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Architecture en Palestine au Bronze ancien

La thèse de Deborah Jane Sebag explore l'architecture en Palestine durant le Bronze ancien, en se concentrant sur les techniques de construction, les matériaux utilisés et les types architecturaux. Elle examine également l'impact de l'architecture sur la société, l'économie et les traditions culturelles de l'époque. Ce travail, soutenu par plusieurs institutions et experts, offre une analyse approfondie des structures domestiques et monumentales de cette période.

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Architecture en Palestine au Bronze ancien

La thèse de Deborah Jane Sebag explore l'architecture en Palestine durant le Bronze ancien, en se concentrant sur les techniques de construction, les matériaux utilisés et les types architecturaux. Elle examine également l'impact de l'architecture sur la société, l'économie et les traditions culturelles de l'époque. Ce travail, soutenu par plusieurs institutions et experts, offre une analyse approfondie des structures domestiques et monumentales de cette période.

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Recherches sur l’architecture en Palestine au Bronze

ancien
Deborah Jane Sebag

To cite this version:


Deborah Jane Sebag. Recherches sur l’architecture en Palestine au Bronze ancien. Archéologie et
Préhistoire. Université Panthéon-Sorbonne - Paris I, 2011. Français. �NNT : �. �tel-00781529�

HAL Id: tel-00781529


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Submitted on 5 Feb 2013

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abroad, or from public or private research centers. publics ou privés.
Université de Paris I : Panthéon-Sorbonne
UFR 03 – Art et Archéologie
UMR 7041 (Archéologies et Sciences de l’Antiquité)

Thèse de doctorat d’archéologie


Présentée et soutenue publiquement le 17 mars 2011
Par

Deborah SEBAG

Recherches sur l’architecture en Palestine


au Bronze ancien

volume 1 : Texte

Sous la direction de :
Pierre de Miroschedji (CNRS, Paris)

Jury :
Frank Braemer (Centre d’Études Préhistoire, Antiquité, Moyen Âge)
Catherine Breniquet (Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand II)
Pascal Butterlin (Université de Paris I)
Pierre de Miroschedji (CNRS, Paris)
Lorenzo Nigro (Università di Roma « La Sapienza »)
Jean-Paul Thalmann (Université de Paris I)
À mes parents



 

Je tiens tout d’abord à remercier Pierre de Miroschedji (CNRS, Paris) qui a suivi mes travaux
depuis mes premiers dossiers de licence jusqu’à la relecture de ce travail et dont les enseignements à
l’Université de Paris 1 m’ont fait choisir cette voie. Il serait vain de tenter d’établir une liste de tout ce
dont je lui suis redevable. Il m’a entre autre permis de participer à de nombreuses expériences
universitaires et archéologiques. C’est lui qui m’a confié ce sujet qui lui tient à cœur et qui prend tout son
sens après avoir participé aux campagnes de fouilles à la fois dans le Palais et dans les maisons de Tel
Yarmouth (Israël).

C’est également en suivant ses pas que j’ai été pensionnaire pendant un an (2005/2006) de
l’École biblique et archéologique française de Jérusalem au moyen d’une bourse allouée par l’Académie
des Inscriptions et des Belles Lettres. Les nombreux cours, excursions et voyages dispensés par l’École
ont enrichi ma connaissance des civilisations du Proche-Orient ancien. Je tiens également à remercier le
Père Jean-Baptiste Humbert pour ses nombreux conseils et la relecture de mon mémoire.

Grâce à des bourses de recherches du Centre de recherche français de Jérusalem alors dirigé par
P. de Miroschedji, j’ai pu prolonger mon séjour en Israël. Je tiens à remercier toute son équipe, qui fut
d’une aide et d’un soutien formidable, et notamment Lyse Baer, Marjolaine Barazani, Florence Heymann,
Eva Telkes-Klein. Mais aussi tous les boursiers auprès de qui j’ai tant appris comme Gaëlle, Caroline,
Pierre, Sylvain et Eléonore. J’ai aussi une pensée spéciale pour le Kenyon Institute, British School of
Archaeology in Jerusalem qui m’a hébergé et qui m’a apporté aussi beaucoup en termes de rencontres et
de moments exceptionnels. C’est également lors de mon séjour en Israël que j’ai pu rencontrer et
travailler avec l’équipe de S. Weiner de l’Institut Weizmann à Rehovot (Israël). Ils n’ont pas hésité à
m’expliquer toutes les procédures et le fonctionnement de leur Spectrogramme à Infrarouge et à me
confier tout leur appareillage pour que je réalise moi-même les expériences.
Je souhaite également remercier les archéologues de l’Office des Antiquités d’Israël E. Braun, E.
Eisenberg, A. Golani, H. Khalaili et I. Milevski qui ont toujours été disponibles pour répondre à mes
questions ou m’inviter à visiter leurs sites.

Je souhaite aussi exprimer toute ma gratitude à Franck Braemer pour ses nombreux conseils et
suggestions dont j’espère avoir été à la hauteur. J’ai aussi une pensée pour Serge Cleuziou qui fut au
départ mon directeur de thèse avant sa disparition.

Enfin, cette thèse ne serait rien sans mon passage de 2001 à 2004 à la revue Orient-Express,
Notes et nouvelles d’archéologie orientale. J’y ai appris énormément et pas seulement sur la publication
scientifique et l’organisation de « pots » scientifiques.

Une autre équipe de volontaires m’est particulièrement chère, celle des « yarmouthiens » et je
voudrais ici les remercier tous et notamment Martine, Estelle, Christian, Michaël, Guillaume, Rosemary,
Hélène, Frédéric, Olivier, Aurélie S., Violaine et Cathel.

Je tiens également à remercier tous mes amis, archéologues ou non, qui m’ont aidé, soutenue et à
l’occasion même relu comme Marie C., Aurélie J., Guilhem, Mélanie, Antoine, Saskia, Marianne,
Déborah E., Bérengère, Perle, Marie P., Claire, Marie-Pierre, Perrine, Babette, Fanny, Solenne.

Cependant, ma gratitude va surtout à ma famille, mes parents qui m’ont toujours soutenu et
encouragé dans cette voie archéologique, mais aussi à mon frère, ma sœur, ma tante Liliane et ma grand-
mère partie trop tôt.

2
 

Remerciements ....................................................................................................................................1
Sommaire ............................................................................................................................................3
Liste des abréviations .........................................................................................................................7
Liste des tableaux et schémas .............................................................................................................9

INTRODUCTION ....................................................................................................................................13
A. Architecture domestique et architecture monumentale ................................................................13
B. Cadres de l’étude..........................................................................................................................15
1. Géographie ............................................................................................................................................... 15
2. Chronologie.............................................................................................................................................. 19
C. La méthodologie...........................................................................................................................20
1. Problèmes rencontrés ............................................................................................................................... 21
2. Sources d’informations complémentaires................................................................................................. 22
3. Les objectifs de l’étude............................................................................................................................. 23

PREMIERE PARTIE. TECHNIQUES ET MATERIAUX DE CONSTRUCTION..........................25


CHAPITRE I. LES TECHNIQUES DE CONSTRUCTION ..................................................................................26
A. Le travail préparatoire .................................................................................................................26
1. Les aménagements préliminaires du terrain ............................................................................................. 27
2. Planification des productions architecturales ........................................................................................... 35
3. Dépôts ou caches...................................................................................................................................... 42
B. Les outils ......................................................................................................................................47
1. Les outils de travail de la terre ................................................................................................................. 48
2. Les outils de travail du bois et de la pierre ............................................................................................... 48
3. Outils en pierre ou en métal ?................................................................................................................... 52

CHAPITRE II. LES MATERIAUX DE CONSTRUCTION .................................................................................59


A. La pierre.......................................................................................................................................60
1. Types de pierres ....................................................................................................................................... 60
2. Extraction ................................................................................................................................................. 63
3. Formats..................................................................................................................................................... 65
4. Usages ...................................................................................................................................................... 69

3
B. La terre.........................................................................................................................................71
1. De la terre à la terre à bâtir ....................................................................................................................... 71
2. Mises en œuvre ........................................................................................................................................ 73
3. Usages ...................................................................................................................................................... 89
C. Les végétaux .................................................................................................................................90
1. Le bois...................................................................................................................................................... 90
2. Les autres végétaux .................................................................................................................................. 97
D. Les autres types de matériaux ......................................................................................................99
1. Le bitume ................................................................................................................................................. 99
2. Les réemplois ......................................................................................................................................... 100

CHAPITRE III. LES ELEMENTS DE LA CONSTRUCTION............................................................................101


A. Les murs .....................................................................................................................................101
1. Les types et les dimensions des murs ..................................................................................................... 102
2. Les fondations ........................................................................................................................................ 105
3. Les soubassements ................................................................................................................................. 111
4. Les superstructures................................................................................................................................. 115
5. L’agencement des murs.......................................................................................................................... 119
6. Finitions ................................................................................................................................................. 120
B. La couverture .............................................................................................................................128
1. Les supports de toiture ........................................................................................................................... 128
2. Le toit ..................................................................................................................................................... 140
C. Les ouvertures ............................................................................................................................145
1. Les portes ............................................................................................................................................... 145
2. Fenêtres, aération et éclairage ................................................................................................................ 149
D. Les aménagements internes .......................................................................................................151
1. Les sols................................................................................................................................................... 151
2. Marches, escaliers et étages.................................................................................................................... 155
3. Bancs, banquettes, plates-formes et installations appuyées contre un mur............................................. 158
4. Silos, petites fosses et poteries enterrées ................................................................................................ 162
5. Foyers et fours........................................................................................................................................ 166
6. Aménagements liés à l’usage de l’eau.................................................................................................... 169

CHAPITRE IV. INNOVATIONS ET CONSTRUCTEURS AU BRONZE ANCIEN ...............................................173


A. Les innovations techniques du Bronze ancien ............................................................................173
1. Les briques moulées ............................................................................................................................... 173
2. Les supports intermédiaires.................................................................................................................... 180
B. Les constructeurs........................................................................................................................181
1. Du constructeur occasionnel à l’architecte ............................................................................................. 181
2. La transmission des savoirs architecturaux ............................................................................................ 183
Synthèse ..........................................................................................................................................185

DEUXIEME PARTIE. TYPES ARCHITECTURAUX......................................................................187


CHAPITRE I. LES PLANS .......................................................................................................................188
A. L’architecture domestique : typologie des plans........................................................................188
1. Les habitats troglodytiques..................................................................................................................... 189
2. Le plan circulaire.................................................................................................................................... 190
3. Le plan ovale ou à double abside............................................................................................................ 192

4
4. Le plan rectangulaire.............................................................................................................................. 199
5. Conclusion ............................................................................................................................................. 224
B. L’architecture monumentale ......................................................................................................226
1. Palais ...................................................................................................................................................... 227
2. Temples .................................................................................................................................................. 241
3. Un cas problématique : le Bâtiment aux cercles de Beth Yerah ............................................................. 265

CHAPITRE II. ÉTUDE FONCTIONNELLE ..................................................................................................267


A. Vie sociale et réception ..............................................................................................................268
B. La préparation des repas............................................................................................................269
C. Le stockage.................................................................................................................................272
1. Les zones réservées au stockage............................................................................................................. 272
2. Les pièces de stockage ........................................................................................................................... 273
3. Les installations de stockage extérieur ................................................................................................... 277
D. Les activités spécialisées............................................................................................................279
1. Artisanales.............................................................................................................................................. 279
2. Économique............................................................................................................................................ 280
3. Religieuses ............................................................................................................................................. 282
4. Funéraires............................................................................................................................................... 283
E. Les zones hors d’usage...............................................................................................................289
Synthèse ..........................................................................................................................................291

TROISIEME PARTIE. ARCHITECTURE ET SOCIETE................................................................295


CHAPITRE I. ARCHITECTURE ET TRADITIONS CULTURELLES .................................................................297
A. Les cultures du Bronze ancien....................................................................................................297
1. La présence et l’influence égyptienne .................................................................................................... 298
2. L’influence du Levant nord .................................................................................................................... 300
B. La valeur culturelle d’un modèle architectural..........................................................................302
1. Khirbet Kerak, un contre-exemple ?....................................................................................................... 302
2. Modèle architectural et culture............................................................................................................... 304

CHAPITRE II. ARCHITECTURE, ECONOMIE ET SOCIETE ..........................................................................306


A. Architecture, climat et économie ................................................................................................306
1. La zone de climat méditerranéen............................................................................................................ 306
2. La zone de climat semi-aride.................................................................................................................. 310
B. L’architecture, un reflet de la hiérarchisation sociale ...............................................................312
1. Architecture domestique et organisation sociale .................................................................................... 313
2. Architecture monumentale et élites ........................................................................................................ 316
C. Architecture et urbanisation.......................................................................................................320
1. Ville : définition et controverse .............................................................................................................. 320
2. L’urbanisation ........................................................................................................................................ 324
3. L’urbanisme ........................................................................................................................................... 326
Synthèse ..........................................................................................................................................331

CONCLUSION.......................................................................................................................................333
BIBLIOGRAPHIE ....................................................................................................................................339
TABLE DES MATIERES ...........................................................................................................................367

5
6
      

& : et
& al. : et alii
AASOR : Annual of the American Schools of Oriental Research
ADAJ : Annual of the Department of Antiquities of Jordan
ASOR : American Schools of Oriental Research
'Atiqot (ES) : 'Atiqot (English Series)
BA : Biblical Archaelogist
BAR Int. series : British Archaeological Reports International series
BASOR : Bulletin of the American Schools of Oriental Research
Bât. : bâtiment
CRAIBL : Comptes-rendus de l’Académie des inscriptions et belles-lettres
CRFJ : Centre de Recherche Français de Jérusalem
CMO : Collection de la Maison de l’Orient méditerranéen ancien
CNRS : Centre national de la recherche scientifique
EBAF : École biblique et archéologique française de Jérusalem
ed. /eds. : editor, editors
éd. / éds. : éditeur(s)
EI : Eretz Israel
Env. : environ
EPHE : École pratique des hautes études
ERC : Édition Recherches sur les Civilisations
ESI : Excavations and Surveys in Israel
fig. : figure(s)
HA: Hadashot Archeologiyot
IAA : Israel Antiquity Authority
ICAANE : International Congress of Archaeology in the Ancient Near East
IEJ : Israel Exploration Journal
IES : Israel Exploration Society

7
IFAPO/ IFPO : Institut français d’archéologie du Proche-Orient
JMA : Journal of Mediterranean Archaeology
JPOS : Journal of the Palestine Oriental Society
L., Loc. : locus (loci)
Mais.: maison
n° : numéro (s)
niv. : niveau (x)
NLIAA : News Letter of the Institute of Archaeology and Anthropology
p. : page(s)
PEFA : Palestine Exploration Fund Annual
PEFQS : Palestine Exploration Fund Quarterly Statement
PEQ : Palestine Exploration Quarterly
pl. : planche (s)
RB : Revue Biblique
SHAJ : Studies in the History and Archaeology of Jordan
TA : Tel Aviv
Tabl.: tableau
vol. : volume
ZDPV : Zeitschrift des Deutschen Palästina Vereins

8
       

- Dans le texte (volume 1) :

Tableau 1 Correspondance entre la largeur en mètre et en coudées des murs du Palais B1


Tableau 2 Les pierres utilisées dans la construction au Bronze ancien
Tableau 3 Les dimensions des briques retrouvées sur les sites du Bronze ancien
Tableau 4 Les couleurs des briques au Bronze ancien
Tableau 5 Liste des échantillons prélevés à Tel Yarmouth
Tableau 6 Les dimensions des bases de poteau dans le temple J-2 de Megiddo
Tableau 7 Les salles à piliers
Carte 1 Les premières briques au Proche-Orient
Tableau 8 Dimensions des briques rectangulaires de Teleilat el-Ghassul, au Chalcolithique
Tableau 9 Dimensions des briques cylindriques de Teleilat el-Ghassul, au Chalcolithique
Tableau 10 Récapitulatif des maisons ovales
Tableau 11 Les dimensions des maisons de Ai, au Bronze ancien
Tableau 12 Superficie des maisons rectangulaires simples de Tell el-Fârǥah
Tableau 13 Superficie des maisons rectangulaires simples de Beth Yerah, (BS6)
Tableau 14 La superficie des espaces du chantier G, de Tel Yarmouth
Tableau 15 La superficie des espaces de Tel Qashish (niveau XI)
Schéma 1 La répartition en pourcentage des superficies des espaces
Schéma 2 Plans des bâtiments pluricellulaires
Tableau 16 Les habitats pluricellulaires
Tableau 17 Superficie des pièces du Palais 3177, niveau XVI
Tableau 18 Les dimensions des espaces du Palais B1
Schéma 3 Les palais
Schéma 4 Les temples palestiniens supposés
Tableau 19 Superficie des bâtiments de la zone cultuelle de Khirbet ez-Zeraqun
Tableau 20 Les dimensions des temples du niveau XV de Megiddo
Tableau 21 Récapitulatif des données sur les temples identifiés
Schéma 5 Les temples à antes

9
Tableau 22 La répartition des céramiques de forme fermées dans les zones d’habitat
Tableau 23 Les tombes en jarre sous les maisons au Bronze ancien I
Tableau 24 Les sept critères déterminants de l’environnement bâti d’après D. Sanders
Tableau 25 Les relations situation géographique / taille des sites
Tableau 26 Hétérarchie et hiérarchie

- Dans le catalogue des sites (volume 2) :

Tableau 27 Stratigraphie de Ai
Tableau 28 Les chantiers de fouilles à Ai
Tableau 29 Les dimensions des maisons de Ai, au Bronze ancien II et III
Tableau 30 Les niveaux d’occupation du Bronze ancien à Aphek
Tableau 31 Stratigraphie d’Arad
Tableau 32 Les chantiers de fouilles à Arad
Tableau 33 Stratigraphie d’Ashkelon-Afridar
Tableau 34 Stratigraphie d’Ashkelon-Barnea
Tableau 35 Stratigraphie de Bâb edh-Dhrâ
Tableau 36 Les caractéristiques des tombes du Bronze ancien II-III de Bâb edh-Dhrâ’
Tableau 37 Stratigraphie de Beth Ha-Emeq
Tableau 38 Stratigraphie de Beth Shean
Tableau 39 Stratigraphie de Beth Yerah
Tableau 40 Les dimensions des pièces du niveau 6
Tableau 41 Stratigraphie de Tel Dalit
Tableau 42 Les chantiers de fouilles à Tel Dalit
Tableau 43 Stratigraphie de ‘En Besor
Tableau 44 Stratigraphie de En Esur
Tableau 45 Récapitulatif des dimensions des maisons du niveau III
Tableau 46 Récapitulatif des dimensions des maison du niveau II
Tableau 47 Stratigraphie de Tel Erani
Tableau 48 Les chantiers de fouilles à Tel Erani
Tableau 49 Stratigraphie de Tell el-Fârǥah
Tableau 50 Les chantiers de fouilles à Tell el-Fârǥah
Tableau 51 La superficie des pièces de la maison loci 47, 48
Tableau 52 La superficie des loci dans le carré K 5, période 2
Tableau 53 La superficie des loci période 3
Tableau 54 La superficie des pièces de la « Maison des Jarres »
Tableau 55 La superficie des pièces de la maison loci 99, 100, 101
Tableau 56 La superficie des pièces de la maison loci 55, 56, 86
Tableau 57 Stratigraphie de Gezer
Tableau 58 Les périodes d’occupation de Tel Halif

10
Tableau 59 Les chantiers de fouille à Tel Halif
Tableau 60 Dimensions de la « EB Villa »
Tableau 61 Stratigraphie de Tell Um Hammad
Tableau 62 Stratigraphie de Tel Kabri
Tableau 63 Stratigraphie de Tell Abu al-Kharaz
Tableau 64 Stratigraphie de Tel Kishion
Tableau 65 Stratigraphie de Tel Kitan
Tableau 66 Stratigraphie de Lod
Tableau 67 Couleurs des briques trapézoïdales de Lod
Tableau 68 Stratigraphie de Tel Small Malhata
Tableau 69 Stratigraphie de Megiddo
Tableau 70 Dimensions des bases de colonne dans le temple J-2 de Megiddo
Tableau 71 Récapitulatif des données connues sur les temples de Megiddo
Tableau 72 Stratigraphie de Meona
Tableau 73 Dimensions des pièces de Meona
Tableau 74 Stratigraphie de Mezer
Tableau 75 Dimensions des habitats ovales de Mezer
Tableau 76 Dimensions des maisons en fonction des secteurs du village
Tableau 77 Dimensions moyennes des maisons par secteur
Tableau 78 Stratigraphie de Palmahim Quarry
Tableau 79 Dimensions des constructions circulaires de Palmahim Quarry
Tableau 80 Stratigraphie de Horvat Ptora
Tableau 81 Stratigraphie de Tel Qashish
Tableau 82 Dimensions de pièces du niveau XIIB de Tel Qashish
Tableau 83 Dimensions des pièces du niveau XI de Tel Qashish
Tableau 84 Stratigraphie de Qiryat ‘Ata
Tableau 85 Dimensions des habitats ovales de Qiryat Ata
Tableau 86 Stratigraphie de Tell es-Sakan
Tableau 87 Les chantiers de fouille à Tell es-Sakan
Tableau 88 Stratigraphie de Horvat Illin Tahtit
Tableau 89 Stratigraphie de Tel Teo
Tableau 90 Les chantiers de fouilles à Yaqush
Tableau 91 Stratigraphie de Tel Yarmouth
Tableau 92 Les chantiers de fouilles dans la ville basse de Tel Yarmouth
Tableau 93 Superficie des espaces du chantier G
Schéma 6 Répartition en pourcentage des superficies des pièces du chantier G
Schéma 7 Répartition du nombre de seuils par pièces dans le chantier G
Tableau 94 Stratigraphie de Yiftahel
Tableau 95 Dimensions des constructions de Yiftahel
Tableau 96 Typologie céramique de Khirbet ez-Zeraqun établie par H. Genz
Tableau 97 Inventaire céramique du bâtiment B1.2

11
Tableau 98 Inventaire céramique du bâtiment B1.3
Tableau 99 Inventaire céramique du bâtiment B1.4
Tableau 100 Inventaire céramique du bâtiment B1.6
Tableau 101 Répartition des céramiques de forme fermée dans les zones d’habitat
Tableau 102 Inventaire céramique du bâtiment B0.9
Tableau 103 Superficie des bâtiments de la zone cultuelle
Tableau 104 Inventaire des céramiques retrouvées dans la zone cultuelle
Tableau 105 Inventaire des céramiques de l’ensemble B0.8

12

Lors de la visite d’un site archéologique, les vestiges architecturaux représentent
la première approche d’une civilisation. Ils permettent une approche directe des modes
de vie passés, car étant des artefacts immobiles, ils n’ont pas pu être déplacés ou
échangés. Leur état lors de la fouille résulte seulement de l’action des processus de
dégradation. Le prisme de l’architecture permet également d’appréhender directement le
fonctionnement de la société qui l’a produite, car les conditions sociales possèdent une
influence aussi déterminante dans l’histoire de l’architecture que les aspects plus
techniques, comme la disponibilité des matériaux de construction ou l'évolution des
connaissances techniques. Le Bronze ancien en Palestine représente une des périodes
privilégiées pour observer cette situation car l’époque marque la première urbanisation
de la région.

Avant d’aborder la méthodologie employée, les grands cadres théoriques,


chronologiques et environnementaux doivent être tout d’abord précisés.

         


  
Afin de pouvoir traiter un maximum d’informations cette étude comprend
l’analyse parallèle à la fois des constructions domestiques et monumentales. Cette
méthode permet d’aborder un plus vaste champ de problématiques.

L’architecture domestique recouvre tout ce qui a trait à la maison d’habitation et


au cadre bâti de la vie quotidienne du groupe familial1. Son étude rend possible la
reconstitution du mode de vie d’une société, de ses ressources, de ses coutumes et des

1
Braemer, 1982, p. 7.

13
techniques disponibles2. Cela résulte du fait que la construction d’une maison représente
un compromis entre les volontés du commanditaire, les besoins de la famille, son statut
économique, les moyens techniques et les compétences des constructeurs. Ces différents
aspects se combinent pour assurer les fonctions fondamentales d’une maison : protéger
ses habitants et leurs réserves, maintenir une température confortable, offrir une
protection physique contre les animaux et fournir de l’intimité3. En outre, selon
A. Rapoport, la tradition populaire représente la traduction directe et non consciente
d’une culture sous la forme matérielle de ses besoins, de ses valeurs. C’est l’entourage
d’un peuple qui s’exprime dans les constructions et dans l’habitat, sans l’intervention
d’architectes agissant dans un but déterminé. Comme la tradition populaire constitue la
majeure partie de l’environnement bâti, elle possède des liens beaucoup plus étroits
avec la vie quotidienne que la haute tradition architecturale qui représente la culture de
l’élite.

En effet, dans un second temps, les bâtiments de haute tradition architecturale


« ont pour but soit d’impressionner les masses par la puissance des grands, soit
d’imposer le respect au groupe des initiés »4. Leur construction reste soumise à des
contraintes de forme ou d’aspect. Ils reflètent l’emprise territoriale d’une autorité
centrale. Ainsi, bien que l’expression « bâtiment public » soit fréquemment utilisée dans
la littérature archéologique, elle peut induire en erreur car la fonction de ces bâtiments –
temples, palais, entrepôts – n’est pas de servir le public, mais de répondre aux besoins
d’une petite partie de la société. Par ailleurs, tous les bâtiments publiés ne répondent pas
nécessairement à ce concept de « haute tradition architecturale » ou bâtiment
monumental.

Malgré l’ancienneté des fouilles en Palestine entamées dès le milieu du


ème
19 siècle, il faut attendre 1968 pour voir paraître un premier article faisant la synthèse
des connaissances concernant les habitats domestiques du Bronze ancien5. Suite à cette
publication d’autres études sur ce sujet sont parues mais elles traitent en général de
manière distincte l’architecture domestique et l’architecture monumentale. Ainsi, une
série de thèses non publiées sont consacrées uniquement à l’étude des maisons6. Dans
les ouvrages plus généralistes consacrés à l’archéologie israélienne, les deux aspects de
l’architecture sont abordés mais toujours de manière séparée, comme dans Archaeology
of the Land of the Bible, de A. Mazar, paru en 1990, ou dans The Archaeology of
Ancient Israel, de A. Ben-Tor, paru en 1992. De même dans le livre de synthèse
consacré uniquement à l’architecture d’A. Kempinski et R. Reich, The Architecture of

2
Rapoport, 1972, p. 4.
3
Netzer, 1992, p. 17.
4
Rapoport, 1972, p. 6.
5
Beebe, 1968.
6
Bonn Greenwald, 1976 ; Bumbulis, 1981 ; Braun, 1989.

14
Ancient Israel, paru en 1992, trois articles différents sont publiés, un sur l’architecture
religieuse, un autre sur l’architecture domestique et un dernier sur l’architecture
monumentale7. En fait, les études les plus complètes sur l’architecture palestinienne
concernent les périodes qui précèdent ou suivent chronologiquement le Bronze ancien.
Pour les périodes antérieures, il y a ainsi l’ouvrage d’O. Aurenche paru en 1981 : La
maison orientale, L’architecture du Proche-Orient Ancien des origines au milieu du
quatrième millénaire. Pour les périodes postérieures, il y a notamment l’ouvrage de
C. Foucault-Forest, paru en 1996, intitulé : L’habitat privé en Palestine au Bronze
Moyen et au Bronze Récent et, pour l’Age du Fer, le livre de F. Braemer, paru en 1982 :
L’architecture domestique du Levant à l’Âge du Fer.

Ces distinctions s’expliquent par une concentration des analyses essentiellement


sur l’étude du plan et non sur les techniques de construction. C’est pourquoi il paraissait
intéressant de rassembler toutes les composantes de l’étude architecturale dans un même
exposé. Comme l’étude s’appuie sur l’analyse des techniques de construction, il aurait
été illogique d’exclure les vestiges monumentaux ou domestiques, étant donné le
caractère déjà restreint de la zone d’étude. En outre, depuis la fin des années 1990,
d’importants travaux de terrain et des publications abondantes ont fourni un apport
considérable de données nouvelles. C’est le cas notamment des fouilles extensives
menées entre autres à Megiddo ou Tel Yarmouth, de l’important travail éditorial qui a
permis la parution de monographies consacrées à d’anciennes fouilles comme celles de
Beth Yerah et de Beth Shean, et des explorations plus récentes concernant ’En Esur,
Qiryat Ata, Tel Bareket, Khirbet el-Batrawy ou Tel Teo.

!  " 


#$ % &
Les termes de Palestine8 ou de Levant sud (pl. 1, toutes les planches sont
regroupées dans le volume 3) seront ici employés dans un sens plus restrictif que dans
leurs délimitations géographiques réelles. Lorsque les zones du sud de la Syrie seront
évoquées, cela sera précisé. Cette situation confuse résulte du manque de consensus
parmi les chercheurs. Comme le rappelle A. Ben-Tor dans l’introduction de son ouvrage
de synthèse : The Archaeology of Ancient Israel, certains privilégient le terme de
Palestine, d’autres de Terre Sainte (ou Holy Land), d’autres utilisent Canaan ou Syrie-
Palestine9. Cependant, le caractère politique ou anachronique de ces termes complique
considérablement la simple dénomination de la région.

7
Kempinski, 1992a ; 1992b ; Ben-Tor, 1992a.
8
La Palestine historique recouvre toutes ces régions à l’exception du Sinaï.
9
Ben-Tor, 1992b, p. 2.

15
Comme les contraintes du milieu naturel restent importantes aux périodes
protohistoriques, les cadres géographiques et climatiques dans lesquels cette étude se
situe sont ici brièvement rappelés. Tout d’abord, d’un point de vue géographique, la
zone d’étude inclut les pays actuels d’Israël, des Territoires palestiniens (Cisjordanie et
Gaza) et une partie de la Jordanie (Transjordanie). La mer Méditerranée constitue la
limite occidentale de la zone d’étude. À l’est, le Wadi Mujib forme une frontière bien
définie entre l’ouest et l’est du plateau transjordanien. C’est un canyon profond, qui
constitue une barrière naturelle difficile à traverser10. Au nord, la rivière Litani marque
la frontière avec le sud du Liban.

D’un point de vue géographique, D. Nir11 subdivise la zone en cinq grandes


divisions longitudinales fondées sur le relief. Elles comportent chacune des subdivisions
régionales plus précises (pl. 2). Il y a la plaine côtière, le Néguev et la montagne
centrale, la Galilée et le Fossé du Jourdain. A ces régions s’ajoutent, dans cette étude, la
Transjordanie qui borde à l’est le fossé du Jourdain. La plaine côtière s’étend sur près de
220 km de la lagune de Bardawil, dans le Sinaï, où elle mesure une quarantaine de
kilomètres de large, à Rosh Hanikra, au pied de la chaîne de Soulame, près de la
frontière moderne du Liban. A cet endroit, elle ne mesure plus que 5 km de large. Sur
toute la longueur de la plaine, seul le cap du Carmel l’interrompt. La région regroupe un
ensemble de plaines littorales avec, du nord au sud, la plaine côtière septentrionale, la
plaine côtière du Carmel, le Sharon (plaine côtière de la Samarie), la Philistie (plaine
côtière de la Judée), la plaine littorale du Néguev et la plaine côtière du Sinaï nord-
oriental. Plusieurs petits cours d'eau traversent la plaine côtière et seulement deux
d’entre eux, le Yarqon et Qishon, possèdent des débits d'eau permanents.

À l’est de la plaine côtière, la région des hautes terres centrales se compose à la


fois de la montagne centrale avec le mont Carmel, de la région de Shomron, du désert
de Judée, de la Shéphéla, des montagnes de Judée et de la Galilée haute et basse. La
zone s’élève en moyenne à 610 m au-dessus du niveau de la mer. Son point le plus
élevé, le mont Meron, situé en Galilée, culmine à 1 208 m d’altitude. Plusieurs vallées
recoupent les hautes terres d'est en ouest. La plus importante est celle de la Jezréel,
appelée aussi plaine d’Esdrelon qui s’étend sur 48 km, de la côte méditerranéenne à la
vallée du Jourdain. La région comporte des cours d’eau pérennes, dont le débit varie
beaucoup selon les années sèches et humides et entre l’hiver et l’été. À l’exception des
principales rivières – le Nahal Qishon, le Nahal Tanninim, le Nahal Tavor, le wadi
Far’ah et la rivière Yarqon – ces cours d’eau ont un caractère saisonnier ou épisodique,
et leur eau ne peut pas être exploitée efficacement pour l’irrigation. La région inclut
également des sources d’eau abondantes, qui se concentrent principalement en Galilée,
10
Palumbo, 1991, p. 23.
11
Nir, 1975, p. 3-4.

16
dans la région des collines centrales, dans les vallées de la Jezréel et du Jourdain.
Certaines de ces sources, y compris celles avec le plus petit débit, permettent une
irrigation des champs situés à proximité.

À l’est du plateau central, le fossé du Jourdain se situe dans le prolongement du


Rift africain. Il se compose du sud au nord, de la Araba, de la vallée du Jourdain, du lac
de Tibériade et de la vallée de la Houlé. La mer Morte constitue le point le plus bas de
cette faille tectonique (399 m sous le niveau de la mer). La Araba n’a pas d’écoulement
d’eau permanent, car le climat y est extrêmement aride. La zone est également
caractérisée par la présence du plus long fleuve de la région : le Jourdain, qui trouve son
origine dans les montagnes de l’Hermon. Il parcourt près de 322 km à travers les lacs du
Houlé et de Tibériade avant de se jeter dans le mer Morte. Il représente un des plus
importants cours d’eau pérenne du Levant sud. En effet, il coule même pendant les
années très sèches. Cependant, il est très difficilement exploitable pour l’irrigation au
sud de la vallée de Beth Shean, car il coule alors dans une vallée très encaissée, le
Zor12 .

La Transjordanie se compose de hauts plateaux situés à l’est de la vallée du


Jourdain. Des cours d’eau traversent la région comme le Yarmouk, le wadi Zerqa, le
wadi el-Arab, le wadi Ziqlab, le wadi el-Yabis et le wadi Kufrinje.

Toutes ces régions ne sont pas occupées de la même façon au 3ème millénaire.
Ainsi, P. de Miroschedji les classe en trois grandes catégories : les régions inhabitées,
les régions peu peuplées et les régions majeures de peuplement13. Les régions
inhabitées se composent principalement des zones désertiques comme le Néguev (à
l’exception du nord Néguev), le désert de Judée, les rivages de la mer Morte (à
l’exception de l’oasis de Bâb edh-Dhrâ’), la basse vallée du Jourdain (à l’exception de
l’oasis de Jéricho), le sud de Moab et de l’Ammon. Les régions peu peuplées sont les
zones montagneuses comme la Haute Galilée, la région du Carmel, la Samarie
méridionale, la Judée, le Golan et le nord de Moab. L’occupation de ces zones se fait
sous forme de villages et de hameaux, avec peu d’importantes agglomérations. Enfin,
les régions majeures de peuplement se situent principalement dans les vallées et dans
les plaines. C’est le cas de l’ensemble de la plaine côtière, de la plaine d’Esdrelon, de la
haute et de la moyenne vallée du Jourdain, des zones de collines comme la Shéphéla, ou
des basses montagnes comme le nord de la Samarie et la région de Giléad. Cependant, à
l’intérieur de ces régions, le peuplement n’est pas uniforme. Ainsi, dans les plaines
côtières, les principaux sites se situent en bordure des montagnes. Les établissements de
la côte sont très petits. Dans la plaine d’Esdrelon, les agglomérations occupent
également les zones des piémonts. Dans la moyenne vallée du Jourdain, elles sont
12
Palumbo, 1991, p. 29.
13
Miroschedji, 1976, p. 41.

17
absentes sur la rive ouest en deçà de la vallée de Beth Shean. En Samarie et en Giléad, il
n’y en a que dans les larges vallées intérieures. Enfin, elles restent rares au nord-est et
au nord-ouest de la Samarie. Toutefois, cette distribution géographique évolue tout au
long de l’Âge du Bronze.

Enfin, la Palestine se divise en trois zones climatiques : la zone méditerranéenne,


la zone semi-aride et la zone aride. La limite entre ces zones est marquée par l’isohyète
des 250 mm de précipitations annuelles : la zone de climat méditerranéen se situe au-
dessus de cet isohyète et la zone aride se situe en-dessous. Sur une carte, la ligne de
l’isohyète part de la côte sud de Gaza, va vers la plaine de Beersheba, se poursuit au
nord, le long des flancs et des basses collines centrales, puis traverse la vallée du
Jourdain, jusqu’au sud de la rivière Zarqa. En Transjordanie, elle inclut presque
entièrement les régions du nord. Cependant, l’isohyète connaît des fluctuations
annuelles qui créent une zone de climat variable : c’est la zone de climat semi-aride. De
ce fait, l’isohyète marque la fin de la zone où la pratique de l’agriculture sèche est
possible. Il délimite les zones où les hommes sont des agriculteurs sédentaires de celles
où les hommes sont des pasteurs nomades14.

Les zones côtières et montagneuses, spécialement dans le nord-ouest, ont un


climat méditerranéen avec quelques variations, alors que les régions sud et est ont un
climat désertique. Il pleut de novembre à mai, avec un pic de précipitations en décembre
et en mars, cependant une seule tempête peut déverser jusqu’à 60 mm de précipitations
en une journée (pl. 3). De ce fait, les différences de pluviométrie peuvent être très
importantes selon les régions15. Par exemple, en Haute Galilée, il pleut entre 800 et
1 000 mm en moyenne par an, tandis que dans le Néguev, il peut tomber dans certaines
régions moins de 50 mm de précipitations par an16. Ainsi la moyenne annuelle des
pluies est de 40 mm dans la vallée de la mer Morte et de 1 000 mm sur les hauteurs du
Carmel et en Galilée17. Cependant ces valeurs ne sont qu’indicatives car, selon les
analyses pratiquées par A. M. Rosen, le climat du Levant sud était plus humide durant
l’Holocène qu’actuellement18.

Ainsi, malgré sa surface réduite, la zone étudiée, au sein de laquelle existent de


nombreuses zones bioclimatiques, présente une grande variété d’environnements qui
s’étend du méditerranéen au désertique. Des caractéristiques géophysiques fixent leurs
limites, comme les chaînes de montagnes, qui représentent une barrière à l’air humide

14
Miroschedji, 1993c.
15
Palumbo, 1991, p. 30.
16
Nir, 1975, p. 14, fig. 6.
17
Perath, 1984, p. 19-23, 27.
18
Rosen, 1989, p. 253-254.

18
qui vient de la Méditerranée. Ainsi, la majeure partie de la vallée du Jourdain, le bassin
de la mer Morte, les déserts de la Transjordanie et le Néguev sont des terres très arides.

'   %
Selon T. E. Levy, la fin du Chalcolithique résulte d’une détérioration climatique
qui conduit à une baisse de la production agricole et à une chute des élites. Il met aussi
en avant l’influence grandissante de l’Égypte, dans les échanges et peut-être aussi dans
les conflits19. Dans les faits, seule la stratigraphie de quelques sites permet d’observer la
transition entre les deux périodes : au nord, Tel Teo (niveau VI), En Esur (niveau IV),
Meser (niveau III) ; au sud, Tel Halif terraces (niveaux IV-III), Afridar (chantier G) et
Palmahim Quarry (niveau 3). Ce faible nombre de sites montre que d’une manière
générale le Bronze ancien I se caractérise par une nouvelle carte du peuplement. En
effet, au Chalcolithique, les zones habitées se situent plutôt en zone semi-désertique et
désertique, alors qu’au Bronze ancien il y a un réinvestissement humain de la zone
méditerranéenne. De plus, ce phénomène de déplacement des zones habitées
s’accompagne d’un mouvement de sédentarisation accrue des populations. Ainsi, s’il y
a quelques éléments de continuité entre les deux périodes, il y a aussi beaucoup
d’éléments de rupture, autant du point de vue de l’architecture que de celui de la culture
matérielle.

Le Bronze ancien se divise en trois périodes numérotées de I à III20. Plusieurs


dates ont été proposées pour chacune des périodes. Ainsi, selon les chercheurs, le début
du Bronze ancien I est daté autour de 3 60021 et sa fin entre 3 10022 et 3 00023. Les
variations de dates font que les limites exactes entre le Bronze ancien IA et B restent
aussi fluctuantes. Le passage entre les deux périodes se situerait entre 3 40024 et 3 30025,
selon les chronologies. Ensuite, le Bronze ancien II commence aux alentours de 3 100-
3 000, pour s’achever vers 2 600 et le Bronze ancien III s’étend de 2 600 à 2 200. Au
Bronze ancien I, l’occupation humaine se fait essentiellement dans des sites de type
villageois (pl. 5)26. Les nouvelles zones de peuplement sont occupées de manière dense.
Ainsi, dans la vallée de Beth Shean, des prospections ont permis d’identifier près de 25

19
Levy, 1995, p. 227-230.
20
Le projet ARCANE (Associated Regional Chronologies for the Ancient Near East) entrepris par de
nombreuses institutions et universités européennes, du Proche-Orient et des États-Unis, depuis 2003 a
pour but de réviser complètement la chronologie du 3ème millénaire au Proche-Orient. Ainsi, une nouvelle
chronologie devrait être proposée pour le Levant sud avec l’abandon des appelations Bronze ancien I, II,
III ([Link]
21
Philip, 2001, p. 169.
22
Joffe, 1993, p. 39-40 ; Esse, 1991, p. 146.
23
Philip, 2001, p. 169.
24
Philip, 2001, p. 169.
25
Paz, 2002, p. 238.
26
Braun, 1996a, p. 31.

19
sites datés du Bronze ancien I27. À la toute fin du Bronze ancien I, il semblerait que
quelques rares sites soient fortifiés comme Tel Shalem28. De plus, sur un site comme
Megiddo, des bâtiments monumentaux de caractère religieux sont établis.

Au Bronze ancien II, le phénomène d’urbanisation se développe avec la


fortification de sites comme Beth Yerah, Tell el-Fârǥah, Tel Yarmouth ou Pella (pl. 6).
Ce phénomène s’accompagne d’une nette diminution du nombre de sites. Ainsi, dans la
région de Beth Shean, le nombre de sites répertorié n’est plus que de 18, contre 25 au
Bronze ancien I. Le changement est encore plus important dans le sud de la vallée de
Beth Shean, où le nombre de site chute de 15 au Bronze ancien I, à 2 au
Bronze ancien II et III29. P. de Miroschedji explique ce phénomène par un regroupement
des populations dans un nombre limité de sites30. De nombreux sites sont abandonnés
comme Tel Shalem. Il y a un manque de continuité dans l’occupation des sites
particulièrement dans les vallées de la Jezréel et de Beth Shean, ainsi que dans une
bonne partie des secteurs nord et centraux de la plaine côtière31. De plus, une grande
partie de sites, de part et d’autre du Jourdain, connaissent un épisode de violente
destruction à la fin du Bronze ancien II. Certains sont même définitivement abandonnés
comme Tell el-Fârǥah, Tell Abu al-Kharaz, Tell es-Sa’idiyeh ou Arad32. D’autres sont
réoccupés au Bronze ancien III, comme Khirbet el-Batrawy, Ai ou Jéricho33. Au Bronze
ancien III, certains sites connaissent leur apogée avec le développement de leur
architecture monumentale comme Tel Yarmouth ou Megiddo. Le processus de
concentration des populations dans les sites fortifiés semble se poursuivre. Ainsi, dans
la région immédiate de Tel Yarmouth, des sites apparement fortifiés comme Horvat
Hisham et Tel Bir Shovav sont abandonnés à la fin du Bronze ancien II alors qu’à Tel
Yarmouth les fortifications sont entièrement reconstruites34.

     %


La présente étude se fonde sur un ensemble de données issues des fouilles
archéologiques rassemblées dans un catalogue fourni en annexe (volume 2). Celui-ci
regroupe les informations classées par site et par ordre alphabétique. Les établissements
présentés sont ceux qui possèdent les vestiges architecturaux les plus intéressants. Ils
relèvent de différents types : villes fortifiées, villages ou camps saisonniers. Cependant,
l’étude n’inclut pas d’analyse détaillée des fortifications et des sépultures, même si elles
27
Mazar & Rotem, 2009, p. 149.
28
Paz, 2002.
29
Mazar & Rotem, 2009, p. 149.
30
Miroshedji, 2006, p. 55.
31
Portugali & Gophna, 1993.
32
Nigro, 2009a, p. 666.
33
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2006, p. 49-50 ; Callaway, 1980, p. 147 ; Kenyon, 1981, p. 373.
34
Miroschedji, 2006, p. 55.

20
font partie de l’environnement bâti du 3ème millénaire ; leur caractère complexe
impliquerait d’aborder des problématiques beaucoup plus vastes que celles abordées
dans cette analyse. Ils sont néanmoins mentionnés dans quelque cas emblématiques.

#( )    


Durant cette recherche, certaines difficultées ont été rencontrées, ainsi :

1. Le premier type de problème provient du vocabulaire. Lorsque l’on s’intéresse à


une zone aussi explorée que le Levant sud, il existe de nombreuses difficultés
liées aux termes employés par chaque mission. De plus, comme les missions se
sont succédées depuis la fin du 19ème siècle et que des archéologues de
nombreuses nationalités y ont pris part, une multiplicité de termes ont été
employés, parfois pour décrire les mêmes objets. Dans certains cas, les termes
sont peu précis : ainsi le mot boulder peut désigner un caillou ou un rocher. Des
problèmes de traduction existent aussi lors de la description des enduits : par
exemple, en anglais, le terme plaster désigne un enduit sans présumer de sa
composition. Il peut être à base de plâtre ou de chaux. Enfin, de nombreux
archéologues imprégnés de la culture locale emploient des termes arabes
comme : huwwar, daub, hamra, tauf…, sans que l’on puisse savoir s’ils
renvoient à des situations similaires.

2. Une autre difficulté découle des publications elles-mêmes. Il y a, d’une part, les
sites non encore publiés et dont seul un petit article nous permet d’en saisir le
potentiel sans pouvoir réellement l’exploiter faute de plans. C’est le cas, entre
autres, de Tel Small Malhata, Leviah Enclosure, Horvat Illin Tahit, Tel Nagila,
Tel Kishion, Yaqush, Tel Megadim… Mais, il y a également le cas des sites
publiés sans dessins pierre à pierre, comme Palmahim Quarry. Cette situation
rend l’analyse architecturale plus délicate car il devient compliqué de discuter
l’interprétation de l’archéologue.

3. Dans certains cas, ce sont les techniques de fouilles même qui peuvent
compliquer la compréhension des vestiges, notamment dans le cas de fouilles en
tranchées. Ainsi, appréhender le plan global d’un site comme Tell Abu al-
Kharaz ou Bâb edh-Dhrâ’ relève d’un véritable défi : de petits bouts de murs se
répartissent au fond de plusieurs sondages sans qu’aucun véritable plan puisse
être reconstitué.

4. Enfin, la vaste documentation disponible est certes un atout, mais elle constitue
aussi un problème. En effet, le Levant sud reste une des zones les plus explorées
du Proche-Orient, ce qui implique une masse considérable de données à

21
appréhender. De plus, cela limite les comparaisons possibles avec les zones
directement voisines, moins connues, comme le sud du Liban ou la
Transjordanie. Il en résulte un déséquilibre régional qui fausse invariablement
notre compréhension des évolutions architecturales.

'  "*     &  


Afin de compléter nos informations, il semblait utile d’établir des comparaisons
avec les vestiges observés dans les fouilles des grandes civilisations voisines comme
l’Égypte ou la Mésopotamie ainsi qu’avec des études ethnoarchéologiques. En effet,
d’un point de vue géographique, la Palestine se situe à l’extrémité de la branche
occidentale du Croissant fertile, entre les deux grandes civilisations mésopotamienne et
égyptienne. Ces civilisations possédaient déjà, au 3ème millénaire, des sources textuelles
et iconographiques qu’il est possible d’utiliser pour apporter un éclairage sur la situation
du Levant sud.

L’ethnoarchéologie constitue également une source importante d’informations.


Selon O. Aurenche, « l’observation d’une architecture actuelle, réelle et "vivante",
conçue avec les mêmes matériaux et selon les même techniques que l’architecture
ancienne, peut aider à comprendre et à reconstituer un monde disparu »35. Le Proche-
Orient abrite toujours des populations au mode de vie apparemment proche de celui des
populations passées. Jusqu’aux bouleversements récents imposés par la vie moderne, le
mode de vie rural des populations du Proche-Orient s’est peu modifié ; le climat et les
ressources ont également peu varié. Ainsi, alors que l’archéologie met au jour un habitat
pratiquement vide, les études ethnoarchéologiques permettent un accès à tous les
composants d’un habitat, non seulement à l’ensemble des artefacts, mais aussi aux
explications du propriétaire. De cette manière, les ethnoarchéologues peuvent observer
directement, et dans la durée, les relations entre les différents composants sédentaires,
semi-nomades et nomades des territoires étudiés. Ils peuvent aussi assister à la création
d’un établissement, sa densification progressive, ainsi qu’au développement d’un
habitat et son évolution sur plusieurs générations36. De plus, selon K. Kamp, les restes
architecturaux représentent une source d’information plus fiable que les objets37 pour
caractériser l’aspect socioéconomique d’une maison. Selon ces études, l’architecture et
les artefacts peuvent être utilisés pour déterminer les caractéristiques des
maisonnées : sociales, économiques, degré de richesse, etc. De ce fait, les études
ethnoarchéologiques retenues dans cette étude permettent d’illustrer différents modes de
vie qui persistent depuis le Bronze ancien, comme la sédentarisation de populations
nomades, la création ou la densification d’un tissu urbain.

35
Aurenche, 1984, p. 11.
36
Kramer, 1979, p. 139-163.
37
Kamp, 2000, p. 84.

22
Néanmoins, les comparaisons diachroniques possèdent leurs limites : les
modèles d’organisation des sociétés évoquées dérivent en effet largement des études
ethnographiques de communautés paysannes du 20ème siècle. Mais, comme ces
communautés ont été affectées par le colonialisme et/ou par les économies capitalistes
et industrialisées, les modèles générés par ces études doivent être appliqués avec
précaution aux sociétés complexes préindustrielles ou non-capitalistes38.

+  , * " 


Le but de cette étude sera, dans un premier temps, de comprendre toutes les
méthodes qui entrent en compte lors de la construction d’un bâtiment au Bronze ancien,
depuis les méthodes connues, les matériaux employés jusqu’aux éléments réalisés. Nous
allons chercher à savoir qui construit et de quelle manière. Quelle est la part d’influence
des pays voisins ? Par exemple, lorsque J. A. Callaway, décrit les techniques de
construction employées dans le temple de l’acropole de Ai, il évoque l’existence
d’ouvriers et d’un savoir-faire égyptien, sans autre preuve que l’évidente incapacité,
selon lui, des populations de Ai à maîtriser les techniques de taille de la pierre39. Il
s’agira donc de répertorier et d’étudier les différents matériaux de construction
employés dans les architectures du Bronze ancien, depuis leur extraction jusqu’à leur
mise en œuvre architecturale. Ces éléments représentent une source d’information non
négligeable notamment concernant les lieux d’approvisionnement en matières premières
et leur évolution ; des changements peuvent-ils être observés ? Peut-on savoir si les
matériaux employés sont exclusivement locaux ou si certains sont importés ? L’objectif
est de pouvoir aborder à partir d’informations concrètes des questions d’évolution et de
transmission des technologies. Y a-t-il des techniques et des matériaux réservés
exclusivement à un usage spécifique ? Dans quelle mesure peut-on parler de
planification des constructions ? Peut-on observer une évolution des techniques durant
le Bronze ancien et cette évolution est-elle liée au degré d’urbanisation de la société, à
son mode de subsistance ou à sa localisation géographique ?

Dans un second temps, il s’agira de clarifier la typologie des plans, à la fois en


architecture domestique et en architecture monumentale. Puis, une étude détaillée sera
menée pour déterminer s’il y a une façon de construire palestinienne ou s’il y a des
différences régionales ; cette étude sera aussi l’occasion d’observer s’il y a une
évolution des plans au cours du Bronze ancien, notamment en lien avec le
développement de l’urbanisation, ou s’il y a des différences avec les périodes
précédentes. Existe-t-il des différences régionales ? Des évolutions chronologiques ?

38
Schwartz & Falconer, 1994, p. 2-3.
39
Callaway, 1993, p. 43.

23
Puis, à partir des données fournies par l’étude du mobilier, nous chercherons à savoir
quelles étaient les activités qui se déroulaient dans les constructions.

Enfin, dans un troisième temps, nous allons chercher à savoir ce qui influence
l’apparition et le développement des différents types de plans étudiés précédemment.
Pourquoi certains types sont dans la continuité directe de la tradition architecturale
précédente, alors que d’autres semblent apparaître brusquement ? Est-ce que l’habitat
reflète une culture ? Les constructions traduisent-elles des différences de statuts
sociaux ? Sont-elles des témoins de la présence d’une société très hiérarchisée ?

24


-./- -0-1
- 

25
 &     
    
Jusqu’à présent très peu de chercheurs se sont vraiment interressés aux
techniques de construction connus et employés en Palestine au Bronze ancien, il
importe de combler un vide dans nos connaissances. L’objectif de cette recherche est de
pouvoir aborder, à partir d’informations concrètes, les questions d’évolution et de
transmission des technologies. Quels moyens entrent en jeu lors de l’élaboration et de la
réalisation d’un bâtiment ? Existe-t-il des techniques et des matériaux réservés
exclusivement à un usage spécifique ? Dans quelle mesure peut-on parler de
planification des constructions et de métrologie ? Quelles sont alors les influences des
sphères culturelles égyptiennes et mésopotamiennes ? Une évolution des techniques au
cours du Bronze ancien peut-elle être observée ? Est-elle liée au degré d’urbanisation de
la société ou à son mode de vie ?

L’étude portera d’abord sur les phénomènes qui se déroulent en amont de la


construction, puis sur la réalisation des travaux, de leur mise en chantier à leurs
finitions.

   &&  


Cette section sera consacrée à la présentation des aménagements qui précèdent
l’établissement d’un site ou d’un bâtiment. À travers l’étude de divers cas situés dans
différentes régions, il s’agira de décrire comment les constructeurs ont adapté
l’architecture de leurs établissements aux conditions environnementales ; puis les
aspects liés à la planification des constructions seront abordés.

26
#   % &    
Plusieurs types d’aménagements peuvent être mis en oeuvre avant
l’établissement d’un site ou la construction d’un bâtiment, tout dépend de la nature
géologique du terrain et des dimensions prévues de la construction. Comme la Palestine
présente un assemblage très disparate de natures de sols, les solutions adoptées sont
variées.

Dans certains cas, les constructions s’établissent directement sur le sol vierge,
mais dans d’autres situations, il est nécessaire d’avoir recours à des aménagements plus
spécifiques.

          %


Lorsque le substrat du site est stable, les constructions peuvent être établies
directement au-dessus car la roche mère constitue le substrat le plus stable. C’est le cas
à Qiryat Ata où tous les murs sont construits directement sur le rocher (fig. 1, pl. 134).
Aucune trace de tranchée de fondation n’a été identifiée, là où la topographie interfère
avec le plan de la maison, le rocher est creusé afin d’être adapté au plan de la
construction40. Horvat Ptora présente une configuration identique. Au niveau 2 (BA I),
des bâtiments monocellulaires rectangulaires sont construits dans la pente. La partie
orientale de leur fondation s’élève sur la surface alors que leur partie occidentale est
creusée dans la colline41. Ce type de fondation sur le rocher se retrouve également à Ai,
Megiddo et Ta’annach. Sur ces sites, les constructeurs adaptent leurs constructions aux
traits naturels d’une région montagneuse, constituée de calcaire du Crétacé supérieur.
En outre, ce rocher représente un substrat stable sur lequel peuvent s’élever
d’importants murs défensifs, ainsi que des bâtiments à soubassement en pierre. À
Megiddo au Bronze ancien I B, les vestiges du niveau XIX (J-3) sont construits
directement sur le rocher. Ils se composent d’un très long mur dégagé sur environ 30 m
qui mesure entre 2,80 et 3,20 m de large42. À Arad, le site est également construit sur le
rocher de craie éocène. Comme les vestiges du Chalcolithique n’occupent qu’une petite
partie du site, les constructeurs du Bronze ancien ont pu fonder le mur de fortification
près du substrat naturel du site, sur un minimum de couches anthropiques43.

Quand c’est nécessaire, les constructeurs arasent et aplanissent les vestiges


antérieurs afin d’établir leurs nouvelles fondations aussi proches du rocher que possible.
Ainsi, à Ai, le premier mur d’enceinte (mur C) est construit près du rocher après
arasement des vestiges de l’occupation villageoise antérieure. De même, à

40
Golani, 2003, p. 19.
41
Gorzalczany & Baumgarten, 2005.
42
Loud, 1948, p. 61-64, fig. 390.
43
Rast, 1995, p. 124.

27
Tell Ta’anach, la ville du Bronze ancien II a été construite directement sur le rocher,
après que les constructeurs aient ôté au préalable toutes les couches de sédiments
antérieurs. Le rocher constitue également un excellent niveau de sol pour une rue. Ainsi,
à Tel Bareket (fig. 1, pl. 67), dans la plaine centrale, tout le site est construit directement
sur la colline crayeuse et les escaliers naturellement formés du site sont utilisés pour
circuler (rue 1316)44. Le rocher peut subir aussi quelques aménagements. À
Jebel Mutawwaq, là où le rocher présente des craquelures ou des irrégularités, elles sont
remplies de terre et de petits galets45.

La terre peut également constituer un substrat stable, sa résistance dépendant de


sa composition. De ce fait, à Beth Yerah, les vestiges du Bronze ancien sont fondés
directement sur le sol vierge du site, de la marne de Lisan stérile46. La capacité de
résistance minimale des roches sédimentaires varie de 5 kg par cm2 pour les roches très
tendres, à 15 kg par cm2 pour le calcaire dur ou le grès. Comme un mur en briques de
2,50 m de hauteur pèse en moyenne de 3,7 kg/ cm2. Il est plus adapté aux sols composés
de roches tendres comme la marne ou le sable grossier. Cependant, ce dernier constitue
un niveau de fondation plus stable que la marne, car il est pratiquement incompressible.
Ainsi, les maisons des sites de la Plaine côtière comme Afridar, Palmahim Quarry,
Ashkelon-Barnea ou Tel Lod (fig. 1, pl. 113)47, se composent souvent de murs en
briques qui reposent directement sur le sol vierge constitué de sable.

   %   * 


Dans d’autres situations, l’établissement des sites nécessite la réalisation de
travaux préliminaires plus importants ainsi que le recourt à des techniques de fondation.

i. Des couches de fondation


Le premier type d’aménagement consiste à déposer des couches de terre sur le
substrat. De cette façon, à Tel Kabri, la maison à double abside 1057 (fig. 2, pl. 107) est
fondée sur une couche de 0,50 m de terre tassée. Les murs construits par-dessus n’ont
pas de tranchée de fondation48. La couche de terre peut aussi être cendreuse comme
dans le chantier C de Tel Yarmouth. Selon G. R. H. Wright, quand le sol est argileux et
instable, il devient sujet aux glissements de terrain quand il est mouillé. Les
constructeurs antiques palliaient à ces problèmes en appliquant une alternance de
calcaire pulvérisé (huwwar) et de cendres, ce qui permettait de diminuer la plasticité des
sols argileux. Les cendres étaient produites en brûlant du matériel organique

44
Paz & Paz, 2007, p. 84.
45
Fernandez-Tresguerres Velasco, 2005, p. 365.
46
Greenberg & alii, 2006, p. 13.
47
Kaplan, 1993, p. 917.
48
Kempinski & Niemeier, 1991, p. 189.

28
directement sur place. Ainsi, les niveaux cendreux observés sur les tells ne résultent pas
toujours de destructions violentes, ils peuvent être le produit de travaux de stabilisation
de la zone avant la construction d’un nouveau bâtiment49.

ii. Techniques de fondation pour sols instables


Les substrats les plus instables se trouvent dans la vallée du Jourdain et dans le
sud-est de la plaine de la Mer Morte. Dans ces zones, tout type de rocher est enfoui si
profondément qu’il ne peut en aucun cas jouer le rôle de stabilisateur lors de la
construction. En effet, les sols naturels caractéristiques de la vallée du Jourdain, du lac
de Galilée à la mer Morte se composent de marnes stratifiées, de graviers et de sable,
tous déposés par le lac Lisan au cours du Pléistocène. De ce fait, ces dépôts lacustres
offrent des conditions complètement différentes et beaucoup moins stables que dans la
région des collines. La principale technique permettant de pallier à ces problèmes de
stabilité reste le recourt massif à la brique crue. Ainsi, à Jéricho, les murs de
fortification étaient composés de briques, parfois posées sur d’étroites fondations en
pierre d’une ou deux assises. Selon K. Kenyon, cette utilisation majoritaire de l’argile
est due à son abondance à proximité immédiate du site. Mais la disponibilité seule du
matériau n’explique pas son emploi extensif, en particulier pour la construction des
fortifications. De plus, la pierre n’est pas absente de la région. Elle se trouve en
abondance dans les environs immédiats du tell et dans le lit des rivières proches.
L’usage quasi-exclusif de la brique à Jéricho est donc dicté par des problèmes de poids
des constructions. En effet, selon W. E. Rast, les murs en pierre sont trop lourds pour un
site dont la base est composée de sédiments meubles. D’autres fouilles dans la vallée du
Jourdain montrent également que la brique est le principal matériau de construction
employé. La pierre reste cantonnée aux assises de fondation. C’est le cas notamment à
Tell Dayr ‘Alla et à Tell es-Sa’idiyeh, tous deux construits sur un substrat de gravier, de
sable et de marne50.

Bâb edh-Dhrâ’ représente le cas le plus extrême de construction sur un substrat


instable. Le site se compose d’une série de tertres marneux surplombant la plaine du
Lisan, à l’ouest. L’instabilité naturelle du site est accentuée par le fait que les sédiments
supérieurs se composent de marnes stratifiées sur près de 13 m de hauteur. Pour les
premiers utilisateurs du site, au Bronze ancien IB, qui se servaient de ce site comme
zone funéraire. Leur mode d’inhumation est adapté aux spécificités de la marne. Ils
creusaient des tombes composées de chambres souterraines accessibles par un puits. Les
marnes de Lisan étant imperméables, les tombes se conservaient bien si elles restaient
closes. Mais ce sont ces mêmes qualités de la marne qui rendent l’usage du site difficile
lors de l’installation sédentaire du village du Bronze ancien IB et surtout de la ville du

49
Wright, 2005, p. 83.
50
Rast, 1995, p. 125.

29
Bronze ancien II-III. La mauvaise conservation des vestiges du village du
Bronze ancien IB suggère que l’érosion de la marne tendre était un problème constant
pour ses occupants. En effet, cette roche n’est pas adéquate pour une installation
permanente, car elle se pulvérise très vite quand elle est piétinée ou pendant la saison
sèche et devient un bourbier à la saison des pluies51.

Les constructeurs ont imaginé plusieurs solutions pour pallier à ces problèmes.
Ainsi, dans le chantier F4, en s’installant les occupants ont nivelé la surface marneuse
afin de la rendre plus apte à l’occupation. Ils ont également coupé une partie de la pente
marneuse, au-dessus des tombes, sur le côté sud du secteur F452. Au nord, dans le
chantier XII (fig. 3, pl. 65), la couche naturelle de gravier a été coupée sur près d’un
mètre de profondeur. Les murs 7 (XII.7) et 4 (XII.11) viennent s’appuyer contre cette
tranchée53. La méthode qui consiste à couper à travers la couche naturelle de gravier ou
tout autre type de sol, afin que les murs s’y adossent s’observe dans d’autres chantiers
du site et même dans le cimetière54. La technique prévient l’érosion et renforce la
structure des bâtiments55. À l’inverse, la ville du Bronze ancien II repose directement
sur la couche de destruction du niveau IV, alors que le mur de fortification entièrement
en briques crues repose sur une couche de gravier qui a pour but de protéger les
premières assises56. Au Bronze ancien III, dans le chantier XVII, le niveau du chantier
est nivelé par un pavement de briques sur lequel sont construits des murs également en
briques.

Comme nous l’avons vu pour Jéricho, dans son étude des systèmes de fondation
de Bâb edh-Dhrâ’, W. E. Rast met en avant le choix stratégique que représente
l’utilisation extensive de la brique dans toutes les constructions car cela permet de
pallier aux inconvénients liés au substrat marneux du site. Ce choix n’est pas motivé par
une absence de ressources en pierres car le Wadi Kerak, tout proche, en était une source
abondante. Ainsi, il aurait été plus facile pour les constructeurs de remonter des pierres
directement depuis l’oued, plutôt que de récolter l’argile et de passer par tout le
processus de fabrication des briques. De plus, si au Bronze ancien I B, les briques
étaient produites à partir de la marne locale, au Bronze ancien II-III, l’argile provenait
de l’oued. Ainsi, en plus du processus de fabrication, les bâtisseurs devaient aller
chercher le matériau à une certaine distance du site pour obtenir des briques de
meilleure qualité.

51
Rast, 1995, p. 126.
52
Rast & Schaub, 2003a, p. 102-104.
53
Rast & Schaub, 2003a, fig. 6.5.
54
Schaub & Rast, 1989, p. 340.
55
Rast & Schaub, 2003a, p. 109-115.
56
Rast & Schaub, 2003a, p. 166-168.

30
0   )     
Les dispositifs de nivellement et d’aménagements de la surface peuvent être
remplacés ou complétés par la construction de murs de soutènements (fig. 2, pl. 23).
Ces derniers servent à « stabiliser la partie inférieure d’un ouvrage et à transmettre au
sol le poids du mur et la force de poussée du massif de terre »57. Ils peuvent être fondés
sur un substrat rocheux ou non. Dans le premier cas, les surfaces rocheuses doivent être
mises à nu afin d’éviter les risques d’affouillement ou de tassement inégal. De cette
façon, les constructions peuvent même s’établir sur des pentes importantes. Dans le
second cas, les murs de soutènement ne peuvent être construits que dans des zones peu
pentues58. Dans tous les cas, ils servent à délimiter une plate-forme qui sert de base à
une construction, pour des plantations agricoles ou pour stabiliser une pente
(Chantier E, Tel Yarmouth59). Cependant, dans de très nombreuses publications, les
archéologues font référence à des murs de terrasse, mais le manque d’illustrations
graphiques, et notamment de vues en coupe, rend très difficile la compréhension exacte
de leur fonctionnement. Ainsi, à Tel Lod, les archéologues précisent qu’un des murs de
la maison du chantier D a aussi servi de mur de terrasse, car il est construit dans la
pente60, or le fait d’être construit dans la pente ne constitue pas un critère
d’identification pour un mur de terrasse.

i. Bronze ancien I
La construction de mur de terrasse permet de compenser les irrégularités du
terrain comme à Jebel Mutawwaq, où le village du Bronze ancien IA, s’établit sur un sol
très irrégulier. Là où l’importance de la pente pose des problèmes de petites terrasses
sont créées afin de corriger les dénivellations61. La méthode crée un étagement des
constructions comme à En Esur (chantier A) (fig. 1, pl. 88)62, Tell Abu al-Kharaz
(tranchée VIII), Horvat Illin Tahtit (fig. 2, pl. 144)63, ou à Jéricho (plateau nord)64. Dans
certains cas, les murs de maisons servent de mur de terrasse. Ainsi, à Qiryat Ata
(niv. III), dans le chantier A, le gros mur (501) nord du bâtiment 2 a aussi servi de mur
de support pour la terrasse sur laquelle est construit le bâtiment 1 (fig. 1, pl. 134)65.

Tous ces murs de terrasse se composent de gros blocs de pierre, mais ils
existaient aussi des cas de murs en briques, comme dans le chantier XIV, de Bâb edh-
Dhrâ’ (BA IB). Dans les secteurs XIV.6 et .7, un amas de briques provenant d’un

57
Lassure, 2005.
58
Lassure, 2005.
59
Communication personnelle de P. de Miroschedji.
60
Lass, 2006, p. 51.
61
Fernandez-Tresguerres Velasco, 2005, p. 365.
62
Yannai, 2006, p. 34-42.
63
Braun, 2008a, p. 1789.
64
Nigro, 2007a, p. 15.
65
Golani, 2003, p. 22-23.

31
système de soutènement a été retrouvé le long de la pente. Il était encore intact à
certains endroits66.

ii. Bronze ancien II


Au Bronze ancien II, la technique des murs de soutènement se développe dans
les sites fortifiés où elle est employée en lien avec les remparts. Ainsi, à Tel Qashish, un
mur extérieur, parallèle au rempart, a été dégagé sur une dizaine de mètres. L’espace
entre le rempart et le mur de soutènement est rempli de petites pierres et de terre
(fig. 1, pl. 132). Le mur de fortification et le mur de soutènement étaient tous deux
construits au sommet des vestiges du Bronze ancien I67. Le même type de mur de
soutènement a été trouvé à Ta’anach et Khirbet ez-Zeraqun. À Meona, les constructeurs
commencent par bâtir le mur de fortification (niveau I), puis ils remblaient l’espace
situé entre le rempart et le pied de la colline afin de créer la plate-forme sur laquelle est
établie la pièce 1 (fig. 1, pl. 124)68.

Les murs de terrasse sont aussi employés pour fonder des habitats et gagner de
l’espace en construisant sur les pentes parfois abruptes des collines. À Khirbet el-
Mahruq (fig. 1, pl. 114), des murs de soutènements étayent des terrasses sur lesquelles
étaient construites des maisons. Ce sont des murs de 2 m de haut construits avec des
pierres non taillées et des assises de briques69. De même, à Tel Bareket, la terrasse
supérieure, du quartier nord-ouest (chantier ML1) est occupée par des bâtiments répartis
sur des terrasses (fig. 2, pl. 67). Une rue droite orientée est-ouest traverse le secteur70.
Dans les chantiers XVII et XIX de Bâb edh-Dhrâ’, les pentes situées autour de ces
chantiers étaient incorporées dans la ville grâce à des terrasses en briques qui facilitaient
leur accès. Dans le chantier XIX, niveau IIIC, deux grands murs parallèles en briques,
orientés nord-sud servent de murs de terrasse (murs 48/105 et 97/110). Construits selon
la même technique, ils s’élèvent à la même hauteur. Un remplissage fait le lien entre les
murs au niveau inférieur. Les murs sont construits comme des contreforts appuyés
contre la pente. Ils permettent à des terrasses de pouvoir être construites par-dessus. Le
grand mur de terrasse 48/105 est préservé sur une vingtaine d’assises de haut, soit entre
2 et 2,30 m de hauteur. La partie inférieure du mur repose sur une couche de gravier qui
s’étage graduellement vers le sommet de la pente à approximativement 45°
(fig. 1, 2, pl. 64). Dans le chantier XIX.2, les deux murs sont reliés par un mur
transversal est-ouest, le mur 108 (fig. 3, pl. 64)71.

66
Rast & Schaub, 2003a, p. 123.
67
Ben-Tor, Bonfil & Zuckerman, 2003, p. 61.
68
Braun, 1996b, p. 9.
69
Eisenberg, 1993b, p. 931.
70
Paz & Paz, 2005.
71
Rast & Schaub, 2003a, p. 207, fig. 8.34, coupe 8.32.

32
iii. Bronze ancien III
Au Bronze ancien III, les mêmes techniques sont utilisées afin de construire dans
la pente. À Bâb edh-Dhrâ’, le chantier XIX est caractérisé par une pente naturelle qui
est actuellement de 21° mais qui était de 36° durant l’Antiquité. Pour y habiter, les
constructeurs ont aménagé des terrasses artificielles et des murs de contrefort. Ainsi, les
chantiers XIX.1 et XIX.2 contiennent une série de surfaces d’habitations établies sur
une terrasse artificielle72.

À Tel Yarmouth, les constructeurs ont eu recours à plusieurs techniques afin de


stabiliser les constructions et de construire dans la pente. Dans le chantier H, les
constructions s’étagent sur des terrasses artificielles bordées par des murs de
soutènement (fig. 1, pl. 158). Elles sont composées d’un assemblage de murs de pierre,
à parement simple, formant des caissons bourrés de pierres. Trois niveaux de terrasses
artificielles ont été identifiés, elles supportaient des constructions dont le sol chaulé
recouvre directement le bourrage de pierres du caisson73. Le même type d’agencement a
aussi été identifié dans le chantier C. Selon J.-F. Breton, les murs à caissons servent à
mieux répartir les charges d’un ouvrage très lourd, permettant de compenser les
tassements différentiels. Ils peuvent aussi servir à isoler une construction de terre crue et
d’éviter de ce fait l’apparition du sillon destructeur. Des raisons plus symboliques ou
culturelles peuvent aussi entrer en jeu74. Ainsi, à Megiddo, au niveau XV, un mur de
5 m de large, situé près du bâtiment 3160 servait apparemment de mur de soutènement
pour l’enceinte sacrée (fig. 1, pl. 121)75.

Dans le cas du Palais B1 de Tel Yarmouth, des travaux encore plus importants
ont été réalisés (pl. 153). La vaste construction de près de 6 000 m2 se fonde en partie
sur le palais antérieur B2, mais surtout sur une vaste terrasse artificielle. En effet,
comme l’explique P. de Miroschedji : « Le terrain étant en pente vers le nord, des terre-
pleins y furent aménagés par remblais de manière à constituer une série de paliers qui
s’étagent du nord-est vers le sud-ouest, avec chacun un dénivelé de l’ordre de 20 à
30 cm». La hauteur des remblais atteint 1,50 m de haut au nord, au nord-est et à l’est du
Palais B276. « Un fort soutènement a été aménagé autour de l’angle ouest qui reposait
sur des remblais en pente vers l’ouest ; il consiste en une accumulation de pierres de
6 m de larges retenues par un parement de gros blocs d’au moins 2 m de profondeur »77.
En résumé, dans un premier temps la muraille antérieure (Muraille A) et les niveaux
adajacents ont été arasés, puis il y a eu une accumulation de remblai au nord-est et enfin

72
Schaub & Rast, 1984, p. 52-53.
73
Miroschedji, 1988b, p. 200.
74
Breton, 1998, p. 13.
75
Loud, 1948, p. 78.
76
Miroschedji, 1993a, p. 833.
77
Miroschedji, 2000b, p. 689.

33
l’aménagement d’une terrasse artificielle retenue par le mur pépriphérique du Palais78.
Ces travaux représentent l’exemple le plus important d’aménagement du terrain au
Levant sud au 3ème millénaire.

En conclusion, ces quelques exemples montrent que sur de nombreux sites du


Bronze ancien, les constructeurs étaient capables d’assurer de solides fondations pour
leurs réalisations architecturales, qui prennent en compte la nature du substrat
géologique. Que la roche mère soit composée de roches compactes ou d’une sorte de
conglomérat solide, elle devait fournir le meilleur support possible pour des murs très
lourds et d’importantes constructions en pierre. De ce fait, les constructeurs étaient prêts
à réaliser de très importants travaux d’aménagement du terrain avant d’entreprendre la
construction de maisons ou de constructions monumentales. Certaines de ces
réalisations, comme les grands travaux de nivellement ou la construction des importants
murs de soutènement, s’apparentent à des constructions monumentales. Leur réalisation
a nécessité de gros travaux entrepris sans doute sous l’autorité d’un pouvoir centralisé.
Ainsi, toute construction est précédée de travaux de mise en forme plus ou moins
importants.

&        


Lors du choix du plan et des matériaux, plusieurs considérations d’ordre
technique entrent en jeu, en lien notamment avec le poids de la future construction, la
nature géologique du sol ce qui entraîne la prise de certaines mesures de protection.

La nature du substrat géologique et l’importance des dépôts anthropiques


antérieurs influencent la densité du terrain, le rendant plus ou moins stable. De cette
façon, le choix des matériaux de construction est issu d’un compromis entre les
matériaux disponibles immédiatement aux alentours, la nature du substrat et
l’investissement humain consenti. Comme la Palestine est une zone riche en pierres, la
plupart des constructions comportent des soubassements en pierre. Mais, dans certaines
zones au substrat instable, la brique peut être privilégiée car beaucoup plus légère. Aussi
pour avoir un ordre de grandeur du poids des constructions, E. Lass a procédé à une
estimation du poids d’un mur tout en briques du site de Lod. Le mur choisi se situe au
nord du bâtiment du chantier D (fig. 1, pl. 113). Il mesure 8,50 m de long et il se
compose de vingt-six briques posées en carreaux, dans chaque assise. Il se compose de
18 assises de briques superposées, soit au total 468 briques pour une hauteur de deux
mètres. Le mortier entre les assises mesure 0,04 m d’épaisseur. Le tout pèse un total de
8,7 tonnes, en incluant le mortier. Si le bâtiment avait été carré, il aurait été constitué de
1872 briques pesant un total de 34,7 tonnes79. Le même mur (2 x 8,50 x 0,30 m) tout en
78
Communication personelle de P. de Miroschedji.
79
Lass, 2006, p. 53.

34
pierre serait évidemment plus lourd. Tout en calcaire, il pèserait environ 11 tonnes et le
bâtiment entier 44 tonnes80, soit 10 tonnes de plus que le même mur tout en briques.
Ainsi, dans les zones aux sols mous ou sujettes aux glissements de terrain, les
constructeurs privilégiaient la brique. De ce fait, même si l’usage de la pierre reste
majoritaire, notamment dans les soubassements, celui des briques représente une
alternative pour les sols non homogènes comme à Bâb edh-Dhrâ’ et à Jéricho.

'( *   &         


En amont de toute construction, même la plus simple, il y a une étape
d’observation et d’étude durant laquelle le constructeur doit définir : sa localisation, son
plan général, ses dimensions, les matériaux à employer… Cependant, les techniques et
le savoir qui entrent en jeu ne sont pas les mêmes pour un silo ou pour un palais. Ces
différences de méthodes reflètent l’existence de constructeurs différents.

      "   


i. Le plan
Contrairement au monde égyptien ou mésopotamien, il n’y a pas d’exemple
palestinien de plan d’architecte représentant la future construction en deux dimensions.
Les observations ethnologiques montrent plutôt que les constructeurs tracent le plan du
bâtiment sur le sol avec de la chaux ou du plâtre, à l’échelle 1 : 181. La méthode reste
pratiquée dans tout le Proche-Orient où les études décrivent la construction de bâtiments
sans architectes réalisés directement d’après des marques symbolisant le plan au sol, à
taille réelle82. À Bâb edh-Dhrâ’, dans le chantier IV.2, les archéologues pensent avoir
repéré une variante de ce système. En effet, ils ont dégagé de nombreux petits trous
creusés dans la marne, remplis de mortier. Selon eux, ces cavités servaient à positionner
le mur dans l’espace et à assurer le lien entre la première assise de brique et le substrat.
De plus, un petit objet en os, retrouvé à l’intérieur d’un de ces trous, a pu servir à le
forer83. L’usage d’outils en os n’est pas incongrue, O. Aurenche rappelle que dès la
Préhistoire les premiers outils utilisés pour creuser les maisons fosses devaient être faits
avec des « pelles » en os réalisées avec des omoplates de ruminants84.

D’une manière plus traditionnelle, les plans devaient être implantés grâce à
l’usage de cordes, à la fois de simples cordes d’arpentage et des cordes à nœud pour les

80
Le poids d'une maçonnerie de pierre s'obtient par la formule : poids = volume x indice de densité.
L'indice de densité du calcaire est de l'ordre de 2,5 / 2,6 mais en tenant compte des interstices, des vides
entre les pierres, il convient d'abaisser cet indice à 2 / 2,1 / 2,2 (Lassure, 2002)
81
Miroschedji, 2001b, p. 466.
82
Aurenche, 1981, p. 95.
83
Rast & Schaub, 2003a, fig. 8.9, n° 034.
84
Aurenche, 1984, p. 11-12.

35
rares cas où un système d’unités de mesure était utilisé. Ces techniques n’excluent pas
l’usage de principes mathématiques simples, lors de l’élaboration et de la construction.
En effet, afin d’appréhender les notions d’extension spatiale, l’homme a mis en place,
dès le Néolithique, des mesures standard, comme le poids85. Cependant, si le sujet des
liens entre mathématiques, géométrie, métrologie et architecture a été très largement
débattu pour les civilisations égyptiennes et mésopotamiennes, les études concernant la
Palestine restent rares.

ii. Les outils d’implantation


Même s’il semble évident que les mathématiques sont connus aux périodes
anciennes, il est encore très difficile de savoir exactement quels sont les liens avec
l’architecture. La question est encore plus problématique dans les civilisations sans
écriture. Ainsi, il faut envisager que même si les sociétés du Bronze ancien en Palestine
n’ont pas utilisé d’écriture, elles avaient recours à des systèmes rudimentaires de
compte. J.-B. Humbert pense que les « jeux » constitués d’une pierre où sont taillées des
petites cupules ont pu servir de machine à calculer primitive, fonctionnant selon un
système comparable à celui du boulier86. Sur la figure 2 de la planche 7, un de ces
« jeux » retrouvé à Arad est représenté. C’est un jeu de plateau taillé dans de la craie
locale. Cependant, il est plus communément interprété comme un équivalent du jeu
égyptien de Senet87.

De façon plus courante, les archéologues s’accordent à dire que les bâtisseurs de
l’Âge du Bronze utilisaient déjà la corde à nœud88. Le principe de cet outil est simple :
une corde est subdivisée en douze petits segments d’égales longueurs par des nœuds
(fig. 3, pl. 7). C’est à la fois un outil d’arpentage89 pour mesurer de grandes distances et
un outil qui permet de tracer au sol des triangles rectangles (ou triangle de Pythagore)
dont les côtés correspondent respectivement à 3, 4 et 5 unités de mesure90. La distance
entre chaque nœud peut correspondre à une unité de mesure précise. Ce type de
situation est représenté dans des sources iconographiques égyptiennes où les nœuds
étaient séparés par une distance d’une coudée91. L’usage de la corde à 12 nœuds permet
d’établir une grille dont le maillage équivaut à un module. Ce module est un multiple
d’une unité de mesure choisie92.

85
Wright, 2005, p. 4.
86
Cours de J.-B. Humbert à l’EBAF, 2005/2006.
87
Sebbane, 1990, p. 233-235.
88
Forest, 1991, p. 161 ; Miroschedji, 2001b, p. 467 ; Rossi, 2004, p. 154-159 ; Emery, 2007, p. 250-251.
89
Emery, 2007, p. 251.
90
Forest, 1991, p. 161.
91
Rossi, 2004, p. 154.
92
Miroschedji, 2001b, p. 475, fig. 24.6, 24.8.

36
iii. Le triangle rectangle
La réalisation de triangles rectangles et donc d’angles droits est très importante
dans l’architecture notamment monumentale. Ainsi, le Palais B1 de Tel Yarmouth
comporte au nord et à l’ouest, des angles droits presque parfaits et son angle sud mesure
95° (pl. 151)93. La présence de ces angles droits parfaits témoigne de la maîtrise de
connaissances techniques spécifiques. Partant de cette constatation, on pouvait supposer
que l’examen d’autres bâtiments du Bronze ancien pouvait permettre d’identifier
d’autres angles droits. Malheureusement, ce type d’observation reste difficilement
réalisable en l’état de la documentation, car beaucoup de plans ne sont pas publiés
pierre à pierre et les échelles sont souvent trop petites pour une observation concluante.
Cependant, quelques observations ont pu être réalisées, même si elles sont à prendre
avec une certaine réserve, car dans certains contextes il est difficile de déterminer la part
exacte de volonté explicite du constructeur. Ainsi, toujours sur le site de Tel Yarmouth,
le « Bâtiment Blanc », d’abord interprété comme un temple94, possèdent deux angles
externes droits (fig. 3, pl. 155). Pour comparatif, il faut noter qu’aucun angle droit n’a
été repéré dans le quartier d’habitation G. Toujours, au Bronze ancien III, Megiddo
fournit également des plans d’édifices comportant des angles rectangles (temples 4040,
5269 et 5192)95. Mais, avant tout le plan de ces bâtiments a été élaboré à l’aide d’une
grille (pl. 8) dont le module de base mesure 5,5 coudées et chaque coudée mesure
0,525 m96. Dans le bâtiment aux cercles de Beth Yerah, tous les murets de partition
situés à l’intérieur des cercles ou silos sont perpendiculaires (pl. 80)97.

À la période précédente, au Bronze ancien II, à Khirbet ez-Zeraqun, les plans ne


sont pas dessinés pierre à pierre, cependant, il semblerait que quelques bâtiments de
prestige possèdent des angles droits. Dans la zone des temples située dans la ville haute,
les plans des temples B0.1 et B0.4 possèdent des angles externes droits. Le temple B0.5
possède seulement quelques angles droits. Dans la zone du palais, seul le secteur B0.10
– le secteur de réception – possède des pièces parfaitement rectangulaires. Ce qui ajoute
au caractère monumental et à l’impression de construction soignée de cette zone. À
Bâb edh-Dhrâ’, sur huit plans de maisons charniers publiés, cinq possèdent des angles
droits, sur une partie ou à tous les angles. Enfin, à Ai, la salle barlongue du temple de
l’acropole possède aussi des angles droits internes et externes98.

Ce rapide inventaire, montre que peu de cas ont été attestés. Tous datent du
Bronze ancien II et III et une large majorité appartient à des bâtiments à usage non
domestique : palais, temple ou tombe. De plus, dans les cas du Palais B1 de

93
Miroschedji, 2000b, p. 690, 694.
94
Miroschedji, 1988a, p. 35-43 ; Miroschedji, 1988b, p. 200-203.
95
Loud, 1948, p. 78.
96
Miroschedji, 2001b, p. 485, fig. 24.8.
97
Mazar, 2001, p. 449.
98
Marquet-Krause, 1949, p. 10-12, pl. VI-VII, XC.

37
Tel Yarmouth ou des temples du Bronze ancien III de Megiddo, leur élaboration a
nécessitée la mise en place d’une grille (pl. 8) dont les modules sont basés sur une unité
de mesure dérivée de la coudée de 0,525 m. Cette planification d’ensemble et leur
architecture plus soignée résultent de raisons symboliques. Ainsi, même si la méthode
de réalisation des angles rectangles était connue, elle n’était pas appliquée partout.
Selon A. Emery, cela reflète une absence d’enjeu économique dans l’exactitude de
l’implantation de l’habitat. À l’inverse de l’architecture des maisons, certains critères
d’ostentation entraient en compte dans l’architecture monumentale99.

    %


L’étude des figures géométriques comme le triangle rectangle ou le rectangle
mène invariablement à celle des unités de mesures et des systèmes métriques. Etaient-ils
connus et employés au 3ème millénaire ? Si oui dans quels types de constructions ? En
abordant cette question, il faut d’abord mentionner que dans de très nombreuses
cultures, les unités de mesure employées sont directement liées aux dimensions du corps
humain. De cette façon, les appellations de coudée, poing, paume, empan et doigt sont
très couramment utilisées pour désigner des unités de mesure (fig. 1, pl. 7)100. Après un
rapide rappel de la situation dans les grandes civilisations voisines, nous évoquerons le
cas de la Palestine.

i. La métrologie en Mésopotamie et en Égypte


En Mésopotamie, les plus anciens systèmes de mesure de longueurs apparaissent
avant l’invention de l’écriture. Ils datent de la période d’Obeid, soit du 6ème et du
5ème millénaires avant notre ère101. Des techniques de tracé préalable des plans au sol
sont alors mises en œuvre en utilisant soit des modules reposant sur des propriétés
géométriques (triangles isocèles ou rectangles, carrés, etc.), soit une grille quadrillée
matérialisée ou non au sol. Dès cette époque, il est évident que les propriétés des
triangles rectangles 3 : 4 : 5 sont connues. Elles permettent à l’aide d’une simple corde à
nœud étalonnée de tracer au sol des angles droits102. D’après l’étude des plans des
maisons obeidiennes, J.-D. Forest identifie l’usage d’une unité de référence de 0,58 m
apparentée à une coudée ou à deux pieds. Cette unité de mesure et ses multiples sont
adaptés selon les besoins et utilisés pour réaliser une trame quadrillée orthogonale, avec
l’aide d’une corde à douze nœuds. Les raisons de l’usage de ces techniques
contraignantes seraient d’ordre symbolique103.

99
Emery, 2007, p. 255.
100
Kubba, 1987, fig. 229, 230.
101
Kubba, 1987 ; Forest, 1991.
102
Sauvage, 1998, p. 75.
103
Forest, 1991, p. 162-170.

38
En Égypte, l’utilisation de systèmes de mesure de longueur est attestée à la fois
dans les vestiges architecturaux, mais aussi dans les textes et par des objets de mesure.
La principale unité est la coudée : soit la distance du pli du coude jusqu'a l'extrémité du
majeur. Dès l’Ancien Empire, la coudée dite royale car plus longue qu’une coudée
humaine est utilisée en architecture. Elle mesure 0,52 m104. Un des exemples les plus
célèbre de l’utilisation de cette unité de mesure provient du tesson retrouvé dans le
complexe funéraire de Djoser à Saqqarah et daté de la 3ème dynastie (2 640-2 575 avant
notre ère). Il porte le dessin d'un arc de cercle annoté d'indications de longueur
exprimées en coudées, paumes et doigts105.

ii. La métrologie au Levant


Au Levant, les sources documentaires sont plus rares. Elles reposent
essentiellement sur la Bible et plus précisément sur un passage du livre d’Ezéchiel (40-
48) qui fait référence aux dimensions du temple de Jérusalem. Elles sont en coudées
d’environ 0,525 m, comme en Égypte, avec des unités plus petites comme l’empan
(demi-coudée), la paume (un tiers d’empan ou un sixième de coudée) et le doigt (un
quart de paume)106. Une différence est faite entre la coudée humaine de six paumes et la
coudée royale de sept paumes. P. de Miroschedji précise que la première est empirique
et mesure environ 0,45 m et que la seconde n’est pas basée sur des proportions
humaines standard et mesure 0,525 m107.

Pour l’architecture plus ancienne, les principales études ont été menées par
D. Milson108 et par P. de Miroschedji109. D’une part, les études de métrologie menée par
D. Milson portent sur l’analyse de bâtiments monumentaux datés de l’Âge du Bronze et
de l’Âge du Fer situés à Megiddo, Shechem, Hazor et Gezer. Selon lui, des unités de
mesure déjà connues, comme la coudée de 0,5485 de Khorsabad, ont été employées lors
de la construction des temples du Bronze ancien III de Megiddo et de la porte du
Bronze moyen de Shechem (1 650-1 550)110. De plus, dans la porte nord-ouest de
Shechem, les constructeurs auraient utilisé la petite coudée égyptienne (0,45 m) et dans
les trois portes monumentales de Megiddo, Hazor et Gezer (datées des 10ème et
9ème siècles avant notre ère), une coudée royale égyptienne de 0,5235 m111. Les très
grands écarts autant chronologiques que géographiques entre ces comparaisons rendent
les conclusions de D. Milson fort improbables.

104
Goyon & al. 2004, p. 93-95.
105
Emery, 2007, p. 20.
106
Kubba, 1987, fig. 231.
107
Miroschedji, 2001b, p. 468-470.
108
Milson, 1988.
109
Miroschedji, 2001b.
110
Emery, 2007, p. 24-25.
111
Milson, 1988.

39
D’autre part, à Byblos, lors de la période préamorite (fig. 1, pl. 81), dite aussi de
style « Piqueté » (2 700 à 2 150 avant notre ère), l’époque marque, selon J. Lauffray,
« l’épanouissement de la vie urbaine ». Elle est marquée par l’apparition de nombreux
changements architecturaux. Ainsi, « la construction devient homogène (et les plans
tendent) vers une standardisation avec l’utilisation d’une coudée de 0,54 m, du moins
dans les édifices publics et les temples »112. Cependant, l’absence de mesures
systématiques ne permet pas de confirmer cette théorie.

L’étude menée par P. de Miroschedji se base sur l’étude du plan du Palais B1 de


Tel Yarmouth (BA III). Il a démontré l’emploi systématique d’une unité de mesure : la
coudée de 0,525 m, ainsi que la planification architecturale à grande échelle du bâtiment
(pl. 8). L’emploi de la coudée a été identifié dans la construction des murs, des portes et
des contreforts (pl. 154). De plus, les briques du palais mesurent en moyenne
0,50 x 0,25 x 0,15 m. De cette façon, une brique placée transversalement ou deux
briques posées longitudinalement, avec l’ajout de mortier et d’enduit sont égales à
l’épaisseur d’un mur d’une coudée de large113. Les murs ont des épaisseurs standard
résumées dans le tableau ci-dessous :

Catégorie de mur Largeur en m Largeur en coudée de 0,525 m


Mur périphérique 1,82/83 3,5
Gros mur 1,30 2,5
Mur ordinaire 1,03 2
Cloison 0,52 1
Tabl. 1 : Correspondance largeur en mètre et en coudées des murs du Palais B1114.

L’usage de la coudée de 0,52 m a aussi été identifié dans un autre bâtiment de


Tel Yarmouth, le « Bâtiment Blanc », situé dans le chantier C (fig. 2, pl. 155). Ses murs
mesurent 2 coudées de large, l’entrée principale mesure 2,5 coudées et l’entrée
secondaire 1,5 coudées115. La coudée a également été employée dans la construction des
fortifications du site (épaisseur des murailles, longueur, largeur et espacements des
bastions, largeur des portes…)116. P. de Miroschedji a aussi identifié l’usage de la
coudée de 0,50/0,525 dans les temples Bronze ancien III de Megiddo. Les murs
externes mesurent entre 2 et 2,10 m, soit 4 coudées. Les murs mesurent entre 17,60 et
17,80 m soit 33,5 ou 34 coudées. Leur construction planifiée résulterait de l’usage d’un
quadrillage117. Il faut aussi noter que les bases de piliers retrouvées dans ces temples
mesurent 0,53 m de diamètre. Cette mesure se retrouve à la fois dans les quatre bases du
112
Lauffray, 2008, p. 283.
113
Miroschedji, 2001b, p. 473.
114
Miroschedji, 2001b, p. 471-472, fig. 24.2.
115
Miroschedji, 2001b, p. 479.
116
Communication personnelle de P. de Miroschedji.
117
Miroschedji, 2001b, p. 482.

40
temple 5192, dans les deux du temple 5269. La coudée a aussi été employée pour la
réalisation des autels dans les temples 4040 et 5192118.

En outre, lors de leur conférence au 6ème ICAANE à Rome, R. Greenberg et


S. Paz, qui ont repris la fouille de Beth Yerah et du bâtiment aux cercles, ont proposé
une reconstitution du plan utilisant la coudée royale égyptienne. Selon cette
reconstruction, les quatre petits cercles mesurerent 7 à 8 m, soit 15 coudées ; le cercle 7
mesure 8,35 m soit 16 coudées ; les deux grands cercles mesurent 9 et 9,10 m, soit 17
et 17,5 coudées ; les murs de partitions mesurent 2,35 m, soit 4,5 coudées119. De ce fait,
les cas d’utilisation d’un système métrique sont rares au Bronze ancien, mais très
fréquents dans l’architecture monumentale où la coudée de 0,52 m est employée. Cette
dernière présente quelques variations infimes entre 0,50 et 0,54 m. Les références
textuelles semblent démontrer son origine égyptienne (0,52 m), cependant le fait qu’elle
ait été également employée à Byblos (0,54 m) selon J. Lauffray, peut aussi indiquer une
provenance nord levantine de cette technique.

Dans les constructions domestiques, les exemples sont inexsitants. À partir du


Bronze ancien, les briques sont moulées et donc leur format sont plus ou moins
standardisés. C’est la raison pour laquelle on pourrait proposer de voir un lien direct
entre les briques et les unités de mesure. Ainsi, dans les quartiers domestiques, les
briques mesurent en moyenne 0,45 m de long. Une longueur qui s’apparente à la coudée
humaine de six paumes, déjà évoquée plus haut. Mais, les dimensions ne sont jamais
uniformes dans un même bâtiment et a fortiori dans un même site. De plus, lors de leur
séchage les briques subissent un rétrécissement qui rend difficile l’estimation exacte de
leur future longueur. Ainsi, la taille de la brique ne représente pas un indicateur fiable
de l’utilisation d’une unité de mesure. L’observation des plans ne fournit pas non plus
d’indices sur l’existence d’unités de mesure dans le cadre domestique. Néanmoins, dans
les sites fortifiés, certaines dimensions peuvent revenir régulièrement. Ainsi, à Tell el-
Fârǥah, la maison du H14 (loci 99, 100, 101)120 se compose de trois grandes pièces
(fig. 2, pl. 94). Deux font la même surface (30 m2) et toutes mesurent 4 m de large.
Cette largeur de 4 m est aussi présente dans la pièce du locus 56 d’une autre grande
maison. Le même phénomène se retrouve dans le quartier G de Tel Yarmouth où les
deux grandes pièces 712 et 713 mesurent également 4 m de large (pl. 156). Toutefois, il
est plus probable que cette largeur type résulte des possibilités techniques des
constructeurs que de l’emploi d’une unité de mesure.

118
Miroschedji, 2001b, p. 482.
119
Greenberg & Paz, conférence au 6ème ICAANE à Rome, 2008.
120
Vaux, 1948, p. 548-549, pl. X ; 1955, p. 548 ; Bonn Greenwald, 1976, p. 133-134.

41
+&2    
Dans quelques cas, des artefacts ont été retrouvés déposés près du niveau de
fondation de bâtiment, sous leurs sols ou dans leurs murs. Ces pratiques relèvent-elles
d’un dépôt de fondation destiné à être enterré de façon permanente ou n’est-ce pas
plutôt une cache destinée à thésauriser des matériaux onéreux comme le cuivre ? Dans
le premier cas, la pratique relèverait d’un désir de fondation symbolique ou
prophylactique ; dans le second cas se serait simplement un usage pratique d’un
bâtiment comme cachette.

     %  
• À Arad, sous le sol du pseudo-petit temple jumeau 4741, dans l’angle nord de la
pièce, un dépôt d’objets a été trouvé (locus 5103). Il se compose de cinq
poteries, de blocs de bitume et d’un marteau en pierre (fig. 1, pl. 9). Pour
R. Amiran, ils ont été déposés là intentionnellement et datent bien du niveau II
et non du niveau III, car ils n’auraient pas résisté à la destruction violente qu’a
connue Arad à la fin du niveau III121.

• À Tel Bareket, dans la pièce 765, un assemblage de ciseaux de tailles


différentes ainsi qu’un assemblage d’une dizaine de perles en coquillage, cuivre
et cornaline ont été retrouvés placés dans une jarre de stockage (fig. 2, pl. 10)122.

• À Beth Shean, trois haches en cuivre, une pointe de lance en cuivre et une
figurine miniature de cerf ont été découvertes dans la couche de destruction de la
grande pièce du bâtiment M-3 (dernière phase du BA IB)123. A. Mazar
n’identifie pas avec certitude ce dépôt comme une cache. Il pense que ces objets
pouvaient simplement être rangés là et regroupés en raison de leur utilité
commune. En effet, leur présence dans la couche de destruction ne permet pas
d’affirmer avec certitude qu’ils étaient enterrés sous le sol. Un autre exemple de
dépôts d’objets provient du même bâtiment, au niveau M-2. Dix lames
cananéennes de grande qualité se trouvaient dans l’angle sud-est du bâtiment
entre deux murs de briques. Les lames mesurent entre 0,20 et 0,75 m de long et
semblent avoir été cachées délibérément à cet endroit, entre les briques du mur,
peut-être avec l’intention de les récupérer un jour124.

• À Beth Yerah, dans le chantier BS, la pièce 160 datée du Bronze ancien II
contenait deux dépôts similaires de poteries : groupe nord et groupe sud

121
Amiran, Ilan & al., 1996, p. 55, pl. 31.
122
Paz & Paz, 2007, p. 88.
123
Mazar, 1994, p. 57.
124
Mazar & Rotem, 2009, p. 144.

42
(fig. 3, pl. 9). Chacun comprenait une jarre sans col, une grande jarre et une
petite jarre. Dans les deux cas, le col de la grande jarre se situait au niveau du
sol. Elle était couverte d’une pierre plate (groupe nord) et d’une tournette
(groupe sud). La petite jarre se trouvait à 0,15-0,20 cm sous le niveau du sol. Au
sommet de la cache sud se trouvaient deux cruches de taille inhabituelle dont
une de forme allongée qui portait une incision faite avant la cuisson, interprétée
comme un hiéroglyphe égyptien. Les vaisselles ont été enterrées de façon
intentionnelle, comme en témoigne leur parfait état de conservation125.

• À Jéricho, le mur de la pièce annexe de la maison 210, du Bronze ancien I a été


fondé sur une couche de déblais et d’ossements d’animaux. Ce dépôt étant très
limité dans l’espace, K. Kenyon pense qu’il a dû être inséré comme dépôt de
fondation126.

• À Megiddo, dans le temple du niveau J-2, une jarre sans col, contenant des os
de mouton a été retrouvée enchâssée dans le sol du J-2, près d’une base de
colonne127.

• À Mezer, sur le premier sol d’occupation de la maison ovale D6 (chantier D)


(fig. 2, pl. 124) se trouve une fosse circulaire (D14) de 2,14 m de diamètre et de
0,50 m de profondeur. À l’intérieur, se trouvaient des squelettes d’animaux, dont
celui complet d’un chien128. Dans le chantier B, sous le mur absidal du bâtiment
B1, cinq herminettes en cuivre ont été dégagées (fig. 4, pl. 9). M. Dothan pense
qu’il s’agit d’outils en métal utilisés lors de la construction puis déposés
volontairement à cet endroit129.

• À Qiryat Ata, un trésor d’objets en cuivre a été retrouvé proche du substrat


rocheux, près de l’assise inférieure du mur nord de la maison à double abside 2,
datée du Bronze ancien IB (fig. 1, pl. 10). Le trésor se composait de deux
ciseaux, d’une lame de couteau, d’une hache, d’une bague et d’un objet plat de
forme semi-circulaire à usage inconnu. Ce sont des outils ayant déjà servi et qui
étaient déjà cassés au moment de leur rassemblement à cet endroit. La cache ne
se situe pas directement sous le mur 501, mais à environ 5 cm au nord, près du
niveau de l’assise inférieure. Tous les objets semblent avoir été disposés à
dessein à cet endroit et aucun vestige stratifié d’une occupation antérieure n’a
été observé à proximité. Selon, A. Golani, le trésor a dû être un dépôt de

125
Greenberg & alii, 2006, fig. 8.27-8.29, 8.79.
126
Kenyon, 1981, p. 104, pl. 239.
127
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 50-53.
128
Dothan, 1959, p. 18-21, 23-27.
129
Dothan, 1957, fig. C, D, pl. 37.

43
fondation, même si la possibilité d’un dépôt antérieur à la construction de la
maison ne peut pas être exclue130.

 &  
Les contextes stratigraphiques et les compositions de tous ces dépôts sont très
variés. Ils ont été trouvés sous des maisons à double abside, rectangulaires simples ou
barlongues, datées du Bronze ancien I ou Bronze ancien II. De plus, la composition et la
nature des objets déposés sont variées, avec des outils en métal et en pierre, des
céramiques complètes, des ossements d’animaux, une tournette, un bloc de bitume, des
perles… Cependant, malgré l’interprétation des archéologues, toutes ces découvertes ne
constituent pas des dépôts de fondation.

Dans un premier temps, il est fort à douter que des os puissent constituer un
dépôt de fondation. Ainsi, dans le cas de la couche d’ossements d’animaux située sous
le mur d’une pièce de Jéricho, les os semblent avoir été simplement des déchets
contenus dans une couche de terre qui a servi de remblai. De même, la fosse contenant
des squelettes d’animaux à Mezer a pu être une simple fosse à déchets. Dans un
deuxième temps, les caches de céramiques retrouvées à Arad, Megiddo et Beth Yerah
sont intentionnels, car les vaisselles sont parfaitement conservées. De plus à
Beth Yerah, deux dépôts similaires ont été trouvés, ce qui démontre également leur
caractère intentionnel. La présence de ces dépôts a conduit les archéologues à
interpréter les bâtiments qui les contenaient comme des temples. Cependant, seul le
bâtiment de Megiddo en est un avec certitude. À Tel Bareket, une céramique complète a
également été trouvée mais elle contenait aussi des objets en métal entiers ainsi que des
perles. Les archéologues ne précisent pas exactement sa position stratigraphique. Cela a
pu être une céramique « de rangement » comme celle trouvée à Tell el-Fârǥah (fig. 3, pl.
10)131. La pratique d’un dépôt de céramique dans les fondations se poursuit au Bronze
moyen, notamment à Jéricho, où une jarre sans col complète se trouvait exactement
sous la première assise d’un mur de briques (fig. 2, pl. 9)132. Dans un troisième temps,
les caches d’outils et d’objets en métal ou en silex constituent un autre type de dépôt.
Les outils en métal retrouvés à Qiryat Ata, Beth Shean et Mezer étant déjà usagés, les
archéologues pensent qu’ils ont servi à construire la maison sous laquelle ils sont
placés. Ces caches rappellent celle d’outils en cuivre retrouvées à Shiqmim et datées du
Chalcolithique133.
130
Golani, 2003, p. 22-29.
131
La jarre possédait deux anses horizontales ondulées, ainsi qu’un couvercle avec une poignée et deux
anses oreillettes. Elle pouvait être fermée au moyen d’une cordelette passée dans les anses. À l’intérieur,
elle comportait 87 coquillages percés. Le Père R. de Vaux estime que le nombre de coquillages était trop
élevé pour n’être qu’un simple collier et qu’ils ont pu servir de monnaie primitive. (Vaux, 1961, p. 583,
pl. XLVI, a)
132
Garstang, 1932, p. 11, pl. XIX, fig. d.
133
Levy, 1995, p. 244.

44
Dans les régions voisines de la Palestine, la pratique du dépôt de fondation
semble courante et elle est assez bien documentée en Égypte et en Mésopotamie.
Pendant les différentes périodes dynastiques, les égyptiens ont procédé à des dépôts
d’objets dans les fondations des bâtiments surtout officiels et religieux. Les objets
déposés pouvaient être des simulacres d’outils ou d’ustensiles, des outils ou des
ustensiles réels (ciseaux, maillets), des offrandes alimentaires réelles, du natron, des
perles, des métaux, de l’encens134… Des dépôts de fondation en grand nombre ont aussi
été retrouvés à Byblos, sous des bâtiments interprétés généralement comme des temples.
Composés en grande partie de métal, ces groupes d’objets sont rassemblés dans des
fosses ou dans des jarres. Selon G. Philip, leur datation se situe entre la toute fin du
troisième millénaire et 1750 avant notre ère135. La pratique des dépôts de fondation
connaît également de nombreux parallèles dans les mondes chypriote et égéen à l’Âge
du Bronze ancien. Ainsi, des dépôts de fondation composés d’objets métalliques (outils,
armes, bijoux) ont été retrouvés à Troie, Eutrésis, Thèbes, Petralona, ainsi que sur l’île
de Kythnos136. Néanmoins, à l’exception des trésors retrouvés à Troie, les dépôts de ces
sites étaient composés presque entièrement d’outils en bronze (hache, ciseau, poinçon),
neufs ou peu utilisés.

Parmi tous ces dépôts, il convient d’opérer une distinction entre les objets
utilitaires qui peuvent être enterrés au hasard, dans un endroit où son propriétaire peut
aisément les retrouver et les objets non utilitaires. Comme ces derniers sont destinés à
un dépôt permanent, ils auraient plutôt tendance à être placés dans des endroits
inaccessibles137. Si le parallèle peut être établi avec les objets déposés dans les tombes,
les dépôts d’objets non utilitaires retrouvés en contexte domestique reflètent la position
sociale ainsi que l’accumulation de prestige. Ce dépôt de fondation représente les
dédicaces pratiquées afin d’assurer la protection d’une construction et des ses occupants
et comme son nom l’indique, ce type de dépôt doit se trouver sous les fondations. En
Égypte et en Mésopotamie, cette pratique est souvent associée à la construction d’un
temple138. Les cinq herminettes en cuivre trouvées sous le mur absidal de Mezer
(bâtiment B1)139, semblent correspondre à cette catégorie d’usage, comme le dépôts de
haches en cuivre dans le bâtiment de Beth Shean. En effet, des objets de valeur et de
même type sont enterrés dans un endroit relativement inaccessible.

Cependant, le cas de Qiryat Ata semble légèrement différent car il comporte des
objets de natures diverses, de plus, la situation stratigraphique sous un mur ne semble
pas certaine. Le dépôt ne se situait pas directement sous le mur 501, mais à quelques

134
Goyon, Golvin, Simon-Boidot, & Martinet, 2004, p. 226.
135
Philip, 1988, p. 192.
136
Knapp, Muhly & Muhly, 1988, p. 233-234.
137
Bradley, 1985, p. 29.
138
Knapp, Muhly & Muhly, 1988, p. 237-238.
139
Dothan, 1957, fig. C, D, pl. 37.

45
centimètres au nord. A. Golani a avancé des explications d’ordre votif140, mais il
semblerait que ce soit plutôt une cache d’objets enterrés pour être mis à l’abri, avant de
les déterrer ultérieurement. Ainsi, lorsque des outils, des armes et des ornements se
trouvent dans le même dépôt, il est très probable qu’à l’époque de leur enfouissement,
ces objets avaient perdu leur statut originel. Leur seule valeur reposait alors sur leur
poids en métal. De ce fait, la cache de Qiryat Ata comportait des outils, une lame de
couteau, une bague ainsi qu’un objet d’usage inconnu, dont certains étaient cassés. Le
propriétaire a dû les réunir là avec l’intention de les faire refondre ultérieurement. Vu la
valeur importante que devait avoir le moindre objet en métal, il n’est pas étonnant que
tous les objets usagés ou cassés aient été collectés afin de constituer une réserve de
métal. Les objets pouvaient aussi êtres mis de côté jusqu’à l’arrivée d’un artisan
spécialisé ou jusqu’à l’obtention de la masse nécessaire de métal pour réaliser un nouvel
objet. Une pratique similaire semble avoir été observée à Tel Bareket. Dans une pièce
du chantier L se trouvait une lame de dague cassée retrouvée enveloppée soigneusement
dans une pièce de lin. Le dépôt n’était pas enterré, il était simplement posé sur le sol,
dans un angle de la pièce141. Cet exemple témoigne de la conservation des objets en
métal cassés, sans caractère symbolique. Enfin, le dépôt du bâtiment M-2 de Beth Shean
qui contenait dix lames cananéennes de grande qualité insérées entre les briques d’un
mur142 devait certainement être aussi une cache. Vu leur emplacement, les lames étaient
destinées à être récupérées. Le dépôt de Kfar Monash, illustre à une plus grande échelle
cette pratique de la cache d’objets de valeur, cependant aucune habitation n’a été
trouvée à proximité.

Ainsi, même si les attestions sont rares, il semblerait bien que quelques dépôts
de fondation aient été pratiqués durant le Bronze ancien, au Levant sud, à la fois sous
des temples et surtout sous des maisons. Cependant, peu d’exemples ont été repérés,
sans doute en raison de leur situation stratigraphique, sous les murs ou sous les sols. De
ce fait, parmi tous les cas présentés, certains rares semblent constituer de véritables
dépôts de fondation, mais la plupart sont sans doute des dépôts et des caches d’objets.

140
Golani, 2003, p. 215.
141
Paz & Paz, 2007, p. 87.
142
Mazar & Rotem, 2009, p. 144.

46
!    
L’intérêt porté à l’étude des outils est ancien. Ainsi dès 1917, W. M. F. Petrie,
publiait Tools and weapons, une étude des outils et des armes à travers la présentations
d’artefacts provenant de nombreuses civilisations occidentales et orientales, des
premières dynasties égyptiennes jusqu’au 16ème siècle européen. Néanmoins, malgré
l’ancienneté de cette recherche, la question des outils de construction reste encore très
difficile à aborder. Cette situation résulte du fait que d’une part les artefacts en silex ne
sont souvent étudiés que pour leur valeur de marqueur chronologique et d’autre par
parce que ceux en métal ne le sont que pour leur valeur d’objet rare. Or s’il est évident
que la main reste encore au Bronze ancien le principal outil du bâtisseur, les outils en
pierre et en métal étaient également utilisés, sans parler de ceux en matériaux
périssables, comme la corde. Cette dernière est d’ailleurs un outil multifonctionnel. Elle
sert à assurer des liens et raccorder des éléments architecturaux, comme dans la
charpente.

Une des plus importantes sources d’informations sur la typologie des outils du
Bronze ancien I provient d’une cache d’objets en métal retrouvée à Kfar Monash.
L’ensemble se compose, entre autres, de trente-cinq outils et armes en cuivre. Les outils
incluent des haches, des herminettes, des ciseaux, une cheville, une scie et des
couteaux143. Selon M. Tadmor, ces outils sont d’origine égyptienne, ils constituaient
l’équipement type de plusieurs bûcherons144. Tell el-Hesi présente également un
important dépôt d’objets en cuivre. En effet, l’espace A (fig. 2, pl. 103) de la maison du
Bronze ancien III contenait un ensemble de dix objets en cuivre composé à la fois
d’armes et d’outils, avec des herminettes, des ciseaux, des pointes de lance, un couteau
et une hache en forme de croissant145.

D’autres sources d’informations fournissent également des renseignements sur


les outils, comme les traces qu’ils ont laissé sur les matériaux de construction ; les
survivances dans l’outillage actuel ou les représentations littéraires et iconographiques
provenant de régions voisines ou de périodes plus tardives. Ainsi, la Bible comporte
plusieurs références à des outils de construction. Il est fait mention de hache
(1 Rois 6 : 7), de marteau ou de maillet (1 Rois 6 : 7 ; Juges 4 : 21), de scie (Isaïe 10 : 5,
2 Samuel 12 : 31 ; 1 Rois 7 : 9 ; 1 Chroniques 20 : 3) et de marteau (Jérémie 23 : 29).
Cependant, la fonction exacte de ces outils n’est pas toujours définie146. Pour les
représentations iconographiques, les peintures qui ornent la tombe du contremaître
Rekhmiré, dans la vallée des nobles à Louxor, restent une source très importante de

143
Hestrin & Tadmor, 1963, p. 265-273.
144
Tadmor, 2002, p. 249.
145
Bliss, 1898, p. 34-39, fig. 69-78.
146
Reich, 1992, p. 5-6.

47
renseignements sur les techniques de construction égyptiennes147. On y voit notamment
des ouvriers manier des haches, des herminettes, des moules en bois, des cordages, des
ciseaux avec des maillets en bois…

#         


Comme évoqué dans l’introduction, le principal outil qui permet de travailler et
de mettre en forme la terre reste la main. Ainsi, de nombreuses briques retrouvées lors
des fouilles portent, encore aujourd’hui, les traces des doigts des maçons qui les ont
manipulés. Leurs arêtes planes prouvent qu’elles ont été moulées dans un cadre en bois,
même si aucun moule daté de cette époque n’est préservé. Seul un exemplaire plus
tardif a été retrouvé par G. Schumacher, durant de ses fouilles à Megiddo (fig. 2, pl. 15).
Lors de sa découverte, il était encore rempli de terre à bâtir. G. R. H. Wright pense qu’il
produisait des briques de 0,30 x 0,15 m148. Le moule, découvert en contexte stratifié est
légèrement déformé et il semble avoir des poignées, comme certains exemplaires
représentés dans l’iconographie égyptienne. Ainsi, dans sa publication consacrée aux
outils, W. M. F. Petrie présente aussi un moule égyptien, en bois, daté du 12ème siècle
avant notre ère, soit de la 18ème dynastie. Provenant de Thèbes, il produisait des briques
de 0,18 m de long. Les planches en bois étaient attachées entre elles par un système de
tenons et mortaises et par des clous. Le cadre possédait une poignée, mais il est plus
probable qu’il y en avait une seconde qui s’est cassée, car démouler une brique à l’aide
d’une unique poignée augmenterait le risque de cassure.

Enfin, le travail de revêtement de terre ou de chaux devait être réalisé à la main.


Des observations ethnographiques, montrent que les hommes peuvent aussi utiliser des
galets pour le lissage final des enduits muraux149. Cette technique est déjà largement
pratiquée pour le brunissage des céramiques.

'           &


Les outils servant à travailler le bois et la pierre sont regroupés dans le même
paragraphe car bien souvent, les mêmes outils sont employés pour les deux sortes de
matériaux. De plus, il existe des différences de dureté entre les différents types de
roches et de bois. Ainsi, un conifère ou un résineux possède un bois plus tendre qu’un
feuillus150. En outre, chaque outil possède souvent plusieurs usages et un grattoir en
silex peut avoir de multiples usages selon qu’il soit tenu à deux mains et associé à un
maillet ou qu’il soit emmanché. De ce fait, les techniques et les outils doivent être

147
Reich, 1992, fig. 9.
148
Wright, 2005, fig. 155.
149
Communication personnelle de J.-B. Humbert.
150
Evely, 2000, p. 528.

48
adaptés à la nature du matériau autant qu’à ses dimensions. Néanmoins, les pierres
taillées restent rares au Bronze ancien. Le plus souvent, elles ne sont pas mises en forme
ou si c’est le cas, elles sont simplement épannelées. Cependant, certaines pierres,
notamment les bases de pilier des constructions monumentales, présentent une surface
taillée et polie. Ce travail de taille, qu’il soit grossier ou finement réalisé est obtenu
notamment grâce à l’emploi de ciseaux, de marteaux151 et d’abrasifs. Pour le travail du
bois, les haches et les herminettes servaient à couper, ébrancher et dénuder les branches.

     


E. Miron dans son étude Axes and Adzes in Canaan, classe les haches et les
herminettes dans la catégorie des lames simples, comme le ciseau. Il explique que sans
indications précises sur la technique d’emmanchement, il reste impossible de distinguer
avec certitude une hache d’une herminette. Le seul critère déterminant se base sur
l’affûtage des tranchants. Ainsi, les lames de hache sont affûtées des deux côtés et les
lames d’herminette ne sont affûtées que d’un seul côté, en général vers l’extérieur. En
effet, la tête de hache fend le bois de façon perpendiculaire à la surface. Son profil est
bi-convexe. Alors qu’à l’opposé, l’herminette sert à écorcer, raboter et aplanir les
surfaces. Sa lame est utilisée avec un angle oblique à la surface de travail. Son profil est
plano-convexe. De plus, la hache est plus robuste que l’herminette, car elle est plus
courte et plus épaisse, ce qui lui permet de mieux résister aux coups152. Néanmoins,
certaines lames de hache peuvent être très fines et certaines lames d’herminettes être
très larges. De ce fait, il est impossible de faire la distinction entre les deux types
d’outils sans connaître le profil de leur lame et même en possédant cette donnée,
certains cas peuvent rester douteux153.

Au Bronze ancien I, la majorité des haches en métal sont de forme trapézoïdale


avec une lame biseautée (fig. 5, pl. 11). Des exemples de ce type de hache ont été
retrouvés dans la cache d’objets de Qiryat Ata, à Beth Shean (niveau XVI), à Yiftahel
(niveau II), dans la cache de Kfar Monash , au Nahal Alexander, à Giv’atayim,
Tel Erani et à Palmahim Quarry. Les analyses menées sur les deux haches de Yiftahel
montrent qu’elles sont en cuivre et qu’elles sont usées. Leur degré de résistance montre
qu’elles auraient été efficaces pour tailler du bois ou pour des travaux de
charpenterie154. D’autres types de lames étaient aussi produits, ainsi trois haches en
cuivre, de différentes largeurs ont été trouvées dans le bâtiment M3 de Beth Shean155.
Au Bronze ancien II, des exemplaires de haches ont été trouvés à Arad, niveau II-III156

151
Reich, 1992, p. 5-6.
152
Stocks, 2003, p. 27-30.
153
Miron, 1992, p. 3-5, 21-22.
154
Shalev & Braun, 1997, p. 92-94.
155
Mazar, 1994, p. 57.
156
Golani, 2003, p. 215-217, avec références complètes.

49
et quelques haches ont été découvertes sur le sol de maisons. À Beth Yerah, une paire
de haches en cuivre se trouvait sur un pavement, situé près du mur W43, dans le
chantier EY157. Enfin, il faut noter que sur les sites du Bronze ancien, les haches en
pierre sont toujours utilisées. Comme la lame de hache ou d’herminette en basalte
retrouvée à Beth Shean, dans les niveaux Bronze ancien I158.

Les herminettes servent surtout pour les finitions sur des pièces de bois ou sur
des surfaces de calcaire tendre159 qui peuvent aussi être complétées par un ponçage fait
à l’aide d’une pierre plate. À Mezer, une cache de cinq lames d’herminettes en métal a
été retrouvée sous un bâtiment du niveau II160. Une autre herminette datée du
Bronze ancien I a été retrouvée à Rosh Haniqra161. L’espace A, de la maison du
Bronze ancien III de Tell el-Hesi, contenait des herminettes162. Des lames de herminette
en basalte continuent à être employées comme à Beth Shean (fig. 2, pl. 11).

Enfin, de nombreuses autres lames proviennent d’autres sites, mais sans


précision typologique. Ainsi, des exemplaires datés du Bronze ancien I ont été trouvés
au Nahal Tabor, à Shelomi, Tel Dan, Benot Yaaqov Bridge, Afula, Hazorea, Ma’abarot
(Sharon) et dans une tombe de Horvat Mezarot. Des lames datées du Bronze ancien II
ont été découvertes à Arad, Tell el-Fârǥah et Aphek163.

  
Un exemplaire de scie, dont la lame est complète a été trouvé sur le site de
Hazor, au nord d’Israël, dans un niveau daté du Bronze ancien III164. Elle mesure à
13,7 cm (fig. 1, pl. 11). Elle devait être emmanchée dans une poignée en bois,
aujourd’hui disparue. Un autre exemplaire fait partie de la cache de Kfar Monash. Il
mesure 50,60 cm de long. Ses dents sont très courtes et irrégulières. Selon R. Tadmor et
M. Hestrin, des scies comparables ont été trouvées en Égypte, à l’époque des premières
dynasties165. La scie sert à couper du bois et des planches. Cependant, les planches
peuvent aussi être séparées avec un ciseau, un coin et un levier. Or, la cache de
Kfar Monash comprend également un objet qui ressemble à une cheville ou un long
clou. Il mesure 33 cm de long166. Il a pu servir de coin en étant inséré par percussion
dans les troncs.

157
Greenberg & alii, 2006, p. 351, fig. 8.11.
158
Braun, 2004, fig. 4.8 : 5.
159
Stocks, 2003, p. 27-30.
160
Dothan, 1957, p. 220, pl. 37 : c, d.
161
Miron, 1992, p. 12.
162
Bliss, 1898, p. 34-39, fig. 69-78.
163
Miron, 1992, p. 11-14.
164
Ben-Tor & Bonfil, 1997, photo II.6, p. 20.
165
Hestrin & Tadmor, 1963, p. 273.
166
Hestrin & Tadmor, 1963, p. 277.

50
Certains archéologues pensent que les scies ont aussi servi au travail de la pierre.
À Bâb edh-Dhrâ’, dans le chantier IV.2, une des pierres du locus 49 était très finement
travaillée, W. E. Rast et R. T. Schaub pensent que le travail a été accompli avec une scie
en bronze167. De la même façon, J. Marquet-Krause pense que les traces d’outils
relevées sur les bases de poteau du temple de l’acropole de Ai sont dues à l’action d’une
scie168. Les finitions peuvent aussi être réalisées avec un abrasif, type grès ou kurkar.

  
Le ciseau se manipule à l’aide d’un maillet169. Il peut être emmanché ou non.
Les expérimentations ont montré qu’un ciseau en silex peut être frappé, pour ôter des
copeaux de bois ou des éclats de pierres. Pour cela, l’ouvrier porte un coup direct à
l’arrière de la lame vers sa direction, comme avec l’herminette en métal170. Il existe
deux formes principales de ciseau : plat ou à coupe transversale. Le ciseau à coupe
transversale, plus résistant, sert au travail du bois et celui à lame plate sert à la fois au
travail du bois et à celui des pierres tendres.

De nombreux ciseaux en métal se trouvaient sur le sol des maisons. Deux


exemplaires font partie de la cache d’objet de Qiryat Ata (BA I)171. L’assemblage de
Kfar Monash en comporte également (fig. 3, pl. 11). Au Bronze ancien II, des ciseaux
en métal ont été retrouvés à Arad (fig. 1, pl. 12) et à Tell Abu al-Kharaz172. Dans la
maison charnier A51 de Bâb edh-Dhrâ’, deux ciseaux en cuivre apparemment usagés
font partie des objets déposés dans la tombe (fig. 2, pl. 12)173. À Tel Bareket, dans la
pièce 765, un assemblage de ciseaux de tailles différentes ont été retrouvés placés dans
une jarre de stockage174. Au Bronze ancien III, l’espace A de la maison de Tell el-Hesi
contenait également des ciseaux en métal175. Deux ciseaux en bronze ont aussi été mis
au jour dans le quartier G de Tel Yarmouth176. Parallèlement, des ciseaux en pierre
continuent à être employés, comme à Umm SaysƗban, en Jordanie177.

Selon J.-C. Bessac, deux types d’objets ont pu servir de percuteur pour frapper
les outils en métal comme les ciseaux. Soit les bâtisseurs avaient recourt à des maillets
en bois, soit ils utilisaient des galets provenant des alluvions des oueds locaux
167
Rast & Schaub, 2003a, fig. 10.37, 10.38.
168
Marquet-Krause, 1949, pl. IV : 1-2 ; IX : 1-2.
169
Bessac, 1998, p. 250-252.
170
Stocks, 2003, p. 19-20.
171
Golani, 2003, p. 215.
172
Bessac, 1998, p. 250-252.
173
Schaub & Rast, 1989, p. 450.
174
Paz & Paz, 2007, p. 88.
175
Bliss, 1898, p. 34-39, fig. 69-78.
176
Communication personnelle de P. de Miroschedji.
177
Lindner & al., 2005, p. 220, fig. 10.

51
(fig. 4, 5, pl. 12). Sur les sites de la péninsule arabique, il a identifié un grand nombre de
ces percuteurs ad hoc entiers ou plus ou moins fragmentaires, aménagés en forme de
sphéroïdes tronqués aux deux pôles. Ils sont usés suite au piquetage intensif de la
percussion des têtes d’outils métalliques. Le diamètre de ces galets aménagés varie entre
6 et 9 cm et leur épaisseur de 4 à 5,5 cm. En fonction de ces dimensions, leur poids peut
être estimé entre 0,3 et 0,8 kg. La forme de ces galets durs est parfaitement adaptée à
une bonne tenue en main. Ce type d’outil connaît un important taux de casse, mais son
remplacement se fait simplement en se baissant, pour en ramasser un nouveau sur le
sol178. De tels objets ne se remarquent pas forcément lors de la fouille, c’est pourquoi ils
sont rarement ramassés, étudiés et publiés. Cependant, en observant les planches
d’objets, il est possible d’en repérer quelques uns. Ainsi, dans les sites du Sinaï, des
petites pierres de forme ellipsoïdale, mesurant en moyenne 8 cm de long et 5 cm de
large portent des traces indiquant qu’elles ont été utilisées comme percuteurs
(fig. 4, pl. 11)179.

Enfin, il y a très peu d’informations sur les méthodes de fixation des éléments en
bois. Les clous étant tardifs, les maçons ont pu utiliser des chevilles en bois, des lanières
de cuir ou des cordes en fibres végétales résistantes comme le palmier180. Ils ont
également pu utiliser des systèmes d’assemblage simples comme le tenon et la mortaise.

+  &  3


La question du matériau dans lequel sont réalisés ces outils reste ouverte. Selon
G. R. H. Wright, ils devaient être en métal, car le champ d’action des outils en pierre se
limitait à la taille grossière et à la découpe de branches. Il estime que les transformations
plus importantes, nécessitaient l’usage d’outils en métal, même pour scier un tronc à sa
base181. Cependant, il semble évident que des arbres étaient abattus bien avant
l’invention de la métallurgie, aussi il ne faut pas douter de la grande résistance des
outils en pierre. Ainsi, selon S. Rosen, des outils en silex, type éclats retouchés, peuvent
être utilisés pour travailler le bois182. Des expérimentations menées dans le monde
égéen montrent qu’avec des haches en pierre l’abattage ou la découpe d’un tronc
d’arbre progresse de 0,30 m par demi-heure pour un tronc épais. Même des outils en os
peuvent être utilisés pour ciseler et rainurer un bout de bois183.

Les analyses métallographiques menées sur des outils en métal du Bronze ancien
montrent que l’immense majorité d’entre eux sont en cuivre et pas en bronze. Le cuivre

178
Bessac, 1998, p. 251.
179
Beit-Arieh, 2003, p. 209, fig. 7.2 : 1, 3.
180
Wright, 2005, p. 21.
181
Wright, 2005, p. 19.
182
Rosen, 1997, tabl. 5.1.
183
Evely, 2000, p. 528-530.

52
est un métal malléable et ductile184. Sa dureté varie entre 3,5 et 4,5 sur l’échelle de
Mohs. Ainsi, il semble peu adapté au travail de la pierre. Cependant, en observant les
outils, force est de constater que la plupart d’entre eux sont usagés. De ce fait, E. Miron
précise que certaines lames de haches et d’herminettes trouvées à Mezer portent de
nombreuses traces d’usures, de cassures et de raffûtages. De plus, des lames provenant
de Shelomi, au sud-est de Rosh Haniqra et de Beth Yerah, présentent des signes
apparents d’utilisation sur leur tranchant. La lame de Shelomi, comme une autre de
Yiftahel possède aussi un léger épaississement à une des extrémités résultant de coups
portés par l’arrière185. On peut en déduire qu’ils ont manifestement rempli leur fonction
d’outil. Néanmoins, en comparaison avec le nombre de matériaux taillés, très peu
d’exemplaires d’outils ont été préservés. Cette situation résulte probablement, d’une
part, par la rareté du métal qui fait que les objets devaient être recyclés dès qu’ils étaient
trop abîmés, mais d’autre part aussi sans doute par leur rareté tout court. Au
Bronze ancien, la possession de tels objets ne devait pas être anodine. D’ailleurs, selon
E. Braun, les haches retrouvées à Yiftahel provenaient de maisons de grandes
dimensions. Selon lui, elles pourraient être des marqueurs de pouvoir en lien avec ces
grands habitats186. Les outils en métal seraient alors des marqueurs de prestige.

Ainsi, que ce soit à cause de la refonte systématique ou à cause de leur rareté,


peu d’outils en métal ont été retrouvés. Comment expliquer alors la réalisation de toutes
les constructions monumentales en pierre, sans pratiquement aucun outil en métal ?
Selon D. A. Stocks, un spécialiste des technologies de l’Égypte ancienne, les hommes
utilisaient beaucoup d’outils en pierre, même pour tailler la pierre. Il a donc conduit de
nombreuses expérimentations afin d’évaluer les possibilités des outils en métal, puis en
pierre, lors du travail de roches de duretés différentes. La dureté des pierres est évaluée
selon l’échelle de Mohs, d’après le nom du géologue allemand Friedrich Mohs qui a
classé les pierres en fonction de leurs caractéristiques physiques de dureté,
indépendamment de leur composition chimique. Les valeurs s’échelonnent de 1 à 10.
Elles sont basées sur la capacité de certaines pierres à pouvoir en rayer d’autres plus
tendres. Ainsi, le talc vaut 1 et le diamant 10 sur l’échelle de Mohs187.

Pour les outils en métal, les tests ont été menés avec des ciseaux en cuivre et en
bronze, répliques de ceux trouvés en Égypte, et d’un maillet en bois. Les pierres testées
sont des roches sédimentaires (grès rouge : 2,5, calcaire tendre : 2,5 sur l’échelle de
Mohs) et des pierres dures (grès dur : 5, calcite : 3-4, granite : 7, diorite : 7 sur l’échelle
de Mohs). D’une part, les tests montrent que sur les grès durs à grain serré, sur les
calcaires durs et sur la calcite, les ciseaux en cuivre sont immédiatement émoussés. Leur

184
Foucault & Raoult, 2005, p. 95.
185
Miron, 1992, p. 11-12.
186
Shalev & Braun, 1997, p. 93.
187
Foucault & Raoult, 2005, p. 228

53
usage peut être écarté pour ce type de pierres. Les ciseaux en bronze contenant du
plomb sont inefficaces sur les grès durs et les calcaires durs, mais peuvent tailler la
calcite. Cependant, l’outil nécessite des affûtages trop fréquents. De cette façon, même
l’usage d’outils en cuivre – plus durs – entraîne une perte en métal trop importante pour
avoir été acceptée par les artisans antiques. D’autre part, tous les ciseaux taillent
aisément le grès rouge et le calcaire tendre. Les tests effectués sur la découpe de bois
durs et tendres avec des ciseaux, des scies, des herminettes, deux haches (une en cuivre
et l’autre en bronze) montrent que les anciens outils en cuivre et en bronze permettent
de travailler tous les types de bois. En conclusion, les tests montrent que les outil en
cuivre, en bronze ou en bronze au plomb, peuvent seulement tailler de manière efficace
le grès rouge, le calcaire tendre, le gypse et tous les types de bois. Ainsi, seules les
pierres dont la valeur ne dépasse pas 3 sur l’échelle de Mohs peuvent être taillées avec
des outils en cuivre ou en bronze188.

En conséquence, comment les constructeurs ont-ils travaillé les pierres dures ?


Par exemple, celles dont la dureté sur l’échelle de Mohs est de 7 comme les roches
volcaniques ou même celles de dureté 3-4 ? Ce travail requérait l’usage d’un outil
réalisé dans un matériau abondant, dur et assez résistant comme le silex ou la chaille. En
effet, ce sont des pierres dont la dureté sur l’échelle de Mohs est à même de tailler des
pierres dures. De ce fait, en observant l’assemblage lapidaire retrouvé sur les sites, on
observe que de nombreux outils en silex ont effectivement été retrouvés, comme des
haches, des herminettes ou des couteaux. Des maillets en pierres dures étaient
également utilisés, notamment dans les zones d’extraction. Suite à ces observations,
D. A. Stocks a pratiqué une série de tests complémentaires avec des outils rudimentaires
en silex et en chaille (couteau, ciseau, grattoir, herminette, maillet) sur du granite, de la
diorite, des calcaires tendres et durs et des grès. Il a observé que d’une part, le silex
présente l’avantage d’être aisément taillable, dès que la lame est émoussée et que,
d’autre part, des outils en silex associés à un maillet en bois pouvaient tailler des pierres
dures. En conclusion, D. A. Stocks qualifie les outils en silex de « jetables » : présents
en grande quantité ils étaient utilisés puis jetés quand ils devenaient inutilisables189. Des
expérimentations menées par C. Epstein ont également démontré que des outils en silex
étaient appropriés pour la taille et la sculpture du basalte190.

Afin, d’appliquer ces observations à notre zone d’étude, un tableau récapitulatif


a été établi afin de reporter les valeurs sur l’échelle de dureté des pierres de Mohs des
pierres retrouvées dans la construction des sites étudiés :

188
Stocks, 2003, p. 64-69.
189
Stocks, 2003, p. 81-95.
190
Epstein, 1998.

54
192
191
                
Foucault & Raoult, 2005, p. 38.
Foucault & Raoult, 2005, p. 55.

   12*

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56

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Tabl. 2 : Les pierres utilisées dans la construction au Bronze ancien193

D’après les expériences menées par D. A. Stocks, il faut marquer une distinction
entre les pierres dont la valeur est inférieure à 3 sur l’échelle de Mohs et les autres. Les
pierres du premier groupe sont considérées comme tendres et peuvent être travaillées
avec un ciseau en cuivre ou en bronze. Les pierres du deuxième groupe, plus dures, ne
peuvent être travaillées qu’avec des outils en pierre194. Ainsi, l’étude des roches
employées au Bronze ancien et des outils en métal, retrouvés en contexte sur les sites
montrent que les outils même ceux en cuivre, ont dû servir au Bronze ancien. Ce ne sont
pas que des objets de prestige. Ils ont servi à tailler du bois et des pierres tendres. Pour
travailler toutes les pierres plus dures, les outils étaient en pierre (granite, dolérite, silex,
chaille…). Ces outils étaient essentiellement des pilons et des marteaux.

Les outils en métal sont donc effectivement utilisés au Bronze ancien. De plus,
en observant la typologie des outils en métal, la filiation avec ceux en silex semble
évidente. D’ailleurs, la forme de certains outils comme les ciseaux, les herminettes ou
les haches reste encore inchangée jusqu’à nos jours. Seul le matériau employé diffère.
Les premiers objets en métal ont fait leur apparition en Palestine au Chalcolithique, en
même temps que la métallurgie. Mais il semblerait que ces premiers exemplaires aient
été des objets de prestige, en effet ils ne présentent pas de traces d’usure, de réaffûtage
ou de cassure. C’est seulement à partir du Bronze ancien que leur production
s’intensifie, même s’ils restent encore rares, car comme les expérimentations de
D. A. Stocks l’ont démontré, ces outils sont fragiles. Ils ne sont efficaces que pour le
travail du bois et des pierres tendres. Néanmoins, dans les périodes postérieures, ils vont
complètement supplanter les outils en pierre. Comment s’est réalisé le passage entre les
outils en silex et ceux en métal ? Quels sont les liens morphologiques entre eux ?
Pourquoi passer aux outils de métal, malgré leur coût de revient élevé ?

Tout d’abord, rappelons que malgré l’apparition des outils en métal, ceux en
silex continuent à être utilisés encore de nombreux siècles. En Égypte, les outils en
cuivre commencent à supplanter les outils en silex dès 4 000 avant notre ère, mais ces
derniers continuent à être utilisés jusqu’à la 25ème dynastie, soit jusqu’à 653 avant notre
ère. De plus, de nombreux outils sont des copies d’objets en silex, comme les haches et
les couteaux à lame droite. D’autres outils comme le ciseau plat en cuivre et la lame
d’herminette sont inspirés par le grattoir en silex ou le burin. Les couteaux et les
faucilles en silex denticulés ont dû inspirer les scies en métal. En effet, comme les
formes des outils en silex sont parfaitement adaptées à un ensemble de tâches pratiquées
depuis des millénaires, les ouvriers commencent donc par imiter les formes de certains

193
Perath, 1984, tabl. 1, 2, 3 ; composition : Foucault & Raoult, 2005, valeurs sur l’échelle de Mohs,
Stocks, 2003, tabl. 1.1, p. 17.
194
Stocks, 2003, p. 15.

57
outils en pierre pour les adapter en cuivre. Ce phénomène entraîne la disparition de
certains outils en pierre. De ce fait, au Levant sud, à partir du Bronze ancien, les ciseaux
en silex disparaissent, ils ne sont plus produits qu’en métal. Toutefois, certaines formes
ne sont adaptées au métal que plus tardivement. Ainsi, l’important volume de métal
nécessaire à la réalisation de hache en cuivre a retardé son adoption dans l’outillage des
artisans195. En outre, la réalisation d’outils en cuivre permet de raccourcir le processus
de production des outils par rapport à la production des outils en pierre. En effet, une
fois que l’infrastructure nécessaire à la fabrication des outils en métal est établie, le
processus de reproduction devient plus rapide. Cependant, la production d’outils en
silex reste moins onéreuse, ce qui explique sa longévité pour la réalisation de certains
outils. Seule l’apparition de la métallurgie du fer entraînera la disparition presque totale
des outils en pierre.

195
Stocks, 2003, p. 19-30.

58
 &    
    
L’étude des matériaux de construction vise à faire le point sur les ressources
naturelles disponibles et sur celles qui ont été employées au Bronze ancien en Palestine.
En effet, les propriétés de ces matériaux influencent directement la forme et le type des
éléments constitutifs des bâtiments (murs, couverture, ouvertures, aménagements
internes), ainsi que l’usage d’outils et de techniques appropriés.

Afin d’utiliser au mieux les matériaux les constructeurs ont eu besoin de


reconnaître les qualités requises pour les différents éléments de construction et
d’identifier les substances naturelles qui possédaient ces qualités. Ainsi, les
caractéristiques d’un matériau : maniabilité, capacité à être travaillé, résistance,
imperméabilité, durabilité conditionnent son choix. De plus, les constructeurs ont dû
trouver un compromis entre la permanence d’un matériau et sa capacité à être
travaillée ; en effet il est fréquent que les matériaux les plus résistants soient les plus
difficiles à mettre en œuvre. Or lors de leur utilisation, les maçons sont confrontés
directement au problème de la résistance des matériaux et de leur capacité à soutenir la
charge à laquelle ils sont soumis, sans se déformer ou se casser. Par exemple, lors de
l’établissement d’une toiture, les éléments les plus légers sont les plus appropriés, car il
y a un rapport résistance/ poids qu’il est important de respecter. De ce fait, un matériau
est plus efficace dans certaines circonstances que dans d’autres et un choix approprié
implique la connaissance de ses propriétés. Enfin, un même matériau n’a pas la même
résistance selon la façon dont il est employé. Les pierres sont solides lorsqu’elles sont
posées en assises, mais lorsqu’elles sont posées entre deux murs pour servir de toiture,
certaines pierres peuvent être fragilisées par leur poids et se fissurer. Au contraire, dans
ce type d’assemblage le bois, plus léger, résiste mieux aux flexions, surtout lorsqu’il est
utilisé dans la direction parallèle aux fibres.

La présentation qui suit se propose d’étudier successivement la pierre, la terre,


les végétaux et l’usage éventuel de matériaux auxiliaires.

59
 &
L’usage de la pierre en architecture n’intervient qu’après un long processus de
familiarisation avec le matériau entamé pendant le Paléolithique, notamment lors de la
réalisation d’outils en silex.

Afin d’étudier l’usage de la pierre en architecture, plusieurs aspects seront


abordés en commençant par les types de pierres et leur extraction. Puis les formats et les
usages connus seront recencés.

#4& & 
Sur un chantier, le choix des matériaux de construction est capital, il est basé sur
des critères précis et plusieurs qualités peuvent être recherchées à la fois comme la
disponibilité, la maniabilité, l’homogénéité, le poids, la résistance, l’isolation ou les
qualités esthétiques. Cependant, la disponibilité reste le critère le plus important aux
époques anciennes. La pierre doit être disponible en quantité suffisante et à une distance
raisonnable du site, compte tenu des facilités de transport qui sont à la disposition du
constructeur et qui peuvent être augmentées avec l’emploi d’animaux de bât (pl. 4). Le
second critère, la maniabilité, représente le degré plus ou moins aisé de travail de la
pierre en fonction de sa dureté et des outils disponibles196.

Une dizaine de types de pierres a été identifiée dans les édifices du Bronze
ancien. Dans l’immense majorité des cas, les pierres employées sont celles qui se
trouvent directement sur le site ou juste à proximité. Leur taille reste exceptionnelle : le
plus souvent les constructeurs réalisent un simple travail de dégrossissage sur la pierre.
Ainsi, l’état naturel des matériaux donne l’allure générale des bâtiments.

En raison de la composition géologique de la Palestine, dans la plupart des


situations, l’usage des roches sédimentaires, et notamment du calcaire, reste
majoritaire. Selon les conditions de formation, il peut présenter des degrés différents de
dureté, de couleur, de texture et de composition. Il existe de ce fait des calcaires durs et
des calcaires tendres. La plupart sont de couleur blanche, jaunâtre, grisée ou marron
clair avec parfois une pigmentation rouge. Cependant, l’origine des pierres a rarement
pu être déterminée avec certitude. Une exception, à Abu edh-Dhahab, les fouilleurs ont
identifié la provenance des pierres dans une formation géologique de calcaire (type
Yanuh) située à 6 km à l’est du site197.

196
Wright, 2005, p. 30.
197
Getzov, 2004, p. 35-37, fig. 2-3, plan 1.

60
La craie est un calcaire tendre. C’est « une roche sédimentaire marine à grain
très fin, blanche, poreuse et friable »198. Elle est employée notamment à Qiryat Ata et à
Jebel Mutawwaq, sous forme de gros monolithes (fig. 3, pl. 126) ou de petit cailloux199.
À Tel Kabri, elle est utilisée sous forme de blocs dans les murs et broyée pour réaliser
certains sols. À Tel Qashish, une surface était également recouverte d’une couche de
craie concassée qui avait l’apparence d’un béton imperméable. Les fouilleurs pensent
que la zone était un réservoir d’eau200. L’établissement d’Arad est installé sur une
colline en craie éocène, c’est donc naturellement la pierre la plus largement utilisée dans
la construction (murs, bancs, installations)201. Seuls quelques éléments comme des
grandes dalles de seuil en calcaire proviennent du sud de la région des collines
d’Hébron202. À Tel Yarmouth, le site est aussi construit sur un substrat de craie éocène.
Cette dernière présente l’avantage d’être imperméable, ce qui facilite les ruissellements
superficiels qui peuvent être captés en contrebas du site dans un réservoir203.

Enfin, le nari (feu, en arabe) est une formation rocheuse qui résulte de la
désintégration de la craie, sous l’action du climat204. Il est très peu utilisé en
construction en raison de sa texture chaotique et de son hétérogénéité. En contrepartie, il
présente l’avantage de se détacher facilement de son substrat et peut être utilisé pour
faire de la chaux205.

Le kurkar est une roche de type calcarénite. C’est un grès formé par la
consolidation de sables calcaires. Ce type de roche se forme notamment dans les zones
littorales des régions chaudes et dans les massifs dunaires constitués par les sables
d'érosion des récifs coralliens. C’est une roche poreuse, hétérogène et friable. Elle est
présente en abondance sur les côtes et elle est facile à extraire et à tailler. Cependant,
comme ce n’est pas une roche de grande qualité, elle subit un important taux d’usure
dès qu’elle est exposée aux intempéries206. Tous les sites côtiers sont en partie construits
sur des soubassements de murs en kurkar comme Tell es-Sakan207, Ashkelon-Barnea,
Afridar ou Palmahim Quarry qui est construit directement sur un sol de kurkar208.

Le grès est une roche sédimentaire détritique209 qui constitue une excellente
pierre de construction car elle est non poreuse et facile à travailler. Selon sa provenance,

198
Foucault & Raoult, 2005, p. 89.
199
Fernandez-Tresguerres Velasco, 2005, p. 365.
200
Ben-Tor, Bonfil & Zuckerman, 2003, p. 67.
201
Aharoni, 1993, p. 75.
202
Amiran, 1978, p. 16.
203
Miroschedji, 1988a, p. 21-22.
204
Jasmin, 2006, p. 47-48.
205
Perath, 1984, p. 41.
206
Perath, 1984, p. 56-57.
207
Miroschedji, 2000a, p. 31.
208
Braun, 1990, p. 3.
209
Foucault & Raoult, 2005, p. 166.

61
elle peut être colorée dans une infinité de nuances : rose, jaune, orangé, brun, gris,
blanc, violacé... et veinée ou marbrée. À Numeira, les constructions sont en grès local
appelé aussi grès nubien210.

Le silex, est une roche sédimentaire siliceuse très dure (7 sur l’échelle de Mohs)
qui se « présente parfois en lits continus, mais le plus souvent en rognons disséminés ou
groupés en niveaux parallèles à la stratification, par exemple, dans de la craie. La limite
avec le calcaire ou la craie est nette, ce qui facilite l’extraction des rognons de silex »211.
La réalisation d’outils constitue son usage principal. Mais dans certains cas, il peut être
utilisé pour réaliser certains éléments architecturaux. Ainsi à Tel Arad, le silex éocène
local a été employé pour le pavage de certains silos et dans la construction de plates-
formes de cuisine et de foyers212.

Les pierres d’origine volcanique sont moins fréquemment utilisées car leur
localisation géographique est plus restreinte et elles sont plus difficiles à travailler. Dans
la zone de climat méditerranéen, les constructeurs emploient essentiellement du basalte
de type Dalwe213. Provenant du nord de la Galilée et du Golan, c’est la pierre la plus
dure employée dans la construction au Bronze ancien (7 sur l’échelle de Mohs). Le
basalte, comme toutes les autres roches volcaniques se présente sous différentes formes
liées aux conditions de refroidissement de la lave. Ainsi son grain, sa texture, son
homogénéité peuvent varier selon les gisements. À l’état naturel, elle peut se présenter
sous forme de pyroclastes214, de galets de colluvions ou de coulées. Les coulées de
basalte présentent la particularité d’être disposées naturellement en couches, séparées
par des lignes de fragmentation, ce qui facilite leur extraction215. Les formats et les
textures du basalte vont influencer directement les usages possibles. De ce fait, les
basaltes pyroclastiques servent d’éléments de remplissage de murs. Les basaltes fissurés
sont employés pour réaliser des constructions grossières. Le basalte vésiculaire est
utilisé en construction, mais il reste surtout très recherché pour la confection de meules.
Enfin, les basaltes à grains serrés et à la texture homogène servent en construction, après
un simple dégrossissage ou, plus rarement, une taille.

D’un point de vue architectural, le basalte est employé d’une manière intensive
dans sa zone d’origine et par petites touches dans les zones plus éloignées. De ce fait,
dans sa zone principale d’extraction, il est utilisé pour réaliser des bâtiments entiers216

210
Schaub & Rast, 1980, p. 43-44.
211
Foucault & Raoult, 2005, p. 322.
212
Amiran, Ilan & al., 1996, p. 143-144.
213
Epstein, 1998.
214
« Débris de roches magmatiques éjectés par les volcans », Foucault & Raoult, 2005, p. 288.
215
Perath, 1984, p. 54-55.
216
Epstein, 1998.

62
comme à Beth Yerah217 et à Tel Kishion218. De plus, à Beth Yerah, le basalte a servi à la
fois à construire des maisons, le rempart mais aussi un autel composé d’un orthostate et
de trois petits blocs (BS 101), implantés contre le rempart du niveau 14 (BA IB). Le
grand bloc a une forme d’ancre. Sa surface visible est polie, alors que sa surface arrière
a été laissée à l’état brut219. Puis, dans les sites relativement éloignés des gisements de
basalte, son emploi est moindre. Il ne sert qu’à réaliser des petits éléments
architecturaux comme des sols, des foyers (Tell el-Umeiri, Tel Yarmouth, Khirbet el-
Batrawy220), des crapaudines (Yaqush221) ou des bases de poteaux (Megiddo). Ces
usages ponctuels sont motivés par les qualités mécaniques et esthétiques du basalte. En
effet, d’une part, c’est une pierre très dure donc très résistante, ce qui en fait un matériau
adéquat pour l’élaboration d’éléments architecturaux devant résister à un usage intensif
ou à des températures élevées. D’autre part, le basalte est de couleur très sombre,
contrairement aux calcaires locaux. Son emploi, dans la réalisation des bases de piliers
monumentales des temples du Bronze ancien I (J-2 et J-4) de Megiddo222 a dû permettre
de réaliser un effet esthétique de contraste de couleur.

'-    
Toutes les pierres utilisées en construction n’ont pas besoin d’être extraites
d’une carrière. De ce fait, jusqu’à l’Âge du Fer, la plupart des pierres employées en
architecture proviennent principalement des colluvions et des ramassages de surface223.
Par conséquent très peu de carrières ont été retrouvées au Bronze ancien. À Arad, les
fouilleurs ont repéré une des rares carrières identifiées en Palestine. Elle se trouve sur
les pentes sud de la zone des collines, face au tell. Utilisée tout au long du
Bronze ancien II, cette tranchée de quatre mètres de largeur a été creusée à la main. Elle
est orientée ouest-est. Une seconde tranchée se trouvait à l’ouest. Les carriers
exploitaient les tranchées en suivant les fissures naturelles du rocher. Ils détachaient des
blocs qui étaient déjà en partie dégagés. Les pierres étaient de la bonne taille pour
construire le rempart d’Arad. L’espace entre les deux parements de la muraille était
rempli d’un blocage fait de déchets d’extraction issus de la même carrière. Les
matériaux de construction utilisés dans les maisons, d’un module plus petit, se
composaient soit de sous-produits, soit de chutes issues de la carrière. Le format de ces
pierres n’excède presque jamais 0,60 x 0,90 x 0,60 m224.

217
Maisler & alii, 1952, p. 170-175.
218
Arnon & Amiran, 1993, p. 874.
219
Greenberg & alii, 2006, p. 236-237, fig. 6.2.
220
Nigro, 2009b.
221
Eitan & Esse, 1993, p. 1485.
222
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 50-53.
223
Perath, 1984, p. 27.
224
Amiran, Ilan & alii, 1996, p. 26-27.

63
Au nord-est de la Palestine, près du site de Khirbet al-Umbashi, une autre
carrière, cette fois-ci de basalte, a été découverte (pl. 13). Dans cette région, le basalte
se présente sous forme de lits horizontaux de 0,15 à 0,60 m d’épaisseur parcourus par
un réseau de fractures. Les blocs se détachent en partie naturellement et d’autres doivent
être travaillés avant d’être extraits, notamment en élargissant les fissures naturelles. Les
carrières contiennent encore des dalles dont l’extraction fut préparée mais jamais
achevée. Elles sont toujours entourées d’entailles d’environ 0,20 m de profondeur, dont
le but était d’atteindre la limite inférieure du lit de basalte. Leurs profils varient :
certains possèdent une forme en U droit ou renversé et d’autres sont en forme de queue
d’aronde. Selon les archéologues, le profil en queue d’aronde est le plus long et le plus
complexe à réaliser, mais il permet l’usage de leviers en bois pour pouvoir soulever le
bloc achevé. Le travail devait être effectué avec des percuteurs en roches dures ou par
friction avec un bâton et du sable siliceux mouillé225.

Les techniques utilisées pour déplacer les pierres de la carrière au site restent
inconnues, car aucune trace d’outils ou de cordes n’a été retrouvée. Pour la carrière
d’Arad, R. Amiran pense que les carriers avaient recourt à des bœufs ou à des ânes pour
transporter les pierres226. Dans le cas de Khirbet al-Umbashi, les archéologues pensent
que plusieurs techniques pouvaient être employées simultanément en fonction de la
forme et du poids des roches. Ainsi, certaines pouvaient être transportées à dos
d’homme, d’autres être déplacées par glissement ou par rotation à l’aide de leviers et de
cales227.

Évoquer le problème du poids des pierres implique aussi d’aborder celui des
moyens de préhension et de levage des blocs afin de les hisser sur les édifices, que ce
soit de simples maisons ou des remparts de plusieurs mètres de haut. Malheureusement,
aucune information datée du Bronze ancien n’est préservée. Les expérimentations
actuelles peuvent néanmoins fournir quelques indications (pl. 14). Ainsi, pour déplacer
une grosse pierre sur quelques dizaines de centimètres, les constructeurs actuels de
cabanes en pierre sèche, placent la pierre de chant et la font rouler entre leurs jambes
écartées. Pour les dalles plus grandes, ils les déplacent en les faisant pivoter
alternativement d’une extrémité à l’autre, tout en maintenant la pierre soit à
l’horizontale, soit à la verticale, selon sa forme. Ces deux techniques évitent d’avoir à
porter la pierre. Une autre technique plus rapide nécessite le recours à un madrier placé
perpendiculairement au mur. Le bâtisseur lui donne la déclivité la plus faible possible et
fait rouler le bloc sur cette rampe jusqu’à son emplacement dans le mur. Les très grosses
pierres, normalement réservées aux assises inférieures du mur, nécessitent plus de
travail, surtout à partir de la deuxième assise. Ainsi, « pour monter un très gros bloc au

225
Braemer, Echallier & Taraqji, 2004, p. 109-111, fig. 230-236.
226
Amiran, Ilan & alii, 1996, p. 26-27, pl. 84.
227
Braemer, Echallier & Taraqji, 2004, p. 114.

64
niveau d’une deuxième ou d’une troisième assise, […] il suffit de soulever le bloc d’un
côté, d’y glisser une pierre, puis de soulever le bloc de l’autre côté, d’y glisser une autre
pierre. L’opération est répétée jusqu’à la réalisation d’une pyramide de pierres sous le
bloc à soulever. Centimètre après centimètre, celui-ci va être hissé jusqu’au niveau de
son emplacement prévu, où il suffira de le faire basculer et glisser. Il ne reste plus qu’à
enlever la pyramide de pierres, désormais sans objet »228. Enfin, en se basant sur une
analyse des techniques architecturales employées en Arabie, J.-C. Bessac propose un
système qui utilise un simple bardage avec des rouleaux posés sur des plans inclinés,
constitués de solides plateaux de bois. Ce mode de levage des blocs est facilité, lorsque
la topographie du site offre des pentes sensibles. Il suffit alors d’alimenter le chantier
directement sur le sol régularisé en pente douce, toujours à partir du point le plus haut
du terrain229.

Dans la majorité des sites, ce sont les pierres disponibles à proximité immédiate
qui sont ramassées et employées. Ainsi, à Marajim, le village s’est établi sur des zones
où le rocher calcaire affleurait à la surface, sans doute afin de faciliter la collecte des
matériaux de construction (fig. 1, pl. 116). Dans ce secteur, la roche se délite
naturellement en bancs horizontaux de 0,40-0,50, prêts à l’emploi230.

+5  
Plusieurs procédés permettent de transformer la pierre en matériau de
construction. Ainsi, en fonction des besoins, la pierre peut être taillée, débitée, fendue,
pulvérisée ou abrasée, selon des processus de transformation connus et employés depuis
la Préhistoire231. De plus, différents formats de pierre sont utilisés au Bronze ancien : de
la poudre de pierre au bloc cyclopéen.

Lorsque que le calcaire est utilisé simplement de manière pulvérisée, les


archéologues utilisent le terme arabe de huwwar. Ce matériau est utilisé comme
revêtement. Il y en a notamment sur certains murs de Khirbet ez-Zeraqun,
Tel Yarmouth232 et sur une cuve de Tel Qashish (niveau XII.C)233.

Le caillou est un fragment de roche dure, trop petit pour servir d’élément de
construction indépendant dans un appareil, mais pouvant constituer un blocage ou un
remplissage de mur, un radier de sol ou un dégraissant à brique. Selon O. Aurenche, le
diamètre minimum d’un caillou est de 20 mm. En deçà, de 2 à 20 mm, c’est du gravier

228
Lassure, 2005.
229
Bessac, 1998, p. 250-252.
230
Nicolle, Steimer & Humbert, 2001, p. 82.
231
Wright, 2005, p. 43.
232
Communication personelle de P. de Miroschedji.
233
Ben-Tor, Bonfil & Zuckerman, 2003, p. 67.

65
et de 50 µ à 2 mm, c’est du sable234. Les cailloux sont issus des rochers de surface
détachés et des décombres qui sont collectés dans les champs. Il n’y a pas de sélection
particulière parmi les pierres, cela peut-être du calcaire, du basalte, du grès… Aucun
travail supplémentaire n’est pratiqué sur les pierres. L’intérêt fut porté à la forme de la
pierre lors de son ramassage. L’usage des cailloux se retrouve sur tous les sites du
Bronze ancien.

Les galets sont des cailloux arrondis par usure mécanique : éolienne, fluviatile
ou marine235. Ils se présentent selon trois formats : petit, moyen ou grand. Les petits
galets mesurent moins de 5 cm, les galets de taille moyenne mesurent entre 5 et 15 cm
et les grands galets mesurent plus de 15 cm. Leurs usages sont multiples. Répandus en
nappes, ils servent à empierrer des cours ou des surfaces de travail, formant un radier
qui permet le drainage des eaux de ruissellement236. Disposés en assises, ils peuvent
former des soubassements de murs comme à Aphek où de gros galets de rivière (10-
15 cm de diamètre) se répartissent en deux rangées237. Soigneusement calibrés et
alignés, ils forment des courettes intérieures comme dans les Palais B2 et B1 de
Tel Yarmouth.

Les pierres brutes ou de ramassage proviennent directement du site ou de son


environnement immédiat. Elles ne sont pas taillées, mais soigneusement étudiées afin de
pouvoir s’intégrer dans une maçonnerie en pierres sèches ou avec du mortier. Ce type
de pierre ne possède pas de dimensions standards, différents modules existent. Ainsi, à
Marajim, trois modules ont été repérés : petit (diamètre inférieur à 0,45 m), moyen
(0,45-0,50 x 0,80 m), grand (dalles de 0,45 x 1,20 m). C’est « la fonction architecturale
qui détermine le choix du module »238.

Les pierre épannelées ou moellons représentent un premier degré de mise en


forme, entre la pierre de ramassage et la pierre de taille. Quelques coups de marteaux
donnés par un tailleur de pierres suffisent à donner à une pierre de forme irrégulière, une
forme grossièrement rectangulaire. La pierre peut aussi être fendue le long d’un lit plus
faible, dans le cas de roches naturellement litées. Dans le cas des grandes dalles de
basalte issues des carrières situées à proximité de Khirbet al-Umbashi, certaines ont été
recoupées en taillant deux saignées inverses sur les deux faces de la dalle239. La majorité
des sites du Bronze ancien partagent l’utilisation des pierres épannelées. Comme pour
les pierres taillées, il existe plusieurs types d’appareil : le « grand appareil » (plus de

234
Aurenche, 1977, p. 43.
235
Foucault & Raoult, 2005, p. 145.
236
Aurenche, 1977, p. 93.
237
Kochavi, 2000, p. 134-139, fig. 9.66 : 1-6.
238
Nicolle, Steimer & Humbert, 2001, p. 82.
239
Braemer, Echallier & Taraqji, 2004, p. 114.

66
35 cm de haut) comme à Tel Dalit240, le « moyen appareil » (entre 35 et 20 cm) comme
à Bâb edh-Dhrâ’241 et le « petit appareil » (moins de 20 cm) comme à En Esur242. Ainsi,
la plupart des pierres sont taillées en forme de parallélépipède, mais certains
constructeurs donnent aux pierres une forme triangulaire quand elles sont vues de
dessus, et rectangulaire quand elles sont vues de face dans la maçonnerie. Il y en a des
exemples à Tel Yarmouth, dans les soubassements du temple du J-4 de Megiddo243 ou à
Leviah244. Cette technique, largement utilisée, permet de renforcer la cohésion du mur.

Les pierres de taille résultent d’un lissage d’une ou de toutes des faces d’un
bloc. Le lissage peut être réalisé avec un agent abrasif comme du sable. Les pierres
taillées restes rares dans les constructions du Bronze ancien. Les principaux exemples
observés sont employés comme bases de piliers, comme à Megiddo, Ai, Tel Yarmouth
ou Bâb edh-Dhrâ’245.

Le monolithe est un bloc de pierre de grande dimension. Lorsqu’il est érigé


verticalement, on parle alors d’orthostate. Quelques constructions en utilisent, comme à
Jebel Mutawwaq où les murs sont composés de blocs mégalithiques de craie, non
taillés. Ils peuvent atteindre une longueur maximale de 2 m, une largeur maximale de
0,49 m, pour une hauteur d’un peu plus d’un mètre (fig. 3, pl. 126 ; fig. 1, pl. 127). Les
mêmes méthodes de construction ont été observées à Shraya et à Khirbet al-Umbashi,
en Syrie du sud246. Sur ces sites, les orthostates sont surtout utilisés dans les jambages
des portes. Sur les autres sites palestiniens, l’usage des monolithes est plus ponctuel. Ils
peuvent être employés en grand nombre ou constituer un élément isolé dans la
maçonnerie. Ainsi, les murs des bâtiments à double abside 4000 et 6000, de
Horvat Ptora comportaient plusieurs monolithes247. Tout comme à En Esur, où six
grandes dalles en pierre, de près d’un mètre de haut, étaient posées de chant contre la
face intérieure du mur 60248. À Qiryat Ata, une très grande pierre est incluse dans le mur
505 (fig. 1, pl. 134). Elle mesure 0,6 x 0,9 m et sa surface est taillée. Enfin, dans le hall
152 de Hartuv, une rangée de neuf monolithes a été retrouvée incluse dans le mur sud
(fig. 2, pl. 100). Certains mesurent plus d’un mètre de hauteur. Les archéologues
pensent qu’il y en avait probablement plus, sans doute dans le mur oriental, mais qui
n’ont pas été préservés. La largeur des pierres varie de 0,50 à 1,10 m et leur épaisseur de
0,25 à 0,50 m. La plupart des dalles ne sont pas taillées, mais leur surface a été aplanie

240
Gophna, 1996, p. 38-40.
241
Schaub & Rast 1984, p. 37-38.
242
Yannai, 2006, p. 270.
243
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 53-65.
244
Kochavi, 1993, p. 915-916.
245
Rast & Schaub, 2003a, fig. 10.37, 10.38.
246
Nicolle & Maqdissi, 2006, p. 133-134.
247
Milevski & Baumgarten, 2009.
248
Yannai, 2006, p. 34-42.

67
et leurs angles arrondis249. A. Mazar et P. de Miroschedji interprètent ces monolithes
comme des pierres dressées rituelles, appelées en hébreu massevoth (au singulier
massevah). Des pierres dressées comparables, datées du cinquième et du quatrième
millénaire sont connues à l’est du Sinaï, dans le sud du Néguev et en Transjordanie250.
Ainsi, les sites où des monolithes ont été employés datent du Bronze ancien I et, à
l’exception d’Hartuv, ils appartiennent tous à la tradition architecturale à double abside.
Hartuv est le seul site à tradition rectangulaire où les constructeurs ont employé des
monolithes dans la construction et c’est aussi le seul site où les archéologues émettent
une interprétation rituelle. Il est donc plus probable que l’utilisation de monolithes soit
une technique de construction plutôt qu’un symbole cultuel. Cependant, le caractère
religieux des pierres dressées n’est pas à exclure complètement surtout dans le cas de
pierres monumentales isolées comme celle retrouvée à Marajim. Ce monolithe est une
dalle mégalithique de 3 m de longueur pour 1,80 m de hauteur et 0,45 m d’épaisseur
(fig. 2, pl. 116), implantée de chant, selon une orientation nord-est/ sud-ouest251.

Les blocs cyclopéens qui sont de très gros blocs de pierres, jusqu’à 2,40 m de
longueur, non taillés et grossièrement ajustés ne sont présents que dans les remparts,
comme ceux de Tel Yarmouth (fig. 5, pl. 25).

Enfin, la pierre peut être aussi être utilisée de manière concassée pour produire
de la chaux, qui constitue le principal type d’enduit utilisé au Bronze ancien. En effet,
malgré l’emploi quasi systématique du terme plaster dans les rapports de fouilles, il n’y
a pas de plâtre en Palestine au Bronze ancien. Le plâtre est issu de la calcination du
gypse, or les ressources locales en gypse ne sont pas encore exploitées à cette époque252.
Tous les enduits sont donc à base de chaux, qui s’obtient à partir de la calcination du
calcaire.

Afin de brûler du calcaire, il faut atteindre une température proche de 1 000° C


qui doit être maintenue pendant trois à six jours. L’opération requiert un
approvisionnement constant en combustible, ainsi qu’une installation qui permette de
conserver la chaleur. La combustion peut se faire dans un four, mais aussi dans un foyer
ouvert. Une fois que le calcaire a été réduit en poudre, il nécessite des manipulations
prudentes afin de le transformer en matière « plastique » car, dans son état sec, il est
corrosif pour la peau. De plus, une chaleur considérable est générée lors de la réaction
avec l’eau. Le produit final est blanc, mais il peut comporter des impuretés qui
transforment sa couleur. Ce sont d’ailleurs les impuretés ou les additifs qui permettent
de maximiser les qualités désirées que ce soit l’apparence, la résistance, la texture, la

249
Mazar & Miroschedji, 1996, p. 7.
250
Mazar & Miroschedji, 1996, p. 11-13.
251
Nicolle, Steimer & Humbert, 2001, p. 83, pl. 3.
252
Perath, 1984, p. 57.

68
plasticité ou l’imperméabilité de la chaux. Ainsi, un enduit de calcaire pur est blanc et
très plastique, alors qu’un enduit contenant des impuretés est beaucoup plus dur et
résistant253. De ce fait, dans un four à chaux construit, il n’y a pas de contact direct entre
les cendres issues de la longue combustion du bois et de la pierre. Il en résulte une
chaux pure et blanche. Cependant, aucun four à chaux n’a été identifié au
Bronze ancien. La production devait être réalisée entièrement dans des foyers ouverts
où les déchets de combustions sont susceptibles de contaminer la chaux et donc de la
colorer (beige, gris, marron).

L’enduit de chaux peut être posé sur divers supports. Il met du temps à se fixer
et se rétracte au séchage, mais sous certaines conditions il peut être utilisé sous l’eau. La
chaux peut être employée comme mortier ou emplâtre254. Elle peut également être très
diluée pour former un lait de chaux, plus facile à étaler. De très nombreux bâtiments
conservent les traces d’enduits de chaux sur les murs, comme sur les sols. Ainsi, les
murs du bâtiment A de Bâb edh-Dhrâ’ présentent encore des traces de doigts qui
témoignent de l’étalement à la main de l’enduit255. À Megiddo, dans le temple 4040
(niveau XV), l’autel, les sols, les murs des pièces et des porches étaient couverts d’un
enduit de chaux256. À Tel Yarmouth, le « Bâtiment Blanc » du chantier C est recouvert à
l’intérieur d’un enduit de chaux sur les murs et le sol. Ce dernier a subi jusqu’à trois
réfections et il atteint à certains endroits 0,15 m d’épaisseur257.

6 % 
En construction la pierre est utilisée pour ses qualités structurelles : résistance et
capacité à supporter des charges, sans négliger son caractère esthétique. Tout dans un
bâtiment peut être réalisé en pierre, même si ces exemples restent rares. Les quelques
cas probables répertoriés se trouvent essentiellement dans les régions riches en pierres
comme les maisons du sud de la Syrie ou les habitats temporaires du Sinaï258. Ainsi, les
maisons de Khirbet al-Umashi possèdent des toitures entièrement réalisées avec des
dalles de basalte reposant sur des murs et des piliers également en basalte259. Mais, le
plus souvent la pierre est associée à d’autres matériaux comme la terre et les végétaux.
La pierre est alors employée sous diverses formes : broyée, calcinée, en galets, cailloux,
moellons ou pierres de taille. Chaque format remplissant une fonction architecturale
précise, ainsi, un radier de cailloux ou de galets sous un sol, permet un meilleur
drainage des eaux de ruissellement. La pierre sert aussi à la réalisation d’éléments

253
Wright, 2005, p. 143-144.
254
Reich, 1992, p. 9.
255
Rast & Schaub, 2003a, p. 328-334.
256
Loud, 1948, p. 73-76.
257
Miroschedji, 1988a, p. 35-43.
258
Beit-Arieh, 2003, p. 103.
259
Braemer, Echallier & Taraqji, 2004, p. 116.

69
architecturaux qui ont besoin d’être particulièrement résistants, car soumis à une forte
usure mécanique (seuils, linteaux, crapaudines ou bases de piliers). De ce fait, sur un
site entièrement construit en terre, comme Tel Lod, les constructeurs ont pris soin de
placer un seuil en pierre dans le bâtiment chantier D260. De même, à Tel Erani ou à
Ashkelon-Barnea, l’emploi de la pierre se limite à quelques pierres non taillées
employées à la base des murs et qui ne constituent jamais une assise de soubassement
complète261. Cette méthode permet sans doute de mieux caler les briques et d’assurer
une certaines stabilité au mur.

L’usage de la pierre peut également être lié à un besoin de pérennité de la


construction. Par exemple, dans une ville quasiment entièrement construite en briques
crues, comme Bâb edh-Dhrâ’, à l’exception des bâtiments A et B, seules les maisons-
charniers possèdent des jambages et des seuils de porte en pierres polies ou épannelées,
ainsi qu’un sol de cailloutis262. L’utilisation de pierres pourrait donc refléter la mise en
œuvre de moyens plus importants, au service d’une architecture à usage non-domestique
et destinée à plus grande permanence.

Dans certains cas, les constructeurs ont privilégié des pierres selon leurs
propriétés physiques en choisissant de les faire venir sur une certaine distance. Ainsi, à
Tel Arad, alors que pratiquement tous les murs et les installations sont en craie locale,
certaines bases de colonnes, seuils et crapaudines sont en dolomite. Cette roche calcaire
– plus dure que la craie – provient de la région des collines d’Hébron, à une vingtaine de
kilomètres au nord d’Arad. De plus, en reconnaissant les propriétés du silex, meilleur
conducteur de chaleur, les constructeurs l’ont employé dans la réalisation des foyers263.
Enfin, il ne faut pas négliger l’aspect esthétique de la pierre, ainsi dans le Palais B1 de
Tel Yarmouth, au-dessus du soubassement en pierre est posée une superstructure
composée d’un parement de pierre et d’un remplissage de briques crues. Ce plaquage
donne l’illusion d’un mur construit en pierres264.

En conclusion, au Bronze ancien, comme aux époques précédentes, les


bâtisseurs utilisent les pierres disponibles directement à proximité du site. Mais comme
les besoins en pierre augmentent considérablement avec la construction des villes, les
colluvions ne suffisent plus à subvenir aux besoins et les premières carrières
commencent à être exploitées, mais toujours au voisinage du site. Seul le basalte semble
être employé loin de sa zone d’extraction, mais seuleument sous forme de petits
éléments, comme pour les éléments de broyage qui circulaient déjà largement à la même

260
Lass, 2006, p. 51.
261
Ciasca, 1962, p. 27-35.
262
Schaub & Rast, 1989, p. 391-396.
263
Ilan, 2001, p. 326.
264
Miroschedji, 2003, p. 159*.

70
époque. En comparaison avec d’autres artisanats comme celui de la poterie ou de la
métallurgie, la taille de la pierre n’a pas connu d’avancées spectaculaires au Bronze
ancien. Cet artisanat reste toujours dépendant des avancées technologiques, notamment
en matière d’outillage. Enfin, la pierre était recherchée surtout pour ses qualités
structurelles ainsi même dans les sites où elle n’a pas du tout été employée dans la
construction du gros œuvre, elle pouvait l’être pour réaliser certains éléments
architecturaux qui avaient besoin d’être particulièrement résistants. Enfin, il ne faut pas
omettre le critère esthétique qui semble aussi avoir eu une importance, même si elle
reste minime et réservée à des bâtiments d’exception.

!  
La terre est le matériau de construction le plus largement utilisé depuis le
Néolithique, en particulier dans les zones arides et semi-arides du monde. Employée
pour ses propriétés isolantes, elle permet de garder la chaleur pendant les nuits froides
de l’hiver et elle reste relativement fraîche l’été. Pratiquement tous les types de terre
peuvent être utilisés en architecture. De ce fait, c’est un matériau relativement facile à
travailler dont la plasticité et la stabilité chimique offrent de nombreuses possibilités de
mises en œuvre. Ainsi, selon le résultat désiré, elle peut être moulée, tassée, ou diluée.
Mais, comme elle résiste mal à l’eau et l’érosion, elle doit être entretenue
fréquemment265.

En Palestine, l’usage de la terre s’étend spécialement dans les zones où la pierre


n’était pas ou peu disponible comme dans la Plaine côtière et dans les vallées du
Jourdain et de la Arava. Dans les autres régions, elle reste toujours associée à la pierre.
Cependant, la terre ne s’emploie pas directement après son extraction, elle doit d’abord
subir des modifications qui vont lui apporter ses qualités de matériau de construction.
Ainsi, l’étude portera dans un premier temps sur la composition de la terre, puis sur les
modifications qu’elle doit subir avant d’être utilisée, avant d’aborder les mises en
œuvres possibles.

#  7  78 


La terre est un matériau issu de l’érosion naturelle, à la fois mécanique et
chimique, des roches. Elle prend la forme de sédiments non consolidés, composés de
particules de petites tailles. Les types de sols sont classifiés en fonction de la taille et de
la forme des particules qui les composent. Les grandes particules sont de forme
sphérique ou angulaire, elles sont le produit de l’érosion mécanique. Les petites

265
Kemp, 2000, p. 88.

71
particules sont très fines, elles se présentent sous forme de paillettes, issues de l’érosion
chimique. Ce sont ces deux types de particules qui contribuent aux propriétés de la terre
en tant que matériau de construction : cohésion et résistance. Les grosses particules
contribuent directement à la résistance de la terre, lors des phénomènes de compression
ou d’écrasement et la surface plate des particules paillettes influe sur l’indice de
résistance. Ainsi, la terre est classifiée en trois types de sols : sable, limon, argile. Le
sable est composé de gros grains (0,6 à 2,0 mm de diamètre). L’argile est composée de
petites particules plates (taille maximale des particules : 0,0006 mm). Le limon est
composé de particules de taille intermédiaire. Le coefficient de cohésion de la terre
dérive directement de la quantité d’argile qu’elle contient. L’eau est également un
élément essentiel de la composition de la terre. Elle est présente à la fois autour et entre
les particules266.

Pour être devenir apte à la construction, la terre doit subir un traitement approprié
qui va la transformer en terre à bâtir. O. Aurenche, décrit le mode opératoire de
transformation de la terre :

« La première opération consiste à creuser le sol pour l’obtention : on choisit en


général des sols argileux. Une excellente terre à bâtir provient des sites
archéologiques, composés pour une grande part de débris de murs en briques ou en
pisé. On peut ensuite la tamiser. Il faut y ajouter un dégraissant végétal (paille,
balle, herbe, cendres), animal (poils de vache ou de chèvre) ou minéral (sable,
cailloux, petits galets) suivant le résultat à obtenir : pisé, torchis, briques. Le
dégraissant sert à augmenter la cohésion et à éviter les accidents de retrait lors du
séchage ou de la cuisson. Le dégraissant minéral est employé de préférence dans
les clôtures, les murs de fondation ou les couvertures. Les briques crues et le
torchis nécessitent un dégraissant végétal ; du sable pour les briques cuites, le
mortier imperméable à l’eau recourt aux cendres ou au dégraissant animal. On y
incorpore alors une quantité d’eau plus ou moins importante suivant le degré de
viscosité requis et on mêle le tout soit avec des instruments, soit par piétinement.
Cette opération est répétée plusieurs fois de suite, à intervalles plus ou moins
réguliers, pendant lesquels le mélange repose»267.

Le choix de la terre est capital, car il influence directement la qualité du produit


fini. En général, les constructeurs anciens utilisaient de la terre présente à proximité du
lieu de construction. Ainsi à Tel Lod, la terre des briques de chacun des murs du
bâtiment du chantier D était extraite de trous différents et situés aussi près du bâtiment
que possible268.

266
Wright, 2005, p. 77-78.
267
Aurenche, 1977, p. 167-70.
268
Lass, 2006, p. 51.

72
Lors de sa préparation, la terre à bâtir peut se présenter sous deux formes : rigide
ou plastique. Pour obtenir un matériau plastique, qui va servir à confectionner de
l’enduit ou du mortier, il faut ajouter de l’eau à la préparation. Et pour obtenir un
matériau rigide type pisé ou briques, il faut utiliser des systèmes de pression, de chaleur
ou de cuisson. Cependant la pression reste le moyen le plus simple de donner de la
cohésion à la terre car plus le matériau est dense, plus il est résistant. Ce résultat
s’obtient en battant ou en foulant la terre, afin de diminuer son volume et d’augmenter
sa densité. Si le phénomène est facile à réaliser pour la construction d’une surface
horizontale (sol, toit), c’est beaucoup moins facile pour des éléments verticaux, comme
les murs. Dans ce cas, la terre doit être coulée dans un coffrage puis tassée (pisé) ou des
éléments préfabriqués et déjà séchés peuvent aussi être mis en œuvre (briques)269.

'0  9
Après son extraction et sa transformation, la terre à bâtir peut être utilisée de
diverses manières. Ces méthodes n’apparaissent pas toutes en même temps dans
l’histoire, leur création et leur répartition géographique sont entièrement liées à la nature
des ressources naturelles disponibles autour des sites. Parmi les différentes mises en
œuvre de la terre, il faut distinguer les mises en œuvre impliquant le compactage de la
terre, comme le pisé, celui d’éléments de terre préfabriqués, comme les briques et
l’emploi de terre plastique, comme l’enduit et le mortier.

 &  :& 


Dans la littérature archéologique, le terme de pisé – utilisé aussi dans les
publications en anglais – peut désigner : soit de la terre à bâtir possédant un
dégraissant ; soit un mode de construction, où la terre à bâtir est tassée dans des
banches. O. Aurenche, dans son dictionnaire de l’architecture, précise que le mot pisé
ne devrait être utilisé que pour les constructions dont les murs sont montés au moyen de
banches, et qu’il faudrait employer le mot de torchis pour qualifier la terre à bâtir 270.

La construction de murs ou d’éléments en pisé commence par l’assemblage de


deux panneaux de bois, appelés banches, maintenus verticalement et parallèlement par
des perches, des traverses et des cordes. À l’intérieur de ce coffre est coulé un mélange
préparé d’avance (terre, cailloux et eau ; terre, paille, eau) qui est ensuite tassé par
piétinement (pisé, damé) avant séchage. Le coffrage est ensuite enlevé et remonté pour
préparer pour une nouvelle assise271.

269
Wright, 2005, p. 87-90.
270
Aurenche, 1977, p. 138.
271
Aurenche, 1977, p. 30.

73
Il y a très peu d’attestations de l’utilisation du pisé dans les sites du Bronze
ancien et les deux cas repérés se trouvent sur des sites localisés à l’est du Jourdain.
Ainsi, à Tell es-Sa’idiyeh, les marches d’un escalier ont été réalisées en pisé dont les
traces du coffrage en bois et en fibres ont été repérées. Le tout reposait sur une
fondation composée de tessons272. À Tell Um Hammad, certains murs étaient composés
avec une technique variante du pisé : des couches distinctes et peu épaisses d’argile
reposaient selon des assises horizontale. Deux cuves en pisé servant à stocker du grain
se trouvaient également dans une maison barlongue du niveau 4273.

&*  :  


Les briques sont des types de pierres artificielles faites d’argile. Leurs qualités
dépendent des propriétés chimiques de la terre employée, de leur mode de préparation et
de leur degré de séchage ou de cuisson274. L’étude sera consacrée d’abord à la chaîne
opératoire, puis aux différents types de produits réalisés.

i. La composition des briques


L’étude des briques permet de reconstituer toute une chaîne opératoire qui se
met en place au Levant sud au Bronze ancien, avec l’apparition des briques moulées
(fig. 1, pl. 15). L’étude de la composition et de la production des briques permet de
s’intéresser à différents aspects de l’architecture comme les sources
d’approvisionnement en matières premières, ainsi que les méthodes connues et utilisées.

i.1 Remarques générales


Les briques sont composées d’un mélange de terre argileuse et de dégraissant.
Quelques sources d’informations peuvent nous renseigner sur leur composition et leur
fabrication, comme les rapports de fouilles et les analyses chimiques, qui tendent tous à
prouver l’origine locale de la terre employée275. À Beth Yerah, selon les archéologues,
la terre utilisée provient même des tranchées de fondation du rempart276. Une des rares
études chimique menée au Levant sud, sur la composition chimique des briques a été
pratiquée sur des briques du Bronze récent de Lachish. Une des principales observations
établie par cette étude est que les populations évitaient l’emploi de terre riche en argile ;
peut-être parce que travailler ce type de terre était trop difficile ou parce qu’ils savaient
que le produit final allait se fissurer en séchant et que le résultat ne serait pas assez

272
Tubb, 1988, p. 50-55, fig. 27.
273
Betts, 1991, p. 36-37, fig. 29.
274
Mitchell, 1908, p. 375.
275
Rast & Schaub, 2003a, p. 130 ; Lass, 2006, p. 51.
276
Greenberg & alii, 2006, p. 122-124.

74
solide277. Ces observations semblent être confirmées par des analyses pétrographiques
effectuées à Qiryat Ata qui montrent que les briques du niveau III, contenaient de la
terre locale comportant peu d’argile278.

À la terre s’ajoute plusieurs types de dégraissant qui doivent être dosés


précisément, car une proportion trop élevée de minéraux dégraissants nuirait à la
cohésion de l’ensemble alors que l’inverse entraînerait des craquelures au séchage.
Selon O. Aurenche, les dégraissants végétaux de type paille sont à privilégier pour la
réalisation de briques crues279. Quelques rapports de fouilles décrivent les dégraissants
observés dans les briques. Certaines comportent des dégraissants végétaux comme à
Qiryat Ata (environ 5%)280. D’autres comportent des dégraissants minéraux comme à
Megiddo, où les briques de la pièce 4050 (temple J-3) sont composées de terre issue de
débris d’habitations du tell, contenant des graviers de calcaire blancs et des petits
tessons281. À Afridar, toutes les briques du chantier G contiennent du sable, tout comme
à ‘En Besor282. Mais il n’y a pas de recette spécifique à chaque site, de ce fait à Tell es-
Sa’idiyeh, dans la zone DD 100-400, la composition des briques inclue beaucoup de
dégraissants de chaux au niveau L2 et des dégraissants de paille au niveau L3283. Enfin,
les briques de Tel Erani comportaient des dégraissants composés de paille et de
cendres284. Afin de compléter ces informations quelques analyses ont été menées sur les
briques de Tel Yarmouth (BA III).

i.2 Cas pratique : analyses des briques de Tel Yarmouth


Grâce à l’aide de P. de Miroschedji et de l’équipe de S. Weiner de l’Institut
Weizmann à Rehovot (Israël), quelques investigations complémentaires sur la
composition des briques de Tel Yarmouth ont pu être menées. Les analyses avaient
deux buts : d’une part déterminer leur composition chimique et, d’autre part, déterminer
si certaines briques particulièrement rouges et dures du Palais B1 avaient été cuites
intentionnellement. En effet, au troisième millénaire avant notre ère, les briques cuites
étaient déjà apparues en Égypte et en Mésopotamie, mais au Levant sud, elles ne sont
mentionnées dans la littérature archéologique qu’à partir de l’époque hellénistique285, or
il est évident que les populations avaient remarqué que les briques cuisaient lors des
incendies. C’est pourquoi des échantillons de briques du Palais B1 ont été analysés, car

277
Goldberg, 1979, p. 64.
278
Golani, 2003, p. 76-79.
279
Aurenche, 1977, p. 167-70.
280
Golani, 2003, p. 76-79.
281
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 38.
282
Braun & Gophna, 2004, p. 191-199.
283
Tubb, 1988, p. 50-55, fig. 27.
284
Kempinski & Gilead, 1991, p. 175.
285
Reich, 1992, p. 7.

75
ils avaient l’apparence de briques cuites intentionnellement, tout en provenant d’un
chantier non incendié.

La méthode d’analyse utilise les propriétés du spectrogramme à infrarouge, de


type FTIR (Fourier transform infrared spectrometry)286. L’interprétation se fonde sur
l’analyse des pics du spectre des infrarouges. L’analyse des pics de la calcite permet de
déterminer si elle est de nature géologique ou si elle a subi des transformations dues au
chauffage. L’analyse des pics de l’argile permet de déterminer si elle a été brûlée et
donne une indication sur la température de cuisson ou de l’incendie.

La présentation des résultats se divise entre les briques provenant de chantiers


non incendiés et celles provenant de chantiers incendiés. Chaque échantillon prélevé sur
le terrain ou dans la réserve de Latrun porte un numéro d’opération issu du système
d’enregistrement des fouilles de Tel Yarmouth (numéro à cinq chiffres). Les
échantillons ont été analysés à plusieurs reprises287. Chacune de ces analyses porte un
numéro précédé des trois lettres YAR.

- Les briques provenant de chantiers non incendiés (G, Bb)


* demi-brique provenant du locus 783, TY-G : échantillon n° 12 646
La demi-brique de couleur beige clair a été retrouvée dans le quartier
domestique G. Elle se présente sous la forme d’une masse uniforme. Elle se compose de
calcite naturelle – ou géologique – n’ayant pas subi de transformation ainsi que d’argile
(YAR 32, 33). Il faut noter la faible teneur en argile de cette brique.

* brique provenant du locus 1712, TY-Bb : échantillon n° 17 221


La brique provient du Palais B1. L’échantillon se présente sous la forme d’une
masse compacte recouverte d’une très fine couche beige. La brique se compose d’une
grande proportion d’argile associée à de la calcite géologique non transformée
(YAR 28, 29). Dans une brique, il est possible que la calcite broyée serve de dégraissant
minéral à la brique crue.

286
La méthode d’analyse utilisée est encore expérimentale. Elle est développée par l’équipe de Steve
Weiner à l’Institut Weizmann de Rehovot (Israël). Pour rappel, les principaux éléments contenus dans
tous les matériaux que l’on trouve dans la nature sont la calcite : CaCO3 et l’argile. Quelque soit sa
composition chimique, l’argile contient toujours du silicate (SiO4) auquel s’ajoute d’autres éléments
comme de l’aluminium (Al), de calcium (Ca), du manganèse (Mg). La présence de matériaux organiques
(matière osseuse), de phytolithes (opale), de quartz…peut aussi être détectée.
287
L’échantillon à analyser est prélevé sur une coupe fraîche faite dans le matériau. Quelques dizaines de
microgramme de l’élément à analyser sont prélevés et broyés dans un mortier en agate. Environ 0,1 mg
d’échantillon est mélangé à 80 mg de bromure de potassium. Puis, le tout est à nouveau broyé. La
préparation est en suite déposée dans un anneau de métal (ou pellet de 7 mm) où elle est compressée à
l’aide d’une presse manuelle sans évacuation (Qwik Handi-Press, Spectra-Tech Industries Corporation).
La lentille dure ainsi obtenue est mise dans le spectrogramme à infrarouges. Les résultats de l’analyse
s’affichent directement sur l’écran de l’ordinateur connecté. La courbe présente les pics caractéristiques
des différents éléments présents dans l’échantillon analysé.

76
* brique d’un montant de seuil du mur 1578, TY-Bb : échantillon n° 17 223
La brique se présente sous forme d’un bloc compact de couleur rouge-brun. Elle
a été prélevée directement sur le terrain au niveau du montant ouest du seuil de la
porte 21 du Palais B1. L’analyse des prélèvements (YAR 34, 35) montre que la brique
se distingue par une haute teneur en argile comparé au pourcentage de calcite. Elle
contient près de 80% d’argile, de la calcite broyée et des petites pierres servant de
dégraissant.

Afin de déterminer si la brique a été cuite et si oui à quelle température, des


échantillons de brique ont été cuits à diverses températures (400, 600, 800° C) et les
spectres infrarouges correspondants aux différentes températures ont été réalisés.

- L’expérience
Cette expérience reproduit celle réalisée à l’Institut Weizmann sur les briques
de Tel Dor288. Comme les briques de Tel Yarmouth ont une composition différente de
celle de Tel Dor – ces dernières sont très riche en sable, car c’est un site côtier – il fallait
reproduire l’expérience avec du matériel provenant de Yarmouth. Ainsi, des
échantillons de briques ont été prélevés, broyés, puis traités à l’acide chlorhydrique
(HCl) qui permet de dissoudre la calcite présente dans la brique. Chaque échantillon est
placé dans un creuset en porcelaine placé quatre heures dans un four à la température
souhaitée. Les échantillons refroidissent ensuite pendant plusieurs heures à température
ambiante avant d’être analysés.

- Les résultats
En comparant les spectres infrarouges des échantillons brûlés à 400° C
(YAR 53), 600° C (YAR 54) et 800° C (YAR 55) à celui de l’échantillon non brûlé
(YAR 34), cela montre que la brique du Palais n’a pas été cuite. Et si elle a été chauffée
c’était à une faible température inférieure à 400° C qui ne provoque par une
transformation chimique de la nature des matériaux.

- Les briques provenant de zones incendiées (Bh, Ja)


Les briques cuites proviennent de zones ayant subi un incendie et où une épaisse
couche de destruction a été mise au jour. Il est donc tout à fait normal de retrouver des
traces de cuisson dans l’analyse de ces briques. D’après les expériences menées sur les
briques du palais (voir plus haut la cuisson de l’échantillon n° 17 223), l’incendie devait
atteindre les 600° C. Contrairement aux briques du chantier B, les briques provenant du
quartier domestique Ja se caractérisent par une très importante proportion de calcite,
dans leur composition, comparée au pourcentage d’argile.

288
Berna & alii, 2007, p. 5.

77
* brique provenant du locus 1981, TY-Bh : échantillon n° 17 220
L’analyse de la brique (YAR 40) montre qu’elle a été cuite aux alentours de 600-
700° C. Elle est composée d’argile et d’une grande proportion de calcite.

* brique provenant du locus 2825, TY-Ja : échantillon n° 17 856


La brique est de couleur blanchâtre. Son analyse (YAR 41) révèle une forte proportion
de calcite comparé au pourcentage de d’argile.

* brique provenant du locus 2145, TY-Ja : échantillon n° 17 857


La brique est de couleur rouge/marron. Son analyse (YAR 36, 37) révèle une forte
proportion de calcite géologique. La brique est enrobée de toute part d’une fine couche
blanche (YAR 38). Cette couche se compose essentiellement de chaux. Dans l’incendie
général de la pièce, les résidus de chaux provenant des murs, des sols ou du toit ont
enrobés les briques qui se sont détachées du mur.

* brique provenant du locus 2145, TY-Ja : échantillon n° 17 859


La brique est de couleur rouge. Son analyse (YAR 21, 22) révèle une forte proportion
de calcite géologique. À l’œil nu, on observe aussi la présence de petits cailloux servant
également de dégraissant.

* brique provenant du locus 2140, TY-Ja : échantillon n° 17861


Son analyse (YAR 23, 24) révèle une forte proportion de calcite géologique.

Au final peu de briques ont été conservées à Tel Yarmouth, car les conditions
environnementales ne permettent pas ou peu la préservation des éléments en argile crue.
Seule la fouille de zones détruites par le feu comme celle du chantier Ja permet
d’observer réellement l’importance des briques dans la construction. De ce fait, les
quelques briques complètes qui proviennent de niveaux non incendiés constituent de
rares exceptions. L’objectif de cette étude était de comprendre pourquoi elles avaient été
préservées ? Dans un premier temps, les analyses ont confirmé que ces briques
n’avaient été ni prises dans un incendie, ni cuites volontairement. Puis, dans un
deuxième temps, elles ont démontré l’existence d’une différence de « recette » entre les
briques des quartiers domestiques et celles du palais. Cette différence de composition
tient au pourcentage d’argile qui est beaucoup plus élevé dans les briques du palais,
mais aussi à l’usage de dégraissants différents. Ainsi, les briques du chantier J
comportent une plus grande proportion de calcite chauffée, issue d’un dégraissant
cendreux. Les briques du palais comportent aussi de la calcite, mais en proportion
inférieure, c’est d’ailleurs la présence de ces éléments de calcite – qu’ils soient issus de
la terre qui a servi à fabriquer les briques ou qu’ils se soient infiltrés ultérieurement à

78
partir des enduits muraux – qui a contribué à leur conservation289. Les briques étaient
surtout très riches en argile.

Les analyses ont montré de manière plus anecdotique que le feu qui a ravagé le
chantier J, n’a pas atteint les 700° C, auquel cas la calcite contenue dans les briques se
serait transformée en chaux.

ii. La chaîne opératoire de fabrication des briques


La chaîne opératoire de fabrication commence avec l’extraction de l’argile, sa
transformation en terre à bâtir puis son transport jusqu’au lieu de fabrication des
briques. Lors de la deuxième étape, le constructeur recouvre la surface de travail d’une
couche de paille ou de sable, afin d’éviter que la terre à bâtir n’adhère au sol. Puis, il
pose sur le sol le moule qui est le plus souvent un cadre en bois sans fond, comme le
représente des illustrations égyptiennes ou des références littéraires mésopotamiennes et
grecques290, ainsi que des analogies modernes291 ; ou l’exemplaire de moule découvert
à Megiddo (fig. 2, pl. 15)292. Cependant, d’autres moules plus complexes pouvaient
également exister. En effet, des sources iconographiques égyptiennes représentent des
moules à plusieurs compartiments293, et l’ethnographie montre des moules à fond
amovible. Pour ces derniers, la terre était tassée dans le cadre en bois sur une table puis
le tout était retourné sur le sol et la planchette de bois et le cadre enlevés.

Dans tous les cas, la terre est tassée à la main ou au pied, en veillant à bien
remplir les angles. Puis, l’ouvrier racle la surface du moule afin d’ôter le surplus de
terre et il le retire en le soulevant vers le haut, d’un geste vertical et sec. Enfin, la brique
est laissée séchée sur place. Le moule est ensuite posé tout contre la brique déjà
confectionnée, afin de procéder à la fabrication de la suivante. La terre employée doit
être molle et le moule doit être trempé dans l’eau afin de faciliter le démoulage. Selon
M. Sauvage, le rendement de cette technique est de 2 000 briques par jour et par
ouvrier294. Mais, selon G. Wright, deux maçons expérimentés, avec un moule en bois,
ne peuvent produire qu’un millier de briques par jour, soit 20 m3 de maçonnerie295. Pour
comparaison, en Égypte actuellement, une équipe de quatre ouvriers peut produire une
moyenne de 3 000 briques par jour, mais ce chiffre devait être légèrement inférieur
durant l’Antiquité, car les briques avaient de plus grandes dimensions296.

289
Guest-Papamanoli, 1978, p. 6.
290
Orlandos, 1966, p. 56-57 ; Martin, 1965, p. 50.
291
Canaan, 1933, p. 29-31.
292
Schumacher, 1908, p. 12, pl. XLIb.
293
Wright, 2005, p. 100.
294
Sauvage, 1998, p. 20.
295
Wright, 2005, p. 99.
296
Dans le papyrus de Reisner I, les auteurs rapportent une production de 65 coudées au cube de briques
par jour (Spencer, 1979, p. 4).

79
Le temps de séchage dépend de la composition minéralogique de la terre, de
l’humidité ambiante, de la dimension des briques et du rythme de production. Dans une
production massive, les briques sèchent plus longtemps car leur utilisation n’est pas
immédiate297. Aux époques anciennes, les briques étaient laissées au soleil 3 ou 4 h,
puis posées sur la tranche pour continuer à sécher pendant une journée ou deux. Les
briques étaient ensuite directement utilisées ou stockées. La chaîne opératoire complète
est illustrée dans les peintures de la tombe de Rekhmiré à Thèbes, datée d’environ
1 500 avant notre ère298. Planche 16, les différentes étapes du processus sont
représentées : deux hommes puisent de l’eau dans une piscine afin d’hydrater la terre à
bâtir, la terre est travaillée, transportée, moulée, les briques sont mises à sécher au
soleil, collectées, puis elles servent à construire un mur299.

Il existe également d’autres techniques où les briques sont moulées dans un


moule possédant un fond percé de trous, mouillé et saupoudré de sable. La terre à bâtir
est roulée dans le sable puis tassée avec le poing dans le moule. Le surplus est alors
enlevé avec une réglette et la brique est démoulée. Cette méthode permet de réaliser 500
briques par jour et par ouvrier. Au sud du Yémen, une autre technique consiste à
enfoncer un moule dans une nappe de terre étalée au sol300. Enfin, il faut noter qu’en
Égypte, même actuellement, les ouvriers peuvent à l’occasion faire des briques
entièrement à la main, sans utiliser de moule.

iii. Caractéristiques des briques


Si la chaîne opératoire de fabrication des briques est toujours plus ou moins la
même, les produits finis peuvent être très différents. Les maçons ont cherché à produire
les briques les mieux adaptées à leurs techniques de construction en produisant des
formats de diverses sortes. Dans ce paragraphe, nous allons étudier les différentes
variables qui influent sur les briques.

iii.1 Dimensions
Lors de ses fouilles à Abydos (Égypte) et à Tell el-Fara sud, W. M. F. Petrie a
cherché à mesurer systématiquement toutes les briques retrouvées afin d’essayer de
déterminer s’il existait des formats standards et de s’en servir comme marqueur
chronologique301. L’échec de sa démarche montre que les dimensions des briques ne

297
Guest-Papamanoli, 1978, p. 9.
298
Davies, 1935, pl. LVIII.
299
Neuburger, 1930, p. 136.
300
Sauvage, 1998, p. 20-23.
301
Reich, 1992, p. 6-7.

80
sont pas des informations fiables en ce qui concerne la chronologie. Cela résulte de
plusieurs problèmes liés à la production et à l’assemblage des briques.

Dans un premier temps, malgré l’usage d’un moule des phénomènes de


rétrécissement se déroulent lors du séchage de la brique. Comme à chaque nouvelle
préparation de terre à bâtir, le mélange est légèrement différent, les variations de
composition ont une action sur la capacité de rétrécissement de la brique. Cela fait que
même des briques issues d’un même moule peuvent avoir des dimensions légèrement
différentes. Dans un deuxième temps, la durée de vie d’un cadre en bois étant assez
limitée, si ses dimensions n’étaient pas imposées par une autorité, elles ont pu
légèrement varier d’un constructeur à l’autre302. Cependant, sur un site comme Tel
Yarmouth, une certaine uniformité des dimensions peut être observé sur les briques
provenant d’un même niveau et d’un même chantier (J) (fig. 4, pl. 17). Des briques aux
dimensions comparables impliquent l’usage d’un moule aux dimensions fixes, aux
alentours de 0,45 x 0,31 x 0,13 m, dans ce chantier d’architecture domestique. Dans le
Palais B1, les dimensions des briques sont différentes (0,50 x 0,25 x 0,15), elles
correspondent à une coudée. Dans un troisième temps, la taille des briques telles
qu’elles sont retrouvées en fouille ne correspond pas exactement à celle du moule. En
effet, sous la pression des couches accumulées, une brique non cuite perd entre 1/3 et
1/6 de son épaisseur d’origine en fonction de sa composition303.

Cependant, comme les briques étaient recouvertes d’un enduit, les légères
différences de taille étaient parfaitement invisibles une fois la construction achevée.
Ainsi, comparer les briques au centimètre près est inutile, d’autant plus que les briques
ne sont jamais parfaitement planes. Les dimensions peuvent néanmoins fournir d’autres
types d’informations.

Afin de les comprendre, toutes les briques identifiées ont été rassemblées dans le
tableau ci-dessous (En grisé ce sont les briques carrées, et T : les briques trapézoïdales) :

302
Kemp, 2000, p. 84-85.
303
Braemer, 1982, p. 159-160.

81
Site Chantier Niveau Datation Elément Taille de la Mise en
brique œuvre
(en cm)
Afridar J J-1 BA I Mur 107 50 x 30 x 10 Silo L105
J J-1 BA I Mur 50 x 30 x 15 /
J J-2 BA I Mur 148 50 x 25 x 15 Maison
Bâb edh- I III BA II Rempart B 50 x 25 x ? Fortification
Dhrâ’ XIII II BA III Rempart A 40 x 30 x 9 Fortification
30 x 30 x 9
XVII II BA III Murs 61 et 62 45 x 25 x 10 Maison
XVII II BA III Murs 61 et 62 25 x 20 x 10 Maison
XIX II BA III Mur 45 60/55 x 25/23 Maison
x 12/10
F IV BA IB / 20 x 14 x 6 Maison
XII IV BA IB / 40 x 25 x 9 Maison
XIII III BA II Mur 38 c.75 x 45 x 8 Maison
XIX III BA II Mur 48/105 60/55 x 30/25 x Mur de
10 terrasse
XVII II BA III Mur 45 x 25 x 10 Maison
25 x 20 x 10
XIX II BA III Mur 46 55/60 x 23/25 Maison
x 10/12
XIX II BA III Mur 88 24 x 24 x 10 Maison
50 x 25 x 10
60 x 30 x 10
XIX II BA III Mur 5 50 x 25 x 12 Maison
28 x 25/32 x 30?
(1/2 brique)
Cimetière / BA II-III Mur 50 x 25 x 9 Tombe A 8
Cimetière / BA II-III Mur 60 x 30 x 12 Tombe A 20
Cimetière / BA II-III Mur 54 x 25 x 9/10 Tombe A 21
Cimetière / BA II-III Mur 50 x 25 x 9 Tombe A 41
Cimetière / BA II-III Mur 50 x 25 x 9 Tombe A 42
Cimetière / BA II-III Mur 50 x 20 x 9 Tombe A 44
Cimetière / BA II-III Mur 50 x 25 x 9 Tombe A 51
Cimetière / BA II-III Mur 33 x 0,25 x ? Tombe C 4
Beth Shean Tr. Fitzgerald XIII BA I Mur 42 x 22 x 11 Maison
M XIII BA I Mur 30 x 18 x ? Bâtiment M1
Beth Yerah / IV BA I Mur 30 x 25 x 10 Maison
BS 15 BA IB Mur 50/65 x 25/35 x Maison
10/12
BS 14 BA IB Muraille A 55 x 50 x 8/10 Fortification
50 x 40 x 8/10
40 x 30 x 8/10
40 x 25 x 8/10
EY 10 BA IB Mur 51/58 x 31/36 x Maison
11/12
51/58 x 13/18 x
11
Sondage B BY II BA IB / 40 x 30 x 10 Fortification
MS 9 BA III Mur 30 x 25 x 10 Maison
‘En Besor / / BA IB Mur 23 x 12 x 8 Bâtiment A
Jéricho Tranché I XXXVI BA I Mur 40 x 24 x 7 Maison 210
36/30 x 46 x? (T)
F / BA III Seuil 60 x 40 x 14 Maison L
305
F / BA III Mur 301 112 x 40 x 30 Maison L
303
tranchée I XXXIV BA II Rempart A 43 x 29 x 7 Fortification
tranchée I XXXV BA II Rempart B 40 x 28 x 8 Fortification
tranchée I XXXVII / Rempart H 110 x 40 x 10 Fortification
Megiddo J J-3 BA I Mur 79 x 43 x 0,9-10 Temple J-3
Qiryat ‘Ata A III BA I Mur 60 x 30 x 10 Bâtiment 2

82
Tel Erani D / BA I Mur 50 x 30 x 15 Bâtiment 232
D I à III / Mur 30 x 25 x 8/10 Bâtiment
7102
D V à VIII / / 45 x 37 x 8/10 Maison
Tel Kitan / VII BA I Mur 42 x 28 x ? Maison 218-
42 x 14 x ? 214
42 x 42 x ?
Tel Lod D / BA I Mur 39-26 x 48 x Maison
0,7/0,8 (T)
Tell el- Carré G15 / BA II Mur 38 x 25 x 12 « Maison des
Fârǥah Jarres »
Carré H14 Période 1 BA II Mur 30 x 25 x 10 Maison carré
H 14
Tell es- DD L2 BA II Mur 40 x 40 x 14 Maison zone
Sa’idiyeh 100-400
Tell es- A / BA IB Rempart A1 55 x 30 x 10 Fortification
Sakan A / BA IB Rempart B 45 x 30 x 10 Fortification
A / BA IB Mur 24 x 12 x 6 Maison
A / BA III Rempart C 50 x 35 x 10 Fortification
Tel Shalem Sondage / / Rempart A Épaisseur: 9 Fortification
Tell Um / 2 BA IA Mur BA 40/50 x 30 x 5/10 Maison
Hammad / 2 BA IA Mur BB 40 x 28/30 x 6/9 Maison
/ 2 BA IA Mur BC 35/45 x 22/30 x Maison
12/14
/ 2 BA IA Mur BC’ 40/46 x ? x 10 Maison
/ 2 BA IA Mur BD 54/56 x 30/36 x Maison
8/10 (horizontal)
40 x 38 x 16/20
(vertical)
/ 2 BA IA Mur BE 43/52 x 28/30 x Maison
6/9
/ 2 BA IA Mur BF 52/56 x 30/46 x Maison
5/9
/ 2 BA IA Mur BF’ 32/40 x 28/35x c. Maison
8
/ 2 BA IA Mur BF’’ 52 x 40/50 x c. 9 Maison
/ 2 BA IA Mur BG 55 x 36/45 x 8/12 Maison
/ 2 BA IA Mur BH 40/48 x 65/38 x ? Maison
/ 2 BA IA Mur BJ 25/45 x35/40x Maison
6/10
/ 2 BA IA Mur BJ’ 40/58 x20/39x Maison
6/10
/ 2 BA IA Mur BJ’’ 40 x ? x 10 Maison
/ 2 BA IA Mur BK ? x 40 x 6-9 Maison
/ 2 BA IA Mur BM 40 x 32 x 9 Maison
/ 2 BA IA Mur BO 18/20 x36/56x Maison
6/8
/ 2 BA IA Mur BQ ? x 36 x 6/8 Maison
/ 2 BA IA Mur BR ? x 40 x 4/8 Maison
/ 3 BA IB Mur CA 50 x 36/42 x 8/10 Maison
/ 3 BA IB Mur CB 42 x 25 x 8/10 Maison
/ 3 BA IB Mur CC 50 x 42 x 8/10 Maison
/ 3 BA IB Mur CD 42 x 25 x 8/10 Maison
/ 3 BA IB Mur CE 50 x 42 x 8/10 Maison
/ 3 BA IB Mur EA ? x 32 x 10 Maison
Tel B B-1 BA III Palais B1 50 x 25 x 15 Palais
Yarmouth C C-4 / “Bât. Blanc” 25 x ? x 10 Maison
G G-2 BA III Mur 52 x 26 x 13 Maison
Ja J-3 BA III Mur 45 x 32 x 14 Maison
Ja J-3 BA III Mur 48 x 33 x 13 Maison
Ja J-3 BA III Mur 47 x 32 x 13 Maison
Ja J-3 BA III Mur 38 x 29 x 13 Maison
Tabl. 3 : Les dimensions des briques retrouvées sur les sites du Bronze ancien

83
Tout d’abord, peu de briques possèdent des dimensions connues, soit elles
n’apparaissent pas dans les rapports de fouilles, soit dans la grande majorité des cas,
elles ont depuis longtemps disparu. Ainsi, moins d’une vingtaine de sites sont présents
dans ce tableau, sur la cinquantaine de sites étudiés dans le catalogue (volume 2). Les
résultats de l’analyse du tableau sont donc relatifs. Sur la question des dimensions, les
contraintes techniques liées à la fabrication des briques devaient limiter leur taille.
Ainsi, une grande constance se manifeste dans l’épaisseur des briques qui oscille autour
de 0,10 m304. Une brique crue trop épaisse aurait tendance à se fendiller en séchant,
suite à l’évaporation de l’eau305. De même, le processus qui consiste à couler les
briques, les faire sécher et les retourner pour les placer dans un mur restreint leur taille
car, une brique trop grande peut se casser en deux lors du retournement. Et c’est
apparemment ce qui s’est produit lors de la construction du mur 427 de Tel Lod qui
semble composé essentiellement de fragments de briques306. D’une manière générale, la
longueur moyenne des briques est de 0,45 m, ce qui peut correspondre à la coudée
naturelle d’un homme. Cependant, il existe aussi quelques grandes briques de 0,60 m de
long et même de 0,75 m de long (Jéricho, Megiddo).

Sur la question de la forme des briques, une distinction très présente dans la
littérature archéologique indique que les briques carrées se trouvent essentiellement en
Mésopotamie et que les briques rectangulaires sont plutôt utilisées en Égypte307. En
Palestine, les deux types de formes sont attestés mais dans la grande majorité des cas,
elles sont rectangulaires (fig. 1, 2, pl. 17). La moyenne des rapports longueur / largeur
est de 1,5 ce qui équivaut à une largeur qui mesure 3/5ème de la longueur. Ainsi, il y a
très peu de briques carrées308 et elles ne sont jamais utilisées seules sur un chantier.
Elles sont toujours associées à des briques rectangulaires. Cependant, même si la
majorité des briques sont rectangulaires, il existe deux formats très distincts, des petites
et des grandes briques. Les plus petites proviennent d’‘En Besor et de Tell es-Sakan.
Leur format est de 0,24 x 0,12 m. Or selon A. Spencer qui a analysé un grand nombre
de briques égyptiennes de toutes les époques, cela correspond exactement au format
standard des briques de l’Ancien empire en Égypte309. La seule différence c’est qu’en
Égypte les petites briques sont utilisées en association avec des briques plus grandes
(0,42 x 0,21 m) alors qu’à Tell es-Sakan, les grandes briques (0,55 x 0,30 x 0,10 m ou
0,45 x 0,30 x 0,10 m) sont réservées exclusivement à la construction du rempart310. À
Bâb edh-Dhrâ’, il existe aussi une distinction entre les briques utilisées dans le cimetière

304
D’après les unités de mesure identifiées en Mésopotamie par S. Kubba, cela correspondrait à la mesure
d’un poing ou de 5 doigts (Kubba, 1987, fig. 231).
305
Martin, 1965, p. 57.
306
Lass, 2006, p. 51.
307
Wright, 2005, p. 104.
308
En grisé dans le tableau.
309
Spencer, 1979, p. 83.
310
Miroschedji & Sadek, 2000, p. 99.

84
qui sont standardisées (environ 0,50 x 0,25 x 0,09 m) et celles employées dans la ville
qui sont de formats très différents. Cet emploi de briques aux formats standardisés à
Tell es-Sakan et dans les maisons-charniers de Bâb edh-Dhrâ’, reflète sans doute
l’action d’un groupe spécifique de maçons. À Sakan et ‘En Besor, ils devaient employer
très exactement les techniques apprises en Égypte. Et à Bâb edh-Dhrâ’, il est possible
que la construction des maisons du cimetière ait été confiée à des maçons spécialisés, ou
alors le caractère symbolique du lieu faisait que les règles de construction y étaient plus
strictes.

Enfin, il ne semble pas qu’il y ait d’évolution de la taille des briques durant le
Bronze ancien. Seule, à Jéricho, K. Kenyon note que les briques du chantier XII, datées
du Bronze ancien IB mesurent environ 0,40 x 0,25 x 0,09 m et sont légèrement plus
grandes que les briques rectangulaires des niveaux III et II311. Ainsi, les formats de
briques présentent une grande diversité, comme le prouve l’étude de Tell Um Hammad,
même si leur taille moyenne est de 0,45 x 0,30 x 0,10 m.

iii.2 Poids
Le deuxième élément à prendre en compte lors de l’étude d’une brique est son
poids, directement lié à sa taille. Une brique cuite moderne mesure en moyenne
0,24 x 0,12 x 0,06 m et pèse entre 2 et 2,5 kg. Ce format est en accord avec nos
conceptions actuelles de travail, de rentabilité où la brique doit être tenue dans une seule
main. Ce format correspond également aux petites briques égyptiennes. Cependant, une
grosse brique antique pèse près de 10 fois plus, avec un poids moyen de 20 kg, ce qui
représente le poids maximum qu’un homme peut transporter et mettre en place, sans
fatigue excessive.

Les dimensions des briques doivent être calculées en fonction de critères


pratiques, car une brique trop lourde est difficile à utiliser, surtout si elle nécessite le
concours de plusieurs ouvriers pour la déplacer312.

iii.3 Marques
Il arrive que des briques soient préservées dans leur totalité. Dans ces cas-là, il
n’est pas rare d’observer des marques tracées sur leurs faces supérieures ou inférieures.
Déjà sur les briques modelées à main du Néolithique (Jéricho), il y avait des traces de
doigts issues du modelage et qui permettaient également une meilleure adhérence du
mortier abondamment utilisé avec ce type de briques.

311
Kenyon, 1981, p. 125.
312
Wright, 2005, p. 102.

85
Cette méthode permettant d’augmenter l’adhérence du mortier se poursuit au
Bronze ancien, même si les briques sont désormais moulées. Les marques les plus
couramment observées se composent d’un assemblage d’empreintes de doigts. Elles
peuvent être disposées en longueur comme sur les briques de Lod où elles mesurent
2 cm de large et 0,5 cm de profondeur ; elles peuvent se croiser comme à Tel Yarmouth
(BA III) ; ou être disposées de façon parallèle comme à Bâb edh-Dhrâ’ (mur 46,
BA III)313 ou dans le grand bâtiment 7102 de Tel Erani (BA I)314. Le même type de
marquage a été observé sur les briques de Horvat Illin Tahtit où il est complété par un
faible recreusement de la surface de la brique qui devient alors légèrement concave315.
Ce système a été également observé sur les briques de Tel Kitan316 et sur une brique du
chantier Bh de Tel Yarmouth. Tous ces systèmes semblent résulter de considérations
pratiques en lien avec une volonté d’augmenter l’adhérence du mortier, et selon des
techniques connues au Néolithique et Chalcolithique. Cependant, certaines marques
semblent avoir un caractère différent. Ainsi, des briques provenant de Beth Shean et de
Bâb edh-Dhrâ’317 portent des marques en forme de cercle et d’ovale318 (pl. 18). Ces
dernières ne correspondent pas à une taille de brique spécifique, ni à une différence de
séchage. Des marques de même type ont aussi été identifiées en Mésopotamie sur les
sites d’Habuba Kabira et de Mohammed Diyab, aux alentours de 2 000 avant notre ère
(fig. 1, pl. 19). La problématique liée à l’interprétation de ces motifs peut trouver un
parallèle avec celle des marques de potiers. D’une part, il est possible qu’elles
représentent le travail de maçons ou d’ateliers de productions différents. Ainsi, à
Bâb edh-Dhrâ’, des marques différentes étaient apposées sur les briques provenant des
maisons des vivants et sur celles provenant des maisons des morts (fig. 2, pl. 19)319. Ces
différences de motifs entre le cimetière et la ville peuvent indiquer que les maçons
n’étaient pas les mêmes. D’autre part, elles peuvent refléter une différence de
composition liée à la future utilisation de la brique320, ou n’être simplement que des
dispositifs d’adhérence plus stylisés.

iii.4 Couleurs
Le dernier critère descriptif des briques est la couleur. Même si elle est très
rarement mentionnée dans les rapports de fouilles, la couleur nous renseigne sur la
composition chimique de la terre et donc éventuellement sur sa provenance. La couleur

313
Les briques comportent deux rainures épaisses, 2 à 3 cm de large et espacées de 4 à 5 cm
314
Ciasca, 1962, p. 27-35.
315
Braun & Milevski, 1993, p. 11.
316
Communication personnelle de E. Eisenberg.
317
À Bâb edh-Dhrâ’, dans les chantiers XIII et IV, du rempart A, beaucoup de briques portaient des
marques faites au doigt ou avec un outil. Les indications du chantier IV.1 montrent que de telles marques
étaient déjà présentent sur les briques du niveau III, même si les motifs sont parfois différents entre les
deux niveaux.
318
Braun, 2004, fig. 2.41.
319
Schaub & Rast, 1989, p. 385, fig. 239, 240.
320
Rast & Schaub, 2003a, p. 270.

86
de la brique est essentiellement due à la quantité de fer présente dans la terre : s’il n’y a
pas de fer, la brique est blanche ; s’il y a du fer et de la chaux, la brique est de couleur
crème ; si la terre est très riche en fer, la brique est brun-rouge, enfin, si la terre est riche
en fer et en chaux, la brique est de couleur brune321. La cuisson des briques est aussi un
facteur d’altération de la couleur des briques, mais comme nous l’avons évoqué plus
haut, au Bronze ancien les briques ne sont jamais cuites volontairement, elle le sont
toujours lors d’incendies. Ainsi, le rempart A de Bâb edh-Dhrâ’, (BA III) est composé
de briques cuites et de briques non cuites322. Les briques cuites sont très dures, leur
couleur va du rose à l’orange, les briques non cuites sont de couleur rougeâtre, verte ou
marron, elles sont moins bien conservées.

Dans le tableau ci-dessous, sont rassemblées les quelques indications disponibles


dans les publications concernant la couleur des briques :

Site Construction Couleurs et composition des briques


Aphek rempart B255 brun sombre323
Bâb edh-Dhrâ’ muraille B rougeâtre324
Bâb edh-Dhrâ’ muraille A briques cuites (incendie): roses et oranges
briques crues : rougeâtres, vertes ou brunes325
Beth Yerah muraille A vert clair (à base de marne de Lisan)
rouge- brun (à base d’argile de rivière)326
Jéricho maison L303 grisâtre et blanchâtre327
Jéricho murailles A et B blanchâtre328
Jéricho muraille C blanc, gris, orange, brun329
Tel Erani bâtiment 232 rougeâtre330
Tell el-Hesi rempart “briques crues de couleurs et de textures différentes”331
Tell es-Sakan muraille B brun-rouge332
Tel Lod mur 426 brun (10YR 4/3)333
Tel Lod mur 525/ 426 brun (10YR 5/3) 334
Tel Lod mur 417 brun clair (10YR 6/3) 335
Tel Shalem muraille A brun-rouge336
Tabl. 4 : Les couleurs des briques Bronze ancien

321
Mitchell, 1908, p. 391.
322
Rast & Schaub, 2003a, p. 269-270.
323
Kochavi, 2000, p. 65-66.
324
Rast & Schaub, 2003a, p. 166-171.
325
Rast & Schaub, 2003a, p. 260-282.
326
Maisler, Stekelis & Avi-Yonah, 1952, p. 172-173.
327
Marchetti & Nigro, 2000, p. 22.
328
Kenyon, 1981, p. 97, 209.
329
Kenyon, 1981, p. 98, 209.
330
Kempinski & Gilead, 1991, p. 165-187.
331
Fargo, 1993, p. 630-634.
332
Miroschedji, 2001a, p. 75-104.
333
Lass, 2006, p. 52.
334
Lass, 2006, p. 52.
335
Lass, 2006, p. 52.
336
Eisenberg, 1996, p. 6-8.

87
Seuls les fouilleurs de Tel Lod ont décrit précisément la couleur les briques en
fonction d’un nuancier numéroté. Les briques sont plutôt uniformes, leur couleur varie
très légèrement entre les murs, ce qui indiquent que la terre utilisée provenait toujours
de la même zone337. À l’inverse, la muraille A de Beth Yerah était composée de
plusieurs blocs de briques crues qui se distinguent par leurs couleurs différentes. P. Bar-
Adon a distingué deux type de production de briques : des vert clair, à base de marne de
Lisan, et des briques plus foncées entre rouge et brun, faites avec de l’argile de la
rivière338.

En conclusion, en Palestine, le climat n’est pas optimal pour la préservation des


briques crues. Cela explique pourquoi très peu d’exemplaires complets aient été
retrouvés en fouilles. Le plus souvent, les briques ont fondu sous l’action des
intempéries et elles se sont retransformées en terre. Néanmoins, l’étude des briques,
permet d’aborder des problèmes techniques liés à la mise en œuvre de ce matériau à la
fois résistant et fragile. Les dimensions, le poids, les matériaux utilisés pour la
réalisation des briques influent sur la nature des architectures produites.

&  :"    


i. Le mortier
Le mortier est un matériau de construction composite, liquide lors de son
élaboration et qui durcit au séchage. Il peut être utilisé de deux manières : soit il sert à
lier et maintenir ensemble des éléments de construction, soit il forme une masse de
blocage entre deux parements. Ces deux méthodes bien que différentes peuvent avoir
été utilisées ensembles339. Généralement, le mortier forme un lit entre chaque nouvelle
assise et souvent les joints verticaux ne possèdent pas ou peu de mortier340. Au
Bronze ancien, il est employé à la fois dans les maçonneries de pierres et dans celles de
briques.

La composition du mortier d’argile est analogue à celle de la terre à bâtir


destinée au pisé ou au torchis341. Dans certains cas, le mortier et les briques d’un même
mur sont produits au même endroit, dans ce cas leurs couleurs sont semblables. Mais en
général, les couleurs sont différentes, ce qui permet de distinguer la présence de briques
dans les buttes de terre retrouvées en fouilles. Ainsi, à Tel Erani, dans le grand bâtiment
7102, le mortier se compose d’une couche très mince d’argile brun-gris de 10 à 15 mm

337
Lass, 2006, p. 51.
338
Greenberg & alii, 2006, p. 236-237, fig. 6.2.
339
Wright, 2005, p. 95.
340
Kemp, 2000, p. 92.
341
Aurenche, 1977, p. 118.

88
d’épaisseur342. De plus, la terre utilisée pour réaliser le mortier d’un même bâtiment
peut provenir de différents endroits. Ainsi, dans le bâtiment du chantier D de Tel Lod,
les mortiers utilisés dans les trois murs dégagés étaient différents. Ils sont décrits
comme brun foncé dans le mur 417, brun clair dans le mur 426 et brun-rouge dans le
mur 427343.

ii. L’enduit
Bien que les murs en terre soient faciles à construire, ils présentent
l’inconvénient de se détériorer rapidement au contact des eaux de pluie et de
ruissellement. C’est pourquoi il est impératif de recouvrir d’enduit tout mur en terre
mais aussi en pierre. Ce dernier permettra à la fois de combler les vides interstitiels et de
protéger les maçonneries, les sols ou les toits. Ainsi, des enduits sont également
appliqués sur les maçonneries en pierre.

Les enduits employés au Bronze ancien sont des préparations semi-liquide à


base de chaux ou de terre argileuse mélangée à de l’eau. Cependant, quelques enduits
sont à base de hamra : glaise rouge qui se trouve à l’état naturel, surtout dans l’ouest de
la Plaine côtière. Ainsi, à Ai les murs du Temple de l’acropole sont recouverts d’une
épaisse couche d’argile rouge mélangée à un dégraissant de paille. Le tout est recouvert
d’une fine couche de chaux blanche qui recouvre aussi le sol (fig. 4, pl. 48). Toujours à
Ai dans le chantier K, une fosse servant au stockage d’eau, était également recouverte
d’une couche de hamra344. Cet enduit devait aider à la rendre imperméable. Afin de
préserver leurs qualités tous les enduits devaient être renouvelés à intervalles réguliers.

+ % 
Tout dans l’architecture du Bronze ancien peut être construit en terre : murs,
piliers, sols, plafonds, seuils, aménagements internes… Mais dans les faits, il existe très
peu de constructions entièrement en terre. Le plus souvent, elle est associée à d’autres
matériaux comme la pierre et les végétaux. Cependant, lorsque l’on parle d’éléments
architecturaux en terre, en Palestine, on se réfère avant tout à une architecture en
briques, car l’usage du pisé reste très minoritaire. Ainsi, sur la plupart des sites, les
briques crues constituent les superstructures des murs que ce soit de simples murets de
partition ou de larges murs de rempart. Les briques servent aussi à élaborer des
aménagements internes type banc, rangement de céramiques, base de poteaux…
Autrement, la terre sous sa forme simple de terre à bâtir est employée essentiellement
dans la réalisation de sols et de toitures.

342
Ciasca, 1962, p. 27-35.
343
Lass, 2006, p. 51.
344
Callaway, 1993, p. 43.

89
 % 
Le bois et les végétaux furent certainement les premiers matériaux de
construction à être utilisés, car ils sont abondants et faciles à travailler. Cependant, en
raison des conditions environnementales du Levant sud, ils se dégradent vite et laissent
très peu de traces. Quelques éléments de bois nous sont parvenus, mais les principales
sources d’information sont les restes calcinés et les analyses anthracologiques. Ces
dernières, si elles nous renseignent sur les espèces présentes, ne peuvent cependant pas
préciser si les espèces étaient utilisées en architecture.

L’étude portera d’abord sur les bois utilisés dans l’architecture du Bronze ancien
puis, sur celles des autres produits végétaux.

#  
Du fait de sa dégradation rapide, on connaît beaucoup moins bien les bois
antiques que les autres matériaux de construction345. Ainsi, le bois possède une
résistance plus constante que la pierre quand il est soumis à différentes sortes de stress,
cependant l'humidité, les risques de combustion et le séchage peuvent diminuer ses
propriétés. De plus, il se dégrade rapidement sous l'effet des bactéries et des fongicides.

Dans un premier temps, nous détaillerons les différentes espèces de bois


retrouvées, puis nous étudierons les techniques de travail du bois et enfin ses usages.

  &) 
Les analyses anthracologiques de bois ont montré que les espèces végétales les
plus courantes au Bronze ancien sont : l’olivier (Olea europaea) à 46,60 %, le chêne
kermès (Quercus calliprinos) à 16 % et le térébinthe (Pistacia palaestina) à 13,3 %346.

L’olivier (Olea europaea) est un arbre emblématique de la région. C’est un


arbre à feuilles persistantes qui peut atteindre quinze à vingt mètres de hauteur,
cependant quand il est cultivé sa hauteur est maintenue entre trois et sept mètres. Son
bois est dur et dense. Les carporestes d’olivier représentent presque la moitié des
vestiges végétaux identifiés sur les sites du Levant sud. Mais, une grande partie des
restes retrouvés se composent de résidus de pressage, de fragments de noyaux appelés
aussi grignons. Par exemple, à Tel Yarmouth, les grignons dominent l’assemblage
carpologique sur les chantiers B, C et J avec respectivement 84 %, 35 %347 et 89 % des
345
Wright, 2005, p. 18.
346
Lev-Yadun & Weinstein-Evron, 2002, p. 335.
347
Le pourcentage inférieur du chantier C résulte peut-être d’une différence d’époque. En effet, les locus
analysés dans les chantiers B et J datent du Bronze ancien III, alors que ceux du chantier C datent du

90
restes fruitiers348. À Beth Shean également, la couche de destruction du bâtiment
hypostyle M-3 contenait des restes de bois, dont 37 % d’olivier. Cette importance
relative des restes d’olivier s’explique en raison de ses usages multiples. D’une part,
l’oléiculture se développe au Bronze ancien. D’autre part, sa culture génère aussi des
sous-produits comme les déchets de taille qui peuvent être donnés comme fourrage aux
caprinés, les branches être utilisées comme combustible. En effet, même si le bois
d’olivier est un bois de chauffage de qualité médiocre, il est très utilisé pour la cuisson
des aliments349. Enfin, le bois d’olivier devait aussi être employé comme bois de
construction. L’usage se perpétue même jusqu’au début du 20ème siècle où il rentre dans
la composition de bâtiments traditionnels palestiniens350. Ainsi, dans le bâtiment B1.3
de Khirbet ez-Zeraqun des restes d’un pilier en bois d’olivier351 ont été identifiés.

Le chêne kermès (Quercus calliprinos) est un arbre à feuilles persistantes, c’est


une des espèces dominantes des maquis et des forêts méditerranéennes actuellement.
C’est un arbre de taille petite à moyenne ou un gros buisson dont la taille se situe entre
5 et 18 m de hauteur. Son tronc mesure jusqu’à 1 m de diamètre. Les restes de bois
retrouvés en fouilles, toutes périodes confondues, montrent que c’était l’espèce végétale
la plus répandue sur le territoire méditerranéen, des hauteurs du Golan jusqu’aux
montagnes d’Hébron. Les plus anciens vestiges ont été identifiés dans les niveaux
moustériens de Kébara et les niveaux natoufiens de la grotte de El Wad dans le Carmel,
puis il y en a durant tout le Néolithique et le Chalcolithique. Au Bronze ancien, le
pourcentage de chêne kermès est majoritaire dans les assemblages de bois sur tous les
sites de la zone méditerranéenne comme Kabri, Tel Afek ou Megiddo352.

Deux autres espèces de chênes ont été identifiées : le chêne du mont Tabor et le
Quercus boissieri. Le chêne du mont Tabor (Quercus ithaburensis) est un arbre à
feuilles caduques qui pousse dans la zone de transition entre la zone méditerranéenne et
la zone steppique, là où il pleut entre 400 et 500 mm par an. Les plus anciennes traces
de chêne du mont Tabor ont été retrouvées dans les niveaux moustériens de Kébara. Au
Bronze ancien, N. Liphschitz l’a identifié sur le site de Newe Yaraq, sur la plaine
côtière et à Shoham353. Il a aussi été identifié à Tel Yarmouth354. Les restes de chêne
kermès et de chêne du mont Tabor sont importants dans les assemblages végétaux des
sites archéologiques. Ces deux bois sont durs et aussi difficiles à travailler l’un que
l’autre. Selon N. Liphschitz, la prépondérance de l’un ou de l’autre reflète simplement

Bronze ancien II. Il est possible que la culture de l’olivier se soit développée de manière notable entre les
deux époques. Il est également possible que les contextes soient différents.
348
Salavert, 2008, p. 59-60.
349
Salavert, 2008, p. 57-58.
350
Hirschfeld, 1995.
351
Ibrahim & Mittmann, 1994, p. 15.
352
Liphschitz, 2007, p. 25, fig. 2.4.
353
Liphschitz, 2007, p. 27.
354
Salavert, 2008, p. 56.

91
l’abondance de l’un ou l’autre dans l’environnement immédiat du site355. Cependant, le
bâtiment M-3 de Beth Shean contenait des restes de chêne de type Quercus ithaburensis
qui ne pousse pas à proximité, tout comme le pin d’Alep (Pinus halepensis) présent
aussi dans cet assemblage. A. Mazar suppose que les constructeurs de ce bâtiment
particulier ont fait venir spécialement des bois des régions voisines comme la Galilée ou
la Transjordanie356.

Le Quercus boissieri (ou cyprus oak) peut atteindre 20 m de hauteur. C’est un


arbre à feuilles caduques présent sur les points élevés des montagnes de la zone
méditerranéenne, dans le Golan, en Galilée, sur le mont Carmel, les collines de Judée et
en Samarie. L’arbre était très rare durant l’antiquité. Des restes datés du Bronze ancien
ont été retrouvés à Abu Pula dans le Golan et à Hébron, dans les collines de Judée357.

Le térebinthe (Pistacia Palaestina) est un arbre à feuilles caduques qui se


trouve dans le maquis méditerranéen. Il est présent dans le Golan, la Galilée, la vallée
de Dan, la plaine du Houlé, le mont Carmel, la plaine du Sharon, les collines de Judée et
en Samarie. Le térébinthe est très souvent retrouvé associé au chêne kermès. C’est un
arbuste qui mesure de trois à cinq mètres de hauteur. Son bois dur est utilisé dans la
construction. Les plus anciens vestiges retrouvés datent du PPNB. Il est très présent
dans l’assemblage des sites du Bronze ancien, comme à Tel Kabri, Megiddo, Lachish,
Beth Shean et Tel Yarmouth358.

Parmi les espèce plus rares, il y le pin d’Alep (Pinus Halepensis) dont quelques
exemplaires ont été retrouvés en contexte archéologique. Au Bronze ancien, le pin
d’Alep fait partie de la végétation naturelle de la région du Mont Carmel et notamment
de Megiddo. C’est un arbre de taille petite à moyenne, pouvant atteindre 15 à 25 m de
hauteur, avec un tronc d’environ 0,60 m de diamètre, pouvant atteindre
exceptionnellement 1 m. À Megiddo, les études antracologiques ont montrées que 5,4 %
des échantillons récoltés dans les niveaux Bronze ancien proviennent de pins d’Alep359.
Des restes de pins d’Alep ont aussi été retrouvés à Tel Dalit, Shoham et Beth Shean360.

Au Bronze ancien, il n’y avait pratiquement pas d’échanges à longue distance


pour le bois. Les constructeurs utilisaient les ressources des forêts situées à proximité
des sites. Cependant, des restes de trois espèces d’arbres qui ne poussaient pas en
Palestine au Bronze ancien ont été retrouvées : le cèdre du Liban, le chêne turc et le
cyprès. Ainsi, trois fragments de bois de cèdre du Liban (Cedrus libani) ont été

355
Liphschitz, 2007, p. 27.
356
Mazar & Rotem, 2009, p. 144-145.
357
Liphschitz, 2007, p. 27.
358
Liphschitz, 2007, p. 28.
359
Lev-Yadun & Weinstein-Evron, 2002, p. 334.
360
Mazar & Rotem, 2009, p. 144-145.

92
retrouvés sur le site d’Ashkelon-Afridar au Bronze ancien IA361. À cette époque, le
cèdre ne poussait qu’au Liban, en Turquie et à Chypre. Ces restes doivent provenir plus
probablement du Liban. Le bois de cèdre était très recherché pendant l’antiquité et il
était importé pour construire des bâtiments prestigieux ou des objets de luxe362. Du bois
de cèdre a également était utilisé à Khirbet ez-Zeraqun363. La deuxième espèce non
locale est le chêne turc (Quercus cerries) qui ne poussait qu’en Turquie (Taurus, ouest
de l’Anatolie) et au Liban durant l’antiquité. Il a également été retrouvé sur le site
d’Afridar au Bronze ancien IA. Ces éléments de cèdre du Liban et de chêne turc sont
trop petits pour savoir quel a pu être leur usage. Ils témoignent néanmoins de l’existence
d’échanges de bois à longue distance, destinés à la Palestine ou plus probablement à
l’Égypte364. La troisième espèce d’arbre non locale est le cyprès commun (Cupressus
sempervirens), appelé aussi cyprès toujours vert. Son tronc peut atteindre 20 à 30 m de
haut et il est très ramifié excepté dans sa partie inférieure. Son bois possède de grandes
qualités architecturales car il est très dense et presque imputrescible. Des échantillons
ont été retrouvés à Tel Yarmouth365 et à Megiddo366. S’il est difficile d’affirmer avec
certitude que ces bois importés étaient employés en construction, leur présence
démontre également l’existence d’échanges avec les sites de la côte libanaise. De plus,
la découvertes de bois de cèdre (Cedrus libani), de pin (Pinus halepensis) et de cyprès
(Cupressus sempervirens) sur les sites égyptiens de Maadi et Badari, à l’époque
prédynastique (première moitié du 4ème millénaire) confirme que leurs bois faisaient
l’objet d’échanges côtiers367.

Dans la zone semi-désertique, des dépôts de loess éolien, partiellement


recouverts de sable, constituent le sol typique de cette vaste plaine où l'arbre le plus
important est Tamarix articulata. La moyenne vallée du Jourdain, entre Tibériade et
Beisan, et les montagnes basaltiques à l'ouest du fleuve font également partie de la
région irano-touranienne. Les précipitations annuelles s'y élèvent à 300-450 mm. Des
sols basaltiques ou marneux couvrent la majorité de cette région. On n'y rencontre que
des arbres isolés : Pistacia atlantica et Zizyphus spina-christi368.

Dans le nord Néguev, N. Liphschitz a établi à partir des carporestes du Site H du


wadi Ghazzeh et d’Arad que l’espèce d’arbre la plus courante est le tamaris (Tamaris
aphylla) 30,43%, puis le Retama raetam qui est un buisson. Le Tamaris aphylla est le
plus grand de tous les types de tamaris. Il mesure généralement entre 4 et 12 m de

361
Lev-Yadun & Weinstein-Evron, 2002, p. 336.
362
Liphschitz, 2004, p. 309.
363
Ibrahim & Mittmann, 1994, p. 15.
364
Liphschitz, 2004, p. 309.
365
Liphschitz, 2007, p. 44.
366
Liphschitz, 2007, p. 38.
367
Gophna & Liphschitz, 1996, p. 148.
368
Karschon, 1953.

93
hauteur, mais il peut atteindre jusqu’à 18 m de hauteur. Ses feuilles sont persistantes. Le
bois du tamaris peut-être utilisé comme bois de chauffe, mais aussi en charpenterie.
L’assemblage d’Arad contenait également des restes d’oliviers369. Dans la région de
Bâb edh-Dhrâ’, à l’est de la mer morte, les arbres retrouvés sont l’acacia (Acacia
raddiana savi, Acacia tortilis), le tamaris, le jujubier (Zizyphus spina-christi) et la
salvadora (Salvadora persica)370. L’acacia (Acacia tortilis subsudanica) est un arbre
commun du sud du Néguev et de la vallée de la Arava, parmi une végétation de pseudo-
savane371. Le jujubier (Zizyphus spina-christi) est un arbre à feuille persistante qui
pousse dans les vallées à moins de 500 m de hauteur.

Ainsi, la très grande majorité des vestiges arboricoles retrouvés sur les sites
palestiniens du Bronze ancien sont issus d’espèces locales, poussant à proximité du site.
Et, pour les quelques espèces non locales, leur usage architectural reste impossible à
prouver. De plus, la plupart de ces espèces végétales sont des arbustes. Ce qui n’est pas
sans conséquence sur l’architecture, car leur faible longueur rend nécessaire la présence
de supports intermédiaires. En effet, la longueur maximale des troncs disponibles limite
la largeur des pièces. Enfin, le Bronze ancien marque aussi le début de la prépondérance
de l’olivier dans les assemblages carpologiques de la zone méditerranéenne, et cela
jusqu’à devenir une espèce dominante. Ainsi, les vergers d’oliviers remplacent
progressivement le maquis naturel qui se composait de chênes kermès et de
térébinthes372.

     
Le travail du bois commence avec l’abattage des arbres ou le ramassage de bois
déjà tombés au sol. Puis, le tronc est écorcé complètement. À ce stade le tronc de bois
peut-être employé tel quel par exemple dans un toit ou comme base de poteau. Mais, le
charpentier peut également décidé d’ôter l’aubier (zone où circule la sève, sensible aux
attaques) pour ne conserver que le duramen ou bois parfait (zone compacte, dense,
sèche et imputrescible). Certains troncs sont grossièrement équarris et d’autres peuvent
être débités en planches. Pour effectuer toutes ces tâches, il existe depuis le Néolithique,
tout un assemblage d’outils en pierre (hache, herminettes, couteaux, ciseaux) et au
Bronze ancien, certains de ces outils commencent à être réalisés en métal.

Il existe très peu d’informations sur les méthodes de fixation des éléments en
bois, mais plusieurs techniques d’assemblage des éléments en bois sont connues dès le
Néolithique. Les constructeurs ont pu utiliser les fourches naturelles des arbres, des

369
Liphschitz, 2007, tabl. 3.10, 3.11.
370
Rast & Schaub, 2003a, p. 57.
371
Zohari, 1982, p. 124.
372
Liphschitz, 2007, p. 46.

94
ligatures végétales, des liens souples en cordage ou en utilisant un système
d’emboîtement avec tenon et mortaise373.

  % 
Il n’y a pas de traces archéologiques de constructions entièrement en bois, même
si les observations de nature ethnoarchéologique, menées par T. Canaan au début du
20ème siècle, attestent de la présence de cabanes tout en bois, installées sur le toit plat
des maisons374. Dans les constructions fouillées, les éléments en bois servaient surtout
de pilier, de poutre, de renforcement de murs, de linteau de porte ou de seuil (pl. 21).

Poteaux
Les poteaux constitués d’une pièce de bois simplement fichée dans le sol sont les
plus anciens supports de couverture connus. Ils ont été identifiés dans des maisons
néolithiques comme à Mallaha (9ème millénaire), à Beisamoun et à Jéricho
(7ème millénaire). Cet usage se perpétue au Bronze ancien où le plus souvent le poteau
en bois repose sur une base en pierre. Dans le Palais B1 de Tel Yarmouth, des restes
d’un poteau carbonisé de 0,25 m de haut ont été retrouvés in situ, en position verticale,
sur une base de poteau375. Des études ont montré que les deux principales espèces
arboricoles retrouvées à Tel Yarmouth sont l’olivier et le chêne376. Or selon, H. Genz,
au Bronze ancien, le bois d’olivier était suffisant pour assurer la couverture des plus
petites pièces377. Bâb edh-Dhrâ’ fournit un autre exemple d’élément de pilier en bois
retrouvés calciné. À l’intérieur du bâtiment B, une ligne de cinq bases de piliers a été
retrouvée. Les parties basses des poutres en bois reposaient toujours sur des bases en
pierre. La poutre en bois sur la base du locus 24 mesurait approximativement 0,25 m de
diamètre et celle située sur la base du locus 62 mesurait approximativement 0,32 m de
diamètre378.

Toiture
Quasiment toutes les constructions du Bronze ancien étaient couvertes d’un toit
dont la charpente était constituée de poutres de bois, que le bâtiment soit en pierre, en
terre ou les deux. Dans la couche de destruction de la pièce 3 de Numeira, les fouilleurs
ont retrouvé des traces de poutres en bois calcinées provenant du toit379. Les rares cas de
poutres retrouvées intactes montrent que les troncs étaient grossièrement équarris afin
d’obtenir une section rectangulaire. Ainsi, à Jéricho trois éléments de bois ont été

373
Wright, 2005, p. 21.
374
Canaan, 1932, p. 225-230.
375
Miroschedji, 1994a, p. 34-35.
376
Salavert, 2008, p. 57-60.
377
Genz, 2003, p. 61.
378
Rast & Schaub, 2003a, fig. 8.3, 10.58.
379
Schaub & Rast, 1980, p. 44.

95
retrouvés côte à côte, ils proviennent certainement d’une toiture380. Au niveau 2, de
Horvat Ptora, de nombreux échantillons de bois non carbonisés ont été retrouvés scellés
dans les couches de destruction. Ces poutres de section rectangulaire semblent provenir
d’une toiture effondrée381.

Dans le bâtiment A, de Bâb edh-Dhrâ’, une poutre de deux mètres de long a été
retrouvée au sol382. Elle comportait une série d’encoches comblées avec de l’enduit. Le
même type de remplissage a été retrouvé sur un poteau calciné du temple A de
Beycesultan (Turquie, BA II), le système servait sans doute à cacher les imperfections
du bois383.

Eléments de consolidation de maçonneries


Le bois peut aussi être utilisé dans les maçonneries, afin de les consolider. Cette
technique, bien que rare semble être connue est employée dans toute la Palestine, à la
fois dans les maçonneries de briques et de pierres (fig. 1, pl. 26).

La poutre peut être positionnée horizontalement entre le soubassement en pierre


et la superstructure en briques, ou seulement dans une des deux parties du mur. Dans la
superstructure en briques du mur Q, du bâtiment B de Ai, des poutres en chêne
persistant étaient utilisées pour renforcer le mur384. À Khirbet ez-Zeraqun, les espaces
vides entre les rangées de pierres ont aussi été interprétés comme les négatifs de poutres
en bois385. La technique est aussi employée à Bâb edh-Dhrâ’, mais elle semble réservée
aux constructions liées aux fortifications (fig. 1, pl. 26). Le meilleur exemple est fourni
par les tours du chantier XI (Bronze ancien III). Lors de leur construction, de très
nombreuses poutres de bois ont été employées. Le fait que les rangées de pierres étaient
séparées par des espaces de 0,10 à 0,20 m indique la largeur des éléments de bois
employés. Les poutres se trouvaient exclusivement dans le soubassement de pierre, il
n’y en avait aucune dans la superstructure en briques. Les fouilleurs estiment qu’au
minimum 110 poutres ont été utilisées, 55 par tours. Elles mesuraient en moyenne 0,10
m de large et entre 3 et 4 m de long386. L’usage de poutres dans la fortification n’est pas
exceptionnel. Leur présence a également été identifiée dans le rempart du Bronze ancien
III de Jéricho387. À Leviah, des poutres de bois calcinées ont aussi été trouvées à

380
Garstang, 1936, pl. XLVIII.
381
Gorzalczany & Baumgarten, 2005.
382
Rast & Schaub, 2003a, p. 328-334.
383
Alm, 1996, p. 125.
384
Callaway, 1980, pl. V.
385
S. Mittmann, cité par Rast & Schaub, 2003a, p. 254.
386
S. Mittmann, cité par Rast & Schaub, 2003a, p. 253-254.
387
Marchetti, Nigro & Sarie, 1998, p. 125.

96
proximité du mur de fortification388. La technique a aussi été employée dans certains
murs du Palais B1 de Tel Yarmouth ainsi que dans le Bastion K389.

À Tell el-Fârǥah, dans le mur de refend qui délimite la pièce 2 au sud-est se


trouve une interruption verticale dans la maçonnerie, matérialisée au sol par une dalle
(fig. 1, pl. 95). R. de Vaux propose d’y voir le logement d’un bois de soutien appuyé sur
la dalle. L’espace mesure 0,25 m de large. Ce serait un cas de poutre de renforcement,
de type colombage.

Enfin, même s’il n’y en peu de traces archéologiques, il paraît évident que le
bois était utilisé pour les portes, à la fois pour constituer le vantail, mais aussi le linteau,
le pivot, le seuil et les jambages. C’est le cas d’exemples actuels vus sur l’île
d’Éléphantine (Égypte) où le gond de la porte tourne dans un simple trou dans la terre et
le sommet du pivot dans une ouverture pratiquée dans le linteau fait de planches en
bois. Le vantail et le pivot sont en bois, mais les jambages sont en briques crues. Dans
le Palais B1 de Tel Yarmouth, les traces des rondins de bois de la porte ont été
identifiés.

En conclusion, même si le bois a laissé peu de traces et s’il est difficile de


distinguer le bois utilisé en construction de celui destiné à d’autres usages, il était
indispensable à l’architecture du Bronze ancien. De plus, le bois utilisé est pratiquement
toujours d’origine locale.

'    % 


En plus du bois, d’autres matières végétales entrent dans la construction comme
les branchages, les roseaux, la paille et les produits végétaux transformés comme les
nattes.

 &  


Le roseau est une graminée imputrescible390 qui vit dans les lieux humides.
Dans certaines régions, il est le matériau unique dont sont faites les constructions. En
Palestine, il est surtout employé sous forme de nattes ou directement dans la réalisation
de toitures plates. Le roseau peut aussi être employé dans des clayonnages. Ainsi, des
éléments de roseaux ont été utilisés à Bâb edh-Dhrâ’391 (fig. 1, pl. 20).

388
Kochavi, 1993, p. 915-916.
389
Communication personelle de P. de Miroschedji.
390
Aurenche, 1977, p. 155.
391
Rast & Schaub, 2003a, p. 57.

97
La paille est une tige de céréale utilisée comme dégraissant, notamment dans la
confection du torchis. Ce terme évoque d’ailleurs la torsion, que subit la paille pour être
réduite en brins, avant d’être incorporée au mélange de terre et d’eau. Une autre
technique consiste à la hacher, pour qu’elle se mêle mieux à la préparation. Sous forme
de chaume, la paille sert aussi de couverture392. Planche 20, figure 2, l’échantillon de
terre à bâtir provenant d’une habitation de Tel Yarmouth porte l’empreinte de végétaux.

La natte est un tissu fait de joncs, de paille ou de roseaux tressés. Selon


O. Aurenche, « les nattes ont une fonction importante dans l’architecture ancienne et
contemporaine. Etendues sur les charpentes de certains toits, elles servent de support à
la couverture de pisé ou de torchis. Placées verticalement, elles constituent les murs et
horizontalement ou obliquement, le toit des constructions de roseaux du sud de l’Iran et
de la Palestine »393. Le sol en terre battue d’une pièce du bâtiment 7102 de Tel Erani
conserve l’empreinte d’une petite natte ou du fond d’un panier394. Des exemples de
nattes bien conservées ont été retrouvés dans des sites du Chalcolithique comme dans le
Nahal Mishmar où elles servaient à envelopper des objets déposés dans une cache.

  % 
La réalisation de toit-terrasse plat représente le principal usage architectural des
végétaux. À Bâb edh-Dhrâ’, Yaqush ou Tel Yarmouth, des vestiges de toits étaient
composés de poutres recouvertes de branchages, le tout lié avec de l’argile. Dans le
chantier Ja de Tel Yarmouth, des fragments de toit portent des empreintes végétales
d’un très petit diamètre (3 à 4 mm) très serrées les unes par rapport aux autres
(fig. 1, 2, pl. 20). De plus, dans le Palais B1, de nombreux fragments de terre cuite
portant des marques de roseaux provenant du toit ont été trouvés395. De même à Tell el-
Umeiri, les constructeurs utilisaient les ressources disponibles à proximité en employant
des roseaux à la place de branchages. À Sidon-Dakerman, le toit devait être composé
d’un clayonnage recouvert de terre argileuse dont des mottes ont été retrouvées au sol.
Les éléments de toit portaient des empreintes de végétaux : des tiges de paille (environ
1 mm de diamètre) et de roseaux (1 à 1,50 cm de diamètre)396.

Les fibres végétales sont aussi utilisées pour réaliser des cordes selon des
méthodes simples encore employées aujourd’hui. La méthode illustrée sur la planche
22, figure 1, consiste à prendre cinq feuilles de palmier dattier et à les séparer en fibres ;
puis les fibres sont tordues toujours dans le même sens. À un certain niveau de torsion,
les fibres vont se plier en deux et commencer à s’enrouler l’une autour de l’autre. Le
392
Aurenche, 1977, p. 130.
393
Aurenche, 1977, p. 124.
394
Ciasca, 1962, p. 27-35.
395
Miroschedji, 1994a, p. 34-35.
396
Contenson, 1982, p. 80-82.

98
point où la fibre s’est pliée doit être maintenue par une autre personne ou en posant le
pied dessus. Des nouvelles fibres sont ajoutées au fur et à mesure, afin de rendre la
corde plus longue, puis les bouts de fibre sont nouées ensemble lorsque la longueur
désirée est obtenue. D’autres méthodes existent. La résistance de la corde dépend du
matériau utilisé, de l’expérience de celui qui la fabrique et du diamètre de la corde. Les
plantes utilisées pour faire des cordes doivent avoir des fibres résistantes qui peuvent
facilement séparées et pliées sans se casser, ainsi les fibres peuvent provenir de feuilles,
de tiges de végétaux ou d’écorce d’arbre397.

     4&   


En plus de la pierre de la terre et des matières végétales d’autres matériaux
périssables ont été utilisés en construction, comme les produits animaux tels que le cuir
et les tendons qui ont pu servir de revêtement ou de fermeture398. L’usage d’autres
matériaux plus rares reste discuté comme celui du bitume. Enfin, nous conclurons cette
partie consacrée aux matériaux de construction en évoquant les cas de réemplois qui
touchent tous les types de matériaux.

# 
Comme la mer Morte représente une source importante de bitume, nous nous
sommes demandé s’il avait pu être utilisé en architecture, comme c’est courant dans
d’autres régions du Proche et du Moyen-Orient. Le bitume ou plutôt l’asphalte est
souvent utilisé comme liant car il est à la fois imperméable et décoratif399. Au Levant
sud, il est présent sur de nombreux sites du Bronze ancien sous forme brute ou appliqué
sur des céramiques et des silex. Cependant, seuls deux cas peuvent indiquer l’usage
éventuel du bitume en architecture. Le premier est issu des fouilles de J. Garstang à
Jéricho. Ce dernier rapporte que l’abondant mortier qui maintient les briques du rempart
est de couleur sombre et semble contenir de la terre bitumineuse associée à de petites
pierres400.

Le second cas provient d’un bout d’empreinte de roseaux imprimé en négatif


dans une masse noirâtre retrouvé dans une habitation du chantier C de Tel Yarmouth
(BA III A) (fig. 2, pl. 22). Mais après les analyses pratiquées par J. Connan,
l’échantillon s’est avéré ne pas être un amalgame bitumineux classique car le bitume
isolé ne représente que 0.09% de l'échantillon. De plus, ce "bitume", s'il s'agit de

397
Danin, 1983, p. 127-129.
398
Wright, 2005, p. 5.
399
Aurenche, 1977, p. 37.
400
Garstang, 1932, p. 8.

99
bitume, ne provient pas de la mer Morte401. Ainsi, même s’ils connaissaient et utilisaient
les qualités adhésives de bitume pour la céramique et l’industrie lithique, les
constructeurs du Bronze ancien ne l’ont pas employé en architecture.

' &  
Enfin, il faut évoquer un dernier aspect important des matériaux construction :
leur réutilisation. Heureusement pour les archéologues, la réutilisation des matériaux de
construction n’est pas systématique, mais elle a été pratiquée avec tous les types de
matériaux. Les réemplois de pierres ne sont identifiables que lorsque des pierres
particulièrement bien travaillées sont retrouvées dans des contextes qui ne semblent pas
être ceux d’origine. C’est le cas notamment à Hartuv où des pierres taillées semblent
être réutilisées dans les portes (fig. 4, pl. 102)402 et à Bâb edh-Dhrâ’, pour une pierre du
locus 49. Les fouilleurs pensent qu’elle a pu servir de base ou provenir d’une autre
construction, peut-être dans le Bâtiment A, et elle aurait été récupérée après le son
démantèlement403.

La réutilisation des briques est d’abord illustrée par des textes empruntés aux
civilisations voisines. Ainsi dans le texte démotique du papyrus de la Sorbonne 276, il
est fait référence à l’utilisation de briques anciennes pour la reconstruction d’une pièce
de stockage404. Sur le terrain, cet état de fait reste impossible à observer. La réutilisation
du bois ne peut pas être illustrée par des exemples archéologiques, mais de nombreuses
études ethnologiques ont montré que le bois était systématiquement réutilisé. Même à
l’heure actuelle en Syrie, lors du processus de destruction d’une maison, ses habitants
récupèrent systématiquement tous les éléments en bois, en vue d’une prochaine
construction405.

En conclusion, l’étude des matériaux de construction montre que les ressources


locales conditionnent les traditions architecturales. Les seules exceptions sont le basalte
et quelques espèces d’arbres qui peuvent être employés loin de leur région d’origine. On
les trouve notamment utilisés dans des constructions à usage non-domestique. En outre,
les problèmes liés à la préservation de certains éléments faussent notre vision de
l’architecture ancienne. En Palestine, c’est d’autant plus vrai pour les briques crues et
les végétaux qui se conservent très mal. Enfin, s’il y a peu d’évolutions dans le choix
des matériaux depuis l’apparition de l’architecture au Néolithique, de nouvelles
techniques apparaissent au Bronze ancien. C’est le cas de la brique moulée qui va
permettre une standardisation de la production.
401
Communications personnelles de P. de Miroschedji et J. Connan.
402
Mazar & Miroschedji, 1996, p. 7.
403
Rast & Schaub, 2003a, fig. 10.37, 10.38, p. 291-296.
404
Simpson, 1963, p.62.
405
Cours de J.-C. Margueron à l’EPHE, 2004.

100
 &    
    
Suite à la présentation des matériaux de construction, cette deuxième partie va
s’attacher à décrire leur mise en œuvre dans la construction. Leur étude commence avec
celle du gros-œuvre (murs, toiture) et se poursuit avec celle des finitions (porte,
aménagements internes).

  
Selon la définition du Dictionnaire Littré, le mur est un « ouvrage de
maçonnerie dressé et portant en terre sur des fondements, ou sur un plancher artificiel ».
Ainsi, toutes les parties d’un mur se composent de l’assemblage régulier ou irrégulier
d’éléments de construction en pierre ou en briques. De ce fait, avant de décrire les
différentes maçonneries utilisées au Bronze ancien, voici un rapide rappel des termes
utilisés pour qualifier les éléments de maçonnerie, issus du Dictionnaire illustré
multilingue de l’architecture du Proche-Orient ancien, édité par O. Aurenche en 1977
(fig. 2, pl. 26) :
• Boutisse : élément de maçonnerie disposé transversalement dans un mur de
manière à laisser apparaître dans le parement extérieur l’un de ses deux bouts ;
• Carreau : élément de maçonnerie disposé longitudinalement dans un mur de
manière à laisser apparaître dans un parement l’une de ses faces ;
• Panneresse : élément de maçonnerie disposé de manière à laisser apparaître
dans le parement soit une face si la section est carrée, soit un chant si la section
est rectangulaire ;
• Parpaing : élément de construction visible dans les deux parements d’un mur406.

406
Aurenche, 1977, p. 39, 45, 132.

101
Il existe une grande variété de murs dans l’architecture palestinienne du Bronze
ancien, autant du point de vue des matériaux de construction, des dimensions que des
usages. De ce fait, plusieurs aspects de la construction des murs seront abordés, en
commençant par les types identifiés et leurs dimensions ; puis leur montage : de la
fondation aux finitions et enfin leurs différents agencements possibles dans le plan.

#  4&        


Différents critères peuvent être retenus afin d’établir une classification de murs.
Ainsi, O. Aurenche407 en retenant celui des matériaux de construction distingue quatre
grands types : les murs en pisé ou en torchis, les murs en briques, les murs en pierres et
les murs mixtes composés de briques dans la superstructure et de pierres dans le
soubassement408. Les exemples ethnoarchéologiques documentent aussi l’existence de
murs en bois et en matières végétales. Ainsi, en Palestine, au début du 20ème siècle,
T. Canaan décrit la présence d’abris en bois couverts de chaume ou de branchages que
les habitants construisent sur les toits en terrasse des maisons. Appelés en arabe ‘arishe,
ils servaient de zone de couchage pour les nuits chaudes de l’été. Cependant, en
Palestine, au Bronze ancien, l’immense majorité des murs est composée d’un
soubassement en pierre et d’une superstructure en briques, de ce fait il paraît plus
pertinent de sérier les murs d’après des critères fonctionnels, comme leur emplacement
et leur usage architectural. Ainsi, il existe des murs qui sont soumis à des pressions
verticales (maison), horizontales (mur de terrasse, sujet abordé dans le paragraphe
traitant des aménagements du terrain) ou qui ne supportent pas de poussées mais servent
à délimiter une zone (mur de clôture, muret).

Au début du Bronze ancien IA, les murs des maisons à double abside sont
conservés sur une à deux assises. La durée de vie de ces habitats devait sans doute être
très courte. Ces murs se composent de deux rangées de pierres non taillées posées
parallèlement. Généralement peu épais, ils mesurent en moyenne 0,65 m de large.
Certains sont même particulièrement minces comme à En Esur où ils font 0,35 m de
largeur (fig. 3, pl. 87)409. Dans les maisons de plan rectangulaire, la largeur
moyenne des murs se situe entre 0,60 et 0,80 m. Le chantier G de Tel Yarmouth fournit
des données précises car une centaine de murs y ont été dégagés et analysés (pl. 156).
Ils mesurent en moyenne 0,65-0,70 m de large et 2,80-3,30 m de long. Les murets
mesurent une quarantaine de centimètres de large. La qualité de construction des murets
semble médiocre et ils ne se composent que d’un seul parement de pierre de ramassage.

407
Aurenche, 1977, p. 122.
408
Canaan, 1933, p. 2.
409
Yannai, 2006, p. 34-42.

102
D’une manière générale, dans toutes les constructions, les murs extérieurs et les
murs de refend n’ont pas la même épaisseur. Ainsi à Tell es-Sakan, les murs extérieurs
font 2,5 briques de largeur (deux rangées transversales et une longitudinale) alors que
les murs intérieurs mesurent 1,5 briques de largeur (une rangée transversale et une
longitudinale)410. De même à Tell el-Hesi, la différence de taille est nette entre les murs
externes de 0,75 m de large et les murets de 0,38 m de large (fig. 2, pl. 103)411. De plus,
la distinction entre les deux types de murs est souvent accentuée par des différences de
composition. Ainsi, à Beth Yerah, (chantier EY, niveau 9) les murs externes sont en
briques crues sur un soubassement de pierre, alors que les murets sont entièrement en
briques412. Comme ces derniers n’ont pas de rôle porteur, ils n’ont pas besoin d’être
implantés dans le sol, ni d’être particulièrement résistants aux poussées horizontales. Ils
servent simplement à aménager l’espace. Ainsi, dans le bâtiment M-3 de Beth Shean,
deux murets étroits en briques (0,22 et 0,35 m de large) se trouvent entre trois des bases
de poteaux de la salle hypostyle. Leur agencement crée un espace clos qui contenait des
céramiques de stockage413. Il est même possible que ces murets n’aient pas eu de
superstructure.

Ainsi dans l’ensemble les murs mesurent moins d’un mètre d’épaisseur.
Cependant, il existe quelques cas de murs plus épais, comme ceux des deux grandes
maisons (7102, 232) du Bronze ancien I de Tel Erani. Ces derniers mesurent entre 1,10-
1,50 m de large et sont préservés jusqu’à 2-3 m de hauteur414. Les murs des bâtiments
monumentaux possèdent des dimensions encore plus importantes. De ce fait, les murs
du Temple de l’acropole de Ai (BA II) mesurent en moyenne 2,10 m d’épaisseur415. De
même, les temples de Megiddo possèdent de murs très épais. Ainsi, au Bronze ancien I,
dans le temple du niveau J-3 (fig. 3, pl. 118), ils font environ 3 m de large416 et dans le
temple du niveau J-4 (fig. 1, pl. 119), les deux murs nord (96/1 et 96/7) mesurent entre
3,40 et 3,60 m de large417. Au Bronze ancien III, les murs du temple 4040 mesurent 2 m
de large et ceux du temple 5269 en moyenne 1,75 m de large, tout comme ceux du
temple 5192 (fig. 1, pl. 121)418. Dans le Palais 3177, les murs de façade mesurent 2 m
de large, alors que les murs intérieurs font entre 0,70 et 1 m (pl. 122). En comparaison,
les murs des maisons dégagées à proximité du palais ne mesurent en moyenne que 0,50
m.

410
Miroschedji & Sadek, 2000, p. 99.
411
Bliss, 1898, p. 34-39, fig. 69-78.
412
Greenberg & alii, 2006, p. 347-348.
413
Mazar & Rotem, 2009, p. 133-135.
414
Ciasca, 1962, p. 27-35 ; Kempinski & Gilead, 1991, p. 175.
415
Marquet-Krause, 1949, p. 10.
416
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 38.
417
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2006, p. 37-49.
418
Loud, 1948, p. 78.

103
Dans le palais de Khirbet ez-Zeraqun, les différents secteurs d’activité peuvent
se distinguer grâce aux différences de construction et aux épaisseurs des maçonneries
(fig. 2, pl. 163). Ainsi, le secteur B0.10 possède une architecture plus imposante et
planifiée que le reste des pièces. Les murs mesurent plus d’un mètre de large et leur
maçonnerie est soignée419. L’ensemble B0.8 est plus densément construit et les murs
mesurent environ 0,60 m de large. Leur tracé est beaucoup moins rectiligne. Dans le
secteur B.07, les pièces sont de même type que dans le secteur B0.10, avec des murs de
1,25 m de large420. Ces différences de construction reflètent sans doute différentes
activités pratiquées dans cette enceinte.

Dans le Palais B1 de Tel Yarmouth, P. de Miroschedji a identifié l’existence de


quatre formats de murs : les murs périphériques dotés de saillants, les murs de façade,
les murs « standards » et les cloisons (fig. 2, pl. 154). Ainsi, le mur périphérique mesure
1,80 m de largeur et possède des fondations qui peuvent atteindre 3 m de profondeur par
endroit. Il servait de mur de terrasse au nord-ouest et au nord-est. Au niveau des cours,
le mur périphérique possède des saillants sur sa face interne. Grâce à la régularité de
leur espacement, P. de Miroschedji reconstitue la présence de six saillants dans la cour
nord-ouest et de trente-neuf dans la grande cour. Leur fondation semble indiquer qu’ils
avaient à la fois une fonction structurelle et esthétique, comme à Byblos421. Ainsi, à
Byblos, le rempart septentrional B comporte treize redans liés à son parement interne et
ressemblant à des contreforts (fig. 1, pl. 83). Les redans ont une saillie d’environ 2,70 m
et leur largeur varie entre 3 et 3,50 m. Leur hauteur maximale observée est de 7,25 m.
Leur espacement d’axe en axe est d’environ 10 m. Ils sont chaînés à la muraille, mais la
plupart sont moins hauts qu’elle. Leur usage reste indéterminé vu qu’il n’est pas
défensif422. Il est possible que ces redans aient eu un rôle de contrefort en plus de leur
fonction esthétique. En effet, ces murs d’enceinte devaient s’élever relativement haut
surtout s’ils étaient surmontés de massifs de briques et des contreforts pouvaient être
nécessaires pour assurer leur stabilité. Deux types de murs intérieurs ont été
reconnus : des murs de 1,30 de large et des murs de 1,05 m de large dont aucun ne
possède de fondation. Les cloisons mesurent 0,50 m de largeur.

419
Ibrahim & Mittmann, 1994, p. 14.
420
Genz, 2002, p. 95.
421
Miroschedji, 1993a, p. 836-36 ; Dunand, 1950, pl. CCXII : n° 30.
422
Lauffray, 2008, p. 291-293, fig. 155.

104
' *    
La fondation représente la partie enterrée d’une construction423. Elle permet de
transmettre les charges de l’ouvrage vers le sol. De ce fait, elle doit être réalisée de
manière à ce que les charges de la construction ne dépassent pas la résistance pratique
du sol. De plus, elle doit être suffisamment résistante pour permettre une répartition
optimale des charges et parfaitement horizontale afin d'éviter le glissement de la
construction424. Une typologie exhaustive des modes de fondation a été établie par
H. Gasche et W. Birchmeier, après leur étude des modes de construction en
Mésopotamie. Ils ont identifiés cinq types (fig. 1, pl. 23) :
• Type 1 : pas de fondation, les murs sont montés directement sur le sol, sans
creusement ni préparation ;
• Type 2 : murs fondés sur des constructions antérieures, qui jouent le rôle de
fondations ;
• Type 3 : les fondations sont construites puis remblayées ;
• Type 4 : les fondations sont posées dans des tranchées de fondation ;
• Type 5 : une vaste terrasse est construite, sur laquelle va s’élever la future
construction425.

Dans un premier temps seront présentées les constructions sans fondation, puis
dans un second temps, les différents types de constructions avec fondations.

0   *   
La construction sans fondation ne peut se pratiquer que sur le sol vierge, le
rocher ou sur un sol homogène, comme le sable. Les fondations peuvent aussi être
constituées d’un simple radier de pierre ou de galets qui va avoir un rôle isolant et
drainant426. Au Bronze ancien I, la technique est employée à la fois pour des murs tout
en briques, on parle alors de fondation à crue, ou pour des murs à composition mixte
(pierres et briques). Cependant, il y a peu d’attestations de murs de murs entièrement en
briques crues et sans fondation, même si leur présence est confirmée dans toute la
Palestine, de Beth Yerah (chantier BS) dans la vallée du Jourdain au Site H, dans le
Néguev. Des cas ont aussi été recensés à Tel Lod, où les murs en briques reposent
directement sur le sol vierge constitué de sable427. De même dans le Néguev, à
‘En Besor, les murs du bâtiment A (fig. 2, pl. 86) n’ont pas de fondation et sont
composés uniquement de briques crues. À proximité, le bâtiment 2 du Site H est
également entièrement en briques simplement posées sur le sol (pl. 143). Il faut

423
Canaan, 1933, p. 2.
424
Renaud, 1995.
425
Gasche & Birchmeier, 1981, p. 1-16.
426
Aurenche, 1977, p. 149.
427
Kaplan, 1993, p. 917.

105
cependant noter que le bâtiment 1 adjacent était en pierre et briques et que ses
fondations reposaient dans des tranchées.

Les cas de murs à la composition mixte et sans fondation sont plus fréquents.
Ainsi, dans la majorité des maisons à double abside, les soubassements en pierre
s’élèvent directement sur le sol. Dans certains cas, une couche de remblai peut être
disposée sous le mur comme dans la maison 1057 de Tel Kabri428. De même, dans les
maisons rectangulaires simples, le plus souvent, les soubassements en pierre reposent
sur le rocher naturel. Ainsi, à Tell Um Hammad, tous les murs, à deux exceptions près,
sont posés directement sur le sol429. Les cas sont plus rares au Bronze ancien II.
Cependant à Bâb edh-Dhrâ’, il y a à la fois des murs fondés dans des tranchées et des
murs posés sur le sol. Et dans le chantier IV.2, de nombreux petits trous creusés dans la
couche de marne étaient remplis de mortier. Ils servaient à lier les briques à la couche
marneuse. Un outil en os a été trouvé dans un des trous (fig. pl. 12), il a pu être utilisé
pour percer les trous servant au placement des murs430.

Ainsi, les murs porteurs sans fondations enterrées sont typiques de l’architecture
domestique. Ils sont presque systématiques pour des murs complètement en briques,
mais ils sont aussi employés avec certaines maçonneries mixtes. Plusieurs raisons
peuvent expliquer le choix de construire à cru. Tout d’abord, c’est une technique rapide
et facile à mettre en œuvre. Elle ne présente pas de risque, si le bâtiment est construit
sur un substrat homogène et s’il n’y a pas d’étage. De plus, comme au Bronze ancien I,
les maisons s’établissent sur des sites à faible stratigraphie, peu ou pas de vestiges
anthropiques se sont accumulés. De ce fait, le substrat géologique stable reste
facilement accessible dans la plupart des régions, or il constitue une base stable pour les
constructions. Des raisons d’ordre culturel peuvent également expliquer la réalisation de
certains bâtiments à cru ; en effet, c’est une technique très couramment employée en
Égypte431 or ’En Besor est un site égyptien au Bronze ancien I ; à Tell es-Sakan, les
murs des maisons n’ont pas de fondation432.

L’absence de fondation caractérise également la grande majorité des murs de


partition interne, autant dans les maisons que dans les constructions monumentales type
Palais B1 de Tel Yarmouth433. Comme ce ne sont pas des murs porteurs, ils n’en
n’avaient pas besoin. Construits lors de la phase finale de l’aménagement, leur fonction
était d’organiser l’espace. De plus, leur absence de fondation rend possible le fait qu’ils
soient aisément détruits et reconstruits selon l’évolution des besoins.

428
Kempinski & Niemeier, 1991, p. 189.
429
Betts, 1991, p. 36-37, fig. 18, 19, 26b, 30.
430
Rast & Schaub, 2003a, fig. 8.9, n° 034.
431
Kemp, 2000, p. 88.
432
Communication personelle P. de Miroschedji.
433
Miroschedji, 2003, p. 159*.

106
0  *   
Lorsqu’elles sont présentes, les fondations permettent de faire reposer les bases
d’un mur sur un sol situé dans des couches de terre plus profondes. Comme elles n’ont
pas été perturbées par des occupations humaines, elles sont beaucoup plus homogènes,
compactes et moins sensibles aux futurs tassements de terrain. À l’inverse, les couches
de surface sont meubles car elles n’ont pas été tassées par le temps. Or, la question de
l’homogénéité des sols est cruciale en architecture, car un mur qui prend appui sur une
surface molle va avoir tendance à s’enfoncer. Si tous les murs s’enfoncent en même
temps, il n’y a pas de problème ; mais si un mur repose sur une surface molle alors
qu’un autre est posé sur une surface dure, l’un va s’enfoncer quand l’autre va rester en
place. Cette situation va créer des problèmes de stabilité, notamment au niveau du
toit434. Donc dans certains cas, la nature du site ou du bâtiment exige l’établissement de
fondations. Ces dernières peuvent être de plusieurs types définis par H. Gasche et
W. Birchmeier435.

i. Fondation sur une construction préexistante


Lors de la fondation d’un mur sur une construction préexistante, essentiellement
sur un mur plus ancien, deux techniques peuvent être mises en œuvre : soit la nouvelle
construction suit précisément le plan de la construction plus ancienne, soit la nouvelle
construction ne suit qu’en partie le plan antérieur. Cette pratique d’usage présente
néanmoins l’inconvénient de limiter la liberté du plan de la nouvelle construction436. À
Horvat Illin Tahtit, le niveau 3 (BA I) repose directement sur les vestiges du niveau
précédent et dans certains cas, directement sur les murs anciens (fig. 1, pl. 144)437. De
même à Tell es-Sa’idiyeh, certains murs du niveau sous-jacent L3 (BA II) sont utilisés
comme fondation et les murs du niveau L2 sont construits directement par-dessus sans
recourir à un nouveau soubassement en pierre438. La méthode a aussi été observée à
grande échelle dans les chantiers B (fig. 2, pl. 149) et G (pl. 157) de Tel Yarmouth
(BA III). Les constructeurs fondent les nouveaux murs sur d’autres murs plus anciens.
Ils prennent soin au préalable de nettoyer le sommet du mur antérieur de toute trace de
briques, avant de poser par-dessus le soubassement en pierre du nouveau mur. Ainsi,
dans le chantier G : 26 murs sur une centaine de murs sont fondés directement sur des
murs antérieurs. Certains ne s’appuient qu’en partie sur les murs sous-jacents, alors que
434
Cours de J.-C. Margueron à l’EPHE 2008/2009.
435
- Type 1 : pas de fondation, les murs sont montés directement sur le sol, sans creusement ni
préparation ;
- Type 2 : murs fondés sur des constructions antérieures, qui jouent le rôle de fondations ;
- Type 3 : les fondations sont construites puis remblayées ;
- Type 4 : les fondations sont posées dans des tranchées de fondation ;
- Type 5 : une vaste terrasse sur laquelle va s’élever la future construction (Gasche & Birchmeier, 1981,
p. 1-16).
436
Sauvage, 1998, p. 49.
437
Braun & Milevski, 1993, p. 11.
438
Tubb, 1988, p. 50-55, fig. 27.

107
d’autres conservent exactement le même tracé. Enfin, dans certains cas, les
constructeurs n’ont même pas pris la peine d’enlever complètement l’ancienne
superstructure en brique avant de fonder leur nouveau mur. Ainsi, à Beth Yerah, dans le
chantier BS, niveau 12, les fondations en pierre du mur W5113 reposent directement sur
le sommet des briques du niveau inférieur (fig. 1, pl. 24)439. De même, à
Tell Um Hammad, là où les lignes de briques sont reconstruites, elles reposent
directement sur les anciennes briques (murs BE, BK, BP)440.

Les constructeurs pouvaient aussi ne réutiliser qu’en partie les vestiges


antérieurs comme fondation. Cependant, cette méthode nécessite la prise de certaines
précautions car lors de la construction d’un nouveau bâtiment sur un bâtiment plus
ancien, la surface du sol n’a pas une densité uniforme. Ainsi, à l’emplacement des
anciens murs, il y a une forte résistance aux pressions verticales qui assure la stabilité
du nouveau mur ; mais à l’emplacement du comblement issu de la décomposition de la
construction précédente, il y peu de résistance aux pressions verticales. Cela peut
provoquer un affaissement au niveau de la zone de contact entre les deux constructions.
De ce fait, lorsque les constructeurs décidaient de réaliser une nouvelle maison sur une
zone déjà précédemment occupée, les nouveaux murs s’appuyaient sur des qualités de
sols différentes : des zones de terre détritique et des zones de soubassement de murs en
pierre441. La principale technique utilisée au Levant sud pour parer à ces problèmes était
de combler l’espace entre les soubassements par des pierres. Cela permettait d’égaliser
la surface sans avoir besoin de raser complètement les anciens murs, mais tout en
obtenant une surface d’égale densité. De cette manière, à Tel Qashish, les pierres des
niveaux précédents ont été réutilisées pour combler les niveaux Bronze ancien I, avant
la construction du rempart du Bronze ancien II établi par dessus442. À Tel Yarmouth,
quelques murs du Palais B1 sont construits directement sur des murs du B2, mais la
plupart suivent un tracé différent. Or des pièces du B2 ont été retrouvées remplies de
pierres qui ont servi à combler les pièces. C’était peut-être une façon de niveler le
niveau B2 afin d’unifier la résistance du sol (fig. 2, pl. 149).

ii. Fondation en tranchées et en réseau


Les techniques de fondation en tranchées ou en réseau impliquent toutes deux
des travaux de creusement préliminaires à la construction. Ces méthodes inconnues au
Chalcolithique apparaissent au Bronze ancien I.

439
Greenberg & alii, 2006, p. 127-128.
440
Betts, 1991, p. 36-37.
441
Cours de J.-C. Margueron, EPHE 2008/2009.
442
Ben-Tor, Bonfil & Zuckerman, 2003, p. 61.

108
La fondation d’un mur dans une tranchée consiste à faire reposer les premières
assises d’un mur dans une tranchée, plus ou moins profonde, excavée dans le sol. La
méthode permet d’empêcher le mur de bouger latéralement. En stratigraphie, les
tranchées peuvent être identifiées lorsqu’il y a un changement de nature du sédiment sur
une bande de terre le long d’un mur. En général, la tranchée est asymétrique lorsqu’elle
est vue de profil car les constructeurs creusent une paroi verticale d’un côté afin de
poser les pierres contre la paroi de terre. De l’autre côté, la tranchée est légèrement en
pente, sans doute pour faciliter les travaux443. Les espaces situés entre les parements des
murs et le sol vierge sont alors comblés avec des petites pierres, des tessons et de la
terre. Mais, comme dans de nombreux cas, la base des murs n’est pas dégagée,
l’identification de tranchées reste impossible. De ce fait, l’existence de tranchées de
fondation est rarement mentionnée dans les rapports de fouilles, même si elle a été
observée tout au long du Bronze ancien. Ainsi, dans le bâtiment 232 de Tel Erani
(BA I), il n’y a pas de soubassements en pierre, les briques reposent dans une tranchée
de fondation de 0,40 m de profondeur, toutefois, elle n’est pas visible sur la coupe
stratigraphique444. De la même façon, les fondations en pierre du bâtiment 1 du Site H
reposent à l’intérieur de tranchées de 0,15 m creusées dans le sol de loess sablonneux445.
Toutefois, la très faible profondeur de cette tranchée et la nature du sol pauvent aussi
indiquer que le bâtiment c’est simplement enfoncé dans le sol446. À Bâb edh-Dhrâ’, les
murs du bâtiment B (BA II) sont installés dans des tranchées de fondation, à la
différence des autres constructions environnantes. Le mur 10, au sud, était placé contre
une coupe faite dans les couches naturelles de gravier et de sable447. À Arad, les
constructeurs ont également eu recours à des tranchées de fondation lors de
l’élaboration des très gros murs de la Water Citadel448. Au Bronze ancien III, quelques
murs du chantier G de Tel Yarmouth reposent dans des tranchées de fondation. Ces
dernières mesurent en moyenne 0,40 m de profondeur, soit l’équivalent de deux assises
enterrées. Dans le chantier d’habitation J, situé à proximité, des pièces adjacentes
s’étagent le long d’une terrasse en pente douce (fig. 1, pl. 149). Les vestiges du niveau
J-1 sont construits directement sur le sommet de la couche de destruction du niveau
antérieur. Les habitants ont dû se contenter de niveler grossièrement la couche de
destruction et ils l'ont à peine entamé pour installer leurs nouveaux murs. Cependant, les
constructeurs fondent leurs murs plus ou moins hauts en fonction de la courbe du
terrain. Ainsi, une même pièce peut posséder des murs fondés à une altitude différente
selon leur emplacement plus ou moins haut dans la pente449.

443
Communication personnelle de P. de Miroschedji.
444
Kempinski & Gilead, 1991, p. 175.
445
Macdonald, 1932, p. 14.
446
Communication personnelle de P. de Miroschedji.
447
Rast & Schaub, 2003a, p. 157.
448
Amiran & Ilan, 1996, pl. 58.
449
Archives de la mission de Tel Yarmouth.

109
Dans le Palais B1, l’usage des tranchées de fondation est beaucoup plus
systématique et ordonné. « La profondeur (…) des fondations des murs dépend de leur
épaisseur, de leur localisation et de leur fonction »450. Ainsi, des murs épais peuvent
avoir des fondations enterrées sur 1-2 m et les dimensions sont ramenées à 0,20-0,50 m
pour des murs simples. De plus, des fondations très profondes (3,5 m) ont aussi été
dégagées dans le chantier M et au nord du mur périphérique du palais de Tel Yarmouth.
Les murs du Bâtiment aux cercles de Beth Yerah reposent également dans des tranchées
qui recoupent des vestiges plus anciens, datés du Bronze ancien II451.

La fondation en réseau est une technique qui demande d’importants travaux


préliminaires et qui permet d’asseoir des grands bâtiments de façon stable. La méthode
consiste à décaper entièrement toute la surface de la future construction, sur environ 2 à
3 m de profondeur. Les fondations de l’ouvrage sont ensuite construites en réseau,
remblayées, puis les murs de la superstructure sont construits par-dessus452. Les murs de
fondation sont un chaînage continu qui représente une base très stable qui va supporter
le poids d’un étage. Cette technique est particulièrement efficace sur des sols mous,
pour servir de base à de très grands bâtiments ou pour l’établissement de nombreuses
pièces planifiées. Les fondations en réseau peuvent être en pierre ou en brique et
l’emplacement des portes n’est pas marqué. Ainsi, quand la superstructure du mur a
disparu, il est impossible retrouver l’emplacement des portes453. Il est possible que cette
technique ait été employée à Tell es-Sakan (fig. 1, 2, pl. 140)454, car aucune porte n’a
été identifiée. Seul le niveau des fondations a été dégagé.

Les techniques de fondations enterrées sont conçues ou importées en Palestine


au Bronze ancien. Elles permettent d’assurer une plus grande stabilité aux murs, ce qui
est intéressant pour des murs construits dans une pente ou pour ceux comportant un
étage. De plus, même si la présence de tranchées de fondation reste rare au Bronze
ancien, elle n’est pas forcément associée à des bâtiments monumentaux ou de prestige.
Certaines constructions domestiques en comportent, même si dans ce cas la profondeur
des tranchées est plus faible, 0,20/0,50 m contre près de 3 m pour des bâtiments
monumentaux.

450
Miroschedji, 2003, p. 159*.
451
Greenberg & Paz, communication au 6ème ICAANE, Rome.
452
Cours de J.-C. Margueron, EPHE 2008/2009.
453
Kemp, 2000, p. 88.
454
Miroschedji & Sadek, 2000, p. 99.

110
+    
Le soubassement constitue la « partie inférieure d’une construction, s’en
distinguant soit par un léger élargissement ou empattement, soit par l’emploi d’un
appareil ou de matériaux différents »455. En règle générale les soubassements sont en
pierre.

       &


L’immense majorité des murs du Bronze ancien ont des soubassements en
pierre. Il existe cependant quelques cas de murs qui n’en comportent pas et où la totalité
du mur est en briques. C’est le cas notamment dans les sites influencés par l’Égypte
comme Tel Erani, Tell el-Hesi et Tel Lod, ou dans des sites entièrement égyptiens
comme ‘En Besor et Tell es-Sakan. Néanmoins, l’absence d’un soubassement de pierres
n’exclut pas complètement leur présence. Ainsi, dans certains cas, des pierres sont
réparties ponctuellement soit dans la première assise, soit aux angles. De ce fait, à
Tel Erani, alors que les gros murs externes des deux grands bâtiments du Bronze ancien
I sont en briques, des pierres non taillées sont employées à la base des murs. Toutefois,
elles ne constituent jamais une assise de soubassement complète456. La même technique
a été employée à Ashkelon-Barnea457. À Tell es-Sakan, dans le chantier B (BA III), les
angles des murs en briques crues étaient bordés de dalles de pierre afin de les protéger
de l’érosion (fig. 2, pl. 140)458. Ces techniques représentent des mesures de protection
contre les remontées d’eau par capillarité et contre l’usure préférentielle aux angles.

Les murs tout en briques sont également très fréquents à Bâb edh-Dhrâ’. Les
soubassements en pierre sont très rares et sont réservés essentiellement aux murs
d’enceinte du Bronze ancien III et aux deux pseudo-temples du Bronze ancien II-III
(bâtiments A et B)459. De même, dans le site satellite tout proche de Numeira, malgré
l’abondance de pierres disponibles aux alentours, les constructeurs ont réalisé une ville
essentiellement en briques suivant la tradition déjà établie à Bâb edh-Dhrâ’460.

455
Aurenche, 1977, p. 160.
456
Ciasca, 1962, p. 27-35.
457
Communication personnelle de A. Golani.
458
Miroschedji, 2000a, p. 31.
459
Rast & Schaub, 2003a, p. 157.
460
Rast, 1995, p. 128.

111
  &&  
Dans la majorité des cas, les murs possèdent des soubassements en pierre. Ces
derniers représentent d’ailleurs très souvent, les seuls vestiges retrouvés en fouille, car
les superstructures en briques ont fréquemment disparues. Les soubassements se
composent de deux parements de pierres avec un remplissage interne de mortier de terre
et de petites pierres (pl. 25).

Les soubassements en pierre peuvent être de hauteur variable, de deux ou trois


assises à En Esur jusqu’à des murs entièrement en pierre comme dans le Léjà (fig. 1,
pl. 141) (Shraya)461. Dans le quartier G de Tel Yarmouth (BA III), la hauteur maximale
observée des murs est de six assises, soit près d’un mètre de hauteur. Leur sommet
aplani indique que cette hauteur doit être la hauteur originale, celle qui servait de lit de
pose aux briques de la superstructure. Tout près dans le Palais B1, certains
soubassements peuvent atteindre jusqu’à 3 m de hauteur462.

En général, les pierres d’un même mur sont calibrées d’une assise à l’autre, mais
dans quelques cas, les assises ne possèdent pas toutes la même largeur et les assises les
plus basses sont plus larges que les assises supérieures. Ainsi, à Tel Yarmouth, quelques
murs sont composés d’une première assise faite de grosses pierres sur laquelle viennent
se superposer des assises de pierres plus petites. À Tell es-Sa’idiyeh, au niveau L2
(BA II), dans la zone DD 100-400, les soubassements en pierre n’ont en général qu’une
seule assise de hauteur, souvent plus large que l’assise de briques au-dessus463, ce qui
forme un léger empattement. Ainsi, les pierres employées pour constituer les
soubassements peuvent être de tailles diverses. Lorsqu’il y a une certaine uniformité
dans le choix des pierres, on peut parler d’appareil. De cette façon, il existe un « grand
appareil » (pierres de plus de 0,35 m de haut), un « appareil moyen » (pierres entre 0,35
et 0,20 m) et un « petit appareil » (pierres de moins de 0,20 m de hauteur). Au Bronze
ancien I, dans certaines maisons à double abside, les pierres non taillées sont d’appareil
petit et moyen. À En Esur, le mur 55 du bâtiment 2020 se compose de cailloux non
taillés mesurant 0,15 x 0,15 m. Les pierres sont arrangées en deux rangées parallèles
afin de former des murs de 0,35 m de large ; le tout a une apparence plutôt fragile et
instable (fig. 3, pl. 87)464. Le petit appareil reste rare, sans doute en raison de sa fragilité
et de l’importante masse de mortier nécessaire à sa mise en place. De ce fait, nombre de
murs sont réalisés en moyen appareil. À Qiryat Ata, les soubassements préservés sur
une à trois assises de hauteur, se composent de deux rangées parallèles de pierres de

461
Nicolle & Maqdissi, 2006, p. 133-134.
462
Miroschedji, 2003, p. 159*.
463
Tubb, 1988, p. 50-55, fig. 27.
464
Yannai, 2006, p. 34-42.

112
dimensions moyennes (0,30 x 0,30 m) avec des petites pierres de calage entre les deux
(fig. 1, pl. 134)465.

i. Appareil soigné
Quelques cas, notamment en architecture monumentale présentent des
maçonneries de pierres calibrées et assemblées avec soin. Ainsi, à Megiddo, dans le
temple du niveau J-4, les soubassements en pierre se composaient de pierres de façade
épannelées disposées en carreaux466. Dans le Temple de l’acropole de Ai, les murs
« sont construits de petites pierres plates appareillées par assises régulières évoquant le
type des maçonneries en briques »467 (fig. 3, pl. 48). Autrement, les faces des pierres
sont légèrement dégrossies et certaines ne sont même pas travaillées. Cependant, elles
ont des formats plus ou moins standardisés. Ainsi, dans le chantier G de Tel Yarmouth,
le format le plus courant est de 0,20 x 0,30 m, mais il y a aussi des pierres beaucoup
plus grandes (0,60 x 0,35 m) en grand appareil. De ce fait, même si dans la majorité des
cas, toutes les pierres du soubassement sont de même appareil, dans certains cas, les
constructeurs employaient des pierres plus grosses pour les assises du bas. Cela forme
une sorte d’appareil mixte. Ce n’est pas un empattement car le mur conserve la même
épaisseur sur toute sa hauteur. De cette manière, à Tel Kabri, au Bronze ancien I, les
murs se composent de trois assises de grosses pierres non taillées, surmontées par
plusieurs assises de pierres de taille moyenne, puis par une superstructure en briques.
Les soubassements mesurent en moyenne entre 0,80 et 1 m de haut et certains comme
celui du mur W1080 atteignent 1,40 m de haut. De grosses pierres constituent les
parements et le remplissage est fait de galets468. De même, à Qiryat Ata, le mur 403,
niveau I (BA II), chantier E, du bâtiment 1 est préservé sur six assises de hauteur (fig. 2,
pl. 135) : les assises supérieures sont faites de petites pierres alors que les assises
inférieures sont faites de pierres plus grosses469.

ii. Appareil à gros blocs de type mégalithique


Dans certains cas, les soubassements comportent des blocs mégalithiques,
essentiellement au Bronze ancien I. Ainsi, à Hartuv, le mur sud de la pièce 152 est
composé d’une rangée de pierres, taillées avec soin (fig. 1, 2, pl. 102). Certaines, de plus
d’un mètre de hauteur, sont incluses dans le mur sud. Neuf d’entre elles sont préservées
et une dixième a été incorporée dans l’angle des murs 149 et 150. La largeur des pierres
varie de 0,50 à 1,10 m et leur épaisseur de 0,25 à 0,50 m. Certaines dalles ont été

465
Golani, 2003, p. 22-23.
466
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 53-65.
467
Marquet-Krause, 1949, p. 10.
468
Kempinski & Niemeier, 1991, p. 189.
469
Golani, 1996, p. 31-32 ; 2003, p. 44-53.

113
travaillées470. À Horvat Ptora, certains murs des bâtiments 4000 et 6000 se composaient
d’une rangée de dalles de pierres taillées posées de chant, côte à côte471. La même
méthode a été identifiée à Marajim où les soubassements se composent d’une assise de
blocs moyens posés de chant. Les blocs retrouvés effondrés au sol près des murs
suggèrent que la seconde assise des murs était également composée de pierres du même
module, formant des murs de 0,45-0,50 m de largeur pour 0,80-1,00 m de hauteur472.
Tout près, à Jebel Mutawwaq, les murs sont composés de blocs mégalithiques de craie,
non taillés, encore plus imposants et superposés sur une ou deux assises. Les blocs de
pierres du soubassement peuvent atteindre une longueur maximale de 2 m, une largeur
maximale de 0,49 m, pour une hauteur d’un peu plus d’un mètre. Les pierres situées au-
dessus sont beaucoup plus petites, leur longueur étant comprise entre 0,35 et 0,70 m et
leur largeur entre 0,20 et 0,40 m, pour une hauteur maximale de 0,50 m473.

iii. Appareil « en épi » ou « arêtes de poisson »


Quelques soubassements présentent des spécificités rares. Ainsi, d’une part, tout
au long du Bronze ancien, quelques murs possèdent une ou plusieurs assises avec une
maçonnerie en « arête de poisson » appelée aussi « appareil en épi ». Dans ce type de
disposition, les éléments posés en oblique sont affrontés alternativement d’une assise à
l’autre474. Des exemples ont été identifiés à Yaqush475, à Tel Qashish, au niveau
XIIB476, à Byblos et à Megiddo (J-4) (fig. 3, pl. 23)477. Cependant, le plus souvent ces
appareils ne sont pas employés sur toute la hauteur du soubassement et leur organisation
n’est pas très uniforme. Comme pour le cas du mur 3010 de Tel Yarmouth (fig. 1,
pl. 25), les pierres employées ne sont pas taillées, on pourrait parler d’appareil en
« pseudo-arête de poisson ». Ce système permet de monter un mur avec un minimum
d’assises en calant les pierres sur leur côté étroit et long et en les faisant tenir avec
beaucoup de mortier.

iv. Finition du sommet du soubassement


Dans quelques cas, comme à Tel Yarmouth, des pierres de l’assise supérieure
sont triangulaires quand elles sont vues de dessus, et rectangulaires quand elles sont
vues de profil. Cette technique, observée également dans le temple 4050 de Megiddo478,
fournit une plus grande surface de contact entre la pierre et le mortier et permet

470
Mazar & Miroschedji, 1996, p. 7.
471
Milevski & Baumgarten, 2009.
472
Nicolle, Steimer & Humbert, 2001, p. 82.
473
Fernandez-Tresguerres Velasco, 2005, p. 365.
474
Aurenche, 1977, p. 22.
475
Eitan & Esse, 1993, p. 1485.
476
Ben-Tor, Bonfil & Zuckerman, 2003, p. 61.
477
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 43, fig. 3.17.
478
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 42.

114
d’augmenter ainsi la cohésion du mur. Puis, l’assise supérieure des soubassements
forme un lit d’attente pour les briques. Il peut se composer de pierres soigneusement
choisies et disposées, ou être recouvert d’enduit afin de former un lit d’attente plat
(fig. 2, pl. 24). Cela facilite la suite de la construction du mur et permet de maintenir
l’horizontalité des assises. Ainsi, dans le Palais B1 de Tel Yarmouth, plusieurs
soubassements portent encore au sommet un enduit blanc qui sert de lit de pose à la
première assise de briques479. Dans le temple 4050, niveau J-3 de Megiddo, les assises
de briques étaient posées sur un soubassement de pierre dont le sommet était aplani480.
Cependant, dans la majorité des cas, les pierres sont de forme irrégulière, créant ainsi
une fondation à l’apparence grossière481.

D’autre part, quelques traces de chaînage ont été identifiées dans des
soubassements en pierre, comme dans le rempart de Jéricho482, de Khirbet ez-Zeraqun et
dans les tours de Bâb edh-Dhrâ’483 (chantier XI). Le chaînage représente « l’ensemble
des pièces de bois placées à l’intérieur d’un mur appareillé pour en assurer la
cohésion »484. Il a pour rôle de favoriser la répartition des charges dans un plan
horizontal, afin d’éviter la fissure des murs et d’empêcher le glissement des éléments les
uns sur les autres485.

Enfin, certains murets possèdent également un soubassement en pierre. Ainsi, à


Tel Yarmouth, dans les quartiers domestiques, les murets sont composés de pierres
posées en parpaing (fig. 6, pl. 25). L’ensemble semble fragile, vu qu’il ne comporte que
des pierres de ramassage, mais le tout est maintenu à l’aide de couches de mortier entre
les assises.

6  &   


La superstructure est la partie du mur qui s’élève sur le soubassement. Dans le
cas des murs porteurs, les superstructures servent aussi à soutenir la toiture. Très peu
d’exemples encore en place ont été identifiés. Le plus souvent, c’est la régularité de
l’arasement des murs qui démontre que la superstructure était faite d’un matériau
différent, non préservé, comme de la terre, des végétaux, des peaux ou des tissus.
Cependant, les briques constituent l’immense majorité des superstructures en Palestine.
Les superstructures en végétaux sont attestées en Mésopotamie où ce type de
construction surmontait des murets qui n’avaient pas besoin de monter jusqu’à la

479
Miroschedji, 1991, p. 13.
480
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 43-44.
481
Golani, 2003, p. 22-23.
482
Marchetti, Nigro & Sarie, 1997, p. 125.
483
Rast & Schaub, 2003a, p. 253-254.
484
Aurenche, 1977, p. 47.
485
Kemp, 2000, p. 91.

115
toiture486. Il existe aussi quelques cas de superstructures en pisé. Ainsi, à
Tell Um Hammad, une technique variante du pisé a été utilisée : des couches peu
épaisses d’argile sont posées selon des assises horizontales, avec un temps d’attente
avant la pose de la couche suivante487.

  %  &     


Comme les briques sont préparées d’avance, leur usage dans la superstructure
permet de monter le mur d’une seule venue. Pour cela, il suffit de former des assises qui
doivent alterner les boutisses, les panneresses et les carreaux d’une assise sur l’autre
(fig. 3, pl. 24). En effet, le souci majeur, dans ce genre de maçonnerie est d’éviter la
superposition des joints qui compromettrait la stabilité de l’ensemble. Les maçons
jouent alors soit avec la forme – rectangulaire ou carrée – soit avec le format des briques
afin d’élaborer un agencement qui évite ces problèmes. Ainsi, dans le temple 4050 (J-3)
de Megiddo, des différences de couleur des briques attestent de l’usage de différents
types de briques. Les briques de la première et de la troisième assise sont plus foncées
que celles de la deuxième et de la quatrième assise et leurs dégraissants sont
différents488. Le mur d’environ 3 m de large est composé de trois briques posées bout à
bout et d’une posée transversalement.

Après les problèmes de solidité, devoir compenser les irrégularités dues aux
variations de la taille des briques et au soubassement irrégulier représente le deuxième
souci du maçon. D’autant plus que les problèmes de stabilité et de cohésion augmentent
avec l’élévation du mur, notamment s’il est construit avec un fruit ou si les lits de pose
ne sont pas horizontaux (pente, ondulations). Cependant, les constructeurs disposaient
de quelques solutions afin de parer à ces problèmes. D’une part, comme les briques
crues sont faciles à casser, elles peuvent donc être employées pour boucher les trous.
D’autre part, le fait de poser des briques à l’horizontale permet de renforcer une assise.
Enfin, la présence d’espaces internes, larges, remplis de mortier ou laissés vides, permet
d’ajuster la largeur du mur et de rendre invisibles les briques de longueurs différentes
mises en boutisse. De plus, comme les joints verticaux sont souvent étroits ou
négligeables, il est plus facile de maintenir la régularité d’une maçonnerie avec des
briques aux proportions 2 : 1 (une longueur double de la largeur). Cependant, les
exemples modernes montrent qu’il est parfois nécessaire de rajouter une demi-brique en
panneresse, afin que l’assise conserve son type de maçonnerie489.

486
Huot & Vallet, 1990, p. 127.
487
Betts, 1991, p. 36-37.
488
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 42.
489
Kemp, 2000, p. 90.

116
  ;  
Les superstructures en briques présentent différents types d’assemblages appelés
aussi maçonneries. Le plus souvent, en fouille, comme les briques ne sont pas cuites,
elles ont disparues plus ou moins complètement et leur présence n’est identifiée qu’en
négatif. Cependant, dans quelques sites, notamment dans les chantiers qui ont subi des
incendies, des assises de briques ont été préservées. Dans cette situation, les
archéologues peuvent décrire le type de maçonnerie utilisé et les dimensions des
briques. Très souvent les maçonneries sont composées de briques posées en carreaux et
boutisses, comme au Bronze ancien I à Beth Shean (maison, L1888)490, Tel Lod
(niveau Va)491, Tel Erani (bâtiment 232)492 ou ‘En Besor493. Les maçonneries sont
fonction de la largeur prédéterminée du mur choisie lors de l’élaboration du
soubassement. Ainsi, les maçons doivent adapter les dimensions standard des briques à
partir d’une largeur fixe. Dans certaines situations, ils ont recourt à des demi-briques
comme à Beth Yerah, au niveau 14 (BA IB). Ici, les briques du mur W5106 sont
disposées en trois rangées de demi-briques posées de façon parallèle. Puis, au niveau 10
(fig. 1, pl. 76), des rangées de demi-briques étaient disposées alternativement de chaque
côté du mur pour plus de stabilité494. Il existait également d’importantes différences de
qualité dans les constructions en briques avec d’un côté des murs construits
soigneusement avec des briques de même module et d’un autre côté, des murs construits
sans soin avec des briques de formes irrégulières et des fragments de briques, comme
certains murs de Lod (W 160/ W29, W33)495.

Comme pour les maçonneries de pierres, il existe également des maçonneries de


briques en arête de poisson496. Cependant, ce type de maçonnerie est surtout typique du
Chalcolithique (Tel Kitan, fig. 4, pl. 110)497.

Les maçonneries peuvent aussi relever de traditions culturelles. De ce fait, à Tell


es-Sakan, la technique de construction de la plupart des murs relève de l'architecture
égyptienne traditionnelle. C’est ce que montre le format des petites briques crues
employées (0,24 x 0,12 x 0,06 m) et surtout leur maçonnerie caractéristique. Les murs
extérieurs des maisons sont constitués de deux rangées de briques transversales et d'une
rangée de briques longitudinales, tandis que les murs intérieurs sont formés d'une rangée
de briques transversales et d'une rangée de briques longitudinales498. Néanmoins, il est
rare de retrouver un même type de maçonnerie employé sur tout un site. Le plus
490
Braun, 2004, p. 16-17.
491
van den Brink, 2002, p. 287-288.
492
Kempinski & Gilead, 1991, p. 175.
493
Gophna, 1993a, p. 393-395.
494
Greenberg & alii, 2006, p. 344..
495
Greenberg & alii, 2006, fig. 8.27-8.29 ; 8.79.
496
Ben-Tor, Bonfil & Zuckerman, 2003, p. 67.
497
Eisenberg, 1993a, p. 880-881.
498
Miroschedji & Sadek, 2000, p. 99.

117
souvent, plusieurs types d’assemblages se côtoient, comme à Bâb edh-Dhrâ’. Dans ce
site extrêmement riche en briques, différentes techniques ont été observées. Par
exemple, dans le chantier XI.6, le mur 40 (fig. 3, pl. 63) comporte au minimum cinq
assises composées de deux rangées parallèles de briques disposées en longueur. Chaque
assise est légèrement décalée par rapport à la précédente499. Dans le chantier XVII, les
briques sont disposées en carreaux et boutisse, avec parfois l’emploi de demi-briques.
Dans le chantier XIX, le mur 88 mesure 0,80 m de large et il se compose de 5-6 assises
de briques reposant sur un soubassement de pierre. Les briques utilisées sont de deux
types de format, de couleur et de texture dont la pose n’est pas uniforme. Certaines
assises sont composées de trois briques carrées posées côte à côte et d’autres sont
composées de briques rectangulaires disposées en carreaux et boutisse. Le mur 5 du
chantier XIX.1 comporte les mêmes types d’anomalies et trois tailles de briques y ont
été identifiées. Les briques longues sont disposées en boutisse dans certaines assises,
avec le reste de l’assise composé de briques carrées. Dans l’assise suivante, les briques
longues sont disposées en carreaux et sont aussi associées à des briques carrées. Les
différences de taille et de couleur des briques suggèrent que les constructeurs
réutilisaient les briques des niveaux précédents500.

Dans les bâtiments comportant des angles ronds, l’arrondi de la superstructure


peut être obtenu de deux façons différentes. D’une part, comme à Tel Kitan, les angles
peuvent être constitués de briques carrées dont un angle a été cassé en arrondi (fig. 3,
pl. 110)501. D’autre part comme à Tell um-Hammad, les arrondis sont obtenus en
mettant beaucoup de mortier entre des briques rectangulaires (murs BD, BJ’, BF/BO)
(fig. 1, pl. 27)502.

Dans de rares cas, la présence d’un chaînage en bois a été identifiée dans la
maçonnerie de briques, comme à Ai503.

Enfin, un dernier type de superstructure très particulier a été identifié dans le


Palais B1 de Tel Yarmouth. Une superstructure composée d’un parement de pierre et
d’un remplissage de briques crues repose sur le soubassement en pierre (fig. 3, pl. 26).
Ce type d’élévation se poursuit sur quelques centimètres avant de retrouver
probablement une superstructure entièrement en briques. Ce mode de construction a
également été identifié à Khirbet Iskander, en Transjordanie504. Le montage de ces murs
démontre à la fois l’usage de la pierre comme élément protecteur. Ce plaquage donne
l’illusion d’un mur construit en grande partie en pierres.

499
Rast & Schaub, 2003a, p. 120, fig. 6.12.
500
Rast & Schaub, 2003a, p. 319.
501
Eisenberg, 1993a, p. 880-881.
502
Betts, 1991, fig. 47, 48.
503
Callaway, 1980, pl. V.
504
Miroschedji, 2003, p. 159* ; Richard, 1990, p. 48-49.

118
<" %   
Plusieurs méthodes sont employées afin de connecter entre eux les murs d’une
même construction. Ils peuvent être liés entre eux (Tel Lod, niveau IVa)505 ; buter l’un
contre l’autre (Tell Um Hammad, murs BC-BA) ou être liés par des découpes dans la
maçonnerie (Tell Um Hammad, murs BF’-BM)506.

À En Esur, dans l’unité D, une partie du mur curviligne 74 appartient à une autre
construction de forme ovale, qui se trouve au sud du mur 68. Une des pierres du mur 68
est intégrée dans le soubassement du mur 74. Il semble que les deux murs appartiennent
à la même unité. Une méthode semblable a été utilisée pour connecter le mur 65 du
cercle de pierre L2041 (unité A) avec le mur W55 du bâtiment 2020 (unité A). C’était
une technique typique pour liaisonner deux constructions de forme ovale507.

Des techniques différentes sont employées dans l’architecture rectangulaire.


Ainsi, dans le quartier domestique G de Tel Yarmouth, deux méthodes prédominent
(pl. 156). La première consiste à liaisonner deux murs disposés à angle droit, c'est-à-dire
que les deux murs partagent des pierres, avec une alternance selon les assises, ce qui
augmente la cohésion de l’ensemble. Cette technique a aussi été employée à plus grande
échelle pour lier les conterforts des cours du Palais B1 aux murs périphériques508. La
deuxième technique consiste simplement à faire buter un mur contre un autre. Le plus
souvent, les deux techniques sont utilisées pour chaque mur, chacune à une extrémité.

D’autres techniques plus rares existaient également, elles pourraient être


qualifiées d’ad hoc, comme lorsque les raccords entre deux murs sont simplement faits
avec des bourrages de pierres.

Dans quelques cas, un soin particulier est apporté aux angles, comme dans
l’architecture de briques. À Tel Halif, dans une maison du Bronze ancien I, le
soubassement en pierre est renforcé par des grosses pierres disposées aux angles509.
Dans le chantier B, de Tel Qashish, les angles sont renforcés à l’intérieur par un
revêtement en pierre510.

505
van den Brink, 2002, p. 287-288.
506
Betts, 1991, p. 36-37, fig. 18, 19, 26b, 30.
507
Yannai, 2006, plan 3.2.
508
Miroschedji, 2006, p. 159*.
509
Seger & al., 1990, p. 3-4, fig. 2, 3.
510
Ben-Tor, Bonfil & Zuckerman, 2003, p. 67.

119
=5   
Il est impossible d’envisager la construction d’un mur contenant des briques sans
la pose d’un enduit protecteur sur les deux faces du mur. L’enduit recouvre également
fréquemment les soubassements en pierre.

  
Dans les rapports de fouilles en anglais, les archéologues utilisent le mot de
plaster ou parlent d’un mur plastered. Or malgré l’homonymie, ce mot ne désigne pas
du plâtre, il a un sens plus général et désigne simplement un enduit, sans préciser sa
composition chimique511. De ce fait, cela peut être du plâtre ou de la chaux. Cependant,
comme les carrières de gypse ne sont pas exploitées au Bronze ancien en Palestine, les
enduits sont soit à base de chaux ou soit à base d’argile, ou les deux.

Des traces d’enduit sont mentionnées à Arad, Tell el-Fârǥah ou à Aphek. À


Tell Um Hammad, la plupart des murs sont recouverts d’enduit en argile et parfois
d’enduit à base de chaux512. À Beth Yerah, niveau 10, chantier EY, les vestiges d’un
enduit mural de couleur jaunâtre ont été repérés en plusieurs endroits. Il mesure 1 à
2 cm d’épaisseur et recouvre un mur entièrement en brique. Dans le temple 4050,
niveau J-3 de Megiddo, le mur est recouvert de chaux sur ses deux faces, tout comme le
sol de la pièce513.

L’enduit est souvent très épais, ce qui peut être le résultat de réfections
régulières. Ainsi, dans le « Bâtiment Blanc » de Tel Yarmouth, les murs sont recouverts
d’un enduit qui a subi de nombreuses réfections et qui peut atteindre par endroit près de
15 cm d’épaisseur514. Dans le chantier G, les murs sont recouverts d’enduit, depuis le
soubassement en pierre jusqu’à la superstructure. Le revêtement mural est si épais qu’il
se détache en plaques de plusieurs centimètres d’épaisseur.

L’épaisseur de l’enduit peut aussi résulter d’une composition complexe, avec des
sous-couches souvent de qualité grossière et des couches supérieures plus fines. De ce
fait, à Khirbet el-Mahruq (chantier C, niveau IV), les murs sont recouverts de deux
couches d’enduit de chaux (fig. 3, pl. 114), une première couche grossière et une
seconde plus fine515. De même, les pierres du mur du temple de Ai sont recouverts

511
Aurenche, 1977, p. 142.
512
Betts, 1991, p. 36-37.
513
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 43-44.
514
Miroschedji, 1988a, p. 35-43 ; 1988b, p. 200-203.
515
Eisenberg, 1993b, p. 931.

120
d’une épaisse couche d’argile rouge (hamra) mélangée à un dégraissant de paille. Le
tout est recouvert d’une fine couche de chaux blanche qui couvre aussi le sol516.

 &  :  4 " >   


Afin de préciser les informations sur la composition chimique de plusieurs
éléments architecturaux, des analyses ont été réalisées sur des matériaux de construction
prélevés sur le site de Tel Yarmouth517. Tous les échantillons analysés et décrits ci-
dessous ont été prélevés en petite quantité in situ.

Chantier N° N° d’analyse Niveau Carré Locus Remarques


échantillon
C 10 347 YAR 19, YAR 20, C-4/5 Q 15 M 269 Enduit prélevé sur
YAR 42, YAR 43, le mur du
YAR 44 « Bâtiment Blanc »
C 10 347 YAR 47 C-4/5 Q 15 M 269 Phytolites présents
dans l’enduit
Bb 17 224 YAR 30, YAR 31 B-1 R 31 M 1588 Enduit posé sur le
mur 1588, dans la
pièce E1752 qui
comporte deux
bases de colonne
Bb 17 225 YAR 12, YAR 13, B-1 T 36 M 2022 Mélange de brique
YAR 14, YAR 15, et d’enduit posé sur
YAR 16, YAR 30, le mur 2022, dans
YAR 31 la pièce 2024
Bb 17 226 YAR 25, YAR 26, B-1 U 39 M 2039 Enduit posé sur le
YAR 27 mur 2039, dans la
pièce 2051
Bb 17 227 YAR 7, YAR 56 B-1 T-U 39 M 1982 Enduit rouge posé
sur le mur, dans la
salle hypostyle
1965
Tabl. 5 : Les échantillons prélevés dans les réserves et sur le chantier de Tel Yarmouth

i. L’enduit du « Bâtiment Blanc » (n° 10 347), chantier C


L’analyse de l’enduit mural du « Bâtiment Blanc » a été faite à partir d’un
échantillon prélevé sur le mur 269, là où l’enduit encore en place est particulièrement
épais. Il se compose d’une masse blanche pulvérulente comportant un dégraissant de
petits cailloux calcinés. Tous les éléments sont blancs. L’étude de la masse pulvérulente
(YAR 19, 20, 44) révèle la présence quasi exclusive de chaux, mais également celle de
phytolites. Leur analyse spécifique (YAR 47) montre qu’ils sont très fragmentés et
qu’ils sont associés à des diatomées518. Les phytolites trouvés dans l’échantillon
516
Callaway, 1993, p. 43.
517
Les analyses ont été effectuées dans le laboratoire de S. Weiner à l’Institut Weizmann de Rehovot
(Israël), en collaboration avec P. de Miroschedji. L’étude des éléments utilise les propriétés du
spectrogramme à infrarouge pour déterminer la composition d’un échantillon. Les échantillons ont été
analysés à plusieurs reprises. Chacune de ces analyses porte un numéro précédé des trois lettres YAR.
518
Ce sont des micro-algues unicellulaires planctoniques, des eaux douces et marines, mesurant de trois
micromètres à un millimètre.

121
proviennent donc de la craie employée pour réaliser l’enduit de chaux et non d’un
éventuel dégraissant végétal. Les analyses ont montré d’une part que le dégraissant de
l’enduit était minéral. Il s’agit de morceaux de craie durcis par le feu et d’autre part que
l’échantillon est composé à 86% de chaux, le reste étant de la craie contenant des
phytolites et quelques particules d’argile.

ii. Les enduits du Palais B1, chantier B

i.1 L’enduit posé sur le mur 1982 (n° 17 227)


L’enduit est de couleur brun-rouge. L’analyse à l’œil nu révèle d’abord des
traces d’empreintes de végétaux. L’analyse aux infrarouges montre que l’échantillon se
compose de calcite naturelle, d’argile cuite et de petits cailloux servant de dégraissant
(moins de 1 cm de diamètre) (YAR 7, YAR 56). Comme la zone n’a pas subi
d’incendie, ces éléments d’argile cuite proviennent dans doute de tessons broyés.

i.2. L’enduit posé sur le mur 2039 (n° 17 226)


Le troisième échantillon analysé se compose d’une couche d’enduit de couleur
beige claire (fig. 3, pl. 20), puis d’une seconde couche qui résulte probablement de la
réfection de l’enduit. Le tout est recouvert d’une couche sans doute issue de la
dissolution des éléments de construction. Les trois couches sont différenciables à l’œil
nu, avec des couleurs et des textures légèrement différentes allant du beige au marron.
La description de leur composition commence par la couche en contact avec les pierres
puis se termine avec la couche extérieure, celle que voyaient les habitants :
1. La couche en contact avec les pierres du mur 2039 est de couleur beige clair.
Elle se compose en majorité de chaux mélangée à de l’argile, qui semble cuite
(YAR 25).
2. La couche médiane est de couleur beige. Fine, sa composition est très semblable
à celle de la couche en contact avec les pierres, mais elle comporte un peu moins
d’argile (YAR 27).
3. La couche supérieure est de loin la plus épaisse de toute, peut-être à cause de
fréquentes rénovations. Elle se compose presque exclusivement de chaux, d’où
sa couleur blanche (YAR 26).

L’enduit est composite, ses différentes couches possèdent plus ou moins d’argile
en fonction de leur usage. Les couches en contact avec les pierres sont les plus riches en
argile pour des questions d’adhérence et d’uniformisation de la surface du mur. La
couche d’enduit visible est très épaisse et porte la trace de nombreuses réfections, elle
est composée à plus de 95% de chaux.

122
i.3 L’enduit posé sur le mur 1588 (n° 17 224)
L’échantillon se compose de deux couches, une couche de surface fine et une
couche principale beaucoup plus épaisse (YAR 30, YAR 31). Les deux couches ont
pratiquement la même composition chimique à base de calcite géologique et d’argile.
L’enduit est constitué d’argile mélangée à de la calcite broyée.

i.4 L’enduit posé sur le mur 2022 (n° 17 225)


L’enduit se compose de quatre couches de matériaux superposés identifiables à
l’œil nu. La description de leur composition commence par la couche en contact avec
les pierres puis se termine avec la couche extérieure :
1. La couche en contact avec les pierres du mur 2022 est de couleur marron. Elle se
compose d’un mélange de chaux et d’argile cuite : peut-être s’agit-il de
céramique broyée mélangée à la chaux, comme de la chamotte pour la poterie
(YAR 16).
2. La deuxième couche est de couleur beige, elle comporte des inclusions blanches.
Elle contient moins d’argile que la première couche. À l’intérieur de cette
couche, une petite particule bleue a été analysée séparément : il s’agissait d’un
élément de dégraissant de nature organique (YAR 14).
3. La troisième couche est de couleur blanche, elle est beaucoup plus fine que les
deux premières couches. Elle est composée essentiellement de chaux (YAR 13).
4. La couche de surface est une fine pellicule brune composée d’argile et de chaux
(YAR 12).

L’enduit se compose de couches de chaux auxquelles on ajoute plus ou moins


d’argile. Plus les couches sont proches des pierres du mur, plus elles sont riches en
argile, peut-être pour obtenir une pâte plus plastique qui va mieux combler les
interstices entre les pierres et mieux adhérer qu’un enduit de chaux pure.

Ainsi, les enduits analysés à Yarmouth présentent tous une superposition de


couches plus ou moins épaisses. Les couches en contact direct avec le mur de pierre
sont plus riches en argile, alors que les couches extérieures sont composées presque
exclusivement de chaux, ce qui devait leur donner un aspect plus blanc, qui
correspondait peut-être à des critères esthétiques. Il semble que les enduits contiennent
très peu de dégraissant organique, la plupart des dégraissants identifiés sont minéraux :
petits cailloux, tessons, craie broyée.

Enfin, sur aucun des sites étudiés, il n’existe de preuve formelle de la décoration
des murs. Seuls quelques indices indirects semblent suggérer l’existence de décors,
comme les larges bandes de couleur qui décorent les murs de la maquette retrouvée à
Arad et un fragment de pierre crayeuse épannelé, décoré et trouvé dans le

123
« Bâtiment Blanc » de Tel Yarmouth. Ses faces supérieures et latérales sont planes
(fig. 2, pl. 155). La pierre est décorée de lignes légèrement incisées, peut-être à la règle,
formant des losanges et des triangles dont certains sont peints en rouge. Les faces
inférieures et les extrémités sont brisées. La pierre a pu orner le mur519.

-     &   


i. Entretien des productions architecturales
L’entretien et la rénovation des bâtiments représentent une étape essentielle du
travail de construction. En effet, que ce soit dans les villages ou dans les villes, de
nombreux facteurs naturels menacent l’architecture et seul un entretien régulier permet
sa préservation520.

Dans un premier temps, l’entretien des constructions se fait à l’échelle du


bâtiment. Comme il est soumis à l’action des intempéries, ses murs présentent diverses
pathologies. De ce fait, ils peuvent avoir à souffrir d’une érosion de surface, d’un
écroulement partiel, d’une insalubrité due à un état humide durable ou d’une usure due à
la remontée des sels de la terre par capillarité…521 L’état général de la construction
dépend aussi directement de celui du toit. Comme il se compose d’une armature en bois
recouverte d’une couche d’argile, s’il est mal entretenu, il présente une vulnérabilité
face aux intempéries et sa détérioration entraîne directement celle des murs. Ainsi, la
principale mesure de protection utilisée pour lutter contre la dégradation des
constructions est le recours à des soubassements en pierre. Les pierres, directement en
contact avec le sol, empêchent les remontées d’eau par capillarité et protègent la base
des murs du sillon destructeur. L’usage d’un épais enduit appliqué sur toutes les
surfaces de la maison permet aussi à l’eau de s’écouler sans rentrer dans les joints, entre
les pierres ou entre les briques.

Dans un deuxième temps, l’entretien des constructions se fait aussi au niveau du


site et les processus de détérioration sont différents en milieu rural et en milieu urbain.
En effet, dans les villages, les maisons se situent le plus souvent à une certaine distance
les unes des autres, l’érosion y est importante. En milieu urbain, la maison est souvent
protégée sur au moins trois côtés par d’autres constructions, sa durée de vie est donc
plus longue. Des mesures d’entretien sont aussi prises au niveau de la gestion centrale
du site pour l’entretien des remparts et des glacis. Ces travaux représentent une somme
de travail colossale qui a besoin d’être planifiée et exécutée par de nombreux ouvriers.
Par exemple, à Bâb edh-Dhrâ’, les constructeurs ont imaginé des solutions afin de palier

519
Miroschedji, 1988a, pl. XXV.
520
Joyce & Johannessen, 1993.
521
Houben & Guillaud, 1995, p. 326.

124
aux gros problèmes d’érosion dus au caractère fragile du substrat rocheux (marne), à la
fois sur le rempart et dans la ville. Ainsi, le long d’un secteur à l’intérieur de la ville, ils
ont construit tout le long d’une pente un mur de soutien en brique. Cela a permis la
construction de maisons dans un secteur qui autrement aurait été menacé par de graves
problèmes d’érosion. Le système de renfort basé sur des murs de soutien en brique a
aussi été employé à l’extrémité ouest du tell et dans le chantier XIX522. De plus au
Bronze ancien III, dans la dernière phase d’occupation du chantier XIX, la construction
d’une série de murs orientés est-ouest a servi à contrer l’érosion523.

Ainsi, grâce à un entretien régulier, un bâtiment peut avoir une durée de vie de
plusieurs décennies. D’après des observations ethnographiques menées en Grèce,
notamment en Phocide, en Argolide et en Messénie par A. Guest-Papamanoli, la durée
de vie d’une maison en briques crues sur un soubassement de pierre est de vingt à
soixante ans. Cette durée dépend de l’entretien des enduits, et surtout de l’isolation du
sommet des murs, car les murs de briques sont vulnérables à l’infiltration des eaux par
le haut. En effet, si la pluie trace une rigole, elle peut finir par lézarder le mur qui risque
de s’écrouler d’un seul coup524. C’est pour cette raison qu’un renouvellement annuel des
enduits devait être la mesure principale de protection des constructions. C’est l’entretien
régulier des bâtiments par ses occupants qui retarde l’action des processus de
destruction. Le phénomène de destruction ne s’enclenche véritablement qu’après
l’abandon de la maison. Il peut être alors de plusieurs natures : épisodique, saisonnier
ou permanent. De plus, l’abandon peut se dérouler à l’échelle de tout un site ou
seulement d’une maison. Enfin, il ne représente pas toujours un événement planifié, il
peut être imprévu, résultat de forces naturelles ou culturelles525. Les processus de
destruction des constructions massives peuvent être divisés en deux groupes : la
destruction soudaine ou le délabrement graduel. Trois raisons principales expliquent la
destruction soudaine : un tremblement de terre, un incendie, une destruction faite
intentionnellement avant la construction d’une nouvelle maison ou en cas de guerre526.
Parfois, la destruction soudaine et le délabrement graduel se combinent : une destruction
soudaine ruine une partie de la construction, qui continue alors à se détériorer au fur et à
mesure ; ou à l’opposé, le délabrement graduel peut être accéléré par un effondrement
soudain.

En conclusion, dès qu’un site est abandonné, il commence à se dégrader. Il subit


les attaques des agents naturels. Mais il ne faut pas négliger les conséquences des
actions humaines, en effet, les constructions ont eu à souffrir des dommages causés lors

522
Rast, 1995, p. 127.
523
Schaub & Rast, 1984, p. 52-53.
524
Guest-Papamanoli, 1978, p. 19.
525
Brooks, 1993.
526
Netzer, 1992, p. 27.

125
de destructions volontaires. Cependant, hors des contextes de guerre la destruction
d’une maison est toujours liée à la construction d’une nouvelle. Les observations
ethnoarchéologiques montrent que l’ancien habitat devient alors une source privilégiée
de matériaux de récupération527, c’est une solution plus simple et moins onéreuse.

ii. Des dispositions contre les tremblements de terre ?


Si les risques d’inondations sont bien connus, en revanche la question de
l’existence de tremblements de terre au Bronze ancien reste encore débattue. En effet, il
n’y a pas de preuves absolues que l’activité sismique de la région soit à l’origine de
tremblements de terre importants au Bronze ancien, en Palestine. Cependant, rappelons
que la vallée du Jourdain se situe dans le prolongement direct du rift africain et qu’au
regard de la carte des activités sismiques des quatre-vingt dix dernières années, environ
un tiers des épicentres des séismes enregistrés dans la zone de la mer Morte sont assez
proches de sites du Bronze ancien pour leur avoir causé des dommages (fig. 1,
pl. 28)528. De ce fait, à Bâb edh-Dhrâ’, les murs ont subi d’importants dommages, même
s’il reste difficile de préciser s’ils résultent d’un glissement de terrain, de l’action de
l’érosion ou d’un tremblement de terre. Toujours en Transjordanie, les archéologues de
Khirbet el-Batrawy imputent également à un puissant séisme, la ruine et la destruction
du site à la fin du Bronze ancien II529. Enfin, dans un site comme Tell Fadous (BA II),
situé à une dizaine de kilomètres au nord de Byblos, les archéologues ont remarqué des
irrégularités dans la disposition des pierres. Ils les attribuent à une activité sismique, car
les assises supérieures des murs sont très inclinées vers l’ouest530. Ainsi, même s’il reste
impossible de dater avec certitudes les secousses sismiques, l’observation de mesures
architecturales anti-sismiques semble possible. Rappelons que « lors d’activités
sismiques, des secousses soumettent les constructions à des sollicitations dynamiques,
introduisant des composantes d’accélération horizontales et créent des contraintes de
cisaillement. Par ailleurs, les secousses affectent le terrain supportant les constructions
et peuvent en réduire considérablement la portance »531. De ce fait, les murs maçonnés
sont fortement affectés par les séismes. « La résistance à la traction en est très faible,
tout comme leur résistance au cisaillement et les contraintes développées en provoquent
facilement la rupture »532. Le chaînage en bois représente une des techniques
parasismiques les plus efficaces. Or des murs de remparts ou d’autres constructions du
Bronze ancien intègrent un chaînage de poutres de bois, à la fois dans les assises de
pierres et dans celles de briques. Les exemples sont rares car le bois se préserve mal,
mais la technique a été observée dans les tours de Bâb edh-Dhrâ’ (fig. 1, pl. 26)533, dans
527
Margueron, 1996.
528
Rast & Schaub, 2003a, p. 32.
529
Nigro, 2008.
530
Genz & Sader, 2007, p. 8.
531
Houben & Guillaud, 1995, p. 303.
532
Houben & Guillaud, 1995, p. 304.
533
Rast & Schaub, 2003a, p. 253-254.

126
la superstructure en briques du mur Q du bâtiment B de Ai534 et dans le rempart de
Leviah535.

Des mesures peuvent aussi être prises lors de la réalisation du mortier et de la


pose des briques. Ainsi, les constructeurs actuels préconisent de privilégier l’emploi
d’un mortier épais qui augmente l’adhérence des briques, en effet un mortier trop
liquide est sujet à des retraits et à des microfissures. De plus, ils accordent un grand soin
à la réalisation des joints verticaux. Leur absence ou leur mauvaise réalisation réduit
nettement la résistance à la compression du mur et plus encore sa résistance au
cisaillement. Enfin, l’appareil doit être conçu de manière à ce que la disposition des
joints préfigure le moins possible les fractures diagonales caractéristiques des ruptures
d’origine sismique536. De cette façon, les maçons essayent d’éviter le plus possible la
superposition des joints entre deux assises, en utilisant si nécessaire des briques
coupées. Cet ensemble de mesures de protection est courant et il possède aussi une
valeur antisismique.

D’autres dispositions sont plus spécifiquement réservées aux murs de rempart.


D’une part, certains sont constitués de plusieurs segments de murs connectés entre eux
(Megiddo, Beth Yerah, Bâb edh-Dhrâ’). Cette méthode permet au mur d’absorber les
secousses et empêcher l’écroulement général du rempart. D’autre part à Jéricho, dans la
tranchée II (BA I) de Jéricho, K. Kenyon décrit un système de murs de fortification très
particulier (fig. 2, pl. 28). Le mur OCN et les deux murs adjacents OCP et OCQ ont
leurs premières assises communes, puis dans les assises supérieures les murs OCP et
OCQ viennent buter contre la superstructure du mur OCN. K. Kenyon pense que cela a
pu être une mesure parasismique537. Enfin, J.-C. Bessac considère aussi que le
doublement du bloc d’angle par une boutisse contribuerait à une meilleure tenue face
aux secousses horizontales engendrées lors d’un désordre sismique538. Mais cette
technique n’a pas encore été observée. Néanmoins, il est très probable que les
constructeurs antiques aient mis au point quelques procédés de lutte contre les dégâts
provoqués par les tremblements de terre.

534
Callaway, 1980, pl. V.
535
Kochavi, 1993, p. 915-916.
536
Houben & Guillaud, 1995, p. 315.
537
Kenyon, 1981, p. 155, pl. 103.
538
Breton, 1998, p. 14.

127
!   
La couverture constitue la partie supérieure de la construction539. Aucun
exemple n’a été retrouvé en place, mais plusieurs indices directs ou indirects permettent
de distinguer un espace ouvert d’un espace fermé. Par exemple, la présence d’éléments
de toiture effondrés, de bases en pierre ou de poteries tombées.

Dans un premier temps, l’étude portera sur les supports de toiture, leur typologie
et leur utilisation, puis dans un second temps sur la toiture elle-même.

#  &&    


Les supports de toiture ou les supports intermédiaires sont des éléments de
construction sur lesquels une partie des charges de la couverture d’un édifice prend
appui. En général, les supports sont placés entre deux murs porteurs540. D. Alm, dans sa
thèse intitulée : Supports, piliers et colonnes dans l’architecture orientale du
Néolithique à l’Âge du Fer, différencie trois catégories d’éléments de support de
charge :
• les poteaux, constitués d’une pièce de bois ronde dressée verticalement, avec
dans certains cas une base en pierre ;
• les colonnes qui sont des supports verticaux cylindriques, de module plus
important, composés d’une base, d’un fût et parfois d’un chapiteau ;
• les piliers, construits en pierres ou en briques, de section quadrangulaire541.

Si l’on se base sur cette définition la grande majorité des supports intermédiaires
trouvés au Levant sud au Bronze ancien sont des poteaux et il n’existe pas de colonne.

4&  %  &&   %


Les poteaux sont des pièces de bois servant à soutenir la toiture. Ils peuvent être
placés dans des trous ou reposer sur une base pour éviter qu’il ne s’enfoncer dans le sol.
Les conditions climatiques du Levant sud ne permettant pas la conservation du bois, il y
a très peu d’informations sur les poteaux. À Bâb edh-Dhrâ’ et à Tel Yarmouth, des
petits éléments de bois ont été retrouvés in situ (pl. 29). Le diamètre des poteaux devait
se situer entre 0,30 et 0,80 m, avec une moyenne autour de 0,25-0,30 m de diamètre.

539
Aurenche, 1977, p. 66.
540
Alm, 1996, p. 153.
541
Alm, 1996, p. 141.

128
i. Les poteaux

i.1 Les trous de poteaux


Seuls quelques cas de trous de poteaux ont été identifiés. À Tel Lod (BA I), une
excavation de 0,50 m de diamètre est identifiée comme un trou de poteau542. À
Beth Shean, niveau XIII (BA I), la pièce 1849 mesure 33, 40 m2, elle contient deux
rangées de trous de poteaux543. À Yaqush (BA III), une partie des poteaux sont
maintenus en place par un cercle de pierres de calage découvertes in situ544. À Jéricho
(BA III), dans la maison L303 (fig. 3, pl. 105), un trou circulaire pavé de pierres et
creusé dans le sol (P335) sert de trou de poteau545. Il n’y a pas de cas répertorié au
Bronze ancien II, mais cela ne marque pas la fin de cette technique de couverture
puisqu’elle est attestée au Bronze ancien III. Il est aussi possible que certains cas n’aient
pas été identifiés.

i.2 Les poteaux reposant sur une base


La plupart des supports de charge retrouvés au Bronze ancien reposent sur des
bases en pierre. Deux cas seulement de bases construites avec des briques et datées du
Bronze ancien I ont été identifiés. Le premier dans le bâtiment 7102 de Tel Erani546 et le
second au niveau 4 de Horvat Illin Tahtit547. Les piliers de Tel Erani mesurent 1 à 1,20
m de côté, sur 1 m de hauteur et celui de Horvat Illin Tahtit mesure 0,50 m de hauteur.

En se basant sur leur mode de fondation, deux types principaux de bases de


poteau peuvent être distingués (type A et B).

• Type A : les bases de poteau dont le mode de construction est composite. La


base et le sommet sont constitués de pierres distinctes. La fondation de ce type
de base a pour but de caler la pierre et de l’empêcher de s’enfoncer dans le sol
sous le poids de la toiture. Les constructeurs ont eu principalement recours à
deux techniques de calage. Dans un premier cas, les bases de poteau peuvent
être fondées sur des murs ou des murets plus anciens. La technique est plutôt
rare. Elle a surtout été identifiée dans le quartier G de Tel Yarmouth où elle est
aussi employée pour caler des murs548. La seconde technique consiste à
construire une petite fondation ronde faite de deux à cinq assises de pierres sur
laquelle repose la base de poteau. En moyenne, la hauteur totale de ce type de
construction est de 0,50 m. Cette technique exige une mise en place assez

542
van den Brink, 2002, p. 287-288.
543
Braun, 2004, p. 16-17.
544
Eitan & Esse, 1993, p. 1485.
545
Marchetti & Nigro, 2000, p. 28-30.
546
Ciasca, 1962, p. 27-35.
547
Braun & Milevski, 1993, p. 11.
548
Communication personelle de P. de Miroschedji.

129
contraignante. À En Esur, le bâtiment de plan rectangulaire dit aux piliers
contient trois bases de poteaux constituées de dalles entourées de petites pierres.
Dans certains cas, seules les petites pierres de la fondation ont été préservées,
comme dans la maison H14 de Tell el-Fârǥah (fig. 3, pl. 95)549. Ces pierres
peuvent représenter le seul vestige de la présence d’une base disparue, mais elles
peuvent aussi permettre de localiser une base toujours existente mais située plus
profondément à un niveau de sol antérieur. Ainsi, dans le chantier G de Tel
Yarmouth, lors de la réalisation d’un nouveau sol, les habitants ne déplacent pas
de base pour la repositionner plus haut. Ils la laissent à sa place et se contentent
de matérialiser son emplacement par des petites pierres disposées sur le nouveau
niveau de sol550.

La pierre de sommet est le plus souvent ronde vu en plan, mais elle peut aussi
être rectangulaire. Les bases rondes ressemblent à un cylindre de faible hauteur avec
souvent une hauteur équivalente à la taille du rayon. D’après l’étude des bases en pierre
de Tel Yarmouth, ce type de dalle mesure en moyenne 0,50 m de diamètre et 0,20 m de
hauteur pour un poids moyen de 108 kg par dalle cylindrique551.

• Type B : la base de poteau est composée d’une seule pierre de grand format dont
la face supérieure est taillée en forme de cylindre de très faible hauteur ou de
parallélépipède rectangle. Ce ressaut dépasse en général de 5-6 cm du reste de la
pierre. Ce type de base est en général taillé avec grand soin. Son sommet
présente une surface lisse. Les bases de poteau de type B sont calées en général
sur un lit de petites pierres, mais elles peuvent aussi être calées sur des murs
antérieurs, comme dans le Palais B1 de Tel Yarmouth552. Comme elles ne sont
composées que d’un seul bloc, ces bases sont beaucoup plus lourdes que celle de
type A. Ainsi une base type B provenant de Tel Yarmouth mesurant 0,84 x 0,90
x 0,12 m, pèse en moyenne 225 kg, soit deux fois plus qu’une dalle de type A553.

Ce type de base se retrouve essentiellement dans les constructions de prestige,


comme dans le Palais B1 de Tel Yarmouth, dans le Temple de l’acropole de Ai (fig. 2,
pl. 48)554 ou dans les temples de Megiddo. Les temples de Megiddo possèdent à la fois
des bases rondes et des bases rectangulaires. Il faut noter qu’une seule base de ce type a
été retrouvée dans le Palais 3177 (fig. 2, pl. 123). Dans le temple du niveau J-2, les
quatre bases de poteau sont rectangulaires, elles sont réparties en deux lignes. Elles sont

549
Vaux, 1948, p. 548-549, pl. X.
550
Communication personelle de P. de Miroschedji.
551
Formule du volume du cylindre : V= rayon2 x ʌ x hauteur ; soit un volume moyen est de 0,043
3
m multiplié par la densité du calcaire (2,5).
552
Communication personnelle de P. de Miroschedji.
553
En multipliant le volume par la densité du calcaire : 2,5.
554
Marquet-Krause, 1949, p. 10-12, pl. VI-VII, XC.

130
toutes taillées dans du basalte, à l’exception de celle située au sud de la rangée orientale
qui est en calcaire. Les bases sont calées dans le sol chaulé à l’aide de petites pierres.
Leurs dimensions sont de :

Localisation Dimensions (en m)


Longueur x largeur Hauteur
Rangée ouest Sud environ 0,58 x 0,53 /
Centre 0,54 x 0,30 min. 0,24
Nord 0,48 x 0,24-0,28 min. 0,15
Rangée est Sud environ 0,35 x 0,31 0,10
Nord 0,52 x 0,32 0,21
Tabl. 6 : Dimensions des bases dans le temple du niveau J-2 de Megiddo555

Dans le temple du niveau J-3, au milieu de la pièce 4050, quatre pierres plates
sont placées à des intervalles plus au moins réguliers (fig. 3, pl. 118). Calées dans le sol
au moyen de petites pierres, elles sont de forme rectangulaire et mesurent en moyenne
0,45 x 0,92 cm556. Dans le hall du temple J-4, les deux bases de poteaux monumentales
sont en basalte (fig. 1, pl. 119). L’une d’elles a été complètement dégagée et mesure
1,80 x 1 m. Au niveau XV, dans les temples 4040, 5192 et 5269, il y avait deux bases
de poteaux rondes, soigneusement taillées, au centre de chaque pièce (fig. 1, pl. 121).
Deux autres bases de poteaux, à la lisière nord du porche, étaient alignées avec
l’extrémité des murs. Les bases de poteaux dans les pièces sont en calcaire blanc à grain
fin. Elles comportent un ressaut circulaire. La pierre sous cette ligne est taillée de
manière très grossière, car elle était enterrée. De solides fondations en pierre soutenaient
ces bases. Elles sont de tailles différentes (0,75-1,40 m de large)557. Ainsi, dans les
temples de Megiddo, les bases de piliers sont soit en basalte et rectangulaires aux
périodes anciennes, soit en calcaire et rondes au périodes plus récentes : dans tous les
cas ce sont de gros blocs de pierre à la surface taillée.

Enfin, certaines bases de poteaux sont encore complètement in situ et il est


impossible de savoir si leur fondation est de type A ou B.

La majorité des bases de poteaux retrouvées au Bronze ancien sont de type A,


donc plus faciles à monter. À l’inverse, les bases de type B, plus lourdes, demandent
plus de travail de taille et l’action de plusieurs personnes pour être mises en place. Le
choix d’un type ou l’autre de base ne semble pas lié à des considérations de type
structurel (résistance, type de sol…) mais semble plutôt lié à l’architecture
monumentale. La répartition des types de bases semble illustrer les différences de
techniques de construction entre les constructions de prestige et les maisons.

555
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 50-53.
556
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 42.
557
Aharoni, 1993, p. 1006.

131
ii. Les autres types de support de charge
Les autres types de support de charge sont très minoritaires en comparaison avec
les bases de poteaux en pierre. Certains n’existent parfois qu’en exemplaire unique.

ii.1 Les pilastres


Le pilastre est un pilier en brique, appuyé contre un mur, il sert à soutenir la
toiture. À Beth Shean, au Bronze ancien I, dans l’ensemble de pièces L 1869/ 1870/
1871/ 1873/ 1859, le petit bout de mur W1416 dans le locus 1869 semble avoir servi de
pilastre. Le même type d’arrangement est présent dans le locus 1866 (W1445). Dans les
deux cas, les pilastres se situent dans des grandes pièces et servent à réduire la longueur
nécessaire des poutres de couverture558.

ii.2 Les murets internes


L’absence de base en pierre dans de nombreuses maisons à double abside peut
être compensée par la présence de murets internes, souvent courbes. Ces derniers s’ils
sont montés sur une certaine hauteur peuvent servir de supports pour la charpente.
Ainsi, à Yiftahel, toutes les maisons de plus de quinze mètres de long possèdent des
murets de refend (pl. 159, 160). À Tel Teo, une seule maison presque complète est
préservée : elle mesure 12,50 m de long et possède un mur de refend interne (fig. 2,
pl. 146). De même, la maison à double abside n° 1 de Palmahim Quarry mesure près de
10 m de long et possède un muret interne (fig. 2, pl. 128). À Ashkelon-Barnea comme à
Afridar, les maisons sont mal préservées, mais il semblerait que certaines possèdent des
murets de refend, tout comme à Jebel Mutawwaq, Kabri et Qiryat Ata (pl. 134). De ce
fait, cette solution semble être la plus largement adoptée dans les maisons ovales. De
plus, elle semble déjà connue et employée dans les maisons barlongues du
Chalcolithique, comme à Tel Teo559.

ii.3 Les poteaux engagés


À Tell um-Hammad, le mur BD a une structure originale (fig. 2, pl. 27). Il se
compose d’un élément cylindrique en argile inclus dans une maçonnerie de briques.
L’archéologue propose d’y voir un poteau engagé, ce qui en ferait un cas unique dans
l’architecture palestinienne du Bronze ancien, et qui trouverait des parallèles seulement
dans l’architecture syro-mésopotamienne560.

558
Braun, 2004, p. 20-30.
559
Eisenberg & al., 2001, p. 39-46.
560
Betts, 1991, p. 36-37, fig. 49.

132
ii.4 La couverture sans support
En dernier lieu, il faut mentionner les maisons et les zones d’habitations
dépourvues de supports de charge, mais qui étaient malgré tout couvertes. Pour les
maisons à double abside, l’étude a montré que différentes méthodes ont été mises en
œuvre, mais que l’usage des supports intermédiaires est minoritaire. En effet, le plan à
double abside de part ses dimensions et sa forme présente l’avantage de limiter
fortement la largeur des maisons et donc la portée des surfaces à couvrir. Ainsi, de
nombreuses maisons n’avaient pas besoin d’avoir recours à des supports
intermédiaires ; comme par exemple les petites maisons de En Esur dont la longueur est
comprise entre 4 et 7,40 m. À Shraya, il n’y a pas non plus de piliers, ni de mur de
refend, cependant, les murs sont construits avec une légère inclinaison vers l’intérieur,
sans doute afin de réduire les portées à couvrir. Le même système a été observé à Sidon-
Dakerman (fig. 2, pl. 142) où les maisons mesurent au maximum 10,80 m de long et les
murs sont préservés jusqu’à 2,10 m de hauteur, sans doute leur élévation d’origine561.
Plus la maison est longue et plus elle a de supports intermédiaires.

Certains niveaux archéologiques dégagés sur une surface importante, avec


notamment des pièces complètes, ne comportent pas de bases de poteaux. C’est le cas
par exemple du Palais B2 de Tel Yarmouth (fig. 2, pl. 149) ou de certaines zones
domestiques densément occupées. Deux principales raisons peuvent expliquer ce
phénomène. Dans le cas du Palais B2, P. de Miroschedji suppose que le bâtiment n’a
pas eu une très longue existence avant d’être arasé et de laisser place au Palais B1562. Il
est donc très probable que les bases de poteaux du Palais B2 ont été réutilisées pour le
Palais B1, surtout s’il s’agit de bases taillées. Dans le cas des quartiers densément
occupés, les pièces sont petites et la présence de poteaux n’est pas indispensable. Les
poutres en bois devaient couvrir facilement la largeur des pièces. Les habitants n’ont pas
eu besoin de récupérer les bases des niveaux antérieurs. Ainsi, peu de bases de poteaux
ont été mises au jour dans le quartier G de Tel Yarmouth (pl. 157). Elles sont présentes
dans cinq espaces : trois grandes pièces (712, 713, 780) et deux petites pièces (742,
745). Leur petit nombre s’explique aisément en raison de la faible largeur des pièces.
Les pièces sans bases sont barlongues et mesurent au maximum 2,30 m de largeur. Ce
n’est que dans les pièces de plus de 3,50 m de large que la présence de bases de poteaux
semble obligatoire. Elle permet aux constructeurs de prévoir des pièces plus larges. De
ce fait, la pièce 780 mesure 3,80 m de large et les pièces 712 et 713 mesurent 4 m de
largeur. Enfin il est probable que certains supports de charge tout en bois ou en terre,
aient disparu sans laisser de traces.

Ainsi plusieurs solutions ont été employées pour couvrir les pièces. Elles varient
selon les dimensions, le plan et le prestige des espaces concernés. Seule la technique des
561
Contenson, 1982, p. 80-82.
562
Miroschedji, 2000b, p. 688.

133
piliers tout en pierre n’est pas employée. Il semble qu’au Bronze ancien, elle n’ait été
utilisée que dans les sites temporaires du Sinaï et en Syrie du sud. Dans ces zones, les
pièces comportaient à la fois des piliers composés de plusieurs tambours de pierres et
des piliers monolithiques563.

  9  &&    


i. La localisation des supports
Au Bronze ancien, les supports sont placés entre deux murs porteurs selon
différents types d’agencements (fig. 1, pl. 30). Le choix d’une bonne distribution est
essentiel afin de permettre aux charges du toit de se répartir de manière homogène. Une
mauvaise disposition pourrait entraîner son écroulement, comme ce qui semble s’être
déroulé dans le bâtiment EY 460 de Beth Yerah (niveau 9A). À sa construction, cette
maison se compose d’une simple pièce barlongue. Puis, lors de la deuxième phase
d’occupation, un petit contrefort est construit dans l’extrémité sud-est (fig. 2, pl. 77).
Cette construction semble être une tentative d’étayer le toit afin d’empêcher son
affaissement. La tentative est vaine, car le toit finit par s’effondrer à la fin du niveau 9A.
Lors de la reconstruction de cette pièce au niveau 9B (fig. 1, pl. 77), de nouveaux sols
sont établis 0,15 m au dessus des sols du niveau 9A et les nouvelles bases de poteaux
sont disposées d’une manière différentes, plus symétrique564.

i.1 Bases dans l’axe longitudinal


Le nombre et la disposition des supports intermédiaires dépendent de la largeur
et de la forme des pièces. Ainsi, dans toutes les constructions barlongues et dans les
maisons à double abside, les bases de poteaux sont situées le long de l’axe longitudinal.

Au Bronze ancien I, des bases de colonne ont été identifiées dans quelques
maisons à double abside. C’est notamment le cas des maisons de plus de 16 m de long
de Jebel Mutawwaq565. À Horvat Ptora, il y a au minimum deux piliers dans les maisons
de plus de 10 m de long (fig. 1, pl. 129). Dans le chantier A de Qiryat Ata, les maisons
possèdent entre 1 et 4 bases de piliers en pierre disposées dans l’axe longitudinal (fig. 2,
pl. 30). La maison qui possède quatre bases mesure près de 16 m de long. À Kabri, dans
la maison 1057, les constructeurs semblent avoir pris un luxe de précaution en installant
trois bases de piliers dans une maison de 8,80 m de longueur (fig. 2, pl. 107)566. De
même dans la pièce 152 de Hartuv, cinq dalles se trouvent le long de l’axe central
(pl. 101), placées à des intervalles irréguliers. En numérotant les bases d’ouest en est, de

563
Beith-Arieh, 2003, p. 104.
564
Greenberg & alii, 2006, p. 352-354.
565
Nicolle, 1996, p. 97.
566
Kempinski & Niemeier, 1991, p. 189.

134
1 à 5, on observe les distances entre les centres des bases : bases 1-2 : 2,30 m ; bases 2-
3 : 3,10 m ; bases 3-4 : 4,10 m et bases 4-5 : 3 m. Les constructeurs ont pris soin
d’augmenter la distance entre la troisième et la quatrième base, en partant de l’ouest,
afin d’empêcher la localisation d’un pilier juste en face de l’entrée567. Le
« Bâtiment Blanc » de Tel Yarmouth est aussi barlong (pl. 155). Sa toiture était
supportée par quatre poteaux reposant sur de grandes dalles de pierre disposées en ligne
axiale568. Dans certains cas, les bases ne sont pas situées exactement dans l’axe. Ainsi, à
Qiryat Ata, les bases de piliers des bâtiments 1 et 2 du niveau III (chantier A) sont
arrangées en ligne droite parallèle à l’axe longitudinal, mais pas le long de l’axe central
lui-même, comme on pourrait s’y attendre (pl. 134). Le même phénomène non expliqué
peut être observé à Tel Kabri569 ou sur des sites de la Syrie du sud à l’Âge du Fer570.

Dans les îlots densément peuplés des villes du Bronze ancien II et III, la
présence de bases de poteaux constitue le seul indice permettant de distinguer les pièces
ouvertes des pièces couvertes. Ainsi, dans la ville basse de Khirbet ez-Zeraqun, vingt-
et-une pièces ont été partiellement ou entièrement dégagées (fig. 1, pl. 163). Les plus
grandes possèdent des bases de poteau – entre 1 et 3 bases par pièce – servant au
soutènement de la toiture. Cela permet de déduire la présence de grands espaces non
couverts à l’intérieur des îlots. Tell el-Fârǥah présente une situation similaire, mais
certaines pièces comportent également d’autres arrangements plus rares. De ce fait, dans
la maison du carré H14 (fig. 3, pl. 94), les pièces de la maison sont grandes : les pièces
99, 100 et 101 mesurent respectivement 31, 39 et 38 m2. Trois bases de piliers ont été
retrouvées dans chacune des pièces. Dans les pièces 101 et 99, elles se trouvaient dans
l’axe principal, alors que dans la pièce 100, elles sont placées de façon à délimiter un
triangle. Dans la maison loci 55, 56, 86, dans la pièce 56, il y a aussi trois dalles
disposées en triangle571. Cette localisation résulte sans doute des conditions de
préservation plutôt que d’une volonté du constructeur.

i.2 Bases près des murs


À Tel Yarmouth, même si la grande majorité des bases sont disposées au centre
de l’espace et réparties dans l’axe longitudinal de la pièce, il existe quelques cas de
bases de poteaux situées près des murs (chantier Bd)572. Cette répartition a également
été utilisée dans le bâtiment M-3 de Beth Shean573, dans le bâtiment 1, niveau 1, du

567
Mazar & Miroschedji, 1996, p. 7.
568
Miroschedji, 1988a, p. 35-43 ; 1988b, p. 200-203.
569
Kempinski & Niemeier, 1991, fig. 3, 4.
570
Communication personnelle de F. Braemer.
571
Vaux, 1948, p. 554, pl. XII.
572
Communication personelle de P. de Miroschedji.
573
Mazar & Rotem, 2009, p. 133-135.

135
chantier E de Qiryat Ata (BA II) (fig. 3, pl. 135)574, ainsi que dans le Temple de
l’acropole à Ai (BA II)575.

Par ailleurs, la technique est très fréquente au Liban sur des sites comme
Tell Arqa (pl. 31), Tell Fadous ou Byblos (pl. 32). À Tell Fadous, les pièces ne sont pas
entièrement dégagées, donc le nombre total de bases reste inconnu, mais celles
retrouvées se situent dans les angles576. À Byblos, lors de la première période urbaine
appelée également style « Sableux » (environ 3 200 à 2 700 avant notre ère), les bases
en pierre sont souvent au nombre de sept dans les habitations (pl. 32). Elles sont
disposées en trois files, deux sur chacun des longs côtés et trois axiales. Pour les trois
situées dans l’axe médian, deux se situent contre les murs courts et une au tiers de la file
axiale. Cette distribution permet de dégager la porte d’entrée. Elle peut aussi résulter de
l’usage d’une poutre faîtière faite d’un fût brut non dégrossi et de section dégressive.
Pour J. Lauffray, la présence de bases près des murs montrerait qu’ils n’étaient que
semi-porteurs et que la toiture devait prendre appui aussi sur des piliers577. Selon J.-
P. Thalmann, le fouilleur de Tell Arqa, ce type de disposition possède un rôle porteur
essentiel qui permet de soulager du poids des sols et des terrasses, les murs
périphériques. Cela permet à ces derniers d’être peu épais, tout en étant inclus dans des
bâtiments relativement hauts (entre 5 et 7,50 m, soit un ou deux étages)578. En Palestine,
la technique reste rare. Il est possible qu’elle soit également en lien avec la volonté de
construire un étage tout en se basant sur des murs fins.

i.3 Salles à piliers


Au Bronze ancien, une nouvelle disposition des bases intermédiaires fait son
apparition : la salle à piliers. Selon D. Alm, cette nouvelle forme architecturale serait
apparue au 3ème millénaire à Tel Erani et à Byblos, dans deux espaces mesurant
13 x 9 m et 16 x 16 m. Elle permet alors de répondre au besoin d’abandonner le plan en
longueur dans les espaces de grande taille579.

La salle à piliers de Tel Erani est datée du Bronze ancien I. Elle fait partie du
bâtiment 7102, construit entièrement en briques crues et interprété par le fouilleur
comme un palais. Elle mesure environ 13 x 9 m. Les sept bases retrouvées in situ se
répartissent en trois rangées, avec du sud vers le nord, deux rangées de deux bases et
une rangée de trois bases. Le plan pourrait suggérer qu’à l’origine il existait trois
rangées de trois bases, soit neuf au total. En effet, si dans la rangée la plus au nord, une

574
Golani, 2003, plan 2.17.
575
Marquet-Krause, 1949, pl. XCII.
576
Genz & Sader, 2007, p. 8, fig. 2.
577
Lauffray, 2008, p. 68-72.
578
Thalmann, 2006, p. 860.
579
Alm, 1996, p. 175.

136
base est nécessaire pour couvrir l’espace séparant la base située au nord-est, du mur qui
comporte le seuil pourquoi cela ne serait pas le cas dans les deux rangées plus au sud ?
Les bases de piliers sont en briques crues, elles sont de forme relativement carrée (1 à
1,20 m de côté) et sont préservées sur près d’un mètre de hauteur. C’est là leur hauteur
originale car un des piliers possède encore au-dessus une pierre ronde et plate qui
servait de base de poteau pour un pilier en bois. La distance entre les piliers d’une
même rangée est de 1,70 à 1,90 m et celle entre les trois rangées est d’à peu près 2 à
2,70 m580.

À Beth Shean, deux salles à piliers datées du Bronze ancien I ont été retrouvées.
Au niveau XIII, dans la pièce L 1849, deux rangées de trous de poteaux ont été
identifiées et la première rangée se situe le long du mur. Les trous de poteaux ont un
espacement situé en moyenne entre 1,80 et 3 m. Il est possible que d’autres rangées de
trous de poteaux aient disparues581. La pièce L 1849 mesure 6,25 x 5,3 m. Le bâtiment
du niveau M-3 comporte quatorze bases de piliers réparties sur quatre rangées : trois de
quatre bases et une dernière près du mur sud-ouest, de deux bases. Les bases se
composent de pierres plates non taillées. Les distances entre les centres des bases
varient, de 1,80-2,20 m entre les bases alignées est-ouest à 2-2,30 m pour les bases
alignées nord-sud. À certains endroits, un trou de poteau (diamètre moyen : 0,3 m) était
préservé dans le sol chaulé ou dans le banc situé au-dessus de la base de poteau. Ainsi,
les bases de pierre ont été disposées avant les sols chaulés et les bancs. Enfin, les bases
extérieures se situent près des murs de façade582.

Au Bronze ancien III, une très vaste salle à piliers a été dégagée dans le Palais
B1 de Tel Yarmouth. Elle mesure 17 x 13,90 m (fig. 1, 3, pl. 152). Elle se différencie
nettement du reste des pièces couvertes en raison de ses dimensions exceptionnelles et
de son mode de couverture qui repose sur douze bases de poteau réparties en trois
rangées de quatre bases583. Elle fait partie des pièces de réception qui marquent l’entrée
dans le palais, avec la porte d’entrée principale, la salle hypostyle, l’avant-cour, le hall
de réception et les chambres attenantes584.

580
Kempinski, 1992a, p. 75.
581
Braun, 2004, fig. 2.41.
582
Mazar & Rotem, 2009, p. 133-135.
583
Miroschedji, 2000, p. 690, 694 ; 2003, p. 163*-164*.
584
Miroschedji, 1994a, p. 34-35.

137
Nos connaissances sur les salles hypostyles du Bronze ancien sont résumées
dans le tableau ci-dessous :

Site Datation Dimension Superficie Nombre de base de Rapport :


(en m) (en m2) colonne superficie
Présentes Supposées couverte /
in situ nombre de
base
(en m2)
Tel Erani BA I 9 x 13 117 7 9 13
Beth Shean BA I 5,3 x 6,2 33,1 5 9 3,68
Beth Shean BA I 6,5 x 8,3 53,9 14 14 3,85
Tel BA III 13,9 x 17 236,3 7+3 12 19,7
Yarmouth
Byblos Période 8,5 x 11,4 96,9 16 16 6
préamorite585
Tabl. 7 : Les salles à piliers

Ainsi, peu de salles à piliers ont été retrouvées au Bronze ancien : trois au
Bronze ancien I et une au Bronze ancien III. Seule la pièce L1849 de Beth Shean
comporte des trous de poteaux, les autres se composent de bases de poteaux. Le nombre
de supports de toit n’est connu avec exactitude dans aucune de ces pièces, mais il a été
reconstitué en fonction des superficies à couvrir et du nombre de poteaux par rangée. Il
s’échelonne théoriquement entre sept et douze bases pour la Palestine. Deux salles se
démarquent particulièrement du reste des constructions : la salle du bâtiment M3 de
Beth Shean et celle du Palais B1 de Tel Yarmouth. Elles comptent respectivement
quatorze et douze bases de poteaux. La salle à piliers du palais est encore plus
exceptionnelle en raison de sa grande superficie et du soin particulier apporté à la taille
des bases en pierre (type B).

En divisant la superficie des pièces par le nombre reconstitué de bases, des


différences de savoir technique apparaissent. Ainsi, pour les deux pièces de Beth Shean
et celle de Tell el-Fârǥah, une base sert à couvrir théoriquement entre 3,2 et 3,8 m2, alors
qu’à Tel Erani, une base couvre 13 m2 et que ce chiffre monte à 15,7 m2 à
Tel Yarmouth. Les constructeurs du bâtiment de Tel Erani possédaient des techniques
inconnues des autres constructeurs de l’époque. C’est peut être dû à la présence du
monde égyptien tout proche, et qui influence par ailleurs déjà la culture matérielle du
site. L’architecte du palais de Yarmouth possède un savoir encore plus spécialisé car il
arrive à couvrir une pièce immense – 236,3 m2 – avec seulement douze bases. Ce
savoir-faire très spécifique n’a été retrouvé dans aucun des autres vestiges
architecturaux connus à ce jour, pour cette époque. Pour établir des comparaisons les
dimensions d’une des salles hypostyles construite dans la « maison aux cent piliers » de

585
Style dit « Piqueté » daté de 2 700 à 2 150 avant notre ère (Lauffray, 2008, p. 377).

138
Byblos ont été inclues. Datée de la période préamorite ou style « Piqueté » (2 700 à
2 150 avant notre ère), elle se trouve dans la zone sud-ouest de la ville. C’est une vaste
demeure qui comporte de nombreuses salles hypostyles. La plus grande d’entre elles, la
n° 2 mesure 11,40 x 8,50 m. Elle comporte seize bases sur quatre files de quatre.
L’entraxe des bases est de 3,40 m586. En moyenne, une base couvre 6 m2 de superficie,
soit un chiffre bien inférieur à celui observé à Tel Yarmouth. Ces différentes
observations nous pousse à opérer une distinction entre les salles à piliers d’un côté et
les salles hypostyles de l’autre côté. Ainsi dans les cas comme celui de Tel Erani et
Tel Yarmouth, le terme de salle hypostyle peut être employé pour définir ce type de
pièce. En effet, cette expression empruntée au grec ancien (hupostulos ou supporté par
des colonnes) désigne essentiellement des exemples architecturaux monumentaux
retrouvés en Égypte (temple de Karnak), en Grèce (temple d’Éleusis) ou Perse
(Persépolis) dans des temples, des palais ou des bâtiments publics. Elle implique la
construction de très grandes pièces587 et une notion de monumentalité.

i.4 Porches à ante


Les supports intermédiaires peuvent aussi être aménagés de façon à former des
porches à ante ; c’est-à-dire que les prolongements des murs latéraux d’un bâtiment
forment un vestibule ouvert sur l’extérieur, créant un porche à ante en façade. Selon
D. Alm, ce type de construction apparaît au 3ème millénaire en Anatolie à Beycesultan,
en Syrie dans les temples de Tel Chuera588 et au Levant sud, dans les temples de
Megiddo. Cependant, une différence existe entre ces différents bâtiments. En effet, les
temples syriens sont de plan oblong et donc leurs antes se situent sur un des petits côtés.
À l’inverse au Levant sud et notamment à Megiddo, les antes se situent sur un des longs
côtés589. Certains bâtiments de la zone cultuelle de Khirbet ez-Zeraqun (B0.4, B0.5)
comportent également des porches à antes (fig. 2, pl. 163).

Ainsi, le porche à ante est essentiellement intégré dans des temples de tradition
syrienne attestés en Palestine au Bronze ancien III et uniquement dans le nord
(Megiddo, Khirbet ez-Zeraqun).

ii. Les superficies couvertes


Comme il a été vu pour le cas particulier des salles à piliers, la superficie des
pièces couvertes dépend aussi bien de la forme de la pièce, du nombre et de
l’agencement des supports intermédiaires que du savoir technique du constructeur.
Ainsi, la forme des pièces est décisive car une pièce très longue et étroite peut être

586
Lauffray, 2008, p. 377.
587
Encyclopædia Britannica (article salle hypostyle).
588
Castel, 2010, fig. 5, 6.
589
Alm, 1996, p. 195-199.

139
couverte sans support intermédiaire. Les poutres de la toiture reposent simplement sur
les murs longs. Par exemple, la pièce 1202 dans le chantier G de Tel Yarmouth est
longue (7,5 m) et étroite (1,80 m) et ne comporte apparemment aucune base de poteau
(pl. 156).

Les supports deviennent essentiels lorsqu’une pièce mesure plus de 2 m de large.


Les portées maximales ont été observées à Ai et à Tel Yarmouth. Dans le Temple de
l’acropole, elles sont de 3,25 m, avec des murs mesurant entre 1,90 à 2 m d’épaisseur.
Dans le Palais B1, la portée maximale des solives était d’environ 3,50 m. Ainsi à
l’exception des salles hypostyles et malgré la présence des bases de poteaux, la largeur
maximale des pièces reste limitée. Elle dépasse rarement cinq mètres et quand c’est le
cas, ce sont des bâtiments de prestige.

En conclusion, les supports intermédiaires doivent être considérés comme des


éléments de construction au même titre que les murs du gros œuvre. Ils fournissent des
renseignements sur les formes et les volumes des édifices. Ils peuvent prendre plusieurs
aspects. Cependant, il faut noter que très peu de cas de trous de poteaux ont été
répertoriés, est-ce un problème d’identification ou est-ce que ce mode de couverture
disparaît progressivement après avoir été très employé aux périodes antérieures ? Peut-
être les toitures du Bronze ancien sont plus lourdes en raison de l’agrandissement des
pièces et que les poteaux devaient être placés sur des pierres pour éviter de s’enfoncer
dans le sol. Le plus souvent les bases reposent sur des dalles de pierres brutes ou polies.
Enfin, c’est au 3ème millénaire que se mettent en place de nouvelles formules
architecturales qui seront reprises et développées aux 2ème et au 1er millénaires, comme
les salles hypostyles et les porches à antes

'  
À de très rares exceptions près, aucun toit n’a été retrouvé in situ. C’est pour
cela qu’il est nécessaire de se baser sur des indices directs ou indirects afin de retrouver
la composition et la disposition des toitures. Les indices directs proviennent des
éléments de toiture écroulés. Les indices indirects sont plus variés ; ils peuvent provenir
des supports intermédiaires, mais aussi de comparaisons ethnoarchéologiques ou
régionales.

140
4&   &    
La forme la plus simple de toiture est un toit terrasse plat en terre, soutenu par
des poutres en bois. La terre damée est compressée, puis elle est protégée par un enduit.
Selon J.-C. Margueron, la terre du toit ne doit être ni trop peu, ni trop argileuse, pour
qu’elle puisse gonfler quand il pleut. En effet, ce sont les premières pluies souvent peu
abondantes qui vont faire gonfler la terre du toit et ses particules d’argile, la rendant
ainsi imperméable pour les pluies suivantes590. La couche de terre doit avoir une
épaisseur de 0,30 m dans une petite pièce et de 0,40-0,50 m dans une grande pièce. Ce
type de toit, facile à mettre en œuvre présente néanmoins l’inconvénient d’être
particulièrement lourd et d’entraîner la déformation des poutres. En effet, le poids d’une
toiture de 0,40-0,50 m d’épaisseur est d’environ ½ tonne au m2. De plus, des conditions
climatiques trop humides peuvent également fragiliser le toit et même causer son
effondrement591.

Sur certains sites, les archéologues ont décrit la composition des toitures. Ainsi,
au Bronze ancien I, à Sidon-Dakerman, le toit était composé d’un clayonnage recouvert
de terre argileuse dont des mottes ont été retrouvées au sol. Les éléments de toit
portaient des empreintes de végétaux : des tiges de paille (environ 1 mm de diamètre) et
de roseaux (1 à 1,50 cm de diamètre)592. À Bâb edh-Dhrâ’, les toits étaient faits de
branches, de bois, de roseaux et de broussailles, le tout lié avec de l’argile593. À Yaqush,
dans la dernière phase du Bronze ancien I, des traces de poutres carbonisées et
d’éléments tombés du toit ont été assez bien préservés. Ils indiquent que les toits se
composaient de petites poutres en bois recouvertes de petit bois et de brindilles. La
charpente était ensuite recouverte et scellée par des couches successives de terre
tassée594. Au Bronze ancien III dans le Palais B1 de Tel Yarmouth, de nombreux
fragments de terre cuite portant des empreintes de roseaux ou de nattes provenant du toit
ont été trouvés595. À Tell el-Umeiri, la surface de destruction de la pièce 2 contenait en
abondance des charbons et des cendres noires provenant certainement de l’incendie du
toit. Ce dernier était composé d’un alignement de petites poutres en bois recouvertes
d’argile fraîche et de roseaux596.

Lors des analyses pratiquées à l’Institut Weizmann, un échantillon de toiture


provenant du chantier Ja de Tel Yarmouth a été analysé. L’échantillon se présente sous
la forme d’une plaque d’une vingtaine de centimètres d’épaisseur faite de quatre
couches de matériaux de texture et de couleurs différentes. Le sommet de l’échantillon

590
Cours de J.-C. Margueron, EPHE 2008/2009.
591
Wright, 2005, p. 134.
592
Contenson, 1982, p. 80-82.
593
Schaub & Rast, 1984, p. 37-38.
594
Eitan & Esse, 1993, p. 1485.
595
Miroschedji, 1994a, p. 34-35.
596
Harrison, 1997, p. 164.

141
comporte des empreintes en négatif de végétaux. Les trois premiers niveaux sont de
couleur beige/ blanc alors que le niveaux du bas est de couleur rouge.
1. La couche supérieure est très fine et blanche. Elle se compose de chaux.
2. Les deux couches sous la surface sont de couleur beige. Elles se composent
d’argile et de chaux. Les échantillons comportent une grande quantité de chaux
comparée à celle d’argile.
3. La couche de couleur rouge est elle en majorité composée d’argile mais
également de calcite, il n’y a pas de chaux.
L’échantillon est composite avec notamment une couche rouge particulièrement riche
en argile. Le tassage et probablement aussi l’incendie sont responsables de
l’agglomération des différentes couches.

Dans quelques cas, les archéologues proposent de reconstituer un toit à double


pente comme le montre des propositions de restitution des bâtiments à double abside 1
et 2 de Qiryat Ata (fig. 2, pl. 30). De nombreux fragments de terre à bâtir contenant des
empreintes en négatif de fibres végétales, toutes liées dans la même direction, ont été
retrouvés notamment dans le bâtiment 1, niveau III, du chantier A. L’existence de toits à
double pente pourrait également être attestée par les ossuaires du Chalcolithique. Si l’on
prend pour hypothèse que certains représentent des maisons, quelques exemplaires
provenant d’Azor possèdent des toits de ce type (fig. 1, pl. 35)597.

Enfin, l’existence d’un troisième mode de couverture reste très discuté : les
voûtes. Dans la littérature archéologique, les voûtes sont censées n’avoir été inventées
qu’au deuxième millénaire598. Cependant, K. Kenyon pense qu’à Jéricho au PPNA
(période 2) les habitants construisaient des coupoles pour couvrir leur maison ronde.
Cette supposition est basée sur l’observation de la courbure interne des parois des
maisons rondes et la présence de bois dans les murs. Le toit serait une coupole en
clayonnage enduit599. Mais pour O. Aurenche, les informations sont trop incomplètes
pour pouvoir confirmer l’hypothèse des coupoles, d’autant plus que le procédé aurait été
isolé dans le temps et dans l’espace. De plus, en se basant sur les maisons à coupole
moderne, comme celles de Syrie, une coupole n’est pas la toiture exclusive d’une
maison ronde. Elle peut très bien aussi être construite sur une maison rectangulaire600.

Au Chalcolithique, il est fait mention de voûtes en encorbellement dans les


constructions en pierres fouillées par C. Epstein, dans le Golan. Les pièces sont étroites
et les dalles sont posées sur des murs qui présentent un léger encorbellement. Au
Bronze ancien, la même technique semble avoir été utilisée dans les maisons à double

597
Paul & Dever, 1974, fig. 62.
598
Wright, 2005, p. 133.
599
Kenyon, 1957, p. 6.
600
Aurenche, 1981, p. 150-152.

142
abside du Léjà en Syrie du sud (fig. 1, pl. 141). À Khirbet el-Batrawy, elle est même
apparement employée pour couvrir un four semi-circulaire601. De plus, dans toutes les
propositions de reconstitution de la couverture du Bâtiment aux cercles de Beth Yerah,
les archéologues proposent des voûtes. Selon R. Greenberg et I. Paz, les cercles étaient
recouverts de dôme de 7 à 8 m de diamètre602.

Ainsi, il n’y a pas de preuve de l’existence de véritables voûtes au Bronze


ancien. Néanmoins, les voûtes en encorbellement en pierre ou en briques étaient
connues notamment dans les régions riches en pierre.

       


La fonction première du toit est bien évidemment de couvrir une pièce et de la
protéger des éléments extérieurs, cependant le toit possède aussi de nombreux autres
usages. Tout d’abord, le toit terrasse est un espace plat, il a donc servi d’espace de
travail et de couchage, notamment pendant les périodes chaudes. De plus, dans les villes
densément peuplées, l’espace du toit représente un substitut de cour pour les maisons
qui n’en possèdent pas.

Le toit revêt aussi un rôle capital dans la gestion des eaux de pluies. De ce fait, le
toit à double pente permet une évacuation rapide des pluies. Mais dans certaines
régions, les hommes cherchaient peut-être à collecter les eaux de pluies plus qu’à les
évacuer. Ainsi, des études se sont penchées sur la question de l’approvisionnement en
eau à Arad au Bronze ancien (pl. 56). En effet, le site se trouve dans une zone semi-
désertique, la source d’eau la plus proche se trouve à plus de 30 km et il y n’y a pas de
citernes creusées dans le rocher603. L’étude menée par A. Yair et R. Garti démontre, à
partir d’expérimentations et de mesures, le rôle essentiel joué par le toit dans
l’alimentation annuelle en eau des habitants d’Arad. Tout d’abord, les auteurs font
remarquer que collecter l’eau du toit est une pratique étendue sur tout le pourtour de la
Méditerranée et dans les zones arides. En raison des très faibles pertes par infiltration
les surfaces compactes des toits représentent le mode le plus efficace de récolter l’eau et
l’eau récoltée par unité est très importante. De plus, considérant la surface limitée du
toit, les distances d’écoulement sont très réduites, empêchant aussi les pertes par
infiltration ou évaporation. Cet aspect est très important si l’on considère la durée très
courte et le caractère intermittent des pluies dans ces régions604.

601
Nigro, 2007b, p. 353.
602
Greenberg & Paz, conférence au 6ème ICAANE à Rome, 2008.
603
Yair & Garti, 1997, p. 127.
604
Ilan, 2001, p. 326.

143
Afin de mesurer la contribution potentielle de l’eau collectée par les toits, les
auteurs de l’étude ont fait des calculs basés sur une équation proposée pour le site de
Marsa Matrouh situé à l’ouest du désert égyptien et sur le total des pluies qui sont
tombées sur la région d’Arad pendant la période 1986 à 1992. Les résultats montrent
que le total de la production des eaux collectées du toit est cinq fois plus élevé que celui
des eaux collectées sur des surfaces naturelles. Si l’eau collectée sur les toits
représentait la principale source d’alimentation en eau du site de Arad, il est probable
qu’il y avait deux systèmes complémentaires de récolte des pluies. Un système
répondait aux besoins des familles et le second aux besoins collectifs. Les besoins
collectifs étaient satisfaits grâce au grand bassin de récolte des eaux de pluie.

Selon les auteurs de l’étude, les besoins en eau d’une famille pouvaient être
couverts par la seule eau récoltée sur le toit. Un volume annuel de 18 m3 qui suffirait à
couvrir les besoins essentiels d’une famille de six personnes et de leurs bêtes, pourrait
être obtenu n’importe quelle année avec une moyenne de précipitation de 250 mm et
une surface de toiture de 100 m2. Une année moyenne avec 140 mm de précipitation
annuelle, la production d’eau serait de 8 m3, ce qui serait suffisant pour couvrir les
besoins de la famille, mais seulement une partie des besoins en eau des bêtes. Une
année sèche, avec 80 mm de précipitations, ne produirait que 4 m3 d’eau, juste assez
pour couvrir deux tiers des besoins en eau d’une famille.

La récolte des eaux de pluie en vue d’un stockage semble également attestée à
grande échelle dans le Palais B1 de Tel Yarmouth. Ainsi, plusieurs conduits dallés de
pierres et enduits d’argile605 parcourent le sous-sol en transportant l’eau captée au
niveau des courettes à galet jusqu’à l’installation hydraulique (puisard ?) creusée dans la
cour nord-est (fig. 2, pl. 152)606.

En conclusion, toutes sortes de matériaux peuvent constituer la couverture des


construction depuis le chaume pour les toits en bâtière, jusqu’au pisé pour les toits plats.
Les couvertures végétales (chaume, bois, natte, branchage) qui ont dû exister dans le
Proche-Orient ancien, ont laissé peu de traces607. Même si le toit terrasse est le mieux
documenté, le toit en bâtière et les voûtes en encorbellement ont aussi dû exister,
notamment dans certaines régions. Enfin, le toit protège la construction, mais c’est aussi
une zone d’activité et une importante installation de collecte de l’eau de pluie.

605
Miroschedji, 2000b, p. 696.
606
Miroschedji, 2008, p. 1793.
607
Aurenche, 1977, p. 66.

144
    
Dans une construction, une ouverture ne présente pas de problème particulier
sauf si elle crée un point de faiblesse dans la maçonnerie. Afin de s’en prémunir, des
éléments en pierre ou en bois assez résistants et longs devaient être utilisés pour pouvoir
compenser la pression du pan de mur608.

# &   
La porte est une ouverture qui permet d’entrer dans un édifice et de circuler
entre les pièces. Elle se compose d’un seuil, de montants latéraux, d’un linteau et peut
être fermée par un élément d’huisserie, souvent en bois, qui pivote (pl. 33). Dans les
habitations, les seuils sont soit localisés au milieu des murs, soit à une des extrémités.

   


La majorité des murs étudiés ne sont préservés que sur peu d’assises et le seuil
est souvent le seul élément qui atteste de la présence par le passé d’une porte.

Dans les villages ou les villes densément bâtis, il n’y a pas d’orientation
spécifique pour les portes. Elles étaient percées là où c’était possible. Dans les villages
composés de maisons à double abside, il n’y a pas non plus de règle absolue en matière
d’orientation des portes. Elles peuvent être orientées toutes dans la même direction ou
non. Cependant, les constructeurs semblent avoir privilégié les orientations NO/SE et
NE/SO ; les orientations E/O et N/S restent plus rares. Les orientations NO/SE et
NE/SO semblent plus adéquates en milieu méditerranéen, car elles représentent un
compromis entre l’apport de luminosité toute l’année et la limitation de la chaleur en
été. Cependant, à Marajim (fig. 1, pl. 116), situé dans la zone steppique semi-aride, les
constructions sont en majorité orientées nord-sud (46,8 % des cas) et est-ouest (25,31 %
des cas). Les portes ouvrent en général vers l’est (33,8 % des cas), puis vers le nord-est,
le nord et le sud (13 % des cas chacun). Selon les archéologues, le fait que le vent
dominant souffle du sud-ouest explique que les portes soient orientées dans la direction
opposée609. À Shraya, les portes ouvrent également en général vers l’est, à la différence
de Sidon-Dakerman (fig. 1, pl. 142), Afridar (pl. 57), Jebel Mutawwaq et Qiryat Ata où
elles ouvrent vers le NO, le SO ou le sud, sans doute en fonction des vents dominants.

En règle générale, la largeur d’un seuil équivaut à l’épaisseur du mur traversé.


Ainsi, dans le quartier G de Tel Yarmouth, les seuils mesurent entre 0,60 et 0,95 m de
largeur, avec une longueur moyenne d’environ 0,77 m. Dans le grand bâtiment 7102 de

608
Reich, 1992, p. 12.
609
Nicolle, Steimer & Humbert, 2001, p. 81.

145
Tel Erani, les murs externes mesurent 1,80 m de large, comme l’entrée principale du
bâtiment610. De ce fait, il existe une gradation de la largeur des seuils dans les maisons
pluricellulaires. Ainsi, dans la « Maison des Jarres » de Tell el-Fârǥah (fig. 1, pl. 95),
l’entrée dans la pièce principale (pièce 1) est marquée par un seuil pavé d’un mètre de
large, comme les murs périphériques de la maison. Puis, le seuil qui conduit dans la
pièce 2 mesure 0,80 m de large, comme les murs internes. Le Palais B1 de Tel
Yarmouth présente une configuration similaire, mais à plus grande échelle vu que
quarante-trois portes ou passages y ont été dégagés (fig. 5, pl. 34). L’usage de la coudée
détermine la largeur des ouvertures dans la maçonnerie (3 coudées) et du passage de la
porte (2 coudées). Il existe aussi des seuils de taille exceptionnelle, notamment dans la
zone de réception. L’ouverture dans la maçonnerie mesure alors cinq coudées de large
(environ 2,60 m) et le passage trois coudées (environ 1,60 m)611

Plusieurs techniques sont employées pour réaliser les seuils. Ils correspondent en
général à la première assise du mur. Le plus souvent, les constructeurs privilégient
l’usage de la pierre, même dans les architectures entièrement en terre. Ainsi, à Tel Lod,
le seuil semble être le seul élément architectural réalisé en pierre612. Dans les maisons à
double abside, les seuils peuvent être constitués de l’assise inférieure du mur, comme à
En Esur (maison 2020)613 ou à Qiryat Ata, (W5503)614. Dans le quartier G de Tel
Yarmouth, tous les seuils sont dallés de pierres. Certains comportent encore des traces
de bois et d’enduit. Une technique plus rare a aussi été observée, ainsi quelques seuils
sont constitués du sommet d’un mur plus ancien. Dans le Palais B1, les seuils ont été
aménagés avec beaucoup de soin. Ils peuvent être situés au niveau du sol et formés de
grandes dalles ou être surélevés et constitués soit de pierres plates plus ou moins
grandes, soit d’un lit de galets bordés de rondins de bois d’une vingtaine de centimètres
de diamètre, dont l’empreinte est préservée615. Quelques seuils peuvent être en terre
battue comme à Arad616 et ou en briques comme à Beth Yerah (fig. 1, pl. 76). Ainsi, à
Jéricho, l’entrée d’une maison Bronze ancien III est composée d’un seuil surélevé fait
d'une grande brique (0,40 x 0,60 x 0,14 m)617.

La majorité des seuils ont été retrouvés associés à des crapaudines en pierre
(pl. 34). Dans quelques cas comme à Jebel Mutawwaq, elles sont incluses dans le seuil,
indiquant la présence de portes solides, plutôt que celle de simples rideaux. Dans la
maison 20 de Jebel Mutawwaq, le seuil en pierre est préservé in situ. Il se compose

610
Kempinski, 1992a, p. 75.
611
Miroschedji, 2003, p. 160*.
612
Lass, 2006, p. 51.
613
Yannai, 2006, p. 34-42.
614
Golani, 1996, p. 33 ; 2003, p. 67-70.
615
Miroschedji, 1993a, p. 839.
616
Ilan, 2001, p. 326.
617
Marchetti & Nigro, 2000, p. 22.

146
d’une dalle de 0,17 x 0,22 x 0,08 m, comprenant un trou de 0,06 m de diamètre618. Mais
dans la plupart des cas c’est un élément en pierre indépendant implanté à l’intérieur des
pièces, près du seuil. Les crapaudines sont utilisées dès le Bronze ancien I, comme à
Horvat Illin Tahtit619, Tel Halif. À Tel Teo, dans la maison ovale 542, une crapaudine
est enterrée dans le sol de la pièce, à droite, dans l’entrée620. L’entrée dans le bâtiment
7102 de Tel Erani, fermait aussi avec une crapaudine retrouvée in situ621. À Yaqush, les
crapaudines sont en basalte622. Des exemplaires ont aussi été utilisés au Bronze ancien II
et III. Dans la « Maison des Jarres », de Tell el-Fârǥah, l’entrée dans la pièce principale
(pièce 1) est marquée par un seuil pavé et une crapaudine en pierre. À Tel Yarmouth, il
y en a quelques unes dans le quartier domestique G, mais aucune n’a été retrouvée dans
le Palais B1. P. de Miroschedji reconstitue alors un système de fermeture analogue à
celui identifié dans le palais royal d’Ugarit au Bronze récent II, où le vantail pivotait
dans un cadre de bois installé dans la baie. En effet, dans le Palais B1, plusieurs portes
possédaient un seuil bordé d’une planche ou d’un rondin de bois qui a pu servir aussi de
base pour le pivotement du gond623.

De nombreux seuils sont surélevés ou associés à des marches. Ces dispositifs


sont mis en place pour compenser les différences de niveau fréquentes qui existaient
entre le niveau des sols habités et celui des rues et des cours. Ces différences résultaient
soit du creusement volontaire du sol des maisons, soit de l’augmentation progressive du
niveau de la rue. Les marches permettent donc d’atteindre le niveau des pièces et les
seuils surélevés empêchent les eaux de ruissellement d’entrer. Par exemple, dans la
maison L 1888 de Beth Shean (Bronze ancien I), le seuil est surélevé par rapport au
niveau des sols extérieurs et intérieurs624. Le « Bâtiment Blanc » de Tel Yarmouth
possède deux entrées dans le mur sud (pl. 155). La porte principale devait mesurer
1,25 m de large. Son seuil est chaulé, il se situe à 0,45 m au-dessus du niveau du sol. Il
est suivi d’une marche étroite formée d’une dalle disparue posée sur des petites pierres
de calage. Le même type de dispositif a été utilisé pour la deuxième porte qui mesure
0,60 m de large625. À Tell es-Sakan, dans le chantier C (Bronze ancien III), une seule
porte ayant été identifiée, il est probable que les seuils étaient situés très au-dessus des
sols et qu’ils donnaient sur des marches en matière périssable (fig. 1, pl. 140)626.

Enfin, il y a des cas où aucun seuil n’a été identifié. Cette absence peut résulter
d’un bouchage volontaire ou accidentel. La différence entre ces deux situations se

618
Fernandez-Tresguerres Velasco, 2005, p. 368.
619
Braun, 2008a, p. 1789.
620
Eisenberg & al., 2001, p. 39-46.
621
Kempinski, 1992a, p. 75.
622
Eitan & Esse, 1993, p. 1485.
623
Miroschedji, 2003, p. 160*.
624
Braun, 2004, p. 16-17.
625
Miroschedji, 1988a, p. 35-43.
626
Miroschedji, 2000a, p. 31.

147
remarque par l’assemblage des pierres. Soit elles sont disposées soigneusement, souvent
en arrête de poisson, soit elles sont effondrées sans organisation. La condamnation
volontaire d’une porte résulte soit de réaménagements de la circulation, soit surtout pour
les pièces de stockage, d’une fermeture avant abandon temporaire de l’habitation. Ainsi,
certaines pièces du quartier G de Tel Yarmouth sont apparues comme complètement
scellées, sans plus aucun accès (pl. 156). La pièce 766, une des pièces les plus riches en
céramique de tout l’îlot, voit ainsi ses deux entrées bouchées. De la même façon, la
pièce 745 a été retrouvée entièrement bouchée, tout en étant remplie de céramiques de
stockage. Est-ce un moyen de protéger ses biens lors d’un départ volontaire ? En effet,
le quartier G n’a pas brûlé, il a simplement été abandonné. De nombreuses portes
bouchées ont aussi été trouvées dans le Palais B1627.

L’absence de seuil peut aussi indiquer que le niveau dégagé appartenait aux
fondations, ou que l’accès aux pièces se faisait par le toit. Ainsi, à Tel Qashish, dans les
maisons du niveau XIIA, la plupart des pièces ne comportent pas d’entrée alors que les
murs sont conservés sur une hauteur relativement importante (5-6 assises de pierres)
(fig. 3, pl. 132). Les murs mesurent en moyenne 0,60 m de large, ils sont donc trop fins
pour avoir supporté un second étage, les archéologues proposent de reconstituer un
accès par le toit ou au moyen d’une échelle628. J.-P. Thalmann reconstitue aussi des
seuils associés à des échelles sur le site de Tell Arqa. En effet, les murs des maisons
s’élèvent à de 1 m à 1,50 m sans seuil629.

        


Les principaux exemples de montants et de linteaux en pierre proviennent des
régions riches en pierres comme la Transjordanie. En effet, les sites de cette zone
conservent d’imposants montants monolithiques. À Marajim, les blocs peuvent atteindre
1,20 m de hauteur630 et à Jebel Mutawwaq, ils mesurent aussi en général plus d’un
mètre de hauteur (entre 1,10 et 1,40 m), pour une largeur de 0,75 m. Ils sont conçus
avec des pierres plus ou moins régulières de forme cubique ou prismatique (fig. 3,
pl. 126, fig. 1, pl. 127). Aucun linteau n’a été préservé en place, mais des blocs de forme
prismatique tombés près des jambages possèdent des dimensions qui couvrent
exactement la largeur d’une entrée. Certains ont une épaisseur supérieure à 0,20 m631.

Des montants monolithiques marquaient également les portes des bâtiments


d’Hartuv. L’entrée dans la pièce 134 comportait deux jambages faits de monolithes de
section rectangulaire, finement travaillés (fig. 4, pl. 102). Ces derniers mesurent près de
627
Communication personnelle de P. de Miroschedji.
628
Ben-Tor, Bonfil & Zuckerman, 2003, p. 67.
629
Thalmann, 2006, p. 848.
630
Nicolle, Steimer & Humbert, 2001, p. 82.
631
Fernandez-Tresguerres Velasco, 2005, tabl. 1, p. 368.

148
deux mètres de haut. Pour des raisons de stabilité, leurs fondations se trouvent 0,40-
0,70 m plus bas que celles des murs adjacents ; ainsi les pierres ont été disposées en
premier, puis les murs (murs 130, 138) ont été rattachés. La section du jambage sud
mesure 0,85 x 0,52 m. La section du jambage nord mesure 0,85 x 0,45 m. Les angles
sont taillés à angle droit et leurs faces sont aplanies632.

Les montants et les linteaux pouvaient aussi être en matériaux périssables (bois,
terre). Ainsi, dans le Palais B1 de Tel Yarmouth, la plupart des seuils devaient avoir un
jambage entièrement en briques crues, dont la base mesurait une demie coudée, soit
environ 0,26 m de large (fig. 4, pl. 154). P. de Miroschedji mentionne également qu’une
des portes (loci 1638/1637) avait un encadrement souligné par une feuillure633 ménagée
dans l’enduit634.

Au niveau du linteau, le pivot pouvait tourner dans une contre-crapaudine, mais


il est plus probable que le sommet du pivot de la porte était calé dans un trou pratiqué
dans une planche du linteau (pl. 33). Le battant devait être également en bois. À Arad,
dans quelques cas, à droite de l’entrée se trouvait une pierre d’environ 0,20 m de haut
insérée dans le sol à 0,10-0,15 m du mur. Une situation semblable a été reconnue à
Tell el-Fârǥah635. Selon R. Amiran, c’est une pierre de calage qui permettait de
maintenir en place une poutre qui fermait la porte de l’intérieur636.

'5?  @      %


Encore de nos jours au Proche-Orient, la maison est un lieu de repos plus qu’un
lieu de travail. Elle sert d’abri lors des grandes chaleurs et les habitants ont plutôt
cherché à y faire régner la fraîcheur que la lumière, synonyme d’élévation de la
température637. Il ne faut donc pas s’étonner s’il n’y a pratiquement pas de preuves de
l’existence de fenêtres dans les bâtiments du Bronze ancien.

Néanmoins, sur la base de quelques indications éparses, il semble possible qu’il


y ait eu quelques ouvertures dans les bâtiments publics, plutôt que dans les maisons.
Cependant, comme seules les parties basses des bâtiments ont été préservées, le débat
reste fondé avant tout sur des comparaisons régionales, ethnoarchéologiques et sur la
représentativité éventuelle des maquettes architecturales. En effet, d’un côté, les
maquettes d’Arad638 (Bronze Ancien) (fig. 1, 2, pl. 56) et de Tell el-Fârǥah639 (Âge du
632
Mazar & Miroschedji, 1996, p. 9-10, fig. 7A.
633
La feuillure est un décrochement à angle droit dans l’encadrement d’une porte. Elle est destinée à
recevoir le vantail (Aurenche, 1977, p. 86).
634
Archives de la mission de Tel Yarmouth.
635
Communication personnelle de P. de Miroschedji.
636
Amiran & Ilan, 1996, p. 146, pl. 42.
637
Jequier, 1924, p. 9.
638
Amiran, 1978, pl. 66, 115.

149
Fer) n’ont pas de fenêtres, mais d’un autre côté les ossuaires chalcolithiques et la
maquette de Beth Shean comportent des ouvertures interprétées comme des imitations
de fenêtres dans des bâtiments contemporains640. De plus, la maquette égyptienne
d’époque Prédynastique de el-Amra, comporte à l’arrière du bâtiment deux petites
ouvertures (fig. 2, pl. 35)641. Or une bouche d’aération, apparemment de même type, est
conservée dans la partie basse d’un des grands murs du bâtiment 7102 de Tel Erani
(phase VI de Ciasca)642. De même dans les exemples ethnologiques, les bâtiments n’ont
pas de fenêtre, mais des bouches d’aération et d’une manière générale les ouvertures
restent rares. Ainsi il est probable que les bâtiments du Bronze ancien aient rarement été
dotés de fenêtres. Les ouvertures supplémentaires ne devaient être conçues que lorsque
l’entrée ne fournissait pas assez d’air et de lumière643. C’étaient alors de simples
ouvertures étroites. Ainsi le peu d’informations collectées semblent indiquer que les
fenêtres devaient être rares et que la lumière était surtout dispensée par les portes644 et
des puits de lumière.

Cette quasi absence d’ouverture pose par conséquent le problème de l’éclairage


dans les constructions anciennes, notamment en zone urbaine où les maisons sont
mitoyennes sur un, deux ou trois côtés avec d’autres habitations. De plus, la pièce
principale étant couverte, elle ne pouvait pas servir à éclairer les pièces annexes. Les
solutions d’éclairage des pièces dépendent donc de la façon dont chaque construction
s’inscrit dans le contexte architectural et de son emplacement dans la maison645.
Lorsqu’elles bénéficient d’un éclairage direct, certaines pièces deviennent propices à
certaines activités comme la cuisine, les activités artisanales. Cependant, de nombreuses
pièces contiguës à d’autres maisons n’avaient pas d’éclairage direct. Certaines, placées
au deuxième ou au troisième jour, devaient être très sombres et impropres à toute
activité. Elles devaient servir de réserves ou de rangement.

Il est également probable que certaines constructions, notamment celles à usage


non-domestique n’aient pas possédé d’ouverture au niveau du rez-de-chaussée. De ce
fait, dans les palais actuels du Proche-Orient décrits par O. Aurenche, les ouvertures,
dans les constructions en terre, n’apparaissent pas avant le niveau du premier ou parfois
du second étage. Plusieurs raisons expliquent cette situation : la volonté de ne pas
affaiblir outre mesure la base d’une construction qui se développe en hauteur, des
nécessités de sécurité et des contraintes d’ordre climatique. Comme les pièces du rez-
de-chaussée sont des zones de stockage, l’absence d’ouverture permet de limiter les

639
Vaux, 1955, pl. XIII.
640
Miroschedji, 2001a, avec toutes les références bibliographiques complètes des maquettes.
641
Midant-Reynes, 2000, p. 203.
642
Ciasca, 1962, p. 32-35.
643
Reich, 1992, p. 13.
644
Aurenche, 1977, p. 77.
645
Foucault-Forest, 1997, p. 158.

150
variations de température entre le jour et la nuit et entre les saisons : c’est un contrôle
thermique et hygrométrique naturel. L’étage construit par-dessus joue un rôle
supplémentaire de volant thermique646. Ainsi, il est possible d’imaginer qu’un bâtiment
comme le palais de Tel Yarmouth ne possédait pas de fenêtres au rez-de-chaussée.

À défaut de lumière du jour, les habitants utilisaient des lampes à huile pour
s’éclairer. Ce sont le plus souvent des petits bols réutilisés qui comportent se trouvent
encore des traces de suie. Ainsi, au centre de la pièce B de Tell es-Sa’idiyeh, se trouve
une installation quadrangulaire, en brique, sur laquelle reposent deux lampes à huile à
quatre becs647. Les premières véritables lampes à huile avec des pincements du bord
pour pouvoir poser les mèches n’apparaissent qu’au Bronze ancien III. De plus,
A. Salavert, dans son étude archéobotanique de Tel Yarmouth, met en évidence que la
grande quantité de restes d’oliviers présents dans les couches archéologiques permet de
voir l’utilisation importante de l’huile d’olive pour l’éclairage648.

   %   


Une fois que l’enveloppe extérieure de l’ouvrage était achevée, les constructeurs
aménageaient l’intérieur en commençant par les sols, puis en construisant ou en
aménageant toutes sortes d’installations servant à la circulation, au stockage, au
rangement ou à la préparation des aliments. Les installations construites en pierre et en
terre constituent une de nos principales sources d’indications sur l’aménagement des
maisons.

#   
Après la réalisation du gros œuvre, celle des sols fait partie des finitions
indispensables avant l’emménagement. En régle générale, le sol est installé sur un
remblai qui atteint au minimum la hauteur de la première assise des murs649. Le plus
fréquemment, les sols des espaces ouverts, couverts et des rues se composent juste de
terre battue650. Cependant durant leur utilisation les sols ont pu être recouverts de paille
ou de nattes, même s’il est très rare d’en retrouver la trace comme c’est le cas à
Jéricho651. Il existe quelques attestations de l’existence d’autres types de revêtement
plus rares type galets652, coquillages, dalles653 ou couches de chaux654 (pl. 36).
646
Aurenche, 1985, p. 348-349.
647
Tubb, 1988, p. 50-55, fig. 27.
648
Salavert, 2007.
649
Communication personnelle de P. de Miroschedji.
650
Reich, 1992, p. 15.
651
Kenyon, 1981, pl. 41 : a.
652
Loud, 1948, fig. 50-52.
653
Yadin & al., 1989, pl. XX : 1, CXI, CXII ; Loud, 1948, fig. 154.

151
           
La terre est un matériau abondant qui peut être aisément compressé pour
atteindre deux fois sa densité naturelle. Elle constitue un sol très pratique, résistant,
facile à nettoyer qui ne se déforme et ne s’effrite pas, mais qui est vulnérable à l’eau655.
À Tel Yarmouth, à la fois les sols des grandes cours du Palais B1 et la grande majorité
des sols du quartier domestique G sont en terre battue. Ils sont entretenus et pour preuve
de l’occupation relativement longue de certaines pièces plusieurs niveaux de sols se
superposent, jusqu’à trois surfaces distinctes.

Les sols en terre peuvent être associés à des pierres, soit sous forme de radier
pour lutter contre les remontées d’humidité comme à Qiryat Ata (niveau I)656 ; soit sous
forme d’adjonctions ponctuelles type cailloux ou galets, comme à En Shadud, au niveau
II (Bronze ancien I). À Arad, la terre battue est associée, dans certaines maisons, à des
galets et le tout est recouvert d’un enduit. À Jebel Mutawwaq quand le rocher était
irrégulier, il était rempli avec de petites pierres et recouvert par un enduit gris-rouge de
chaux de mauvaise qualité qui malgré une certaine résistance se fissurait facilement657.

Les sols de terre battue pouvaient aussi être recouverts d’un enduit de chaux sur
toute la surface de la pièce ou plus ponctuellement comme à Tel Lod. À Tell es-
Sa’idiyeh, les sols sont recouverts d’un enduit de chaux blanche de 2-3 cm d’épaisseur.
À l’intérieur du Palais B1, la plupart des sols des pièces couvertes sont chaulés658.
Quand à la fois les murs et les sols sont chaulés, les constructeurs employaient des
techniques spécifiques pour assurer la jonction de l’enduit entre les deux. Ainsi, dans le
temple 4050 de Megiddo (niveau J-3), une rangée de pierres était posée sous le sol
chaulé, le long du bord du mur au niveau de la fondation. Elle servait à supporter le
bord du sol au niveau de sa connexion avec le mur659. Des techniques comparables ont
été décrites à Tell es-Sa’idiyeh et à Tel Lod.

Lors des analyses effectuées à l’Institut Weizmann, un échantillon de sol


provenant d’une installation du Palais B1 a été analysé (n° 17 222). L’échantillon de sol
de l’installation 1633 a été prélevé directement sur le terrain où l’enduit recouvre une
surface de grandes dalles. Il a été cassé longitudinalement en laboratoire pour analyser
les couches qui n’ont pas été en contact avec l’air. Vu en coupe, l’échantillon se
compose de cinq couches nettement différenciées. Du haut vers le bas, on observe tout
d’abord une couche supérieure très fine de couleur marron qui se compose de calcite et
d’argile. De toutes les couches composant l’enduit, elle est la plus riche en argile, d’où
654
Yadin & al., 1989, pl. LV : 1-3
655
Wright, 2005, p. 134.
656
Kempinski & Niemeier, 1991, fig. 3, 4.
657
Fernandez-Tresguerres Velasco, 2005, p. 365.
658
Miroschedji, 2003.
659
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 42.

152
sa couleur marron. Sous la couche de surface se trouvent quatre couches de couleur
blanchâtre et d’épaisseurs différentes. Chimiquement, leur composition est
pratiquement analogue. Elles ne se composent pratiquement que de calcite transformée
avec quelques éléments d’argile. L’argile étant très volatile, elle a pu se mélanger à la
calcite lors de sa préparation. Le tout a été chauffé à plus de 800° C.

L’échantillon est composé de calcite chauffée à haute température, c’est donc de


la chaux pratiquement pure sans aucun additif. Le sommet de l’enduit de chaux est
recouvert d’une fine couche d’enduit d’argile. Des expériences menées à l’Institut
Weizmann ont montré que de la chaux peut être préparée dans un simple foyer
ouvert660. Elle ne nécessite pas forcément la construction d’un véritable four à chaux.
Cela explique peut-être le fait qu’aucun four à chaux n’ait été identifié sur le site de Tel
Yarmouth et dans aucun autre site du Bronze ancien, malgré son usage très répandu.

   &  
Au Bronze ancien I, les maisons à double abside comportent des sols dallés et
des sols empierrés c’est-à-dire avec des ensembles de pierres de la taille d’un poing,
éparpillées uniformément et proches les unes des autres661. À Tel Teo, le sol est en terre
battue et les deux extrémités curvilignes sont pavées avec des grandes dalles662. Les
cours des temples des niveaux J-2 et J-3 de Megiddo sont pavées et certaines dalles sont
gravées (fig. 2, pl. 118)663.

Les sols peuvent aussi être partiellement ou entièrement pavés de galets. À Tel
Lod, les sols chaulés du niveau IVa sont à certains endroits recouverts de petits
galets664. Dans le sud de la pièce 1 de Tell el-Umeiri une surface est pavée de galets.
Cette pièce étant interprétée comme une étable, la surface pavée faciliterait l’entretien
du sol665. Ainsi, l’usage des galets au Bronze ancien II et III reste toujours ponctuel
comme à Tel Erani666.

Au Bronze ancien III, certaines cours des bâtiments non domestiques sont
pavées de galets, comme celle du Bâtiment aux cercles de Beth Yerah667 et les cours du
Palais 3177 de Megiddo. Les galets mesurent rarement plus de 8 cm et sont enchâssés
dans un enduit blanc (fig. 3, pl. 123). À Megiddo, il y en a notamment dans les pièces 6,

660
Communication personnelle de L. Regev.
661
Kempinski & Niemeier, 1991, fig. 3, 4.
662
Eisenberg & al., 2001, p. 39-46.
663
Aharoni, 1993, p. 1005 ; Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 50-53.
664
van den Brink, 2002, p. 287-288.
665
Harrison, 1997, fig. 5.12a, 5.12b.
666
Kempinski & Gilead, 1991, p. 175.
667
Mazar, 2001, p. 449.

153
9 et le passage 2668. À Tel Yarmouth, les sols des courettes intérieurs des Palais B1 et
B2 sont entièrement pavés de galets calés dans un mortier de chaux. Les galets sont
calibrés. Dans le Palais B1, ils mesurent en moyenne 5 à 6 cm de long669. Ces pavages
de galets reposent sur un radier de pierre qui recouvre un petit remblai de terre.

Les sols peuvent aussi être pavés de matériaux plus insolites comme des briques
ou des tessons. Ainsi, le sol d’une pièce recouverte de grains calcinés de Khirbet el-
Mahruq était pavé de briques (fig. 4, pl. 114)670. À Aphek, au Bronze ancien II, le sol de
la pièce 495 (fig. 2, pl. 50) est constitué d’une couche de fragments de briques brûlées et
de petits galets de rivière (5-10 cm de diamètre) recouverte d’un enduit de chaux671. Les
sols de tessons sont également rares. Des exemples proviennent de Jéricho672, de
Bâb edh-Dhrâ’ (locus 22, XII.7)673, de Beth Shean (maison L 1887/1888, BA I) ou Tel
Lod (BA I)674. Le sol du Bâtiment aux cercles de Beth Yerah est réparé ponctuellement
avec des tessons de céramiques Khirbet Kerak675. Dans tous ces cas, le pavage de
tessons est toujours ponctuel, c’est peut-être un matériau utilisé seulement pour réparer
ou pour renforcer des zones précises.

En conclusion, plusieurs types de sols peuvent être employés dans une même
construction comme à Qiryat ‘Ata ou à Tel Erani, avec un mélange de sols en terre
battue, de dallages, de sols de galets et de sols chaulés. Ces différences de traitement
entre les pièces d’une même construction peuvent résulter des usages des pièces. Ainsi,
le sol des maisons ovales est souvent en terre battue, avec des zones pavées ou
chaulées : sans doute des zones d’activités. D’après les études ethnoarchéologiques
menées par C. Kramer en Iran, les types de sols sont en lien avec la destination de la
pièce. Ainsi, le sol de la pièce principale est bien aplani et parfois recouvert d’un enduit
ou passé à la chaux. Le sol des pièces de stockage est recouvert d’un enduit plus
grossier, fait d’un mélange de plâtre, d’argile et de paille. Le sol des étables n’est pas
travaillé, il est fait d’un mélange de déjections animales et de paille. De plus, la tradition
villageoise veut que les sols de la cuisine et de la pièce principale soient refaits tous les
ans. Cependant, les familles sans champs n’ont pas la possibilité de le faire aussi
souvent, car elles n’ont pas ou trop peu de paille nécessaire à la rénovation des sols.
Ainsi, la fréquence et la qualité des rénovations des sols reflètent dans une certaine
mesure les statuts économiques des habitants676.

668
Aharoni, 1993, p. 1005.
669
Miroschedji, 1993a, p. 839.
670
Eisenberg, 1993b, p. 931.
671
Kochavi, 2000, p. 134-139, fig. 9.66 : 1-6.
672
Garstang, 1936, pl. XLIX, fig. a.
673
Rast & Schaub, 2003a, p. 109-115.
674
Braun, 2004, p. 16-17.
675
Greenberg & Paz, conférence au 6ème ICAANE à Rome, 2008.
676
Kramer, 1979, p. 139-163.

154
'0  @     % 
        
Selon R. Reich, le besoin de marches est aussi ancien que celui de bâtiments et
des marches devaient déjà être aménagées contre les murs de terrasses pour passer d’un
niveau à l’autre677. Ainsi, de nombreuses marches ont été aménagées dans les
constructions du Bronze ancien. Elles peuvent être en pierre, en pisé ou en briques. Les
marches en pierre sont très courantes, il y en a notamment sur le flanc des autels
circulaires retrouvés à Megiddo678 et Khirbet ez-Zeraqun679. Des marches en pierre
marquent l’entrée du Bâtiment aux cercles de Beth Yerah (fig. 2, pl. 37), comme celle
du Palais B1 de Tel Yarmouth (fig. 3, pl. 152). Sur ce site il y en a aussi entre certains
espaces du palais ainsi que dans de nombreuses maisons. Dans la pièce 1202 du quartier
G de Tel Yarmouth, il semble qu’un lien peut être fait entre l’absence de seuil et la
présence de marches. Seules les deux pièces 1202 et 716 semblent comporter des
marches. Elles se composent d’un assemblage de pierres plates appuyées contre un mur
et de qualité médiocre. Dans la pièce 1202, les marches ont un dénivelé de 0,26 m et
dans la pièce 716 de 0,32 m. Le même type de dispositif a été retrouvé en association
avec les deux seuils du « Bâtiment Blanc » dans le chantier C et dans le chantier H680.
Ainsi, si ces assemblages de pierres sont des marches, il faut envisager qu’il y avait un
seuil et des montants de portes entièrement aménagés dans la maçonnerie en brique des
murs. Il est aussi possible d’envisager que certaines pièces étaient accessibles par le toit.
À Tel Qashish, au niveau XI (BA III), le sol des maisons se situait sous le niveau de la
rue et une à trois marches permettaient d’entrer dans les maisons (fig. 4, pl. 132)681. De
même dans les maisons ovales de Tel Teo, l’entrée du bâtiment 525 est marquée par un
seuil et une marche donne accès au sol situé en contrebas. Dans le bâtiment 542, une
marche plate était enterrée dans le sol de la cour devant le seuil, le sol de la maison se
situant 0,15 m sous la surface de la cour (fig. 2, pl. 146)682.

Les marches en terre sont rares. À Tell es-Sa’idiyeh, l’accès à la pièce B se fait
au moyen de trois marches reposant sur une fondation de tessons (fig. 3, pl. 37).
Cependant, la plupart des marches en terre sont faites avec des briques. Ainsi, toujours à
Tell es-Sa’idiyeh, cinq marches en briques conduisent à une plate-forme683. Dans le
bâtiment A de Bâb edh-Dhrâ’, lors de la seconde phase d’occupation, la partie nord du
bâtiment est surélevée et un escalier de briques est construit pour passer d’un espace à
l’autre. Il se compose de trois rangées de briques orientées est-ouest. Il s’étend sur toute

677
Reich, 1992, p. 14.
678
Aharoni, 1993, p. 1006.
679
Genz, 2002, p. 95.
680
Miroschedji, 1988a, pl. VI : 5.
681
Ben-Tor, Bonfil & Zuckerman, 2003, p. 72-77.
682
Eisenberg & al., 2001, p. 39-46.
683
Tubb, 1988, p. 50-55, fig. 27.

155
la largeur du bâtiment. Les trois marches sont dissymétriques. La rangée la plus au sud
(locus 10) se compose d’une seule rangée de briques alors que la rangée juste au dessus
se compose de trois assises, mais seules deux assises se situent au-dessus du niveau de
la première marche. La troisième marche (locus 12) se compose de deux assises de
briques plus larges684.

La question des escaliers est plus problématique. Leur existence en Palestine est
déjà connue de longue date, comme l’atteste l’escalier retrouvé dans la tour néolithique
de Jéricho685. Mais il semblerait que peu d’exemplaires aient été identifiés au Bronze
ancien et les mieux documentés restent les escaliers monumentaux construits à ciel
ouvert dans les rues. Ainsi, à Dothan, près des fortifications (W445) un escalier
monumental a été partiellement dégagé (fig. 1, pl. 37). Il se compose de 17 marches de
0,30 m de large et 0,14 m de profondeur moyenne. Le sommet de l’escalier mesure
4,5 m de large et il s’élargit à 6 m à sa base. Il semble conduire à une allée dallée de
1,80 m de large, encore visible en coupe et associée à une rampe de 1,30 m de
hauteur686. Cet escalier semble être une des entrées dans la ville au Bronze ancien II ou
III. Un escalier monumental a également été dégagé à Megiddo, au niveau XV (3160)
(fig. 1, pl. 121). Cette construction comprend deux volées de marches. Les fouilleurs
pensent que cet escalier servait pendant les festivités et les rituels et qu’il conduisait
vers l’enceinte sacrée des temples et l’autel circulaire687. Des escaliers monumentaux
ont également été retrouvés à Hébron et à Tell el-Fârǥah où un escalier mène au sommet
du rempart B688.

    " %


La question de l’étage dans les édifices reste problématique, car si un escalier est
construit à l’extérieur d’un bâtiment, il va mener simplement à un toit plat et dans ce
cas, il est plus facile d’utiliser une échelle en bois amovible que de construire un
escalier en briques qui va souffrir des intempéries689. Donc si les constructeurs
prévoient un escalier dans un bâtiment, c’est plus sûrement pour mener à un étage. En
effet selon J.-C. Margueron, on ne construit pas une cage d’escalier dans un bâtiment
simplement pour accéder au toit. C’est un non-sens architectural, car cette configuration
permettrait à l’eau de pluie de rentrer directement dans la maison lors de l’ouverture de
la trappe690. De ce fait, s’il n’y a pas d’étage, l’accès au toit se fait de dehors, avec une

684
Rast & Schaub, 2003a, p. 328-334.
685
Kenyon, 1981, pl. 9-11, 244.
686
Master, Monson & al., 2005, p. 32-34.
687
Loud, 1948, p. 73-76.
688
Vaux, 1962, p. 228.
689
Aurenche, 1977, p. 83.
690
J.-C. Margueron, cours à l’EPHE 2008/2009.

156
échelle en bois, et s’il y a une cage d’escalier, c’est qu’elle mène invariablement à un
étage.

La question des escaliers est donc liée à celle de l’existence d’un étage. Jusqu’à
présent seuls les archéologues travaillant à Khirbet el-Batrawy ont affirmé avec
certitude avoir trouvé un escalier dans un bâtiment daté du Bronze ancien IIIB691.
Cependant, comme son plan n’a encore été publié, il est difficile de vérifier cette
affirmation. Autrement, les indices pouvant indiquer la présence d’un étage sont
indirects. Ainsi dans le Palais B1 de Tel Yarmouth, P. de Miroschedji pense avoir
identifié des bases d’escaliers là où se trouvent d’importantes masses de maçonnerie qui
forment des buttes dans les loci 1585 (carrés R 30) et 2015 (carrés T 36-38) (pl. 151)692.
De ce fait, une partie du palais aurait été surmontée d’un étage. Une autre zone serait
susceptible d’avoir un étage les carrés Q-T 24-27. À cet endroit, les murs de pierre
atteignent jusqu’à trois mètres de hauteur et le remplissage des pièces indique qu’elles
avaient une superstructure en brique693.

L’analyse des plans peut également permettre d’identifier des pièces qui ont pu
servir de cage d’escalier. Typique de l’architecture syro-mésopotamienne, ce type de
pièce se caractérise par un plan long et étroit. Malheureusement, aucun cas n’a été
identifié avec certitude dans les constructions palestiniennes. Seul dans le Palais 3177
de Megiddo, quelques marches ont été identifiées dans le couloir n° 2 et la pièce n° 14
longue et étroite, semble avoir la configuration adéquate (pl. 122).

La présence d’escaliers et donc d’un étage peut être indiquée par la présence de
plusieurs couches de poteries superposées, l’épaisseur importante des murs ou la
présence de beaucoup de débris dans une zone. Par exemple à Khirbet el-Mahruq, deux
niveaux de sols ont été retrouvés superposés, ils étaient séparés par une couche de
briques et sur chacun des niveaux se trouvaient des assemblages de céramiques
contemporaines694. À Horvat Illin Tahtit à la fin du Bronze ancien I (niv. III), des
indices provenant du remplissage et de la stratigraphie indiquent que certaines
constructions possédaient un second étage695. De la même façon, selon A. Mazar, la
présence de nombreuses bases de poteaux dans le bâtiment M3 de Beth Shean pourrait
indiquer la présence d’un étage. D’autant que le sol de la pièce était recouvert d’une
couche de destruction d’1,20 m d’épaisseur et que cette même couche était beaucoup
plus fine dans les pièces adjacentes696. Cependant, les couches de tessons peuvent aussi

691
Nigro, 2007b, p. 353.
692
Miroschedji, 2003, p. 161*.
693
Miroschedji, 1993a, p. 838.
694
Eisenberg, 1993b, p. 931.
695
Braun, 2008a, p. 1790.
696
Mazar & Rotem, 2009, p. 133-135.

157
provenir d’un toit-terrasse qui aurait servi de zone d’entrepôt et pas forcément d’un
étage.

Enfin, D. Alm émet l’hypothèse que la présence de supports intermédiaires dans


des espaces ou des passages qui normalement ne nécessitaient pas la mise en place de
points d’appui supplémentaires constituerait un indice de l’existence d’un étage697.
C’est le cas notamment dans le Temple de l’acropole de Ai qui comporte des murs dont
l’épaisseur se situe entre 0,80 et 1,30 m et dont le corridor arrière comporte des bases de
pilier. Cette configuration architecturale rend possible la présence d’un étage698.

Ainsi, la présence d’un étage dans l’architecture du Bronze ancien reste encore
difficile à démontrer. Il semblerait qu’il y avait essentiellement des petites marches qui
permettaient de rentrer dans l’intérieur des pièces. En effet, le sol des maisons est
souvent enterré et le niveau de la rue devait monter progressivement en raison d’un
important taux de sédimentation. Les marches étaient alors nécessaires pour pouvoir
accéder aux pièces couvertes. Enfin, il ne faut pas oublier toutes les activités qui se
déroulaient sur les toits plats (couchage, artisanat, séchage) qui peuvent être considérées
comme de véritables étages.

+ !  @     @ &  A*         


&&4   
!       
Les termes de banc ou de banquette sont synonymes. Ils désignent des
constructions allongées placées contre un mur. Les deux sont la traduction du mot
anglais bench, employé à profusion dans les rapports de fouilles et qui désigne toute
espèce de construction basse et d’une certaine largeur, de l’autel au support de literie
domestique699.

Les bancs ou banquettes sont extrêmement courants dans l’architecture du


Bronze ancien, notamment au Bronze ancien II. Les pièces à vivre ou les pièces
subsidiaires des maisons peuvent en posséder. Ils sont disposés le long d’un ou de deux
murs adjacents et plus rarement le long de trois ou quatre murs. Ainsi, à Tell el-Fârǥah,
le locus 671 (pl. 92) est entouré sur trois côtés par une banquette d’environ 0,25 m de
hauteur recouverte d’enduit qui s’élargit en plate-forme dans l’angle nord-ouest700. À
Tell es-Sakan, dans le chantier C, au Bronze ancien III, les pièces comportent, en

697
Alm, 1996, p. 221.
698
Ilan, 2001, p. 330-334.
699
Aurenche, 1977, p. 31.
700
Vaux & Miroschedji, 1993, p. 436.

158
général, des banquettes intérieures contre un, deux ou trois murs (fig. 1, pl. 140)701.
Dans le Palais B1 de Tel Yarmouth, la salle hypostyle et le hall de réception sont
équipés de longs bancs, tout comme la salle à piliers du bâtiment niveau M-3 de Beth
Shean.

La plupart des bancs possèdent une armature faite de petites pierres calées dans
un mortier de terre. Les bancs pouvaient aussi être recouverts d’enduit comme à Kabri,
où un banc recouvert de chaux de 0,50 m de large a été retrouvé contre le mur 805. Il y
a aussi quelques cas de bancs en briques, comme à Beth Yerah ou à Lod où le banc du
bâtiment chantier D mesure 0,36-0,45 m de large702. À Arad, les bancs trouvés dans les
pièces principales sont en pierres. Ils mesuraient 0,30-0,40 m de haut et 0,20-0,40 m de
large703.

Les bancs sont en général bas, entre 0,20 et 0,50 m au-dessus du sol, leurs
dimensions dépendent de leur usage. En effet, ce paragraphe regroupe des constructions
qui semblent identiques d’un point de vue structurel, mais qui d’un point de vue
fonctionnel n’avaient pas le même usage. Les banquettes ont ainsi pu servir de siège, de
lit, de zone de rangement, d’espace de travail, base de foyer. Tout dépend de leurs
dimensions, de leur localisation et des installations qui leur sont adjointes. De ce fait, les
longs bancs présents dans les salles de réception du Palais B1 de Tel Yarmouth, près de
l’entrée étaient certainement des installations destinées à servir de siège aux visiteurs.
Mais dans des contextes domestiques, comme à Khirbet el-Mahruq, la banquette du
chantier C (niveau IV) retrouvée recouverte de tessons de céramiques, devait servir de
rangement704. À Arad, toutes les maisons comportent des bancs (fig. 1, pl. 53). Selon
O. Ilan, ils servent plus d’étagères que de siège car des céramiques de petites et
moyennes dimensions ont été retrouvées dessus ou dessous. De plus, d’après l’exemple
des populations arabes vivant dans la région des collines au sud d’Hébron, les nattes de
couchage sont stockées sur les bancs le jour et dépliées sur le sol la nuit705.

Enfin, les bancs peuvent avoir plusieurs usages comme le banc retrouvé dans le
locus 420 de Jéricho. Il longe tous les murs et au nord-ouest et il est élargi pour former
une banquette de 1,60 m de large comportant des cupules706.

701
Miroschedji & Sadek, 2000, p. 99.
702
Lass, 2006, p. 51.
703
Ilan, 2001, p. 327.
704
Eisenberg, 1993b, p. 931.
705
Ilan, 2001, p. 327.
706
Sala, 2007a, p. 61-63.

159
(  A*  
Les plates-formes – à la différence des bancs – peuvent avoir plusieurs
formes : ronde, rectangulaire, en quart de cercle... Elles peuvent être construites dans les
pièces couvertes, dans les cours et parfois entre les habitations. À Arad les plates-
formes ont surtout été retrouvées dans les cours. Malgré une grande variété de taille et
de forme, elles sont toutes construites de la même façon avec un mur bas en pierre
contenant un remplissage de petites pierres avec ou sans terre. Elles mesurent en général
0,20-0,30 m de haut. Les plates-formes situées à l’intérieur sont le plus souvent situées
dans les angles, elles sont alors en quart de cercle. Dans les cours, elles sont appuyées
contre les murs et sont de forme carrée ou semi-circulaire.

Les plates-formes comme les bancs ont dû avoir de multiples usages. Dans la
pièce 100 de la maison H14 (fig. 2, pl. 94) de Tell el-Fârǥah, une plate-forme basse
occupe la largeur entière du côté oriental de la pièce et un foyer ( ?) fait d’une grande
pierre plate entourée de petites pierres est posé dessus707. À Beth Yerah, chantier MS,
niveau 5 (BA III) un four était enchâssé dans une plate-forme en pierre. Il renfermait
des cendres, des os brûlés ainsi que des tessons carbonisés708. Les comparaisons
ethnographiques suggèrent que ce sont des zones de travail, particulièrement
lorsqu’elles se situent à l’extérieur. Elles peuvent aussi servir de bases de silos pour des
superstructures en briques. En Syrie et dans les villages de la région d’Hébron, elles
servent de support à des petites cages d’animaux ou pour poser de la nourriture,
s’asseoir, cuisiner, manger ou dormir en été709.

Enfin, il existe un autre type de constructions plus grandes et souvent rondes


appelées aussi plate-forme, mais qui se trouvent entre les maisons ou dans les cours. À
Tel Kishion, au niveau III, trois plates-formes rondes (3,50-5 m de diamètre) ont été
dégagées (fig. 1, 2, pl. 110). Deux d’entre elles sont entourées d’un mur curviligne et
sont pavées de petites pierres enrobées dans de la terre battue. La troisième se compose
d’un dallage de pierres de taille moyenne à grande, entourées par une rangée de gros
blocs de pierres. L’usage de ces plates-formes n’est pas déterminé. Elles ont pu servir de
base de maison ou de zone de travail710. Ce type de construction peut aussi constituer la
base de vastes silos. La superstructure serait alors tout en briques ou en matériaux
périssables. Des constructions de même type ont été identifiées à Tel Small Malhata, au
niveau 4 (BA I) (fig. 2, pl. 115). Leur périmètre est marqué par de grosses pierres et leur
surface interne est recouverte de cailloutis. Un mortier a été retrouvé enchâssé dans le
sol d’une de ces plates-formes (chantier C) indiquant qu’elle a dû être utilisée comme

707
Vaux, 1948, p. 548-549, pl. X ; 1955, p. 548 ; Bonn Greenwald, 1976, p. 133-134.
708
Maisler & alii, 1952, p. 170-175.
709
Ilan, 2001, p. 327.
710
Arnon & Amiran, 1993, p. 874.

160
zone de travail711. Ce type d’installation est aussi présent à Arad et à Tel Halif (fig. 3,
pl. 98).

     &&4   


Les installations appuyées contre les murs sont des petits compartiments
composés de pierres et de briques construits contre les murs. Ainsi, à Qiryat Ata,
chantier E, dans le bâtiment 2 (fig. 1, pl. 135), une installation circulaire s’appuie contre
le mur 401 et une jarre sans col complète a été dégagée à l’intérieur712. Les
compartiments ont pu servir à stocker des ustensiles domestiques, des poteries ou des
provisions713.

Dans le quartier G de Tel Yarmouth, une majorité des installations de calage


sont aussi faites de simples pierres posées de chant près d’un mur. Dans la pièce 713,
deux installations sont composées de deux demi-cercles de pierres posées de chant.
Dans les deux cas, une installation haute est associée à une installation basse de
diamètre inférieur. Dans les deux installations basses (1415/ 1407 bis), des plats on été
retrouvés in situ. Leur diamètre, respectivement 0,36 et 0,28 m, s’adapte parfaitement
au diamètre intérieur des installations. Le diamètre intérieur des installations hautes est
en moyenne de 0,40 m, il est adapté à des jarres de taille moyenne. Il est probable que
les deux constructions fonctionnaient ensemble, l’une pour caler un grand récipient de
stockage et l’autre pour la vaisselle ouverte qui permet possiblement de prélever ou de
consommer le contenu de la jarre. Plusieurs autres installations comparables ont été
mises au jour dans les chantiers C et H ainsi que dans le Palais B1 (locus 1626, carré
P28)714. Toujours dans le chantier G, dans la pièce 712, une autre installation de calage
en demi-cercle a été construite mais cette fois sans installation basse associée. Elle
contenait deux briques exceptionnellement conservées. Ainsi, les pierres posées de
chant devaient constituer le squelette de l’installation et le tout était recouvert de briques
crues.

711
Amiran & Ilan, 1993, p. 939.
712
Golani, 2003, p. 16.
713
Beit-Arieh, 2003, p. 103.
714
Communication personnelle de P. de Miroschedji.

161
6  @&   *   &    
Certaines installations sont creusées dans le sol des bâtiments.

   
Le silo est un « dispositif fixe destiné à la conservation des matières
périssables »715. Il peut être creusé ou construit sur le sol, à l’intérieur ou hors des
bâtiments. C’est une installation isolée destinée à la conservation des matières
périssables comme le grain (pl. 38, 39).

Malgré les nombreuses mentions de silos dans tous les sites et à toutes les
périodes du Bronze ancien, peu de mesures exactes et de descriptions précises ont été
relevées. Le silo étant une découverte archéologique courante, les fouilleurs
mentionnent simplement son existence sans plus de détails. Ainsi, d’après les
informations collectées, la plupart des silos semblent avoir un diamètre compris entre 1
et 3 m. Cependant, un silo du chantier J d’Afridar a été particulièrement bien décrit
(fig. 3, 4, pl. 59). Daté du Bronze ancien I, il est en forme de tonneau (L105, W107). Il
est construit dans une fosse d’environ 4 m de diamètre creusée dans du sable compacte
(L110). Son diamètre interne au niveau du sol est de 2,20 m, puis à 1 m au-dessus du
sol, il s’élargit à 2,40 m. Le diamètre externe de la partie supérieure du silo est de
3,50 m. Le silo est composé de briques préservées sur douze assises, soit sur 1,30 m de
hauteur716. Le mur du silo (W107) mesure environ 0,50 m de large, il est aussi large que
la longueur des briques. La capacité de stockage du silo est estimée à environ 5 m3. Les
fouilleurs pensent que la partie supérieure du silo était probablement un dôme. Des silos
de même type ont été trouvés sur des sites du Bronze ancien I comme Palmahim Quarry
(fig. 2, pl. 128) et Lahav717. À Palmahim Quarry, au Bronze ancien I, au moins six silos
ont été dégagés entre les maisons. Leur diamètre interne varie entre 0,60 et 3,75 m et
leur diamètre externe entre 2,10 et 5,62 m. Ces variations relativement importantes de
taille peuvent refléter des différences de statut entre les habitants, ou des différences de
biens stockés. Il faut noter qu’à Palmahim Quarry, le grand bâtiment n° 9, sans doute
réservé au stockage, se situe à proximité immédiate des maisons. Il y a donc plusieurs
stratégies de stockage simultanées : collectives et individuelles.

Les silos sont le plus souvent creusés dans le sol. Leurs parois sont alors
tapissées d’argile, comme à Bâb edh-Dhrâ’, ou de briques et de pierres comme à
Beth Shean, Beth Yerah718 ou Mezer (silo B12). À Horvat Illin Tahtit, il y a également

715
Aurenche, 1981, p. 257.
716
Baumgarten, 2004, p. 161.
717
Braun, 1991, fig. 19-20.
718
Maisler & alii, 1952, p. 168-169.

162
des silos creusés et tapissés de pierre mesurant un mètre de diamètre719. À Ashkelon-
Barnea, site de la plaine côtière occupé au Bronze ancien I, de nombreux silos tout en
briques ont été fouillés. Au niveau III, dans le chantier A, un silo de 3,50 m de
profondeur se compose de briques crues recouvertes d’un enduit de chaux. Au niveau II,
dans le chantier A, un second silo légèrement plus grand vient s’appuyer sur le silo du
niveau III (fig. 1, pl. 61). Ses briques sont préservées sur sept assises de hauteur. De
nombreux noyaux d’olives et des graines ont été trouvés à l’intérieur720. À Tell es-
Sakan, les silos sont aussi pavés de briques de format égyptien721.

Les silos peuvent également être construits au-dessus du sol. Ainsi à Ai, des
installations dallées de pierres plates de forme carrée ou semi-circulaire sont posées à
même le sol. Leur dimension moyenne est de 0,70 x 0,70 m. J. A. Callaway suppose
que ce type d’installation a servi de base de silos à grain, avec une superstructure en
briques722. Une très grande base de silo en pierre a également été dégagée dans l’angle
sud de la cour principale du Palais B1 de Tel Yarmouth (fig. 1, pl. 150). Formée de
grandes dalles, cette base possède un diamètre interne de 2,40 m. Ces dimensions
importantes sont à mettre en relation avec le caractère du bâtiment qui devait posséder
de nombreuses solutions de stockage723.

Les silos peuvent se situer entre les habitats comme à Palmahim Quarry, Jéricho
(fig. 2, pl. 104) ou Beth ha-Emeq, au Bronze ancien I724, mais ils peuvent aussi se
trouver dans les cours ou dans les pièces couvertes. Au Bronze ancien II à Arad, des
silos sont construits dans les angles des pièces et des cours. Leur surface affleure au
niveau du sol725. À Beth Yerah, au niveau 9 du chantier MS, l’angle de la pièce nord est
occupé par un silo dallé de pierres, de 0,70 m de profondeur726. À Tell el-Fârǥah, les
silos ont plutôt tendance à se trouver dans les cours727. Enfin, il y a aussi des silos dans
les habitats troglodytiques comme dans la grotte 1558 de Lachish728.

719
Braun & Milevski, 1993, p. 10.
720
Golani, 2007, fig. 2-3.
721
Miroschedji & Sadek, 2000, p. 99.
722
Callaway, 1980, p. 71-72.
723
Miroschedji, 2006, p. 66.
724
Givon, 1993, p. 1.
725
Ilan, 2001, p. 327.
726
Maisler & alii, 1952, p. 168-169.
727
Vaux & Miroschedji, 1993, p. 436.
728
Bonn Greenwald, 1976, p. 127.

163
5   & 
Les fosses, cupules ou cupmark en anglais sont des petites dépressions creusées
dans le sol ou taillées dans le rocher. Très courantes au Chalcolithique où elles peuvent
être présentes par centaines sur un même site comme à Modiin729, on les trouve encore
dans les sites du Bronze ancien. De tailles variables, leurs usages restent bien souvent
totalement inconnus.

La forme la plus simple de la cupule est un petit trou circulaire. Il y en a dans


tous les habitats troglodytiques comme à Lachish, où certaines cupules sont dallées de
blocs grossièrement taillés730. À Gezer, elles mesurent jusqu’à 0,25 m de diamètre et
0,90 m de profondeur. Elles servaient peut-être pour les plus grandes de zones de
stockage pour la vaisselle et pour les plus petites, de zones de calage pour du matériel
de broyage731. Une des grottes d’Arad contient six cupules taillées dans le sol. Elles
mesurent entre 0,12 et 0,20 m de diamètre et entre 0,06 et 0,16 m de profondeur732.

Au Bronze ancien I, il y aussi des cupules à Afridar, dans le secteur J2 (L154).


Elles mesurent entre 0,15 et 0,30 m de diamètre. Creusées ou incorporées dans le sol,
elles sont recouvertes de plâtre brûlé et d’argile. Selon J. Baumgarten, elles étaient
apparemment utilisées pour la fonte et le travail du cuivre, car un objet en métal a été
trouvé à l’intérieur d’une cupule733.

À Arad, les cupules sont aussi présentes dans les habitats construits. Elles sont
englobées dans des petites surfaces pavées de 0,50 x 0,60 m, densément remplies de
galets et recouvertes d’enduit. Elles ont été retrouvées au centre des pièces principales et
près des bases de poteau. Leur centre comporte un trou de 0,10-0,12 m de diamètre et de
0,07-0,10 m de profondeur. Des installations comparables ont été retrouvées dans des
pièces subsidiaires et plus rarement dans les cours et les espaces ouverts. Des cupules
chaulées ont aussi été identifiées dans les quartiers G et H de Tel Yarmouth. Elles
mesurent en moyenne 0,26 m de diamètre, ce qui pourrait correspondre au diamètre de
la base de diverses formes de céramique comme les pithoi ou les jarres (avec ou sans
col). Trouvées près des foyers, O. Ilan suppose qu’elles servaient à poser les pots sortis
du feu734. Les cupules ont aussi pu servir de mortier intégré directement dans le sol des
habitats, cependant un tel usage paraît peu pratique.

729
Communication personnelle de E. van den Brink.
730
Bonn Greenwald, 1976, p. 150.
731
Dever, Lance & Wright, 1970, p. 20-30.
732
Amiran, 1978, p. 17-18, pl. 135 : 2, plan 175.
733
Baumgarten, 2004, p. 161.
734
Ilan, 2001, p. 328.

164
Les aménagements creusés dans le sol et regroupés ici sous le terme de cupule
recouvrent certainement plusieurs types d’aménagements. Malheureusement, leurs
usages restent encore inconnus.

(    


Les poteries retrouvées enterrées volontairement dans le sol des maisons sont
des installations plus rares que les silos, même si le principe de fonctionnement reste
identique (pl. 40). Il s’agit de conserver des biens souvent périssables sous la terre afin
de les protéger de l’air, de la lumière, de l’humidité et des variations thermiques. Le
principe de la céramique enterrée est une sorte de silo déjà prêt qu’il faut juste mettre en
place. La céramique peut être simplement placée dans un trou, mais elle peut aussi être
calée dans de la chaux comme à Numeira735.

Plusieurs types de céramiques peuvent être utilisées pour ce type


d’installation : des jarres, des jarres sans col, des bassins, des pithoi… Ainsi, des jarres
enterrées ont été identifiées dans le sol de maisons du Bronze ancien III de Tel
Yarmouth (chantier G), de Jéricho736, mais c’est Tell el-Fârǥah, au Bronze ancien II, qui
fournit le plus d’exemples de jarres enterrées dans le sol des maisons. Les habitants
enterrent les jarres jusqu’à l’épaule. Les pièces 86, 274 et 272 contiennent chacune deux
jarres737. L’usage est également connu à Tell um-Hammad où une maison barlongue du
niveau 4 contient une grande jarre sans col enterrée dans le sol738. Les céramiques sont
complètes, à l’inverse d’autres situations où seul le fond des céramiques est trouvé
intentionnellement brisé. De cette façon, dans la « Maison des Jarres » et dans une
maison du carré 2 de Tell el-Fârǥah, des jarres sans col sont enterrées avec leur fond
cassé. Selon R. de Vaux, ce dispositif servait soit de système d’évacuation, soit il avait
un but rituel, car des ossements d’animaux ont été retrouvés à l’intérieur de quelques
céramiques739.

Des jarres sans col complètes ont aussi été utilisées à Tel Yarmouth (chantier G).
Dans le bâtiment 1 de Qiryat Ata (niveau III), la jarre sans col a été retrouvée placée
dans une dépression du sol, penchée et calée par des petites pierres740.

Des pithoi étaient aussi employés. Le pithos en tant que grande céramique est la
vaisselle de stockage par excellence. De plus, il possède une ouverture large et un col
qui permet de tendre un tissu ou une peau dessus, afin de le fermer. À Ashkelon-Barnea,

735
Conférence de M. Chesson au 6ème ICAANE à Rome, 2008.
736
Marchetti & Nigro, 2000, p. 22.
737
Vaux, 1961, pl. XXXIV.
738
Betts, 1991, p. 32-36.
739
Vaux, 1947, p. 424-434 ; 1948, p. 551, pl. XI.
740
Golani, 2003, p. 22-23.

165
un pithos était enchâssé dans le sol du chantier H, niveau III741. Le même type de
dispositif a été identifié dans le chantier DD de Tell es-Sa’idiyeh. Au niveau L3 dans la
zone DD 500, quatre grands pithos enterrés ont été dégagés. J. Tubb pense qu’ils
servaient au stockage de matériaux secs comme le grain, la farine ou même le sel742.
Des pithoi en contexte domestique ont aussi été identifiés dans six pièces du chantier G
de Tel Yarmouth (712, 713, 721, 744, 780, 1202) (pl. 156). Ils ont aussi pu servir à
stocker de l’eau au frais dans le sol. Le système est aussi employé dans le Palais B1.

Les bassins enterrés ont été retrouvés à Tel Yarmouth à la fois dans le Palais B1
et dans les quartiers domestiques C, G et H743.

Ainsi, les usages réels des céramiques sont encore méconnus. Elles ont pu servir
à stocker des liquides ou des grains.

<5 4  *  
Le foyer est un dispositif de cuisson ouvert alors que le four est un dispositif de
cuisson fermé.

5 4 
Les foyers servent à cuisiner, à chauffer une pièce ainsi qu’à l’éclairer. Ils se
composent d’un emplacement où se trouve le combustible et d’un dispositif permettant
de poser par-dessus le récipient de cuisson. Ce dernier peut être fixe ou mobile. Deux
types de foyers sont répertoriés : les foyers enterrés et les foyers construits (pl. 41).
Dans les deux cas une installation secondaire délimite ou protège la zone de
combustion. L’installation est susceptible de prendre diverses formes : carrée,
rectangulaire, circulaire, semi-circulaire, en forme de fer à cheval...744.

Dans les zones qui privilégiaient l’usage de la brique comme la Plaine côtière,
les foyers ont également tendance à être en briques comme à Tell es-Sakan745.
Cependant même dans certains sites presque entièrement conçus en briques, les
constructeurs pouvaient réaliser des foyers en pierres. À Bâb edh-Dhrâ’, un foyer du
chantier XII se compose de pierres de taille moyenne à grande, lisses, disposées en
cercle et accompagnées d’un sol pavé de tessons (locus 22, XII.7)746. Plusieurs types de
pierres peuvent être employés mais les plus courants sont le calcaire (Ai), le basalte

741
Golani, 2007, fig. 9, 11.
742
Tubb, 1988, p. 57, fig. 37, 38.
743
Communication personnelle de P. de Miroschedji.
744
Aurenche, 1977, p. 90.
745
Miroschedji, 2000b, p. 31.
746
Rast & Schaub, 2003a, p. 109-115, fig. 6.6.

166
(Tell el-Umeiri747, Tel Yarmouth) et le silex. À Arad, les constructeurs privilégiaient le
silex car c’est un meilleur conducteur de chaleur que le calcaire ou la craie748.

De nombreux foyers sont de forme plus ou moins circulaire. Ainsi, à Tell es-
Sakan, ils mesurent entre 0,30 m et 0,40 m de diamètre et environ 0,40 m de
profondeur. Ce sont des foyers de type égyptien749. Dans le quartier G de Tel Yarmouth,
deux types de foyers circulaires ont été identifiés. Leur diamètre moyen se situe entre
0,50 et 0,60 m. Le premier type se compose d’une petite dépression creusée dans le sol
et entourée de pierres posées (locus 712). De plus, le foyer se situe à proximité d’une
surface de cailloutis et d’une cupule chaulée. Ces aménagements ont pu servir à poser
des céramiques chaudes. Le deuxième type de foyer possède une excavation creusée
plus profondément dans le sol et dallée de pierres de basalte (loc. 780 et 763). À Arad,
le diamètre moyen des foyers est de 0,40 m. Ils sont utilisés en plaçant le combustible
sur une dalle surmontée soit de deux pierres posées de chant, soit de plusieurs pierres
sur lesquelles était calé le pot750. À Ai, les foyers sont plus grands et entourés d’un
muret bas en pierre. Ils sont de forme circulaire, semi-circulaire ou rectangulaire. Les
dimensions des foyers circulaires sont de 1,40 m de diamètre, celles des foyers semi-
circulaires sont de 1,50 x 1,80 m et celles des foyers rectangulaires sont de 1,50 x 1,90
m. Plusieurs pots pouvaient être chauffés simultanément sur des installations d’une telle
dimension751. Un type d’installation similaire de trouvait à Tell el-Fârǥah (BA II), on
peut les assimiler à des cuisines752.

Les foyers se situent essentiellement dans les pièces couvertes. À Jebel


Mutawwaq, les foyers se trouvent à une des deux extrémités de la maison à double
abside, sauf dans la grande maison 81, où ils se situent aux deux extrémités (fig. 3,
pl. 127). Les foyers sont faits de petites pierres cubiques insérées dans le sol qui
protègent le feu des courants d’air753. Dans les maisons rectangulaires simples les foyers
peuvent se trouver au centre des pièces comme à Arad, mais le plus souvent, ils sont
situés près des murs, rarement dans les angles, comme à Beth Shean ou à Ai. Enfin,
dans le quartier G, de Tel Yarmouth, seuls trois foyers ont été recensés pour vingt-et-
une pièces fouillées, ce qui fait relativement peu de foyers. Est-il possible qu’un foyer
corresponde à une unité familiale ?

747
Harrison, 1997, fig. 5.40, 5.41.
748
Ilan, 2001, p. 327.
749
Miroschedji, 2000a, p. 31.
750
Ilan, 2001, p. 327.
751
Ilan, 2001, p. 330-332.
752
Miroschedji, 1976, p. 93-94.
753
Fernandez-Tresguerres Velasco, 2005, tabl. 1, p. 368.

167
5  
Les fours sont beaucoup plus rares que les foyers. Seuls quelques exemples ont
été identifiés et le plus souvent, leurs fonctions restent inconnues. De ce fait, à quelques
exceptions près, il reste impossible de préciser leur usage exacte : fours à pain, à
céramique, à métaux, à chaux…

i. Les fours domestiques


Il existe des fours simples et des fours complexes. Les fours simples sont des
fosses creusées de dimensions variables. Ainsi à En Esur, deux fours mesurent 1 m de
diamètre754. Ceux retrouvés à Ai sont plus petits, leur diamètre moyen est de 0,40-
0,50 m. Ils sont construits en pierre calcaire et certains le sont en basalte comme à
Khirbet el-Batrawy, où un four semi-circulaire (T. 413) (fig. 2, pl. 68) d’environ deux
mètres de diamètre était pavé de basalte et « apparement recouvert par une voûte en
encorbellement »755. Les pierres peuvent aussi être complétées avec des tessons. Ainsi, à
Horvat Illin Tahtit, un four cylindrique fermant par le haut est construit avec plusieurs
couches de céramiques. Il a été retrouvé entouré d'une épaisse couche de cendres dont
l’analyse en laboratoire a montré qu’elles ont été chauffées à un minimum de 800° C756.

Les fours peuvent aussi se trouver dans les espaces communs. Ainsi, à Tel Teo,
l’espace situé autour des maisons à double abside semble avoir servi de cour pour tous
les habitats et il comportait un four (fig. 2, 4, pl. 146)757.

ii. Les fours de potiers


Dans les fours complexes le combustible n’est pas en contact direct avec l’objet
cuit. Un four de ce type a été retrouvé à Afridar. C’est une installation réniforme
(L 158) mesurant 0,80 x 0,50 m. Son mur nord est en argile, il est préservé sur une
hauteur de 0,20-0,25 m. Cette installation semi-enterrée constitue la chambre de chauffe
d’un ancien four creusé dans le sol. Elle a été retrouvée remplie de cendre grise fine758.

À Tell el-Fârǥah un four de potier a été dégagé dans le locus 271 (pl. 42). Le
sommet du four a été entamé par des constructions du Bronze récent, mais sa partie
inférieure est intacte. R. de Vaux en donne une description précise : « Autour de la sole,
subsiste l’amorce des parois de la chambre de cuisson, ce sont des briques d’argile… la
sole est en argile sur blocage de pierre, que soutient un pilier centrale. Elle est percée de
cinq carreaux de 0,20 m de diamètre, espacés de 0,60 m environ, d’axe à axe. Quatre

754
Yannai, 2006, plan 3.2.
755
Nigro, 2007b, p. 353 ; Nigro (ed.), 2008, p. 158-160.
756
Braun & Milevski, 1993, p. 11.
757
Eisenberg & al., 2001, p. 39-46.
758
Baumgarten, 2004, p. 167-169.

168
d’entre eux s’ouvrent près des parois, le cinquième vers le centre, près du pilier. Sous la
sole et autour du pilier central, la chambre de chauffe s’élargit de bas en haut, avec des
parois incurvées comme un grand bol. La différence de niveau entre la sole et le fond
est de 1,09 m »759. Les pierres utilisées sont du calcaire dur. Afin d’empêcher leur
transformation en chaux lors de la cuisson des céramiques, elles sont recouvertes d’un
enduit d’argile refait régulièrement.

La cour du Bâtiment aux cercles de Beth Yerah possède aussi trois fours à
céramique, dont deux d’entre eux se situent côte à côte, juste dans l’entrée. Ils sont
construits de façon à ne pas gêner le passage. La zone des deux fours est séparée
délibérément de l’entrée de la cour par deux pierres allongées. Le troisième four se situe
dans l’angle sud-ouest de la cour, dans une niche étroite entre les marches en pierre, en
face du mur de clôture760.

À Horvat Ptora, le niveau 2 contenait un petit four servant à fondre du métal qui
contenait encore des restes de cuivre761.

En conclusion, les fouilles n’ont permis de retrouver que très peu de fours de
potiers et aucun four à chaux n’a été identifié. Il est possible qu’au Bronze ancien, les
productions de céramiques et de chaux aient été encore largement réalisées avec des
foyers ouverts.

= %  7" %" 


Le stockage de l’eau est essentiel à la vie dans au Proche-Orient où il ne pleut
pas une partie de l’année et où la quantité totale de précipitation peut être si faible
qu’elle nécessite la conservation de l’eau d’une période à l’autre : de l’hiver à l’été, de
la nuit au jour, d’une année pluvieuse à une année sèche762. Plusieurs types
d’installations permettent de capter (puits), rediriger (caniveau, canalisation) et stocker
l’eau (céramique, bassin).

 B %" 
L’eau de pluie doit être stockée pour constituer des réserves indispensables à la
vie des populations. Dans quelques sites des réservoirs apparemment ouverts ont été
identifiés. À Tel Qashish, dans une des pièces du niveau XII, le sol était pavé et
recouvert d’une couche de craie concassée à l’apparence d’un béton imperméable. Les

759
Vaux, 1955, p. 559.
760
Mazar, 2001, p. 440-450.
761
Gorzalczany & Baumgarten, 2005.
762
Tsuk, 1997b, p. 422.

169
fouilleurs pensent que la zone était un réservoir d’eau, car tous les tessons trouvés à
proximité étaient recouverts d’une patine vert-jaune sans doute due à leur présence dans
un environnement très humide763. Au niveau II de Bâb edh-Dhrâ’, dans le chantier III,
une installation composée d’une cuvette entièrement chaulée a été dégagée (fig. 1, 2,
pl. 66). Elle est de forme rectangulaire avec des angles arrondis. Ses parois sont en
partie creusées dans le sol et en partie construites avec des pierres. Deux couches de
chaux tapissent toute sa surface et la moitié du côté nord de l’installation était ouvert.
Elle a pu servir de citerne764.

Dans le chantier K de Ai, une fosse de stockage de l’eau, datée du Bronze ancien
III A a été dégagée. Le réservoir a été construit à l’intérieur du rempart, près de la porte
de l’angle. Il est ouvert, réniforme et construit au-dessus du niveau du sol. Il mesure
25 m de large et 2,50 m de profondeur. Sa capacité de stockage a été estimée à plus de
1 800 m3 d’eau. Il a été conçu pour récupérer les eaux de pluie de la ville haute. Un soin
particulier a été apporté à sa construction. Le pavement en pierre du bassin repose sur
une couche hamra (argile rouge) mélangée à un dégraissant de paille qui le rend
pratiquement imperméable. De grandes pierres étaient incluses dans la couche d’argile.
La profondeur du bassin n’est pas la même partout, elle suit la remontée de la roche
mère. Le réservoir complète les apports en eau des deux sources voisines el-Jaya et Ai.
Il y avait aussi probablement d’autres réservoirs d’eau, car d’autres portes comme celles
du chantier J comportaient des canaux de drainage765.

Enfin, si les puits sont attestés en Palestine dès le Néolithique (Shaar Ha-Golan,
Tel Tzaf) aucun exemple n’est connu au Bronze ancien.

"   " 
Dans certaines régions du Levant sud comme le Carmel et la haute Galilée, il
peut tomber jusqu’à 1 400 mm de précipitations annuelles et entre 1 000 et 1 100 mm
sur la plaine côtière, lors d’une année humide766. La région connaît aussi la neige
certaines années767. La prise de mesures de protection contre les inondations et les eaux
de ruissellement était donc indispensable lors de la construction.

Dans une maison urbaine, l’eau tombée sur le toit s’écoule dans la rue ou dans la
cour, cela nécessite donc la mise en place d’un système d’évacuation pour protéger
l’intérieur des pièces. Une de ces mesures consiste à construire des seuils surélevés pour
empêcher l’eau d’entrer dans la maison. En effet, protéger l’intérieur des pièces du rez-
763
Ben-Tor, Bonfil & Zuckerman, 2003, p. 67.
764
Rast & Schaub, 2003a, p. 354.
765
Callaway, 1993, p. 43.
766
Yair & Garti, 1997, fig. 7, p. 138.
767
Foucault-Forest, 1997, p. 156-157.

170
de-chaussée est vital, car elles contiennent les réserves alimentaires. Puis l’évacuation
se fait vers un égout, la rue ou vers un puisard. Sans système d’évacuation l’eau reste
prise au piège et endommage les murs. Ces problèmes d’évacuation des eaux de pluie
expliquent le fait que la cour ne soit pas une évidence en milieu urbain, car elle
représente un risque architectural. Ainsi, dans de nombreux cas les maisons n’ont pas de
cours intérieures. On les retrouve plutôt dans les bâtiments de prestige comme les palais
(Tel Yarmouth, Megiddo). Leur sol est alors dallé. Il y en a aussi dans les habitats
barlongs comme ceux d’Arad car ils ne sont pas accolés les uns aux autres.

Plusieurs construction type caniveau (ouvert) ou canalisation (enterrée)


permettent de récolter les eaux de pluie et de les drainer. Ainsi, elles ne servent pas à
l’évacuation des eaux usées, car selon J.-C. Margueron, les canalisations horizontales ne
sont pas faites pour servir d’égouts car à l’horizontal rien ne s’évacue sans des centaines
de litres d’eau. Les canalisations servent donc à récupérer les eaux de pluies et à les
emmener vers des zones de récupération. Ces systèmes d’évacuation jouent un rôle
indispensable, car sans eux l’eau resterait prise au piège768. Dans certains cas, les murs
possèdent des aménagements particuliers. Ainsi de nombreux murs sont conçus avec
des ouvertures permettant l’évacuation des eaux. À Beth Yerah, chantier BS, au Bronze
ancien IB, une canalisation composée de pierres posées de chant et de dalles de
couverture traverse un mur. Elle sert à drainer l’eau vers une cour ouverte (fig. 3, 4,
pl. 27)769. Dans le Palais B1 de Tel Yarmouth, des conduits étroits – une dizaine de
centimètres de diamètre – traversent aussi des murs. Leur intérieur est recouvert d’un
enduit d’argile et de chaux. Ils conduisent à un réservoir maçonné en forme de puits
circulaire de 1,50 m de diamètre et 4 m de profondeur770. Des mesures de protection
peuvent également être prises au niveau du toit, en donnant une légère pente aux poutres
afin de guider l’évacuation des eaux vers la rue771.

Dans les villages du Bronze ancien I, des systèmes d’évacuation ont été
identifiés. Par exemple à En Esur, à l’ouest du mur 114 se trouve le mur 113 et entre
eux se trouve un caniveau dallé d’environ 0,30 m de large et 0,10 m de profondeur772. À
Tel Teo, le caniveau 518 mesure 0,70-0,80 m de large pour 0,20 m de profondeur
(fig. 2, pl. 146). Il est tapissé de pierres et servait à récolter et canaliser les eaux. Sa
construction permettait de canaliser les inondations saisonnières773. Dans les sites
fortifiés du Bronze ancien II et III, des canalisations sont aussi aménagées. À Tell el-
Fârǥah, les eaux de ruissellement sont canalisées le long d’une pente pavée vers le nord-
ouest. Un autre drain, L. 367 (pl. 93), canalise les eaux de pluie depuis la zone

768
Cours de J.-C. Margueron à l’EPHE, 2008/2009.
769
Greenberg & alii, 2006, p. 121-122.
770
Miroschedji, 2003.
771
Cours de J.-C. Margueron à l’EPHE, 2008/2009.
772
Yannai, 2006, p. 34-42.
773
Eisenberg & al., 2001, p. 39-46.

171
résidentielle vers la rue qui court parallèlement au mur de fortification774. Ainsi, la
topographie et les rues jouent un rôle essentiel dans le drainage des eaux de pluies. Il est
même possible que les circulations soient conçues dans ce but dès la création des
établissements. Des canalisations sont également aménagées près des remparts pour
empêcher l’eau de stagner contre les murailles. À Tel Qashish les constructeurs ont
aménagé deux tunnels de drainage dans la fortification, afin de gérer l’évacuation des
eaux de pluies dans la partie la plus basse du site,. Le premier tunnel mesure 0,60 m de
large, il a été réalisé en même temps que le rempart, à la différence du second tunnel, de
forme biscornue, qui est plus tardif775.

Enfin, certains sites comme Arad se trouve sur une colline de craie éocène
imperméable qui possède une configuration en forme de cuvette, avec des bords hauts et
un centre peu profond. Cette topographie particulière facilite un drainage maximal des
eaux vers le centre de la ville où se trouve un réservoir naturel de stockage des eaux de
ruissellement776. À Tel Yarmouth, le site s’étend aussi sur une colline naturelle
parcourue par une longue dépression centrale qui permet à l’eau de ruisseler vers un
même point bas (fig. 1, pl. 149)777.

Ces vestiges architecturaux qu’ils aient été construits au-dessus du sol ou qu’ils
aient été creusés, illustrent les deux principales problématiques liées à
l’eau : l’évacuation et le stockage. Que ce soit dans des villages du Bronze ancien I ou
dans des sites fortifiés du Bronze ancien III, ces deux actions sont essentielles à la
préservation des maisons et à la survie des populations. En outre, ces réalisations
architecturales requièrent un effort collectif. Alors que dans les villages, elles ne
reflètent pas forcément la présence d’une organisation sociale très hiérarchisée, dans les
villes, la conception de remparts avec une canalisation prévue d’avance reflète la
présence d’un constructeur qui a planifié soigneusement l’ensemble de la construction.

774
Ben-Tor, Bonfil & Zuckerman, 2003, p. 61.
775
Ben-Tor, Bonfil & Zuckerman, 2003, p. 61.
776
Aharoni, 1993, p. 75.
777
Communication personnelle de P. de Miroschedji.

172
 & C         
! D 
Le Bronze ancien marque l’apparition de nouvelles méthodes de construction
liées à une évolution des besoins architecturaux et des types de constructeurs.

        ! D 


L’architecture du Bronze ancien est marquée par des évolutions significatives de
l’outillage du bâtisseur, mais d’autres techniques se perfectionnent également comme
celles des briques et des supports intermédiaires.

#     


La brique moulée représente une des principales innovations architecturales du
Bronze ancien. Cette technique de production semble apparaître subitement au début du
Bronze ancien sur tous les sites de la zone méditerranéenne et semi-aride. Afin de
mieux comprendre la genèse de cette invention, ainsi que ses conséquences, nous allons
procéder à un rapide historique des briques, depuis leur invention jusqu’au Bronze
ancien.

 &)   


La brique apparaît après une familiarisation de plusieurs milliers d’années avec
le matériau terre, et durant une longue période la brique coexiste avec d’autres modes de
construction comme le pisé. La brique apparaît souvent comme un progrès technique
utilisé d’abord pour renforcer les points faibles des constructions (ouvertures, liaisons
de murs, contreforts) avant d’être employée comme une technique à part entière.

173
L’apparition de la brique n’est pas liée à une architecture particulière, ni à une
zone géographique spécifique. Sur le site de Jéricho, des briques étaient utilisées à la
fois dans les maisons circulaires semi-enterrées du PPNA et dans les maisons
rectangulaires du PPNB778.

O. Aurenche date l’invention de la brique aux alentours de 8 000 avant notre ère.
Les dernières recherches archéologiques ont montré que la brique n’est pas une
exclusivité du Levant. Elle apparaît simultanément dans plusieurs points du Proche-
Orient (Jéricho, Aswad, Nemrik, M’lefeet). O. Aurenche qualifie ce procédé
« d’universel ». Cependant, il distingue deux foyers de création : le Levant qui produit
des briques inférieures à 50 cm et la Mésopotamie qui produit des briques plus grandes,
jusqu’à un mètre de long.

Carte 1 : Les premières briques au Proche-Orient (d’après Aurenche, 1993, carte 1)

Durant les périodes protohistoriques, deux types de briques modelées à la main


cœxistent. À Jéricho, dans le niveau le plus ancien, dit Proto-néolithique, K. Kenyon
fait mention de clay balls ou clay lump. Retrouvés hors contexte, ils sont considérés
comme des formes rudimentaires de briques779. Dans le niveau supérieur, daté du PPNA

778
Aurenche, 1993, p. 84.
779
Aurenche, 1993, p. 72-73 ; Kenyon, 1981, p. 114, 220, 295.

174
(9 500-8 700 avant notre ère). Les briques plano-convexes780 apparaissent avec des
impressions de doigts, apparemment faites pour faciliter l’insertion du mortier
interstitiel. Les dimensions des briques sont assez variables : leur longueur varie de 25 à
30 cm et leur épaisseur maximale est de 10 cm. La présence d’un dégraissant est
probable. Les briques reposent souvent sur un soubassement de pierre ou de galets.
D’après les illustrations, elles sont disposées en deux rangées parallèles dans les murs
des maisons. La technique du pisé coexiste avec celle de la brique. Dans les sites
levantins contemporains comme Gesher781 ou Netiv Hagdud, les murs sont aussi
réalisés avec des briques crues plano-convexes782. À Gilgal, il n’y a pas de briques, mais
il y a des « bandes d’argile » qui faisaient peut-être parties d’une structure de pisé783.
Dans le Levant central à Aswad, des briques plano-convexes avec des empreintes de
doigts ont également été mises au jour. En Mésopotamie, à Nemrik sur le Haut-Tigre,
plusieurs niveaux de maisons circulaires semi-enterrées ont été fouillés. Dans la phase
la plus ancienne, les murs sont en pisé de 20 cm d’épaisseur. Une des maisons a des
murs faits de briques en forme de « cigare » (dimensions moyennes : 51 x 12 x 6 cm)
recouvertes d’un enduit épais de 1 à 3 cm. Dans la phase plus récente, une maison a
aussi été construite avec un assemblage de briques et de pisé. À M’lefaat, il y a
également des maisons semi-enterrées de plan circulaire, réalisées avec des briques
crues en forme de cigare784. Elles font 70 cm de long, 15 à 18 cm de large et 6 cm
d’épaisseur. Elles portent des traces de doigts et sont plaquées contre les parois de la
fosse dans laquelle était implantée la maison.

Au PPNB (8 200-7 000 avant notre ère), les briques retrouvées à Jéricho ont des
dimensions apparemment plus standardisées, environ 40x15x10 cm. Elles portent
toujours des empreintes de doigts785. Elles sont disposées sur deux ou trois rangées dans
l’axe du mur (panneresses) avec, par intervalles ou aux jonctions des murs, une brique
posée perpendiculairement (boutisse). Dans d’autres cas, deux rangées sont disposées en
parement, avec un remplissage de briques et de terre786. Dans un silo, elles sont
disposées de chant. À la même époque, à Munhata, il y a des murs fait de briques de 30
à 50 cm de long, 30 cm de large et 5 à 6 cm d’épaisseur. Elles sont en marne blanchâtre,
liées par un mortier d’argile et disposées dans le sens de la longueur du mur787.

780
Kenyon, 1981, p. 51, 269, 287-288, pl. 152a, 44a, 300c.
781
Bar-Yosef & al., 1991, p. 421, 422.
782
Bar-Yosef & al., 1991, p. 408.
783
Noy, 1989, p. 334.
784
Kozlowski & alii, 1990.
785
Kenyon, 1981, p. 185, 247 ; Aurenche, 1993, p. 76.
786
Kenyon, 1981, pl. 116a, 170a.
787
Perrot, 1967, p. 6.

175
 &)     
Pour G. R. H. Wright, l’introduction de la brique marque un stade important
dans le développement des sociétés et l’invention de la brique moulée est liée à des
changements profonds du comportement humain788. Il y a un passage de la pensée en
conformité avec les formes curvilignes de la nature, à l’intellectualisation de l’espace
avec l’utilisation de la ligne droite et de l’angle droit. Le changement de la brique
modelée à la brique moulée est donc qualifié de révolutionnaire (fig. 1, pl. 15).

Selon O. Aurenche, les premières briques moulées apparaissent au Proche-


Orient à la première moitié du 7ème millénaire. Dès le début, deux procédés de
fabrication sont utilisés : soit le cadre en bois est enfoncé dans la masse de terre étalée
sur le sol ; soit le cadre de bois posé sur le sol est rempli avec la terre préparée. Le
premier procédé est plus rapide que le second789. Les premiers exemples de briques
moulées ont été retrouvés sur des sites comme Cafer Hüyük, dans la haute vallée de
l’Euphrate, en Turquie. Ce sont de très grandes briques de 70 à 90 cm de long, 35 cm de
large et 10 cm d’épaisseur. Il y a également des demi-briques et des quarts de briques. À
cette époque, sur d’autres sites de la même région, il y a toujours des briques modelées,
comme à Gritille, et sur de nombreux sites les deux modes de fabrication coexistent un
certain temps.

Au 6ème millénaire, l’usage de la brique moulée s’étend, elle est présente sur des
sites comme Bouqras, sur l’Euphrate. Les briques font 54 x 27 x 7 cm, elles sont
disposées en panneresse et boutisse. Les briques utilisées dans les soubassements et
celles des superstructures ont une composition différente. À Tel Ramad dans l’oasis de
Damas, donc plus proche de notre région d’étude, se trouvent également des briques
moulées (40 x 30 x 8 cm). Elles reposent sur un soubassement de pierres. Tel Ramad est
dans l’état actuel de la recherche, le site le plus méridional où des briques moulées
néolithiques ont été retrouvées790.

Au Levant sud, les données archéologiques semblent indiquer que la brique


moulée n’apparaît qu’au Bronze ancien I. C’est ce que semble confirmer les quelques
exemples de briques datées du Chalcolithique et du Bronze ancien I que nous allons
présenter.

788
Wright, 2005, p. 99.
789
Aurenche, 1993, p. 80.
790
Stordeur, 2010.

176
          E! D 
Au Chalcolithique, sur la majorité des sites les murs sont composés d’un
soubassement en pierre et d’une superstructure en briques comme à Ghassul, Beersheba,
Gilat, ‘Ein Gedi ou Mezer (fig. 1, pl. 125). Cependant, il y a aussi des maisons faites
entièrement en briques sans soubassement en pierre à Ghassul, Afula ou entièrement en
pierre à Fasa’el, dans le Golan. Les briques sont faites à partir de terre locale séchée au
soleil. Elles sont de forme parallélépipédique. Modelées à la main, leur taille et leur
forme ne sont donc pas uniformes791. À Teleilat el-Ghassul, site très riche en matière
d’architecture, les murs ont une épaisseur moyenne de 0,50 et 0,70 m. Les briques sont
de forme irrégulière. Cependant, l’archéologue a constaté qu’elles avaient les faces et
les côtés aplanis laissant supposer l’usage d’un instrument rudimentaire. De nombreuses
briques portent encore les empreintes de doigt du briquetier. La grande majorité d’entre
elles sont de forme rectangulaire avec les coins écornés et quelques unes sont de forme
cylindrique. Quelquefois les faces des briques ne sont pas parallèles et la face supérieure
est légèrement bombée792. Quelques exemples de dimensions :

Briques rectangulaires Dimensions en cm


18 x 14 x 12
20 x 15 x 13
20 x 17 x 10
21 x 13 x 10
23 x 17 x 12
24 x 20 x 13
28 x 19 x 10
Tabl. 8 : Les briques rectangulaires de Teleilat el-Ghassul, au Chalcolithique793

Briques cylindriques Diamètre en cm Hauteur en cm


15 12
21 14
22 14
22 16
Tabl. 9 : Les briques cylindriques de Teleilat el-Ghassul, au Chalcolithique794

Les briques ne sont pas standardisées, mais elles sont toutes dans la même
échelle de dimensions. Elles sont relativement petites. La forme irrégulière des briques
de Ghassul nécessite l’emploi d’une importante masse de mortier entre les assises et
entre les briques pour pouvoir bien les caler.

Le cas de Tel Kitan est intéressant car le site est occupé de manière continue du
Chalcolithique au Bronze ancien et des incendies ont permis de préserver les briques

791
Porat, 1992, p. 43-45.
792
North, 1961, p. 34-35.
793
North, 1961, p. 34.
794
North, 1961, p. 34.

177
crues. L’étude des vestiges permet d’observer le passage entre les briques modelées à la
main du Chalcolithique et les briques moulées du Bronze ancien (fig. 3, 4, pl. 110). Les
murs du Chalcolithique sont en briques crues modelées à la main, posées en arrêtes de
poisson, avec beaucoup de mortier entre les briques. Dans certains cas, les murs en
briques reposent sur une fondation en pierre et dans d’autre cas les briques sont posées
directement sur le sol795. Au Bronze ancien I, les murs des maisons mesurent entre 0,60
et 0,70 m de large. Ils sont composés d’un assemblage de briques rectangulaires et de
briques carrées. Les briques rectangulaires mesurent 0,42 x 0,28 m. Les assises de
briques rectangulaires sont doublées de demi-briques qui mesurent 0,42 x 0,14 m. Des
briques carrées de 0,42 x 0,42 m se trouvent disséminées dans la construction, elles sont
toujours accolées à des demi-briques. Ainsi, le Bronze ancien I marque l’apparition de
la brique moulée disposée en carreaux. Le savoir-faire de la brique moulée semble
apparaître subitement avec toutes ses variantes comme la demi-brique, la brique
rectangulaire et la brique carrée. La situation au Levant n’est pas exceptionnelle car
dans le monde égéen, la brique moulée dans un cadre apparaît aussi au Bronze ancien.
Cependant les briques modelées à la main continuent à être utilisées conjointement avec
les briques moulées796.

Tel Teo est aussi occupé au Chalcolithique et au Bronze ancien, mais il y a un


hiatus entre les deux périodes. Au Chalcolithique, les maisons sont barlongues et
regroupées autour d’une même cour alors qu’au Bronze ancien, elles sont ovales et
dispersées dans l’espace (pl. 146). E. Eisenberg pense d’après le remplissage des
maisons, qu’au Chalcolithique les murs étaient entièrement en pierre alors qu’au Bronze
ancien les constructeurs ont employé des briques dans la superstructure797. Cela
démontre le caractère culturel de l’usage des briques même dans un site qui devait
fournir à proximité de nombreuses carrières de pierres.

Ainsi, c’est seulement à partir du Bronze ancien I que semblent apparaîtrent les
premières briques moulées au Levant sud. Le passage de la brique modelée, à la brique
moulée ne se fait pas toujours subitement au début du Bronze ancien I. Dans certains
sites, les fouilleurs ont observé un passage de relais entre les deux techniques avec
parfois des tentatives d’innovations qui n’ont pas perduré. Tout d’abord, quelques sites
comme à Abu edh-Dhahab, il est précisé qu’au Bronze ancien I, la superstructure du
mur était en briques de forme plano-convexe798. Dans d’autres sites comme
Tell Um Hammad, les briques moulées et modèles coexistent, il y a une persistance des
anciennes techniques de construction. Le même phénomène peut être observé dans les
charnels houses de Bâb edh-Dhrâ’. Au Bronze ancien IB, elles sont rondes et réalisées à

795
Eisenberg, 1993a, p. 880-881.
796
Guest-Papamanoli, 1978, p. 8.
797
Eisenberg & al., 2001, p. 27-30.
798
Getzov, 2004, p. 35-37, fig. 2, 3, plan 1.

178
partir de briques plano-convexes799, et au Bronze ancien II, elles sont rectangulaires et
composées de briques rectangulaires produites dans des moules800.

À Tel Lod et à Jéricho, des maçons ont tenté une expérience sans lendemain en
inventant une brique de forme trapézoïdale (fig. 2, pl. 113). Des briques retrouvées dans
le chantier D de Lod mesuraient 0,39 m de large d’un côté et 0,26 m de l’autre, pour
0,07-0,08 m d’épaisseur. La longueur des briques constituait la largeur du mur. Le
maçon possédait un seul moule qui a été utilisé afin de donner à toutes les briques une
forme standard. Elles étaient disposées en carreau, parfaitement appuyées d’une assise à
l’autre. L’idée était de poser chaque brique dans la direction opposée de celle de sa
voisine, ce qui permettait une excellente cohésion du mur. Le bâtiment de Lod n’est pas
une construction publique, il se situe dans une zone résidentielle et les maçons devaient
être membres d’une même famille801.

À Jéricho, les briques trapézoïdales ont été utilisées pour construire la maison
ronde 210. Une brique compose la largeur totale du mur. La forme des briques
trapézoïdales de Jéricho semble plus fonctionnelle, car leur disposition crée
naturellement une courbe802. Les dimensions externes du mur sont de 0,36 m de large,
les dimensions internes sont de 0,30 m, les côtés mesurent 0,46 m. Il faut noter que les
murs de la pièce annexe sont composés de briques de forme rectangulaire
(0,40 x 0,24 x 0,07 m) d’une couleur différente803. En comparant les dimensions des
briques de Jéricho (0,46 m de long, 0,36 m de large d’un côté et 0,30 m de l’autre côté)
aux dimensions des briques de Lod (0,48 x 0,39 et 0,26 m), on peut penser que les
dimensions originelles des briques étaient les mêmes. Est-il possible que les maçons de
Jéricho et de Lod aient eu connaissance de la technique de l’autre ou alors un aurait
influencé l’autre ? E. Lass pense que dans ce cas celui de Jéricho serait sans doute le
précurseur804.

Pour E. Lass, l’idée de briques trapézoïdales devait émaner d’un esprit original
qui avait pris en considération des notions d’efficacité et d’économie d’énergie.
Cepednat, cette idée n’a pas perdurée. Sans doute en raison d’un problème de moule,
car il est plus facile de clouer quatre planches ensembles pour faire un moule
rectangulaire plutôt de réaliser un moule trapézoïdale assez solide pour résister aux
pressions de l’utilisation et qui garde sa forme. De plus, les briques trapézoïdales
doivent être posées avec plus de soin que les briques rectangulaires. Enfin, il n’était pas
nécessaire de faire des briques trapézoïdales : la forme des briques n’est pas un facteur

799
Schaub & Rast, 1989, p. 227.
800
Rast & Schaub, 2003a, p.156.
801
Lass, 2006, p. 51.
802
Lass, 2006, p. 53.
803
Kenyon, 1981, p. 104, pl. 85a, 239.
804
Lass, 2006, p. 53.

179
qui va déterminer la longévité d’une brique. La terre des briques de Lod était de la terre
du tell, extraite à côté des murs à construire. Quelque soit la forme ou la couleur des
briques, elles ont survécu durant des millénaires. La longévité des briques est surtout
liée à la technique de pose, à la qualité de l’enduit et à son entretien régulier805.

L’idée des briques trapézoïdales n’a pas perduré et même à Jéricho au Bronze
ancien I, les constructeurs ont employé des briques de forme rectangulaire pour
construire des maisons rondes (maisons OBO et OBN)806.

Il semble donc qu’en Palestine, contrairement aux régions voisines, la brique


moulée plus rapide à produire, apparaît au Bronze ancien en même temps que le
développement de l’urbanisation. De plus, sur un site comme Bâb edh-Dhrâ’, la quantité
de briques nécessaires à la construction des maisons et du mur de fortification suggère
que l’industrie de manufacture des briques s’était intensifiée au Bronze ancien II. Ainsi,
la brique est le produit d’une histoire longue est complexe, au cours de laquelle elle a
subi de nombreuses transformations pour s’adapter aux changements architecturaux des
sociétés. Il n’y a pas un seul foyer d’invention au Proche-Orient, mais plusieurs.

'  &&     


Le second élément architectural abordé ne concerne pas une invention, mais
plutôt l’amélioration d’une technique liée au support de la toiture. En effet, le Bronze
ancien marque aussi le développement de nouvelles techniques de supports
intermédiaires avec l’apparition des bases de poteaux en pierre ou plus rarement en
briques (Tel Erani, Horvat Illin Tahtit). Auparavant, les poteaux étaient constitués d’une
pièce de bois simplement fichée dans le sol avec des pierres de calage pour renforcer
leur stabilité verticale. Les plus anciens exemplaires de ce système ont été découverts
dans des maisons néolithiques de Mallaha (9ème millénaire), Beisamoun et Jéricho
(7ème millénaire). Ces supports étaient conçus pour supporter le poids de toitures
légères. Ils n’étaient pas adaptés à des bâtiments plus grands, plus élaborés ou avec un
étage. C’est l’augmentation des charges qui rend nécessaire l’augmentation de l’assise
au sol des poteaux. D’où la nécessité de les fair reposer sur une pierre. L’époque
marque également l’apparition des salles à piliers et des salles hypostyles qui permettent
de concevoir des pièces de grandes dimensions sans qu’elles soient tout en longueur807.

La majorité des bases sont juste épannelées, mais dans certains cas les
constructeurs ont fait réaliser des bases en pierre taillée. De cette façon, en plus de leur
rôle architectural, elles acquièrent une valeur esthétique. Selon D. Alm au

805
Lass, 2006, p. 53.
806
Kenyon, 1981, p. 146, pl. 249.
807
Alm, 1996, p. 175.

180
3ème millénaire, ces bases très travaillées ne sont présentes que dans le mégaron IIA de
Troie (2 500-2 200), dans le palais du Bronze ancien final de Kanesh (2 100-2 000) et
dans le Palais G de Ebla (2 375-2 250)808. Cependant, en observant les bases retrouvées
dans la salle hypostyle du Palais B1 de Tel Yarmouth ou celles des temples de Ai et de
Megiddo, les bases sont déjà parfaitement taillées.

Le développement des bases en pierre permet de construire des pièces plus


larges. Il aide aussi à la construction d’étages en déchargeant les murs extérieurs d’une
partie du poids des maçonneries. De plus, les bases assurent une plus grande stabilité
aux bâtiments en évitant qu’ils ne s’enfoncent dans le sol. Cela permet ainsi d’établir
des constructions sur des sols mous ou sur des sols hétérogènes.

!     


Après la présentation des réalisations architecturales et des techniques connues
et employées au Bronze ancien, la question suivante est de savoir qui les ont
construites ? La construction était-elle un savoir largement partagé comme celui de la
taille du silex ou la production de céramiques communes ou était-elle un savoir
spécialisé comme la métallurgie ? Qui étaient les constructeurs des bâtiments du Bronze
ancien : des maçons ou des architectes ?

#      7"   


Les constructeurs du Bronze ancien étaient-ils des professionnels ou des maçons
occasionnels ? Il semblerait que cette question possède une réponse différente selon que
l’intérêt soit porté à l’architecture domestique ou à l’architecture monumentale.

-      


D’après les exemples ethnoarchéologiques et les études menées dans les régions
voisines, l’architecture domestique est conçue sans la présence d’un architecte. Ainsi, en
observant les constructions domestiques du Bronze ancien, il existe d’importantes
différences de qualité. Elles indiquent que les maisons devaient être réalisées par des
particuliers, sans doute par le futur propriétaire et sa famille809. D’ailleurs, T. Canaan
note dans ses observations ethnographiques de la Palestine que pour la construction de
toutes les maisons, jusqu’au début du 20ème siècle de notre ère, les villageois ne faisaient
appel à des architectes qu’exceptionnellement, par exemple pour construire une grande
maison. L’architecte était alors un maçon simplement plus expérimenté qui concevait le

808
Alm, 1996, p. 132.
809
Ben-Tor, 1992b, p. 6.

181
plan et construisait la maison, tout en étant aidé et supervisé par le futur propriétaire810.
Selon P. de Miroschedji, le constructeur n’est pas un spécialiste, il maîtrise un savoir
ancestral partagé par de nombreux membres de la société811. O. Aurenche qualifie ce
système d’autoconstruction, c'est-à-dire que l’habitant construit lui-même sans
intermédiaire, la maison qu’il va habiter et ce depuis l’origine de la maison au
Néolithique. Néanmoins, cela n’empêche pas l’apparition de types de plan qui
représentent l’expression d’une tradition architecturale812.

Dans les régions voisines comme l’Égypte et la Mésopotamie, la situation


semble similaire. Par exemple, en Égypte, la différence est très marquée entre les
constructions de la vie quotidienne et l’architecture monumentale. Ainsi, par exemple
dans le cas de la réalisation de briques, l’action n’entraîne pas l’attribution d’un titre
spécifique car c’est une compétence largement répandue dans les sociétés
traditionnelles813. Elle est d’ailleurs encore pratiquée aujourd’hui par les paysans dans
les villages agricoles. À l’inverse un architecte comme Imhotep, concepteur du
complexe funéraire du pharaon Djéser à Saqqarah, peut être divinisé et vénéré pendant
des siècles. En Mésopotamie, la réalisation des briques et la construction des maisons
surtout en milieu rural, pouvaient se faire par le propriétaire lui-même ou par l’ensemble
de la famille, d’une communauté ou d’un village. Seule la partie la plus privilégiée de la
population faisait appel à des spécialistes : maçons ou architectes814.

-     


D’après O. Aurenche, le plus ancien exemple de l’intervention d’un spécialiste
de la construction dans le monde syro-mésopotamien, est lié à la découverte d’un lot de
99 briques miniatures (au 1/10ème) dans l’East Temple de Gawra XIII. Les temples de
Gawra sont les premiers exemples d’architecture monumentale. Ils datent de l’Obeid,
soit du début du 4ème millénaire avant notre ère. Les briques, de tailles et de formes
différentes, sont cuites, sans doute pour résister aux manipulations successives. Elles
ont probablement servi à l’élaboration de murs complexes à redans et à niches. Ces
éléments de maquette architecturale témoignent de la présence d’un spécialiste de
l’architecture et son apparition coïncide avec celle des premières constructions
monumentales815.

810
Canaan, 1933.
811
Miroschedji, 2001b, p. 470.
812
Aurenche, 1984, p. 11-12.
813
Kemp, 2000, p. 83.
814
Sauvage, 1998, p. 79.
815
Aurenche, 1984, p. 13.

182
En Palestine, l’architecture monumentale apparaît au Bronze ancien II et selon
P. de Miroschedji, elle coïncide aussi avec celle des premiers architectes816. De ce fait
ces nouvelles constructions beaucoup plus vastes et planifiées nécessitent la maîtrise
d’outils et de techniques spécialisées. Elles nécessitent également le recourt à un
nombre importants d’ouvriers afin de récolter, traiter et mettre en place les matériaux de
construction. Et en observant les remparts des sites fortifiés, on imagine aisément que
les besoins en pierres et en briques étaient très importants. Au vu du nombre colossal de
briques produites et utilisées à Bâb edh-Dhrâ’, W. E. Rast suppose que les marques
présentes à la surface des briques reflètent l’existence de différents producteurs
professionnels de briques817. La construction, mais aussi l’entretien des constructions
monumentales devaient nécessiter un nombre important de gens agissant sous la
direction d’une organisation centralisée et d’un ou plusieurs spécialistes de la
construction.

Ainsi, l’apparition du métier d’architecte est le corollaire du besoin en


architecture monumentale. Elle reflèrte également l’apparition de commanditaires ayant
la vision de la fonction d’une construction de prestige. Toutefois, au vu du très faible
nombre d’architectes nécessaires à la construction des palais du Bronze ancien, il est
possible que ces architectes fussent très peu nombreux. Ils voyageaient sans doute en
transportant leur savoir, à la façon des artisans spécialisés itinérants et selon un modèle
déjà connu au Chalcolithique, pour la métallurgie ou les bols en forme de V818. Mais
aussi attesté au 2ème millénaire, où des tablettes témonignent de l’existence de
constructeurs et d’artisans itinérants819. Les textes mésopotamiens parlent de
« maîtres maçons » et d’« architecte en chef » qui se déplacent de ville en ville pour
réaliser des briques ou construire un temple.

'              


Il importe donc de distinguer d’une part, les bâtisseurs qui produisent de
l’architecture domestique et d’autre part, ceux qui produisent de l’architecture
monumentale. Les premiers conçoivent et réalisent une architecture dans un cadre
familial avec parfois l’aide d’un maçon. Les seconds sont des architectes qui produisent
une architecture planifiée. Dans tous les cas au Bronze ancien, la transmission des
savoirs est orale et le principal outil de la transmission orale est la mémorisation.
D’après A. Emery : « la mémorisation ne peut être instantanée. Toute transmission orale
intègre donc un facteur temps, qui dépend de la nature et de la complexité de ce qu’il
faut mémoriser »820. Cela implique d’importantes différences entre la quantité de savoirs
816
Miroschedji, 2001b.
817
Rast, 2001, p. 526.
818
Roux, 2007, p. 203-210.
819
Durand, 1997, p. 285-289.
820
Emery, 2007, p. 295.

183
maîtrisés pour construire une simple maison et ceux nécessaires pour à la construction
d’une fortification ou d’un palais. Pour la transmission des techniques impliquées dans
la construction domestique, l’observation des pratiques et l’intégration progressive de
l’individu aux activités de construction est probablement suffisante. Les savoirs acquis
sont empiriques. En revanche un véritable apprentissage est nécessaire pour la
réalisation des constructions monumentales821.

Cette différence de constructeurs et de complexité des savoirs maîtrisés a des


conséquences sur la transmission des connaissances architecturales. Ainsi, une
technique simple comme la brique moulée est largement diffusée dès le Bronze ancien,
dans tous les types de construction. Elle se transmet directement aux périodes suivantes.
À l'inverse, une technique plus complexe et plus longue à acquérir comme l’usage de la
métrologie n’est employée que dans quelques bâtiments du Bronze ancien. C’est un
savoir spécialisé qui va disparaître à la fin du Bronze ancien III et qui devra être
réinventé dans les périodes ultérieures. V. Roux a étudié ce phénomène de transmission
de connaissances très spécifiques partagées par quelques personnes. Pour cela, elle se
base sur l'étude de l'apparition et de la disparition du tour de potier. En effet, cette
technique a disparu à deux reprises entre le 5ème et le 2ème millénaire, avant d'être
maintenue. V. Roux a montré que la taille des réseaux de transmission joue un rôle
fondamental dans le maintien d'une technologie. Si la taille du réseau est trop petite le
système technique est fragile et par conséquent il ne résiste pas à des crises historiques.
À l’inverse, si la taille du réseau de transmission est importante, la technique est assez
redondante pour pouvoir résister aux dynamiques historiques : c’est une technique
solide822. Ainsi, la technique du moulage de briques se propage rapidement et se
pérennise au Bronze intermédiaire, alors que tous les savoirs liés à la planification et la
construction d'un palais seront oubliés. Ces derniers devront être réinventés au Bronze
moyen avec la réapparition des besoins en architectures de prestige.

821
Emery, 2007, p. 294-297.
822
Roux, 2007, p. 202-210.

184
4 ) 
Cette première partie a été consacrée à l’étude des méthodes de construction de
manière globale. Dans un premier temps, nous avons cherché à reconnaître les
techniques de construction connues et employées. En effet, comme l’époque ne connaît
pas l’écriture seule l’analyse des vestiges construits peut nous permettre de retrouver par
déduction les méthodes utilisées. Ainsi, avant la construction – même d’une simple
maison – les sols sont nivelés, creusés, mis en forme afin d’offrir une base stable. Dans
les villes fortifiées, les travaux prennent une ampleur encore plus importante car, ils
sont adaptés à la nature géologique du site. Quand le substrat rocheux est stable, les
constructions simples n’ont pas besoin de tranchées de fondation. Les bâtiments
peuvent même comporter éventuellement un étage. En revanche, sur des sols mous,
composites ou en pente, les bâtisseurs ont dû développer un ensemble de techniques de
fondation tels que les murs de soutènements, les terrasses artificielles, les tranchées de
fondation, ou les murs à caissons. À l’exception des tranchées de fondation, ces
méthodes ne sont pas nouvelles au Bronze ancien, elles sont simplement employées à
une plus grande échelle. Ainsi, les populations ne renonçaient pas à occuper des zones
apparemment impropres à la construction comme Bâb edh-Dhrâ’. En conséquence, ils
développaient des techniques permettant de fonder même de vastes constructions telles
que les remparts. L’attachement au lieu, pour des raisons symboliques prévaut sur les
conditions environnementales. Puis, une fois, la mise en forme du terrain effectuée, les
plans devaient être implantés grâce à l’usage de cordes, à la fois de simples cordes
d’arpentage et des cordes à nœud pour les rares cas où un système d’unités de mesure a
été utilisé.

Dans un second temps, nous nous sommes attachés à l’inventaire et à la


description des principaux matériaux de construction employés au Bronze ancien. Leur
analyse a démontré que dans l’immense majorité des cas, ils étaient d’origine locale.
Les seules exceptions sont le basalte et quelques espèces d’arbres qui peuvent être
employés loin de leur région d’origine. Le Bronze ancien connaît d’importantes
modifications architecturales malgré le fait que les matériaux de construction soient les
mêmes qu’au Chalcolithique. En effet, l’usage de nouveaux outils permet aux bâtisseurs
de les appréhender de manière différente. De ce fait, les principales évolutions se sont
produites au niveau du travail de la terre avec l’apparition du moule en bois. Il permet
de standardiser la production, donc de produire plus vite et d’utiliser moins de mortier
dans le montage des murs. Le travail de la pierre change aussi avec la production
d’outils en métal. En effet, même si le gros du travail d’épannelage devait être réalisé
avec des outils lithiques, les outils en cuivre commencent à être utilisés. Trois
principaux types d’outils sont employés : les outils à percussion (hache, herminette,
marteaux, maillets), les outils "frappés" (ciseaux) et les outils sciants (couteaux et les

185
scies). Certains continuent d’être réalisés en pierre comme la hache, mais d’autres ne
sont plus produits qu’en métal comme le ciseau. Ces outils en métal, majoritairement du
cuivre servent à travailler toutes les sortes de bois ainsi que les pierres tendres (valeur
inférieure à 3 sur l’échelle de Mohs). Toutes les pierres plus dures type basalte ou silex,
sont taillées avec des outils en pierre.

Le Bronze ancien marque également le développement de l’architecture


monumentale qui nécessite la mise en place d’importants moyens humains et
techniques. En effet, certaines constructions comme les temples de Megiddo ou le
Palais B1 de Tel Yarmouth utilisent des matériaux et des techniques différents des
habitats contemporains, tels que la métrologie et les angles droits. L’importance de
l’usage de la métrologie est capitale car le bâtiment est construit comme un tout, il n’est
plus la somme d’éléments823. Cependant, ces constructions restent très rares au Bronze
ancien car seul un petit nombre de ces bâtiments sont nécessaires et aussi parce que ce
type d'architecture nécessite sans doute un très long apprentissage. Ainsi, les différences
architecturales entre les constructions à l’intérieur des cités-états montrent aussi la
présence de deux type de constructeurs : le maçon et l’architecte.

823
Forest, 1991, p. 170.

186
 

>(- .-1

187
 &  &  
Cette deuxième partie vise à présenter l’architecture retrouvée dans les sites du
Bronze ancien en étudiant d’abord les plans, puis les fonctions. Cependant, pour des
raisons de problématiques très différentes, comme dit dans l’introduction, nous
n’aborderons pas les fortifications même si elles peuvent être occasionnellement
mentionnées.

L’analyse des vestiges se fonde sur l’établissement d’une typologie des plans824
domestiques puis monumentaux. Cette typologie vise à déterminer l’existence de plans
types. Il s’agira d’en définir les particularités, l’extension chronologique et
géographique.

"      : 4&  % &  


En parcourant la littérature archéologique certains types de plans sont érigés en
modèles absolus de la maison du Bronze ancien. C’est le cas notamment de la maison
absidale, de la maison d’Arad, du plan forecourtyard (avant-cour), de la maison à trois
pièces, du plan breitraum ou de la maison de type longhouse825. Cependant, tous ces
plans ne sont pas forcément les plus représentatifs du Bronze ancien et certains d’entre
eux ne sont même pas employés à l’époque ou alors en petit nombre. Ainsi, le plan
absidal826 longtemps considéré comme typique est désormais jugé très rare827.

Les critères choisis pour établir cette typologie se fondent tout d’abord sur la
morphologie extérieure des plans : ovale, rond, rectangulaire. Puis sur le nombre de
pièces : monocellulaire ou pluricellulaire. Cependant, dans les faits, seuls les plans
rectangulaires possèdent deux pièces ou plus. Les distinctions sont donc basées sur la

824
Les mesures indiquées sont toujours des mesures internes, sauf mention contraire.
825
Ben-Tor, 1992a.
826
Avec une extrémité en forme de demi-cercle ou d’abside et l’autre extrémité de forme rectangulaire.
827
Braun, 1989.

188
complexité du plan. Ainsi, les plans simples possèdent des circulations rudimentaires
car chaque pièce ne dessert qu’une seule autre pièce. À l’inverse, les plans complexes
sont appelés ainsi en raison de leur agencement interne, de la multiplicité des pièces et
de leurs dimensions, chaque espace en dessert plusieurs autres. Ainsi, seul un examen
des réseaux de circulations intérieures peut confirmer la complexité de ces
habitations828.

La typologie qui en résulte comporte quatre grandes catégories : sans plan


prédéfini (troglodytique), rond, oval et rectangulaire.

#     % 4   
Les habitats troglodytiques sont installés dans des grottes naturelles ou creusées
dans une roche tendre. Ne possédant pas de plan type, ils utilisent les données des
anfractuosités naturelles. Leur zone de répartition géographique n’est pas spécifique car
leur présence dépend entièrement de la topographie du site. Dans la zone
méditerranéenne, elles sont présentes à Gezer et à Lachish (fig. 1, 2, pl. 112) et dans la
zone semi-désertique, à Arad829. L’utilisation de grottes naturelles, bien que marginale
en comparaison avec d’autres types d’habitations, coexiste avec les établissements
ruraux ou urbains à toutes les époques d’occupation de la Palestine830.

Les habitats troglodytiques de Gezer (pl. 96), Lachish et Arad possèdent de


nombreux points communs. Ce sont des cavités naturelles recreusées et agrandies par
l’homme. Leurs dimensions varient, certaines comportent même plusieurs pièces831. À
Arad, les grottes 1324 + 1340 (fig. 1, pl. 52) deux espaces avec une chambre haute et
une chambre basse. La chambre supérieure mesure 3 x 3,70 m. Les marches qui relient
les deux niveaux de sol sont taillées dans la roche832. L’entrée peut être marquée par un
seuil en pierre. Une crapaudine a même été retrouvée face à l’entrée de la grotte 1557 de
Lachish. L’entrée de la grotte 1517 de Lachish est flanquée de jambages en pierre. À
l’intérieur, les parois peuvent être retravaillées et arasées, comme dans la grotte 1519 de
Lachish, afin de paraître plus plates. Les sols sont nivelés et l’espace est aménagé avec
des murs de refends, comme dans la grotte 1520 de Lachish. Les murets internes servent
aussi à renforcer le plafond rocheux des grottes833. Ces dernières portent les traces de
toutes les activités domestiques qui y étaient pratiquées. Ainsi, elles comportent des
dispositifs de stockage construits type fosses, silos ou coffres dallés. Le sol des grottes
est également recreusé afin de former des petites cupules à usages divers, ainsi, la

828
Communication personnelle de B. Perello.
829
Porat, 1992, p. 45.
830
Ben-Tor, 1992a, p. 66.
831
Dever, Lance & Wright, 1970, p. 20-30.
832
Amiran, 1978, p. 17-18, pl. 135 : 2, plan 175.
833
Tufnell, 1958, p. 40.

189
chambre basse de l’habitat troglodytique 1324 + 1340 d’Arad en contenait six834. Les
foyers consistent en de simples excavations835.

Ces grottes sans doute pour des raisons d’ordre pratique ou symbolique ont
souvent eu, avant ou après leur utilisation domestique, un rôle funéraire. Ainsi, Horbat
Tinshemet a d’abord eu une fonction funéraire, puis dans un second temps, un usage
domestique, le tout au Bronze ancien IB (pl. 145)836. À l’inverse, les grottes de Lachish
et de Gezer ne seront réemployées comme tombes qu’au Bronze moyen837.

L’habitat troglodytique reste minoritaire durant tout le Bronze ancien, cependant


ce n’est pas un habitat frustre. Au Bronze ancien, Gezer, Arad et Lachish étaient des
villages qui abritaient des petites communautés humaines agricoles. À Lachish, au total
près d’une vingtaine de grottes habitées ont été retrouvées.

'&  


Les maisons de plan circulaire simple sont des habitats installés dans des
excavations assez profondes creusées par l’homme. De plan circulaire ou ovale, elles
mesurent de 2 à 4 m de diamètre et sont enterrées en moyenne de 0,50 m à 3,50 m dans
le sol. Elles peuvent être localisées : en zone méditerranéenne, comme à Beth Yerah838
ou en zone semi-désertique, comme à Tel Halif839. La seule nécessité requise est la
présence d’un substrat apte au creusement. La maison fosse est un type de plan qui
existe depuis la Préhistoire (fig. 1, pl. 44). O. Aurenche dans son étude intitulée
La maison orientale, l’architecture du Proche-Orient Ancien des origines au milieu du
quatrième millénaire a constaté que pendant plusieurs millénaires de 14 000 à 7 500 la
maison ronde semi-enterrée fut le seul type de maison existant. Selon lui, deux raisons
principales l’explique : d’abord, il est plus facile de creuser que de construire mais aussi
l’existence probable de « raisons culturelles » qui nous sont inconnues. En outre, lors du
creusement des maisons, une forme plus ou moins circulaire s’obtient plus aisément
qu’un plan rectiligne avec des angles droits840.

À Beth Yerah, au Bronze ancien IB, les chantiers BS (niveau 15) et MS (niveau
10) abritent des habitats de 3 à 4 m de diamètre, creusés dans le sol sur environ 0,50 m
de profondeur841. Les maisons forment une sorte de hameau, tout comme à Tel Halif842

834
Amiran, 1978, p. 17-18.
835
Bonn Greenwald, 1976, p. 127, 150.
836
van den Brink & Grosinger, 2004, p. 83-85.
837
Dever, Lance & Wright, 1970, p. 20-30.
838
Hestrin, 1993, p. 255-259.
839
Seger, 1993, p. 553-559.
840
Aurenche, 1984, p. 11-12.
841
Greenberg & alii, 2006, p. 33, 120.
842
Seger & al., 1990, p. 16-18.

190
ou à Jéricho où elles constituent la première occupation du Bronze ancien I (fig. 1, 2,
pl. 105). Les maisons se composent de briques reposant sur un soubassement de pierres
non taillées. Diverses installations type silos ou plates-formes en pierre entourent les
maisons. Leur superficie totale est souvent faible. Ainsi, les maisons 177 et 173843
mesurent respectivement 7 et 3 m2. Leurs murs mesurent entre 0,60 et 0,80 m de large.
Le sol des habitats circulaire est en partie recreusé. À l’intérieur, les sols sont en terre
battue, mais certains sont recouverts d’enduit. De ce fait, la maison 210 de Jéricho est
enterrée sur 0,75 m dans les vestiges des niveaux précédents. Ses murs en briques
reposent sur une seule assise de pierres. Les assises de briques possèdent la particularité
très rare d’être composées de briques de forme trapézoïdale. De cette manière, une
brique compose la largeur totale du mur, ce qui crée naturellement une courbe844.
Toutefois, cette conception reste exceptionnelle, elle n’a pas été employée pour les
autres maisons circulaires de Jéricho. Ces dernières comme les maisons OBO et OBN845
sont construites avec des briques de forme rectangulaire. Tout comme la pièce annexe
de la maison 210846. Ainsi, la majorité des superstructures des maisons rondes devait
être en briques. Cependant à Tel Halif, J. D. Seger reconstitue des murs en torchis847. Il
est également possible d’imaginer une superstructure en tissu ou en peaux.

La maison circulaire semi-enterrée est un type de plan très ancien au Levant sud,
son origine remonte à la période kébarienne (14 000-10 000 avt. J.C.) et natoufienne
(10 000-8 300 avt. notre ère). Des maisons datées du Néolithique ont été trouvés à
Tell el-Fârǥah. Toutefois au Bronze ancien ce n’est pas une forme d’architecture
régressive mais plutôt un mode d’habitat économique car creuser est plus facile que
construire. C’est moins coûteux en énergie et en matières premières, surtout dans les
régions où les ressources en bois font défaut, comme dans les régions semi-
désertiques848. D’autre part, O. Aurenche lors de ses études ethnoarchéologiques a
remarqué qu’à l’heure actuelle, lorsque des populations sans tradition architecturale et
sans modèle à imiter se sédentarisent, elles adoptent spontanément la maison ronde
semi-enterrée. Il avance même la supposition que la maison fosse est la « marque de
l’architecture originelle, […] la caractéristique quasi obligatoire d’une architecture à ses
débuts »849. Enfin, malgré sa faible diffusion, ce type d’architecture va se pérenniser
jusqu'à l’époque byzantine et même jusqu'à la période contemporaine.

843
Garstang, 1936, pl. XXIV.
844
Lass, 2006, p. 53.
845
Kenyon, 1981, p. 146, pl. 249.
846
Kenyon, 1981, p. 104, pl. 239.
847
Seger, 1983b, p. 1-23.
848
Perrot, 1984, p. 88.
849
Aurenche, 1984, p. 10.

191
+&    7   
L’expression « maison à double abside » provient des fouilles françaises qui en
ont étudié un grand nombre dans la région du Léjà, au sud de la Syrie (fig. 1, pl. 141)850.
Mais ce type d’architecture a aussi été qualifié de curviligne, d’ovale ou
d’ellipsoïdale851 et lors de ses fouilles à Yiftahel, E. Braun a même opéré une distinction
entre trois types de plans curvilignes : sausage-shape, ovale et rond (pl. 159, 160). Le
type sausage-shape se compose de deux murs parallèles qui se rejoignent à chaque
extrémité par des segments de murs curvilignes et le plan ovale ne serait composé que
de murs courbes.

Différents types de plan à double abside peuvent être présents sur un même site.
Ainsi, un bâtiment rectiligne avec quelques angles arrondis ne peut pas être qualifié de
curviligne. De plus, il se distingue du plan absidal même s’ils ont pu être confondus
comme à Mezer (fig. 2, pl. 125) ou à Beth Ha-Emeq (fig. 2, 3, pl. 70). En effet, l’article
de E. Braun852 : The Problem of the « Absidal » house: New aspects of Early Bronze I
Domestic Architecture in Israel, Jordan, and Lebanon, démontre que ces habitats sont
selon les cas, curvilignes, barlongs ou rectilignes853. Dans les faits, seules deux maisons
de Megiddo semblent réellement absidales. Elles ont été découvertes dans le secteur
dénommé stage IV, fouillé par les archéologues de l’Université de Chicago.
Malheureusement, il n’existe pas de plan original du stage IV et la zone a depuis
disparu. Seule une photographie publiée représente un assemblage de maisons
rectangulaires à angles arrondis (stage V) datées du Chalcolithique et deux maisons à
une seule abside datées du Bronze ancien IA (fig. 1, 2, pl. 117). Selon E. Braun, c’est
l’unique exemple de maison qui mérite le qualificatif d’absidal. Or cela ne suffit pas à
appuyer l’hypothèse d’une tradition architecturale absidale au Levant854. Des
constructions de plan absidal sont aussi présentes aux niveaux Bronze ancien I de
Yaqush (pl. 148)855 et de Jéricho (fig. 2, pl. 104)856, mais ce sont des installations de
stockage.

850
Nicolle & Maqdissi, 2006, p. 125.
851
Dunand, 1973, p. 923.
852
Braun, 1989.
853
À Mezer, au Bronze ancien I, le niveau II est caractérisé par la présence de trois maisons décrites par
M. Dothan comme absidales. Cependant, dans les trois cas une seule abside de chaque bâtiment est
préservée. À Beth Ha-Emeq, seuls des bouts de murs curvilignes datés du Bronze ancien IB ont été
dégagés. E. Braun démontre que les bâtiments 11 et 20 ne sont en réalité que des fragments de murs, sans
connexion, qui appartiennent à des niveaux différents. Dans la publication de Tel Dalit, R. Gophna
qualifie aussi une maison de curviligne ; or elle est datée du Bronze ancien II et la tradition architecturale
curviligne disparaît à la fin du Bronze ancien I. D’après l’étude du plan, il semblerait plutôt que la maison
soit rectiligne avec des angles légèrement arrondis.
854
Braun, 1989, p. 15.
855
Eitan & Esse, 1993, p. 1485.
856
Kenyon, 1981, pl. 314.

192
&    % % &     % 
La construction de ce type de plan est un phénomène très localisé et unique dans
le temps. Jusque récemment, seul une poignée de maisons situées au sud du Liban et au
nord d’Israël étaient connues. Mais depuis peu, de nouvelles découvertes ont été faites
au sud de la Syrie et près de la Plaine côtière israélienne, mais toujours dans le cadre
chronologique du Bronze ancien I. Les principaux villages connus en Palestine
sont Tel Teo, Kabri, Beth Ha-Emeq, Yiftahel, En Esur, Mezer, Qiryat ‘Ata, Palmahim
Quarry, Afridar (pl. 57), Ashkelon-Barnea, Horvat Ptora et Jebel Mutawwaq. Quelques
petits vestiges de murs curvilignes ont aussi été mis au jour à Pitat ha-Yarmuk857,
Sataf858, Moza859 et Modiin860. Plus au nord, des maisons ont été retrouvées à Byblos
(fig. 2, pl. 81) et à Sidon-Dakerman et une série de prospections menées dans la région
du Léjà, zone basaltique située au sud de la plaine de Damas, en ont révélé de nombreux
exemplaires. Ainsi, sept sites principaux ont été repérés : Shraya (90 ha) (pl. 141),
Kreim (20 ha), Eib, Sahr sud (environ 30 maisons), Karm ez-Zbib (un mur d’enceinte,
une trentaine de maisons réparties sur 1,8 ha), Al Mardoumé (54 maisons conservées
dans une enceinte de 0,78 ha) et Rahil (unité isolée de une ou deux unités
d’habitations)861.

Les plus anciens exemples de maisons à double abside datent du Chalcolithique.


Ils proviennent de Byblos et de Dakerman, dans la banlieue de Sidon (pl. 142). Le cas
de Byblos reste très compliqué à appréhender en raison des techniques de fouilles
employées. Dans sa publication, M. Dunand rattache les maisons ovales au niveau
Énéolithique ancien qui correspondrait au Chalcolithique du Levant sud (3 800-
3 500/ 3 400 avant notre ère). Cependant, une seule maison complète a été dégagée. Elle
mesure 10,40 x 4,30 m. Le reste des vestiges de ce niveau ne sont composés que de
bouts de murs curvilignes862. Ainsi, le plan à double abside apparaît à Byblos plus tôt
que dans le reste du Levant sud. A Dakerman, les maisons ovales datent également de la
fin du quatrième millénaire avant notre ère. Vingt-cinq maisons ont été identifiées,
parmi lesquelles, huit sont complètement conservées863. Chaque maison constitue une
unité d’habitation isolée des autres.

Dans le reste du Levant sud, les maisons datent toutes du Bronze ancien I. Sur
certains sites, il est précisé que les maisons datent soit du Bronze ancien IA, soit du
Bronze ancien IB, soit des deux, mais cette précision n’est pas toujours mentionnée.
Ainsi, les seuls sites datés avec certitude du Bronze ancien IA sont Tel Teo, Shraya,

857
Epstein, 1985.
858
Gibson, Ibbs & Kloner, 1991.
859
Eisenberg, 1993a.
860
Communication personnelle de E. van den Brink.
861
Nicolle & Maqdissi, 2006, p. 132-133.
862
Dunand, 1973, p. 229.
863
Saidah, 1979, p. 29-35.

193
Jebel Mutawwaq et Afridar. Cependant, malgré les incertitudes chronologiques, qui
concernent même les sites libanais, le phénomène reste très ponctuel. Plusieurs phases
de constructions se superposent sur une période chronologique assez courte, leur durée
d’occupation devait être brève. Sur les sites occupés à la fois au Néolithique ou au
Chalcolithique, puis après un hiatus au début du Bronze ancien I, il y a une succession
architecture rectiligne/ curviligne. C’est le cas notamment à Horvat Ptora, Tel Teo
(pl. 146), Mezer (fig. 2, pl. 125), En Esur ou Yiftahel. Dans le cas des villages occupés
tout le Bronze ancien, voir également au Bronze ancien II, il y a une succession
architecture curviligne/ architecture rectiligne ; par exemple à Palmahim Quarry,
Tel Kabri, Qiryat Ata (fig. 2, pl. 134), En Esur ou Ashkelon-Barnea. Enfin, certains
sites ne sont occupés qu’au Bronze ancien I, comme Afridar, Jebel Mutawwaq et
certains sites du Léjà.

            


Peu d’installations ont été retrouvées à l’intérieur des habitats. Quand elles sont
présentes, elles se concentrent dans la zone des absides pavées comme à Mezer,
Yiftahel, Qiryat Ata, Tel Teo et Kabri. Dans le bâtiment 2 de Qiryat Ata, les deux
absides sont pavées de galets, à la différence du centre du bâtiment qui est recouvert de
terre battue. À l’intérieur de certaines maisons, sous le niveau du sol, se trouvent des
sépultures d’enfants placées dans des jarres. Les cas seront détaillés plus longuement
dans le paragraphe consacré aux liens entre l’habitat et les activités funéraires864. Les
maisons peuvent aussi être associées à des installations externes comme des silos, c’est
le cas à Mezer (silo B12), Yiftahel, Palmahim Quarry, Ashkelon-Barnea865. Seules
quelques maisons sont associées à une cour.

Le tableau ci-dessous résume les principales caractéristiques des maisons ovales,


avec par ordre alphabétique, la référence de la maison, ses dimensions internes, sa
superficie interne, la largeur des murs externes, la présence éventuelle de bases de
piliers en pierre, de murets internes, de tombes sous le sol et l’orientation de la maison.
Comme de très nombreuses maisons ont été repérées à Jebel Mutawwaq, seules les
valeurs moyennes par secteur ont été reportées866.

864
2ème partie, chapitre II, D, 4.
865
Golani, 2007, fig. 11-14.
866
Se référer au catalogue des sites, volume 2, pour avoir les valeurs détaillées maison par maison.

194
Site Maison Dimensions Superficie Largeur Base de Murets Présence de Orientation
(en m) (en m2) des piliers internes tombes
murs contemporaines
(en m) sous le sol
Afridar Bât. 150 6,50 x 3,50 22,75 0,55- NE/SO
0,60
Bât. 132 8,50 x 6 51 0,55- NE/SO
0,60
Ashkelon- K1 4,30 x 8,60 37 0, 53- NE/SO
Barnea 0,70
G, bât. / / / X /
est
G, bât. / / / 1 sépulture /
ouest
K2 4,30 x 4,30 18,40 0,35- NO/SE
0,53
K3 3,40 x 4,30 13 0,35- /
0, 53
L1 8,90 x 3,70 33,70 0,68 X NE/SO
M 7,81 x Env. 1,09- NE/SO
2,81-3,28 23,80 0,93
Byblos867 4,30 x 44,72 X /
10,40
En Esur Unité A, 3x4 12 0,35 NO/SE
bât. 2020
Unité B, 5 x env. 6 Env. 30 NO/SE
bât. 2222
Unité C, 5x? / 0,35 NO/SE
bât. 2219
Unité E, 4,60 x env. Env. 0,35 NE/SO
bât. 2303 6 27,60
Cht. G, 3,70 x 7,40 27,48 0, 77 1 sépulture N/S
bât. 123
Jebel Secteur 4,40 x 45,01 Au moins 3 /
Mutawwaq ouest, 17 10,23 Seulement sépultures
868
maisons dans les dans la maison
maisons 81
Secteur 3,87 x 9,88 36,18 de + X
central, 0,50- de 16 m
15 0,70 de long
maisons
Secteur 4,28 x 12 50,57
central
(N,) 4
maisons
Secteur 4,30 x 45
est, 8 10,38
maisons
Kabri, Mais.977 Env. 4,60 / 0,70 / / 3 sépultures NO/SE
Tel x?
Mais. 4,30 x 8,80 37,84 0,80 3 NO/SE
1057
Mais. / / 0,75 / X 1 sépulture NO/SE
1118
Mezer B1 Env. 8,75 x Env. 0,80 NE/SO
Env. 2 17,50
B14 ? x 3,10 / 0,65 NE/SO
D6 ? x 4,96 / 0,70 NO/SE
Palmahim N° 1 4,68 x 49,78 0,80- X NE/SO
Quarry 10,62 0,90
N° 10 4,7 x 10,8 50,76 0,85 NE/SO

867
Les maisons sont datées du Chalcolithique récent.
868
Les valeurs indiquées sont des moyennes faites secteur par secteur.

195
Qiryat Bât. 1 3,75 x 9,75 36,56 1 2/3 E/O
Ata Bât. 2 4,60 x 71,53 1,20 4 X E/O
15, 55
Bât. 3 / / 0,80 1 X E/O
Sidon 1 7,20 x 4,65 20 0,50 E/O
Dakerman 2 11,80 x 50 0,55- NO/SE
6,45 0,70
3 10 x 5,70 45 0,40 NE/SO
4 7,65 x 4,40 20 NE/SO
5 6,15 x 3,75 15 0,40- NNE/SO
0,50
6 10,80 x 40 0,40 E/O
5,90
7 7,10 x 4,40 20 NE/SO
8 7,20 x 4,20 20 NO/SE
Teo, Tel Bât. 525 5,70 x 71,25 0,66-1 X NO/SE
12,50
Bât. 542 6 x 11 66 0,66 NO/SE
Bât. 557 4x? / 0,66 2 sépultures N/S
Yiftahel IIA/1 15,38 x 73,35 0,50 X E/O
4,76
IIA/2 17,60 x 109,12 0,88-1 X NO/SE
6,20
IIA/3 11,60 x 6 69, 60 0,88 NE/SO
IIA/4 7,14 x 4,28 30,60 0,65 N/S
IIB/1 Env. 15,77 Env. 0,65 X E/O
x 5,77 91,11
IIB/4 Env. 7,13 x Env. 0,40 NO/SE
3,47 24,80
IIB/5 / / 0,40 E/O
IIB/6 Env. 9 x Env. 0,83 NO/SE
4,57 41,13
Tabl. 10 : Récapitulatif des maisons ovales

Sur un total de 39 maisons dont la superficie est connue, les superficies varient
entre 12 et 109 m2. Quatre modules de taille peuvent être reconnus : inférieure à vingt
mètres carrés (5 cas), entre 20 et 50 m2 (23 cas), entre 50 et 70 m2 (9 cas) et plus de
90 m2 (2 cas). De ce fait, la grande majorité des maisons mesure entre 20 et 50 m2. Les
très petites constructions – moins de 20 m2 – ne sont peut-être pas des habitats. Les deux
plus grandes maisons proviennent de Yiftahel (pl. 159, 160) (maison IIA/2 : 109,12 m2 ;
maison IIB/1 : env. 91,11 m2). Ces dimensions sont exceptionnelles car toutes les autres
maisons ont une superficie inférieure à 75 m2, il est donc possible qu’elles soient d’un
type différent.

Dans de nombreux sites avec des maisons à double abside, les installations
subsidiaires éparpillées tout autour sont aussi construites selon un plan curviligne, rond
ou ovale. L’observation des superficies met aussi en exergue la présence de grandes
maisons. Selon H. de Contenson qui a étudié Sidon-Dakerman, les différences de
dimensions peuvent s’expliquer soit par la taille de la famille qui l’occupe, soit par une
forme de hiérarchie, soit par une évolution chronologique, car elles n’ont pas toutes été
occupées en même temps869. Les fouilleurs de Jebel Mutawwaq pensent que les

869
Contenson, 1982, p. 80-82.

196
différences de dimensions s’expliqueraient surtout par des différences de taille des
familles870. Cependant, en se basant sur les informations fournies pas le matériel
archéologique, il est possible que les différences entre les habitats aient pu aussi être
liées à leur statut économique. Ainsi, toujours à Jebel Mutawwaq, la maison 81 se
distingue des autres par sa taille (16,80 x 4,30 m) et son plan qui comporte un corridor
qui longe la maison au sud871. De même, à Yiftahel, des lames de hache en métal se
trouvaient sur le sol de grandes maisons. Selon E. Braun, elles seraient des marqueurs
de pouvoir872, en effet, la possession de tels objets n’est pas anodine au Bronze ancien I.
Il est donc possible que les villages de maisons ovales aient été occupés par des familles
avec des statuts économiques et sociaux différents.

À l’intérieur des sites, il n’y a pas de règle absolue en matière d’orientation des
maisons. Elles peuvent être orientées dans la même direction ou différemment.
Néanmoins, les constructeurs semblent avoir privilégié les orientations NO/SE et
NE/SO. Les orientations E/O et N/S restent plus rares. Cette situation s’explique par le
fait que les orientations NO/SE ou NE/SO sont les plus adéquates en milieu
méditerranéen, car elles représentent un compromis entre l’apport de luminosité toute
l’année et la limitation de la chaleur en été. Le peu de seuils préservés ne permet pas de
connaître la direction d’ouverture préférentielle des portes. Cependant, il est précisé
qu’à Shraya (fig. 3, pl. 141)873, les portes ouvrent en général vers l’est, à la différence de
Sidon-Dakerman, Afridar, Jebel Mutawwaq et Qiryat Ata où les portes ouvrent vers le
NO, le SO ou le sud.

" %    &  


Les maisons à double abside ne sont jamais isolées. Elles sont toujours groupées
dans des sites de type villageois. Cependant, en Israël, les fouilles de maisons ovales
sont souvent effectuées lors d’opérations de fouilles de sauvetage qui ne permettent pas
un grand dégagement horizontal. Ainsi, aucun village complet n’a été exposé, à la
différence du reste du Levant (Sidon-Dakerman, Shraya, les sites du Léjà et Jebel
Mutawwaq) où des villages complets ont été repérés (fig. 1, pl. 126). Les établissements
quasiment complets permettent de mettre en évidence la présence d’un mur de clôture
apparemment non défensif autour des villages. De cette façon, à Sidon-Dakerman,
vingt-cinq maisons s’étendaient sur une superficie de 2 500 m2, délimitée au sud et au
sud-est par un mur d’enceinte (pl. 142)874. À Jebel Mutawwaq 250 maisons sont
entourées par un mur de clôture. À Shraya, le village est entouré d’un mur de 3 650 m
de long (fig. 3, pl. 141). Selon C. Nicolle, sa faible hauteur et de sa faible épaisseur
870
Fernandez-Tresguerres Velasco, 2005, p. 368.
871
Fernandez-Tresguerres Velasco, 2005, p. 371.
872
Shalev & Braun, 1997, p. 93.
873
Nicolle & Maqdissi, 2006, p. 129.
874
Saidah, 1979, p. 29-30.

197
montrent que le mur n’a pas de caractère défensif. Il témoigne simplement d’une
volonté d’isoler les unités d’habitations de l’extérieur875. Au total, près de 650 maisons
ont été reconnues, à l’intérieur et à l’extérieur du mur d’enceinte.

Ashkelon-Barnea présente le seul cas de maisons ovales incluses dans des


grands enclos (chantiers G, L, K, M) (pl. 61, 62)876. Le site se compose ainsi de
plusieurs grands enclos contenant chacun une maison ovale associée à au moins un silo.
De cette façon, le chantier L comporte une maison ovale et au moins deux silos ronds.
C’est l’importance du dégagement horizontal qui a permis aux fouilleurs d’observer
cette organisation particulière, en compound. Il est possible qu’elle ait également existé
sur d’autres sites où la surface fouillée est plus faible. Le site comporte aussi des
maisons à l’architecture plus soignée et au matériel archéologique plus riche. De ce fait,
le chantier D877, niveau IV (BA IA final) abrite un grand bâtiment quadrangulaire aux
murs particulièrement épais ainsi qu’un grand mur courbe en briques. Le mur délimite
un enclos, il a été dégagé sur plus de 30 m de long et mesure 1,40 m de large878. À
l’inverse, les autres chantiers occupés à la même époque (G, L, M) comportent
seulement des maisons ovales.

En se basant sur l’analyse spatiale des sites du Léjà, C. Nicolle et M. Al-


Maqdissi proposent de distinguer quatre types d’établissements comportant des maisons
ovales : les villages enclos grands ou petits, les villages ouverts, les villages dont les
murs extérieurs des maisons sont intégrés ou constituent le mur d’enceinte et les unités
isolées composées d’un enclos avec une ou deux maisons. Ils n’ont pas pu déterminer si
ces différents types de sites reflétaient différentes fonctions ou s’ils résultent d’une
évolution chronologique au cours du Bronze ancien I879. Il est possible que les sites du
Levant sud puissent également s’intégrer dans cette typologie, car ce sont
essentiellement des villages ouverts ou des sites composés de plusieurs enclos.

En conclusion, les maisons à double abside ne sont présentes que dans des sites
villageois du Bronze ancien I au Levant. Les constructions sont souvent de qualité
médiocre et chaque maison est occupée de façon brève. Cependant, il faut distinguer les
maisons ovales des sites comme Yiftahel et Sidon, des maisons mégalithiques comme
celles du Léjà. Le plan à double abside semble provenir de Byblos, puis il se répartit
dans différents zones géographiques en s’adaptant aux contraintes du terrain. Son
expansion géographique est à la fois vaste et limitée. Vaste, car contrairement aux idées
précédemment reçues, les sites ne se limitent pas à Byblos, Dakerman et au nord

875
Nicolle & Al-Maqdissi, 2006, p. 129.
876
Golani, 2005.
877
Communication personnelle de A. Golani.
878
Golani, 2007.
879
Nicolle & Maqdissi, 2006, p. 133-134.

198
d’Israël. Les nouvelles fouilles ont permis d’identifier des villages de maisons ovales
dans d’autres régions notamment dans le sud de la Plaine côtière et la région semi-
désertique du Léjà. Ainsi, l’architecture à double abside malgré ses contraintes de forme
très particulière peut s’adapter à différentes régions. Limitée parce que c’est un
phénomène circonscrit à une petite partie du Levant et qui n’a pas d’équivalent ailleurs
ni dans le monde égyptien, mésopotamien ou anatolien.

6&  % 


Lors de l’étude des maisons de plan rectangulaire, il faut marquer une distinction
entre les habitats monocellulaires et pluricellulaires. De plus, les maisons
monocellulaires peuvent être simples ou barlongues à cour.

&  %    


En théorie, le plan rectangulaire monocellulaire désigne un habitat de forme
rectangulaire ou carré (fig. 2, pl. 44). En pratique, la réalité est moins catégorique car
certains habitats peuvent comporter une deuxième pièce et d’autres peuvent être
déformées en raison de la pression urbaine. En effet, l’intégration à un tissu de
construction de plus en plus dense induit la disparition des plans à la typologie bien
définie, car les constructeurs bâtissent selon l’espace disponible.

i. Attestations archéologiques

i.1 Bronze ancien I


Au Bronze ancien I, les maisons rectangulaires simples sont intégrées dans des
villages qui peuvent être parfois densément construits. Ainsi, au niveau XIV de Beth
Shean, le village dégagé dans la tranchée fouillée par G. M. Fitzgerald, se compose de
plusieurs assemblages d’espaces agglutinés (fig. 1, 2, pl. 73). E. Braun identifie, au
minimum trois maisons, des ruelles étroites et une placette880. Ces maisons se
composent de plusieurs espaces. Celle située au sud-est de la tranchée comporte cinq à
six espaces (L 1869/ 1870/ 1871/ 1873/ 1859) de formes irrégulières et de tailles
différentes. Leur construction ne semble pas planifiée. Elles ont dû être rajoutées au fur
et à mesure. Il est également possible que cet ensemble se compose de plusieurs habitats
accolés. Yaqush, autre village du Bronze ancien I est un cas similaire (pl. 148)881. Cette
situation conduit à la création d’un plan dense où il est impossible de différencier des
habitats distincts. Ainsi, à Horvat Illin Tahtit, au niveau III (BA I final/ 1ère phase du
BA II), les bâtiments sont de plan rectangulaire avec parfois des angles arrondis (fig. 1,
pl. 144). Une quinzaine d’espaces sont construits sans plan précis mais en tenant compte
880
Braun, 2004, p. 16-17.
881
Eitan & Esse, 1993, p. 1485.

199
des vestiges des bâtiments précédents. Chacun mesure entre 10 et 30 m2. Cependant, la
non localisation des seuils rend impossible la reconstitution d’ensembles d’espaces
cohérents qui pourraient correspondre à des maisons. Dans certains cas, un système de
rues ou des passages entre les bâtiments a été repéré. Le plan du niveau reflète une
occupation prolongée en raison des nombreux changements apportés aux bâtiments :
entrées bloquées, chevauchement des niveaux, construction ou scellement
d’installations et construction de nouveaux murs pour fermer des espaces qui étaient
précédemment ouverts882. Les maisons rectangulaires monocellulaires peuvent
constituer l’unique type de construction du site ou être associées à des bâtiments de
plans différents. C’est le cas à Jéricho, au Bronze ancien IA et IB, où quelques
constructions rectangulaires se trouvent à proximité des maisons rondes883.

i.2 Bronze ancien II


La réalisation de ce type de plan se poursuit dans les villages et les premiers sites
fortifiés du Bronze ancien II. De ce fait, à Tel Kabri, site ouvert, les constructions
rectangulaires simples recouvrent les maisons à double abside du Bronze ancien I
(fig. 1, pl. 107)884. Aux niveaux 7 et 8, toutes les maisons deviennent rectangulaires.
Certaines sont monocellulaires, comme les maisons 1060 et 1059, et d’autres
comportent deux pièces, comme la maison 922. Toutes sont relativement petites. Ainsi
la maison 1060 mesure 3,60 x 4,60 m. Sur les sites qui se fortifient, la transformation du
territoire est profonde. L’espace constructible devient limité ce qui oblige les habitats à
s’agglutiner885. Ainsi, à Ai, fortifié au Bronze ancien II, de très nombreuses maisons
oblongues ont été retrouvées près des remparts que certaines utilisent même comme
mur886. Elles sont toutes très mal préservées (maisons OX, ON, KL). Quelques-unes
possèdent une cour et d’autres non, comme l’unité B-sud qui donne directement dans la
rue. Le site de Beth Yerah, dans la vallée du Jourdain, fournit également un exemple de
tissu urbain compact. Dans le chantier EY, au niveau 8, les pièces barlongues de la
période précédente sont remplacées par des pièces carrées (fig. 2, pl. 76). Les anciens
espaces ouverts ou fermés sont bâtis de façon plus dense. De ce fait, les constructeurs
réutilisent une grande pièce barlongue du niveau 9 en la subdivisant en quatre espaces
par des murets887. D’une manière générale, les espaces deviennent plus petits et seul
l’usage de murs doubles permet de repérer des frontières entre des unités indépendantes.

Le cas de Tell el-Fârǥah est encore plus éloquent, car le site présente un vaste
dégagement horizontal d’habitats daté du Bronze ancien II (pl. 92, 93). Durant cette

882
Braun, 2008a, p. 1789.
883
Nigro, 2007a, p. 19.
884
Kempinski, 2002, p. 26.
885
Joffe, 1993, p. 68.
886
Callaway, 1980, p. 71-72.
887
Greenberg & alii, 2006, fig. 8.27-8.29, 8.79.

200
période, six périodes d’occupation sont distinguées, chacune marquée par des
changements d’organisation du plan888. Le Père R. de Vaux note qu’au fur et à mesure,
les techniques de taille de la pierre évoluent ; les murs deviennent plus larges ; le
blocage entre les pierres n’est plus fait avec des éléments de cailloutis des périodes
antérieures, mais avec des cailloux roulés ou des éclats de taille. Comme dans les autres
sites urbains déjà évoqués, dans certains secteurs, le bâti devient si dense que
l’identification de plan type devient problématique, tout comme la distinction entre
espace ouvert et espace couvert. Afin de tenter de distinguer les deux types d’espaces, il
faut se baser sur des spéculations fondées sur la taille de la surface à couvrir et la
présence ou non de base de pilier. Par exemple, R. de Vaux pense que l’espace 277 est
une cour, car elle ne comporte pas de base de colonne et qu’elle est trop vaste pour avoir
été couverte sans supports intermédiaires. En outre, deux seuils, l’un situé au nord et
l’autre au sud, donnent dans l’espace 277. Ainsi, il est possible que ce soit une cour
desservant plusieurs unités domestiques. De plus, à la période 3, le locus continue à
servir de cour et il est agrandi. À la période 3, un assemblage d’une vingtaine d’espaces
est bâti près du rempart. Regroupés en îlots et séparés par des ruelles étroites, la plupart
des habitats ne comportent qu’une seule pièce889. Par conséquent, les habitats
monocellulaires de Tell el-Fârǥah, ne comportent qu’une pièce ou une pièce et une cour.
Les pièces sont rectangulaires et mesurent en général : 3-4 m de large pour 5-6 m de
long. Elles ouvrent sur une rue ou sur une cour commune (pl. 92, 93). Selon R. de Vaux,
seule l’absence de communications intérieures permet de distinguer deux logements
différents890. L’entrée n’a pas d’emplacement spécifique, mais elle se situe la plupart du
temps près d’un angle. La même situation a été observée dans le quartier G de Tel
Yarmouth au Bronze ancien III.

De l’autre côté du Jourdain, sur le site de Numeira, les fouilles ont également
mis au jour un imposant mur de fortification lié à un quartier d’habitation très dense.
L’occupation du site s’organise autour d’une rue (n° 8) qui sépare deux îlots, chacun si
dense qu’il paraît impossible de savoir s’ils formaient un ensemble ou plusieurs habitats
accolés (fig. 1, pl. 128).

i.3 Bronze ancien III


Au Bronze ancien III, la majorité des sites connus sont fortifiés et le même
processus de densification urbaine qu’au Bronze ancien II se poursuit ou apparaît.
Ainsi, dans le chantier BS de Beth Yerah (niveau 6), un nouveau quartier d’habitation
est bâti le long du tracé de la fortification. À première vue, le quartier ressemble à un
labyrinthe de bâtiments interconnectés, avec une quinzaine d’espaces repérés. Seul le

888
Vaux & Miroschedji, 1993, p. 435-436.
889
Vaux, 1955, p. 558, fig. 8.
890
Vaux, 1961, p. 576.

201
repérage de seuils a permis à R. Greenberg et E. Eisenberg de reconnaître six unités
distinctes et les fragments d’une septième (pl. 79). Un examen plus détaillé des plans
montre que les unités ne sont pas toutes contemporaines, en effet certains murs abutent
contre des murs préexistants. Le noyau originel du quartier devait être constitué par la
pièce BS 080, le bâtiment BS 077 au nord, les pièces de BS 122, la pièce BS 126 à
l’ouest, et peut-être le bâtiment BS 136. Chaque habitat ne comportait qu’un ou deux
espaces. Puis graduellement l’espace entre les unités s’est rempli, avec des fermetures et
des ouvertures de portes891.

Dans la ville basse de Khirbet ez-Zeraqun, à l’est du Jourdain, les fouilleurs ont
reconnu quatre îlots séparés par des ruelles, le tout à proximité du rempart (fig. 1,
pl. 163)892. Au total, vingt-et-un espaces ont été partiellement ou entièrement dégagés.
Les plus grands possèdent des bases de colonne – entre 1 et 3 bases par pièce –, ce qui
permet de distinguer de grands espaces non couverts à l’intérieur des îlots. Précisons
que le bâtiment B1.2 mesure environ 120 m2 ; le bâtiment B1.3 environ 240 m2 ; le
bâtiment B1.6 environ 80 m2 et la pièce R1 du bâtiment B1.4, environ 23,80 m2. Les
différents îlots sont composés d’un assemblage disparate d’espaces, résultant d’un
phénomène d’agglutination non planifié. De plus, en observant ces unités d’habitation,
aucune ne comporte de seuil ouvrant sur la rue et cela malgré l’importance des vestiges
dégagés, notamment pour l’îlot B1.3. Comme des ouvertures devaient forcément
exister, il faut supposer qu’elles devaient se situer dans des zones non fouillées. Vu
l’importance du dégagement horizontal, cela démontre que dans tous les cas, il y avait
peu d’entrés ouvrant sur l’extérieur : probablement juste une ou deux. De ce fait, les
îlots apparaissent comme des unités d’habitations nécessitant un important degré de
socialisation, comme par exemple entre les membres d’une famille élargie. Enfin, les
espaces ouverts servaient de cour commune, ils semblent avoir été des zones d’activités
artisanales privilégiées.

Un quartier densément construit a aussi été dégagé sur plus de 600 m2 à Tel
Yarmouth. Le chantier G se situe directement au nord du Palais B1 (pl. 151). Six
niveaux d’occupation (G-1 à 6) ont été identifiés dont le plus complètement fouillé est
le niveau G-2, daté du Bronze ancien III B893. En raison de la superposition des murs à
de nombreux endroits, on constate que le quartier du niveau G-2 est construit
directement sur celui du niveau G-3. Ce processus de réaménagement découle de la
construction du Palais B1 qui bouleverse complètement l’architecture des quartiers
domestiques. De ce fait, non seulement le quartier B-3 est détruit, mais le nouveau
quartier G-2 doit s’établir plusieurs mètres au nord-est et les habitats doivent changer
d’orientation. L’autorité dirigeante a dû exiger que les maisons soient orientées comme

891
Greenberg & alii, 2006, p. 154-155.
892
Ibrahim & Mittmann, 1994, p. 15.
893
Miroschedji, 1988b, p. 201-203 ; 1993a, p. 829-832.

202
le palais, c’est-à-dire nord-est/sud-ouest. Auparavant, les murs du niveau G-3 étaient
orientés nord-sud. Le changement d’orientation s’observe également dans le chantier J,
situé au sud-est du palais894. Au niveau G-2, l’imbrication architecturale y est si dense
qu’il en devient difficile d’isoler des habitations indépendantes. Comme aucune trace de
planification générale n’a été décelée, les habitats ont dû s’agglutiner les uns aux autres,
tout au long de la période d’occupation de l’îlot. Ainsi, le quartier G ne comporte ni
voie de circulation interne, ni unité d’habitation isolée. Il donne l’impression d’une
construction très dense, sans espace vide, résultant de l’accumulation progressive de
pièces à partir d’un noyau central. D’un point de vue stratigraphique, P. de Miroschedji
distingue trois phases dans le niveau G-2 : A, B et C. Chacune se différencie par un
niveau différent de fondation895.

Enfin, la construction en îlot peut rester un standard de construction même après


la destruction des fortifications. Ainsi, à Tel Qashish, à la fin du Bronze ancien III, des
maisons réoccupent l’espace de la muraille. Certaines sont même alignées de façon à
former une sorte de ligne défensive896.

ii. Dimensions des habitats et des espaces


Dans la majorité des cas, les maisons rectangulaires sont regroupées, à partir du
Bronze ancien II, dans des îlots densément construits. Le plus souvent, il est malaisé de
distinguer une seule habitation indépendante et d’en donner la superficie exacte.
Cependant, les dimensions des maisons ou des espaces ont été relevés afin d’établir s’il
y avait des standards de construction. L’analyse se base sur l’étude des vestiges
provenant de Ai, Tell el-Fârǥah, Beth Yerah, Tel Yarmouth et Tel Qashish.

Sur le site de Ai, O. Ilan pense que les habitats C-nord et C-sud et B-nord et B-
sud sont mono- ou bicellulaires, leurs dimensions sont données dans le tableau ci-
dessous (pl. 49) :

Bâtiment Surface (en m2)


Total Pièce avant Pièce arrière Cour
C-nord ? 13.0 13.0 Sans doute pas
C-sud 33.9 14.8 19.1 Sans doute pas
B-nord ? 13.0 13.0 Sans doute pas
B-sud 43.7 ? 19.2 pas 24.5 ?
897
Tabl. 11 : Les dimensions des maisons de Ai, au Bronze ancien

894
Communication personnelle de P. de Miroschedji.
895
Miroschedji, 1988b, p. 205.
896
Ben-Tor, Bonfil & Zuckerman, 2003, p. 67.
897
Ilan, 2001, p. 328.

203
On ne connaît le plan complet que de deux maisons qui couvrent des surfaces de
33,90 et 43,70 m2. La superficie des pièces couvertes s’échelonne entre 13 et 19,2 m2. Il
semblerait que les maisons C-nord et B-nord aient eu des dimensions semblables,
comme indiqué sur le tableau. Enfin, seule la maison B-sud possède avec certitude une
cour.

Le tableau ci-dessous présente la superficie des espaces, toutes périodes


confondues, de Tell el-Fârǥah. Les pièces 47 + 48 forment un habitat (pl. 94, 95).

Superficie Espace - n° de locus Superficie (en m2) Nombre total d’espaces


1-10 m2 627 6,40 7
47 7,06
48 7,80
625 7,92
274 8,33
275 min. 8,37
280 9,6
10-20 m2 639 12,80 7
622 13
612 15,96
623 16,56
668 16,64
282 16,95
276 17,23
20-30 m2 609 21,08 6
272 min. 17,12 ; estimée à 21,39
41 22,32
666 23
638 23
618 24,80

Tabl. 12 : Superficie des maisons rectangulaires simples de Tell el-Fârǥah

À Tell el-Fârǥah, il n’y a pas a priori de petits espaces de moins de 5 m2. Les
surfaces des espaces se répartissent entre trois catégories de superficie : 6-9 m2, 12-
17 m2 et 21-24 m2. Ces trois catégories de superficie se répartissent de manière égale
durant toutes les phases du Bronze ancien II. Peut-être, y a-t-il eu des tailles standard ?
Les dimensions des espaces sont tout à fait comparables à celles du quartier G de Tel
Yarmouth. La taille maximale des espaces semble se situer aux alentours de 25-27 m2,
alors que les grands espaces de plus de 25 m2 sont rares. En revanche, les cours ou les
espaces ouverts sont plus grands car leurs dimensions ne sont pas limitées par des
problèmes de portée des supports intermédiaires. De cette façon, les cours de la période
3 sont vastes, elles mesurent entre 20 et 50 m2.

Au niveau 6, de Beth Yerah, un nouveau quartier domestique est construit


(pl. 79). Les espaces mesurent :

204
Superficie Espace - n° de locus Superficie (en m2) Nombre total d’espaces
1-10 m2 121 1,84 4
128 6,2
123 6,6
119 8,9
10 – 20 m2 118 10,2 6
130 11,4
081 12,52
122 14,3
126 14,4
125 15,4
+ 20 m2 131 32 2
134 48,5
Tabl. 13 : Superficie des maisons rectangulaires simples de Beth Yerah (BS6)

Le quartier BS6 a été dégagé seulement en partie, seule une douzaine d’espaces
ont été fouillés. Leur superficie se répartie entre 1,84 et 48,5 m2. Il est possible que les
deux très grands espaces de 32 et 48,5 m2 soient en fait des cours, car aucun système de
support intermédiaire n’apparaît sur le plan. D’autre part, le tout petit espace de 1,84 m2,
semble être une resserre construite dans une pièce plus grande.

Dans le quartier G de Tel Yarmouth, aucune unité d’habitation distincte n’a pu


être identifiée, les espaces ont été différenciés selon leurs dimensions respectives, afin
de voir s’il y avait des modules récurrents (pl. 151). Ci-dessous, le tableau représente la
répartition des espaces selon leur superficie :

Superficie Espace - n° de locus Superficie (en m2) Nombre total d’espaces


1-5 m2 746 (stockage) 4,40 6
758 1,65
760 2,80
766 (stockage) 4,40
1221 4,30
1222 4,50
5-10 m2 721 7,77 8
742 8,44
744 8,80
745 5,30
763 min. 6,60
767 5,80
777 6,67
1203 8,51
10-20 m2 716 14,50 4
740 13,68
1202 13,68
708 15,50
20-30 m2 712 22,40 3
713 23,30
780 min. 27
Tabl. 14 : La superficie des espaces du chantier G, de Tel Yarmouth

205
La grande majorité des espaces du quartier G de Tel Yarmouth mesurent moins
de 15 m2 et même moins de 10 m2. De ce fait, il est très probable qu’en dessous de 5 m2,
les pièces soient dévolues au stockage, en raison de leur exiguïté, ce qui a été confirmé
par le type de matériel céramique trouvé à l’intérieur898. De ce fait, les pièces
d’habitation mesurent entre 6 et 15 m2. Trois pièces se distinguent par leur superficie
exceptionnelle : 712, 713 et 780. Contrairement au Palais B1 de Tel Yarmouth, il ne
semble pas qu’une unité de mesure ait été employée dans la construction du chantier G.
Cependant, il y a une standardisation de la largeur des murs et des seuils et les pièces
712 et 713 mesurent toutes deux 4 m de large. Enfin, l’agglutination progressive des
constructions et les modifications des circulations crée des espaces « morts » trop petits
pour servir et probablement abandonnés ou servant de zone de déchets.

À la fin du Bronze ancien III, lorsque Tel Qashish redevient un site non fortifié,
l’ensemble architectural du niveau XI se compose de huit espaces (fig. 4, pl. 132) :

Superficie Espace - n° de locus Superficie (en m2) Nombre total d’espaces


2
5-10 m 104 7,1 7
118 Env. 7,9
268 8,1
267 8,6
117 Env. 8,7
111 8,8
108 9,6
2
10-20 m 116 Env. 14,6 1
Tabl. 15 : La superficie des espaces de Tel Qashish (niveau XI)

À l’exception du locus 116, tous les autres semblent être de taille quasi
similaire : soit entre 7 et 9 m2. Les espaces sont légèrement plus petits qu’au niveau
XIIB. Les dimensions réduites des habitats s’expliquent certainement par la baisse des
standards de construction à cette époque. En effet, la faible épaisseur des murs (0,40-
0,50 m) ne leur permettait pas de supporter un toit trop lourd ni de construire des
grandes pièces.

Le schéma ci-dessous, résume les différentes données sur les dimensions des
espaces au Bronze ancien, en effet ce sont des indications importantes concernant les
techniques et les limites des moyens de couverture à l’époque :

898
Communication personnelle de P. de Miroschedji.

206
+ 30 m2
20- 30 m2 3%
13%

1-10 m2
46%

10- 20 m2
38%

Schéma 1 : La répartition en pourcentage des superficies des espaces899

Dans un premier, il faut noter que les résultats obtenus ne sont basés que sur un
échantillon de sites du Bronze ancien II et III : là où des îlots denses ont été dégagés.
Dans un deuxième temps, l’analyse du graphique montre que toutes périodes
confondues, l’immense majorité des espaces mesurent moins de 20 m2 (84 %). Les deux
seuls cas d’espaces de plus de 30 m2 sont des cours. De plus, la majorité des espaces ont
une superficie comprise entre 1 et 10 m2 (46%), suivie de près par les espaces dont la
superficie est comprise entre 10 et 20 m2 (38%). Cependant, il faut noter que les espaces
de moins de 5 m2 sont rares. Ils proviennent essentiellement de Tel Yarmouth.

En conclusion, le plan rectangulaire monocellulaire est employé à la fois dans la


zone de climat méditerranéen, par exemple à Tell el-Fârǥah, Tell es-Sakan, Yaqush,
Beth Yerah et Tel Yarmouth, mais aussi en zone de climat semi-désertique, comme à
Jéricho, Khirbet ez-Zeraqun, Numeira, Tell es-Sa’idiyeh, Bâb-edh-Dhrâ’ et Tell el-
Umeiri (fig. 2, 3, pl. 147). Ce plan est employé soit dans quelques villages du Bronze
ancien I et II, soit il constitue l’essentiel du bâti des sites urbanisés du Bronze ancien II
et III. Dans les villages, le plan rectangulaire peut être contemporain d’autres types de
plan comme à Jéricho. Il arrive qu’il recouvre les vestiges de maisons ovales ou à angles
arrondis, comme à Kabri. À Yaqush, Horvat Illin Tahtit et Beth Shean, même si les sites
ne sont pas fortifiés au Bronze ancien I, leur tissu construit est dense et les plans des
habitats sont rectangulaires (fig. 1, pl. 144). Dans les villes, le plan est inclus dans un
tissu urbain qui se densifie progressivement. Les espaces se répartissent en îlots qui
possèdent très peu d’entrées ouvertes sur le reste du site. Dans la majorité des cas, ces
îlots denses ont été mis au jour à proximité des remparts. Cette situation résulte
899
Graphique basé sur les mesures de pièces prises sur les sites de Meona II, Tel Yarmouth (G-2), Tell el-
Fâr’ah (périodes 1-3), Ai, Beth Yerah (BS6), Tel Qashish XI.

207
probablement du choix des fouilleurs de dégager en priorité les fortifications et par
conséquent aussi les vestiges construits à proximité. Du point de vue de l’habitat, cela
permet de conclure que ces îlots densément construits devaient couvrir une bonne partie
des sites. La pression urbaine devait y être si importante que les habitats n’avaient
parfois pas d’autre choix que de venir buter sur la muraille, ce qui ne laissait, en
général, qu’un espace minimal pour le chemin de garde ou aucun espace comme à Ai.
Cet aspect compact des sites a pour conséquence la quasi absence des cours en milieu
urbain. Pour pallier à ce problème, les habitants utilisaient des cours communes comme
à Tell el-Fârǥah ou les rues et les impasses, comme à Numeira (fig. 1, pl. 128). Ces
quartiers ne paraissent pas planifiés. Ils semblent avoir été agrandis progressivement au
fur et à mesure de l’augmentation des besoins en logements. Cependant, dans le cas du
quartier G de Tel Yarmouth, P. de Miroschedji a montré que l’ancien quartier B-3 avait
été rasé lors de la construction planifiée du Palais B1 (pl. 153). Puis, le nouveau quartier
G-2 avait été construit, de l’autre côté d’une ruelle qui sépare le palais du quartier
domestique900. L’espace réservé à l’habitation avait donc été prévu d’avance par
l’architecte du palais. L’autorité dirigeante devait donc allouer ou vendre un terrain que
les propriétaires devaient bâtir au fur et à mesure de leurs besoins. Enfin, l’étude de ces
plans montre qu’il est impossible de reconnaître de véritables types architecturaux qui
seraient le reflet d’une culture ou d’un mode de vie spécifique comme c’est le cas pour
les maisons rondes semi-enterrées ou les maisons barlongues à cour.

iii. Les plans rectangulaires à angles arrondis : un cas particulier ?


Parmi les maisons de plan rectangulaire monocellulaire, certaines présentent des
angles arrondis. Trois types peuvent être discernés : les angles arrondis à l’extérieur et à
l’intérieur, les angles arrondis seulement à l’extérieur ou seulement à l’intérieur.
Certains fouilleurs ont attribué beaucoup d’importance à ces détails. Ainsi, A. Golani y
a consacré une étude basée sur ses découvertes à Qiryat Ata901. De même S. Zuckerman
estime qu’à Tel Qashish (pl. 131) ces plans reflètent la présence de traditions
architecturales différentes, au même titre que les maisons à double abside902. Cependant,
on peut se demander si ces distinctions architecturales traduisent un réel parti pris du
constructeur ou bien si elles ne sont que des variations anecdotiques du plan
rectangulaire.

Dans l’hypothèse où les angles arrondis constituent une véritable tradition


architecturale, on observe que les plus anciens exemples de maisons avec des angles
arrondis à l’extérieur et droits à l’intérieur proviennent de Byblos. Ils appartiennent au

900
Miroschedji, 1993a, p. 829-832.
901
Golani, 1999.
902
Zuckerman, 2003, p. 31-33.

208
niveau Énéolithique ancien (niveau IIA)903. À cette époque la majorité des bâtiments se
composent d’une pièce rectangulaire ou presque carrée dont la taille moyenne est de 3 x
8 m (fig. 1, pl. 82). À la période suivante, à l’Énéolithique récent, les plans changent
légèrement avec l’apparition d’un muret qui recoupe l’espace interne et c’est seulement
à la fin de l’Énéolithique ancien qu’apparaissent les constructions ovales, absidale et
rondes déjà évoquées plus haut. Les premiers bâtiments à angles ronds sont donc
contemporains du Chalcolithique et du Bronze ancien I en Palestine. Puis, ils
disparaissent complètement lors de la « Première installation urbaine » (niveau III)904.

En Palestine, les plus anciens exemples de maisons à angles arrondis datent du


Bronze ancien I. Ainsi, au niveau XV de Tel Qashish (pl. 131), dans le chantier B se
trouve une toute petite pièce de 3,45 m2 avec des angles arrondis. Un mur curviligne
(W337 et W 354) se trouve à proximité immédiate de cette pièce et l’espace entre les
deux murs était probablement utilisé en même temps que la pièce, comme l’atteste la
présence des sols L. 605 et L. 622B. Selon S. Zuckerman, cette petite zone démontre la
présence contemporaine et rapprochée de pièces de plan curviligne, rectiligne et à
angles arrondis905.

D’autres sites présentent également des exemples de maisons monocellulaires à


angles arrondis tantôt à l’extérieur, tantôt à l’intérieur, ou les deux. Ainsi, du nord au
sud de la Palestine, il y en a dans le chantier A de Qiryat Ata. Au niveau II, malgré son
mauvais état de préservation, le bâtiment 4 possède deux angles de murs arrondis à
l’extérieur (fig. 2, pl. 134). À l’inverse, les angles du bâtiment 2 du chantier E sont
arrondis à l’extérieur et à l’intérieur906. Le site de Tel Megadim, sur la côte du Carmel
semble également contenir des maisons à angles arrondis à l’extérieur, datées du Bronze
ancien IB, cependant, les plans ne sont pas publiés907. À Tel Kitan, les habitats sont de
plan oblong et quelques uns possèdent des angles arrondis (fig. 3, pl. 110)908. Les angles
construits délibérément de manière arrondie se composent d’une brique carrée dont un
angle a été cassé en arrondi909. Megiddo, au Bronze ancien IA (stage V) comporte
également un bâtiment aux angles arrondis situe à proximité du bâtiment absidal du
stage IV (Bronze ancien IB). Ses dimensions sont estimées à 8,75 x 5,25 m910. De
même dans le chantier B d’En Esur, les bâtiments du niveau II (Bronze ancien I B)
possèdent des angles droits à l’intérieur et ronds à l’extérieur (fig. 2, 3, pl. 88)911. Ils

903
Dunand, 1950, p. 588 ; 1973, p. 169, pl. I.
904
Zuckerman, 2003, p. 32.
905
Zuckerman, 2003, p. 31, pl. 2.
906
Golani & Braun, 1993, p. 99-100.
907
Golani, 1999, p. 126.
908
Eisenberg, 1993a, p. 880-881.
909
Communication personnelle de E. Eisenberg.
910
Zuckerman, 2003, p. 32 ; Bonn Greenwald, 1976, p. 106-107.
911
Yannai, 2006, p. 272.

209
sont monocellulaires (L 4000) à l’exception du bâtiment 2067/2097 qui comporte deux
pièces912.

De l’autre côté du Jourdain, à Tell Um Hammad, les vestiges du niveau 2


(BA IA) comportent trois habitats rectangulaires à angles arrondis à l’extérieur et à
l’intérieur (fig. 1, pl. 99). Les angles sont composés d’un assemblage de briques carrées
et rectangulaires. L’arrondi résulte d’un important ajout de mortier entre les briques913.
À Jéricho, les fouilles de K. Kenyon sur le plateau nord ont aussi révélé deux bâtiments
de plan rectangulaire à angles arrondis à l’extérieur et à l’intérieur (fig. 2, pl. 104). Le
premier composé des murs ZV, ZW et ZY mesure au minimum 15 m2 et le second,
composé des murs ZG, ZF et ZH : 28 m2. Il semblerait que ces bâtiments soient
contemporains d’une construction absidale située plus au sud914.

En bordure de la mer Méditerranée, à Ashkelon-Barnea, la majorité des


construction des niveaux III et IV (Bronze ancien IB) sont de plan rectangulaire avec
des angles arrondis à l’extérieur et à l’intérieur (pl. 61, 62). Certains plans ont été
publiés comme pour les chantiers A, M, H et K et pour d’autres comme pour le
bâtiment du chantier G, il n’en existe qu’une photo. Enfin, dans le cas des deux
bâtiments du chantier L et celui du chantier D915, il n’existe pas d’illustration publiée,
ils ne sont que mentionnés dans le texte. Néanmoins, sur ce site côtier, ce type de plan
est utilisé à la fois pour réaliser des pièces et des grands enclos. Ainsi, dans le chantier
K, au niveau IIIA, le plan rectangulaire à angles arrondis à l’extérieur et à l’intérieur est
utilisé pour réaliser deux grands enclos qui contiennent des constructions de plan ovale.
Plus au sud, le niveau 1 (BA I) de Horvat Ptora contient également plusieurs maisons
rectangulaires, monocellulaires à angles arrondis (bâtiments 1700, 1800, 1900, 4000 et
6000) (fig. 1, pl. 129). Les bâtiments sont partiellement conservés, leur largeur
minimale se situe entre 5,6 et 6,8 m916.

Des bâtiments comportant des angles arrondis existent également au Bronze


ancien II, dans des sites fortifiés. Ainsi, à Megiddo, le bâtiment 4113, du niveau XVIII
est contemporain de la première fortification du site (fig. 1, pl. 120). La datation exacte
de ce niveau reste problématique : entre la fin du Bronze ancien I et le début du Bronze
ancien II. Le bâtiment 4113 a été partiellement dégagé. Son angle préservé est droit à
l’intérieur et arrondi à l’extérieur917. À la même époque, à Aphek, le chantier G abritait
un grand bâtiment rectangulaire, avec des angles arrondis à l’extérieur. Cependant son
plan n’a pas été publié. Les fouilleurs mentionnent qu’il mesurait 14 x 7 m. Une rue

912
Yannai, 2006, p. 44-46.
913
Betts, 1991, p. 36-37, fig. 29.
914
Nigro, 2007a, fig. 22.
915
Golani, 2007.
916
Baumgarten, Gorzalczany & Onn, 2008, p. 1995.
917
Loud, 1948, fig. 391.

210
pavée de galets sépare cette maison des autres maisons barlongues918. À Meona, la pièce
1 comporte un angle droit à l’intérieur et arrondis à l’extérieur (fig. 1, pl. 124)919. Enfin,
à Ai, la maison 238 du chantier L a connu deux principales phases d’occupation. Durant
la première phase, elle ne se compose que d’une pièce (locus 238)920 et deux de ses
angles sont arrondis à l’extérieur. Un autre bâtiment aux angles arrondis se situe dans le
chantier G : la maison MN (pl. 49)921.

Enfin, au Bronze ancien III, dans le chantier C de Tel Yarmouth (niveau C-4),
les loci 208 et 352 possèdent des angles arrondis à l’intérieur922.

Selon A. Golani qui a procédé à une étude de ces bâtiments, la présence de


bâtiments à angles arrondis dans les premiers niveaux d’urbanisation peut être comprise
comme une adaptation de la tradition architecturale curviligne aux nécessités d’un plan
architectural urbain. L’utilisation de ce plan serait une expression de la transition entre
les formes curvilignes du Bronze Ancien IA et les formes rectilignes, mieux adaptées à
un plan urbain plus compact, du Bronze Ancien II et III. A. Golani les interprète comme
une architecture hybride : à mi-chemin entre les traditions architecturales curvilignes et
rectilignes923. À l’inverse, S. Zuckerman met en relief la longue période d’existence de
ce plan, depuis sa création au 5ème millénaire sur la côte libanaise, où il apparaît avant
les plans curvilignes, à son utilisation au 3ème millénaire, en Palestine. Dans les deux
cas, la tradition architecturale se développe dans des villages non fortifiés et au Levant
sud, elle se poursuit dans des villes fortifiées, dès la fin du Bronze ancien IB et au
Bronze ancien II. En outre, si la tradition reste majoritairement centrée autour de la
vallée de la Jezréel, elle s’étend aussi plus au sud sur des sites comme Aphek et Ai924, à
côté avec des bâtiments de plan ovale ou rectangulaire. D’autres chercheurs ont proposé
de voir une explication technique à la construction d’angles arrondis. Ces derniers
seraient plus résistants, supporteraient mieux la pression du vent ou faciliteraient le
passage dans les ruelles étroites925. Mais selon S. Zuckerman, il n’y a pas de raisons
techniques à la construction d’angles arrondis : les motivations sont d’ordre culturel926
en lien avec la céramique grise lustrée. Cette tradition serait centralisée autour de la
vallée de Jezréel927.

918
Zuckerman, 2003, p. 33.
919
Braun, 1996, p. 9.
920
Wagner, 1972, p. 9-10, fig. 4.
921
Callaway, 1980, p. 81, fig. 49.
922
Miroschedji, 1988, pl. 9.
923
Golani, 1999, p. 130-133.
924
Zuckerman, 2003, p. 33-34.
925
Wright, 1985, p. 29.
926
Zuckerman, 2003, p. 31-33, pl. 2.
927
Zuckerman, 2003, p. 33.

211
Cependant, l’examen de tous les bâtiments à angles arrondis montre que si c’est
réellement une tradition architecturale, alors elle n’a ni limites chronologiques, ni
limites géographiques. Elle serait présente dans tous les types d’établissements, ouverts
comme à En Esur, fortifiés comme à Tel Qashish ou en enclos (Ashkelon-Barnea) et
cela dans toute la Palestine, de Qiryat Ata au site H. Elle concernerait tous les types de
plans rectangulaires : monocellulaire (En Esur), barlong (Qiryat Ata), oblong
(Tel Kitan) et même des bâtiments monumentaux (Megiddo). En outre, elle serait
contemporaine des autres types architecturaux, que ce soit les maisons ovales,
barlongues ou pluricellulaires. De cette manière, quelques maisons aux angles arrondis
seraient disséminées en petit nombre dans de très nombreux sites. Elle serait même
associée à d’autres types de plan pour former par exemple des maisons barlongues à
angles arrondis. L’image qui ressort de cette analyse semble plutôt démontrer que les
angles arrondis représentent davantage une méthode de conception des murs, qu’un type
architectural. Cela expliquerait mieux la grande longévité et la large répartition
géographique de ce type d’angle. Cela semble plus plausible que d’imaginer la présence
d’une population exogène dispersée à travers tous les sites du Bronze ancien et qui
garderait ses spécificités architecturales durant des dizaines de siècles.

&   %


Le plan barlong est un plan rectangulaire où l’entrée se situe sur un des longs
côtés, à la différence du plan oblong où l’entrée se fait par un des petits côtés928.

i. Origines du plan barlong


Le plan barlong à cour apparaît pour la première fois en Palestine au Néolithique
récent comme à Shaar Hagolan929. Son utilisation se poursuit tout au long du
Chalcolithique ancien (Tel ‘Eli, Wadi Rabah) et récent (pl. 45). À cette époque, le plan
typique se compose d’un grand enclos généralement rectangulaire ou trapézoïdal
contenant une cour et une ou plusieurs pièces. Un des sites les mieux connus pour cette
période est celui de Teleilat el-Ghassul où de nombreuses constructions ont été
fouillées. Les maisons se composent de grands enclos rectangulaires ou trapézoïdaux.
Ils sont divisés de manière inégale en deux espaces, un petit de 2 à 4 m de large couvert
et un autre qui occupe tout le reste de l’espace, sans doute une cour. La longueur totale
de ces unités était de 12 à 15 m et la largeur de 5 à 8 m, voir plus. L’entrée dans la pièce
se trouvait sur un des longs côtés. L’ouverture était fermée par des portes qui tournaient
sur des pivots. Les crapaudines préservées étaient enterrées dans le sol. Elles se
trouvaient à l’intérieur près du jambage droit930.

928
Aurenche, 1977, p. 32.
929
Garfinkel & Ben-Schlomo, 2002.
930
Porat, 1992, p. 41-45.

212
ii. Au Bronze ancien
Dans les rapports de fouilles des sites du Bronze ancien beaucoup de pièces – de
toutes les époques et dans tous les sites – sont décrites comme barlongues. Cependant,
pour identifier précisément une pièce barlongue, il faut pouvoir localiser son entrée or,
dans de nombreuses situations les bâtiments sont trop mal préservés pour pouvoir
affirmer qu’ils étaient barlongs. Aussi, faut-il définir plus précisément les critères
d’identification utilisés. Une maison barlongue est-elle forcément indépendante des
autres constructions environnantes ? Une pièce barlongue, dans une maison de plan
rectangulaire complexe ou incluse dans un tissu urbain dense peut-elle être qualifiée de
barlongue ? Et quand son constructeur a planifié sa forme reproduisait-il un plan
ancestral ou a-t-il juste construit une pièce rectangulaire, dont l’entrée est située dans un
des longs murs ? La question est de savoir si le plan barlong continue à exister tout au
long du Bronze ancien. En effet, de par la simplicité de son plan, il peut être identifié
dans de très nombreuses constructions.

ii.1 Bronze ancien I


Au Bronze ancien I, les constructeurs bâtissent des maisons barlongues à la fois
dans la zone semi-désertique et dans la zone méditerranéenne. Sur certains sites, comme
Marajim, les maisons perpétuent le plan barlong à cour tel qu’il existait au
Chalcolithique931. Ce plan est donc barlong monocellulaire et sans annexes. Ses
dimensions moyennes sont de 7 x 3 m. Les maisons sont associées à des cours de
superficie variable selon l’espace disponible. Des plates-formes rectangulaires sont
construites devant les maisons ou isolées à l’arrière. Elles sont composées d’un
parement de dalles posées de chant et d’un remplissage de petites dalles ou de petites
pierres. Les maisons ne possèdent pas d’aménagements internes à l’exception de petits
compartiments de pierres construits dans l’angle intérieur de quelques maisons ou de
murs de refend. Sur le site de Tel Halif, dans le Néguev, une maison datée du Bronze
ancien IB fut qualifiée de EB Villa par les archéologues, en raison de ses dimensions
(fig. 2, pl. 98). Elle comporte trois pièces (18, 28, 29), au moins trois plates-formes (25,
19, 40) et un petit espace enclôt situé dans la cour. La pièce 18 est de forme
barlongue932. Dans la même zone géographique, le site de Tel Small Malhata, au Bronze
ancien I (niveau 4) est composé de bâtiments de plan barlong associés à des cours
entourées de murs peu épais, qui renfermaient de nombreuses installations (fig. 2,
pl. 115)933. Plus au nord, sur la côte méditerranéenne, à Palmahim Quarry, le village du
niveau 2 a été dégagé sur près de 1 000 m2 (fig. 2, pl. 128). Il se compose de maisons
barlongues et de pièces rectangulaires séparées par des allées934. La maison barlongue

931
Nicolle, Steimer & Humbert, 2001, p. 81-82.
932
Alon & Yekutieli, 1995, p. 151-155.
933
Amiran & Ilan, 1993, p. 939.
934
Braun, 1990, p. 3.

213
n° 2 mesure 3,75 x 6,25, soit 23,43 m2. À En Shadud, dans la vallée de Jezréel, au
niveau II, trois maisons barlongues ont été dégagées : une dans le chantier A et deux
dans le chantier B (pl. 89). Celle du chantier A semble associée à une pièce
supplémentaire ou une cour. L’intérieur de la maison se situe en contrebas de la cour.
L’accès se fait au moyen de quelques marches. Les habitats du chantier B sont moins
bien préservés. L’un d’eux possède apparemment deux entrées. Il mesure environ 6,4 x
2 m, soit 12,80 m2 de superficie. Le mode de construction et les matériaux ressemblent à
ceux utilisés dans le chantier A935. Plus au nord, dans la région du Golan, le site de
Leviah comprend une dizaine de maisons barlongues, construites côte à côte (fig. 4,
pl. 112)936. Enfin, comme nous le verrons dans le chapitre consacré aux temples, ce plan
est aussi employé dans la construction des temples de Megiddo937.

ii.2 Bronze ancien II et III


L’utilisation du plan barlong se poursuit dans les sites fortifiés du Bronze ancien
II comme à Tel Dalit (fig. 2, 4, pl. 84, pl. 85)938 ou à Tel Bareket939. Mais le site qui a
fournit le plus grand nombre de maisons barlongues reste Arad (pl. 52, 53) où ce type
de plan est le seul à être employé sur tout le site. Les plans des maisons ressemblent à
ceux de la EB Villa de Tel Halif et des maisons de Tell Small Malhata, du Bronze
ancien I. Ils se composent d’une pièce principale barlongue, de une ou deux pièces
subsidiaires et d’une cour généralement entourée d’un enclos en pierre940. Les niveaux
III et II sont les mieux connus, ils ont été fouillés dans les chantiers H, K, L, M, N, T-
nord et T-est. Au total, trente-sept unités domestiques ont été mises au jour : douze au
niveau III et vingt-cinq au niveau II. Au niveau III, les archéologues ont classé les
habitats en trois catégories de dimensions : petit (33-42 m²), moyen (55-68 m²) et grand
(153-171 m²). Sur les douze maisons retrouvées, sept ont été complètement fouillées et
pour les cinq autres, seule la pièce principale a été fouillée. Parmi les maisons fouillées,
il y a deux maisons de petites dimensions, trois de dimensions moyennes et deux de
grandes dimensions. Au niveau II, sur les vingt-cinq maisons retrouvées, seize ont été
fouillées complètement. Là aussi les fouilleurs ont classé les habitats en trois
catégories de dimensions : petit (30-45 m²), moyen (55-73 m²) et grand (100-126 m²). Il
y a cinq maisons de petites dimensions, quatre de dimensions moyennes et sept de
grandes dimensions. D’autre part, au niveau III, des maisonnées de différentes tailles
cœxistent dans le même quartier, alors qu’au niveau II, le quartier H ne contient que des
petites maisonnées et le quartier K que des grandes941.

935
Braun, 1985, p. 68.
936
Kochavi, 1993, p. 915-916.
937 ème
2 partie, chapitre I, B, d, ii.
938
Gophna, 1996, p. 35, 78-79, fig. 12-14.
939
Paz & Paz, 2007, p. 85-86.
940
Ilan, 2001, p. 323.
941
Amiran & Ilan, 1996, p. 144-145.

214
Toujours dans la zone semi-aride, à Tell Um Hammad, le niveau 4 comporte une
unité composée d’une maison barlongue et d’une cour sur le modèle des habitats
d’Arad. À l’intérieur, un banc court le long du mur situé face à l’entrée et il y a des
murs de partition942. Dans la zone méditerranéenne et en milieu urbain, certains habitats
de Beth Yerah (niveau 9A) sont barlongs mais intégrés dans un tissu de construction
dense (fig. 2, pl. 77). Ainsi, le bâtiment EY 460 mesure 10,9 x 4,1 m, soit environ 45
m2. Au niveau 8 (fig. 2, pl. 76), lors de la reconstruction du secteur, les pièces
barlongues laissent place à des pièces carrées943.

À Bâb edh-Dhrâ’, le plan barlong est réservé à quelques bâtiments spécifiques.


D’une part, les deux bâtiments (A et B) que les fouilleurs interprètent comme des
temples944. En se basant notamment sur le plan du Temple de l’acropole de Ai. D’autre
part, le plan sert surtout à bâtir un type particulier de tombes dites maisons-charniers
(charnel houses) (fig. 4, 5, 6, pl. 66). Huit maisons-charniers ont été dégagées : sept
dans le cimetière A et une dans le cimetière C. Leur superficie varie entre 35 et 66 m2.
Ce sont des sépultures collectives abritant chacune entre 40 et 200 individus (tombe A
51). La localisation de l’entrée est variable, cependant, les tombes n’ouvrent jamais vers
l’est945. Une petite avant-cour, délimitée en général par des murs en briques, se situe en
face de l’entrée. Celle-ci est suivie d’une marche qui permet d’accéder au sol en
contrebas habituellement pavé de cailloux. Ces tombes sont sans équivalent en dehors
de Bâb edh-Dhrâ’946.

L’emploi du plan barlong se poursuit au Bronze ancien III, mais son emploi est
plus limité. Ainsi, il est utilisé dans la construction des temples de Megiddo, du
« Bâtiment Blanc » de Tel Yarmouth, du bâtiment F2 de Khirbet el-Batrawy947 et des
maisons-charniers à Bâb edh-Dhrâ’.

Malgré les nombreuses similitudes entre les maisons barlongues du


Chalcolithique et du Bronze ancien, il existe quelques différences. Celles du
Chalcolithique ne possèdent pas de base de pilier en pierre : le toit devait donc être
supporté par les longs murs et par des murets internes948. Dans celles du Bronze ancien,
les cours deviennent moins spacieuses, voir disparaissent sur certains sites. Au
contraire, les pièces s’agrandissent sans doute en raison de l’usage de supports
intermédiaires. Ainsi, l’utilisation du plan barlong s’étend sur une très longue période.
Selon P. de Miroschedji, son origine provient de la forme des tentes des pasteurs-

942
Betts, 1991, p. 32-36.
943
Greenberg & alii, 2006, p. 348.
944
Rast & Schaub, 2003a, p. 157.
945
Schaub & Rast, 1989, p. 320, tabl. 20.
946
Schaub & Rast, 1989, p. 391-396.
947
Nigro, 2009b.
948
Porat, 1992, p. 41-46.

215
nomades. Lorsqu’une population nomade – donc sans tradition architecturales –, se
sédentarise deux grandes tendances architecturales ont été identifiées. La première
décrite par O. Aurenche consiste à adopter la maison ronde semi-enterrée949. La seconde
consiste à s’inspirer du plan rectangulaire de la tente et à le reproduire en pierre. Ainsi,
l’exemple de nomades syriens montre que lors de leur sédentarisation, ils commencent
par entourer leur tente d’un muret de pierre, puis, ils la remplacent par une construction
en dure de même forme950.

En conclusion, plusieurs types d’habitats sont qualifiés de barlong. D’une part,


la maison barlongue entourée d’autres pièces annexes et clôturée par une cour, dans ce
cas le bâtiment barlong est une partie d’un tout951. Et d’autre part, le plan rectangulaire
qui s’inscrit dans un tissu de constructions. Le premier type est directement héritier de
la maison de pasteur-nomade. Pour le second type, l’identification du type reste plus
problématique. En effet, les formes les plus simples de constructions dans un tissu
urbain dense sont le carré ou le rectangle et dès lors qu’un constructeur choisit de
réaliser une pièce rectangulaire, prend-il exemple sur le plan traditionnel barlong ou est-
ce juste une histoire de commodité, notamment dans les maisons rectangulaires
complexes qui associent des pièces de plusieurs formes. Même s’il est impossible
d’avoir des certitudes absolues sur cette question, au vu de l’importance culturelle de ce
plan, il est difficile d’imaginer que la construction d’une pièce barlongue était anodine.
Ainsi, le plan barlong a été identifié autant en milieu urbain que villageois, en zone
méditerranéenne qu’en zone semi-désertique. C’est un plan utilisé à la fois pour
construire des maisons, des tombes collectives et des temples.

& & 


Le plan pluricellulaire se compose de plusieurs pièces de tailles diverses,
disposées selon un schéma organisé952. Ces maisons se distinguent nettement du reste
du bâti, en raison de leurs dimensions et aussi quelques cas en raison de la complexité
de leur plan.

949
Aurenche, 1984, p. 10.
950
Miroschedji, 1993c, p. 66-70.
951
Marfoe, 1980, p. 317.
952
Foucault-Forest, 1997, p. 152.

216
Schéma 2 : Plans des bâtiments pluricellulaires

217
i. Le plan pluricellulaire simple

i.1 Bronze ancien I


Dès le Bronze ancien I, certains sites abritent des bâtiments pluricellulaires.
Ainsi, au niveau 2 de Palmahim Quarry, le bâtiment n° 9, dégagé seulement en partie,
est très différent des constructions environnantes (fig. 2, pl. 128). Son plan semble
circulaire, avec un diamètre de près de 15 m. À l’intérieur, cinq espaces ont été repérées
et notamment une cour centrale953. Le bâtiment complet devait mesurer au minimum
116 m2.

Plus, au sud, à Tel Erani, le bâtiment 232 se compose des pièces : 243, 241, 232,
136 et 220 (fig. 1, pl. 90). La pièce centrale 232 couvre 12 x 14 m. Elle est encadrée au
nord par des petites pièces : 136 et 220. La pièce 241 comprend, dans son premier état,
une cour délimitée à l’ouest par un mur semi-circulaire (W305). Dans une deuxième
phase, la grande cour est divisée entre les pièces 241 et 243, par un mur (W308)954.

Tout près de Tel Erani, le site de Ptora abrite aussi une grande maison. Le
bâtiment 2100 se situe à une altitude relativement élevée par rapport aux autres
constructions du niveau I (fig. 3, pl. 129). Son plan se compose d’une pièce centrale
avec une entrée à l'est et une installation ronde dans la partie nord-est. Dans sa dernière
phase d’occupation, la pièce est divisée en deux. La toiture est alors supportée par deux
bases de piliers. Au sud, se trouvent trois chambres : une grande et deux plus petites.
L’étendue du bâtiment vers le sud et l'est n'est pas claire. Un long mur au nord semble
être attaché à la construction. Le bâtiment 2100 présente certaines ressemblances avec
les deux bâtiments contemporains de Tel Erani, les bâtiments 232 et 7102. Toutefois, le
bâtiment 2100 de Horvat Ptora est en pierres, alors que ceux de Tel Erani sont en
briques955.

i.2 Bronze ancien II


Au Bronze ancien II, Tel Kabri (pl. 108) est un village non fortifié. Des maisons
de plan rectangulaire sont construites sur les maisons à double abside du Bronze ancien
I956. Parmi les vestiges très abîmés du niveau 7, la maison 900 est composée d’au
minimum trois pièces de formes irrégulières couvrant une superficie d’environ
9 x 8,50 m.

Dans la zone semi-aride, une maison pluricellulaire a été identifiée à ‘En Besor.
Le bâtiment A mesure environ 58 m2. Fouillé partiellement, il se compose de différentes

953
Braun, 1990, p. 3.
954
Kempinski & Gilead, 1991, p. 175.
955
Milevski & Baumgarten, 2009.
956
Kempinski & Niemeier, 1992a, p. 1, plan 5.

218
ailes et d’une cour, le tout daté du Bronze ancien IB (fig. 2, 3, pl. 86). Selon R. Gophna,
l’aile occidentale contient des pièces d’habitation, l’aile orientale une cour ouverte et
l’aile sud une boulangerie et des espaces de stockage. L’entrée principale a été
reconstituée au nord. L’aile occidentale se compose de deux pièces couvertes (A et B).
Elles sont interprétées comme une zone administrative et domestique en raison de la
découverte d’un sceau-cylindre et d’une masse d’arme. L’aile orientale contient la cour,
ses dimensions exactes ne sont pas connues, car elle a été en partie détruite. Les
fouilleurs estiment qu’elle devait mesurer le double de la taille des quartiers
d’habitation. L’aile sud servait de zone artisanale, elle contenait un puits, un foyer
(locus 252) ainsi qu’un grand bassin enterré dans le sol. Une majeure partie de la
céramique se compose de bols de cuisson et de moules à pain de forme égyptienne.
Selon R. Gophna, ce secteur servait de boulangerie. En outre, le bâtiment contient des
assemblages de poteries égyptiennes datées de la fin de la Dynastie « 0 » et du début de
la Première Dynastie, ainsi que des tessons de jarres sans col, des impressions de
sceaux-cylindres et un sereh royal égyptien. Les fouilleurs estiment que la maison
pouvait abriter une douzaine de personnes qu’ils pensent d’origine égyptienne. Elle a pu
servir de relais ou de poste de ravitaillement sur la route qui relie l’Égypte à la
Palestine957.

Des maisons de plan rectangulaire complexe sont aussi présentes sur les sites
fortifiés du Bronze ancien II comme Qiryat Ata, Tell el-Fârǥah ou Ai.

À Qiryat Ata, dans les chantiers E et G, deux grandes maisons se distinguent du


reste du bâti. Le bâtiment 1 du chantier E est de plan rectangulaire. Il mesure environ
10,5 x 5,5 m, pour un minimum de trois pièces (fig. 2, pl. 135). Les deux pièces situées
au nord semblent ouvrir sur un corridor958. Le bâtiment du chantier G est partiellement
dégagé. Il se compose d’au moins quatre espaces rectangulaires (fig. 2, pl. 133). La plus
grande pièce dégagée, L5012, était couverte au moyen de piliers reposant sur deux
bases de colonnes situées sur l’axe longitudinal959.

À Tell el-Faǥrah, les habitats de plan pluricellulaire sont présents aux trois
périodes du Bronze ancien II. Ainsi, la « Maison des Jarres », datée de la période 1,
comporte cinq pièces, pour une superficie d’environ 43 m2. Les dimensions des pièces
s’échelonnent entre 3 et 19 m2. Ces dimensions ressemblent à celles des habitats
monocellulaires de la même époque. Cependant, en étudiant ce plan, il persiste un
problème de circulation, R. de Vaux pense que les cinq pièces de la maison ne forment
qu’une seule maison or il semble difficile de sortir de la pièce 5 et les pièces 3 et 4 ne
communiquent apparement pas avec le reste de la maison. Ainsi, cette maison ne

957
Gophna & Gazit, 1985, p. 9-15.
958
Golani, 1996, p. 31-32 ; 2003, p. 44-53.
959
Golani, 1996 p. 33 ; 2003, p. 67-70.

219
constitue peut-être pas qu’un seul habitat. La maison du carré H14, loci 99, 100, 101 se
compose de trois pièces. Le fouilleur a remarqué qu’une grande attention avait été
apportée à la construction des fondations, avec l’utilisation de pierres de tailles égales
formant deux faces et d’un remplissage interne de petites pierres960. La maison se
compose de vastes pièces, ainsi, les loci 99, 100 et 101 mesurent respectivement 30, 30
et 36,8 m2, soit une surface totale d’environ 96,8 m2. Trois bases de piliers se retrouvent
dans chacune des pièces. La pièce 100 contient une plate-forme basse ou un sol de
briques à peine surélevé. Elle occupe la largeur entière du coin oriental de la pièce et
comporte un foyer. Le locus 98 semble avoir servi de pièce annexe. La maison
composée des loci 55, 56, 86 date de la période 2. Elle se situe à proximité du rempart.
R. de Vaux précise que « son plan a été modifié et qu’elle a été reconstruite afin de
permettre l’implantation des contreforts et la circulation le long du rempart »961. Les
pièces sont très grandes. Les loci 55, 56 et 86 mesurent respectivement 23, 56 et 67 m2,
soit une surface totale d’environ 147 m2.

À Ai, les données sont plus fragmentaires, les fouilleurs ont noté la présence de
plusieurs maisons apparemment pluricellulaires. La maison 195b+238+198, située sur le
chantier L a connu deux principales phases d’occupation. Durant la première phase, la
maison ne se compose que d’une pièce (locus 238)962, puis, dans un second temps, les
espaces 195b et 198 sont construits963. Les trois espaces sont de dimensions à peu près
égales et de forme rectangulaire. Les pièces 195b et 238 comportent des bases de
colonne en pierre. Il n’y en a pas dans l’espace198, par conséquent il a dû servir de
cour.

i.3 Bronze ancien III


À Ai, la maison [210-211-221-222] est datée du Bronze ancien III964. Elle se
compose de trois pièces dont la plus grande semble avoir été une cour965.

ii. Le plan pluricellulaire avec une salle à poteaux


Parallèlement aux maisons pluricellulaires simples, il existe des habitats
pluricellulaires comportant une salle avec des rangées de poteaux. C’est le cas
notamment de deux maisons de Beth Shean au Bronze ancien IB (niveau XIII). La
première se trouve au nord de la tranchée fouillée par G. M. Fitzgerald (fig. 3, 4, pl. 73).
Elle se compose de trois espaces en enfilade (L1861, L1848, L1849), dont le premier

960
Vaux, 1948, p. 548-549, pl. X ; Bonn Greenwald, 1976, p. 133-134.
961
Vaux, 1948, p. 554, pl. XII.
962
Wagner, 1972, p. 9-10, fig. 4.
963
Callaway, 1980, p. 81, fig. 49.
964
Bonn Greenwald, 1976, p. 182-183.
965
Marquet-Krause, 1949, pl. C.

220
(L1861) est certainement une cour. La surface minimale de la maison est de 78,7 m2. La
pièce L1849 contient deux rangées de trous de poteaux dont une se situe le long du mur.
Les trous de poteaux ont un espacement moyen compris entre 1,80 et 3 m. Il est
possible que d’autres rangées de trous de poteaux aient disparues966.

Le second bâtiment avec une salle à poteaux se trouve dans le chantier M (fig. 2,
pl. 71). Il date du Bronze ancien IB (phase M3). Les dimensions exactes du bâtiment ne
sont pas connues, il semble se prolonger à l’est et au sud-est. Une surface minimale de
près de 140 m2 a été dégagée. Le bâtiment est tout en briques, à l’exception de deux
murs qui ont des soubassements en pierre967. Les murs sont préservés sur une hauteur et
une largeur supérieure à un mètre. Au niveau M-3, la pièce 28134 a une superficie
d’environ 52 m2. À l’intérieur, quatorze bases de piliers ont été retrouvées réparties sur
quatre rangées (fig. 2, pl. 72). Un enduit chaulé de couleur marron recouvre le sol de
terre battue ainsi que les murs de briques. À l’intérieur, des bancs longent les murs. Un
abondant matériel archéologique a été retrouvé dans cette pièce. Il se trouve disposé sur
le sol et sur les plates-formes, avec notamment une meule, un pilon, des traces de
production de silex, des pithoi, des jarres sans col, des lentilles et d’autres graines
carbonisées. Deux pièces plus petites sont accolées à cette grande pièce (38041 et
38048). Elles possèdent des murs chaulés et un sol en terre battue. La pièce 38041
mesure 3,20 x 3,55 m, soit environ 10 m2. Des plates-formes en briques à angle arrondi
sont construites dans les angles nord-ouest et sud-est. Près de la plate-forme nord-ouest
des poutres calcinées et deux jarres sans col complètes ont été trouvées. L’une d’elles
était encore remplie de lentilles carbonisées. Trois petits poids en basalte et en calcaire
ont également été trouvés dans cette pièce968. Un banc est construit le long de trois des
murs de la pièce 38048. Un violent incendie a détruit le bâtiment, faisant cuire une
partie des briques. De nombreuses briques portaient des marques ovales faite à la
main969. Elles sont identiques à celles qui se trouvent sur les briques contemporaines
trouvées par G. M. Fitzgerald dans le bâtiment L.1861. Le bâtiment est reconstruit à la
phase M-2 et son plan est légèrement modifié (fig. 1, pl. 72).

À la limite de la zone semi-désertique, à la fin du Bronze ancien I, au pied du tell


de Tel Erani (chantier D)970 se trouve le bâtiment 7102 (pl. 91) dont l’occupation
s’étend sur une longue période de temps971. Construit au tout début du Bronze ancien I
(niveau VIII), il a continué à être utilisé, avec quelques changements, jusqu’au niveau

966
Braun, 2004, fig. 2.41.
967
Communication personnelle de A. Mazar et Y. Rotem.
968
Mazar & Rotem, 2009, p. 133-135.
969
Communication personnelle de A. Mazar et Y. Rotem.
970
Cela correspond au niveau C de A. Kempinski (Kempinski & Gilead, 1991) ou VIII-VI de S. Yeivin
(Yeivin & Kempinski, 1993).
971
Ciasca, 1962, p. 27-35.

221
I972. Dans l’état actuel des fouilles, ses limites exactes ne sont connues que dans son
angle nord-est puisqu’il est limité, des deux côtés, par deux rues : une en direction Est-
ouest et l’autre en direction nord-est/sud-ouest. Le bâtiment est composé d’une très
grande pièce associée à des petites pièces allongées et à une grande cour. La grande
salle mesure environ 13 x 9 m et comporte encore sept bases de poteaux.

iii. Analyses
Le tableau ci-dessous résume les dimensions des maisons rectangulaires
pluricellulaires :

Site Datation Niveau Maison Surface en m2 Nombre


Surface P1 P2 P3 P4 P 5 et + Cour de pièces
totale
min.
Beth Shean BA IB XIII L1861, 78,7 L1849 : L1848 : ? / / L1861 : min. 2 p.
L1848, 33,43 13,3 32 + 1 cour
L1849
BA IB XIII M3 53,95 53,95 ? ? ? ? ? min. 1 p.
‘En Besor BA IB III Bâtiment 58,3 6,1 3,5 ? ? ? ? min. 4 p.
A
Tel Erani BA I C Maison 74,5 27,7 3,6 4,5 L241 : L232 : 8,8 L243 : min. 5 p.
232 10,9 19 + 1 cour
BA I C Maison 239,5 104 8 15 20,3 5,1+7+1,3 73 min. 8 p.
7102 + 5,8 + 1 cour
Horvat BA I I Bâtiment 87,7 56 13,3 2,3 2,3 / ? min. 4 p.
Ptora 2100
Palmahim BA IB 2 N° 9 116 min. 3,6 2,3 13,5 5 9,8 ? min. 5 p.
Quarry
Tell el- BA II Période « Maison 43,15 19,35 7 3,95 3,43 9,42 ? 5 p.
Fârǥah 1 des
Jarres »
BA II Période 99, 100, 96,8 99 : 30 100 : 30 101 : ? / ? 3 p.
1 101 30,6
BA II Période 55, 56, 147 86 : 67 56 : 55 : / / / 3 p.
2 86 56,16 23,8
Tel Kabri BA II 8 900 76,5 900 : 1073 : 1159 : ? ? ? min. 3 p.
6,3 19,2 12,7
Qiryat Ata BA II I Bâtiment 22,5 1063 : 1066 : 1047 : 1061 : ? ? min. 4 p.
1, cht. E 5,9 7,4 5,2 4
BA II I Chantier 34,8 5012 : 5015 : 5031 : 5023 : / ? min. 4 p.
G 22,05 8,16 4,59 ?
Ai BA II IV 195b + 115 238 : 195b : / / / 198 : 45 2 p. + 1
238+198 39,6 31 cour
BA III ? VI ? 210-211- 120 2 : 15,8 3/ 17,1 / / / 1 : 53,6 2 p. + 1
221-222 cour
Tabl. 16 : Les habitats pluricellulaires (en hachuré, les salles avec des rangées de poteaux)

Une seule maison, à Ai date du Bronze ancien III. Ainsi, il y a donc une quasi
absence de grandes maisons au Bronze ancien III. Cela peut résulter soit du faible
nombre de fouilles de sites Bronze ancien III, soit du caractère très compact des sites
qui empêche d’isoler des maisons particulières. Ainsi, les familles multiples ou les élites
pouvaient utiliser des îlots entiers comme résidence, s’adaptant à la norme du reste des
972
Kempinski, 1992a, p. 75.

222
constructions. Les maisons de plan rectangulaire pluricellulaire apparaissent donc
comme une spécificité du Bronze ancien I, surtout IB et du Bronze ancien II.

Les superficies de ces maisons se répartissent entre 22,5 et 239 m2 et il n’y a pas
de différences notables entre le Bronze ancien I et II. Les deux plus petites maisons
(22,5 et 34,8 m2) proviennent du niveau Bronze ancien II de Qiryat Ata qui est fortifié à
cette époque. Le nombre de pièces varie de deux à huit, avec une moyenne qui se situe
autour de trois pièces, le plus souvent associées à une cour. Le fait que l’espace intérieur
de la maison soit subdivisé de la sorte indique le début de la spécialisation de l’espace
domestique avec dans un premier temps la création d’un espace réservé au stockage.
Enfin, le bâtiment 7102 de Tel Erani se distinguer du reste des habitats pluricellulaires
par sa superficie (239,5 m2 ), son nombre de pièces (8 pièces + 1 cour) et la présence
d’une salle à poteaux (pl. 91). Cette importante salle permet d’établir des comparaisons
avec le bâtiment M-3 de Beth Shean, même si ce dernier n’a été que très partiellement
dégagé (fig. 2, pl. 71). En effet, la seule fouille de sa pièce à poteaux a livré un matériel
riche. Elle contenait un minimum de 125 céramiques avec parmi elles 22 grands pithoi
et 53 jarres sans col. Sa capacité de stockage est estimée à 5 477 litres973. Des éclats de
silex, ainsi qu’une grande quantité de grains carbonisés ont aussi été retrouvés. Selon
A. Mazar, le bâtiment M-3 avait un rôle administratif dans le stockage et la
redistribution des productions agricoles de la vallée de Beth Shean par une autorité
centrale ou une organisation socio-économique centralisée974. Les dimensions et le plan
de ce bâtiment rappellent ceux du bâtiment 7102 de Tel Erani, et du bâtiment n° 9 de
Palmahim Quarry. Tous servaient à centraliser le stockage des denrées d’un site
villageois non fortifié. Ces bâtiments, apparement en exemplaire unique sur un site, se
différencient très clairement du reste du bâti. Deux d’entre eux comportent même des
salles à poteaux et tous semblent avoir été en partie destinés au stockage de céréales.
Ces bâtiments apparaissent comme des bâtiments communautaires et pas comme de
simples habitations pluricellulaires. En outre, selon I. Milevski et Y. Baumgarten, le
bâtiment 2100 de Horvat Ptora pourrait avoir rempli le même type de fonction. Enfin, le
bâtiment A d’‘En Besor semble aussi en partie dévolu au stockage, mais il est de culture
égyptienne. Nous y reviendrons dans le paragraphe consacré à l’influence égyptienne
dans l’architecture palestinienne975.

À l’inverse, dans le cas des sites urbains de Ai, Qiryat Ata et Tell el-Faǥrah au
Bronze ancien II, les maisons pluricellulaires, toutes de dimensions comparables, sont
attestées en plusieurs exemplaires. À Tell el-Faǥrah, les habitats de plan pluricellulaire
sont moins nombreux que les habitats de plan rectangulaire simple. Mais les modes de
construction restent les mêmes. On retrouve les mêmes types de murs, de sol, de

973
Mazar & Rotem, 2009, p. 41.
974
Mazar, 1997, p. 65-67.
975 ème
3 partie, chapitre I, A, 1, a.

223
couverture ou d’installations internes. Les seules différences concernent les grandes
constructions. Ainsi, s’il s’avère que les grandes maisons constituent bien une seule
unité architecturale, elles ont dû être habitées par des familles étendues. L’hypothèse de
la famille étendue pourrait aussi expliquer les différences de qualité de construction
entre les murs. En effet, le « fils » en construisant son extension a pu utiliser des
techniques différentes de celles employées par le « père ».

Ainsi, les habitations pluricellulaires surtout présents dans les établissements


fortifiés. Dans ces sites, elles s’intègrent dans un tissu urbain dense. Le plus souvent,
ces bâtiments sont interprétés comme des maisons occupées par des élites. Cependant,
dans les cas des bâtiments de Palmahim Quarry, Tel Erani et Beth Shean, d’une part, ils
datent tous du Bronze ancien IB et ils sont apparement en exemplaire unique dans des
villages. D’autre part, leur plan se distingue très clairement du reste des constructions
autant du point de vue des dimensions, que de celui de la complexité du plan et de
l’usage de formes architecturales très spécifiques comme les salles hypostyles. Ce ne
sont pas des constructions à usage domestique. Leur rôle est lié au stockage et à la
redistribution des productions agricoles par une autorité centrale. À l’inverse à Ai,
Tell el-Faǥrah ou Qiryat Ata, au Bronze ancien II, la présence de plusieurs grandes
maisons contemporaines semble démontrer la présence d’habitants au statut social plus
élevé.

<   
En conclusion, même si la typologie semble découper un peu artificiellement
une réalité assez complexe, elle permet de faire ressortir plusieurs types de plans
caractéristiques du Bronze ancien. Ces derniers sont liés aux conditions climatiques, au
niveau d’urbanisation du site ou aux contraintes socioculturelles. Seuls certains
bâtiments pluricellulaires semblent liés à l’action d’une autorité centrale de
planification. La qualité de la construction et la complexité du plan laissent penser
qu’ils ont pu être réalisés par un constructeur « professionnel ». Toutefois, il faut noter
qu’aucun plan n’est de type pluricellulaire complexe, c’est-à-dire avec des pièces
desservant plusieurs autres pièces. Ce niveau de complexité du plan n’est présent que
dans les palais976.

Le Bronze ancien I présente la plus grande diversité de type de plans de maisons


de tout le Bronze ancien. Cette époque est marquée par la cœxistence de plans issus des
périodes antérieures (habitats troglodytiques, maisons-fosses, maisons barlongues à
cour, maisons rectangulaires) et de plans nouveaux (maison à double abside).
Rappelons, que les grottes sont aménagées avec la construction de mur servant de pilier,

976
2ème partie, chapitre I, B, 1.

224
de marches d’accès, de seuils, de portes à crapaudine, de cupules… Néanmoins, les
habitats en grotte et les maisons-fosses restent très rares. À l’inverse, la maison
barlongue à cour continue d’être très employée, notamment dans les zones semi-arides
(Marajim, Tel Halif). Elle offre en effet des solutions optimales aux besoins et aux
activités essentiels des hommes et de leurs animaux. Le plan barlong tel qu’il est connu
au Chalcolithique se perpétue donc au Bronze ancien, avec cependant quelques
changements : les cours deviennent plus petites, voir inexistantes dans certains sites et
les pièces possèdent des bancs construits le long des murs. De plus, l’usage de supports
intermédiaires permet aux pièces d’être plus grandes977. Et pour les maisons ne
possèdant pas de cour, de nombreuses activités doivent se déplacer à proximité
immédiate de la maison. Mais, dans ce cas, les habitants ne profitent plus ainsi de
l’intimité que procure la cour.

Parallèlement à ces traditions anciennes, la sédentarisation accrue des groupes


humains et les mouvements de populations entraînent l’apparition de nouveaux types de
plan comme le plan ovale. Sa venue, apparement de la région de Byblos, représente une
rupture radicale avec la tradition du Chalcolithique qui avait privilégiée pendant plus
d’un millénaire l’architecture rectiligne. En outre, sur des sites comme ‘En Besor et Tell
es-Sakan l’architecture témoignent de la présence de populations égyptiennes. Ces
établissements disparaissent à la fin du Bronze ancien I978. Ainsi, la tradition
architecturale palestinienne connaît de nombreux changements entre le Chalcolithique
récent et le Bronze ancien I.

De nombreux sites sont abandonnés à la fin du Bronze ancien I979 et le Bronze


ancien II se caractérise par un changement marqué dans la culture matérielle et le
développement du phénomène d’urbanisation980. À cette période, les populations
continuent à se sédentariser et à se concentrer dans un nombre restreint de sites qui se
fortifient comme Ai, Jéricho, Tell el-Farǥah ou Tel Yarmouth. Ce regroupement de
populations dans un espace clos entraîne notamment l’adoption quasi-exclusive du plan
rectangulaire, le mieux adapté à un tissu urbain qui se densifie. En effet, son plan peut
être modulé selon l’espace disponible et il peut être agrandi facilement, pour s’adapter
aux besoins de la famille. De ce fait, le plan rectangulaire à angle droit devient presque
exclusif au Bronze ancien III. Cependant, toutes les autres traditions architecturales ne
disparaissent pas : à Arad, par exemple, l’utilisation du plan barlong avec une cour se
poursuit au Bronze ancien II. Cela montre que ce plan correspond à des modes de vie
spécifiques qui se perpétuent également.

977
Porat, 1992, p. 46.
978
Miroschedji, Sadek & al., 2001, p. 100-104.
979
Braun, 1996a, p. 31.
980
Herzog, 1997, p. 42-43.

225
La transition entre le Bronze ancien II et III est marquée par une « crise » et la
disparition de nombreux sites. Néanmoins, au Bronze ancien III, les phénomènes
d’urbanisation et de concentration des populations se poursuivent et de nouveaux sites
se fortifient comme Tell el-Hesi ou Tell es-Sakan. À l’intérieur de ces sites urbanisés, le
plan rectiligne reste toujours majoritaire. L’époque marque l’apparition de l’architecture
monumentale planifiée.

Ainsi, le développement général de l’architecture domestique va dans le sens


d’une meilleure adaptation du plan à son environnement. D’une part, même si la
construction des habitats n’était pas soumise aux mêmes contraintes que la construction
des temples ou des palais, elle devait néanmoins se conformer à des idées préconçues,
avoir une forme culturelle acceptable. Même si la forme architecturale était nouvelle,
elle devait contenir certains éléments économiquement requis comme des zones de
stockage ou une cour. D’autre part, sur un site occupé sur une longue durée, les plans
devaient intégrer les pièces préexistantes et les fragments antérieurs d’architecture. Sur
les sites urbanisés, le plan devait être le résultat d’une occupation de l’espace la plus
efficace possible. L’urbanisation va pousser les hommes à s’accommoder, pour la
première fois, d’un espace clos. Les habitats vont alors se regrouper et s’organiser en
îlots entourés de ruelles. Ils se retrouvent réduits à leur plus simple expression : une
pièce à tout faire et une cour.

!"     


Dans toute étude architecturale, l’architecture monumentale constitue le pendant
de l’architecture domestique. Cependant, les deux termes ne sont pas exactement
opposés car ils n’appartiennent pas au même champ lexical, puisque « domestique »
désigne une habitation familiale alors que « monumental » fait référence aux grandes
dimensions d’un bâtiment. En outre, les bâtiments inclus dans l’architecture
monumentale ne se distinguent pas toujours par leurs grandes dimensions, ni par le
caractère extraordinaire de leur composition. Aussi, certains préfèrent employer le terme
d’architecture publique. Toutefois, même si elle est fréquemment utilisée, cette
expression peut induire en erreur car, le but des palais et des temples n’était pas de
servir le public, mais plutôt de répondre aux besoins d’une certaine frange de la
population. Ainsi, ces bâtiments se distinguent des maisons essentiellement par leurs
fonctions qui ne sont pas seulement de servir de lieu d’habitation.

L’étude s’attachera à décrire, dans un premier temps, les palais, puis les temples
et enfin le cas particulier du Bâtiment aux cercles de Beth Yerah.

226
#(   
Le palais est un édifice monumental, siège d'une institution publique où se
déroule l'exercice du pouvoir. Mais, en raison des spécificités de la Palestine au
3ème millénaire (absence d’écriture, petite échelle géographique, nature de son
urbanisation), les identifications absolues des palais sont rares, incertaines, voire
erronées pour certaines. Néanmoins, cela ne doit pas nous empêcher de les étudier et de
chercher à reconnaître une série de critères typiques. Pour cela, il ne faut toutefois pas
chercher à étudier les palais palestiniens en fonction de critères employés en
Mésopotamie, en Égypte, en Anatolie ou dans la région égéenne981. Il faut chercher à se
baser sur des critères locaux en lien avec le développement de la tradition architecturale
palestinienne. Ainsi, précedemment, l’étude des grandes maisons du Bronze ancien I
(bâtiment M-3 de Beth Shean, bâtiment n° 9 de Palmahim Quarry, bâtiment 7102 de
Tel Erani) a montré que le besoin de stockage centralisé et en grande quantité était
apparu dans des maisons dont les dimensions et le plan se distinguaient nettement du
reste du bâti. Ces besoins de stockage ont dû s’intensifier au Bronze ancien II et III avec
l’urbanisation et le regroupement de plus en plus de population dans les sites fortifiés.
De ce fait, les premiers critères d’identification doivent être basés sur les dimensions.
Le palais Bronze ancien doit être nettement plus grand que le reste du bâti alentour.
Puis, comme il regroupe plusieurs fonctions – au minimum : stockage, siège d’un
pouvoir et habitation – il doit comporter plusieurs secteurs dont les différences peuvent
se lire dans le plan.

Dans un premier temps, nous rappelerons brièvement le cas de bâtiments


d’abord interprétés comme des palais, puis nous aborderons plus en détail les cas de
Khirbet ez-Zeraqun, Megiddo et Tel Yarmouth.

 &   3


En raison de spécificités liées à l’architecture ou au matériel retrouvé à
l’intérieur, certains bâtiments ont été interprétés comme des palais. C’est le cas
notamment du bâtiment 7102 de Tel Erani qui a été interprété par L. Nigro comme un
« proto-palais »982. Comme nous avons déjà abordé longuement la question de ce
bâtiment nous n’y reviendrons pas, cependant, il est évident que si ce bâtiment n’est pas
un palais, il occupait sans doute un rôle particulier à Tel Erani au Bronze ancien I.

Le deuxième cas provient de Tel Arad où un ensemble d’espaces qui semble


délimité par un mur du chantier T (niveau II) est fréquemment considéré comme un

981
Nigro, 1995, p. 327-328.
982
Nigro, 1995, p. 413.

227
palais983, ou un proto-palais984. L’ensemble se compose d’une pièce barlongue centrale
(4050) entourée de pièces plus ou moins grandes réparties dans un espace en partie
clôturé par des murets (pl. 54). Le tout a une superficie totale de 925 m2. La pièce
centrale (4050) possède une sorte d’antichambre et des bancs longent ses quatre murs,
elle mesure 4,1 x 7,3 m et sa superficie interne est de 30 m2. À l’intérieur, une stèle
portant deux figures anthropomorphes a été retrouvée. Selon R. Amiran, cet ensemble
était un grand complexe fermé de type palatial, composé de pièces interconnectées, de
cours et de passages. La grande pièce avec une antichambre et deux cours formaient le
noyau du palais. Les pièces, les cellules et les cours contenaient d’importantes traces
d’activités de stockage et de cuisine ainsi que des grands bassins monolithiques985.

Cependant, en observant ce plan, quelques problèmes, notamment au niveau de


la cohérence générale de l’ensemble apparaissent. Ainsi, il semble peu vraisemblable
que cet ensemble de pièces ait formé une seule unité. Ce « palais » semble se composer
de la juxtaposition de plusieurs unités domestiques. Les différences d’altitudes entre les
différents ensembles laissent penser que ce sont au minimum cinq unités différentes
(une à l’ouest composée de deux espaces, une à l’est composées de 3-4 espaces, deux
plus petites au nord et au sud et enfin un pièce isolée entre les deux ensembles est et
ouest). De plus, si l’ensemble est vraiment conçu comme un palais composé de la
juxtaposition de plusieurs unités domestiques, il y a trop d’entrées. R. Amiran ne
reconnaît que trois entrées : au nord, sud et à l’est, mais en regardant le plan, il y en a
beaucoup plus. Or, la fonction d’un tel bâtiment est principalement de stocker des biens
en grande quantité et pour cela de limiter et de diriger les circulations : un palais ne peut
pas être ouvert de toutes parts.

Cet ensemble de bâtiments ne peut pas non plus constituer une unité domestique
destinée à une élite car les dimensions des pièces sont dans la moyenne du reste des
maisons d’Arad et l’ensemble ne se distingue pas nettement du reste du bâti. Ainsi, la
pièce centrale mesure 30 m2 et les dimensions des pièces principales des maisons
décrites dans le catalogue des sites sont pratiquement identiques (maison 2 : 14,3 m2;
maison 3 : 26,1 m2; maison 4 : 25,8 m2; maison 5 : 24,6 m2) voire même plus grande
pour un cas (maison 1 : 34 m2). Il n’y a pas de différence non plus dans le soin apporté à
la construction. Les murs dudit palais mesurent 0,70 m de large, comme ceux des
maisons. En outre, les supposés grands murs de clôture au sud, au sud-est et au nord-est
ne forment pas un ensemble. Ils mesurent respectivement 0,70, 0,50 et 0,25 m de large.
Ces murs et murets ne font certainement pas partie du même mur de clôture. Ils devaient
appartenir à trois unités d’habitations distinctes. Pour résumer, sur la planche 54, le plan

983
Amiran, Ilan & al., 1996, p. 142, pl. 69, 70, 85, 86.
984
Nigro, 1995, p. 413.
985
Amiran, Ilan & Aharoni, 1993, p. 77-78.

228
du chantier T, niveau II a été repris, les possibles différentes unités qui composent le
« palais » ont été représentées en grisé (fig. 1).

Enfin, à Tell es-Sa’idiyeh au Bronze ancien II, les fouilleurs identifient aussi
comme un complexe palatial, l’ensemble d’espaces qui entourent la scullery, dans le
chantier 1, niveau L2 (pl. 138). Ce palais se composerait de plusieurs ailes dévoluent à
la production de textile, de vin et d’huile d’olive986. Cependant, il n’est pas prouvé que
toutes les pièces du « palais » fassent parties du même bâtiment (fig. 2, pl. 136,
pl. 137)987. De plus, le matériel retrouvé à l’intérieur, moins d’une quinzaine de jarre de
stockage dans la pièce enterrée, n’indique pas clairement l’existence d’une grande
capacité de stockage.

 &    * 


i. Khirbet ez-Zeraqun
À proximité immédiate de la zone des temples à Khirbet ez-Zeraqun, de l’autre
côté de la rue S0.4 se trouve une zone densément construite interprétée comme une zone
palatiale (fig. 2, pl. 163). Elle se compose d’un ensemble d’une trentaine d’espaces, plus
ou moins grands agglutinés les uns aux autres988. La superficie totale mise au jour est
supérieure à 650 m2, cependant le secteur n’a été fouillé qu’en partie. L’extension
maximale nord-sud du bâtiment est de 35 m. Sur l’ensemble du secteur, les
archéologues ont distingué quatre secteurs (B0.7/8/10/11) :
• Le secteur B0.11 n’a été que très peu dégagé, seules deux pièces ont été mises
au jour.

• Le secteur B0.10 présente une architecture de type plus monumental et planifié


que le reste des pièces. Les murs mesurent plus d’1 m de large, la maçonnerie
est soignée. La plus grande des pièces : R.3 mesure 41,25 m2. Au centre de la
pièce se trouvent deux bases de colonne situées dans l’axe longitudinal. Les
fondations particulièrement robustes et la présence de marches indiquent la
présence probable d’un étage supérieur à cet endroit989.

• L’ensemble de pièces B0.8 est plus densément construit, il comporte treize


pièces. Le secteur est traversé par deux couloirs qui desservent les espaces. Les
murs mesurent environ 0,60 m de large, leur tracé est beaucoup moins rectiligne
que dans le secteur B0.10. Il semblerait que les secteurs B0.8 et B0.10 ne
communiquent pas entre eux. À l’intérieur du secteur B0.8 se trouve une pièce

986
Tubb, Dorrell & al., 1997, p. 20, 55-65.
987
Genz, 2010, p. 49.
988
Ibrahim & Mittmann, 1987, p. 6.
989
Ibrahim & Mittmann, 1994, p. 14.

229
avec deux bases de colonne (R16) qui mesure 21 m2. Elle est beaucoup plus
petite que la pièce à base de colonne du secteur B0.10. La grande majorité des
céramiques se concentraient dans le secteur B0.8. Ce dernier contenait
également, un grand nombre d’installations liées au stockage et à la préparation
des aliments, ainsi que de très nombreux pithoi et des jarres de stockage de
moyenne capacité990.

• Dans le secteur B0.7, les pièces sont de même type que dans le secteur B0.10,
avec des murs de 1,25 m de large et de grandes pièces. Selon les archéologues,
cet ensemble de pièces avait un usage administratif. Il est possible que le vaste
espace situé au nord-ouest de la zone soit une cour. En effet, aucun mur ne
semble le diviser.

Cette zone se compose donc d’unités très différentes autant du point de vue de
l’orientation que la qualité de la construction. Ainsi, les murs des secteurs B0.7 et B0.8
sont orientés NO/SE tout comme la rue adjacente S0.4, à l’inverse, le quartier B0.10 est
orienté N/S. Cependant, malgré leur orientation presque similaire, les secteurs B0.7 et
B0.8 ne sont pas contemporains. En effet, ils sont séparés par un espace étroit et un
deux murs distincts. Le secteur B0.8 est aussi plus récent que le secteur B0.10 car ses
murs viennent buter contre les murs bien construits de B0.10. Au final, on obtient
l’image d’un bâtiment composite obtenu par agglutination de plusieurs unités
construites à des momets différents991. Ainsi, en calculant la surface moyenne des pièces
de chaque zone, on observe qu’en moyenne, une pièce de B0.7 mesure 44 m2 ; une pièce
de B0.10 : 34 m2 ; une pièce de B0.11 : 23 m2 et une pièce de B0.8 : 16,7 m2. Les
secteurs se différencient donc aussi par densité de leur architecture. L’importance de la
superficie des pièces de B0.7 s’explique sans doute par la présence d’une cour. Dans le
cas de B0.10, l’importance de la superficie liée, la grande largeur des murs et le soin
apporté à la construction permettent de déduire que cette zone avait une fonction de
réception. À l’inverse, la faible surface des pièces de B0.8, la présence de nombreux
tessons et d’installations indiquent que la zone servait au stockage, en lien avec des
activités économiques. La fonction du secteur B0.11 reste encore à déterminer, car il a
été peu fouillé992. Au final, ce secteur qui a pu servir de palais semble n’avoir pas été
conçu dès le début comme tel. Il est possible qu’en fonction de l’évolution des besoins
et des fonctions, les hommes ont regoupé des unités architecturales différentes et en ont
construit de nouvelles. Il n’y a pas eu de planification d’ensemble.

990
Genz, 2002, tabl. 60.
991
Communication personnelle de P. de Miroschedji.
992
Genz, 2002, p. 95.

230
ii. Megiddo
Le bâtiment 3177 de Megiddo se trouve dans la zone d’architecture
monumentale du tell, entre l’autel circulaire et le mur d’enceinte, à proximité de la zone
des temples (fig. 2, pl. 120). Fondé au Bronze ancien IIIB (environ 2 550 avant J.-C.), il
a été occupé au niveau XVI (le niveau XVII représente son niveau de fondation). Le
bâtiment n’a pas été complètement fouillé, mais en incluant tous les espaces autour du
palais, la superficie totale fouillée avoisine les 600 m2. La fondation du palais résulte
d’importants travaux de planification liés à l’expansion du site et à la reconstruction
d'une partie de la zone sacrée. La forme générale du plan est déterminée par les
constructions de soutènement érigées afin de corriger l'écart de niveau entre la zone
sacrée, située plus à l'ouest et les murs de la citadelle à l’est993.

Le plan du bâtiment se compose d’espaces qui se répartissent de part et d’autre


de deux corridors adjacents. Ces derniers permettent de reconnaître l’existence de deux
« ailes » distinctes. Ces dernières possèdent de nombreuses caractéristiques communes,
notamment dans le nombre, la superficie et l’agencement des espaces. L’aile orientale
comporte une cour (6) qui marque la seule entrée repérée lors des fouilles. Toutefois, il
est possible que les marches du corridor qui longent la pièce 8 impliquent aussi la
présence d’une entrée donnant dans cette pièce. Les deux ailes du palais sont séparées
par deux corridors parallèles (2, 11) qui débouchent chacun sur une pièce rectangulaire
qui donne elle-même sur deux pièces (5 et 8). Selon A. Kempinski leur localisation en
fait les deux pièces les plus importantes du palais994.

Chaque aile possède une cour (6 et 10) et une courette à galets qui pouvait servir
de puits de lumière (1 et 9). Dans la cour 6, un système d’évacuation des eaux se
compose d’une canalisation qui passe sous les galets et la traverse de part en part. Enfin,
il semble difficile de passer d’une aile du bâtiment à l’autre et chacune possède son
propre système de circulation entre les pièces. Il semblerait même que l’accès à chaque
aile se faisait d’un côté différent : l’accès à l’aile ouest par le sud-ouest et l’accès à l’aile
est, par le nord.

Dans le tableau ci-dessous sont rapportées les dimensions des pièces995, ainsi
que leur localisation et leur usage supposé (pl. 122) :

993
Nigro, 1995, p. 335.
994
Kempinski, 1989, p. 155.
995
Les mesures ont été effectuées sur les plans publiés.

231
Pièce n° Type de pièce Dimensions (en m) Superficie en m2 Aile du Palais
1 Courette à galets 2,80 x 2,50 7 Ouest
2 Couloir et antichambre 23,27 x 0,93 / Ouest
3 Pièce fermée 5,20 x 3,40 17,80 Est
4 Pièce fermée 4,30 x 1,70 7,40 Est
5 Pièce fermée 4,30 x 6,90 29,70 Ouest
6 Grande cour 10,35 x 10,35 107 Est
7 Pièce fermée 8,62 x 2,58 22,24 Est
8 Pièce fermée 9,48 x 6,03 57,20 Est
9 Courette à galets 3,44 x 3,44 11,86 Est
10 Grande cour 10,35 x min. 9,48 min. 98,02 Ouest
11 Couloir et antichambre 13,70 x 0,86 / Est
12 Pièce fermée avec 7,75 x 7,75 60 Ouest
resserre
13 Pièce fermée 6,89 x 3,44 23,70 Ouest
14 Cage d’escalier ? 5,17 x 1,29 6,67 Ouest
15 Pièce fermée 4,31 x 3,44 14,82 Ouest
16 Pièce fermée 1,72 x 1,29 2,22 Est
17 Pièce fermée ? 7,5 x 3,1 23,51 Ouest
Tabl. 17 : Superficie des pièces du Palais 3177, niveau XVI
(En grisé : les pièces de l’aile ouest, en blanc les pièces de l’aile est)

L’étude du plan montre que le bâtiment possède des couloirs étroits, d’environ
un mètre de large, soit l’équivalent de deux coudées. Les deux cours 6 et 10 avaient
peut-être à l’origine les mêmes dimensions et étaient toutes les deux de plan carré,
comme le propose la reconstitution de Z. Herzog (pl. 122). La superficie des pièces est
très variable entre 2 et 60 m2. Les pièces 5, 7 et 13 ont une superficie supérieure à 20
m2, et les pièces 8 et 12 une superficie supérieure à 55 m2. Une telle disparité s’explique
par des utilisations très différentes : du simple stockage, aux pièces d’apparat et de
réception. La pièce 12 est la plus grande, elle comporte une petite resserre. Enfin, la
forme étroite et longue de la pièce 14 semble évoquer une cage d’escalier et donc peut-
être la présence d’un étage.

Les murs du Palais 3177 présentent différents modules de taille. Les murs
externes mesurent 2 m de large et les murs intérieurs mesurent entre 0,65 et 1 m de
large. En se basant sur la situation observée à Tel Yarmouth et notamment sur le Palais
B1, P. de Miroschedji a appliqué une grille de planification basée sur la coudée de 0,52
m (pl. 8). Le résultat montre de nombreuses correspondances entre la grille et les
épaisseurs de murs et les largeurs de certains espaces et corridors996. D’autres
caractéristiques architecturales sont également partagées entre les deux palais, ainsi, les
sols des pièces sont chaulés et ceux des cours sont pavés de galets, une des spécificités
de cette époque997. Les galets mesurent rarement plus de 8 cm et sont enchâssés dans un
enduit blanc, il y en a notamment dans les pièces 6, 9 et le passage 2.

996
Miroschedji, 2001b, p. 483-486.
997
Aharoni, 1993, p. 1005.

232
À l’intérieur de la cour 6, un espace de 1 x 2 m est dépourvu de dallage de
galets. C’est peut-être la trace en négatif d’une installation aujourd’hui disparue. Dans la
pièce 5 se trouve une fosse creusée et une base de colonne ronde, polie, en calcaire,
identique à celles trouvées dans les temples du niveau XV. Son sommet est retaillé en
cercle plus étroit que celui de la base. Dans le corridor de l’aile ouest, un escalier mène
à la zone des temples. Une rue pavée de 2 à 3 m de large court entre ce bâtiment et la
muraille.

Très peu de maisons ont été dégagées à Megiddo, et encore moins sont décrites
dans les publications archéologiques. Il est donc difficile de caractériser les
particularités de l’architecture monumentale en se fondant sur une comparaison avec
l’architecture domestique. Cependant, le caractère monumental de ce bâtiment semble
indubitable en raison des dimensions, du soin apporté à la construction et de son plan.
En effet, il se compose de deux ensembles de pièces fonctionnellement différents, mais
combinés dans un seul plan. Le système de circulation fondé sur deux couloirs centraux
flanqués de plusieurs pièces, correspond parfaitement à la nécessité de développer le
bâtiment dans l'espace réduit que se situe entre les murs de la citadelle à l'est et le
terrassement de la zone sacrée à l’ouest. De ce fait, le plan reste très dépendant du
contexte urbain, et il ne peut donc pas montrer l'adoption d'un type particulier.
Toutefois, la conception en deux parties tend, selon L. Nigro, à distinguer le secteur
privé et résidentiel (ouest) du public / de la réception (est). Cette conception se retrouve
aussi plus tard dans les palais du Bronze Moyen érigés dans la même zone998.

iii. Tel Yarmouth


Le Palais B1 de Tel Yarmouth s’étend sur près de 6 000 m2. L’ensemble se
compose de pièces, de cours et d’un mur d’enceinte portant des saillants sur sa face
interne (fig. 1, pl. 150). Le tout constitue le plus grand complexe palatial retrouvé en
Palestine, au Bronze ancien. Il est daté du Bronze ancien IIIB (2 500-2 400 avant notre
ère)999. Des sondages pratiqués à l’intérieur du chantier B ont révélé que le Palais B1 a
été précédé par une autre construction monumentale dite Palais B2. Ce dernier a lui-
même été construit sur des vestiges d’habitations domestiques arasées, appartenant au
chantier G, niveau B-3, datés du Bronze ancien IIIC (2 500 avant notre ère)1000.

Le Palais B2 a été dégagé sur une surface d’environ 1 750 m2 mais ses limites
exactes ne sont pas connues1001. Le bâtiment a été construit sur une terrasse
partiellement artificielle, formée par un remblai de terre accumulé au nord-est (fig. 2,

998
Nigro, 1995, p. 413.
999
Miroschedji, 1993a, p. 833.
1000
Miroschedji, 2000b, p. 686.
1001
Miroschedji, 2006, p. 58.

233
pl. 149). Les fondations des murs atteignent 1 m de profondeur, les assises supérieures
ont été arasées lors de la construction du Palais B1. Les sols se situent à 0,20 m sous
ceux du Palais B1. Une vingtaine de pièces ont été identifiées, dont deux courettes à
galets et une canalisation. Peu de matériel a été retrouvé à l’intérieur des pièces et la
céramique retrouvée est semblable à celle du Palais B1. Selon, P. de Miroschedji, cette
séquence stratigraphique montre que peu de temps s’est écoulé entre la construction des
deux constructions1002.

i.1 Superficie
Le Palais B1 mesure 84,5 x 73 m. Sa construction se fonde en partie sur des
constructions plus anciennes, mais surtout sur une vaste terrasse artificielle1003, comme
nous l’avons vu dans le paragraphe consacré aux terrasses au Bronze ancien III1004.

Une unité de mesure a été utilisée afin de d’établir une grille qui a permis de
planifier sa construction. Son emploi a été identifié dans la construction des murs (de
quatre types d’épaisseur : murs d’enceinte à saillants, murs de façade, murs intérieurs et
cloisons), des portes et des contreforts. L’unité de mesure employée correspond à la
coudée de 52,50 cm (pl. 154). De plus, l’angle ouest du complexe est un angle droit
presque parfait et les murs périphériques sont rectilignes1005.

1002
Miroschedji, 2000b, p. 688.
1003
Miroschedji, 2003, p. 156*-159*.
1004 ère
1 partie, chapitre I, A, 1, c.
1005
Miroschedji, 2003.

234
Les dimensions des principales pièces identifiées du Palais B1 (pl. 151):

Pièce n° Type d’espace Dimensions (en m) Superficie (en m2)


1965 Salle hypostyle 17 x 13,90 236,30
2051 Espace de réception 9,70 x 5,29 51,35 (reconstitué)
2043 Espace de stockage 5,29 x 5,73 30,33 (reconstitué)
1970 Avant-cour 15 x 14,11 211,65
2015 Espace 3,52 x 6,61 23,29
2024 Espace de stockage 2,64 x 5,29 13,96
2012 Espace 5,29 x 2,64 13,96
2011 Espace de réception (hall) 10,58 x 6,17 65,34
1642 Cour principale 83,82 x 29,11 2440,64
1783 Espace de stockage 3,52 x 5,29 18,62
1708 Espace de stockage 8,82 x 5,29 46,65
1752 Espace de stockage 7,50 x 4,41 33,08
1751 Espace de stockage 7,50 x 2,64 19,80
1749 Espace de stockage 4,85 x 4,41 21,40
1636 Espace de stockage 4,85 x 7,05 34,19
1637 Courette à galets 7,05 x 5,29 37,29
1646/1580 Couloir 1,76 x 9,70 17,07
1585 Espace de stockage 3,52 x 3,97 13,97
1655 Espace de stockage 4,41 x 2,20 9,72
1618 Espace de stockage 2,64 x 3,97 10,48
1638 Espace de stockage 4,41 x 2,20 9,70
1626 Espace de stockage 2,64 x 5,29 13,96
1616 Espace de stockage 2,20 x 3,52 7,74
1619 Espace de stockage 2,20 x 2,64 5,80
91 Cuisine 4,41 x 6,17 27,23 (reconstitué)
89 Espace 6,17 x 3,97 24,52 (reconstitué)
90 Espace 1,76 x 6,17 10,85 (reconstitué)
80 Espace 5,29 x 6,17 32,63
76 Espace 3,52 x 6,17 21,71
75 Espace 3,52 x 6,17 21,71
73/74/83 Long corridor 1,76 x 34,41 60,56
2070 Cour nord-est 26,47 x 27,35 724,03
Tabl. 18 : Les dimensions des espaces du Palais B1

Les dimensions des espaces du palais se répartissent sur une très vaste fourchette
qui va de 5 à 2 440 m2. Deux principaux types de superficie peuvent être distingués : les
espaces dont la superficie varie de 5 à 65 m2 et ceux dont la superficie va de 200 à 2 440
m2. La seconde catégorie ne concerne que les grandes cours du palais et la salle
hypostyle. La seule cour de petites dimensions est la courette à galet 1637, qui est d’un
format comparable aux grandes pièces de stockage qui l’entourent et dont elle devait
représenter le puits de lumière. La salle hypostyle se différencie nettement du reste des
pièces couvertes, en raison de ses dimensions exceptionnelles et de son mode de
couverture qui repose sur 12 colonnes réparties en trois rangées de quatre bases. Dans le
cas des espaces dont la superficie varie entre 5 et 65 m2, les deux plus grandes
superficies sont celles des deux pièces de réception (2051 et 2011), qui mesurent
respectivement 51 et 65 m2. Cependant, la superficie de la pièce 2051 a été reconstituée
par le fouilleur en se basant sur l’usage de la coudée.

235
Les pièces de stockage sont de toutes les tailles : de 5 à 46 m2, leur superficie
devait conditionner le type de biens stockés à l’intérieur. Il semble que des modules de
taille d’espaces peuvent être distingués: 9-10 m2, 13 m2, 21 m2. La fonction de stockage
est démontrée par l’abondant matériel archéologique retrouvé à l’intérieur du palais
(fig. 2, pl. 150). Les formes céramiques sont les mêmes que dans le chantier domestique
G, mais le répertoire est plus limité comprenant essentiellement des céramiques de
stockage (jarres, pithoi, bassins), au total près d’une centaine de pithoi complets ont été
dégagés. Les céramiques de stockage ont été retrouvées en grand nombre dans certaines
pièces qui devaient servir exclusivement au stockage des denrées. D’autres espaces ont
été retrouvés pratiquement vides, ils ont pu servir de zone d’habitat ou à d’autres
activités non liées au stockage. Ils ont aussi pu servir de zone de stockage pour des
matériaux périssables comme la vannerie1006. L’espace 91 a été interprété comme une
cuisine en raison de la présence de foyers tapissés de dalles de basalte.

i.2 Composition des espaces


L’espace construit se divise entre les zones servant à la réception, à l’habitat, à la
cuisine et au stockage. Les pièces de réception comprennent la porte d’entrée principale,
la salle hypostyle, l’avant-cour, le hall de réception et les chambres attenantes. La salle
hypostyle (1965) mesure 17 x 13,90 m et le hall 2011 mesure 10,50 x 6 m1007. Ces
pièces ont une architecture soignée et des bancs ont été construits le long des murs. La
circulation entre les espaces est contrôlée en effet, la disposition et le nombre de seuils
permet de réglementer les circulations.

À l’intérieur du palais, les sols des pièces sont en général chaulés, ceux des
courettes intérieurs sont pavés de galets, calés dans un mortier de chaux1008 et ceux des
grandes cours sont en terre battue. Le palais possède aussi un système de collecte et
d’évacuation des eaux de pluies avec des canalisations1009.

Deux grandes cours ont été identifiées, une très grande au sud et une plus petite
au nord-est. Les murs externes délimitant ces cours possèdent sur leur face interne une
série de redans. Leurs fondations se trouvent à une altitude plus élevée que celles des
murs auxquels ils sont accolés. Les redans possèdent à la fois un caractère décoratif,
mais ils servaient aussi à assurer la stabilité des très longs murs périphériques1010. Leur
forme et leur disposition très rapprochée rappellent les redans du mur d’enceinte du
temple ouest de Byblos où une enceinte à redans incorpore la source d’eau1011. À la

1006
Miroschedji, 1993a, p. 843.
1007
Miroschedji, 2000b, p. 690, 694.
1008
Miroschedji, 1993a, p. 839.
1009
Miroschedji, 2000b, p. 696.
1010
Miroschedji, 2003, p. 159*.
1011
Lauffray, 2008, p. 38.

236
période préamorite décrite par J. Lauffray (2 700-2 150), des redans sont liés au
parement interne du rempart septentrional B (fig. 1, pl. 83). Les redans ont une saillie
d’environ 2,70 m et leur largeur varie entre 3 et 3,50 m. Leur espacement est d’environ
10 m. Les pierres employées dans les angles sont plus grosses et mieux assisées que les
autres. Ces redans ont une hauteur maximale observée de 7,25 m. Ils sont chaînés à la
muraille, mais la plupart sont moins hauts qu’elle. Leur usage reste indéterminé vu qu’il
n’est pas défensif1012. De plus, la muraille comporte un angle droit.

Ainsi, de nombreux points communs existent entre les redans du Palais B1 et


ceux de Byblos, leur fondation moins profonde que le mur auquel ils sont attachés, leur
forme, leur localisation très rapprochée les uns des autres et leur usage esthétique et
technique. Cependant, les redans de la muraille B de Byblos sont beaucoup plus
monumentaux que ceux de Tel Yarmouth.

1012
Lauffray, 2008, p. 291-293, fig. 155.

237
 &*  "   &   

Schéma 3 : Les palais : a. Khirbet ez-Zeraqun ; b. Megiddo ; c. Tel Yarmouth

Après une rapide description de ces constructions, les différences avec les
constructions domestiques sont frappantes. Tout d’abord, sur la question du lieu de
l’implantation, les palais sont construits à des endroits stratégiques et/ou symboliques.
Ainsi, le palais de Zeraqun est construit sur la ville haute, à proximité de la zone des
temples. De la même façon, le palais de Megiddo se trouve à proximité de la zone
cultuelle (fig. 2, pl. 120) qui est occupée par des temples depuis des siècles (temples des

238
niveaux J-2 et J-3)1013. Cette proximité entre les temples et le siège du pouvoir pourrait
être la preuve de l’intégration de hautes hiérarchies sociales1014. Enfin, dans le cas de
Tel Yarmouth, aucun temple n’a été identifié avec certitude, mais le palais se trouve à
proximité immédiate de la porte d’entrée principale de la ville, sur une terrasse
artificielle monumentale qui domine les habitations au nord-est sur un hauteur de près
de trois mètres. En outre, les sondages pratiqués à l’intérieur du chantier B révèlent que
le Palais B1 a été précédé par une autre construction monumentale dite Palais B2. Ce
dernier a lui-même été construit sur des vestiges d’habitations domestiques arasées,
appartenant au chantier G, niveau B-3, datés du Bronze ancien IIIC1015.

Les différences de superficie représentent également un des éléments clés qui


permet de distinguer les palais des maisons privées, car le palais palestinien adopte une
échelle de dimensions supérieure à celle des bâtiments privés. Ainsi, du point de vue de
la superficie, même la plus grande des maisons de plan pluricellulaire – la maison 7102
de Tel Erani – ne mesure « que » 239 m2, alors que le plus petit des palais, celui de
Khirbet ez-Zeraqun qui n’a été que partiellement dégagé mesure au minimum 500 m2,
soit le double. Ces très grandes superficies impliquent la présence d’un grand nombre
de pièces, au minimum : 17 pour celui de Megiddo, environ 28 pour le palais de
Zeraqun et environ 40 pour celui de Yarmouth. Néanmoins, la superficie des palais
palestiniens est considérée comme faible par rapport aux constructions similaires
d'autres régions du Proche-Orient. Selon L. Nigro, cela résulte du fait que la taille du
bâtiment est directement proportionnelle de celle de l'établissement dans lequel il se
trouve1016. Sa superficie symbolise le rôle politique et économique de la cité-état dont il
est le centre administratif et politique. Par conséquent, la taille des sites palestiniens
influence celle des palais.

Les palais se distinguent aussi des constructions domestiques par le soin apporté
à la construction et la complexité des plans. Le soin se matérialise dans le type de mise
en œuvre employé sur les matériaux de construction, de la taille des pierres à la
confection de briques spécifiques, ainsi que par l’emploi d’unités de mesure. La
complexité se manifeste par l’emploi du plan pluricellulaire complexe qui n’est jamais
utilisé pour bâtir des maisons. De ce fait, dans les palais, les circulations sont contrôlées
et certaines pièces desservent plusieurs autres espaces. En outre, les palais ne
comportent souvent qu’une seule entrée à caractère monumental. Cette dernière est
marquée par un seuil large, et un ensemble de pièces de prestige. Ce système permet
une hiérarchisation de la circulation interne. Les plans des palais possèdent également
des infrastructures spécifiques, comme des systèmes de drainage et de collecte des eaux,

1013
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 50-53.
1014
Nigro, 1995, p. 414.
1015
Miroschedji, 2000b, p. 686-688.
1016
Nigro, 1995, p. 414-415.

239
des fondations profondes, des couloirs et des corridors. Ainsi, le palais de Megiddo
comporte même un système de deux couloirs en symétrie inversée, adjacents, chacun
débouchant sur un petit hall. Autre élément architectural rare, les palais possèdent des
cours intérieures et des puits de lumière. En effet, si la construction de cours devant les
maisons est très courante, en revanche, la construction de cour à l’intérieur du bâti
demande la possession d’un certain savoir technique. En effet, le Levant sud est une
zone qui connaît de fortes pluies saisonnières et même la neige durant certaines années.
Une cour construite au milieu de pièces doit donc posséder un système efficace
d’évacuation des eaux pour empêcher celle-ci d’inonder les pièces couvertes. C’est
pourquoi, les palais se distinguent aussi par la présence de systèmes d’évacuation des
eaux, construits sous le niveau des sols comme dans le Palais B1 et dans le Palais 3177
de Megiddo (fig. 2, pl. 120). Les cours, courettes et puits de lumière avaient un rôle
essentiel dans l’apport de lumière à l’intérieur des pièces. En effet, les rez-de-chaussée
des palais devaient être des zones particulièrement sombres. Enfin, les palais possèdent
aussi des particularités architecturales qui sont aussi connues dans l’architecture
domestique, mais qui sont ici réalisées sur une plus grande échelle, comme la salle
hypostyle du Palais B1 ou la présence d’un étage.

En conclusion, le palais symbolise la centralisation des pouvoirs dans un seul


bâtiment. Elle se produit uniquement lorsque le modèle urbain a atteint son apogée au
Bronze ancien III. Toutefois, le modèle urbain en Palestine n'a jamais eu pleinement sa
place dans les réalités sociales et économiques de la région, car il n’a presque jamais
atteint le rôle central et hégémonique qu’il possède dans d'autres régions du Proche-
Orient ancien1017. Le mode de production domestique fondé sur une intégration
optimale entre l'agriculture méditerranéenne, l'horticulture et l'élevage constitue la base
de la production dans cette région et même à l’apogée des sociétés urbaines, il n'a
jamais été remplacé par le modèle centralisé palatial. Ainsi, en raison de l'échelle
réduite des phénomènes urbains en Palestine, l'architecture palatiale de cette région
présente un caractère unique et particulier. De ce fait, si les palais palestiniens ne
ressemblent pas à leurs homologues syriens ou mésopotamiens, ce n’est pas parce qu’ils
ne sont pas des palais, mais parce que l’échelle d’étude est différente, autant du point de
vue géographique, économique que démographique.

En outre, le très petit nombre de palais identifiés ne peut que nous interpeller.
Pourquoi des architectes capablent de maîtriser autant de savoirs longs à acquérir n’ont-
ils réalisé que deux ou trois bâtiments ? Il est possible qu’ils soient venus des régions
voisines comme l’Égypte ou le Levant du nord, mais cela n’expliquerait pas les
particularités « palestiniennes » de l’architecture de ces palais. Ainsi, on peut supposer

1017
Nigro, 1995, p. 409.

240
qu’il existe d’autres palais qui n’ont pas encore été dégagés ou qui ont disparu. En effet,
de nombreux sites fortifiés du Bronze ancien III n’ont été que peu dégagés.

'& 
L’étude des temples en archéologie est une question épineuse, sujette à de très
nombreux débats. En outre, la situation est d’autant plus compliquée pour les périodes
sans écriture comme le Bronze ancien. En outre, au Levant sud comme dans d’autres
religions de l’Orient ancien, le temple est considéré comme la maison du dieu, son plan
reprend donc celui des maisons. Il faut encore ajouter à ces problèmes des découvertes
matérielles peu nombreuses et pas très éclairantes sur la question du culte. De ce fait,
depuis les débuts de l’archéologie du Levant sud, l’étude des temples levantins et de
leur identification a été un sujet longuement débattu. Ainsi, dès 1944, G. E. Wright
publie une première étude sur les temples palestiniens, suivie en 1949, par M. V. Seton
Williams qui fait une synthèse des connaissances fondée sur les résultats des fouilles de
grande ampleur qui avaient déjà eu lieu à Megiddo, Jéricho et Ai. En 1973, A. Ben-Tor
écrit un article sur la comparaison entre le plan des maisons et celui des temples. C’est
aussi en 1973 que S. Yeivin publie un article au titre évocateur : Temples that were not.
En 1980, M. Ottosson publie un livre intitulé Temples and Cult Places in Palestine.
Depuis, le sujet fait encore l’objet de nombreux articles dans des revues ou des
encyclopédies1018.

Ainsi, il est relativement difficile d’aborder la question des temples au Bronze


ancien, mais nous n’avons pas voulu éluder la question car tous les temples probables
ou moins probables constituent une part très intéressante vestiges architecturaux de la
Palestine qu’il aurait été dommage de ne pas étudier pour des raisons de problèmes
d’identification. Le but de ce paragraphe est de mettre en avant les caractéristiques
architecturales que les archéologues ont estimé si exceptionnelles qu’elles ne pouvaient
pas appartenir à de « simples » maisons. À travers l’analyse des différents bâtiments
interprétés comme des temples, nous essayerons de comprendre quels sont les éléments
constitutifs des sanctuaires du Bronze ancien ? Est-ce un bâtiment isolé ou un
assemblage de constructions ? Quels types de plans les temples utilisent-ils ? Quelles
sont les différences – s’il y en a – avec les maisons ?

1018
Kempinski, 1992b ; Miroschedji, 1993d ; Alpert Nakhai, 1997a ; Sala, 2007a, 2007b.

241
& )  ) " *  
Le problème de l’identification des temples se fonde d’abord sur la définition
que l’on en donne. Dans le glossaire des termes architecturaux de l’ouvrage de référence
The Architecture of Ancient Israel from the Prehistoric to the Persian Periods, édité par
A. Kempinski et R. Reich, en 1992, la même définition est donnée aux termes de temple
et sanctuaire, soit : « La demeure du dieu. Un bâtiment public pour abriter la divinité,
dans lequel la statue du dieu était érigée et dans lequel son culte et ses rites étaient
pratiqués »1019. Cette définition claire est cependant très difficile à mettre en pratique
lors de l’observation de plans de bâtiments, en effet, aucune statue de dieu du Bronze
ancien n’a jamais été retrouvée et il faut même ajouter qu’on ne connaît même pas avec
certitude les dieux vénérés à cette époque. De plus, les cultes et les rites sont
impossibles à identifier.

Ainsi, la majorité des attributions comme temple se fondent sur le caractère


monumental supposé du bâtiment, or l’appréciation de la monumentalité d’une
construction est un sentiment très variable selon les archéologues1020. Pour certains,
l’identification d’un temple se base sur la présence de supports de poteaux1021, de
pierres dressées1022, d’antes, le type de plan1023, pour d’autres sur le soin particulier
apporté à la construction, comme par exemple lorsque les murs et/ou le sol étaient
recouverts d’un enduit1024. Les interprétations se fondent rarement sur les dimensions du
plan ou sur le matériel archéologique retrouvé à l’intérieur, quoique certaines
interprétations s’appuient sur l’absence d’artefacts car pour des raisons religieuses le
temple aurait été intentionnellement vidé des objets de culte avant d’être reconstruit ou
abandonné.

Selon J.-C. Margueron, aucun de ces critères est concluant en lui-même, seule
une convergence d’indices permet d’identifier un temple, car en l’absence de texte, il est
difficile de savoir si un bâtiment a été utilisé comme une maison ou comme un temple
et donc si un support maçonné est un autel ou une plate-forme1025. À travers la
présentation des bâtiments interprétés comme des temples, nous allons tenter de
déterminer quels critères peuvent être pertinents.

1019
Kempinski & Reich, 1992, p. 321.
1020
Rast & Schaub, 2003a, p. 157.
1021
Kempinski, 1992a, p. 58.
1022
Sala, 2007b, p. 61-63.
1023
Amiran, Ilan & al., 1996, p. 142.
1024
Vaux, 1961, p. 577.
1025
Margueron, 1997b, p. 165.

242
Schéma 4 : Les temples palestiniens supposés

243
  &  * 
Selon M. Ottosson, la présence d’un temenos est le principal critère qui doit
servir à identifier un temple1026. Dans l'antiquité grecque, le téménos désigne l'espace
sacré, littéralement « l'espace découpé » pour la divinité. Il constitue un sanctuaire
lorsqu'il est délimité par une enceinte. Ces limitations spatiales peuvent prendre
plusieurs formes : bornes, clôture, mur, portique.

D’autres critères conjugés avec la présence du temenos peuvent aussi compléter


l’interprétation d’un bâtiment comme un temple : le type de plan, le soin particulier
apporté à la construction ou la présence de pierres dressées.

i. Bronze ancien I
Au Bronze ancien IB, plusieurs temples ont été identifiés à Megiddo. Ce sont les
temples des niveaux J-2, J-3 et J-4.

i.1 Le temple du niveau J-2 de Megiddo


Seules deux rangées de bases de poteaux du temple du niveau J-2 ont dégagées,
chacune apparemment composée de trois bases de piliers en pierre (fig. 3, pl. 117). La
première se situe près du mur ouest de la pièce 4050 (J-3), et l’autre près du mur est.
Les archéologues de l’Université de Tel Aviv proposent de relier ces bases de piliers au
niveau d’occupation J-2 qui n’aurait pas été détecté par l’équipe de Chicago (fig. 1,
pl. 118). D’après les propositions de reconstruction de l’Université de Tel Aviv, les
mesures internes du temple sont de 15,50 x 5,50 m, avec une entrée à l’est.

Toutes les bases de poteaux sont taillées et quatre sont de forme rectangulaire.
Elles sont toutes en basalte à l’exception d’une qui est en calcaire. Elles sont posées sur
un sol chaulé et calées à l’aide de petites pierres. Le bâtiment possède aussi une cour en
partie pavée de pierres gravées. Une jarre sans col, contenant des os de mouton a été
retrouvée enchâssée dans le sol, près d’une base de poteaux1027.

i.2 Le temple du niveau J-3 de Megiddo


Le temple du niveau XIX ou J-3 est de plan barlong (fig. 3, pl. 118). Il se
compose des vestiges de trois pièces accolées à un épais mur : la pièce 4047, une petite
pièce sans numéro de locus et plus au sud, la pièce 40501028. Le mur épais, ainsi que les
murs des trois pièces accolées, ont été construits avec grand soin en utilisant des briques
reposant sur un soubassement de pierre d’une assise de hauteur. Les fouilleurs suggèrent
1026
Ottosson, 1980, p. 10.
1027
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 50-53.
1028
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 38.

244
que la pièce 4050 était un sanctuaire en raison de sa localisation dans le secteur des
futurs temples, mais aussi de la forme de la pièce et de son contenu. En effet, la pièce
4047 était barlongue (4 x 12 m), face à l’entrée, contre le mur ouest, se trouvait une
plate-forme rectangulaire en briques recouverte d’enduit, interprétée comme un autel.
Au milieu de la pièce, quatre pierres plates étaient placées à des intervalles plus au
moins réguliers, elles devaient servir de bases de colonne. À l’est de ce bâtiment se
trouvait une vaste cour de 25 m de long. Le sol de la cour était pavé de pierres plates,
certaines étaient posées sur d’autres dalles et portaient des traces de réparations. Des
images d’hommes et d’animaux, surtout des scènes de chasse et des motifs décoratifs
étaient incisées sur les dalles des différents niveaux (fig. 2, pl. 118)1029.

i.3 Le temple du niveau J-4 de Megiddo


Le temple du J-4 ou niveau XVIII se compose d’un bâtiment monumental situé
sous le temple à ante associé à l’autel circulaire du niveau J-6 (pl. 119). Le plan du
bâtiment est recomposé grâce à divers éléments mis au jour dans plusieurs sondages. Le
bâtiment dégagé se compose de quatre longs murs parallèles qui délimitent deux
corridors et un hall. Le tout a été dégagé sur une longueur de 40 m. Un muret massif
(96/8), de 3,60 m de large relie deux murs parallèles. La face nord du mur 96/07
comporte une niche et une plate-forme en pierre. Les archéologues l’interprètent comme
un autel situé dans le hall du temple. Deux marches recouvertes de chaux ont été
retrouvées à l’ouest de cette plate-forme. Le troisième mur long est situé plus au sud
(96/23), il mesure 1,85 m de large. Sa technique de construction est différente de celle
des deux autres longs murs. Les corridors entre les trois murs mesurent 2,40 m de large.
Le quatrième mur (00/21) mesure 2,60 m de large. Il se situe en avant du mur nord du
temple, il semble clôturer un hall hypostyle. En effet, deux bases de colonne
monumentales en basalte ont été trouvées. La base complètement dégagée est
monumentale, elle mesure 1,80 x 1 m. L’équipe de l’Université de Tel Aviv en se
fondant sur des comparaisons avec le Temple de Ai1030 reconstitue un hall contenant
huit bases de colonnes disposées en deux rangées de quatre. L’hypothèse se fonde
également sur la supposition que l’autel accolé au mur 96/07 se situait au milieu du hall,
face à l’entrée principale1031. Les corridors étaient probablement couverts par une
toiture. Ils ont été retrouvés remplis sur 1-1,25 m de hauteur par des os et des tessons de
grandes jarres de stockage. L’étude de l’assemblage faunique indique que les os étaient
des déchets de sacrifices, déposés là intentionnellement et de manière ordonnée1032.

1029
Kempinski, 1989, fig. 46.
1030
Marquet-Krause, 1949, pl. C.
1031
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2006, p. 37-49.
1032
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 53-65.

245
ii. Bronze ancien II

ii.1 L’autel de Beth Yerah


Les lieux de culte ne se résument pas tous à des temples, il peut parfois s’agir
d’autels. Un des exemplaires le plus probant a été identifié au niveau 14 de Beth Yerah
(pl. 75). Construit contre le jambage oriental de la porte de la ville, l’autel se compose
d’une grande pierre en forme d’ancre antique (BS 101). L’orthostate est en basalte, elle
mesure 1,80 m de haut, 0,75 m de large et 0,30 m d’épaisseur. La face de la pierre est
soigneusement polie, alors que l’arrière est laissé brut. Trois blocs en basalte étaient
placés en avant de l’orthostate1033. Les archéologues interprètent cet assemblage comme
un autel et des tables d’offrande.

L’usage d’ancres dans un lieu de culte n’est pas unique au Levant. Ainsi, à
Byblos, un temple situé dans les zones 12/7, 8 (2 700-2 150 avant notre ère) était
accessible par un large escalier dont une des marches se composait d’une file de cinq
dalles en forme d’ancres posées à plat (fig. 3, 4, pl. 75)1034. Leur épaisseur maximale est
de 0,20 m. En raison de l’absence de taille sur leur face inférieure, il semblerait que ce
soient des simulacres d’ancres, taillées spécialement pour servir d’escalier. D’autres
exemples d’ancres dans des temples ont été mis au jour à Byblos, dans l’Enceinte sacrée
et dans le Temple aux Obélisques, ainsi que dans le temple de Ba’al à Ugarit et à
Chypre1035. Cet usage semble répandu ce qui indique que les ancres ne reflètent pas
forcément le culte d’une divinité marine.

De plus, cette interprétation religieuse peut être corroborée par le fait que cette
tradition d’édifier un autel ou un temple à l’entrée d’une ville se poursuit au Levant sud.
Ainsi, un sanctuaire contenant un veau en argent se trouvait dans le glacis même de la
ville d’Ashkelon, au Bronze moyen1036. Et à Lachish, un temple se retrouvait juste au
pied de l’angle nord-ouest du tel. Couramment appelé le Fosse Temple, il est daté du
deuxième millénaire avant notre ère, soit du Bronze récent1037.

Tous ces lieux de culte situés à la porte d’une ville – souvent puissamment
fortifiée – pouvaient être réservés aux visiteurs. Il est aussi possible qu’ils reflètent une
différence entre les divinités vénérées officiellement à l’intérieur des remparts et celles
vénérées par les villages alentours.

1033
Greenberg & alii, 2006, p. 236-237, fig. 6.2.
1034
Lauffray, 2008, p. 393.
1035
Lauffray, 2008, p. 395 ; Frost, 1991 ; Karageorghis & Demas, 1985.
1036
Communication personnelle de R. Voss.
1037
Ussishkin, 1993, p. 899-900.

246
ii.2 Le Temple de l’acropole à Ai
Le temple de Ai est de plan barlong (pl. 47, 48). Il se situe dans le chantier D,
sur le point le plus élevé du site, c’est pourquoi il est souvent appelé : Temple de
l’acropole. Il a eu une durée de vie de plusieurs siècles, construit au Bronze ancien II, il
est resté en usage jusqu’au Bronze ancien III. Les dimensions internes de la pièce
principale sont de 20,5 x 6,8 m. Les murs font en moyenne 2,10 m d’épaisseur. Ils
« sont construits de petites pierres plates appareillées par assises régulières évoquant le
type des maçonneries en briques »1038. Les pierres du mur sont ensuite recouvertes
d’une épaisse couche d’argile rouge mélangée à un dégraissant de paille, puis d’une fine
couche de chaux blanche qui recouvre aussi le sol1039. L’entrée, maintenant disparue à
cause de l’érosion, ouvrait apparemment vers l’est, peut-être sur une cour.

Une série de bases de poteaux est disposée dans l’axe longitudinal de la pièce
principale1040. Ces bases sont exceptionelles de part leur forme et leur facture. En effet,
elles sont constituées de grosses pierres dont le sommet est taillé en forme de
rectangulaire. Sous le niveau du sol d’occupation, elles sont calées sur un lit de pierres
épannelées en forme de briques. Les dimensions des sommets taillés sont aussi
remarquables. Du nord-est au sud-ouest, elles mesurent successivement 0,8 x 0,8 m ;
1,3 x 0,9 m ; 1,3 x 0,8 m et min. 1,1 x 0,9 m. Certaines dimensions sont récurrentes (1,3
et 0,8/0,9 m) ce qui n’est pas anodin, les constructeurs ont cherché à planifier les
dimensions de ces bases.

Au niveau III, le bâtiment est longé par un corridor au sud et à l’est. Le mur du
corridor a un angle arrondi au sud-est. À l’intérieur du corridor, des dalles de pierres se
situent le long des deux parois. Elles sont positionnées les unes en face des autres, de
manière équidistante. La petite pièce accolée au nord du bâtiment contenait huit grandes
jarres, des haches en pierre. Une dalle en calcaire dur, parfaitement taillée et polie était
insérée dans le sol.

À l’ouest du bâtiment, un mur composé de plusieurs segments semble délimiter


l’espace du temple, il suit en partie la ligne du rempart extérieur C.

1038
Marquet-Krause, 1949, p. 10.
1039
Callaway, 1993, p. 43.
1040
Marquet-Krause, 1949, p. 10-12, pl. VI-VII, XC.

247
iii. Bronze ancien III

iii.1 Le complexe cultuel de Khirbet ez-Zeraqun


À Khirbet ez-Zeraqun, la zone des temples se compose d’au moins quatre
bâtiments de plan barlong (B0.1/2/3/4/5/6) et d’un autel monumental qui entourent une
cour centrale (R0.11) (fig. 2, pl. 163)1041. La zone semble isolée du reste des
constructions par un mur périphérique. Le premier tronçon de mur mesure près de 10 m
de long et le deuxième tronçon, près de 17 m de long. L’entrée n’a pas été identifiée,
elle se trouve sans doute dans les zones non fouillées, au sud et au sud-est1042. Si les
quatre bâtiments ont effectivement servi de temples, ce serait près de 200 m2 de
superficie construite réservée au culte et, au total 330 m2, en ajoutant la superficie de la
cour centrale. Ci-dessous les dimensions et la composition des différents bâtiments sont
résumées :

Bâtiment Pièce Dimensions (en m) Superficie en m2 Superficie totale du


bâtiment (m2)
B0.1 1 10 x 5,6 56,25 70,27
2 7,50 x 1,87 14,02
B0.2 / 6,87 x 3,75 25,76 25,76
B0.4 1 7,50 x 4,37 32,81 42,18
2 7,50 x 1,25 9,37
B0.5 1 8,75 x 4,68 41,01 62,88
2 8,75 x 2,50 21,87
Tabl. 19 : Superficie des bâtiments de la zone cultuelle de Khirbet ez-Zeraqun

Les bâtiments B0.1/4/5 ont été construits avec soin, ils sont de plan barlong.
Leurs murs sont particulièrement épais : 1,25 m de large. Les seuils sont larges, ainsi
celui de la pièce 1 du bâtiment B0.1 mesure 1,87 m de large. Dans le bâtiment B0.4, des
banquettes ou plates-formes sont construites le long des murs.

Dans les deux pièces du bâtiment B0.5, des bancs bas faits de pierres recouvertes
d’un enduit de chaux bordent les murs. De la vaisselle de pierre a été retrouvée à
l’intérieur. Les bâtiments B0.4/5 possèdent un hall largement ouvert sur l’extérieur et
qui semble délimité par des antes. Au contraire, le bâtiment B0.1 possède une pièce
arrière. La construction, le plan et les dimensions des bâtiments semblent avoir fait
l’objet de soins particuliers. Les bâtiments B0.1/4/5 possèdent chacun, deux bases de
colonne parfaitement placées dans l’axe longitudinal.

1041
Ibrahim & Mittman, 1989, p. 645.
1042
Genz, 2002, p. 94-96.

248
Le bâtiment B0.2 est aussi de plan barlong, mais il est plus petit que les autres
bâtiments du secteur. Il comporte de nombreuses installations en pierre : des plates-
formes, des silos… Sa proximité immédiate avec l’autel laisse penser que son usage
était en lien direct avec le service de l’autel.

Seule la moitié ouest du bâtiment B0.3 est visible, il appartient à une phase de
construction plus ancienne. Les bâtiments B0.6 et B0.13 sont de petites pièces
construites au sud-est de B0.5. D’après le tableau des formes céramiques identifiées
dans tous les bâtiments de la zone cultuelle de Khirbet ez-Zeraqun, le type de céramique
Kd – les très grandes jarres – n’a été retrouvé que dans la zone cultuelle et que dans la
resserre 10.3 de la grande cour centrale (pl. 162). C’est aussi là qu’a été retrouvée la
majorité des tessons mis au jour dans la zone cultuelle1043. Ainsi, selon H. Genz, les
bâtiments B0.1/4/5 sont des temples et le bâtiment B0.2 a servi d’habitation ou de
communs1044.

iii.2 Les temples de Megiddo


Au Bronze ancien III, à Megiddo (niveau XV ou J-7), trois temples de plan
barlong à antes sont construits à proximité d’un autel circulaire : le temple 4040, au
nord de l’autel et les temples 5192 et 5269, à l’est (fig. 1, pl. 121). À la place du Palais
3177, se trouve le bâtiment 3160 (fig. 1, pl. 121). Ce dernier comprend deux grands
escaliers. Les fouilleurs pensent que ces escaliers étaient utilisés pendant les festivités et
les rituels et conduisaient vers l’enceinte sacrée des temples et de l’autel circulaire. Un
mur de 5 m de large servait apparemment de mur de soutènement pour l’enceinte
sacrée, il se situe près du bâtiment 31601045.

Dès la publication originale de Megiddo II1046, les fouilleurs comparent ces


temples avec des modèles venus du monde égéen et notamment de Troie. Tout comme
pour le temple de Ai, leur plan est qualifié de mégaron1047. Cependant, ce terme
architectural est très marqué culturellement. Il désigne spécifiquement un type de plan
employé en Grèce et en Asie Mineure qui se compose d’une pièce allongée dont le
porche d’entrée est bordé par deux longs murs. Or les temples palestiniens de Megiddo
et de Ai se composent d’une pièce barlongue et non oblong. De plus il n’y a pas lieu
d’établir des comparaisons aussi lointaines autant géographiquement que
chronologiquement.

1043
Genz, 2002, tabl. 59.
1044
Genz, 2002, p. 96.
1045
Loud, 1948, p. 78.
1046
Loud, 1948.
1047
Kempinski, 1992a, p. 58.

249
L’entrée des temples se trouve dans un porche en face de leur mur nord. Le
porche est constitué des extensions de 5 m de long, des murs est et ouest. Le plan
intérieur des trois temples est pratiquement identique. Face à l’entrée, au centre du mur
sud, se trouve un autel carré. Au centre de chaque pièce, il y avait deux bases de
colonnes rondes, soigneusement taillées. Deux autres bases de colonne, à la lisière nord
du porche étaient alignées avec l’extrémité des murs.

Les deux temples ouest sont de taille à peu près équivalentes (5269 : 13,75 x 8,9
m ; 5192 : 13,6 x 8,9 m). Au sud et à l’est de ces temples se trouvaient les restes d’un
épais mur qui devait entourer les temples, au moins en partie. Le temple 4040 est
légèrement plus grand (13,7 x 9,6 m). Il est construit selon un alignement différent1048.
Les dimensions des temples résumées par G. Loud, ci-dessous montrent une grande
uniformité entre les dimensions des trois temples :

Temple 5269 Temple 5192 Temple 4040


Profondeur du porche 4,85 m 4,75 m 4,80 m
Distance entre les colonnes du porche / 6,80 6,55
Largeur de l’entrée / 3 2,70
Dimensions intérieures de la pièce 8,90 x 13,75 8,90 x 13, 60 9,60 x 13,70
Distance entre les colonnes de la pièce 6,50 env. 6,45 7,10
Diamètre des bases de colonnes de pièce 0,53 0,53 0,62
Altitude des bases de colonne de la pièce 158,60/ 158,65 158,70 158,80/ 158,70
1049
Tabl. 20 : Les dimensions des temples du niveau XV de Megiddo

L’autel circulaire était clôturé par un nouveau temenos qui s’étendait jusqu’au
temple 4040. Le temple de Megiddo est un temple double, selon certains chercheurs
cela reflète les cultes d’une paire de divinités, peut-être mâle et femelle.

Cependant, ces trois temples n’ont pas été construits simultanément. D’après les
observations stratigraphiques de I. Dunayevsky et A. Kempinski, le temple 4040 a été
construit en premier, puis les temples 5192 et 5269 ont été construits ensembles, mais
dans un second temps1050. Ces observations sont confirmées par les études
métrologiques de P. de Miroschedji qui montrent que deux grilles de planification
(pl. 8) – chacune basée sur l’emploi de la coudée – différentes auraient été employées :
une pour le temple 4040 et une autre pour le temple double (5192, 5269)1051.

1048
Aharoni, 1993, p. 1006.
1049
Loud, 1948, p. 78.
1050
Dunayevsky & Kempinski, 1973, p. 165.
1051
Miroschedji, 2001b, p. 483.

250
Le fait le plus marquant dans les temples de Megiddo est qu’ils se situent tous
dans le même secteur du tell (fig. 2, pl. 121). Ils sont pratiquement tous construits les
uns au-dessus des autres et ce malgré le hiatus du Bronze ancien II où Megiddo cesse
d’être occupé. Malgré le fait que l’étude des orientations de bâtiments, a fortiori celle
des bâtiments cultuels, soit plutôt hasardeuse, il convient néanmoins de noter que les
orientations des temples sont pratiquement toutes identiques : vers l’est, ou dans un cas
vers le nord-est. Ce type d’orientation fait écho directement à la direction du soleil
levant, capital dans de nombreux cultes notamment sémitiques. C’est cette
superposition exceptionnelle qui empêche le dégagement complet des temples les plus
anciens (J-2, J-3 et J-4). Les temples J-2 et J-4 n’ayant d’ailleurs été identifiés que
tardivement, par la mission de l’Université de Tel Aviv. Cependant, même s’ils sont
moins bien connus, quelques données permettent d’établir des comparaisons avec les
autres temples déjà fouillés. Tout d’abord, tous les temples sont de plan barlong. Les
matériaux de construction restent les mêmes à toutes les époques, avec de larges murs
de soubassement soigneusement construits sur lesquels viennent se superposer des
superstructures en briques crues. Les bases de pilier sont soit en basalte et rectangulaires
aux périodes anciennes, soit en calcaire et rondes aux périodes plus récentes. Dans tous
les cas ce sont de gros blocs de pierre à la surface très bien taillée. De plus, quatre
temples sur six comportent à l’intérieur ou devant leur pièce principale une plate-forme
communément qualifiée d’autel par les archéologues. Du point de vue des dimensions, à
l’exception du plan J-4, les temples du Bronze ancien I sont plus petits que les trois
temples du Bronze ancien III, qui sont très uniformes. Le temple du niveau J-4 est à part
autant par son plan que par ses dimensions. Il ne semble pas faire écho à d’autres
temples du Bronze ancien au Levant sud et encore moins à d’autres temples du Bronze
ancien I (fig. 2, pl. 119).

Le système de secteur religieux isolé du reste des constructions rappelle la


situation présente sur le site de Labwe dans le Lejà, au sud de la Syrie (fig. 1, 2,
pl. 111). Les vestiges sont datés du deuxième quart du 3ème millénaire (BA III). Le site
est fortifié, il se compose d’un tissu urbain dense et d’un secteur monumental situé au
sud-est du site. Ce quartier se distingue du reste du bâti car il est beaucoup moins
densément construit. Il est aussi isolé du reste des constructions par une série de murs
peu épais et de bâtiments. À l’intérieur de cette zone isolée se trouve une esplanade de
350 m2 ainsi que deux bâtiments, dont un est de plan barlong. Ce dernier mesure
11 x 6,5 m. Sa façade possède deux antes, elle ouvre vers l’est et comporte deux entrées
de 1,05 et 1,20 m de large. Les murs font entre 1 et 1,15 m de large. Des pièces aux
murs moins épais (0,50-0,60 m) sont accolées à l’arrière de ce bâtiment. Le quartier
monumental possède sa propre porte dans le rempart. Le quartier monumental de Labwe
présente de nombreux parallèles avec la zone cultuelle de Megiddo ou de Khirbet ez-
Zeraqun. Il est isolé du reste des constructions, un des bâtiments est de plan barlong
avec des antes et des pièces annexes. Il est composé de murs très larges. Cependant, si

251
le bâtiment barlong est un temple, il n’est pas isolé de l’autre bâtiment monumental plus
au sud et la limite ouest de la zone n’est pas marquée un mur de temenos continu. Pour
les archéologues, l’interprétation du secteur n’est pas encore définitive entre temple,
salle de réunion ou palais1052.

        
Après l’évocation de ces cas archéologiques relativement bien attestés, il reste
un grand nombre de bâtiments interprétés comme des temples mais pour qui le faisceau
d’indices n’est pas assez important pour être certain de leur interprétation. Leur analyse
se base généralement soit sur la forme du plan, soit sur leur aménagement, soit sur la
présence de pierres dressées.

i. Le plan barlong
Comme nous l’avons vu dans le paragraphe consacré au plan barlong, c’est un
plan multi-usages employé à la fois pour construire des maisons depuis le Néolithique
récent et pour construire des temples au Bronze ancien (Megiddo, Ai). Le fait que les
religions sémitiques voient le temple comme la maison du dieu explique les similarités
entre les plans des habitats et des sanctuaires. Ainsi, dans les faits, de nombreux plans
de temples sont barlongs, mais l’usage seul du plan barlong ne permet pas de qualifier
un bâtiment de temple.

i.1 La zone cultuelle de Tel Arad


La meilleure illustration de ce problème vient du site d’Arad (pl. 55). Dans le
chantier TT se trouve un complexe de bâtiments barlongs interprétés par R. Amiran
comme la zone des temples1053. Construits au niveau III, puis réaménagés et agrandis au
niveau II, trois éléments ont été distingués : les grands temples jumeaux, les petits
temples jumeaux et un autre grand bâtiment cultuel simple. Le plan des petits temples
jumeaux est identique à celui des plus grands1054. L’ensemble des grands temples
jumeaux se compose des halls 1894 et 1831, construits au niveau III et réutilisés au
niveau II. Les murs de ces bâtiments sont particulièrement épais (0,70-1,80 m de large).
Les pièces possèdent des bancs construits contre les murs. La pièce 1894 comporte une
pierre dressée interprétée par R. Amiran comme une massevah1055 (fig. 1, pl. 55). Dans
la cour située à l’est du bâtiment une plate-forme en pierre recouverte de chaux est

1052
Al-Maqdissi & Braemer, 2006, p. 113-114, 121-122.
1053
Amiran, Ilan & al., 1996, p. 142, pl. 69, 70, 88, 89.
1054
Amiran & Ilan, 1997, p. 172.
1055
Taillée dans un bloc de dolomite, elle est de forme rectangulaire, légèrement concave sur sa face
orientale et courbe sur son autre face. Elle mesure 0,17 x 0,50 x 0,75 m. Elle est posée de chant et sa base
est enterrée sur 0,30 m dans le sol (Amiran, Ilan & al., 1996, p. 54, pl. 89).

252
interprétée comme un autel1056. Les petits temples jumeaux se composent des deux
halls : 4741 et 4107 + 4113. Construits au niveau III, ils sont légèrement modifiés au
niveau II avec la construction de bancs le long de certains murs. Dans l’angle nord de la
pièce 4741, sous le niveau du sol, un dépôt d’objets a été trouvé (locus 5103). Il se
compose de cinq poteries, de blocs de bitume et d’un marteau en pierre. Selon
R. Amiran, ils ont été déposés là intentionnellement et ils datent bien du niveau II et non
du niveau III, car ils n’auraient pas résisté à la destruction de la fin du niveau III1057.
Deux plates-formes en pierre, interprétées comme des autels, se trouvent dans la cour
située à l’est1058. Le temple simple est construit au niveau II, il se compose du hall
4830 + 4831. Des bancs sont construits le long de tous les murs.

Comme pour le cas de la zone palatiale, des doutes peuvent être émis à propos
de l’interprétation du chantier TT comme une zone cultuelle. Tout d’abord, il n’y a pas
de lien, entre tous les bâtiments barlongs. Une ruelle sépare les grands temples jumeaux
du reste des constructions. Ensuite, l’interprétation de toutes les plates-formes comme
des autels ne repose sur aucune information avérée qui permettrait de les différencier de
toutes les autres plates-formes trouvées en abondance à Arad. D’autre part, toutes les
pièces barlongues qui composent ce complexe ne se distinguent pas particulièrement du
reste des constructions du site à l’exception de quels traits architecturaux. En effet, il
faut noter que les murs du bâtiment 1894, sont particulièrement épais 1,70-1,80 m ce
qui est rare à Arad. À l’intérieur de ce même bâtiment se trouve une grande pierre
taillée retrouvée de chant à l’emplacement probable d’une base de pilier. Il est difficile
de déterminer exactement le rôle de cette pierre : massevah ou base de pilier.
Cependant, elle est taillée dans une pierre ne provenant pas des carrières situées à
proximité du site, elle a pu avoir une signification particulière. Néanmoins de le chantier
G de Tel Yarmouth, une orthostate/ massevah a aussi été trouvée dans un contexte
domestique. Enfin, le dépôt de fondation trouvé sous la pièce 4741 – si c’est réellement
un dépôt de fondation – a pu revêtir une importance symbolique. Mais, il y a peu
d’autres preuves matérielles qui permettent de justifier l’interprétation de ce lieu comme
une zone cultuelle.

i.2 Le « Bâtiment Blanc » de Tel Yarmouth


Le « Bâtiment Blanc » est une construction soignée de plan barlong. Daté du
Bronze ancien III, il est orienté est-ouest (pl. 155). La salle barlongue (253-288-287)
mesure 11,50 x 4,75 m1059. Les murs font un mètre d’épaisseur et ils ont été construits
avec soin. Leur état de conservation est inégal, certains sont arasés et d’autres sont

1056
Amiran, 1978, p. 40.
1057
Amiran, Ilan & al., 1996, p. 55, pl. 31.
1058
Amiran, Ilan & al., 1996, p. 56-57.
1059
Miroschedji, 1988a, p. 35-43 ; 1988b, p. 200-203.

253
conservés jusqu’à 1,80 m au-dessus du sol. Le bâtiment possède deux entrées dans le
mur sud. La porte principale se trouvait au milieu du mur de façade ; mal conservée, elle
fait 1,25 m de large. La toiture était supportée par quatre poteaux reposant sur des
grandes dalles de pierre disposées en ligne axiale. Un enduit de chaux blanc recouvre
les murs et le sol. Il peut atteindre à certains endroits jusqu’à 0,15 m d’épaisseur. De
plus, la coudée de 0,52 m a été employée et le bâtiment comporte des angles droits.

Ainsi, même si rien ne permet de confirmer le caractère cultuel du bâtiment que


même le fouilleur remet aujourd’hui en question1060, son architecture soignée indique
qu’il devait être plus qu’une simple habitation.

i.3 Les temples A et B de Bâb edh-Dhrâ’


Les deux bâtiments A et B (chantier XII) de Bâb edh-Dhrâ’ sont de plan
barlong (pl. 65). Le plus ancien est appelé bâtiment B (niveau III) et le plus récent est
appelé bâtiment A (niveau II). Le secteur où se trouvent les deux bâtiments est isolé des
constructions environnantes.

Les mesures externes du bâtiment B sont de 10,50 x 5 m. Les murs mesurent en


moyenne 1,25 m de large et ils sont installés dans des tranchées de fondation1061. Une
ligne de cinq bases de poteaux se trouve à l’intérieur. Le bâtiment se distingue des
autres constructions du même niveau par ses soubassements en pierre – la plupart des
autres bâtiments sont tout en briques –, ainsi que par la largeur importante des murs,
l’ajout d’un enduit de chaux sur les soubassements, par la présence de bases de poteaux
et par la présence d’une cour pavée de briques. Mais aussi, en raison du fait qu’un
bâtiment plus tardif ait été reconstruit sur le même axe. À l’intérieur, il y avait peu de
carporestes et d’ossements animaux, ce qui constitue pour les fouilleurs une preuve que
ce bâtiment n’avait pas d’usage domestique. Cependant, aucun objet cérémoniel n’a pas
non plus été retrouvé.

Dans la cour se trouve une installation hémisphérique interprétée comme un


autel ainsi que deux réceptacles en forme de bol, situés de part et autre du bâtiment. Ils
contenaient beaucoup de cendres et ont été interprétés comme des torchères1062.

Ainsi, s’il est vrai que l’architecture de ces deux bâtiments successifs tranche
avec le reste du bâti retrouvé à Bâb edh-Dhrâ’, à part le plan barlong rien ne vient
appuyer l’interprétation religieuse. Comme nous l’avons vu dans le paragraphe consacré

1060
Communication personnelle de P. de Miroschedji.
1061
Rast & Schaub, 2003a, p. 157.
1062
Rast & Schaub, 2003a, p. 328-334.

254
aux maisons pluricellulaires, certaines maisons peuvent être construites avec un soin et
une architecture plus recherchée que pour le reste des maisons.

i.4 Le temple F de Khirbet el-Batrawy


Khirbet el-Batrawy a révélé également un bâtiment barlong interprété par
L. Nigro comme un temple du même type que ceux trouvés à Bâb edh-Dhrâ’, au Bronze
ancien II et III1063. Le bâtiment orienté est-ouest comprend une avant-cour (L. 504) et
des installations diverses (pl. 69). Son occupation s’étend du Bronze ancien II (phase 4,
temple F1) au Bronze ancien III (phase 3, temple F2).

Le temple originel F1 est un bâtiment de plan barlong (L. 500) qui possède des
murs externes de 1 à 1,20 m de largeur, ainsi que des bosselages sur les côtés de
l’entrée, situés au deux tiers de sa longueur. Les dimensions internes de la pièce
barlongue sont de 2,70 x 11 m. Elle comporte une niche (L. 562) située face à l’entrée,
ainsi qu’un banc et une dalle creusée de deux petites dépressions. La pièce est couverte
au moyen de piliers reposant sur quatre bases alignées le long de l’axe médian de la
pièce. L’entrée mesure 1,36 m de large et ouvre vers le sud sur une avant-cour pavée de
calcaire broyé. Dans l’avant-cour, face à l’entrée s’élève une plate-forme ronde dallée
de pierres (S. 510), de 0,35 m de hauteur et 2,50 m de diamètre. Au centre était placée
une dalle percée d’un trou. À l’ouest de l’entrée, un cercle de pierres se trouve calé dans
le sol.

Le tronçon central de la façade du temple est reconstruit suite au tremblement de


terre qui détruisit la ville du Bronze ancien II1064. L’espace est modifié, un banc est
construit près de la façade (S. 536) et une plate-forme (B. 585) abritant une niche semi-
circulaire est construite à l’ouest. Cette dernière est flanquée de deux petits orthostates
et deux pierres dressées sont alignées non loin. Selon L. Nigro, ces changements dans
l’aménagement montrent que le temple passe du plan barlong au plan à entrée désaxée,
comme à Jéricho (L. 420) (fig. 1, 2, pl. 106)1065.

Cependant, aucun autre détail architectural ne permet d’attester avec certitude


que ce bâtiment soit effectivement un temple. En effet, le fait d’appuyer son
argumentation sur la comparaison avec d’autres bâtiments dont le caractère religieux
n’est pas non plus reconnu avec certitude (Jéricho, Bâb edh-Dhrâ’) ne constitue pas une
preuve. En outre, l’identification de nombreux autels autant à Arad qu’à Khirbet el-
Batrawy ne constitue pas non plus un indice décisif. Il n’y a pas de différence de taille
ou de composition entre ces « autels » et les plates-formes à usage domestique

1063
Nigro, 2007b, p. 359.
1064
Nigro, 2008.
1065
Nigro, 2009b.

255
retrouvées sur tous les sites palestiniens. De plus, en comparant les dimensions de
« l’autel circulaire » de Batrawy avec ceux de Megiddo et de Khirbet ez-Zeraqun, la
différence d’échelle est importante. Le premier (S. 510) mesure 2,50 de diamètre et ne
s’élève qu’à 0,35 m de hauteur, alors que les seconds mesurent respectivement 8 et 5 m
de diamètre et s’élèvent à 1,40 et 1 m de hauteur.

ii. La question de l’aménagement


D’autres constructions ont aussi été interprétées comme des temples en raison de
l’aménagement des pièces.

ii.1 Le locus 671 de Tell el-Fârǥah


À Tell el-Fârǥah, le locus 671 se compose de deux pièces séparées par un
massif de briques (pl. 92). La superficie de l’ensemble est de 27,36 m2. À l’ouest se
trouve une autre pièce entourée sur trois côtés par une banquette d’environ 0,25 m de
hauteur qui s’élargit en plate-forme dans l’angle nord-ouest. La banquette et le sol de la
pièce ouest sont recouverts d’un enduit ocre jaune.

R. de Vaux interprète cet ensemble de pièces comme un sanctuaire comportant


une salle de culte ouverte et une cella fermée1066. Cependant, il y a peu d’indices
architecturaux et aucun matériel retrouvé à l’intérieur ne vient corroborer cette
interprétation.

ii.2 Le locus 420 de Jéricho


Le locus 420 de Jéricho a aussi été interprété comme un sanctuaire car à
l’intérieur, un banc longe tous les murs et au nord-ouest, il est élargi pour former une
banquette de 1,60 m de large comportant des cupules (pl. 106). La banquette, les murs,
les bancs, le sol, l’entrée sont tous recouverts d’un enduit de chaux. Une niche se trouve
dans le mur près de la banquette, à l’ouest du sanctuaire. Des objets retrouvés dans le
même niveau, mais pas à l’intérieur du bâtiment ont été interprétés par J. Garstang
comme des objets de culte (trois « bétyles », une plate-forme et deux dalles en
calcaire)1067.

Cependant, le soin apporté à la pièce indique qu’elle a aussi pu faire partie d’une
maison et comme les « objets de culte » n’ont pas été retrouvés à l’intérieur, ils
n’étayent pas l’interprétation cultuelle.

1066
Vaux, 1961, p. 577, pl. XLI b, XLII.
1067
Sala, 2007b, p. 61-63.

256
ii.3 La pièce du niveau XA de Beth Yerah
Dégagée lors des fouilles de P. Bar-Adon, cet espace appartient au niveau XA. Il
est daté du Bronze ancien III A1068. De plan presque carré, ses dimensions sont
modestes : 4 x 3,80 m. La pièce comporte quatre bases de poteau, une en pierre et les
trois autres se composent de cercles de pierres plus ou moins complets. Les murs sont
peu épais : 0,50-0,60 m. L’entrée est particulièrement large, elle mesure 3 m1069.

La présence de bases de poteaux dans l’entrée et le plan sont à la base de


l’intérprétation religieuse de ce bâtiment. Cependant, sa petite superficie semble
démentir cette analyse.

iii. Les pierres dressées


La question des pierres dressées ou massevoth est aussi au cœur de
l’interprétation des vestiges mis au jour sur le site Bronze ancien I d’Hartuv où deux
grands bâtiments barlongs perpendiculaires (loc. 134 et 152) ont été dégagés ainsi que
deux pièces étroites allongées, une cour ouverte et une rue ou une placette (locus 113)
(pl. 101). L’entrée dans les deux bâtiments se faisait par la cour centrale (locus 114).
L’ensemble de bâtiments occupait tout le chantier A, mais seule sa partie sud a été
exposée sur environ 350 m2. Les archéologues interprètent la pièce 152 comme un
sanctuaire. Elle mesure environ 15 x 5,80 m et ses murs font 1,10 m de largeur1070. Une
rangée de pierres taillées avec soin, certaines de plus d’un mètre de hauteur, sont
incluses dans le mur sud, à l’opposé de l’entrée. Neuf d’entres elles sont préservées et
une dixième a été incorporée dans l’angle des murs 149 et 150. D’autres ont pu être
réutilisées lors de la réalisation de l’installation circulaire postérieure (niveau I). Les
fouilleurs pensent qu’il y en avait probablement plus, mais qui n’ont pas été préservées.
La largeur des pierres varie de 0,50 à 1,10 m et leur épaisseur de 0,25 à 0,50 m. Ce sont
des dalles non taillées mais certaines ont été travaillées, leur surface a été aplanie et
leurs angles travaillés. Les pierres n° 2 et 4 ont un profil rectangulaire. Un banc étroit a
été construit le long de la rangée de pierres.

La clé de l’interprétation de cet ensemble de bâtiment comme lieu symbolique


est la rangée de pierres dressées et le fait que les archéologues pensent qu’elles étaient
d’abord exposées à l’air libre, avant d’avoir été intégrées dans un bâtiment. Le principal
argument en faveur d’une première exposition à l’air libre est la présence des jambages
en pierres monumentales qui aurait été des pierres dressées réutilisées dans un usage
secondaire. Dans un premier temps, les pierres étaient donc exposées en ligne, dans un
sanctuaire ouvert et pour les fouilleurs, il est difficile d’imaginer que ces pierres aient

1068
Kempinski, 1992b, p. 58, fig. 11.
1069
Sala, 2007b, p. 207.
1070
Mazar & Miroschedji, 1996, p. 6-7.

257
perdu leur sens cultuel une fois incorporés dans le bâtiment, même si certaines sont
réutilisées dans d’autres bâtiments. Les fouilleurs pensent que ce sont des pierres
mémorielles. Ils n’excluent pas la possibilité que ce soit un centre administratif1071.
Cependant, il est aussi possible que l’emploi de dalles de chant ne soit qu’une simple
technique de construction comme c’est le cas à Horvat Ptora (fig. 2, pl. 129)1072.

En conclusion, l’étude de tous ces bâtiments montre que l’identification des


temples du Bronze ancien reste encore très difficile. Même dans les cas supposés « bien
attestés », l’interprétation religieuse n’est pas la seule possible. Ainsi, J.-D. Forest après
une analyse de bâtiments monumentaux de la Diyala propose d’autres types d’usages
comme édifice public, maison de réunion, lieu d’assemblée pour les anciens1073.

Plusieurs critères sont identifiés (plan barlong, grandes dimensions,


aménagements spécifiques, installations construites, pierres dressées…) mais seule la
conjonction d’un grand nombre d’entre eux permet d’être sûre de l’interprétation. Pour
les autres bâtiments, l’usage religieux n’est pas toujours à exclure mais il est impossible
d’en être certain. Ainsi, il n’est pas dit que ces constructions ne sont pas des temples,
c’est juste que le faisceau d’indice n’est pas assez important pour pouvoir l’affirmer
avec certitude. Dans les cas du locus 420 de Jéricho, du locus 671 de Tell el-Fârǥah, du
niveau XA de Beth Yerah, ou du « Bâtiment Blanc » de Tel Yarmouth, les pièces sont
intégrées dans un tissu urbain dense. Il est donc possible que certaines pièces
appartiennent en fait à des habitats plus grands (Jéricho, Tell el-Fârǥah) ou que ce soient
des maisons construites avec un soin particulier.

      *  &  


i. Traits généraux
Dans ce paragraphe, nous souhaitons revenir sur les éléments constitutifs qui
caractérisent les temples bien identifiés du Bronze ancien. Leurs traits généraux sont
résumés dans le tableau ci-dessous, puis disutés dans les paragraphes suivants :

1071
Mazar & Miroschedji, 1996, p. 11-13.
1072
Milevski & Baumgarten, 2009.
1073
Forest, 1996.

258
Site Temple Datation Informations Surface Entrée
Plan Autel Bases de piliers (en m2) à/ au
Megiddo J-2 BAIB Plan - Deux rangées Estimé à : l’est
partiel, de 3 bases 85,25
avec une rectangulaires
cour pavée en basalte et en
calcaire : env.
0,53 x 0,36 m
Megiddo J-3 ou BAIB Plan Dans la Une rangée de 52,92 l’est
4050 partiel : pièce 4 bases
trois pièces principale rectangulaires :
avec une env. 0,45 x 0,92
cour pavée m
La pièce
principale
(4050) est
barlongue
Megiddo J-4 BAIB Plan Dans le Reconst. : 2 Longueur l’est
partiel : hall rangées de 4 min. 40
barlong bases
avec un rectangulaires
hall à en basalte : env.
poteaux 1,80 x 1
Ai Temple de BA II- III Plan ? Reconst. : une env. 140 sud-est
l’Acropole complet : rangée de 4
barlong, bases
cour ? rectangulaires
Kh. Ez- B0.1 BA III Plan Autel 2 bases 70,27 sud-
Zeraqun complet : externe circulaires en ouest
barlong rond ligne axiale
avec une
pièce
arrière
Kh. Ez- B0.4 BA III Plan Autel 2 bases 42,18 l’ouest
Zeraqun complet : externe circulaires en
barlong à rond ligne axiale
ante
Kh. Ez- B0.5 BA III Plan Autel 2 bases 62,88 nord
Zeraqun complet : externe circulaires en
barlong à rond ligne axiale
ante
Megiddo 4040 BAIII Plan Autel 2 rangée de 2 131,52 nord-
complet : interne et bases rondes en est
barlong à autel calcaire : 0,62
ante externe m de diamètre
rond
Megiddo 5192 BAIII Plan Autel 2 rangées de 2 121,04 l’est
complet : interne bases rondes en
barlong à calcaire : 0,53
ante m de diamètre
Megiddo 5269 BAIII Plan - 2 bases min. 122,37 l’est
complet : rondes en
barlong à calcaire : 0,53
ante m de diamètre
Tabl. 21 : Récapitulatif des données sur les temples identifiés

259
La répartition des temples est peu homogène, les dix temples du tableau ne
proviennent que de trois sites et six d’entre eux proviennent de Megiddo. Cependant,
d’un point de vue chronologique, les trois grandes phases du Bronze ancien sont
représentées.

ii. La forme du plan


L’étude du tableau montre que quand le plan complet du temple est connu, dans
la majorité des cas sa pièce principale est de forme barlongue. Les toits des temples sont
soutenus par des piliers qui reposent sur des bases souvent très monumentales. Leurs
dimensions et le soin apportés à leur construction les distinguent très clairement des
bases de piliers rencontrées dans l’architecture domestique. Au Bronze ancien I et II, il
y a des bases rectangulaires dans les temples J-2, J-3, J-4 de Megiddo et dans le temple
de Ai. Puis, au Bronze ancien II et III, les bases sont circulaires dans les temples de
Zeraqun et les temples de Megiddo. Les dimensions des pièces principales
s’échelonnent entre 40 et 140 m2 : des dimensions tout à fait comparables à celles des
maisons de type pluricellulaire. Il faut noter surtout la très grande similitude de
dimensions entre les deux temples 5192 et 5269 de Megiddo qui ont été conçus et
réalisés en même temps.

Les temples palestiniens emploient aussi un type de plan qui n’existe que pour
l’architecture religieuse : le plan à antes. Toutefois, Megiddo et Khirbet ez-Zeraqun ne
sont pas les seuls sites du Levant sud à employer ce plan. Ainsi, son utilisation est
attestée à Byblos, par exemple dans le complexe cultuel du temple en L, dans la
Chapelle Orientale, dans le Champ des Offrandes ou dans l’Enceinte Sacrée. Le plan
des bâtiments du temple en L et de la Chapelle Orientale est presque carré. Il est très
comparable à celui des temples de Megiddo. La méthode de fouille employée à Byblos
rend toujours difficile l’établissement de comparaisons chronologiques avec les vestiges
trouvés en Palestine. Ainsi, M. Dunand date la construction du temenos du Temple L et
de la Chapelle Orientale à son niveau dit Installation VI ou V qui correspond à la
fortification du 3ème millénaire. Pour sa part, M. Saghieh après une révision de la
chronologie de Byblos propose de dater la construction des temples à antes du dernier
quart du 3ème millénaire (2 250-2 000 avant notre ère)1074. Cependant, la Chapelle
Orientale aurait été construite au début du Bronze ancien III et transformée en temple à
antes vers le milieu du 3ème millénaire avant notre ère. Enfin, en raison des similarités
planimétriques A. Kempinski pense que la construction des trois petits temples à antes
de Byblos est contemporaine de celle des temples du niveau XV de Megiddo (Bronze
ancien IIIB)1075. Enfin, selon M. Sala, la construction de la Chapelle Orientale doit être
datée aux alentours du milieu du 3ème millénaire, comme pour les bâtiments situés dans

1074
Saghieh, 1983, p. 23-24, 74-75.
1075
Kempinski, 1989, p. 177.

260
le complexe du temple en L. En résumé, le plan du temple à antes apparaît et en
employé à Byblos dans la seconde moitié du 3ème millénaire. Il se développe
parallèlement à des types de plans plus anciens comme celui du sanctuaire de la Baalat
Gebal1076.

D’autres temples à antes ont aussi été trouvés dans le nord de la Syrie et en
Haute-Mésopotamie. Ils datent également du milieu du 3ème millénaire. Les cas
proviennent notamment de Tell Chuera (Kleiner Antentempel, Nordtempel). Ils
appartiennent à la phase Chuera IC (2 600-2 450 avant notre ère) et datent de la
première urbanisation du site. D’autres exemples situés dans la Jézireh, au nord de la
Syrie, sont présents à Tell Halawa, Tell Qara Quzaq, Tel Kabir et Tell Matin1077. Les
plans des temples syriens ont plutôt tendance à se développer en longueur à la
différence des plans des temples palestiniens qui se développent en largeur. Seul Byblos
présente les deux types de plan. Cependant, les temples trouvés à Ebla et à Tell al-
Rawda présentent d’importantes similitudes avec les temples palestiniens.

Ainsi, le temple de Rawda est inséré dans un complexe cultuel qui comprend un
second temple ainsi qu’un enclos qui s’étend sur 60 m en avant des temples et qui
comporte de nombreuses pièces et installations. Le temple à antes a une surface de
192 m2, le petit temple de 64 m2 et l’enclos de 2 060 m2. En outre, les antes possèdent
même des petits retours et deux bases de poteau dans l’entrée comme sur le plan du
temple B0.5 de Zeraqun1078. À Ebla, trois temples à antes ont été identifiés
(temple HH4, le Temple of the Rock ou temple HH1, le Red Temple). Le Red Temple
possède une cella pratiquement carrée, son toit est supporté par quatre bases de poteaux
et il possède un porche relativement profond supporté par deux colonnes1079. Son plan
est très similaire à celui des temples de Megiddo.

1076
Sala, 2007b, p. 195-196.
1077
Sala, 2007b, p. 197, avec les références complètes.
1078
Il faut préciser que certains chercheurs (thèse non publiée de O. Al-Tounsi) contestent l’interprétation
des bâtiments à antes de Rawda comme des temples.
1079
Castel, 2010, p. 83-86.

261
Schéma 5 : Les temples à antes

Ainsi, durant la seconde moitié du 3ème millénaire avant notre ère, le plan à antes
constitue un élément majeur de l’architecture religieuse sur une très vaste étendue
géographique, qui va du nord de la Syrie, au nord de la Palestine et à la Transjordanie.
Ce plan semble avoir été adopté plus ou moins simultanément à Byblos, Megiddo et
Khirbet ez-Zeraqun1080. En outre, les temples de Rawda, Byblos et Labwe possèdent des
orientations similaires. Selon C. Castel, l’emploi de ce plan sur une si vaste étendue
géographique reflète l’existence d’un certaine « communauté culturelle » qui englobe
tout le Proche-Orient du 3ème millénaire, malgré des variations régionales. Cela pourrait
également refléter des références religieuses et des rituels communs1081. En outre, le
plan à antes constitue une nouveauté dans la typologie des plans palestiniens qui jusque
là étaient plutôt de forme barlongue. Cependant, son emploi n’est attesté que dans le
nord de la Palestine. Dans le reste de la région, le plan barlong reste en usage comme à
Ai, avec le Temple de l’acropole.

1080
Sala, 2007b, p. 200.
1081
Castel, 2010, p. 86.

262
iii. Plates-formes monumentales
Dans toutes les études consacrées aux temples palestiniens, le temple est la
maison des divinités. Leur alimentation représente donc un rite central dans les religions
sémitiques de l’ouest et elle se manifeste par la présentation des offrandes
sacrificielles1082. Ainsi, que ce soit à l’intérieur de la cella ou à proximité, certains
temples sont associés à des plates-formes interprétées comme des autels.

Dans le temple J-3 de Megiddo, contre le mur ouest, se trouve une plate-forme
rectangulaire en briques recouvertes d’enduit, interprétée comme un autel (fig. 3,
pl. 118). Dans un second temps, ce premier autel est recouvert par un second autel plus
grand. Le premier autel possédait une marche sur le côté sud, alors que le second autel
possédait une marche à l’est1083. Dans le temple du niveau J-4, la face nord du mur
96/07 comportait une niche et une plate-forme en pierre (fig. 1, pl. 119). Les
archéologues l’interprètent comme un autel situé dans le hall du temple. L’autel du
temple 5192 est en briques crues. Il est de forme rectangulaire (5,25 x 3,95 m) et
légèrement décentré par rapport au milieu de la pièce. L’autel du temple 4040 est en
pierre. Il est pratiquement de plan carré (env. 2,20 x 2,60 m) et conservé sur 1,05 m de
hauteur. Sa surface est chaulée, et quatre marches en pierres partent du côté est et
descendent jusqu’au sol. Entre l’autel et le mur ouest se trouve une autre plate-forme
plus petite (0,65 x 1 m, sur 0,30 m de hauteur).

À Khirbet ez-Zeraqun, une plate-forme circulaire de 5,50 m de diamètre pour


0,50-1 m de hauteur se situe dans la cour du complexe religieux (fig. 2, pl. 163). Elle a
été construit en une seule fois avec des blocs de craie. Les restes d’un enduit de chaux
ont été retrouvés sur la façade et sur son côté oriental, quatre marches d’accès ont été
préservées. Selon les archéologues, la plate-forme a servi d’autel sacrificiel, comme
l’indiquerait la présence contemporaine de cendres à l’ouest de l’installation1084. Au sud
et au nord, l’autel est connecté par d’épais murs aux bâtiments adjacents (B0.5 et B0.2).

Enfin, l’exemple le plus monumental provient de Megiddo (niveau XVII), où un


autel circulaire (plus de 8 m de diamètre et 1,4 m de hauteur) est construit hors du
temple. Composé de petites pierres, une série de marches conduisent à son sommet. Il
est entouré par un mur de temenos et toute la zone à l’intérieur du mur a été retrouvée
remplie d’un très grand nombre de tessons et de milliers d’ossements d’animaux.
L’autel a été construit à proximité du temple du niveau XIX, sur une surface surélevée.
Les vestiges de la période précédente ont été comblés et nivelés. Au niveau XV, cet
autel monumental est clôturé par un nouveau temenos qui s’étend jusqu’au temple 4040.

1082
Alpert Nakhai, 1997b, p. 169.
1083
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 42.
1084
Ibrahim & Mittman, 1994, p. 14.

263
iiii. Le temenos
Nombre de temples ont la particularité d’être entourés, en tout ou en partie, de
murs externes qui délimitent un espace sacré ou temenos. Ainsi, à Ai, à l’ouest du
temple se trouve un mur composé de plusieurs segments, qui semble délimiter l’espace
du temple. Le mur suit en partie la ligne du rempart extérieur C. À Khirbet ez-Zeraqun,
un mur enclôt entièrement la zone cultuelle, il se compose de bouts de murs qui ferment
chaque espace entre les bâtiments (fig. 2, pl. 163). À Megiddo, les temples du Bronze
ancien III sont aussi entourés de murs. Les plans des temples du Bronze ancien I ne sont
pas entièrement dégagés, mais dans le cas du temple du niveau J-3, la cour semble
limitée par un mur (fig. 3, pl. 118). Le temenos sert à marquer une séparation entre
l’espace sacré et l’espace séculier. Il sert aussi à délimiter une cour, qui avait sans doute
une grande importance rituelle. En se basant sur les observations faites sur les temples
levantins plus tardifs, les cours servaient à la venue des sacrifices d’animaux, à la
présentation des offrandes du public, à l’immolation des offrandes et à la consommation
des repas sacrés1085.

En conclusion, aborder la question des temples et de leur architecture reste


encore très difficile, en effet, pour pouvoir faire une étude complète du sujet, encore
faut-il que les fouilles aient fournie assez d’informations susceptibles de servir de
critères d’indentification. En général, les fouilleurs se fondent sur des particularités
architecturales plus marquées que dans les constructions environnantes. Or le
développement de la hiérarchisation sociale et du niveau économique des élites peut
aussi bien justifier l’existence de bâtiments de grandes dimensions et à l’architecture
soignée.

Au final, le critère le plus déterminant qui a pu être identifié est la présence d’un
mur de temenos qui délimite un espace sacré. En effet, au troisième millénaire, le
temple n’est pas un lieu de rassemblement, c’est la demeure du dieu et n’y entrent que
les prêtres. De ce fait, les temples n’ont qu’une seule entrée et les cérémonies
collectives devaient se dérouler hors du bâtiment.

1085
Alpert Nakhai, 1997b, p. 170.

264
+    &   : !8      
! > 
Au Bronze ancien III, sur le site de Beth Yerah, une construction monumentale
semble être dédiée entièrement au stockage. Située dans le chantier SA, elle est appelée
Bâtiment aux cercles ou grenier de Beth Yerah (pl. 80).

Les dimensions extérieures du bâtiment sont de 31,25 (mur ouest) x 41 m. Les


façades est et nord ne sont pas préservées entièrement. Les reconstitutions estiment
qu’elles mesuraient respectivement 35 et 32 m. De ce fait, la surface du bâtiment serait
d’à peu près 1200 m2. Ses angles externes ne forment pas des angles droits aussi son
plan est trapézoïdal. Il est entouré de rues pavées, preuves d’un niveau de planification
urbaine élevée.

Les murs extérieurs en pierre mesurent environ 10 m de large, à l’exception du


mur de façade qui mesure 14 m de large. Leur sommet est arasé. Ils contiennent sept
cercles creusés. Six d’entre eux sont mesurables : quatre font 8 m de diamètre, un fait
9 m et un fait 7 m. Selon A. Mazar, il devait y avoir à l’origine huit, voire neuf cercles,
mais les dernières fouilles menées par l’Université de Tel Aviv, montrent qu’il n’y a pas
de huitième cercle (fig. 1, 2, pl. 80). R. Greenberg et I. Paz reconstituent plutôt une
façade avec une niche et un bâtiment en forme de U1086. Chaque cercle est divisé par
quatre murets de partition étroits qui n’atteignent pas le centre du cercle. Ces murs sont
orientés selon les points cardinaux. Le sol en pierre des cercles est enterré d’environ
0,10 m sous le sommet des murs.

L’entrée dans le bâtiment se faisait du côté est, à travers un corridor de 3,30 m


de large et 14 m de long1087. Ce corridor menait à une cour intérieure de 11 x 6,90 m
(soit une surface de 76 m2) qui contenait trois fours. Des passages étroits mènaient de
deux cercles, vers le hall, dans la partie ouest du bâtiment. La couche de destruction qui
couvrait le sol de la cour contenait de nombreux tessons, dont une grande quantité de
tessons Khirbet Kerak. De nombreux os d’animaux cassés et noircis ont aussi été
retrouvés, ainsi que deux vases zoomorphiques et une figurine animale1088.

Le Bâtiment aux cercles repose sur les vestiges d’une maison du Bronze ancien
II qui a été arasée. Il a été construit en une seule fois et de manière planifiée. Les murs
de partition, à l’intérieur de chacun d’entre eux, sont orientés exactement selon les
points cardinaux1089. De plus, selon R. Greenberg et I. Paz, la coudée, telle que décrite

1086
Greenberg & al., 2006, p. 98-103.
1087
Maisler, Stekelis & Avi-Yonah, 1952, pl. 19A.
1088
Mazar, 2001, p. 452.
1089
Mazar, 2001, p. 449-452.

265
par P. de Miroschedji dans son étude du Palais B1 de Tel Yarmouth, a aussi été utilisée
pour le grenier de Beth Yerah1090.

Plusieurs tentatives ont été faites afin de reconstituer l’élévation du bâtiment.


Deux versions possibles : soit les silos étaient coniques et indépendants les uns des
autres, comme dans les représentations égyptiennes, soit ils étaient reliés dans une
même installation, comme dans le modèle égéen. Chaque silo était probablement
cylindrique avec des parois droites et un toit plat ou voûté. La base massive en briques
donnait à chaque silo un cadre solide. Les quatre murets dans chaque silo devaient
servir à supporter le toit. La partie supérieure de chaque silo pouvait dépasser au-dessus
du toit avec une couverture en dôme. Il y avait probablement une ouverture dans le toit
afin de remplir le grenier, et le grain était récupéré grâce à des ouvertures situées à la
base. Cette reconstitution suggère que le grenier s’élèvait à une hauteur considérable,
qui devait être équivalente ou légèrement inférieure au diamètre des cercles (6-8 m pour
chaque silo). Les murs épais étaient capables de contenir la pression du grain. D’après
les calculs de A. Mazar, si le bâtiment était entièrement utilisé, sa capacité maximale de
stockage se situait autour de 1 700 tonnes de blé et entre 1 370 et 1 600 tonnes d’orge ce
qui excèderait la consommation annuelle de la ville de Beth Yerah. Diverses
interprétations, souvent fondées sur des correspondances avec le monde égéen,
anatolien ou trans-caucasien (zone d’origine de la céramique Khirbet Kerak) ont été
proposées.

Pour la plupart des archéologues, cette construction est un grenier ou un temple.


Pour A. Mazar cela peut être les deux à la fois : une installation de stockage avec dans
la cour un temple barlong du type Temple de l’acropole de Ai. D’après l’exemple du
vase de Mélos, A. Mazar propose d’interpréter ce bâtiment comme un temple avec des
greniers1091. Cependant, l’interprétation comme grenier collectif n’est pas partagée par
tous les chercheurs et selon R. Greenberg et I. Paz, qui ont repris la fouille de ce
bâtiment, aucun indice n’a été retrouvé concernant l’usage du Bâtiment aux cercles1092.

Ainsi, tous les chercheurs ne sont pas d’accord pour dire qu’il a servi de grenier
collectif car aucun grain n’a été retrouvé à l’intérieur. Cependant, son plan très
spécifique et les parallèles avec des greniers égyptiens ou égéens laissent peu de doutes
sur le rôle de ce bâtiment. De plus, de par sa datation – Bronze ancien III – ses
dimensions et ses techniques de construction, ce bâtiment rappelle les grandes capacités
de stockage des palais.

1090
Greenberg & Paz, conférence au 6ème ICAANE à Rome, 2008.
1091
Mazar, 2001, p. 450-454.
1092
Greenberg & Paz, conférence au 6ème ICAANE à Rome, 2008.

266
 & F *   
L’étude fonctionnelle des espaces architecturaux doit distinguer trois situations.
D’une part, de nombreuses maisons sont monocellulaires ce qui implique qu’elles sont
multifonctionnelles. C’est ce que montre notamment l’exemple de Jéricho où une pièce
du Bronze ancien III contenait à la fois des céramiques, des lames de silex et de
faucilles, un mortier, un pilon, des fragments de parure, des pendentifs en coquillage, de
la nacre, des unités de poids, des fragments de scellement en argile et des ossements
d'animaux1093. D’autre part, l’étude des maisons pluricellulaires où certains espaces
commencent à avoir une fonction spécialisée comme dans la résidence égyptienne d’‘En
Besor, où R. Gophna reconnaît différents usages selon les ailes du bâtiment (cour,
boulangerie, stockage…)1094. Et enfin, l’analyse des palais montre clairement qu’ils
possédaient des secteurs d’activités distincts. Ainsi, à Megiddo, le palais se compose de
deux ailes au plan et à l’organisation comparables, mais qui ne semblent pas
communiquer.

Les hypothèses servant à comprendre les usages des pièces reposent


essentiellement sur l’analyse du matériel archéologique retrouvé, et notamment du
matériel céramique. Cependant, comme cette étude est essentiellement basée sur l’étude
de l’architecture, il était difficile de recenser de manière exhaustive et de comparer
l’ensemble du matériel archéologique trouvé dans chaque maison. Néamoins, nous y
ferons référence autant que possible.

Plusieurs fonctions des habitats seront détaillées comme la vie sociale, la


préparation des repas et les dispositifs de stockage, ainsi que les activités spécialisées
qu’elles soient artisanales, économiques, religieuses ou funéraires.

1093
Marchetti & Nigro, 2000, p. 22.
1094
Gophna, 1993a, p. 393-395.

267
C   &  
Malgré leur présence évidente dans toutes les maisons, les activités liées au
couchage et à la réception sont quasiment impossibles à identifier dans les maisons.
Ainsi les archéologues utilisent surtout une démonstration qui se base sur l’absence de
découvertes dans un secteur donné pour y reconstituer la zone de couchage ou de
rassemblement de la famille. À Jebel Mutawwaq, dans les maisons 20 et 81 (fig. 2, 3,
pl. 127), la majorité des tessons de céramique se concentrent dans une des extrémités.
Cela suggèrerait la présence d’un secteur réservé aux activités domestiques et d’un autre
à la réception. La séparation entre les zones a pu être matérialisée par des constructions
en matériaux périssables, sauf dans la maison 81 où il existe un muret en pierres1095.
Pour E. Braun, fouilleur de Yiftahel, l’absence de découvertes dans le nord de la maison
IIA/2 démontre aussi que cela devait être la zone de couchage (pl. 159). De plus, les
traces d’activités domestiques variées comme les meules, un bassin en pierre et une
aiguille en cuivre sont regroupées au sud1096. Cependant, la faiblesse de ce genre de
démonstrations basées sur l’absence de découvertes, implique de rester prudent à propos
de ces hypothèses.

Il est aussi possible d’imaginer que les nombreux bancs retrouvés le long des
murs servaient de siège. Mais, selon O. Ilan, ils servaient plutôt d’étagères que de zones
pour s’asseoir, car à Arad des céramiques de petites et moyennes dimensions ont été
retrouvées sur ou au pied de ces bancs. En outre, d’après l’exemple ethnographique de
populations arabes vivant dans des habitats troglodytiques de la région des collines, au
sud de Hébron montre que les bancs servent aussi à stocker le jour les nattes de
couchage qui la nuit étaient dépliées sur le sol1097.

À l’opposé, de par leur fonction, les palais possèdent des secteurs de réception
beaucoup plus développés et spécialisés. Afin de comprendre le fonctionnement interne
de ces bâtiments, O. Aurenche a établi des parallèles entre les palais mésopotamiens des
3ème et 2ème millénaire et les palais et grandes demeures des notables du Moyen-Orient,
en contexte urbain, construits entre le 17ème et le 19ème siècle de notre ère1098. Ainsi,
dans le palais de Mari, comme dans les palais contemporains qui possèdent un étage, les
fonctions de réception, ainsi que les fonctions de réserve, de service ou de communs
s’exercent au rez-de-chaussée, tandis que les fonctions d’habitation se déroulent au
premier étage. De surcroît, en Iraq, il existe une séparation très nette entre le secteur
public de réception et le secteur privé. Cette séparation existe aussi bien dans la plus
simple des maisons rurales que dans la plus luxueuse des résidences urbaines1099. De
1095
Fernandez-Tresguerres Velasco, 2005, tabl. 1, p. 368.
1096
Braun, 1997b, p. 178.
1097
Ilan, 2001, p. 327.
1098
Aurenche, 1985, p. 347.
1099
Aurenche, 1985, p. 349-355.

268
plus, à Bagdad, ces deux fonctions se déroulent autour de deux cours différentes et la
cour de « réception » est plus grande que celle « privée ». Cette polarisation des
activités autour des cours n’est pas sans rappeler le plan du palais de Tel Yarmouth. En
outre, plus la taille et le prestige du bâtiment augmente, plus la séparation des fonctions
est nette et marquée matériellement par une séparation de blocs distincts. Enfin, la
circulation entre les blocs est assurée d’une manière telle que l’accès n’est pas direct,
afin que l’on ne puisse pas voir d’un secteur à l’autre.

Dans le Palais B1 de Tel Yarmouth, P. de Miroschedji a identifié un secteur


officiel à l’est. Ce dernier comprend une entrée principale, une salle hypostyle, une
avant-cour, un grand hall de réception avec des banquettes latérales. Le hall donne accès
à plusieurs pièces, dont une possède un escalier donnant accès à un étage supérieur. En
outre, ce secteur ne communique pas directement avec le secteur économique1100. Dans
le palais de Zeraqun, les secteurs construits avec soin B0.7 et B0.10 servaient
probablement de zone de réception. Dans les palais étudiés par O. Aurenche, selon
l’importance du bâtiment cette fonction est assurée par une pièce ou par un groupe de
pièces. Elles se distinguent des autres par leurs dimensions, leur décor ou leur
aménagement intérieur (banquette, divan…). L’accent est mis sur le prestige et sur le
confort offert au visiteur : ventilation, fontaine, bassin. À Bahreïn, dans la maison
Shaikh ‘Isa, la salle de réception principale est la plus vaste de la maison, avec des
piliers intérieurs. Elle est accessible par deux cours dont une qui ouvre sur la porte
d’entrée principale. Cette pièce constitue la pièce d’apparat de la maison, elle comporte
un vestibule. Une seconde salle de réception réservée aux femmes se trouve dans la cour
B. Une troisième est réservée aux affaires. Dans le Palais B1, P. de Miroschedji pense
que la zone résidentielle était probablement située à l’étage1101. C’est sans doute aussi le
cas dans le palais de Megiddo. Dans les palais étudiés par O. Aurenche, les fonctions
d’habitation s’exercent dans une ou plusieurs pièces1102.

! &&    & 


Les zones de préparation des repas, de mouture des aliments et de cuisson sont
plus faciles à identifier que les zones de réception grâce à la présence de fours, de foyers
et de nombreuses autres installations construites. C’est le cas notamment des
céramiques calées dans le sol, des plates-formes ou des constructions servant au
stockage des céramiques.

1100
Miroschedji, 2006, p. 61.
1101
Miroschedji, 2006, p. 62.
1102
Aurenche, 1985, p. 351.

269
Quelques cas de pièces servant de cuisine ont été identifiés dans des maisons
pluricellulaires. Dans la « Maison des Jarres » de Tell el-Fârǥah, au Bronze ancien II, la
pièce 5 est interprétée comme une cuisine en raison de la présence d’un foyer et de
nombreuses céramiques (fig. 1, pl. 95). D’autres espaces de même type ont également
été identifiés sur ce site1103.

Une autre attestation, plus exceptionnelle, provient bâtiment égyptien fouillé à


‘En Besor. L’aile sud du bâtiment contient un foyer entouré d’une aire pavée (locus
252) ainsi qu’un grand bassin en poterie enterré dans le sol. Une grande partie de la
céramique retrouvée est constituée de bols de cuisson et de moules à pain, dont la forme
est d’origine égyptienne. Le matériel céramique retrouvé indique, selon R. Gophna, que
le secteur servait de boulangerie.

Par conséquent, très peu de pièces servant de cuisine ont été identifiées avec
certitude. En général, la pièce principale abrite en même temps les fonctions de repos,
de réception et de cuisine. De plus, installer un foyer dans la pièce principale permet de
la chauffer. Ainsi, à Arad, les pièces subsidiaires ne contiennent pratiquement pas de
foyer et ne semblent pas contenir d’autres systèmes de chauffage1104. Dans le cas de la
maison du niveau I d’En Shadud, un espace de broyage a aussi été identifié. Il se trouve
dans un des angles de la maison et se compose d’une surface plane sur laquelle de
nombreuses meules en basalte ont été mises au jour1105. Cependant, dans la grande
majorité des cas, les zones de cuisine sont identifiées grâce à la présence en grand
nombre de vaisselles. Ainsi, dans le bâtiment 1 du niveau III de Qiryat Ata, une épaisse
couche de sédiment jaunâtre issu de la décomposition des briques scellait une meule en
basalte et de nombreuses céramiques in situ1106. La majorité des céramiques étaient
localisées dans la partie centrale et dans la partie est du bâtiment. Le décompte des
céramiques par type a été appliqué au cas des habitats rectangulaires simples regroupés
en îlot du quartier G de Tel Yarmouth (niveau G-2). La jarre sans col représente la
forme la plus courante de céramique retrouvée. Elle sert à la fois à cuisiner et à stocker
la nourriture. De nombreuses formes sont liées au service et à la consommation des
mets comme les bols, les jattes, les plats et les écuelles. Les formes sont ouvertes et de
diamètre variable : du simple bol de quelques centimètres de diamètre, aux plats géants
qui peuvent atteindre 0,85 m de diamètre. En outre, de nombreuses jarres de tous
formats (petit, moyen, grand) peuvent servir au stockage des denrées de diverses sortes.
Huile, vin, bière et lait peuvent être aussi stockés dans des jarres avec une ouverture
large qui facilite le versage et un bord qui permet le scellement. Les cruches, cruchette,

1103
Miroschedji, 1976, p. 93-94.
1104
Ilan, 2001, p. 323-327.
1105
Braun, 1985, p. 68.
1106
Au minimum sept pithoi complets, de nombreuses jarres sans col de toutes les tailles, des bassins, des
bols et d’autres petites vaisselles.

270
petites jarres sont utilisées aussi pour le stockage de liquides en petites quantités. Leur
ouverture étroite permet de minimiser les pertes en cas de renversement. La présence
fréquente de bols avec des traces de suie indique leur usage en tant que lampe. Enfin, le
bassin est la seule vaisselle avec un bec. Les archéologues lui ont reconnu de nombreux
usages. Ainsi, il aurait pu servir à fabriquer de la bière, de l’huile d’olive1107, ou des
productions laitières1108. Mais dans les faits, ses fonctions réelles restent inconnues,
d’autant qu’à Tel Yarmouth, de nombreux bassins ont été retrouvés enterrés dans les
sols1109.

Ainsi dans la plupart des sites du Bronze ancien, l’espace servant à la


préparation et la consommation des repas se situe dans la pièce à vivre, mais la
préparation des repas peut aussi s’effectuer dans la cour. En outre, des études
ethnographiques montrent qu’il existe une véritable interaction entre la pièce à vivre et
la cour et que le foyer se situe dans l’une ou l’autre des pièces, selon les saisons1110. De
ce fait, les cours de nombreuses maisons présentent des vestiges d’activités de cuisine
comme à Ashkelon-Barnea, Beth Yerah ou à Numeira. À Ashkelon-Barnea, la grande
cour d’une des maisons ovales du chantier G, comporte un four domestique1111. À
Beth Yerah, dans le chantier BS, au niveau 15, la zone ouest de la maison sert de cour et
de nombreuses zones cendreuses (BS 011, BS 012) indiquent des activités liées au feu.
De plus, la pièce BS 031 (BA II) est une grande cour ouverte comportant des éléments
relatifs à la préparation de la nourriture (mortier, pilons, grande meule) pris dans une
épaisse couche de cendres et d’os1112. À Numeira, l’espace 1 est une cour qui a servi
entre autre de zone de cuisine (fig. 1, pl. 128). À l’intérieur, de nombreuses installations
creusées dans le sol ont été dégagées : un cercle de pierres posées sur une dalle
rectangulaire (locus 38) et un grand cercle de pierres plates noircies par le feu
(locus 17). Parmi le matériel retrouvé, deux pierres plates de forme arrondie ont pu être
utilisées comme meules. L’hypothèse de la cuisine est confirmée par l’étude céramique
qui rapporte qu’une large majorité des tessons retrouvés proviennent d’assiettes et de
petits bols1113.

Dans les palais l’identification de la zone de cuisine est plus difficile, seul le
Palais B1 semble posséder une zone à usage domestique autour de la pièce 91 car elle
contenait des foyers.

1107
Ilan, 2001, p. 343.
1108
Genz, 2003, p. 65.
1109
Communication personelle de P. de Miroschedji.
1110
Kramer, 1979, p. 140-145.
1111
Golani, 2007, fig. 11-14.
1112
Greenberg & alii, 2006, p. 128, fig. 5.15.
1113
Schaub & Rast, 1980, p. 43-44.

271
 B %
La capacité à stocker des biens est essentielle dans les habitats et plusieurs
éléments permettent d’identifier cette fonction, comme la qualité du sol, la présence de
céramiques de stockage, de restes organiques ou d’installations servant au stockage. Les
céramiques servant au stockage des denrées alimentaires sont essentiellement des
formes fermées (jarres) par opposition aux formes ouvertes qui servent plutôt à la
consommation de la nourriture. Ces installations de stockage peuvent se trouver à
l’intérieur de la maison ou à l’extérieur.

# D      B %


À l’intérieur des habitats, selon l’espace disponible, les habitants peuvent
disposer d’une pièce entière réservée au stockage ou ils peuvent se contenter d’une ou
plusieurs installations de stockage installées dans la pièce à vivre. Il ne faut pas non plus
oublier le stockage dans des contenants en matériaux périssable. Par exemple, sur le sol
du bâtiment 7102 de Tel Erani, la trace d’une natte ou d’un panier ovale a été repérée en
négatif1114.

Très souvent les seules indications du stockage proviennent des tessons sans
qu’on ne puisse préciser s’il y avait un secteur de la pièce réservé à cette fonction.
Ainsi, à Tell el-Umeiri, dans le sud de la pièce 2, une grande quantité de poteries
écrasées ont été retrouvées in situ (fig. 3, pl. 147). Le corpus se composait de vingt-neuf
céramiques différentes identifiables, datées du Bronze ancien III, avec des grandes
vaisselles servant au stockage (cols hauts évasés), des jarres à col de taille moyenne, des
jarres sans col et des petites cruchettes, que des formes typiquement destinées à un
usage domestique. Cette pièce a dû servir à la fois de zone de stockage et de pièce à
vivre1115. De la même façon, à Tell Abu al-Kharaz, au Bronze ancien II (niveaux 11,
12), une cinquantaine de récipients ont été retrouvées in situ. Parmi ce matériel, il y
avait de nombreuses jarres remplies de grains. Dans la tranchée VII B (fig. 2, pl. 109),
un récipient en bois carbonisé a été retrouvé remplis de grains. La présence
exceptionnelle du récipient en bois prouve qu’il y avait sans doute une importante part
de denrées stockées dans des récipients en matériaux périssables, en bois comme en
tissu ou en vannerie. Du grain a également été retrouvé sur toute la surface de la pièce.
Au total, près d’1 m3 de grain a été retrouvé1116. Dans quelques cas, de véritables
installations sont aménagées ou construites afin de servir de zone de stockage interne
comme par exemple dans la maison ovale n° 2 de Qiryat Ata (fig. 2, pl. 134) où une
dépression naturelle a été recreusée et aménagée en chambre souterraine. Ce « cellier »

1114
Kempinski, 1992a, p. 75.
1115
Harrison, 1997, fig. 5.34-36, 5.16-18, 5.20-23, 5.26, 5.27, 5.30.
1116
Fischer, 1993, p. 284.

272
de forme plus ou moins rhomboïdale mesure 2,70 x 3 m et 1,20 m de profondeur. Il a
été retrouvé rempli de céramiques1117. Dans la maison barlongue 115-152 de Tel Dalit,
au niveau II1118, phase II a, un silo bien construit en dalles de pierre a été trouvé dans le
coin nord-est de la pièce (locus 155). Enfin, le stockage peut aussi se faire dans la cour,
comme dans la maison du niveau XIII de Beth Shean (loci L 1861, L 1848, L 1849)
(fig. 3, 4, pl. 73). En outre, la cour L 1861 comporte une vaste construction circulaire
faite de briques et de pierres, qui a pu servir à stocker du grain. De plus, dans la pièce
centrale (L 1848), de nombreux fragments de pithoi contenant des grains carbonisés ont
été retrouvés1119.

' &)  B %


Les maisons peuvent aussi comporter de véritables pièces entièrement dévolues
au stockage. Plusieurs indices archéologiques permettent de les identifier, comme
l’importance et les types des découvertes céramiques ou la nature du revêtement du sol.

La présence en grand nombre de certains types de céramique est à l’origine de


l’identification de pièces de stockage. Ainsi, au Bronze ancien I, à Tel Halif, sur le site
101, une extension de la maison contient de nombreuses céramiques de type égyptien,
ainsi que des fragments de moule à pain1120. De même, à Beth Yerah, dans la ville du
niveau 5 (BA III), une pièce du chantier MS est qualifiée de magasin car de nombreuses
céramiques y ont été retrouvées et notamment cinq grosses jarres à deux anses, une
cruche et au minimum trois jarres sans col.

Des attestations plus exceptionnelles proviennent de pièces mises au jour à


Tell es-Sa’idiyeh. La première du niveau L 2, chantier BB est enterrée, elle mesure 3 x
4 m et cinq marches conduisent à une plate-forme qui se situe dans l’angle nord-est de
la pièce. Les murs sont conservés sur 2,50 m de hauteur. Sur le sol, une douzaine de très
grandes jarres de stockage à goulot étroit ont été retrouvées. La pièce a pu servir pour le
stockage, au frais, de matières liquides (huile d’olive, vin)1121. La seconde est située
dans le chantier DD. Elle mesure 1,50 x 5 m. À l’intérieur, de nombreuses céramiques
ont été retrouvées. Parmi elle, des jarres de stockage, des assiettes en céramique lustrée,
des petits bols retrouvés empilés les uns dans les autres, de la céramique du type dit
Abydos (pl. 138). La plupart des récipients céramiques contenaient des résidus
alimentaires à leur surface. La pièce contenait également des lames de silex, plus de
deux mille perles de faïence, des outils en cuivre, une grande quantité de grains
carbonisés, de la paille, des noyaux d’olives, de raisins, de figues, de câpres brûlés, ainsi
1117
Golani, 2003, p. 22-23.
1118
Gophna, 1996, p. 35, 78-79, fig. 12-14.
1119
Bonn Greenwald, 1976, p. 144-145 ; Fitzgerald, 1934, p. 129, pl. IV, fig. 1.
1120
Seger & al., 1990, p. 3-4, fig. 2, 3.
1121
Tubb & Dorrell, 1994, p. 59-65, fig. 12-16.

273
qu’une grenade entière brûlée. L’archéologue qualifie la pièce de scullery qui pourrait
se traduire en français par arrière-cuisine. Il remarque que si la position de la salle à
manger n’est pas connue, elle a pu être utilisée par onze personnes, car onze bols, onze
céramiques du type dit Abydos, onze lames en silex et onze pointes étroites en os ont
été retrouvés1122.

Des pièces riches en matériel ont aussi été trouvées à Numeira. Ainsi, la pièce 2
a dû servir de zone de stockage (fig. 1, pl. 128). Dans les loci 12 et 34, deux fosses
dallées et un silo en argile crue (locus 17) ont été retrouvés ainsi que des jarres de
stockage et des petites jarres disposées autour du silo. L’étude céramique montre que la
moitié de la vaisselle retrouvée provient de jarres sans col et de jarres de stockage1123.
D’une manière générale, beaucoup de pièces de stockage ont été identifiées à Numeira.
De nombreuses pièces semblent avoir servi uniquement au stockage de biens, surtout
alimentaires. Cependant, une des pièces a été retrouvée remplie de tissus carbonisés.
M. Chesson, qui a repris l’étude du site, estime qu’il y a un décalage entre la très petite
superficie du site – 1/1,5 ha – et l’importance de la surface dévolue au stockage. En
effet, comment un site si petit peut-il dégager des surplus si importants qu’ils occupent
plus d’un tiers de l’espace habitable ? Selon elle, l’importante capacité de stockage de
Numeira, sa petite superficie et l’importance de sa muraille sont indissociables du site
tout proche de Bâb edh-Dhrâ’. Numeira aurait fonctionné comme un site satellite, une
zone de stockage et de traitement pour Bâb edh-Dhrâ’1124. Cependant, le manque de
données publiées rend impossible la discussion de cette hypothèse.

Certains chercheurs ont cherché à systématiser cette relation entre matériel


céramique et usage des pièces comme H. Genz à Khirbet ez-Zeraqun. Il a d’abord établi
une typologie des formes céramique (pl. 162)1125, puis il a employé une méthodologie
qui se base sur le postulat selon lequel les formes fermées servent au stockage. De cette
manière, un décompte exact des céramiques, pièce par pièce, permet de repérer la
localisation des formes fermées1126. Le tableau récapitulatif ci-dessous présente,
bâtiment par bâtiment, les céramiques fermées et affiche le pourcentage de formes
fermées par pièces, pour tenter de localiser les zones de stockage dans l’habitat :

1122
Tubb, Dorrell & al., 1997, p. 61-63, fig. 11-12.
1123
Schaub & Rast, 1980, p. 44.
1124
Chesson, 2008, conférence au 6ème ICAANE, à Rome.
1125
Les différents types de céramiques sont classés selon la typologie : bol (A), assiette/plat (B), bol
grossier à paroi verticale (C), bol à goulot (D), jarre sans col (E), jarre à bord (F), cruchon (G), cruche
(H), amphorisque (I), bouteille (J), petite jarre (Ka), jarre moyenne (Kb), grande jarre (Kc), très grande
jarre (Kd), pithos (L), formes exceptionnelles (support, couverture, vases doubles) (M), vases miniatures
(N) (Genz, 2002, p. 16)
1126
Les formes fermées étant les types E, F, G, H, J, K et L, soit les jarres, cruches, cruchons, bouteilles et
pithoi.

274
Bâtiment Total de formes Espace Nombre de Pourcentage de
fermées formes fermées formes fermées
B0.9 11 R3/4 (cour) 2 18 %
R6 (pièce couverte) 5 45,5 %
B1.2 26 R5/9 (couloir) 18 69 %
R6 (pièce dite de 1 3,8 %
stockage)
B1.3 70 R3/4 (cour) 38 54 %
R1/2 (pièces couvertes) 28 40 %
B1.4 10 R1 (pièce couverte) 7 70 %
R2 (pièce couverte) 3 30 %
B1.6 13 R2 (cour) 2 15 %
R4 (pièce dite de 6 46 %
stockage)
Tabl. 22 : La répartition des céramiques de forme fermées dans les zones d’habitat

De ce fait, dans le bâtiment B0.9, les formes fermées se situent plutôt dans la
pièce couverte ; dans B1.2 la très grande majorité des céramiques ont été retrouvées
dans le couloir alors qu’une pièce a été qualifiée de stockage ; dans B1.3 il y a plus de
céramiques dans la cour que dans les deux pièces couvertes ; dans B1.4 seules deux
pièces couvertes ont été fouillées et dans B1.6, la majorité des formes fermées ont été
retrouvées dans la pièce dite de stockage. Cela confirme l’existence de pièces de
stockage dans les îlots d’habitations. Dans le palais de Khirbet ez-Zeraqun, le secteur
B0.8 qui se compose de petites pièces construites avec peu de soin, était dévolu au
stockage et aux activités économiques. À l’intérieur, 47 vaisselles complètes ont été
dégagées. L’assemblage se composait de 16 jarres avec une contenance de 28 litres et
de 14 pithoi à la contenance maximale de 140 litres. H. Genz estime que 65 % de la
vaisselle de ce secteur servait au stockage1127.

Dans d’autres cas, ce sont les caractéristiques de la pièce qui peuvent démontrer
un usage comme zone de stockage. Ainsi, à Khirbet el-Mahruq, dans le chantier C,
niveau IV (fig. 4, pl. 114), le sol d’une pièce était pavé de briques et de nombreuses
graines carbonisées ont été retrouvées dessus1128. Dans le groupement d’habitats situés
sur le plateau nord de Jéricho, il semblerait que le plan absidal soit spécifiquement
réservé à la construction des pièces de stockage1129. Au Bronze ancien II, à Arad, la
plupart des maisons se composent d’une pièce principale et d’une ou plusieurs pièces
annexes. Généralement, il n’y a pas de passage entre les pièces principales et les pièces
subsidiaires. Toutes deux possèdent des ouvertures qui donnent sur la cour. Les pièces
1127
Genz, 2003, p. 68.
1128
Eisenberg, 1993b, p. 931.
1129
Nigro, 2007a, p. 15.

275
subsidiaires servaient de zones de stockage ou d’abris pour le bétail, spécialement en
hiver. En effet, les observations ethnoarchéologiques montrent que durant les mois
froids de l’hiver, les bédouins séparent les jeunes du troupeau afin de les placer dans un
abri chauffé. Ainsi, dans les collines d’Hébron, les pasteurs et leurs troupeaux
cohabitent en hiver1130.

La présence de pièces de stockage peut aussi être identifiée grâce à la superficie


des pièces. De ce fait, dans le quartier G de Tel Yarmouth, il semble que les pièces dont
la superficie est inférieure à 5 m2, soient des réserves. Ainsi, certaines pièces comme la
pièce 766 et la pièce adjacente 746 ont été retrouvées remplies de céramiques de
stockage. Toutes deux ont exactement la même superficie (4,40 m2). Elles ne
communiquent pas entre elles, mais sont accessibles par la pièce 713. Il semble que la
pièce 766 soit plus riche en pithoi et la 746 en jarres sans col. Est-ce un reflet d’une
forme de spécialisation du stockage ? De plus, ces deux pièces de stockage ont été
délibérément bouchées avant le départ des habitants. De même, la pièce 745, très riche
en céramiques de stockage, a été retrouvée entièrement bouchée1131. Il est possible que
ce soit une mesure de protection pris par les propriétaires avant un départ temporaire
programmé.

Enfin, dans les palais le stockage est une composante essentielle du plan. De
véritables zones lui sont consacrées comme autour de la cour nord-est du Palais B1 de
Tel Yarmouth1132. Dans le palais de Zeraqun, les pièces plus petites du secteur B0.8 ont
servi à la fois de zone stockage et de zone d’activités économiques. De même, l’étude
des palais récents montre que le stockage occupe une surface très importante souvent
située en rez-de-chaussée. En outre, la zone est constituée de pièces pourvues d’un
minimum d’ouvertures, afin de limiter l’accès de la lumière et de l’air, susceptibles de
nuire à la conservation des denrées entreposées. Ainsi, un abondant matériel
archéologique a été retrouvé à l’intérieur du Palais B1. Les formes céramiques
comprennent essentiellement des céramiques de stockage (jarres, pithoi, bassins)
retrouvées dans des pièces réparties autour de trois côtés de la cour nord-est. Au total,
182 pithoi, 2 grands bassins, 2 bassins, 21 jarres ont été retrouvés dans les pièces de
stockage ou à proximité immédiate. Certaines pièces étaient encore remplies de jarres
de stockage (L. 1708, 1783, 1752, 1749, 1636) alors que d’autres ont été retrouvées
pratiquement vides. Cependant, P. de Miroschedji les a aussi interprété comme des
pièces de stockage car il a observé que la plupart des pièces de ce secteur fonctionnaient
dans le plan par paires (L. 1708+1783, 1752+1751, 1636+1749, 1626+1616,
1638+1619, 1632+1655). Ainsi, si une des deux pièces a été retrouvée vide, elle a pu
contenir des denrées stockées dans des contenants en matériaux périssables. D’autres

1130
Ilan, 2001, p. 326.
1131
Données issues des archives de la mission de Tel Yarmouth.
1132
Miroschedji, 2006, p. 61.

276
pièces situées sur le côté nord-ouest de la cour nord-est ont été identifiées comme des
pièces de stockage. Au total plus de trois cents pithoi ont été dégagés 1133. Dans le palais
de Bahreïn, chaque pièce abrite une catégorie particulière de marchandises1134. Enfin,
selon J.-C. Margueron, tous les biens stockés dans le palais ne sont pas gardés pour de
futurs besoins, ce sont les salaires qui sont distribués aux personnels du palais1135.

+      B % 


Sur certains sites, des installations de stockage externe complètent ou remplacent
les installations de stockage interne. C’est notamment le cas au Bronze ancien I, sur les
sites de la Plaine côtière comme Afridar1136, Ashkelon-Barnea1137 ou Palmahim
Quarry1138 où des silos sont construits entre les maisons (fig. 2, pl. 128). C’est aussi le
cas à Beth Ha-Emeq1139. À cette même période, certains sites comportent en plus des
simples silos, des zones creusées de fosses. Ainsi, le site H en contient une demi-
douzaine de forme ronde ou ovale (fosses 12, 15, 18, 19, 20, 21) (fig. 1, pl. 143)1140.
Vue en coupe, elles ont une forme de cloche : le diamètre de l’ouverture étant plus étroit
que le diamètre à la base. Le fond des cavités est soit en pierre, soit en terre et en pierre.
W. M. F. Petrie pense qu’elles ont été employées pour stocker du grain et que certaines
ont pu servir à entreposer des détritus1141. De même, mais à plus grande échelle, dans le
chantier E d’Afridar, trois secteurs ont été dégagés sur 1200 m2 : E1, E2, E3 (pl. 58). Le
secteur E1 mesure 25 x 100 m, à l’intérieur 109 fosses ont été dégagées. Elles sont
éparpillées sur tout le secteur, sans organisation particulière. Le fouilleur a identifié cinq
types principaux de forme de fosse : irrégulière, murs droits, en forme de cloche, en
forme de coupe, en forme de tonneau, mais la plupart sont de forme irrégulière. Elles
sont en général peu profondes (0,20-0,50 m) et d’un diamètre compris entre 0,50 et
4,0 m. Les fosses du secteur E2 ont été réutilisées, dans un deuxième temps, en tant que
zone d’activité métallurgique. Le même type de fosses a été retrouvé dans les chantiers
F et J1142. De plus, des exemples comparables ont été dégagés sur le Site H1143, à
Taur Ikhbeineh et à Nizzanim. Sur le Site H seule une demi-douzaine de fosses ont été
identifiées, et elles semblent toutes dépendre d’une seule maison. Certaines fosses
d’Afridar, de Taur Ikhbeineh et de Nizzanim ont été retrouvées remplies de grains
carbonisés, preuve qu’elles étaient utilisées pour le stockage des céréales. L’usage de
fosses pour le stockage est bien connu depuis l’époque préhistorique, jusqu’à l’époque
1133
Miroschedji, 2006, p. 65-66.
1134
Aurenche, 1985, p. 352.
1135
Margueron, 1997a, p. 199.
1136
Baumgarten, 2004, p. 161.
1137
Golani, 2007, fig. 2-3.
1138
Braun, 2000, p. 114 ; Braun, 1991, p. 22.
1139
Givon, 1993, p. 1.
1140
Macdonald, 1932, p. 12-14, pl. IX - X.
1141
Macdonald, 1932, p. 14.
1142
Golani, 2004, p. 11-12.
1143
Macdonald, 1932, p. 12-14, pl. IX - X.

277
moderne. Des expérimentations ont démontré que ce type de dispositif permet de
stocker des grains pendant une période d’au moins six mois1144.

Le stockage dans des grottes est plus rare. Le phénomène a principalement été
identifié sur le site de Givat Qesem où trois grottes réservées au stockage ont été
retrouvées (BA IB) (pl. 97). La grotte 1 est une chambre creusée dans le rocher
mesurant 3,10 m de diamètre, sur une hauteur maximale de 1,50 m. L’accès se faisait
probablement par un puits vertical non préservé. À l’intérieur, des tessons de céramique,
des éclats de silex et des ossements d’animaux ont été dégagés1145. Le puits d’accès de
la grotte 2 est préservé, il mène à une chambre en forme de cloche qui mesure 2,40 m de
diamètre et 1,90 m de hauteur. Le puits d’accès (L300 : diamètre 0,80 m, 1,80 m de
long) était rempli de petites pierres et de terre, les fouilleurs n’ont pas pu déterminer si
c’était dû à l’érosion ou si le remplissage était intentionnel. Un passage (L303)
mesurant 1,70 m de long et 0,70 m de haut, conduit à la grotte n° 31146. L’entrée
principale se faisait par un puits creusé dans le rocher1147. Le répertoire céramique
retrouvé dans les trois grottes est caractéristique de la culture du Bronze ancien IB. Ces
grottes servaient probablement de zone de stockage collectif pour un établissement situé
à proximité.

En conclusion, il existe une grande variété de solutions de stockage depuis des


zones réservées dans des habitats monocellulaires, aux pièces spécifiques dans les
habitats pluricellulaires et aux zones de réserve extérieures. En outre, malgré la
densification du tissu urbain au Bronze ancien II et III, les espaces de stockage sont
préservés, même dans les îlots. Plusieurs indices permettent de les identifier, tout
d’abord l’abondance des céramiques de stockage, souvent des formes fermées, mais
aussi les caractéristiques physiques de l’espace. Ainsi, le type de sol, les dimensions ou
la forme de la pièce peuvent nous indiquer que c’était une zone d’entrepôt. Les
exemples les plus importants proviennent des palais où une grande partie du rez-de-
chaussée semble entièrement dévolue au stockage des denrées. Enfin, les zones de
stockage externe semblent relever d’une pratique associée essentiellement aux villages
du Bronze ancien I. Le même genre de dispositif a été retrouvé sur les sites du
Chalcolithique comme Mezer, au niveau III (fig. 2, pl. 125)1148. Cela reflète peut-être
des us de petites communautés. Ce type d’installation réutilise les données ad hoc du
terrain que ce soit un sol imperméable pour creuser des silos ou des grottes naturelles.
Le grand nombre de ces silos externes et leur répartition sur tout le site entre les

1144
Yekutieli & Gophna, 1994, p. 166, fig. 3.
1145
Sklar-Parnes & Eisenberg, 2007, p. 1*, fig. 2, plan 1.
1146
Sklar-Parnes & Eisenberg, 2007, p. 3*, fig. 3, plan 2.
1147
Sklar-Parnes & Eisenberg, 2007, p. 3*, plan 2.
1148
Dothan, 1957, p. 218-220 ; 1959, p. 13-17, 21-23.

278
maisons semble indiquer que ce type de stockage n’était pas organisé par une autorité
centralisatrice.

      &   


La maison était aussi le siège d’activités quotidiennes en lien avec les
productions artisanales, les activités économiques, cultuelle ou funéraire.

#    
Dans les bâtiments étudiés, le large éventail de matériel archéologique identifié
reflète la pratique de nombreuses activités, souvent réalisées de manière indifférenciée,
dans le même espace. Ainsi, les artefacts retrouvés sur le sol attestent que la maison a
été, entre autre, le lieu de productions diverses comme le textile, les bijoux, la
céramique, les objets en silex ou en métal.

La découverte de fusaïoles (en os, en basalte), d’aiguilles, de poinçons, de poids


et de perçoirs permet d’attester de la production de textile dans tous les sites. Dans des
cas extrêmement rares comme celui de Numeira, des restes de tissus carbonisés ont
même pu être identifiés.

La production de bijoux est illustrée par des découvertes de perles, de


pendentifs, d’épingles et de colliers. En outre, à Tel Halif, la fouille d’une pièce de la
zone B9 (sol B9101) a fourni un ensemble de perles et de pendentifs, un collier ainsi
que des outils en pierre (lames cananéennes, grattoirs en éventail). La pièce a pu servir
d’atelier de taille1149.

Seuls quelques fours de potiers ont été retrouvés, cependant ils semblent plus
liés à l’activité de spécialistes et d’ateliers qu’à celle de maisonnées. Ainsi, à Tell el-
Fârǥah, un four à céramique se trouvait dans le locus 2711150. À Beth Yerah, au niveau
9B, les vestiges de la pièce 610 (fig. 1, pl. 77) semblent indiquer que la zone a servi
d’atelier de poterie, en raison de la présence d’un groupe d’objet en argile crue
(fragments de bols, bouts de colombins, des pains d’argile pétrie), et d’une tournette
(EY 196)1151. Ainsi, les productions à usage domestique devaient être cuites dans des
foyers ouverts qui ne laissent pas de traces.

1149
Seger & al., 1990, p. 9-18, fig. 9-18.
1150
Vaux, 1955, p. 559.
1151
Greenberg & alii, 2006, p. 353-354.

279
À Tel Yarmouth, le chantier H est aussi interprété comme une zone d’activités
artisanales, en raison du grand nombre d’installations en pierre et de céramiques
grossières (pithoi et bassins) trouvés1152.

À l’inverse, les traces d’activités métallurgiques sont plus circonscrites dans


l’espace, notamment dans quelques sites de la zone désertique et dans quelques sites du
sud de la plaine côtière. Ces derniers datent du Bronze ancien I. Ainsi, à Afridar, les
fosses du secteur E2 ont été réutilisées, dans un deuxième temps, en tant que zone
d’activités métallurgiques1153. Dans le secteur J2, des petites dépressions circulaires
(L154) mesurant 0,15-0,30 m de diamètre sont recouvertes de chaux et d’argile. Elles
étaient apparemment utilisées pour la fonte et le travail du cuivre. Un objet en métal a
également été trouvé dans ce niveau. Tout près, à Ashkelon-Barnea, au niveau III, dans
le secteur H, la partie nord du chantier était un espace ouvert qui semble avoir servi à
des activités métallurgiques (fig. 2, pl. 62). Puis, au niveau II, le chantier B abrite un
grand enclos d’environ 270 m2, de forme ovoïde (15 x 22 m) qui contient de
nombreuses installations faites de pierres calcinées et de fragments de briques brûlées
(fig. 3, pl. 62). La découverte de scories et de fragments de creusets indiquent que la
zone servait à la métallurgie du cuivre1154. Toujours au Bronze ancien I, à Horvat Ptora,
les fouilles ont révélé la présence d’un petit four servant à fondre du métal qui contenait
encore des restes de cuivre1155. Les traces d’activités métallurgiques sont plus
importantes dans le Sinaï. Elles ont notamment été identifiées sur les sites de Feiran
11156, Wadi Umm Tumur, ou Watiya nord. Ces sites datés du Bronze ancien II
contiennent du minerai et des scories de cuivre1157. Il faut noter que les zones servant
aux activités métallurgiques sont souvent éloignées des zones d’habitations. Dans les
sites du Sinaï, les pièces sont même construites à la périphérie de l’habitat.

Aucun secteur artisanal n’a jamais été décrit à l’intérieur d’un palais. Selon
J. C. Margueron, il n’y en avait sans doute pas à cause des nuisances1158.

'F   
Les bâtiments peuvent aussi abriter des traces des activités de subsistance des
habitants comme l’agriculture, l’élevage ou les échanges. Ainsi, d’une part, les zones de
stockage sont, dans la majorité des cas, le reflet des pratiques agricoles des habitants et
d’échanges. En outre, certaines zones semblent avoir servi au traitement des productions

1152
Miroschedji, 1988b, p. 205.
1153
Golani, 2004, p. 11-12.
1154
Golani, 2007, fig. 5.
1155
Gorzalczany & Baumgarten, 2005.
1156
Beit-Arieh, 1974, p. 150-175.
1157
Beit-Arieh, 2003, p. 65-70.
1158
Margueron, 1997a, p. 200.

280
agricoles, comme par exemple, le locus 100 du niveau II de Bâb edh-Dhrâ’ (BA III) qui
était recouvert de matériel organique rouge avec une grande concentration de grains
carbonisés et de fibres blanches, peut-être de la paille. La zone a pu servir de zone de
battage ou de stockage des grains. Le niveau 4 de Tel Small Malhata (Bronze ancien I)
comporte un grand nombre de cours en comparaison avec le nombre de bâtiments. Les
cours sont entourées de murs peu épais et comportent des plates-formes rondes (fig. 2,
pl. 115). Leur périmètre est marqué par de grosses pierres et leur surface interne est
recouverte de petites pierres. Ce type d’installation est aussi présent à Arad. Un mortier
a été retrouvé enchâssé dans le sol d’une de ces plates-formes (chantier C), indiquant
qu’elle a dû être utilisée comme zone de travail.

D’autre part en plus des céréales, l’olivier constituait une part importante de la
production agricole du Bronze ancien. Cependant, malgré le grand nombre de noyaux
d’olives retrouvés, très peu de pressoirs ont été identifiées avec certitude1159. Ainsi des
attestations possibles ont été repérés à Tel Halif, Leviah, Gezer1160 et Beth Yerah1161.
Dans le site 1, chantier I, de Tel Halif, la surface A9091 présente une cuve avec un
orifice qui a pu être utilisée dans la production d’huile d’olive1162. À Leviah, dans la
cour d’une maison une installation de concassage d’olives a été dégagée. Elle était
composée de grandes pierres situées à proximité d’un bassin et d’un mortier.

Enfin, des traces de la pratique intensive de l’élevage se trouvent dans de


nombreuses maisons notamment dans les zones de climat semi-désertique. Ainsi, à
Tell el-Umeiri, une pièce semble avoir servi d’étable (fig. 3, pl. 147). La pièce 1, de
forme rectangulaire (5 x 3,50 m) est en partie ouverte sur une ruelle. Au sud de la pièce,
un grand nombre de pierres de la taille d’un galet ont été trouvées amalgamées de façon
dense et formant une surface pavée. Ce sol s’étend jusqu’à deux fosses pavées. Le
fouilleur émet l’hypothèse que cet esapce servait d’étable avec une zone servant à
l’alimentation du bétail : la surface pavée facilitant l’entretien des animaux et les petites
fosses ayant servi d’abreuvoirs. Le fouilleur suppose que l’espace n’était pas
couvert1163. En outre, de grands enclos ont également été trouvés dans les vestiges du
niveau 1 de Horvat Ptora (BA I). De forme circulaire, ils peuvent atteindre 25 m de
diamètre. Ils ne comportent ni entrée, ni support de toiture, ni subdivisions internes. Des
habitats ont été exposés à proximité1164. Enfin dans le Palais B1 de Tel Yarmouth, le
fouilleur estime que la grande cour qui occupe la moitiée sud-ouest du palais a pu servir
d’enclos pour le bétail. Il n’y a pas de preuves archéologiques directes car la zone a été

1159
Genz, 2003, p. 64-65.
1160
Macalister, 1912, p. 49.
1161
Genz, 2003, p. 61-63, tabl. 1, avec toutes les références bibliographiques.
1162
Seger & al., 1990, p. 9-18, fig. 9-18.
1163
Harrison, 1997, fig. 5.12a, 5.12b.
1164
Baumgarten, Gorzalczany & Onn, 2008, p. 1995.

281
labourée pendant des millénaires, mais cela pourrait justifier les très grandes dimensions
de cet espace1165.

+%  
S’il est déjà très délicat d’aborder la question des lieux de culte au Bronze
ancien, la question l’est encore plus dans le cadre domestique. En effet, comment
identifier avec certitude des objets ou des lieux liés à un culte qui nous est quasiment
inconnu et dont peu de symboles sont identifiés. Cependant, dans quelques situations,
en raison de la présence d’objets particuliers ou d’une situation architecturale
spécifique, les archéologues pensent avoir repéré des lieux à usage cultuel. Ainsi, à
Horvat Illin Tahtit, au Bronze ancien I final, des crânes humains et quelques os longs
ont été découverts dans une pièce du village. Certains étaient complètement calcinés,
soit en raison d’une crémation, soit parce qu’ils ont été récupérés dans le niveau
incendié (IV). Selon E. Braun, le fait qu’ils aient été récupérés, sélectionnés et stockés
dans une pièce refléte une pratique d’ordre rituel1166.

La découverte d’artefacts spécifiques est aussi à l’origine d’une interprétation


d’ordre cultuel du bâtiment B1.3 de Khirbet ez-Zeraqun. À l’intérieur, une coupe à
pied, un vase double et un support d’idole en basalte, daté du Chalcolithique ont été
trouvés et interprétés comme les indices d’un culte domestique1167. De même, dans le
chantier XVI de Bâb edh-Dhrâ’ (BA III) (fig. 2, pl. 63), la découverte d’une base de
calice, d’une palette et d’une pièce chaulée sur le sol et les murs (locus 36) a été
interprétée comme une zone cultuelle1168. Cependant, la migration naturelle des artefacts
archéologiques ne permet pas de conclure avec certitude que ces zones étaient liées à
des cultes.

D’autres cas d’interprétations religieuses, dans le cadre domestique, sont liés à la


présence de pierres dressées, non inscrites, appelées massevot en hébreu (massevah au
singulier). La massevah est une pierre positionnée debout, d’une façon qui n’est pas due
à la gravité naturelle. Dans l’Orient ancien, elle sert de marqueur. C. F. Graesser
identifie cinq possibilités d’interprétation : marqueur légal, marqueur mémoriel,
marqueur commémoratif ou marqueur de l’immanence d’une divinité1169. Les pierres
trouvées dans le Levant sud ne sont pas gravées, à la différence des régions
avoisinantes, on parle alors plutôt de stèle. L’absence de gravure des pierres dressées du
Levant sud se confirme dans les périodes plus tardives, jusqu’à l’Âge du Fer, où les

1165
Miroschedji, 2006, p. 68-69.
1166
Braun, 2008a, p. 1789.
1167
Genz, 2002, p. 100, tabl. 67.
1168
Rast & Schaub, 2003a, p. 291-296.
1169
Graesser, 1972, p. 39-44.

282
informations sont complétées par des sources textuelles1170. Dans le cadre domestique,
des massevoth ont été découvertes dans le bâtiment ovale 2020 d’En Esur (fig. 3, pl.
87). Six grandes dalles, en pierres dures, plates, posées de chant ont été retrouvées
plaquées contre la face intérieure du mur est (W60). Elles mesurent près d’un mètre de
haut. Sur le site de Horvat Ptora, au Bronze ancien I, certains murs des bâtiments 4000
et 6000 sont composés d’une rangée de dalles de pierres taillées posées de chant, côte à
côte1171. Ce mode de construction utilisant des monolithes rappelle la situation
rencontrée dans les grands halls, à usage apparemment non domestique d’Hartuv1172.
Une pierre dressée a aussi été dégagée dans l’espace 758 du chantier G de Tel
Yarmouth (BA III). La pièce est la plus petite pièce du secteur, elle mesure 1,65 m2. Il
semble qu’elle ne soit accessible qu’à partir de l’espace 745, au moyen d’une petite
marche. La stèle trouvée renversée sur le sol dallé est de forme trapézoïdale1173. P. de
Miroschedji suggère qu’il s’agit d’un autel domestique1174.

Ainsi, l’évocation des cultes domestiques reste très difficile, surtout à travers de
si maigres indices. C’est surtout la présence des pierres dressées qui parait l’approche la
plus intéressante en ce qui concerne le culte domestique, car elles ont fait l’objet d’un
culte plurimillénaire au Proche-Orient. Cependant, il n’est pas toujours évident de faire
la différence entre une pierre dressée symbolique et une simple technique de
construction utilisant des monolithes. Néanmoins, une stèle trouvée isolée ne peut pas
être considérée comme ayant une utilité architecturale.

Enfin, les études archéologiques et ethnoarchéologiques semblent montrer qu’il


y avait très rarement des secteurs religieux dans les palais.

65  
Dans quelque scas rares, certaines habitations peuvent servir de zone de
sépulture après leur abandon. Ainsi, les habitats troglodytiques, connaissent pour la
plupart une succession d’occupation domestique et funéraire. De ce fait, la grotte de
Horvat Tinshemet a d’abord eu une fonction funéraire, puis un usage domestique, les
deux durant le Bronze ancien IB1175, alors que les grottes de Gezer et de Lachish, n’ont
été réutilisées comme lieu d’inhumation qu’au Bronze moyen1176. Cette succession
d’usages résulte certainement de l’aspect pratique et symbolique de la grotte. D’autres
sites composés de maisons construites ont été réemployés comme zone d’inhumation.
1170
Graesser, 1972, p. 34-36.
1171
Milevski & Baumgarten, 2009.
1172
Mazar & Miroschedji, 1996, p. 9-10, fig. 7A.
1173
Dimensions : 0,80 m de hauteur, largeur à la base : 0,45 m, largeur au sommet : 0,20 m, épaisseur :
0,7 à 0,10 m (archives de la mission de Tel Yarmouth).
1174
Communication personelle de P. de Miroschedji.
1175
van den Brink & Grosinger, 2004, p. 83-85.
1176
Dever, Lance & Wright, 1970, p. 20-30.

283
C’est le cas notamment de Sidon-Dakerman, à la fin du 4ème millénaire où à l’intérieur
des maisons ou à proximité, une dizaine de tombes d’adultes placés dans des jarres et
sans mobilier funéraire ont été retrouvées. Pour R. Saidah, le faible nombre de tombes,
l’absence de squelettes d’enfants et les conditions stratigraphiques indiquent que ces
inhumations ont eu lieu très peu de temps après l’abandon du site1177. En Palestine, un
même type de réemploi directement après la fin de l’occupation villageoise a été
identifié à Nizzanim. Sur ce petit établissement (0,97 ha) des petits bouts d’architecture
datés du Bronze ancien IA ont été fouillés et dessous trois sépultures d’enfants placées
dans des jarres de stockage ont été dégagées (sépultures 129, 135, 155). Les deux types
d’occupation ne sont pas contemporains, mais ils appartiennent au même niveau 3
(BA IA). Elles ont toutes été retrouvées dans un tout petit secteur de 1 x 1,50 m1178. Le
site d’Ashkelon-Barnea, fut également réemployé à la toute fin du Bronze ancien IA
(niv. II), comme une zone d’inhumation. Les murs et les maisons des chantiers G, H, K,
L, M et B après la fin de leur usage domestique ou artisanal, abritent des sépultures
d’enfants déposées dans des tessons de céramique (jarre sans col, jarre)1179.

Néanmoins, quelques cas de contemporanéité entre l’occupation domestique et


funéraire sont également attestés, mais uniquement au Bronze ancien I. Tous les
exemples concernent des inhumations d’enfants à l’exception d’une à Tel Kabri (niv.
11). En effet, la sépulture n° 1105 est celle d’un homme d’environ 35-40 ans1180. Toutes
les autres sépultures retrouvées sous le sol des maisons concernent des enfants, le plus
souvent placés dans des tessons de céramiques. Cette pratique a été identifiée
ponctuellement sur une vaste étendue géographique, de Tel Teo à Ashkelon-
Barnea (pl. 43) :

• À Tel Teo, sous le sol du bâtiment 557 (fig. 2, pl. 146), deux sépultures
d’enfants déposées dans des jarres ont été dégagées : une sous le sol (sépulture
B2) et la seconde sous le mur W646 (sépulture B3). Dans la sépulture B3, la
céramique utilisée était une jarre sans col recouverte par une autre jarre. Sous les
dalles de l’abside de la maison 525, les os étaient placés dans une jarre sans
base1181.

• À Tel Kabri, une jarre funéraire (tombe 1095) a été retrouvée à proximité de la
maison ovale 1118 (BA IA). La sépulture était celle d’un enfant d’environ 6 ans
placé dans une grande jarre de stockage cassée. Niveau 9, dans la maison 977,
une jarre funéraire (tombe 1046) a été retrouvée sous le sol. La jarre comprenait

1177
Saidah, 1979, p. 42.
1178
Yekutieli & Gophna, 1994, p. 166-167.
1179
Golani, 2007, fig. 6, 9, 11-14, 18, 25-27, 34, 37, 38.
1180
Kempinski, 2002, p. 21.
1181
Eisenberg & al., 2001, p. 39-46.

284
les inhumations de trois enfants : le premier âgé d’environ 3 ans, le deuxième
d’environ un an et le dernier de moins d’un an. Dans la maison 1057, une jarre
funéraire (tombe 1107) a été trouvée dans le remplissage situé sous le mur
W10181182. Les crânes de deux enfants ont été retrouvés à l’intérieur, le premier
âgé d’environ 2 ans et le second d’environ 6 ans.

• À En Esur, sous le sol de la maison ovale, chantier G, un pithos a été dégagé. À


l’intérieur se trouvait une jarre sans col complète qui contenait le squelette d’un
jeune enfant avec près de sa tête une petite cruche et une bouteille1183.

• À Jebel Mutawwaq, la maison 81 est une des très rares maisons à avoir été
fouillée (fig. 3, pl. 127). Des vases contenant des os d’enfants se trouvaient sous
le sol du corridor, près des murs. Ils étaient recouverts d’une fine couche de terre
et de cailloux. Une des jarres, décorée de larges bandes, contenait les os d’un
nouveau-né. Les autres vases contenaient des os d’enfants un peu plus âgés1184.

• À Afridar, deux jarres funéraires se trouvaient sous les vestiges du niveau 2,


juste au dessus du rocher (loci 36, 49). Le contexte stratigraphique du dépôt
n’est pas claire et ne permet pas de déterminer si elles sont antérieures à
l’occupation du Bronze ancien I, si elles ont été déposées avant la construction
des maisons Bronze ancien I ou si une fosse a été creusée pour les enterrer
pendant l’occupation des maisons. Les inhumations secondaires étaient déposées
sur des tessons issus de bases et de panses de vaisselles de stockage.

Récapitulatif :

1182
Kempinski, 2002, p. 23-24.
1183
Yannai, 2006, p. 58.
1184
Fernandez-Tresguerres Velasco, 2005, p. 371.

285
Site Tombe Age Localisation Mode Contemporanéité Remarques
/ locus exacte d’inhumation avec les vestiges
sus-jacents

Afridar 36 - Bases et Contemporanéité


tessons de peu claire
panse de
vaisselle de
stockage
49 - Bases et Contemporanéité
tessons de peu claire
panse de
vaisselle de
stockage
Ashkelon- - Sous un mur Jarre sans col Contemporanéité
Barnea du bâtiment peu claire
chantier. G
- Chantier H - Contemporanéité Nombreuses
peu claire sépultures
sous le sol
- Chantier K Jarres avec ou Pas contemporain
sans col ou de l’occupation du
petites cistes chantier
en briques
- Sous un mur - Pas contemporain
du chantier L de l’occupation du
chantier
- Chantier M Grands tessons Contemporanéité
peu claire
- Chantier B 7 cas dans des Pas contemporain Zone
jarres de de l’occupation d’inhumation
stockage, d’enfants
2 cas
recouverts de
gros tessons
En Esur - Sous le sol Jarre sans col Contemporain de Près de la
de maison complète la maison tête une
chantier G contenue dans petite cruche
un pithos et une
bouteille
Jebel Fœtus ou Sous le sol Jarre Contemporain de La jarre était
Mutawwaq nouveau- du corridor la maison décorée de
né de la maison larges
81 bandes
- Sous le sol - Contemporain de Plusieurs os
du corridor la maison d’enfants,
de la maison nombre de
81 vases
indéterminé
Kabri, Tel Tombe 6 ans Près de la Grande jarre Contemporain de
1095 maison 1118 de stockage la maison
cassée
Tombe 3, 1, Sous le sol Jarre Contemporain de Jarre
1046 moins de la maison la maison contenant 3
d’un an 977 inhumations
1107 2 et 6 Remplissage Jarre Contemporain de Jarre
ans sous le mur la maison contenant les
1018 de la crânes de 2
maison 1057 enfants

286
Nizzanim 129 - Jarre de Pas contemporain 129, 135 et
stockage de l’architecture 155 dans un
mais du BAIA périmètre de
1,5 m2
135 - Jarre de Pas contemporain
stockage de l’architecture
mais du BAIA
155 - Jarre de Pas contemporain
stockage de l’architecture
mais du BAIA
Teo, Tel B2 - Sous le sol Jarre Contemporain de B2 et B3
bâtiment 557 la maison sous le sol
du même
bâtiment 557
B3 - Sous le mur Deux jarres Contemporain de B2 et B3
646 bâtiment imbriquées la maison sous le sol
557 du bât. 557
- Sous l’abside Jarre retrouvée Contemporain de
du bât. 525 sans base la maison
Tabl. 23 : Les tombes en jarre sous les maisons au Bronze ancien I

Au total, près d’une dizaine de mentions de sépultures secondaires, en jarre, de


jeunes enfants ont été identifiées. Parfois tout le squelette était placé dans la jarre et
parfois seuls quelques éléments, comme pour la tombe 1107 de Tel Kabri qui contenait
les crânes de deux enfants ou les vases de la maison 81 de Jebel Mutawwaq qui
contenaient plusieurs os, d’un ou de plusieurs individus. Il y a peu d’indications sur
l’âge des inhumés. Les sept âges mentionnés s’échelonnent de nouveau-né à 6 ans. Il y a
peu de détails sur les jarres qui contenaient les inhumations, mais pour certaines, il est
précisé que sont des vaisselles de stockage, des jarres avec ou sans col ou des pithoi.
Une des jarres de Jebel Mutawwaq était décorée de larges bandes et à En Esur, la jarre
complète était contenue dans un pithos. De même, dans le cas de la tombe B3 de Tel
Teo, deux jarres étaient imbriquées. Seul un cas de dépôt funéraire a été observé, à
En Esur, avec le placement, près de la tête de l’enfant d’une petite cruche et d’une
bouteille. Dans certains cas, la céramique a été retrouvée complète, comme à En Esur
ou à Tel Teo, et dans d’autre cas, les corps reposaient dans des grands tessons de panse
ou de fond de jarre.

Au Bronze ancien, l’inhumation d’enfants en jarre semble liée uniquement aux


populations habitant des maisons à double abside. Cependant, la coutume funéraire de
l’enterrement sous le sol des maisons est loin d’être nouvelle au Levant. Les premières
attestations en Palestine remontent au Néolithique, dans des sites liés à la culture de
Wadi Rabah. Pour A. Gopher, le commencement de cette pratique marque un
changement d’attitude envers les nouveaux-nés, car l’utilisation de ces premières
céramiques pour des inhumations revêt un caractère symbolique. Il y a une
transformation de leur statut1185. En outre, un exemple exceptionnel, plus ancien

1185
Gopher, 1995, p. 220.

287
(PPNB) permet d’illustrer également le rôle de la maison comme lieu de sépulture pour
des jeunes enfants. Ainsi, à Tell Aswad en Syrie, une des briques utilisée dans la
construction d’un mur de maison contenait le squelette complet et en connexion d’un
nouveau-né âgé d’environ 0-1 mois1186.

En Palestine, la pratique se poursuit au Chalcolithique, mais pas avec des


sépultures de jeunes enfants. Ainsi, à Tel Teo trois sépultures1187 ont été dégagées sous
le sol d’une maison barlongue1188 et sur le site de Teleilat el-Ghassul, de nombreuses
tombes d’enfants se trouvaient sous le sol des maisons. Une partie de ces inhumations
étaient primaires (le corps en position contracté sur le côté droit) et les autres étaient
secondaires (le corps placé dans des jarres)1189. Des traditions anciennes existaient aussi
dans le Levant nord, comme à Byblos, où à l’Énéolithique récent, les inhumations en
jarre étaient pratiquées dans la zone habitée, sous ou à côté, des maisons. À la période
proto-urbaine les habitats deviennent rectangulaires et la coutume des inhumations en
jarre dans le site disparaît1190. Encore plus au nord, la tradition des tombes d’enfant en
jarre est aussi attestée dans des sites anatoliens du Chalcolithique récent comme
Hacinebi Tepe. Cependant, au Levant sud la tradition des sépultures d’enfants en jarre
n’a pas de suite au Bronze ancien. Elle ne réapparaît que beaucoup plus tard, vers la fin
du 1er millénaire, comme à Pétra1191.

En conclusion, à l’exception des sépultures de nouveaux-nés et de jeunes


enfants, la maison palestinienne du Bronze ancien n’est jamais utilisée comme zone
d’enterrement. De plus, les cas de maisons ayant servi de sépulture se limitent aux
maisons ovales. Cette pratique est donc rare au Bronze ancien, mais elle réapparaît
épisodiquement.

1186
Stordeur, 2010.
1187
Un enfant d’une dizaine d’année, celle d’une femme d’une cinquantaine d’année et le crâne et la
mandibule d’un autre adulte.
1188
Eisenberg & al., 2001, p. 27-30.
1189
Mallon, Koeppel & Neuville, 1934, pl. 25.
1190
Dunand, 1958, p. 43.
1191
Perry & Joukowsky, 2006, p. 173-174.

288
- D    " %
Avant de conclure sur les fonctions de l’espace domestique, il nous reste à
aborder la question des zones qui n’ont justement plus d’usage ou plus précisément qui
sont devenues hors d’usage.

Dans les zones peu densément construites, les zones de dépôt se trouvent à
proximité du site d’habitation, comme à ‘En Besor où des fosses à déchets ont été
retrouvées tout près du bâtiment A1192. À Tel Teo, c’est l’espace au sud du canal, L 547,
entre les bâtiments 557 et 542, qui a été trouvé rempli de tessons. Il a dû servir de
décharge avant d’être recouvert d’une couche de 0,10 m d’argile et de graviers (fig. 2,
pl. 146)1193.

Dans les zones urbaines, les constructions sont plus denses. Les zones de rebut
peuvent se trouver entre les habitations. Par exemple, au niveau 7 de Beth Yerah, les
vestiges présentent une distribution très particulière du matériel archéologique, certaines
pièces en contiennent de grandes quantités (EY 150, EY 161, EY 160, EY 575) alors
que d’autres sont pratiquement vides, comme la pièce centrale (fig. 1, pl. 78). L’analyse
stratigraphique de la transition avec le niveau 6 (fig. 2, pl. 78) suggère que la
distribution différentielle pourrait être le résultat de différences de préservation lors de
la transition 7-6. Alors que la pièce centrale et ses abords à l’est et au nord restent en
usage, les zones à l’ouest et au sud sont temporairement abandonnées et la quantité de
matériel archéologique trouvé indique que la zone est celle où les débris du niveau 7
(vieux pots, fragments de briques, restes organiques) sont jetés1194. Un tel processus est
typique des zones densément construites. Dans le quartier G de Tel Yarmouth, c’est
l’agglutination progressive des constructions et les modifications des circulations qui
semblent créer des espaces « morts », trop petits pour servir et probablement
abandonnés ou servant de zone de déchets. À Khirbet ez-Zeraqun, dans la ville basse, la
zone B5 a servi de décharge (fig. 1, pl. 163). De plus, l’analyse des tableaux de
céramique de H. Genz montre que dans le bâtiment B1.2, l’espace le plus fourni en
céramique est le corridor central (R5/ R9). Il devait servir de zone d’activités et sans
doute également de zone de décharge lorsque que les pièces étaient nettoyées1195.

En conclusion, cette étude des principales fonctions des habitats du Bronze


ancien nous a permis d’aborder de nombreuses problématiques, comme les types
d’activités pratiquées, leur relation avec des activités plus spécifiques comme les

1192
Gophna, 1993a, p. 393-395.
1193
Eisenberg & al., 2001, p. 39-46.
1194
Greenberg & alii, 2006, fig. 8.27-8.29, 8.79.
1195
Genz, 2002, p. 99, tabl. 66.

289
activités artisanales, funéraires ou religieuses. Mais une étude complète de ces
interrogations nécessiterait d’avoir recours à plus de vestiges de la culture matériel en
complément de l’étude de l’architecture. Cependant, cela nous a quand même permis de
mettre en avant le fait que la majorité des activités quotidiennes : préparation des repas,
couchage, activités artisanales se déroulaient dans une seule pièce et que la plupart des
possessions de la famille y étaient stockées. Quand la maison devient pluricellulaire, les
pièces annexes sont essentiellement réservées au rangement et au stockage. Les cours
sont aussi des zones à usages multiples. Néanmoins, certains aspects de la maison
restent encore difficiles à cerner, comme tout ce qui a trait au cultuel ; même si l’étude
des tombes à jarres, nous a quand même permis d’en aborder un aspect. Enfin, les
études ethnoarchéologiques nous rappellent que les pièces peuvent changer de fonction
au cours de leur occupation. Des pièces à vivre peuvent devenir des étables, des cuisines
en ruine deviennent des salles de stockage du foin1196.

Enfin, certaines fonctions repérées par J.-C. Margueron dans le palais de Mari,
ou par O. Aurenche dans les palais plus récents, ont dû exister dans les palais du Levant
sud, mais sont pratiquement impossibles à identifier. C’est le cas des salles de bain qui
sont en général au rez-de-chaussée, souvent à proximité des cuisines, en Syrie, ou
parfois des secteurs d’habitation, à Dubaï. À Bagdad, comme pendant la période
antique, il n’y a pas d’adduction d’eau générale, l’eau est livrée par porteur et elle est
conservée dans des jarres en terre placées dans des niches orientées au nord. On peut
quand même évoquer le cas d’une installation énigmatique retrouvée dans le locus 1626
du palais de Tel Yarmouth. P. de Miroschedji l’a décrite comme « une grande cuve
construite, à fond dallé, dont l’intérieur et l’extérieur sont entièrement recouverts par
une épaisse couche de chaux »1197. Connaissant les propriétés imperméables de la
chaux, cette cuve a pu être utilisée en lien avec de l’eau. Les palais devaient aussi
contenir des communs. Dans les palais actuels, le logement du personnel affecté à
chacune des fonctions est localisé dans le secteur du bâtiment où s’exerce sa fonction :
le logement du portier près de la porte, le personnel des cuisines loge près des cuisines.

1196
Kamp, 2000, p. 91.
1197
Miroschedji, 1993a, p. 840.

290
4 ) 
Dans cette partie consacrée à l’étude typologique, nous nous sommes attachés à
décrire les différents types de vestiges architecturaux présents sur les sites du Bronze
ancien, à la fois dans les villages et dans les villes. Dans un premier temps, l’étude a
porté sur l’élaboration d’une typologie des plans utilisés dans l’architecture domestique.
Cette typologie se fonde sur la forme extérieure (sans forme, rond, ovale, rectangulaire)
et sur la complexité du plan. Ainsi, malgré leur forme qui reprend les données
naturelles, les grottes sont aménagées comme tout autre type de maison et elles ne
constituent pas des habitats frustres. Dans le cas des maisons rondes, leur plan est
héritier direct de la Préhistoire. Le cas des maisons ovales ou à double abside est plus
particulier car ce sont des maisons qui ne sont construites qu’au Bronze ancien I au
Levant sud, d’après un modèle qui semble provenir de la côte libanaise. Enfin, la grande
majorité des maisons construites au Bronze ancien sont de plan rectangulaire.
Cependant, le plan rectangulaire n’est pas une tradition architecturale en soit. Il
recouvre différentes traditions et coutumes, certaines héritières des plans du
Chalcolithique comme le plan barlong. De plus, pour A. Ben-Tor, il existe un parallèle
évident entre le plan barlong utilisé à des fins domestiques et le plan utilisé pour la
réalisation de sanctuaires comme les temples de Megiddo1198 ou le temple du Bronze
ancien II de l’Acropole d’Ai, mais aussi les tombes collectives de Bâb edh-Dhrâ’ au
Bronze ancien II et III1199. L’étendue de l’utilisation de ce plan à l’architecture
religieuse et funéraire tendrait à prouver son origine indigène.

Dans les villages et dans les villes, le plan rectangulaire monocellulaire est
utilisé dans des sites densément construits. Il est parfaitement adapté à un tissu urbain
qui se densifie, car son plan est modulable selon l’espace disponible et il peut
facilement être agrandi. Le plus souvent, les habitats sont monocellulaires avec des
pièces dont la superficie est inférieure à 20 m2, sans doute en raison des limites des
techniques de couverture utilisées. Mais il y a quelques cas de maisons pluricellulaires
au Bronze ancien. L’interprétation de ces grandes maisons reste problématique car peu
de matériel a été retrouvé à l’intérieur et les matériaux et techniques de construction
employés sont les mêmes que pour les maisons monocellulaires. Il est difficile de
distinguer si leurs grandes dimensions reflètent la présence d’une famille élargie ou
d’une famille au statut social plus élevé. Selon une étude menée par C. Kramer dans un
village iranien, les dimensions des habitats – surface couverte et surface non couverte –
est directement en relation avec la richesse de la famille qui est elle-même liée à la

1198
Aharoni, 1993, p. 1004-1006 ; Loud, 1948.
1199
Ben-Tor, 1992a, p. 64

291
possession de terres1200. La présence de plusieurs grandes maisons semble démontrer
l’existence d’une élite au statut social plus élevé.

Dans un deuxième temps, l’étude a porté sur l’architecture monumentale, même


si une certaine marge d’incertitude entoure la définition d’architecture monumentale.
Dans l’usage, selon A. Emery, il est courant d’opposer la désignation d’un type de bâti
par sa nature (domestique) et l’autre par des critères morphologiques (monumentalité).
Quelques attestations exceptionnelles sont clairement identifiables, mais certains cas
intermédiaires sont parfois plus difficiles à qualifier, notamment en raison du caractère
relatif des critères de monumentalité qui n’impliquent pas forcement une nette
différence de dimensions1201. Ainsi, très peu de palais ont été identifiés avec certitude au
Bronze ancien. Le palais se différencie du reste de l’habitat par ses dimensions
considérables et la complexité de son plan. Des solutions techniques spécifiques sont
inaugurées pour répondre aux problèmes de l’organisation de l’espace à des fins
d’habitat de prestige, mais aussi de lieux de gestion et de stockage. Selon J.-
C. Margueron, on ne construit pas un tel bâtiment sans un réel apprentissage de « l’art
de bâtir », ni sans connaître les principes d’articulation des différentes composantes
d’un monument complexe, ni sans être en possession des techniques capables de mettre
en œuvre un bâtiment à étages1202. La question se pose alors de savoir d’où provenaient
de telles connaissances et de tels artisans. Deux solutions peuvent être envisagées, soit
faire venir des spécialistes d’une région qui savait pratiquer l’architecture monumentale,
comme la Mésopotamie ou l’Égypte, soit il existait déjà une tradition architecturale
levantine et les maîtres d’œuvre du palais avaient déjà exercé leurs compétences dans
d’autres constructions pas encore mises au jour.

Les palais, tout comme le Bâtiment aux cercles de Beth Yerah, se distinguent
nettement du reste des constructions par leur monumentalité, ce qui n’est pas toujours le
cas des temples. Dans une société sans écriture, il est très difficile d’identifier avec
certitude des bâtiments religieux. L’identification d’un temple ne peut se faire qu’à
travers la réunion d’un faisceau de critères tels la présence d’un plan barlong, de plate-
forme/autel, de bases monumentales et surtout d’un temenos. Au final, très peu de
bâtiments répondent à ces critères. Ils ont notamment été identifiés à Megiddo, Ai et
Khirbet ez-Zeraqun. Ces temples sont bâtis selon deux plans types : d’un côté, le plan
barlong héritier direct de la tradition chalcolithique et d’un autre côté, le plan à antes, à
partir de la seconde moitié du 3ème millénaire. Ce dernier trouve des parallèles à Byblos
et dans quelques sites syriens. Ces temples comme les palais sont souvent installés dans
des positions élevées d’un point de vue topographique et dans certains cas, ils sont
intégrés dans de véritables quartiers monumentaux. Ainsi, à Khirbet ez-Zeraqun, la ville

1200
Kramer, 1979, p. 139-163.
1201
Emery, 2007, p. 28.
1202
Margueron, 1997a, p. 200.

292
haute renferme une zone cultuelle et une zone palatiale, séparées par une rue1203. De
même, à Megiddo, la zone palatiale jouxte également la zone des temples. Cependant, à
l’inverse des temples, les palais n’ont pas de plan type, leur forme dépend directement
de l’espace disponible. Comme cette forme architecturale apparaît au Bronze ancien,
elle n’a pas besoin de se conformer à des canons précis, ni à des traditions anciennes,
comme c’est le cas pour les temples dont les plans sont plus standardisés. Néanmoins,
tous les bâtiments relevant de l’architecture monumentale partagent de nombreux points
communs. Tous emploient des matériaux de construction rares (basalte, briques
spécifiques, revêtements de pierre) et des techniques de construction qui ne sont pas
présentes dans l’architecture domestique (unités de mesure, angles droits, planification,
pierres taillées). Tous ont peu d’entrées, et l’entrée principale est particulièrement
monumentale (marches, porche à antes). Enfin, ils se distinguent dans le tissu urbain en
raison de leurs grandes dimensions.

Enfin, ont été abordées les questions des activités pratiquées dans les différents
types d’architecture. Certains éléments comme les aménagements internes, la qualité
des sols, les bases de piliers ou les objets retrouvés in situ permettent de retrouver les
différentes utilisations des pièces. Ainsi, peu d’habitats comportent une pièce de cuisine
séparée. En général, la pièce principale abrite en même temps les fonctions de repos, de
réception et de cuisine. Dans la plupart des sites du Bronze ancien, l’espace servant à la
préparation et à la consommation des repas se situe dans la pièce à vivre bien que la
préparation des repas puisse aussi s’effectuer dans la cour. Plusieurs éléments
permettent d’identifier les zones de stockage, comme la qualité du sol, la présence d’une
couverture, de céramiques retrouvées in situ, de restes organiques ou d’aménagements
internes. Les céramiques servant au stockage des denrées alimentaires sont
essentiellement des formes fermées par opposition aux formes ouvertes qui servent
plutôt à la consommation de la nourriture. Tous les habitats possèdent une zone, une
installation ou une pièce de stockage. La maison a aussi été le lieu de production
artisanale type textile, bijoux, céramiques et outils en silex et en métal. Cependant,
certaines productions comme la métallurgie restent très rares et limitées à une petite
zone géographique. En effet, les sites contenant des zones de fonte sont limités au sud
de la Plaine côtière et au nord du Néguev et ils datent tous du Bronze ancien I.

1203
Genz, 2002, p. 94-101.

293
294
  

.--- --

295
En s’interrogeant sur les paramètres influençant l’architecture, les
problématiques semblent radicalement différentes selon que l’intérêt porte sur les
maisons ou sur les constructions monumentales. En effet, selon D. Sanders, sept
facteurs déterminent la forme et l’usage des bâtiments : le climat, la topographie, les
matériaux disponibles, le niveau d’avancement technologique, les ressources
économiques disponibles, la fonction et les conventions culturelles1204. Chacun de ces
sept facteurs peut agir afin de modifier le degré d’influence de tous les autres. Ils
peuvent être regroupés en trois catégories selon qu’ils sont déterminés par la Nature,
flexibles ou conditionnés par la culture. Ils sont résumés dans le tableau ci-dessous :

Déterminés par la Nature Flexibles Déterminés par la culture


Climat Matériaux disponibles Fonction
Topographie Niveau de technologie Conventions culturelles
Ressources économiques
Tabl. 24 : Les sept critères déterminants de l’environnement bâti d’après D. Sanders1205

Ainsi, aux époques protohistoriques, les conditions environnementales (climat,


topographie, etc.) restent primordiales mais, dans certaines situations, comme lors de la
construction d’architecture monumentale, ils peuvent devenir secondaires. Le deuxième
type de critères évoqués concerne ceux qui regroupent des notions comme la
disponibilité des matériaux, les ressources économiques (temps, financement, énergie
humaine et mécanique) et le niveau technologique de la société. Ces facteurs sont
flexibles parce que leur degré d’influence varie, même dans des conditions
environnementales stables. Là encore nous avons pu caractériser dans le paragraphe
consacré aux techniques de construction, les différences qui existaient entre les
techniques employées dans l’architecture domestique et monumentale. Enfin, la
dernière catégorie de critères regroupe les facteurs déterminés par la culture, comme la
fonction du bâtiment et les conventions culturelles. Selon D. Sanders, les archéologues
ont généralement tendance à privilégier les facteurs naturels et flexibles au détriment
des facteurs culturels qui sont pourtant, selon lui, primordiaux.

1204
Sanders, 1990, p. 44-48.
1205
Sanders, 1990, tabl. 5.1, p. 44.

296
Nous allons tenter de suivre cette démarche en analysant successivement, les
liens entre architecture conditions environnenmentales, ressources économique, niveaux
de technologie, fonction des construction et conventions culturelles. Cependant, comme
ces catégories se recoupent et sont liées, nous étudierons successivement les traditions
culturelles, environnementales, puis sociétales.

 &         


  
Lorsque l’on emploi le terme de « culture », on cherche un moyen d’identifier
des groupes humains distincts. Cependant il faut bien garder à l’esprit que les sociétés
protohistoriques ne sont pas composées de cultures homogènes, aux frontières bien
établies et stables. Ainsi, M. Jasmin rappelle que « l’homogénéité des cultures est un
leurre. Les groupes ethniques ne peuvent pas faire l’objet d’une stricte adéquation avec
les cultures archéologiques repérées »1206. De ce fait, mis à part quelques exemples
exceptionnels, rechercher la corrélation entre traditions culturelles et architecturales
reste une démarche périlleuse.

   ! D 


Aborder la question des traditions culturelles de populations sans écriture reste
un procédé ardu car nombre d’hypothèses reposent essentiellement sur des données
issues des typologies céramiques. Or, on imagine aisément les dangers d’une
démonstration basée exclusivement sur des artefacts qui ont pu faire l’objet d’imitations
ou d’échanges, parfois sur de longues distances. De plus, aborder la question de
l’existence éventuelle de plusieurs cultures contemporaines au Levant méridional,
conduit à s’interroger sur l’ethnicité des populations1207. C’est une question
archéologique complexe, mais qu’il paraît impossible d’ignorer : les particularismes
régionaux reflètent-ils la présence de populations distinctes ? Selon P. de Miroschedji,
dans quelques cas précis, comme celui du rôle de l’Égypte, il ne faut pas rejeter
complètement l’explication ethnique dans les changements culturels1208. Cependant, en
se basant du point de vue architectural, la situation est plus complexe que pour la
céramique. Il peut arriver que l’architecture recoupe les données de la céramique, mais
l’inverse peut aussi se présenter.

1206
Jasmin, 2006, p. 41.
1207
Ilan, 2001, p. 317.
1208
Miroschedji, 1986, p. 11.

297
Afin de faire un point sur ces questions, nous présenterons, dans un premier
temps, la question de l’influence égyptienne, puis dans un deuxième temps celle de
Byblos.

# &  "*%4& 


L’existence d’échanges entre la sphère égyptienne et Levant sud n’est pas
nouvelle au Bronze ancien. Dés le milieu du 4ème millénaire avant notre ère, la présence
de populations palestiniennes avait été identifiée dans des sites de la Basse Égypte, à
l’époque de Maadi. Ces relations se poursuivent au Bronze ancien et de nombreux
témoins de la présence égyptienne peuvent être observés en Palestine, surtout dans la
culture matérielle de sites comme Tell es-Sakan1209, ‘En Besor1210, Tel Erani1211, le site
H1212 ou Tel Halif1213. De plus, sur la route reliant l’Égypte au Levant sud, soit près de
200 km de désert dans le nord du Sinaï, des prospections ont révélé l’existence d’une
dizaine de petits sites éphémères. Leur assemblage céramique est composé à 80 % de
poteries d’origine égyptienne (époques prédynastique et première Dynastie) et à 20 %
de céramiques d’origine palestinienne1214.

     "F%4&     


Au Bronze ancien I, P. de Miroschedji a identifié trois grands types de sites en
fonction du niveau de présence de colons égyptiens1215. Ces trois catégories
correspondent à trois zones géographiques distinctes. La première zone est dite zone
égyptienne, car le matériel retrouvé y est composé à 90 % d’artefacts de type égyptien.
C’est le cas de Tell es-Sakan (niveaux 9-6) et de ’En Besor (niveau III), tous deux
localisés dans la région de Gaza ou à sa périphérie immédiate. Néanmoins, bien que leur
assemblage matériel soit identique, leurs fonctions diffèrent. Ainsi, ‘En Besor servait de
poste de relais non fortifié, tandis que Tell es-Sakan était un établissement puissamment
fortifié.

La deuxième zone d’influence et de présence égyptienne concerne les sites dits


« canaanéo-égyptiens ». Ces derniers renferment un pourcentage de matériel égyptien
situé entre 10 et 40 %. Cela témoigne de l'installation sur place de contingents égyptiens
plus ou moins nombreux et en résidence plus ou moins prolongée. Une douzaine de

1209
Miroschedji, 2000a, p. 30-32.
1210
Gophna, 1993a, p. 393.
1211
Kempinski & Gilead, 1991.
1212
Genz, 2003, p. 70.
1213
Seger, 1983b, p. 1-4.
1214
Miroschedji, 1986, p. 21-22.
1215
Miroschedji & alii, 2001, fig. 22.

298
sites de ce genre sont connus à la fin du Bronze ancien IB dans le sud-ouest de la
Palestine, comme Tel Halif, Tel Erani ou Afridar.

La troisième catégorie regroupe les sites complètement palestiniens dans


lesquels figurent, occasionnellement, un ou plusieurs objets égyptiens. Ce sont
généralement des objets de prestige (palettes, vases en pierres dures, pendentifs, sceaux-
cylindres) et quelquefois des poteries. Ces sites se trouvent dans le reste de la
Palestine1216.

 *      


D’un point de vue architectural, l’architecture égyptienne semble se limiter aux
sites égyptiens. Ainsi, il existe de très nombreuses similitudes entre les techniques de
construction employées à ‘En Besor1217, Tell es-Sakan1218 et celles utilisées sur un site
égyptien d’époque prédynastique comme Hiérakonpolis1219. Dans ces trois sites, les
murs sont conçus entièrement en briques crues. Ils ne possèdent ni fondation enterrée, ni
soubassement en pierre. Les briques utilisées ont tendance à être réalisées selon un
format standard de 0,12 x 0,24 m, or ce format de brique très courant en Égypte, n’est
connu sur aucun autre site palestinien. De plus, c’est un des rares cas en Palestine au
Bronze ancien I, d’uniformisation des dimensions des briques à l’échelle d’un site.
Cependant, leurs techniques de construction ne se sont pas diffusées dans le reste de la
Palestine et elles disparaissent à la fin du Bronze ancien I.

Selon P. de Miroschedji, la présence égyptienne était liée à l’émergence


progressive en Égypte d’un pouvoir centralisé avec des besoins en matières premières
palestiniennes (huile d’olive, vin, asphalte). Les sites palestiniens servaient alors de
comptoirs commerciaux, de relais ou d’entrepôts1220.

À partir du Bronze ancien II, la situation change et l’empire égyptien importe les
huiles et les résines dont il a besoin. P. de Miroschedji1221 ainsi que R. Greenberg et E.
Eisenberg – d’après le matériel égyptien retrouvé à Beth Yerah – estiment que ce
commerce était organisé par des égyptiens résidant en Palestine1222. En outre, l’emploi
de la coudée de 0,52 m pourrait signifier l’existence d’une influence architecturale
égytienne au Bronze ancien III, car elle correspond à la coudée royale égyptienne. Cela

1216
Miroschedji & alii, 2001, p. 98-100.
1217
Gophna, 1993a, p. 393-395.
1218
Miroschedji & Sadek, 2000, p. 99.
1219
Spencer, 1979, p. 83.
1220
Miroschedji, 1995b, p. 86.
1221
Miroschedji, Sadek & al., 2001.
1222
Greenberg & Eisenberg, 2002, p. 219-220.

299
signifierait que des savoirs égyptiens spécifiques, liés à l’architecture de prestige,
pourraient avoir été transmis par des spécialistes itinérants.

'"*   
Si les influences égyptiennes sont relativement connues et étudiées, en revanche,
les relations avec les populations situées de l’autre côté des monts du Liban semblent
plus difficiles à appréhender. Et cela, malgré le lien typologique fort qui existe entre les
maisons ovales palestiniennes et celles de Byblos ou de Sidon-Dakerman. Ainsi, si le
plan à double abside est employé au Levant nord au Chalcolithique, en Palestine, il
n’apparaît qu’au Bronze ancien I où sa présence s’accompagne de modifications dans
les assemblages céramiques et lithiques qui marquent le passage à l’Âge du Bronze
ancien.

En Palestine, le plan oval est singulier dans le répertoire typologique du Bronze


ancien. C’est un phénomène architectural très ponctuel dans le temps et l’espace.
Cependant, la culture matérielle des sites concernés n’est pas différente de celle des
sites contemporains environnants. Afin de comprendre ce paradoxe, plusieurs
hypothèses ont été émises. Selon E. Eisenberg, le fouilleur de Tel Teo, ce style
d’architecture représente une réponse à l’effondrement du système Chalcolithique. Il
serait le reflet d’une réorganisation de la société au Bronze ancien I A avec des traits
moins complexes, c’est-à-dire, une société moins hiérarchisée et moins impliquée dans
des échanges à longue distance1223. Mais selon l’hypothèse la plus fréquemment
évoquée, l’apparition de ce nouveau plan serait liée à un déplacement de populations
venues du nord, et notamment de Byblos, où l’architecture ovale est connue
antérieurement1224. Cependant, pour C. Nicolle et M. al-Maqdissi, même si ce type
architectural provient de la côte libanaise, il ne se diffuse pas de façon uniforme. Ils le
qualifient « d’opportuniste », car il s’adapte à son environnement et aux matériaux de
construction disponibles à proximité. Selon eux, ces vestiges architecturaux témoignent
de l’action d’une population qui tout en se déplaçant s’adapte aux contraintes
environnementales, plutôt qu’un modèle architectural diffusé parmi des populations
différentes1225.

Il faut également rappeler l’existence de similitudes dans les pratiques


funéraires. Dans les maisons à double abside palestiniennes et dans celles de Byblos,
l’enterrement d’enfants dans des jarres placées sous le sol des maisons représentait une
pratique courante qui n’existe dans aucun autre type d’habitats du Bronze ancien. Ainsi,
ce plan possède des spécificités architecturales et d’usage qui en font le reflet d’une

1223
Eisenberg & al., 2001, p. 208-210.
1224
Ben-Tor, 1989, p. 44-46.
1225
Nicolle & Maqdissi, 2006, p. 134.

300
population donnée. Le choix de concevoir et de réaliser un plan de forme ovale résulte
d’une intention. De plus, ce type de maison ne réapparaît pas en Palestine, il est donc
issu de choix entièrement culturels.

La question de l’influence du Levant nord et surtout de Byblos est également au


cœur de l’étude des maisons de plan rectangulaire à angles arrondis. Pour rappel, les
plus anciens exemples de maisons à angles arrondis à l’extérieur et droit à l’intérieur ont
été retrouvés à Byblos (fig. 2, pl. 81). Ils appartiennent au niveau Enéolithique ancien
(niveau IIA)1226 où ils sont antérieurs à l’apparition des maisons de plan absidal ou rond.
Ainsi, les premiers exemplaires de ce plan apparaissent dès le cinquième millénaire sur
la côte libanaise et seulement au troisième millénaire, en Palestine. Là, les maisons sont
présentent majoritairement autour de la vallée de la Jezréel, mais aussi plus au sud sur
les sites d’Afek et d’Ai1227. Les maisons à angles arrondis se situent toujours à côté de
maisons de plans différents comme à Tel Qashish1228, Megiddo1229, Tell Um Hammad
(fig. 1, pl. 99)1230, Tel Megadim1231, En Esur (fig. 2, 3, pl. 88)1232, Qiryat Ata1233,
Tel Kitan1234 et Ashkelon-Barnea1235. Des attestations existent aussi au Bronze ancien
II, dans les sites fortifiés comme à Megiddo1236, Aphek1237, Meona1238 ou Ai1239. Enfin,
selon S. Zuckerman, il y a un lien direct entre l’apparition des maisons aux angles
arrondis seulement à l’extérieur, avec celle de la céramique grise lustrée1240
(Grey Burnished Ware) qui est présente sur tous les sites étudiés à l’exception de Tel
Kitan. Ces maisons et cette céramique représenteraient une tradition culturelle
spécifique originaire de la Jezréel1241. Cependant, comme nous l’avons vu
précédemment, la présence de ces angles arrondis s’explique sans doute par un choix du
constructeur1242. De même, en ce qui concerne les analogies céramiques il n’y a pas de
certitudes absolues quand à l’origine étrangère de la céramique grise lustrée
palestinienne. Ainsi, selon P. de Miroschedji, elle pourrait trouver son origine dans des
prototypes locaux comme la céramique sombre à surface lustrée (Dark-Faced

1226
Dunand, 1950, p. 588 ; 1973, p. 169, pl. I.
1227
Zuckerman, 2003, p. 33-34.
1228
Zuckerman, 2003, p. 31, pl. 2.
1229
Zuckerman, 2003, p. 32 ; Bonn, 1976, p. 106-107.
1230
Betts, 1991, p. 36-37, fig. 29.
1231
Golani, 1999, p. 126.
1232
Yannai, 2006, p. 44-46.
1233
Golani & Braun, 1993, p. 99-100.
1234
Eisenberg, 1993a, p. 880-881.
1235
Golani, 2007.
1236
Loud, 1948, fig. 391.
1237
Zuckerman, 2003, p. 33.
1238
Braun, 1996, p. 9.
1239
Wagner, 1972, p. 9-10, fig. 4.
1240
La céramique grise lustrée ou Esdraelon Ware est un marqueur du Bronze ancien I, dans le Nord de la
Palestine (Wright, 1937, p. 42-55).
1241
Zuckerman, 2003, p. 31-33, pl. 2.
1242 ème
2 partie, chapitre I, A, 4, iii.

301
Burnished Ware) datée du 5ème millénaire avant notre ère ou dans les vases en
basalte1243.

Enfin, des similitudes architecturales existent entre Byblos et certains sites


palestiniens, notamment au niveau de l’architecture non-domestique. Ainsi, le plan du
Palais B1 de Tel Yarmouth partage des formules architecturales déjà connues à Byblos,
comme l’usage de redans à usage non défensif (fig. 1, pl. 83). D’autres similitudes
existent dans les traditions architecturales religieuses à travers l’usage commun du plan
à antes et l’utilisation d’ancres en pierre.

Ainsi, les liens culturels entre Byblos et à la Palestine du Bronze ancien


paraissent évidents et abondants, cependant, l’absence de données archéologiques entre
le nord d’Israël et Byblos, soit environ un peu plus de 120 km, à l’exception du site de
Sidon-Dakerman situé environ à mi-distance, implique une vision faussée de la
situation. En effet, l’impression dominante est que Byblos est à l’origine de nombreuses
traditions culturelles et ce dès le Chalcolithique et qu’elles se transmettent d’un seul
coup, plusieurs dizaines de kilomètres plus au sud, sans étapes intermédiaires.

!   " )    


Lors des paragraphes précédents, nous avons tenté de distinguer quelques-unes
des cultures présentes en Palestine au Bronze ancien, qui incluaient des formes
architecturales spécifiques. Définir toutes ces cultures permet de saisir en négatif une
aire de culture locale palestinienne, parfois aussi appellée culture cananéenne. Comme
nous venons de le voir, le recours exclusif à l’architecture domestique ne permet pas
d’identifier les différentes traditions culturelles. Seule la concomitance de plusieurs
facteurs (architecture, céramique, etc.) permet de caractériser la présence d’une culture
distincte, comme pour la culture de Khirbet Kerak.

#G G B@  A&3


L’appellation de culture de Khirbet Kerak fait référence à un type céramique qui
apparaît en Palestine au début du Bronze ancien III sur le site de Khirbet Kerak
(Beth Yerah) où il a été trouvé en grand nombre. Ce type céramique se caractérise par
un répertoire de forme limité, une technique de fabrication non tournée et surtout un
aspect bicolore – rouge et noir – qui rendent cette céramique unique et aisément
reconnaissable. Elle apparaît de manière simultanée en Syrie. L’hypothèse la plus
courante pour expliquer l’introduction de cette céramique est qu’elle a été importée au

1243
Miroschedji, 1986, p. 15-16.

302
Levant sud par des populations venues d’Anatolie orientale et de Transcaucasie. En
effet, de nombreuses études comparatives ont montré les liens typologiques et
technologiques existant entre les différents assemblages1244. Mais qu’en est-il de
l’architecture, est-ce que ces populations en venant s’installer en Palestine amènent
également de nouvelles formes architecturales ?

Lorsque ces populations s’installent à Beth Yerah, après la crise de la fin du


Bronze ancien II, elles s’installent et occupent les secteurs abandonnés du site. Lors de
sa conférence au 6ème ICAANE de Rome en 2008, S. Paz1245 a tenté d’évaluer l’impact
architectural des populations Khirbet Kerak. Tout d’abord, l’étude des plans montre
qu’ils n’ont pas construit de nouvelles maisons. Leur action a porté essentiellement sur
la reconstruction et la réfection des maisons existantes. Ainsi, au niveau 10 du chantier
BS, l’apparition de la céramique de Khirbet Kerak marque une réadaptation des vestiges
architecturaux déjà présents (fig. 1, pl. 76). Selon S. Paz, le fait que ces populations
aient également produit des bâtiments monumentaux et des objets de prestige reflète
l’existence d’un système hiérarchisé.

Cependant, tous les chercheurs ne sont pas d’accord sur le fait que cette nouvelle
céramique reflète l’arrivée de nouvelles populations venues d’Anatolie et d’une
nouvelle culture1246. Selon G. Philip, la céramique Khirbet Kerak fut introduite au
Levant sud pour des besoins locaux spécifiques. Elle résulte de contacts entre le nord et
le sud du Levant1247. Cette théorie se base en partie sur l’absence de nouvelles formes
architecturales, au Bronze ancien III, à Beth Yerah. D’après P. de Miroschedji, ce
nouveau type céramique peut aussi être le produit de potiers originaires du Levant nord.
Son apparition reflèterait seulement des transferts de technologies1248.

Ainsi, du point de vue de l’architecture, aucun indice probant ne permet de


déceler l’apparition de nouvelles populations à Beth Yerah au Bronze ancien III. La
démonstration établie par S. Paz repose sur l’idée que de nouvelles populations peuvent
s’installer dans une ville en ruine, en la reconstruisant à l’identique. Cependant, les
interprétations céramiques de G. Philip et de P. de Miroschedji excluent l’idée de
migrations de populations. Pour eux, ce phénomène reflète le déplacement de quelques
artisans spécialisés. L’absence de nouvelles données architecturales semble confirmer
cette théorie. Cet exemple permet de saisir la complexité des interprétations culturelles.
Même en partant d’un fait archéologiquement connu et largement étudié, comme

1244
Miroschedji, 2006, p. 25-26, avec les références complètes des études.
1245
Conférence de S. Paz au 6ème ICAANE à Rome, 2008.
1246
Charloux, 2006, p. 384-389.
1247
Charloux, 2006, p. 385.
1248
Miroschedji, 2000c, p. 264.

303
l’apparition temporaire d’une céramique aux traits très distinctifs, il n’est pas possible
d’aboutir à la conclusion de la présence d’une culture différente.

'0 )      


En s’interrogeant sur la pertinence de l’explication « culturelle » pour interpréter
l’existence conjointe de plusieurs types architecturaux, le bilan reste mitigé. Pour
certains, le choix représente simplement une histoire de goûts personnels, de commodité
et de confort : chaque type de plan ayant ses avantages et ses inconvénients. Ainsi, selon
Z. Herzog, le plan barlong fournit une meilleure aération et plus de lumière mais
beaucoup moins d’intimité que le plan oblong1249. Néanmoins, d’après la récurrence de
certains plans, il paraît évident que les cultures des groupes humains ont influencé la
forme et le type de leur construction. Comment alors une forme architecturale peut
s’imposer à un groupe parfois peu hiérarchisé et se transmettre ? Rappelons que pour les
maisons, aucun architecte n’intervenait. Il est possible, tout au plus, de supposer
l’existence d’un maçon dont l’intervention se déroulerait au niveau de la mise en œuvre
et pas nécessairement au moment de la conception. O. Aurenche conjecture que dans
certains cas, le maçon puisse par habitude imposer à sa clientèle plus ou moins
consciemment, un modèle dont il n’est pas forcément l’auteur1250. Ainsi, dans le cas
d’une architecture sans architecte, la répétition systématique d’un plan type élaboré
ailleurs est répété par l’utilisateur soit de son propre chef, soit sur la suggestion du
maçon maître-d’œuvre. Dans ce cas, c’est en terme de pression sociologique qu’il faut
raisonner : l’individu adopte un modèle imposé en quelque sorte par le groupe1251.

Le concept de l’habitus, tel qu’envisagé par le sociologue P. Bourdieu, peut


également fournir des pistes pour expliquer la diffusion des plans1252. L’habitus consiste
en un ensemble de dispositions durables, transposables et structurantes, issu de
l’accumulation des expériences de chaque individu au cours sa vie. Cependant, comme
toutes les expériences individuelles sont différentes, l’habitus de chaque individu est
unique. Néanmoins, des conditions d’existence similaires produisent des groupes
d’habitus analogues car les façons d’agir, de penser, de percevoir de chaque individu
tendent à demeurer dans les limites de ce qui est alors perçu comme raisonnable. Elles
sont régies collectivement sans être le produit d’une intervention d’un chef. Pour
P. Bourdieu : « produit de l’histoire, l’habitus produit des pratiques, individuelles et
collectives, donc de l’histoire, conformément aux schèmes engendrés par l’histoire ; il
assure la présence active des expériences passées qui, déposées en chaque organisme
sous la forme de schèmes de perception, de pensée et d’action, tendent plus sûrement

1249
Herzog, 1980, p. 86.
1250
Aurenche, 1984, p. 11-12.
1251
Aurenche, 1984, p. 12.
1252
Bourdieu, 1980.

304
que toutes les règles formelles et toutes les normes explicites, à garantir la conformité
des pratiques et leur constance à travers le temps. »1253. Cela permet d’expliquer la
constance de certains plans, notamment dans les villages et les sites non hiérarchisés,
comme le plan à double abside. En effet, son architecture très particulière n’est pas
nécessairement facile à construire, ni pratique. Sa forme résulte de choix culturels
conscients ou issus d’un habitus.

En résumé, les traditions culturelles, allogènes ou indigènes, ont une influence


sur l’architecture. L’architecture curviligne reflète des phénomènes de migrations de
populations sur un vaste territoire et l’architecture égyptienne, des phénomènes
économiques en relation avec l’apparition d’un nouveau pouvoir fort en Égypte.
Cependant, toutes les cultures ne sont pas forcément matérialisées par des vestiges
architecturaux emblématiques comme c’est le cas à Beth Yerah.

1253
Bourdieu, 1980, p. 88-109.

305
 &   @   
 
Le postulat selon lequel les modes de subsistance sont des facteurs
déterminants agissant sur les types de constructions, a été démontré largement par
K. V. Flannery et O. Aurenche pour les périodes préhistoriques1254. D’une part, ils ont
établi que la maison de plan circulaire précédait la maison de plan rectangulaire. D’autre
part, la maison ronde serait « la forme d’habitat des derniers chasseurs-cueilleurs et la
maison rectangulaire celle des premiers agriculteurs »1255. Cependant, ces constatations
ne sont valables que pour les débuts de l’architecture, jusqu’au Néolithique acéramique.
Dans les périodes postérieures l’architecture associée aux données environnementales
peut fournir des informations sur l’organisation des sociétés.

  @    


Aux périodes protohistoriques, l’économie des populations est en lien direct
avec les données environnementales et climatiques. En Palestine, l’isohyète des 250 mm
de précipitations annuelles délimite trois zones qui ont une influence directe sur les
modes de vie et sur l’économie des populations, entre agriculteur sédentaire et pasteur
nomade.

# D    


L’économie méditerranéenne repose essentiellement sur la pratique de
l’agriculture (céréales, légumineuses), de l’horticulture (vigne, olivier, fruits divers) et
sur l’élevage (moutons, chèvres, bœufs, porcs, ânes). P. de Miroschedji précise que « si
la culture de ces plantes et l’élevage de ces animaux n’est pas nouvelle au Bronze
ancien, c’est en revanche la combinaison de ces éléments et leur développement à un

1254
Flannery, 1972 ; Aurenche, 1981.
1255
Aurenche, 1981, p. 268.

306
niveau élevé qui caractérise l’économie du Bronze ancien »1256. Cette économie va
permettre de meilleurs rendements et donc va pouvoir assurer la subsistance d’une
population sédentaire, de plus en plus nombreuse.

         


D’un point de vue archéologique, la pratique de ce type d’économie peut être
identifiée à la fois dans des villages, comme Yiftahel, En Shadud ou Tel Yaqush
(pl. 148) au Bronze ancien I et dans des sites fortifiés comme Ai, Tel Yarmouth ou
Tell el-Fârǥah, au Bronze ancien II et III. Dans les deux cas, l’ethnoarchéologie nous
permet d’illustrer plus précisément quelques aspects architecturaux des maisons
d’agriculteurs-éleveurs1257. Elles se composent d’une pièce à vivre, d’un espace pour la
cuisine, d’une pièce pour le stockage des biens et des vivres, d’un emplacement pour les
animaux (ânes, vaches, bœufs, taureaux, moutons, chèvres), d’un espace pour le
stockage du combustible (fumier, broussailles), des réserves de grain et de graines, des
outils agricoles, du bois, des jarres de stockage et d’une cour. Cette dernière considérée
indispensable dans les villages n’est pas systématiquement présente lorsque le site est
densément peuplé. Certaines activités peuvent alors se déplacer sur le toit, véritable lieu
de vie. Les maisons plus grandes peuvent posséder plus d’une pièce à vivre, la seconde
pièce pouvant servir pour la réception, à moins qu’elle ne soit requise par une famille
étendue. Les pièces à vivre sont caractérisées par la présence d’un foyer central,
nécessaire pour chauffer en hiver, il peut aussi être remplacé par des braseros portables.
Ces pièces de réception sont souvent blanchies à la chaux et possèdent un meilleur sol
que celui des pièces de stockage.

Les étables et les pièces de stockage pour les éléments volumineux sont toujours
trouvés au niveau du sol. Les grains peuvent être stockés dans des coffres ou dans des
silos enterrés, des puits à grains, des sacs ou des jarres. Des seuils surélevés servent de
protection contre les animaux nuisibles. Les familles aisées possèdent généralement
plus d’un espace de stockage. Enfin, les cuisines – quand il y en a – ne se situent pas
forcément au même endroit que les fours. En effet, ceux-ci peuvent se situer hors de la
maison dans un endroit à l’abri du vent. Il existe des maisons sans four, la famille
cuisine alors dans le foyer situé dans la pièce principale. Parfois, la cuisine peut être
partagée entre les membres d’une famille étendue. Le mode de subsistance étant le
même, ces indications architecturales peuvent s’appliquer à la fois à un habitat de ville
et de village.

La question du type d’économie de subsistance des populations vivant dans les


villages de maisons à double abside reste ouverte. Il peut être basé sur le pastoralisme
1256
Miroschedji, 1989, p. 70.
1257
Holladay, 1997, p. 95.

307
ou sur l’agriculture1258. Selon A. Joffe, les villages étaient gouvernés par une
organisation sociale fondée sur les liens de parenté1259. L’absence de grandes
constructions de stockage et d’installations industrielles, ainsi que le manque de preuves
d’échanges de grande importance suggèrent une économie établie sur l’autarcie et la
subsistance.

"&   B %


Depuis le Néolithique, le stockage de la nourriture est une composante
essentielle de la vie économique et sociale. Aux périodes anciennes, il a contribué
comme la domestication des plantes, à l’avènement du mode de vie sédentaire et à
l’émergence de nouvelles organisations sociales1260. C’est aussi un élément architectural
emblématique du mode de vie méditerranéen. Dans la première partie consacrée à
l’étude archéologique, nous avons vu qu’il revêt des formes extrêmement variées. Il se
pratique à la fois à l’échelle domestique et à l’échelle monumentale, dans les villages et
les villes.

Dans les maisons, le stockage représente la première fonction qui se différencie


nettement du reste des constructions. Il peut être à la fois pratiqué dans des zones
réservées, dans des pièces spéciales ou dans des constructions bâties aux environs. Ce
stockage couvrait les besoins domestiques des maisonnées. Il était complété par un
stockage pratiqué à une échelle supérieure dans des bâtiments spécialisés, peut-être dans
des bâtiments pluricellulaires comme ceux trouvés à Palmahim Quarry, Tel Erani et
Beth Shean.

Au Bronze ancien II, moins d’installations de stockage monumentales ont été


découvertes. Les installations de stockage les plus importantes datent du
Bronze ancien III, dans les palais comme ceux de Khirbet ez-Zeraqun et de Tel
Yarmouth et dans le bâtiment aux cercles de Beth Yerah. Dans les palais, seul le rez-de-
chaussée est préservé et comme l’ont démontrées les études ethnoarchéologiques, c’est
une zone réservée en priorité au stockage1261. En effet, leur localisation permet de les
protéger de la lumière et de l’air qui seraient susceptibles de nuire à la conservation des
denrées entreposées. De plus, les seuils et les couloirs permettent de renforcer cette
protection en limitant et en canalisant les circulations entre les réserves. Dans le Palais
B1 de Tel Yarmouth, près de la moitié des pièces fouillées ont, selon P. de Miroschedji,
servi au stockage1262. Si la capacité de stockage du bâtiment de Zeraqun pouvait ne

1258
Nicolle & Maqdissi, 2006, p. 134.
1259
Joffe, 1993, p. 48.
1260
Kuijt & Finlayson, 2009, p. 10967.
1261
Aurenche, 1985.
1262
Miroschedji, 1999, p. 11.

308
servir qu’à couvrir que les besoins du palais, en revanche la capacité du bâtiment B1
dépasse de loin les besoins du palais.

Deux interprétations possibles quand à l’usage d’une telle superficie de


stockage. D’une part en se fondant sur les exemples syriens, J.-C. Margueron pense que
les biens stockés dans le palais ne sont pas gardés pour de futurs besoins. Ce sont les
salaires qui sont distribués aux personnels dépendants directement du palais1263. D’autre
part, la surface de stockage pouvait également représenter une sorte de grenier servant à
stocker les grains pour les saisons hivernales et pour les années de mauvaises récoltes.
Cependant, l’absence de textes empêche de trancher cette question.

En ce qui concerne le Bâtiment aux cercles de Beth Yerah, la majorité des


interprétations s’accordent pour dire que le bâtiment a servi de grenier collectif et que
les constructions circulaires étaient des silos à grain1264. D’après les estimations de
A. Mazar, si le bâtiment était entièrement utilisé, sa capacité maximale de stockage se
situait autour de 1 700 tonnes de blé ou entre 1 370 et 1 600 tonnes d’orge. En se basant
sur des comparaisons faites avec des données provenant du Proche Orient à la fin du
19ème siècle, il estime que le bâtiment pouvait stocker beaucoup plus de grain que ce que
la ville consommait annuellement. Ainsi, soit le grenier servait à stocker le surplus
produit les bonnes années afin de conserver du grain pour les années de mauvaises
récoltes ; soit le surplus a pu être utilisé comme denrée commerciale pour des échanges
avec d’autres cités, par exemple, lors d’un commerce avec les pasteurs du Golan et des
collines centrales de l’ouest de la Palestine. En effet, les sites de ces régions étaient
habités au Bronze ancien III par des populations pratiquant l’élevage (bovin, mouton,
chèvre) et l’horticulture. En résumé, le stockage à long terme servait soit à palier au
manque de récolte les années de sécheresse, soit de monnaie pour les échanges
commerciaux. L’autorité qui a construit et a géré le grenier devait avoir un très grand
pouvoir politique et économique. Cependant, il est impossible de savoir qui le possédait.
Était-ce un système où le pouvoir économique était en partie aux mains de l’autorité
religieuse comme dans les cités sumériennes, ou alors un système séculier comme à
Ebla ? De la même façon que pour les palais, le manque d’archives rend impossible la
reconstitution du fonctionnement de la cité.

L’importance du stockage de biens alimentaires et notamment de céréales est


essentielle au mode de vie méditerranéen tel qu’il se met en place au Bronze ancien. De
la même façon qu’aux périodes néolithiques, la capacité de stockage influence
l’augmentation de la population, la sédentarité et le développement des inégalités
sociales1265. Cependant, le phénomène s’accélère au Bronze ancien car le

1263
Margueron, 1997a, p. 199.
1264
Mazar, 2001, p. 452-459.
1265
Testart, 1982.

309
développement de l’agriculture, avec notamment l’apparition de nouvelles méthodes va
permettre de dégager des surplus. Le terme de surplus implique que les récoltes ont
permis de couvrir les besoins annuels d’une population et que l’excès est suffisant pour
pouvoir être vendu ou échangé avec d’autres populations. La présence de grands
bâtiments pluricellulaires contenant une importante quantité de grain prouve l’existence
de ces excédents. De plus, il semblerait que dans les grands sites fortifiés du Bronze
ancien III, des autorités dirigeantes siégeant dans des palais assuraient cette gestion.
Cependant, tout au long du Bronze ancien, la présence des mêmes types de céramiques
de stockage dans les maisons et dans les constructions monumentales1266 montre que les
autorités palatiales ne contrôlaient pas toute la production alimentaire. Elles devaient ne
prélever que les surplus afin de pouvoir les échanger.

' D   A 


La zone de climat semi-aride n’a pas de frontières fixes. Sa délimitation répond
à une combinaison complexe entre les conditions climatiques (précipitations,
ensoleillement, température, vent…) et édaphiques. Les premiers facteurs ont connus de
grandes flucturations et il est toujours délicat de déterminer les zones paléoclimatiques
tant que des paléoenvironnementales n’ont pas été réalisées à l’échelle locale et
régionale1267. Ainsi, actuellement, à Arad il tombe 170 mm de pluies par an, mais il
semblerait qu’au Chalcolithique et au Bronze ancien, le climat était plus humide1268.
Sous la barre des 250 mm de précipitations annuelles, la pratique de l’agriculture sèche
devient impossible, seule l’agriculture irriguée peut-être mise en œuvre. Les
aménagements hydrauliques et les terrasses agricoles nécessaires ne semblent pas avoir
été utilisés à cette époque. L’activité économique privilégiée devait donc être le
pastoralisme. Un autre secteur économique se développe au Bronze ancien I avec
l’exploitation des mines de cuivre et le développement des routes d’échanges entraîne la
création de nouveaux sites dans la zone semi-aride.

Parmi les sites étudiés peu se situent dans la zone semi-désertique.


Architecturalement, au Bronze ancien, les habitats sédentaires de ce secteur ressemblent
à ceux de la zone méditerranéenne. Les habitats sont essentiellement rectangulaires
mono- ou pluricellulaires et la plupart des établissements sont fortifiés au
Bronze ancien II et III (Tell es-Sa’idiyeh, Khirbet el-Mahruq, Jéricho, Tell el-Hesi,
etc.). À l’intérieur des fortifications les habitats sont de même type que dans les villes
de la zone méditerranéenne. Ils font partie d’une même unité culturelle. Cependant, il
existe toujours des villages comme Tell el-Umeiri. Ainsi, les vestiges du niveau FP4,
datés du Bronze ancien III, comprennent des maisons rectangulaires simples qui

1266
Genz, 2003, p. 69.
1267
Communication personnelle de A. Jouvenel.
1268
Aharoni, 1993, p. 75.

310
devaient abriter des familles nucléaires (fig. 3, pl. 147). Parmi ces habitats, le complexe
A indique que ces habitants basaient le mode de subsistance sur une production
agricole, conjuguée à un petit élevage d’animaux. C’était une économie mixte
impliquant un bas niveau de spécialisation. De ce fait, selon T. P. Harrison, les artefacts
mobiliers et immobiliers montrent que les habitants de la maisonnée étaient avant tout
concernés par leur propre subsistance immédiate et ils devaient être peu engagés dans
des formes d’activités plus spécialisées comme l’artisanat1269.

Cependant, parmi les sites de la zone semi-désertique, celui Arad constitue, au


Bronze ancien II, un cas particulier. Il se situe au nord du désert de Néguev, non loin de
la mer Morte. Parmi les sites occupés de façon permanente, c’est l’un des plus
méridionaux de cette étude. Seuls Tell Small Malhata et Numeira se situent légèrement
plus au sud. La superficie de l’établissement est relativement vaste, un peu plus de 10
ha. Une muraille encercle complètement la colline du site. L’espace intérieur semble
couvert de constructions diverses. Mais en observant le site plus en détail, il apparaît
que le mur de fortification est peu épais, avec un faible potentiel défensif. Le tissu bâti
paraît beaucoup moins dense que sur les autres sites fortifiés du Bronze ancien1270. De
plus, les plans des habitats sont de type barlong avec une cour, un type d’habitat absent
des autres sites fortifiés du Bronze ancien II, mais caractéristique des villages de
pasteurs depuis le Néolithique. Les controverses entourant l’identification d’un palais et
de temples accentuent encore les problèmes liés à la compréhension du fonctionnement
du site d’Arad. En effet, leur architecture semble trop peu monumentale pour être
différenciée de simples unités d’habitation1271.

Le cas d’Arad est donc très différent des autres établissements fortifiés (pl. 51).
Certaines similitudes dans le plan des maisons peuvent être trouvées avec les exemples
ethnoarchéologiques de village en cours de sédentarisation comme celui de Qdeir en
Syrie, qui a fait le cas d’une étude menée par R. Jarno1272. Dans les deux cas, l’habitat
se compose d’une pièce principale barlongue associée à des pièces subsidiaires et à un
enclos (pl. 46). Ce dernier sert à délimiter une vaste cour où se déroulent de nombreuses
activités. De plus, dans les exemples ethnoarchéologiques, les habitants conservent leur
tente traditionnelle qui est montée dans la cour près des pièces bâties en dure. En
observant l’évolution générale du village de Qdeir, la densification progressive du
noyau urbain va de pair avec la poussée démographique et l’appartenance familiale joue
un rôle dans le regroupement des maisons et la création de quartiers homogènes.
Tel Arad a pu donc être occupée par une population en voie de sédentarisation,
pratiquant encore largement le pastoralisme. Ainsi, le site semble avoir été un cas

1269
Harrison, 1997, p. 164.
1270
Marfoe, 1980, p. 317-318
1271
Herzog, 1997, p. 77.
1272
Jarno, 1984, p. 191-192, fig. 2.

311
unique de village occupé par des populations récemment sédentarisées mais dans un site
déjà fortifié : une sorte de ville hybride, mi-camps de nomades en dure, mi proto-ville.
Arad doit cette configuration à son rôle dans les relations entre la Palestine et les
populations du Néguev et du Sinaï1273.

En conclusion, il existe un lien formel entre le climat et les formes


architecturales. Cependant, les modes de vie ne restent pas immuables, même dans une
région donnée, ce qui implique l’existence de toute une variété de solutions
intermédiaires, entre une économie à dominante pastorale et une économie à dominante
agricole1274. D'un point de vue économique, il y avait des interactions entre les
populations, car leurs besoins étaient complémentaires. Ainsi, selon A. M. Khazanov
« pour les nomades, le commerce avec les agriculteurs était une nécessité vitale »1275.
Par ailleurs, Tel Arad – à mi-chemin entre le camp de nomades et une ville à un niveau
d'urbanisation précoce – symbolise la relation entre le mode de vie urbain et nomade.
A. Joffe suggère même qu'il y avait un ensemble commun et sous-jacent de concepts
religieux rituels, entre la Méditerranée et les zones arides où des pierres dressées ont été
trouvées dans les sites des deux cultures1276.

Enfin, pour souligner le fait qu’il n’y a pas d’opposition entre ces modes de
subsistance, il faut noter que les processus sont réversibles. Ainsi, au cours de la
première étape de l'Âge du Bronze ancien une grande partie de la population nomade ou
semi-nomade se sédentarise dans des villages permanents ; mais lors de l’effondrement
du Bronze intermédiaire, de nombreux sédentaires quittent les villes ou les villages pour
redevenir nomades1277.

!"   @*     


 
De multiples théories se proposent d’expliquer l’accroissement de la complexité
sociale, en Palestine, au 3ème millénaire. Certaines se basent sur des épisodes de
migrations et d’invasions1278, d’autres de diffusion1279 et d’autres enfin sur des
phénomènes d’évolution locale1280. La question de l’organisation sociale des sociétés du
Bronze ancien est cruciale car elle a un impact direct sur l’architecture.

1273
Beit-Arieh, 2003, p. 442.
1274
Miroschedji, 1989, p. 70.
1275
Khazanov, 1984, p. 203.
1276
Joffe, 1993, p. 83.
1277
Palumbo, 1991, p. 131.
1278
Hennessy, 1967 ; Vaux, 1971.
1279
Kempinski, 1978.
1280
Miroschedji, 1989 ; Joffe, 1991.

312
Pour rappel, dans les sociétés anciennes, la famille est le premier niveau de la
hiérarchie sociale. Trois principaux types d’organisation familiale ont été identifiés : la
famille nucléaire, la famille étendue et la famille multiple1281. La famille nucléaire se
compose du père, de la mère, de leurs enfants et « serviteurs », s’il y en avait. Les
« serviteurs » pouvaient aussi faire partie des familles étendues et multiples. La famille
étendue se compose de la famille nucléaire et des membres mariés. Ce type peut
s’étendre aux grands-parents veufs, aux oncles, aux tantes, aux petits-enfants du chef de
la famille ou à ses frères et sœurs. La famille multiple est composée d’un minimum de
deux familles nucléaires avec des liens familiaux1282.

Qu’en est-il des populations du Bronze ancien ? Quels types d’organisations


sociales peuvent être reconnus ? Quels étaient les niveaux de hiérarchie sociale ?
L’analyse se développe en deux volets distincts, le premier en lien avec l’architecture
domestique et le second avec l’architecture monumentale.

#       %     


Le processus de différenciation sociale s’enclenche au cours du Néolithique,
avec le début de la sédentarisation et de l'élevage. Cependant, il y a peu de preuves de
l’existence de hiérarchies complexes à cette époque. Les familles et les maisonnées
étaient encore largement économiquement indépendantes1283. Au Chalcolithique
plusieurs modèles cherchent à expliquer le type d’organisation sociale des
populations1284. Selon I. Gilead, les populations sédentaires avaient un faible niveau de
stratification sociale. Elles étaient organisées en unités semi-autonomes, car il n’y a pas
de preuve de la stratification ou de la présence de statuts sociaux élevés. De plus, il
estime qu’un hiatus a eu lieu avant le Bronze ancien I1285. Mais, selon T. E. Levy1286, les
populations sédentaires du Chalcolithique étaient structurées en communautés agricoles.
Les sites étaient organisés spatialement selon un système hiérarchique : avec une place
centrale et des villages satellites. L’économie était basée sur l’agriculture, l’élevage, des
artisanats spécialisés et des échanges à longue distance. Ces sociétés fonctionnaient
comme des chefferies1287. Cependant, ce modèle anthropologique repris des
classifications de sociétés établis par E. Service et M. Sahlins reste purement théorique
pour les sociétés anciennes. De plus, il est fortement critiquable à la fois en raison de

1281
Laslett & Wall, 1972, p. 28-32.
1282
Stager, 1985, p. 18.
1283
Cours de M2 de S. Cleuziou, Université de Paris I, 2004.
1284
Hermon, 2008, p. 7-9.
1285
Gilead, 1988, p. 397.
1286
Levy, 1995, p. 227.
1287
« Unité politique autonome comprenant un certain nombre de villages ou de communautés placées
sous le contrôle permanent d'un chef suprême » (Carneiro, 1981, p. 45).

313
l’aspect flou du concept, du manque de données et de son aspect évolutionniste (bande,
tribu, chefferie et état)1288.

Nous allons tenter de rassembler quelques données pouvant nous permettre


d’appréhender le type d’organisation sociale ayant existé au Bronze ancien I, puis au
Bronze ancien II et III.

! D 


Au Bronze ancien I, la société se compose essentiellement de villages non
fortifiés et de hameaux, avec une très faible superficie et une faible densité d’occupation
comme à En Shadud, Tel Teo, Yiftahel, Tel Kabri, Mezer, Palmahim Quarry ou Qiryat
Ata. À l’intérieur des établissements, les habitations se répartissent dans l’espace sans
organisation (fig. 2, pl. 128). D’une manière générale, les infrastructures du village
indique deux niveaux d’organisation sociale : la communauté et la famille nucléaire.
Ainsi, selon J. Fernandez-Tresguerres Velasco, à Jebel Mutawwaq, au BA IA, les
différences de dimensions entre les habitats ne semblent pas refléter une différence
sociale entre les habitants. Elles s’expliqueraient plutôt par des différences de taille des
familles1289.

Cependant, le Bronze ancien I marque aussi l’apparition d’éléments novateurs et


notamment une nouvelle carte du peuplement. En effet, au Chalcolithique, les
principales régions habitées se situaient dans les zones de climat semi-désertique et
désertique1290. Or ces secteurs sont abandonnés au début du Bronze ancien I et de
nouveaux sites sont construits, cette fois-ci, dans la zone méditerranéenne. Le
phénomène s’accompagne d’un mouvement de sédentarisation accrue des populations et
de l’apparition de nouveaux modèles architecturaux. Pour E. Braun, le Bronze ancien I
marque le début d’une organisation plus compacte des habitats1291.

Cependant tous les villages ne présentent pas de traces d’une économie


spécialisée. Ainsi, sur des sites composés de maisons ovales comme Tel Teo, Yiftahel
ou Sidon, l’absence de grandes constructions de stockage et d’installations industrielles
et le manque de preuves en faveur d’échanges de grande importance suggèrent une
économie basée sur l’autarcie et la subsistance. Selon A. Joffe, leur gestion est assurée
par une organisation sociale basée sur les liens de parenté1292, ce qui n’exclut pas,
l’existence d’une certaine hiérarchie sociale. En effet, O. Aurenche s’élève contre les
interprétations trop hâtives qui voudraient que des maisons de mêmes dimensions
1288
Levy, 1995, p. 227.
1289
Fernandez-Tresguerres Velasco, 2005, p. 368.
1290
Miroschedji, 1971, p. 127-130.
1291
Braun, 1996, p. 31.
1292
Joffe, 1993, p. 48.

314
reflètent une société égalitaire ou très peu hiérarchisée. D’après ses observations
ethnoarchéologiques, les « signes extérieurs de richesse » d’une maison ne sont pas
toujours des pièces en plus. Ils peuvent se composer d’un vaste terrain, d’un étage, d’un
escalier intérieur ou d’une toiture différente1293. Soit autant d’éléments non identifiables
sur un plan en deux dimensions. De ce fait, les villages du Bronze ancien pouvaient être
régis par une organisation sociale plus complexe qu’il n’y paraît.

Ainsi, peu d’informations permettent de reconstituer le fonctionnement de ces


sociétés villageoises. Etaient-elles sous l’emprise d’un chef dont la maison serait la plus
grande de toute, ou étaient-elles composées de maisonnées (household) indépendantes ?
Les études ethnographiques proposent un troisième point de vue sur le fonctionnement
de ce type de sociétés rurales. Ainsi, G. M. Schwartz et S. E. Falconer rappellent que
jusqu’à la fin du 19ème siècle, pratiquement toutes les terres privées en Palestine et en
Syrie étaient travaillées par des villages communautaires. Ce système de possession des
terres en commun s’appelle en arabe du Moyen-Orient musha’. La terre de la musha’ est
possédée conjointement par les membres d’une famille élargie (en arabe hamula) ou par
les habitants d’un village en entier. Ces villages subviennent aux taches agricoles
collégialement et égalisent les risques agricoles à long terme en redistribuant la terre de
la musha’ à intervalles réguliers parmi les familles1294. Ainsi, le système de
fonctionnement des villages n’était pas forcément très hiérarchisé. Des organisations
plus collectivistes ont pu exister. Les maisons pluricellulaires complexes du Bronze
ancien I pouvaient être la maison du détenteur du pouvoir mais aussi un bâtiment
collectif de stockage.

! D  


Au Bronze ancien II, le phénomène urbain prend de l’ampleur avec
l’accroissement de la sédentarisation et de la concentration de la population dans un
nombre restreint de sites. Cette urbanisation entraîne l’adoption exclusive de
l’architecture rectangulaire. Dans de nombreux établissements fortifiés, les maisons
s’organisent en îlots densément bâtis et séparés par des ruelles. Les quartiers très denses
comme à Numeira ou Tell el-Fârǥah (périodes 1 et 3) étaient occupés par des familles
multiples. De la même façon, dans le quartier G de Tel Yarmouth, l’imbrication
architecturale y est si dense qu’il en devient difficile d’isoler des habitations
indépendantes. C’est uniquement la présence de plusieurs pièces à vivre qui témoigne
de la présence de plusieurs familles nucléaires1295. Pour P. de Miroschedji, cela présume
que les pièces étaient habitées par un même groupement familial ou par un même

1293
Aurenche, 1996, p. 5.
1294
Schwartz & Falconer, 1994, p. 4.
1295
Kamp, 2000, p. 85.

315
lignage1296. En effet, une telle proximité géographique implique un important degré de
socialisation ou alors l’existence de liens parentaux. De plus, les études
ethnoarchéologiques montrent également que des liens familiaux peuvent se traduire par
une proximité d’emplacement dans un site autant que par des affinités dans la
conception de la maison1297. Or, selon L. Nigro, ce type d’organisation de l’espace
interne d’un site représente un des indicateurs majeurs de la croissance de la complexité
sociale1298.

'       


De nombreux cas précédemment évoqués démontrent l’existence de hiérarchies
sociales déjà bien établies au Bronze ancien, et notamment dans les sites fortifiés. Or
dans les modèles anthropologiques traditionnels, à partir d’un certain degré de
complexité, le pouvoir est exercé par des élites. Pour A. Joffe, au Bronze ancien, ces
élites existent dans la société et leur autorité se base sur la culture et l’échange de
productions méditerranéennes1299.

Dans cette partie, nous allons chercher à identifier les traces architecturales de
ces élites, dans les constructions domestiques, monumentales et religieuses.

F   %     


Les études ethnographiques d’architecture domestique tendent à montrer une
corrélation positive entre d’une part, la taille d’une habitation et d’autre part, le statut et
la richesse, les personnes les plus riches vivent souvent dans des maisons plus
grandes1300. Ainsi, d’après l’étude menée par C. Kramer, dans un village iranien, la
taille des habitats – surface couverte et surface non couverte – est directement en
relation avec la richesse de la famille qui est elle-même liée à la possession de terres1301.
Ce constat résulte de deux phénomènes, tout deux liés au prix de la terre. Dans les
villages, même s’il y a assez de place pour construire de grandes unités d’habitations, le
prix du terrain va en limiter la taille. En effet la maison étant construite sur des terrains
potentiellement cultivables, une famille aux revenus modestes préférera utiliser l’espace
pour cultiver quelques mètres carrés supplémentaires, plutôt que d’y construire une
nouvelle pièce1302. En ville, la présence de remparts délimite de fait l’espace
constructible. Cette limitation provoque invariablement une augmentation de la pression

1296
Miroschedji, 1988b, p. 205.
1297
Aurenche, 1996, p. 4.
1298
Nigro, 2007a, p. 31.
1299
Joffe, 1993, p. 82.
1300
Ilan, 2001, p. 325 ; Schwartz & Falconer, 1994, p. 6.
1301
Kramer, 1979, p. 139-163.
1302
Kamp, 2000, p. 89.

316
urbaine et donc une diminution de la taille des habitats. Dans cette situation, seules les
familles aisées peuvent se permettre d’acquérir de grands terrains pour n’y construire
qu’une seule maison. En se basant sur ces observations, est-il possible de supposer que
la présence de maisons pluricellulaires reflète l’existence d’une société très
hiérarchisée ?

Dans la zone méditerranéenne, il existe deux types principaux de maison qui


relèvent du plan rectangulaire complexe. D’une part, il y a le cas déjà évoqué des
maisons pluricellulaires du Bronze ancien I dont le rôle semble avant tout économique.
D’autre part, il y a les habitats pluricellulaires du Bronze ancien II et III. Ils sont
présents en plusieurs exemplaires dans un même établissement fortifié et donc avec un
espace constructible limité, comme à Tell el-Fârǥah ou à Ai. À Tell el-Fârǥah, les
habitats de plan rectangulaire complexe sont moins nombreux que les habitats de plan
rectangulaire simple. En raison de leur grande surface habitable, chacune de ces
maisons a pu être habitée par une famille étendue, mais les grandes dimensions peuvent
aussi être un critère d’ostentation : le reflet d’une position sociale élevée. Ce serait peut-
être une indication qui permettrait de comprendre certains bâtiments d’abord interprétés
comme des temples tels que le « Bâtiment Blanc » de Tel Yarmouth, le locus 671 de
Tell el-Fâr’ah, les bâtiments A et B de Bâb edh-Dhrâ’, la pièce du niveau XA de
Beth Yerah, ou le locus 420 de Jéricho. En effet, certains possèdent des dimensions, ou
des détails architecturaux rares en architecture domestique (rangée axiale de poteaux,
enduit très épais, banquette très large).

A. Joffe émet l’hypothèse de l’existence de deux types d’élites en étroite


relation : une élite urbaine et une élite rurale. D’un côté, celle basée dans les villes aurait
dirigé la vie urbaine, ses infrastructures, son administration régionale et les échanges à
longue distance. Elle aurait établi la ville comme lieu unique des échanges
économiques. D’un autre côté, l’élite rurale serait constituée d’agriculteurs enrichis
devenus les interlocuteurs privilégiés des sites urbains1303.

Toutefois, les observations ethnographiques menées en Syrie, par K. Kamp


montrent qu’il faut nuancer le rapport entre la surface habitable et la richesse de la
famille qui y vit. En effet, comme la maison représente la possession familiale la plus
visible, elle sert également de symbole à ses occupants, communiquant un message à
propos de leur statut économique et social. Ses dimensions et la complexité de son plan
représentent un compromis entre le coût et les ressources financières disponibles.
Cependant, ce rapport peut être faussé. Ainsi, certaines familles peu fortunées mais
souhaitant augmenter leur position dans la communauté, peuvent décider de construire
une maison au dessus de leurs moyens. De ce fait, elles cherchent à renvoyer une image

1303
Joffe, 1993, p. 72-84.

317
de prospérité au reste du groupe, afin de leur permettre d’accroître leur statut social. Au
contraire, certaines familles riches peuvent décider d’investir plus de moyens dans
l’achat de terres ou d’animaux, au détriment de leur maison. Ce qui d’après K. Kamp
montrerait que leur statut social est déjà assez établi et qu’elles ont moins besoin d’en
faire la démonstration1304.

De cette façon, si la corrélation entre statut social et dimensions des maisons


reste notable, il ne faut pas négliger pour autant les cas de « manipulations des
stéréotypes »1305 mis en place afin d’augmenter le prestige d’une famille. Cependant,
ces cas restent surtout pertinents en milieu urbain, densément bâti, car dans les villages
l’espace disponible demeure plus important et le coût de construction d’une pièce
supplémentaire reste minime.

F        


Si le critère architectural peut être retenu comme un reflet de la hiérarchisation
sociale, la construction de palais symbolise alors certainement un degré supérieur de
complexité. Leurs caractéristiques architecturales les différencient nettement de
l’architecture domestique, non seulement en raison de leurs dimensions, mais aussi en
raison de l’organisation de l’espace et du contrôle des circulations. Les palais de
Megiddo, Tel Yarmouth et Khirbet ez-Zeraqun comportent des secteurs d’activités
distincts. Ce qui n’est pas le cas dans les maisons, même pluricellulaires.

Ce sont des bâtiments qui ne sont pas conçu sur un plan type de maison agrandi.
Les plans de ces constructions se distinguent aussi par leur complexité, l’usage de
techniques de construction spécifiques comme la planification et la présence d’éléments
architecturaux qui ne se trouvent pas dans les maisons (couloirs, cours intérieures, salles
hypostyles, aménagement des portes, sols…). Ces différences d’architecture impliquent
l’intervention des premiers architectes. La construction d’un palais tout comme celle de
murailles manifeste l'existence d'une classe dirigeante capable de mobiliser les énergies
collectives et de les faire travailler en équipe afin de réaliser une construction
monumentale. L’usage de techniques spécifiques et l’échelle monumentale sont des
critères d’ostentation qui symbolisent le contrôle économique et le rang élevé de ses
commanditaires.

De plus, la pérennité de certains bâtiments construits et reconstruits sur le même


emplacement semble montrer le caractère permanent du pouvoir des élites. Ainsi, à Tel
Yarmouth, P. de Miroschedji estime qu’un laps de temps relativement court sépare la
construction du Palais B2 de celle du Palais B1. Il note également qu’il y a de nombreux
1304
Kamp, 2000, p. 86-89.
1305
Kamp, 2000, p. 90.

318
traits architecturaux communs entre les deux bâtiments (grandes cours intérieures,
courettes à galets, forme et emplacement des salles)1306. Cela suggère le caractère inscrit
du pouvoir qui se transmettrait de génération en génération au sein de la même famille.

F    & 
Enfin, le 3ème millénaire marque aussi le développement de l’architecture
religieuse. Les quelques cas avérés comme Ai ou Megiddo montrent qu’il y a une très
grande pérennité de la localisation du sanctuaire. La pérennité de la localisation des
temples est encore plus remarquables que celle des palais évoquée précedemment.
Ainsi, Megiddo présente une très longue série de temples superposés. De plus, l'énorme
quantité d'ossements issus de sacrifices d’animaux retrouvés dans certains temples du
Bronze ancien I ou près de l'autel du Bronze ancien III indique que le secteur a gardé
son usage à travers les siècles.

Cependant, dans la majorité des cas, le fait religieux reste encore très difficile à
saisir au Bronze ancien. Les véritables temples restent rares dans les fouilles. Ce qui
dans le cas des grands sites urbanisés et pourvu d’un palais pourrait signifier qu’il n’y
avait pas de personnel religieux spécialisé et que les activités cultuelles étaient
directement liées au roi. Comme le suggère P. de Miroschedji, pour Tel Yarmouth, le
culte pouvait être lié au palais, comme dans les cités-états des 2ème et 1er millénaires où
le roi assumait aussi la fonction de grand prêtre.

En conclusion, les vestiges architecturaux tendent à montrer qu’il existait au


moins sur certains sites une société à la hiérarchie complexe et gouvernée par une élite.
Pour A. Testart, ce phénomène trouve avec les débuts de l’agriculture, du stockage et
notamment celui des ressources sauvages. L’accumulation de stocks et la production de
surplus marquent le début des inégalités1307. De plus, les questions de superficie, de
techniques et de complexité des plans peuvent être utilisées comme des critères
d’identification des classes sociales qui commencent à se différencier au cours du
Bronze ancien.

1306
Miroschedji, 2000b.
1307
Testart, 1982.

319
      
Dans cette dernière partie consacrée aux liens entre l’architecture et la société du
Bronze ancien, nous allons tenter de définir les liens entre l’urbanisation et l’évolution
du bâti. Mais dans un premier temps, nous allons tenter de faire le point sur les
problèmes de définition, avant d’aborder les questions liées à l’urbanisation et à
l’urbanisme des sites palestiniens du 3ème millénaire.

#C:*       


Tout d’abord, lorsque l’on s’intéresse aux problèmes d’urbanisation, il convient
de se demander : qu’est-ce qu’une ville ? Cette question fait toujours l’objet de
nombreux débats qu’il serait impossible de tous résumer ici. Cependant, comme
première piste nous citerons la définition qu’en donne F. S. Frick, pour qui la ville est
« une forme d’établissement, relativement compact et permanent, d’humains ayant un
style particulier de relations avec leur environnement, et peuplé par un assez grand
nombre d’individus socialement différents »1308.

De plus, dans le monde syro-mésopotamien tel qu’il est connu par les textes, les
villes faisaient partie d’un système économique basé sur l’agriculture où les villes et ses
villages étaient interdépendants. La ville avait besoin des villages pour survivre et les
villages avaient besoin de la ville pour ses temples, ses installations de stockage, sa
sécurité, ses artisans et son pouvoir politique. L’interdépendance entre le centre et la
périphérie est reconnaissable archéologiquement quand les populations alentours sont
aussi organisées en établissements, créant un système hiérarchique à deux niveaux : une
ville, généralement fortifiée et ses villages, non fortifiés1309.

Bien évidemment, la description d’un tel modèle de société reste théorique, basé
sur des comparaisons avec les systèmes de cité-états sumériens ou syriens décrits dans
leurs archives, c’est pourquoi il ne convainc pas tous les chercheurs. Pour certains, les
sites fortifiés du Levant sud au Bronze ancien ne peuvent pas être qualifiés de villes. La
question se pose à deux niveaux. Pour certains le problème est terminologique, ils
préfèrent réserver les termes de cité-état ou de ville à des établissements de l’Âge du
Fer, sans renier le caractère urbain des sites du Bronze ancien ; mais pour d’autre le
problème est sémantique. Ainsi, dans un article paru en 1995, I. Finkelstein, propose de
qualifier les sites palestiniens, fortifiés du Bronze ancien de peer-polity. L’expression
n’a pas de traduction exacte en français, mais elle évoque le concept d’entités politiques
se situant à niveau plus ou moins égal. Elle provient des études de C. Renfrew sur le

1308
Frick, 1997, p. 14.
1309
Frick, 1997, p. 14-16, fig. 1.

320
monde égéen1310. Cependant, I. Finkelstein précise que malgré l’emploi de ce terme, il
est conscient que toutes les entités fortifiées du Bronze ancien n’étaient pas égales en
taille et en population. Il procède de la sorte afin de réserver le terme de cité-état pour
les systèmes politiques du deuxième millénaire. Même s’il note de nombreuses
similitudes politiques, économiques, sociales, géographiques avec les établissements
fortifiés du 3ème millénaire1311.

À l’inverse, certains chercheurs estiment que le concept même d’urbanisme


levantin doit être entièrement remis en question. Ainsi, T. E. Levy pense que les
différences entre l’organisation de la société au Chalcolithique et au Bronze ancien
restent minimes. Et s’il qualifie les sociétés du 4ème millénaire de chefferie, il pense que
le stade d’état – d’après la théorie de E. R. Service – ne sera atteint en Palestine qu’à
l’Âge du Fer1312. Les principaux travaux sur ce sujet ont été publiés dans les actes d’une
table ronde menée en 2001 à la Nouvelle-Orléans et publiés dans le Journal of
Mediterranean Archaeology1313.

D’après leurs observations, le modèle explicatif actuel de l’urbanisation du


Levant sud s’inspire trop des phénomènes connus en Mésopotamie ou en Égypte, au
détriment de la réalité des preuves archéologiques1314. Ils réfutent donc l’idée que ces
grandes civilisations voisines aient pu influencer l’apparition de cités-états en Palestine,
comme le propose le modèle secondary state formation développé par D. Esse1315.
Ainsi, T. P. Harrison et S. H. Savage estiment que les sites fortifiés du Levant sud ne
possèdent pas la caractéristique essentielle de l’urbanisation, soit : l’intégration à un
système régional de villes et de communautés villageoises. Ils pensent que les unités
sud levantines restent indépendantes les unes des autres, tout au long du Bronze ancien,
sans jamais faire partie d’un même réseau1316. Ces nouvelles théories proposent de
changer de modèle référent et de baser leurs analogies sur les mondes égéen et
chypriote, en utilisant les concepts théoriques de l’hétérarchie1317 ou de la household
archaeology. Deux types de modèles qui cherchent à expliquer le fonctionnement des
sociétés complexes de petite échelle (small-scale complex societies).

Pour rappel, les théories liées à l’hétérarchie ont été développées par C. Crumley
lors de ses études sur les sociétés celtiques de l’Âge du Fer en Bourgogne. Elles avaient
pour objectif de remettre en question le modèle évolutionniste de E. R. Service et sa

1310
Renfrew, 1972.
1311
Finkelstein, 1995, note de bas de page 1, p. 48.
1312
Levy, 1995, p. 227.
1313
JMA, 2003, n° 16.1.
1314
Chesson & Philip, 2003, p. 4.
1315
Esse, 1989.
1316
Harrison & Savage, 2003.
1317
Chesson & Philip, 2003 ; Harrison & Savage, 2003 ; Chesson, 2003.

321
théorie de la place centrale mise en place afin d’expliquer le développement des sociétés
étatiques urbanisées1318. Le concept d’hétérarchie, emprunté à la neurologie, prend en
compte une série d’événements liés dans un même système ou réseau mais qui ne sont
ni hiérarchisés, ni égalitaires. Ils sont organisés ou rangés de façon différente1319.
M. Chesson et G. Philip pensent également que les systèmes de parenté restent encore
très présents, dans l’organisation de la société, tout au long du Bronze ancien1320. Toutes
ces remises en question se basent essentiellement sur l’absence d’écriture, le faible
nombre d’objets et d’architecture de prestige, la quantité réduite de données portant sur
la différenciation sociale dans les pratiques funéraires1321. Le pouvoir des élites se
baserait essentiellement sur les productions agricoles. Une expression qualifie ce type
d’économie : staple finance, soit économie de subsistance1322. De plus, selon M.
Chesson « une organisation hétérarchique plutôt que hiérarchique signifierait que les
liens économiques, les allégeances politiques et les relations sociales n’étaient pas
gérées par des centres régionaux ; mais il semblerait plutôt que les réseaux politiques,
économiques et sociaux impliquaient plusieurs groupes »1323. Ainsi, les auteurs pensent
que la distinction urbain/ rural n’est pas encore apparue au Bronze ancien et que « les
sites fortifiés sont simplement tout au plus, la version complexe et finale d’un
continuum de sites villageois »1324.

Au premier abord, ces conclusions peuvent apparaître comme très novatrices


mais elles sont partielles, car elles reposent essentiellement sur des recherches que leurs
auteurs menent à l’est du Jourdain. Si elles ont le mérite de changer la vision
traditionnelle de l’urbanisation de la Palestine au Bronze ancien, certaines idées sont en
contradiction avec la majorité des données archéologiques palestiniennes, car leurs
auteurs appuient leur argumentation presque uniquement sur des sites archéologiques
transjordaniens. Ainsi, T. P. Harrison et S. H. Savage basent leurs hypothèses sur les
prospections menées par l’ASOR dans la plaine de Madaba et sur l’étude du site de
Madaba1325. Les rares tentatives d’étudier des sites cisjordaniens se trouvent dans la
démonstration de M. Chesson1326, mais elle ne prend comme exemple que le site
d’Arad. Or nous avons vu précédemment que ce site est un cas particulier et qu’il ne
peut pas être considéré comme une ville.

De plus, s’il est vrai que des comparaisons trop fréquentes avec le monde
mésopotamien ne sont pas toujours légitimes, il n’en reste pas moins que l’urbanisation

1318
Harrison & Savage, 2003, p. 34.
1319
Crumley, 1987, p. 156.
1320
Chesson & Philip, 2003, p. 7-9.
1321
Chesson, 2003.
1322
Genz, 2003, p. 75-77.
1323
Chesson & Philip, 2003, p. 12.
1324
Chesson & Philip, 2003, p. 12.
1325
Harrison & Savage, 2003, p. 36-49.
1326
Chesson, 2003.

322
de la Palestine est une réalité. La relative petite dimension des sites fortifiés est en
relation avec les données environnementales et les capacités économiques du terroir.
Ainsi, à l’échelle de la région, en comparant la taille des sites fortifiés à celle des
villages, il y a une nette différence.

Enfin, G. Philip et M. Chesson tentent d’appliquer la théorie de l’hétérarchie afin


d’expliquer le fonctionnement de ces sociétés peu hiérarchisées. Cependant, même en se
basant sur les données archéologiques, il semblerait que la société palestinienne du
3ème millénaire relève plus de la hiérarchie que de l’hétérarchie. En se basant sur le
tableau ci-dessus qui résume quelques caractéristiques essentielles des deux systèmes,
tel que le définit C. Crumley :

Hétérarchie Hiérarchie
Stratification horizontale Stratification verticale
Statut obtenu Statut inscrit
Indépendance Contrôle
Décentralisation Centralisation
Pluralité des rites Prêtres
Echanges Spécialistes
Entente Guerre
1327
Tabl. 26 : Hétérarchie et hiérarchie

Or pour toutes les caractéristiques emblématiques de la hiérarchie et de la


stratification verticale, il existe un exemple daté du Bronze ancien. Ainsi, le statut
inscrit du pouvoir dans les cités-états a été démontré, dans le cas des Palais B2 et B11
de Tel Yarmouth, construits à quelques années d’écart, l’un sur l’autre, et avec de
nombreuses similitudes architecturales. A propos du contrôle des sites, P. de
Miroschedji a par exemple montré qu’au cours du Bronze ancien, les sites de la
Shéphélah disparaissent à mesure de la prise de contrôle de Tel Yarmouth sur la région.
La centralisation du pouvoir et des ressources agricoles est symbolisée par la
construction de diverses unités de stockage monumentales que ce soit dans des palais ou
le Bâtiment aux cercles de Beth Yerah. De cette façon, malgré la pauvreté en objets de
prestige, de la Palestine du 3ème millénaire, le caractère monumental des productions
architecturales non-domestiques reste manifeste.

Il existe encore peu de données sur la question des rites. Sur un site comme
Megiddo, les temples du Chalcolithique au Bronze récent, se situent dans le même
secteur du tell. Ils sont pratiquement tous construits les uns au dessus des autres et ce
malgré le hiatus du Bronze ancien II où Megiddo cesse d’être occupé démontrant une

1327
Crumley, 1987, 2005.

323
certaine continuité des pratiques religieuses. Sur le problème de l’existence d’un
artisanat spécialisé, les études portent essentiellement sur la production céramique1328,
mais l’architecture monumentale atteste également de l’apparition de spécialistes. Enfin,
la question de la guerre est amplement illustrée par la monumentalité des fortifications
qui entourent les sites du Bronze ancien. Dès leur apparition, elles s’avèrent être des
constructions élaborées et composites, mesurant plusieurs mètres de largeur. Sur
certains sites, comme Megiddo, elles ne seront jamais aussi épaisses qu’au Bronze
ancien.

En dernier point, nous souhaiterions ajouter un exemple ethnographique


montrant qu’une ville n’est pas forcément habitée par des populations qui ne pratiquent
pas ou peu l’agriculture. Ainsi, au Caire jusqu’au 19ème siècle une grande partie de la
population pratiquait des activités agricoles à la périphérie immédiate de la ville1329. Des
paysans peuvent donc constituer la majeure partie de la population d’une agglomération
urbaine.

'"   
L’occupation humaine au Bronze ancien I est encore de nature villageoise. Le
plan des établissements manifeste une absence d’organisation. Les habitats ne subissent
pas de pressions extérieures et plusieurs types de plans de maisons cohabitent. Ainsi,
l’enclos de Jebel Mutawwaq ne présente pas de caractère défensif et n’influence pas
l’aménagement de l’espace intra-muros1330. Cependant, quelques très rares sites sont
déjà fortifiés comme Tell es-Sakan, dès le Bronze ancien IB final (fig. 3, pl. 140). Son
tissu urbain semble très dense dès cette époque. Mais cette fortification précoce est due
à la nature particulière des populations égyptiennes qui l’habitent1331. Les autres sites
entourés de murailles datent de la transition BA I-BA II (Beth Yerah1332, Abu al-
Kharaz, Tell es-Sa’idiyeh, Jéricho, Aphek1333, Megiddo1334, Tel Shalem1335). Mais
l’absence de plan d’ensemble ne permet pas d’observer le tissu urbain de cette époque.
C’est à partir du Bronze ancien II que la construction de murailles s’accroît. Pour I. Paz,
cette tendance résulte d’un contexte d’insécurité et de guerres qui tranche avec la
situation au Bronze ancien I et qui caractérise le début du Bronze ancien II1336.

1328
Roux, 2007.
1329
Schwartz & Falconer, 1994, p. 3.
1330
Fernandez-Tresguerres Velasco, 2005, tabl. 1, p. 368.
1331
Miroschedji & Sadek, 2000, p. 99.
1332
Maisler, Stekelis & Avi-Yonah, 1952, p. 172-173 ; Hestrin, 1993, p. 206.
1333
Paz, 2002, p. 238-242.
1334
Herzog, 1997, p. 67.
1335
Eisenberg, 1996, p. 6-8.
1336
Rast & Schaub, 2003a, p. 130.

324
En examinant, la typologie des processus de fortification des sites du
ème
3 millénaire, plusieurs cas de figures apparaissent. D’une part, il y a les sites jamais
fortifiés, même au Bronze ancien III, comme Tell el-Umeiri ou Beth Ha-Emeq1337. Puis,
il y a les sites villageois du Bronze ancien I qui se fortifient au Bronze ancien II, avant
de disparaître à la fin de la période. C’est le cas de Tel Arad et de Tell el-Fârǥah. Il y a
aussi des établissements où les murailles datent exclusivement du Bronze ancien III,
comme Tell el-Hesi1338.

De ce fait, les sites occupés tout au long du Bronze ancien sont rares et ceux qui
présentent une transition entre village et site fortifié le sont plus encore. Les principaux
exemples sont Ai, Bâb edh-Dhrâ’, Beth Yerah, Jéricho, Khirbet ez-Zeraqun,
Tel Qashish et Tel Yarmouth. Pourtant, seule l’analyse de ce type d’établissement
pourrait nous permettre de comprendre l’évolution du phénomène d’urbanisation. Mais
les auteurs ne font souvent que mentionner l’existence probable d’un village Bronze
ancien I. Cette mention s’appuie généralement sur des découvertes céramiques plutôt
que sur des vestiges architecturaux. En effet, il reste très difficile de pouvoir identifier
les traces d’une première occupation enfouie à grande profondeur sous les vestiges
d’une ville. Cependant, dans le cas de Bâb edh-Dhrâ’, les archéologues ont mis au jour
des vestiges de toutes les périodes depuis le début du Bronze ancien I, jusqu’à la fin du
Bronze ancien III, illustrant ainsi, le phénomène de densification urbaine, dans la zone
de climat semi-aride1339.

Dans un premier temps, au Bronze ancien IA, le site avait une fonction
exclusivement funéraire. C’était une nécropole utilisée par plusieurs groupes semi-
nomades. Ainsi, dans le chantier F – situé hors des limites de la ville du Bronze ancien
III – les fouilleurs ont retrouvé des traces d’occupations saisonnières. Puis dans un
deuxième temps, au Bronze ancien IB (niveau IV), les populations deviennent
sédentaires et s’établissent dans un village non fortifié1340. Cependant, selon W. E. Rast
et R. T. Schaub, l’orientation des constructions du niveau IV suggère déjà un certain
degré de planification. Parallèlement à ces changements architecturaux, des
changements s’opèrent également dans les cimetières. La sédentarisation entraîne une
disparition de la pratique de l’enterrement secondaire, typique du Bronze ancien IA
(niveau V), au profit de l’enterrement primaire. Comme les populations ne nomadisent
plus, elles n’ont plus besoin de transporter les ossements de leurs défunts. Dans un
troisième temps, Bâb edh-Dhrâ’ est fortifiée au Bronze ancien II (niveau III). La
muraille B, identifiée dans le chantier I.1, s’élève encore sur plus de dix-neuf assises de

1337
Givon, 1993, p. 5.
1338
Freedman, 1978, p. 141.
1339
Miroschedji, 1995b, p. 84.
1340
Rast & Schaub, 2003a, p. 102-104.

325
hauteur1341. Cependant, la fortification implique une réduction de l’espace habitable.
Ainsi, la superficie du village du Bronze ancien IB (niveau IV) était plus importante que
celle de la ville fortifiée. Enfin, l’établissement connaît son apogée au Bronze ancien III,
où grâce à de nouvelles techniques de construction, des bâtiments sont construits dans
des zones encore non utilisées. Selon W. E. Rast et R. T. Schaub, l’époque se
caractérise par un certain développement de la planification urbaine, car des zones
semblent réservées à certaines activités1342. Néanmoins, l’absence de plan général et de
fouilles extensives limitent malgré tout notre compréhension globale du site.

Il existe enfin quelque cas où la construction d’une ville ne semble pas précédée
par celle d’un village, comme à Khirbet el-Mahruq, Meona ou Numeira. Peut-on alors
imaginer que ces villes ne proviennent pas de l’évolution d’un premier établissement
qui devient de plus en plus habité, puis se fortifie ? Est-il possible que leur construction
résulte d’une décision unilatérale, provenant d’un groupe ou d’un chef décidant d’établir
ex nihilo un site entouré dès le début d’un rempart ? C’est ce que semble montrer le site
de Meona (fig. 1, pl. 124) : pour E. Braun le mur de fortification a été construit avant les
maisons, puis, dans un second temps, l’espace entre le rempart et le pied de la colline a
été remblayé afin de créer la plate-forme sur laquelle la pièce 1 a été construite1343.

Enfin, le site de Tel Qashish fournit un exemple que l’on pourrait qualifier de
« défortification ». À la fin du Bronze ancien III, le rempart est abandonné et des
maisons sont reconstruites par-dessus (fig. 2, pl. 130). Cependant, le tissu urbain
continue à être dense et les maisons découvertes le long du bord du tell étaient
construites proches les unes des autres. De cette manière, leurs murs extérieurs
formaient comme une sorte de ligne défensive. Ce phénomène de « défortification »
peut aussi s’observer à Tel Poran et Tel Halif1344.

+"  
Afin d’étudier l’influence du phénomène d’urbanisation sur les productions
architecturales, nous allons nous baser sur les principes de l’analyse morphologique des
établissements urbains proposés par J.-L. Huot, lors de ses recherches sur les villes
mésopotamiennes. Nous reprendrons ici sa méthode de description, en examinant
respectivement : l’enveloppe urbaine, le bâti et la voirie1345, même si le manque de
fouilles extensives limite les observations.

1341
Rast & Schaub, 2003a, p. 166-168.
1342
Rast & Schaub, 2003a, p. 253-254.
1343
Braun, 1996, p. 9.
1344
Communication personelle de P. de Miroschedji.
1345
Huot, 1988.

326
" && 
La fortification apparaît comme un phénomène architectural nouveau en
Palestine au Bronze ancien. Cette transformation architecturale va contribuer à modifier
le territoire en créant des espaces clairement limités. Comme les palais, la fortification
symbolise l’existence d’une classe dirigeante pouvant rassembler les énergies
collectives et ses effets s’en ressentent aussi au niveau économique. La construction de
remparts a pour conséquence un contrôle absolu de l’entrée des gens et des biens, ce qui
entraîne une centralisation des activités socioéconomiques à l’intérieur du site1346.

Ce contrôle exercé par les élites se reflète aussi dans les méthodes de
construction. Sur des sites comme Bâb edh-Dhrâ’, Numeira1347, Beth Yerah, Megiddo
ou Jéricho, les archéologues ont pu noter que les murs étaient construits par tronçons.
Ainsi, le mur A de Bâb edh-Dhrâ’ a été construit par segments, avec une jonction entre
les segments tous les 15-20 m : huit ont été repérés1348. Dans le cas de la muraille A de
Beth Yerah, le rempart se compose de plusieurs lignes de murs parallèles. Chacune
possède un code couleur, donné par les briques crues. Certaines sont vert clair alors que
d’autres sont de couleur plus sombre. Chaque bloc semble représenter le travail d’une
équipe différente. De plus, dans un croquis, P. Bar-Adon représente, au minimum,
quatre blocs de couleurs alternées : le tout mesure 7,50 m de large1349. À la différence de
ces deux premiers cas, le soubassement de la muraille du Bronze ancien III de Megiddo
était tout en pierre. Cependant, là aussi le rempart était composé de plusieurs segments
de murs, séparés par 5 à 10 cm de vide1350. Cette méthode permet surtout à plusieurs
équipes de travailler simultanément à la construction. Or la planification et la direction
de chantiers de cette ampleur implique l’existence d’un pouvoir fort, capable de diriger
les énergies collectives et peut-être même de les contraindre.

En complément de cette muraille chargée d’entourer le site, les systèmes de


fortification se composent aussi de plusieurs éléments associés comme des avant-murs,
des tours, des bastions, des contreforts, un glacis défensif, un fossé. Ainsi, la
fortification est inventée au Bronze ancien avec déjà tous les compléments
architecturaux qui permettent d’assurer une protection optimale.

Dès le Bronze ancien II, la monumentalité des fortifications va bouleverser le


tissu urbain. Cela va entraîner, d’une part, la destruction de nombreux habitats. De ce
fait, à Tel Qashish, à la fois le mur de fortification et son mur de soutènement
recouvrent les vestiges du Bronze ancien I. Les matériaux des niveaux précédents

1346
Joffe, 1993, p. 68.
1347
Rast, 2001, p. 526.
1348
Schaub & Rast, 1980, p. 25 ; Schaub & Rast, 1984, p. 45 ; Rast & Schaub, 2003a, p. 260-282.
1349
Greenberg & alii, 2006, p. 236-237, fig. 6.2.
1350
Aharoni, 1993, p. 1005.

327
constituent même le remplissage du rempart1351. À Tell el-Fârǥah, la maison qui
regroupe les loci 55, 56, 86 se situe à proximité du rempart, or le Père R. de Vaux note
que « son plan a été modifié et elle a été reconstruite afin de permettre l’implantation
des contreforts et la circulation le long du rempart »1352. À Beth Yerah, dans le chantier
BS, au Bronze ancien III, le niveau 8 est marqué par une reconstruction du rempart qui
entraîne la destruction de plusieurs unités domestiques1353, conduisant l’établissement
d’un nouveau quartier domestique construit le long de la fortification au niveau 6
(pl. 79). Le même phénomène a été observé dans le chantier C de Tel Yarmouth au
niveau C-81354. En conséquence, le rempart imprime son tracé dans l’espace. Il implique
une modification de l’organisation du tissu urbain. Ainsi, à Khirbet ez-Zeraqun, au
Bronze ancien II, les constructions sont établies selon une orientation sud-ouest / nord-
est, puis lors de la seconde phase d’occupation, au Bronze ancien III, le plan urbain est
réorganisé selon un réseau de rues qui partent du mur de fortification1355.

Dans d’autres situations, les constructeurs bâtissent les maisons après le rempart.
C’est le cas à Aphek où les deux pièces (374 et 384) semblent avoir été construites en
tenant compte de la présence du mur d’enceinte B 2551356 (fig. 3, pl. 50). À Tel Dalit,
les maisons suivent également le tracé de la muraille (fig. 3, pl. 84) alors qu’à Ai, les
maisons prennent appui directement contre elle.

La construction de murailles provoque également une importante réduction de la


surface d’occupation disponible pour les maisons. De ce fait, les sites qui étaient des
villages au Bronze ancien I voient leur superficie habitable réduite lorsqu’ils sont
fortifiés (Tel Qashish, Bâb edh-Dhrâ’).

8 
La question du bâti ayant été très largement abordée dans la première partie de
cette étude, nous reviendrons ici sur quelques points pouvant illustrer l’adaptation des
constructions dans les sites urbanisés. La construction de remparts entraîne une
limitation des zones constructibles. C’est dans ce territoire qui devient progressivement
exigu que se forment les îlots à l’intérieur desquels les habitations sont le plus
couramment de plan rectangulaire. Cependant, il arrive que les habitats soient déformés
par la pression urbaine. Mais d’une façon générale les habitats sont si groupés qu’il
devient difficile d’isoler des unités distinctes et de différencier les pièces couvertes des

1351
Ben-Tor, Bonfil & Zuckerman, 2003, p. 61.
1352
Vaux, 1948, p. 554, pl. XII.
1353
Greenberg & alii, 2006, p. 146-149.
1354
Communication personelle de P. de Miroschedji.
1355
Ibrahim & Mittmann, 1987, p. 4-6.
1356
Kochavi, 2000, p. 93.

328
cours1357. Dans les cas où, le tissu urbain devient trop dense, il arrive qu’il n’y ait pas de
cour. Les activités qui s’y déroulaient peuvent alors se déplacer dans une ruelle
adjacente comme à Numeira ou peut-être sur le toit.

Le phénomène de densification du tissu urbain et de la création d’îlots


d’habitations n’est attesté que dans les sites fortifiés de la zone méditerranéenne et
d’autres grands sites de la zone semi-aride, comme Jéricho ou Numeira, où s’on
s’observent des hauts niveaux de concentration du pouvoir. La situation est bien
différente à Arad, autre site important du Bronze ancien II. Situé en marge des régions
fertiles, il ne connaît pas le même type de développement urbain. Le tissu urbain reste
plus lâche, les habitats ne se déforment pas au cours du temps.

Cependant, il existe des exceptions à ces phénomènes de concentration urbaine.


Certains bâtiments occupent de vastes espaces, souvent situés sur des endroits
privilégiés, comme une acropole naturelle ou sur des terrasses artificielles aménagées
spécialement. En effet, très souvent les bâtiments à usage non-domestique, comme les
palais ou les temples ne sont pas affectés par la pression urbaine. De plus, comme pour
les fortifications, leur construction peut entraîner la destruction de quartiers
d’habitations. C’est le cas notamment du Palais B2 de Tel Yarmouth, construit sur un
quartier d’habitations domestiques ou encore du Bâtiment aux cercles de Beth Yerah
dont les tranchées de fondation recoupent une maison sous-jacente1358. On peut
véritablement parler d’une préséance de l’architecture monumentale. Là encore, cela
reflète le pouvoir des élites, seules capables d’imposer des constructions et de modifier
le territoire urbain.

  
Le troisième aspect de l’urbanisme concerne la voirie. Selon J.-L. Huot, il existe
trois niveaux d’analyse de la trame viaire : la voirie primaire, constituée par les rues
principales ; la voirie secondaire qui permet la circulation à travers les quartiers et la
voirie tertiaire qui dessert chaque bâtiment1359. Évidemment, les rues – même pavées –
ne sont pas une exclusivité des villes, il en existe aussi dans les villages.

Sur quelques sites palestiniens fouillés de façon extensive, comme Tell el-Fârǥah
ou Khirbet ez-Zeraqun, des traces de planification urbaine sont identifiables. Elles
témoignent de l’intervention d’une direction centrale qui cherche à organiser le plan de
la ville. Ainsi, à Tell el-Fârǥah, tout au long du Bronze ancien II et malgré de nombreux
changements d’organisation des îlots et des maisons monocellulaires, le plan conserve

1357
Miroschedji, 1976, p. 90-91.
1358
Greenberg & Paz, conférence au 6ème ICAANE à Rome, 2008.
1359
Huot, 1988.

329
ses deux rues principales qui se croisent1360. Une est orientée est-ouest et l’autre nord-
sud. De plus, un système de drainage suit en parallèle les deux rues. Un autre accès est
maintenu tout au long de la période le long du rempart, probablement un chemin de
garde. Un grand axe de circulation traversait aussi le site de Beth Yerah. Au niveau 14,
une rue (BS021) pavée de petits galets traversait le quartier sud-est de la ville jusqu’à
une porte située dans la muraille1361. Les grands axes de circulation sont le plus souvent
en terre battue, mais ils peuvent être recouverts de chaux ou de pierres pour les rendre
plus résistants. De cette manière, à Bâb edh-Dhrâ’, quelques endroits très spécifiques du
site ont été dallés afin de faciliter la circulation qui devait être compliquée sur le sol de
craie marneuse, surtout les jours de pluie.

Enfin, dans certains cas, les archéologues ont aussi observé des grands
programmes de reconstruction et de réaménagement des circulations. Ainsi, le chantier
BS (niveau 12) de Beth Yerah a connu un grand plan de reconstruction qui a affecté
toutes les constructions. La zone a fait l’objet d’un pavage extensif et les fondations des
bâtiments adjacents ont été reconstruites avec de plus grandes pierres. Selon
R. Greenberg, l’ajustement du pavage de la rue aux murs de fondations indique la
planification de ces travaux. Par la même occasion, le passage dans la porte de la
muraille est aussi dallé de pierres. Le pavement de la rue présente plusieurs traces de
réparations montrant l’entretien régulier dont les voies de circulation faisaient
l’objet1362. À Tel Yarmouth, les voies de circulation principales subissent des
modifications lors de la construction des palais1363. Des quartiers domestiques
périphériques ont été détruits et reconstruits aux abords du Palais B1. Ainsi, comme C.
Darles le postule, la gestion du foncier au sein même d’un territoire limité à la zone
intra-muros, correspondait dans l’antiquité à des règles communautaires précises1364.

1360
Vaux, 1961, p. 584, pl. 35.
1361
Greenberg & alii, 2006, p. 121-122.
1362
Greenberg & alii, 2006, p. 124-125.
1363
Miroschedji, 2000b, p. 686.
1364
Darles, 1998, p. 4.

330
4 ) 
En conclusion, les données architecturales permettent de comprendre les
interactions et l’importance relative du milieu naturel, du mode de vie, du niveau de
développement technologique et des traditions socioculturelles dans la formation,
l’évolution et la stabilisation des types d’habitations1365. Sans omettre, toutefois, la part
prise par des choix personnels dans la construction et les aménagements, notamment
dans le cadre des habitats.

Ainsi, dans un premier temps, l’analyse des différents types architecturaux –


notamment de maisons – vue à travers le filtre des cultures permet de comprendre les
principales influences extérieures. Par ailleurs, la chronologie de l’apparition et de la
disparition de ces types démontre bien l’uniformisation des traditions au cours du
Bronze ancien. Ainsi, si on dénombre sept types de plans de maison différents au
Bronze ancien I, ils ne sont plus que six au Bronze ancien II et quatre au Bronze ancien
III. Le Bronze ancien I est une période très longuede de construction et d’élaboration de
nouveau type architecturaux. C’est une période d’échanges avec les régions frontalières,
avant que la culture se recentre autour des cités-états. Cette uniformisation se poursuit
au Bronze ancien II et au Bronze ancien III. D’ailleurs à cette époque, elle est
corroborée par la culture matérielle où les études de céramiques montrent que dans des
entités géographiques aussi différentes que la Plaine côtière, la Shéphélah, les collines
de Judée et le nord du Néguev, les types céramiques sont si semblables qu’ils en
deviennent interchangeables. P. de Miroschedji parle alors d’unification culturelle, à
propos du sud-ouest de la Palestine1366.

Dans un deuxième temps, les critères liés à la localisation géographique et donc


climatique restent essentiels pour comprendre le mode de vie des hommes et donc leurs
besoins en matière architecturale. Que ce soit la maison barlongue à cour ou une grande
installation de stockage de grain, chaque forme répond à sa manière aux nécessités
économiques des populations. De plus, dans le cas des villes possédant des palais,
P. de Miroschedji parle même d’économie palatiale, telle qu’elle est définie pour les
cités-états mésopotamiennes et syriennes. Avec notamment, une centralisation des
fonctions religieuses, politiques, militaires, administratives et économique dans un
même lieu et sous l’autorité d’un même personnage1367. Cependant, il est impossible
d’envisager l’économie du Bronze ancien en ne parlant que du mode de vie
méditerranéen, car l’économie de cette époque reste essentiellement basée sur
l’interaction entre le monde méditerranéen et les zones au climat plus aride, soit entre

1365
Perrot, 1984, p. 75.
1366
Miroschedji, 2006, p. 73.
1367
Miroschedji, 2006, p. 74.

331
les agriculteurs et les pasteurs semi-nomades1368. Si, comme nous l’avon vu, les
populations s’adaptent aux conditions environementales, celles-ci n’influencent pas
toujours les formes architecturales. Ainsi, dans la zone semi-désertique, l’influence du
climat demeure plus relative, les formes de construction restent plus influencées par le
critère culturel que par le critère environnemental, car la zone inclue des villes à
l’architecture semblable à celle des villes de la région méditerranéenne.

Dans un troisième temps, le critère social permet de comprendre à la fois


l’organisation des familles au sein des maisons que l’organisation de la société dirigée
par des élites, l’étendue de leur pouvoir étant symbolisée par l’apparition des villes
fortifiées. L’urbanisation est le dernier argument avancé permettant de comprendre des
plans. Ce phénomène commence à la toute fin du Bronze ancien I, mais prend tout son
essor au Bronze ancien II et III, même s’il n’est pas uniforme à travers toute la région.
En effet, certaines villes étaient déjà urbanisées à la fin du Bronze ancien I et d’autres
n’atteignent leur stade urbain qu’au Bronze ancien II1369.

L’urbanisation va contribuer à modifier profondément l’architecture car


désormais, les habitats vont devoir se développer dans un espace clos, assez vaste à
l’origine mais qui va vite se densifier obligeant les populations à organiser l’espace
urbain. On aboutit à des phénomènes d’agglutination des habitats qui traduisent un haut
niveau d’intégration sociale, plus important que dans un village. Ce type d’îlot suggère
soit la présence de liens de parenté entre les habitants soit la présence d’une autorité
dirigeante capable de légiférer et d’y maintenir l’ordre1370.

1368
Grigson, 1995, p. 246-247.
1369
Herzog, 1997, p. 42-43.
1370
Joffe, 1993, p. 68.

332
 
L’étude des constructions, malgré leur grande variété, a permis d’établir une
typologie des habitats. Cette dernière montre la permanence de certains types, met en
relief des différences culturelles entre les sites et permet de caractériser des modes de
vie différents. De cette manière, même si l’étude de l’architecture ne représente qu’un
moyen parmi d’autres de reconstituer une civilisation, c’est bien parce qu’ils « partagent
physiquement un même espace construit que les membres d’une communauté
constituent une unité stable et durable »1371. En effet, la construction d’une maison
résulte de la conciliation de nombreux paramètres, environnementaux, sociaux,
économiques et culturels. C’est pourquoi, certains plans restent dans la continuité des
périodes précédentes, comme la maison fosse, la maison rectangulaire simple ou la
maison à plan barlong associée à une cour. Mais au Bronze ancien, la typologie
s’enrichit aussi de nouveautés, avec le plan ovale et les maisons pluricellulaires
complexes, notamment celles à salle hypostyle. Ces nouveaux types d’habitations vont
se perpétuer dans les périodes suivantes, à l’exception des maisons ovales qui relèvent
d’un phénomène très localisé et unique dans le temps et dans l’espace.

Il y a encore peu de temps, seule une poignée de sites composés de maison


ovales étaient connus, dans une petite zone géographique située au sud du Liban et au
nord d’Israël. Mais depuis peu, de nouveaux sites ont été découverts au sud de la Syrie,
dans la région du Léjà et près de la plaine côtière israélienne. Cependant, la chronologie
de ce type d’architecture reste toujours limitée au Bronze ancien I. Pour O. Aurenche,
«l’introduction de nouveaux types architecturaux sur un site, ne doit pas nécessairement
s’expliquer par des changements brutaux de civilisations, dus à des conflits. Elle peut
être le fruit d’influences plus subtiles, telle que l’adoption de "modes" qui traduisent la
valeur culturelle que l’on peut attribuer aux phénomènes architecturaux »1372. Ainsi,

1371
Braemer, Cleuziou & Coudart, 1999, p. 2.
1372
Aurenche, 1984, p. 15.

333
contrairement à ce que de nombreux auteurs affirment1373, la maison barlongue dite
aussi maison d’Arad ne représente pas la maison type du Bronze ancien. Ce plan est
surtout associé à un mode de vie fondé sur l’élevage en zone semi-désertique (Tel Halif,
Tell Small Malhata, Arad). De plus, son emploi est essentiellement caractéristique du
Bronze ancien I et II. Il est plus rare au Bronze ancien III, où il est surtout utilisé pour
réaliser des constructions à usage non-domestique. En définitive, l’importance du
facteur socioculturel reste primordiale pour expliquer l’existence conjointe de plusieurs
types de maisons dans un espace aussi petit que la Palestine. Le climat, la topographie et
les ressources en matériaux de construction restent secondaires. De ce fait, l’architecture
constitue un véritable marqueur car elle évolue peu. Elle se diffuse plus difficilement
que des avancées techniques comme la métallurgie, dont les produits d’avant-garde ont
tendance à devenir universels. Pour A. Leroi-Gourhan, cette « difficulté de diffusion
tient à deux causes : au milieu qui conditionne dans une large mesure la maison et à
l’inertie technique en vertu de laquelle on ne change pas, à moins d’un grand
profit »1374.

En parallèle de ces maisons, apparaissent, dès le Bronze ancien IA des grandes


constructions dont la fonction n’est pas simplement domestique. Ces bâtiments, toujours
en exemplaire unique sur un site (Tel Erani, Palmahim Quarry, Beth Shean), adoptent
un plan qui se différencie très clairement du reste des maisons. Leur rôle est lié au
stockage et à la redistribution des productions agricoles1375. Ils attestent, de ce fait, de
l’existence d’un système économique complexe qui pratique la concentration des
ressources de nourriture et leur redistribution selon les besoins, par une autorité centrale.
Il ne faut pas les confondre avec les maisons pluricellulaires présentes en plusieurs
exemplaires dans des tissus urbains denses (Tell el-Fârǥah, Ai), notamment au Bronze
ancien II et III. Cependant, ces constructions ne relèvent pas de l’architecture
monumentale, les éléments du plan et les techniques de construction restent les mêmes
que pour l’architecture domestique.

Les premiers bâtiments monumentaux véritables sont les temples de Megiddo


construits dès le Bronze ancien I. Les temples des niveaux J-2, J-3 et J-4 se distinguent
par leur plan et surtout par leurs dimensions très importantes avec des murs de plus de
trois mètres de largeur. Néanmoins, la question des temples reste problématique car au
3ème millénaire les cas restent rares et souvent sujets à polémique (Arad, Beth Yerah,
Bâb edh-Dhrâ’, Khirbet el-Batrawy). Malgré tout, des codes architecturaux se mettent
en place, avec notamment l’usage de plans spécifiques comme le plan barlong ou à
antes.

1373
Marfoe, 1980, p. 315-322 ; Bumbulis, 1981, p. 32-45 ; Herzog, 1997, p. 42-62 ; Joffe, 1993, p. 71 ;
Greenberg, 2003, p. 22.
1374
Leroi-Gourhan, 1973, p. 243.
1375
Mazar, 1997, p. 65.

334
La typologie des bâtiments monumentaux s’enrichit encore au Bronze ancien II
avec l’apparition de fortification et au Bronze ancien III de celle des palais. Ces derniers
représentent les changements architecturaux les plus importants du Bronze ancien. Dans
certains établissements, la construction de fortification s’effectue avant l’établissement
de quartiers d’habitations et dans d’autre cas, les maisons sont détruites en préalable à la
construction de remparts. Dans tous les cas, la fortification prend la préséance sur les
habitations qui seront construites ou reconstruites en fonction de la ligne du rempart1376.
Lors de la transition BAI-BAII, les fortifications sont des ouvrages particulièrement
épais et complexes. Leur construction ainsi que celle des maisons situées à l’intérieur
ont décuplé les besoins en matériaux de construction : pierres, briques crues, bois. Les
constructeurs ne peuvent plus se contenter de ramasser les matériaux qui se situent sur
le site. Ils doivent être rapportés de plus loin ou même dans quelques rares cas, extraits
dans des carrières. Dans le cas des briques crues, la technique de moulage dans un cadre
en bois se développe très rapidement jusqu’à devenir la seule méthode employée dans
toute la Palestine dès la fin du Bronze ancien I. Des travaux d’une telle monumentalité
reflètent l’existence d’une classe dirigeante pouvant rassembler les énergies collectives.

Les conséquences de l’apparition des fortifications se ressentent au niveau


militaire mais aussi au niveau économique car le contrôle de l’entrée des portes entraîne
la centralisation des activités socio-économiques à l’intérieur du site. Cette nouvelle
économie fondée sur la pratique de l’agriculture, de l’horticulture et de l’élevage va
permettre l’obtention de meilleurs rendements et le dégagement de surplus. Or, une des
principales fonctions des villes et de leur administration officielle est justement cette
capacité à extraire et à investir les surplus. En outre, les modèles connus à l’époque dans
les cités-états syriennes et mésopotamiennes, montrent que les taxes sont payées en
nature par les agriculteurs, ce qui nécessite la construction d’infrastructures de stockage
par l’administration dirigeante. Ce genre d’organisation peut être abrité dans des palais,
premiers bâtiments publics à fonction non religieuse. Le premier bâtiment de ce type est
sans doute le « palais » de Khirbet-Zeraqun, construit en plusieurs étapes, bien qu’il ne
semble pas avoir été conçu à l’origine pour remplir cette fonction. Cependant,
l’adjonction au fur et à mesure de pièces de stockage et de zones d’activités semble lui
avoir permis de remplir cet office. De plus, la zone palatiale se trouve dans la ville haute
et à proximité de la zone religieuse. Ce lien étroit entre la construction des temples et le
siège du pouvoir laïc pourrait être la preuve de l'intégration de hautes hiérarchies
sociales.

Le premier véritable palais palestinien, construit dans un quartier public est le


Palais 3177 de Megiddo, fondé au Bronze ancien IIIB. Son plan et ses dimensions
possèdent des spécificités architecturales qui ne sont pas employées dans l’architecture

1376
Joffe, 1993, p. 71.

335
domestique. En effet, il se compose de plusieurs groupes de compartiments
fonctionnellement différents, mais combinés dans un seul projet. Ainsi, deux couloirs
centraux régissent les circulations. Comme l’espace dans ce secteur du site est limité en
raison de la présence des murs de citadelle à l’est et du terrassement de la zone sacrée à
l’ouest, le plan n’adopte pas un type particulier. Cependant, l’idée de distinguer un
secteur privé et résidentiel, à l’ouest et un secteur de réception, à l’est se retrouve dans
les palais du Bronze moyen érigés dans la même zone1377.

À Tel Yarmouth, le secteur cultuel n’a pas été identifié, mais la monumentalité
et l’emploi de techniques de construction innovantes démontrent la spécificité de ce
bâtiment. La présence d’une vaste cour entourée de murs à contrefort montre comment
le bâtiment est désormais un centre polyvalent, nécessitant de grands espaces pour
accueillir les différentes activités relatives à l'administration de l'État. De plus, sa
localisation immédiatement devant la porte de la ville symbolise le rôle du palais au
centre de la cité-état.

Dans ces trois palais, le plan, les dimensions, la localisation, les techniques de
construction contribuent à montrer que ce type de bâtiment possède un rôle de plus en
plus important, à la fois comme centre du pouvoir et résidence des élites. La présence de
zones de stockage est aussi un aspect essentiel de ces bâtiments. Elle reflète les
interactions existantes alors entre la ville et les villages alentours. Or, la prise en compte
des zones rurales est essentielle car les spécialistes estiment qu’environ 80 à 90 % de la
population des sociétés préindustrielles travaille la terre afin de permettre l’existence
d’artisans spécialistes et d’une élite1378.

L’affirmation du modèle urbain se fait aussi en parallèle avec le développement


des compétences de conception et de planification des constructeurs. Ainsi,
l’architecture monumentale représente la manifestation architecturale de la présence
d’institutions contrôlées par une classe dirigeante au niveau politique, militaire,
administratif, religieux et économique. L’importance des travaux engagés et les
reconstructions suggèrent que ces élites relèvent de statuts inscrits et non plus obtenus.
Ainsi, il y a deux types d’architecture monumentale : une inspirée directement de la
maison mais construite sur une plus grande échelle et une plus complexe qui est
construite avec des méthodes différentes. D’ailleurs ces méthodes, comme la
métrologie, ne survivront pas à l’effondrement de la société du Bronze ancien. Cette
véritable architecture monumentale n’a pas vocation à usage domestique, elle est conçue
dans un but précis, lié soit à la protection du site, soit à la gestion des surplus agricoles,
base du fonctionnement des sociétés urbaines anciennes. Il y a donc, d’un côté, une
architecture qui pourrait être qualifiée de « pseudo-monumentale » car elle ne se
1377
Nigro, 1995, p. 413-414.
1378
Mann, 1986, p. 264.

336
distingue pas de l’architecture domestique, et d’un autre côté, une véritable architecture
monumentale qui est complètement différente de l’architecture domestique.

Au final, l’apport de toutes ces nouvelles données et la mise en parallèle de


plusieurs types de productions architecturales permet d’apporter un nouvel éclairage à la
question de l’urbanisation, qui est au cœur des problématiques liées au Bronze ancien.
En effet, la première urbanisation de la région et aussi l’une des plus anciennes au
monde découle d’un processus lent, graduel, enclenché dès le Chalcolithique, au début
du 4ème millénaire avant notre ère et qui s'est accéléré vers 3 000, au passage du Bronze
ancien I au Bronze ancien II1379. Les causes de cette transformation progressive sont à la
fois d’ordre économique – développement d’un mode de vie d’agriculteur sédentaire –
et culturel avec le développement des relations avec l’Égypte, la côte levantine et
notamment Byblos mais aussi avec la Mésopotamie et la Syrie, au milieu du
3ème millénaire. Il en résulte l’apparition d’un nouveau mode d’occupation du territoire
fondé sur l’existence de quelques sites fortifiés dont certains possèdent des palais.
Cependant, en Palestine, le palais n’est jamais parvenu à la centralité qu’il a en Syrie et
en Mésopotamie, probablement en raison de la petite extension territoriale et du petit
nombre d’habitants1380. Ce phénomène est également circonscrit dans le temps, vu que
toutes les conditions permettant l’existence des villes ne sont réunies qu’au Bronze
ancien II et III.

En effet, à la période suivante, le Bronze Intermédiaire, ce système s’effondre.


Les populations abandonnent la région de la Plaine côtière et les grands sites urbanisés
du Bronze ancien III, pour retourner s’installer dans des petits villages et dans des
camps saisonniers, ou bien redeviennent mobiles. Il n’y a plus de hiérarchisation des
sites. Le mode de subsistance n’est plus axé sur l’agriculture intensive. Il y a un retour
au pastoralisme nomade. De plus, l’arrêt des relations avec l’Égypte provoque un
isolement de la Palestine1381. L’urbanisation du territoire ne reprend qu’au Bronze
moyen. L’époque marque même, selon G. Dever, l'apogée de la culture urbaine syro-
palestinienne. Les populations réinvestissent les régions de climat méditerranéen. De
nouveau apparaît une dichotomie entre de grands sites urbains fortifiés et des
établissements plus modestes ouverts1382. Le processus d'urbanisation est fondé sur le
palais, qui devient le cœur des entités politiques des cités-états.

1379
Miroschedji, 1995b.
1380
Nigro, 1995, p. 416.
1381
Dever, 1989, tabl. 1, p. 237.
1382
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365
366
   ) 
Remerciements ....................................................................................................................................1
Sommaire ............................................................................................................................................3
Liste des abréviations .........................................................................................................................7
Liste des tableaux et schémas .............................................................................................................9

INTRODUCTION ....................................................................................................................................13
A. Architecture domestique et architecture monumentale ................................................................13
B. Cadres de l’étude..........................................................................................................................15
1. Géographie ............................................................................................................................................... 15
2. Chronologie.............................................................................................................................................. 19
C. La méthodologie...........................................................................................................................20
1. Problèmes rencontrés ............................................................................................................................... 21
2. Sources d’informations complémentaires................................................................................................. 22
3. Les objectifs de l’étude............................................................................................................................. 23

PREMIERE PARTIE. TECHNIQUES ET MATERIAUX DE CONSTRUCTION..........................25


CHAPITRE I. LES TECHNIQUES DE CONSTRUCTION ..................................................................................26
A. Le travail préparatoire .................................................................................................................26
1. Les aménagements préliminaires du terrain ............................................................................................. 27
a. Construction directe sur le rocher ou sur le sol vierge......................................................................... 27
b. Les aménagements de la surface ......................................................................................................... 28
i. Des couches de fondation ............................................................................................................... 28
ii. Techniques de fondation pour sols instables.................................................................................. 29
c. Murs de soutènement et terrasses ........................................................................................................ 31
i. Bronze ancien I............................................................................................................................... 31
ii. Bronze ancien II ............................................................................................................................ 32
iii. Bronze ancien III .......................................................................................................................... 33
d. Le poids des constructions .................................................................................................................. 34
2. Planification des productions architecturales ........................................................................................... 35
a. Les mathématiques et l’architecture .................................................................................................... 35
i. Le plan............................................................................................................................................ 35
ii. Les outils d’implantation ............................................................................................................... 36
iii. Le triangle rectangle ..................................................................................................................... 37
b. La métrologie ...................................................................................................................................... 38
i. La métrologie en Mésopotamie et en Égypte.................................................................................. 38
ii. La métrologie au Levant................................................................................................................ 39

367
3. Dépôts ou caches...................................................................................................................................... 42
a. Les cas archéologiques........................................................................................................................ 42
b. Interprétation....................................................................................................................................... 44
B. Les outils ......................................................................................................................................47
1. Les outils de travail de la terre ................................................................................................................. 48
2. Les outils de travail du bois et de la pierre ............................................................................................... 48
a. La hache et la herminette..................................................................................................................... 49
b. La scie ................................................................................................................................................. 50
c. Le ciseau ............................................................................................................................................. 51
3. Outils en pierre ou en métal ?................................................................................................................... 52

CHAPITRE II. LES MATERIAUX DE CONSTRUCTION .................................................................................59


A. La pierre.......................................................................................................................................60
1. Types de pierres ....................................................................................................................................... 60
2. Extraction ................................................................................................................................................. 63
3. Formats..................................................................................................................................................... 65
4. Usages ...................................................................................................................................................... 69
B. La terre.........................................................................................................................................71
1. De la terre à la terre à bâtir ....................................................................................................................... 71
2. Mises en œuvre ........................................................................................................................................ 73
a. Terre compactée : le pisé..................................................................................................................... 73
b. Terre préfabriquée : la brique.............................................................................................................. 74
i. La composition des briques ............................................................................................................ 74
i.1 Remarques générales ............................................................................................................... 74
i.2 Cas pratique : analyses des briques de Tel Yarmouth ............................................................. 75
ii. La chaîne opératoire de fabrication des briques............................................................................. 79
iii. Caractéristiques des briques ......................................................................................................... 80
iii.1 Dimensions............................................................................................................................ 80
iii.2 Poids...................................................................................................................................... 85
iii.3 Marques................................................................................................................................ 85
iii.4 Couleurs ................................................................................................................................ 86
c. Terre plastique : l’enduit et le mortier ................................................................................................. 88
i. Le mortier ....................................................................................................................................... 88
ii. L’enduit ......................................................................................................................................... 89
3. Usages ...................................................................................................................................................... 89
C. Les végétaux .................................................................................................................................90
1. Le bois...................................................................................................................................................... 90
a. Les espèces.......................................................................................................................................... 90
b. Le travail du bois ................................................................................................................................ 94
c. Les usages ........................................................................................................................................... 95
2. Les autres végétaux .................................................................................................................................. 97
a. Les produits......................................................................................................................................... 97
b. Les usages ........................................................................................................................................... 98
D. Les autres types de matériaux ......................................................................................................99
1. Le bitume ................................................................................................................................................. 99
2. Les réemplois ......................................................................................................................................... 100

CHAPITRE III. LES ELEMENTS DE LA CONSTRUCTION............................................................................101


A. Les murs .....................................................................................................................................101
1. Les types et les dimensions des murs ..................................................................................................... 102
2. Les fondations ........................................................................................................................................ 105
a. Murs sans fondation .......................................................................................................................... 105
b. Murs avec fondation.......................................................................................................................... 107
i. Fondation sur une construction préexistante................................................................................. 107

368
ii. Fondation en tranchées et en réseau............................................................................................. 108
3. Les soubassements ................................................................................................................................. 111
a. Les murs sans soubassement de pierre .............................................................................................. 111
b. Les appareils ..................................................................................................................................... 112
i. Appareil soigné............................................................................................................................. 113
ii. Appareil à gros blocs de type mégalithique ................................................................................. 113
iii. Appareil « en épi » ou « arêtes de poisson »............................................................................... 114
iv. Finition du sommet du soubassement ......................................................................................... 114
4. Les superstructures................................................................................................................................. 115
a. Le montage des superstructures en briques ....................................................................................... 116
b. Les maçonneries................................................................................................................................ 117
5. L’agencement des murs.......................................................................................................................... 119
6. Finitions ................................................................................................................................................. 120
a. Les enduits ........................................................................................................................................ 120
b. Cas pratique : analyse d’enduits de Tel Yarmouth............................................................................ 121
i. L’enduit du « Bâtiment Blanc » (n° 10 347), chantier C .............................................................. 121
ii. Les enduits du Palais B1, chantier B ........................................................................................... 122
i.1 L’enduit posé sur le mur 1982 (n° 17 227)............................................................................ 122
i.2. L’enduit posé sur le mur 2039 (n° 17 226)........................................................................... 122
i.3 L’enduit posé sur le mur 1588 (n° 17 224)............................................................................ 123
i.4 L’enduit posé sur le mur 2022 (n° 17 225)............................................................................ 123
c. Entretien et mesures de protection..................................................................................................... 124
i. Entretien des productions architecturales ..................................................................................... 124
ii. Des dispositions contre les tremblements de terre ? .................................................................... 126
B. La couverture .............................................................................................................................128
1. Les supports de toiture ........................................................................................................................... 128
a. Typologie des supports de charge ..................................................................................................... 128
i. Les poteaux................................................................................................................................... 129
i.1 Les trous de poteaux.............................................................................................................. 129
i.2 Les poteaux reposant sur une base......................................................................................... 129
ii. Les autres types de support de charge.......................................................................................... 132
ii.1 Les pilastres.......................................................................................................................... 132
ii.2 Les murets internes............................................................................................................... 132
ii.3 Les poteaux engagés............................................................................................................. 132
ii.4 La couverture sans support................................................................................................... 133
b. La mise en œuvre des supports de toiture ......................................................................................... 134
i. La localisation des supports.......................................................................................................... 134
i.1 Bases dans l’axe longitudinal ................................................................................................ 134
i.2 Bases près des murs............................................................................................................... 135
i.3 Salles à piliers........................................................................................................................ 136
i.4 Porches à ante........................................................................................................................ 139
ii. Les superficies couvertes............................................................................................................. 139
2. Le toit ..................................................................................................................................................... 140
a. Types et compositions....................................................................................................................... 141
b. Les utilisations du toit ....................................................................................................................... 143
C. Les ouvertures ............................................................................................................................145
1. Les portes ............................................................................................................................................... 145
a. Les seuils........................................................................................................................................... 145
b. Les montants et les linteaux .............................................................................................................. 148
2. Fenêtres, aération et éclairage ................................................................................................................ 149
D. Les aménagements internes .......................................................................................................151
1. Les sols................................................................................................................................................... 151
a. Les sols en terre battue et les sols chaulés......................................................................................... 152
b. Les sols pavés ................................................................................................................................... 153
2. Marches, escaliers et étages.................................................................................................................... 155
a. Les marches et les escaliers............................................................................................................... 155
b. La question de l’étage ....................................................................................................................... 156
3. Bancs, banquettes, plates-formes et installations appuyées contre un mur............................................. 158
a. Bancs et banquettes ........................................................................................................................... 158

369
b. Plates-formes..................................................................................................................................... 160
c. Installations appuyées contre un mur ................................................................................................ 161
4. Silos, petites fosses et poteries enterrées ................................................................................................ 162
a. Silos................................................................................................................................................... 162
b. Fosses ou cupules.............................................................................................................................. 164
c. Poteries enterrées .............................................................................................................................. 165
5. Foyers et fours........................................................................................................................................ 166
a. Foyers................................................................................................................................................ 166
b. Fours ................................................................................................................................................. 168
i. Les fours domestiques .................................................................................................................. 168
ii. Les fours de potiers ..................................................................................................................... 168
6. Aménagements liés à l’usage de l’eau.................................................................................................... 169
a. Le stockage de l’eau .......................................................................................................................... 169
b. L’évacuation de l’eau........................................................................................................................ 170

CHAPITRE IV. INNOVATIONS ET CONSTRUCTEURS AU BRONZE ANCIEN ...............................................173


A. Les innovations techniques du Bronze ancien ............................................................................173
1. Les briques moulées ............................................................................................................................... 173
a. Les premières briques........................................................................................................................ 173
b. Les premières briques moulées ......................................................................................................... 176
c. La transition Chalcolithique/Bronze ancien I .................................................................................... 177
2. Les supports intermédiaires.................................................................................................................... 180
B. Les constructeurs........................................................................................................................181
1. Du constructeur occasionnel à l’architecte ............................................................................................. 181
a. En architecture domestique ............................................................................................................... 181
b. En architecture monumentale............................................................................................................ 182
2. La transmission des savoirs architecturaux ............................................................................................ 183
Synthèse ..........................................................................................................................................185

DEUXIEME PARTIE. TYPES ARCHITECTURAUX......................................................................187


CHAPITRE I. LES PLANS .......................................................................................................................188
A. L’architecture domestique : typologie des plans........................................................................188
1. Les habitats troglodytiques..................................................................................................................... 189
2. Le plan circulaire.................................................................................................................................... 190
3. Le plan ovale ou à double abside............................................................................................................ 192
a. Répartition géographique et chronologique....................................................................................... 193
b. Les caractéristiques architecturales ................................................................................................... 194
c. L’organisation spatiale ...................................................................................................................... 197
4. Le plan rectangulaire.............................................................................................................................. 199
a. Le plan rectangulaire monocellulaire ................................................................................................ 199
i. Attestations archéologiques .......................................................................................................... 199
i.1 Bronze ancien I...................................................................................................................... 199
i.2 Bronze ancien II .................................................................................................................... 200
i.3 Bronze ancien III................................................................................................................... 201
ii. Dimensions des habitats et des espaces ....................................................................................... 203
iii. Les plans rectangulaires à angles arrondis : un cas particulier ?................................................. 208
b. Le plan barlong ................................................................................................................................. 212
i. Origines du plan barlong .............................................................................................................. 212
ii. Au Bronze ancien ........................................................................................................................ 213
ii.1 Bronze ancien I..................................................................................................................... 213
ii.2 Bronze ancien II et III .......................................................................................................... 214
c. Le plan pluricellulaire ....................................................................................................................... 216
i. Le plan pluricellulaire simple ....................................................................................................... 218
i.1 Bronze ancien I...................................................................................................................... 218
i.2 Bronze ancien II .................................................................................................................... 218
i.3 Bronze ancien III................................................................................................................... 220
ii. Le plan pluricellulaire avec une salle à poteaux .......................................................................... 220

370
iii. Analyses ..................................................................................................................................... 222
5. Conclusion ............................................................................................................................................. 224
B. L’architecture monumentale ......................................................................................................226
1. Palais ...................................................................................................................................................... 227
a. Des palais ? ....................................................................................................................................... 227
b. Les palais identifiés........................................................................................................................... 229
i. Khirbet ez-Zeraqun....................................................................................................................... 229
ii. Megiddo ...................................................................................................................................... 231
iii. Tel Yarmouth ............................................................................................................................. 233
i.1 Superficie .............................................................................................................................. 234
i.2 Composition des espaces....................................................................................................... 236
c. Spécificités de l’architecture palatiale ............................................................................................... 238
2. Temples .................................................................................................................................................. 241
a. Le problème des critères d’identification .......................................................................................... 242
b. Les temples identifiés........................................................................................................................ 244
i. Bronze ancien I............................................................................................................................. 244
i.1 Le temple du niveau J-2 de Megiddo .................................................................................... 244
i.2 Le temple du niveau J-3 de Megiddo .................................................................................... 244
i.3 Le temple du niveau J-4 de Megiddo .................................................................................... 245
ii. Bronze ancien II .......................................................................................................................... 246
ii.1 L’autel de Beth Yerah .......................................................................................................... 246
ii.2 Le Temple de l’acropole à Ai............................................................................................... 247
iii. Bronze ancien III ........................................................................................................................ 248
iii.1 Le complexe cultuel de Khirbet ez-Zeraqun ...................................................................... 248
iii.2 Les temples de Megiddo ..................................................................................................... 249
c. Les attestations discutées................................................................................................................... 252
i. Le plan barlong............................................................................................................................. 252
i.1 La zone cultuelle de Tel Arad................................................................................................ 252
i.2 Le « Bâtiment Blanc » de Tel Yarmouth............................................................................... 253
i.3 Les temples A et B de Bâb edh-Dhrâ’ ................................................................................... 254
i.4 Le temple F de Khirbet el-Batrawy ....................................................................................... 255
ii. La question de l’aménagement .................................................................................................... 256
ii.1 Le locus 671 de Tell el-Fârǥah.............................................................................................. 256
ii.2 Le locus 420 de Jéricho ........................................................................................................ 256
ii.3 La pièce du niveau XA de Beth Yerah ................................................................................. 257
iii. Les pierres dressées .................................................................................................................... 257
d. Les éléments constitutifs des plans ................................................................................................... 258
i. Traits généraux ............................................................................................................................. 258
ii. La forme du plan ......................................................................................................................... 260
iii. Plates-formes monumentales ...................................................................................................... 263
iiii. Le temenos ................................................................................................................................ 264
3. Un cas problématique : le Bâtiment aux cercles de Beth Yerah ............................................................. 265

CHAPITRE II. ÉTUDE FONCTIONNELLE ..................................................................................................267


A. Vie sociale et réception ..............................................................................................................268
B. La préparation des repas............................................................................................................269
C. Le stockage.................................................................................................................................272
1. Les zones réservées au stockage............................................................................................................. 272
2. Les pièces de stockage ........................................................................................................................... 273
3. Les installations de stockage extérieur ................................................................................................... 277
D. Les activités spécialisées............................................................................................................279
1. Artisanales.............................................................................................................................................. 279
2. Économique............................................................................................................................................ 280
3. Religieuses ............................................................................................................................................. 282
4. Funéraires............................................................................................................................................... 283
E. Les zones hors d’usage...............................................................................................................289
Synthèse ..........................................................................................................................................291

371
TROISIEME PARTIE. ARCHITECTURE ET SOCIETE................................................................295
CHAPITRE I. ARCHITECTURE ET TRADITIONS CULTURELLES .................................................................297
A. Les cultures du Bronze ancien....................................................................................................297
1. La présence et l’influence égyptienne .................................................................................................... 298
a. Les relations entre l’Égypte et le sud Levant..................................................................................... 298
b. Les influences architecturales ........................................................................................................... 299
2. L’influence du Levant nord .................................................................................................................... 300
B. La valeur culturelle d’un modèle architectural..........................................................................302
1. Khirbet Kerak, un contre-exemple ?....................................................................................................... 302
2. Modèle architectural et culture............................................................................................................... 304

CHAPITRE II. ARCHITECTURE, ECONOMIE ET SOCIETE ..........................................................................306


A. Architecture, climat et économie ................................................................................................306
1. La zone de climat méditerranéen............................................................................................................ 306
a. Caractéristiques des habitats ............................................................................................................. 307
b. L’importance du stockage ................................................................................................................. 308
2. La zone de climat semi-aride.................................................................................................................. 310
B. L’architecture, un reflet de la hiérarchisation sociale ...............................................................312
1. Architecture domestique et organisation sociale .................................................................................... 313
a. Bronze ancien I ................................................................................................................................. 314
b. Bronze ancien II et III ....................................................................................................................... 315
2. Architecture monumentale et élites ........................................................................................................ 316
a. Élites et grandes maisons .................................................................................................................. 316
b. Élites et architecture monumentale ................................................................................................... 318
c. Élites et temples ................................................................................................................................ 319
C. Architecture et urbanisation.......................................................................................................320
1. Ville : définition et controverse .............................................................................................................. 320
2. L’urbanisation ........................................................................................................................................ 324
3. L’urbanisme ........................................................................................................................................... 326
a. L’enveloppe urbaine.......................................................................................................................... 327
b. Le bâti ............................................................................................................................................... 328
c. La voirie ............................................................................................................................................ 329
Synthèse ..........................................................................................................................................331

CONCLUSION.......................................................................................................................................333
BIBLIOGRAPHIE ....................................................................................................................................339
TABLE DES MATIERES ...........................................................................................................................367

CATALOGUE DES SITES.…….…………………....…………………………………………Volume 2

PLANCHES……………………………………….…………………..…………………………Volume 3
1. Liste des planches
2. Planches

372

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