Architecture en Palestine au Bronze ancien
Architecture en Palestine au Bronze ancien
ancien
Deborah Jane Sebag
Deborah SEBAG
volume 1 : Texte
Sous la direction de :
Pierre de Miroschedji (CNRS, Paris)
Jury :
Frank Braemer (Centre d’Études Préhistoire, Antiquité, Moyen Âge)
Catherine Breniquet (Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand II)
Pascal Butterlin (Université de Paris I)
Pierre de Miroschedji (CNRS, Paris)
Lorenzo Nigro (Università di Roma « La Sapienza »)
Jean-Paul Thalmann (Université de Paris I)
À mes parents
Je tiens tout d’abord à remercier Pierre de Miroschedji (CNRS, Paris) qui a suivi mes travaux
depuis mes premiers dossiers de licence jusqu’à la relecture de ce travail et dont les enseignements à
l’Université de Paris 1 m’ont fait choisir cette voie. Il serait vain de tenter d’établir une liste de tout ce
dont je lui suis redevable. Il m’a entre autre permis de participer à de nombreuses expériences
universitaires et archéologiques. C’est lui qui m’a confié ce sujet qui lui tient à cœur et qui prend tout son
sens après avoir participé aux campagnes de fouilles à la fois dans le Palais et dans les maisons de Tel
Yarmouth (Israël).
C’est également en suivant ses pas que j’ai été pensionnaire pendant un an (2005/2006) de
l’École biblique et archéologique française de Jérusalem au moyen d’une bourse allouée par l’Académie
des Inscriptions et des Belles Lettres. Les nombreux cours, excursions et voyages dispensés par l’École
ont enrichi ma connaissance des civilisations du Proche-Orient ancien. Je tiens également à remercier le
Père Jean-Baptiste Humbert pour ses nombreux conseils et la relecture de mon mémoire.
Grâce à des bourses de recherches du Centre de recherche français de Jérusalem alors dirigé par
P. de Miroschedji, j’ai pu prolonger mon séjour en Israël. Je tiens à remercier toute son équipe, qui fut
d’une aide et d’un soutien formidable, et notamment Lyse Baer, Marjolaine Barazani, Florence Heymann,
Eva Telkes-Klein. Mais aussi tous les boursiers auprès de qui j’ai tant appris comme Gaëlle, Caroline,
Pierre, Sylvain et Eléonore. J’ai aussi une pensée spéciale pour le Kenyon Institute, British School of
Archaeology in Jerusalem qui m’a hébergé et qui m’a apporté aussi beaucoup en termes de rencontres et
de moments exceptionnels. C’est également lors de mon séjour en Israël que j’ai pu rencontrer et
travailler avec l’équipe de S. Weiner de l’Institut Weizmann à Rehovot (Israël). Ils n’ont pas hésité à
m’expliquer toutes les procédures et le fonctionnement de leur Spectrogramme à Infrarouge et à me
confier tout leur appareillage pour que je réalise moi-même les expériences.
Je souhaite également remercier les archéologues de l’Office des Antiquités d’Israël E. Braun, E.
Eisenberg, A. Golani, H. Khalaili et I. Milevski qui ont toujours été disponibles pour répondre à mes
questions ou m’inviter à visiter leurs sites.
Je souhaite aussi exprimer toute ma gratitude à Franck Braemer pour ses nombreux conseils et
suggestions dont j’espère avoir été à la hauteur. J’ai aussi une pensée pour Serge Cleuziou qui fut au
départ mon directeur de thèse avant sa disparition.
Enfin, cette thèse ne serait rien sans mon passage de 2001 à 2004 à la revue Orient-Express,
Notes et nouvelles d’archéologie orientale. J’y ai appris énormément et pas seulement sur la publication
scientifique et l’organisation de « pots » scientifiques.
Une autre équipe de volontaires m’est particulièrement chère, celle des « yarmouthiens » et je
voudrais ici les remercier tous et notamment Martine, Estelle, Christian, Michaël, Guillaume, Rosemary,
Hélène, Frédéric, Olivier, Aurélie S., Violaine et Cathel.
Je tiens également à remercier tous mes amis, archéologues ou non, qui m’ont aidé, soutenue et à
l’occasion même relu comme Marie C., Aurélie J., Guilhem, Mélanie, Antoine, Saskia, Marianne,
Déborah E., Bérengère, Perle, Marie P., Claire, Marie-Pierre, Perrine, Babette, Fanny, Solenne.
Cependant, ma gratitude va surtout à ma famille, mes parents qui m’ont toujours soutenu et
encouragé dans cette voie archéologique, mais aussi à mon frère, ma sœur, ma tante Liliane et ma grand-
mère partie trop tôt.
2
Remerciements ....................................................................................................................................1
Sommaire ............................................................................................................................................3
Liste des abréviations .........................................................................................................................7
Liste des tableaux et schémas .............................................................................................................9
INTRODUCTION ....................................................................................................................................13
A. Architecture domestique et architecture monumentale ................................................................13
B. Cadres de l’étude..........................................................................................................................15
1. Géographie ............................................................................................................................................... 15
2. Chronologie.............................................................................................................................................. 19
C. La méthodologie...........................................................................................................................20
1. Problèmes rencontrés ............................................................................................................................... 21
2. Sources d’informations complémentaires................................................................................................. 22
3. Les objectifs de l’étude............................................................................................................................. 23
3
B. La terre.........................................................................................................................................71
1. De la terre à la terre à bâtir ....................................................................................................................... 71
2. Mises en œuvre ........................................................................................................................................ 73
3. Usages ...................................................................................................................................................... 89
C. Les végétaux .................................................................................................................................90
1. Le bois...................................................................................................................................................... 90
2. Les autres végétaux .................................................................................................................................. 97
D. Les autres types de matériaux ......................................................................................................99
1. Le bitume ................................................................................................................................................. 99
2. Les réemplois ......................................................................................................................................... 100
4
4. Le plan rectangulaire.............................................................................................................................. 199
5. Conclusion ............................................................................................................................................. 224
B. L’architecture monumentale ......................................................................................................226
1. Palais ...................................................................................................................................................... 227
2. Temples .................................................................................................................................................. 241
3. Un cas problématique : le Bâtiment aux cercles de Beth Yerah ............................................................. 265
CONCLUSION.......................................................................................................................................333
BIBLIOGRAPHIE ....................................................................................................................................339
TABLE DES MATIERES ...........................................................................................................................367
5
6
& : et
& al. : et alii
AASOR : Annual of the American Schools of Oriental Research
ADAJ : Annual of the Department of Antiquities of Jordan
ASOR : American Schools of Oriental Research
'Atiqot (ES) : 'Atiqot (English Series)
BA : Biblical Archaelogist
BAR Int. series : British Archaeological Reports International series
BASOR : Bulletin of the American Schools of Oriental Research
Bât. : bâtiment
CRAIBL : Comptes-rendus de l’Académie des inscriptions et belles-lettres
CRFJ : Centre de Recherche Français de Jérusalem
CMO : Collection de la Maison de l’Orient méditerranéen ancien
CNRS : Centre national de la recherche scientifique
EBAF : École biblique et archéologique française de Jérusalem
ed. /eds. : editor, editors
éd. / éds. : éditeur(s)
EI : Eretz Israel
Env. : environ
EPHE : École pratique des hautes études
ERC : Édition Recherches sur les Civilisations
ESI : Excavations and Surveys in Israel
fig. : figure(s)
HA: Hadashot Archeologiyot
IAA : Israel Antiquity Authority
ICAANE : International Congress of Archaeology in the Ancient Near East
IEJ : Israel Exploration Journal
IES : Israel Exploration Society
7
IFAPO/ IFPO : Institut français d’archéologie du Proche-Orient
JMA : Journal of Mediterranean Archaeology
JPOS : Journal of the Palestine Oriental Society
L., Loc. : locus (loci)
Mais.: maison
n° : numéro (s)
niv. : niveau (x)
NLIAA : News Letter of the Institute of Archaeology and Anthropology
p. : page(s)
PEFA : Palestine Exploration Fund Annual
PEFQS : Palestine Exploration Fund Quarterly Statement
PEQ : Palestine Exploration Quarterly
pl. : planche (s)
RB : Revue Biblique
SHAJ : Studies in the History and Archaeology of Jordan
TA : Tel Aviv
Tabl.: tableau
vol. : volume
ZDPV : Zeitschrift des Deutschen Palästina Vereins
8
9
Tableau 22 La répartition des céramiques de forme fermées dans les zones d’habitat
Tableau 23 Les tombes en jarre sous les maisons au Bronze ancien I
Tableau 24 Les sept critères déterminants de l’environnement bâti d’après D. Sanders
Tableau 25 Les relations situation géographique / taille des sites
Tableau 26 Hétérarchie et hiérarchie
Tableau 27 Stratigraphie de Ai
Tableau 28 Les chantiers de fouilles à Ai
Tableau 29 Les dimensions des maisons de Ai, au Bronze ancien II et III
Tableau 30 Les niveaux d’occupation du Bronze ancien à Aphek
Tableau 31 Stratigraphie d’Arad
Tableau 32 Les chantiers de fouilles à Arad
Tableau 33 Stratigraphie d’Ashkelon-Afridar
Tableau 34 Stratigraphie d’Ashkelon-Barnea
Tableau 35 Stratigraphie de Bâb edh-Dhrâ
Tableau 36 Les caractéristiques des tombes du Bronze ancien II-III de Bâb edh-Dhrâ’
Tableau 37 Stratigraphie de Beth Ha-Emeq
Tableau 38 Stratigraphie de Beth Shean
Tableau 39 Stratigraphie de Beth Yerah
Tableau 40 Les dimensions des pièces du niveau 6
Tableau 41 Stratigraphie de Tel Dalit
Tableau 42 Les chantiers de fouilles à Tel Dalit
Tableau 43 Stratigraphie de ‘En Besor
Tableau 44 Stratigraphie de En Esur
Tableau 45 Récapitulatif des dimensions des maisons du niveau III
Tableau 46 Récapitulatif des dimensions des maison du niveau II
Tableau 47 Stratigraphie de Tel Erani
Tableau 48 Les chantiers de fouilles à Tel Erani
Tableau 49 Stratigraphie de Tell el-Fârǥah
Tableau 50 Les chantiers de fouilles à Tell el-Fârǥah
Tableau 51 La superficie des pièces de la maison loci 47, 48
Tableau 52 La superficie des loci dans le carré K 5, période 2
Tableau 53 La superficie des loci période 3
Tableau 54 La superficie des pièces de la « Maison des Jarres »
Tableau 55 La superficie des pièces de la maison loci 99, 100, 101
Tableau 56 La superficie des pièces de la maison loci 55, 56, 86
Tableau 57 Stratigraphie de Gezer
Tableau 58 Les périodes d’occupation de Tel Halif
10
Tableau 59 Les chantiers de fouille à Tel Halif
Tableau 60 Dimensions de la « EB Villa »
Tableau 61 Stratigraphie de Tell Um Hammad
Tableau 62 Stratigraphie de Tel Kabri
Tableau 63 Stratigraphie de Tell Abu al-Kharaz
Tableau 64 Stratigraphie de Tel Kishion
Tableau 65 Stratigraphie de Tel Kitan
Tableau 66 Stratigraphie de Lod
Tableau 67 Couleurs des briques trapézoïdales de Lod
Tableau 68 Stratigraphie de Tel Small Malhata
Tableau 69 Stratigraphie de Megiddo
Tableau 70 Dimensions des bases de colonne dans le temple J-2 de Megiddo
Tableau 71 Récapitulatif des données connues sur les temples de Megiddo
Tableau 72 Stratigraphie de Meona
Tableau 73 Dimensions des pièces de Meona
Tableau 74 Stratigraphie de Mezer
Tableau 75 Dimensions des habitats ovales de Mezer
Tableau 76 Dimensions des maisons en fonction des secteurs du village
Tableau 77 Dimensions moyennes des maisons par secteur
Tableau 78 Stratigraphie de Palmahim Quarry
Tableau 79 Dimensions des constructions circulaires de Palmahim Quarry
Tableau 80 Stratigraphie de Horvat Ptora
Tableau 81 Stratigraphie de Tel Qashish
Tableau 82 Dimensions de pièces du niveau XIIB de Tel Qashish
Tableau 83 Dimensions des pièces du niveau XI de Tel Qashish
Tableau 84 Stratigraphie de Qiryat ‘Ata
Tableau 85 Dimensions des habitats ovales de Qiryat Ata
Tableau 86 Stratigraphie de Tell es-Sakan
Tableau 87 Les chantiers de fouille à Tell es-Sakan
Tableau 88 Stratigraphie de Horvat Illin Tahtit
Tableau 89 Stratigraphie de Tel Teo
Tableau 90 Les chantiers de fouilles à Yaqush
Tableau 91 Stratigraphie de Tel Yarmouth
Tableau 92 Les chantiers de fouilles dans la ville basse de Tel Yarmouth
Tableau 93 Superficie des espaces du chantier G
Schéma 6 Répartition en pourcentage des superficies des pièces du chantier G
Schéma 7 Répartition du nombre de seuils par pièces dans le chantier G
Tableau 94 Stratigraphie de Yiftahel
Tableau 95 Dimensions des constructions de Yiftahel
Tableau 96 Typologie céramique de Khirbet ez-Zeraqun établie par H. Genz
Tableau 97 Inventaire céramique du bâtiment B1.2
11
Tableau 98 Inventaire céramique du bâtiment B1.3
Tableau 99 Inventaire céramique du bâtiment B1.4
Tableau 100 Inventaire céramique du bâtiment B1.6
Tableau 101 Répartition des céramiques de forme fermée dans les zones d’habitat
Tableau 102 Inventaire céramique du bâtiment B0.9
Tableau 103 Superficie des bâtiments de la zone cultuelle
Tableau 104 Inventaire des céramiques retrouvées dans la zone cultuelle
Tableau 105 Inventaire des céramiques de l’ensemble B0.8
12
Lors de la visite d’un site archéologique, les vestiges architecturaux représentent
la première approche d’une civilisation. Ils permettent une approche directe des modes
de vie passés, car étant des artefacts immobiles, ils n’ont pas pu être déplacés ou
échangés. Leur état lors de la fouille résulte seulement de l’action des processus de
dégradation. Le prisme de l’architecture permet également d’appréhender directement le
fonctionnement de la société qui l’a produite, car les conditions sociales possèdent une
influence aussi déterminante dans l’histoire de l’architecture que les aspects plus
techniques, comme la disponibilité des matériaux de construction ou l'évolution des
connaissances techniques. Le Bronze ancien en Palestine représente une des périodes
privilégiées pour observer cette situation car l’époque marque la première urbanisation
de la région.
1
Braemer, 1982, p. 7.
13
techniques disponibles2. Cela résulte du fait que la construction d’une maison représente
un compromis entre les volontés du commanditaire, les besoins de la famille, son statut
économique, les moyens techniques et les compétences des constructeurs. Ces différents
aspects se combinent pour assurer les fonctions fondamentales d’une maison : protéger
ses habitants et leurs réserves, maintenir une température confortable, offrir une
protection physique contre les animaux et fournir de l’intimité3. En outre, selon
A. Rapoport, la tradition populaire représente la traduction directe et non consciente
d’une culture sous la forme matérielle de ses besoins, de ses valeurs. C’est l’entourage
d’un peuple qui s’exprime dans les constructions et dans l’habitat, sans l’intervention
d’architectes agissant dans un but déterminé. Comme la tradition populaire constitue la
majeure partie de l’environnement bâti, elle possède des liens beaucoup plus étroits
avec la vie quotidienne que la haute tradition architecturale qui représente la culture de
l’élite.
2
Rapoport, 1972, p. 4.
3
Netzer, 1992, p. 17.
4
Rapoport, 1972, p. 6.
5
Beebe, 1968.
6
Bonn Greenwald, 1976 ; Bumbulis, 1981 ; Braun, 1989.
14
Ancient Israel, paru en 1992, trois articles différents sont publiés, un sur l’architecture
religieuse, un autre sur l’architecture domestique et un dernier sur l’architecture
monumentale7. En fait, les études les plus complètes sur l’architecture palestinienne
concernent les périodes qui précèdent ou suivent chronologiquement le Bronze ancien.
Pour les périodes antérieures, il y a ainsi l’ouvrage d’O. Aurenche paru en 1981 : La
maison orientale, L’architecture du Proche-Orient Ancien des origines au milieu du
quatrième millénaire. Pour les périodes postérieures, il y a notamment l’ouvrage de
C. Foucault-Forest, paru en 1996, intitulé : L’habitat privé en Palestine au Bronze
Moyen et au Bronze Récent et, pour l’Age du Fer, le livre de F. Braemer, paru en 1982 :
L’architecture domestique du Levant à l’Âge du Fer.
7
Kempinski, 1992a ; 1992b ; Ben-Tor, 1992a.
8
La Palestine historique recouvre toutes ces régions à l’exception du Sinaï.
9
Ben-Tor, 1992b, p. 2.
15
Comme les contraintes du milieu naturel restent importantes aux périodes
protohistoriques, les cadres géographiques et climatiques dans lesquels cette étude se
situe sont ici brièvement rappelés. Tout d’abord, d’un point de vue géographique, la
zone d’étude inclut les pays actuels d’Israël, des Territoires palestiniens (Cisjordanie et
Gaza) et une partie de la Jordanie (Transjordanie). La mer Méditerranée constitue la
limite occidentale de la zone d’étude. À l’est, le Wadi Mujib forme une frontière bien
définie entre l’ouest et l’est du plateau transjordanien. C’est un canyon profond, qui
constitue une barrière naturelle difficile à traverser10. Au nord, la rivière Litani marque
la frontière avec le sud du Liban.
16
dans la région des collines centrales, dans les vallées de la Jezréel et du Jourdain.
Certaines de ces sources, y compris celles avec le plus petit débit, permettent une
irrigation des champs situés à proximité.
Toutes ces régions ne sont pas occupées de la même façon au 3ème millénaire.
Ainsi, P. de Miroschedji les classe en trois grandes catégories : les régions inhabitées,
les régions peu peuplées et les régions majeures de peuplement13. Les régions
inhabitées se composent principalement des zones désertiques comme le Néguev (à
l’exception du nord Néguev), le désert de Judée, les rivages de la mer Morte (à
l’exception de l’oasis de Bâb edh-Dhrâ’), la basse vallée du Jourdain (à l’exception de
l’oasis de Jéricho), le sud de Moab et de l’Ammon. Les régions peu peuplées sont les
zones montagneuses comme la Haute Galilée, la région du Carmel, la Samarie
méridionale, la Judée, le Golan et le nord de Moab. L’occupation de ces zones se fait
sous forme de villages et de hameaux, avec peu d’importantes agglomérations. Enfin,
les régions majeures de peuplement se situent principalement dans les vallées et dans
les plaines. C’est le cas de l’ensemble de la plaine côtière, de la plaine d’Esdrelon, de la
haute et de la moyenne vallée du Jourdain, des zones de collines comme la Shéphéla, ou
des basses montagnes comme le nord de la Samarie et la région de Giléad. Cependant, à
l’intérieur de ces régions, le peuplement n’est pas uniforme. Ainsi, dans les plaines
côtières, les principaux sites se situent en bordure des montagnes. Les établissements de
la côte sont très petits. Dans la plaine d’Esdrelon, les agglomérations occupent
également les zones des piémonts. Dans la moyenne vallée du Jourdain, elles sont
12
Palumbo, 1991, p. 29.
13
Miroschedji, 1976, p. 41.
17
absentes sur la rive ouest en deçà de la vallée de Beth Shean. En Samarie et en Giléad, il
n’y en a que dans les larges vallées intérieures. Enfin, elles restent rares au nord-est et
au nord-ouest de la Samarie. Toutefois, cette distribution géographique évolue tout au
long de l’Âge du Bronze.
14
Miroschedji, 1993c.
15
Palumbo, 1991, p. 30.
16
Nir, 1975, p. 14, fig. 6.
17
Perath, 1984, p. 19-23, 27.
18
Rosen, 1989, p. 253-254.
18
qui vient de la Méditerranée. Ainsi, la majeure partie de la vallée du Jourdain, le bassin
de la mer Morte, les déserts de la Transjordanie et le Néguev sont des terres très arides.
' %
Selon T. E. Levy, la fin du Chalcolithique résulte d’une détérioration climatique
qui conduit à une baisse de la production agricole et à une chute des élites. Il met aussi
en avant l’influence grandissante de l’Égypte, dans les échanges et peut-être aussi dans
les conflits19. Dans les faits, seule la stratigraphie de quelques sites permet d’observer la
transition entre les deux périodes : au nord, Tel Teo (niveau VI), En Esur (niveau IV),
Meser (niveau III) ; au sud, Tel Halif terraces (niveaux IV-III), Afridar (chantier G) et
Palmahim Quarry (niveau 3). Ce faible nombre de sites montre que d’une manière
générale le Bronze ancien I se caractérise par une nouvelle carte du peuplement. En
effet, au Chalcolithique, les zones habitées se situent plutôt en zone semi-désertique et
désertique, alors qu’au Bronze ancien il y a un réinvestissement humain de la zone
méditerranéenne. De plus, ce phénomène de déplacement des zones habitées
s’accompagne d’un mouvement de sédentarisation accrue des populations. Ainsi, s’il y
a quelques éléments de continuité entre les deux périodes, il y a aussi beaucoup
d’éléments de rupture, autant du point de vue de l’architecture que de celui de la culture
matérielle.
19
Levy, 1995, p. 227-230.
20
Le projet ARCANE (Associated Regional Chronologies for the Ancient Near East) entrepris par de
nombreuses institutions et universités européennes, du Proche-Orient et des États-Unis, depuis 2003 a
pour but de réviser complètement la chronologie du 3ème millénaire au Proche-Orient. Ainsi, une nouvelle
chronologie devrait être proposée pour le Levant sud avec l’abandon des appelations Bronze ancien I, II,
III ([Link]
21
Philip, 2001, p. 169.
22
Joffe, 1993, p. 39-40 ; Esse, 1991, p. 146.
23
Philip, 2001, p. 169.
24
Philip, 2001, p. 169.
25
Paz, 2002, p. 238.
26
Braun, 1996a, p. 31.
19
sites datés du Bronze ancien I27. À la toute fin du Bronze ancien I, il semblerait que
quelques rares sites soient fortifiés comme Tel Shalem28. De plus, sur un site comme
Megiddo, des bâtiments monumentaux de caractère religieux sont établis.
20
font partie de l’environnement bâti du 3ème millénaire ; leur caractère complexe
impliquerait d’aborder des problématiques beaucoup plus vastes que celles abordées
dans cette analyse. Ils sont néanmoins mentionnés dans quelque cas emblématiques.
2. Une autre difficulté découle des publications elles-mêmes. Il y a, d’une part, les
sites non encore publiés et dont seul un petit article nous permet d’en saisir le
potentiel sans pouvoir réellement l’exploiter faute de plans. C’est le cas, entre
autres, de Tel Small Malhata, Leviah Enclosure, Horvat Illin Tahit, Tel Nagila,
Tel Kishion, Yaqush, Tel Megadim… Mais, il y a également le cas des sites
publiés sans dessins pierre à pierre, comme Palmahim Quarry. Cette situation
rend l’analyse architecturale plus délicate car il devient compliqué de discuter
l’interprétation de l’archéologue.
3. Dans certains cas, ce sont les techniques de fouilles même qui peuvent
compliquer la compréhension des vestiges, notamment dans le cas de fouilles en
tranchées. Ainsi, appréhender le plan global d’un site comme Tell Abu al-
Kharaz ou Bâb edh-Dhrâ’ relève d’un véritable défi : de petits bouts de murs se
répartissent au fond de plusieurs sondages sans qu’aucun véritable plan puisse
être reconstitué.
4. Enfin, la vaste documentation disponible est certes un atout, mais elle constitue
aussi un problème. En effet, le Levant sud reste une des zones les plus explorées
du Proche-Orient, ce qui implique une masse considérable de données à
21
appréhender. De plus, cela limite les comparaisons possibles avec les zones
directement voisines, moins connues, comme le sud du Liban ou la
Transjordanie. Il en résulte un déséquilibre régional qui fausse invariablement
notre compréhension des évolutions architecturales.
35
Aurenche, 1984, p. 11.
36
Kramer, 1979, p. 139-163.
37
Kamp, 2000, p. 84.
22
Néanmoins, les comparaisons diachroniques possèdent leurs limites : les
modèles d’organisation des sociétés évoquées dérivent en effet largement des études
ethnographiques de communautés paysannes du 20ème siècle. Mais, comme ces
communautés ont été affectées par le colonialisme et/ou par les économies capitalistes
et industrialisées, les modèles générés par ces études doivent être appliqués avec
précaution aux sociétés complexes préindustrielles ou non-capitalistes38.
38
Schwartz & Falconer, 1994, p. 2-3.
39
Callaway, 1993, p. 43.
23
Puis, à partir des données fournies par l’étude du mobilier, nous chercherons à savoir
quelles étaient les activités qui se déroulaient dans les constructions.
Enfin, dans un troisième temps, nous allons chercher à savoir ce qui influence
l’apparition et le développement des différents types de plans étudiés précédemment.
Pourquoi certains types sont dans la continuité directe de la tradition architecturale
précédente, alors que d’autres semblent apparaître brusquement ? Est-ce que l’habitat
reflète une culture ? Les constructions traduisent-elles des différences de statuts
sociaux ? Sont-elles des témoins de la présence d’une société très hiérarchisée ?
24
-./- -0-1
-
25
&
Jusqu’à présent très peu de chercheurs se sont vraiment interressés aux
techniques de construction connus et employés en Palestine au Bronze ancien, il
importe de combler un vide dans nos connaissances. L’objectif de cette recherche est de
pouvoir aborder, à partir d’informations concrètes, les questions d’évolution et de
transmission des technologies. Quels moyens entrent en jeu lors de l’élaboration et de la
réalisation d’un bâtiment ? Existe-t-il des techniques et des matériaux réservés
exclusivement à un usage spécifique ? Dans quelle mesure peut-on parler de
planification des constructions et de métrologie ? Quelles sont alors les influences des
sphères culturelles égyptiennes et mésopotamiennes ? Une évolution des techniques au
cours du Bronze ancien peut-elle être observée ? Est-elle liée au degré d’urbanisation de
la société ou à son mode de vie ?
26
# % &
Plusieurs types d’aménagements peuvent être mis en oeuvre avant
l’établissement d’un site ou la construction d’un bâtiment, tout dépend de la nature
géologique du terrain et des dimensions prévues de la construction. Comme la Palestine
présente un assemblage très disparate de natures de sols, les solutions adoptées sont
variées.
Dans certains cas, les constructions s’établissent directement sur le sol vierge,
mais dans d’autres situations, il est nécessaire d’avoir recours à des aménagements plus
spécifiques.
40
Golani, 2003, p. 19.
41
Gorzalczany & Baumgarten, 2005.
42
Loud, 1948, p. 61-64, fig. 390.
43
Rast, 1995, p. 124.
27
Tell Ta’anach, la ville du Bronze ancien II a été construite directement sur le rocher,
après que les constructeurs aient ôté au préalable toutes les couches de sédiments
antérieurs. Le rocher constitue également un excellent niveau de sol pour une rue. Ainsi,
à Tel Bareket (fig. 1, pl. 67), dans la plaine centrale, tout le site est construit directement
sur la colline crayeuse et les escaliers naturellement formés du site sont utilisés pour
circuler (rue 1316)44. Le rocher peut subir aussi quelques aménagements. À
Jebel Mutawwaq, là où le rocher présente des craquelures ou des irrégularités, elles sont
remplies de terre et de petits galets45.
44
Paz & Paz, 2007, p. 84.
45
Fernandez-Tresguerres Velasco, 2005, p. 365.
46
Greenberg & alii, 2006, p. 13.
47
Kaplan, 1993, p. 917.
48
Kempinski & Niemeier, 1991, p. 189.
28
directement sur place. Ainsi, les niveaux cendreux observés sur les tells ne résultent pas
toujours de destructions violentes, ils peuvent être le produit de travaux de stabilisation
de la zone avant la construction d’un nouveau bâtiment49.
49
Wright, 2005, p. 83.
50
Rast, 1995, p. 125.
29
Bronze ancien II-III. La mauvaise conservation des vestiges du village du
Bronze ancien IB suggère que l’érosion de la marne tendre était un problème constant
pour ses occupants. En effet, cette roche n’est pas adéquate pour une installation
permanente, car elle se pulvérise très vite quand elle est piétinée ou pendant la saison
sèche et devient un bourbier à la saison des pluies51.
Les constructeurs ont imaginé plusieurs solutions pour pallier à ces problèmes.
Ainsi, dans le chantier F4, en s’installant les occupants ont nivelé la surface marneuse
afin de la rendre plus apte à l’occupation. Ils ont également coupé une partie de la pente
marneuse, au-dessus des tombes, sur le côté sud du secteur F452. Au nord, dans le
chantier XII (fig. 3, pl. 65), la couche naturelle de gravier a été coupée sur près d’un
mètre de profondeur. Les murs 7 (XII.7) et 4 (XII.11) viennent s’appuyer contre cette
tranchée53. La méthode qui consiste à couper à travers la couche naturelle de gravier ou
tout autre type de sol, afin que les murs s’y adossent s’observe dans d’autres chantiers
du site et même dans le cimetière54. La technique prévient l’érosion et renforce la
structure des bâtiments55. À l’inverse, la ville du Bronze ancien II repose directement
sur la couche de destruction du niveau IV, alors que le mur de fortification entièrement
en briques crues repose sur une couche de gravier qui a pour but de protéger les
premières assises56. Au Bronze ancien III, dans le chantier XVII, le niveau du chantier
est nivelé par un pavement de briques sur lequel sont construits des murs également en
briques.
Comme nous l’avons vu pour Jéricho, dans son étude des systèmes de fondation
de Bâb edh-Dhrâ’, W. E. Rast met en avant le choix stratégique que représente
l’utilisation extensive de la brique dans toutes les constructions car cela permet de
pallier aux inconvénients liés au substrat marneux du site. Ce choix n’est pas motivé par
une absence de ressources en pierres car le Wadi Kerak, tout proche, en était une source
abondante. Ainsi, il aurait été plus facile pour les constructeurs de remonter des pierres
directement depuis l’oued, plutôt que de récolter l’argile et de passer par tout le
processus de fabrication des briques. De plus, si au Bronze ancien I B, les briques
étaient produites à partir de la marne locale, au Bronze ancien II-III, l’argile provenait
de l’oued. Ainsi, en plus du processus de fabrication, les bâtisseurs devaient aller
chercher le matériau à une certaine distance du site pour obtenir des briques de
meilleure qualité.
51
Rast, 1995, p. 126.
52
Rast & Schaub, 2003a, p. 102-104.
53
Rast & Schaub, 2003a, fig. 6.5.
54
Schaub & Rast, 1989, p. 340.
55
Rast & Schaub, 2003a, p. 109-115.
56
Rast & Schaub, 2003a, p. 166-168.
30
0 )
Les dispositifs de nivellement et d’aménagements de la surface peuvent être
remplacés ou complétés par la construction de murs de soutènements (fig. 2, pl. 23).
Ces derniers servent à « stabiliser la partie inférieure d’un ouvrage et à transmettre au
sol le poids du mur et la force de poussée du massif de terre »57. Ils peuvent être fondés
sur un substrat rocheux ou non. Dans le premier cas, les surfaces rocheuses doivent être
mises à nu afin d’éviter les risques d’affouillement ou de tassement inégal. De cette
façon, les constructions peuvent même s’établir sur des pentes importantes. Dans le
second cas, les murs de soutènement ne peuvent être construits que dans des zones peu
pentues58. Dans tous les cas, ils servent à délimiter une plate-forme qui sert de base à
une construction, pour des plantations agricoles ou pour stabiliser une pente
(Chantier E, Tel Yarmouth59). Cependant, dans de très nombreuses publications, les
archéologues font référence à des murs de terrasse, mais le manque d’illustrations
graphiques, et notamment de vues en coupe, rend très difficile la compréhension exacte
de leur fonctionnement. Ainsi, à Tel Lod, les archéologues précisent qu’un des murs de
la maison du chantier D a aussi servi de mur de terrasse, car il est construit dans la
pente60, or le fait d’être construit dans la pente ne constitue pas un critère
d’identification pour un mur de terrasse.
i. Bronze ancien I
La construction de mur de terrasse permet de compenser les irrégularités du
terrain comme à Jebel Mutawwaq, où le village du Bronze ancien IA, s’établit sur un sol
très irrégulier. Là où l’importance de la pente pose des problèmes de petites terrasses
sont créées afin de corriger les dénivellations61. La méthode crée un étagement des
constructions comme à En Esur (chantier A) (fig. 1, pl. 88)62, Tell Abu al-Kharaz
(tranchée VIII), Horvat Illin Tahtit (fig. 2, pl. 144)63, ou à Jéricho (plateau nord)64. Dans
certains cas, les murs de maisons servent de mur de terrasse. Ainsi, à Qiryat Ata
(niv. III), dans le chantier A, le gros mur (501) nord du bâtiment 2 a aussi servi de mur
de support pour la terrasse sur laquelle est construit le bâtiment 1 (fig. 1, pl. 134)65.
Tous ces murs de terrasse se composent de gros blocs de pierre, mais ils
existaient aussi des cas de murs en briques, comme dans le chantier XIV, de Bâb edh-
Dhrâ’ (BA IB). Dans les secteurs XIV.6 et .7, un amas de briques provenant d’un
57
Lassure, 2005.
58
Lassure, 2005.
59
Communication personnelle de P. de Miroschedji.
60
Lass, 2006, p. 51.
61
Fernandez-Tresguerres Velasco, 2005, p. 365.
62
Yannai, 2006, p. 34-42.
63
Braun, 2008a, p. 1789.
64
Nigro, 2007a, p. 15.
65
Golani, 2003, p. 22-23.
31
système de soutènement a été retrouvé le long de la pente. Il était encore intact à
certains endroits66.
Les murs de terrasse sont aussi employés pour fonder des habitats et gagner de
l’espace en construisant sur les pentes parfois abruptes des collines. À Khirbet el-
Mahruq (fig. 1, pl. 114), des murs de soutènements étayent des terrasses sur lesquelles
étaient construites des maisons. Ce sont des murs de 2 m de haut construits avec des
pierres non taillées et des assises de briques69. De même, à Tel Bareket, la terrasse
supérieure, du quartier nord-ouest (chantier ML1) est occupée par des bâtiments répartis
sur des terrasses (fig. 2, pl. 67). Une rue droite orientée est-ouest traverse le secteur70.
Dans les chantiers XVII et XIX de Bâb edh-Dhrâ’, les pentes situées autour de ces
chantiers étaient incorporées dans la ville grâce à des terrasses en briques qui facilitaient
leur accès. Dans le chantier XIX, niveau IIIC, deux grands murs parallèles en briques,
orientés nord-sud servent de murs de terrasse (murs 48/105 et 97/110). Construits selon
la même technique, ils s’élèvent à la même hauteur. Un remplissage fait le lien entre les
murs au niveau inférieur. Les murs sont construits comme des contreforts appuyés
contre la pente. Ils permettent à des terrasses de pouvoir être construites par-dessus. Le
grand mur de terrasse 48/105 est préservé sur une vingtaine d’assises de haut, soit entre
2 et 2,30 m de hauteur. La partie inférieure du mur repose sur une couche de gravier qui
s’étage graduellement vers le sommet de la pente à approximativement 45°
(fig. 1, 2, pl. 64). Dans le chantier XIX.2, les deux murs sont reliés par un mur
transversal est-ouest, le mur 108 (fig. 3, pl. 64)71.
66
Rast & Schaub, 2003a, p. 123.
67
Ben-Tor, Bonfil & Zuckerman, 2003, p. 61.
68
Braun, 1996b, p. 9.
69
Eisenberg, 1993b, p. 931.
70
Paz & Paz, 2005.
71
Rast & Schaub, 2003a, p. 207, fig. 8.34, coupe 8.32.
32
iii. Bronze ancien III
Au Bronze ancien III, les mêmes techniques sont utilisées afin de construire dans
la pente. À Bâb edh-Dhrâ’, le chantier XIX est caractérisé par une pente naturelle qui
est actuellement de 21° mais qui était de 36° durant l’Antiquité. Pour y habiter, les
constructeurs ont aménagé des terrasses artificielles et des murs de contrefort. Ainsi, les
chantiers XIX.1 et XIX.2 contiennent une série de surfaces d’habitations établies sur
une terrasse artificielle72.
Dans le cas du Palais B1 de Tel Yarmouth, des travaux encore plus importants
ont été réalisés (pl. 153). La vaste construction de près de 6 000 m2 se fonde en partie
sur le palais antérieur B2, mais surtout sur une vaste terrasse artificielle. En effet,
comme l’explique P. de Miroschedji : « Le terrain étant en pente vers le nord, des terre-
pleins y furent aménagés par remblais de manière à constituer une série de paliers qui
s’étagent du nord-est vers le sud-ouest, avec chacun un dénivelé de l’ordre de 20 à
30 cm». La hauteur des remblais atteint 1,50 m de haut au nord, au nord-est et à l’est du
Palais B276. « Un fort soutènement a été aménagé autour de l’angle ouest qui reposait
sur des remblais en pente vers l’ouest ; il consiste en une accumulation de pierres de
6 m de larges retenues par un parement de gros blocs d’au moins 2 m de profondeur »77.
En résumé, dans un premier temps la muraille antérieure (Muraille A) et les niveaux
adajacents ont été arasés, puis il y a eu une accumulation de remblai au nord-est et enfin
72
Schaub & Rast, 1984, p. 52-53.
73
Miroschedji, 1988b, p. 200.
74
Breton, 1998, p. 13.
75
Loud, 1948, p. 78.
76
Miroschedji, 1993a, p. 833.
77
Miroschedji, 2000b, p. 689.
33
l’aménagement d’une terrasse artificielle retenue par le mur pépriphérique du Palais78.
Ces travaux représentent l’exemple le plus important d’aménagement du terrain au
Levant sud au 3ème millénaire.
34
pierre serait évidemment plus lourd. Tout en calcaire, il pèserait environ 11 tonnes et le
bâtiment entier 44 tonnes80, soit 10 tonnes de plus que le même mur tout en briques.
Ainsi, dans les zones aux sols mous ou sujettes aux glissements de terrain, les
constructeurs privilégiaient la brique. De ce fait, même si l’usage de la pierre reste
majoritaire, notamment dans les soubassements, celui des briques représente une
alternative pour les sols non homogènes comme à Bâb edh-Dhrâ’ et à Jéricho.
D’une manière plus traditionnelle, les plans devaient être implantés grâce à
l’usage de cordes, à la fois de simples cordes d’arpentage et des cordes à nœud pour les
80
Le poids d'une maçonnerie de pierre s'obtient par la formule : poids = volume x indice de densité.
L'indice de densité du calcaire est de l'ordre de 2,5 / 2,6 mais en tenant compte des interstices, des vides
entre les pierres, il convient d'abaisser cet indice à 2 / 2,1 / 2,2 (Lassure, 2002)
81
Miroschedji, 2001b, p. 466.
82
Aurenche, 1981, p. 95.
83
Rast & Schaub, 2003a, fig. 8.9, n° 034.
84
Aurenche, 1984, p. 11-12.
35
rares cas où un système d’unités de mesure était utilisé. Ces techniques n’excluent pas
l’usage de principes mathématiques simples, lors de l’élaboration et de la construction.
En effet, afin d’appréhender les notions d’extension spatiale, l’homme a mis en place,
dès le Néolithique, des mesures standard, comme le poids85. Cependant, si le sujet des
liens entre mathématiques, géométrie, métrologie et architecture a été très largement
débattu pour les civilisations égyptiennes et mésopotamiennes, les études concernant la
Palestine restent rares.
De façon plus courante, les archéologues s’accordent à dire que les bâtisseurs de
l’Âge du Bronze utilisaient déjà la corde à nœud88. Le principe de cet outil est simple :
une corde est subdivisée en douze petits segments d’égales longueurs par des nœuds
(fig. 3, pl. 7). C’est à la fois un outil d’arpentage89 pour mesurer de grandes distances et
un outil qui permet de tracer au sol des triangles rectangles (ou triangle de Pythagore)
dont les côtés correspondent respectivement à 3, 4 et 5 unités de mesure90. La distance
entre chaque nœud peut correspondre à une unité de mesure précise. Ce type de
situation est représenté dans des sources iconographiques égyptiennes où les nœuds
étaient séparés par une distance d’une coudée91. L’usage de la corde à 12 nœuds permet
d’établir une grille dont le maillage équivaut à un module. Ce module est un multiple
d’une unité de mesure choisie92.
85
Wright, 2005, p. 4.
86
Cours de J.-B. Humbert à l’EBAF, 2005/2006.
87
Sebbane, 1990, p. 233-235.
88
Forest, 1991, p. 161 ; Miroschedji, 2001b, p. 467 ; Rossi, 2004, p. 154-159 ; Emery, 2007, p. 250-251.
89
Emery, 2007, p. 251.
90
Forest, 1991, p. 161.
91
Rossi, 2004, p. 154.
92
Miroschedji, 2001b, p. 475, fig. 24.6, 24.8.
36
iii. Le triangle rectangle
La réalisation de triangles rectangles et donc d’angles droits est très importante
dans l’architecture notamment monumentale. Ainsi, le Palais B1 de Tel Yarmouth
comporte au nord et à l’ouest, des angles droits presque parfaits et son angle sud mesure
95° (pl. 151)93. La présence de ces angles droits parfaits témoigne de la maîtrise de
connaissances techniques spécifiques. Partant de cette constatation, on pouvait supposer
que l’examen d’autres bâtiments du Bronze ancien pouvait permettre d’identifier
d’autres angles droits. Malheureusement, ce type d’observation reste difficilement
réalisable en l’état de la documentation, car beaucoup de plans ne sont pas publiés
pierre à pierre et les échelles sont souvent trop petites pour une observation concluante.
Cependant, quelques observations ont pu être réalisées, même si elles sont à prendre
avec une certaine réserve, car dans certains contextes il est difficile de déterminer la part
exacte de volonté explicite du constructeur. Ainsi, toujours sur le site de Tel Yarmouth,
le « Bâtiment Blanc », d’abord interprété comme un temple94, possèdent deux angles
externes droits (fig. 3, pl. 155). Pour comparatif, il faut noter qu’aucun angle droit n’a
été repéré dans le quartier d’habitation G. Toujours, au Bronze ancien III, Megiddo
fournit également des plans d’édifices comportant des angles rectangles (temples 4040,
5269 et 5192)95. Mais, avant tout le plan de ces bâtiments a été élaboré à l’aide d’une
grille (pl. 8) dont le module de base mesure 5,5 coudées et chaque coudée mesure
0,525 m96. Dans le bâtiment aux cercles de Beth Yerah, tous les murets de partition
situés à l’intérieur des cercles ou silos sont perpendiculaires (pl. 80)97.
Ce rapide inventaire, montre que peu de cas ont été attestés. Tous datent du
Bronze ancien II et III et une large majorité appartient à des bâtiments à usage non
domestique : palais, temple ou tombe. De plus, dans les cas du Palais B1 de
93
Miroschedji, 2000b, p. 690, 694.
94
Miroschedji, 1988a, p. 35-43 ; Miroschedji, 1988b, p. 200-203.
95
Loud, 1948, p. 78.
96
Miroschedji, 2001b, p. 485, fig. 24.8.
97
Mazar, 2001, p. 449.
98
Marquet-Krause, 1949, p. 10-12, pl. VI-VII, XC.
37
Tel Yarmouth ou des temples du Bronze ancien III de Megiddo, leur élaboration a
nécessitée la mise en place d’une grille (pl. 8) dont les modules sont basés sur une unité
de mesure dérivée de la coudée de 0,525 m. Cette planification d’ensemble et leur
architecture plus soignée résultent de raisons symboliques. Ainsi, même si la méthode
de réalisation des angles rectangles était connue, elle n’était pas appliquée partout.
Selon A. Emery, cela reflète une absence d’enjeu économique dans l’exactitude de
l’implantation de l’habitat. À l’inverse de l’architecture des maisons, certains critères
d’ostentation entraient en compte dans l’architecture monumentale99.
99
Emery, 2007, p. 255.
100
Kubba, 1987, fig. 229, 230.
101
Kubba, 1987 ; Forest, 1991.
102
Sauvage, 1998, p. 75.
103
Forest, 1991, p. 162-170.
38
En Égypte, l’utilisation de systèmes de mesure de longueur est attestée à la fois
dans les vestiges architecturaux, mais aussi dans les textes et par des objets de mesure.
La principale unité est la coudée : soit la distance du pli du coude jusqu'a l'extrémité du
majeur. Dès l’Ancien Empire, la coudée dite royale car plus longue qu’une coudée
humaine est utilisée en architecture. Elle mesure 0,52 m104. Un des exemples les plus
célèbre de l’utilisation de cette unité de mesure provient du tesson retrouvé dans le
complexe funéraire de Djoser à Saqqarah et daté de la 3ème dynastie (2 640-2 575 avant
notre ère). Il porte le dessin d'un arc de cercle annoté d'indications de longueur
exprimées en coudées, paumes et doigts105.
Pour l’architecture plus ancienne, les principales études ont été menées par
D. Milson108 et par P. de Miroschedji109. D’une part, les études de métrologie menée par
D. Milson portent sur l’analyse de bâtiments monumentaux datés de l’Âge du Bronze et
de l’Âge du Fer situés à Megiddo, Shechem, Hazor et Gezer. Selon lui, des unités de
mesure déjà connues, comme la coudée de 0,5485 de Khorsabad, ont été employées lors
de la construction des temples du Bronze ancien III de Megiddo et de la porte du
Bronze moyen de Shechem (1 650-1 550)110. De plus, dans la porte nord-ouest de
Shechem, les constructeurs auraient utilisé la petite coudée égyptienne (0,45 m) et dans
les trois portes monumentales de Megiddo, Hazor et Gezer (datées des 10ème et
9ème siècles avant notre ère), une coudée royale égyptienne de 0,5235 m111. Les très
grands écarts autant chronologiques que géographiques entre ces comparaisons rendent
les conclusions de D. Milson fort improbables.
104
Goyon & al. 2004, p. 93-95.
105
Emery, 2007, p. 20.
106
Kubba, 1987, fig. 231.
107
Miroschedji, 2001b, p. 468-470.
108
Milson, 1988.
109
Miroschedji, 2001b.
110
Emery, 2007, p. 24-25.
111
Milson, 1988.
39
D’autre part, à Byblos, lors de la période préamorite (fig. 1, pl. 81), dite aussi de
style « Piqueté » (2 700 à 2 150 avant notre ère), l’époque marque, selon J. Lauffray,
« l’épanouissement de la vie urbaine ». Elle est marquée par l’apparition de nombreux
changements architecturaux. Ainsi, « la construction devient homogène (et les plans
tendent) vers une standardisation avec l’utilisation d’une coudée de 0,54 m, du moins
dans les édifices publics et les temples »112. Cependant, l’absence de mesures
systématiques ne permet pas de confirmer cette théorie.
40
temple 5192, dans les deux du temple 5269. La coudée a aussi été employée pour la
réalisation des autels dans les temples 4040 et 5192118.
118
Miroschedji, 2001b, p. 482.
119
Greenberg & Paz, conférence au 6ème ICAANE à Rome, 2008.
120
Vaux, 1948, p. 548-549, pl. X ; 1955, p. 548 ; Bonn Greenwald, 1976, p. 133-134.
41
+&2
Dans quelques cas, des artefacts ont été retrouvés déposés près du niveau de
fondation de bâtiment, sous leurs sols ou dans leurs murs. Ces pratiques relèvent-elles
d’un dépôt de fondation destiné à être enterré de façon permanente ou n’est-ce pas
plutôt une cache destinée à thésauriser des matériaux onéreux comme le cuivre ? Dans
le premier cas, la pratique relèverait d’un désir de fondation symbolique ou
prophylactique ; dans le second cas se serait simplement un usage pratique d’un
bâtiment comme cachette.
%
• À Arad, sous le sol du pseudo-petit temple jumeau 4741, dans l’angle nord de la
pièce, un dépôt d’objets a été trouvé (locus 5103). Il se compose de cinq
poteries, de blocs de bitume et d’un marteau en pierre (fig. 1, pl. 9). Pour
R. Amiran, ils ont été déposés là intentionnellement et datent bien du niveau II
et non du niveau III, car ils n’auraient pas résisté à la destruction violente qu’a
connue Arad à la fin du niveau III121.
• À Beth Shean, trois haches en cuivre, une pointe de lance en cuivre et une
figurine miniature de cerf ont été découvertes dans la couche de destruction de la
grande pièce du bâtiment M-3 (dernière phase du BA IB)123. A. Mazar
n’identifie pas avec certitude ce dépôt comme une cache. Il pense que ces objets
pouvaient simplement être rangés là et regroupés en raison de leur utilité
commune. En effet, leur présence dans la couche de destruction ne permet pas
d’affirmer avec certitude qu’ils étaient enterrés sous le sol. Un autre exemple de
dépôts d’objets provient du même bâtiment, au niveau M-2. Dix lames
cananéennes de grande qualité se trouvaient dans l’angle sud-est du bâtiment
entre deux murs de briques. Les lames mesurent entre 0,20 et 0,75 m de long et
semblent avoir été cachées délibérément à cet endroit, entre les briques du mur,
peut-être avec l’intention de les récupérer un jour124.
• À Beth Yerah, dans le chantier BS, la pièce 160 datée du Bronze ancien II
contenait deux dépôts similaires de poteries : groupe nord et groupe sud
121
Amiran, Ilan & al., 1996, p. 55, pl. 31.
122
Paz & Paz, 2007, p. 88.
123
Mazar, 1994, p. 57.
124
Mazar & Rotem, 2009, p. 144.
42
(fig. 3, pl. 9). Chacun comprenait une jarre sans col, une grande jarre et une
petite jarre. Dans les deux cas, le col de la grande jarre se situait au niveau du
sol. Elle était couverte d’une pierre plate (groupe nord) et d’une tournette
(groupe sud). La petite jarre se trouvait à 0,15-0,20 cm sous le niveau du sol. Au
sommet de la cache sud se trouvaient deux cruches de taille inhabituelle dont
une de forme allongée qui portait une incision faite avant la cuisson, interprétée
comme un hiéroglyphe égyptien. Les vaisselles ont été enterrées de façon
intentionnelle, comme en témoigne leur parfait état de conservation125.
• À Megiddo, dans le temple du niveau J-2, une jarre sans col, contenant des os
de mouton a été retrouvée enchâssée dans le sol du J-2, près d’une base de
colonne127.
125
Greenberg & alii, 2006, fig. 8.27-8.29, 8.79.
126
Kenyon, 1981, p. 104, pl. 239.
127
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 50-53.
128
Dothan, 1959, p. 18-21, 23-27.
129
Dothan, 1957, fig. C, D, pl. 37.
43
fondation, même si la possibilité d’un dépôt antérieur à la construction de la
maison ne peut pas être exclue130.
&
Les contextes stratigraphiques et les compositions de tous ces dépôts sont très
variés. Ils ont été trouvés sous des maisons à double abside, rectangulaires simples ou
barlongues, datées du Bronze ancien I ou Bronze ancien II. De plus, la composition et la
nature des objets déposés sont variées, avec des outils en métal et en pierre, des
céramiques complètes, des ossements d’animaux, une tournette, un bloc de bitume, des
perles… Cependant, malgré l’interprétation des archéologues, toutes ces découvertes ne
constituent pas des dépôts de fondation.
Dans un premier temps, il est fort à douter que des os puissent constituer un
dépôt de fondation. Ainsi, dans le cas de la couche d’ossements d’animaux située sous
le mur d’une pièce de Jéricho, les os semblent avoir été simplement des déchets
contenus dans une couche de terre qui a servi de remblai. De même, la fosse contenant
des squelettes d’animaux à Mezer a pu être une simple fosse à déchets. Dans un
deuxième temps, les caches de céramiques retrouvées à Arad, Megiddo et Beth Yerah
sont intentionnels, car les vaisselles sont parfaitement conservées. De plus à
Beth Yerah, deux dépôts similaires ont été trouvés, ce qui démontre également leur
caractère intentionnel. La présence de ces dépôts a conduit les archéologues à
interpréter les bâtiments qui les contenaient comme des temples. Cependant, seul le
bâtiment de Megiddo en est un avec certitude. À Tel Bareket, une céramique complète a
également été trouvée mais elle contenait aussi des objets en métal entiers ainsi que des
perles. Les archéologues ne précisent pas exactement sa position stratigraphique. Cela a
pu être une céramique « de rangement » comme celle trouvée à Tell el-Fârǥah (fig. 3, pl.
10)131. La pratique d’un dépôt de céramique dans les fondations se poursuit au Bronze
moyen, notamment à Jéricho, où une jarre sans col complète se trouvait exactement
sous la première assise d’un mur de briques (fig. 2, pl. 9)132. Dans un troisième temps,
les caches d’outils et d’objets en métal ou en silex constituent un autre type de dépôt.
Les outils en métal retrouvés à Qiryat Ata, Beth Shean et Mezer étant déjà usagés, les
archéologues pensent qu’ils ont servi à construire la maison sous laquelle ils sont
placés. Ces caches rappellent celle d’outils en cuivre retrouvées à Shiqmim et datées du
Chalcolithique133.
130
Golani, 2003, p. 22-29.
131
La jarre possédait deux anses horizontales ondulées, ainsi qu’un couvercle avec une poignée et deux
anses oreillettes. Elle pouvait être fermée au moyen d’une cordelette passée dans les anses. À l’intérieur,
elle comportait 87 coquillages percés. Le Père R. de Vaux estime que le nombre de coquillages était trop
élevé pour n’être qu’un simple collier et qu’ils ont pu servir de monnaie primitive. (Vaux, 1961, p. 583,
pl. XLVI, a)
132
Garstang, 1932, p. 11, pl. XIX, fig. d.
133
Levy, 1995, p. 244.
44
Dans les régions voisines de la Palestine, la pratique du dépôt de fondation
semble courante et elle est assez bien documentée en Égypte et en Mésopotamie.
Pendant les différentes périodes dynastiques, les égyptiens ont procédé à des dépôts
d’objets dans les fondations des bâtiments surtout officiels et religieux. Les objets
déposés pouvaient être des simulacres d’outils ou d’ustensiles, des outils ou des
ustensiles réels (ciseaux, maillets), des offrandes alimentaires réelles, du natron, des
perles, des métaux, de l’encens134… Des dépôts de fondation en grand nombre ont aussi
été retrouvés à Byblos, sous des bâtiments interprétés généralement comme des temples.
Composés en grande partie de métal, ces groupes d’objets sont rassemblés dans des
fosses ou dans des jarres. Selon G. Philip, leur datation se situe entre la toute fin du
troisième millénaire et 1750 avant notre ère135. La pratique des dépôts de fondation
connaît également de nombreux parallèles dans les mondes chypriote et égéen à l’Âge
du Bronze ancien. Ainsi, des dépôts de fondation composés d’objets métalliques (outils,
armes, bijoux) ont été retrouvés à Troie, Eutrésis, Thèbes, Petralona, ainsi que sur l’île
de Kythnos136. Néanmoins, à l’exception des trésors retrouvés à Troie, les dépôts de ces
sites étaient composés presque entièrement d’outils en bronze (hache, ciseau, poinçon),
neufs ou peu utilisés.
Parmi tous ces dépôts, il convient d’opérer une distinction entre les objets
utilitaires qui peuvent être enterrés au hasard, dans un endroit où son propriétaire peut
aisément les retrouver et les objets non utilitaires. Comme ces derniers sont destinés à
un dépôt permanent, ils auraient plutôt tendance à être placés dans des endroits
inaccessibles137. Si le parallèle peut être établi avec les objets déposés dans les tombes,
les dépôts d’objets non utilitaires retrouvés en contexte domestique reflètent la position
sociale ainsi que l’accumulation de prestige. Ce dépôt de fondation représente les
dédicaces pratiquées afin d’assurer la protection d’une construction et des ses occupants
et comme son nom l’indique, ce type de dépôt doit se trouver sous les fondations. En
Égypte et en Mésopotamie, cette pratique est souvent associée à la construction d’un
temple138. Les cinq herminettes en cuivre trouvées sous le mur absidal de Mezer
(bâtiment B1)139, semblent correspondre à cette catégorie d’usage, comme le dépôts de
haches en cuivre dans le bâtiment de Beth Shean. En effet, des objets de valeur et de
même type sont enterrés dans un endroit relativement inaccessible.
Cependant, le cas de Qiryat Ata semble légèrement différent car il comporte des
objets de natures diverses, de plus, la situation stratigraphique sous un mur ne semble
pas certaine. Le dépôt ne se situait pas directement sous le mur 501, mais à quelques
134
Goyon, Golvin, Simon-Boidot, & Martinet, 2004, p. 226.
135
Philip, 1988, p. 192.
136
Knapp, Muhly & Muhly, 1988, p. 233-234.
137
Bradley, 1985, p. 29.
138
Knapp, Muhly & Muhly, 1988, p. 237-238.
139
Dothan, 1957, fig. C, D, pl. 37.
45
centimètres au nord. A. Golani a avancé des explications d’ordre votif140, mais il
semblerait que ce soit plutôt une cache d’objets enterrés pour être mis à l’abri, avant de
les déterrer ultérieurement. Ainsi, lorsque des outils, des armes et des ornements se
trouvent dans le même dépôt, il est très probable qu’à l’époque de leur enfouissement,
ces objets avaient perdu leur statut originel. Leur seule valeur reposait alors sur leur
poids en métal. De ce fait, la cache de Qiryat Ata comportait des outils, une lame de
couteau, une bague ainsi qu’un objet d’usage inconnu, dont certains étaient cassés. Le
propriétaire a dû les réunir là avec l’intention de les faire refondre ultérieurement. Vu la
valeur importante que devait avoir le moindre objet en métal, il n’est pas étonnant que
tous les objets usagés ou cassés aient été collectés afin de constituer une réserve de
métal. Les objets pouvaient aussi êtres mis de côté jusqu’à l’arrivée d’un artisan
spécialisé ou jusqu’à l’obtention de la masse nécessaire de métal pour réaliser un nouvel
objet. Une pratique similaire semble avoir été observée à Tel Bareket. Dans une pièce
du chantier L se trouvait une lame de dague cassée retrouvée enveloppée soigneusement
dans une pièce de lin. Le dépôt n’était pas enterré, il était simplement posé sur le sol,
dans un angle de la pièce141. Cet exemple témoigne de la conservation des objets en
métal cassés, sans caractère symbolique. Enfin, le dépôt du bâtiment M-2 de Beth Shean
qui contenait dix lames cananéennes de grande qualité insérées entre les briques d’un
mur142 devait certainement être aussi une cache. Vu leur emplacement, les lames étaient
destinées à être récupérées. Le dépôt de Kfar Monash, illustre à une plus grande échelle
cette pratique de la cache d’objets de valeur, cependant aucune habitation n’a été
trouvée à proximité.
Ainsi, même si les attestions sont rares, il semblerait bien que quelques dépôts
de fondation aient été pratiqués durant le Bronze ancien, au Levant sud, à la fois sous
des temples et surtout sous des maisons. Cependant, peu d’exemples ont été repérés,
sans doute en raison de leur situation stratigraphique, sous les murs ou sous les sols. De
ce fait, parmi tous les cas présentés, certains rares semblent constituer de véritables
dépôts de fondation, mais la plupart sont sans doute des dépôts et des caches d’objets.
140
Golani, 2003, p. 215.
141
Paz & Paz, 2007, p. 87.
142
Mazar & Rotem, 2009, p. 144.
46
!
L’intérêt porté à l’étude des outils est ancien. Ainsi dès 1917, W. M. F. Petrie,
publiait Tools and weapons, une étude des outils et des armes à travers la présentations
d’artefacts provenant de nombreuses civilisations occidentales et orientales, des
premières dynasties égyptiennes jusqu’au 16ème siècle européen. Néanmoins, malgré
l’ancienneté de cette recherche, la question des outils de construction reste encore très
difficile à aborder. Cette situation résulte du fait que d’une part les artefacts en silex ne
sont souvent étudiés que pour leur valeur de marqueur chronologique et d’autre par
parce que ceux en métal ne le sont que pour leur valeur d’objet rare. Or s’il est évident
que la main reste encore au Bronze ancien le principal outil du bâtisseur, les outils en
pierre et en métal étaient également utilisés, sans parler de ceux en matériaux
périssables, comme la corde. Cette dernière est d’ailleurs un outil multifonctionnel. Elle
sert à assurer des liens et raccorder des éléments architecturaux, comme dans la
charpente.
Une des plus importantes sources d’informations sur la typologie des outils du
Bronze ancien I provient d’une cache d’objets en métal retrouvée à Kfar Monash.
L’ensemble se compose, entre autres, de trente-cinq outils et armes en cuivre. Les outils
incluent des haches, des herminettes, des ciseaux, une cheville, une scie et des
couteaux143. Selon M. Tadmor, ces outils sont d’origine égyptienne, ils constituaient
l’équipement type de plusieurs bûcherons144. Tell el-Hesi présente également un
important dépôt d’objets en cuivre. En effet, l’espace A (fig. 2, pl. 103) de la maison du
Bronze ancien III contenait un ensemble de dix objets en cuivre composé à la fois
d’armes et d’outils, avec des herminettes, des ciseaux, des pointes de lance, un couteau
et une hache en forme de croissant145.
143
Hestrin & Tadmor, 1963, p. 265-273.
144
Tadmor, 2002, p. 249.
145
Bliss, 1898, p. 34-39, fig. 69-78.
146
Reich, 1992, p. 5-6.
47
renseignements sur les techniques de construction égyptiennes147. On y voit notamment
des ouvriers manier des haches, des herminettes, des moules en bois, des cordages, des
ciseaux avec des maillets en bois…
147
Reich, 1992, fig. 9.
148
Wright, 2005, fig. 155.
149
Communication personnelle de J.-B. Humbert.
150
Evely, 2000, p. 528.
48
adaptés à la nature du matériau autant qu’à ses dimensions. Néanmoins, les pierres
taillées restent rares au Bronze ancien. Le plus souvent, elles ne sont pas mises en forme
ou si c’est le cas, elles sont simplement épannelées. Cependant, certaines pierres,
notamment les bases de pilier des constructions monumentales, présentent une surface
taillée et polie. Ce travail de taille, qu’il soit grossier ou finement réalisé est obtenu
notamment grâce à l’emploi de ciseaux, de marteaux151 et d’abrasifs. Pour le travail du
bois, les haches et les herminettes servaient à couper, ébrancher et dénuder les branches.
151
Reich, 1992, p. 5-6.
152
Stocks, 2003, p. 27-30.
153
Miron, 1992, p. 3-5, 21-22.
154
Shalev & Braun, 1997, p. 92-94.
155
Mazar, 1994, p. 57.
156
Golani, 2003, p. 215-217, avec références complètes.
49
et quelques haches ont été découvertes sur le sol de maisons. À Beth Yerah, une paire
de haches en cuivre se trouvait sur un pavement, situé près du mur W43, dans le
chantier EY157. Enfin, il faut noter que sur les sites du Bronze ancien, les haches en
pierre sont toujours utilisées. Comme la lame de hache ou d’herminette en basalte
retrouvée à Beth Shean, dans les niveaux Bronze ancien I158.
Les herminettes servent surtout pour les finitions sur des pièces de bois ou sur
des surfaces de calcaire tendre159 qui peuvent aussi être complétées par un ponçage fait
à l’aide d’une pierre plate. À Mezer, une cache de cinq lames d’herminettes en métal a
été retrouvée sous un bâtiment du niveau II160. Une autre herminette datée du
Bronze ancien I a été retrouvée à Rosh Haniqra161. L’espace A, de la maison du
Bronze ancien III de Tell el-Hesi, contenait des herminettes162. Des lames de herminette
en basalte continuent à être employées comme à Beth Shean (fig. 2, pl. 11).
Un exemplaire de scie, dont la lame est complète a été trouvé sur le site de
Hazor, au nord d’Israël, dans un niveau daté du Bronze ancien III164. Elle mesure à
13,7 cm (fig. 1, pl. 11). Elle devait être emmanchée dans une poignée en bois,
aujourd’hui disparue. Un autre exemplaire fait partie de la cache de Kfar Monash. Il
mesure 50,60 cm de long. Ses dents sont très courtes et irrégulières. Selon R. Tadmor et
M. Hestrin, des scies comparables ont été trouvées en Égypte, à l’époque des premières
dynasties165. La scie sert à couper du bois et des planches. Cependant, les planches
peuvent aussi être séparées avec un ciseau, un coin et un levier. Or, la cache de
Kfar Monash comprend également un objet qui ressemble à une cheville ou un long
clou. Il mesure 33 cm de long166. Il a pu servir de coin en étant inséré par percussion
dans les troncs.
157
Greenberg & alii, 2006, p. 351, fig. 8.11.
158
Braun, 2004, fig. 4.8 : 5.
159
Stocks, 2003, p. 27-30.
160
Dothan, 1957, p. 220, pl. 37 : c, d.
161
Miron, 1992, p. 12.
162
Bliss, 1898, p. 34-39, fig. 69-78.
163
Miron, 1992, p. 11-14.
164
Ben-Tor & Bonfil, 1997, photo II.6, p. 20.
165
Hestrin & Tadmor, 1963, p. 273.
166
Hestrin & Tadmor, 1963, p. 277.
50
Certains archéologues pensent que les scies ont aussi servi au travail de la pierre.
À Bâb edh-Dhrâ’, dans le chantier IV.2, une des pierres du locus 49 était très finement
travaillée, W. E. Rast et R. T. Schaub pensent que le travail a été accompli avec une scie
en bronze167. De la même façon, J. Marquet-Krause pense que les traces d’outils
relevées sur les bases de poteau du temple de l’acropole de Ai sont dues à l’action d’une
scie168. Les finitions peuvent aussi être réalisées avec un abrasif, type grès ou kurkar.
Le ciseau se manipule à l’aide d’un maillet169. Il peut être emmanché ou non.
Les expérimentations ont montré qu’un ciseau en silex peut être frappé, pour ôter des
copeaux de bois ou des éclats de pierres. Pour cela, l’ouvrier porte un coup direct à
l’arrière de la lame vers sa direction, comme avec l’herminette en métal170. Il existe
deux formes principales de ciseau : plat ou à coupe transversale. Le ciseau à coupe
transversale, plus résistant, sert au travail du bois et celui à lame plate sert à la fois au
travail du bois et à celui des pierres tendres.
Selon J.-C. Bessac, deux types d’objets ont pu servir de percuteur pour frapper
les outils en métal comme les ciseaux. Soit les bâtisseurs avaient recourt à des maillets
en bois, soit ils utilisaient des galets provenant des alluvions des oueds locaux
167
Rast & Schaub, 2003a, fig. 10.37, 10.38.
168
Marquet-Krause, 1949, pl. IV : 1-2 ; IX : 1-2.
169
Bessac, 1998, p. 250-252.
170
Stocks, 2003, p. 19-20.
171
Golani, 2003, p. 215.
172
Bessac, 1998, p. 250-252.
173
Schaub & Rast, 1989, p. 450.
174
Paz & Paz, 2007, p. 88.
175
Bliss, 1898, p. 34-39, fig. 69-78.
176
Communication personnelle de P. de Miroschedji.
177
Lindner & al., 2005, p. 220, fig. 10.
51
(fig. 4, 5, pl. 12). Sur les sites de la péninsule arabique, il a identifié un grand nombre de
ces percuteurs ad hoc entiers ou plus ou moins fragmentaires, aménagés en forme de
sphéroïdes tronqués aux deux pôles. Ils sont usés suite au piquetage intensif de la
percussion des têtes d’outils métalliques. Le diamètre de ces galets aménagés varie entre
6 et 9 cm et leur épaisseur de 4 à 5,5 cm. En fonction de ces dimensions, leur poids peut
être estimé entre 0,3 et 0,8 kg. La forme de ces galets durs est parfaitement adaptée à
une bonne tenue en main. Ce type d’outil connaît un important taux de casse, mais son
remplacement se fait simplement en se baissant, pour en ramasser un nouveau sur le
sol178. De tels objets ne se remarquent pas forcément lors de la fouille, c’est pourquoi ils
sont rarement ramassés, étudiés et publiés. Cependant, en observant les planches
d’objets, il est possible d’en repérer quelques uns. Ainsi, dans les sites du Sinaï, des
petites pierres de forme ellipsoïdale, mesurant en moyenne 8 cm de long et 5 cm de
large portent des traces indiquant qu’elles ont été utilisées comme percuteurs
(fig. 4, pl. 11)179.
Enfin, il y a très peu d’informations sur les méthodes de fixation des éléments en
bois. Les clous étant tardifs, les maçons ont pu utiliser des chevilles en bois, des lanières
de cuir ou des cordes en fibres végétales résistantes comme le palmier180. Ils ont
également pu utiliser des systèmes d’assemblage simples comme le tenon et la mortaise.
Les analyses métallographiques menées sur des outils en métal du Bronze ancien
montrent que l’immense majorité d’entre eux sont en cuivre et pas en bronze. Le cuivre
178
Bessac, 1998, p. 251.
179
Beit-Arieh, 2003, p. 209, fig. 7.2 : 1, 3.
180
Wright, 2005, p. 21.
181
Wright, 2005, p. 19.
182
Rosen, 1997, tabl. 5.1.
183
Evely, 2000, p. 528-530.
52
est un métal malléable et ductile184. Sa dureté varie entre 3,5 et 4,5 sur l’échelle de
Mohs. Ainsi, il semble peu adapté au travail de la pierre. Cependant, en observant les
outils, force est de constater que la plupart d’entre eux sont usagés. De ce fait, E. Miron
précise que certaines lames de haches et d’herminettes trouvées à Mezer portent de
nombreuses traces d’usures, de cassures et de raffûtages. De plus, des lames provenant
de Shelomi, au sud-est de Rosh Haniqra et de Beth Yerah, présentent des signes
apparents d’utilisation sur leur tranchant. La lame de Shelomi, comme une autre de
Yiftahel possède aussi un léger épaississement à une des extrémités résultant de coups
portés par l’arrière185. On peut en déduire qu’ils ont manifestement rempli leur fonction
d’outil. Néanmoins, en comparaison avec le nombre de matériaux taillés, très peu
d’exemplaires d’outils ont été préservés. Cette situation résulte probablement, d’une
part, par la rareté du métal qui fait que les objets devaient être recyclés dès qu’ils étaient
trop abîmés, mais d’autre part aussi sans doute par leur rareté tout court. Au
Bronze ancien, la possession de tels objets ne devait pas être anodine. D’ailleurs, selon
E. Braun, les haches retrouvées à Yiftahel provenaient de maisons de grandes
dimensions. Selon lui, elles pourraient être des marqueurs de pouvoir en lien avec ces
grands habitats186. Les outils en métal seraient alors des marqueurs de prestige.
Pour les outils en métal, les tests ont été menés avec des ciseaux en cuivre et en
bronze, répliques de ceux trouvés en Égypte, et d’un maillet en bois. Les pierres testées
sont des roches sédimentaires (grès rouge : 2,5, calcaire tendre : 2,5 sur l’échelle de
Mohs) et des pierres dures (grès dur : 5, calcite : 3-4, granite : 7, diorite : 7 sur l’échelle
de Mohs). D’une part, les tests montrent que sur les grès durs à grain serré, sur les
calcaires durs et sur la calcite, les ciseaux en cuivre sont immédiatement émoussés. Leur
184
Foucault & Raoult, 2005, p. 95.
185
Miron, 1992, p. 11-12.
186
Shalev & Braun, 1997, p. 93.
187
Foucault & Raoult, 2005, p. 228
53
usage peut être écarté pour ce type de pierres. Les ciseaux en bronze contenant du
plomb sont inefficaces sur les grès durs et les calcaires durs, mais peuvent tailler la
calcite. Cependant, l’outil nécessite des affûtages trop fréquents. De cette façon, même
l’usage d’outils en cuivre – plus durs – entraîne une perte en métal trop importante pour
avoir été acceptée par les artisans antiques. D’autre part, tous les ciseaux taillent
aisément le grès rouge et le calcaire tendre. Les tests effectués sur la découpe de bois
durs et tendres avec des ciseaux, des scies, des herminettes, deux haches (une en cuivre
et l’autre en bronze) montrent que les anciens outils en cuivre et en bronze permettent
de travailler tous les types de bois. En conclusion, les tests montrent que les outil en
cuivre, en bronze ou en bronze au plomb, peuvent seulement tailler de manière efficace
le grès rouge, le calcaire tendre, le gypse et tous les types de bois. Ainsi, seules les
pierres dont la valeur ne dépasse pas 3 sur l’échelle de Mohs peuvent être taillées avec
des outils en cuivre ou en bronze188.
188
Stocks, 2003, p. 64-69.
189
Stocks, 2003, p. 81-95.
190
Epstein, 1998.
54
192
191
Foucault & Raoult, 2005, p. 38.
Foucault & Raoult, 2005, p. 55.
$ $ -
$ # !.
< !" # ! !/ 0 !" #
!" 99 6 # 99 121 $ #
:# 3 % #
? $ % 45 # %
(
! ) ) ; # % )
!# - 99 - ! ) #
4 7% 4 , # 4 - @ $ 8 #
" # B $ > )
$ # !6
!% !3< !
G , ) C @A ,
" . $ @ . $ # - 3
? . ! ?
# " #'
$
! . > % $ >
! 0 # > ) !
D’après les expériences menées par D. A. Stocks, il faut marquer une distinction
entre les pierres dont la valeur est inférieure à 3 sur l’échelle de Mohs et les autres. Les
pierres du premier groupe sont considérées comme tendres et peuvent être travaillées
avec un ciseau en cuivre ou en bronze. Les pierres du deuxième groupe, plus dures, ne
peuvent être travaillées qu’avec des outils en pierre194. Ainsi, l’étude des roches
employées au Bronze ancien et des outils en métal, retrouvés en contexte sur les sites
montrent que les outils même ceux en cuivre, ont dû servir au Bronze ancien. Ce ne sont
pas que des objets de prestige. Ils ont servi à tailler du bois et des pierres tendres. Pour
travailler toutes les pierres plus dures, les outils étaient en pierre (granite, dolérite, silex,
chaille…). Ces outils étaient essentiellement des pilons et des marteaux.
Les outils en métal sont donc effectivement utilisés au Bronze ancien. De plus,
en observant la typologie des outils en métal, la filiation avec ceux en silex semble
évidente. D’ailleurs, la forme de certains outils comme les ciseaux, les herminettes ou
les haches reste encore inchangée jusqu’à nos jours. Seul le matériau employé diffère.
Les premiers objets en métal ont fait leur apparition en Palestine au Chalcolithique, en
même temps que la métallurgie. Mais il semblerait que ces premiers exemplaires aient
été des objets de prestige, en effet ils ne présentent pas de traces d’usure, de réaffûtage
ou de cassure. C’est seulement à partir du Bronze ancien que leur production
s’intensifie, même s’ils restent encore rares, car comme les expérimentations de
D. A. Stocks l’ont démontré, ces outils sont fragiles. Ils ne sont efficaces que pour le
travail du bois et des pierres tendres. Néanmoins, dans les périodes postérieures, ils vont
complètement supplanter les outils en pierre. Comment s’est réalisé le passage entre les
outils en silex et ceux en métal ? Quels sont les liens morphologiques entre eux ?
Pourquoi passer aux outils de métal, malgré leur coût de revient élevé ?
Tout d’abord, rappelons que malgré l’apparition des outils en métal, ceux en
silex continuent à être utilisés encore de nombreux siècles. En Égypte, les outils en
cuivre commencent à supplanter les outils en silex dès 4 000 avant notre ère, mais ces
derniers continuent à être utilisés jusqu’à la 25ème dynastie, soit jusqu’à 653 avant notre
ère. De plus, de nombreux outils sont des copies d’objets en silex, comme les haches et
les couteaux à lame droite. D’autres outils comme le ciseau plat en cuivre et la lame
d’herminette sont inspirés par le grattoir en silex ou le burin. Les couteaux et les
faucilles en silex denticulés ont dû inspirer les scies en métal. En effet, comme les
formes des outils en silex sont parfaitement adaptées à un ensemble de tâches pratiquées
depuis des millénaires, les ouvriers commencent donc par imiter les formes de certains
193
Perath, 1984, tabl. 1, 2, 3 ; composition : Foucault & Raoult, 2005, valeurs sur l’échelle de Mohs,
Stocks, 2003, tabl. 1.1, p. 17.
194
Stocks, 2003, p. 15.
57
outils en pierre pour les adapter en cuivre. Ce phénomène entraîne la disparition de
certains outils en pierre. De ce fait, au Levant sud, à partir du Bronze ancien, les ciseaux
en silex disparaissent, ils ne sont plus produits qu’en métal. Toutefois, certaines formes
ne sont adaptées au métal que plus tardivement. Ainsi, l’important volume de métal
nécessaire à la réalisation de hache en cuivre a retardé son adoption dans l’outillage des
artisans195. En outre, la réalisation d’outils en cuivre permet de raccourcir le processus
de production des outils par rapport à la production des outils en pierre. En effet, une
fois que l’infrastructure nécessaire à la fabrication des outils en métal est établie, le
processus de reproduction devient plus rapide. Cependant, la production d’outils en
silex reste moins onéreuse, ce qui explique sa longévité pour la réalisation de certains
outils. Seule l’apparition de la métallurgie du fer entraînera la disparition presque totale
des outils en pierre.
195
Stocks, 2003, p. 19-30.
58
&
L’étude des matériaux de construction vise à faire le point sur les ressources
naturelles disponibles et sur celles qui ont été employées au Bronze ancien en Palestine.
En effet, les propriétés de ces matériaux influencent directement la forme et le type des
éléments constitutifs des bâtiments (murs, couverture, ouvertures, aménagements
internes), ainsi que l’usage d’outils et de techniques appropriés.
59
&
L’usage de la pierre en architecture n’intervient qu’après un long processus de
familiarisation avec le matériau entamé pendant le Paléolithique, notamment lors de la
réalisation d’outils en silex.
#4& &
Sur un chantier, le choix des matériaux de construction est capital, il est basé sur
des critères précis et plusieurs qualités peuvent être recherchées à la fois comme la
disponibilité, la maniabilité, l’homogénéité, le poids, la résistance, l’isolation ou les
qualités esthétiques. Cependant, la disponibilité reste le critère le plus important aux
époques anciennes. La pierre doit être disponible en quantité suffisante et à une distance
raisonnable du site, compte tenu des facilités de transport qui sont à la disposition du
constructeur et qui peuvent être augmentées avec l’emploi d’animaux de bât (pl. 4). Le
second critère, la maniabilité, représente le degré plus ou moins aisé de travail de la
pierre en fonction de sa dureté et des outils disponibles196.
Une dizaine de types de pierres a été identifiée dans les édifices du Bronze
ancien. Dans l’immense majorité des cas, les pierres employées sont celles qui se
trouvent directement sur le site ou juste à proximité. Leur taille reste exceptionnelle : le
plus souvent les constructeurs réalisent un simple travail de dégrossissage sur la pierre.
Ainsi, l’état naturel des matériaux donne l’allure générale des bâtiments.
196
Wright, 2005, p. 30.
197
Getzov, 2004, p. 35-37, fig. 2-3, plan 1.
60
La craie est un calcaire tendre. C’est « une roche sédimentaire marine à grain
très fin, blanche, poreuse et friable »198. Elle est employée notamment à Qiryat Ata et à
Jebel Mutawwaq, sous forme de gros monolithes (fig. 3, pl. 126) ou de petit cailloux199.
À Tel Kabri, elle est utilisée sous forme de blocs dans les murs et broyée pour réaliser
certains sols. À Tel Qashish, une surface était également recouverte d’une couche de
craie concassée qui avait l’apparence d’un béton imperméable. Les fouilleurs pensent
que la zone était un réservoir d’eau200. L’établissement d’Arad est installé sur une
colline en craie éocène, c’est donc naturellement la pierre la plus largement utilisée dans
la construction (murs, bancs, installations)201. Seuls quelques éléments comme des
grandes dalles de seuil en calcaire proviennent du sud de la région des collines
d’Hébron202. À Tel Yarmouth, le site est aussi construit sur un substrat de craie éocène.
Cette dernière présente l’avantage d’être imperméable, ce qui facilite les ruissellements
superficiels qui peuvent être captés en contrebas du site dans un réservoir203.
Enfin, le nari (feu, en arabe) est une formation rocheuse qui résulte de la
désintégration de la craie, sous l’action du climat204. Il est très peu utilisé en
construction en raison de sa texture chaotique et de son hétérogénéité. En contrepartie, il
présente l’avantage de se détacher facilement de son substrat et peut être utilisé pour
faire de la chaux205.
Le kurkar est une roche de type calcarénite. C’est un grès formé par la
consolidation de sables calcaires. Ce type de roche se forme notamment dans les zones
littorales des régions chaudes et dans les massifs dunaires constitués par les sables
d'érosion des récifs coralliens. C’est une roche poreuse, hétérogène et friable. Elle est
présente en abondance sur les côtes et elle est facile à extraire et à tailler. Cependant,
comme ce n’est pas une roche de grande qualité, elle subit un important taux d’usure
dès qu’elle est exposée aux intempéries206. Tous les sites côtiers sont en partie construits
sur des soubassements de murs en kurkar comme Tell es-Sakan207, Ashkelon-Barnea,
Afridar ou Palmahim Quarry qui est construit directement sur un sol de kurkar208.
Le grès est une roche sédimentaire détritique209 qui constitue une excellente
pierre de construction car elle est non poreuse et facile à travailler. Selon sa provenance,
198
Foucault & Raoult, 2005, p. 89.
199
Fernandez-Tresguerres Velasco, 2005, p. 365.
200
Ben-Tor, Bonfil & Zuckerman, 2003, p. 67.
201
Aharoni, 1993, p. 75.
202
Amiran, 1978, p. 16.
203
Miroschedji, 1988a, p. 21-22.
204
Jasmin, 2006, p. 47-48.
205
Perath, 1984, p. 41.
206
Perath, 1984, p. 56-57.
207
Miroschedji, 2000a, p. 31.
208
Braun, 1990, p. 3.
209
Foucault & Raoult, 2005, p. 166.
61
elle peut être colorée dans une infinité de nuances : rose, jaune, orangé, brun, gris,
blanc, violacé... et veinée ou marbrée. À Numeira, les constructions sont en grès local
appelé aussi grès nubien210.
Le silex, est une roche sédimentaire siliceuse très dure (7 sur l’échelle de Mohs)
qui se « présente parfois en lits continus, mais le plus souvent en rognons disséminés ou
groupés en niveaux parallèles à la stratification, par exemple, dans de la craie. La limite
avec le calcaire ou la craie est nette, ce qui facilite l’extraction des rognons de silex »211.
La réalisation d’outils constitue son usage principal. Mais dans certains cas, il peut être
utilisé pour réaliser certains éléments architecturaux. Ainsi à Tel Arad, le silex éocène
local a été employé pour le pavage de certains silos et dans la construction de plates-
formes de cuisine et de foyers212.
Les pierres d’origine volcanique sont moins fréquemment utilisées car leur
localisation géographique est plus restreinte et elles sont plus difficiles à travailler. Dans
la zone de climat méditerranéen, les constructeurs emploient essentiellement du basalte
de type Dalwe213. Provenant du nord de la Galilée et du Golan, c’est la pierre la plus
dure employée dans la construction au Bronze ancien (7 sur l’échelle de Mohs). Le
basalte, comme toutes les autres roches volcaniques se présente sous différentes formes
liées aux conditions de refroidissement de la lave. Ainsi son grain, sa texture, son
homogénéité peuvent varier selon les gisements. À l’état naturel, elle peut se présenter
sous forme de pyroclastes214, de galets de colluvions ou de coulées. Les coulées de
basalte présentent la particularité d’être disposées naturellement en couches, séparées
par des lignes de fragmentation, ce qui facilite leur extraction215. Les formats et les
textures du basalte vont influencer directement les usages possibles. De ce fait, les
basaltes pyroclastiques servent d’éléments de remplissage de murs. Les basaltes fissurés
sont employés pour réaliser des constructions grossières. Le basalte vésiculaire est
utilisé en construction, mais il reste surtout très recherché pour la confection de meules.
Enfin, les basaltes à grains serrés et à la texture homogène servent en construction, après
un simple dégrossissage ou, plus rarement, une taille.
D’un point de vue architectural, le basalte est employé d’une manière intensive
dans sa zone d’origine et par petites touches dans les zones plus éloignées. De ce fait,
dans sa zone principale d’extraction, il est utilisé pour réaliser des bâtiments entiers216
210
Schaub & Rast, 1980, p. 43-44.
211
Foucault & Raoult, 2005, p. 322.
212
Amiran, Ilan & al., 1996, p. 143-144.
213
Epstein, 1998.
214
« Débris de roches magmatiques éjectés par les volcans », Foucault & Raoult, 2005, p. 288.
215
Perath, 1984, p. 54-55.
216
Epstein, 1998.
62
comme à Beth Yerah217 et à Tel Kishion218. De plus, à Beth Yerah, le basalte a servi à la
fois à construire des maisons, le rempart mais aussi un autel composé d’un orthostate et
de trois petits blocs (BS 101), implantés contre le rempart du niveau 14 (BA IB). Le
grand bloc a une forme d’ancre. Sa surface visible est polie, alors que sa surface arrière
a été laissée à l’état brut219. Puis, dans les sites relativement éloignés des gisements de
basalte, son emploi est moindre. Il ne sert qu’à réaliser des petits éléments
architecturaux comme des sols, des foyers (Tell el-Umeiri, Tel Yarmouth, Khirbet el-
Batrawy220), des crapaudines (Yaqush221) ou des bases de poteaux (Megiddo). Ces
usages ponctuels sont motivés par les qualités mécaniques et esthétiques du basalte. En
effet, d’une part, c’est une pierre très dure donc très résistante, ce qui en fait un matériau
adéquat pour l’élaboration d’éléments architecturaux devant résister à un usage intensif
ou à des températures élevées. D’autre part, le basalte est de couleur très sombre,
contrairement aux calcaires locaux. Son emploi, dans la réalisation des bases de piliers
monumentales des temples du Bronze ancien I (J-2 et J-4) de Megiddo222 a dû permettre
de réaliser un effet esthétique de contraste de couleur.
'-
Toutes les pierres utilisées en construction n’ont pas besoin d’être extraites
d’une carrière. De ce fait, jusqu’à l’Âge du Fer, la plupart des pierres employées en
architecture proviennent principalement des colluvions et des ramassages de surface223.
Par conséquent très peu de carrières ont été retrouvées au Bronze ancien. À Arad, les
fouilleurs ont repéré une des rares carrières identifiées en Palestine. Elle se trouve sur
les pentes sud de la zone des collines, face au tell. Utilisée tout au long du
Bronze ancien II, cette tranchée de quatre mètres de largeur a été creusée à la main. Elle
est orientée ouest-est. Une seconde tranchée se trouvait à l’ouest. Les carriers
exploitaient les tranchées en suivant les fissures naturelles du rocher. Ils détachaient des
blocs qui étaient déjà en partie dégagés. Les pierres étaient de la bonne taille pour
construire le rempart d’Arad. L’espace entre les deux parements de la muraille était
rempli d’un blocage fait de déchets d’extraction issus de la même carrière. Les
matériaux de construction utilisés dans les maisons, d’un module plus petit, se
composaient soit de sous-produits, soit de chutes issues de la carrière. Le format de ces
pierres n’excède presque jamais 0,60 x 0,90 x 0,60 m224.
217
Maisler & alii, 1952, p. 170-175.
218
Arnon & Amiran, 1993, p. 874.
219
Greenberg & alii, 2006, p. 236-237, fig. 6.2.
220
Nigro, 2009b.
221
Eitan & Esse, 1993, p. 1485.
222
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 50-53.
223
Perath, 1984, p. 27.
224
Amiran, Ilan & alii, 1996, p. 26-27.
63
Au nord-est de la Palestine, près du site de Khirbet al-Umbashi, une autre
carrière, cette fois-ci de basalte, a été découverte (pl. 13). Dans cette région, le basalte
se présente sous forme de lits horizontaux de 0,15 à 0,60 m d’épaisseur parcourus par
un réseau de fractures. Les blocs se détachent en partie naturellement et d’autres doivent
être travaillés avant d’être extraits, notamment en élargissant les fissures naturelles. Les
carrières contiennent encore des dalles dont l’extraction fut préparée mais jamais
achevée. Elles sont toujours entourées d’entailles d’environ 0,20 m de profondeur, dont
le but était d’atteindre la limite inférieure du lit de basalte. Leurs profils varient :
certains possèdent une forme en U droit ou renversé et d’autres sont en forme de queue
d’aronde. Selon les archéologues, le profil en queue d’aronde est le plus long et le plus
complexe à réaliser, mais il permet l’usage de leviers en bois pour pouvoir soulever le
bloc achevé. Le travail devait être effectué avec des percuteurs en roches dures ou par
friction avec un bâton et du sable siliceux mouillé225.
Les techniques utilisées pour déplacer les pierres de la carrière au site restent
inconnues, car aucune trace d’outils ou de cordes n’a été retrouvée. Pour la carrière
d’Arad, R. Amiran pense que les carriers avaient recourt à des bœufs ou à des ânes pour
transporter les pierres226. Dans le cas de Khirbet al-Umbashi, les archéologues pensent
que plusieurs techniques pouvaient être employées simultanément en fonction de la
forme et du poids des roches. Ainsi, certaines pouvaient être transportées à dos
d’homme, d’autres être déplacées par glissement ou par rotation à l’aide de leviers et de
cales227.
Évoquer le problème du poids des pierres implique aussi d’aborder celui des
moyens de préhension et de levage des blocs afin de les hisser sur les édifices, que ce
soit de simples maisons ou des remparts de plusieurs mètres de haut. Malheureusement,
aucune information datée du Bronze ancien n’est préservée. Les expérimentations
actuelles peuvent néanmoins fournir quelques indications (pl. 14). Ainsi, pour déplacer
une grosse pierre sur quelques dizaines de centimètres, les constructeurs actuels de
cabanes en pierre sèche, placent la pierre de chant et la font rouler entre leurs jambes
écartées. Pour les dalles plus grandes, ils les déplacent en les faisant pivoter
alternativement d’une extrémité à l’autre, tout en maintenant la pierre soit à
l’horizontale, soit à la verticale, selon sa forme. Ces deux techniques évitent d’avoir à
porter la pierre. Une autre technique plus rapide nécessite le recours à un madrier placé
perpendiculairement au mur. Le bâtisseur lui donne la déclivité la plus faible possible et
fait rouler le bloc sur cette rampe jusqu’à son emplacement dans le mur. Les très grosses
pierres, normalement réservées aux assises inférieures du mur, nécessitent plus de
travail, surtout à partir de la deuxième assise. Ainsi, « pour monter un très gros bloc au
225
Braemer, Echallier & Taraqji, 2004, p. 109-111, fig. 230-236.
226
Amiran, Ilan & alii, 1996, p. 26-27, pl. 84.
227
Braemer, Echallier & Taraqji, 2004, p. 114.
64
niveau d’une deuxième ou d’une troisième assise, […] il suffit de soulever le bloc d’un
côté, d’y glisser une pierre, puis de soulever le bloc de l’autre côté, d’y glisser une autre
pierre. L’opération est répétée jusqu’à la réalisation d’une pyramide de pierres sous le
bloc à soulever. Centimètre après centimètre, celui-ci va être hissé jusqu’au niveau de
son emplacement prévu, où il suffira de le faire basculer et glisser. Il ne reste plus qu’à
enlever la pyramide de pierres, désormais sans objet »228. Enfin, en se basant sur une
analyse des techniques architecturales employées en Arabie, J.-C. Bessac propose un
système qui utilise un simple bardage avec des rouleaux posés sur des plans inclinés,
constitués de solides plateaux de bois. Ce mode de levage des blocs est facilité, lorsque
la topographie du site offre des pentes sensibles. Il suffit alors d’alimenter le chantier
directement sur le sol régularisé en pente douce, toujours à partir du point le plus haut
du terrain229.
Dans la majorité des sites, ce sont les pierres disponibles à proximité immédiate
qui sont ramassées et employées. Ainsi, à Marajim, le village s’est établi sur des zones
où le rocher calcaire affleurait à la surface, sans doute afin de faciliter la collecte des
matériaux de construction (fig. 1, pl. 116). Dans ce secteur, la roche se délite
naturellement en bancs horizontaux de 0,40-0,50, prêts à l’emploi230.
+5
Plusieurs procédés permettent de transformer la pierre en matériau de
construction. Ainsi, en fonction des besoins, la pierre peut être taillée, débitée, fendue,
pulvérisée ou abrasée, selon des processus de transformation connus et employés depuis
la Préhistoire231. De plus, différents formats de pierre sont utilisés au Bronze ancien : de
la poudre de pierre au bloc cyclopéen.
Le caillou est un fragment de roche dure, trop petit pour servir d’élément de
construction indépendant dans un appareil, mais pouvant constituer un blocage ou un
remplissage de mur, un radier de sol ou un dégraissant à brique. Selon O. Aurenche, le
diamètre minimum d’un caillou est de 20 mm. En deçà, de 2 à 20 mm, c’est du gravier
228
Lassure, 2005.
229
Bessac, 1998, p. 250-252.
230
Nicolle, Steimer & Humbert, 2001, p. 82.
231
Wright, 2005, p. 43.
232
Communication personelle de P. de Miroschedji.
233
Ben-Tor, Bonfil & Zuckerman, 2003, p. 67.
65
et de 50 µ à 2 mm, c’est du sable234. Les cailloux sont issus des rochers de surface
détachés et des décombres qui sont collectés dans les champs. Il n’y a pas de sélection
particulière parmi les pierres, cela peut-être du calcaire, du basalte, du grès… Aucun
travail supplémentaire n’est pratiqué sur les pierres. L’intérêt fut porté à la forme de la
pierre lors de son ramassage. L’usage des cailloux se retrouve sur tous les sites du
Bronze ancien.
Les galets sont des cailloux arrondis par usure mécanique : éolienne, fluviatile
ou marine235. Ils se présentent selon trois formats : petit, moyen ou grand. Les petits
galets mesurent moins de 5 cm, les galets de taille moyenne mesurent entre 5 et 15 cm
et les grands galets mesurent plus de 15 cm. Leurs usages sont multiples. Répandus en
nappes, ils servent à empierrer des cours ou des surfaces de travail, formant un radier
qui permet le drainage des eaux de ruissellement236. Disposés en assises, ils peuvent
former des soubassements de murs comme à Aphek où de gros galets de rivière (10-
15 cm de diamètre) se répartissent en deux rangées237. Soigneusement calibrés et
alignés, ils forment des courettes intérieures comme dans les Palais B2 et B1 de
Tel Yarmouth.
234
Aurenche, 1977, p. 43.
235
Foucault & Raoult, 2005, p. 145.
236
Aurenche, 1977, p. 93.
237
Kochavi, 2000, p. 134-139, fig. 9.66 : 1-6.
238
Nicolle, Steimer & Humbert, 2001, p. 82.
239
Braemer, Echallier & Taraqji, 2004, p. 114.
66
35 cm de haut) comme à Tel Dalit240, le « moyen appareil » (entre 35 et 20 cm) comme
à Bâb edh-Dhrâ’241 et le « petit appareil » (moins de 20 cm) comme à En Esur242. Ainsi,
la plupart des pierres sont taillées en forme de parallélépipède, mais certains
constructeurs donnent aux pierres une forme triangulaire quand elles sont vues de
dessus, et rectangulaire quand elles sont vues de face dans la maçonnerie. Il y en a des
exemples à Tel Yarmouth, dans les soubassements du temple du J-4 de Megiddo243 ou à
Leviah244. Cette technique, largement utilisée, permet de renforcer la cohésion du mur.
Les pierres de taille résultent d’un lissage d’une ou de toutes des faces d’un
bloc. Le lissage peut être réalisé avec un agent abrasif comme du sable. Les pierres
taillées restes rares dans les constructions du Bronze ancien. Les principaux exemples
observés sont employés comme bases de piliers, comme à Megiddo, Ai, Tel Yarmouth
ou Bâb edh-Dhrâ’245.
240
Gophna, 1996, p. 38-40.
241
Schaub & Rast 1984, p. 37-38.
242
Yannai, 2006, p. 270.
243
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 53-65.
244
Kochavi, 1993, p. 915-916.
245
Rast & Schaub, 2003a, fig. 10.37, 10.38.
246
Nicolle & Maqdissi, 2006, p. 133-134.
247
Milevski & Baumgarten, 2009.
248
Yannai, 2006, p. 34-42.
67
et leurs angles arrondis249. A. Mazar et P. de Miroschedji interprètent ces monolithes
comme des pierres dressées rituelles, appelées en hébreu massevoth (au singulier
massevah). Des pierres dressées comparables, datées du cinquième et du quatrième
millénaire sont connues à l’est du Sinaï, dans le sud du Néguev et en Transjordanie250.
Ainsi, les sites où des monolithes ont été employés datent du Bronze ancien I et, à
l’exception d’Hartuv, ils appartiennent tous à la tradition architecturale à double abside.
Hartuv est le seul site à tradition rectangulaire où les constructeurs ont employé des
monolithes dans la construction et c’est aussi le seul site où les archéologues émettent
une interprétation rituelle. Il est donc plus probable que l’utilisation de monolithes soit
une technique de construction plutôt qu’un symbole cultuel. Cependant, le caractère
religieux des pierres dressées n’est pas à exclure complètement surtout dans le cas de
pierres monumentales isolées comme celle retrouvée à Marajim. Ce monolithe est une
dalle mégalithique de 3 m de longueur pour 1,80 m de hauteur et 0,45 m d’épaisseur
(fig. 2, pl. 116), implantée de chant, selon une orientation nord-est/ sud-ouest251.
Les blocs cyclopéens qui sont de très gros blocs de pierres, jusqu’à 2,40 m de
longueur, non taillés et grossièrement ajustés ne sont présents que dans les remparts,
comme ceux de Tel Yarmouth (fig. 5, pl. 25).
Enfin, la pierre peut être aussi être utilisée de manière concassée pour produire
de la chaux, qui constitue le principal type d’enduit utilisé au Bronze ancien. En effet,
malgré l’emploi quasi systématique du terme plaster dans les rapports de fouilles, il n’y
a pas de plâtre en Palestine au Bronze ancien. Le plâtre est issu de la calcination du
gypse, or les ressources locales en gypse ne sont pas encore exploitées à cette époque252.
Tous les enduits sont donc à base de chaux, qui s’obtient à partir de la calcination du
calcaire.
249
Mazar & Miroschedji, 1996, p. 7.
250
Mazar & Miroschedji, 1996, p. 11-13.
251
Nicolle, Steimer & Humbert, 2001, p. 83, pl. 3.
252
Perath, 1984, p. 57.
68
plasticité ou l’imperméabilité de la chaux. Ainsi, un enduit de calcaire pur est blanc et
très plastique, alors qu’un enduit contenant des impuretés est beaucoup plus dur et
résistant253. De ce fait, dans un four à chaux construit, il n’y a pas de contact direct entre
les cendres issues de la longue combustion du bois et de la pierre. Il en résulte une
chaux pure et blanche. Cependant, aucun four à chaux n’a été identifié au
Bronze ancien. La production devait être réalisée entièrement dans des foyers ouverts
où les déchets de combustions sont susceptibles de contaminer la chaux et donc de la
colorer (beige, gris, marron).
L’enduit de chaux peut être posé sur divers supports. Il met du temps à se fixer
et se rétracte au séchage, mais sous certaines conditions il peut être utilisé sous l’eau. La
chaux peut être employée comme mortier ou emplâtre254. Elle peut également être très
diluée pour former un lait de chaux, plus facile à étaler. De très nombreux bâtiments
conservent les traces d’enduits de chaux sur les murs, comme sur les sols. Ainsi, les
murs du bâtiment A de Bâb edh-Dhrâ’ présentent encore des traces de doigts qui
témoignent de l’étalement à la main de l’enduit255. À Megiddo, dans le temple 4040
(niveau XV), l’autel, les sols, les murs des pièces et des porches étaient couverts d’un
enduit de chaux256. À Tel Yarmouth, le « Bâtiment Blanc » du chantier C est recouvert à
l’intérieur d’un enduit de chaux sur les murs et le sol. Ce dernier a subi jusqu’à trois
réfections et il atteint à certains endroits 0,15 m d’épaisseur257.
6 %
En construction la pierre est utilisée pour ses qualités structurelles : résistance et
capacité à supporter des charges, sans négliger son caractère esthétique. Tout dans un
bâtiment peut être réalisé en pierre, même si ces exemples restent rares. Les quelques
cas probables répertoriés se trouvent essentiellement dans les régions riches en pierres
comme les maisons du sud de la Syrie ou les habitats temporaires du Sinaï258. Ainsi, les
maisons de Khirbet al-Umashi possèdent des toitures entièrement réalisées avec des
dalles de basalte reposant sur des murs et des piliers également en basalte259. Mais, le
plus souvent la pierre est associée à d’autres matériaux comme la terre et les végétaux.
La pierre est alors employée sous diverses formes : broyée, calcinée, en galets, cailloux,
moellons ou pierres de taille. Chaque format remplissant une fonction architecturale
précise, ainsi, un radier de cailloux ou de galets sous un sol, permet un meilleur
drainage des eaux de ruissellement. La pierre sert aussi à la réalisation d’éléments
253
Wright, 2005, p. 143-144.
254
Reich, 1992, p. 9.
255
Rast & Schaub, 2003a, p. 328-334.
256
Loud, 1948, p. 73-76.
257
Miroschedji, 1988a, p. 35-43.
258
Beit-Arieh, 2003, p. 103.
259
Braemer, Echallier & Taraqji, 2004, p. 116.
69
architecturaux qui ont besoin d’être particulièrement résistants, car soumis à une forte
usure mécanique (seuils, linteaux, crapaudines ou bases de piliers). De ce fait, sur un
site entièrement construit en terre, comme Tel Lod, les constructeurs ont pris soin de
placer un seuil en pierre dans le bâtiment chantier D260. De même, à Tel Erani ou à
Ashkelon-Barnea, l’emploi de la pierre se limite à quelques pierres non taillées
employées à la base des murs et qui ne constituent jamais une assise de soubassement
complète261. Cette méthode permet sans doute de mieux caler les briques et d’assurer
une certaines stabilité au mur.
Dans certains cas, les constructeurs ont privilégié des pierres selon leurs
propriétés physiques en choisissant de les faire venir sur une certaine distance. Ainsi, à
Tel Arad, alors que pratiquement tous les murs et les installations sont en craie locale,
certaines bases de colonnes, seuils et crapaudines sont en dolomite. Cette roche calcaire
– plus dure que la craie – provient de la région des collines d’Hébron, à une vingtaine de
kilomètres au nord d’Arad. De plus, en reconnaissant les propriétés du silex, meilleur
conducteur de chaleur, les constructeurs l’ont employé dans la réalisation des foyers263.
Enfin, il ne faut pas négliger l’aspect esthétique de la pierre, ainsi dans le Palais B1 de
Tel Yarmouth, au-dessus du soubassement en pierre est posée une superstructure
composée d’un parement de pierre et d’un remplissage de briques crues. Ce plaquage
donne l’illusion d’un mur construit en pierres264.
260
Lass, 2006, p. 51.
261
Ciasca, 1962, p. 27-35.
262
Schaub & Rast, 1989, p. 391-396.
263
Ilan, 2001, p. 326.
264
Miroschedji, 2003, p. 159*.
70
époque. En comparaison avec d’autres artisanats comme celui de la poterie ou de la
métallurgie, la taille de la pierre n’a pas connu d’avancées spectaculaires au Bronze
ancien. Cet artisanat reste toujours dépendant des avancées technologiques, notamment
en matière d’outillage. Enfin, la pierre était recherchée surtout pour ses qualités
structurelles ainsi même dans les sites où elle n’a pas du tout été employée dans la
construction du gros œuvre, elle pouvait l’être pour réaliser certains éléments
architecturaux qui avaient besoin d’être particulièrement résistants. Enfin, il ne faut pas
omettre le critère esthétique qui semble aussi avoir eu une importance, même si elle
reste minime et réservée à des bâtiments d’exception.
!
La terre est le matériau de construction le plus largement utilisé depuis le
Néolithique, en particulier dans les zones arides et semi-arides du monde. Employée
pour ses propriétés isolantes, elle permet de garder la chaleur pendant les nuits froides
de l’hiver et elle reste relativement fraîche l’été. Pratiquement tous les types de terre
peuvent être utilisés en architecture. De ce fait, c’est un matériau relativement facile à
travailler dont la plasticité et la stabilité chimique offrent de nombreuses possibilités de
mises en œuvre. Ainsi, selon le résultat désiré, elle peut être moulée, tassée, ou diluée.
Mais, comme elle résiste mal à l’eau et l’érosion, elle doit être entretenue
fréquemment265.
265
Kemp, 2000, p. 88.
71
particules sont très fines, elles se présentent sous forme de paillettes, issues de l’érosion
chimique. Ce sont ces deux types de particules qui contribuent aux propriétés de la terre
en tant que matériau de construction : cohésion et résistance. Les grosses particules
contribuent directement à la résistance de la terre, lors des phénomènes de compression
ou d’écrasement et la surface plate des particules paillettes influe sur l’indice de
résistance. Ainsi, la terre est classifiée en trois types de sols : sable, limon, argile. Le
sable est composé de gros grains (0,6 à 2,0 mm de diamètre). L’argile est composée de
petites particules plates (taille maximale des particules : 0,0006 mm). Le limon est
composé de particules de taille intermédiaire. Le coefficient de cohésion de la terre
dérive directement de la quantité d’argile qu’elle contient. L’eau est également un
élément essentiel de la composition de la terre. Elle est présente à la fois autour et entre
les particules266.
Pour être devenir apte à la construction, la terre doit subir un traitement approprié
qui va la transformer en terre à bâtir. O. Aurenche, décrit le mode opératoire de
transformation de la terre :
266
Wright, 2005, p. 77-78.
267
Aurenche, 1977, p. 167-70.
268
Lass, 2006, p. 51.
72
Lors de sa préparation, la terre à bâtir peut se présenter sous deux formes : rigide
ou plastique. Pour obtenir un matériau plastique, qui va servir à confectionner de
l’enduit ou du mortier, il faut ajouter de l’eau à la préparation. Et pour obtenir un
matériau rigide type pisé ou briques, il faut utiliser des systèmes de pression, de chaleur
ou de cuisson. Cependant la pression reste le moyen le plus simple de donner de la
cohésion à la terre car plus le matériau est dense, plus il est résistant. Ce résultat
s’obtient en battant ou en foulant la terre, afin de diminuer son volume et d’augmenter
sa densité. Si le phénomène est facile à réaliser pour la construction d’une surface
horizontale (sol, toit), c’est beaucoup moins facile pour des éléments verticaux, comme
les murs. Dans ce cas, la terre doit être coulée dans un coffrage puis tassée (pisé) ou des
éléments préfabriqués et déjà séchés peuvent aussi être mis en œuvre (briques)269.
'0 9
Après son extraction et sa transformation, la terre à bâtir peut être utilisée de
diverses manières. Ces méthodes n’apparaissent pas toutes en même temps dans
l’histoire, leur création et leur répartition géographique sont entièrement liées à la nature
des ressources naturelles disponibles autour des sites. Parmi les différentes mises en
œuvre de la terre, il faut distinguer les mises en œuvre impliquant le compactage de la
terre, comme le pisé, celui d’éléments de terre préfabriqués, comme les briques et
l’emploi de terre plastique, comme l’enduit et le mortier.
269
Wright, 2005, p. 87-90.
270
Aurenche, 1977, p. 138.
271
Aurenche, 1977, p. 30.
73
Il y a très peu d’attestations de l’utilisation du pisé dans les sites du Bronze
ancien et les deux cas repérés se trouvent sur des sites localisés à l’est du Jourdain.
Ainsi, à Tell es-Sa’idiyeh, les marches d’un escalier ont été réalisées en pisé dont les
traces du coffrage en bois et en fibres ont été repérées. Le tout reposait sur une
fondation composée de tessons272. À Tell Um Hammad, certains murs étaient composés
avec une technique variante du pisé : des couches distinctes et peu épaisses d’argile
reposaient selon des assises horizontale. Deux cuves en pisé servant à stocker du grain
se trouvaient également dans une maison barlongue du niveau 4273.
272
Tubb, 1988, p. 50-55, fig. 27.
273
Betts, 1991, p. 36-37, fig. 29.
274
Mitchell, 1908, p. 375.
275
Rast & Schaub, 2003a, p. 130 ; Lass, 2006, p. 51.
276
Greenberg & alii, 2006, p. 122-124.
74
solide277. Ces observations semblent être confirmées par des analyses pétrographiques
effectuées à Qiryat Ata qui montrent que les briques du niveau III, contenaient de la
terre locale comportant peu d’argile278.
277
Goldberg, 1979, p. 64.
278
Golani, 2003, p. 76-79.
279
Aurenche, 1977, p. 167-70.
280
Golani, 2003, p. 76-79.
281
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 38.
282
Braun & Gophna, 2004, p. 191-199.
283
Tubb, 1988, p. 50-55, fig. 27.
284
Kempinski & Gilead, 1991, p. 175.
285
Reich, 1992, p. 7.
75
ils avaient l’apparence de briques cuites intentionnellement, tout en provenant d’un
chantier non incendié.
286
La méthode d’analyse utilisée est encore expérimentale. Elle est développée par l’équipe de Steve
Weiner à l’Institut Weizmann de Rehovot (Israël). Pour rappel, les principaux éléments contenus dans
tous les matériaux que l’on trouve dans la nature sont la calcite : CaCO3 et l’argile. Quelque soit sa
composition chimique, l’argile contient toujours du silicate (SiO4) auquel s’ajoute d’autres éléments
comme de l’aluminium (Al), de calcium (Ca), du manganèse (Mg). La présence de matériaux organiques
(matière osseuse), de phytolithes (opale), de quartz…peut aussi être détectée.
287
L’échantillon à analyser est prélevé sur une coupe fraîche faite dans le matériau. Quelques dizaines de
microgramme de l’élément à analyser sont prélevés et broyés dans un mortier en agate. Environ 0,1 mg
d’échantillon est mélangé à 80 mg de bromure de potassium. Puis, le tout est à nouveau broyé. La
préparation est en suite déposée dans un anneau de métal (ou pellet de 7 mm) où elle est compressée à
l’aide d’une presse manuelle sans évacuation (Qwik Handi-Press, Spectra-Tech Industries Corporation).
La lentille dure ainsi obtenue est mise dans le spectrogramme à infrarouges. Les résultats de l’analyse
s’affichent directement sur l’écran de l’ordinateur connecté. La courbe présente les pics caractéristiques
des différents éléments présents dans l’échantillon analysé.
76
* brique d’un montant de seuil du mur 1578, TY-Bb : échantillon n° 17 223
La brique se présente sous forme d’un bloc compact de couleur rouge-brun. Elle
a été prélevée directement sur le terrain au niveau du montant ouest du seuil de la
porte 21 du Palais B1. L’analyse des prélèvements (YAR 34, 35) montre que la brique
se distingue par une haute teneur en argile comparé au pourcentage de calcite. Elle
contient près de 80% d’argile, de la calcite broyée et des petites pierres servant de
dégraissant.
- L’expérience
Cette expérience reproduit celle réalisée à l’Institut Weizmann sur les briques
de Tel Dor288. Comme les briques de Tel Yarmouth ont une composition différente de
celle de Tel Dor – ces dernières sont très riche en sable, car c’est un site côtier – il fallait
reproduire l’expérience avec du matériel provenant de Yarmouth. Ainsi, des
échantillons de briques ont été prélevés, broyés, puis traités à l’acide chlorhydrique
(HCl) qui permet de dissoudre la calcite présente dans la brique. Chaque échantillon est
placé dans un creuset en porcelaine placé quatre heures dans un four à la température
souhaitée. Les échantillons refroidissent ensuite pendant plusieurs heures à température
ambiante avant d’être analysés.
- Les résultats
En comparant les spectres infrarouges des échantillons brûlés à 400° C
(YAR 53), 600° C (YAR 54) et 800° C (YAR 55) à celui de l’échantillon non brûlé
(YAR 34), cela montre que la brique du Palais n’a pas été cuite. Et si elle a été chauffée
c’était à une faible température inférieure à 400° C qui ne provoque par une
transformation chimique de la nature des matériaux.
288
Berna & alii, 2007, p. 5.
77
* brique provenant du locus 1981, TY-Bh : échantillon n° 17 220
L’analyse de la brique (YAR 40) montre qu’elle a été cuite aux alentours de 600-
700° C. Elle est composée d’argile et d’une grande proportion de calcite.
Au final peu de briques ont été conservées à Tel Yarmouth, car les conditions
environnementales ne permettent pas ou peu la préservation des éléments en argile crue.
Seule la fouille de zones détruites par le feu comme celle du chantier Ja permet
d’observer réellement l’importance des briques dans la construction. De ce fait, les
quelques briques complètes qui proviennent de niveaux non incendiés constituent de
rares exceptions. L’objectif de cette étude était de comprendre pourquoi elles avaient été
préservées ? Dans un premier temps, les analyses ont confirmé que ces briques
n’avaient été ni prises dans un incendie, ni cuites volontairement. Puis, dans un
deuxième temps, elles ont démontré l’existence d’une différence de « recette » entre les
briques des quartiers domestiques et celles du palais. Cette différence de composition
tient au pourcentage d’argile qui est beaucoup plus élevé dans les briques du palais,
mais aussi à l’usage de dégraissants différents. Ainsi, les briques du chantier J
comportent une plus grande proportion de calcite chauffée, issue d’un dégraissant
cendreux. Les briques du palais comportent aussi de la calcite, mais en proportion
inférieure, c’est d’ailleurs la présence de ces éléments de calcite – qu’ils soient issus de
la terre qui a servi à fabriquer les briques ou qu’ils se soient infiltrés ultérieurement à
78
partir des enduits muraux – qui a contribué à leur conservation289. Les briques étaient
surtout très riches en argile.
Les analyses ont montré de manière plus anecdotique que le feu qui a ravagé le
chantier J, n’a pas atteint les 700° C, auquel cas la calcite contenue dans les briques se
serait transformée en chaux.
Dans tous les cas, la terre est tassée à la main ou au pied, en veillant à bien
remplir les angles. Puis, l’ouvrier racle la surface du moule afin d’ôter le surplus de
terre et il le retire en le soulevant vers le haut, d’un geste vertical et sec. Enfin, la brique
est laissée séchée sur place. Le moule est ensuite posé tout contre la brique déjà
confectionnée, afin de procéder à la fabrication de la suivante. La terre employée doit
être molle et le moule doit être trempé dans l’eau afin de faciliter le démoulage. Selon
M. Sauvage, le rendement de cette technique est de 2 000 briques par jour et par
ouvrier294. Mais, selon G. Wright, deux maçons expérimentés, avec un moule en bois,
ne peuvent produire qu’un millier de briques par jour, soit 20 m3 de maçonnerie295. Pour
comparaison, en Égypte actuellement, une équipe de quatre ouvriers peut produire une
moyenne de 3 000 briques par jour, mais ce chiffre devait être légèrement inférieur
durant l’Antiquité, car les briques avaient de plus grandes dimensions296.
289
Guest-Papamanoli, 1978, p. 6.
290
Orlandos, 1966, p. 56-57 ; Martin, 1965, p. 50.
291
Canaan, 1933, p. 29-31.
292
Schumacher, 1908, p. 12, pl. XLIb.
293
Wright, 2005, p. 100.
294
Sauvage, 1998, p. 20.
295
Wright, 2005, p. 99.
296
Dans le papyrus de Reisner I, les auteurs rapportent une production de 65 coudées au cube de briques
par jour (Spencer, 1979, p. 4).
79
Le temps de séchage dépend de la composition minéralogique de la terre, de
l’humidité ambiante, de la dimension des briques et du rythme de production. Dans une
production massive, les briques sèchent plus longtemps car leur utilisation n’est pas
immédiate297. Aux époques anciennes, les briques étaient laissées au soleil 3 ou 4 h,
puis posées sur la tranche pour continuer à sécher pendant une journée ou deux. Les
briques étaient ensuite directement utilisées ou stockées. La chaîne opératoire complète
est illustrée dans les peintures de la tombe de Rekhmiré à Thèbes, datée d’environ
1 500 avant notre ère298. Planche 16, les différentes étapes du processus sont
représentées : deux hommes puisent de l’eau dans une piscine afin d’hydrater la terre à
bâtir, la terre est travaillée, transportée, moulée, les briques sont mises à sécher au
soleil, collectées, puis elles servent à construire un mur299.
iii.1 Dimensions
Lors de ses fouilles à Abydos (Égypte) et à Tell el-Fara sud, W. M. F. Petrie a
cherché à mesurer systématiquement toutes les briques retrouvées afin d’essayer de
déterminer s’il existait des formats standards et de s’en servir comme marqueur
chronologique301. L’échec de sa démarche montre que les dimensions des briques ne
297
Guest-Papamanoli, 1978, p. 9.
298
Davies, 1935, pl. LVIII.
299
Neuburger, 1930, p. 136.
300
Sauvage, 1998, p. 20-23.
301
Reich, 1992, p. 6-7.
80
sont pas des informations fiables en ce qui concerne la chronologie. Cela résulte de
plusieurs problèmes liés à la production et à l’assemblage des briques.
Cependant, comme les briques étaient recouvertes d’un enduit, les légères
différences de taille étaient parfaitement invisibles une fois la construction achevée.
Ainsi, comparer les briques au centimètre près est inutile, d’autant plus que les briques
ne sont jamais parfaitement planes. Les dimensions peuvent néanmoins fournir d’autres
types d’informations.
Afin de les comprendre, toutes les briques identifiées ont été rassemblées dans le
tableau ci-dessous (En grisé ce sont les briques carrées, et T : les briques trapézoïdales) :
302
Kemp, 2000, p. 84-85.
303
Braemer, 1982, p. 159-160.
81
Site Chantier Niveau Datation Elément Taille de la Mise en
brique œuvre
(en cm)
Afridar J J-1 BA I Mur 107 50 x 30 x 10 Silo L105
J J-1 BA I Mur 50 x 30 x 15 /
J J-2 BA I Mur 148 50 x 25 x 15 Maison
Bâb edh- I III BA II Rempart B 50 x 25 x ? Fortification
Dhrâ’ XIII II BA III Rempart A 40 x 30 x 9 Fortification
30 x 30 x 9
XVII II BA III Murs 61 et 62 45 x 25 x 10 Maison
XVII II BA III Murs 61 et 62 25 x 20 x 10 Maison
XIX II BA III Mur 45 60/55 x 25/23 Maison
x 12/10
F IV BA IB / 20 x 14 x 6 Maison
XII IV BA IB / 40 x 25 x 9 Maison
XIII III BA II Mur 38 c.75 x 45 x 8 Maison
XIX III BA II Mur 48/105 60/55 x 30/25 x Mur de
10 terrasse
XVII II BA III Mur 45 x 25 x 10 Maison
25 x 20 x 10
XIX II BA III Mur 46 55/60 x 23/25 Maison
x 10/12
XIX II BA III Mur 88 24 x 24 x 10 Maison
50 x 25 x 10
60 x 30 x 10
XIX II BA III Mur 5 50 x 25 x 12 Maison
28 x 25/32 x 30?
(1/2 brique)
Cimetière / BA II-III Mur 50 x 25 x 9 Tombe A 8
Cimetière / BA II-III Mur 60 x 30 x 12 Tombe A 20
Cimetière / BA II-III Mur 54 x 25 x 9/10 Tombe A 21
Cimetière / BA II-III Mur 50 x 25 x 9 Tombe A 41
Cimetière / BA II-III Mur 50 x 25 x 9 Tombe A 42
Cimetière / BA II-III Mur 50 x 20 x 9 Tombe A 44
Cimetière / BA II-III Mur 50 x 25 x 9 Tombe A 51
Cimetière / BA II-III Mur 33 x 0,25 x ? Tombe C 4
Beth Shean Tr. Fitzgerald XIII BA I Mur 42 x 22 x 11 Maison
M XIII BA I Mur 30 x 18 x ? Bâtiment M1
Beth Yerah / IV BA I Mur 30 x 25 x 10 Maison
BS 15 BA IB Mur 50/65 x 25/35 x Maison
10/12
BS 14 BA IB Muraille A 55 x 50 x 8/10 Fortification
50 x 40 x 8/10
40 x 30 x 8/10
40 x 25 x 8/10
EY 10 BA IB Mur 51/58 x 31/36 x Maison
11/12
51/58 x 13/18 x
11
Sondage B BY II BA IB / 40 x 30 x 10 Fortification
MS 9 BA III Mur 30 x 25 x 10 Maison
‘En Besor / / BA IB Mur 23 x 12 x 8 Bâtiment A
Jéricho Tranché I XXXVI BA I Mur 40 x 24 x 7 Maison 210
36/30 x 46 x? (T)
F / BA III Seuil 60 x 40 x 14 Maison L
305
F / BA III Mur 301 112 x 40 x 30 Maison L
303
tranchée I XXXIV BA II Rempart A 43 x 29 x 7 Fortification
tranchée I XXXV BA II Rempart B 40 x 28 x 8 Fortification
tranchée I XXXVII / Rempart H 110 x 40 x 10 Fortification
Megiddo J J-3 BA I Mur 79 x 43 x 0,9-10 Temple J-3
Qiryat ‘Ata A III BA I Mur 60 x 30 x 10 Bâtiment 2
82
Tel Erani D / BA I Mur 50 x 30 x 15 Bâtiment 232
D I à III / Mur 30 x 25 x 8/10 Bâtiment
7102
D V à VIII / / 45 x 37 x 8/10 Maison
Tel Kitan / VII BA I Mur 42 x 28 x ? Maison 218-
42 x 14 x ? 214
42 x 42 x ?
Tel Lod D / BA I Mur 39-26 x 48 x Maison
0,7/0,8 (T)
Tell el- Carré G15 / BA II Mur 38 x 25 x 12 « Maison des
Fârǥah Jarres »
Carré H14 Période 1 BA II Mur 30 x 25 x 10 Maison carré
H 14
Tell es- DD L2 BA II Mur 40 x 40 x 14 Maison zone
Sa’idiyeh 100-400
Tell es- A / BA IB Rempart A1 55 x 30 x 10 Fortification
Sakan A / BA IB Rempart B 45 x 30 x 10 Fortification
A / BA IB Mur 24 x 12 x 6 Maison
A / BA III Rempart C 50 x 35 x 10 Fortification
Tel Shalem Sondage / / Rempart A Épaisseur: 9 Fortification
Tell Um / 2 BA IA Mur BA 40/50 x 30 x 5/10 Maison
Hammad / 2 BA IA Mur BB 40 x 28/30 x 6/9 Maison
/ 2 BA IA Mur BC 35/45 x 22/30 x Maison
12/14
/ 2 BA IA Mur BC’ 40/46 x ? x 10 Maison
/ 2 BA IA Mur BD 54/56 x 30/36 x Maison
8/10 (horizontal)
40 x 38 x 16/20
(vertical)
/ 2 BA IA Mur BE 43/52 x 28/30 x Maison
6/9
/ 2 BA IA Mur BF 52/56 x 30/46 x Maison
5/9
/ 2 BA IA Mur BF’ 32/40 x 28/35x c. Maison
8
/ 2 BA IA Mur BF’’ 52 x 40/50 x c. 9 Maison
/ 2 BA IA Mur BG 55 x 36/45 x 8/12 Maison
/ 2 BA IA Mur BH 40/48 x 65/38 x ? Maison
/ 2 BA IA Mur BJ 25/45 x35/40x Maison
6/10
/ 2 BA IA Mur BJ’ 40/58 x20/39x Maison
6/10
/ 2 BA IA Mur BJ’’ 40 x ? x 10 Maison
/ 2 BA IA Mur BK ? x 40 x 6-9 Maison
/ 2 BA IA Mur BM 40 x 32 x 9 Maison
/ 2 BA IA Mur BO 18/20 x36/56x Maison
6/8
/ 2 BA IA Mur BQ ? x 36 x 6/8 Maison
/ 2 BA IA Mur BR ? x 40 x 4/8 Maison
/ 3 BA IB Mur CA 50 x 36/42 x 8/10 Maison
/ 3 BA IB Mur CB 42 x 25 x 8/10 Maison
/ 3 BA IB Mur CC 50 x 42 x 8/10 Maison
/ 3 BA IB Mur CD 42 x 25 x 8/10 Maison
/ 3 BA IB Mur CE 50 x 42 x 8/10 Maison
/ 3 BA IB Mur EA ? x 32 x 10 Maison
Tel B B-1 BA III Palais B1 50 x 25 x 15 Palais
Yarmouth C C-4 / “Bât. Blanc” 25 x ? x 10 Maison
G G-2 BA III Mur 52 x 26 x 13 Maison
Ja J-3 BA III Mur 45 x 32 x 14 Maison
Ja J-3 BA III Mur 48 x 33 x 13 Maison
Ja J-3 BA III Mur 47 x 32 x 13 Maison
Ja J-3 BA III Mur 38 x 29 x 13 Maison
Tabl. 3 : Les dimensions des briques retrouvées sur les sites du Bronze ancien
83
Tout d’abord, peu de briques possèdent des dimensions connues, soit elles
n’apparaissent pas dans les rapports de fouilles, soit dans la grande majorité des cas,
elles ont depuis longtemps disparu. Ainsi, moins d’une vingtaine de sites sont présents
dans ce tableau, sur la cinquantaine de sites étudiés dans le catalogue (volume 2). Les
résultats de l’analyse du tableau sont donc relatifs. Sur la question des dimensions, les
contraintes techniques liées à la fabrication des briques devaient limiter leur taille.
Ainsi, une grande constance se manifeste dans l’épaisseur des briques qui oscille autour
de 0,10 m304. Une brique crue trop épaisse aurait tendance à se fendiller en séchant,
suite à l’évaporation de l’eau305. De même, le processus qui consiste à couler les
briques, les faire sécher et les retourner pour les placer dans un mur restreint leur taille
car, une brique trop grande peut se casser en deux lors du retournement. Et c’est
apparemment ce qui s’est produit lors de la construction du mur 427 de Tel Lod qui
semble composé essentiellement de fragments de briques306. D’une manière générale, la
longueur moyenne des briques est de 0,45 m, ce qui peut correspondre à la coudée
naturelle d’un homme. Cependant, il existe aussi quelques grandes briques de 0,60 m de
long et même de 0,75 m de long (Jéricho, Megiddo).
Sur la question de la forme des briques, une distinction très présente dans la
littérature archéologique indique que les briques carrées se trouvent essentiellement en
Mésopotamie et que les briques rectangulaires sont plutôt utilisées en Égypte307. En
Palestine, les deux types de formes sont attestés mais dans la grande majorité des cas,
elles sont rectangulaires (fig. 1, 2, pl. 17). La moyenne des rapports longueur / largeur
est de 1,5 ce qui équivaut à une largeur qui mesure 3/5ème de la longueur. Ainsi, il y a
très peu de briques carrées308 et elles ne sont jamais utilisées seules sur un chantier.
Elles sont toujours associées à des briques rectangulaires. Cependant, même si la
majorité des briques sont rectangulaires, il existe deux formats très distincts, des petites
et des grandes briques. Les plus petites proviennent d’‘En Besor et de Tell es-Sakan.
Leur format est de 0,24 x 0,12 m. Or selon A. Spencer qui a analysé un grand nombre
de briques égyptiennes de toutes les époques, cela correspond exactement au format
standard des briques de l’Ancien empire en Égypte309. La seule différence c’est qu’en
Égypte les petites briques sont utilisées en association avec des briques plus grandes
(0,42 x 0,21 m) alors qu’à Tell es-Sakan, les grandes briques (0,55 x 0,30 x 0,10 m ou
0,45 x 0,30 x 0,10 m) sont réservées exclusivement à la construction du rempart310. À
Bâb edh-Dhrâ’, il existe aussi une distinction entre les briques utilisées dans le cimetière
304
D’après les unités de mesure identifiées en Mésopotamie par S. Kubba, cela correspondrait à la mesure
d’un poing ou de 5 doigts (Kubba, 1987, fig. 231).
305
Martin, 1965, p. 57.
306
Lass, 2006, p. 51.
307
Wright, 2005, p. 104.
308
En grisé dans le tableau.
309
Spencer, 1979, p. 83.
310
Miroschedji & Sadek, 2000, p. 99.
84
qui sont standardisées (environ 0,50 x 0,25 x 0,09 m) et celles employées dans la ville
qui sont de formats très différents. Cet emploi de briques aux formats standardisés à
Tell es-Sakan et dans les maisons-charniers de Bâb edh-Dhrâ’, reflète sans doute
l’action d’un groupe spécifique de maçons. À Sakan et ‘En Besor, ils devaient employer
très exactement les techniques apprises en Égypte. Et à Bâb edh-Dhrâ’, il est possible
que la construction des maisons du cimetière ait été confiée à des maçons spécialisés, ou
alors le caractère symbolique du lieu faisait que les règles de construction y étaient plus
strictes.
Enfin, il ne semble pas qu’il y ait d’évolution de la taille des briques durant le
Bronze ancien. Seule, à Jéricho, K. Kenyon note que les briques du chantier XII, datées
du Bronze ancien IB mesurent environ 0,40 x 0,25 x 0,09 m et sont légèrement plus
grandes que les briques rectangulaires des niveaux III et II311. Ainsi, les formats de
briques présentent une grande diversité, comme le prouve l’étude de Tell Um Hammad,
même si leur taille moyenne est de 0,45 x 0,30 x 0,10 m.
iii.2 Poids
Le deuxième élément à prendre en compte lors de l’étude d’une brique est son
poids, directement lié à sa taille. Une brique cuite moderne mesure en moyenne
0,24 x 0,12 x 0,06 m et pèse entre 2 et 2,5 kg. Ce format est en accord avec nos
conceptions actuelles de travail, de rentabilité où la brique doit être tenue dans une seule
main. Ce format correspond également aux petites briques égyptiennes. Cependant, une
grosse brique antique pèse près de 10 fois plus, avec un poids moyen de 20 kg, ce qui
représente le poids maximum qu’un homme peut transporter et mettre en place, sans
fatigue excessive.
iii.3 Marques
Il arrive que des briques soient préservées dans leur totalité. Dans ces cas-là, il
n’est pas rare d’observer des marques tracées sur leurs faces supérieures ou inférieures.
Déjà sur les briques modelées à main du Néolithique (Jéricho), il y avait des traces de
doigts issues du modelage et qui permettaient également une meilleure adhérence du
mortier abondamment utilisé avec ce type de briques.
311
Kenyon, 1981, p. 125.
312
Wright, 2005, p. 102.
85
Cette méthode permettant d’augmenter l’adhérence du mortier se poursuit au
Bronze ancien, même si les briques sont désormais moulées. Les marques les plus
couramment observées se composent d’un assemblage d’empreintes de doigts. Elles
peuvent être disposées en longueur comme sur les briques de Lod où elles mesurent
2 cm de large et 0,5 cm de profondeur ; elles peuvent se croiser comme à Tel Yarmouth
(BA III) ; ou être disposées de façon parallèle comme à Bâb edh-Dhrâ’ (mur 46,
BA III)313 ou dans le grand bâtiment 7102 de Tel Erani (BA I)314. Le même type de
marquage a été observé sur les briques de Horvat Illin Tahtit où il est complété par un
faible recreusement de la surface de la brique qui devient alors légèrement concave315.
Ce système a été également observé sur les briques de Tel Kitan316 et sur une brique du
chantier Bh de Tel Yarmouth. Tous ces systèmes semblent résulter de considérations
pratiques en lien avec une volonté d’augmenter l’adhérence du mortier, et selon des
techniques connues au Néolithique et Chalcolithique. Cependant, certaines marques
semblent avoir un caractère différent. Ainsi, des briques provenant de Beth Shean et de
Bâb edh-Dhrâ’317 portent des marques en forme de cercle et d’ovale318 (pl. 18). Ces
dernières ne correspondent pas à une taille de brique spécifique, ni à une différence de
séchage. Des marques de même type ont aussi été identifiées en Mésopotamie sur les
sites d’Habuba Kabira et de Mohammed Diyab, aux alentours de 2 000 avant notre ère
(fig. 1, pl. 19). La problématique liée à l’interprétation de ces motifs peut trouver un
parallèle avec celle des marques de potiers. D’une part, il est possible qu’elles
représentent le travail de maçons ou d’ateliers de productions différents. Ainsi, à
Bâb edh-Dhrâ’, des marques différentes étaient apposées sur les briques provenant des
maisons des vivants et sur celles provenant des maisons des morts (fig. 2, pl. 19)319. Ces
différences de motifs entre le cimetière et la ville peuvent indiquer que les maçons
n’étaient pas les mêmes. D’autre part, elles peuvent refléter une différence de
composition liée à la future utilisation de la brique320, ou n’être simplement que des
dispositifs d’adhérence plus stylisés.
iii.4 Couleurs
Le dernier critère descriptif des briques est la couleur. Même si elle est très
rarement mentionnée dans les rapports de fouilles, la couleur nous renseigne sur la
composition chimique de la terre et donc éventuellement sur sa provenance. La couleur
313
Les briques comportent deux rainures épaisses, 2 à 3 cm de large et espacées de 4 à 5 cm
314
Ciasca, 1962, p. 27-35.
315
Braun & Milevski, 1993, p. 11.
316
Communication personnelle de E. Eisenberg.
317
À Bâb edh-Dhrâ’, dans les chantiers XIII et IV, du rempart A, beaucoup de briques portaient des
marques faites au doigt ou avec un outil. Les indications du chantier IV.1 montrent que de telles marques
étaient déjà présentent sur les briques du niveau III, même si les motifs sont parfois différents entre les
deux niveaux.
318
Braun, 2004, fig. 2.41.
319
Schaub & Rast, 1989, p. 385, fig. 239, 240.
320
Rast & Schaub, 2003a, p. 270.
86
de la brique est essentiellement due à la quantité de fer présente dans la terre : s’il n’y a
pas de fer, la brique est blanche ; s’il y a du fer et de la chaux, la brique est de couleur
crème ; si la terre est très riche en fer, la brique est brun-rouge, enfin, si la terre est riche
en fer et en chaux, la brique est de couleur brune321. La cuisson des briques est aussi un
facteur d’altération de la couleur des briques, mais comme nous l’avons évoqué plus
haut, au Bronze ancien les briques ne sont jamais cuites volontairement, elle le sont
toujours lors d’incendies. Ainsi, le rempart A de Bâb edh-Dhrâ’, (BA III) est composé
de briques cuites et de briques non cuites322. Les briques cuites sont très dures, leur
couleur va du rose à l’orange, les briques non cuites sont de couleur rougeâtre, verte ou
marron, elles sont moins bien conservées.
321
Mitchell, 1908, p. 391.
322
Rast & Schaub, 2003a, p. 269-270.
323
Kochavi, 2000, p. 65-66.
324
Rast & Schaub, 2003a, p. 166-171.
325
Rast & Schaub, 2003a, p. 260-282.
326
Maisler, Stekelis & Avi-Yonah, 1952, p. 172-173.
327
Marchetti & Nigro, 2000, p. 22.
328
Kenyon, 1981, p. 97, 209.
329
Kenyon, 1981, p. 98, 209.
330
Kempinski & Gilead, 1991, p. 165-187.
331
Fargo, 1993, p. 630-634.
332
Miroschedji, 2001a, p. 75-104.
333
Lass, 2006, p. 52.
334
Lass, 2006, p. 52.
335
Lass, 2006, p. 52.
336
Eisenberg, 1996, p. 6-8.
87
Seuls les fouilleurs de Tel Lod ont décrit précisément la couleur les briques en
fonction d’un nuancier numéroté. Les briques sont plutôt uniformes, leur couleur varie
très légèrement entre les murs, ce qui indiquent que la terre utilisée provenait toujours
de la même zone337. À l’inverse, la muraille A de Beth Yerah était composée de
plusieurs blocs de briques crues qui se distinguent par leurs couleurs différentes. P. Bar-
Adon a distingué deux type de production de briques : des vert clair, à base de marne de
Lisan, et des briques plus foncées entre rouge et brun, faites avec de l’argile de la
rivière338.
337
Lass, 2006, p. 51.
338
Greenberg & alii, 2006, p. 236-237, fig. 6.2.
339
Wright, 2005, p. 95.
340
Kemp, 2000, p. 92.
341
Aurenche, 1977, p. 118.
88
d’épaisseur342. De plus, la terre utilisée pour réaliser le mortier d’un même bâtiment
peut provenir de différents endroits. Ainsi, dans le bâtiment du chantier D de Tel Lod,
les mortiers utilisés dans les trois murs dégagés étaient différents. Ils sont décrits
comme brun foncé dans le mur 417, brun clair dans le mur 426 et brun-rouge dans le
mur 427343.
ii. L’enduit
Bien que les murs en terre soient faciles à construire, ils présentent
l’inconvénient de se détériorer rapidement au contact des eaux de pluie et de
ruissellement. C’est pourquoi il est impératif de recouvrir d’enduit tout mur en terre
mais aussi en pierre. Ce dernier permettra à la fois de combler les vides interstitiels et de
protéger les maçonneries, les sols ou les toits. Ainsi, des enduits sont également
appliqués sur les maçonneries en pierre.
+ %
Tout dans l’architecture du Bronze ancien peut être construit en terre : murs,
piliers, sols, plafonds, seuils, aménagements internes… Mais dans les faits, il existe très
peu de constructions entièrement en terre. Le plus souvent, elle est associée à d’autres
matériaux comme la pierre et les végétaux. Cependant, lorsque l’on parle d’éléments
architecturaux en terre, en Palestine, on se réfère avant tout à une architecture en
briques, car l’usage du pisé reste très minoritaire. Ainsi, sur la plupart des sites, les
briques crues constituent les superstructures des murs que ce soit de simples murets de
partition ou de larges murs de rempart. Les briques servent aussi à élaborer des
aménagements internes type banc, rangement de céramiques, base de poteaux…
Autrement, la terre sous sa forme simple de terre à bâtir est employée essentiellement
dans la réalisation de sols et de toitures.
342
Ciasca, 1962, p. 27-35.
343
Lass, 2006, p. 51.
344
Callaway, 1993, p. 43.
89
%
Le bois et les végétaux furent certainement les premiers matériaux de
construction à être utilisés, car ils sont abondants et faciles à travailler. Cependant, en
raison des conditions environnementales du Levant sud, ils se dégradent vite et laissent
très peu de traces. Quelques éléments de bois nous sont parvenus, mais les principales
sources d’information sont les restes calcinés et les analyses anthracologiques. Ces
dernières, si elles nous renseignent sur les espèces présentes, ne peuvent cependant pas
préciser si les espèces étaient utilisées en architecture.
L’étude portera d’abord sur les bois utilisés dans l’architecture du Bronze ancien
puis, sur celles des autres produits végétaux.
#
Du fait de sa dégradation rapide, on connaît beaucoup moins bien les bois
antiques que les autres matériaux de construction345. Ainsi, le bois possède une
résistance plus constante que la pierre quand il est soumis à différentes sortes de stress,
cependant l'humidité, les risques de combustion et le séchage peuvent diminuer ses
propriétés. De plus, il se dégrade rapidement sous l'effet des bactéries et des fongicides.
&)
Les analyses anthracologiques de bois ont montré que les espèces végétales les
plus courantes au Bronze ancien sont : l’olivier (Olea europaea) à 46,60 %, le chêne
kermès (Quercus calliprinos) à 16 % et le térébinthe (Pistacia palaestina) à 13,3 %346.
90
restes fruitiers348. À Beth Shean également, la couche de destruction du bâtiment
hypostyle M-3 contenait des restes de bois, dont 37 % d’olivier. Cette importance
relative des restes d’olivier s’explique en raison de ses usages multiples. D’une part,
l’oléiculture se développe au Bronze ancien. D’autre part, sa culture génère aussi des
sous-produits comme les déchets de taille qui peuvent être donnés comme fourrage aux
caprinés, les branches être utilisées comme combustible. En effet, même si le bois
d’olivier est un bois de chauffage de qualité médiocre, il est très utilisé pour la cuisson
des aliments349. Enfin, le bois d’olivier devait aussi être employé comme bois de
construction. L’usage se perpétue même jusqu’au début du 20ème siècle où il rentre dans
la composition de bâtiments traditionnels palestiniens350. Ainsi, dans le bâtiment B1.3
de Khirbet ez-Zeraqun des restes d’un pilier en bois d’olivier351 ont été identifiés.
Deux autres espèces de chênes ont été identifiées : le chêne du mont Tabor et le
Quercus boissieri. Le chêne du mont Tabor (Quercus ithaburensis) est un arbre à
feuilles caduques qui pousse dans la zone de transition entre la zone méditerranéenne et
la zone steppique, là où il pleut entre 400 et 500 mm par an. Les plus anciennes traces
de chêne du mont Tabor ont été retrouvées dans les niveaux moustériens de Kébara. Au
Bronze ancien, N. Liphschitz l’a identifié sur le site de Newe Yaraq, sur la plaine
côtière et à Shoham353. Il a aussi été identifié à Tel Yarmouth354. Les restes de chêne
kermès et de chêne du mont Tabor sont importants dans les assemblages végétaux des
sites archéologiques. Ces deux bois sont durs et aussi difficiles à travailler l’un que
l’autre. Selon N. Liphschitz, la prépondérance de l’un ou de l’autre reflète simplement
Bronze ancien II. Il est possible que la culture de l’olivier se soit développée de manière notable entre les
deux époques. Il est également possible que les contextes soient différents.
348
Salavert, 2008, p. 59-60.
349
Salavert, 2008, p. 57-58.
350
Hirschfeld, 1995.
351
Ibrahim & Mittmann, 1994, p. 15.
352
Liphschitz, 2007, p. 25, fig. 2.4.
353
Liphschitz, 2007, p. 27.
354
Salavert, 2008, p. 56.
91
l’abondance de l’un ou l’autre dans l’environnement immédiat du site355. Cependant, le
bâtiment M-3 de Beth Shean contenait des restes de chêne de type Quercus ithaburensis
qui ne pousse pas à proximité, tout comme le pin d’Alep (Pinus halepensis) présent
aussi dans cet assemblage. A. Mazar suppose que les constructeurs de ce bâtiment
particulier ont fait venir spécialement des bois des régions voisines comme la Galilée ou
la Transjordanie356.
Parmi les espèce plus rares, il y le pin d’Alep (Pinus Halepensis) dont quelques
exemplaires ont été retrouvés en contexte archéologique. Au Bronze ancien, le pin
d’Alep fait partie de la végétation naturelle de la région du Mont Carmel et notamment
de Megiddo. C’est un arbre de taille petite à moyenne, pouvant atteindre 15 à 25 m de
hauteur, avec un tronc d’environ 0,60 m de diamètre, pouvant atteindre
exceptionnellement 1 m. À Megiddo, les études antracologiques ont montrées que 5,4 %
des échantillons récoltés dans les niveaux Bronze ancien proviennent de pins d’Alep359.
Des restes de pins d’Alep ont aussi été retrouvés à Tel Dalit, Shoham et Beth Shean360.
355
Liphschitz, 2007, p. 27.
356
Mazar & Rotem, 2009, p. 144-145.
357
Liphschitz, 2007, p. 27.
358
Liphschitz, 2007, p. 28.
359
Lev-Yadun & Weinstein-Evron, 2002, p. 334.
360
Mazar & Rotem, 2009, p. 144-145.
92
retrouvés sur le site d’Ashkelon-Afridar au Bronze ancien IA361. À cette époque, le
cèdre ne poussait qu’au Liban, en Turquie et à Chypre. Ces restes doivent provenir plus
probablement du Liban. Le bois de cèdre était très recherché pendant l’antiquité et il
était importé pour construire des bâtiments prestigieux ou des objets de luxe362. Du bois
de cèdre a également était utilisé à Khirbet ez-Zeraqun363. La deuxième espèce non
locale est le chêne turc (Quercus cerries) qui ne poussait qu’en Turquie (Taurus, ouest
de l’Anatolie) et au Liban durant l’antiquité. Il a également été retrouvé sur le site
d’Afridar au Bronze ancien IA. Ces éléments de cèdre du Liban et de chêne turc sont
trop petits pour savoir quel a pu être leur usage. Ils témoignent néanmoins de l’existence
d’échanges de bois à longue distance, destinés à la Palestine ou plus probablement à
l’Égypte364. La troisième espèce d’arbre non locale est le cyprès commun (Cupressus
sempervirens), appelé aussi cyprès toujours vert. Son tronc peut atteindre 20 à 30 m de
haut et il est très ramifié excepté dans sa partie inférieure. Son bois possède de grandes
qualités architecturales car il est très dense et presque imputrescible. Des échantillons
ont été retrouvés à Tel Yarmouth365 et à Megiddo366. S’il est difficile d’affirmer avec
certitude que ces bois importés étaient employés en construction, leur présence
démontre également l’existence d’échanges avec les sites de la côte libanaise. De plus,
la découvertes de bois de cèdre (Cedrus libani), de pin (Pinus halepensis) et de cyprès
(Cupressus sempervirens) sur les sites égyptiens de Maadi et Badari, à l’époque
prédynastique (première moitié du 4ème millénaire) confirme que leurs bois faisaient
l’objet d’échanges côtiers367.
361
Lev-Yadun & Weinstein-Evron, 2002, p. 336.
362
Liphschitz, 2004, p. 309.
363
Ibrahim & Mittmann, 1994, p. 15.
364
Liphschitz, 2004, p. 309.
365
Liphschitz, 2007, p. 44.
366
Liphschitz, 2007, p. 38.
367
Gophna & Liphschitz, 1996, p. 148.
368
Karschon, 1953.
93
hauteur, mais il peut atteindre jusqu’à 18 m de hauteur. Ses feuilles sont persistantes. Le
bois du tamaris peut-être utilisé comme bois de chauffe, mais aussi en charpenterie.
L’assemblage d’Arad contenait également des restes d’oliviers369. Dans la région de
Bâb edh-Dhrâ’, à l’est de la mer morte, les arbres retrouvés sont l’acacia (Acacia
raddiana savi, Acacia tortilis), le tamaris, le jujubier (Zizyphus spina-christi) et la
salvadora (Salvadora persica)370. L’acacia (Acacia tortilis subsudanica) est un arbre
commun du sud du Néguev et de la vallée de la Arava, parmi une végétation de pseudo-
savane371. Le jujubier (Zizyphus spina-christi) est un arbre à feuille persistante qui
pousse dans les vallées à moins de 500 m de hauteur.
Ainsi, la très grande majorité des vestiges arboricoles retrouvés sur les sites
palestiniens du Bronze ancien sont issus d’espèces locales, poussant à proximité du site.
Et, pour les quelques espèces non locales, leur usage architectural reste impossible à
prouver. De plus, la plupart de ces espèces végétales sont des arbustes. Ce qui n’est pas
sans conséquence sur l’architecture, car leur faible longueur rend nécessaire la présence
de supports intermédiaires. En effet, la longueur maximale des troncs disponibles limite
la largeur des pièces. Enfin, le Bronze ancien marque aussi le début de la prépondérance
de l’olivier dans les assemblages carpologiques de la zone méditerranéenne, et cela
jusqu’à devenir une espèce dominante. Ainsi, les vergers d’oliviers remplacent
progressivement le maquis naturel qui se composait de chênes kermès et de
térébinthes372.
Le travail du bois commence avec l’abattage des arbres ou le ramassage de bois
déjà tombés au sol. Puis, le tronc est écorcé complètement. À ce stade le tronc de bois
peut-être employé tel quel par exemple dans un toit ou comme base de poteau. Mais, le
charpentier peut également décidé d’ôter l’aubier (zone où circule la sève, sensible aux
attaques) pour ne conserver que le duramen ou bois parfait (zone compacte, dense,
sèche et imputrescible). Certains troncs sont grossièrement équarris et d’autres peuvent
être débités en planches. Pour effectuer toutes ces tâches, il existe depuis le Néolithique,
tout un assemblage d’outils en pierre (hache, herminettes, couteaux, ciseaux) et au
Bronze ancien, certains de ces outils commencent à être réalisés en métal.
Il existe très peu d’informations sur les méthodes de fixation des éléments en
bois, mais plusieurs techniques d’assemblage des éléments en bois sont connues dès le
Néolithique. Les constructeurs ont pu utiliser les fourches naturelles des arbres, des
369
Liphschitz, 2007, tabl. 3.10, 3.11.
370
Rast & Schaub, 2003a, p. 57.
371
Zohari, 1982, p. 124.
372
Liphschitz, 2007, p. 46.
94
ligatures végétales, des liens souples en cordage ou en utilisant un système
d’emboîtement avec tenon et mortaise373.
%
Il n’y a pas de traces archéologiques de constructions entièrement en bois, même
si les observations de nature ethnoarchéologique, menées par T. Canaan au début du
20ème siècle, attestent de la présence de cabanes tout en bois, installées sur le toit plat
des maisons374. Dans les constructions fouillées, les éléments en bois servaient surtout
de pilier, de poutre, de renforcement de murs, de linteau de porte ou de seuil (pl. 21).
Poteaux
Les poteaux constitués d’une pièce de bois simplement fichée dans le sol sont les
plus anciens supports de couverture connus. Ils ont été identifiés dans des maisons
néolithiques comme à Mallaha (9ème millénaire), à Beisamoun et à Jéricho
(7ème millénaire). Cet usage se perpétue au Bronze ancien où le plus souvent le poteau
en bois repose sur une base en pierre. Dans le Palais B1 de Tel Yarmouth, des restes
d’un poteau carbonisé de 0,25 m de haut ont été retrouvés in situ, en position verticale,
sur une base de poteau375. Des études ont montré que les deux principales espèces
arboricoles retrouvées à Tel Yarmouth sont l’olivier et le chêne376. Or selon, H. Genz,
au Bronze ancien, le bois d’olivier était suffisant pour assurer la couverture des plus
petites pièces377. Bâb edh-Dhrâ’ fournit un autre exemple d’élément de pilier en bois
retrouvés calciné. À l’intérieur du bâtiment B, une ligne de cinq bases de piliers a été
retrouvée. Les parties basses des poutres en bois reposaient toujours sur des bases en
pierre. La poutre en bois sur la base du locus 24 mesurait approximativement 0,25 m de
diamètre et celle située sur la base du locus 62 mesurait approximativement 0,32 m de
diamètre378.
Toiture
Quasiment toutes les constructions du Bronze ancien étaient couvertes d’un toit
dont la charpente était constituée de poutres de bois, que le bâtiment soit en pierre, en
terre ou les deux. Dans la couche de destruction de la pièce 3 de Numeira, les fouilleurs
ont retrouvé des traces de poutres en bois calcinées provenant du toit379. Les rares cas de
poutres retrouvées intactes montrent que les troncs étaient grossièrement équarris afin
d’obtenir une section rectangulaire. Ainsi, à Jéricho trois éléments de bois ont été
373
Wright, 2005, p. 21.
374
Canaan, 1932, p. 225-230.
375
Miroschedji, 1994a, p. 34-35.
376
Salavert, 2008, p. 57-60.
377
Genz, 2003, p. 61.
378
Rast & Schaub, 2003a, fig. 8.3, 10.58.
379
Schaub & Rast, 1980, p. 44.
95
retrouvés côte à côte, ils proviennent certainement d’une toiture380. Au niveau 2, de
Horvat Ptora, de nombreux échantillons de bois non carbonisés ont été retrouvés scellés
dans les couches de destruction. Ces poutres de section rectangulaire semblent provenir
d’une toiture effondrée381.
Dans le bâtiment A, de Bâb edh-Dhrâ’, une poutre de deux mètres de long a été
retrouvée au sol382. Elle comportait une série d’encoches comblées avec de l’enduit. Le
même type de remplissage a été retrouvé sur un poteau calciné du temple A de
Beycesultan (Turquie, BA II), le système servait sans doute à cacher les imperfections
du bois383.
380
Garstang, 1936, pl. XLVIII.
381
Gorzalczany & Baumgarten, 2005.
382
Rast & Schaub, 2003a, p. 328-334.
383
Alm, 1996, p. 125.
384
Callaway, 1980, pl. V.
385
S. Mittmann, cité par Rast & Schaub, 2003a, p. 254.
386
S. Mittmann, cité par Rast & Schaub, 2003a, p. 253-254.
387
Marchetti, Nigro & Sarie, 1998, p. 125.
96
proximité du mur de fortification388. La technique a aussi été employée dans certains
murs du Palais B1 de Tel Yarmouth ainsi que dans le Bastion K389.
Enfin, même s’il n’y en peu de traces archéologiques, il paraît évident que le
bois était utilisé pour les portes, à la fois pour constituer le vantail, mais aussi le linteau,
le pivot, le seuil et les jambages. C’est le cas d’exemples actuels vus sur l’île
d’Éléphantine (Égypte) où le gond de la porte tourne dans un simple trou dans la terre et
le sommet du pivot dans une ouverture pratiquée dans le linteau fait de planches en
bois. Le vantail et le pivot sont en bois, mais les jambages sont en briques crues. Dans
le Palais B1 de Tel Yarmouth, les traces des rondins de bois de la porte ont été
identifiés.
388
Kochavi, 1993, p. 915-916.
389
Communication personelle de P. de Miroschedji.
390
Aurenche, 1977, p. 155.
391
Rast & Schaub, 2003a, p. 57.
97
La paille est une tige de céréale utilisée comme dégraissant, notamment dans la
confection du torchis. Ce terme évoque d’ailleurs la torsion, que subit la paille pour être
réduite en brins, avant d’être incorporée au mélange de terre et d’eau. Une autre
technique consiste à la hacher, pour qu’elle se mêle mieux à la préparation. Sous forme
de chaume, la paille sert aussi de couverture392. Planche 20, figure 2, l’échantillon de
terre à bâtir provenant d’une habitation de Tel Yarmouth porte l’empreinte de végétaux.
%
La réalisation de toit-terrasse plat représente le principal usage architectural des
végétaux. À Bâb edh-Dhrâ’, Yaqush ou Tel Yarmouth, des vestiges de toits étaient
composés de poutres recouvertes de branchages, le tout lié avec de l’argile. Dans le
chantier Ja de Tel Yarmouth, des fragments de toit portent des empreintes végétales
d’un très petit diamètre (3 à 4 mm) très serrées les unes par rapport aux autres
(fig. 1, 2, pl. 20). De plus, dans le Palais B1, de nombreux fragments de terre cuite
portant des marques de roseaux provenant du toit ont été trouvés395. De même à Tell el-
Umeiri, les constructeurs utilisaient les ressources disponibles à proximité en employant
des roseaux à la place de branchages. À Sidon-Dakerman, le toit devait être composé
d’un clayonnage recouvert de terre argileuse dont des mottes ont été retrouvées au sol.
Les éléments de toit portaient des empreintes de végétaux : des tiges de paille (environ
1 mm de diamètre) et de roseaux (1 à 1,50 cm de diamètre)396.
Les fibres végétales sont aussi utilisées pour réaliser des cordes selon des
méthodes simples encore employées aujourd’hui. La méthode illustrée sur la planche
22, figure 1, consiste à prendre cinq feuilles de palmier dattier et à les séparer en fibres ;
puis les fibres sont tordues toujours dans le même sens. À un certain niveau de torsion,
les fibres vont se plier en deux et commencer à s’enrouler l’une autour de l’autre. Le
392
Aurenche, 1977, p. 130.
393
Aurenche, 1977, p. 124.
394
Ciasca, 1962, p. 27-35.
395
Miroschedji, 1994a, p. 34-35.
396
Contenson, 1982, p. 80-82.
98
point où la fibre s’est pliée doit être maintenue par une autre personne ou en posant le
pied dessus. Des nouvelles fibres sont ajoutées au fur et à mesure, afin de rendre la
corde plus longue, puis les bouts de fibre sont nouées ensemble lorsque la longueur
désirée est obtenue. D’autres méthodes existent. La résistance de la corde dépend du
matériau utilisé, de l’expérience de celui qui la fabrique et du diamètre de la corde. Les
plantes utilisées pour faire des cordes doivent avoir des fibres résistantes qui peuvent
facilement séparées et pliées sans se casser, ainsi les fibres peuvent provenir de feuilles,
de tiges de végétaux ou d’écorce d’arbre397.
#
Comme la mer Morte représente une source importante de bitume, nous nous
sommes demandé s’il avait pu être utilisé en architecture, comme c’est courant dans
d’autres régions du Proche et du Moyen-Orient. Le bitume ou plutôt l’asphalte est
souvent utilisé comme liant car il est à la fois imperméable et décoratif399. Au Levant
sud, il est présent sur de nombreux sites du Bronze ancien sous forme brute ou appliqué
sur des céramiques et des silex. Cependant, seuls deux cas peuvent indiquer l’usage
éventuel du bitume en architecture. Le premier est issu des fouilles de J. Garstang à
Jéricho. Ce dernier rapporte que l’abondant mortier qui maintient les briques du rempart
est de couleur sombre et semble contenir de la terre bitumineuse associée à de petites
pierres400.
397
Danin, 1983, p. 127-129.
398
Wright, 2005, p. 5.
399
Aurenche, 1977, p. 37.
400
Garstang, 1932, p. 8.
99
bitume, ne provient pas de la mer Morte401. Ainsi, même s’ils connaissaient et utilisaient
les qualités adhésives de bitume pour la céramique et l’industrie lithique, les
constructeurs du Bronze ancien ne l’ont pas employé en architecture.
' &
Enfin, il faut évoquer un dernier aspect important des matériaux construction :
leur réutilisation. Heureusement pour les archéologues, la réutilisation des matériaux de
construction n’est pas systématique, mais elle a été pratiquée avec tous les types de
matériaux. Les réemplois de pierres ne sont identifiables que lorsque des pierres
particulièrement bien travaillées sont retrouvées dans des contextes qui ne semblent pas
être ceux d’origine. C’est le cas notamment à Hartuv où des pierres taillées semblent
être réutilisées dans les portes (fig. 4, pl. 102)402 et à Bâb edh-Dhrâ’, pour une pierre du
locus 49. Les fouilleurs pensent qu’elle a pu servir de base ou provenir d’une autre
construction, peut-être dans le Bâtiment A, et elle aurait été récupérée après le son
démantèlement403.
La réutilisation des briques est d’abord illustrée par des textes empruntés aux
civilisations voisines. Ainsi dans le texte démotique du papyrus de la Sorbonne 276, il
est fait référence à l’utilisation de briques anciennes pour la reconstruction d’une pièce
de stockage404. Sur le terrain, cet état de fait reste impossible à observer. La réutilisation
du bois ne peut pas être illustrée par des exemples archéologiques, mais de nombreuses
études ethnologiques ont montré que le bois était systématiquement réutilisé. Même à
l’heure actuelle en Syrie, lors du processus de destruction d’une maison, ses habitants
récupèrent systématiquement tous les éléments en bois, en vue d’une prochaine
construction405.
100
&
Suite à la présentation des matériaux de construction, cette deuxième partie va
s’attacher à décrire leur mise en œuvre dans la construction. Leur étude commence avec
celle du gros-œuvre (murs, toiture) et se poursuit avec celle des finitions (porte,
aménagements internes).
Selon la définition du Dictionnaire Littré, le mur est un « ouvrage de
maçonnerie dressé et portant en terre sur des fondements, ou sur un plancher artificiel ».
Ainsi, toutes les parties d’un mur se composent de l’assemblage régulier ou irrégulier
d’éléments de construction en pierre ou en briques. De ce fait, avant de décrire les
différentes maçonneries utilisées au Bronze ancien, voici un rapide rappel des termes
utilisés pour qualifier les éléments de maçonnerie, issus du Dictionnaire illustré
multilingue de l’architecture du Proche-Orient ancien, édité par O. Aurenche en 1977
(fig. 2, pl. 26) :
• Boutisse : élément de maçonnerie disposé transversalement dans un mur de
manière à laisser apparaître dans le parement extérieur l’un de ses deux bouts ;
• Carreau : élément de maçonnerie disposé longitudinalement dans un mur de
manière à laisser apparaître dans un parement l’une de ses faces ;
• Panneresse : élément de maçonnerie disposé de manière à laisser apparaître
dans le parement soit une face si la section est carrée, soit un chant si la section
est rectangulaire ;
• Parpaing : élément de construction visible dans les deux parements d’un mur406.
406
Aurenche, 1977, p. 39, 45, 132.
101
Il existe une grande variété de murs dans l’architecture palestinienne du Bronze
ancien, autant du point de vue des matériaux de construction, des dimensions que des
usages. De ce fait, plusieurs aspects de la construction des murs seront abordés, en
commençant par les types identifiés et leurs dimensions ; puis leur montage : de la
fondation aux finitions et enfin leurs différents agencements possibles dans le plan.
Au début du Bronze ancien IA, les murs des maisons à double abside sont
conservés sur une à deux assises. La durée de vie de ces habitats devait sans doute être
très courte. Ces murs se composent de deux rangées de pierres non taillées posées
parallèlement. Généralement peu épais, ils mesurent en moyenne 0,65 m de large.
Certains sont même particulièrement minces comme à En Esur où ils font 0,35 m de
largeur (fig. 3, pl. 87)409. Dans les maisons de plan rectangulaire, la largeur
moyenne des murs se situe entre 0,60 et 0,80 m. Le chantier G de Tel Yarmouth fournit
des données précises car une centaine de murs y ont été dégagés et analysés (pl. 156).
Ils mesurent en moyenne 0,65-0,70 m de large et 2,80-3,30 m de long. Les murets
mesurent une quarantaine de centimètres de large. La qualité de construction des murets
semble médiocre et ils ne se composent que d’un seul parement de pierre de ramassage.
407
Aurenche, 1977, p. 122.
408
Canaan, 1933, p. 2.
409
Yannai, 2006, p. 34-42.
102
D’une manière générale, dans toutes les constructions, les murs extérieurs et les
murs de refend n’ont pas la même épaisseur. Ainsi à Tell es-Sakan, les murs extérieurs
font 2,5 briques de largeur (deux rangées transversales et une longitudinale) alors que
les murs intérieurs mesurent 1,5 briques de largeur (une rangée transversale et une
longitudinale)410. De même à Tell el-Hesi, la différence de taille est nette entre les murs
externes de 0,75 m de large et les murets de 0,38 m de large (fig. 2, pl. 103)411. De plus,
la distinction entre les deux types de murs est souvent accentuée par des différences de
composition. Ainsi, à Beth Yerah, (chantier EY, niveau 9) les murs externes sont en
briques crues sur un soubassement de pierre, alors que les murets sont entièrement en
briques412. Comme ces derniers n’ont pas de rôle porteur, ils n’ont pas besoin d’être
implantés dans le sol, ni d’être particulièrement résistants aux poussées horizontales. Ils
servent simplement à aménager l’espace. Ainsi, dans le bâtiment M-3 de Beth Shean,
deux murets étroits en briques (0,22 et 0,35 m de large) se trouvent entre trois des bases
de poteaux de la salle hypostyle. Leur agencement crée un espace clos qui contenait des
céramiques de stockage413. Il est même possible que ces murets n’aient pas eu de
superstructure.
Ainsi dans l’ensemble les murs mesurent moins d’un mètre d’épaisseur.
Cependant, il existe quelques cas de murs plus épais, comme ceux des deux grandes
maisons (7102, 232) du Bronze ancien I de Tel Erani. Ces derniers mesurent entre 1,10-
1,50 m de large et sont préservés jusqu’à 2-3 m de hauteur414. Les murs des bâtiments
monumentaux possèdent des dimensions encore plus importantes. De ce fait, les murs
du Temple de l’acropole de Ai (BA II) mesurent en moyenne 2,10 m d’épaisseur415. De
même, les temples de Megiddo possèdent de murs très épais. Ainsi, au Bronze ancien I,
dans le temple du niveau J-3 (fig. 3, pl. 118), ils font environ 3 m de large416 et dans le
temple du niveau J-4 (fig. 1, pl. 119), les deux murs nord (96/1 et 96/7) mesurent entre
3,40 et 3,60 m de large417. Au Bronze ancien III, les murs du temple 4040 mesurent 2 m
de large et ceux du temple 5269 en moyenne 1,75 m de large, tout comme ceux du
temple 5192 (fig. 1, pl. 121)418. Dans le Palais 3177, les murs de façade mesurent 2 m
de large, alors que les murs intérieurs font entre 0,70 et 1 m (pl. 122). En comparaison,
les murs des maisons dégagées à proximité du palais ne mesurent en moyenne que 0,50
m.
410
Miroschedji & Sadek, 2000, p. 99.
411
Bliss, 1898, p. 34-39, fig. 69-78.
412
Greenberg & alii, 2006, p. 347-348.
413
Mazar & Rotem, 2009, p. 133-135.
414
Ciasca, 1962, p. 27-35 ; Kempinski & Gilead, 1991, p. 175.
415
Marquet-Krause, 1949, p. 10.
416
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 38.
417
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2006, p. 37-49.
418
Loud, 1948, p. 78.
103
Dans le palais de Khirbet ez-Zeraqun, les différents secteurs d’activité peuvent
se distinguer grâce aux différences de construction et aux épaisseurs des maçonneries
(fig. 2, pl. 163). Ainsi, le secteur B0.10 possède une architecture plus imposante et
planifiée que le reste des pièces. Les murs mesurent plus d’un mètre de large et leur
maçonnerie est soignée419. L’ensemble B0.8 est plus densément construit et les murs
mesurent environ 0,60 m de large. Leur tracé est beaucoup moins rectiligne. Dans le
secteur B.07, les pièces sont de même type que dans le secteur B0.10, avec des murs de
1,25 m de large420. Ces différences de construction reflètent sans doute différentes
activités pratiquées dans cette enceinte.
419
Ibrahim & Mittmann, 1994, p. 14.
420
Genz, 2002, p. 95.
421
Miroschedji, 1993a, p. 836-36 ; Dunand, 1950, pl. CCXII : n° 30.
422
Lauffray, 2008, p. 291-293, fig. 155.
104
' *
La fondation représente la partie enterrée d’une construction423. Elle permet de
transmettre les charges de l’ouvrage vers le sol. De ce fait, elle doit être réalisée de
manière à ce que les charges de la construction ne dépassent pas la résistance pratique
du sol. De plus, elle doit être suffisamment résistante pour permettre une répartition
optimale des charges et parfaitement horizontale afin d'éviter le glissement de la
construction424. Une typologie exhaustive des modes de fondation a été établie par
H. Gasche et W. Birchmeier, après leur étude des modes de construction en
Mésopotamie. Ils ont identifiés cinq types (fig. 1, pl. 23) :
• Type 1 : pas de fondation, les murs sont montés directement sur le sol, sans
creusement ni préparation ;
• Type 2 : murs fondés sur des constructions antérieures, qui jouent le rôle de
fondations ;
• Type 3 : les fondations sont construites puis remblayées ;
• Type 4 : les fondations sont posées dans des tranchées de fondation ;
• Type 5 : une vaste terrasse est construite, sur laquelle va s’élever la future
construction425.
Dans un premier temps seront présentées les constructions sans fondation, puis
dans un second temps, les différents types de constructions avec fondations.
0 *
La construction sans fondation ne peut se pratiquer que sur le sol vierge, le
rocher ou sur un sol homogène, comme le sable. Les fondations peuvent aussi être
constituées d’un simple radier de pierre ou de galets qui va avoir un rôle isolant et
drainant426. Au Bronze ancien I, la technique est employée à la fois pour des murs tout
en briques, on parle alors de fondation à crue, ou pour des murs à composition mixte
(pierres et briques). Cependant, il y a peu d’attestations de murs de murs entièrement en
briques crues et sans fondation, même si leur présence est confirmée dans toute la
Palestine, de Beth Yerah (chantier BS) dans la vallée du Jourdain au Site H, dans le
Néguev. Des cas ont aussi été recensés à Tel Lod, où les murs en briques reposent
directement sur le sol vierge constitué de sable427. De même dans le Néguev, à
‘En Besor, les murs du bâtiment A (fig. 2, pl. 86) n’ont pas de fondation et sont
composés uniquement de briques crues. À proximité, le bâtiment 2 du Site H est
également entièrement en briques simplement posées sur le sol (pl. 143). Il faut
423
Canaan, 1933, p. 2.
424
Renaud, 1995.
425
Gasche & Birchmeier, 1981, p. 1-16.
426
Aurenche, 1977, p. 149.
427
Kaplan, 1993, p. 917.
105
cependant noter que le bâtiment 1 adjacent était en pierre et briques et que ses
fondations reposaient dans des tranchées.
Les cas de murs à la composition mixte et sans fondation sont plus fréquents.
Ainsi, dans la majorité des maisons à double abside, les soubassements en pierre
s’élèvent directement sur le sol. Dans certains cas, une couche de remblai peut être
disposée sous le mur comme dans la maison 1057 de Tel Kabri428. De même, dans les
maisons rectangulaires simples, le plus souvent, les soubassements en pierre reposent
sur le rocher naturel. Ainsi, à Tell Um Hammad, tous les murs, à deux exceptions près,
sont posés directement sur le sol429. Les cas sont plus rares au Bronze ancien II.
Cependant à Bâb edh-Dhrâ’, il y a à la fois des murs fondés dans des tranchées et des
murs posés sur le sol. Et dans le chantier IV.2, de nombreux petits trous creusés dans la
couche de marne étaient remplis de mortier. Ils servaient à lier les briques à la couche
marneuse. Un outil en os a été trouvé dans un des trous (fig. pl. 12), il a pu être utilisé
pour percer les trous servant au placement des murs430.
Ainsi, les murs porteurs sans fondations enterrées sont typiques de l’architecture
domestique. Ils sont presque systématiques pour des murs complètement en briques,
mais ils sont aussi employés avec certaines maçonneries mixtes. Plusieurs raisons
peuvent expliquer le choix de construire à cru. Tout d’abord, c’est une technique rapide
et facile à mettre en œuvre. Elle ne présente pas de risque, si le bâtiment est construit
sur un substrat homogène et s’il n’y a pas d’étage. De plus, comme au Bronze ancien I,
les maisons s’établissent sur des sites à faible stratigraphie, peu ou pas de vestiges
anthropiques se sont accumulés. De ce fait, le substrat géologique stable reste
facilement accessible dans la plupart des régions, or il constitue une base stable pour les
constructions. Des raisons d’ordre culturel peuvent également expliquer la réalisation de
certains bâtiments à cru ; en effet, c’est une technique très couramment employée en
Égypte431 or ’En Besor est un site égyptien au Bronze ancien I ; à Tell es-Sakan, les
murs des maisons n’ont pas de fondation432.
428
Kempinski & Niemeier, 1991, p. 189.
429
Betts, 1991, p. 36-37, fig. 18, 19, 26b, 30.
430
Rast & Schaub, 2003a, fig. 8.9, n° 034.
431
Kemp, 2000, p. 88.
432
Communication personelle P. de Miroschedji.
433
Miroschedji, 2003, p. 159*.
106
0 *
Lorsqu’elles sont présentes, les fondations permettent de faire reposer les bases
d’un mur sur un sol situé dans des couches de terre plus profondes. Comme elles n’ont
pas été perturbées par des occupations humaines, elles sont beaucoup plus homogènes,
compactes et moins sensibles aux futurs tassements de terrain. À l’inverse, les couches
de surface sont meubles car elles n’ont pas été tassées par le temps. Or, la question de
l’homogénéité des sols est cruciale en architecture, car un mur qui prend appui sur une
surface molle va avoir tendance à s’enfoncer. Si tous les murs s’enfoncent en même
temps, il n’y a pas de problème ; mais si un mur repose sur une surface molle alors
qu’un autre est posé sur une surface dure, l’un va s’enfoncer quand l’autre va rester en
place. Cette situation va créer des problèmes de stabilité, notamment au niveau du
toit434. Donc dans certains cas, la nature du site ou du bâtiment exige l’établissement de
fondations. Ces dernières peuvent être de plusieurs types définis par H. Gasche et
W. Birchmeier435.
107
d’autres conservent exactement le même tracé. Enfin, dans certains cas, les
constructeurs n’ont même pas pris la peine d’enlever complètement l’ancienne
superstructure en brique avant de fonder leur nouveau mur. Ainsi, à Beth Yerah, dans le
chantier BS, niveau 12, les fondations en pierre du mur W5113 reposent directement sur
le sommet des briques du niveau inférieur (fig. 1, pl. 24)439. De même, à
Tell Um Hammad, là où les lignes de briques sont reconstruites, elles reposent
directement sur les anciennes briques (murs BE, BK, BP)440.
439
Greenberg & alii, 2006, p. 127-128.
440
Betts, 1991, p. 36-37.
441
Cours de J.-C. Margueron, EPHE 2008/2009.
442
Ben-Tor, Bonfil & Zuckerman, 2003, p. 61.
108
La fondation d’un mur dans une tranchée consiste à faire reposer les premières
assises d’un mur dans une tranchée, plus ou moins profonde, excavée dans le sol. La
méthode permet d’empêcher le mur de bouger latéralement. En stratigraphie, les
tranchées peuvent être identifiées lorsqu’il y a un changement de nature du sédiment sur
une bande de terre le long d’un mur. En général, la tranchée est asymétrique lorsqu’elle
est vue de profil car les constructeurs creusent une paroi verticale d’un côté afin de
poser les pierres contre la paroi de terre. De l’autre côté, la tranchée est légèrement en
pente, sans doute pour faciliter les travaux443. Les espaces situés entre les parements des
murs et le sol vierge sont alors comblés avec des petites pierres, des tessons et de la
terre. Mais, comme dans de nombreux cas, la base des murs n’est pas dégagée,
l’identification de tranchées reste impossible. De ce fait, l’existence de tranchées de
fondation est rarement mentionnée dans les rapports de fouilles, même si elle a été
observée tout au long du Bronze ancien. Ainsi, dans le bâtiment 232 de Tel Erani
(BA I), il n’y a pas de soubassements en pierre, les briques reposent dans une tranchée
de fondation de 0,40 m de profondeur, toutefois, elle n’est pas visible sur la coupe
stratigraphique444. De la même façon, les fondations en pierre du bâtiment 1 du Site H
reposent à l’intérieur de tranchées de 0,15 m creusées dans le sol de loess sablonneux445.
Toutefois, la très faible profondeur de cette tranchée et la nature du sol pauvent aussi
indiquer que le bâtiment c’est simplement enfoncé dans le sol446. À Bâb edh-Dhrâ’, les
murs du bâtiment B (BA II) sont installés dans des tranchées de fondation, à la
différence des autres constructions environnantes. Le mur 10, au sud, était placé contre
une coupe faite dans les couches naturelles de gravier et de sable447. À Arad, les
constructeurs ont également eu recours à des tranchées de fondation lors de
l’élaboration des très gros murs de la Water Citadel448. Au Bronze ancien III, quelques
murs du chantier G de Tel Yarmouth reposent dans des tranchées de fondation. Ces
dernières mesurent en moyenne 0,40 m de profondeur, soit l’équivalent de deux assises
enterrées. Dans le chantier d’habitation J, situé à proximité, des pièces adjacentes
s’étagent le long d’une terrasse en pente douce (fig. 1, pl. 149). Les vestiges du niveau
J-1 sont construits directement sur le sommet de la couche de destruction du niveau
antérieur. Les habitants ont dû se contenter de niveler grossièrement la couche de
destruction et ils l'ont à peine entamé pour installer leurs nouveaux murs. Cependant, les
constructeurs fondent leurs murs plus ou moins hauts en fonction de la courbe du
terrain. Ainsi, une même pièce peut posséder des murs fondés à une altitude différente
selon leur emplacement plus ou moins haut dans la pente449.
443
Communication personnelle de P. de Miroschedji.
444
Kempinski & Gilead, 1991, p. 175.
445
Macdonald, 1932, p. 14.
446
Communication personnelle de P. de Miroschedji.
447
Rast & Schaub, 2003a, p. 157.
448
Amiran & Ilan, 1996, pl. 58.
449
Archives de la mission de Tel Yarmouth.
109
Dans le Palais B1, l’usage des tranchées de fondation est beaucoup plus
systématique et ordonné. « La profondeur (…) des fondations des murs dépend de leur
épaisseur, de leur localisation et de leur fonction »450. Ainsi, des murs épais peuvent
avoir des fondations enterrées sur 1-2 m et les dimensions sont ramenées à 0,20-0,50 m
pour des murs simples. De plus, des fondations très profondes (3,5 m) ont aussi été
dégagées dans le chantier M et au nord du mur périphérique du palais de Tel Yarmouth.
Les murs du Bâtiment aux cercles de Beth Yerah reposent également dans des tranchées
qui recoupent des vestiges plus anciens, datés du Bronze ancien II451.
450
Miroschedji, 2003, p. 159*.
451
Greenberg & Paz, communication au 6ème ICAANE, Rome.
452
Cours de J.-C. Margueron, EPHE 2008/2009.
453
Kemp, 2000, p. 88.
454
Miroschedji & Sadek, 2000, p. 99.
110
+
Le soubassement constitue la « partie inférieure d’une construction, s’en
distinguant soit par un léger élargissement ou empattement, soit par l’emploi d’un
appareil ou de matériaux différents »455. En règle générale les soubassements sont en
pierre.
Les murs tout en briques sont également très fréquents à Bâb edh-Dhrâ’. Les
soubassements en pierre sont très rares et sont réservés essentiellement aux murs
d’enceinte du Bronze ancien III et aux deux pseudo-temples du Bronze ancien II-III
(bâtiments A et B)459. De même, dans le site satellite tout proche de Numeira, malgré
l’abondance de pierres disponibles aux alentours, les constructeurs ont réalisé une ville
essentiellement en briques suivant la tradition déjà établie à Bâb edh-Dhrâ’460.
455
Aurenche, 1977, p. 160.
456
Ciasca, 1962, p. 27-35.
457
Communication personnelle de A. Golani.
458
Miroschedji, 2000a, p. 31.
459
Rast & Schaub, 2003a, p. 157.
460
Rast, 1995, p. 128.
111
&&
Dans la majorité des cas, les murs possèdent des soubassements en pierre. Ces
derniers représentent d’ailleurs très souvent, les seuls vestiges retrouvés en fouille, car
les superstructures en briques ont fréquemment disparues. Les soubassements se
composent de deux parements de pierres avec un remplissage interne de mortier de terre
et de petites pierres (pl. 25).
En général, les pierres d’un même mur sont calibrées d’une assise à l’autre, mais
dans quelques cas, les assises ne possèdent pas toutes la même largeur et les assises les
plus basses sont plus larges que les assises supérieures. Ainsi, à Tel Yarmouth, quelques
murs sont composés d’une première assise faite de grosses pierres sur laquelle viennent
se superposer des assises de pierres plus petites. À Tell es-Sa’idiyeh, au niveau L2
(BA II), dans la zone DD 100-400, les soubassements en pierre n’ont en général qu’une
seule assise de hauteur, souvent plus large que l’assise de briques au-dessus463, ce qui
forme un léger empattement. Ainsi, les pierres employées pour constituer les
soubassements peuvent être de tailles diverses. Lorsqu’il y a une certaine uniformité
dans le choix des pierres, on peut parler d’appareil. De cette façon, il existe un « grand
appareil » (pierres de plus de 0,35 m de haut), un « appareil moyen » (pierres entre 0,35
et 0,20 m) et un « petit appareil » (pierres de moins de 0,20 m de hauteur). Au Bronze
ancien I, dans certaines maisons à double abside, les pierres non taillées sont d’appareil
petit et moyen. À En Esur, le mur 55 du bâtiment 2020 se compose de cailloux non
taillés mesurant 0,15 x 0,15 m. Les pierres sont arrangées en deux rangées parallèles
afin de former des murs de 0,35 m de large ; le tout a une apparence plutôt fragile et
instable (fig. 3, pl. 87)464. Le petit appareil reste rare, sans doute en raison de sa fragilité
et de l’importante masse de mortier nécessaire à sa mise en place. De ce fait, nombre de
murs sont réalisés en moyen appareil. À Qiryat Ata, les soubassements préservés sur
une à trois assises de hauteur, se composent de deux rangées parallèles de pierres de
461
Nicolle & Maqdissi, 2006, p. 133-134.
462
Miroschedji, 2003, p. 159*.
463
Tubb, 1988, p. 50-55, fig. 27.
464
Yannai, 2006, p. 34-42.
112
dimensions moyennes (0,30 x 0,30 m) avec des petites pierres de calage entre les deux
(fig. 1, pl. 134)465.
i. Appareil soigné
Quelques cas, notamment en architecture monumentale présentent des
maçonneries de pierres calibrées et assemblées avec soin. Ainsi, à Megiddo, dans le
temple du niveau J-4, les soubassements en pierre se composaient de pierres de façade
épannelées disposées en carreaux466. Dans le Temple de l’acropole de Ai, les murs
« sont construits de petites pierres plates appareillées par assises régulières évoquant le
type des maçonneries en briques »467 (fig. 3, pl. 48). Autrement, les faces des pierres
sont légèrement dégrossies et certaines ne sont même pas travaillées. Cependant, elles
ont des formats plus ou moins standardisés. Ainsi, dans le chantier G de Tel Yarmouth,
le format le plus courant est de 0,20 x 0,30 m, mais il y a aussi des pierres beaucoup
plus grandes (0,60 x 0,35 m) en grand appareil. De ce fait, même si dans la majorité des
cas, toutes les pierres du soubassement sont de même appareil, dans certains cas, les
constructeurs employaient des pierres plus grosses pour les assises du bas. Cela forme
une sorte d’appareil mixte. Ce n’est pas un empattement car le mur conserve la même
épaisseur sur toute sa hauteur. De cette manière, à Tel Kabri, au Bronze ancien I, les
murs se composent de trois assises de grosses pierres non taillées, surmontées par
plusieurs assises de pierres de taille moyenne, puis par une superstructure en briques.
Les soubassements mesurent en moyenne entre 0,80 et 1 m de haut et certains comme
celui du mur W1080 atteignent 1,40 m de haut. De grosses pierres constituent les
parements et le remplissage est fait de galets468. De même, à Qiryat Ata, le mur 403,
niveau I (BA II), chantier E, du bâtiment 1 est préservé sur six assises de hauteur (fig. 2,
pl. 135) : les assises supérieures sont faites de petites pierres alors que les assises
inférieures sont faites de pierres plus grosses469.
465
Golani, 2003, p. 22-23.
466
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 53-65.
467
Marquet-Krause, 1949, p. 10.
468
Kempinski & Niemeier, 1991, p. 189.
469
Golani, 1996, p. 31-32 ; 2003, p. 44-53.
113
travaillées470. À Horvat Ptora, certains murs des bâtiments 4000 et 6000 se composaient
d’une rangée de dalles de pierres taillées posées de chant, côte à côte471. La même
méthode a été identifiée à Marajim où les soubassements se composent d’une assise de
blocs moyens posés de chant. Les blocs retrouvés effondrés au sol près des murs
suggèrent que la seconde assise des murs était également composée de pierres du même
module, formant des murs de 0,45-0,50 m de largeur pour 0,80-1,00 m de hauteur472.
Tout près, à Jebel Mutawwaq, les murs sont composés de blocs mégalithiques de craie,
non taillés, encore plus imposants et superposés sur une ou deux assises. Les blocs de
pierres du soubassement peuvent atteindre une longueur maximale de 2 m, une largeur
maximale de 0,49 m, pour une hauteur d’un peu plus d’un mètre. Les pierres situées au-
dessus sont beaucoup plus petites, leur longueur étant comprise entre 0,35 et 0,70 m et
leur largeur entre 0,20 et 0,40 m, pour une hauteur maximale de 0,50 m473.
470
Mazar & Miroschedji, 1996, p. 7.
471
Milevski & Baumgarten, 2009.
472
Nicolle, Steimer & Humbert, 2001, p. 82.
473
Fernandez-Tresguerres Velasco, 2005, p. 365.
474
Aurenche, 1977, p. 22.
475
Eitan & Esse, 1993, p. 1485.
476
Ben-Tor, Bonfil & Zuckerman, 2003, p. 61.
477
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 43, fig. 3.17.
478
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 42.
114
d’augmenter ainsi la cohésion du mur. Puis, l’assise supérieure des soubassements
forme un lit d’attente pour les briques. Il peut se composer de pierres soigneusement
choisies et disposées, ou être recouvert d’enduit afin de former un lit d’attente plat
(fig. 2, pl. 24). Cela facilite la suite de la construction du mur et permet de maintenir
l’horizontalité des assises. Ainsi, dans le Palais B1 de Tel Yarmouth, plusieurs
soubassements portent encore au sommet un enduit blanc qui sert de lit de pose à la
première assise de briques479. Dans le temple 4050, niveau J-3 de Megiddo, les assises
de briques étaient posées sur un soubassement de pierre dont le sommet était aplani480.
Cependant, dans la majorité des cas, les pierres sont de forme irrégulière, créant ainsi
une fondation à l’apparence grossière481.
D’autre part, quelques traces de chaînage ont été identifiées dans des
soubassements en pierre, comme dans le rempart de Jéricho482, de Khirbet ez-Zeraqun et
dans les tours de Bâb edh-Dhrâ’483 (chantier XI). Le chaînage représente « l’ensemble
des pièces de bois placées à l’intérieur d’un mur appareillé pour en assurer la
cohésion »484. Il a pour rôle de favoriser la répartition des charges dans un plan
horizontal, afin d’éviter la fissure des murs et d’empêcher le glissement des éléments les
uns sur les autres485.
479
Miroschedji, 1991, p. 13.
480
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 43-44.
481
Golani, 2003, p. 22-23.
482
Marchetti, Nigro & Sarie, 1997, p. 125.
483
Rast & Schaub, 2003a, p. 253-254.
484
Aurenche, 1977, p. 47.
485
Kemp, 2000, p. 91.
115
toiture486. Il existe aussi quelques cas de superstructures en pisé. Ainsi, à
Tell Um Hammad, une technique variante du pisé a été utilisée : des couches peu
épaisses d’argile sont posées selon des assises horizontales, avec un temps d’attente
avant la pose de la couche suivante487.
Après les problèmes de solidité, devoir compenser les irrégularités dues aux
variations de la taille des briques et au soubassement irrégulier représente le deuxième
souci du maçon. D’autant plus que les problèmes de stabilité et de cohésion augmentent
avec l’élévation du mur, notamment s’il est construit avec un fruit ou si les lits de pose
ne sont pas horizontaux (pente, ondulations). Cependant, les constructeurs disposaient
de quelques solutions afin de parer à ces problèmes. D’une part, comme les briques
crues sont faciles à casser, elles peuvent donc être employées pour boucher les trous.
D’autre part, le fait de poser des briques à l’horizontale permet de renforcer une assise.
Enfin, la présence d’espaces internes, larges, remplis de mortier ou laissés vides, permet
d’ajuster la largeur du mur et de rendre invisibles les briques de longueurs différentes
mises en boutisse. De plus, comme les joints verticaux sont souvent étroits ou
négligeables, il est plus facile de maintenir la régularité d’une maçonnerie avec des
briques aux proportions 2 : 1 (une longueur double de la largeur). Cependant, les
exemples modernes montrent qu’il est parfois nécessaire de rajouter une demi-brique en
panneresse, afin que l’assise conserve son type de maçonnerie489.
486
Huot & Vallet, 1990, p. 127.
487
Betts, 1991, p. 36-37.
488
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 42.
489
Kemp, 2000, p. 90.
116
;
Les superstructures en briques présentent différents types d’assemblages appelés
aussi maçonneries. Le plus souvent, en fouille, comme les briques ne sont pas cuites,
elles ont disparues plus ou moins complètement et leur présence n’est identifiée qu’en
négatif. Cependant, dans quelques sites, notamment dans les chantiers qui ont subi des
incendies, des assises de briques ont été préservées. Dans cette situation, les
archéologues peuvent décrire le type de maçonnerie utilisé et les dimensions des
briques. Très souvent les maçonneries sont composées de briques posées en carreaux et
boutisses, comme au Bronze ancien I à Beth Shean (maison, L1888)490, Tel Lod
(niveau Va)491, Tel Erani (bâtiment 232)492 ou ‘En Besor493. Les maçonneries sont
fonction de la largeur prédéterminée du mur choisie lors de l’élaboration du
soubassement. Ainsi, les maçons doivent adapter les dimensions standard des briques à
partir d’une largeur fixe. Dans certaines situations, ils ont recourt à des demi-briques
comme à Beth Yerah, au niveau 14 (BA IB). Ici, les briques du mur W5106 sont
disposées en trois rangées de demi-briques posées de façon parallèle. Puis, au niveau 10
(fig. 1, pl. 76), des rangées de demi-briques étaient disposées alternativement de chaque
côté du mur pour plus de stabilité494. Il existait également d’importantes différences de
qualité dans les constructions en briques avec d’un côté des murs construits
soigneusement avec des briques de même module et d’un autre côté, des murs construits
sans soin avec des briques de formes irrégulières et des fragments de briques, comme
certains murs de Lod (W 160/ W29, W33)495.
117
souvent, plusieurs types d’assemblages se côtoient, comme à Bâb edh-Dhrâ’. Dans ce
site extrêmement riche en briques, différentes techniques ont été observées. Par
exemple, dans le chantier XI.6, le mur 40 (fig. 3, pl. 63) comporte au minimum cinq
assises composées de deux rangées parallèles de briques disposées en longueur. Chaque
assise est légèrement décalée par rapport à la précédente499. Dans le chantier XVII, les
briques sont disposées en carreaux et boutisse, avec parfois l’emploi de demi-briques.
Dans le chantier XIX, le mur 88 mesure 0,80 m de large et il se compose de 5-6 assises
de briques reposant sur un soubassement de pierre. Les briques utilisées sont de deux
types de format, de couleur et de texture dont la pose n’est pas uniforme. Certaines
assises sont composées de trois briques carrées posées côte à côte et d’autres sont
composées de briques rectangulaires disposées en carreaux et boutisse. Le mur 5 du
chantier XIX.1 comporte les mêmes types d’anomalies et trois tailles de briques y ont
été identifiées. Les briques longues sont disposées en boutisse dans certaines assises,
avec le reste de l’assise composé de briques carrées. Dans l’assise suivante, les briques
longues sont disposées en carreaux et sont aussi associées à des briques carrées. Les
différences de taille et de couleur des briques suggèrent que les constructeurs
réutilisaient les briques des niveaux précédents500.
Dans de rares cas, la présence d’un chaînage en bois a été identifiée dans la
maçonnerie de briques, comme à Ai503.
499
Rast & Schaub, 2003a, p. 120, fig. 6.12.
500
Rast & Schaub, 2003a, p. 319.
501
Eisenberg, 1993a, p. 880-881.
502
Betts, 1991, fig. 47, 48.
503
Callaway, 1980, pl. V.
504
Miroschedji, 2003, p. 159* ; Richard, 1990, p. 48-49.
118
<" %
Plusieurs méthodes sont employées afin de connecter entre eux les murs d’une
même construction. Ils peuvent être liés entre eux (Tel Lod, niveau IVa)505 ; buter l’un
contre l’autre (Tell Um Hammad, murs BC-BA) ou être liés par des découpes dans la
maçonnerie (Tell Um Hammad, murs BF’-BM)506.
À En Esur, dans l’unité D, une partie du mur curviligne 74 appartient à une autre
construction de forme ovale, qui se trouve au sud du mur 68. Une des pierres du mur 68
est intégrée dans le soubassement du mur 74. Il semble que les deux murs appartiennent
à la même unité. Une méthode semblable a été utilisée pour connecter le mur 65 du
cercle de pierre L2041 (unité A) avec le mur W55 du bâtiment 2020 (unité A). C’était
une technique typique pour liaisonner deux constructions de forme ovale507.
Dans quelques cas, un soin particulier est apporté aux angles, comme dans
l’architecture de briques. À Tel Halif, dans une maison du Bronze ancien I, le
soubassement en pierre est renforcé par des grosses pierres disposées aux angles509.
Dans le chantier B, de Tel Qashish, les angles sont renforcés à l’intérieur par un
revêtement en pierre510.
505
van den Brink, 2002, p. 287-288.
506
Betts, 1991, p. 36-37, fig. 18, 19, 26b, 30.
507
Yannai, 2006, plan 3.2.
508
Miroschedji, 2006, p. 159*.
509
Seger & al., 1990, p. 3-4, fig. 2, 3.
510
Ben-Tor, Bonfil & Zuckerman, 2003, p. 67.
119
=5
Il est impossible d’envisager la construction d’un mur contenant des briques sans
la pose d’un enduit protecteur sur les deux faces du mur. L’enduit recouvre également
fréquemment les soubassements en pierre.
Dans les rapports de fouilles en anglais, les archéologues utilisent le mot de
plaster ou parlent d’un mur plastered. Or malgré l’homonymie, ce mot ne désigne pas
du plâtre, il a un sens plus général et désigne simplement un enduit, sans préciser sa
composition chimique511. De ce fait, cela peut être du plâtre ou de la chaux. Cependant,
comme les carrières de gypse ne sont pas exploitées au Bronze ancien en Palestine, les
enduits sont soit à base de chaux ou soit à base d’argile, ou les deux.
L’enduit est souvent très épais, ce qui peut être le résultat de réfections
régulières. Ainsi, dans le « Bâtiment Blanc » de Tel Yarmouth, les murs sont recouverts
d’un enduit qui a subi de nombreuses réfections et qui peut atteindre par endroit près de
15 cm d’épaisseur514. Dans le chantier G, les murs sont recouverts d’enduit, depuis le
soubassement en pierre jusqu’à la superstructure. Le revêtement mural est si épais qu’il
se détache en plaques de plusieurs centimètres d’épaisseur.
L’épaisseur de l’enduit peut aussi résulter d’une composition complexe, avec des
sous-couches souvent de qualité grossière et des couches supérieures plus fines. De ce
fait, à Khirbet el-Mahruq (chantier C, niveau IV), les murs sont recouverts de deux
couches d’enduit de chaux (fig. 3, pl. 114), une première couche grossière et une
seconde plus fine515. De même, les pierres du mur du temple de Ai sont recouverts
511
Aurenche, 1977, p. 142.
512
Betts, 1991, p. 36-37.
513
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 43-44.
514
Miroschedji, 1988a, p. 35-43 ; 1988b, p. 200-203.
515
Eisenberg, 1993b, p. 931.
120
d’une épaisse couche d’argile rouge (hamra) mélangée à un dégraissant de paille. Le
tout est recouvert d’une fine couche de chaux blanche qui couvre aussi le sol516.
121
proviennent donc de la craie employée pour réaliser l’enduit de chaux et non d’un
éventuel dégraissant végétal. Les analyses ont montré d’une part que le dégraissant de
l’enduit était minéral. Il s’agit de morceaux de craie durcis par le feu et d’autre part que
l’échantillon est composé à 86% de chaux, le reste étant de la craie contenant des
phytolites et quelques particules d’argile.
L’enduit est composite, ses différentes couches possèdent plus ou moins d’argile
en fonction de leur usage. Les couches en contact avec les pierres sont les plus riches en
argile pour des questions d’adhérence et d’uniformisation de la surface du mur. La
couche d’enduit visible est très épaisse et porte la trace de nombreuses réfections, elle
est composée à plus de 95% de chaux.
122
i.3 L’enduit posé sur le mur 1588 (n° 17 224)
L’échantillon se compose de deux couches, une couche de surface fine et une
couche principale beaucoup plus épaisse (YAR 30, YAR 31). Les deux couches ont
pratiquement la même composition chimique à base de calcite géologique et d’argile.
L’enduit est constitué d’argile mélangée à de la calcite broyée.
Enfin, sur aucun des sites étudiés, il n’existe de preuve formelle de la décoration
des murs. Seuls quelques indices indirects semblent suggérer l’existence de décors,
comme les larges bandes de couleur qui décorent les murs de la maquette retrouvée à
Arad et un fragment de pierre crayeuse épannelé, décoré et trouvé dans le
123
« Bâtiment Blanc » de Tel Yarmouth. Ses faces supérieures et latérales sont planes
(fig. 2, pl. 155). La pierre est décorée de lignes légèrement incisées, peut-être à la règle,
formant des losanges et des triangles dont certains sont peints en rouge. Les faces
inférieures et les extrémités sont brisées. La pierre a pu orner le mur519.
519
Miroschedji, 1988a, pl. XXV.
520
Joyce & Johannessen, 1993.
521
Houben & Guillaud, 1995, p. 326.
124
aux gros problèmes d’érosion dus au caractère fragile du substrat rocheux (marne), à la
fois sur le rempart et dans la ville. Ainsi, le long d’un secteur à l’intérieur de la ville, ils
ont construit tout le long d’une pente un mur de soutien en brique. Cela a permis la
construction de maisons dans un secteur qui autrement aurait été menacé par de graves
problèmes d’érosion. Le système de renfort basé sur des murs de soutien en brique a
aussi été employé à l’extrémité ouest du tell et dans le chantier XIX522. De plus au
Bronze ancien III, dans la dernière phase d’occupation du chantier XIX, la construction
d’une série de murs orientés est-ouest a servi à contrer l’érosion523.
Ainsi, grâce à un entretien régulier, un bâtiment peut avoir une durée de vie de
plusieurs décennies. D’après des observations ethnographiques menées en Grèce,
notamment en Phocide, en Argolide et en Messénie par A. Guest-Papamanoli, la durée
de vie d’une maison en briques crues sur un soubassement de pierre est de vingt à
soixante ans. Cette durée dépend de l’entretien des enduits, et surtout de l’isolation du
sommet des murs, car les murs de briques sont vulnérables à l’infiltration des eaux par
le haut. En effet, si la pluie trace une rigole, elle peut finir par lézarder le mur qui risque
de s’écrouler d’un seul coup524. C’est pour cette raison qu’un renouvellement annuel des
enduits devait être la mesure principale de protection des constructions. C’est l’entretien
régulier des bâtiments par ses occupants qui retarde l’action des processus de
destruction. Le phénomène de destruction ne s’enclenche véritablement qu’après
l’abandon de la maison. Il peut être alors de plusieurs natures : épisodique, saisonnier
ou permanent. De plus, l’abandon peut se dérouler à l’échelle de tout un site ou
seulement d’une maison. Enfin, il ne représente pas toujours un événement planifié, il
peut être imprévu, résultat de forces naturelles ou culturelles525. Les processus de
destruction des constructions massives peuvent être divisés en deux groupes : la
destruction soudaine ou le délabrement graduel. Trois raisons principales expliquent la
destruction soudaine : un tremblement de terre, un incendie, une destruction faite
intentionnellement avant la construction d’une nouvelle maison ou en cas de guerre526.
Parfois, la destruction soudaine et le délabrement graduel se combinent : une destruction
soudaine ruine une partie de la construction, qui continue alors à se détériorer au fur et à
mesure ; ou à l’opposé, le délabrement graduel peut être accéléré par un effondrement
soudain.
522
Rast, 1995, p. 127.
523
Schaub & Rast, 1984, p. 52-53.
524
Guest-Papamanoli, 1978, p. 19.
525
Brooks, 1993.
526
Netzer, 1992, p. 27.
125
de destructions volontaires. Cependant, hors des contextes de guerre la destruction
d’une maison est toujours liée à la construction d’une nouvelle. Les observations
ethnoarchéologiques montrent que l’ancien habitat devient alors une source privilégiée
de matériaux de récupération527, c’est une solution plus simple et moins onéreuse.
126
la superstructure en briques du mur Q du bâtiment B de Ai534 et dans le rempart de
Leviah535.
534
Callaway, 1980, pl. V.
535
Kochavi, 1993, p. 915-916.
536
Houben & Guillaud, 1995, p. 315.
537
Kenyon, 1981, p. 155, pl. 103.
538
Breton, 1998, p. 14.
127
!
La couverture constitue la partie supérieure de la construction539. Aucun
exemple n’a été retrouvé en place, mais plusieurs indices directs ou indirects permettent
de distinguer un espace ouvert d’un espace fermé. Par exemple, la présence d’éléments
de toiture effondrés, de bases en pierre ou de poteries tombées.
Dans un premier temps, l’étude portera sur les supports de toiture, leur typologie
et leur utilisation, puis dans un second temps sur la toiture elle-même.
Si l’on se base sur cette définition la grande majorité des supports intermédiaires
trouvés au Levant sud au Bronze ancien sont des poteaux et il n’existe pas de colonne.
539
Aurenche, 1977, p. 66.
540
Alm, 1996, p. 153.
541
Alm, 1996, p. 141.
128
i. Les poteaux
542
van den Brink, 2002, p. 287-288.
543
Braun, 2004, p. 16-17.
544
Eitan & Esse, 1993, p. 1485.
545
Marchetti & Nigro, 2000, p. 28-30.
546
Ciasca, 1962, p. 27-35.
547
Braun & Milevski, 1993, p. 11.
548
Communication personelle de P. de Miroschedji.
129
contraignante. À En Esur, le bâtiment de plan rectangulaire dit aux piliers
contient trois bases de poteaux constituées de dalles entourées de petites pierres.
Dans certains cas, seules les petites pierres de la fondation ont été préservées,
comme dans la maison H14 de Tell el-Fârǥah (fig. 3, pl. 95)549. Ces pierres
peuvent représenter le seul vestige de la présence d’une base disparue, mais elles
peuvent aussi permettre de localiser une base toujours existente mais située plus
profondément à un niveau de sol antérieur. Ainsi, dans le chantier G de Tel
Yarmouth, lors de la réalisation d’un nouveau sol, les habitants ne déplacent pas
de base pour la repositionner plus haut. Ils la laissent à sa place et se contentent
de matérialiser son emplacement par des petites pierres disposées sur le nouveau
niveau de sol550.
La pierre de sommet est le plus souvent ronde vu en plan, mais elle peut aussi
être rectangulaire. Les bases rondes ressemblent à un cylindre de faible hauteur avec
souvent une hauteur équivalente à la taille du rayon. D’après l’étude des bases en pierre
de Tel Yarmouth, ce type de dalle mesure en moyenne 0,50 m de diamètre et 0,20 m de
hauteur pour un poids moyen de 108 kg par dalle cylindrique551.
• Type B : la base de poteau est composée d’une seule pierre de grand format dont
la face supérieure est taillée en forme de cylindre de très faible hauteur ou de
parallélépipède rectangle. Ce ressaut dépasse en général de 5-6 cm du reste de la
pierre. Ce type de base est en général taillé avec grand soin. Son sommet
présente une surface lisse. Les bases de poteau de type B sont calées en général
sur un lit de petites pierres, mais elles peuvent aussi être calées sur des murs
antérieurs, comme dans le Palais B1 de Tel Yarmouth552. Comme elles ne sont
composées que d’un seul bloc, ces bases sont beaucoup plus lourdes que celle de
type A. Ainsi une base type B provenant de Tel Yarmouth mesurant 0,84 x 0,90
x 0,12 m, pèse en moyenne 225 kg, soit deux fois plus qu’une dalle de type A553.
549
Vaux, 1948, p. 548-549, pl. X.
550
Communication personelle de P. de Miroschedji.
551
Formule du volume du cylindre : V= rayon2 x ʌ x hauteur ; soit un volume moyen est de 0,043
3
m multiplié par la densité du calcaire (2,5).
552
Communication personnelle de P. de Miroschedji.
553
En multipliant le volume par la densité du calcaire : 2,5.
554
Marquet-Krause, 1949, p. 10-12, pl. VI-VII, XC.
130
toutes taillées dans du basalte, à l’exception de celle située au sud de la rangée orientale
qui est en calcaire. Les bases sont calées dans le sol chaulé à l’aide de petites pierres.
Leurs dimensions sont de :
Dans le temple du niveau J-3, au milieu de la pièce 4050, quatre pierres plates
sont placées à des intervalles plus au moins réguliers (fig. 3, pl. 118). Calées dans le sol
au moyen de petites pierres, elles sont de forme rectangulaire et mesurent en moyenne
0,45 x 0,92 cm556. Dans le hall du temple J-4, les deux bases de poteaux monumentales
sont en basalte (fig. 1, pl. 119). L’une d’elles a été complètement dégagée et mesure
1,80 x 1 m. Au niveau XV, dans les temples 4040, 5192 et 5269, il y avait deux bases
de poteaux rondes, soigneusement taillées, au centre de chaque pièce (fig. 1, pl. 121).
Deux autres bases de poteaux, à la lisière nord du porche, étaient alignées avec
l’extrémité des murs. Les bases de poteaux dans les pièces sont en calcaire blanc à grain
fin. Elles comportent un ressaut circulaire. La pierre sous cette ligne est taillée de
manière très grossière, car elle était enterrée. De solides fondations en pierre soutenaient
ces bases. Elles sont de tailles différentes (0,75-1,40 m de large)557. Ainsi, dans les
temples de Megiddo, les bases de piliers sont soit en basalte et rectangulaires aux
périodes anciennes, soit en calcaire et rondes au périodes plus récentes : dans tous les
cas ce sont de gros blocs de pierre à la surface taillée.
555
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 50-53.
556
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 42.
557
Aharoni, 1993, p. 1006.
131
ii. Les autres types de support de charge
Les autres types de support de charge sont très minoritaires en comparaison avec
les bases de poteaux en pierre. Certains n’existent parfois qu’en exemplaire unique.
558
Braun, 2004, p. 20-30.
559
Eisenberg & al., 2001, p. 39-46.
560
Betts, 1991, p. 36-37, fig. 49.
132
ii.4 La couverture sans support
En dernier lieu, il faut mentionner les maisons et les zones d’habitations
dépourvues de supports de charge, mais qui étaient malgré tout couvertes. Pour les
maisons à double abside, l’étude a montré que différentes méthodes ont été mises en
œuvre, mais que l’usage des supports intermédiaires est minoritaire. En effet, le plan à
double abside de part ses dimensions et sa forme présente l’avantage de limiter
fortement la largeur des maisons et donc la portée des surfaces à couvrir. Ainsi, de
nombreuses maisons n’avaient pas besoin d’avoir recours à des supports
intermédiaires ; comme par exemple les petites maisons de En Esur dont la longueur est
comprise entre 4 et 7,40 m. À Shraya, il n’y a pas non plus de piliers, ni de mur de
refend, cependant, les murs sont construits avec une légère inclinaison vers l’intérieur,
sans doute afin de réduire les portées à couvrir. Le même système a été observé à Sidon-
Dakerman (fig. 2, pl. 142) où les maisons mesurent au maximum 10,80 m de long et les
murs sont préservés jusqu’à 2,10 m de hauteur, sans doute leur élévation d’origine561.
Plus la maison est longue et plus elle a de supports intermédiaires.
Ainsi plusieurs solutions ont été employées pour couvrir les pièces. Elles varient
selon les dimensions, le plan et le prestige des espaces concernés. Seule la technique des
561
Contenson, 1982, p. 80-82.
562
Miroschedji, 2000b, p. 688.
133
piliers tout en pierre n’est pas employée. Il semble qu’au Bronze ancien, elle n’ait été
utilisée que dans les sites temporaires du Sinaï et en Syrie du sud. Dans ces zones, les
pièces comportaient à la fois des piliers composés de plusieurs tambours de pierres et
des piliers monolithiques563.
Au Bronze ancien I, des bases de colonne ont été identifiées dans quelques
maisons à double abside. C’est notamment le cas des maisons de plus de 16 m de long
de Jebel Mutawwaq565. À Horvat Ptora, il y a au minimum deux piliers dans les maisons
de plus de 10 m de long (fig. 1, pl. 129). Dans le chantier A de Qiryat Ata, les maisons
possèdent entre 1 et 4 bases de piliers en pierre disposées dans l’axe longitudinal (fig. 2,
pl. 30). La maison qui possède quatre bases mesure près de 16 m de long. À Kabri, dans
la maison 1057, les constructeurs semblent avoir pris un luxe de précaution en installant
trois bases de piliers dans une maison de 8,80 m de longueur (fig. 2, pl. 107)566. De
même dans la pièce 152 de Hartuv, cinq dalles se trouvent le long de l’axe central
(pl. 101), placées à des intervalles irréguliers. En numérotant les bases d’ouest en est, de
563
Beith-Arieh, 2003, p. 104.
564
Greenberg & alii, 2006, p. 352-354.
565
Nicolle, 1996, p. 97.
566
Kempinski & Niemeier, 1991, p. 189.
134
1 à 5, on observe les distances entre les centres des bases : bases 1-2 : 2,30 m ; bases 2-
3 : 3,10 m ; bases 3-4 : 4,10 m et bases 4-5 : 3 m. Les constructeurs ont pris soin
d’augmenter la distance entre la troisième et la quatrième base, en partant de l’ouest,
afin d’empêcher la localisation d’un pilier juste en face de l’entrée567. Le
« Bâtiment Blanc » de Tel Yarmouth est aussi barlong (pl. 155). Sa toiture était
supportée par quatre poteaux reposant sur de grandes dalles de pierre disposées en ligne
axiale568. Dans certains cas, les bases ne sont pas situées exactement dans l’axe. Ainsi, à
Qiryat Ata, les bases de piliers des bâtiments 1 et 2 du niveau III (chantier A) sont
arrangées en ligne droite parallèle à l’axe longitudinal, mais pas le long de l’axe central
lui-même, comme on pourrait s’y attendre (pl. 134). Le même phénomène non expliqué
peut être observé à Tel Kabri569 ou sur des sites de la Syrie du sud à l’Âge du Fer570.
Dans les îlots densément peuplés des villes du Bronze ancien II et III, la
présence de bases de poteaux constitue le seul indice permettant de distinguer les pièces
ouvertes des pièces couvertes. Ainsi, dans la ville basse de Khirbet ez-Zeraqun, vingt-
et-une pièces ont été partiellement ou entièrement dégagées (fig. 1, pl. 163). Les plus
grandes possèdent des bases de poteau – entre 1 et 3 bases par pièce – servant au
soutènement de la toiture. Cela permet de déduire la présence de grands espaces non
couverts à l’intérieur des îlots. Tell el-Fârǥah présente une situation similaire, mais
certaines pièces comportent également d’autres arrangements plus rares. De ce fait, dans
la maison du carré H14 (fig. 3, pl. 94), les pièces de la maison sont grandes : les pièces
99, 100 et 101 mesurent respectivement 31, 39 et 38 m2. Trois bases de piliers ont été
retrouvées dans chacune des pièces. Dans les pièces 101 et 99, elles se trouvaient dans
l’axe principal, alors que dans la pièce 100, elles sont placées de façon à délimiter un
triangle. Dans la maison loci 55, 56, 86, dans la pièce 56, il y a aussi trois dalles
disposées en triangle571. Cette localisation résulte sans doute des conditions de
préservation plutôt que d’une volonté du constructeur.
567
Mazar & Miroschedji, 1996, p. 7.
568
Miroschedji, 1988a, p. 35-43 ; 1988b, p. 200-203.
569
Kempinski & Niemeier, 1991, fig. 3, 4.
570
Communication personnelle de F. Braemer.
571
Vaux, 1948, p. 554, pl. XII.
572
Communication personelle de P. de Miroschedji.
573
Mazar & Rotem, 2009, p. 133-135.
135
chantier E de Qiryat Ata (BA II) (fig. 3, pl. 135)574, ainsi que dans le Temple de
l’acropole à Ai (BA II)575.
Par ailleurs, la technique est très fréquente au Liban sur des sites comme
Tell Arqa (pl. 31), Tell Fadous ou Byblos (pl. 32). À Tell Fadous, les pièces ne sont pas
entièrement dégagées, donc le nombre total de bases reste inconnu, mais celles
retrouvées se situent dans les angles576. À Byblos, lors de la première période urbaine
appelée également style « Sableux » (environ 3 200 à 2 700 avant notre ère), les bases
en pierre sont souvent au nombre de sept dans les habitations (pl. 32). Elles sont
disposées en trois files, deux sur chacun des longs côtés et trois axiales. Pour les trois
situées dans l’axe médian, deux se situent contre les murs courts et une au tiers de la file
axiale. Cette distribution permet de dégager la porte d’entrée. Elle peut aussi résulter de
l’usage d’une poutre faîtière faite d’un fût brut non dégrossi et de section dégressive.
Pour J. Lauffray, la présence de bases près des murs montrerait qu’ils n’étaient que
semi-porteurs et que la toiture devait prendre appui aussi sur des piliers577. Selon J.-
P. Thalmann, le fouilleur de Tell Arqa, ce type de disposition possède un rôle porteur
essentiel qui permet de soulager du poids des sols et des terrasses, les murs
périphériques. Cela permet à ces derniers d’être peu épais, tout en étant inclus dans des
bâtiments relativement hauts (entre 5 et 7,50 m, soit un ou deux étages)578. En Palestine,
la technique reste rare. Il est possible qu’elle soit également en lien avec la volonté de
construire un étage tout en se basant sur des murs fins.
La salle à piliers de Tel Erani est datée du Bronze ancien I. Elle fait partie du
bâtiment 7102, construit entièrement en briques crues et interprété par le fouilleur
comme un palais. Elle mesure environ 13 x 9 m. Les sept bases retrouvées in situ se
répartissent en trois rangées, avec du sud vers le nord, deux rangées de deux bases et
une rangée de trois bases. Le plan pourrait suggérer qu’à l’origine il existait trois
rangées de trois bases, soit neuf au total. En effet, si dans la rangée la plus au nord, une
574
Golani, 2003, plan 2.17.
575
Marquet-Krause, 1949, pl. XCII.
576
Genz & Sader, 2007, p. 8, fig. 2.
577
Lauffray, 2008, p. 68-72.
578
Thalmann, 2006, p. 860.
579
Alm, 1996, p. 175.
136
base est nécessaire pour couvrir l’espace séparant la base située au nord-est, du mur qui
comporte le seuil pourquoi cela ne serait pas le cas dans les deux rangées plus au sud ?
Les bases de piliers sont en briques crues, elles sont de forme relativement carrée (1 à
1,20 m de côté) et sont préservées sur près d’un mètre de hauteur. C’est là leur hauteur
originale car un des piliers possède encore au-dessus une pierre ronde et plate qui
servait de base de poteau pour un pilier en bois. La distance entre les piliers d’une
même rangée est de 1,70 à 1,90 m et celle entre les trois rangées est d’à peu près 2 à
2,70 m580.
À Beth Shean, deux salles à piliers datées du Bronze ancien I ont été retrouvées.
Au niveau XIII, dans la pièce L 1849, deux rangées de trous de poteaux ont été
identifiées et la première rangée se situe le long du mur. Les trous de poteaux ont un
espacement situé en moyenne entre 1,80 et 3 m. Il est possible que d’autres rangées de
trous de poteaux aient disparues581. La pièce L 1849 mesure 6,25 x 5,3 m. Le bâtiment
du niveau M-3 comporte quatorze bases de piliers réparties sur quatre rangées : trois de
quatre bases et une dernière près du mur sud-ouest, de deux bases. Les bases se
composent de pierres plates non taillées. Les distances entre les centres des bases
varient, de 1,80-2,20 m entre les bases alignées est-ouest à 2-2,30 m pour les bases
alignées nord-sud. À certains endroits, un trou de poteau (diamètre moyen : 0,3 m) était
préservé dans le sol chaulé ou dans le banc situé au-dessus de la base de poteau. Ainsi,
les bases de pierre ont été disposées avant les sols chaulés et les bancs. Enfin, les bases
extérieures se situent près des murs de façade582.
Au Bronze ancien III, une très vaste salle à piliers a été dégagée dans le Palais
B1 de Tel Yarmouth. Elle mesure 17 x 13,90 m (fig. 1, 3, pl. 152). Elle se différencie
nettement du reste des pièces couvertes en raison de ses dimensions exceptionnelles et
de son mode de couverture qui repose sur douze bases de poteau réparties en trois
rangées de quatre bases583. Elle fait partie des pièces de réception qui marquent l’entrée
dans le palais, avec la porte d’entrée principale, la salle hypostyle, l’avant-cour, le hall
de réception et les chambres attenantes584.
580
Kempinski, 1992a, p. 75.
581
Braun, 2004, fig. 2.41.
582
Mazar & Rotem, 2009, p. 133-135.
583
Miroschedji, 2000, p. 690, 694 ; 2003, p. 163*-164*.
584
Miroschedji, 1994a, p. 34-35.
137
Nos connaissances sur les salles hypostyles du Bronze ancien sont résumées
dans le tableau ci-dessous :
Ainsi, peu de salles à piliers ont été retrouvées au Bronze ancien : trois au
Bronze ancien I et une au Bronze ancien III. Seule la pièce L1849 de Beth Shean
comporte des trous de poteaux, les autres se composent de bases de poteaux. Le nombre
de supports de toit n’est connu avec exactitude dans aucune de ces pièces, mais il a été
reconstitué en fonction des superficies à couvrir et du nombre de poteaux par rangée. Il
s’échelonne théoriquement entre sept et douze bases pour la Palestine. Deux salles se
démarquent particulièrement du reste des constructions : la salle du bâtiment M3 de
Beth Shean et celle du Palais B1 de Tel Yarmouth. Elles comptent respectivement
quatorze et douze bases de poteaux. La salle à piliers du palais est encore plus
exceptionnelle en raison de sa grande superficie et du soin particulier apporté à la taille
des bases en pierre (type B).
585
Style dit « Piqueté » daté de 2 700 à 2 150 avant notre ère (Lauffray, 2008, p. 377).
138
Byblos ont été inclues. Datée de la période préamorite ou style « Piqueté » (2 700 à
2 150 avant notre ère), elle se trouve dans la zone sud-ouest de la ville. C’est une vaste
demeure qui comporte de nombreuses salles hypostyles. La plus grande d’entre elles, la
n° 2 mesure 11,40 x 8,50 m. Elle comporte seize bases sur quatre files de quatre.
L’entraxe des bases est de 3,40 m586. En moyenne, une base couvre 6 m2 de superficie,
soit un chiffre bien inférieur à celui observé à Tel Yarmouth. Ces différentes
observations nous pousse à opérer une distinction entre les salles à piliers d’un côté et
les salles hypostyles de l’autre côté. Ainsi dans les cas comme celui de Tel Erani et
Tel Yarmouth, le terme de salle hypostyle peut être employé pour définir ce type de
pièce. En effet, cette expression empruntée au grec ancien (hupostulos ou supporté par
des colonnes) désigne essentiellement des exemples architecturaux monumentaux
retrouvés en Égypte (temple de Karnak), en Grèce (temple d’Éleusis) ou Perse
(Persépolis) dans des temples, des palais ou des bâtiments publics. Elle implique la
construction de très grandes pièces587 et une notion de monumentalité.
Ainsi, le porche à ante est essentiellement intégré dans des temples de tradition
syrienne attestés en Palestine au Bronze ancien III et uniquement dans le nord
(Megiddo, Khirbet ez-Zeraqun).
586
Lauffray, 2008, p. 377.
587
Encyclopædia Britannica (article salle hypostyle).
588
Castel, 2010, fig. 5, 6.
589
Alm, 1996, p. 195-199.
139
couverte sans support intermédiaire. Les poutres de la toiture reposent simplement sur
les murs longs. Par exemple, la pièce 1202 dans le chantier G de Tel Yarmouth est
longue (7,5 m) et étroite (1,80 m) et ne comporte apparemment aucune base de poteau
(pl. 156).
'
À de très rares exceptions près, aucun toit n’a été retrouvé in situ. C’est pour
cela qu’il est nécessaire de se baser sur des indices directs ou indirects afin de retrouver
la composition et la disposition des toitures. Les indices directs proviennent des
éléments de toiture écroulés. Les indices indirects sont plus variés ; ils peuvent provenir
des supports intermédiaires, mais aussi de comparaisons ethnoarchéologiques ou
régionales.
140
4& &
La forme la plus simple de toiture est un toit terrasse plat en terre, soutenu par
des poutres en bois. La terre damée est compressée, puis elle est protégée par un enduit.
Selon J.-C. Margueron, la terre du toit ne doit être ni trop peu, ni trop argileuse, pour
qu’elle puisse gonfler quand il pleut. En effet, ce sont les premières pluies souvent peu
abondantes qui vont faire gonfler la terre du toit et ses particules d’argile, la rendant
ainsi imperméable pour les pluies suivantes590. La couche de terre doit avoir une
épaisseur de 0,30 m dans une petite pièce et de 0,40-0,50 m dans une grande pièce. Ce
type de toit, facile à mettre en œuvre présente néanmoins l’inconvénient d’être
particulièrement lourd et d’entraîner la déformation des poutres. En effet, le poids d’une
toiture de 0,40-0,50 m d’épaisseur est d’environ ½ tonne au m2. De plus, des conditions
climatiques trop humides peuvent également fragiliser le toit et même causer son
effondrement591.
Sur certains sites, les archéologues ont décrit la composition des toitures. Ainsi,
au Bronze ancien I, à Sidon-Dakerman, le toit était composé d’un clayonnage recouvert
de terre argileuse dont des mottes ont été retrouvées au sol. Les éléments de toit
portaient des empreintes de végétaux : des tiges de paille (environ 1 mm de diamètre) et
de roseaux (1 à 1,50 cm de diamètre)592. À Bâb edh-Dhrâ’, les toits étaient faits de
branches, de bois, de roseaux et de broussailles, le tout lié avec de l’argile593. À Yaqush,
dans la dernière phase du Bronze ancien I, des traces de poutres carbonisées et
d’éléments tombés du toit ont été assez bien préservés. Ils indiquent que les toits se
composaient de petites poutres en bois recouvertes de petit bois et de brindilles. La
charpente était ensuite recouverte et scellée par des couches successives de terre
tassée594. Au Bronze ancien III dans le Palais B1 de Tel Yarmouth, de nombreux
fragments de terre cuite portant des empreintes de roseaux ou de nattes provenant du toit
ont été trouvés595. À Tell el-Umeiri, la surface de destruction de la pièce 2 contenait en
abondance des charbons et des cendres noires provenant certainement de l’incendie du
toit. Ce dernier était composé d’un alignement de petites poutres en bois recouvertes
d’argile fraîche et de roseaux596.
590
Cours de J.-C. Margueron, EPHE 2008/2009.
591
Wright, 2005, p. 134.
592
Contenson, 1982, p. 80-82.
593
Schaub & Rast, 1984, p. 37-38.
594
Eitan & Esse, 1993, p. 1485.
595
Miroschedji, 1994a, p. 34-35.
596
Harrison, 1997, p. 164.
141
comporte des empreintes en négatif de végétaux. Les trois premiers niveaux sont de
couleur beige/ blanc alors que le niveaux du bas est de couleur rouge.
1. La couche supérieure est très fine et blanche. Elle se compose de chaux.
2. Les deux couches sous la surface sont de couleur beige. Elles se composent
d’argile et de chaux. Les échantillons comportent une grande quantité de chaux
comparée à celle d’argile.
3. La couche de couleur rouge est elle en majorité composée d’argile mais
également de calcite, il n’y a pas de chaux.
L’échantillon est composite avec notamment une couche rouge particulièrement riche
en argile. Le tassage et probablement aussi l’incendie sont responsables de
l’agglomération des différentes couches.
Enfin, l’existence d’un troisième mode de couverture reste très discuté : les
voûtes. Dans la littérature archéologique, les voûtes sont censées n’avoir été inventées
qu’au deuxième millénaire598. Cependant, K. Kenyon pense qu’à Jéricho au PPNA
(période 2) les habitants construisaient des coupoles pour couvrir leur maison ronde.
Cette supposition est basée sur l’observation de la courbure interne des parois des
maisons rondes et la présence de bois dans les murs. Le toit serait une coupole en
clayonnage enduit599. Mais pour O. Aurenche, les informations sont trop incomplètes
pour pouvoir confirmer l’hypothèse des coupoles, d’autant plus que le procédé aurait été
isolé dans le temps et dans l’espace. De plus, en se basant sur les maisons à coupole
moderne, comme celles de Syrie, une coupole n’est pas la toiture exclusive d’une
maison ronde. Elle peut très bien aussi être construite sur une maison rectangulaire600.
597
Paul & Dever, 1974, fig. 62.
598
Wright, 2005, p. 133.
599
Kenyon, 1957, p. 6.
600
Aurenche, 1981, p. 150-152.
142
abside du Léjà en Syrie du sud (fig. 1, pl. 141). À Khirbet el-Batrawy, elle est même
apparement employée pour couvrir un four semi-circulaire601. De plus, dans toutes les
propositions de reconstitution de la couverture du Bâtiment aux cercles de Beth Yerah,
les archéologues proposent des voûtes. Selon R. Greenberg et I. Paz, les cercles étaient
recouverts de dôme de 7 à 8 m de diamètre602.
Le toit revêt aussi un rôle capital dans la gestion des eaux de pluies. De ce fait, le
toit à double pente permet une évacuation rapide des pluies. Mais dans certaines
régions, les hommes cherchaient peut-être à collecter les eaux de pluies plus qu’à les
évacuer. Ainsi, des études se sont penchées sur la question de l’approvisionnement en
eau à Arad au Bronze ancien (pl. 56). En effet, le site se trouve dans une zone semi-
désertique, la source d’eau la plus proche se trouve à plus de 30 km et il y n’y a pas de
citernes creusées dans le rocher603. L’étude menée par A. Yair et R. Garti démontre, à
partir d’expérimentations et de mesures, le rôle essentiel joué par le toit dans
l’alimentation annuelle en eau des habitants d’Arad. Tout d’abord, les auteurs font
remarquer que collecter l’eau du toit est une pratique étendue sur tout le pourtour de la
Méditerranée et dans les zones arides. En raison des très faibles pertes par infiltration
les surfaces compactes des toits représentent le mode le plus efficace de récolter l’eau et
l’eau récoltée par unité est très importante. De plus, considérant la surface limitée du
toit, les distances d’écoulement sont très réduites, empêchant aussi les pertes par
infiltration ou évaporation. Cet aspect est très important si l’on considère la durée très
courte et le caractère intermittent des pluies dans ces régions604.
601
Nigro, 2007b, p. 353.
602
Greenberg & Paz, conférence au 6ème ICAANE à Rome, 2008.
603
Yair & Garti, 1997, p. 127.
604
Ilan, 2001, p. 326.
143
Afin de mesurer la contribution potentielle de l’eau collectée par les toits, les
auteurs de l’étude ont fait des calculs basés sur une équation proposée pour le site de
Marsa Matrouh situé à l’ouest du désert égyptien et sur le total des pluies qui sont
tombées sur la région d’Arad pendant la période 1986 à 1992. Les résultats montrent
que le total de la production des eaux collectées du toit est cinq fois plus élevé que celui
des eaux collectées sur des surfaces naturelles. Si l’eau collectée sur les toits
représentait la principale source d’alimentation en eau du site de Arad, il est probable
qu’il y avait deux systèmes complémentaires de récolte des pluies. Un système
répondait aux besoins des familles et le second aux besoins collectifs. Les besoins
collectifs étaient satisfaits grâce au grand bassin de récolte des eaux de pluie.
Selon les auteurs de l’étude, les besoins en eau d’une famille pouvaient être
couverts par la seule eau récoltée sur le toit. Un volume annuel de 18 m3 qui suffirait à
couvrir les besoins essentiels d’une famille de six personnes et de leurs bêtes, pourrait
être obtenu n’importe quelle année avec une moyenne de précipitation de 250 mm et
une surface de toiture de 100 m2. Une année moyenne avec 140 mm de précipitation
annuelle, la production d’eau serait de 8 m3, ce qui serait suffisant pour couvrir les
besoins de la famille, mais seulement une partie des besoins en eau des bêtes. Une
année sèche, avec 80 mm de précipitations, ne produirait que 4 m3 d’eau, juste assez
pour couvrir deux tiers des besoins en eau d’une famille.
La récolte des eaux de pluie en vue d’un stockage semble également attestée à
grande échelle dans le Palais B1 de Tel Yarmouth. Ainsi, plusieurs conduits dallés de
pierres et enduits d’argile605 parcourent le sous-sol en transportant l’eau captée au
niveau des courettes à galet jusqu’à l’installation hydraulique (puisard ?) creusée dans la
cour nord-est (fig. 2, pl. 152)606.
605
Miroschedji, 2000b, p. 696.
606
Miroschedji, 2008, p. 1793.
607
Aurenche, 1977, p. 66.
144
Dans une construction, une ouverture ne présente pas de problème particulier
sauf si elle crée un point de faiblesse dans la maçonnerie. Afin de s’en prémunir, des
éléments en pierre ou en bois assez résistants et longs devaient être utilisés pour pouvoir
compenser la pression du pan de mur608.
# &
La porte est une ouverture qui permet d’entrer dans un édifice et de circuler
entre les pièces. Elle se compose d’un seuil, de montants latéraux, d’un linteau et peut
être fermée par un élément d’huisserie, souvent en bois, qui pivote (pl. 33). Dans les
habitations, les seuils sont soit localisés au milieu des murs, soit à une des extrémités.
Dans les villages ou les villes densément bâtis, il n’y a pas d’orientation
spécifique pour les portes. Elles étaient percées là où c’était possible. Dans les villages
composés de maisons à double abside, il n’y a pas non plus de règle absolue en matière
d’orientation des portes. Elles peuvent être orientées toutes dans la même direction ou
non. Cependant, les constructeurs semblent avoir privilégié les orientations NO/SE et
NE/SO ; les orientations E/O et N/S restent plus rares. Les orientations NO/SE et
NE/SO semblent plus adéquates en milieu méditerranéen, car elles représentent un
compromis entre l’apport de luminosité toute l’année et la limitation de la chaleur en
été. Cependant, à Marajim (fig. 1, pl. 116), situé dans la zone steppique semi-aride, les
constructions sont en majorité orientées nord-sud (46,8 % des cas) et est-ouest (25,31 %
des cas). Les portes ouvrent en général vers l’est (33,8 % des cas), puis vers le nord-est,
le nord et le sud (13 % des cas chacun). Selon les archéologues, le fait que le vent
dominant souffle du sud-ouest explique que les portes soient orientées dans la direction
opposée609. À Shraya, les portes ouvrent également en général vers l’est, à la différence
de Sidon-Dakerman (fig. 1, pl. 142), Afridar (pl. 57), Jebel Mutawwaq et Qiryat Ata où
elles ouvrent vers le NO, le SO ou le sud, sans doute en fonction des vents dominants.
608
Reich, 1992, p. 12.
609
Nicolle, Steimer & Humbert, 2001, p. 81.
145
Tel Erani, les murs externes mesurent 1,80 m de large, comme l’entrée principale du
bâtiment610. De ce fait, il existe une gradation de la largeur des seuils dans les maisons
pluricellulaires. Ainsi, dans la « Maison des Jarres » de Tell el-Fârǥah (fig. 1, pl. 95),
l’entrée dans la pièce principale (pièce 1) est marquée par un seuil pavé d’un mètre de
large, comme les murs périphériques de la maison. Puis, le seuil qui conduit dans la
pièce 2 mesure 0,80 m de large, comme les murs internes. Le Palais B1 de Tel
Yarmouth présente une configuration similaire, mais à plus grande échelle vu que
quarante-trois portes ou passages y ont été dégagés (fig. 5, pl. 34). L’usage de la coudée
détermine la largeur des ouvertures dans la maçonnerie (3 coudées) et du passage de la
porte (2 coudées). Il existe aussi des seuils de taille exceptionnelle, notamment dans la
zone de réception. L’ouverture dans la maçonnerie mesure alors cinq coudées de large
(environ 2,60 m) et le passage trois coudées (environ 1,60 m)611
Plusieurs techniques sont employées pour réaliser les seuils. Ils correspondent en
général à la première assise du mur. Le plus souvent, les constructeurs privilégient
l’usage de la pierre, même dans les architectures entièrement en terre. Ainsi, à Tel Lod,
le seuil semble être le seul élément architectural réalisé en pierre612. Dans les maisons à
double abside, les seuils peuvent être constitués de l’assise inférieure du mur, comme à
En Esur (maison 2020)613 ou à Qiryat Ata, (W5503)614. Dans le quartier G de Tel
Yarmouth, tous les seuils sont dallés de pierres. Certains comportent encore des traces
de bois et d’enduit. Une technique plus rare a aussi été observée, ainsi quelques seuils
sont constitués du sommet d’un mur plus ancien. Dans le Palais B1, les seuils ont été
aménagés avec beaucoup de soin. Ils peuvent être situés au niveau du sol et formés de
grandes dalles ou être surélevés et constitués soit de pierres plates plus ou moins
grandes, soit d’un lit de galets bordés de rondins de bois d’une vingtaine de centimètres
de diamètre, dont l’empreinte est préservée615. Quelques seuils peuvent être en terre
battue comme à Arad616 et ou en briques comme à Beth Yerah (fig. 1, pl. 76). Ainsi, à
Jéricho, l’entrée d’une maison Bronze ancien III est composée d’un seuil surélevé fait
d'une grande brique (0,40 x 0,60 x 0,14 m)617.
La majorité des seuils ont été retrouvés associés à des crapaudines en pierre
(pl. 34). Dans quelques cas comme à Jebel Mutawwaq, elles sont incluses dans le seuil,
indiquant la présence de portes solides, plutôt que celle de simples rideaux. Dans la
maison 20 de Jebel Mutawwaq, le seuil en pierre est préservé in situ. Il se compose
610
Kempinski, 1992a, p. 75.
611
Miroschedji, 2003, p. 160*.
612
Lass, 2006, p. 51.
613
Yannai, 2006, p. 34-42.
614
Golani, 1996, p. 33 ; 2003, p. 67-70.
615
Miroschedji, 1993a, p. 839.
616
Ilan, 2001, p. 326.
617
Marchetti & Nigro, 2000, p. 22.
146
d’une dalle de 0,17 x 0,22 x 0,08 m, comprenant un trou de 0,06 m de diamètre618. Mais
dans la plupart des cas c’est un élément en pierre indépendant implanté à l’intérieur des
pièces, près du seuil. Les crapaudines sont utilisées dès le Bronze ancien I, comme à
Horvat Illin Tahtit619, Tel Halif. À Tel Teo, dans la maison ovale 542, une crapaudine
est enterrée dans le sol de la pièce, à droite, dans l’entrée620. L’entrée dans le bâtiment
7102 de Tel Erani, fermait aussi avec une crapaudine retrouvée in situ621. À Yaqush, les
crapaudines sont en basalte622. Des exemplaires ont aussi été utilisés au Bronze ancien II
et III. Dans la « Maison des Jarres », de Tell el-Fârǥah, l’entrée dans la pièce principale
(pièce 1) est marquée par un seuil pavé et une crapaudine en pierre. À Tel Yarmouth, il
y en a quelques unes dans le quartier domestique G, mais aucune n’a été retrouvée dans
le Palais B1. P. de Miroschedji reconstitue alors un système de fermeture analogue à
celui identifié dans le palais royal d’Ugarit au Bronze récent II, où le vantail pivotait
dans un cadre de bois installé dans la baie. En effet, dans le Palais B1, plusieurs portes
possédaient un seuil bordé d’une planche ou d’un rondin de bois qui a pu servir aussi de
base pour le pivotement du gond623.
Enfin, il y a des cas où aucun seuil n’a été identifié. Cette absence peut résulter
d’un bouchage volontaire ou accidentel. La différence entre ces deux situations se
618
Fernandez-Tresguerres Velasco, 2005, p. 368.
619
Braun, 2008a, p. 1789.
620
Eisenberg & al., 2001, p. 39-46.
621
Kempinski, 1992a, p. 75.
622
Eitan & Esse, 1993, p. 1485.
623
Miroschedji, 2003, p. 160*.
624
Braun, 2004, p. 16-17.
625
Miroschedji, 1988a, p. 35-43.
626
Miroschedji, 2000a, p. 31.
147
remarque par l’assemblage des pierres. Soit elles sont disposées soigneusement, souvent
en arrête de poisson, soit elles sont effondrées sans organisation. La condamnation
volontaire d’une porte résulte soit de réaménagements de la circulation, soit surtout pour
les pièces de stockage, d’une fermeture avant abandon temporaire de l’habitation. Ainsi,
certaines pièces du quartier G de Tel Yarmouth sont apparues comme complètement
scellées, sans plus aucun accès (pl. 156). La pièce 766, une des pièces les plus riches en
céramique de tout l’îlot, voit ainsi ses deux entrées bouchées. De la même façon, la
pièce 745 a été retrouvée entièrement bouchée, tout en étant remplie de céramiques de
stockage. Est-ce un moyen de protéger ses biens lors d’un départ volontaire ? En effet,
le quartier G n’a pas brûlé, il a simplement été abandonné. De nombreuses portes
bouchées ont aussi été trouvées dans le Palais B1627.
L’absence de seuil peut aussi indiquer que le niveau dégagé appartenait aux
fondations, ou que l’accès aux pièces se faisait par le toit. Ainsi, à Tel Qashish, dans les
maisons du niveau XIIA, la plupart des pièces ne comportent pas d’entrée alors que les
murs sont conservés sur une hauteur relativement importante (5-6 assises de pierres)
(fig. 3, pl. 132). Les murs mesurent en moyenne 0,60 m de large, ils sont donc trop fins
pour avoir supporté un second étage, les archéologues proposent de reconstituer un
accès par le toit ou au moyen d’une échelle628. J.-P. Thalmann reconstitue aussi des
seuils associés à des échelles sur le site de Tell Arqa. En effet, les murs des maisons
s’élèvent à de 1 m à 1,50 m sans seuil629.
148
deux mètres de haut. Pour des raisons de stabilité, leurs fondations se trouvent 0,40-
0,70 m plus bas que celles des murs adjacents ; ainsi les pierres ont été disposées en
premier, puis les murs (murs 130, 138) ont été rattachés. La section du jambage sud
mesure 0,85 x 0,52 m. La section du jambage nord mesure 0,85 x 0,45 m. Les angles
sont taillés à angle droit et leurs faces sont aplanies632.
Les montants et les linteaux pouvaient aussi être en matériaux périssables (bois,
terre). Ainsi, dans le Palais B1 de Tel Yarmouth, la plupart des seuils devaient avoir un
jambage entièrement en briques crues, dont la base mesurait une demie coudée, soit
environ 0,26 m de large (fig. 4, pl. 154). P. de Miroschedji mentionne également qu’une
des portes (loci 1638/1637) avait un encadrement souligné par une feuillure633 ménagée
dans l’enduit634.
149
Fer) n’ont pas de fenêtres, mais d’un autre côté les ossuaires chalcolithiques et la
maquette de Beth Shean comportent des ouvertures interprétées comme des imitations
de fenêtres dans des bâtiments contemporains640. De plus, la maquette égyptienne
d’époque Prédynastique de el-Amra, comporte à l’arrière du bâtiment deux petites
ouvertures (fig. 2, pl. 35)641. Or une bouche d’aération, apparemment de même type, est
conservée dans la partie basse d’un des grands murs du bâtiment 7102 de Tel Erani
(phase VI de Ciasca)642. De même dans les exemples ethnologiques, les bâtiments n’ont
pas de fenêtre, mais des bouches d’aération et d’une manière générale les ouvertures
restent rares. Ainsi il est probable que les bâtiments du Bronze ancien aient rarement été
dotés de fenêtres. Les ouvertures supplémentaires ne devaient être conçues que lorsque
l’entrée ne fournissait pas assez d’air et de lumière643. C’étaient alors de simples
ouvertures étroites. Ainsi le peu d’informations collectées semblent indiquer que les
fenêtres devaient être rares et que la lumière était surtout dispensée par les portes644 et
des puits de lumière.
639
Vaux, 1955, pl. XIII.
640
Miroschedji, 2001a, avec toutes les références bibliographiques complètes des maquettes.
641
Midant-Reynes, 2000, p. 203.
642
Ciasca, 1962, p. 32-35.
643
Reich, 1992, p. 13.
644
Aurenche, 1977, p. 77.
645
Foucault-Forest, 1997, p. 158.
150
variations de température entre le jour et la nuit et entre les saisons : c’est un contrôle
thermique et hygrométrique naturel. L’étage construit par-dessus joue un rôle
supplémentaire de volant thermique646. Ainsi, il est possible d’imaginer qu’un bâtiment
comme le palais de Tel Yarmouth ne possédait pas de fenêtres au rez-de-chaussée.
À défaut de lumière du jour, les habitants utilisaient des lampes à huile pour
s’éclairer. Ce sont le plus souvent des petits bols réutilisés qui comportent se trouvent
encore des traces de suie. Ainsi, au centre de la pièce B de Tell es-Sa’idiyeh, se trouve
une installation quadrangulaire, en brique, sur laquelle reposent deux lampes à huile à
quatre becs647. Les premières véritables lampes à huile avec des pincements du bord
pour pouvoir poser les mèches n’apparaissent qu’au Bronze ancien III. De plus,
A. Salavert, dans son étude archéobotanique de Tel Yarmouth, met en évidence que la
grande quantité de restes d’oliviers présents dans les couches archéologiques permet de
voir l’utilisation importante de l’huile d’olive pour l’éclairage648.
#
Après la réalisation du gros œuvre, celle des sols fait partie des finitions
indispensables avant l’emménagement. En régle générale, le sol est installé sur un
remblai qui atteint au minimum la hauteur de la première assise des murs649. Le plus
fréquemment, les sols des espaces ouverts, couverts et des rues se composent juste de
terre battue650. Cependant durant leur utilisation les sols ont pu être recouverts de paille
ou de nattes, même s’il est très rare d’en retrouver la trace comme c’est le cas à
Jéricho651. Il existe quelques attestations de l’existence d’autres types de revêtement
plus rares type galets652, coquillages, dalles653 ou couches de chaux654 (pl. 36).
646
Aurenche, 1985, p. 348-349.
647
Tubb, 1988, p. 50-55, fig. 27.
648
Salavert, 2007.
649
Communication personnelle de P. de Miroschedji.
650
Reich, 1992, p. 15.
651
Kenyon, 1981, pl. 41 : a.
652
Loud, 1948, fig. 50-52.
653
Yadin & al., 1989, pl. XX : 1, CXI, CXII ; Loud, 1948, fig. 154.
151
La terre est un matériau abondant qui peut être aisément compressé pour
atteindre deux fois sa densité naturelle. Elle constitue un sol très pratique, résistant,
facile à nettoyer qui ne se déforme et ne s’effrite pas, mais qui est vulnérable à l’eau655.
À Tel Yarmouth, à la fois les sols des grandes cours du Palais B1 et la grande majorité
des sols du quartier domestique G sont en terre battue. Ils sont entretenus et pour preuve
de l’occupation relativement longue de certaines pièces plusieurs niveaux de sols se
superposent, jusqu’à trois surfaces distinctes.
Les sols en terre peuvent être associés à des pierres, soit sous forme de radier
pour lutter contre les remontées d’humidité comme à Qiryat Ata (niveau I)656 ; soit sous
forme d’adjonctions ponctuelles type cailloux ou galets, comme à En Shadud, au niveau
II (Bronze ancien I). À Arad, la terre battue est associée, dans certaines maisons, à des
galets et le tout est recouvert d’un enduit. À Jebel Mutawwaq quand le rocher était
irrégulier, il était rempli avec de petites pierres et recouvert par un enduit gris-rouge de
chaux de mauvaise qualité qui malgré une certaine résistance se fissurait facilement657.
Les sols de terre battue pouvaient aussi être recouverts d’un enduit de chaux sur
toute la surface de la pièce ou plus ponctuellement comme à Tel Lod. À Tell es-
Sa’idiyeh, les sols sont recouverts d’un enduit de chaux blanche de 2-3 cm d’épaisseur.
À l’intérieur du Palais B1, la plupart des sols des pièces couvertes sont chaulés658.
Quand à la fois les murs et les sols sont chaulés, les constructeurs employaient des
techniques spécifiques pour assurer la jonction de l’enduit entre les deux. Ainsi, dans le
temple 4050 de Megiddo (niveau J-3), une rangée de pierres était posée sous le sol
chaulé, le long du bord du mur au niveau de la fondation. Elle servait à supporter le
bord du sol au niveau de sa connexion avec le mur659. Des techniques comparables ont
été décrites à Tell es-Sa’idiyeh et à Tel Lod.
152
sa couleur marron. Sous la couche de surface se trouvent quatre couches de couleur
blanchâtre et d’épaisseurs différentes. Chimiquement, leur composition est
pratiquement analogue. Elles ne se composent pratiquement que de calcite transformée
avec quelques éléments d’argile. L’argile étant très volatile, elle a pu se mélanger à la
calcite lors de sa préparation. Le tout a été chauffé à plus de 800° C.
&
Au Bronze ancien I, les maisons à double abside comportent des sols dallés et
des sols empierrés c’est-à-dire avec des ensembles de pierres de la taille d’un poing,
éparpillées uniformément et proches les unes des autres661. À Tel Teo, le sol est en terre
battue et les deux extrémités curvilignes sont pavées avec des grandes dalles662. Les
cours des temples des niveaux J-2 et J-3 de Megiddo sont pavées et certaines dalles sont
gravées (fig. 2, pl. 118)663.
Les sols peuvent aussi être partiellement ou entièrement pavés de galets. À Tel
Lod, les sols chaulés du niveau IVa sont à certains endroits recouverts de petits
galets664. Dans le sud de la pièce 1 de Tell el-Umeiri une surface est pavée de galets.
Cette pièce étant interprétée comme une étable, la surface pavée faciliterait l’entretien
du sol665. Ainsi, l’usage des galets au Bronze ancien II et III reste toujours ponctuel
comme à Tel Erani666.
Au Bronze ancien III, certaines cours des bâtiments non domestiques sont
pavées de galets, comme celle du Bâtiment aux cercles de Beth Yerah667 et les cours du
Palais 3177 de Megiddo. Les galets mesurent rarement plus de 8 cm et sont enchâssés
dans un enduit blanc (fig. 3, pl. 123). À Megiddo, il y en a notamment dans les pièces 6,
660
Communication personnelle de L. Regev.
661
Kempinski & Niemeier, 1991, fig. 3, 4.
662
Eisenberg & al., 2001, p. 39-46.
663
Aharoni, 1993, p. 1005 ; Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 50-53.
664
van den Brink, 2002, p. 287-288.
665
Harrison, 1997, fig. 5.12a, 5.12b.
666
Kempinski & Gilead, 1991, p. 175.
667
Mazar, 2001, p. 449.
153
9 et le passage 2668. À Tel Yarmouth, les sols des courettes intérieurs des Palais B1 et
B2 sont entièrement pavés de galets calés dans un mortier de chaux. Les galets sont
calibrés. Dans le Palais B1, ils mesurent en moyenne 5 à 6 cm de long669. Ces pavages
de galets reposent sur un radier de pierre qui recouvre un petit remblai de terre.
Les sols peuvent aussi être pavés de matériaux plus insolites comme des briques
ou des tessons. Ainsi, le sol d’une pièce recouverte de grains calcinés de Khirbet el-
Mahruq était pavé de briques (fig. 4, pl. 114)670. À Aphek, au Bronze ancien II, le sol de
la pièce 495 (fig. 2, pl. 50) est constitué d’une couche de fragments de briques brûlées et
de petits galets de rivière (5-10 cm de diamètre) recouverte d’un enduit de chaux671. Les
sols de tessons sont également rares. Des exemples proviennent de Jéricho672, de
Bâb edh-Dhrâ’ (locus 22, XII.7)673, de Beth Shean (maison L 1887/1888, BA I) ou Tel
Lod (BA I)674. Le sol du Bâtiment aux cercles de Beth Yerah est réparé ponctuellement
avec des tessons de céramiques Khirbet Kerak675. Dans tous ces cas, le pavage de
tessons est toujours ponctuel, c’est peut-être un matériau utilisé seulement pour réparer
ou pour renforcer des zones précises.
En conclusion, plusieurs types de sols peuvent être employés dans une même
construction comme à Qiryat ‘Ata ou à Tel Erani, avec un mélange de sols en terre
battue, de dallages, de sols de galets et de sols chaulés. Ces différences de traitement
entre les pièces d’une même construction peuvent résulter des usages des pièces. Ainsi,
le sol des maisons ovales est souvent en terre battue, avec des zones pavées ou
chaulées : sans doute des zones d’activités. D’après les études ethnoarchéologiques
menées par C. Kramer en Iran, les types de sols sont en lien avec la destination de la
pièce. Ainsi, le sol de la pièce principale est bien aplani et parfois recouvert d’un enduit
ou passé à la chaux. Le sol des pièces de stockage est recouvert d’un enduit plus
grossier, fait d’un mélange de plâtre, d’argile et de paille. Le sol des étables n’est pas
travaillé, il est fait d’un mélange de déjections animales et de paille. De plus, la tradition
villageoise veut que les sols de la cuisine et de la pièce principale soient refaits tous les
ans. Cependant, les familles sans champs n’ont pas la possibilité de le faire aussi
souvent, car elles n’ont pas ou trop peu de paille nécessaire à la rénovation des sols.
Ainsi, la fréquence et la qualité des rénovations des sols reflètent dans une certaine
mesure les statuts économiques des habitants676.
668
Aharoni, 1993, p. 1005.
669
Miroschedji, 1993a, p. 839.
670
Eisenberg, 1993b, p. 931.
671
Kochavi, 2000, p. 134-139, fig. 9.66 : 1-6.
672
Garstang, 1936, pl. XLIX, fig. a.
673
Rast & Schaub, 2003a, p. 109-115.
674
Braun, 2004, p. 16-17.
675
Greenberg & Paz, conférence au 6ème ICAANE à Rome, 2008.
676
Kramer, 1979, p. 139-163.
154
'0 @ %
Selon R. Reich, le besoin de marches est aussi ancien que celui de bâtiments et
des marches devaient déjà être aménagées contre les murs de terrasses pour passer d’un
niveau à l’autre677. Ainsi, de nombreuses marches ont été aménagées dans les
constructions du Bronze ancien. Elles peuvent être en pierre, en pisé ou en briques. Les
marches en pierre sont très courantes, il y en a notamment sur le flanc des autels
circulaires retrouvés à Megiddo678 et Khirbet ez-Zeraqun679. Des marches en pierre
marquent l’entrée du Bâtiment aux cercles de Beth Yerah (fig. 2, pl. 37), comme celle
du Palais B1 de Tel Yarmouth (fig. 3, pl. 152). Sur ce site il y en a aussi entre certains
espaces du palais ainsi que dans de nombreuses maisons. Dans la pièce 1202 du quartier
G de Tel Yarmouth, il semble qu’un lien peut être fait entre l’absence de seuil et la
présence de marches. Seules les deux pièces 1202 et 716 semblent comporter des
marches. Elles se composent d’un assemblage de pierres plates appuyées contre un mur
et de qualité médiocre. Dans la pièce 1202, les marches ont un dénivelé de 0,26 m et
dans la pièce 716 de 0,32 m. Le même type de dispositif a été retrouvé en association
avec les deux seuils du « Bâtiment Blanc » dans le chantier C et dans le chantier H680.
Ainsi, si ces assemblages de pierres sont des marches, il faut envisager qu’il y avait un
seuil et des montants de portes entièrement aménagés dans la maçonnerie en brique des
murs. Il est aussi possible d’envisager que certaines pièces étaient accessibles par le toit.
À Tel Qashish, au niveau XI (BA III), le sol des maisons se situait sous le niveau de la
rue et une à trois marches permettaient d’entrer dans les maisons (fig. 4, pl. 132)681. De
même dans les maisons ovales de Tel Teo, l’entrée du bâtiment 525 est marquée par un
seuil et une marche donne accès au sol situé en contrebas. Dans le bâtiment 542, une
marche plate était enterrée dans le sol de la cour devant le seuil, le sol de la maison se
situant 0,15 m sous la surface de la cour (fig. 2, pl. 146)682.
Les marches en terre sont rares. À Tell es-Sa’idiyeh, l’accès à la pièce B se fait
au moyen de trois marches reposant sur une fondation de tessons (fig. 3, pl. 37).
Cependant, la plupart des marches en terre sont faites avec des briques. Ainsi, toujours à
Tell es-Sa’idiyeh, cinq marches en briques conduisent à une plate-forme683. Dans le
bâtiment A de Bâb edh-Dhrâ’, lors de la seconde phase d’occupation, la partie nord du
bâtiment est surélevée et un escalier de briques est construit pour passer d’un espace à
l’autre. Il se compose de trois rangées de briques orientées est-ouest. Il s’étend sur toute
677
Reich, 1992, p. 14.
678
Aharoni, 1993, p. 1006.
679
Genz, 2002, p. 95.
680
Miroschedji, 1988a, pl. VI : 5.
681
Ben-Tor, Bonfil & Zuckerman, 2003, p. 72-77.
682
Eisenberg & al., 2001, p. 39-46.
683
Tubb, 1988, p. 50-55, fig. 27.
155
la largeur du bâtiment. Les trois marches sont dissymétriques. La rangée la plus au sud
(locus 10) se compose d’une seule rangée de briques alors que la rangée juste au dessus
se compose de trois assises, mais seules deux assises se situent au-dessus du niveau de
la première marche. La troisième marche (locus 12) se compose de deux assises de
briques plus larges684.
La question des escaliers est plus problématique. Leur existence en Palestine est
déjà connue de longue date, comme l’atteste l’escalier retrouvé dans la tour néolithique
de Jéricho685. Mais il semblerait que peu d’exemplaires aient été identifiés au Bronze
ancien et les mieux documentés restent les escaliers monumentaux construits à ciel
ouvert dans les rues. Ainsi, à Dothan, près des fortifications (W445) un escalier
monumental a été partiellement dégagé (fig. 1, pl. 37). Il se compose de 17 marches de
0,30 m de large et 0,14 m de profondeur moyenne. Le sommet de l’escalier mesure
4,5 m de large et il s’élargit à 6 m à sa base. Il semble conduire à une allée dallée de
1,80 m de large, encore visible en coupe et associée à une rampe de 1,30 m de
hauteur686. Cet escalier semble être une des entrées dans la ville au Bronze ancien II ou
III. Un escalier monumental a également été dégagé à Megiddo, au niveau XV (3160)
(fig. 1, pl. 121). Cette construction comprend deux volées de marches. Les fouilleurs
pensent que cet escalier servait pendant les festivités et les rituels et qu’il conduisait
vers l’enceinte sacrée des temples et l’autel circulaire687. Des escaliers monumentaux
ont également été retrouvés à Hébron et à Tell el-Fârǥah où un escalier mène au sommet
du rempart B688.
684
Rast & Schaub, 2003a, p. 328-334.
685
Kenyon, 1981, pl. 9-11, 244.
686
Master, Monson & al., 2005, p. 32-34.
687
Loud, 1948, p. 73-76.
688
Vaux, 1962, p. 228.
689
Aurenche, 1977, p. 83.
690
J.-C. Margueron, cours à l’EPHE 2008/2009.
156
échelle en bois, et s’il y a une cage d’escalier, c’est qu’elle mène invariablement à un
étage.
La question des escaliers est donc liée à celle de l’existence d’un étage. Jusqu’à
présent seuls les archéologues travaillant à Khirbet el-Batrawy ont affirmé avec
certitude avoir trouvé un escalier dans un bâtiment daté du Bronze ancien IIIB691.
Cependant, comme son plan n’a encore été publié, il est difficile de vérifier cette
affirmation. Autrement, les indices pouvant indiquer la présence d’un étage sont
indirects. Ainsi dans le Palais B1 de Tel Yarmouth, P. de Miroschedji pense avoir
identifié des bases d’escaliers là où se trouvent d’importantes masses de maçonnerie qui
forment des buttes dans les loci 1585 (carrés R 30) et 2015 (carrés T 36-38) (pl. 151)692.
De ce fait, une partie du palais aurait été surmontée d’un étage. Une autre zone serait
susceptible d’avoir un étage les carrés Q-T 24-27. À cet endroit, les murs de pierre
atteignent jusqu’à trois mètres de hauteur et le remplissage des pièces indique qu’elles
avaient une superstructure en brique693.
L’analyse des plans peut également permettre d’identifier des pièces qui ont pu
servir de cage d’escalier. Typique de l’architecture syro-mésopotamienne, ce type de
pièce se caractérise par un plan long et étroit. Malheureusement, aucun cas n’a été
identifié avec certitude dans les constructions palestiniennes. Seul dans le Palais 3177
de Megiddo, quelques marches ont été identifiées dans le couloir n° 2 et la pièce n° 14
longue et étroite, semble avoir la configuration adéquate (pl. 122).
La présence d’escaliers et donc d’un étage peut être indiquée par la présence de
plusieurs couches de poteries superposées, l’épaisseur importante des murs ou la
présence de beaucoup de débris dans une zone. Par exemple à Khirbet el-Mahruq, deux
niveaux de sols ont été retrouvés superposés, ils étaient séparés par une couche de
briques et sur chacun des niveaux se trouvaient des assemblages de céramiques
contemporaines694. À Horvat Illin Tahtit à la fin du Bronze ancien I (niv. III), des
indices provenant du remplissage et de la stratigraphie indiquent que certaines
constructions possédaient un second étage695. De la même façon, selon A. Mazar, la
présence de nombreuses bases de poteaux dans le bâtiment M3 de Beth Shean pourrait
indiquer la présence d’un étage. D’autant que le sol de la pièce était recouvert d’une
couche de destruction d’1,20 m d’épaisseur et que cette même couche était beaucoup
plus fine dans les pièces adjacentes696. Cependant, les couches de tessons peuvent aussi
691
Nigro, 2007b, p. 353.
692
Miroschedji, 2003, p. 161*.
693
Miroschedji, 1993a, p. 838.
694
Eisenberg, 1993b, p. 931.
695
Braun, 2008a, p. 1790.
696
Mazar & Rotem, 2009, p. 133-135.
157
provenir d’un toit-terrasse qui aurait servi de zone d’entrepôt et pas forcément d’un
étage.
Ainsi, la présence d’un étage dans l’architecture du Bronze ancien reste encore
difficile à démontrer. Il semblerait qu’il y avait essentiellement des petites marches qui
permettaient de rentrer dans l’intérieur des pièces. En effet, le sol des maisons est
souvent enterré et le niveau de la rue devait monter progressivement en raison d’un
important taux de sédimentation. Les marches étaient alors nécessaires pour pouvoir
accéder aux pièces couvertes. Enfin, il ne faut pas oublier toutes les activités qui se
déroulaient sur les toits plats (couchage, artisanat, séchage) qui peuvent être considérées
comme de véritables étages.
697
Alm, 1996, p. 221.
698
Ilan, 2001, p. 330-334.
699
Aurenche, 1977, p. 31.
700
Vaux & Miroschedji, 1993, p. 436.
158
général, des banquettes intérieures contre un, deux ou trois murs (fig. 1, pl. 140)701.
Dans le Palais B1 de Tel Yarmouth, la salle hypostyle et le hall de réception sont
équipés de longs bancs, tout comme la salle à piliers du bâtiment niveau M-3 de Beth
Shean.
La plupart des bancs possèdent une armature faite de petites pierres calées dans
un mortier de terre. Les bancs pouvaient aussi être recouverts d’enduit comme à Kabri,
où un banc recouvert de chaux de 0,50 m de large a été retrouvé contre le mur 805. Il y
a aussi quelques cas de bancs en briques, comme à Beth Yerah ou à Lod où le banc du
bâtiment chantier D mesure 0,36-0,45 m de large702. À Arad, les bancs trouvés dans les
pièces principales sont en pierres. Ils mesuraient 0,30-0,40 m de haut et 0,20-0,40 m de
large703.
Les bancs sont en général bas, entre 0,20 et 0,50 m au-dessus du sol, leurs
dimensions dépendent de leur usage. En effet, ce paragraphe regroupe des constructions
qui semblent identiques d’un point de vue structurel, mais qui d’un point de vue
fonctionnel n’avaient pas le même usage. Les banquettes ont ainsi pu servir de siège, de
lit, de zone de rangement, d’espace de travail, base de foyer. Tout dépend de leurs
dimensions, de leur localisation et des installations qui leur sont adjointes. De ce fait, les
longs bancs présents dans les salles de réception du Palais B1 de Tel Yarmouth, près de
l’entrée étaient certainement des installations destinées à servir de siège aux visiteurs.
Mais dans des contextes domestiques, comme à Khirbet el-Mahruq, la banquette du
chantier C (niveau IV) retrouvée recouverte de tessons de céramiques, devait servir de
rangement704. À Arad, toutes les maisons comportent des bancs (fig. 1, pl. 53). Selon
O. Ilan, ils servent plus d’étagères que de siège car des céramiques de petites et
moyennes dimensions ont été retrouvées dessus ou dessous. De plus, d’après l’exemple
des populations arabes vivant dans la région des collines au sud d’Hébron, les nattes de
couchage sont stockées sur les bancs le jour et dépliées sur le sol la nuit705.
Enfin, les bancs peuvent avoir plusieurs usages comme le banc retrouvé dans le
locus 420 de Jéricho. Il longe tous les murs et au nord-ouest et il est élargi pour former
une banquette de 1,60 m de large comportant des cupules706.
701
Miroschedji & Sadek, 2000, p. 99.
702
Lass, 2006, p. 51.
703
Ilan, 2001, p. 327.
704
Eisenberg, 1993b, p. 931.
705
Ilan, 2001, p. 327.
706
Sala, 2007a, p. 61-63.
159
( A*
Les plates-formes – à la différence des bancs – peuvent avoir plusieurs
formes : ronde, rectangulaire, en quart de cercle... Elles peuvent être construites dans les
pièces couvertes, dans les cours et parfois entre les habitations. À Arad les plates-
formes ont surtout été retrouvées dans les cours. Malgré une grande variété de taille et
de forme, elles sont toutes construites de la même façon avec un mur bas en pierre
contenant un remplissage de petites pierres avec ou sans terre. Elles mesurent en général
0,20-0,30 m de haut. Les plates-formes situées à l’intérieur sont le plus souvent situées
dans les angles, elles sont alors en quart de cercle. Dans les cours, elles sont appuyées
contre les murs et sont de forme carrée ou semi-circulaire.
Les plates-formes comme les bancs ont dû avoir de multiples usages. Dans la
pièce 100 de la maison H14 (fig. 2, pl. 94) de Tell el-Fârǥah, une plate-forme basse
occupe la largeur entière du côté oriental de la pièce et un foyer ( ?) fait d’une grande
pierre plate entourée de petites pierres est posé dessus707. À Beth Yerah, chantier MS,
niveau 5 (BA III) un four était enchâssé dans une plate-forme en pierre. Il renfermait
des cendres, des os brûlés ainsi que des tessons carbonisés708. Les comparaisons
ethnographiques suggèrent que ce sont des zones de travail, particulièrement
lorsqu’elles se situent à l’extérieur. Elles peuvent aussi servir de bases de silos pour des
superstructures en briques. En Syrie et dans les villages de la région d’Hébron, elles
servent de support à des petites cages d’animaux ou pour poser de la nourriture,
s’asseoir, cuisiner, manger ou dormir en été709.
707
Vaux, 1948, p. 548-549, pl. X ; 1955, p. 548 ; Bonn Greenwald, 1976, p. 133-134.
708
Maisler & alii, 1952, p. 170-175.
709
Ilan, 2001, p. 327.
710
Arnon & Amiran, 1993, p. 874.
160
zone de travail711. Ce type d’installation est aussi présent à Arad et à Tel Halif (fig. 3,
pl. 98).
711
Amiran & Ilan, 1993, p. 939.
712
Golani, 2003, p. 16.
713
Beit-Arieh, 2003, p. 103.
714
Communication personnelle de P. de Miroschedji.
161
6 @& * &
Certaines installations sont creusées dans le sol des bâtiments.
Le silo est un « dispositif fixe destiné à la conservation des matières
périssables »715. Il peut être creusé ou construit sur le sol, à l’intérieur ou hors des
bâtiments. C’est une installation isolée destinée à la conservation des matières
périssables comme le grain (pl. 38, 39).
Malgré les nombreuses mentions de silos dans tous les sites et à toutes les
périodes du Bronze ancien, peu de mesures exactes et de descriptions précises ont été
relevées. Le silo étant une découverte archéologique courante, les fouilleurs
mentionnent simplement son existence sans plus de détails. Ainsi, d’après les
informations collectées, la plupart des silos semblent avoir un diamètre compris entre 1
et 3 m. Cependant, un silo du chantier J d’Afridar a été particulièrement bien décrit
(fig. 3, 4, pl. 59). Daté du Bronze ancien I, il est en forme de tonneau (L105, W107). Il
est construit dans une fosse d’environ 4 m de diamètre creusée dans du sable compacte
(L110). Son diamètre interne au niveau du sol est de 2,20 m, puis à 1 m au-dessus du
sol, il s’élargit à 2,40 m. Le diamètre externe de la partie supérieure du silo est de
3,50 m. Le silo est composé de briques préservées sur douze assises, soit sur 1,30 m de
hauteur716. Le mur du silo (W107) mesure environ 0,50 m de large, il est aussi large que
la longueur des briques. La capacité de stockage du silo est estimée à environ 5 m3. Les
fouilleurs pensent que la partie supérieure du silo était probablement un dôme. Des silos
de même type ont été trouvés sur des sites du Bronze ancien I comme Palmahim Quarry
(fig. 2, pl. 128) et Lahav717. À Palmahim Quarry, au Bronze ancien I, au moins six silos
ont été dégagés entre les maisons. Leur diamètre interne varie entre 0,60 et 3,75 m et
leur diamètre externe entre 2,10 et 5,62 m. Ces variations relativement importantes de
taille peuvent refléter des différences de statut entre les habitants, ou des différences de
biens stockés. Il faut noter qu’à Palmahim Quarry, le grand bâtiment n° 9, sans doute
réservé au stockage, se situe à proximité immédiate des maisons. Il y a donc plusieurs
stratégies de stockage simultanées : collectives et individuelles.
Les silos sont le plus souvent creusés dans le sol. Leurs parois sont alors
tapissées d’argile, comme à Bâb edh-Dhrâ’, ou de briques et de pierres comme à
Beth Shean, Beth Yerah718 ou Mezer (silo B12). À Horvat Illin Tahtit, il y a également
715
Aurenche, 1981, p. 257.
716
Baumgarten, 2004, p. 161.
717
Braun, 1991, fig. 19-20.
718
Maisler & alii, 1952, p. 168-169.
162
des silos creusés et tapissés de pierre mesurant un mètre de diamètre719. À Ashkelon-
Barnea, site de la plaine côtière occupé au Bronze ancien I, de nombreux silos tout en
briques ont été fouillés. Au niveau III, dans le chantier A, un silo de 3,50 m de
profondeur se compose de briques crues recouvertes d’un enduit de chaux. Au niveau II,
dans le chantier A, un second silo légèrement plus grand vient s’appuyer sur le silo du
niveau III (fig. 1, pl. 61). Ses briques sont préservées sur sept assises de hauteur. De
nombreux noyaux d’olives et des graines ont été trouvés à l’intérieur720. À Tell es-
Sakan, les silos sont aussi pavés de briques de format égyptien721.
Les silos peuvent également être construits au-dessus du sol. Ainsi à Ai, des
installations dallées de pierres plates de forme carrée ou semi-circulaire sont posées à
même le sol. Leur dimension moyenne est de 0,70 x 0,70 m. J. A. Callaway suppose
que ce type d’installation a servi de base de silos à grain, avec une superstructure en
briques722. Une très grande base de silo en pierre a également été dégagée dans l’angle
sud de la cour principale du Palais B1 de Tel Yarmouth (fig. 1, pl. 150). Formée de
grandes dalles, cette base possède un diamètre interne de 2,40 m. Ces dimensions
importantes sont à mettre en relation avec le caractère du bâtiment qui devait posséder
de nombreuses solutions de stockage723.
Les silos peuvent se situer entre les habitats comme à Palmahim Quarry, Jéricho
(fig. 2, pl. 104) ou Beth ha-Emeq, au Bronze ancien I724, mais ils peuvent aussi se
trouver dans les cours ou dans les pièces couvertes. Au Bronze ancien II à Arad, des
silos sont construits dans les angles des pièces et des cours. Leur surface affleure au
niveau du sol725. À Beth Yerah, au niveau 9 du chantier MS, l’angle de la pièce nord est
occupé par un silo dallé de pierres, de 0,70 m de profondeur726. À Tell el-Fârǥah, les
silos ont plutôt tendance à se trouver dans les cours727. Enfin, il y a aussi des silos dans
les habitats troglodytiques comme dans la grotte 1558 de Lachish728.
719
Braun & Milevski, 1993, p. 10.
720
Golani, 2007, fig. 2-3.
721
Miroschedji & Sadek, 2000, p. 99.
722
Callaway, 1980, p. 71-72.
723
Miroschedji, 2006, p. 66.
724
Givon, 1993, p. 1.
725
Ilan, 2001, p. 327.
726
Maisler & alii, 1952, p. 168-169.
727
Vaux & Miroschedji, 1993, p. 436.
728
Bonn Greenwald, 1976, p. 127.
163
5 &
Les fosses, cupules ou cupmark en anglais sont des petites dépressions creusées
dans le sol ou taillées dans le rocher. Très courantes au Chalcolithique où elles peuvent
être présentes par centaines sur un même site comme à Modiin729, on les trouve encore
dans les sites du Bronze ancien. De tailles variables, leurs usages restent bien souvent
totalement inconnus.
À Arad, les cupules sont aussi présentes dans les habitats construits. Elles sont
englobées dans des petites surfaces pavées de 0,50 x 0,60 m, densément remplies de
galets et recouvertes d’enduit. Elles ont été retrouvées au centre des pièces principales et
près des bases de poteau. Leur centre comporte un trou de 0,10-0,12 m de diamètre et de
0,07-0,10 m de profondeur. Des installations comparables ont été retrouvées dans des
pièces subsidiaires et plus rarement dans les cours et les espaces ouverts. Des cupules
chaulées ont aussi été identifiées dans les quartiers G et H de Tel Yarmouth. Elles
mesurent en moyenne 0,26 m de diamètre, ce qui pourrait correspondre au diamètre de
la base de diverses formes de céramique comme les pithoi ou les jarres (avec ou sans
col). Trouvées près des foyers, O. Ilan suppose qu’elles servaient à poser les pots sortis
du feu734. Les cupules ont aussi pu servir de mortier intégré directement dans le sol des
habitats, cependant un tel usage paraît peu pratique.
729
Communication personnelle de E. van den Brink.
730
Bonn Greenwald, 1976, p. 150.
731
Dever, Lance & Wright, 1970, p. 20-30.
732
Amiran, 1978, p. 17-18, pl. 135 : 2, plan 175.
733
Baumgarten, 2004, p. 161.
734
Ilan, 2001, p. 328.
164
Les aménagements creusés dans le sol et regroupés ici sous le terme de cupule
recouvrent certainement plusieurs types d’aménagements. Malheureusement, leurs
usages restent encore inconnus.
Des jarres sans col complètes ont aussi été utilisées à Tel Yarmouth (chantier G).
Dans le bâtiment 1 de Qiryat Ata (niveau III), la jarre sans col a été retrouvée placée
dans une dépression du sol, penchée et calée par des petites pierres740.
Des pithoi étaient aussi employés. Le pithos en tant que grande céramique est la
vaisselle de stockage par excellence. De plus, il possède une ouverture large et un col
qui permet de tendre un tissu ou une peau dessus, afin de le fermer. À Ashkelon-Barnea,
735
Conférence de M. Chesson au 6ème ICAANE à Rome, 2008.
736
Marchetti & Nigro, 2000, p. 22.
737
Vaux, 1961, pl. XXXIV.
738
Betts, 1991, p. 32-36.
739
Vaux, 1947, p. 424-434 ; 1948, p. 551, pl. XI.
740
Golani, 2003, p. 22-23.
165
un pithos était enchâssé dans le sol du chantier H, niveau III741. Le même type de
dispositif a été identifié dans le chantier DD de Tell es-Sa’idiyeh. Au niveau L3 dans la
zone DD 500, quatre grands pithos enterrés ont été dégagés. J. Tubb pense qu’ils
servaient au stockage de matériaux secs comme le grain, la farine ou même le sel742.
Des pithoi en contexte domestique ont aussi été identifiés dans six pièces du chantier G
de Tel Yarmouth (712, 713, 721, 744, 780, 1202) (pl. 156). Ils ont aussi pu servir à
stocker de l’eau au frais dans le sol. Le système est aussi employé dans le Palais B1.
Les bassins enterrés ont été retrouvés à Tel Yarmouth à la fois dans le Palais B1
et dans les quartiers domestiques C, G et H743.
Ainsi, les usages réels des céramiques sont encore méconnus. Elles ont pu servir
à stocker des liquides ou des grains.
<5 4 *
Le foyer est un dispositif de cuisson ouvert alors que le four est un dispositif de
cuisson fermé.
5 4
Les foyers servent à cuisiner, à chauffer une pièce ainsi qu’à l’éclairer. Ils se
composent d’un emplacement où se trouve le combustible et d’un dispositif permettant
de poser par-dessus le récipient de cuisson. Ce dernier peut être fixe ou mobile. Deux
types de foyers sont répertoriés : les foyers enterrés et les foyers construits (pl. 41).
Dans les deux cas une installation secondaire délimite ou protège la zone de
combustion. L’installation est susceptible de prendre diverses formes : carrée,
rectangulaire, circulaire, semi-circulaire, en forme de fer à cheval...744.
Dans les zones qui privilégiaient l’usage de la brique comme la Plaine côtière,
les foyers ont également tendance à être en briques comme à Tell es-Sakan745.
Cependant même dans certains sites presque entièrement conçus en briques, les
constructeurs pouvaient réaliser des foyers en pierres. À Bâb edh-Dhrâ’, un foyer du
chantier XII se compose de pierres de taille moyenne à grande, lisses, disposées en
cercle et accompagnées d’un sol pavé de tessons (locus 22, XII.7)746. Plusieurs types de
pierres peuvent être employés mais les plus courants sont le calcaire (Ai), le basalte
741
Golani, 2007, fig. 9, 11.
742
Tubb, 1988, p. 57, fig. 37, 38.
743
Communication personnelle de P. de Miroschedji.
744
Aurenche, 1977, p. 90.
745
Miroschedji, 2000b, p. 31.
746
Rast & Schaub, 2003a, p. 109-115, fig. 6.6.
166
(Tell el-Umeiri747, Tel Yarmouth) et le silex. À Arad, les constructeurs privilégiaient le
silex car c’est un meilleur conducteur de chaleur que le calcaire ou la craie748.
De nombreux foyers sont de forme plus ou moins circulaire. Ainsi, à Tell es-
Sakan, ils mesurent entre 0,30 m et 0,40 m de diamètre et environ 0,40 m de
profondeur. Ce sont des foyers de type égyptien749. Dans le quartier G de Tel Yarmouth,
deux types de foyers circulaires ont été identifiés. Leur diamètre moyen se situe entre
0,50 et 0,60 m. Le premier type se compose d’une petite dépression creusée dans le sol
et entourée de pierres posées (locus 712). De plus, le foyer se situe à proximité d’une
surface de cailloutis et d’une cupule chaulée. Ces aménagements ont pu servir à poser
des céramiques chaudes. Le deuxième type de foyer possède une excavation creusée
plus profondément dans le sol et dallée de pierres de basalte (loc. 780 et 763). À Arad,
le diamètre moyen des foyers est de 0,40 m. Ils sont utilisés en plaçant le combustible
sur une dalle surmontée soit de deux pierres posées de chant, soit de plusieurs pierres
sur lesquelles était calé le pot750. À Ai, les foyers sont plus grands et entourés d’un
muret bas en pierre. Ils sont de forme circulaire, semi-circulaire ou rectangulaire. Les
dimensions des foyers circulaires sont de 1,40 m de diamètre, celles des foyers semi-
circulaires sont de 1,50 x 1,80 m et celles des foyers rectangulaires sont de 1,50 x 1,90
m. Plusieurs pots pouvaient être chauffés simultanément sur des installations d’une telle
dimension751. Un type d’installation similaire de trouvait à Tell el-Fârǥah (BA II), on
peut les assimiler à des cuisines752.
747
Harrison, 1997, fig. 5.40, 5.41.
748
Ilan, 2001, p. 327.
749
Miroschedji, 2000a, p. 31.
750
Ilan, 2001, p. 327.
751
Ilan, 2001, p. 330-332.
752
Miroschedji, 1976, p. 93-94.
753
Fernandez-Tresguerres Velasco, 2005, tabl. 1, p. 368.
167
5
Les fours sont beaucoup plus rares que les foyers. Seuls quelques exemples ont
été identifiés et le plus souvent, leurs fonctions restent inconnues. De ce fait, à quelques
exceptions près, il reste impossible de préciser leur usage exacte : fours à pain, à
céramique, à métaux, à chaux…
Les fours peuvent aussi se trouver dans les espaces communs. Ainsi, à Tel Teo,
l’espace situé autour des maisons à double abside semble avoir servi de cour pour tous
les habitats et il comportait un four (fig. 2, 4, pl. 146)757.
À Tell el-Fârǥah un four de potier a été dégagé dans le locus 271 (pl. 42). Le
sommet du four a été entamé par des constructions du Bronze récent, mais sa partie
inférieure est intacte. R. de Vaux en donne une description précise : « Autour de la sole,
subsiste l’amorce des parois de la chambre de cuisson, ce sont des briques d’argile… la
sole est en argile sur blocage de pierre, que soutient un pilier centrale. Elle est percée de
cinq carreaux de 0,20 m de diamètre, espacés de 0,60 m environ, d’axe à axe. Quatre
754
Yannai, 2006, plan 3.2.
755
Nigro, 2007b, p. 353 ; Nigro (ed.), 2008, p. 158-160.
756
Braun & Milevski, 1993, p. 11.
757
Eisenberg & al., 2001, p. 39-46.
758
Baumgarten, 2004, p. 167-169.
168
d’entre eux s’ouvrent près des parois, le cinquième vers le centre, près du pilier. Sous la
sole et autour du pilier central, la chambre de chauffe s’élargit de bas en haut, avec des
parois incurvées comme un grand bol. La différence de niveau entre la sole et le fond
est de 1,09 m »759. Les pierres utilisées sont du calcaire dur. Afin d’empêcher leur
transformation en chaux lors de la cuisson des céramiques, elles sont recouvertes d’un
enduit d’argile refait régulièrement.
La cour du Bâtiment aux cercles de Beth Yerah possède aussi trois fours à
céramique, dont deux d’entre eux se situent côte à côte, juste dans l’entrée. Ils sont
construits de façon à ne pas gêner le passage. La zone des deux fours est séparée
délibérément de l’entrée de la cour par deux pierres allongées. Le troisième four se situe
dans l’angle sud-ouest de la cour, dans une niche étroite entre les marches en pierre, en
face du mur de clôture760.
À Horvat Ptora, le niveau 2 contenait un petit four servant à fondre du métal qui
contenait encore des restes de cuivre761.
En conclusion, les fouilles n’ont permis de retrouver que très peu de fours de
potiers et aucun four à chaux n’a été identifié. Il est possible qu’au Bronze ancien, les
productions de céramiques et de chaux aient été encore largement réalisées avec des
foyers ouverts.
B %"
L’eau de pluie doit être stockée pour constituer des réserves indispensables à la
vie des populations. Dans quelques sites des réservoirs apparemment ouverts ont été
identifiés. À Tel Qashish, dans une des pièces du niveau XII, le sol était pavé et
recouvert d’une couche de craie concassée à l’apparence d’un béton imperméable. Les
759
Vaux, 1955, p. 559.
760
Mazar, 2001, p. 440-450.
761
Gorzalczany & Baumgarten, 2005.
762
Tsuk, 1997b, p. 422.
169
fouilleurs pensent que la zone était un réservoir d’eau, car tous les tessons trouvés à
proximité étaient recouverts d’une patine vert-jaune sans doute due à leur présence dans
un environnement très humide763. Au niveau II de Bâb edh-Dhrâ’, dans le chantier III,
une installation composée d’une cuvette entièrement chaulée a été dégagée (fig. 1, 2,
pl. 66). Elle est de forme rectangulaire avec des angles arrondis. Ses parois sont en
partie creusées dans le sol et en partie construites avec des pierres. Deux couches de
chaux tapissent toute sa surface et la moitié du côté nord de l’installation était ouvert.
Elle a pu servir de citerne764.
Dans le chantier K de Ai, une fosse de stockage de l’eau, datée du Bronze ancien
III A a été dégagée. Le réservoir a été construit à l’intérieur du rempart, près de la porte
de l’angle. Il est ouvert, réniforme et construit au-dessus du niveau du sol. Il mesure
25 m de large et 2,50 m de profondeur. Sa capacité de stockage a été estimée à plus de
1 800 m3 d’eau. Il a été conçu pour récupérer les eaux de pluie de la ville haute. Un soin
particulier a été apporté à sa construction. Le pavement en pierre du bassin repose sur
une couche hamra (argile rouge) mélangée à un dégraissant de paille qui le rend
pratiquement imperméable. De grandes pierres étaient incluses dans la couche d’argile.
La profondeur du bassin n’est pas la même partout, elle suit la remontée de la roche
mère. Le réservoir complète les apports en eau des deux sources voisines el-Jaya et Ai.
Il y avait aussi probablement d’autres réservoirs d’eau, car d’autres portes comme celles
du chantier J comportaient des canaux de drainage765.
Enfin, si les puits sont attestés en Palestine dès le Néolithique (Shaar Ha-Golan,
Tel Tzaf) aucun exemple n’est connu au Bronze ancien.
" "
Dans certaines régions du Levant sud comme le Carmel et la haute Galilée, il
peut tomber jusqu’à 1 400 mm de précipitations annuelles et entre 1 000 et 1 100 mm
sur la plaine côtière, lors d’une année humide766. La région connaît aussi la neige
certaines années767. La prise de mesures de protection contre les inondations et les eaux
de ruissellement était donc indispensable lors de la construction.
Dans une maison urbaine, l’eau tombée sur le toit s’écoule dans la rue ou dans la
cour, cela nécessite donc la mise en place d’un système d’évacuation pour protéger
l’intérieur des pièces. Une de ces mesures consiste à construire des seuils surélevés pour
empêcher l’eau d’entrer dans la maison. En effet, protéger l’intérieur des pièces du rez-
763
Ben-Tor, Bonfil & Zuckerman, 2003, p. 67.
764
Rast & Schaub, 2003a, p. 354.
765
Callaway, 1993, p. 43.
766
Yair & Garti, 1997, fig. 7, p. 138.
767
Foucault-Forest, 1997, p. 156-157.
170
de-chaussée est vital, car elles contiennent les réserves alimentaires. Puis l’évacuation
se fait vers un égout, la rue ou vers un puisard. Sans système d’évacuation l’eau reste
prise au piège et endommage les murs. Ces problèmes d’évacuation des eaux de pluie
expliquent le fait que la cour ne soit pas une évidence en milieu urbain, car elle
représente un risque architectural. Ainsi, dans de nombreux cas les maisons n’ont pas de
cours intérieures. On les retrouve plutôt dans les bâtiments de prestige comme les palais
(Tel Yarmouth, Megiddo). Leur sol est alors dallé. Il y en a aussi dans les habitats
barlongs comme ceux d’Arad car ils ne sont pas accolés les uns aux autres.
Dans les villages du Bronze ancien I, des systèmes d’évacuation ont été
identifiés. Par exemple à En Esur, à l’ouest du mur 114 se trouve le mur 113 et entre
eux se trouve un caniveau dallé d’environ 0,30 m de large et 0,10 m de profondeur772. À
Tel Teo, le caniveau 518 mesure 0,70-0,80 m de large pour 0,20 m de profondeur
(fig. 2, pl. 146). Il est tapissé de pierres et servait à récolter et canaliser les eaux. Sa
construction permettait de canaliser les inondations saisonnières773. Dans les sites
fortifiés du Bronze ancien II et III, des canalisations sont aussi aménagées. À Tell el-
Fârǥah, les eaux de ruissellement sont canalisées le long d’une pente pavée vers le nord-
ouest. Un autre drain, L. 367 (pl. 93), canalise les eaux de pluie depuis la zone
768
Cours de J.-C. Margueron à l’EPHE, 2008/2009.
769
Greenberg & alii, 2006, p. 121-122.
770
Miroschedji, 2003.
771
Cours de J.-C. Margueron à l’EPHE, 2008/2009.
772
Yannai, 2006, p. 34-42.
773
Eisenberg & al., 2001, p. 39-46.
171
résidentielle vers la rue qui court parallèlement au mur de fortification774. Ainsi, la
topographie et les rues jouent un rôle essentiel dans le drainage des eaux de pluies. Il est
même possible que les circulations soient conçues dans ce but dès la création des
établissements. Des canalisations sont également aménagées près des remparts pour
empêcher l’eau de stagner contre les murailles. À Tel Qashish les constructeurs ont
aménagé deux tunnels de drainage dans la fortification, afin de gérer l’évacuation des
eaux de pluies dans la partie la plus basse du site,. Le premier tunnel mesure 0,60 m de
large, il a été réalisé en même temps que le rempart, à la différence du second tunnel, de
forme biscornue, qui est plus tardif775.
Enfin, certains sites comme Arad se trouve sur une colline de craie éocène
imperméable qui possède une configuration en forme de cuvette, avec des bords hauts et
un centre peu profond. Cette topographie particulière facilite un drainage maximal des
eaux vers le centre de la ville où se trouve un réservoir naturel de stockage des eaux de
ruissellement776. À Tel Yarmouth, le site s’étend aussi sur une colline naturelle
parcourue par une longue dépression centrale qui permet à l’eau de ruisseler vers un
même point bas (fig. 1, pl. 149)777.
Ces vestiges architecturaux qu’ils aient été construits au-dessus du sol ou qu’ils
aient été creusés, illustrent les deux principales problématiques liées à
l’eau : l’évacuation et le stockage. Que ce soit dans des villages du Bronze ancien I ou
dans des sites fortifiés du Bronze ancien III, ces deux actions sont essentielles à la
préservation des maisons et à la survie des populations. En outre, ces réalisations
architecturales requièrent un effort collectif. Alors que dans les villages, elles ne
reflètent pas forcément la présence d’une organisation sociale très hiérarchisée, dans les
villes, la conception de remparts avec une canalisation prévue d’avance reflète la
présence d’un constructeur qui a planifié soigneusement l’ensemble de la construction.
774
Ben-Tor, Bonfil & Zuckerman, 2003, p. 61.
775
Ben-Tor, Bonfil & Zuckerman, 2003, p. 61.
776
Aharoni, 1993, p. 75.
777
Communication personnelle de P. de Miroschedji.
172
& C
! D
Le Bronze ancien marque l’apparition de nouvelles méthodes de construction
liées à une évolution des besoins architecturaux et des types de constructeurs.
173
L’apparition de la brique n’est pas liée à une architecture particulière, ni à une
zone géographique spécifique. Sur le site de Jéricho, des briques étaient utilisées à la
fois dans les maisons circulaires semi-enterrées du PPNA et dans les maisons
rectangulaires du PPNB778.
O. Aurenche date l’invention de la brique aux alentours de 8 000 avant notre ère.
Les dernières recherches archéologiques ont montré que la brique n’est pas une
exclusivité du Levant. Elle apparaît simultanément dans plusieurs points du Proche-
Orient (Jéricho, Aswad, Nemrik, M’lefeet). O. Aurenche qualifie ce procédé
« d’universel ». Cependant, il distingue deux foyers de création : le Levant qui produit
des briques inférieures à 50 cm et la Mésopotamie qui produit des briques plus grandes,
jusqu’à un mètre de long.
778
Aurenche, 1993, p. 84.
779
Aurenche, 1993, p. 72-73 ; Kenyon, 1981, p. 114, 220, 295.
174
(9 500-8 700 avant notre ère). Les briques plano-convexes780 apparaissent avec des
impressions de doigts, apparemment faites pour faciliter l’insertion du mortier
interstitiel. Les dimensions des briques sont assez variables : leur longueur varie de 25 à
30 cm et leur épaisseur maximale est de 10 cm. La présence d’un dégraissant est
probable. Les briques reposent souvent sur un soubassement de pierre ou de galets.
D’après les illustrations, elles sont disposées en deux rangées parallèles dans les murs
des maisons. La technique du pisé coexiste avec celle de la brique. Dans les sites
levantins contemporains comme Gesher781 ou Netiv Hagdud, les murs sont aussi
réalisés avec des briques crues plano-convexes782. À Gilgal, il n’y a pas de briques, mais
il y a des « bandes d’argile » qui faisaient peut-être parties d’une structure de pisé783.
Dans le Levant central à Aswad, des briques plano-convexes avec des empreintes de
doigts ont également été mises au jour. En Mésopotamie, à Nemrik sur le Haut-Tigre,
plusieurs niveaux de maisons circulaires semi-enterrées ont été fouillés. Dans la phase
la plus ancienne, les murs sont en pisé de 20 cm d’épaisseur. Une des maisons a des
murs faits de briques en forme de « cigare » (dimensions moyennes : 51 x 12 x 6 cm)
recouvertes d’un enduit épais de 1 à 3 cm. Dans la phase plus récente, une maison a
aussi été construite avec un assemblage de briques et de pisé. À M’lefaat, il y a
également des maisons semi-enterrées de plan circulaire, réalisées avec des briques
crues en forme de cigare784. Elles font 70 cm de long, 15 à 18 cm de large et 6 cm
d’épaisseur. Elles portent des traces de doigts et sont plaquées contre les parois de la
fosse dans laquelle était implantée la maison.
Au PPNB (8 200-7 000 avant notre ère), les briques retrouvées à Jéricho ont des
dimensions apparemment plus standardisées, environ 40x15x10 cm. Elles portent
toujours des empreintes de doigts785. Elles sont disposées sur deux ou trois rangées dans
l’axe du mur (panneresses) avec, par intervalles ou aux jonctions des murs, une brique
posée perpendiculairement (boutisse). Dans d’autres cas, deux rangées sont disposées en
parement, avec un remplissage de briques et de terre786. Dans un silo, elles sont
disposées de chant. À la même époque, à Munhata, il y a des murs fait de briques de 30
à 50 cm de long, 30 cm de large et 5 à 6 cm d’épaisseur. Elles sont en marne blanchâtre,
liées par un mortier d’argile et disposées dans le sens de la longueur du mur787.
780
Kenyon, 1981, p. 51, 269, 287-288, pl. 152a, 44a, 300c.
781
Bar-Yosef & al., 1991, p. 421, 422.
782
Bar-Yosef & al., 1991, p. 408.
783
Noy, 1989, p. 334.
784
Kozlowski & alii, 1990.
785
Kenyon, 1981, p. 185, 247 ; Aurenche, 1993, p. 76.
786
Kenyon, 1981, pl. 116a, 170a.
787
Perrot, 1967, p. 6.
175
&)
Pour G. R. H. Wright, l’introduction de la brique marque un stade important
dans le développement des sociétés et l’invention de la brique moulée est liée à des
changements profonds du comportement humain788. Il y a un passage de la pensée en
conformité avec les formes curvilignes de la nature, à l’intellectualisation de l’espace
avec l’utilisation de la ligne droite et de l’angle droit. Le changement de la brique
modelée à la brique moulée est donc qualifié de révolutionnaire (fig. 1, pl. 15).
Au 6ème millénaire, l’usage de la brique moulée s’étend, elle est présente sur des
sites comme Bouqras, sur l’Euphrate. Les briques font 54 x 27 x 7 cm, elles sont
disposées en panneresse et boutisse. Les briques utilisées dans les soubassements et
celles des superstructures ont une composition différente. À Tel Ramad dans l’oasis de
Damas, donc plus proche de notre région d’étude, se trouvent également des briques
moulées (40 x 30 x 8 cm). Elles reposent sur un soubassement de pierres. Tel Ramad est
dans l’état actuel de la recherche, le site le plus méridional où des briques moulées
néolithiques ont été retrouvées790.
788
Wright, 2005, p. 99.
789
Aurenche, 1993, p. 80.
790
Stordeur, 2010.
176
E! D
Au Chalcolithique, sur la majorité des sites les murs sont composés d’un
soubassement en pierre et d’une superstructure en briques comme à Ghassul, Beersheba,
Gilat, ‘Ein Gedi ou Mezer (fig. 1, pl. 125). Cependant, il y a aussi des maisons faites
entièrement en briques sans soubassement en pierre à Ghassul, Afula ou entièrement en
pierre à Fasa’el, dans le Golan. Les briques sont faites à partir de terre locale séchée au
soleil. Elles sont de forme parallélépipédique. Modelées à la main, leur taille et leur
forme ne sont donc pas uniformes791. À Teleilat el-Ghassul, site très riche en matière
d’architecture, les murs ont une épaisseur moyenne de 0,50 et 0,70 m. Les briques sont
de forme irrégulière. Cependant, l’archéologue a constaté qu’elles avaient les faces et
les côtés aplanis laissant supposer l’usage d’un instrument rudimentaire. De nombreuses
briques portent encore les empreintes de doigt du briquetier. La grande majorité d’entre
elles sont de forme rectangulaire avec les coins écornés et quelques unes sont de forme
cylindrique. Quelquefois les faces des briques ne sont pas parallèles et la face supérieure
est légèrement bombée792. Quelques exemples de dimensions :
Les briques ne sont pas standardisées, mais elles sont toutes dans la même
échelle de dimensions. Elles sont relativement petites. La forme irrégulière des briques
de Ghassul nécessite l’emploi d’une importante masse de mortier entre les assises et
entre les briques pour pouvoir bien les caler.
Le cas de Tel Kitan est intéressant car le site est occupé de manière continue du
Chalcolithique au Bronze ancien et des incendies ont permis de préserver les briques
791
Porat, 1992, p. 43-45.
792
North, 1961, p. 34-35.
793
North, 1961, p. 34.
794
North, 1961, p. 34.
177
crues. L’étude des vestiges permet d’observer le passage entre les briques modelées à la
main du Chalcolithique et les briques moulées du Bronze ancien (fig. 3, 4, pl. 110). Les
murs du Chalcolithique sont en briques crues modelées à la main, posées en arrêtes de
poisson, avec beaucoup de mortier entre les briques. Dans certains cas, les murs en
briques reposent sur une fondation en pierre et dans d’autre cas les briques sont posées
directement sur le sol795. Au Bronze ancien I, les murs des maisons mesurent entre 0,60
et 0,70 m de large. Ils sont composés d’un assemblage de briques rectangulaires et de
briques carrées. Les briques rectangulaires mesurent 0,42 x 0,28 m. Les assises de
briques rectangulaires sont doublées de demi-briques qui mesurent 0,42 x 0,14 m. Des
briques carrées de 0,42 x 0,42 m se trouvent disséminées dans la construction, elles sont
toujours accolées à des demi-briques. Ainsi, le Bronze ancien I marque l’apparition de
la brique moulée disposée en carreaux. Le savoir-faire de la brique moulée semble
apparaître subitement avec toutes ses variantes comme la demi-brique, la brique
rectangulaire et la brique carrée. La situation au Levant n’est pas exceptionnelle car
dans le monde égéen, la brique moulée dans un cadre apparaît aussi au Bronze ancien.
Cependant les briques modelées à la main continuent à être utilisées conjointement avec
les briques moulées796.
Ainsi, c’est seulement à partir du Bronze ancien I que semblent apparaîtrent les
premières briques moulées au Levant sud. Le passage de la brique modelée, à la brique
moulée ne se fait pas toujours subitement au début du Bronze ancien I. Dans certains
sites, les fouilleurs ont observé un passage de relais entre les deux techniques avec
parfois des tentatives d’innovations qui n’ont pas perduré. Tout d’abord, quelques sites
comme à Abu edh-Dhahab, il est précisé qu’au Bronze ancien I, la superstructure du
mur était en briques de forme plano-convexe798. Dans d’autres sites comme
Tell Um Hammad, les briques moulées et modèles coexistent, il y a une persistance des
anciennes techniques de construction. Le même phénomène peut être observé dans les
charnels houses de Bâb edh-Dhrâ’. Au Bronze ancien IB, elles sont rondes et réalisées à
795
Eisenberg, 1993a, p. 880-881.
796
Guest-Papamanoli, 1978, p. 8.
797
Eisenberg & al., 2001, p. 27-30.
798
Getzov, 2004, p. 35-37, fig. 2, 3, plan 1.
178
partir de briques plano-convexes799, et au Bronze ancien II, elles sont rectangulaires et
composées de briques rectangulaires produites dans des moules800.
À Tel Lod et à Jéricho, des maçons ont tenté une expérience sans lendemain en
inventant une brique de forme trapézoïdale (fig. 2, pl. 113). Des briques retrouvées dans
le chantier D de Lod mesuraient 0,39 m de large d’un côté et 0,26 m de l’autre, pour
0,07-0,08 m d’épaisseur. La longueur des briques constituait la largeur du mur. Le
maçon possédait un seul moule qui a été utilisé afin de donner à toutes les briques une
forme standard. Elles étaient disposées en carreau, parfaitement appuyées d’une assise à
l’autre. L’idée était de poser chaque brique dans la direction opposée de celle de sa
voisine, ce qui permettait une excellente cohésion du mur. Le bâtiment de Lod n’est pas
une construction publique, il se situe dans une zone résidentielle et les maçons devaient
être membres d’une même famille801.
À Jéricho, les briques trapézoïdales ont été utilisées pour construire la maison
ronde 210. Une brique compose la largeur totale du mur. La forme des briques
trapézoïdales de Jéricho semble plus fonctionnelle, car leur disposition crée
naturellement une courbe802. Les dimensions externes du mur sont de 0,36 m de large,
les dimensions internes sont de 0,30 m, les côtés mesurent 0,46 m. Il faut noter que les
murs de la pièce annexe sont composés de briques de forme rectangulaire
(0,40 x 0,24 x 0,07 m) d’une couleur différente803. En comparant les dimensions des
briques de Jéricho (0,46 m de long, 0,36 m de large d’un côté et 0,30 m de l’autre côté)
aux dimensions des briques de Lod (0,48 x 0,39 et 0,26 m), on peut penser que les
dimensions originelles des briques étaient les mêmes. Est-il possible que les maçons de
Jéricho et de Lod aient eu connaissance de la technique de l’autre ou alors un aurait
influencé l’autre ? E. Lass pense que dans ce cas celui de Jéricho serait sans doute le
précurseur804.
Pour E. Lass, l’idée de briques trapézoïdales devait émaner d’un esprit original
qui avait pris en considération des notions d’efficacité et d’économie d’énergie.
Cepednat, cette idée n’a pas perdurée. Sans doute en raison d’un problème de moule,
car il est plus facile de clouer quatre planches ensembles pour faire un moule
rectangulaire plutôt de réaliser un moule trapézoïdale assez solide pour résister aux
pressions de l’utilisation et qui garde sa forme. De plus, les briques trapézoïdales
doivent être posées avec plus de soin que les briques rectangulaires. Enfin, il n’était pas
nécessaire de faire des briques trapézoïdales : la forme des briques n’est pas un facteur
799
Schaub & Rast, 1989, p. 227.
800
Rast & Schaub, 2003a, p.156.
801
Lass, 2006, p. 51.
802
Lass, 2006, p. 53.
803
Kenyon, 1981, p. 104, pl. 85a, 239.
804
Lass, 2006, p. 53.
179
qui va déterminer la longévité d’une brique. La terre des briques de Lod était de la terre
du tell, extraite à côté des murs à construire. Quelque soit la forme ou la couleur des
briques, elles ont survécu durant des millénaires. La longévité des briques est surtout
liée à la technique de pose, à la qualité de l’enduit et à son entretien régulier805.
L’idée des briques trapézoïdales n’a pas perduré et même à Jéricho au Bronze
ancien I, les constructeurs ont employé des briques de forme rectangulaire pour
construire des maisons rondes (maisons OBO et OBN)806.
La majorité des bases sont juste épannelées, mais dans certains cas les
constructeurs ont fait réaliser des bases en pierre taillée. De cette façon, en plus de leur
rôle architectural, elles acquièrent une valeur esthétique. Selon D. Alm au
805
Lass, 2006, p. 53.
806
Kenyon, 1981, p. 146, pl. 249.
807
Alm, 1996, p. 175.
180
3ème millénaire, ces bases très travaillées ne sont présentes que dans le mégaron IIA de
Troie (2 500-2 200), dans le palais du Bronze ancien final de Kanesh (2 100-2 000) et
dans le Palais G de Ebla (2 375-2 250)808. Cependant, en observant les bases retrouvées
dans la salle hypostyle du Palais B1 de Tel Yarmouth ou celles des temples de Ai et de
Megiddo, les bases sont déjà parfaitement taillées.
808
Alm, 1996, p. 132.
809
Ben-Tor, 1992b, p. 6.
181
plan et construisait la maison, tout en étant aidé et supervisé par le futur propriétaire810.
Selon P. de Miroschedji, le constructeur n’est pas un spécialiste, il maîtrise un savoir
ancestral partagé par de nombreux membres de la société811. O. Aurenche qualifie ce
système d’autoconstruction, c'est-à-dire que l’habitant construit lui-même sans
intermédiaire, la maison qu’il va habiter et ce depuis l’origine de la maison au
Néolithique. Néanmoins, cela n’empêche pas l’apparition de types de plan qui
représentent l’expression d’une tradition architecturale812.
810
Canaan, 1933.
811
Miroschedji, 2001b, p. 470.
812
Aurenche, 1984, p. 11-12.
813
Kemp, 2000, p. 83.
814
Sauvage, 1998, p. 79.
815
Aurenche, 1984, p. 13.
182
En Palestine, l’architecture monumentale apparaît au Bronze ancien II et selon
P. de Miroschedji, elle coïncide aussi avec celle des premiers architectes816. De ce fait
ces nouvelles constructions beaucoup plus vastes et planifiées nécessitent la maîtrise
d’outils et de techniques spécialisées. Elles nécessitent également le recourt à un
nombre importants d’ouvriers afin de récolter, traiter et mettre en place les matériaux de
construction. Et en observant les remparts des sites fortifiés, on imagine aisément que
les besoins en pierres et en briques étaient très importants. Au vu du nombre colossal de
briques produites et utilisées à Bâb edh-Dhrâ’, W. E. Rast suppose que les marques
présentes à la surface des briques reflètent l’existence de différents producteurs
professionnels de briques817. La construction, mais aussi l’entretien des constructions
monumentales devaient nécessiter un nombre important de gens agissant sous la
direction d’une organisation centralisée et d’un ou plusieurs spécialistes de la
construction.
183
maîtrisés pour construire une simple maison et ceux nécessaires pour à la construction
d’une fortification ou d’un palais. Pour la transmission des techniques impliquées dans
la construction domestique, l’observation des pratiques et l’intégration progressive de
l’individu aux activités de construction est probablement suffisante. Les savoirs acquis
sont empiriques. En revanche un véritable apprentissage est nécessaire pour la
réalisation des constructions monumentales821.
821
Emery, 2007, p. 294-297.
822
Roux, 2007, p. 202-210.
184
4 )
Cette première partie a été consacrée à l’étude des méthodes de construction de
manière globale. Dans un premier temps, nous avons cherché à reconnaître les
techniques de construction connues et employées. En effet, comme l’époque ne connaît
pas l’écriture seule l’analyse des vestiges construits peut nous permettre de retrouver par
déduction les méthodes utilisées. Ainsi, avant la construction – même d’une simple
maison – les sols sont nivelés, creusés, mis en forme afin d’offrir une base stable. Dans
les villes fortifiées, les travaux prennent une ampleur encore plus importante car, ils
sont adaptés à la nature géologique du site. Quand le substrat rocheux est stable, les
constructions simples n’ont pas besoin de tranchées de fondation. Les bâtiments
peuvent même comporter éventuellement un étage. En revanche, sur des sols mous,
composites ou en pente, les bâtisseurs ont dû développer un ensemble de techniques de
fondation tels que les murs de soutènements, les terrasses artificielles, les tranchées de
fondation, ou les murs à caissons. À l’exception des tranchées de fondation, ces
méthodes ne sont pas nouvelles au Bronze ancien, elles sont simplement employées à
une plus grande échelle. Ainsi, les populations ne renonçaient pas à occuper des zones
apparemment impropres à la construction comme Bâb edh-Dhrâ’. En conséquence, ils
développaient des techniques permettant de fonder même de vastes constructions telles
que les remparts. L’attachement au lieu, pour des raisons symboliques prévaut sur les
conditions environnementales. Puis, une fois, la mise en forme du terrain effectuée, les
plans devaient être implantés grâce à l’usage de cordes, à la fois de simples cordes
d’arpentage et des cordes à nœud pour les rares cas où un système d’unités de mesure a
été utilisé.
185
scies). Certains continuent d’être réalisés en pierre comme la hache, mais d’autres ne
sont plus produits qu’en métal comme le ciseau. Ces outils en métal, majoritairement du
cuivre servent à travailler toutes les sortes de bois ainsi que les pierres tendres (valeur
inférieure à 3 sur l’échelle de Mohs). Toutes les pierres plus dures type basalte ou silex,
sont taillées avec des outils en pierre.
823
Forest, 1991, p. 170.
186
>(- .-1
187
& &
Cette deuxième partie vise à présenter l’architecture retrouvée dans les sites du
Bronze ancien en étudiant d’abord les plans, puis les fonctions. Cependant, pour des
raisons de problématiques très différentes, comme dit dans l’introduction, nous
n’aborderons pas les fortifications même si elles peuvent être occasionnellement
mentionnées.
L’analyse des vestiges se fonde sur l’établissement d’une typologie des plans824
domestiques puis monumentaux. Cette typologie vise à déterminer l’existence de plans
types. Il s’agira d’en définir les particularités, l’extension chronologique et
géographique.
Les critères choisis pour établir cette typologie se fondent tout d’abord sur la
morphologie extérieure des plans : ovale, rond, rectangulaire. Puis sur le nombre de
pièces : monocellulaire ou pluricellulaire. Cependant, dans les faits, seuls les plans
rectangulaires possèdent deux pièces ou plus. Les distinctions sont donc basées sur la
824
Les mesures indiquées sont toujours des mesures internes, sauf mention contraire.
825
Ben-Tor, 1992a.
826
Avec une extrémité en forme de demi-cercle ou d’abside et l’autre extrémité de forme rectangulaire.
827
Braun, 1989.
188
complexité du plan. Ainsi, les plans simples possèdent des circulations rudimentaires
car chaque pièce ne dessert qu’une seule autre pièce. À l’inverse, les plans complexes
sont appelés ainsi en raison de leur agencement interne, de la multiplicité des pièces et
de leurs dimensions, chaque espace en dessert plusieurs autres. Ainsi, seul un examen
des réseaux de circulations intérieures peut confirmer la complexité de ces
habitations828.
# % 4
Les habitats troglodytiques sont installés dans des grottes naturelles ou creusées
dans une roche tendre. Ne possédant pas de plan type, ils utilisent les données des
anfractuosités naturelles. Leur zone de répartition géographique n’est pas spécifique car
leur présence dépend entièrement de la topographie du site. Dans la zone
méditerranéenne, elles sont présentes à Gezer et à Lachish (fig. 1, 2, pl. 112) et dans la
zone semi-désertique, à Arad829. L’utilisation de grottes naturelles, bien que marginale
en comparaison avec d’autres types d’habitations, coexiste avec les établissements
ruraux ou urbains à toutes les époques d’occupation de la Palestine830.
828
Communication personnelle de B. Perello.
829
Porat, 1992, p. 45.
830
Ben-Tor, 1992a, p. 66.
831
Dever, Lance & Wright, 1970, p. 20-30.
832
Amiran, 1978, p. 17-18, pl. 135 : 2, plan 175.
833
Tufnell, 1958, p. 40.
189
chambre basse de l’habitat troglodytique 1324 + 1340 d’Arad en contenait six834. Les
foyers consistent en de simples excavations835.
Ces grottes sans doute pour des raisons d’ordre pratique ou symbolique ont
souvent eu, avant ou après leur utilisation domestique, un rôle funéraire. Ainsi, Horbat
Tinshemet a d’abord eu une fonction funéraire, puis dans un second temps, un usage
domestique, le tout au Bronze ancien IB (pl. 145)836. À l’inverse, les grottes de Lachish
et de Gezer ne seront réemployées comme tombes qu’au Bronze moyen837.
À Beth Yerah, au Bronze ancien IB, les chantiers BS (niveau 15) et MS (niveau
10) abritent des habitats de 3 à 4 m de diamètre, creusés dans le sol sur environ 0,50 m
de profondeur841. Les maisons forment une sorte de hameau, tout comme à Tel Halif842
834
Amiran, 1978, p. 17-18.
835
Bonn Greenwald, 1976, p. 127, 150.
836
van den Brink & Grosinger, 2004, p. 83-85.
837
Dever, Lance & Wright, 1970, p. 20-30.
838
Hestrin, 1993, p. 255-259.
839
Seger, 1993, p. 553-559.
840
Aurenche, 1984, p. 11-12.
841
Greenberg & alii, 2006, p. 33, 120.
842
Seger & al., 1990, p. 16-18.
190
ou à Jéricho où elles constituent la première occupation du Bronze ancien I (fig. 1, 2,
pl. 105). Les maisons se composent de briques reposant sur un soubassement de pierres
non taillées. Diverses installations type silos ou plates-formes en pierre entourent les
maisons. Leur superficie totale est souvent faible. Ainsi, les maisons 177 et 173843
mesurent respectivement 7 et 3 m2. Leurs murs mesurent entre 0,60 et 0,80 m de large.
Le sol des habitats circulaire est en partie recreusé. À l’intérieur, les sols sont en terre
battue, mais certains sont recouverts d’enduit. De ce fait, la maison 210 de Jéricho est
enterrée sur 0,75 m dans les vestiges des niveaux précédents. Ses murs en briques
reposent sur une seule assise de pierres. Les assises de briques possèdent la particularité
très rare d’être composées de briques de forme trapézoïdale. De cette manière, une
brique compose la largeur totale du mur, ce qui crée naturellement une courbe844.
Toutefois, cette conception reste exceptionnelle, elle n’a pas été employée pour les
autres maisons circulaires de Jéricho. Ces dernières comme les maisons OBO et OBN845
sont construites avec des briques de forme rectangulaire. Tout comme la pièce annexe
de la maison 210846. Ainsi, la majorité des superstructures des maisons rondes devait
être en briques. Cependant à Tel Halif, J. D. Seger reconstitue des murs en torchis847. Il
est également possible d’imaginer une superstructure en tissu ou en peaux.
La maison circulaire semi-enterrée est un type de plan très ancien au Levant sud,
son origine remonte à la période kébarienne (14 000-10 000 avt. J.C.) et natoufienne
(10 000-8 300 avt. notre ère). Des maisons datées du Néolithique ont été trouvés à
Tell el-Fârǥah. Toutefois au Bronze ancien ce n’est pas une forme d’architecture
régressive mais plutôt un mode d’habitat économique car creuser est plus facile que
construire. C’est moins coûteux en énergie et en matières premières, surtout dans les
régions où les ressources en bois font défaut, comme dans les régions semi-
désertiques848. D’autre part, O. Aurenche lors de ses études ethnoarchéologiques a
remarqué qu’à l’heure actuelle, lorsque des populations sans tradition architecturale et
sans modèle à imiter se sédentarisent, elles adoptent spontanément la maison ronde
semi-enterrée. Il avance même la supposition que la maison fosse est la « marque de
l’architecture originelle, […] la caractéristique quasi obligatoire d’une architecture à ses
débuts »849. Enfin, malgré sa faible diffusion, ce type d’architecture va se pérenniser
jusqu'à l’époque byzantine et même jusqu'à la période contemporaine.
843
Garstang, 1936, pl. XXIV.
844
Lass, 2006, p. 53.
845
Kenyon, 1981, p. 146, pl. 249.
846
Kenyon, 1981, p. 104, pl. 239.
847
Seger, 1983b, p. 1-23.
848
Perrot, 1984, p. 88.
849
Aurenche, 1984, p. 10.
191
+& 7
L’expression « maison à double abside » provient des fouilles françaises qui en
ont étudié un grand nombre dans la région du Léjà, au sud de la Syrie (fig. 1, pl. 141)850.
Mais ce type d’architecture a aussi été qualifié de curviligne, d’ovale ou
d’ellipsoïdale851 et lors de ses fouilles à Yiftahel, E. Braun a même opéré une distinction
entre trois types de plans curvilignes : sausage-shape, ovale et rond (pl. 159, 160). Le
type sausage-shape se compose de deux murs parallèles qui se rejoignent à chaque
extrémité par des segments de murs curvilignes et le plan ovale ne serait composé que
de murs courbes.
Différents types de plan à double abside peuvent être présents sur un même site.
Ainsi, un bâtiment rectiligne avec quelques angles arrondis ne peut pas être qualifié de
curviligne. De plus, il se distingue du plan absidal même s’ils ont pu être confondus
comme à Mezer (fig. 2, pl. 125) ou à Beth Ha-Emeq (fig. 2, 3, pl. 70). En effet, l’article
de E. Braun852 : The Problem of the « Absidal » house: New aspects of Early Bronze I
Domestic Architecture in Israel, Jordan, and Lebanon, démontre que ces habitats sont
selon les cas, curvilignes, barlongs ou rectilignes853. Dans les faits, seules deux maisons
de Megiddo semblent réellement absidales. Elles ont été découvertes dans le secteur
dénommé stage IV, fouillé par les archéologues de l’Université de Chicago.
Malheureusement, il n’existe pas de plan original du stage IV et la zone a depuis
disparu. Seule une photographie publiée représente un assemblage de maisons
rectangulaires à angles arrondis (stage V) datées du Chalcolithique et deux maisons à
une seule abside datées du Bronze ancien IA (fig. 1, 2, pl. 117). Selon E. Braun, c’est
l’unique exemple de maison qui mérite le qualificatif d’absidal. Or cela ne suffit pas à
appuyer l’hypothèse d’une tradition architecturale absidale au Levant854. Des
constructions de plan absidal sont aussi présentes aux niveaux Bronze ancien I de
Yaqush (pl. 148)855 et de Jéricho (fig. 2, pl. 104)856, mais ce sont des installations de
stockage.
850
Nicolle & Maqdissi, 2006, p. 125.
851
Dunand, 1973, p. 923.
852
Braun, 1989.
853
À Mezer, au Bronze ancien I, le niveau II est caractérisé par la présence de trois maisons décrites par
M. Dothan comme absidales. Cependant, dans les trois cas une seule abside de chaque bâtiment est
préservée. À Beth Ha-Emeq, seuls des bouts de murs curvilignes datés du Bronze ancien IB ont été
dégagés. E. Braun démontre que les bâtiments 11 et 20 ne sont en réalité que des fragments de murs, sans
connexion, qui appartiennent à des niveaux différents. Dans la publication de Tel Dalit, R. Gophna
qualifie aussi une maison de curviligne ; or elle est datée du Bronze ancien II et la tradition architecturale
curviligne disparaît à la fin du Bronze ancien I. D’après l’étude du plan, il semblerait plutôt que la maison
soit rectiligne avec des angles légèrement arrondis.
854
Braun, 1989, p. 15.
855
Eitan & Esse, 1993, p. 1485.
856
Kenyon, 1981, pl. 314.
192
& % % & %
La construction de ce type de plan est un phénomène très localisé et unique dans
le temps. Jusque récemment, seul une poignée de maisons situées au sud du Liban et au
nord d’Israël étaient connues. Mais depuis peu, de nouvelles découvertes ont été faites
au sud de la Syrie et près de la Plaine côtière israélienne, mais toujours dans le cadre
chronologique du Bronze ancien I. Les principaux villages connus en Palestine
sont Tel Teo, Kabri, Beth Ha-Emeq, Yiftahel, En Esur, Mezer, Qiryat ‘Ata, Palmahim
Quarry, Afridar (pl. 57), Ashkelon-Barnea, Horvat Ptora et Jebel Mutawwaq. Quelques
petits vestiges de murs curvilignes ont aussi été mis au jour à Pitat ha-Yarmuk857,
Sataf858, Moza859 et Modiin860. Plus au nord, des maisons ont été retrouvées à Byblos
(fig. 2, pl. 81) et à Sidon-Dakerman et une série de prospections menées dans la région
du Léjà, zone basaltique située au sud de la plaine de Damas, en ont révélé de nombreux
exemplaires. Ainsi, sept sites principaux ont été repérés : Shraya (90 ha) (pl. 141),
Kreim (20 ha), Eib, Sahr sud (environ 30 maisons), Karm ez-Zbib (un mur d’enceinte,
une trentaine de maisons réparties sur 1,8 ha), Al Mardoumé (54 maisons conservées
dans une enceinte de 0,78 ha) et Rahil (unité isolée de une ou deux unités
d’habitations)861.
Dans le reste du Levant sud, les maisons datent toutes du Bronze ancien I. Sur
certains sites, il est précisé que les maisons datent soit du Bronze ancien IA, soit du
Bronze ancien IB, soit des deux, mais cette précision n’est pas toujours mentionnée.
Ainsi, les seuls sites datés avec certitude du Bronze ancien IA sont Tel Teo, Shraya,
857
Epstein, 1985.
858
Gibson, Ibbs & Kloner, 1991.
859
Eisenberg, 1993a.
860
Communication personnelle de E. van den Brink.
861
Nicolle & Maqdissi, 2006, p. 132-133.
862
Dunand, 1973, p. 229.
863
Saidah, 1979, p. 29-35.
193
Jebel Mutawwaq et Afridar. Cependant, malgré les incertitudes chronologiques, qui
concernent même les sites libanais, le phénomène reste très ponctuel. Plusieurs phases
de constructions se superposent sur une période chronologique assez courte, leur durée
d’occupation devait être brève. Sur les sites occupés à la fois au Néolithique ou au
Chalcolithique, puis après un hiatus au début du Bronze ancien I, il y a une succession
architecture rectiligne/ curviligne. C’est le cas notamment à Horvat Ptora, Tel Teo
(pl. 146), Mezer (fig. 2, pl. 125), En Esur ou Yiftahel. Dans le cas des villages occupés
tout le Bronze ancien, voir également au Bronze ancien II, il y a une succession
architecture curviligne/ architecture rectiligne ; par exemple à Palmahim Quarry,
Tel Kabri, Qiryat Ata (fig. 2, pl. 134), En Esur ou Ashkelon-Barnea. Enfin, certains
sites ne sont occupés qu’au Bronze ancien I, comme Afridar, Jebel Mutawwaq et
certains sites du Léjà.
864
2ème partie, chapitre II, D, 4.
865
Golani, 2007, fig. 11-14.
866
Se référer au catalogue des sites, volume 2, pour avoir les valeurs détaillées maison par maison.
194
Site Maison Dimensions Superficie Largeur Base de Murets Présence de Orientation
(en m) (en m2) des piliers internes tombes
murs contemporaines
(en m) sous le sol
Afridar Bât. 150 6,50 x 3,50 22,75 0,55- NE/SO
0,60
Bât. 132 8,50 x 6 51 0,55- NE/SO
0,60
Ashkelon- K1 4,30 x 8,60 37 0, 53- NE/SO
Barnea 0,70
G, bât. / / / X /
est
G, bât. / / / 1 sépulture /
ouest
K2 4,30 x 4,30 18,40 0,35- NO/SE
0,53
K3 3,40 x 4,30 13 0,35- /
0, 53
L1 8,90 x 3,70 33,70 0,68 X NE/SO
M 7,81 x Env. 1,09- NE/SO
2,81-3,28 23,80 0,93
Byblos867 4,30 x 44,72 X /
10,40
En Esur Unité A, 3x4 12 0,35 NO/SE
bât. 2020
Unité B, 5 x env. 6 Env. 30 NO/SE
bât. 2222
Unité C, 5x? / 0,35 NO/SE
bât. 2219
Unité E, 4,60 x env. Env. 0,35 NE/SO
bât. 2303 6 27,60
Cht. G, 3,70 x 7,40 27,48 0, 77 1 sépulture N/S
bât. 123
Jebel Secteur 4,40 x 45,01 Au moins 3 /
Mutawwaq ouest, 17 10,23 Seulement sépultures
868
maisons dans les dans la maison
maisons 81
Secteur 3,87 x 9,88 36,18 de + X
central, 0,50- de 16 m
15 0,70 de long
maisons
Secteur 4,28 x 12 50,57
central
(N,) 4
maisons
Secteur 4,30 x 45
est, 8 10,38
maisons
Kabri, Mais.977 Env. 4,60 / 0,70 / / 3 sépultures NO/SE
Tel x?
Mais. 4,30 x 8,80 37,84 0,80 3 NO/SE
1057
Mais. / / 0,75 / X 1 sépulture NO/SE
1118
Mezer B1 Env. 8,75 x Env. 0,80 NE/SO
Env. 2 17,50
B14 ? x 3,10 / 0,65 NE/SO
D6 ? x 4,96 / 0,70 NO/SE
Palmahim N° 1 4,68 x 49,78 0,80- X NE/SO
Quarry 10,62 0,90
N° 10 4,7 x 10,8 50,76 0,85 NE/SO
867
Les maisons sont datées du Chalcolithique récent.
868
Les valeurs indiquées sont des moyennes faites secteur par secteur.
195
Qiryat Bât. 1 3,75 x 9,75 36,56 1 2/3 E/O
Ata Bât. 2 4,60 x 71,53 1,20 4 X E/O
15, 55
Bât. 3 / / 0,80 1 X E/O
Sidon 1 7,20 x 4,65 20 0,50 E/O
Dakerman 2 11,80 x 50 0,55- NO/SE
6,45 0,70
3 10 x 5,70 45 0,40 NE/SO
4 7,65 x 4,40 20 NE/SO
5 6,15 x 3,75 15 0,40- NNE/SO
0,50
6 10,80 x 40 0,40 E/O
5,90
7 7,10 x 4,40 20 NE/SO
8 7,20 x 4,20 20 NO/SE
Teo, Tel Bât. 525 5,70 x 71,25 0,66-1 X NO/SE
12,50
Bât. 542 6 x 11 66 0,66 NO/SE
Bât. 557 4x? / 0,66 2 sépultures N/S
Yiftahel IIA/1 15,38 x 73,35 0,50 X E/O
4,76
IIA/2 17,60 x 109,12 0,88-1 X NO/SE
6,20
IIA/3 11,60 x 6 69, 60 0,88 NE/SO
IIA/4 7,14 x 4,28 30,60 0,65 N/S
IIB/1 Env. 15,77 Env. 0,65 X E/O
x 5,77 91,11
IIB/4 Env. 7,13 x Env. 0,40 NO/SE
3,47 24,80
IIB/5 / / 0,40 E/O
IIB/6 Env. 9 x Env. 0,83 NO/SE
4,57 41,13
Tabl. 10 : Récapitulatif des maisons ovales
Sur un total de 39 maisons dont la superficie est connue, les superficies varient
entre 12 et 109 m2. Quatre modules de taille peuvent être reconnus : inférieure à vingt
mètres carrés (5 cas), entre 20 et 50 m2 (23 cas), entre 50 et 70 m2 (9 cas) et plus de
90 m2 (2 cas). De ce fait, la grande majorité des maisons mesure entre 20 et 50 m2. Les
très petites constructions – moins de 20 m2 – ne sont peut-être pas des habitats. Les deux
plus grandes maisons proviennent de Yiftahel (pl. 159, 160) (maison IIA/2 : 109,12 m2 ;
maison IIB/1 : env. 91,11 m2). Ces dimensions sont exceptionnelles car toutes les autres
maisons ont une superficie inférieure à 75 m2, il est donc possible qu’elles soient d’un
type différent.
Dans de nombreux sites avec des maisons à double abside, les installations
subsidiaires éparpillées tout autour sont aussi construites selon un plan curviligne, rond
ou ovale. L’observation des superficies met aussi en exergue la présence de grandes
maisons. Selon H. de Contenson qui a étudié Sidon-Dakerman, les différences de
dimensions peuvent s’expliquer soit par la taille de la famille qui l’occupe, soit par une
forme de hiérarchie, soit par une évolution chronologique, car elles n’ont pas toutes été
occupées en même temps869. Les fouilleurs de Jebel Mutawwaq pensent que les
869
Contenson, 1982, p. 80-82.
196
différences de dimensions s’expliqueraient surtout par des différences de taille des
familles870. Cependant, en se basant sur les informations fournies pas le matériel
archéologique, il est possible que les différences entre les habitats aient pu aussi être
liées à leur statut économique. Ainsi, toujours à Jebel Mutawwaq, la maison 81 se
distingue des autres par sa taille (16,80 x 4,30 m) et son plan qui comporte un corridor
qui longe la maison au sud871. De même, à Yiftahel, des lames de hache en métal se
trouvaient sur le sol de grandes maisons. Selon E. Braun, elles seraient des marqueurs
de pouvoir872, en effet, la possession de tels objets n’est pas anodine au Bronze ancien I.
Il est donc possible que les villages de maisons ovales aient été occupés par des familles
avec des statuts économiques et sociaux différents.
À l’intérieur des sites, il n’y a pas de règle absolue en matière d’orientation des
maisons. Elles peuvent être orientées dans la même direction ou différemment.
Néanmoins, les constructeurs semblent avoir privilégié les orientations NO/SE et
NE/SO. Les orientations E/O et N/S restent plus rares. Cette situation s’explique par le
fait que les orientations NO/SE ou NE/SO sont les plus adéquates en milieu
méditerranéen, car elles représentent un compromis entre l’apport de luminosité toute
l’année et la limitation de la chaleur en été. Le peu de seuils préservés ne permet pas de
connaître la direction d’ouverture préférentielle des portes. Cependant, il est précisé
qu’à Shraya (fig. 3, pl. 141)873, les portes ouvrent en général vers l’est, à la différence de
Sidon-Dakerman, Afridar, Jebel Mutawwaq et Qiryat Ata où les portes ouvrent vers le
NO, le SO ou le sud.
197
montrent que le mur n’a pas de caractère défensif. Il témoigne simplement d’une
volonté d’isoler les unités d’habitations de l’extérieur875. Au total, près de 650 maisons
ont été reconnues, à l’intérieur et à l’extérieur du mur d’enceinte.
En conclusion, les maisons à double abside ne sont présentes que dans des sites
villageois du Bronze ancien I au Levant. Les constructions sont souvent de qualité
médiocre et chaque maison est occupée de façon brève. Cependant, il faut distinguer les
maisons ovales des sites comme Yiftahel et Sidon, des maisons mégalithiques comme
celles du Léjà. Le plan à double abside semble provenir de Byblos, puis il se répartit
dans différents zones géographiques en s’adaptant aux contraintes du terrain. Son
expansion géographique est à la fois vaste et limitée. Vaste, car contrairement aux idées
précédemment reçues, les sites ne se limitent pas à Byblos, Dakerman et au nord
875
Nicolle & Al-Maqdissi, 2006, p. 129.
876
Golani, 2005.
877
Communication personnelle de A. Golani.
878
Golani, 2007.
879
Nicolle & Maqdissi, 2006, p. 133-134.
198
d’Israël. Les nouvelles fouilles ont permis d’identifier des villages de maisons ovales
dans d’autres régions notamment dans le sud de la Plaine côtière et la région semi-
désertique du Léjà. Ainsi, l’architecture à double abside malgré ses contraintes de forme
très particulière peut s’adapter à différentes régions. Limitée parce que c’est un
phénomène circonscrit à une petite partie du Levant et qui n’a pas d’équivalent ailleurs
ni dans le monde égyptien, mésopotamien ou anatolien.
i. Attestations archéologiques
199
des vestiges des bâtiments précédents. Chacun mesure entre 10 et 30 m2. Cependant, la
non localisation des seuils rend impossible la reconstitution d’ensembles d’espaces
cohérents qui pourraient correspondre à des maisons. Dans certains cas, un système de
rues ou des passages entre les bâtiments a été repéré. Le plan du niveau reflète une
occupation prolongée en raison des nombreux changements apportés aux bâtiments :
entrées bloquées, chevauchement des niveaux, construction ou scellement
d’installations et construction de nouveaux murs pour fermer des espaces qui étaient
précédemment ouverts882. Les maisons rectangulaires monocellulaires peuvent
constituer l’unique type de construction du site ou être associées à des bâtiments de
plans différents. C’est le cas à Jéricho, au Bronze ancien IA et IB, où quelques
constructions rectangulaires se trouvent à proximité des maisons rondes883.
Le cas de Tell el-Fârǥah est encore plus éloquent, car le site présente un vaste
dégagement horizontal d’habitats daté du Bronze ancien II (pl. 92, 93). Durant cette
882
Braun, 2008a, p. 1789.
883
Nigro, 2007a, p. 19.
884
Kempinski, 2002, p. 26.
885
Joffe, 1993, p. 68.
886
Callaway, 1980, p. 71-72.
887
Greenberg & alii, 2006, fig. 8.27-8.29, 8.79.
200
période, six périodes d’occupation sont distinguées, chacune marquée par des
changements d’organisation du plan888. Le Père R. de Vaux note qu’au fur et à mesure,
les techniques de taille de la pierre évoluent ; les murs deviennent plus larges ; le
blocage entre les pierres n’est plus fait avec des éléments de cailloutis des périodes
antérieures, mais avec des cailloux roulés ou des éclats de taille. Comme dans les autres
sites urbains déjà évoqués, dans certains secteurs, le bâti devient si dense que
l’identification de plan type devient problématique, tout comme la distinction entre
espace ouvert et espace couvert. Afin de tenter de distinguer les deux types d’espaces, il
faut se baser sur des spéculations fondées sur la taille de la surface à couvrir et la
présence ou non de base de pilier. Par exemple, R. de Vaux pense que l’espace 277 est
une cour, car elle ne comporte pas de base de colonne et qu’elle est trop vaste pour avoir
été couverte sans supports intermédiaires. En outre, deux seuils, l’un situé au nord et
l’autre au sud, donnent dans l’espace 277. Ainsi, il est possible que ce soit une cour
desservant plusieurs unités domestiques. De plus, à la période 3, le locus continue à
servir de cour et il est agrandi. À la période 3, un assemblage d’une vingtaine d’espaces
est bâti près du rempart. Regroupés en îlots et séparés par des ruelles étroites, la plupart
des habitats ne comportent qu’une seule pièce889. Par conséquent, les habitats
monocellulaires de Tell el-Fârǥah, ne comportent qu’une pièce ou une pièce et une cour.
Les pièces sont rectangulaires et mesurent en général : 3-4 m de large pour 5-6 m de
long. Elles ouvrent sur une rue ou sur une cour commune (pl. 92, 93). Selon R. de Vaux,
seule l’absence de communications intérieures permet de distinguer deux logements
différents890. L’entrée n’a pas d’emplacement spécifique, mais elle se situe la plupart du
temps près d’un angle. La même situation a été observée dans le quartier G de Tel
Yarmouth au Bronze ancien III.
De l’autre côté du Jourdain, sur le site de Numeira, les fouilles ont également
mis au jour un imposant mur de fortification lié à un quartier d’habitation très dense.
L’occupation du site s’organise autour d’une rue (n° 8) qui sépare deux îlots, chacun si
dense qu’il paraît impossible de savoir s’ils formaient un ensemble ou plusieurs habitats
accolés (fig. 1, pl. 128).
888
Vaux & Miroschedji, 1993, p. 435-436.
889
Vaux, 1955, p. 558, fig. 8.
890
Vaux, 1961, p. 576.
201
repérage de seuils a permis à R. Greenberg et E. Eisenberg de reconnaître six unités
distinctes et les fragments d’une septième (pl. 79). Un examen plus détaillé des plans
montre que les unités ne sont pas toutes contemporaines, en effet certains murs abutent
contre des murs préexistants. Le noyau originel du quartier devait être constitué par la
pièce BS 080, le bâtiment BS 077 au nord, les pièces de BS 122, la pièce BS 126 à
l’ouest, et peut-être le bâtiment BS 136. Chaque habitat ne comportait qu’un ou deux
espaces. Puis graduellement l’espace entre les unités s’est rempli, avec des fermetures et
des ouvertures de portes891.
Dans la ville basse de Khirbet ez-Zeraqun, à l’est du Jourdain, les fouilleurs ont
reconnu quatre îlots séparés par des ruelles, le tout à proximité du rempart (fig. 1,
pl. 163)892. Au total, vingt-et-un espaces ont été partiellement ou entièrement dégagés.
Les plus grands possèdent des bases de colonne – entre 1 et 3 bases par pièce –, ce qui
permet de distinguer de grands espaces non couverts à l’intérieur des îlots. Précisons
que le bâtiment B1.2 mesure environ 120 m2 ; le bâtiment B1.3 environ 240 m2 ; le
bâtiment B1.6 environ 80 m2 et la pièce R1 du bâtiment B1.4, environ 23,80 m2. Les
différents îlots sont composés d’un assemblage disparate d’espaces, résultant d’un
phénomène d’agglutination non planifié. De plus, en observant ces unités d’habitation,
aucune ne comporte de seuil ouvrant sur la rue et cela malgré l’importance des vestiges
dégagés, notamment pour l’îlot B1.3. Comme des ouvertures devaient forcément
exister, il faut supposer qu’elles devaient se situer dans des zones non fouillées. Vu
l’importance du dégagement horizontal, cela démontre que dans tous les cas, il y avait
peu d’entrés ouvrant sur l’extérieur : probablement juste une ou deux. De ce fait, les
îlots apparaissent comme des unités d’habitations nécessitant un important degré de
socialisation, comme par exemple entre les membres d’une famille élargie. Enfin, les
espaces ouverts servaient de cour commune, ils semblent avoir été des zones d’activités
artisanales privilégiées.
Un quartier densément construit a aussi été dégagé sur plus de 600 m2 à Tel
Yarmouth. Le chantier G se situe directement au nord du Palais B1 (pl. 151). Six
niveaux d’occupation (G-1 à 6) ont été identifiés dont le plus complètement fouillé est
le niveau G-2, daté du Bronze ancien III B893. En raison de la superposition des murs à
de nombreux endroits, on constate que le quartier du niveau G-2 est construit
directement sur celui du niveau G-3. Ce processus de réaménagement découle de la
construction du Palais B1 qui bouleverse complètement l’architecture des quartiers
domestiques. De ce fait, non seulement le quartier B-3 est détruit, mais le nouveau
quartier G-2 doit s’établir plusieurs mètres au nord-est et les habitats doivent changer
d’orientation. L’autorité dirigeante a dû exiger que les maisons soient orientées comme
891
Greenberg & alii, 2006, p. 154-155.
892
Ibrahim & Mittmann, 1994, p. 15.
893
Miroschedji, 1988b, p. 201-203 ; 1993a, p. 829-832.
202
le palais, c’est-à-dire nord-est/sud-ouest. Auparavant, les murs du niveau G-3 étaient
orientés nord-sud. Le changement d’orientation s’observe également dans le chantier J,
situé au sud-est du palais894. Au niveau G-2, l’imbrication architecturale y est si dense
qu’il en devient difficile d’isoler des habitations indépendantes. Comme aucune trace de
planification générale n’a été décelée, les habitats ont dû s’agglutiner les uns aux autres,
tout au long de la période d’occupation de l’îlot. Ainsi, le quartier G ne comporte ni
voie de circulation interne, ni unité d’habitation isolée. Il donne l’impression d’une
construction très dense, sans espace vide, résultant de l’accumulation progressive de
pièces à partir d’un noyau central. D’un point de vue stratigraphique, P. de Miroschedji
distingue trois phases dans le niveau G-2 : A, B et C. Chacune se différencie par un
niveau différent de fondation895.
Sur le site de Ai, O. Ilan pense que les habitats C-nord et C-sud et B-nord et B-
sud sont mono- ou bicellulaires, leurs dimensions sont données dans le tableau ci-
dessous (pl. 49) :
894
Communication personnelle de P. de Miroschedji.
895
Miroschedji, 1988b, p. 205.
896
Ben-Tor, Bonfil & Zuckerman, 2003, p. 67.
897
Ilan, 2001, p. 328.
203
On ne connaît le plan complet que de deux maisons qui couvrent des surfaces de
33,90 et 43,70 m2. La superficie des pièces couvertes s’échelonne entre 13 et 19,2 m2. Il
semblerait que les maisons C-nord et B-nord aient eu des dimensions semblables,
comme indiqué sur le tableau. Enfin, seule la maison B-sud possède avec certitude une
cour.
À Tell el-Fârǥah, il n’y a pas a priori de petits espaces de moins de 5 m2. Les
surfaces des espaces se répartissent entre trois catégories de superficie : 6-9 m2, 12-
17 m2 et 21-24 m2. Ces trois catégories de superficie se répartissent de manière égale
durant toutes les phases du Bronze ancien II. Peut-être, y a-t-il eu des tailles standard ?
Les dimensions des espaces sont tout à fait comparables à celles du quartier G de Tel
Yarmouth. La taille maximale des espaces semble se situer aux alentours de 25-27 m2,
alors que les grands espaces de plus de 25 m2 sont rares. En revanche, les cours ou les
espaces ouverts sont plus grands car leurs dimensions ne sont pas limitées par des
problèmes de portée des supports intermédiaires. De cette façon, les cours de la période
3 sont vastes, elles mesurent entre 20 et 50 m2.
204
Superficie Espace - n° de locus Superficie (en m2) Nombre total d’espaces
1-10 m2 121 1,84 4
128 6,2
123 6,6
119 8,9
10 – 20 m2 118 10,2 6
130 11,4
081 12,52
122 14,3
126 14,4
125 15,4
+ 20 m2 131 32 2
134 48,5
Tabl. 13 : Superficie des maisons rectangulaires simples de Beth Yerah (BS6)
Le quartier BS6 a été dégagé seulement en partie, seule une douzaine d’espaces
ont été fouillés. Leur superficie se répartie entre 1,84 et 48,5 m2. Il est possible que les
deux très grands espaces de 32 et 48,5 m2 soient en fait des cours, car aucun système de
support intermédiaire n’apparaît sur le plan. D’autre part, le tout petit espace de 1,84 m2,
semble être une resserre construite dans une pièce plus grande.
205
La grande majorité des espaces du quartier G de Tel Yarmouth mesurent moins
de 15 m2 et même moins de 10 m2. De ce fait, il est très probable qu’en dessous de 5 m2,
les pièces soient dévolues au stockage, en raison de leur exiguïté, ce qui a été confirmé
par le type de matériel céramique trouvé à l’intérieur898. De ce fait, les pièces
d’habitation mesurent entre 6 et 15 m2. Trois pièces se distinguent par leur superficie
exceptionnelle : 712, 713 et 780. Contrairement au Palais B1 de Tel Yarmouth, il ne
semble pas qu’une unité de mesure ait été employée dans la construction du chantier G.
Cependant, il y a une standardisation de la largeur des murs et des seuils et les pièces
712 et 713 mesurent toutes deux 4 m de large. Enfin, l’agglutination progressive des
constructions et les modifications des circulations crée des espaces « morts » trop petits
pour servir et probablement abandonnés ou servant de zone de déchets.
À la fin du Bronze ancien III, lorsque Tel Qashish redevient un site non fortifié,
l’ensemble architectural du niveau XI se compose de huit espaces (fig. 4, pl. 132) :
À l’exception du locus 116, tous les autres semblent être de taille quasi
similaire : soit entre 7 et 9 m2. Les espaces sont légèrement plus petits qu’au niveau
XIIB. Les dimensions réduites des habitats s’expliquent certainement par la baisse des
standards de construction à cette époque. En effet, la faible épaisseur des murs (0,40-
0,50 m) ne leur permettait pas de supporter un toit trop lourd ni de construire des
grandes pièces.
Le schéma ci-dessous, résume les différentes données sur les dimensions des
espaces au Bronze ancien, en effet ce sont des indications importantes concernant les
techniques et les limites des moyens de couverture à l’époque :
898
Communication personnelle de P. de Miroschedji.
206
+ 30 m2
20- 30 m2 3%
13%
1-10 m2
46%
10- 20 m2
38%
Dans un premier, il faut noter que les résultats obtenus ne sont basés que sur un
échantillon de sites du Bronze ancien II et III : là où des îlots denses ont été dégagés.
Dans un deuxième temps, l’analyse du graphique montre que toutes périodes
confondues, l’immense majorité des espaces mesurent moins de 20 m2 (84 %). Les deux
seuls cas d’espaces de plus de 30 m2 sont des cours. De plus, la majorité des espaces ont
une superficie comprise entre 1 et 10 m2 (46%), suivie de près par les espaces dont la
superficie est comprise entre 10 et 20 m2 (38%). Cependant, il faut noter que les espaces
de moins de 5 m2 sont rares. Ils proviennent essentiellement de Tel Yarmouth.
207
probablement du choix des fouilleurs de dégager en priorité les fortifications et par
conséquent aussi les vestiges construits à proximité. Du point de vue de l’habitat, cela
permet de conclure que ces îlots densément construits devaient couvrir une bonne partie
des sites. La pression urbaine devait y être si importante que les habitats n’avaient
parfois pas d’autre choix que de venir buter sur la muraille, ce qui ne laissait, en
général, qu’un espace minimal pour le chemin de garde ou aucun espace comme à Ai.
Cet aspect compact des sites a pour conséquence la quasi absence des cours en milieu
urbain. Pour pallier à ce problème, les habitants utilisaient des cours communes comme
à Tell el-Fârǥah ou les rues et les impasses, comme à Numeira (fig. 1, pl. 128). Ces
quartiers ne paraissent pas planifiés. Ils semblent avoir été agrandis progressivement au
fur et à mesure de l’augmentation des besoins en logements. Cependant, dans le cas du
quartier G de Tel Yarmouth, P. de Miroschedji a montré que l’ancien quartier B-3 avait
été rasé lors de la construction planifiée du Palais B1 (pl. 153). Puis, le nouveau quartier
G-2 avait été construit, de l’autre côté d’une ruelle qui sépare le palais du quartier
domestique900. L’espace réservé à l’habitation avait donc été prévu d’avance par
l’architecte du palais. L’autorité dirigeante devait donc allouer ou vendre un terrain que
les propriétaires devaient bâtir au fur et à mesure de leurs besoins. Enfin, l’étude de ces
plans montre qu’il est impossible de reconnaître de véritables types architecturaux qui
seraient le reflet d’une culture ou d’un mode de vie spécifique comme c’est le cas pour
les maisons rondes semi-enterrées ou les maisons barlongues à cour.
900
Miroschedji, 1993a, p. 829-832.
901
Golani, 1999.
902
Zuckerman, 2003, p. 31-33.
208
niveau Énéolithique ancien (niveau IIA)903. À cette époque la majorité des bâtiments se
composent d’une pièce rectangulaire ou presque carrée dont la taille moyenne est de 3 x
8 m (fig. 1, pl. 82). À la période suivante, à l’Énéolithique récent, les plans changent
légèrement avec l’apparition d’un muret qui recoupe l’espace interne et c’est seulement
à la fin de l’Énéolithique ancien qu’apparaissent les constructions ovales, absidale et
rondes déjà évoquées plus haut. Les premiers bâtiments à angles ronds sont donc
contemporains du Chalcolithique et du Bronze ancien I en Palestine. Puis, ils
disparaissent complètement lors de la « Première installation urbaine » (niveau III)904.
903
Dunand, 1950, p. 588 ; 1973, p. 169, pl. I.
904
Zuckerman, 2003, p. 32.
905
Zuckerman, 2003, p. 31, pl. 2.
906
Golani & Braun, 1993, p. 99-100.
907
Golani, 1999, p. 126.
908
Eisenberg, 1993a, p. 880-881.
909
Communication personnelle de E. Eisenberg.
910
Zuckerman, 2003, p. 32 ; Bonn Greenwald, 1976, p. 106-107.
911
Yannai, 2006, p. 272.
209
sont monocellulaires (L 4000) à l’exception du bâtiment 2067/2097 qui comporte deux
pièces912.
912
Yannai, 2006, p. 44-46.
913
Betts, 1991, p. 36-37, fig. 29.
914
Nigro, 2007a, fig. 22.
915
Golani, 2007.
916
Baumgarten, Gorzalczany & Onn, 2008, p. 1995.
917
Loud, 1948, fig. 391.
210
pavée de galets sépare cette maison des autres maisons barlongues918. À Meona, la pièce
1 comporte un angle droit à l’intérieur et arrondis à l’extérieur (fig. 1, pl. 124)919. Enfin,
à Ai, la maison 238 du chantier L a connu deux principales phases d’occupation. Durant
la première phase, elle ne se compose que d’une pièce (locus 238)920 et deux de ses
angles sont arrondis à l’extérieur. Un autre bâtiment aux angles arrondis se situe dans le
chantier G : la maison MN (pl. 49)921.
Enfin, au Bronze ancien III, dans le chantier C de Tel Yarmouth (niveau C-4),
les loci 208 et 352 possèdent des angles arrondis à l’intérieur922.
918
Zuckerman, 2003, p. 33.
919
Braun, 1996, p. 9.
920
Wagner, 1972, p. 9-10, fig. 4.
921
Callaway, 1980, p. 81, fig. 49.
922
Miroschedji, 1988, pl. 9.
923
Golani, 1999, p. 130-133.
924
Zuckerman, 2003, p. 33-34.
925
Wright, 1985, p. 29.
926
Zuckerman, 2003, p. 31-33, pl. 2.
927
Zuckerman, 2003, p. 33.
211
Cependant, l’examen de tous les bâtiments à angles arrondis montre que si c’est
réellement une tradition architecturale, alors elle n’a ni limites chronologiques, ni
limites géographiques. Elle serait présente dans tous les types d’établissements, ouverts
comme à En Esur, fortifiés comme à Tel Qashish ou en enclos (Ashkelon-Barnea) et
cela dans toute la Palestine, de Qiryat Ata au site H. Elle concernerait tous les types de
plans rectangulaires : monocellulaire (En Esur), barlong (Qiryat Ata), oblong
(Tel Kitan) et même des bâtiments monumentaux (Megiddo). En outre, elle serait
contemporaine des autres types architecturaux, que ce soit les maisons ovales,
barlongues ou pluricellulaires. De cette manière, quelques maisons aux angles arrondis
seraient disséminées en petit nombre dans de très nombreux sites. Elle serait même
associée à d’autres types de plan pour former par exemple des maisons barlongues à
angles arrondis. L’image qui ressort de cette analyse semble plutôt démontrer que les
angles arrondis représentent davantage une méthode de conception des murs, qu’un type
architectural. Cela expliquerait mieux la grande longévité et la large répartition
géographique de ce type d’angle. Cela semble plus plausible que d’imaginer la présence
d’une population exogène dispersée à travers tous les sites du Bronze ancien et qui
garderait ses spécificités architecturales durant des dizaines de siècles.
928
Aurenche, 1977, p. 32.
929
Garfinkel & Ben-Schlomo, 2002.
930
Porat, 1992, p. 41-45.
212
ii. Au Bronze ancien
Dans les rapports de fouilles des sites du Bronze ancien beaucoup de pièces – de
toutes les époques et dans tous les sites – sont décrites comme barlongues. Cependant,
pour identifier précisément une pièce barlongue, il faut pouvoir localiser son entrée or,
dans de nombreuses situations les bâtiments sont trop mal préservés pour pouvoir
affirmer qu’ils étaient barlongs. Aussi, faut-il définir plus précisément les critères
d’identification utilisés. Une maison barlongue est-elle forcément indépendante des
autres constructions environnantes ? Une pièce barlongue, dans une maison de plan
rectangulaire complexe ou incluse dans un tissu urbain dense peut-elle être qualifiée de
barlongue ? Et quand son constructeur a planifié sa forme reproduisait-il un plan
ancestral ou a-t-il juste construit une pièce rectangulaire, dont l’entrée est située dans un
des longs murs ? La question est de savoir si le plan barlong continue à exister tout au
long du Bronze ancien. En effet, de par la simplicité de son plan, il peut être identifié
dans de très nombreuses constructions.
931
Nicolle, Steimer & Humbert, 2001, p. 81-82.
932
Alon & Yekutieli, 1995, p. 151-155.
933
Amiran & Ilan, 1993, p. 939.
934
Braun, 1990, p. 3.
213
n° 2 mesure 3,75 x 6,25, soit 23,43 m2. À En Shadud, dans la vallée de Jezréel, au
niveau II, trois maisons barlongues ont été dégagées : une dans le chantier A et deux
dans le chantier B (pl. 89). Celle du chantier A semble associée à une pièce
supplémentaire ou une cour. L’intérieur de la maison se situe en contrebas de la cour.
L’accès se fait au moyen de quelques marches. Les habitats du chantier B sont moins
bien préservés. L’un d’eux possède apparemment deux entrées. Il mesure environ 6,4 x
2 m, soit 12,80 m2 de superficie. Le mode de construction et les matériaux ressemblent à
ceux utilisés dans le chantier A935. Plus au nord, dans la région du Golan, le site de
Leviah comprend une dizaine de maisons barlongues, construites côte à côte (fig. 4,
pl. 112)936. Enfin, comme nous le verrons dans le chapitre consacré aux temples, ce plan
est aussi employé dans la construction des temples de Megiddo937.
935
Braun, 1985, p. 68.
936
Kochavi, 1993, p. 915-916.
937 ème
2 partie, chapitre I, B, d, ii.
938
Gophna, 1996, p. 35, 78-79, fig. 12-14.
939
Paz & Paz, 2007, p. 85-86.
940
Ilan, 2001, p. 323.
941
Amiran & Ilan, 1996, p. 144-145.
214
Toujours dans la zone semi-aride, à Tell Um Hammad, le niveau 4 comporte une
unité composée d’une maison barlongue et d’une cour sur le modèle des habitats
d’Arad. À l’intérieur, un banc court le long du mur situé face à l’entrée et il y a des
murs de partition942. Dans la zone méditerranéenne et en milieu urbain, certains habitats
de Beth Yerah (niveau 9A) sont barlongs mais intégrés dans un tissu de construction
dense (fig. 2, pl. 77). Ainsi, le bâtiment EY 460 mesure 10,9 x 4,1 m, soit environ 45
m2. Au niveau 8 (fig. 2, pl. 76), lors de la reconstruction du secteur, les pièces
barlongues laissent place à des pièces carrées943.
L’emploi du plan barlong se poursuit au Bronze ancien III, mais son emploi est
plus limité. Ainsi, il est utilisé dans la construction des temples de Megiddo, du
« Bâtiment Blanc » de Tel Yarmouth, du bâtiment F2 de Khirbet el-Batrawy947 et des
maisons-charniers à Bâb edh-Dhrâ’.
942
Betts, 1991, p. 32-36.
943
Greenberg & alii, 2006, p. 348.
944
Rast & Schaub, 2003a, p. 157.
945
Schaub & Rast, 1989, p. 320, tabl. 20.
946
Schaub & Rast, 1989, p. 391-396.
947
Nigro, 2009b.
948
Porat, 1992, p. 41-46.
215
nomades. Lorsqu’une population nomade – donc sans tradition architecturales –, se
sédentarise deux grandes tendances architecturales ont été identifiées. La première
décrite par O. Aurenche consiste à adopter la maison ronde semi-enterrée949. La seconde
consiste à s’inspirer du plan rectangulaire de la tente et à le reproduire en pierre. Ainsi,
l’exemple de nomades syriens montre que lors de leur sédentarisation, ils commencent
par entourer leur tente d’un muret de pierre, puis, ils la remplacent par une construction
en dure de même forme950.
949
Aurenche, 1984, p. 10.
950
Miroschedji, 1993c, p. 66-70.
951
Marfoe, 1980, p. 317.
952
Foucault-Forest, 1997, p. 152.
216
Schéma 2 : Plans des bâtiments pluricellulaires
217
i. Le plan pluricellulaire simple
Plus, au sud, à Tel Erani, le bâtiment 232 se compose des pièces : 243, 241, 232,
136 et 220 (fig. 1, pl. 90). La pièce centrale 232 couvre 12 x 14 m. Elle est encadrée au
nord par des petites pièces : 136 et 220. La pièce 241 comprend, dans son premier état,
une cour délimitée à l’ouest par un mur semi-circulaire (W305). Dans une deuxième
phase, la grande cour est divisée entre les pièces 241 et 243, par un mur (W308)954.
Tout près de Tel Erani, le site de Ptora abrite aussi une grande maison. Le
bâtiment 2100 se situe à une altitude relativement élevée par rapport aux autres
constructions du niveau I (fig. 3, pl. 129). Son plan se compose d’une pièce centrale
avec une entrée à l'est et une installation ronde dans la partie nord-est. Dans sa dernière
phase d’occupation, la pièce est divisée en deux. La toiture est alors supportée par deux
bases de piliers. Au sud, se trouvent trois chambres : une grande et deux plus petites.
L’étendue du bâtiment vers le sud et l'est n'est pas claire. Un long mur au nord semble
être attaché à la construction. Le bâtiment 2100 présente certaines ressemblances avec
les deux bâtiments contemporains de Tel Erani, les bâtiments 232 et 7102. Toutefois, le
bâtiment 2100 de Horvat Ptora est en pierres, alors que ceux de Tel Erani sont en
briques955.
Dans la zone semi-aride, une maison pluricellulaire a été identifiée à ‘En Besor.
Le bâtiment A mesure environ 58 m2. Fouillé partiellement, il se compose de différentes
953
Braun, 1990, p. 3.
954
Kempinski & Gilead, 1991, p. 175.
955
Milevski & Baumgarten, 2009.
956
Kempinski & Niemeier, 1992a, p. 1, plan 5.
218
ailes et d’une cour, le tout daté du Bronze ancien IB (fig. 2, 3, pl. 86). Selon R. Gophna,
l’aile occidentale contient des pièces d’habitation, l’aile orientale une cour ouverte et
l’aile sud une boulangerie et des espaces de stockage. L’entrée principale a été
reconstituée au nord. L’aile occidentale se compose de deux pièces couvertes (A et B).
Elles sont interprétées comme une zone administrative et domestique en raison de la
découverte d’un sceau-cylindre et d’une masse d’arme. L’aile orientale contient la cour,
ses dimensions exactes ne sont pas connues, car elle a été en partie détruite. Les
fouilleurs estiment qu’elle devait mesurer le double de la taille des quartiers
d’habitation. L’aile sud servait de zone artisanale, elle contenait un puits, un foyer
(locus 252) ainsi qu’un grand bassin enterré dans le sol. Une majeure partie de la
céramique se compose de bols de cuisson et de moules à pain de forme égyptienne.
Selon R. Gophna, ce secteur servait de boulangerie. En outre, le bâtiment contient des
assemblages de poteries égyptiennes datées de la fin de la Dynastie « 0 » et du début de
la Première Dynastie, ainsi que des tessons de jarres sans col, des impressions de
sceaux-cylindres et un sereh royal égyptien. Les fouilleurs estiment que la maison
pouvait abriter une douzaine de personnes qu’ils pensent d’origine égyptienne. Elle a pu
servir de relais ou de poste de ravitaillement sur la route qui relie l’Égypte à la
Palestine957.
Des maisons de plan rectangulaire complexe sont aussi présentes sur les sites
fortifiés du Bronze ancien II comme Qiryat Ata, Tell el-Fârǥah ou Ai.
À Tell el-Faǥrah, les habitats de plan pluricellulaire sont présents aux trois
périodes du Bronze ancien II. Ainsi, la « Maison des Jarres », datée de la période 1,
comporte cinq pièces, pour une superficie d’environ 43 m2. Les dimensions des pièces
s’échelonnent entre 3 et 19 m2. Ces dimensions ressemblent à celles des habitats
monocellulaires de la même époque. Cependant, en étudiant ce plan, il persiste un
problème de circulation, R. de Vaux pense que les cinq pièces de la maison ne forment
qu’une seule maison or il semble difficile de sortir de la pièce 5 et les pièces 3 et 4 ne
communiquent apparement pas avec le reste de la maison. Ainsi, cette maison ne
957
Gophna & Gazit, 1985, p. 9-15.
958
Golani, 1996, p. 31-32 ; 2003, p. 44-53.
959
Golani, 1996 p. 33 ; 2003, p. 67-70.
219
constitue peut-être pas qu’un seul habitat. La maison du carré H14, loci 99, 100, 101 se
compose de trois pièces. Le fouilleur a remarqué qu’une grande attention avait été
apportée à la construction des fondations, avec l’utilisation de pierres de tailles égales
formant deux faces et d’un remplissage interne de petites pierres960. La maison se
compose de vastes pièces, ainsi, les loci 99, 100 et 101 mesurent respectivement 30, 30
et 36,8 m2, soit une surface totale d’environ 96,8 m2. Trois bases de piliers se retrouvent
dans chacune des pièces. La pièce 100 contient une plate-forme basse ou un sol de
briques à peine surélevé. Elle occupe la largeur entière du coin oriental de la pièce et
comporte un foyer. Le locus 98 semble avoir servi de pièce annexe. La maison
composée des loci 55, 56, 86 date de la période 2. Elle se situe à proximité du rempart.
R. de Vaux précise que « son plan a été modifié et qu’elle a été reconstruite afin de
permettre l’implantation des contreforts et la circulation le long du rempart »961. Les
pièces sont très grandes. Les loci 55, 56 et 86 mesurent respectivement 23, 56 et 67 m2,
soit une surface totale d’environ 147 m2.
À Ai, les données sont plus fragmentaires, les fouilleurs ont noté la présence de
plusieurs maisons apparemment pluricellulaires. La maison 195b+238+198, située sur le
chantier L a connu deux principales phases d’occupation. Durant la première phase, la
maison ne se compose que d’une pièce (locus 238)962, puis, dans un second temps, les
espaces 195b et 198 sont construits963. Les trois espaces sont de dimensions à peu près
égales et de forme rectangulaire. Les pièces 195b et 238 comportent des bases de
colonne en pierre. Il n’y en a pas dans l’espace198, par conséquent il a dû servir de
cour.
960
Vaux, 1948, p. 548-549, pl. X ; Bonn Greenwald, 1976, p. 133-134.
961
Vaux, 1948, p. 554, pl. XII.
962
Wagner, 1972, p. 9-10, fig. 4.
963
Callaway, 1980, p. 81, fig. 49.
964
Bonn Greenwald, 1976, p. 182-183.
965
Marquet-Krause, 1949, pl. C.
220
(L1861) est certainement une cour. La surface minimale de la maison est de 78,7 m2. La
pièce L1849 contient deux rangées de trous de poteaux dont une se situe le long du mur.
Les trous de poteaux ont un espacement moyen compris entre 1,80 et 3 m. Il est
possible que d’autres rangées de trous de poteaux aient disparues966.
Le second bâtiment avec une salle à poteaux se trouve dans le chantier M (fig. 2,
pl. 71). Il date du Bronze ancien IB (phase M3). Les dimensions exactes du bâtiment ne
sont pas connues, il semble se prolonger à l’est et au sud-est. Une surface minimale de
près de 140 m2 a été dégagée. Le bâtiment est tout en briques, à l’exception de deux
murs qui ont des soubassements en pierre967. Les murs sont préservés sur une hauteur et
une largeur supérieure à un mètre. Au niveau M-3, la pièce 28134 a une superficie
d’environ 52 m2. À l’intérieur, quatorze bases de piliers ont été retrouvées réparties sur
quatre rangées (fig. 2, pl. 72). Un enduit chaulé de couleur marron recouvre le sol de
terre battue ainsi que les murs de briques. À l’intérieur, des bancs longent les murs. Un
abondant matériel archéologique a été retrouvé dans cette pièce. Il se trouve disposé sur
le sol et sur les plates-formes, avec notamment une meule, un pilon, des traces de
production de silex, des pithoi, des jarres sans col, des lentilles et d’autres graines
carbonisées. Deux pièces plus petites sont accolées à cette grande pièce (38041 et
38048). Elles possèdent des murs chaulés et un sol en terre battue. La pièce 38041
mesure 3,20 x 3,55 m, soit environ 10 m2. Des plates-formes en briques à angle arrondi
sont construites dans les angles nord-ouest et sud-est. Près de la plate-forme nord-ouest
des poutres calcinées et deux jarres sans col complètes ont été trouvées. L’une d’elles
était encore remplie de lentilles carbonisées. Trois petits poids en basalte et en calcaire
ont également été trouvés dans cette pièce968. Un banc est construit le long de trois des
murs de la pièce 38048. Un violent incendie a détruit le bâtiment, faisant cuire une
partie des briques. De nombreuses briques portaient des marques ovales faite à la
main969. Elles sont identiques à celles qui se trouvent sur les briques contemporaines
trouvées par G. M. Fitzgerald dans le bâtiment L.1861. Le bâtiment est reconstruit à la
phase M-2 et son plan est légèrement modifié (fig. 1, pl. 72).
966
Braun, 2004, fig. 2.41.
967
Communication personnelle de A. Mazar et Y. Rotem.
968
Mazar & Rotem, 2009, p. 133-135.
969
Communication personnelle de A. Mazar et Y. Rotem.
970
Cela correspond au niveau C de A. Kempinski (Kempinski & Gilead, 1991) ou VIII-VI de S. Yeivin
(Yeivin & Kempinski, 1993).
971
Ciasca, 1962, p. 27-35.
221
I972. Dans l’état actuel des fouilles, ses limites exactes ne sont connues que dans son
angle nord-est puisqu’il est limité, des deux côtés, par deux rues : une en direction Est-
ouest et l’autre en direction nord-est/sud-ouest. Le bâtiment est composé d’une très
grande pièce associée à des petites pièces allongées et à une grande cour. La grande
salle mesure environ 13 x 9 m et comporte encore sept bases de poteaux.
iii. Analyses
Le tableau ci-dessous résume les dimensions des maisons rectangulaires
pluricellulaires :
Une seule maison, à Ai date du Bronze ancien III. Ainsi, il y a donc une quasi
absence de grandes maisons au Bronze ancien III. Cela peut résulter soit du faible
nombre de fouilles de sites Bronze ancien III, soit du caractère très compact des sites
qui empêche d’isoler des maisons particulières. Ainsi, les familles multiples ou les élites
pouvaient utiliser des îlots entiers comme résidence, s’adaptant à la norme du reste des
972
Kempinski, 1992a, p. 75.
222
constructions. Les maisons de plan rectangulaire pluricellulaire apparaissent donc
comme une spécificité du Bronze ancien I, surtout IB et du Bronze ancien II.
Les superficies de ces maisons se répartissent entre 22,5 et 239 m2 et il n’y a pas
de différences notables entre le Bronze ancien I et II. Les deux plus petites maisons
(22,5 et 34,8 m2) proviennent du niveau Bronze ancien II de Qiryat Ata qui est fortifié à
cette époque. Le nombre de pièces varie de deux à huit, avec une moyenne qui se situe
autour de trois pièces, le plus souvent associées à une cour. Le fait que l’espace intérieur
de la maison soit subdivisé de la sorte indique le début de la spécialisation de l’espace
domestique avec dans un premier temps la création d’un espace réservé au stockage.
Enfin, le bâtiment 7102 de Tel Erani se distinguer du reste des habitats pluricellulaires
par sa superficie (239,5 m2 ), son nombre de pièces (8 pièces + 1 cour) et la présence
d’une salle à poteaux (pl. 91). Cette importante salle permet d’établir des comparaisons
avec le bâtiment M-3 de Beth Shean, même si ce dernier n’a été que très partiellement
dégagé (fig. 2, pl. 71). En effet, la seule fouille de sa pièce à poteaux a livré un matériel
riche. Elle contenait un minimum de 125 céramiques avec parmi elles 22 grands pithoi
et 53 jarres sans col. Sa capacité de stockage est estimée à 5 477 litres973. Des éclats de
silex, ainsi qu’une grande quantité de grains carbonisés ont aussi été retrouvés. Selon
A. Mazar, le bâtiment M-3 avait un rôle administratif dans le stockage et la
redistribution des productions agricoles de la vallée de Beth Shean par une autorité
centrale ou une organisation socio-économique centralisée974. Les dimensions et le plan
de ce bâtiment rappellent ceux du bâtiment 7102 de Tel Erani, et du bâtiment n° 9 de
Palmahim Quarry. Tous servaient à centraliser le stockage des denrées d’un site
villageois non fortifié. Ces bâtiments, apparement en exemplaire unique sur un site, se
différencient très clairement du reste du bâti. Deux d’entre eux comportent même des
salles à poteaux et tous semblent avoir été en partie destinés au stockage de céréales.
Ces bâtiments apparaissent comme des bâtiments communautaires et pas comme de
simples habitations pluricellulaires. En outre, selon I. Milevski et Y. Baumgarten, le
bâtiment 2100 de Horvat Ptora pourrait avoir rempli le même type de fonction. Enfin, le
bâtiment A d’‘En Besor semble aussi en partie dévolu au stockage, mais il est de culture
égyptienne. Nous y reviendrons dans le paragraphe consacré à l’influence égyptienne
dans l’architecture palestinienne975.
À l’inverse, dans le cas des sites urbains de Ai, Qiryat Ata et Tell el-Faǥrah au
Bronze ancien II, les maisons pluricellulaires, toutes de dimensions comparables, sont
attestées en plusieurs exemplaires. À Tell el-Faǥrah, les habitats de plan pluricellulaire
sont moins nombreux que les habitats de plan rectangulaire simple. Mais les modes de
construction restent les mêmes. On retrouve les mêmes types de murs, de sol, de
973
Mazar & Rotem, 2009, p. 41.
974
Mazar, 1997, p. 65-67.
975 ème
3 partie, chapitre I, A, 1, a.
223
couverture ou d’installations internes. Les seules différences concernent les grandes
constructions. Ainsi, s’il s’avère que les grandes maisons constituent bien une seule
unité architecturale, elles ont dû être habitées par des familles étendues. L’hypothèse de
la famille étendue pourrait aussi expliquer les différences de qualité de construction
entre les murs. En effet, le « fils » en construisant son extension a pu utiliser des
techniques différentes de celles employées par le « père ».
<
En conclusion, même si la typologie semble découper un peu artificiellement
une réalité assez complexe, elle permet de faire ressortir plusieurs types de plans
caractéristiques du Bronze ancien. Ces derniers sont liés aux conditions climatiques, au
niveau d’urbanisation du site ou aux contraintes socioculturelles. Seuls certains
bâtiments pluricellulaires semblent liés à l’action d’une autorité centrale de
planification. La qualité de la construction et la complexité du plan laissent penser
qu’ils ont pu être réalisés par un constructeur « professionnel ». Toutefois, il faut noter
qu’aucun plan n’est de type pluricellulaire complexe, c’est-à-dire avec des pièces
desservant plusieurs autres pièces. Ce niveau de complexité du plan n’est présent que
dans les palais976.
976
2ème partie, chapitre I, B, 1.
224
de marches d’accès, de seuils, de portes à crapaudine, de cupules… Néanmoins, les
habitats en grotte et les maisons-fosses restent très rares. À l’inverse, la maison
barlongue à cour continue d’être très employée, notamment dans les zones semi-arides
(Marajim, Tel Halif). Elle offre en effet des solutions optimales aux besoins et aux
activités essentiels des hommes et de leurs animaux. Le plan barlong tel qu’il est connu
au Chalcolithique se perpétue donc au Bronze ancien, avec cependant quelques
changements : les cours deviennent plus petites, voir inexistantes dans certains sites et
les pièces possèdent des bancs construits le long des murs. De plus, l’usage de supports
intermédiaires permet aux pièces d’être plus grandes977. Et pour les maisons ne
possèdant pas de cour, de nombreuses activités doivent se déplacer à proximité
immédiate de la maison. Mais, dans ce cas, les habitants ne profitent plus ainsi de
l’intimité que procure la cour.
977
Porat, 1992, p. 46.
978
Miroschedji, Sadek & al., 2001, p. 100-104.
979
Braun, 1996a, p. 31.
980
Herzog, 1997, p. 42-43.
225
La transition entre le Bronze ancien II et III est marquée par une « crise » et la
disparition de nombreux sites. Néanmoins, au Bronze ancien III, les phénomènes
d’urbanisation et de concentration des populations se poursuivent et de nouveaux sites
se fortifient comme Tell el-Hesi ou Tell es-Sakan. À l’intérieur de ces sites urbanisés, le
plan rectiligne reste toujours majoritaire. L’époque marque l’apparition de l’architecture
monumentale planifiée.
L’étude s’attachera à décrire, dans un premier temps, les palais, puis les temples
et enfin le cas particulier du Bâtiment aux cercles de Beth Yerah.
226
#(
Le palais est un édifice monumental, siège d'une institution publique où se
déroule l'exercice du pouvoir. Mais, en raison des spécificités de la Palestine au
3ème millénaire (absence d’écriture, petite échelle géographique, nature de son
urbanisation), les identifications absolues des palais sont rares, incertaines, voire
erronées pour certaines. Néanmoins, cela ne doit pas nous empêcher de les étudier et de
chercher à reconnaître une série de critères typiques. Pour cela, il ne faut toutefois pas
chercher à étudier les palais palestiniens en fonction de critères employés en
Mésopotamie, en Égypte, en Anatolie ou dans la région égéenne981. Il faut chercher à se
baser sur des critères locaux en lien avec le développement de la tradition architecturale
palestinienne. Ainsi, précedemment, l’étude des grandes maisons du Bronze ancien I
(bâtiment M-3 de Beth Shean, bâtiment n° 9 de Palmahim Quarry, bâtiment 7102 de
Tel Erani) a montré que le besoin de stockage centralisé et en grande quantité était
apparu dans des maisons dont les dimensions et le plan se distinguaient nettement du
reste du bâti. Ces besoins de stockage ont dû s’intensifier au Bronze ancien II et III avec
l’urbanisation et le regroupement de plus en plus de population dans les sites fortifiés.
De ce fait, les premiers critères d’identification doivent être basés sur les dimensions.
Le palais Bronze ancien doit être nettement plus grand que le reste du bâti alentour.
Puis, comme il regroupe plusieurs fonctions – au minimum : stockage, siège d’un
pouvoir et habitation – il doit comporter plusieurs secteurs dont les différences peuvent
se lire dans le plan.
981
Nigro, 1995, p. 327-328.
982
Nigro, 1995, p. 413.
227
palais983, ou un proto-palais984. L’ensemble se compose d’une pièce barlongue centrale
(4050) entourée de pièces plus ou moins grandes réparties dans un espace en partie
clôturé par des murets (pl. 54). Le tout a une superficie totale de 925 m2. La pièce
centrale (4050) possède une sorte d’antichambre et des bancs longent ses quatre murs,
elle mesure 4,1 x 7,3 m et sa superficie interne est de 30 m2. À l’intérieur, une stèle
portant deux figures anthropomorphes a été retrouvée. Selon R. Amiran, cet ensemble
était un grand complexe fermé de type palatial, composé de pièces interconnectées, de
cours et de passages. La grande pièce avec une antichambre et deux cours formaient le
noyau du palais. Les pièces, les cellules et les cours contenaient d’importantes traces
d’activités de stockage et de cuisine ainsi que des grands bassins monolithiques985.
Cet ensemble de bâtiments ne peut pas non plus constituer une unité domestique
destinée à une élite car les dimensions des pièces sont dans la moyenne du reste des
maisons d’Arad et l’ensemble ne se distingue pas nettement du reste du bâti. Ainsi, la
pièce centrale mesure 30 m2 et les dimensions des pièces principales des maisons
décrites dans le catalogue des sites sont pratiquement identiques (maison 2 : 14,3 m2;
maison 3 : 26,1 m2; maison 4 : 25,8 m2; maison 5 : 24,6 m2) voire même plus grande
pour un cas (maison 1 : 34 m2). Il n’y a pas de différence non plus dans le soin apporté à
la construction. Les murs dudit palais mesurent 0,70 m de large, comme ceux des
maisons. En outre, les supposés grands murs de clôture au sud, au sud-est et au nord-est
ne forment pas un ensemble. Ils mesurent respectivement 0,70, 0,50 et 0,25 m de large.
Ces murs et murets ne font certainement pas partie du même mur de clôture. Ils devaient
appartenir à trois unités d’habitations distinctes. Pour résumer, sur la planche 54, le plan
983
Amiran, Ilan & al., 1996, p. 142, pl. 69, 70, 85, 86.
984
Nigro, 1995, p. 413.
985
Amiran, Ilan & Aharoni, 1993, p. 77-78.
228
du chantier T, niveau II a été repris, les possibles différentes unités qui composent le
« palais » ont été représentées en grisé (fig. 1).
Enfin, à Tell es-Sa’idiyeh au Bronze ancien II, les fouilleurs identifient aussi
comme un complexe palatial, l’ensemble d’espaces qui entourent la scullery, dans le
chantier 1, niveau L2 (pl. 138). Ce palais se composerait de plusieurs ailes dévoluent à
la production de textile, de vin et d’huile d’olive986. Cependant, il n’est pas prouvé que
toutes les pièces du « palais » fassent parties du même bâtiment (fig. 2, pl. 136,
pl. 137)987. De plus, le matériel retrouvé à l’intérieur, moins d’une quinzaine de jarre de
stockage dans la pièce enterrée, n’indique pas clairement l’existence d’une grande
capacité de stockage.
986
Tubb, Dorrell & al., 1997, p. 20, 55-65.
987
Genz, 2010, p. 49.
988
Ibrahim & Mittmann, 1987, p. 6.
989
Ibrahim & Mittmann, 1994, p. 14.
229
avec deux bases de colonne (R16) qui mesure 21 m2. Elle est beaucoup plus
petite que la pièce à base de colonne du secteur B0.10. La grande majorité des
céramiques se concentraient dans le secteur B0.8. Ce dernier contenait
également, un grand nombre d’installations liées au stockage et à la préparation
des aliments, ainsi que de très nombreux pithoi et des jarres de stockage de
moyenne capacité990.
• Dans le secteur B0.7, les pièces sont de même type que dans le secteur B0.10,
avec des murs de 1,25 m de large et de grandes pièces. Selon les archéologues,
cet ensemble de pièces avait un usage administratif. Il est possible que le vaste
espace situé au nord-ouest de la zone soit une cour. En effet, aucun mur ne
semble le diviser.
Cette zone se compose donc d’unités très différentes autant du point de vue de
l’orientation que la qualité de la construction. Ainsi, les murs des secteurs B0.7 et B0.8
sont orientés NO/SE tout comme la rue adjacente S0.4, à l’inverse, le quartier B0.10 est
orienté N/S. Cependant, malgré leur orientation presque similaire, les secteurs B0.7 et
B0.8 ne sont pas contemporains. En effet, ils sont séparés par un espace étroit et un
deux murs distincts. Le secteur B0.8 est aussi plus récent que le secteur B0.10 car ses
murs viennent buter contre les murs bien construits de B0.10. Au final, on obtient
l’image d’un bâtiment composite obtenu par agglutination de plusieurs unités
construites à des momets différents991. Ainsi, en calculant la surface moyenne des pièces
de chaque zone, on observe qu’en moyenne, une pièce de B0.7 mesure 44 m2 ; une pièce
de B0.10 : 34 m2 ; une pièce de B0.11 : 23 m2 et une pièce de B0.8 : 16,7 m2. Les
secteurs se différencient donc aussi par densité de leur architecture. L’importance de la
superficie des pièces de B0.7 s’explique sans doute par la présence d’une cour. Dans le
cas de B0.10, l’importance de la superficie liée, la grande largeur des murs et le soin
apporté à la construction permettent de déduire que cette zone avait une fonction de
réception. À l’inverse, la faible surface des pièces de B0.8, la présence de nombreux
tessons et d’installations indiquent que la zone servait au stockage, en lien avec des
activités économiques. La fonction du secteur B0.11 reste encore à déterminer, car il a
été peu fouillé992. Au final, ce secteur qui a pu servir de palais semble n’avoir pas été
conçu dès le début comme tel. Il est possible qu’en fonction de l’évolution des besoins
et des fonctions, les hommes ont regoupé des unités architecturales différentes et en ont
construit de nouvelles. Il n’y a pas eu de planification d’ensemble.
990
Genz, 2002, tabl. 60.
991
Communication personnelle de P. de Miroschedji.
992
Genz, 2002, p. 95.
230
ii. Megiddo
Le bâtiment 3177 de Megiddo se trouve dans la zone d’architecture
monumentale du tell, entre l’autel circulaire et le mur d’enceinte, à proximité de la zone
des temples (fig. 2, pl. 120). Fondé au Bronze ancien IIIB (environ 2 550 avant J.-C.), il
a été occupé au niveau XVI (le niveau XVII représente son niveau de fondation). Le
bâtiment n’a pas été complètement fouillé, mais en incluant tous les espaces autour du
palais, la superficie totale fouillée avoisine les 600 m2. La fondation du palais résulte
d’importants travaux de planification liés à l’expansion du site et à la reconstruction
d'une partie de la zone sacrée. La forme générale du plan est déterminée par les
constructions de soutènement érigées afin de corriger l'écart de niveau entre la zone
sacrée, située plus à l'ouest et les murs de la citadelle à l’est993.
Chaque aile possède une cour (6 et 10) et une courette à galets qui pouvait servir
de puits de lumière (1 et 9). Dans la cour 6, un système d’évacuation des eaux se
compose d’une canalisation qui passe sous les galets et la traverse de part en part. Enfin,
il semble difficile de passer d’une aile du bâtiment à l’autre et chacune possède son
propre système de circulation entre les pièces. Il semblerait même que l’accès à chaque
aile se faisait d’un côté différent : l’accès à l’aile ouest par le sud-ouest et l’accès à l’aile
est, par le nord.
Dans le tableau ci-dessous sont rapportées les dimensions des pièces995, ainsi
que leur localisation et leur usage supposé (pl. 122) :
993
Nigro, 1995, p. 335.
994
Kempinski, 1989, p. 155.
995
Les mesures ont été effectuées sur les plans publiés.
231
Pièce n° Type de pièce Dimensions (en m) Superficie en m2 Aile du Palais
1 Courette à galets 2,80 x 2,50 7 Ouest
2 Couloir et antichambre 23,27 x 0,93 / Ouest
3 Pièce fermée 5,20 x 3,40 17,80 Est
4 Pièce fermée 4,30 x 1,70 7,40 Est
5 Pièce fermée 4,30 x 6,90 29,70 Ouest
6 Grande cour 10,35 x 10,35 107 Est
7 Pièce fermée 8,62 x 2,58 22,24 Est
8 Pièce fermée 9,48 x 6,03 57,20 Est
9 Courette à galets 3,44 x 3,44 11,86 Est
10 Grande cour 10,35 x min. 9,48 min. 98,02 Ouest
11 Couloir et antichambre 13,70 x 0,86 / Est
12 Pièce fermée avec 7,75 x 7,75 60 Ouest
resserre
13 Pièce fermée 6,89 x 3,44 23,70 Ouest
14 Cage d’escalier ? 5,17 x 1,29 6,67 Ouest
15 Pièce fermée 4,31 x 3,44 14,82 Ouest
16 Pièce fermée 1,72 x 1,29 2,22 Est
17 Pièce fermée ? 7,5 x 3,1 23,51 Ouest
Tabl. 17 : Superficie des pièces du Palais 3177, niveau XVI
(En grisé : les pièces de l’aile ouest, en blanc les pièces de l’aile est)
L’étude du plan montre que le bâtiment possède des couloirs étroits, d’environ
un mètre de large, soit l’équivalent de deux coudées. Les deux cours 6 et 10 avaient
peut-être à l’origine les mêmes dimensions et étaient toutes les deux de plan carré,
comme le propose la reconstitution de Z. Herzog (pl. 122). La superficie des pièces est
très variable entre 2 et 60 m2. Les pièces 5, 7 et 13 ont une superficie supérieure à 20
m2, et les pièces 8 et 12 une superficie supérieure à 55 m2. Une telle disparité s’explique
par des utilisations très différentes : du simple stockage, aux pièces d’apparat et de
réception. La pièce 12 est la plus grande, elle comporte une petite resserre. Enfin, la
forme étroite et longue de la pièce 14 semble évoquer une cage d’escalier et donc peut-
être la présence d’un étage.
Les murs du Palais 3177 présentent différents modules de taille. Les murs
externes mesurent 2 m de large et les murs intérieurs mesurent entre 0,65 et 1 m de
large. En se basant sur la situation observée à Tel Yarmouth et notamment sur le Palais
B1, P. de Miroschedji a appliqué une grille de planification basée sur la coudée de 0,52
m (pl. 8). Le résultat montre de nombreuses correspondances entre la grille et les
épaisseurs de murs et les largeurs de certains espaces et corridors996. D’autres
caractéristiques architecturales sont également partagées entre les deux palais, ainsi, les
sols des pièces sont chaulés et ceux des cours sont pavés de galets, une des spécificités
de cette époque997. Les galets mesurent rarement plus de 8 cm et sont enchâssés dans un
enduit blanc, il y en a notamment dans les pièces 6, 9 et le passage 2.
996
Miroschedji, 2001b, p. 483-486.
997
Aharoni, 1993, p. 1005.
232
À l’intérieur de la cour 6, un espace de 1 x 2 m est dépourvu de dallage de
galets. C’est peut-être la trace en négatif d’une installation aujourd’hui disparue. Dans la
pièce 5 se trouve une fosse creusée et une base de colonne ronde, polie, en calcaire,
identique à celles trouvées dans les temples du niveau XV. Son sommet est retaillé en
cercle plus étroit que celui de la base. Dans le corridor de l’aile ouest, un escalier mène
à la zone des temples. Une rue pavée de 2 à 3 m de large court entre ce bâtiment et la
muraille.
Très peu de maisons ont été dégagées à Megiddo, et encore moins sont décrites
dans les publications archéologiques. Il est donc difficile de caractériser les
particularités de l’architecture monumentale en se fondant sur une comparaison avec
l’architecture domestique. Cependant, le caractère monumental de ce bâtiment semble
indubitable en raison des dimensions, du soin apporté à la construction et de son plan.
En effet, il se compose de deux ensembles de pièces fonctionnellement différents, mais
combinés dans un seul plan. Le système de circulation fondé sur deux couloirs centraux
flanqués de plusieurs pièces, correspond parfaitement à la nécessité de développer le
bâtiment dans l'espace réduit que se situe entre les murs de la citadelle à l'est et le
terrassement de la zone sacrée à l’ouest. De ce fait, le plan reste très dépendant du
contexte urbain, et il ne peut donc pas montrer l'adoption d'un type particulier.
Toutefois, la conception en deux parties tend, selon L. Nigro, à distinguer le secteur
privé et résidentiel (ouest) du public / de la réception (est). Cette conception se retrouve
aussi plus tard dans les palais du Bronze Moyen érigés dans la même zone998.
Le Palais B2 a été dégagé sur une surface d’environ 1 750 m2 mais ses limites
exactes ne sont pas connues1001. Le bâtiment a été construit sur une terrasse
partiellement artificielle, formée par un remblai de terre accumulé au nord-est (fig. 2,
998
Nigro, 1995, p. 413.
999
Miroschedji, 1993a, p. 833.
1000
Miroschedji, 2000b, p. 686.
1001
Miroschedji, 2006, p. 58.
233
pl. 149). Les fondations des murs atteignent 1 m de profondeur, les assises supérieures
ont été arasées lors de la construction du Palais B1. Les sols se situent à 0,20 m sous
ceux du Palais B1. Une vingtaine de pièces ont été identifiées, dont deux courettes à
galets et une canalisation. Peu de matériel a été retrouvé à l’intérieur des pièces et la
céramique retrouvée est semblable à celle du Palais B1. Selon, P. de Miroschedji, cette
séquence stratigraphique montre que peu de temps s’est écoulé entre la construction des
deux constructions1002.
i.1 Superficie
Le Palais B1 mesure 84,5 x 73 m. Sa construction se fonde en partie sur des
constructions plus anciennes, mais surtout sur une vaste terrasse artificielle1003, comme
nous l’avons vu dans le paragraphe consacré aux terrasses au Bronze ancien III1004.
Une unité de mesure a été utilisée afin de d’établir une grille qui a permis de
planifier sa construction. Son emploi a été identifié dans la construction des murs (de
quatre types d’épaisseur : murs d’enceinte à saillants, murs de façade, murs intérieurs et
cloisons), des portes et des contreforts. L’unité de mesure employée correspond à la
coudée de 52,50 cm (pl. 154). De plus, l’angle ouest du complexe est un angle droit
presque parfait et les murs périphériques sont rectilignes1005.
1002
Miroschedji, 2000b, p. 688.
1003
Miroschedji, 2003, p. 156*-159*.
1004 ère
1 partie, chapitre I, A, 1, c.
1005
Miroschedji, 2003.
234
Les dimensions des principales pièces identifiées du Palais B1 (pl. 151):
Les dimensions des espaces du palais se répartissent sur une très vaste fourchette
qui va de 5 à 2 440 m2. Deux principaux types de superficie peuvent être distingués : les
espaces dont la superficie varie de 5 à 65 m2 et ceux dont la superficie va de 200 à 2 440
m2. La seconde catégorie ne concerne que les grandes cours du palais et la salle
hypostyle. La seule cour de petites dimensions est la courette à galet 1637, qui est d’un
format comparable aux grandes pièces de stockage qui l’entourent et dont elle devait
représenter le puits de lumière. La salle hypostyle se différencie nettement du reste des
pièces couvertes, en raison de ses dimensions exceptionnelles et de son mode de
couverture qui repose sur 12 colonnes réparties en trois rangées de quatre bases. Dans le
cas des espaces dont la superficie varie entre 5 et 65 m2, les deux plus grandes
superficies sont celles des deux pièces de réception (2051 et 2011), qui mesurent
respectivement 51 et 65 m2. Cependant, la superficie de la pièce 2051 a été reconstituée
par le fouilleur en se basant sur l’usage de la coudée.
235
Les pièces de stockage sont de toutes les tailles : de 5 à 46 m2, leur superficie
devait conditionner le type de biens stockés à l’intérieur. Il semble que des modules de
taille d’espaces peuvent être distingués: 9-10 m2, 13 m2, 21 m2. La fonction de stockage
est démontrée par l’abondant matériel archéologique retrouvé à l’intérieur du palais
(fig. 2, pl. 150). Les formes céramiques sont les mêmes que dans le chantier domestique
G, mais le répertoire est plus limité comprenant essentiellement des céramiques de
stockage (jarres, pithoi, bassins), au total près d’une centaine de pithoi complets ont été
dégagés. Les céramiques de stockage ont été retrouvées en grand nombre dans certaines
pièces qui devaient servir exclusivement au stockage des denrées. D’autres espaces ont
été retrouvés pratiquement vides, ils ont pu servir de zone d’habitat ou à d’autres
activités non liées au stockage. Ils ont aussi pu servir de zone de stockage pour des
matériaux périssables comme la vannerie1006. L’espace 91 a été interprété comme une
cuisine en raison de la présence de foyers tapissés de dalles de basalte.
À l’intérieur du palais, les sols des pièces sont en général chaulés, ceux des
courettes intérieurs sont pavés de galets, calés dans un mortier de chaux1008 et ceux des
grandes cours sont en terre battue. Le palais possède aussi un système de collecte et
d’évacuation des eaux de pluies avec des canalisations1009.
Deux grandes cours ont été identifiées, une très grande au sud et une plus petite
au nord-est. Les murs externes délimitant ces cours possèdent sur leur face interne une
série de redans. Leurs fondations se trouvent à une altitude plus élevée que celles des
murs auxquels ils sont accolés. Les redans possèdent à la fois un caractère décoratif,
mais ils servaient aussi à assurer la stabilité des très longs murs périphériques1010. Leur
forme et leur disposition très rapprochée rappellent les redans du mur d’enceinte du
temple ouest de Byblos où une enceinte à redans incorpore la source d’eau1011. À la
1006
Miroschedji, 1993a, p. 843.
1007
Miroschedji, 2000b, p. 690, 694.
1008
Miroschedji, 1993a, p. 839.
1009
Miroschedji, 2000b, p. 696.
1010
Miroschedji, 2003, p. 159*.
1011
Lauffray, 2008, p. 38.
236
période préamorite décrite par J. Lauffray (2 700-2 150), des redans sont liés au
parement interne du rempart septentrional B (fig. 1, pl. 83). Les redans ont une saillie
d’environ 2,70 m et leur largeur varie entre 3 et 3,50 m. Leur espacement est d’environ
10 m. Les pierres employées dans les angles sont plus grosses et mieux assisées que les
autres. Ces redans ont une hauteur maximale observée de 7,25 m. Ils sont chaînés à la
muraille, mais la plupart sont moins hauts qu’elle. Leur usage reste indéterminé vu qu’il
n’est pas défensif1012. De plus, la muraille comporte un angle droit.
1012
Lauffray, 2008, p. 291-293, fig. 155.
237
&* " &
Après une rapide description de ces constructions, les différences avec les
constructions domestiques sont frappantes. Tout d’abord, sur la question du lieu de
l’implantation, les palais sont construits à des endroits stratégiques et/ou symboliques.
Ainsi, le palais de Zeraqun est construit sur la ville haute, à proximité de la zone des
temples. De la même façon, le palais de Megiddo se trouve à proximité de la zone
cultuelle (fig. 2, pl. 120) qui est occupée par des temples depuis des siècles (temples des
238
niveaux J-2 et J-3)1013. Cette proximité entre les temples et le siège du pouvoir pourrait
être la preuve de l’intégration de hautes hiérarchies sociales1014. Enfin, dans le cas de
Tel Yarmouth, aucun temple n’a été identifié avec certitude, mais le palais se trouve à
proximité immédiate de la porte d’entrée principale de la ville, sur une terrasse
artificielle monumentale qui domine les habitations au nord-est sur un hauteur de près
de trois mètres. En outre, les sondages pratiqués à l’intérieur du chantier B révèlent que
le Palais B1 a été précédé par une autre construction monumentale dite Palais B2. Ce
dernier a lui-même été construit sur des vestiges d’habitations domestiques arasées,
appartenant au chantier G, niveau B-3, datés du Bronze ancien IIIC1015.
Les palais se distinguent aussi des constructions domestiques par le soin apporté
à la construction et la complexité des plans. Le soin se matérialise dans le type de mise
en œuvre employé sur les matériaux de construction, de la taille des pierres à la
confection de briques spécifiques, ainsi que par l’emploi d’unités de mesure. La
complexité se manifeste par l’emploi du plan pluricellulaire complexe qui n’est jamais
utilisé pour bâtir des maisons. De ce fait, dans les palais, les circulations sont contrôlées
et certaines pièces desservent plusieurs autres espaces. En outre, les palais ne
comportent souvent qu’une seule entrée à caractère monumental. Cette dernière est
marquée par un seuil large, et un ensemble de pièces de prestige. Ce système permet
une hiérarchisation de la circulation interne. Les plans des palais possèdent également
des infrastructures spécifiques, comme des systèmes de drainage et de collecte des eaux,
1013
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 50-53.
1014
Nigro, 1995, p. 414.
1015
Miroschedji, 2000b, p. 686-688.
1016
Nigro, 1995, p. 414-415.
239
des fondations profondes, des couloirs et des corridors. Ainsi, le palais de Megiddo
comporte même un système de deux couloirs en symétrie inversée, adjacents, chacun
débouchant sur un petit hall. Autre élément architectural rare, les palais possèdent des
cours intérieures et des puits de lumière. En effet, si la construction de cours devant les
maisons est très courante, en revanche, la construction de cour à l’intérieur du bâti
demande la possession d’un certain savoir technique. En effet, le Levant sud est une
zone qui connaît de fortes pluies saisonnières et même la neige durant certaines années.
Une cour construite au milieu de pièces doit donc posséder un système efficace
d’évacuation des eaux pour empêcher celle-ci d’inonder les pièces couvertes. C’est
pourquoi, les palais se distinguent aussi par la présence de systèmes d’évacuation des
eaux, construits sous le niveau des sols comme dans le Palais B1 et dans le Palais 3177
de Megiddo (fig. 2, pl. 120). Les cours, courettes et puits de lumière avaient un rôle
essentiel dans l’apport de lumière à l’intérieur des pièces. En effet, les rez-de-chaussée
des palais devaient être des zones particulièrement sombres. Enfin, les palais possèdent
aussi des particularités architecturales qui sont aussi connues dans l’architecture
domestique, mais qui sont ici réalisées sur une plus grande échelle, comme la salle
hypostyle du Palais B1 ou la présence d’un étage.
En outre, le très petit nombre de palais identifiés ne peut que nous interpeller.
Pourquoi des architectes capablent de maîtriser autant de savoirs longs à acquérir n’ont-
ils réalisé que deux ou trois bâtiments ? Il est possible qu’ils soient venus des régions
voisines comme l’Égypte ou le Levant du nord, mais cela n’expliquerait pas les
particularités « palestiniennes » de l’architecture de ces palais. Ainsi, on peut supposer
1017
Nigro, 1995, p. 409.
240
qu’il existe d’autres palais qui n’ont pas encore été dégagés ou qui ont disparu. En effet,
de nombreux sites fortifiés du Bronze ancien III n’ont été que peu dégagés.
'&
L’étude des temples en archéologie est une question épineuse, sujette à de très
nombreux débats. En outre, la situation est d’autant plus compliquée pour les périodes
sans écriture comme le Bronze ancien. En outre, au Levant sud comme dans d’autres
religions de l’Orient ancien, le temple est considéré comme la maison du dieu, son plan
reprend donc celui des maisons. Il faut encore ajouter à ces problèmes des découvertes
matérielles peu nombreuses et pas très éclairantes sur la question du culte. De ce fait,
depuis les débuts de l’archéologie du Levant sud, l’étude des temples levantins et de
leur identification a été un sujet longuement débattu. Ainsi, dès 1944, G. E. Wright
publie une première étude sur les temples palestiniens, suivie en 1949, par M. V. Seton
Williams qui fait une synthèse des connaissances fondée sur les résultats des fouilles de
grande ampleur qui avaient déjà eu lieu à Megiddo, Jéricho et Ai. En 1973, A. Ben-Tor
écrit un article sur la comparaison entre le plan des maisons et celui des temples. C’est
aussi en 1973 que S. Yeivin publie un article au titre évocateur : Temples that were not.
En 1980, M. Ottosson publie un livre intitulé Temples and Cult Places in Palestine.
Depuis, le sujet fait encore l’objet de nombreux articles dans des revues ou des
encyclopédies1018.
1018
Kempinski, 1992b ; Miroschedji, 1993d ; Alpert Nakhai, 1997a ; Sala, 2007a, 2007b.
241
& ) ) " *
Le problème de l’identification des temples se fonde d’abord sur la définition
que l’on en donne. Dans le glossaire des termes architecturaux de l’ouvrage de référence
The Architecture of Ancient Israel from the Prehistoric to the Persian Periods, édité par
A. Kempinski et R. Reich, en 1992, la même définition est donnée aux termes de temple
et sanctuaire, soit : « La demeure du dieu. Un bâtiment public pour abriter la divinité,
dans lequel la statue du dieu était érigée et dans lequel son culte et ses rites étaient
pratiqués »1019. Cette définition claire est cependant très difficile à mettre en pratique
lors de l’observation de plans de bâtiments, en effet, aucune statue de dieu du Bronze
ancien n’a jamais été retrouvée et il faut même ajouter qu’on ne connaît même pas avec
certitude les dieux vénérés à cette époque. De plus, les cultes et les rites sont
impossibles à identifier.
Selon J.-C. Margueron, aucun de ces critères est concluant en lui-même, seule
une convergence d’indices permet d’identifier un temple, car en l’absence de texte, il est
difficile de savoir si un bâtiment a été utilisé comme une maison ou comme un temple
et donc si un support maçonné est un autel ou une plate-forme1025. À travers la
présentation des bâtiments interprétés comme des temples, nous allons tenter de
déterminer quels critères peuvent être pertinents.
1019
Kempinski & Reich, 1992, p. 321.
1020
Rast & Schaub, 2003a, p. 157.
1021
Kempinski, 1992a, p. 58.
1022
Sala, 2007b, p. 61-63.
1023
Amiran, Ilan & al., 1996, p. 142.
1024
Vaux, 1961, p. 577.
1025
Margueron, 1997b, p. 165.
242
Schéma 4 : Les temples palestiniens supposés
243
& *
Selon M. Ottosson, la présence d’un temenos est le principal critère qui doit
servir à identifier un temple1026. Dans l'antiquité grecque, le téménos désigne l'espace
sacré, littéralement « l'espace découpé » pour la divinité. Il constitue un sanctuaire
lorsqu'il est délimité par une enceinte. Ces limitations spatiales peuvent prendre
plusieurs formes : bornes, clôture, mur, portique.
i. Bronze ancien I
Au Bronze ancien IB, plusieurs temples ont été identifiés à Megiddo. Ce sont les
temples des niveaux J-2, J-3 et J-4.
Toutes les bases de poteaux sont taillées et quatre sont de forme rectangulaire.
Elles sont toutes en basalte à l’exception d’une qui est en calcaire. Elles sont posées sur
un sol chaulé et calées à l’aide de petites pierres. Le bâtiment possède aussi une cour en
partie pavée de pierres gravées. Une jarre sans col, contenant des os de mouton a été
retrouvée enchâssée dans le sol, près d’une base de poteaux1027.
244
que la pièce 4050 était un sanctuaire en raison de sa localisation dans le secteur des
futurs temples, mais aussi de la forme de la pièce et de son contenu. En effet, la pièce
4047 était barlongue (4 x 12 m), face à l’entrée, contre le mur ouest, se trouvait une
plate-forme rectangulaire en briques recouverte d’enduit, interprétée comme un autel.
Au milieu de la pièce, quatre pierres plates étaient placées à des intervalles plus au
moins réguliers, elles devaient servir de bases de colonne. À l’est de ce bâtiment se
trouvait une vaste cour de 25 m de long. Le sol de la cour était pavé de pierres plates,
certaines étaient posées sur d’autres dalles et portaient des traces de réparations. Des
images d’hommes et d’animaux, surtout des scènes de chasse et des motifs décoratifs
étaient incisées sur les dalles des différents niveaux (fig. 2, pl. 118)1029.
1029
Kempinski, 1989, fig. 46.
1030
Marquet-Krause, 1949, pl. C.
1031
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2006, p. 37-49.
1032
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 53-65.
245
ii. Bronze ancien II
L’usage d’ancres dans un lieu de culte n’est pas unique au Levant. Ainsi, à
Byblos, un temple situé dans les zones 12/7, 8 (2 700-2 150 avant notre ère) était
accessible par un large escalier dont une des marches se composait d’une file de cinq
dalles en forme d’ancres posées à plat (fig. 3, 4, pl. 75)1034. Leur épaisseur maximale est
de 0,20 m. En raison de l’absence de taille sur leur face inférieure, il semblerait que ce
soient des simulacres d’ancres, taillées spécialement pour servir d’escalier. D’autres
exemples d’ancres dans des temples ont été mis au jour à Byblos, dans l’Enceinte sacrée
et dans le Temple aux Obélisques, ainsi que dans le temple de Ba’al à Ugarit et à
Chypre1035. Cet usage semble répandu ce qui indique que les ancres ne reflètent pas
forcément le culte d’une divinité marine.
De plus, cette interprétation religieuse peut être corroborée par le fait que cette
tradition d’édifier un autel ou un temple à l’entrée d’une ville se poursuit au Levant sud.
Ainsi, un sanctuaire contenant un veau en argent se trouvait dans le glacis même de la
ville d’Ashkelon, au Bronze moyen1036. Et à Lachish, un temple se retrouvait juste au
pied de l’angle nord-ouest du tel. Couramment appelé le Fosse Temple, il est daté du
deuxième millénaire avant notre ère, soit du Bronze récent1037.
Tous ces lieux de culte situés à la porte d’une ville – souvent puissamment
fortifiée – pouvaient être réservés aux visiteurs. Il est aussi possible qu’ils reflètent une
différence entre les divinités vénérées officiellement à l’intérieur des remparts et celles
vénérées par les villages alentours.
1033
Greenberg & alii, 2006, p. 236-237, fig. 6.2.
1034
Lauffray, 2008, p. 393.
1035
Lauffray, 2008, p. 395 ; Frost, 1991 ; Karageorghis & Demas, 1985.
1036
Communication personnelle de R. Voss.
1037
Ussishkin, 1993, p. 899-900.
246
ii.2 Le Temple de l’acropole à Ai
Le temple de Ai est de plan barlong (pl. 47, 48). Il se situe dans le chantier D,
sur le point le plus élevé du site, c’est pourquoi il est souvent appelé : Temple de
l’acropole. Il a eu une durée de vie de plusieurs siècles, construit au Bronze ancien II, il
est resté en usage jusqu’au Bronze ancien III. Les dimensions internes de la pièce
principale sont de 20,5 x 6,8 m. Les murs font en moyenne 2,10 m d’épaisseur. Ils
« sont construits de petites pierres plates appareillées par assises régulières évoquant le
type des maçonneries en briques »1038. Les pierres du mur sont ensuite recouvertes
d’une épaisse couche d’argile rouge mélangée à un dégraissant de paille, puis d’une fine
couche de chaux blanche qui recouvre aussi le sol1039. L’entrée, maintenant disparue à
cause de l’érosion, ouvrait apparemment vers l’est, peut-être sur une cour.
Une série de bases de poteaux est disposée dans l’axe longitudinal de la pièce
principale1040. Ces bases sont exceptionelles de part leur forme et leur facture. En effet,
elles sont constituées de grosses pierres dont le sommet est taillé en forme de
rectangulaire. Sous le niveau du sol d’occupation, elles sont calées sur un lit de pierres
épannelées en forme de briques. Les dimensions des sommets taillés sont aussi
remarquables. Du nord-est au sud-ouest, elles mesurent successivement 0,8 x 0,8 m ;
1,3 x 0,9 m ; 1,3 x 0,8 m et min. 1,1 x 0,9 m. Certaines dimensions sont récurrentes (1,3
et 0,8/0,9 m) ce qui n’est pas anodin, les constructeurs ont cherché à planifier les
dimensions de ces bases.
Au niveau III, le bâtiment est longé par un corridor au sud et à l’est. Le mur du
corridor a un angle arrondi au sud-est. À l’intérieur du corridor, des dalles de pierres se
situent le long des deux parois. Elles sont positionnées les unes en face des autres, de
manière équidistante. La petite pièce accolée au nord du bâtiment contenait huit grandes
jarres, des haches en pierre. Une dalle en calcaire dur, parfaitement taillée et polie était
insérée dans le sol.
1038
Marquet-Krause, 1949, p. 10.
1039
Callaway, 1993, p. 43.
1040
Marquet-Krause, 1949, p. 10-12, pl. VI-VII, XC.
247
iii. Bronze ancien III
Les bâtiments B0.1/4/5 ont été construits avec soin, ils sont de plan barlong.
Leurs murs sont particulièrement épais : 1,25 m de large. Les seuils sont larges, ainsi
celui de la pièce 1 du bâtiment B0.1 mesure 1,87 m de large. Dans le bâtiment B0.4, des
banquettes ou plates-formes sont construites le long des murs.
Dans les deux pièces du bâtiment B0.5, des bancs bas faits de pierres recouvertes
d’un enduit de chaux bordent les murs. De la vaisselle de pierre a été retrouvée à
l’intérieur. Les bâtiments B0.4/5 possèdent un hall largement ouvert sur l’extérieur et
qui semble délimité par des antes. Au contraire, le bâtiment B0.1 possède une pièce
arrière. La construction, le plan et les dimensions des bâtiments semblent avoir fait
l’objet de soins particuliers. Les bâtiments B0.1/4/5 possèdent chacun, deux bases de
colonne parfaitement placées dans l’axe longitudinal.
1041
Ibrahim & Mittman, 1989, p. 645.
1042
Genz, 2002, p. 94-96.
248
Le bâtiment B0.2 est aussi de plan barlong, mais il est plus petit que les autres
bâtiments du secteur. Il comporte de nombreuses installations en pierre : des plates-
formes, des silos… Sa proximité immédiate avec l’autel laisse penser que son usage
était en lien direct avec le service de l’autel.
Seule la moitié ouest du bâtiment B0.3 est visible, il appartient à une phase de
construction plus ancienne. Les bâtiments B0.6 et B0.13 sont de petites pièces
construites au sud-est de B0.5. D’après le tableau des formes céramiques identifiées
dans tous les bâtiments de la zone cultuelle de Khirbet ez-Zeraqun, le type de céramique
Kd – les très grandes jarres – n’a été retrouvé que dans la zone cultuelle et que dans la
resserre 10.3 de la grande cour centrale (pl. 162). C’est aussi là qu’a été retrouvée la
majorité des tessons mis au jour dans la zone cultuelle1043. Ainsi, selon H. Genz, les
bâtiments B0.1/4/5 sont des temples et le bâtiment B0.2 a servi d’habitation ou de
communs1044.
1043
Genz, 2002, tabl. 59.
1044
Genz, 2002, p. 96.
1045
Loud, 1948, p. 78.
1046
Loud, 1948.
1047
Kempinski, 1992a, p. 58.
249
L’entrée des temples se trouve dans un porche en face de leur mur nord. Le
porche est constitué des extensions de 5 m de long, des murs est et ouest. Le plan
intérieur des trois temples est pratiquement identique. Face à l’entrée, au centre du mur
sud, se trouve un autel carré. Au centre de chaque pièce, il y avait deux bases de
colonnes rondes, soigneusement taillées. Deux autres bases de colonne, à la lisière nord
du porche étaient alignées avec l’extrémité des murs.
Les deux temples ouest sont de taille à peu près équivalentes (5269 : 13,75 x 8,9
m ; 5192 : 13,6 x 8,9 m). Au sud et à l’est de ces temples se trouvaient les restes d’un
épais mur qui devait entourer les temples, au moins en partie. Le temple 4040 est
légèrement plus grand (13,7 x 9,6 m). Il est construit selon un alignement différent1048.
Les dimensions des temples résumées par G. Loud, ci-dessous montrent une grande
uniformité entre les dimensions des trois temples :
L’autel circulaire était clôturé par un nouveau temenos qui s’étendait jusqu’au
temple 4040. Le temple de Megiddo est un temple double, selon certains chercheurs
cela reflète les cultes d’une paire de divinités, peut-être mâle et femelle.
Cependant, ces trois temples n’ont pas été construits simultanément. D’après les
observations stratigraphiques de I. Dunayevsky et A. Kempinski, le temple 4040 a été
construit en premier, puis les temples 5192 et 5269 ont été construits ensembles, mais
dans un second temps1050. Ces observations sont confirmées par les études
métrologiques de P. de Miroschedji qui montrent que deux grilles de planification
(pl. 8) – chacune basée sur l’emploi de la coudée – différentes auraient été employées :
une pour le temple 4040 et une autre pour le temple double (5192, 5269)1051.
1048
Aharoni, 1993, p. 1006.
1049
Loud, 1948, p. 78.
1050
Dunayevsky & Kempinski, 1973, p. 165.
1051
Miroschedji, 2001b, p. 483.
250
Le fait le plus marquant dans les temples de Megiddo est qu’ils se situent tous
dans le même secteur du tell (fig. 2, pl. 121). Ils sont pratiquement tous construits les
uns au-dessus des autres et ce malgré le hiatus du Bronze ancien II où Megiddo cesse
d’être occupé. Malgré le fait que l’étude des orientations de bâtiments, a fortiori celle
des bâtiments cultuels, soit plutôt hasardeuse, il convient néanmoins de noter que les
orientations des temples sont pratiquement toutes identiques : vers l’est, ou dans un cas
vers le nord-est. Ce type d’orientation fait écho directement à la direction du soleil
levant, capital dans de nombreux cultes notamment sémitiques. C’est cette
superposition exceptionnelle qui empêche le dégagement complet des temples les plus
anciens (J-2, J-3 et J-4). Les temples J-2 et J-4 n’ayant d’ailleurs été identifiés que
tardivement, par la mission de l’Université de Tel Aviv. Cependant, même s’ils sont
moins bien connus, quelques données permettent d’établir des comparaisons avec les
autres temples déjà fouillés. Tout d’abord, tous les temples sont de plan barlong. Les
matériaux de construction restent les mêmes à toutes les époques, avec de larges murs
de soubassement soigneusement construits sur lesquels viennent se superposer des
superstructures en briques crues. Les bases de pilier sont soit en basalte et rectangulaires
aux périodes anciennes, soit en calcaire et rondes aux périodes plus récentes. Dans tous
les cas ce sont de gros blocs de pierre à la surface très bien taillée. De plus, quatre
temples sur six comportent à l’intérieur ou devant leur pièce principale une plate-forme
communément qualifiée d’autel par les archéologues. Du point de vue des dimensions, à
l’exception du plan J-4, les temples du Bronze ancien I sont plus petits que les trois
temples du Bronze ancien III, qui sont très uniformes. Le temple du niveau J-4 est à part
autant par son plan que par ses dimensions. Il ne semble pas faire écho à d’autres
temples du Bronze ancien au Levant sud et encore moins à d’autres temples du Bronze
ancien I (fig. 2, pl. 119).
251
le bâtiment barlong est un temple, il n’est pas isolé de l’autre bâtiment monumental plus
au sud et la limite ouest de la zone n’est pas marquée un mur de temenos continu. Pour
les archéologues, l’interprétation du secteur n’est pas encore définitive entre temple,
salle de réunion ou palais1052.
Après l’évocation de ces cas archéologiques relativement bien attestés, il reste
un grand nombre de bâtiments interprétés comme des temples mais pour qui le faisceau
d’indices n’est pas assez important pour être certain de leur interprétation. Leur analyse
se base généralement soit sur la forme du plan, soit sur leur aménagement, soit sur la
présence de pierres dressées.
i. Le plan barlong
Comme nous l’avons vu dans le paragraphe consacré au plan barlong, c’est un
plan multi-usages employé à la fois pour construire des maisons depuis le Néolithique
récent et pour construire des temples au Bronze ancien (Megiddo, Ai). Le fait que les
religions sémitiques voient le temple comme la maison du dieu explique les similarités
entre les plans des habitats et des sanctuaires. Ainsi, dans les faits, de nombreux plans
de temples sont barlongs, mais l’usage seul du plan barlong ne permet pas de qualifier
un bâtiment de temple.
1052
Al-Maqdissi & Braemer, 2006, p. 113-114, 121-122.
1053
Amiran, Ilan & al., 1996, p. 142, pl. 69, 70, 88, 89.
1054
Amiran & Ilan, 1997, p. 172.
1055
Taillée dans un bloc de dolomite, elle est de forme rectangulaire, légèrement concave sur sa face
orientale et courbe sur son autre face. Elle mesure 0,17 x 0,50 x 0,75 m. Elle est posée de chant et sa base
est enterrée sur 0,30 m dans le sol (Amiran, Ilan & al., 1996, p. 54, pl. 89).
252
interprétée comme un autel1056. Les petits temples jumeaux se composent des deux
halls : 4741 et 4107 + 4113. Construits au niveau III, ils sont légèrement modifiés au
niveau II avec la construction de bancs le long de certains murs. Dans l’angle nord de la
pièce 4741, sous le niveau du sol, un dépôt d’objets a été trouvé (locus 5103). Il se
compose de cinq poteries, de blocs de bitume et d’un marteau en pierre. Selon
R. Amiran, ils ont été déposés là intentionnellement et ils datent bien du niveau II et non
du niveau III, car ils n’auraient pas résisté à la destruction de la fin du niveau III1057.
Deux plates-formes en pierre, interprétées comme des autels, se trouvent dans la cour
située à l’est1058. Le temple simple est construit au niveau II, il se compose du hall
4830 + 4831. Des bancs sont construits le long de tous les murs.
Comme pour le cas de la zone palatiale, des doutes peuvent être émis à propos
de l’interprétation du chantier TT comme une zone cultuelle. Tout d’abord, il n’y a pas
de lien, entre tous les bâtiments barlongs. Une ruelle sépare les grands temples jumeaux
du reste des constructions. Ensuite, l’interprétation de toutes les plates-formes comme
des autels ne repose sur aucune information avérée qui permettrait de les différencier de
toutes les autres plates-formes trouvées en abondance à Arad. D’autre part, toutes les
pièces barlongues qui composent ce complexe ne se distinguent pas particulièrement du
reste des constructions du site à l’exception de quels traits architecturaux. En effet, il
faut noter que les murs du bâtiment 1894, sont particulièrement épais 1,70-1,80 m ce
qui est rare à Arad. À l’intérieur de ce même bâtiment se trouve une grande pierre
taillée retrouvée de chant à l’emplacement probable d’une base de pilier. Il est difficile
de déterminer exactement le rôle de cette pierre : massevah ou base de pilier.
Cependant, elle est taillée dans une pierre ne provenant pas des carrières situées à
proximité du site, elle a pu avoir une signification particulière. Néanmoins de le chantier
G de Tel Yarmouth, une orthostate/ massevah a aussi été trouvée dans un contexte
domestique. Enfin, le dépôt de fondation trouvé sous la pièce 4741 – si c’est réellement
un dépôt de fondation – a pu revêtir une importance symbolique. Mais, il y a peu
d’autres preuves matérielles qui permettent de justifier l’interprétation de ce lieu comme
une zone cultuelle.
1056
Amiran, 1978, p. 40.
1057
Amiran, Ilan & al., 1996, p. 55, pl. 31.
1058
Amiran, Ilan & al., 1996, p. 56-57.
1059
Miroschedji, 1988a, p. 35-43 ; 1988b, p. 200-203.
253
conservés jusqu’à 1,80 m au-dessus du sol. Le bâtiment possède deux entrées dans le
mur sud. La porte principale se trouvait au milieu du mur de façade ; mal conservée, elle
fait 1,25 m de large. La toiture était supportée par quatre poteaux reposant sur des
grandes dalles de pierre disposées en ligne axiale. Un enduit de chaux blanc recouvre
les murs et le sol. Il peut atteindre à certains endroits jusqu’à 0,15 m d’épaisseur. De
plus, la coudée de 0,52 m a été employée et le bâtiment comporte des angles droits.
Ainsi, s’il est vrai que l’architecture de ces deux bâtiments successifs tranche
avec le reste du bâti retrouvé à Bâb edh-Dhrâ’, à part le plan barlong rien ne vient
appuyer l’interprétation religieuse. Comme nous l’avons vu dans le paragraphe consacré
1060
Communication personnelle de P. de Miroschedji.
1061
Rast & Schaub, 2003a, p. 157.
1062
Rast & Schaub, 2003a, p. 328-334.
254
aux maisons pluricellulaires, certaines maisons peuvent être construites avec un soin et
une architecture plus recherchée que pour le reste des maisons.
Le temple originel F1 est un bâtiment de plan barlong (L. 500) qui possède des
murs externes de 1 à 1,20 m de largeur, ainsi que des bosselages sur les côtés de
l’entrée, situés au deux tiers de sa longueur. Les dimensions internes de la pièce
barlongue sont de 2,70 x 11 m. Elle comporte une niche (L. 562) située face à l’entrée,
ainsi qu’un banc et une dalle creusée de deux petites dépressions. La pièce est couverte
au moyen de piliers reposant sur quatre bases alignées le long de l’axe médian de la
pièce. L’entrée mesure 1,36 m de large et ouvre vers le sud sur une avant-cour pavée de
calcaire broyé. Dans l’avant-cour, face à l’entrée s’élève une plate-forme ronde dallée
de pierres (S. 510), de 0,35 m de hauteur et 2,50 m de diamètre. Au centre était placée
une dalle percée d’un trou. À l’ouest de l’entrée, un cercle de pierres se trouve calé dans
le sol.
1063
Nigro, 2007b, p. 359.
1064
Nigro, 2008.
1065
Nigro, 2009b.
255
retrouvées sur tous les sites palestiniens. De plus, en comparant les dimensions de
« l’autel circulaire » de Batrawy avec ceux de Megiddo et de Khirbet ez-Zeraqun, la
différence d’échelle est importante. Le premier (S. 510) mesure 2,50 de diamètre et ne
s’élève qu’à 0,35 m de hauteur, alors que les seconds mesurent respectivement 8 et 5 m
de diamètre et s’élèvent à 1,40 et 1 m de hauteur.
Cependant, le soin apporté à la pièce indique qu’elle a aussi pu faire partie d’une
maison et comme les « objets de culte » n’ont pas été retrouvés à l’intérieur, ils
n’étayent pas l’interprétation cultuelle.
1066
Vaux, 1961, p. 577, pl. XLI b, XLII.
1067
Sala, 2007b, p. 61-63.
256
ii.3 La pièce du niveau XA de Beth Yerah
Dégagée lors des fouilles de P. Bar-Adon, cet espace appartient au niveau XA. Il
est daté du Bronze ancien III A1068. De plan presque carré, ses dimensions sont
modestes : 4 x 3,80 m. La pièce comporte quatre bases de poteau, une en pierre et les
trois autres se composent de cercles de pierres plus ou moins complets. Les murs sont
peu épais : 0,50-0,60 m. L’entrée est particulièrement large, elle mesure 3 m1069.
1068
Kempinski, 1992b, p. 58, fig. 11.
1069
Sala, 2007b, p. 207.
1070
Mazar & Miroschedji, 1996, p. 6-7.
257
perdu leur sens cultuel une fois incorporés dans le bâtiment, même si certaines sont
réutilisées dans d’autres bâtiments. Les fouilleurs pensent que ce sont des pierres
mémorielles. Ils n’excluent pas la possibilité que ce soit un centre administratif1071.
Cependant, il est aussi possible que l’emploi de dalles de chant ne soit qu’une simple
technique de construction comme c’est le cas à Horvat Ptora (fig. 2, pl. 129)1072.
1071
Mazar & Miroschedji, 1996, p. 11-13.
1072
Milevski & Baumgarten, 2009.
1073
Forest, 1996.
258
Site Temple Datation Informations Surface Entrée
Plan Autel Bases de piliers (en m2) à/ au
Megiddo J-2 BAIB Plan - Deux rangées Estimé à : l’est
partiel, de 3 bases 85,25
avec une rectangulaires
cour pavée en basalte et en
calcaire : env.
0,53 x 0,36 m
Megiddo J-3 ou BAIB Plan Dans la Une rangée de 52,92 l’est
4050 partiel : pièce 4 bases
trois pièces principale rectangulaires :
avec une env. 0,45 x 0,92
cour pavée m
La pièce
principale
(4050) est
barlongue
Megiddo J-4 BAIB Plan Dans le Reconst. : 2 Longueur l’est
partiel : hall rangées de 4 min. 40
barlong bases
avec un rectangulaires
hall à en basalte : env.
poteaux 1,80 x 1
Ai Temple de BA II- III Plan ? Reconst. : une env. 140 sud-est
l’Acropole complet : rangée de 4
barlong, bases
cour ? rectangulaires
Kh. Ez- B0.1 BA III Plan Autel 2 bases 70,27 sud-
Zeraqun complet : externe circulaires en ouest
barlong rond ligne axiale
avec une
pièce
arrière
Kh. Ez- B0.4 BA III Plan Autel 2 bases 42,18 l’ouest
Zeraqun complet : externe circulaires en
barlong à rond ligne axiale
ante
Kh. Ez- B0.5 BA III Plan Autel 2 bases 62,88 nord
Zeraqun complet : externe circulaires en
barlong à rond ligne axiale
ante
Megiddo 4040 BAIII Plan Autel 2 rangée de 2 131,52 nord-
complet : interne et bases rondes en est
barlong à autel calcaire : 0,62
ante externe m de diamètre
rond
Megiddo 5192 BAIII Plan Autel 2 rangées de 2 121,04 l’est
complet : interne bases rondes en
barlong à calcaire : 0,53
ante m de diamètre
Megiddo 5269 BAIII Plan - 2 bases min. 122,37 l’est
complet : rondes en
barlong à calcaire : 0,53
ante m de diamètre
Tabl. 21 : Récapitulatif des données sur les temples identifiés
259
La répartition des temples est peu homogène, les dix temples du tableau ne
proviennent que de trois sites et six d’entre eux proviennent de Megiddo. Cependant,
d’un point de vue chronologique, les trois grandes phases du Bronze ancien sont
représentées.
Les temples palestiniens emploient aussi un type de plan qui n’existe que pour
l’architecture religieuse : le plan à antes. Toutefois, Megiddo et Khirbet ez-Zeraqun ne
sont pas les seuls sites du Levant sud à employer ce plan. Ainsi, son utilisation est
attestée à Byblos, par exemple dans le complexe cultuel du temple en L, dans la
Chapelle Orientale, dans le Champ des Offrandes ou dans l’Enceinte Sacrée. Le plan
des bâtiments du temple en L et de la Chapelle Orientale est presque carré. Il est très
comparable à celui des temples de Megiddo. La méthode de fouille employée à Byblos
rend toujours difficile l’établissement de comparaisons chronologiques avec les vestiges
trouvés en Palestine. Ainsi, M. Dunand date la construction du temenos du Temple L et
de la Chapelle Orientale à son niveau dit Installation VI ou V qui correspond à la
fortification du 3ème millénaire. Pour sa part, M. Saghieh après une révision de la
chronologie de Byblos propose de dater la construction des temples à antes du dernier
quart du 3ème millénaire (2 250-2 000 avant notre ère)1074. Cependant, la Chapelle
Orientale aurait été construite au début du Bronze ancien III et transformée en temple à
antes vers le milieu du 3ème millénaire avant notre ère. Enfin, en raison des similarités
planimétriques A. Kempinski pense que la construction des trois petits temples à antes
de Byblos est contemporaine de celle des temples du niveau XV de Megiddo (Bronze
ancien IIIB)1075. Enfin, selon M. Sala, la construction de la Chapelle Orientale doit être
datée aux alentours du milieu du 3ème millénaire, comme pour les bâtiments situés dans
1074
Saghieh, 1983, p. 23-24, 74-75.
1075
Kempinski, 1989, p. 177.
260
le complexe du temple en L. En résumé, le plan du temple à antes apparaît et en
employé à Byblos dans la seconde moitié du 3ème millénaire. Il se développe
parallèlement à des types de plans plus anciens comme celui du sanctuaire de la Baalat
Gebal1076.
D’autres temples à antes ont aussi été trouvés dans le nord de la Syrie et en
Haute-Mésopotamie. Ils datent également du milieu du 3ème millénaire. Les cas
proviennent notamment de Tell Chuera (Kleiner Antentempel, Nordtempel). Ils
appartiennent à la phase Chuera IC (2 600-2 450 avant notre ère) et datent de la
première urbanisation du site. D’autres exemples situés dans la Jézireh, au nord de la
Syrie, sont présents à Tell Halawa, Tell Qara Quzaq, Tel Kabir et Tell Matin1077. Les
plans des temples syriens ont plutôt tendance à se développer en longueur à la
différence des plans des temples palestiniens qui se développent en largeur. Seul Byblos
présente les deux types de plan. Cependant, les temples trouvés à Ebla et à Tell al-
Rawda présentent d’importantes similitudes avec les temples palestiniens.
Ainsi, le temple de Rawda est inséré dans un complexe cultuel qui comprend un
second temple ainsi qu’un enclos qui s’étend sur 60 m en avant des temples et qui
comporte de nombreuses pièces et installations. Le temple à antes a une surface de
192 m2, le petit temple de 64 m2 et l’enclos de 2 060 m2. En outre, les antes possèdent
même des petits retours et deux bases de poteau dans l’entrée comme sur le plan du
temple B0.5 de Zeraqun1078. À Ebla, trois temples à antes ont été identifiés
(temple HH4, le Temple of the Rock ou temple HH1, le Red Temple). Le Red Temple
possède une cella pratiquement carrée, son toit est supporté par quatre bases de poteaux
et il possède un porche relativement profond supporté par deux colonnes1079. Son plan
est très similaire à celui des temples de Megiddo.
1076
Sala, 2007b, p. 195-196.
1077
Sala, 2007b, p. 197, avec les références complètes.
1078
Il faut préciser que certains chercheurs (thèse non publiée de O. Al-Tounsi) contestent l’interprétation
des bâtiments à antes de Rawda comme des temples.
1079
Castel, 2010, p. 83-86.
261
Schéma 5 : Les temples à antes
Ainsi, durant la seconde moitié du 3ème millénaire avant notre ère, le plan à antes
constitue un élément majeur de l’architecture religieuse sur une très vaste étendue
géographique, qui va du nord de la Syrie, au nord de la Palestine et à la Transjordanie.
Ce plan semble avoir été adopté plus ou moins simultanément à Byblos, Megiddo et
Khirbet ez-Zeraqun1080. En outre, les temples de Rawda, Byblos et Labwe possèdent des
orientations similaires. Selon C. Castel, l’emploi de ce plan sur une si vaste étendue
géographique reflète l’existence d’un certaine « communauté culturelle » qui englobe
tout le Proche-Orient du 3ème millénaire, malgré des variations régionales. Cela pourrait
également refléter des références religieuses et des rituels communs1081. En outre, le
plan à antes constitue une nouveauté dans la typologie des plans palestiniens qui jusque
là étaient plutôt de forme barlongue. Cependant, son emploi n’est attesté que dans le
nord de la Palestine. Dans le reste de la région, le plan barlong reste en usage comme à
Ai, avec le Temple de l’acropole.
1080
Sala, 2007b, p. 200.
1081
Castel, 2010, p. 86.
262
iii. Plates-formes monumentales
Dans toutes les études consacrées aux temples palestiniens, le temple est la
maison des divinités. Leur alimentation représente donc un rite central dans les religions
sémitiques de l’ouest et elle se manifeste par la présentation des offrandes
sacrificielles1082. Ainsi, que ce soit à l’intérieur de la cella ou à proximité, certains
temples sont associés à des plates-formes interprétées comme des autels.
Dans le temple J-3 de Megiddo, contre le mur ouest, se trouve une plate-forme
rectangulaire en briques recouvertes d’enduit, interprétée comme un autel (fig. 3,
pl. 118). Dans un second temps, ce premier autel est recouvert par un second autel plus
grand. Le premier autel possédait une marche sur le côté sud, alors que le second autel
possédait une marche à l’est1083. Dans le temple du niveau J-4, la face nord du mur
96/07 comportait une niche et une plate-forme en pierre (fig. 1, pl. 119). Les
archéologues l’interprètent comme un autel situé dans le hall du temple. L’autel du
temple 5192 est en briques crues. Il est de forme rectangulaire (5,25 x 3,95 m) et
légèrement décentré par rapport au milieu de la pièce. L’autel du temple 4040 est en
pierre. Il est pratiquement de plan carré (env. 2,20 x 2,60 m) et conservé sur 1,05 m de
hauteur. Sa surface est chaulée, et quatre marches en pierres partent du côté est et
descendent jusqu’au sol. Entre l’autel et le mur ouest se trouve une autre plate-forme
plus petite (0,65 x 1 m, sur 0,30 m de hauteur).
1082
Alpert Nakhai, 1997b, p. 169.
1083
Finkelstein, Ussishkin & Halpern, 2000, p. 42.
1084
Ibrahim & Mittman, 1994, p. 14.
263
iiii. Le temenos
Nombre de temples ont la particularité d’être entourés, en tout ou en partie, de
murs externes qui délimitent un espace sacré ou temenos. Ainsi, à Ai, à l’ouest du
temple se trouve un mur composé de plusieurs segments, qui semble délimiter l’espace
du temple. Le mur suit en partie la ligne du rempart extérieur C. À Khirbet ez-Zeraqun,
un mur enclôt entièrement la zone cultuelle, il se compose de bouts de murs qui ferment
chaque espace entre les bâtiments (fig. 2, pl. 163). À Megiddo, les temples du Bronze
ancien III sont aussi entourés de murs. Les plans des temples du Bronze ancien I ne sont
pas entièrement dégagés, mais dans le cas du temple du niveau J-3, la cour semble
limitée par un mur (fig. 3, pl. 118). Le temenos sert à marquer une séparation entre
l’espace sacré et l’espace séculier. Il sert aussi à délimiter une cour, qui avait sans doute
une grande importance rituelle. En se basant sur les observations faites sur les temples
levantins plus tardifs, les cours servaient à la venue des sacrifices d’animaux, à la
présentation des offrandes du public, à l’immolation des offrandes et à la consommation
des repas sacrés1085.
Au final, le critère le plus déterminant qui a pu être identifié est la présence d’un
mur de temenos qui délimite un espace sacré. En effet, au troisième millénaire, le
temple n’est pas un lieu de rassemblement, c’est la demeure du dieu et n’y entrent que
les prêtres. De ce fait, les temples n’ont qu’une seule entrée et les cérémonies
collectives devaient se dérouler hors du bâtiment.
1085
Alpert Nakhai, 1997b, p. 170.
264
+ & : !8
! >
Au Bronze ancien III, sur le site de Beth Yerah, une construction monumentale
semble être dédiée entièrement au stockage. Située dans le chantier SA, elle est appelée
Bâtiment aux cercles ou grenier de Beth Yerah (pl. 80).
Le Bâtiment aux cercles repose sur les vestiges d’une maison du Bronze ancien
II qui a été arasée. Il a été construit en une seule fois et de manière planifiée. Les murs
de partition, à l’intérieur de chacun d’entre eux, sont orientés exactement selon les
points cardinaux1089. De plus, selon R. Greenberg et I. Paz, la coudée, telle que décrite
1086
Greenberg & al., 2006, p. 98-103.
1087
Maisler, Stekelis & Avi-Yonah, 1952, pl. 19A.
1088
Mazar, 2001, p. 452.
1089
Mazar, 2001, p. 449-452.
265
par P. de Miroschedji dans son étude du Palais B1 de Tel Yarmouth, a aussi été utilisée
pour le grenier de Beth Yerah1090.
Ainsi, tous les chercheurs ne sont pas d’accord pour dire qu’il a servi de grenier
collectif car aucun grain n’a été retrouvé à l’intérieur. Cependant, son plan très
spécifique et les parallèles avec des greniers égyptiens ou égéens laissent peu de doutes
sur le rôle de ce bâtiment. De plus, de par sa datation – Bronze ancien III – ses
dimensions et ses techniques de construction, ce bâtiment rappelle les grandes capacités
de stockage des palais.
1090
Greenberg & Paz, conférence au 6ème ICAANE à Rome, 2008.
1091
Mazar, 2001, p. 450-454.
1092
Greenberg & Paz, conférence au 6ème ICAANE à Rome, 2008.
266
& F *
L’étude fonctionnelle des espaces architecturaux doit distinguer trois situations.
D’une part, de nombreuses maisons sont monocellulaires ce qui implique qu’elles sont
multifonctionnelles. C’est ce que montre notamment l’exemple de Jéricho où une pièce
du Bronze ancien III contenait à la fois des céramiques, des lames de silex et de
faucilles, un mortier, un pilon, des fragments de parure, des pendentifs en coquillage, de
la nacre, des unités de poids, des fragments de scellement en argile et des ossements
d'animaux1093. D’autre part, l’étude des maisons pluricellulaires où certains espaces
commencent à avoir une fonction spécialisée comme dans la résidence égyptienne d’‘En
Besor, où R. Gophna reconnaît différents usages selon les ailes du bâtiment (cour,
boulangerie, stockage…)1094. Et enfin, l’analyse des palais montre clairement qu’ils
possédaient des secteurs d’activités distincts. Ainsi, à Megiddo, le palais se compose de
deux ailes au plan et à l’organisation comparables, mais qui ne semblent pas
communiquer.
1093
Marchetti & Nigro, 2000, p. 22.
1094
Gophna, 1993a, p. 393-395.
267
C &
Malgré leur présence évidente dans toutes les maisons, les activités liées au
couchage et à la réception sont quasiment impossibles à identifier dans les maisons.
Ainsi les archéologues utilisent surtout une démonstration qui se base sur l’absence de
découvertes dans un secteur donné pour y reconstituer la zone de couchage ou de
rassemblement de la famille. À Jebel Mutawwaq, dans les maisons 20 et 81 (fig. 2, 3,
pl. 127), la majorité des tessons de céramique se concentrent dans une des extrémités.
Cela suggèrerait la présence d’un secteur réservé aux activités domestiques et d’un autre
à la réception. La séparation entre les zones a pu être matérialisée par des constructions
en matériaux périssables, sauf dans la maison 81 où il existe un muret en pierres1095.
Pour E. Braun, fouilleur de Yiftahel, l’absence de découvertes dans le nord de la maison
IIA/2 démontre aussi que cela devait être la zone de couchage (pl. 159). De plus, les
traces d’activités domestiques variées comme les meules, un bassin en pierre et une
aiguille en cuivre sont regroupées au sud1096. Cependant, la faiblesse de ce genre de
démonstrations basées sur l’absence de découvertes, implique de rester prudent à propos
de ces hypothèses.
Il est aussi possible d’imaginer que les nombreux bancs retrouvés le long des
murs servaient de siège. Mais, selon O. Ilan, ils servaient plutôt d’étagères que de zones
pour s’asseoir, car à Arad des céramiques de petites et moyennes dimensions ont été
retrouvées sur ou au pied de ces bancs. En outre, d’après l’exemple ethnographique de
populations arabes vivant dans des habitats troglodytiques de la région des collines, au
sud de Hébron montre que les bancs servent aussi à stocker le jour les nattes de
couchage qui la nuit étaient dépliées sur le sol1097.
À l’opposé, de par leur fonction, les palais possèdent des secteurs de réception
beaucoup plus développés et spécialisés. Afin de comprendre le fonctionnement interne
de ces bâtiments, O. Aurenche a établi des parallèles entre les palais mésopotamiens des
3ème et 2ème millénaire et les palais et grandes demeures des notables du Moyen-Orient,
en contexte urbain, construits entre le 17ème et le 19ème siècle de notre ère1098. Ainsi,
dans le palais de Mari, comme dans les palais contemporains qui possèdent un étage, les
fonctions de réception, ainsi que les fonctions de réserve, de service ou de communs
s’exercent au rez-de-chaussée, tandis que les fonctions d’habitation se déroulent au
premier étage. De surcroît, en Iraq, il existe une séparation très nette entre le secteur
public de réception et le secteur privé. Cette séparation existe aussi bien dans la plus
simple des maisons rurales que dans la plus luxueuse des résidences urbaines1099. De
1095
Fernandez-Tresguerres Velasco, 2005, tabl. 1, p. 368.
1096
Braun, 1997b, p. 178.
1097
Ilan, 2001, p. 327.
1098
Aurenche, 1985, p. 347.
1099
Aurenche, 1985, p. 349-355.
268
plus, à Bagdad, ces deux fonctions se déroulent autour de deux cours différentes et la
cour de « réception » est plus grande que celle « privée ». Cette polarisation des
activités autour des cours n’est pas sans rappeler le plan du palais de Tel Yarmouth. En
outre, plus la taille et le prestige du bâtiment augmente, plus la séparation des fonctions
est nette et marquée matériellement par une séparation de blocs distincts. Enfin, la
circulation entre les blocs est assurée d’une manière telle que l’accès n’est pas direct,
afin que l’on ne puisse pas voir d’un secteur à l’autre.
1100
Miroschedji, 2006, p. 61.
1101
Miroschedji, 2006, p. 62.
1102
Aurenche, 1985, p. 351.
269
Quelques cas de pièces servant de cuisine ont été identifiés dans des maisons
pluricellulaires. Dans la « Maison des Jarres » de Tell el-Fârǥah, au Bronze ancien II, la
pièce 5 est interprétée comme une cuisine en raison de la présence d’un foyer et de
nombreuses céramiques (fig. 1, pl. 95). D’autres espaces de même type ont également
été identifiés sur ce site1103.
Par conséquent, très peu de pièces servant de cuisine ont été identifiées avec
certitude. En général, la pièce principale abrite en même temps les fonctions de repos,
de réception et de cuisine. De plus, installer un foyer dans la pièce principale permet de
la chauffer. Ainsi, à Arad, les pièces subsidiaires ne contiennent pratiquement pas de
foyer et ne semblent pas contenir d’autres systèmes de chauffage1104. Dans le cas de la
maison du niveau I d’En Shadud, un espace de broyage a aussi été identifié. Il se trouve
dans un des angles de la maison et se compose d’une surface plane sur laquelle de
nombreuses meules en basalte ont été mises au jour1105. Cependant, dans la grande
majorité des cas, les zones de cuisine sont identifiées grâce à la présence en grand
nombre de vaisselles. Ainsi, dans le bâtiment 1 du niveau III de Qiryat Ata, une épaisse
couche de sédiment jaunâtre issu de la décomposition des briques scellait une meule en
basalte et de nombreuses céramiques in situ1106. La majorité des céramiques étaient
localisées dans la partie centrale et dans la partie est du bâtiment. Le décompte des
céramiques par type a été appliqué au cas des habitats rectangulaires simples regroupés
en îlot du quartier G de Tel Yarmouth (niveau G-2). La jarre sans col représente la
forme la plus courante de céramique retrouvée. Elle sert à la fois à cuisiner et à stocker
la nourriture. De nombreuses formes sont liées au service et à la consommation des
mets comme les bols, les jattes, les plats et les écuelles. Les formes sont ouvertes et de
diamètre variable : du simple bol de quelques centimètres de diamètre, aux plats géants
qui peuvent atteindre 0,85 m de diamètre. En outre, de nombreuses jarres de tous
formats (petit, moyen, grand) peuvent servir au stockage des denrées de diverses sortes.
Huile, vin, bière et lait peuvent être aussi stockés dans des jarres avec une ouverture
large qui facilite le versage et un bord qui permet le scellement. Les cruches, cruchette,
1103
Miroschedji, 1976, p. 93-94.
1104
Ilan, 2001, p. 323-327.
1105
Braun, 1985, p. 68.
1106
Au minimum sept pithoi complets, de nombreuses jarres sans col de toutes les tailles, des bassins, des
bols et d’autres petites vaisselles.
270
petites jarres sont utilisées aussi pour le stockage de liquides en petites quantités. Leur
ouverture étroite permet de minimiser les pertes en cas de renversement. La présence
fréquente de bols avec des traces de suie indique leur usage en tant que lampe. Enfin, le
bassin est la seule vaisselle avec un bec. Les archéologues lui ont reconnu de nombreux
usages. Ainsi, il aurait pu servir à fabriquer de la bière, de l’huile d’olive1107, ou des
productions laitières1108. Mais dans les faits, ses fonctions réelles restent inconnues,
d’autant qu’à Tel Yarmouth, de nombreux bassins ont été retrouvés enterrés dans les
sols1109.
Dans les palais l’identification de la zone de cuisine est plus difficile, seul le
Palais B1 semble posséder une zone à usage domestique autour de la pièce 91 car elle
contenait des foyers.
1107
Ilan, 2001, p. 343.
1108
Genz, 2003, p. 65.
1109
Communication personelle de P. de Miroschedji.
1110
Kramer, 1979, p. 140-145.
1111
Golani, 2007, fig. 11-14.
1112
Greenberg & alii, 2006, p. 128, fig. 5.15.
1113
Schaub & Rast, 1980, p. 43-44.
271
B %
La capacité à stocker des biens est essentielle dans les habitats et plusieurs
éléments permettent d’identifier cette fonction, comme la qualité du sol, la présence de
céramiques de stockage, de restes organiques ou d’installations servant au stockage. Les
céramiques servant au stockage des denrées alimentaires sont essentiellement des
formes fermées (jarres) par opposition aux formes ouvertes qui servent plutôt à la
consommation de la nourriture. Ces installations de stockage peuvent se trouver à
l’intérieur de la maison ou à l’extérieur.
Très souvent les seules indications du stockage proviennent des tessons sans
qu’on ne puisse préciser s’il y avait un secteur de la pièce réservé à cette fonction.
Ainsi, à Tell el-Umeiri, dans le sud de la pièce 2, une grande quantité de poteries
écrasées ont été retrouvées in situ (fig. 3, pl. 147). Le corpus se composait de vingt-neuf
céramiques différentes identifiables, datées du Bronze ancien III, avec des grandes
vaisselles servant au stockage (cols hauts évasés), des jarres à col de taille moyenne, des
jarres sans col et des petites cruchettes, que des formes typiquement destinées à un
usage domestique. Cette pièce a dû servir à la fois de zone de stockage et de pièce à
vivre1115. De la même façon, à Tell Abu al-Kharaz, au Bronze ancien II (niveaux 11,
12), une cinquantaine de récipients ont été retrouvées in situ. Parmi ce matériel, il y
avait de nombreuses jarres remplies de grains. Dans la tranchée VII B (fig. 2, pl. 109),
un récipient en bois carbonisé a été retrouvé remplis de grains. La présence
exceptionnelle du récipient en bois prouve qu’il y avait sans doute une importante part
de denrées stockées dans des récipients en matériaux périssables, en bois comme en
tissu ou en vannerie. Du grain a également été retrouvé sur toute la surface de la pièce.
Au total, près d’1 m3 de grain a été retrouvé1116. Dans quelques cas, de véritables
installations sont aménagées ou construites afin de servir de zone de stockage interne
comme par exemple dans la maison ovale n° 2 de Qiryat Ata (fig. 2, pl. 134) où une
dépression naturelle a été recreusée et aménagée en chambre souterraine. Ce « cellier »
1114
Kempinski, 1992a, p. 75.
1115
Harrison, 1997, fig. 5.34-36, 5.16-18, 5.20-23, 5.26, 5.27, 5.30.
1116
Fischer, 1993, p. 284.
272
de forme plus ou moins rhomboïdale mesure 2,70 x 3 m et 1,20 m de profondeur. Il a
été retrouvé rempli de céramiques1117. Dans la maison barlongue 115-152 de Tel Dalit,
au niveau II1118, phase II a, un silo bien construit en dalles de pierre a été trouvé dans le
coin nord-est de la pièce (locus 155). Enfin, le stockage peut aussi se faire dans la cour,
comme dans la maison du niveau XIII de Beth Shean (loci L 1861, L 1848, L 1849)
(fig. 3, 4, pl. 73). En outre, la cour L 1861 comporte une vaste construction circulaire
faite de briques et de pierres, qui a pu servir à stocker du grain. De plus, dans la pièce
centrale (L 1848), de nombreux fragments de pithoi contenant des grains carbonisés ont
été retrouvés1119.
273
qu’une grenade entière brûlée. L’archéologue qualifie la pièce de scullery qui pourrait
se traduire en français par arrière-cuisine. Il remarque que si la position de la salle à
manger n’est pas connue, elle a pu être utilisée par onze personnes, car onze bols, onze
céramiques du type dit Abydos, onze lames en silex et onze pointes étroites en os ont
été retrouvés1122.
Des pièces riches en matériel ont aussi été trouvées à Numeira. Ainsi, la pièce 2
a dû servir de zone de stockage (fig. 1, pl. 128). Dans les loci 12 et 34, deux fosses
dallées et un silo en argile crue (locus 17) ont été retrouvés ainsi que des jarres de
stockage et des petites jarres disposées autour du silo. L’étude céramique montre que la
moitié de la vaisselle retrouvée provient de jarres sans col et de jarres de stockage1123.
D’une manière générale, beaucoup de pièces de stockage ont été identifiées à Numeira.
De nombreuses pièces semblent avoir servi uniquement au stockage de biens, surtout
alimentaires. Cependant, une des pièces a été retrouvée remplie de tissus carbonisés.
M. Chesson, qui a repris l’étude du site, estime qu’il y a un décalage entre la très petite
superficie du site – 1/1,5 ha – et l’importance de la surface dévolue au stockage. En
effet, comment un site si petit peut-il dégager des surplus si importants qu’ils occupent
plus d’un tiers de l’espace habitable ? Selon elle, l’importante capacité de stockage de
Numeira, sa petite superficie et l’importance de sa muraille sont indissociables du site
tout proche de Bâb edh-Dhrâ’. Numeira aurait fonctionné comme un site satellite, une
zone de stockage et de traitement pour Bâb edh-Dhrâ’1124. Cependant, le manque de
données publiées rend impossible la discussion de cette hypothèse.
1122
Tubb, Dorrell & al., 1997, p. 61-63, fig. 11-12.
1123
Schaub & Rast, 1980, p. 44.
1124
Chesson, 2008, conférence au 6ème ICAANE, à Rome.
1125
Les différents types de céramiques sont classés selon la typologie : bol (A), assiette/plat (B), bol
grossier à paroi verticale (C), bol à goulot (D), jarre sans col (E), jarre à bord (F), cruchon (G), cruche
(H), amphorisque (I), bouteille (J), petite jarre (Ka), jarre moyenne (Kb), grande jarre (Kc), très grande
jarre (Kd), pithos (L), formes exceptionnelles (support, couverture, vases doubles) (M), vases miniatures
(N) (Genz, 2002, p. 16)
1126
Les formes fermées étant les types E, F, G, H, J, K et L, soit les jarres, cruches, cruchons, bouteilles et
pithoi.
274
Bâtiment Total de formes Espace Nombre de Pourcentage de
fermées formes fermées formes fermées
B0.9 11 R3/4 (cour) 2 18 %
R6 (pièce couverte) 5 45,5 %
B1.2 26 R5/9 (couloir) 18 69 %
R6 (pièce dite de 1 3,8 %
stockage)
B1.3 70 R3/4 (cour) 38 54 %
R1/2 (pièces couvertes) 28 40 %
B1.4 10 R1 (pièce couverte) 7 70 %
R2 (pièce couverte) 3 30 %
B1.6 13 R2 (cour) 2 15 %
R4 (pièce dite de 6 46 %
stockage)
Tabl. 22 : La répartition des céramiques de forme fermées dans les zones d’habitat
De ce fait, dans le bâtiment B0.9, les formes fermées se situent plutôt dans la
pièce couverte ; dans B1.2 la très grande majorité des céramiques ont été retrouvées
dans le couloir alors qu’une pièce a été qualifiée de stockage ; dans B1.3 il y a plus de
céramiques dans la cour que dans les deux pièces couvertes ; dans B1.4 seules deux
pièces couvertes ont été fouillées et dans B1.6, la majorité des formes fermées ont été
retrouvées dans la pièce dite de stockage. Cela confirme l’existence de pièces de
stockage dans les îlots d’habitations. Dans le palais de Khirbet ez-Zeraqun, le secteur
B0.8 qui se compose de petites pièces construites avec peu de soin, était dévolu au
stockage et aux activités économiques. À l’intérieur, 47 vaisselles complètes ont été
dégagées. L’assemblage se composait de 16 jarres avec une contenance de 28 litres et
de 14 pithoi à la contenance maximale de 140 litres. H. Genz estime que 65 % de la
vaisselle de ce secteur servait au stockage1127.
Dans d’autres cas, ce sont les caractéristiques de la pièce qui peuvent démontrer
un usage comme zone de stockage. Ainsi, à Khirbet el-Mahruq, dans le chantier C,
niveau IV (fig. 4, pl. 114), le sol d’une pièce était pavé de briques et de nombreuses
graines carbonisées ont été retrouvées dessus1128. Dans le groupement d’habitats situés
sur le plateau nord de Jéricho, il semblerait que le plan absidal soit spécifiquement
réservé à la construction des pièces de stockage1129. Au Bronze ancien II, à Arad, la
plupart des maisons se composent d’une pièce principale et d’une ou plusieurs pièces
annexes. Généralement, il n’y a pas de passage entre les pièces principales et les pièces
subsidiaires. Toutes deux possèdent des ouvertures qui donnent sur la cour. Les pièces
1127
Genz, 2003, p. 68.
1128
Eisenberg, 1993b, p. 931.
1129
Nigro, 2007a, p. 15.
275
subsidiaires servaient de zones de stockage ou d’abris pour le bétail, spécialement en
hiver. En effet, les observations ethnoarchéologiques montrent que durant les mois
froids de l’hiver, les bédouins séparent les jeunes du troupeau afin de les placer dans un
abri chauffé. Ainsi, dans les collines d’Hébron, les pasteurs et leurs troupeaux
cohabitent en hiver1130.
Enfin, dans les palais le stockage est une composante essentielle du plan. De
véritables zones lui sont consacrées comme autour de la cour nord-est du Palais B1 de
Tel Yarmouth1132. Dans le palais de Zeraqun, les pièces plus petites du secteur B0.8 ont
servi à la fois de zone stockage et de zone d’activités économiques. De même, l’étude
des palais récents montre que le stockage occupe une surface très importante souvent
située en rez-de-chaussée. En outre, la zone est constituée de pièces pourvues d’un
minimum d’ouvertures, afin de limiter l’accès de la lumière et de l’air, susceptibles de
nuire à la conservation des denrées entreposées. Ainsi, un abondant matériel
archéologique a été retrouvé à l’intérieur du Palais B1. Les formes céramiques
comprennent essentiellement des céramiques de stockage (jarres, pithoi, bassins)
retrouvées dans des pièces réparties autour de trois côtés de la cour nord-est. Au total,
182 pithoi, 2 grands bassins, 2 bassins, 21 jarres ont été retrouvés dans les pièces de
stockage ou à proximité immédiate. Certaines pièces étaient encore remplies de jarres
de stockage (L. 1708, 1783, 1752, 1749, 1636) alors que d’autres ont été retrouvées
pratiquement vides. Cependant, P. de Miroschedji les a aussi interprété comme des
pièces de stockage car il a observé que la plupart des pièces de ce secteur fonctionnaient
dans le plan par paires (L. 1708+1783, 1752+1751, 1636+1749, 1626+1616,
1638+1619, 1632+1655). Ainsi, si une des deux pièces a été retrouvée vide, elle a pu
contenir des denrées stockées dans des contenants en matériaux périssables. D’autres
1130
Ilan, 2001, p. 326.
1131
Données issues des archives de la mission de Tel Yarmouth.
1132
Miroschedji, 2006, p. 61.
276
pièces situées sur le côté nord-ouest de la cour nord-est ont été identifiées comme des
pièces de stockage. Au total plus de trois cents pithoi ont été dégagés 1133. Dans le palais
de Bahreïn, chaque pièce abrite une catégorie particulière de marchandises1134. Enfin,
selon J.-C. Margueron, tous les biens stockés dans le palais ne sont pas gardés pour de
futurs besoins, ce sont les salaires qui sont distribués aux personnels du palais1135.
277
moderne. Des expérimentations ont démontré que ce type de dispositif permet de
stocker des grains pendant une période d’au moins six mois1144.
Le stockage dans des grottes est plus rare. Le phénomène a principalement été
identifié sur le site de Givat Qesem où trois grottes réservées au stockage ont été
retrouvées (BA IB) (pl. 97). La grotte 1 est une chambre creusée dans le rocher
mesurant 3,10 m de diamètre, sur une hauteur maximale de 1,50 m. L’accès se faisait
probablement par un puits vertical non préservé. À l’intérieur, des tessons de céramique,
des éclats de silex et des ossements d’animaux ont été dégagés1145. Le puits d’accès de
la grotte 2 est préservé, il mène à une chambre en forme de cloche qui mesure 2,40 m de
diamètre et 1,90 m de hauteur. Le puits d’accès (L300 : diamètre 0,80 m, 1,80 m de
long) était rempli de petites pierres et de terre, les fouilleurs n’ont pas pu déterminer si
c’était dû à l’érosion ou si le remplissage était intentionnel. Un passage (L303)
mesurant 1,70 m de long et 0,70 m de haut, conduit à la grotte n° 31146. L’entrée
principale se faisait par un puits creusé dans le rocher1147. Le répertoire céramique
retrouvé dans les trois grottes est caractéristique de la culture du Bronze ancien IB. Ces
grottes servaient probablement de zone de stockage collectif pour un établissement situé
à proximité.
1144
Yekutieli & Gophna, 1994, p. 166, fig. 3.
1145
Sklar-Parnes & Eisenberg, 2007, p. 1*, fig. 2, plan 1.
1146
Sklar-Parnes & Eisenberg, 2007, p. 3*, fig. 3, plan 2.
1147
Sklar-Parnes & Eisenberg, 2007, p. 3*, plan 2.
1148
Dothan, 1957, p. 218-220 ; 1959, p. 13-17, 21-23.
278
maisons semble indiquer que ce type de stockage n’était pas organisé par une autorité
centralisatrice.
#
Dans les bâtiments étudiés, le large éventail de matériel archéologique identifié
reflète la pratique de nombreuses activités, souvent réalisées de manière indifférenciée,
dans le même espace. Ainsi, les artefacts retrouvés sur le sol attestent que la maison a
été, entre autre, le lieu de productions diverses comme le textile, les bijoux, la
céramique, les objets en silex ou en métal.
Seuls quelques fours de potiers ont été retrouvés, cependant ils semblent plus
liés à l’activité de spécialistes et d’ateliers qu’à celle de maisonnées. Ainsi, à Tell el-
Fârǥah, un four à céramique se trouvait dans le locus 2711150. À Beth Yerah, au niveau
9B, les vestiges de la pièce 610 (fig. 1, pl. 77) semblent indiquer que la zone a servi
d’atelier de poterie, en raison de la présence d’un groupe d’objet en argile crue
(fragments de bols, bouts de colombins, des pains d’argile pétrie), et d’une tournette
(EY 196)1151. Ainsi, les productions à usage domestique devaient être cuites dans des
foyers ouverts qui ne laissent pas de traces.
1149
Seger & al., 1990, p. 9-18, fig. 9-18.
1150
Vaux, 1955, p. 559.
1151
Greenberg & alii, 2006, p. 353-354.
279
À Tel Yarmouth, le chantier H est aussi interprété comme une zone d’activités
artisanales, en raison du grand nombre d’installations en pierre et de céramiques
grossières (pithoi et bassins) trouvés1152.
Aucun secteur artisanal n’a jamais été décrit à l’intérieur d’un palais. Selon
J. C. Margueron, il n’y en avait sans doute pas à cause des nuisances1158.
'F
Les bâtiments peuvent aussi abriter des traces des activités de subsistance des
habitants comme l’agriculture, l’élevage ou les échanges. Ainsi, d’une part, les zones de
stockage sont, dans la majorité des cas, le reflet des pratiques agricoles des habitants et
d’échanges. En outre, certaines zones semblent avoir servi au traitement des productions
1152
Miroschedji, 1988b, p. 205.
1153
Golani, 2004, p. 11-12.
1154
Golani, 2007, fig. 5.
1155
Gorzalczany & Baumgarten, 2005.
1156
Beit-Arieh, 1974, p. 150-175.
1157
Beit-Arieh, 2003, p. 65-70.
1158
Margueron, 1997a, p. 200.
280
agricoles, comme par exemple, le locus 100 du niveau II de Bâb edh-Dhrâ’ (BA III) qui
était recouvert de matériel organique rouge avec une grande concentration de grains
carbonisés et de fibres blanches, peut-être de la paille. La zone a pu servir de zone de
battage ou de stockage des grains. Le niveau 4 de Tel Small Malhata (Bronze ancien I)
comporte un grand nombre de cours en comparaison avec le nombre de bâtiments. Les
cours sont entourées de murs peu épais et comportent des plates-formes rondes (fig. 2,
pl. 115). Leur périmètre est marqué par de grosses pierres et leur surface interne est
recouverte de petites pierres. Ce type d’installation est aussi présent à Arad. Un mortier
a été retrouvé enchâssé dans le sol d’une de ces plates-formes (chantier C), indiquant
qu’elle a dû être utilisée comme zone de travail.
D’autre part en plus des céréales, l’olivier constituait une part importante de la
production agricole du Bronze ancien. Cependant, malgré le grand nombre de noyaux
d’olives retrouvés, très peu de pressoirs ont été identifiées avec certitude1159. Ainsi des
attestations possibles ont été repérés à Tel Halif, Leviah, Gezer1160 et Beth Yerah1161.
Dans le site 1, chantier I, de Tel Halif, la surface A9091 présente une cuve avec un
orifice qui a pu être utilisée dans la production d’huile d’olive1162. À Leviah, dans la
cour d’une maison une installation de concassage d’olives a été dégagée. Elle était
composée de grandes pierres situées à proximité d’un bassin et d’un mortier.
1159
Genz, 2003, p. 64-65.
1160
Macalister, 1912, p. 49.
1161
Genz, 2003, p. 61-63, tabl. 1, avec toutes les références bibliographiques.
1162
Seger & al., 1990, p. 9-18, fig. 9-18.
1163
Harrison, 1997, fig. 5.12a, 5.12b.
1164
Baumgarten, Gorzalczany & Onn, 2008, p. 1995.
281
labourée pendant des millénaires, mais cela pourrait justifier les très grandes dimensions
de cet espace1165.
+%
S’il est déjà très délicat d’aborder la question des lieux de culte au Bronze
ancien, la question l’est encore plus dans le cadre domestique. En effet, comment
identifier avec certitude des objets ou des lieux liés à un culte qui nous est quasiment
inconnu et dont peu de symboles sont identifiés. Cependant, dans quelques situations,
en raison de la présence d’objets particuliers ou d’une situation architecturale
spécifique, les archéologues pensent avoir repéré des lieux à usage cultuel. Ainsi, à
Horvat Illin Tahtit, au Bronze ancien I final, des crânes humains et quelques os longs
ont été découverts dans une pièce du village. Certains étaient complètement calcinés,
soit en raison d’une crémation, soit parce qu’ils ont été récupérés dans le niveau
incendié (IV). Selon E. Braun, le fait qu’ils aient été récupérés, sélectionnés et stockés
dans une pièce refléte une pratique d’ordre rituel1166.
1165
Miroschedji, 2006, p. 68-69.
1166
Braun, 2008a, p. 1789.
1167
Genz, 2002, p. 100, tabl. 67.
1168
Rast & Schaub, 2003a, p. 291-296.
1169
Graesser, 1972, p. 39-44.
282
informations sont complétées par des sources textuelles1170. Dans le cadre domestique,
des massevoth ont été découvertes dans le bâtiment ovale 2020 d’En Esur (fig. 3, pl.
87). Six grandes dalles, en pierres dures, plates, posées de chant ont été retrouvées
plaquées contre la face intérieure du mur est (W60). Elles mesurent près d’un mètre de
haut. Sur le site de Horvat Ptora, au Bronze ancien I, certains murs des bâtiments 4000
et 6000 sont composés d’une rangée de dalles de pierres taillées posées de chant, côte à
côte1171. Ce mode de construction utilisant des monolithes rappelle la situation
rencontrée dans les grands halls, à usage apparemment non domestique d’Hartuv1172.
Une pierre dressée a aussi été dégagée dans l’espace 758 du chantier G de Tel
Yarmouth (BA III). La pièce est la plus petite pièce du secteur, elle mesure 1,65 m2. Il
semble qu’elle ne soit accessible qu’à partir de l’espace 745, au moyen d’une petite
marche. La stèle trouvée renversée sur le sol dallé est de forme trapézoïdale1173. P. de
Miroschedji suggère qu’il s’agit d’un autel domestique1174.
Ainsi, l’évocation des cultes domestiques reste très difficile, surtout à travers de
si maigres indices. C’est surtout la présence des pierres dressées qui parait l’approche la
plus intéressante en ce qui concerne le culte domestique, car elles ont fait l’objet d’un
culte plurimillénaire au Proche-Orient. Cependant, il n’est pas toujours évident de faire
la différence entre une pierre dressée symbolique et une simple technique de
construction utilisant des monolithes. Néanmoins, une stèle trouvée isolée ne peut pas
être considérée comme ayant une utilité architecturale.
65
Dans quelque scas rares, certaines habitations peuvent servir de zone de
sépulture après leur abandon. Ainsi, les habitats troglodytiques, connaissent pour la
plupart une succession d’occupation domestique et funéraire. De ce fait, la grotte de
Horvat Tinshemet a d’abord eu une fonction funéraire, puis un usage domestique, les
deux durant le Bronze ancien IB1175, alors que les grottes de Gezer et de Lachish, n’ont
été réutilisées comme lieu d’inhumation qu’au Bronze moyen1176. Cette succession
d’usages résulte certainement de l’aspect pratique et symbolique de la grotte. D’autres
sites composés de maisons construites ont été réemployés comme zone d’inhumation.
1170
Graesser, 1972, p. 34-36.
1171
Milevski & Baumgarten, 2009.
1172
Mazar & Miroschedji, 1996, p. 9-10, fig. 7A.
1173
Dimensions : 0,80 m de hauteur, largeur à la base : 0,45 m, largeur au sommet : 0,20 m, épaisseur :
0,7 à 0,10 m (archives de la mission de Tel Yarmouth).
1174
Communication personelle de P. de Miroschedji.
1175
van den Brink & Grosinger, 2004, p. 83-85.
1176
Dever, Lance & Wright, 1970, p. 20-30.
283
C’est le cas notamment de Sidon-Dakerman, à la fin du 4ème millénaire où à l’intérieur
des maisons ou à proximité, une dizaine de tombes d’adultes placés dans des jarres et
sans mobilier funéraire ont été retrouvées. Pour R. Saidah, le faible nombre de tombes,
l’absence de squelettes d’enfants et les conditions stratigraphiques indiquent que ces
inhumations ont eu lieu très peu de temps après l’abandon du site1177. En Palestine, un
même type de réemploi directement après la fin de l’occupation villageoise a été
identifié à Nizzanim. Sur ce petit établissement (0,97 ha) des petits bouts d’architecture
datés du Bronze ancien IA ont été fouillés et dessous trois sépultures d’enfants placées
dans des jarres de stockage ont été dégagées (sépultures 129, 135, 155). Les deux types
d’occupation ne sont pas contemporains, mais ils appartiennent au même niveau 3
(BA IA). Elles ont toutes été retrouvées dans un tout petit secteur de 1 x 1,50 m1178. Le
site d’Ashkelon-Barnea, fut également réemployé à la toute fin du Bronze ancien IA
(niv. II), comme une zone d’inhumation. Les murs et les maisons des chantiers G, H, K,
L, M et B après la fin de leur usage domestique ou artisanal, abritent des sépultures
d’enfants déposées dans des tessons de céramique (jarre sans col, jarre)1179.
• À Tel Teo, sous le sol du bâtiment 557 (fig. 2, pl. 146), deux sépultures
d’enfants déposées dans des jarres ont été dégagées : une sous le sol (sépulture
B2) et la seconde sous le mur W646 (sépulture B3). Dans la sépulture B3, la
céramique utilisée était une jarre sans col recouverte par une autre jarre. Sous les
dalles de l’abside de la maison 525, les os étaient placés dans une jarre sans
base1181.
• À Tel Kabri, une jarre funéraire (tombe 1095) a été retrouvée à proximité de la
maison ovale 1118 (BA IA). La sépulture était celle d’un enfant d’environ 6 ans
placé dans une grande jarre de stockage cassée. Niveau 9, dans la maison 977,
une jarre funéraire (tombe 1046) a été retrouvée sous le sol. La jarre comprenait
1177
Saidah, 1979, p. 42.
1178
Yekutieli & Gophna, 1994, p. 166-167.
1179
Golani, 2007, fig. 6, 9, 11-14, 18, 25-27, 34, 37, 38.
1180
Kempinski, 2002, p. 21.
1181
Eisenberg & al., 2001, p. 39-46.
284
les inhumations de trois enfants : le premier âgé d’environ 3 ans, le deuxième
d’environ un an et le dernier de moins d’un an. Dans la maison 1057, une jarre
funéraire (tombe 1107) a été trouvée dans le remplissage situé sous le mur
W10181182. Les crânes de deux enfants ont été retrouvés à l’intérieur, le premier
âgé d’environ 2 ans et le second d’environ 6 ans.
• À Jebel Mutawwaq, la maison 81 est une des très rares maisons à avoir été
fouillée (fig. 3, pl. 127). Des vases contenant des os d’enfants se trouvaient sous
le sol du corridor, près des murs. Ils étaient recouverts d’une fine couche de terre
et de cailloux. Une des jarres, décorée de larges bandes, contenait les os d’un
nouveau-né. Les autres vases contenaient des os d’enfants un peu plus âgés1184.
Récapitulatif :
1182
Kempinski, 2002, p. 23-24.
1183
Yannai, 2006, p. 58.
1184
Fernandez-Tresguerres Velasco, 2005, p. 371.
285
Site Tombe Age Localisation Mode Contemporanéité Remarques
/ locus exacte d’inhumation avec les vestiges
sus-jacents
286
Nizzanim 129 - Jarre de Pas contemporain 129, 135 et
stockage de l’architecture 155 dans un
mais du BAIA périmètre de
1,5 m2
135 - Jarre de Pas contemporain
stockage de l’architecture
mais du BAIA
155 - Jarre de Pas contemporain
stockage de l’architecture
mais du BAIA
Teo, Tel B2 - Sous le sol Jarre Contemporain de B2 et B3
bâtiment 557 la maison sous le sol
du même
bâtiment 557
B3 - Sous le mur Deux jarres Contemporain de B2 et B3
646 bâtiment imbriquées la maison sous le sol
557 du bât. 557
- Sous l’abside Jarre retrouvée Contemporain de
du bât. 525 sans base la maison
Tabl. 23 : Les tombes en jarre sous les maisons au Bronze ancien I
1185
Gopher, 1995, p. 220.
287
(PPNB) permet d’illustrer également le rôle de la maison comme lieu de sépulture pour
des jeunes enfants. Ainsi, à Tell Aswad en Syrie, une des briques utilisée dans la
construction d’un mur de maison contenait le squelette complet et en connexion d’un
nouveau-né âgé d’environ 0-1 mois1186.
1186
Stordeur, 2010.
1187
Un enfant d’une dizaine d’année, celle d’une femme d’une cinquantaine d’année et le crâne et la
mandibule d’un autre adulte.
1188
Eisenberg & al., 2001, p. 27-30.
1189
Mallon, Koeppel & Neuville, 1934, pl. 25.
1190
Dunand, 1958, p. 43.
1191
Perry & Joukowsky, 2006, p. 173-174.
288
- D " %
Avant de conclure sur les fonctions de l’espace domestique, il nous reste à
aborder la question des zones qui n’ont justement plus d’usage ou plus précisément qui
sont devenues hors d’usage.
Dans les zones peu densément construites, les zones de dépôt se trouvent à
proximité du site d’habitation, comme à ‘En Besor où des fosses à déchets ont été
retrouvées tout près du bâtiment A1192. À Tel Teo, c’est l’espace au sud du canal, L 547,
entre les bâtiments 557 et 542, qui a été trouvé rempli de tessons. Il a dû servir de
décharge avant d’être recouvert d’une couche de 0,10 m d’argile et de graviers (fig. 2,
pl. 146)1193.
Dans les zones urbaines, les constructions sont plus denses. Les zones de rebut
peuvent se trouver entre les habitations. Par exemple, au niveau 7 de Beth Yerah, les
vestiges présentent une distribution très particulière du matériel archéologique, certaines
pièces en contiennent de grandes quantités (EY 150, EY 161, EY 160, EY 575) alors
que d’autres sont pratiquement vides, comme la pièce centrale (fig. 1, pl. 78). L’analyse
stratigraphique de la transition avec le niveau 6 (fig. 2, pl. 78) suggère que la
distribution différentielle pourrait être le résultat de différences de préservation lors de
la transition 7-6. Alors que la pièce centrale et ses abords à l’est et au nord restent en
usage, les zones à l’ouest et au sud sont temporairement abandonnées et la quantité de
matériel archéologique trouvé indique que la zone est celle où les débris du niveau 7
(vieux pots, fragments de briques, restes organiques) sont jetés1194. Un tel processus est
typique des zones densément construites. Dans le quartier G de Tel Yarmouth, c’est
l’agglutination progressive des constructions et les modifications des circulations qui
semblent créer des espaces « morts », trop petits pour servir et probablement
abandonnés ou servant de zone de déchets. À Khirbet ez-Zeraqun, dans la ville basse, la
zone B5 a servi de décharge (fig. 1, pl. 163). De plus, l’analyse des tableaux de
céramique de H. Genz montre que dans le bâtiment B1.2, l’espace le plus fourni en
céramique est le corridor central (R5/ R9). Il devait servir de zone d’activités et sans
doute également de zone de décharge lorsque que les pièces étaient nettoyées1195.
1192
Gophna, 1993a, p. 393-395.
1193
Eisenberg & al., 2001, p. 39-46.
1194
Greenberg & alii, 2006, fig. 8.27-8.29, 8.79.
1195
Genz, 2002, p. 99, tabl. 66.
289
activités artisanales, funéraires ou religieuses. Mais une étude complète de ces
interrogations nécessiterait d’avoir recours à plus de vestiges de la culture matériel en
complément de l’étude de l’architecture. Cependant, cela nous a quand même permis de
mettre en avant le fait que la majorité des activités quotidiennes : préparation des repas,
couchage, activités artisanales se déroulaient dans une seule pièce et que la plupart des
possessions de la famille y étaient stockées. Quand la maison devient pluricellulaire, les
pièces annexes sont essentiellement réservées au rangement et au stockage. Les cours
sont aussi des zones à usages multiples. Néanmoins, certains aspects de la maison
restent encore difficiles à cerner, comme tout ce qui a trait au cultuel ; même si l’étude
des tombes à jarres, nous a quand même permis d’en aborder un aspect. Enfin, les
études ethnoarchéologiques nous rappellent que les pièces peuvent changer de fonction
au cours de leur occupation. Des pièces à vivre peuvent devenir des étables, des cuisines
en ruine deviennent des salles de stockage du foin1196.
Enfin, certaines fonctions repérées par J.-C. Margueron dans le palais de Mari,
ou par O. Aurenche dans les palais plus récents, ont dû exister dans les palais du Levant
sud, mais sont pratiquement impossibles à identifier. C’est le cas des salles de bain qui
sont en général au rez-de-chaussée, souvent à proximité des cuisines, en Syrie, ou
parfois des secteurs d’habitation, à Dubaï. À Bagdad, comme pendant la période
antique, il n’y a pas d’adduction d’eau générale, l’eau est livrée par porteur et elle est
conservée dans des jarres en terre placées dans des niches orientées au nord. On peut
quand même évoquer le cas d’une installation énigmatique retrouvée dans le locus 1626
du palais de Tel Yarmouth. P. de Miroschedji l’a décrite comme « une grande cuve
construite, à fond dallé, dont l’intérieur et l’extérieur sont entièrement recouverts par
une épaisse couche de chaux »1197. Connaissant les propriétés imperméables de la
chaux, cette cuve a pu être utilisée en lien avec de l’eau. Les palais devaient aussi
contenir des communs. Dans les palais actuels, le logement du personnel affecté à
chacune des fonctions est localisé dans le secteur du bâtiment où s’exerce sa fonction :
le logement du portier près de la porte, le personnel des cuisines loge près des cuisines.
1196
Kamp, 2000, p. 91.
1197
Miroschedji, 1993a, p. 840.
290
4 )
Dans cette partie consacrée à l’étude typologique, nous nous sommes attachés à
décrire les différents types de vestiges architecturaux présents sur les sites du Bronze
ancien, à la fois dans les villages et dans les villes. Dans un premier temps, l’étude a
porté sur l’élaboration d’une typologie des plans utilisés dans l’architecture domestique.
Cette typologie se fonde sur la forme extérieure (sans forme, rond, ovale, rectangulaire)
et sur la complexité du plan. Ainsi, malgré leur forme qui reprend les données
naturelles, les grottes sont aménagées comme tout autre type de maison et elles ne
constituent pas des habitats frustres. Dans le cas des maisons rondes, leur plan est
héritier direct de la Préhistoire. Le cas des maisons ovales ou à double abside est plus
particulier car ce sont des maisons qui ne sont construites qu’au Bronze ancien I au
Levant sud, d’après un modèle qui semble provenir de la côte libanaise. Enfin, la grande
majorité des maisons construites au Bronze ancien sont de plan rectangulaire.
Cependant, le plan rectangulaire n’est pas une tradition architecturale en soit. Il
recouvre différentes traditions et coutumes, certaines héritières des plans du
Chalcolithique comme le plan barlong. De plus, pour A. Ben-Tor, il existe un parallèle
évident entre le plan barlong utilisé à des fins domestiques et le plan utilisé pour la
réalisation de sanctuaires comme les temples de Megiddo1198 ou le temple du Bronze
ancien II de l’Acropole d’Ai, mais aussi les tombes collectives de Bâb edh-Dhrâ’ au
Bronze ancien II et III1199. L’étendue de l’utilisation de ce plan à l’architecture
religieuse et funéraire tendrait à prouver son origine indigène.
Dans les villages et dans les villes, le plan rectangulaire monocellulaire est
utilisé dans des sites densément construits. Il est parfaitement adapté à un tissu urbain
qui se densifie, car son plan est modulable selon l’espace disponible et il peut
facilement être agrandi. Le plus souvent, les habitats sont monocellulaires avec des
pièces dont la superficie est inférieure à 20 m2, sans doute en raison des limites des
techniques de couverture utilisées. Mais il y a quelques cas de maisons pluricellulaires
au Bronze ancien. L’interprétation de ces grandes maisons reste problématique car peu
de matériel a été retrouvé à l’intérieur et les matériaux et techniques de construction
employés sont les mêmes que pour les maisons monocellulaires. Il est difficile de
distinguer si leurs grandes dimensions reflètent la présence d’une famille élargie ou
d’une famille au statut social plus élevé. Selon une étude menée par C. Kramer dans un
village iranien, les dimensions des habitats – surface couverte et surface non couverte –
est directement en relation avec la richesse de la famille qui est elle-même liée à la
1198
Aharoni, 1993, p. 1004-1006 ; Loud, 1948.
1199
Ben-Tor, 1992a, p. 64
291
possession de terres1200. La présence de plusieurs grandes maisons semble démontrer
l’existence d’une élite au statut social plus élevé.
Les palais, tout comme le Bâtiment aux cercles de Beth Yerah, se distinguent
nettement du reste des constructions par leur monumentalité, ce qui n’est pas toujours le
cas des temples. Dans une société sans écriture, il est très difficile d’identifier avec
certitude des bâtiments religieux. L’identification d’un temple ne peut se faire qu’à
travers la réunion d’un faisceau de critères tels la présence d’un plan barlong, de plate-
forme/autel, de bases monumentales et surtout d’un temenos. Au final, très peu de
bâtiments répondent à ces critères. Ils ont notamment été identifiés à Megiddo, Ai et
Khirbet ez-Zeraqun. Ces temples sont bâtis selon deux plans types : d’un côté, le plan
barlong héritier direct de la tradition chalcolithique et d’un autre côté, le plan à antes, à
partir de la seconde moitié du 3ème millénaire. Ce dernier trouve des parallèles à Byblos
et dans quelques sites syriens. Ces temples comme les palais sont souvent installés dans
des positions élevées d’un point de vue topographique et dans certains cas, ils sont
intégrés dans de véritables quartiers monumentaux. Ainsi, à Khirbet ez-Zeraqun, la ville
1200
Kramer, 1979, p. 139-163.
1201
Emery, 2007, p. 28.
1202
Margueron, 1997a, p. 200.
292
haute renferme une zone cultuelle et une zone palatiale, séparées par une rue1203. De
même, à Megiddo, la zone palatiale jouxte également la zone des temples. Cependant, à
l’inverse des temples, les palais n’ont pas de plan type, leur forme dépend directement
de l’espace disponible. Comme cette forme architecturale apparaît au Bronze ancien,
elle n’a pas besoin de se conformer à des canons précis, ni à des traditions anciennes,
comme c’est le cas pour les temples dont les plans sont plus standardisés. Néanmoins,
tous les bâtiments relevant de l’architecture monumentale partagent de nombreux points
communs. Tous emploient des matériaux de construction rares (basalte, briques
spécifiques, revêtements de pierre) et des techniques de construction qui ne sont pas
présentes dans l’architecture domestique (unités de mesure, angles droits, planification,
pierres taillées). Tous ont peu d’entrées, et l’entrée principale est particulièrement
monumentale (marches, porche à antes). Enfin, ils se distinguent dans le tissu urbain en
raison de leurs grandes dimensions.
Enfin, ont été abordées les questions des activités pratiquées dans les différents
types d’architecture. Certains éléments comme les aménagements internes, la qualité
des sols, les bases de piliers ou les objets retrouvés in situ permettent de retrouver les
différentes utilisations des pièces. Ainsi, peu d’habitats comportent une pièce de cuisine
séparée. En général, la pièce principale abrite en même temps les fonctions de repos, de
réception et de cuisine. Dans la plupart des sites du Bronze ancien, l’espace servant à la
préparation et à la consommation des repas se situe dans la pièce à vivre bien que la
préparation des repas puisse aussi s’effectuer dans la cour. Plusieurs éléments
permettent d’identifier les zones de stockage, comme la qualité du sol, la présence d’une
couverture, de céramiques retrouvées in situ, de restes organiques ou d’aménagements
internes. Les céramiques servant au stockage des denrées alimentaires sont
essentiellement des formes fermées par opposition aux formes ouvertes qui servent
plutôt à la consommation de la nourriture. Tous les habitats possèdent une zone, une
installation ou une pièce de stockage. La maison a aussi été le lieu de production
artisanale type textile, bijoux, céramiques et outils en silex et en métal. Cependant,
certaines productions comme la métallurgie restent très rares et limitées à une petite
zone géographique. En effet, les sites contenant des zones de fonte sont limités au sud
de la Plaine côtière et au nord du Néguev et ils datent tous du Bronze ancien I.
1203
Genz, 2002, p. 94-101.
293
294
.--- --
295
En s’interrogeant sur les paramètres influençant l’architecture, les
problématiques semblent radicalement différentes selon que l’intérêt porte sur les
maisons ou sur les constructions monumentales. En effet, selon D. Sanders, sept
facteurs déterminent la forme et l’usage des bâtiments : le climat, la topographie, les
matériaux disponibles, le niveau d’avancement technologique, les ressources
économiques disponibles, la fonction et les conventions culturelles1204. Chacun de ces
sept facteurs peut agir afin de modifier le degré d’influence de tous les autres. Ils
peuvent être regroupés en trois catégories selon qu’ils sont déterminés par la Nature,
flexibles ou conditionnés par la culture. Ils sont résumés dans le tableau ci-dessous :
1204
Sanders, 1990, p. 44-48.
1205
Sanders, 1990, tabl. 5.1, p. 44.
296
Nous allons tenter de suivre cette démarche en analysant successivement, les
liens entre architecture conditions environnenmentales, ressources économique, niveaux
de technologie, fonction des construction et conventions culturelles. Cependant, comme
ces catégories se recoupent et sont liées, nous étudierons successivement les traditions
culturelles, environnementales, puis sociétales.
1206
Jasmin, 2006, p. 41.
1207
Ilan, 2001, p. 317.
1208
Miroschedji, 1986, p. 11.
297
Afin de faire un point sur ces questions, nous présenterons, dans un premier
temps, la question de l’influence égyptienne, puis dans un deuxième temps celle de
Byblos.
1209
Miroschedji, 2000a, p. 30-32.
1210
Gophna, 1993a, p. 393.
1211
Kempinski & Gilead, 1991.
1212
Genz, 2003, p. 70.
1213
Seger, 1983b, p. 1-4.
1214
Miroschedji, 1986, p. 21-22.
1215
Miroschedji & alii, 2001, fig. 22.
298
sites de ce genre sont connus à la fin du Bronze ancien IB dans le sud-ouest de la
Palestine, comme Tel Halif, Tel Erani ou Afridar.
À partir du Bronze ancien II, la situation change et l’empire égyptien importe les
huiles et les résines dont il a besoin. P. de Miroschedji1221 ainsi que R. Greenberg et E.
Eisenberg – d’après le matériel égyptien retrouvé à Beth Yerah – estiment que ce
commerce était organisé par des égyptiens résidant en Palestine1222. En outre, l’emploi
de la coudée de 0,52 m pourrait signifier l’existence d’une influence architecturale
égytienne au Bronze ancien III, car elle correspond à la coudée royale égyptienne. Cela
1216
Miroschedji & alii, 2001, p. 98-100.
1217
Gophna, 1993a, p. 393-395.
1218
Miroschedji & Sadek, 2000, p. 99.
1219
Spencer, 1979, p. 83.
1220
Miroschedji, 1995b, p. 86.
1221
Miroschedji, Sadek & al., 2001.
1222
Greenberg & Eisenberg, 2002, p. 219-220.
299
signifierait que des savoirs égyptiens spécifiques, liés à l’architecture de prestige,
pourraient avoir été transmis par des spécialistes itinérants.
'"*
Si les influences égyptiennes sont relativement connues et étudiées, en revanche,
les relations avec les populations situées de l’autre côté des monts du Liban semblent
plus difficiles à appréhender. Et cela, malgré le lien typologique fort qui existe entre les
maisons ovales palestiniennes et celles de Byblos ou de Sidon-Dakerman. Ainsi, si le
plan à double abside est employé au Levant nord au Chalcolithique, en Palestine, il
n’apparaît qu’au Bronze ancien I où sa présence s’accompagne de modifications dans
les assemblages céramiques et lithiques qui marquent le passage à l’Âge du Bronze
ancien.
1223
Eisenberg & al., 2001, p. 208-210.
1224
Ben-Tor, 1989, p. 44-46.
1225
Nicolle & Maqdissi, 2006, p. 134.
300
population donnée. Le choix de concevoir et de réaliser un plan de forme ovale résulte
d’une intention. De plus, ce type de maison ne réapparaît pas en Palestine, il est donc
issu de choix entièrement culturels.
1226
Dunand, 1950, p. 588 ; 1973, p. 169, pl. I.
1227
Zuckerman, 2003, p. 33-34.
1228
Zuckerman, 2003, p. 31, pl. 2.
1229
Zuckerman, 2003, p. 32 ; Bonn, 1976, p. 106-107.
1230
Betts, 1991, p. 36-37, fig. 29.
1231
Golani, 1999, p. 126.
1232
Yannai, 2006, p. 44-46.
1233
Golani & Braun, 1993, p. 99-100.
1234
Eisenberg, 1993a, p. 880-881.
1235
Golani, 2007.
1236
Loud, 1948, fig. 391.
1237
Zuckerman, 2003, p. 33.
1238
Braun, 1996, p. 9.
1239
Wagner, 1972, p. 9-10, fig. 4.
1240
La céramique grise lustrée ou Esdraelon Ware est un marqueur du Bronze ancien I, dans le Nord de la
Palestine (Wright, 1937, p. 42-55).
1241
Zuckerman, 2003, p. 31-33, pl. 2.
1242 ème
2 partie, chapitre I, A, 4, iii.
301
Burnished Ware) datée du 5ème millénaire avant notre ère ou dans les vases en
basalte1243.
1243
Miroschedji, 1986, p. 15-16.
302
Levant sud par des populations venues d’Anatolie orientale et de Transcaucasie. En
effet, de nombreuses études comparatives ont montré les liens typologiques et
technologiques existant entre les différents assemblages1244. Mais qu’en est-il de
l’architecture, est-ce que ces populations en venant s’installer en Palestine amènent
également de nouvelles formes architecturales ?
Cependant, tous les chercheurs ne sont pas d’accord sur le fait que cette nouvelle
céramique reflète l’arrivée de nouvelles populations venues d’Anatolie et d’une
nouvelle culture1246. Selon G. Philip, la céramique Khirbet Kerak fut introduite au
Levant sud pour des besoins locaux spécifiques. Elle résulte de contacts entre le nord et
le sud du Levant1247. Cette théorie se base en partie sur l’absence de nouvelles formes
architecturales, au Bronze ancien III, à Beth Yerah. D’après P. de Miroschedji, ce
nouveau type céramique peut aussi être le produit de potiers originaires du Levant nord.
Son apparition reflèterait seulement des transferts de technologies1248.
1244
Miroschedji, 2006, p. 25-26, avec les références complètes des études.
1245
Conférence de S. Paz au 6ème ICAANE à Rome, 2008.
1246
Charloux, 2006, p. 384-389.
1247
Charloux, 2006, p. 385.
1248
Miroschedji, 2000c, p. 264.
303
l’apparition temporaire d’une céramique aux traits très distinctifs, il n’est pas possible
d’aboutir à la conclusion de la présence d’une culture différente.
1249
Herzog, 1980, p. 86.
1250
Aurenche, 1984, p. 11-12.
1251
Aurenche, 1984, p. 12.
1252
Bourdieu, 1980.
304
que toutes les règles formelles et toutes les normes explicites, à garantir la conformité
des pratiques et leur constance à travers le temps. »1253. Cela permet d’expliquer la
constance de certains plans, notamment dans les villages et les sites non hiérarchisés,
comme le plan à double abside. En effet, son architecture très particulière n’est pas
nécessairement facile à construire, ni pratique. Sa forme résulte de choix culturels
conscients ou issus d’un habitus.
1253
Bourdieu, 1980, p. 88-109.
305
& @
Le postulat selon lequel les modes de subsistance sont des facteurs
déterminants agissant sur les types de constructions, a été démontré largement par
K. V. Flannery et O. Aurenche pour les périodes préhistoriques1254. D’une part, ils ont
établi que la maison de plan circulaire précédait la maison de plan rectangulaire. D’autre
part, la maison ronde serait « la forme d’habitat des derniers chasseurs-cueilleurs et la
maison rectangulaire celle des premiers agriculteurs »1255. Cependant, ces constatations
ne sont valables que pour les débuts de l’architecture, jusqu’au Néolithique acéramique.
Dans les périodes postérieures l’architecture associée aux données environnementales
peut fournir des informations sur l’organisation des sociétés.
1254
Flannery, 1972 ; Aurenche, 1981.
1255
Aurenche, 1981, p. 268.
306
niveau élevé qui caractérise l’économie du Bronze ancien »1256. Cette économie va
permettre de meilleurs rendements et donc va pouvoir assurer la subsistance d’une
population sédentaire, de plus en plus nombreuse.
Les étables et les pièces de stockage pour les éléments volumineux sont toujours
trouvés au niveau du sol. Les grains peuvent être stockés dans des coffres ou dans des
silos enterrés, des puits à grains, des sacs ou des jarres. Des seuils surélevés servent de
protection contre les animaux nuisibles. Les familles aisées possèdent généralement
plus d’un espace de stockage. Enfin, les cuisines – quand il y en a – ne se situent pas
forcément au même endroit que les fours. En effet, ceux-ci peuvent se situer hors de la
maison dans un endroit à l’abri du vent. Il existe des maisons sans four, la famille
cuisine alors dans le foyer situé dans la pièce principale. Parfois, la cuisine peut être
partagée entre les membres d’une famille étendue. Le mode de subsistance étant le
même, ces indications architecturales peuvent s’appliquer à la fois à un habitat de ville
et de village.
307
ou sur l’agriculture1258. Selon A. Joffe, les villages étaient gouvernés par une
organisation sociale fondée sur les liens de parenté1259. L’absence de grandes
constructions de stockage et d’installations industrielles, ainsi que le manque de preuves
d’échanges de grande importance suggèrent une économie établie sur l’autarcie et la
subsistance.
1258
Nicolle & Maqdissi, 2006, p. 134.
1259
Joffe, 1993, p. 48.
1260
Kuijt & Finlayson, 2009, p. 10967.
1261
Aurenche, 1985.
1262
Miroschedji, 1999, p. 11.
308
servir qu’à couvrir que les besoins du palais, en revanche la capacité du bâtiment B1
dépasse de loin les besoins du palais.
1263
Margueron, 1997a, p. 199.
1264
Mazar, 2001, p. 452-459.
1265
Testart, 1982.
309
développement de l’agriculture, avec notamment l’apparition de nouvelles méthodes va
permettre de dégager des surplus. Le terme de surplus implique que les récoltes ont
permis de couvrir les besoins annuels d’une population et que l’excès est suffisant pour
pouvoir être vendu ou échangé avec d’autres populations. La présence de grands
bâtiments pluricellulaires contenant une importante quantité de grain prouve l’existence
de ces excédents. De plus, il semblerait que dans les grands sites fortifiés du Bronze
ancien III, des autorités dirigeantes siégeant dans des palais assuraient cette gestion.
Cependant, tout au long du Bronze ancien, la présence des mêmes types de céramiques
de stockage dans les maisons et dans les constructions monumentales1266 montre que les
autorités palatiales ne contrôlaient pas toute la production alimentaire. Elles devaient ne
prélever que les surplus afin de pouvoir les échanger.
1266
Genz, 2003, p. 69.
1267
Communication personnelle de A. Jouvenel.
1268
Aharoni, 1993, p. 75.
310
devaient abriter des familles nucléaires (fig. 3, pl. 147). Parmi ces habitats, le complexe
A indique que ces habitants basaient le mode de subsistance sur une production
agricole, conjuguée à un petit élevage d’animaux. C’était une économie mixte
impliquant un bas niveau de spécialisation. De ce fait, selon T. P. Harrison, les artefacts
mobiliers et immobiliers montrent que les habitants de la maisonnée étaient avant tout
concernés par leur propre subsistance immédiate et ils devaient être peu engagés dans
des formes d’activités plus spécialisées comme l’artisanat1269.
Le cas d’Arad est donc très différent des autres établissements fortifiés (pl. 51).
Certaines similitudes dans le plan des maisons peuvent être trouvées avec les exemples
ethnoarchéologiques de village en cours de sédentarisation comme celui de Qdeir en
Syrie, qui a fait le cas d’une étude menée par R. Jarno1272. Dans les deux cas, l’habitat
se compose d’une pièce principale barlongue associée à des pièces subsidiaires et à un
enclos (pl. 46). Ce dernier sert à délimiter une vaste cour où se déroulent de nombreuses
activités. De plus, dans les exemples ethnoarchéologiques, les habitants conservent leur
tente traditionnelle qui est montée dans la cour près des pièces bâties en dure. En
observant l’évolution générale du village de Qdeir, la densification progressive du
noyau urbain va de pair avec la poussée démographique et l’appartenance familiale joue
un rôle dans le regroupement des maisons et la création de quartiers homogènes.
Tel Arad a pu donc être occupée par une population en voie de sédentarisation,
pratiquant encore largement le pastoralisme. Ainsi, le site semble avoir été un cas
1269
Harrison, 1997, p. 164.
1270
Marfoe, 1980, p. 317-318
1271
Herzog, 1997, p. 77.
1272
Jarno, 1984, p. 191-192, fig. 2.
311
unique de village occupé par des populations récemment sédentarisées mais dans un site
déjà fortifié : une sorte de ville hybride, mi-camps de nomades en dure, mi proto-ville.
Arad doit cette configuration à son rôle dans les relations entre la Palestine et les
populations du Néguev et du Sinaï1273.
Enfin, pour souligner le fait qu’il n’y a pas d’opposition entre ces modes de
subsistance, il faut noter que les processus sont réversibles. Ainsi, au cours de la
première étape de l'Âge du Bronze ancien une grande partie de la population nomade ou
semi-nomade se sédentarise dans des villages permanents ; mais lors de l’effondrement
du Bronze intermédiaire, de nombreux sédentaires quittent les villes ou les villages pour
redevenir nomades1277.
1273
Beit-Arieh, 2003, p. 442.
1274
Miroschedji, 1989, p. 70.
1275
Khazanov, 1984, p. 203.
1276
Joffe, 1993, p. 83.
1277
Palumbo, 1991, p. 131.
1278
Hennessy, 1967 ; Vaux, 1971.
1279
Kempinski, 1978.
1280
Miroschedji, 1989 ; Joffe, 1991.
312
Pour rappel, dans les sociétés anciennes, la famille est le premier niveau de la
hiérarchie sociale. Trois principaux types d’organisation familiale ont été identifiés : la
famille nucléaire, la famille étendue et la famille multiple1281. La famille nucléaire se
compose du père, de la mère, de leurs enfants et « serviteurs », s’il y en avait. Les
« serviteurs » pouvaient aussi faire partie des familles étendues et multiples. La famille
étendue se compose de la famille nucléaire et des membres mariés. Ce type peut
s’étendre aux grands-parents veufs, aux oncles, aux tantes, aux petits-enfants du chef de
la famille ou à ses frères et sœurs. La famille multiple est composée d’un minimum de
deux familles nucléaires avec des liens familiaux1282.
1281
Laslett & Wall, 1972, p. 28-32.
1282
Stager, 1985, p. 18.
1283
Cours de M2 de S. Cleuziou, Université de Paris I, 2004.
1284
Hermon, 2008, p. 7-9.
1285
Gilead, 1988, p. 397.
1286
Levy, 1995, p. 227.
1287
« Unité politique autonome comprenant un certain nombre de villages ou de communautés placées
sous le contrôle permanent d'un chef suprême » (Carneiro, 1981, p. 45).
313
l’aspect flou du concept, du manque de données et de son aspect évolutionniste (bande,
tribu, chefferie et état)1288.
314
reflètent une société égalitaire ou très peu hiérarchisée. D’après ses observations
ethnoarchéologiques, les « signes extérieurs de richesse » d’une maison ne sont pas
toujours des pièces en plus. Ils peuvent se composer d’un vaste terrain, d’un étage, d’un
escalier intérieur ou d’une toiture différente1293. Soit autant d’éléments non identifiables
sur un plan en deux dimensions. De ce fait, les villages du Bronze ancien pouvaient être
régis par une organisation sociale plus complexe qu’il n’y paraît.
1293
Aurenche, 1996, p. 5.
1294
Schwartz & Falconer, 1994, p. 4.
1295
Kamp, 2000, p. 85.
315
lignage1296. En effet, une telle proximité géographique implique un important degré de
socialisation ou alors l’existence de liens parentaux. De plus, les études
ethnoarchéologiques montrent également que des liens familiaux peuvent se traduire par
une proximité d’emplacement dans un site autant que par des affinités dans la
conception de la maison1297. Or, selon L. Nigro, ce type d’organisation de l’espace
interne d’un site représente un des indicateurs majeurs de la croissance de la complexité
sociale1298.
Dans cette partie, nous allons chercher à identifier les traces architecturales de
ces élites, dans les constructions domestiques, monumentales et religieuses.
1296
Miroschedji, 1988b, p. 205.
1297
Aurenche, 1996, p. 4.
1298
Nigro, 2007a, p. 31.
1299
Joffe, 1993, p. 82.
1300
Ilan, 2001, p. 325 ; Schwartz & Falconer, 1994, p. 6.
1301
Kramer, 1979, p. 139-163.
1302
Kamp, 2000, p. 89.
316
urbaine et donc une diminution de la taille des habitats. Dans cette situation, seules les
familles aisées peuvent se permettre d’acquérir de grands terrains pour n’y construire
qu’une seule maison. En se basant sur ces observations, est-il possible de supposer que
la présence de maisons pluricellulaires reflète l’existence d’une société très
hiérarchisée ?
1303
Joffe, 1993, p. 72-84.
317
de prospérité au reste du groupe, afin de leur permettre d’accroître leur statut social. Au
contraire, certaines familles riches peuvent décider d’investir plus de moyens dans
l’achat de terres ou d’animaux, au détriment de leur maison. Ce qui d’après K. Kamp
montrerait que leur statut social est déjà assez établi et qu’elles ont moins besoin d’en
faire la démonstration1304.
Ce sont des bâtiments qui ne sont pas conçu sur un plan type de maison agrandi.
Les plans de ces constructions se distinguent aussi par leur complexité, l’usage de
techniques de construction spécifiques comme la planification et la présence d’éléments
architecturaux qui ne se trouvent pas dans les maisons (couloirs, cours intérieures, salles
hypostyles, aménagement des portes, sols…). Ces différences d’architecture impliquent
l’intervention des premiers architectes. La construction d’un palais tout comme celle de
murailles manifeste l'existence d'une classe dirigeante capable de mobiliser les énergies
collectives et de les faire travailler en équipe afin de réaliser une construction
monumentale. L’usage de techniques spécifiques et l’échelle monumentale sont des
critères d’ostentation qui symbolisent le contrôle économique et le rang élevé de ses
commanditaires.
318
traits architecturaux communs entre les deux bâtiments (grandes cours intérieures,
courettes à galets, forme et emplacement des salles)1306. Cela suggère le caractère inscrit
du pouvoir qui se transmettrait de génération en génération au sein de la même famille.
F &
Enfin, le 3ème millénaire marque aussi le développement de l’architecture
religieuse. Les quelques cas avérés comme Ai ou Megiddo montrent qu’il y a une très
grande pérennité de la localisation du sanctuaire. La pérennité de la localisation des
temples est encore plus remarquables que celle des palais évoquée précedemment.
Ainsi, Megiddo présente une très longue série de temples superposés. De plus, l'énorme
quantité d'ossements issus de sacrifices d’animaux retrouvés dans certains temples du
Bronze ancien I ou près de l'autel du Bronze ancien III indique que le secteur a gardé
son usage à travers les siècles.
Cependant, dans la majorité des cas, le fait religieux reste encore très difficile à
saisir au Bronze ancien. Les véritables temples restent rares dans les fouilles. Ce qui
dans le cas des grands sites urbanisés et pourvu d’un palais pourrait signifier qu’il n’y
avait pas de personnel religieux spécialisé et que les activités cultuelles étaient
directement liées au roi. Comme le suggère P. de Miroschedji, pour Tel Yarmouth, le
culte pouvait être lié au palais, comme dans les cités-états des 2ème et 1er millénaires où
le roi assumait aussi la fonction de grand prêtre.
1306
Miroschedji, 2000b.
1307
Testart, 1982.
319
Dans cette dernière partie consacrée aux liens entre l’architecture et la société du
Bronze ancien, nous allons tenter de définir les liens entre l’urbanisation et l’évolution
du bâti. Mais dans un premier temps, nous allons tenter de faire le point sur les
problèmes de définition, avant d’aborder les questions liées à l’urbanisation et à
l’urbanisme des sites palestiniens du 3ème millénaire.
De plus, dans le monde syro-mésopotamien tel qu’il est connu par les textes, les
villes faisaient partie d’un système économique basé sur l’agriculture où les villes et ses
villages étaient interdépendants. La ville avait besoin des villages pour survivre et les
villages avaient besoin de la ville pour ses temples, ses installations de stockage, sa
sécurité, ses artisans et son pouvoir politique. L’interdépendance entre le centre et la
périphérie est reconnaissable archéologiquement quand les populations alentours sont
aussi organisées en établissements, créant un système hiérarchique à deux niveaux : une
ville, généralement fortifiée et ses villages, non fortifiés1309.
Bien évidemment, la description d’un tel modèle de société reste théorique, basé
sur des comparaisons avec les systèmes de cité-états sumériens ou syriens décrits dans
leurs archives, c’est pourquoi il ne convainc pas tous les chercheurs. Pour certains, les
sites fortifiés du Levant sud au Bronze ancien ne peuvent pas être qualifiés de villes. La
question se pose à deux niveaux. Pour certains le problème est terminologique, ils
préfèrent réserver les termes de cité-état ou de ville à des établissements de l’Âge du
Fer, sans renier le caractère urbain des sites du Bronze ancien ; mais pour d’autre le
problème est sémantique. Ainsi, dans un article paru en 1995, I. Finkelstein, propose de
qualifier les sites palestiniens, fortifiés du Bronze ancien de peer-polity. L’expression
n’a pas de traduction exacte en français, mais elle évoque le concept d’entités politiques
se situant à niveau plus ou moins égal. Elle provient des études de C. Renfrew sur le
1308
Frick, 1997, p. 14.
1309
Frick, 1997, p. 14-16, fig. 1.
320
monde égéen1310. Cependant, I. Finkelstein précise que malgré l’emploi de ce terme, il
est conscient que toutes les entités fortifiées du Bronze ancien n’étaient pas égales en
taille et en population. Il procède de la sorte afin de réserver le terme de cité-état pour
les systèmes politiques du deuxième millénaire. Même s’il note de nombreuses
similitudes politiques, économiques, sociales, géographiques avec les établissements
fortifiés du 3ème millénaire1311.
Pour rappel, les théories liées à l’hétérarchie ont été développées par C. Crumley
lors de ses études sur les sociétés celtiques de l’Âge du Fer en Bourgogne. Elles avaient
pour objectif de remettre en question le modèle évolutionniste de E. R. Service et sa
1310
Renfrew, 1972.
1311
Finkelstein, 1995, note de bas de page 1, p. 48.
1312
Levy, 1995, p. 227.
1313
JMA, 2003, n° 16.1.
1314
Chesson & Philip, 2003, p. 4.
1315
Esse, 1989.
1316
Harrison & Savage, 2003.
1317
Chesson & Philip, 2003 ; Harrison & Savage, 2003 ; Chesson, 2003.
321
théorie de la place centrale mise en place afin d’expliquer le développement des sociétés
étatiques urbanisées1318. Le concept d’hétérarchie, emprunté à la neurologie, prend en
compte une série d’événements liés dans un même système ou réseau mais qui ne sont
ni hiérarchisés, ni égalitaires. Ils sont organisés ou rangés de façon différente1319.
M. Chesson et G. Philip pensent également que les systèmes de parenté restent encore
très présents, dans l’organisation de la société, tout au long du Bronze ancien1320. Toutes
ces remises en question se basent essentiellement sur l’absence d’écriture, le faible
nombre d’objets et d’architecture de prestige, la quantité réduite de données portant sur
la différenciation sociale dans les pratiques funéraires1321. Le pouvoir des élites se
baserait essentiellement sur les productions agricoles. Une expression qualifie ce type
d’économie : staple finance, soit économie de subsistance1322. De plus, selon M.
Chesson « une organisation hétérarchique plutôt que hiérarchique signifierait que les
liens économiques, les allégeances politiques et les relations sociales n’étaient pas
gérées par des centres régionaux ; mais il semblerait plutôt que les réseaux politiques,
économiques et sociaux impliquaient plusieurs groupes »1323. Ainsi, les auteurs pensent
que la distinction urbain/ rural n’est pas encore apparue au Bronze ancien et que « les
sites fortifiés sont simplement tout au plus, la version complexe et finale d’un
continuum de sites villageois »1324.
De plus, s’il est vrai que des comparaisons trop fréquentes avec le monde
mésopotamien ne sont pas toujours légitimes, il n’en reste pas moins que l’urbanisation
1318
Harrison & Savage, 2003, p. 34.
1319
Crumley, 1987, p. 156.
1320
Chesson & Philip, 2003, p. 7-9.
1321
Chesson, 2003.
1322
Genz, 2003, p. 75-77.
1323
Chesson & Philip, 2003, p. 12.
1324
Chesson & Philip, 2003, p. 12.
1325
Harrison & Savage, 2003, p. 36-49.
1326
Chesson, 2003.
322
de la Palestine est une réalité. La relative petite dimension des sites fortifiés est en
relation avec les données environnementales et les capacités économiques du terroir.
Ainsi, à l’échelle de la région, en comparant la taille des sites fortifiés à celle des
villages, il y a une nette différence.
Hétérarchie Hiérarchie
Stratification horizontale Stratification verticale
Statut obtenu Statut inscrit
Indépendance Contrôle
Décentralisation Centralisation
Pluralité des rites Prêtres
Echanges Spécialistes
Entente Guerre
1327
Tabl. 26 : Hétérarchie et hiérarchie
Il existe encore peu de données sur la question des rites. Sur un site comme
Megiddo, les temples du Chalcolithique au Bronze récent, se situent dans le même
secteur du tell. Ils sont pratiquement tous construits les uns au dessus des autres et ce
malgré le hiatus du Bronze ancien II où Megiddo cesse d’être occupé démontrant une
1327
Crumley, 1987, 2005.
323
certaine continuité des pratiques religieuses. Sur le problème de l’existence d’un
artisanat spécialisé, les études portent essentiellement sur la production céramique1328,
mais l’architecture monumentale atteste également de l’apparition de spécialistes. Enfin,
la question de la guerre est amplement illustrée par la monumentalité des fortifications
qui entourent les sites du Bronze ancien. Dès leur apparition, elles s’avèrent être des
constructions élaborées et composites, mesurant plusieurs mètres de largeur. Sur
certains sites, comme Megiddo, elles ne seront jamais aussi épaisses qu’au Bronze
ancien.
'"
L’occupation humaine au Bronze ancien I est encore de nature villageoise. Le
plan des établissements manifeste une absence d’organisation. Les habitats ne subissent
pas de pressions extérieures et plusieurs types de plans de maisons cohabitent. Ainsi,
l’enclos de Jebel Mutawwaq ne présente pas de caractère défensif et n’influence pas
l’aménagement de l’espace intra-muros1330. Cependant, quelques très rares sites sont
déjà fortifiés comme Tell es-Sakan, dès le Bronze ancien IB final (fig. 3, pl. 140). Son
tissu urbain semble très dense dès cette époque. Mais cette fortification précoce est due
à la nature particulière des populations égyptiennes qui l’habitent1331. Les autres sites
entourés de murailles datent de la transition BA I-BA II (Beth Yerah1332, Abu al-
Kharaz, Tell es-Sa’idiyeh, Jéricho, Aphek1333, Megiddo1334, Tel Shalem1335). Mais
l’absence de plan d’ensemble ne permet pas d’observer le tissu urbain de cette époque.
C’est à partir du Bronze ancien II que la construction de murailles s’accroît. Pour I. Paz,
cette tendance résulte d’un contexte d’insécurité et de guerres qui tranche avec la
situation au Bronze ancien I et qui caractérise le début du Bronze ancien II1336.
1328
Roux, 2007.
1329
Schwartz & Falconer, 1994, p. 3.
1330
Fernandez-Tresguerres Velasco, 2005, tabl. 1, p. 368.
1331
Miroschedji & Sadek, 2000, p. 99.
1332
Maisler, Stekelis & Avi-Yonah, 1952, p. 172-173 ; Hestrin, 1993, p. 206.
1333
Paz, 2002, p. 238-242.
1334
Herzog, 1997, p. 67.
1335
Eisenberg, 1996, p. 6-8.
1336
Rast & Schaub, 2003a, p. 130.
324
En examinant, la typologie des processus de fortification des sites du
ème
3 millénaire, plusieurs cas de figures apparaissent. D’une part, il y a les sites jamais
fortifiés, même au Bronze ancien III, comme Tell el-Umeiri ou Beth Ha-Emeq1337. Puis,
il y a les sites villageois du Bronze ancien I qui se fortifient au Bronze ancien II, avant
de disparaître à la fin de la période. C’est le cas de Tel Arad et de Tell el-Fârǥah. Il y a
aussi des établissements où les murailles datent exclusivement du Bronze ancien III,
comme Tell el-Hesi1338.
De ce fait, les sites occupés tout au long du Bronze ancien sont rares et ceux qui
présentent une transition entre village et site fortifié le sont plus encore. Les principaux
exemples sont Ai, Bâb edh-Dhrâ’, Beth Yerah, Jéricho, Khirbet ez-Zeraqun,
Tel Qashish et Tel Yarmouth. Pourtant, seule l’analyse de ce type d’établissement
pourrait nous permettre de comprendre l’évolution du phénomène d’urbanisation. Mais
les auteurs ne font souvent que mentionner l’existence probable d’un village Bronze
ancien I. Cette mention s’appuie généralement sur des découvertes céramiques plutôt
que sur des vestiges architecturaux. En effet, il reste très difficile de pouvoir identifier
les traces d’une première occupation enfouie à grande profondeur sous les vestiges
d’une ville. Cependant, dans le cas de Bâb edh-Dhrâ’, les archéologues ont mis au jour
des vestiges de toutes les périodes depuis le début du Bronze ancien I, jusqu’à la fin du
Bronze ancien III, illustrant ainsi, le phénomène de densification urbaine, dans la zone
de climat semi-aride1339.
Dans un premier temps, au Bronze ancien IA, le site avait une fonction
exclusivement funéraire. C’était une nécropole utilisée par plusieurs groupes semi-
nomades. Ainsi, dans le chantier F – situé hors des limites de la ville du Bronze ancien
III – les fouilleurs ont retrouvé des traces d’occupations saisonnières. Puis dans un
deuxième temps, au Bronze ancien IB (niveau IV), les populations deviennent
sédentaires et s’établissent dans un village non fortifié1340. Cependant, selon W. E. Rast
et R. T. Schaub, l’orientation des constructions du niveau IV suggère déjà un certain
degré de planification. Parallèlement à ces changements architecturaux, des
changements s’opèrent également dans les cimetières. La sédentarisation entraîne une
disparition de la pratique de l’enterrement secondaire, typique du Bronze ancien IA
(niveau V), au profit de l’enterrement primaire. Comme les populations ne nomadisent
plus, elles n’ont plus besoin de transporter les ossements de leurs défunts. Dans un
troisième temps, Bâb edh-Dhrâ’ est fortifiée au Bronze ancien II (niveau III). La
muraille B, identifiée dans le chantier I.1, s’élève encore sur plus de dix-neuf assises de
1337
Givon, 1993, p. 5.
1338
Freedman, 1978, p. 141.
1339
Miroschedji, 1995b, p. 84.
1340
Rast & Schaub, 2003a, p. 102-104.
325
hauteur1341. Cependant, la fortification implique une réduction de l’espace habitable.
Ainsi, la superficie du village du Bronze ancien IB (niveau IV) était plus importante que
celle de la ville fortifiée. Enfin, l’établissement connaît son apogée au Bronze ancien III,
où grâce à de nouvelles techniques de construction, des bâtiments sont construits dans
des zones encore non utilisées. Selon W. E. Rast et R. T. Schaub, l’époque se
caractérise par un certain développement de la planification urbaine, car des zones
semblent réservées à certaines activités1342. Néanmoins, l’absence de plan général et de
fouilles extensives limitent malgré tout notre compréhension globale du site.
Il existe enfin quelque cas où la construction d’une ville ne semble pas précédée
par celle d’un village, comme à Khirbet el-Mahruq, Meona ou Numeira. Peut-on alors
imaginer que ces villes ne proviennent pas de l’évolution d’un premier établissement
qui devient de plus en plus habité, puis se fortifie ? Est-il possible que leur construction
résulte d’une décision unilatérale, provenant d’un groupe ou d’un chef décidant d’établir
ex nihilo un site entouré dès le début d’un rempart ? C’est ce que semble montrer le site
de Meona (fig. 1, pl. 124) : pour E. Braun le mur de fortification a été construit avant les
maisons, puis, dans un second temps, l’espace entre le rempart et le pied de la colline a
été remblayé afin de créer la plate-forme sur laquelle la pièce 1 a été construite1343.
Enfin, le site de Tel Qashish fournit un exemple que l’on pourrait qualifier de
« défortification ». À la fin du Bronze ancien III, le rempart est abandonné et des
maisons sont reconstruites par-dessus (fig. 2, pl. 130). Cependant, le tissu urbain
continue à être dense et les maisons découvertes le long du bord du tell étaient
construites proches les unes des autres. De cette manière, leurs murs extérieurs
formaient comme une sorte de ligne défensive. Ce phénomène de « défortification »
peut aussi s’observer à Tel Poran et Tel Halif1344.
+"
Afin d’étudier l’influence du phénomène d’urbanisation sur les productions
architecturales, nous allons nous baser sur les principes de l’analyse morphologique des
établissements urbains proposés par J.-L. Huot, lors de ses recherches sur les villes
mésopotamiennes. Nous reprendrons ici sa méthode de description, en examinant
respectivement : l’enveloppe urbaine, le bâti et la voirie1345, même si le manque de
fouilles extensives limite les observations.
1341
Rast & Schaub, 2003a, p. 166-168.
1342
Rast & Schaub, 2003a, p. 253-254.
1343
Braun, 1996, p. 9.
1344
Communication personelle de P. de Miroschedji.
1345
Huot, 1988.
326
" &&
La fortification apparaît comme un phénomène architectural nouveau en
Palestine au Bronze ancien. Cette transformation architecturale va contribuer à modifier
le territoire en créant des espaces clairement limités. Comme les palais, la fortification
symbolise l’existence d’une classe dirigeante pouvant rassembler les énergies
collectives et ses effets s’en ressentent aussi au niveau économique. La construction de
remparts a pour conséquence un contrôle absolu de l’entrée des gens et des biens, ce qui
entraîne une centralisation des activités socioéconomiques à l’intérieur du site1346.
Ce contrôle exercé par les élites se reflète aussi dans les méthodes de
construction. Sur des sites comme Bâb edh-Dhrâ’, Numeira1347, Beth Yerah, Megiddo
ou Jéricho, les archéologues ont pu noter que les murs étaient construits par tronçons.
Ainsi, le mur A de Bâb edh-Dhrâ’ a été construit par segments, avec une jonction entre
les segments tous les 15-20 m : huit ont été repérés1348. Dans le cas de la muraille A de
Beth Yerah, le rempart se compose de plusieurs lignes de murs parallèles. Chacune
possède un code couleur, donné par les briques crues. Certaines sont vert clair alors que
d’autres sont de couleur plus sombre. Chaque bloc semble représenter le travail d’une
équipe différente. De plus, dans un croquis, P. Bar-Adon représente, au minimum,
quatre blocs de couleurs alternées : le tout mesure 7,50 m de large1349. À la différence de
ces deux premiers cas, le soubassement de la muraille du Bronze ancien III de Megiddo
était tout en pierre. Cependant, là aussi le rempart était composé de plusieurs segments
de murs, séparés par 5 à 10 cm de vide1350. Cette méthode permet surtout à plusieurs
équipes de travailler simultanément à la construction. Or la planification et la direction
de chantiers de cette ampleur implique l’existence d’un pouvoir fort, capable de diriger
les énergies collectives et peut-être même de les contraindre.
1346
Joffe, 1993, p. 68.
1347
Rast, 2001, p. 526.
1348
Schaub & Rast, 1980, p. 25 ; Schaub & Rast, 1984, p. 45 ; Rast & Schaub, 2003a, p. 260-282.
1349
Greenberg & alii, 2006, p. 236-237, fig. 6.2.
1350
Aharoni, 1993, p. 1005.
327
constituent même le remplissage du rempart1351. À Tell el-Fârǥah, la maison qui
regroupe les loci 55, 56, 86 se situe à proximité du rempart, or le Père R. de Vaux note
que « son plan a été modifié et elle a été reconstruite afin de permettre l’implantation
des contreforts et la circulation le long du rempart »1352. À Beth Yerah, dans le chantier
BS, au Bronze ancien III, le niveau 8 est marqué par une reconstruction du rempart qui
entraîne la destruction de plusieurs unités domestiques1353, conduisant l’établissement
d’un nouveau quartier domestique construit le long de la fortification au niveau 6
(pl. 79). Le même phénomène a été observé dans le chantier C de Tel Yarmouth au
niveau C-81354. En conséquence, le rempart imprime son tracé dans l’espace. Il implique
une modification de l’organisation du tissu urbain. Ainsi, à Khirbet ez-Zeraqun, au
Bronze ancien II, les constructions sont établies selon une orientation sud-ouest / nord-
est, puis lors de la seconde phase d’occupation, au Bronze ancien III, le plan urbain est
réorganisé selon un réseau de rues qui partent du mur de fortification1355.
Dans d’autres situations, les constructeurs bâtissent les maisons après le rempart.
C’est le cas à Aphek où les deux pièces (374 et 384) semblent avoir été construites en
tenant compte de la présence du mur d’enceinte B 2551356 (fig. 3, pl. 50). À Tel Dalit,
les maisons suivent également le tracé de la muraille (fig. 3, pl. 84) alors qu’à Ai, les
maisons prennent appui directement contre elle.
8
La question du bâti ayant été très largement abordée dans la première partie de
cette étude, nous reviendrons ici sur quelques points pouvant illustrer l’adaptation des
constructions dans les sites urbanisés. La construction de remparts entraîne une
limitation des zones constructibles. C’est dans ce territoire qui devient progressivement
exigu que se forment les îlots à l’intérieur desquels les habitations sont le plus
couramment de plan rectangulaire. Cependant, il arrive que les habitats soient déformés
par la pression urbaine. Mais d’une façon générale les habitats sont si groupés qu’il
devient difficile d’isoler des unités distinctes et de différencier les pièces couvertes des
1351
Ben-Tor, Bonfil & Zuckerman, 2003, p. 61.
1352
Vaux, 1948, p. 554, pl. XII.
1353
Greenberg & alii, 2006, p. 146-149.
1354
Communication personelle de P. de Miroschedji.
1355
Ibrahim & Mittmann, 1987, p. 4-6.
1356
Kochavi, 2000, p. 93.
328
cours1357. Dans les cas où, le tissu urbain devient trop dense, il arrive qu’il n’y ait pas de
cour. Les activités qui s’y déroulaient peuvent alors se déplacer dans une ruelle
adjacente comme à Numeira ou peut-être sur le toit.
Le troisième aspect de l’urbanisme concerne la voirie. Selon J.-L. Huot, il existe
trois niveaux d’analyse de la trame viaire : la voirie primaire, constituée par les rues
principales ; la voirie secondaire qui permet la circulation à travers les quartiers et la
voirie tertiaire qui dessert chaque bâtiment1359. Évidemment, les rues – même pavées –
ne sont pas une exclusivité des villes, il en existe aussi dans les villages.
Sur quelques sites palestiniens fouillés de façon extensive, comme Tell el-Fârǥah
ou Khirbet ez-Zeraqun, des traces de planification urbaine sont identifiables. Elles
témoignent de l’intervention d’une direction centrale qui cherche à organiser le plan de
la ville. Ainsi, à Tell el-Fârǥah, tout au long du Bronze ancien II et malgré de nombreux
changements d’organisation des îlots et des maisons monocellulaires, le plan conserve
1357
Miroschedji, 1976, p. 90-91.
1358
Greenberg & Paz, conférence au 6ème ICAANE à Rome, 2008.
1359
Huot, 1988.
329
ses deux rues principales qui se croisent1360. Une est orientée est-ouest et l’autre nord-
sud. De plus, un système de drainage suit en parallèle les deux rues. Un autre accès est
maintenu tout au long de la période le long du rempart, probablement un chemin de
garde. Un grand axe de circulation traversait aussi le site de Beth Yerah. Au niveau 14,
une rue (BS021) pavée de petits galets traversait le quartier sud-est de la ville jusqu’à
une porte située dans la muraille1361. Les grands axes de circulation sont le plus souvent
en terre battue, mais ils peuvent être recouverts de chaux ou de pierres pour les rendre
plus résistants. De cette manière, à Bâb edh-Dhrâ’, quelques endroits très spécifiques du
site ont été dallés afin de faciliter la circulation qui devait être compliquée sur le sol de
craie marneuse, surtout les jours de pluie.
Enfin, dans certains cas, les archéologues ont aussi observé des grands
programmes de reconstruction et de réaménagement des circulations. Ainsi, le chantier
BS (niveau 12) de Beth Yerah a connu un grand plan de reconstruction qui a affecté
toutes les constructions. La zone a fait l’objet d’un pavage extensif et les fondations des
bâtiments adjacents ont été reconstruites avec de plus grandes pierres. Selon
R. Greenberg, l’ajustement du pavage de la rue aux murs de fondations indique la
planification de ces travaux. Par la même occasion, le passage dans la porte de la
muraille est aussi dallé de pierres. Le pavement de la rue présente plusieurs traces de
réparations montrant l’entretien régulier dont les voies de circulation faisaient
l’objet1362. À Tel Yarmouth, les voies de circulation principales subissent des
modifications lors de la construction des palais1363. Des quartiers domestiques
périphériques ont été détruits et reconstruits aux abords du Palais B1. Ainsi, comme C.
Darles le postule, la gestion du foncier au sein même d’un territoire limité à la zone
intra-muros, correspondait dans l’antiquité à des règles communautaires précises1364.
1360
Vaux, 1961, p. 584, pl. 35.
1361
Greenberg & alii, 2006, p. 121-122.
1362
Greenberg & alii, 2006, p. 124-125.
1363
Miroschedji, 2000b, p. 686.
1364
Darles, 1998, p. 4.
330
4 )
En conclusion, les données architecturales permettent de comprendre les
interactions et l’importance relative du milieu naturel, du mode de vie, du niveau de
développement technologique et des traditions socioculturelles dans la formation,
l’évolution et la stabilisation des types d’habitations1365. Sans omettre, toutefois, la part
prise par des choix personnels dans la construction et les aménagements, notamment
dans le cadre des habitats.
1365
Perrot, 1984, p. 75.
1366
Miroschedji, 2006, p. 73.
1367
Miroschedji, 2006, p. 74.
331
les agriculteurs et les pasteurs semi-nomades1368. Si, comme nous l’avon vu, les
populations s’adaptent aux conditions environementales, celles-ci n’influencent pas
toujours les formes architecturales. Ainsi, dans la zone semi-désertique, l’influence du
climat demeure plus relative, les formes de construction restent plus influencées par le
critère culturel que par le critère environnemental, car la zone inclue des villes à
l’architecture semblable à celle des villes de la région méditerranéenne.
1368
Grigson, 1995, p. 246-247.
1369
Herzog, 1997, p. 42-43.
1370
Joffe, 1993, p. 68.
332
L’étude des constructions, malgré leur grande variété, a permis d’établir une
typologie des habitats. Cette dernière montre la permanence de certains types, met en
relief des différences culturelles entre les sites et permet de caractériser des modes de
vie différents. De cette manière, même si l’étude de l’architecture ne représente qu’un
moyen parmi d’autres de reconstituer une civilisation, c’est bien parce qu’ils « partagent
physiquement un même espace construit que les membres d’une communauté
constituent une unité stable et durable »1371. En effet, la construction d’une maison
résulte de la conciliation de nombreux paramètres, environnementaux, sociaux,
économiques et culturels. C’est pourquoi, certains plans restent dans la continuité des
périodes précédentes, comme la maison fosse, la maison rectangulaire simple ou la
maison à plan barlong associée à une cour. Mais au Bronze ancien, la typologie
s’enrichit aussi de nouveautés, avec le plan ovale et les maisons pluricellulaires
complexes, notamment celles à salle hypostyle. Ces nouveaux types d’habitations vont
se perpétuer dans les périodes suivantes, à l’exception des maisons ovales qui relèvent
d’un phénomène très localisé et unique dans le temps et dans l’espace.
1371
Braemer, Cleuziou & Coudart, 1999, p. 2.
1372
Aurenche, 1984, p. 15.
333
contrairement à ce que de nombreux auteurs affirment1373, la maison barlongue dite
aussi maison d’Arad ne représente pas la maison type du Bronze ancien. Ce plan est
surtout associé à un mode de vie fondé sur l’élevage en zone semi-désertique (Tel Halif,
Tell Small Malhata, Arad). De plus, son emploi est essentiellement caractéristique du
Bronze ancien I et II. Il est plus rare au Bronze ancien III, où il est surtout utilisé pour
réaliser des constructions à usage non-domestique. En définitive, l’importance du
facteur socioculturel reste primordiale pour expliquer l’existence conjointe de plusieurs
types de maisons dans un espace aussi petit que la Palestine. Le climat, la topographie et
les ressources en matériaux de construction restent secondaires. De ce fait, l’architecture
constitue un véritable marqueur car elle évolue peu. Elle se diffuse plus difficilement
que des avancées techniques comme la métallurgie, dont les produits d’avant-garde ont
tendance à devenir universels. Pour A. Leroi-Gourhan, cette « difficulté de diffusion
tient à deux causes : au milieu qui conditionne dans une large mesure la maison et à
l’inertie technique en vertu de laquelle on ne change pas, à moins d’un grand
profit »1374.
1373
Marfoe, 1980, p. 315-322 ; Bumbulis, 1981, p. 32-45 ; Herzog, 1997, p. 42-62 ; Joffe, 1993, p. 71 ;
Greenberg, 2003, p. 22.
1374
Leroi-Gourhan, 1973, p. 243.
1375
Mazar, 1997, p. 65.
334
La typologie des bâtiments monumentaux s’enrichit encore au Bronze ancien II
avec l’apparition de fortification et au Bronze ancien III de celle des palais. Ces derniers
représentent les changements architecturaux les plus importants du Bronze ancien. Dans
certains établissements, la construction de fortification s’effectue avant l’établissement
de quartiers d’habitations et dans d’autre cas, les maisons sont détruites en préalable à la
construction de remparts. Dans tous les cas, la fortification prend la préséance sur les
habitations qui seront construites ou reconstruites en fonction de la ligne du rempart1376.
Lors de la transition BAI-BAII, les fortifications sont des ouvrages particulièrement
épais et complexes. Leur construction ainsi que celle des maisons situées à l’intérieur
ont décuplé les besoins en matériaux de construction : pierres, briques crues, bois. Les
constructeurs ne peuvent plus se contenter de ramasser les matériaux qui se situent sur
le site. Ils doivent être rapportés de plus loin ou même dans quelques rares cas, extraits
dans des carrières. Dans le cas des briques crues, la technique de moulage dans un cadre
en bois se développe très rapidement jusqu’à devenir la seule méthode employée dans
toute la Palestine dès la fin du Bronze ancien I. Des travaux d’une telle monumentalité
reflètent l’existence d’une classe dirigeante pouvant rassembler les énergies collectives.
1376
Joffe, 1993, p. 71.
335
domestique. En effet, il se compose de plusieurs groupes de compartiments
fonctionnellement différents, mais combinés dans un seul projet. Ainsi, deux couloirs
centraux régissent les circulations. Comme l’espace dans ce secteur du site est limité en
raison de la présence des murs de citadelle à l’est et du terrassement de la zone sacrée à
l’ouest, le plan n’adopte pas un type particulier. Cependant, l’idée de distinguer un
secteur privé et résidentiel, à l’ouest et un secteur de réception, à l’est se retrouve dans
les palais du Bronze moyen érigés dans la même zone1377.
À Tel Yarmouth, le secteur cultuel n’a pas été identifié, mais la monumentalité
et l’emploi de techniques de construction innovantes démontrent la spécificité de ce
bâtiment. La présence d’une vaste cour entourée de murs à contrefort montre comment
le bâtiment est désormais un centre polyvalent, nécessitant de grands espaces pour
accueillir les différentes activités relatives à l'administration de l'État. De plus, sa
localisation immédiatement devant la porte de la ville symbolise le rôle du palais au
centre de la cité-état.
Dans ces trois palais, le plan, les dimensions, la localisation, les techniques de
construction contribuent à montrer que ce type de bâtiment possède un rôle de plus en
plus important, à la fois comme centre du pouvoir et résidence des élites. La présence de
zones de stockage est aussi un aspect essentiel de ces bâtiments. Elle reflète les
interactions existantes alors entre la ville et les villages alentours. Or, la prise en compte
des zones rurales est essentielle car les spécialistes estiment qu’environ 80 à 90 % de la
population des sociétés préindustrielles travaille la terre afin de permettre l’existence
d’artisans spécialistes et d’une élite1378.
336
distingue pas de l’architecture domestique, et d’un autre côté, une véritable architecture
monumentale qui est complètement différente de l’architecture domestique.
1379
Miroschedji, 1995b.
1380
Nigro, 1995, p. 416.
1381
Dever, 1989, tabl. 1, p. 237.
1382
Kempinski, 1992a, p. 97.
337
338
! % &
Abel, F.-M.
1967 Géographie de la Palestine. Tome 1, Géographie physique et historique.
3ème édition. Paris : Gabalda.
Aharoni, Y.
1967 Excavations at Tel Arad. IEJ 17: 233-249.
1982 The Archaeology of the Land of Israel. Philadephia: Westminster.
1993 Megiddo in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeology in the Holy
Land, Jerusalem: The IES, volume 3: 1002-1024.
Alm, D.
1996 Supports, piliers et colonnes dans l’architecture orientale du Néolithique à l’Âge
du Fer. Deux volumes. Thèse de doctorat, EPHE IVème section. Paris (non
publiée).
Alpert Nakhai, B.
1997a Syro-Palestinian Temples in Meyers, E. M. (ed.) The Oxford Encyclopedia of
Archaeology in the Near East, New York - Oxford: Oxford University Press,
volume 4: 169-174.
1997b Furnitures and furnishings: Bronze and Iron Ages in Meyers, E. M. (ed.) The
Oxford Encyclopedia of Archaeology in the Near East, New York - Oxford:
Oxford University Press, volume 2: 354-356.
Amiran, R.
1970 Ancient Pottery of the Holy Land, from its beginnings in the Neolithic period to the
end of the Iron Age. New Brunswick: Rutgers University Press.
1978 Early Arad, The Chalcolithic Settlement and Early Bronze City I: First-Fifth
Seasons of Excavations, 1962-1966, Jerusalem: The IES.
339
Amiran, R., Ilan, O. & Aharoni, Y.
1993 Arad in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeology in the Holy Land,
Jerusalem: IES, volume 1: 75-82.
Aurenche, O.
1977 Dictionnaire illustré multilingue de l’architecture du Proche-Orient ancien,
Maison de l'Orient. Paris : de Boccard.
1981 La maison orientale, L’architecture du Proche-Orient ancien des origines au
milieu du quatrième millénaire. Bibliothèque d’archéologie et d’histoire. T CIX,
Paris : Paul Geuthner.
1984 Le dessin d’architecture dans le Proche-Orient des origines au milieu du IVème
millénaire in Le dessin d’architecture dans les sociétés antiques, Actes du colloque
de Strasbourg 26-28 janvier 1984 : 9-16.
1985 L’apport de l’observation ethnographique à la compréhension des monuments
anciens : palais de Mari et palais actuels du Proche Orient. M.A.R.I. 4 : 347-374.
1993 L’origine de la brique in Frangipane, M. & alii (eds.) Between rivers and over
mountains. Università di Roma « La Sapienza »: 71-85.
1996 Famille, fortune, pouvoir et architecture domestique dans les villages du Proche-
Orient in Veenhof, K. (ed.) Houses and households in Ancient Mesopotamia, RAI,
Leiden: 1-16.
Barrois, A.
1931 La métrologie dans la Bible. Revue Biblique 40 : 185-213.
Baumgarten, Y.
2004 An Excavation at Ashqelon, Afridar - Area J. ‘Atiqot 45: 161-184.
340
Beebe, H. K.
1968 Ancient Palestinian Dwellings. BA 31: 38-72.
Beit-Arieh, I.
1974 Excavations at Nabi Salah, in the Sinai. TA 1: 150-175.
2003 Archaeology of Sinai, The Ophir Expedition. Tel Aviv. Monograph Series of the
Institute of Archaeology of Tel Aviv University N° 21.
Ben-Tor, A.
1973 Plans of Dwellings and Temples in Early Bronze Age Palestine. EI 11: 92-98 (en
hébreu) et 25* (résumé en anglais).
1989 Byblos and the Early Bronze Age I of Palestine in Miroschedji, P. de (éd.): 41-52.
1992a Early Bronze Age Dwellings and Installations in Kempinski, A. & Reich, R. (eds.)
The Architecture of Ancient Israel from the Prehistoric to the Persian periods.
Jerusalem: IES: 60-67.
1992b The Archaeology of Ancient Israel. New Haven & London: Yale University Press.
1992c Introduction: the Early Bronze age in Kempinski, A. & Reich, R. (eds.) The
Architecture of Ancient Israel from the Prehistoric to the Persian periods.
Jerusalem: Israel Exploration Society: 51-52.
1993 Qashish, Tel in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeology in the Holy
Land, Jerusalem: The IES, vol. 4: 1200-1203.
Bessac, J.-C.
1998 Le travail de la pierre à Shabwa in Breton, J. F. (éd.) Fouilles de Shabwa III,
architecture et techniques de construction : 249-285.
Betts, A. V. G. (ed.)
1991 Excavations at Tell Um Hammad 1982-1984, the Early Assemblage (EBI-II),
Excavations and Explorations in the Hashemite Kingdom of Jordan, Oxford:
Edinburgh University Press.
Bliss, F. J.
1898 A mound of many cities or Tell el-Hesy excavated. The committee of the Palestine
Exploration Fund. London.
Bonn Greenwald, A.
1976 The Domestic Architecture of Early Bronze Age Palestine, Bryn Mawr College,
Ann Arbor, Michigan, USA (Thèse non publiée).
341
Bourdieu, P.
1980 Le sens pratique. Paris : Édition de Minuit.
Bradley, R.
1985 Consumption, Change and the Archaeological Record. The Archaeology of
Monuments and the Archaeology of Deliberate Deposits. Department
Archaeology, University Edinburgh, Occasional Paper 13. Edinburgh.
Braemer, F.
1982 L’architecture domestique du Levant à l’Age du Fer, Paris : ERC, cahier n° 8.
Braun, E.
342
2008b Palmahim Quarry in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeological
excavations in the Holy Land, Supplementary Volume 5, Jerusalem: IES: 1991-
1993.
Breton, J. F. (éd.)
1998 Fouilles de Shabwa III, architecture et techniques de construction. Bibliothèque
archéologique et historique de l’IFPO, tome CLIV, Beyrouth.
Brooks, R. L.
1993 Household abandonment among sedentary Plains societies: Behavioural sequences
and consequences in the interpretation of the archaeological record in Cameron,
C. M. & Tomka, S. A. (eds.) Abandonment of settlements and regions,
Ethnoarchaeological and archaeological approaches. New directions in
archaeology, Cambridge.
Bumbulis, R. K.
1981 A qualitative analysis of the Houses of Early Bronze Age Palestine: a test of
analytic approaches, Université de Toronto (mémoire non publié).
Callaway, J. A.
1969 The 1966 ‘Ai (Et-Tell) Excavations. BASOR 196: 2-16.
1972 The Early Bronze Age Sanctuary at Ai (et-Tell): a report of the Joint
Archaeological Expedition to Ai (et-Tell). London: ASOR.
1980 The Early Bronze Age Citadel and Lower City at Ai (et-Tell): a report of the Joint
Archaeological Expedition to Ai (et -Tell); n° 2. ASOR.
1993 Ai in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeology in the Holy Land,
Jerusalem: IES, volume 1: 39-45.
Canaan, T.
1932 The Palestinian Arab House its architecture and Folklore. JPOS 12: 223-247.
1933 The Palestinian Arab House its architecture and Folklore. JPOS 13: 1-83.
Carneiro, R. L.
1981 The Chiefdom: Precursor of the State in Jones, G. D. & Kautz, R. R. (eds.) The
Transition to Statehood in the New World. Cambridge, UK - New York, NY:
Cambridge University Press: 37-79.
343
Castel, C.
2010 The First Temples in antis: The Sanctuary of Tell Al-Rawda in the Context of
3rd millennium Syria in Hempelmann, R. & Rehm, E. (eds.) Kulturlandschaft
Syrien - Zentrum und Peripherie. Festschrift zum 65. Geburtstag von Jan-Waalke
Meyer, AOAT: 81-124.
Charloux, G.
2006 Artisanat et urbanisation de la Palestine à l’Âge du Bronze ancien : apport de
l’étude des céramiques à la structure sociale. Thèse de doctorat à l’université de
Paris 1 (non publiée).
Chesson, M. S.
2003 Households, Houses, Neighbourhoods and Corporate Villages: Modeling the Early
Bronze Age as a House Society. JMA 16.1: 79-102.
Ciasca, A.
1962 Tel Gat. Oriens Antiquus I: 23-39.
Contenson, H. de
1982 À propos du niveau Chalcolithique de Dakerman in Archéologie au Levant, recueil
à la mémoire de Roger Saidah, collection de la Maison de l’Orient Méditerranéen
n° 12, série archéologique, 9. Lyon : 79-85.
Coogan, D. G.
1983 Numeira 1981. BASOR 255: 75-81.
Crumley, C. L.
1987 A Dialectical Critique of Hierarchy in Patterson, T. C. & Gailey, C. W. (eds.)
Power Relations and State Formation. Washington: American Anthropological
Association: 55-168.
2005 Remember How to Organize: Heterarchy Across Disciplines in Beekman, C. S. &
Baden, W. S. (eds.) Nonlinear Models for Archaeology and Anthropology,
Aldershot (Hampshire), UK: Ashgate Press: 35-50.
Danin, A.
1983 Desert vegetation of Israel and Sinai. Jerusalem: Cana Publishing House.
Darles, C.
1998 Étude typologique de l’architecture civile intra-muros in Breton, J. F. (éd.) : 4-25.
Daviau, P. M. M.
1993 Houses and their Furnishings in Bronze Age Palestine. Journal for the Study of the
Old Testament, ASOR Monograph Series 8. Sheffield Academic Press.
Davies, N.
1935 Paintings from the Tomb of Rekh-mi-Re' at Thebes. New York.
Dever, W. D.
1989 The Collapse of the Urban Early Bronze Age in Palestine, Toward a systemic
analysis in Miroschedji, P. de (éd.) : 225-246.
1993 Gezer in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeology in the Holy Land,
Jerusalem: IES, volume 2: 496-506.
344
Dever, W. D., Lance, H. D. & Wright, G. E.
1970 Gezer I: Preliminary report of the 1964-1966 Seasons. Annual of the Hebrew
Union College Biblical and Archaeological School in Jerusalem. Jerusalem.
Dothan, M.
1957 Meser. IEJ 7: 127-128, 217-228.
1959 Excavations at Meser 1957, preliminary report on the second season. IEJ 9: 13-29.
1993 Meser in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeology in the Holy Land,
Jerusalem: The Israel Exploration Society, volume 4: 1035-1036.
Dunand, M.
1950-1958 Fouilles de Byblos. Tome II. 1933-1938. Paris : Libraire d’Amérique et d’Orient
Adrien Maisonneuve.
1973 Fouilles de Byblos V. L'architecture, les tombes, le matériel domestique des
origines néolithiques à l'avènement urbain. Paris : Maisonneuve.
Durand, J.-M.
1997 Les documents épistolaires du palais de Mari. Tome 1, LAPO 16. Paris : Éditions
du Cerf.
Eisenberg, E.
1987 Tel Teo. IEJ 37: 173-175.
1989 The Chalcolithic and EB I occupations at Tel Teo in Miroschedji, P. de (éd.) : 29-
40.
1993a Kitan, Tel in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeology in the Holy
Land, Jerusalem: IES, volume 3: 878-881.
1993b Mahruq, Khirbet el- in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeology in the
Holy Land, Jerusalem: IES, volume 3: 929-932.
1996 Tel Shalem, sounding in a fortified site of the EB IB. ‘Atiqot XXX: 124.
Emery, A.
2007 Concevoir et bâtir dans la Mésopotamie protohistorique, l’utilisation de schémas
architecturaux au IVe millénaire av. J.-C. Thèse de doctorat présentée à
l’Université de Paris 1 : Panthéon-Sorbonne, 2 volumes. (non publiée)
Epstein, C.
1973 The Sacred Area at Meggido in Stratum XIX. EI 11 : 54-57 (en hébreu) et 23*-24*
(résumé en anglais).
1985 Pitat Ha-Yarmuk, Notes and News. IEJ 35: 56-57.
1998 The Chalcolithic culture of the Golan. Jerusalem: IAA Reports N° 4.
Evely, R. D. G.
2000 Minoan Crafts: Tools and Techniques, an introduction, volume two. Studies in
Mediterranean Archaeology. Jonsered: Paul Åstroms Förlag.
345
Esse, D.
1989 Secondary state formation and collapse in Early Bronze Age Palestine in
Miroschedji, P. de (éd.) : 81-96.
1989/90 Tel Yaqush-1989. ESI 94-95: 113.
1990 Tel Yaqush. IEJ 40: 222-223.
1991 Subsistence, Trade and Social Change in Early Bronze Age Palestine. Studies in
Ancient Oriental Civilization 50. Chicago: The Oriental Institute of the University
of Chicago.
Fantalkin, A.
2000a Qiryat Ata. HA 112: 24*-25*.
2000b A salvage Excavation at an Early Bronze age settlement on Ha-Shophtim street,
Qiryat ‘Ata. TA 27: 28-56.
Fargo, V. M.
1993 Tell el-Hesi in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeology in the Holy
Land, Jerusalem: The Israel Exploration Society, volume 2: 630-634.
Fernandez-Tresguerres Velasco, J.
2001 Jebel el-Mutawwaq. SHAJ 7: 173-178.
2005 Jabal al-Mutawwaq. ADAJ 49: 365-372.
Finkelstein, I.
1995 Two Notes on Early Bronze Age Urbanization and Urbanism. TA 22: 47-69.
Fischer, P. M.
1991 Tell Abu al-Kharaz, the Swedish jordan expedition 1989. First season preliminary
report from trial soundings. ADAJ 35: 67-104.
1993 Tell Abu al-Kharaz, the Swedish jordan expedition 1991. Second season
preliminary report from trial soundings. ADAJ 37: 279-305.
1994 Tell Abu al-Kharaz, the Swedish jordan expedition. Third season preliminary
report from trial soundings. ADAJ 38: 127-145.
1995 Tell Abu al-Kharaz, the Swedish jordan expedition. Fourth season preliminary
report from trial soundings. ADAJ 39: 93-119.
1996 Tell Abu al-Kharaz, the Swedish jordan expedition. Fifth season preliminary report
from trial soundings. ADAJ 40: 101-110.
1997 Tell Abu al-Kharaz, the Swedish jordan expedition. Sixth and seventh seasons
preliminary report from trial soundings. ADAJ 41: 129-144.
1998 Tell Abu al-Kharaz, the Swedish jordan expedition 1998. Eight season preliminary
report from trial soundings. ADAJ 42: 213-224.
Fitzgerald, E.
1934 The Excavations at Beth Shean in 1933. PEFQS 67: 123-134.
1935 Beth Shean: Earliest Pottery. The Museum Journal (The University Museum,
University of Pennsylvania, Philadelphia) 24: 5-22.
Flannery, K. V.
1972 Culture History vs. Cultural Process: A Debate in American Archaeology in Leone,
M. P. (ed.) Contemporary Archaeology. Carbondale: Southern Illinois University
Press.
346
Forest, J. D.
1991 Le système de mesure de longueur obeidien, sa mise en œuvre, sa signification.
Paléorient 17/2 : 161-172.
1996 Les pseudo-temples de la Diyala, ou le contrôle de la population urbaine au DA in
Gasche, H. & Hrouda, B. (éds.) Histoire, arts de l’esapce et industries de la terre,
études offertes en hommage à Agnès Spycket. Neuchâtel : Civilisations du Proche-
Orient, serie I, archéologie et environnement : 97-111.
Foucault-Forest, C.
1996 L’habitat privé en Palestine au Bronze Moyen et au Bronze Récent. Oxford: BAR
International Series 625.
1997 Modèles d’organisation de l’espace dans l’habitat du Bronze Moyen et du Bronze
récent en Palestine in Castel, C., Al-Maqdissi, M. & Villeneuve, F. (éds.) Les
maisons dans la Syrie antique du IIIème millénaire au début de l’Islam. Actes du
colloque international. Damas 27-30 juin 1992. IFAPO. Beyrouth : 151-160.
Freedman, D. N.
(ed.)
1978 Bâb edh-Dhrâ’: Report of Excavations. Preliminary Excavations Reports: Bâb
edh-Dhrâ’, Sardis, Meiron, Tell el-Hesi, Carthage (Punic). AASOR n° 43.
Frick, F. S.
1997 Cities in Meyers, E. M. (ed.) The Oxford Encyclopedia of Archaeology in the Near
East, New York-Oxford: Oxford University Press, volume 1: 14-25.
Frost, H.
1991 Anchors sacred and profane. Ugarit-Ras Shamra 1986; the stone anchors revised
and compared in Yon, M. (éd.) Ras Shamra-Ougarit VI, Arts et industries de la
pierre, Paris : ERC : 355-410.
Garstang, J.
1932 Jericho: City and Necropolis. Annals of Archaeology and Anthropology XIX, 1-2:
3-11.
1936 Jericho: City and Necropolis. Annals of Archaeology and Anthropology XXII, 3-4:
143-168.
Genz, H.
2002 Die frühbronzezeitliche Keramik von Hirbet ez-Zeraqôn. Abhandlungen des
Deutschen Palästina-Vereins. Wiesbaden: Harrassowitz Verlag.
2003 Cash Crop Production and Storage in the Early Bronze Age Southern Levant. JMA
16.1: 59-78.
2010 Thought on the Function of ‘Public Buildings’ in the Early Bronze Age Southern
Levant in Bolger, D. & Maguire, L. C. (eds.) The Development of the Pre-State
Communities in the Ancient Near East. Oxford and Oakville: Oxbow Books: 46-
52.
347
Genz, H. & Sader, H.
2007 Excavations at the Early Bronze Age Site of Tell Fadous Kfarabida, Preliminary
Report on the 2007 Season of Excavations. Bulletin d’archéologie et
d’architecture libanaises 11 : 7-11.
Geraty, L.
1997 ‘Umeiri, Tell el- in Meyers, E. M. (ed.) The Oxford Encyclopedia of Archaeology
in the Near East, New York-Oxford: Oxford University Press, volume 5: 273-274.
Getzov, N.
2004 Notes on the material culture of the Western Galilee in the Early Bronze Age IB in
light of the Abu edh-Dhahab excavations. ‘Atiqot 48: 35- 50.
2006 The Tel Bet Yerah Excavations 1994-95. IAA Reports, No. 28. Jerusalem: Israel
Antiquities Authority.
Gilead, I.
1988 The Chalcolithic Period in the Levant. Journal of World Prehistory 3: 397-443.
Givon, S.
1993 The Excavation at Beth Ha-Emeq. Tel Aviv: Nadler Institute of Archaeology.
2004 Beth Ha-‘Emeq, village of shepherds and farmers from the Chalcolithic period and
the Early Bronze Age in van den Brink, E. & Yannai, E. (eds.) In quest of the
ancient settlement and landscapes, archaeological studies in honour of Ram
Gophna. Tel Aviv University. Tel Aviv: Ramot Publishing: 87-106.
Glock, A. E.
1993 Taanach in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeology in the Holy
Land, Jerusalem: IES, volume 4: 1428-1433.
Golani, A.
1993 Qiryat Ata. ESI 13: 30-31.
1995 The Ashkelon-Afridar Marina. HA 104: 109-110.
1996 Qiryat Ata. ESI 15: 31-33.
1999 New Perspectives on Domestic Architecture and the Initial Stages of Urbanization
in Canaan. Levant 31: 123-133.
2003 Salvage excavations at the site of Qiryat Ata. IAA Report 18.
2004 Salvage Excavations at Ashqelon, Afridar-Area E. ‘Atiqot 45: 10-48.
2005 Ashqelon, Barnea‘ B-C. HA 117 ([Link]
2007 Ashqelon, Barnea‘ B-C. HA 119 ([Link]
2008a Ashqelon, Barnea‘ B-C. HA 120 ([Link]
2008b Qiryat Ata in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeological excavations
in the Holy Land, Jerusalem: IES, Supplementary Volume 5: 1998-2000.
Goldberg, P.
1979 Geology of Late Bronze Age mudbrick from Tel Lachish. Tel Aviv 6: 60-67.
Gopher, A.
1995 Early Pottery-Bearing Groups in Israel, The Pottery Neolithic Period in Levy, T. E.
(ed.) The archaeology of society in the Holy Land, London: Leicester University
Press: 206-216.
Gophna, R.
1976 Excavations at ‘En Besor. ‘Atiqot 2: 1-9.
348
1980 Excavations at ‘En Besor. ‘Atiqot 14: 9-16.
1990 The Early Bronze I Settlement at ‘En Besor Oasis. IEJ 40: 1-11.
1993a ‘En Besor in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeology in the Holy
Land, Jerusalem: IES, volume 2: 393-398.
1993b Dalit, Tel in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeology in the Holy
Land, Jerusalem: IES, volume 1: 318-320.
1995 Excavations at ‘En Besor, Tel Aviv University, Jerusalem: Ramat Publishing.
1996 Excavations at Tel Dalit. Tel Aviv University, Tel Aviv: Ramot Publishing House.
2004 Excavations at Ashqelon, Afridar, Introduction. ‘Atiqot 45: 1-8.
Graesser, C. F.
1972 Standing stones in Ancient Palestine. BA XXXV: 35-63.
Greenberg, R.
2003 Early Bronze Age Megiddo and Beth Shean: Discontinuous Settlement in
Sociopolitical Context. JMA 16.1: 17-32.
Grigson, C.
1995 Plough and pasture in the Early Economy of the Southern Levant in Levy, T. E.
(ed.): 246- 268.
Guest-Papamanoli, A.
1978 La brique crue en Egée au Néolithique à l’Âge du Bronze. Bulletin de
correspondance hellénique 102: 3 - 24.
Hanbury-Tenison, J. W.
1985 Jebel Mutawwaq. Liber Annus 35: 410-412.
1989 Jabal Mutawwaq, 1986. ADAJ 33: 137-144.
349
Harrison, T. P.
1997 Field D: the lower southern terrace in Herr, L. G., Geraty, L. T., LaBianca, Ø. S.,
Younker, R. W., The 1989 season at Tell el-Umeiri and vicinity and subsequents,
Madaba Report 3.
Helms, S. W.
1984 Excavations at Tell Um Hammad, in the Jordan Valley. Levant 16: 35-54.
1986 Excavations at Tell Um Hammad, 1984. Levant 18: 25-35.
Hennessy, J.
1967 The Foreign Relations of Palestine during the Early Bronze Age. London: Bernard
Quaritch.
Hermon, S.
2008 Socio-Economic Aspects of the Chalcolithic (4 500-3 500 BC) Societies in the
Southern Levant, a Lithic perspective. Oxford: BAR International series 1744.
Herr, L. G.
2008 Jordan in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeological excavations in
the Holy Land, Jerusalem: IES, Supplementary Volume 5: 1840-1850.
Herzog, Z.
1980 A functional interpretation of the Broadroom and Longroom house types. TA 7:
82-89.
1997 Archaeology of the City, urban planning in Ancient Israel and Its Social
Implications. Tel Aviv University, Monograph Series N° 13. Tel Aviv.
Hestrin, R.
1993 Beth Yerah in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeology in the Holy
Land, Jerusalem: IES, volume 1: 255-259.
Hirschfeld, Y.
1995 The Palestinian dwelling in the Roman-Byzantine Period. Jerusalem: Franciscan
Printing Press.
Holladay, J. S. Jr.
1997 Syro-Palestinian Houses in Meyers, E. M. (ed.) The Oxford Encyclopedia of
Archaeology in the Near East, New York-Oxford: Oxford University Press,
volume 3: 95-114.
Huot, J. L. (éd.)
1988 La ville neuve, une idée de l’Antiquité ? Les cahiers du groupe scientifique
Terrains et Théories en Archéologie n° 1. Paris : Éditions Errance.
350
1987 Tell el-Mughayyir and Khirbet ez-Zeiraquoun. NLIAA 4: 3-6.
1988 Khirbet ez-Zeiraquoun Excavations. NLIAA 6: 7-9.
1989 Zeiraqun (Khirbet el) in Homès-Fredericq, D. & Hennessy, J. B. (eds.)
Archaeology of Jordan, II2. Fields reports, sites L-Z, Leuven: Peeters: 641-646.
1991 Excavations at Khirbet ez-Zeiraquoun 1991. NLIAA 12: 3-5.
1994 Excavations at Khirbet ez-Zeiraquoun, 1993. NLIAA 16: 11-15.
Ilan, O.
1997 Arad: Bronze Age Period in Meyers, E. M. (ed.) The Oxford Encyclopedia of
Archaeology in the Near East, New York-Oxford: Oxford University Press,
volume 1: 170-174.
2001 Household archaeology at Arad and Ai in the Early Bronze Age II in Wolff, S. R.
(ed.) Studies in the archaeology of Israel and the neighbouring lands, in memory
of Douglas L. Esse. SAOC 59, ASOR books n° 5: 317-354.
Jacobs, P. F.
1994 Tel Halif 1993. IEJ 44: 152-156.
Jarno, R.
1984 Tente et maison : le jeu annuel de la sédentarisation à Qdeir (Syrie) in
Aurenche, O. (éd.) Nomades et sédentaires, perspectives ethnoarchéologiques,
Paris : ERC. « Mémoire » n° 40 : 191-210.
Jasmin, M.
2006 L’étude de la transition du Bronze récent II au Fer I en Palestine méridionale.
Oxford: BAR International Series 1495.
Jequier, G.
1924 Manuel d’archéologie égyptienne : les éléments de l’architecture. Paris : Picard.
Joffe, A. H.
1993 Settlement and society in the Early Bronze Age I and II, southern Levant:
complementarity and contradiction in a small-scale complex society, Sheffield:
Sheffield Academic Press, Monographs in Mediterranean Archaeology 4.
Kamp, K.
2000 From village to tell, household ethnoarchaeology in Syria. Near Eastern
Archaeology 63/2: 84-93.
Kaplan, J.
1993 Lod in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeology in the Holy Land,
Jerusalem: IES, volume 3: 917.
Karschon, R.
1953 Les forêts d'Israël. Unasylva 7/4.
351
Kemp, B.
2000 Soil, including mud-brick architecture in Nicholson, P. T. & Saw, I. (eds.) Ancient
Egyptian materials and technology, Cambridge University Press: 78-103.
Kempinski, A.
1978 The Rise of an Urban Culture: The Urbanization of Palestine in the Early Bronze
Age 3 000-2 150 B.C. Israel Ethnographic Society Studies 4. Jerusalem: Israel
Ethnographic Society.
1989 Megiddo, a City-State and Royal Centre in North Israel. Materialen zur
Allgemeinen und Vergleichenden Archäologie, Band 40. München: Verlag C. H.
Beck.
1992a Fortifications, Public Buildings, and Town Planning in the Early Bronze Age in
Kempinski, A. & Reich, R., The Architecture of Ancient Israel from the
Prehistoric to the Persian Periods. Jerusalem: IES: 68-80.
1992b Chalcolithic and Early Bronze Age Temples in Kempinski, A. & Reich, R., The
Architecture of Ancient Israel from the Prehistoric to the Persian Periods.
Jerusalem: IES: 52-59.
1993a Beth Ha-‘Emeq in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeology in the
Holy Land, Jerusalem: IES, volume 1: 202-203.
1993b Kabri in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeology in the Holy Land,
Jerusalem: IES, volume 2: 839-841.
2002 Tel Kabri, the 1986-1993 Excavation seasons. Monograph Series of the Institute of
Archaeology of Tel Aviv University No. 20. Tel Aviv.
Kempinski, A. &
Gilead, I.
1988 Tel ‘Erani. IEJ 38: 89-91.
1991 New Excavations at Tel Erani: a preliminary Report of the 1985-1988 Seasons. TA
18: 164-191.
Kenyon, K. M.
1953 Excavations at Jericho. PEQ 85: 81-95.
1954 Excavations at Jericho, 1954. PEQ 86: 45-63.
1955 Excavations at Jericho, 1955. PEQ 87: 108-117.
1957 Digging up Jericho, London: Ernest Benn Limited.
1958 Some notes on the Early and Middle Bronze Age strata of Megiddo. EI 5: 55*-60*.
1960 Archaeology in the Holy Land. New-York: Praeger.
1966 Amorites and Canaanites. The Schweich Lectures 1963. London.
1979 Archaeology in the Holy Land. 4th edition. London: E. Benn Ltd.
1981 Excavations at Jericho, volume 3, The Architecture and Stratigraphy of the Tell,
Text, British School of archaeology in Jerusalem, London.
1993 Jericho in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeology in the Holy Land,
Jerusalem: IES, volume 2: 674-697.
352
Khalaily, H.
2004 An Early Bronze Age site at Ashqelon, Afridar-Area F. ‘Atiqot 45: 122-127.
Khazanov, A. M.
1984 Nomads and the Outside World. Cambridge: Cambridge University Press.
Kochavi, M.
1972 Tel Aphek (Ras el-Ain). IEJ 22: 238-239.
1973 Tel Aphek. IEJ 23: 245-246.
1974 Tel Aphek. IEJ 24: 261-262.
1976 Tel Aphek. IEJ 26: 51-52.
1977 Tel Aphek. IEJ 27: 54-55.
1983 Tel Aphek. IEJ 33: 121.
1989 Aphek-Antipatris, five thousand years of history, Tel Aviv.
1993 Leviah enclosure in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeology in the
Holy Land, Jerusalem: IES, volume 3: 915-916.
2000 Aphek-Antipatris I, excavation of areas A and B, the 1972-1976 seasons.
Monograph Series of the Institute of Archaeology of Tel Aviv University, n° 19.
Tel Aviv.
Kramer, C.
1979 An archaeological view of contemporary Kurdish village: domestic architecture,
household size, and wealth in Kramer, C. (ed) Ethnoarchaeology: implications of
ethnography for archaeology, New York: Columbia University Press: 139-163.
Kubba, S. A. A.
1987 Mesopotamian architecture and town planning, from the Mesolithic to the end of
the Protohistoric period, c. 10 000-3 500 B.C. Oxford: BAR International Series
367(i).
Lass, E.
2006 A failed innovation: Early Bronze Age trapezoid mud bricks at Lod in Maeir, A. &
Miroschedji, P. de (eds.) “I will speak the riddles of Ancient Times”
Archaeological and historical studies in honour of Amihai Mazar. Winona Lake:
Eisenbrauns: 47-55.
353
Lassure, C.
2002 [Link]/combien_pese_une_cabane.html.
2005 [Link]/hisser_pierres.htm.
Lauffray, J.
2008 Fouilles de Byblos, tome VI l’urbanisme et l’architecture de l’époque proto-
urbaine à l’occupation amorite (de l’Enéolithique à l’Âge du Bronze II).
Bibliothèque archéologique et historique, tome 182. IFPO. Beyrouth.
Leroi-Gourhan, A.
1973 (1945) Milieu et technique. Sciences d’aujourd’hui. Paris: Éditions Albin Michel.
Levy, T. E.
1995 Cult, Metallurgy and Rank Societies-Chalcolithic Period (ca. 4 500-3 500 BCE) in
Levy, T. E. (ed.) The archaeology of society in the Holy Land, London: Leicester
University Press: 227-244.
Liphschitz, N.
2004 Archaeobotanical remains from Ashqelon, Afridar. ‘Atiqot 45: 305-310.
2007 Timber in Ancient Israel, dendroarchaeology and dendrochronology. Institute of
Archaeology, Tel Aviv University. Tel Aviv.
Loud, G.
1948 Megiddo II seasons of 1935-39, text, plates, University of Chicago, Oriental
Institute Publications n° 62. Chicago: The University of Chicago Press.
Macalister, R. A.
1912 The Excavation of Gezer 1902-1905 and 1907-1909, Volume II, London: John
Murray.
Macdonald, E.
1932 Beth-Pelet II, Prehistoric Fara, British School of Archaeology in Egypt. London.
Mann, M.
1986 The Sources of Social Power. Cambridge: Cambridge University Press.
354
Marchetti, N., Nigro, L. & Sarie, L.
1997 First Season of Excavations of the Italian-Palestinian Expedition at Tell es-Sultan
Jericho, april-may 1997. Orient-Express 1 : 35-36.
Marfoe, L.
1980 Review of Ruth Amiran & al. Early Arad: The Chalcolithic Settlement and Early
Bronze City. Volume 1. First-Fifth Seasons of Excavations, 1962-1966. Journal of
Near Eastern Society 39: 317-322.
Margueron, J.-C.
1996 La maison orientale in Veenhof, K. (ed.) Houses and households in Ancient
Mesopotamia, RAI, Leiden: 17-38.
1997a Palace in Meyers, E. M. (ed.) The Oxford Encyclopedia of Archaeology in the
Near East, New York-Oxford: Oxford University Press, volume 4: 197-200.
1997b Mesopotamian Temples in Meyers, E. M. (ed.) The Oxford Encyclopedia of
Archaeology in the Near East, New York-Oxford: Oxford University Press,
volume 4: 165-169.
Marquet-Krause, J.
1949 Les fouilles de ‘Ay (et-Tell) 1933-1935 : La résurrection d’une grande cité
biblique. Institut français d’archéologie de Beyrouth. Bibliothèque archéologique
et historique, Tome XLV. Paris : Paul Geuthner.
Martin, R.
1965 Manuel d’architecture grecque I, matériaux et techniques. Collection des manuels
d’archéologie et d’histoire de l’art. Paris : Éditions Picard.
Mazar, A.
1990 Archaeology of the Land of the Bible. New York: Doubleday.
1991 Sanctuaires et temples en Canaan. Supplément au Dictionnaire de la Bible 11:
1258-1286. Paris.
1992 Tel Bet She‘an 1989/1990. ESI 10 (1991), 5-9.
1993 Beth Shean in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeology in the Holy
Land, Jerusalem: IES, volume 1: 214-233.
1994 Tel Beth Shean 1992/1993. ESI 14: 56-60.
1997 Four Thousand Years of History at Tel Beth-Shean, an account of the renewed
excavations. BA 60.2: 62-76.
2001 On the significance of the EB III granary building at Beith Yerah in Wolff, S. R.
(ed.) Studies in the archaeology of Israel and the neighbouring lands, in memory
of Douglas L. Esse. SAOC n° 59, ASOR n° 5: 447- 463.
2008 Beth-Shean in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeological
excavations in the Holy Land, Supplementary Volume 5, Jerusalem: IES: 1616-
1622.
355
Mazar, A. & Rotem, Y.
2009 Tel Beth Shean during the EB IB Period: Evidence for Social Complexity in the
late 4th Millenium BC. Levant 41, n° 2: 131-153.
Midant-Reynes, B.
2000 The prehistory of Egypt: from the First Egyptians to the First Pharaohs. Oxford:
Blackwell.
Milson, D.
1988 The Design of the Early Bronze Age Temples at Megiddo. BASOR 272: 75-78.
Miron, E.
1992 Axes and adzes from Canaan. Prähistorische Bronzefunde. Abteilung IX. Band 19.
Stuttgart.
Miroschedji, P. de
1971 L’époque pré-urbaine en Palestine. Cahiers de la Revue Biblique 13. Paris :
Gabalda.
1976 Contribution à l’étude de l’urbanisation en Palestine à l’Âge du Bronze Ancien,
Thèse de doctorat, Université de Paris I : Panthéon-Sorbonne (non publiée). Paris.
1984 Tel Yarmut 1982-1983. IEJ 34: 194-196.
1986 Céramiques et mouvements de population : le cas de la Palestine au
IIIème millénaire in Barrelet, M. T. & Gardin, J. C. (éds.) À propos des
interprétations archéologiques de la poterie : questions ouvertes. Paris : ERC,
« mémoire » n° 64 : 10-46.
1988a Yarmouth 1 : Rapport sur les trois premières campagnes de fouilles à
Tel Yarmouth (Israël) (1980-1982), Paris : ERC, « mémoire » n° 76.
1988b Données nouvelles sur le Bronze Ancien de Palestine : les fouilles récentes de
Tel Yarmouth. CRAIBL janvier-mars : 186-211.
1989 Le processus d’urbanisation en Palestine au Bronze ancien : Chronologie et
rythmes in Miroschedji, P. de (éd.) : 63-79.
1991 Fouilles de Tel Yarmouth, rapport préliminaire sur les travaux de la
8ème campagne (été 1990). Jérusalem-Paris (non publié).
1992 Notes & News: Tel Yarmut, 1992. IEJ 42/3-4: 265-272.
1993a Fouilles récentes à Tel Yarmouth, Israël (1989-1993). CRAIBL : 823-847.
1993b Tel Jarmut in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeology in the Holy
Land, Jerusalem: IES, volume 2: 661-665.
1993c Présence et mémoire du désert : note sur un thème récurrent dans l’archéologie et
l’histoire d’Israël in Alvarez-Pereyre, F. (éd.) Milieux et mémoire, Actes de la
semaine de la recherche française en Israël. Jérusalem : CRFJ, diffusion
Peeters : 51-87.
1993d Cult and Religion in the Chalcolithic and Early Bronze Age in Biran, A. &
Aviram, J. (eds.) Biblical Archaeology Today, 1990, Proceedings of the Second
International Congress on Biblical Archaeology, Jerusalem, June-July 1990.
Jerusalem: IES.
1994a Fouilles de Tel Yarmouth, rapport préliminaire sur les travaux de la 10ème
campagne (été 1993). Jérusalem-Paris (non publié).
1994b Tel Yarmouth 1993. Orient-Express 1994/1 : 5-7.
1995a Tel Yarmut 1992. ESI 16: 126-128.
1995b Les premières cités-états cananéennes. Les Dossiers d’archéologie 203 : 81-100.
1995c Tel Yarmut, 1993. HA 103: 74-77.
1996a Tel Yarmuth, 1993. ESI 15: 85-88.
1996b Yarmouth 1996. Orient-Express 1996/3 : 87-89.
356
1997a Tel Yarmouth in Meyers, E. M. (ed.) The Oxford Encyclopedia of Archaeology in
the Near East, New York-Oxford: Oxford University Press, volume 5: 369-372.
1997b Tel Yarmouth 1997. Orient-Express 1997/3 : 87-91.
1997c Notes & News: Tel Yarmut, 1996. IEJ 47/1-2: 127-136.
1998 Tel Yarmut, 1997. IEJ 48/1-2: 136-144.
1999 Yarmuth. The dawn of city states in southern Canaan. Near Eastern Archaeology
62 (1): 2-19.
2000a Travaux archéologiques à Tell Sakan (Bande de Gaza) en 1999. Orient-Express 2 :
30-32.
2000b Fouilles de Tel Yarmouth : résultats des 11ème, 12ème et 13ème campagnes de
fouilles (1996-1999). CRAIBL : 679-710.
2000c La céramique de Khirbet Kerak en Syro-Palestine : état de la question in Marro, C.
& Hauptmann, H. (éds) Chronologies des pays du Caucase et de l’Euphrate aux
IVème-IIIème millénaires, Actes du Colloque d’Istanbul, 16-19 décembre 1998. Varia
Anatolica XI, Institut français d’études Anatoliennes d’Istanbul. Paris : Édition de
Boccard : 255-278.
2001a Les « maquettes architecturales » palestiniennes in Muller, B., « Maquettes
architecturales » de l’antiquité, regards croisés (Proche-orient, Égypte, Chypre,
bassin égéen et Grèce, du Néolithique à l’époque hellénistique), Actes du colloque
de Strasbourg 3-5 décembre 1998 : 43-85.
2001b Notes on Early Bronze Age metrology and the birth of architecture in Ancient
Palestine in Wolff, S. R. (ed.) Studies in the archaeology of Israel and the
neighbouring lands, in memory of Douglas L. Esse. SAOC n° 59, ASOR, n° 5:
465-491.
2003 The Late EB III Palace B1 at Tel Yarmuth: a descriptive summary. EI 27: 153*-
170*.
2006 At the Dawn of History: Sociopolitical developments in the southwestern Canaan
in Early Bronze Age III in Maeir, A., Miroschedji, P. de, (eds.) “I will speak the
riddles of Ancient Times” Archaeological and historical studies in honour of
Amihai Mazar. Winona Lake: Eisenbrauns: 55-78.
2008 Jarmuth, Tel in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeological
excavations in the Holy Land, Jerusalem: IES, Supplementary volume 5: 1792-
1797.
Miroschedji, P. de (éd.)
1989 L’urbanisation de la Palestine à l’Âge du Bronze Ancien, Bilan et perspectives des
recherches actuelles. Actes du colloque d’Emmaüs (20-24 octobre 1986). Oxford :
BAR International, Serie 527 (i).
Mitchell, C. F.
1908 Brickwork and Masonry. London: Batsford.
Mittmann, S.
1994 Hirbet ez-Zeraqôn. Eine Stadt der frühen Bronzezeit in Norjordanien. Archäologie
in Deutschland 2 (April-June 1994): 10-15.
Netzer, E.
1992 Massive structures: Processes in Construction and deterioration in Kempinski, A.
& Reich, R. (eds.) The Architecture of Ancient Israel from the Prehistoric to the
Persian periods. Jerusalem: IES.
Neuburger, A.
1930 The technical arts and sciences of the Ancients. London.
357
Nicolle, C.
1996 Recherche sur l’occupation du début du Bronze ancien I sur le Djebel Mutawwaq
(Jordanie). Orient-Express 3 : 96-97.
1998 Jebel Mutawwaq (Jordanie du nord), campagne de 1997. Orient-Express 1 : 12-13.
2002 Projet d’atlas archéologique des sites préclassiques de Syrie du sud, la campagne
de Chraya 2002. Orient-Express 4 : 99-100.
Nigro, L.
1995 L'architettura palatina della Palestina nelle Età del Bronzo e del Ferro. Contributi
e Materiali di Archeologia Orientale V. Roma.
2006 Preliminary Report of the First Season of excavations by the University of Rome
“la Sapienza” at Khirbet al-Batrawy (Upper Wadi az-Zarqa). ADAJ 50: 229-248.
2007a Aside the spring: Byblos and Jericho from village to town in Nigro, L. (ed.) Byblos
and Jericho in the Early Bronze I, social and cultural interactions. ROSAPAT 04.
Rome: 1-45.
2007b Preliminary Report of the second Season of excavations by the University of Rome
“La Sapienza” at Khirbat al-Batrawy (Upper Wadi az-Zarqa). ADAJ 51: 345- 360.
2008 Result of the Fourth Season of Excavations and Restorations at Khirbet al-Batrawy
2008. [Link]
2009a Khirbat al-Batrawi: a Case Study of third Millennium BC Early Urbanism in
North-Central Jordan. SHAJ X: 657-677.
2009b Preliminary Report on the 5th Season of Archaeological Investigations and
Restorations at Khirbet al-Batrawy by Rome “La Sapienza” University.
[Link]
2009c Una porta sul deserto. Archeo 298 (dicembre) : 72-81.
Nigro, L. (ed.)
2008 Khirbet al-Batrawy II. The EB II city-gate, the EB II-III fortifications, the EB II-III
temple. Preliminary report of the second (2006) and third (2007) seasons of
excavations. ROSAPAT 06. Rome.
Nir, D.
1975 Géomorphologie d’Israël. Paris : Éditions du CNRS.
North, R. S. J.
1961 Ghassul 1960, excavation Report. Roma Pontificio Instituto Biblico.
Noy, T.
1989 Gilgal I. A Prepottery Neolithic Site, Israel. Paléorient 15/1 : 333-347.
Orlandos, A.
1966 Les matériaux de construction et la technique architecturale des anciens grecs.
École française d'Athènes. Travaux et Mémoires, 16. Paris.
Ottoson, M.
1980 Temples and Cult Places in Palestine. Studies in Ancient Mediterranean and Near
Eastern Civilizations, Uppsala: Boreas.
358
Palumbo, G.
1991 The Early Bronze IV in the Southern Levant. Contributi e Materiali di Archeologia
Orientale III. Rome: Universita degli Studi di Roma ‘La Sapienza’.
Paz, I.
2002 Fortified settlements of the EB IB and the Emergence of the First Urban System.
TA 29: 238-261.
Perath, I.
1984 Stone building and building stone in Israel: a historical review. Ministry of
Energy and Infrastructure. Geological Survey of Israel, Report 38/84.
Perello, B.
2008 Recherche sur l’architecture domestique en Anatolie au Bronze ancien. Deux
volumes. Thèse de doctorat soutenue à l’Université de Paris 1 : Panthéon-
Sorbonne (non publiée).
Perrot, J.
1967 Munhata. Bible et Terre Sainte 13 : 4-16.
1984 Structures d’habitat, mode de vie et environnement des villages souterrains de
pasteurs de Beersheva dans le sud d’Israël, au IVème millénaire avant l’ère
chrétienne. Paléorient 10 : 75-92.
Petrie, W. M. F.
1917 Tools and weapons, London: British school of archaeology in Egypt.
Philip, G.
1988 Hoards of the Early and Middle Bronze Ages in the Levant. World Archaeology
20, n° 2: 190-208.
2001 The Early Bronze I-III Ages in Mac Donald, B., Adams, R. & Bienkowski, P.
(eds.) The Archaeology of Jordan. Sheffield: Sheffield Academic Press: 163-232.
Porath, Y.
1992 Domestic architecture of the Chalcolithic Period in Kempinski, A. & Reich, R.,
The Architecture of Ancient Israel from the Prehistoric to the Persian Periods.
Jerusalem: IES: 40-48.
Pritchard, J. B.
1985 Tell es-Saidiyeh excavations on the tell, 1964-1965, The University Museum,
University of Pennsylvania.
Rapoport, A.
1972 Pour une anthropologie de la maison, Collection Aspects de l’Urbanisme, Paris :
Bordas.
359
Rast, W. E.
1995 Building on marl: The case of Bab adh-Dhra. SHAJ: 123-128.
2001 Early Bronze Age State formation in the Southeast Dead Sea Plain, Jordan in
Wolff, S. R. (ed.) Studies in the archaeology of Israel and the neighbouring lands,
in memory of Douglas L. Esse. SAOC n° 59, ASOR, n° 5: 519-533.
Reich, R.
1992 Building materials and architectural elements in Ancient Israel in Kempinski, A. &
Reich, R., The Architecture of Ancient Israel from the Prehistoric to the Persian
Periods. Jerusalem: IES: 1-16.
Renaud, R.
1995 Constructeur bâtiment - Technologie, Tome 1, Paris : Éditions Fouchet.
Renfrew, C.
1986 Introduction: Peer Polity Interaction and Socio-Political Change in Renfrew, C. &
Cherry, J. F. (eds.) Peer Polity Interaction and Socio-Political Change.
Cambridge: 1-18.
Richard, S.
1990 The 1987 expedition to Khirbet Iskander and its vicinity: fourth preliminary report.
Bulletin of the American School of Oriental Research supplement n° 26,
Preliminary report of the ASOR-sponsored excavations (1983-1987): 33-58.
Rosen A. M.
1989 Environemental change at the end of Early Bronze Age Palestine in Miroschedji,
P. de (éd.) : 246-255.
Rosen, S.
1997 Lithics after the Stone Age. A Handbook of Stone Tools from the Levant. Walnut
Creek, London and New Delhi: Altamira Press.
Rossi, C.
2004 Architecture and mathematics in Ancient Egypt. Cambridge: Cambridge
University Press.
Roux, V.
2007 Non-emprunt du façonnage au tour dans le Levant sud entre le Vème et le
IIème millénaire av. J.-C. : des régularités pour des scénarios historiques particuliers
in Rouillard, P. (éd.) Mobilités, immobilismes, l’emprunt et son refus. Paris : 201-
213.
Saghieh, M.
1983 Byblos in the Third Millenium B.C. a Reconstruction of the Stratigraphy and a
Study of the Cultural Connections. Warminster: Aris & Phillips
Saidah, R.
1979 Fouilles de Sidon-Dakerman : l’agglomération Chalcolithique. Berytus 27 : 29-55.
360
Sala, M.
2007a Early Shrines at Byblos and Tell es-Sultan / ancient Jericho in the Early Bronze I
(3 300-3 000 BC) in Nigro, L. (ed.) Byblos and Jericho in the Early Bronze I,
social and cultural interactions. ROSAPAT 04. Rome: 47- 68.
2007b L’architettura sacra della Palestina nell’età del Bronzo Antiquo IIII. Contesto
archeologico, analisi architettonica e sviluppo storico. Contributi e materiali di
archeologia orientale XIII. Rome.
Salavert, A.
2008 Olive cultivation and oil production in Palestine during the Early Bronze age
(3500-2000 B.C.): the case of Tel Yarmouth, Israel. Vegetal History
Archeobotany: 53-61.
Sanders, D.
1990 Behavioral conventions and archaeology: methods for the analysis of Ancient
Architecture in Kent, S. (ed.) Domestic architecture and the use of space an
interdisciplinary cross-cultural study. Cambridge University Press. New-York.
Sauvage, M.
1998 La brique et sa mise en œuvre en Mésopotamie des origines à l’époque
Achéménide. Paris : ERC.
Schaub, R. T.
1993 Bâb edh-Dhrâ’ in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeology in the
Holy Land, Jerusalem: IES, volume 1: 214-223.
Schumacher, G.
1908 Tell el-Mutesellim. 1. Fundbericht erstattet von Gottlieb Schumacher. Hrsg. vom
geschäftsführenden Ausschuss unter der verantwortl. Leipzig : Red. von Carl
Steuernagel.
Sebbane, M.
1990 EB and MB Board Games in Canaan and the Origin of the Egyptian Senet Game.
EI 21: 233-238.
Seger, J. D.
1983a Tel Halif, 1983. ESI 2: 38-39.
1983b Investigations at Tell Halif, Israel 1976-1980. BASOR 252: 1-23.
1993 Tel Halif in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeology in the Holy
Land, Jerusalem: IES, volume 2: 553-559.
361
Seger, J. D. & alii
1990 The Bronze Age settlements at Tell Halif: phase II, excavations 1983-1987.
BASOR supplement 26: 1-32.
Service, E. R.
1962 Primitive social Organization, an evolutionary perspective. New York: Random
House, Inc.
Seton Williams, M. V.
1949 Palestinian temples. Iraq 11: 77-89.
Simpson, W. K.
1963 Papyrus Reisner I. Museum of Fine Arts. Boston.
Spencer, A. J.
1979 Brick Architecture in Ancient Egypt. Warminster: Aris and Phillips.
Stager, L. E.
1985 The archaeology of the family in Ancient Israel. BASOR 260: 1-35.
Stocks, D. A.
2003 Experiments in Egyptian Archaeology, stoneworking technology in Ancient Egypt.
London: Routledge.
Stordeur, D.
2010 Les briques, préhistoire d’une invention in Becker, J., Hempelmann, R. & Rehm,
E. (eds.) Kulturlandschaft Syrien - Zentrum und Peripherie. Festschrift zum 65.
Geburtstag von Jan-Waalke Meyer. AOAT.
Strange, J.
1999 Atlas biblique, Paris : Alliance Biblique Universelle.
Tadmor, M.
2002 The Kfar Monash Hoard Again: A View from Egypt and Nubia in van den Brink
E. C. M. & Levy, T. E. (eds.) Egypt and the Levant, Interrelations from the 4th
through the Early 3rd millennium BCE. Leicester University Press.
Testart, A.
1982 The signification of food storage among hunter-gatherers: Residence patterns,
population densities and social inequalities. Current Anthropology 23: 523-538.
Thalmann, J.-P.
2006 Nouvelles données sur l’architecture domestique du Bronze ancien IV à Tell Arqa
(Liban). CRAIBL : 841-871.
Thompson, H. O.
1969 Apsidal construction in the Ancient Near East. PEQ 101: 69-86.
362
Tsuk, T.
1997a Cistern in Meyers, E. M. (ed.) The Oxford Encyclopedia of Archaeology in the
Near East, New York-Oxford: Oxford University Press, volume 1: 12-13.
1997b Reservoir in Meyers, E. M. (ed.) The Oxford Encyclopedia of Archaeology in the
Near East, New York-Oxford: Oxford University Press, volume 3: 422-433.
Tubb, J. N.
1985 Preliminary Report on the 1985 season of Excavations at Tell es-Sa’idiyeh, Jordan.
ADAJ 29: 131-140.
1986 Tell es-Sa’idiyeh 1986: second season, interim report. ADAJ 30: 31-48.
1988 Tell es-Sa’idiyeh 1987: third season, interim report. ADAJ 32:41-58.
1989 Tell es-Sa’idiyeh in Homès-Frédéricq, D. & Hennessy, B. J. (eds.) Archaeology of
Jordan, fields reports. Louvain, volume 2: 641-646.
1990 Preliminary Report on the Fourth Season of excavations at Tell es-Sa’idiyeh in the
Jordan Valley. Levant 22: 21-46.
1993 Tell es-Sa’idiyeh in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeology in the
Holy Land, Jerusalem: IES, volume 4: 1295-1300.
Tufnell, O.
1958 Lachish IV: the Bronze Age. (Tell ed-Duweir), The Wellcome-Marston
Archaeological Research Expedition to the Near East, London: Oxford University
Press.
Ussishkin, D.
1968 Beth Yerah. RB 75 : 266-268.
1993 Lachish in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeology in the Holy Land,
Jerusalem: IES, volume 3: 897-911.
Vaux, R. de
1947 La première campagne de fouilles à Tell el-Farǥah, près de Naplouse. RB 54 : 394-
573.
1948 La seconde campagne de fouilles à Tell el-Farǥah, près de Naplouse. RB 55 : 544.
1949 La deuxième campagne de fouilles à Tell el-Farǥah, près de Naplouse. RB 56 :
102-138.
1951 La troisième campagne de fouilles à Tell el-Farǥah, près de Naplouse. RB 58 : 393.
1952 La quatrième campagne de fouilles à Tell el-Farǥah, près de Naplouse. RB 59 :
551.
363
1955 Les fouilles de Tell el-Farǥah, près de Naplouse. RB 62 : 541.
1956 The Excavations at Tell el-Farǥah and the site of ancient Tirzah. PEQ 88: 125-140.
1957 Les fouilles de Tell el-Farǥah, près de Naplouse. RB 64 : 552.
1960 Tell el-Farǥah. RB 67 : 245-247.
1961 Les fouilles de Tell el-Farǥah. RB 68 : 576-592.
1962 Les fouilles de Tell el-Farǥah. RB 69 : 212-230.
1971 Palestine in the Early Bronze Age in Edwards, I. E. S., Gadd, C. J. & Hammond,
N. G. L. (eds.) The Cambridge Ancient History, volume I, part II, 3rd edition,
Cambridge: Cambridge University Press: 208-237.
Wagner, N. E.
1972 Early Bronze Houses at Ai. PEQ 103: 5-25.
Weinstein, J. M.
1984 The significance of Tell Areini for Egyptian-Palestinian relations at the beginning
of the Bronze Age. BASOR 256: 61-70.
Williams, M. V. S.
1949 Palestinian Temples. Iraq 11: 77-89.
Wright, G. E.
1937 The Pottery of Palestine from the Earliest Times to the End of the Early Bronze
Age. New Haven: American Schools of Oriental Research.
Wright, G. R. H.
1985 Ancient Building in South Syria and Palestine. Leiden: E. J. Brill.
1997 Building materials and techniques in Meyers, E. M. (ed.) The Oxford Encyclopedia
of Archaeology in the Near East, Oxford University Press. New York, Oxford,
volume 1: 360-367.
2005 Ancient building technology, Technology and Changing in History, volume 7/1.
Brill.
Yannai, E.
2006 ‘En Esur (‘Ein Asawir) I, excavations at the Protohistoric site in the Coastal Plain
of Israel. IAA Reports 31.
2008 Lod in Stern, E. (ed.) The New Encyclopedia of Archaeological excavations in the
Holy Land, Supplementary Volume 5, Jerusalem: IES: 1913-1915.
Yeivin, S.
1973 Temples That Were Not. EI 11: 163-175. (en hébreu, résumé en anglais)
364
Yekutieli, Y. & Gophna, R.
1994 Excavations at an Early Bronze site near Nizzanim. TA 21: 162-181.
Zohary, M.
1982 Vegetation of Israel and adjacent areas. Beihefte zum Tübinger Atlas des
vorderen Orients, Nr. 7. Wiesbaden.
Zuckerman, S.
2003 The Early Bronze Age I Architecture in Ben-Tor, A., Bonfil, R. & Zuckerman, S.,
Tel Qashish. A village in the Jezreel Valley. Final report of the archaeological
excavations (1978-1987). Qedem 5: 31-34.
365
366
)
Remerciements ....................................................................................................................................1
Sommaire ............................................................................................................................................3
Liste des abréviations .........................................................................................................................7
Liste des tableaux et schémas .............................................................................................................9
INTRODUCTION ....................................................................................................................................13
A. Architecture domestique et architecture monumentale ................................................................13
B. Cadres de l’étude..........................................................................................................................15
1. Géographie ............................................................................................................................................... 15
2. Chronologie.............................................................................................................................................. 19
C. La méthodologie...........................................................................................................................20
1. Problèmes rencontrés ............................................................................................................................... 21
2. Sources d’informations complémentaires................................................................................................. 22
3. Les objectifs de l’étude............................................................................................................................. 23
367
3. Dépôts ou caches...................................................................................................................................... 42
a. Les cas archéologiques........................................................................................................................ 42
b. Interprétation....................................................................................................................................... 44
B. Les outils ......................................................................................................................................47
1. Les outils de travail de la terre ................................................................................................................. 48
2. Les outils de travail du bois et de la pierre ............................................................................................... 48
a. La hache et la herminette..................................................................................................................... 49
b. La scie ................................................................................................................................................. 50
c. Le ciseau ............................................................................................................................................. 51
3. Outils en pierre ou en métal ?................................................................................................................... 52
368
ii. Fondation en tranchées et en réseau............................................................................................. 108
3. Les soubassements ................................................................................................................................. 111
a. Les murs sans soubassement de pierre .............................................................................................. 111
b. Les appareils ..................................................................................................................................... 112
i. Appareil soigné............................................................................................................................. 113
ii. Appareil à gros blocs de type mégalithique ................................................................................. 113
iii. Appareil « en épi » ou « arêtes de poisson »............................................................................... 114
iv. Finition du sommet du soubassement ......................................................................................... 114
4. Les superstructures................................................................................................................................. 115
a. Le montage des superstructures en briques ....................................................................................... 116
b. Les maçonneries................................................................................................................................ 117
5. L’agencement des murs.......................................................................................................................... 119
6. Finitions ................................................................................................................................................. 120
a. Les enduits ........................................................................................................................................ 120
b. Cas pratique : analyse d’enduits de Tel Yarmouth............................................................................ 121
i. L’enduit du « Bâtiment Blanc » (n° 10 347), chantier C .............................................................. 121
ii. Les enduits du Palais B1, chantier B ........................................................................................... 122
i.1 L’enduit posé sur le mur 1982 (n° 17 227)............................................................................ 122
i.2. L’enduit posé sur le mur 2039 (n° 17 226)........................................................................... 122
i.3 L’enduit posé sur le mur 1588 (n° 17 224)............................................................................ 123
i.4 L’enduit posé sur le mur 2022 (n° 17 225)............................................................................ 123
c. Entretien et mesures de protection..................................................................................................... 124
i. Entretien des productions architecturales ..................................................................................... 124
ii. Des dispositions contre les tremblements de terre ? .................................................................... 126
B. La couverture .............................................................................................................................128
1. Les supports de toiture ........................................................................................................................... 128
a. Typologie des supports de charge ..................................................................................................... 128
i. Les poteaux................................................................................................................................... 129
i.1 Les trous de poteaux.............................................................................................................. 129
i.2 Les poteaux reposant sur une base......................................................................................... 129
ii. Les autres types de support de charge.......................................................................................... 132
ii.1 Les pilastres.......................................................................................................................... 132
ii.2 Les murets internes............................................................................................................... 132
ii.3 Les poteaux engagés............................................................................................................. 132
ii.4 La couverture sans support................................................................................................... 133
b. La mise en œuvre des supports de toiture ......................................................................................... 134
i. La localisation des supports.......................................................................................................... 134
i.1 Bases dans l’axe longitudinal ................................................................................................ 134
i.2 Bases près des murs............................................................................................................... 135
i.3 Salles à piliers........................................................................................................................ 136
i.4 Porches à ante........................................................................................................................ 139
ii. Les superficies couvertes............................................................................................................. 139
2. Le toit ..................................................................................................................................................... 140
a. Types et compositions....................................................................................................................... 141
b. Les utilisations du toit ....................................................................................................................... 143
C. Les ouvertures ............................................................................................................................145
1. Les portes ............................................................................................................................................... 145
a. Les seuils........................................................................................................................................... 145
b. Les montants et les linteaux .............................................................................................................. 148
2. Fenêtres, aération et éclairage ................................................................................................................ 149
D. Les aménagements internes .......................................................................................................151
1. Les sols................................................................................................................................................... 151
a. Les sols en terre battue et les sols chaulés......................................................................................... 152
b. Les sols pavés ................................................................................................................................... 153
2. Marches, escaliers et étages.................................................................................................................... 155
a. Les marches et les escaliers............................................................................................................... 155
b. La question de l’étage ....................................................................................................................... 156
3. Bancs, banquettes, plates-formes et installations appuyées contre un mur............................................. 158
a. Bancs et banquettes ........................................................................................................................... 158
369
b. Plates-formes..................................................................................................................................... 160
c. Installations appuyées contre un mur ................................................................................................ 161
4. Silos, petites fosses et poteries enterrées ................................................................................................ 162
a. Silos................................................................................................................................................... 162
b. Fosses ou cupules.............................................................................................................................. 164
c. Poteries enterrées .............................................................................................................................. 165
5. Foyers et fours........................................................................................................................................ 166
a. Foyers................................................................................................................................................ 166
b. Fours ................................................................................................................................................. 168
i. Les fours domestiques .................................................................................................................. 168
ii. Les fours de potiers ..................................................................................................................... 168
6. Aménagements liés à l’usage de l’eau.................................................................................................... 169
a. Le stockage de l’eau .......................................................................................................................... 169
b. L’évacuation de l’eau........................................................................................................................ 170
370
iii. Analyses ..................................................................................................................................... 222
5. Conclusion ............................................................................................................................................. 224
B. L’architecture monumentale ......................................................................................................226
1. Palais ...................................................................................................................................................... 227
a. Des palais ? ....................................................................................................................................... 227
b. Les palais identifiés........................................................................................................................... 229
i. Khirbet ez-Zeraqun....................................................................................................................... 229
ii. Megiddo ...................................................................................................................................... 231
iii. Tel Yarmouth ............................................................................................................................. 233
i.1 Superficie .............................................................................................................................. 234
i.2 Composition des espaces....................................................................................................... 236
c. Spécificités de l’architecture palatiale ............................................................................................... 238
2. Temples .................................................................................................................................................. 241
a. Le problème des critères d’identification .......................................................................................... 242
b. Les temples identifiés........................................................................................................................ 244
i. Bronze ancien I............................................................................................................................. 244
i.1 Le temple du niveau J-2 de Megiddo .................................................................................... 244
i.2 Le temple du niveau J-3 de Megiddo .................................................................................... 244
i.3 Le temple du niveau J-4 de Megiddo .................................................................................... 245
ii. Bronze ancien II .......................................................................................................................... 246
ii.1 L’autel de Beth Yerah .......................................................................................................... 246
ii.2 Le Temple de l’acropole à Ai............................................................................................... 247
iii. Bronze ancien III ........................................................................................................................ 248
iii.1 Le complexe cultuel de Khirbet ez-Zeraqun ...................................................................... 248
iii.2 Les temples de Megiddo ..................................................................................................... 249
c. Les attestations discutées................................................................................................................... 252
i. Le plan barlong............................................................................................................................. 252
i.1 La zone cultuelle de Tel Arad................................................................................................ 252
i.2 Le « Bâtiment Blanc » de Tel Yarmouth............................................................................... 253
i.3 Les temples A et B de Bâb edh-Dhrâ’ ................................................................................... 254
i.4 Le temple F de Khirbet el-Batrawy ....................................................................................... 255
ii. La question de l’aménagement .................................................................................................... 256
ii.1 Le locus 671 de Tell el-Fârǥah.............................................................................................. 256
ii.2 Le locus 420 de Jéricho ........................................................................................................ 256
ii.3 La pièce du niveau XA de Beth Yerah ................................................................................. 257
iii. Les pierres dressées .................................................................................................................... 257
d. Les éléments constitutifs des plans ................................................................................................... 258
i. Traits généraux ............................................................................................................................. 258
ii. La forme du plan ......................................................................................................................... 260
iii. Plates-formes monumentales ...................................................................................................... 263
iiii. Le temenos ................................................................................................................................ 264
3. Un cas problématique : le Bâtiment aux cercles de Beth Yerah ............................................................. 265
371
TROISIEME PARTIE. ARCHITECTURE ET SOCIETE................................................................295
CHAPITRE I. ARCHITECTURE ET TRADITIONS CULTURELLES .................................................................297
A. Les cultures du Bronze ancien....................................................................................................297
1. La présence et l’influence égyptienne .................................................................................................... 298
a. Les relations entre l’Égypte et le sud Levant..................................................................................... 298
b. Les influences architecturales ........................................................................................................... 299
2. L’influence du Levant nord .................................................................................................................... 300
B. La valeur culturelle d’un modèle architectural..........................................................................302
1. Khirbet Kerak, un contre-exemple ?....................................................................................................... 302
2. Modèle architectural et culture............................................................................................................... 304
CONCLUSION.......................................................................................................................................333
BIBLIOGRAPHIE ....................................................................................................................................339
TABLE DES MATIERES ...........................................................................................................................367
PLANCHES……………………………………….…………………..…………………………Volume 3
1. Liste des planches
2. Planches
372