettre le passage en douane des marchandises entrant dans le
territoire assujetti et pour lui garantir le paiement différé (crédit d’enlèvement et obligations
cautionnées) ou encore suspendu en attendant l’accomplissement des engagements s’y
rapportant des droits et taxes attachés normalement aux marchandises en question. On
peut principalement citer : le crédit d’enlèvement et les obligations cautionnées. Le crédit
d’enlèvement permet à une entreprise importatrice (qui procède à des importations très
fréquentes) d’enlever ses marchandises aussitôt après vérification et avant liquidation et
paiement des droits et taxes. Ainsi, pour bénéficier de ce régime, l’importateur doit
remettre une caution bancaire garantissant à la douane le paiement des droits et taxes
majoré d’intérêts et commissions. Il est prévu par l’article 102 du code des douanes
sénégalais. Sa durée est fixée par les services des douanes sur une durée allant du 01
janvier au 31 Décembre de chaque année. Concernant, l’obligation cautionnée, elle
permet à l’importateur de différer le règlement des droits et taxes dont il est redevable sur
une période bien déterminée. L’obligation cautionnée se présente sous la forme d’un billet
à ordre d’une durée égale à celle des crédits souscrit à l’ordre du receveur des douanes et
payable auprès du trésor. Ce billet est établi pour le montant des droits et taxes majoré
des intérêts. L’intervention de la banque qui se porte caution se matérialise par une
deuxième signature sur l’obligation cautionnée. L’échéancier des obligations doit être
surveillé.
Cependant la caution douanière, suit un processus pour son élaboration. En effet, le
cautionnement douanier implique généralement plusieurs étapes. D’abord l’étape de
l’identification du besoin, l’opérateur économique doit déterminer si un cautionnement
douanier est nécessaire pour faciliter ses opérations. Ensuite, il doit opérer un choix sur le
type de cautionnement, qui est le plus adapté à sa situation (cautionnement simple,
cautionnement de groupe, crédit d’enlèvement, etc.). Puis, il doit constituer un dossier. En
effet, le dossier de demande de cautionnement est constitué avec les documents requis,
tels que la déclaration en douane, la facture, les documents justificatifs et les références
de la banque. Cette étape est suivie par la soumission de la demande, qui est déposée
auprès de l’administration des douanes, accompagnée de la caution (ou de l’attestation de
garantie bancaire). Après avoir procéder à la soumission du dossier, c’est maintenant au
tour de l’administration douanière de procéder à l’instruction de ce dernier. De ce fait,
l’administration des douanes examine le dossier et vérifie la conformité des informations
fournies. Et enfin la dernière étape de ce processus, consiste à l’octroi de la caution. Si les
éléments du dossier sont suffisants, alors le dossier doit être normalement approuvé et
que la caution va être accordée, ce qui va permettre à l’opérateur de procéder aux
opérations douanières souhaitées.
Cependant, il est important de noter que le montant du cautionnement est généralement
proportionnel aux risques encourus par l’administration des douanes. Et que l’entreprise
qui bénéficient d’un cautionnement doivent respecter les conditions et les engagements
pris lors de la souscription. Et en cas de non-respect des engagements, l’administration
des douanes peut faire appel à la caution pour le recouvrement des droits et taxes
impayés.