UNE ANALYSE TEXTUELLE DE "LA LÉGENDE DE L'HOMME À LA CERVELLE D'OR"
D'ALPHONSE DAUDET
Author(s): Lois Grant
Source: Francofonia , Primavera 1989, No. 16 (Primavera 1989), pp. 17-36
Published by: Casa Editrice Leo S. Olschki s.r.l.
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UNE ANALYSE TEXTUELLE DE
LA LÉGENDE DE L'HOMME A LA CERVELLE D'OR
D'ALPHONSE DAUDET
Lois Grant
1. Introduction
La légende de l'homme à la cervelle d'or fait partie du recueil de
contes Lettres de mon moulin d'Alphonse Daudet, publié en 1869.
La première version de ce conte est parue en 1860 et la deuxième,
la version standard qui sera le sujet de l'analyse qui suit, date de 1866.
L'édition de référence pour le texte est Lettres de mon moulin , Paris,
Le Livre de Poche 1978, pp. 179-187.
On associe Daudet à l'époque réaliste-naturaliste. Il est obser-
vateur exact et doué d'une sensibilité de poète. Il traite des thèmes
de la vie ordinaire en montrant surtout une sympathie pour les
faiblesses de la nature humaine.1
La légende de l'homme à la cervelle d'or traite de la difficulté
qu'éprouve le poète qui recherche la créativité en vertu du don qu'il
possède. Cette quête qu'il mène sur le front de l'art et de la vie
l'épuisé finalement parce que dans sa recherche il donne de sa propre
substance. Le texte à la fois critique la vie qu'impose la société sur
l'âme fragile et vulnérable de l'artiste et présente une épreuve pour
le narrateur du texte en tant qu'artiste. L'analyse montrera que le
narrateur réussit à sa tâche en dépit de la vision tragique qu'il tient
du sort du poète.
Le plan du texte est constitué d'une lettre servant de présentation
d'un récit ayant la forme d'une légende. La lettre contient sa propre
1 L. Verriest, L'Evolution de la littérature française , New York, Harper
and Row 1936, pp. 181-182.
17
2
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histoire dont une des macropropositions narratives est remplacée p
la légende. La légende elle-même comporte trois séquences narrativ
enchaînées. Voici, en gros, un schéma en arbre du texte.2
TN
La lettre (Snl)
ili II
Pnl=0 Pn2=C Pn3=A Pn4=R Pn5=M
[
La légende
I
Résumé Chute
i i i
Sul Sn2' Sn3'
Cette analyse étudiera trois aspects princ
trois niveaux textuels: le niveau syntaxique
et le niveau interactif ou pragmatique. Les
s'occupent de l'univers représenté, le récit
que le troisième s'occupe de la manière de r
le récit comme discours. Ceci correspond en gr
fait les formalistes russes selon Tzvetan Tod
qui s'est effectivement passé », et sujet, « la
a pris connaissance ». Au niveau syntaxique
le rapport logique des événements à l'intéri
rative et le rapport entre les séquences, au
représenter le sens à communiquer. Au nive
tion de rendre compte des rapports entre le
au plan de l'histoire et du discours, et des rapp
et le lecteur.
2 TN = texte narratif; Sn = séquence narrative; P
O = orientation; C = complication; A = action; R
L'explication détaillée de ces termes sera donnée au
3 T. Todorov, Les catégories du récit littéraire ,
1966, p. 132. , ' '
^ 1 8
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2. Le niveau syntaxique
Au niveau syntaxique le texte répond bien à une analyse suivant
le modèle quinaire de P. Larivaille, adapté par J. M. Adam.4 Le mo-
dèle quinaire sert à dégager du désordre chronologique du récit un
ordre logique et temporel des états et des événements de la su-
perstructure narrative. Le modèle propose quatre niveaux hiérarchisés
du texte narratif. Le niveau le plus élémentaire est celui des phra-
ses (P). Des phrases contiennent des éléments constitutifs des unités
du deuxième niveau, des micropropositions narratives (pn). Les micro-
propositions, représentant des états et des actions charnières de l'his-
toire, se groupent en cinq macropropositions narratives (Pn). Les cinq
macropropositions recouvrent les articulations majeures de tout récit.
Ce sont:
Pnl = orientation ou état initial - un lieu, un temps, au moins un
actant et des circonstances paticulières sont précisés.
Pn2 = complication - un élément modificateur déclenche Taction
du récit.
Pn3 = action ou évaluation - l'agent de l'épisode entreprend une
action ou une évaluation mentale en réponse à la complication.
Pn4 = résolution - un nouvel élément modificateur permet de re-
trouver un état comparable, mais différent, au premier état.
Pn5 = morale ou état final - cet état permet de conclure l'épisode
et souvent de cerner les conséquences pour le présent.
Tout récit se compose d'au moins une séquence narrative ou d'une
suite de séquences combinées selon les règles d'alternance, d'enchâs-
sement ou d'enchaînement.
2.1. La lettre
Comme le montre le schéma en haut, la lettre se divise en deux
parties, un prologue et un épilogue enchâssant la légende. La pre-
mière partie contient les trois premières macropropositions narra-
tives de l'histoire de la lettre, la légende elle-même constitue la qua-
trième, l'épilogue contient la cinquième. Le tableau 1 qui suit détaille
4 J. M. Adam, Le texte narratif , Paris, Nathan 1987, pp. 51-52.
^ 19 ~
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le regroupement successif de phrases (P) en micropropositions (Pn
de micropropositions en macropropositions (Pn). Les cinq microp
positions sont les suivantes.
Pnl = état initial (E1) - le narrateur, ayant reçu une lettre d'un
dame qui lui demande « des histoires plus gaies » se propos
la tâche d'écrire un conte moins «demi-deuil» que d'hab
tude pour plaire au public.
Pn2 = complication (C) - le narrateur entend des nouvelles de «
mort misérable du pauvre Charles Barbara » qui le plonge d
nouveau dans la tristesse.
Pn3 = action (A) - le narrateur réfléchit sur l'impossibilité d'écrire
un conte badin qui serait en contradiction avec son obligation
d'artiste d'exprimer ce qu'il ressent, de dire la vérité.
Pn4 = résolution (R) - la légende, par sa mise en œuvre, représente
le nouvel élément modificateur qui permet de retrouver le
nouvel état d'équilibre.
Pn5 = état final (Ef) - le narrateur est resté fidèle à son obligation
d'artiste en racontant une histoire qui est vraie selon sa
propre vision du monde, son don ne s'épuise pas.
Tableau 1 - Snl
LA LÉGENDE
DE L'HOMME À LA CERVELLE D'OR
À la darne qui demande des histoires gaies, pnl ' '
f Proposition J
En lisant votre lettre, madame , j'ai eu comme pn 2 Í argumentative AI
un remords. Je m'en suis voulu de la couleur un pn3 / > Pnl
peu trop demi-deuil de mes historiettesy et je (
m'étais promis de vous offrir aujourd'hui quelque pn4 Conclusion X '
chose de joyeux , de follement joyeux. tirée de A I
Pourquoi serais-je triste, après tout? Je vis
à mille lieues des brouillards parisiens, sur une
colline lumineuse, dans le pays des tambourins
et du vin muscat. Autour de chez moi tout n'est
que soleil et musique; j'ai des orchestres de
culs-blancs, des orphéons de mésanges; le matin,
les courlis qui font: «Coureli! coureli! », à midi,
les cigales; puis les pâtres qui jouent du fifre, et
les belles filles brunes qu'on entend rire dans
les vignes ... En vérité, l'endroit est mal choisi
pour broyer du noir; je devrais plutôt expédier
aux dames des poèmes couleur de rose et des
pleins paniers de contes galants.
Eh bien, non! je suis encore trop près de
Paris. Tous les jours jusque dans mes pins, il
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m'envoie les éclaboussures de ses tristesses ... À pn5 ]
l'heure même où j'écris ces lignes, je viens d'ap - (Proposition
prendre la mort misérable du pauvre Charles pn6 I argumentative B
Barbara ; et mon moulin en est tout en deuil. Ì
Adieu les courlis et les cigales! Je n'ai plus le
cœur à rien de gai ... Voilà pourquoi, madame, pn7 Conclusion Y pn^
au lieu du joli conte badin que je m'étais promis tirée de B
de vous faire, vous n'aurez encore aujourd'hui
qu'une légende mélancolique.
[...]
Malgré ses airs de conte fantastique, cette pn8 Pn5
légende est vraie d'un bout à l'autre ... Il y a
par le monde de pauvres gens qui sont con-
damnés à vivre avec leur cerveau, et paient en
bel or fin, avec leur moelle et leur substance,
les moindres choses de la vie. C'est pour eux
une douleur de chaque jour; et puis, quand ils
sont las de souffrir ...
Le prologue de la lettre suit aussi une argumentation logique qui
peut être mise en rapport avec les trois premières macropropositions.
Ceci semble confirmer la démarche initiale de l'analyse. Voici le dé-
tail de l'argumentation logique.
Proposition argumentative A:
pnl-3 J'écris des histoires « un peu trop demi-deuil » pour
plaire au public.
Conclusion X tirée de A:
pn4 « et » j'écrirai un conte badin.
Proposition argumentative B:
pn5-6 mais (elliptique) la mort de Charles Barbara m'ap-
prend de nouveau la misère de la vie humaine.
Conclusion Y tirée de B:
pn8 « Voilà pourquoi » je ne peux pas écrire une histoire
gaie. J'écrirai une légende mélancolique.
Ce que le modèle quinaire et surtout l'analyse de l'argumentation
logique mettent en relief c'est le dilemme du narrateur, le choix de
plaire au public ou d'obéir à son inspiration. Ici naît l'idée de l'oppo-
sition entre la sensibilité de l'artiste et les contraintes de la vie réelle
qui est un des thèmes principaux de la légende. Ce qui est aussi évi-
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dent est l'importance de la légende pour le dénouement de l'histo
enchâssante. C'est en écrivant un récit fidèle à sa propre vision
monde, en dépit de la demande de la dame, que le narrateur me
Tépreuve son titre d'artiste.
2.2. La légende
La légende se trouve enchâssée dans la situation dialogique d'un
lettre ce qui nécessite un passage de cette situation à la situatio
monologique du récit. W. Labov constate que la prise de parole na
rative dans une conversation sert souvent à un bref résumé du récit
et peut indiquer son originalité.5 Ici la phrase
Il était une fois un homme qui avait une cervelle d'or; oui, madame,
une cervelle toute en or.
satisfait ce double besoin. En plus, l'introduction à la légende sert à
défendre la fiabilité du narrateur malgré l'apparence insolite de son
histoire.
La fin d'un récit intercalé dans un dialogue exige une clôture
nette et un retour à la dialogique ainsi que dans la conversation où
la chute signale la fin d'un tour de parole narratif. La phrase
Telle est, madame, la légende de l'homme à la cervelle d'or.
remplit cette fonction.
La légende propre comporte trois séquences narratives enchaînées
ou juxtaposées dont le tableau 2 qui suit présente les détails, suivant
un modèle destiné à l'analyse du conte merveilleux, qui remonte aux
travaux de Larivaille, de A. J. Greimas et d'Adam.6
Les trois séquences narratives de la légende correspondent aux
trois premières séquences transformationelles de la série de cinq que
comporte ce modèle. Les indications temporelles qui ont aidé à isoler
les états et événements charniers de l'histoire sont soulignées sur le
5 Ibid., pp. 159-162.
6 Ibtd., pp. 80-81.
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tableau. Les tableaux 3, 4 et 5 qui vont suivre détaillent le dévelo
pement des macropropositions des trois séquences de la légende.
Tableau 3 - Snl'
II était une fois un homme qui avait une cervelle d'or ; oui, Résumé
madame, une cervelle toute en or. Lorsqu'il vint au monde, les pni '
médecins pensaient que cet enfant ne vivrait pas, tant sa tête I
était lourde et son crâne démesuré. Il vécut cependant et grandit pn2 > pn^
au soleil comme un beau plant d'olivier; seulement sa grosse tête pn3 [
l'entraînait toujours , et c'était pitié de le voir se cogner à tous ]
les meubles en marchant ... Il tombait souvent. Un jour, il roula pn4
du haut d'un perron et vint donner du front contre un degré de pn5 J
marbre, où son crâne sonna comme un lingot. On le crut mort, f
mais en le relevant, on ne lui trouva qu'une légère blessure, avec pn6 Í Pn 2
deux ou trois gouttelettes d'or caillées dans ses cheveux blonds. '
C'est ainsi que les parents apprirent que l'enfant avait une cer - pn7
velie en or.
La chose fut tenue secrète; le pauvre petit lui-même ne se pn8 j
douta de rien. De temps en temps, il demandait pourquoi on ne pn9 I
le laissait plus courir devant la porte avec les garçonnets de la rue. f
« On vous volerait, mon beau trésor! » lui répondait sa mère ... / Pn3
Alors le petit avait grand-peur d'être volé ; il retournait jouer pnlO ļ
tout seul, sans rien dire, et se trimbalait lourdement d'une salle pnll ]
à l'autre... '
À dix-huit a
monstrueux
et nourri jusq
L'enfant n'
moyens? la
morceau d'or
fièrement su
richesses qu'
sance, il quit
gaspillant son
Tableau 4 - Sn2'
Du train dont il menait sa vie, royalement, et semant l'or pnl Pnl
sans compter , on aurait dit que sa cervelle était inépuisable ...
Elle s'épuisait cependant, et à mesure on pouvait voir les yeux
s'éteindre, la joue devenir plus creuse. Un jour enfin, au matin pn 2 Pn2
d'une débauche folle, le malheureux, resté seul parmi les débris
du festin et les lustres qui pâlissaient, s'épouvanta de l'énorme
brèche qu'il avait déjà faite à son lingot : il était temps de s'arrêter.
Dès lors, ce fut une existence nouvelle. L'homme à la cervelle pn3 ) p ,
d'or s'en alla vivre à l'écart, du travail de ses mainsy soupçonneux pn4 )
et craintif comme un avare, fuyant les tentations, tâchant d'oublier
lui-même ces fatales richesses auxquelles il ne voulait plus toucher ...
Par malheur, un ami l'avait suivi dans sa solitude, et cet ami pn5 j
connaissait son secret. pn6 f p A
Une nuit, le pauvre homme fut réveillé en sursaut par une
douleur à la tête, une effroyable douleur, il se dressa éperdu, e
vit, dans un rayon de lune, l'ami qui fuyait en cachant quelque
chose sous son manteau ...
Encore un peu de cervelle qu'on lui emportait ! ... pn9 Pn5
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Tableau 5 - Sn3'
À quelque temps de là, l'homme à la cervelle d'or devint pnl .
amoureux , et cette fois tout fut fini ... Il aimait du meilleur de son j
âme une petite femme blonde, qui l'aimait bien aussi, mais qui f
préférait encore les pompons, les plumes blanches et les jolis glands ; Pnl
mordorés battant de long des bottines. ļ
Entre les mains de cette mignonne créature - moitié oiseau , pn2 ]
moitié poupée -, les piécettes d'or fondaient que c'était un plaisir. I
Elle avait tous les caprices; et lui ne savait jamais dire non; même,
de peur de la peiner, il lui cacha jusqu'au bout le triste secret
de sa fortune.
« Nous sommes donc bien riches? » disait-elle.
Le pauvre homme lui répondait:
« Oh! oui ... bien riches! ».
Et il souriait avec amour au petit oiseau bleu qui lui mangeait
le crâne innocemment. Quelquefois cependant la peur le prenait,
il avait des envies d'être avare; mais alors la petite femme venait
vers lui en sautillant, et lui disait:
« Mon mari, qui êtes si riche! achetez-moi quelque chose de
bien cher ... ».
Et il lui achetait quelques chose de bien cher.
Cela dura ainsi pendant deux ans; puis, un matin, la petite pn3 )
femme mourut, sans qu'on sût pourquoi , comme un oiseau ... Le pn4 [ Pn 2
trésor touchait à sa fin; avec ce qui lui restait, le veuf fit faire à ;
sa chère morte un bel enterrement. Cloches à toute volée, lourds
carrosses tendus de noir, chevaux empanachés, larmes d'argent dans
le velours, rien ne lui parut trop beau. Que lui importait son or
maintenant? ... Il en donna pour l'église, pour les porteurs, pour
les revendeuses d'immortelles: il en donna partout.
Aussi, en sortant du cimetière, il ne lui restait presque plus
rien de cette cervelle merveilleuse, à peine quelques parcelles aux
parois du crâne.
Alors on le vit s'en aller dans les rues, l'air égaré, les mains pn5 ļ
en avant, trébuchant comme un homme ivre . Le soir, à l'heure où pn6 J
les bazars s'illuminent, li s'arrêta devant une large vitrine dans J
laquelle tout un fouillis d'étoffes et de parures reluisait aux lumie- , p ,
res, et resta là longtemps à regarder deux bottines de satin bleu ļ
bordées de duvet de cygne. « Je sais quelqu'un à qui ces bottines ļ
feraient bien plaisir », se disait-il en souriant; et, ne se souvenant pn7 ļ
déjà plus que la petite femme était morte, il entra pour les acheter.
Du fond de son arrière-boutique, la marchande entendit un pn8 '
grand cri; elle accourut et recula de peur en voyant un homme I
debout, qui s'accolait au comptoir et la regardait douloureusement ' Pn4
d'un air hébété. Il tenait d'une main les bottines bleues à bordure pn9 (
de cygne, et présentait l'autre main toute sanglante, avec des '
raclures d'or au bout des ongles. J
Telle est, madame, la légende de l'homme à la cer
Snl'. La première séquence est celle de la m
proposition d'une tâche pour le héros virtuel. C
sition du vouloir faire. À la différence du héros
être qualifié pour sa tâche, l'enfant de la légen
savoir dès sa naissance en vertu du don qu'il a r
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Ei1 - Un enfant dans un état de déséquilibre à cause d'une défor-
mation de la tête mène une vie difficile.
C1 - Par la suite d'une blessure à la tête que subit l'enfant, ses pa
rents apprennent qu'il a une cervelle d'or.
A1 - Les parents ne veulent pas partager la connaissance de leu
trésor; ils protègent l'enfant doué, le tenant à l'écart de la
société.
R1 - À l'âge de dix-huit ans, le jeune homme apprend de ses p
rents son secret.
Ep2 - Le jeune homme se croit tout puissant et prêt à se lancer
le monde en quête des moyens de vivre en équilibre avec so
trésor.
D1 (déplacement spatial) - L'enfant quitte la maison paternelle.
Sn2'. La deuxième séquence de la série est celle de la qualifica-
tion et de la compétence. C'est ici que le héros doit acquérir le savoir
faire et le pouvoir faire essentiel à sa quête.
Ep2- Le jeune homme mène une vie de luxe et de gaspillage.
C2 - Un jour il se rend compte de la diminution de son trésor.
A2 - Il se retire du monde, à l'écart des tentations de la vie et se
consacre à son travail.
R2 - Il est trahi par un faux ami qui le suit dans son abri et vole
une partie de son trésor.
Ep3- Le jeune homme, malgré ses précautions est vulnérable aux
périls de la vie.
D2 (déplacement temporel) - Le passage du temps entre cette
séquence et celle qui suit.
Sn3'. La troisième séquence de la série et la dernière de la lé-
gende représente l'épreuve principale du héros. C'est le lieu de la
mise en œuvre du vouloir-savoir-pouvoir faire et l'acquisition de
l'objet de valeur.
Ep3 - Le jeune homme est amoureux d'une femme frivole qui peu à
peu dissipe leur fortune.
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« LA LÉGENDE DE L'HOMME À LA CERVELLE D'OR » D'ALPHONSE DAUDET
C3 - Soudain la femme meurt et le jeune homme lui offre un enter-
rement magnifique et couteux.
A3 - Désespéré par la mort de sa femme le jeune homme succombe
à la folie.
R3 - Son dérangement mental le mène à essayer d'acheter une paire
de bottines pour sa défunte avec le peu qui lui reste de sa
cervelle d'or.
Ep4- Le pauvre jeune homme meurt dans la misère ayant dissipe
son trésor.
Le schéma analytique du conte merveilleux permet de suivre le
progrès du héros de la légende, un parcours qui est le contraire de
celui du héros classique. Malgré les obstacles qu'il rencontre et les
dégradations subies, le héros classique finit dans un état d'équilibre.
L'homme à la cervelle d'or ne connaît qu'une suite impitoyable de
dégradations sucessives.
Le jeune homme, en possession du vouloir faire à la fin de la Snl'
part de la maison paternelle en quête d'une vie équilibrée. Au cours
de la Sn2', au lieu d'acquérir le pouvoir faire nécessaire à sa quête,
il subit un affront aux mains d'un faux ami qui le rend vulnérable,
à demi compétent. L'épreuve principale de la Sn3' mène à un échec
total. Il n'a pas réussi malgré ses efforts à mettre en œuvre la triade
de fonctions nécessaires pour obtenir l'objet désiré.
Le schéma du tableau 2 met en évidence aussi le rapport entre les
éléments semblables de la légende. L'action (Pn3) des trois séquences
narratives constitue dans chaque cas une forme de retraite du monde
de la part du jeune homme. Pour le protéger contre le danger, ses
parents le cachent. Pour se protéger de la ruine d'une vie de dé-
bauche et de gaspillage, il se réfugie dans la retraite de son travail.
Le désespoir de la mort de sa femme, le pousse dans la folie. Néan-
moins, au niveau de la résolution (Pn4), ces actions protectrices
n'aboutissent qu'à une diminution progressive de son trésor jusqu'à
l'épuisement total. Par reconnaissance il perd une partie de son don
en en faisant cadeau à ses parents, dans l'amitié il est trahi et volé,
dans l'amour il donne librement mais sa femme l'abandonne et dans
un dernier élan d'amour et de folie il s'arrache le peu qui lui reste
de son trésor.
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3. Le niveau sémantique
Le but de l'analyse au niveau sémantique est d'arriver à une com
préhension globale du sens du texte. L'adaptation du carré sémio-
tique que Greimas a proposé pour l'étude de « l'univers de Berna-
nos » 7 offre un bon outil pour rendre compte de l'emploi complé
mentaire de la lettre et de la légende pour ce texte. Il permet auss
de montrer la compatibilité des différents aspects de l'analyse en relian
le niveau syntaxique au niveau sémantique. Voici le schéma de bas
du carré sémiotique.
VIE MORT
A ' / A
refus
vérité acceptation
résignation mensonge
s' révolte
NON-MORT NON-VIE
Deux parcours du carré sont possibles, donc
opératoires pour le déroulement du sens. Le pr
non-vie - mort, exprime un refus et une résig
déixis négative ou la dimension du mensonge. L
mort - non-mort - vie, exprime une révolte, s
tion. Ceci est la dimension positive de la vérité
cuits obligés, c'est-à-dire, il n'est possible de re
du trajet. Le choix du pôle de départ détermine
3.1. La lettre
Le fonctionnement du carré sémiotique repose sur l'idée de l'in-
version des contenus qui caractérise le récit. Dès le début le récit se
dirige vers le contenu posé. Ceci aura un rapport inverse avec son
point de départ, le contenu inversé. Le narrateur, prêt à plaire au
public au prix de son intégrité artistique au début de son histoire,
finit par être fidèle à son obligation de dire la vérité. Voici le plan
qui indique la direction du sens de son récit.
7 A. J. Greimas, Sémantique Structurale , Paris, Larousse 1966, pp. 222-256.
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Pn5 dire la vérité: le don ne G>ncl. X tirée de A: résignation
s'épuise pas à une fausse nature
vraie nature fausse nature
VIE MORT
Pn4
La légende Prop, argum. B: éveil de Pnl
la conscience
Pn2
NON-MORT NON-VIE
fausse nature vraie nature
Conci. Y tirée de B: révolte Prop, argu
contre la fausse nature nature
Le pôle de départ du trajet du narrateur est la non-vie,
de sa vraie nature d'artiste, soit la Proposition argumentat
mouvement non- vie - > mort constitue une résignation à
nature, un rejet de son obligation, soit la Conclusion B. Av
position argumentative B, l'éveil de sa consience, le narrate
dans le parcours de la vérité. Le pôle de la non-mort é
une révolte contre sa fausse nature, soit la Conclusion B. L
ment non-mort - > vie est une opération d'acceptation qui
sentée ici par la mise en œuvre de la légende. Ceci mène
nation finale, soit une affirmation de sa vraie nature d'art
le narrateur est passé d'un état de non-obéissance à son o
d'artiste à un état d'obéissance.
3.2. La légende
L'histoire de la légende se distingue aussi par l'inversion
tenus. Il s'agit du passage de la possession d'un objet de v
début de l'histoire, soit le contenu inversé, à la dépossess
objet de valeur à la fin, soit le contenu posé. Le jeune hom
avec une cervelle d'or, subit une diminution progressive de son
jusqu'à l'épuisement total à la fin. Le plan qui suit détaille
tion du sens de l'histoire de la légende.
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Ep2: le jeune homme conscient R3: perte totale du trésor
du potentiel de son trésor
puissance épuisement
VÎE ^ MORT
1 i 4
Ep2-C3: per
progressive
du trésor
NON-MORT NON-VIE
épuisement puissance
Eil: richesse inconnue A3: dérangement mental
Le pôle de départ du trajet du jeune homme est la non-mort, soit
l'état initial de la légende. Un enfant né déséquilibré à cause de sa
possession inconnue ne meurt pas. Par l'opération d'acceptation, le
mouvement non-mort - » vie, il arrive à son point fort, la vie. Il se
sent tout puissant en apprenant la nature de son don. Une série de
pertes progressives recouvrant les macropropositions Ep2 jusqu'à C3
dans la direction du refus aboutit au pôle non-vie, soit l'impuissance.
Le jeune homme est devenu fou. Il continue sur le parcours du
mensonge pour arriver à sa destination, le pôle de la mort. Le
trésor s'épuise totalement avec l'achat des bottines pour sa défunte,
soit R4.
En examinant les deux schémas on voit que les deux trajets sont
exactement l'inverse l'un de l'autre. Le narrateur, en partant du pôle
de la non- vie, suit le parcours de la vérité pour arriver au pôle de
la vie. Il a su surmonter son état initial négatif de refuser sa vraie
nature. Le jeune homme, par contre, part du pôle de la non-mort et
ensuite suit le parcours du mensonge vers une fin négative jusqu'au
pôle de la mort. Il n'a pas pu aménager son don en fonction des
vicissitudes de l'existence. Le don du jeune homme s'est épuisé. En
revanche, le don du narrateur ne s'épuise pas et c'est là son triomphe.
La réussite du narrateur est une revendication de sa vision pessimiste
de l'épuisement du don artistique.
4. Le niveau interactif
La légende de l'homme à la cervelle d'or comporte les deux textes
types de la forme épistolaire et de la légende. Cependant, le texte
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n'a qu'un seul émetteur quoi qu'il assume trois rôles distincts par
rapport aux deux textes types. Il joue le rôle d'un personnage dans
la lettre, le « je » personnage, le rôle du narrateur dans la lettre, le
« je » narrateur, et le rôle du narrateur à la troisième personne dans
la légende. Chaque texte type a ses propres caractéristiques narratives
et discursives que le narrateur exploite pour produire des effets spé-
cifiques sur le lecteur. Ce sont les différentes possibilités qu'offrent
les deux textes types en combinaison avec les trois rôles du narrateur
qui donnent au texte son énigmatique intérêt où, un peu comme
dans la littérature fantastique, les événements ne sont jamais ce qu'ils
paraissent.
4.1. La lettre
La forme épistolaire est enracinée dans la triade des embrayeurs
de l'énonciation, le je-ici-maintenant. Les deux personnes de la
situation de l'énonciation, le « je » et le « tu », sont presque toujours
présents; des déictiques spatiaux et temporels abondent. Dans une
lettre, un discours tenu au présent, les changements de temps servent
principalement à indiquer la chronologie d'une suite d'événements qui
est censée appartenir au présent.
Tout ceci est vrai pour la partie épistolaire du texte. Un « je »
s'adresse directement à un « vous », notant le lieu où il est, « autour
de chez moi » et l'instant qu'il écrit, « À l'heure même où j'écris »
et en faisant une référence déictique à un objet qui fait partie de la
situation de l'énonciation, « ces lignes ».
En dépit de la nature fortement discursive de la lettre, il existe
les deux plans de l'histoire et du discours à l'intérieur de la lettre. Le
plan de l'histoire s'occupe de l'acte de la communication écrite et ce
qui en résulte, la mise en œuvre de la légende. Avec la question
« Pourquoi serais-je triste, après tout? » il y a un glissement de l'his-
toire au discours. Le « je » personnage devient le « je » narrateur, le
destinataire un public plus englobant que « la dame qui demande
des histoires gaies ». Ceci se révèle par l'énoncé
je devrais plutôt expédier aux dames (et non «à vous») des poèmes
couleurs de roses.
Le plan du discours a l'apparence d'un monologue qui convient à
la forme épistolaire: avec le journal intime, il est un des lieux privi-
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légiés pour l'étalage des pensées personnelles, souvent dans le but
de mieux se comprendre. Comme au théâtre, le narrateur semble s
tourner vers son public et s'expliquer. Ce qu'il révèle c'est sa sens
bilité poétique et l'impossibilité de se réfugier dans la fuite. Le con
traste entre « des brouillards parisiens » et la « colline luminuese
de son pays anticipe le conflit entre les exigences de la vie réelle e
l'inspiration artistique qui est au cœur du dilemme du poète.
À la conclusion de la légende le narrateur revient au plan d
discours de la lettre. Il est de nouveau le « je » narrateur qui tien
son discours avec son public mais il adopte une perspective ass
distante envers ce discours. Le « je » est absent et la conclusion s
présente dans la forme d'une généralisation introduite par « Il y
par le monde de pauvres gens ». L'objectivité de l'épilogue contrast
avec la subjectivité du prologue avec les questions et les exclamation
du narrateur.
4.2. La légende
La légende comme texte type, par contraste avec la lettre, se carac-
térise par la grande distance qui existe entre l'émetteur et son histoire
et par le manque de déictiques spatiaux et temporels qui rattachen
un récit à la situation d'énonciation. C'est une forme largement objec-
tive, narrée à la troisième personne, destinée à un narrataire qui n'est
pas ouvertement impliqué dans le texte. Le récit est riche en histoire,
pauvre en discours. Les personnages ne semblent pas atteindre le
statut des caractères doués de motivations et de la capacité de réfléchir
sur leur situation.8 L'histoire appartient à un passé révolu, presq
atemporel, qui n'a aucun lien avec le présent.
La forme de la légende convient au narrateur pour deux raisons
D'abord, la lettre lui a permis de créer une atmosphère d'intimité
la légende à son tour lui offre un abri, un lieu protégé d'où il pe
raconter un sujet qui le touche profondément. Ensuite, la forme co
fère une certaine vérité à son sujet. Comme un bien historique appa
tenant à la collectivité, la légende tient autant à la vérité qu'à
magie.
D'une certaine manière, la légende incorporée dans le texte in-
carne la forme classique du conte merveilleux. L'introduction typique,
8 J. M. Adam, op. cit.t p. 111.
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« Il était une fois », la renvoie au passé lointain et imprécis. Il y a
une prépondérance des temps de l'histoire, le passé simple et l'im-
parfait, et une absence de déictiques spatiaux et temporels.
Cependant, l'attitude du narrateur n'est pas du tout celle de nar-
rateur de la forme classique du conte merveilleux, quoi qu'il insiste
sur l'autonomie de son histoire. En disant
- comment? par quels moyens? la légende ne l'a pas dit -
il refuse la responsabilité du narrateur qui crée son propre récit.
Mais, malgré lui, il se révèle comme un narrateur engagé. Il voit
ce qu'il raconte,
et c'était pitié de le voir se cogner à tous les meubles en marchant
et il entend ce qu'il raconte,
où son crâne sonna comme un lingot.
Il profère des comparaisons,
Il vécut cependant et grandit au soleil comme un beau plant d'oli-
vier;
et des commentaires,
il était temps de s'arrêter;
que c'était un plaisir.
Deux exemples servent à montrer que le narrateur intervient de
plus en plus dans son récit et c'est par là que le personnage du jeune
homme atteint le statut d'un caractère. Le premier exemple porte sur
le point de vue que le narrateur tient sur son personnage, le deuxième
sur l'emploi du discours rapporté.
Exemple 1. La peur hante le jeune homme à la cervelle d'or dès
le début, mais la façon dont le narrateur en informe le lecteur diffère
de séquence en séquence.
Snl':
Alors le petit avait grand-peur d'être volé.
Ici le narrateur-observateur reste en dehors du personnage. Son
observation fait partie du discours narratif au plan de l'histoire.
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Sn2':
soupçonneux et craintif comme un avare, fuyant les tentations, tâchan
d'oublier lui-même ces fatales richesses auxquelles il ne voulait plu
toucher ...
La comparaison rattache cet énoncé au plan du discours. Le nar-
rateur ne se contente plus d'une simple observation d'un état; il s
permet des conjectures au sujet des sentiments et des motivations d
personnage.
Sn3':
Quelquefois cependant la peur le prenait, [...] quelque chose de
bien cher ...
Ce passage ne laisse aucun doute quant à la complicité du nar-
rateur dans la fabrication du récit. Ce qu'il présente ici c'est une
récapitulaton du noyau essentiel de chacune des trois séquences nar-
ratives.
AVANT PENDANT APRÈS
le jeune homme res- une pres
sent sa vulnérabilité sur lui à la
incapable de résister
Exemple 2. Par l'emploi des dif
porté, un mouvement semblable
tion assez éloignée envers son h
s'effectue.
Snl':
De temps en temps, il demandait pourquoi on ne le laissait plus
courir devant la porte avec les garçonnets de la rue.
L'instance de discours indirect, qui n'implique pas la présence du
narrateur et qui ne possède pas la vivacité du discours direct, semble
parmi les formes du discours rapporté la plus neutre.
Sn3':
Ex. 1 « Nous sommes donc bien riches? » disait-elle. Le pauvre homme
lui répondait:
« Oh! oui ... bien riches! ».
Ex. 2 « Je sais quelqu'un à qui ses bottines feraient bien plaisir », se
disait-il en souriant.
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L'échange dialogique en discours direct de l'exemple 1, a l'effet
d'animer les personnages et rapprocher l'histoire du lecteur. L'exem-
ple 2, en discours indirect libre, indique un rapprochement du nar-
rateur à son histoire. Il pénètre dans les pensées de son personnage
en réduisant la distance qui les sépare.
L'emploi des diverses formes du discours rapporté et la manipu-
lation du point de vue jouent contre les effets de distanciation inhé-
rents à la forme de la légende classique. En dépit de ses protestations
le narrateur est le véritable créateur de son récit comme ces exemples
le montrent.
Ceci n'exclut pas, bien sûr, les quelques échos à des effets d'in-
tertextualité. Il est difficile de ne pas songer au texte de Montaigne,
De ménager sa volonté , Livre III, 10. Montaigne, pour qui Daudet
avait une admiration profonde, nous rappelle dans ce chapitre que
tout homme est doué de son propre trésor et c'est à lui seul de régler
la dépense de sa richesse d'une manière propice. Malheureusement,
observe-t-il,
Personne ne distribue son argent à autrui, chacun y distribue son
temps et sa vie; il n'est rien de quoi nous soyons si prodigues que de ces
choses-là, desquelles seules l'avarice nous serait utile et louable.9
5. Conclusion
Roland Barthes rappelle à qui tente une l'analyse structurale que
« l'enjeu de l'analyse structurale n'est pas la vérité du texte mais son
pluriel ».10 II ne s'agit pas avant tout de réduire un texte à une expli-
cation. Un des objectifs principaux de l'analyse de La légende de
l'homme à la cervelle d'or est de montrer l'interdépendence des deux
récits du texte aux trois niveaux considérés. Le modèle élaboré per-
met de bien mettre en relief les rapports syntaxiques à l'intérieur de
chaque texte type et les rapports entre les deux textes types. Le
carré sémiotique peut non seulement éclairer le sens du texte, mais
aussi montrer la compatibilité des différents discours (lettre et lé-
gende) pour l'élaboration du conte.
9 M. de Montaigne, Les Essais , Paris, Ed. Pierre Michel, Le Livre de
Poche 1972, t. Ill, p. 275.
10 R. Barthes, Par où commencer? , « Poétique », 1, 1970, p. 9.
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Tout n'a pas été dit, bien sûr. Le défi de l'analyse structurale
demeure la description de la polyvalence textuelle: peu importe s
on conçoit le texte comme vision individuelle du monde ou comm
manifestation du vouloir-dire d'un sujet collectif doué d'une « ce
velle d'or ».
Résumé. - L'intérêt particulier du conte d'Alphonse Daudet, La lé-
gende de V homme à la cervelle ďor est d'intégrer deux textes types: la
forme épistolaire et la légende ou le conte merveilleux. Le but de l'analyse
est de dégager les liens narratifs qui les unissent à divers niveaux. La
structure syntaxique est mise en relief par une exploitation du modèle
quinaire de P. Larivaille et la structure sémantique en fonction du carré
sémiotique de A. J. Greimas.
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