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Morphismes de groupes et sous-groupes

Le document traite des morphismes de groupes, en définissant des propriétés essentielles comme l'image et le noyau d'un morphisme, ainsi que les conditions d'injectivité et de surjectivité. Il introduit également la notion d'isomorphisme de groupes et établit des résultats sur les isomorphismes, y compris des exemples concrets. Enfin, il définit une relation d'équivalence sur l'ensemble des groupes basée sur l'existence d'isomorphismes.

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Le document traite des morphismes de groupes, en définissant des propriétés essentielles comme l'image et le noyau d'un morphisme, ainsi que les conditions d'injectivité et de surjectivité. Il introduit également la notion d'isomorphisme de groupes et établit des résultats sur les isomorphismes, y compris des exemples concrets. Enfin, il définit une relation d'équivalence sur l'ensemble des groupes basée sur l'existence d'isomorphismes.

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Algèbre et Arithmétique - Relations et Structures V

1er mars 2021

2 Groupes
2.2 Morphismes de groupes
On a vu la fois dernière la définition et les premières propriétés des morphismes de groupes.
On poursuit lors de cette séance l’étude de leurs propriétés.
Dans ce cours, on note (G1 , ∗1 ) et (G2 , ∗2 ) deux groupes, et on note e1 (resp. e2 ) l’élément
neutre de G1 (resp. G2 ).

Proposition 1. Soit f un morphisme de groupes de G1 dans G2 . Alors :

1. pour tout sous-groupe H1 de G1 , f (H1 ) est un sous-groupe de G2 ;

2. pour tout sous-groupe H2 de G2 , f −1 (H2 ) est un sous-groupe de G1 .

Rappelons que f −1 (H2 ) désigne l’image réciproque de H2 par f , autrement dit par définition
pour un élément x de H1 on a x ∈ f −1 (H2 ) ⇔ f (x) ∈ H2 . Cela ne signifie en aucun cas que f
est bijective et qu’une application réciproque f −1 existe. En particulier, la notation f −1 (h2 ) où
h2 ∈ H2 n’a AUCUN sens si f n’est pas bijective et doit dans ce cas être proscrite !
En particulier, attention à ne pas confondre les notations f −1 (h) (qui désigne, EXCLUSIVE-
MENT dans le cas où f est bijective, l’image de h ∈ G2 par f −1 ) et f (h)−1 (qui désigne dans le
groupe G2 le symétrique pour la loi ∗2 de l’élément f (h), où h ∈ H1 ).
Démonstration (type 1) : Pour cette démonstration, on utilise les définitions d’image directe
et d’image réciproque d’une partie, et le fait que f est un morphisme de groupes :

1. Soit H1 un sous-groupe de G1 . Montrons que f (H1 ) est un sous-groupe de G2 :

• Puisque H1 est un sous-groupe de G1 , on a e1 ∈ H1 , donc f (e1 ) ∈ f (H1 ). Or f est un


morphisme de groupes, donc f (e1 ) = e2 , donc e2 ∈ f (H1 ).
• Soit x2 et y2 des éléments de f (H1 ). Par définition, il existe x1 ∈ H1 et y1 ∈ H1 tels
que x2 = f (x1 ) et y2 = f (y1 ). On a donc y2−1 = f (y1 )−1 = f (y1−1 ) (puisque f est
un morphisme de groupes, d’après les propriétés vues auparavant). On en déduit que
x2 ∗2 y2−1 = f (x1 ) ∗2 f (y1−1 ) = f (x1 ∗1 y1−1 ) (puisque f est un morphisme de groupes).
Comme H1 est un sous-groupe, et vu que x1 et y1 appartiennent à H1 , on a x1 ∗1 y1−1 ∈ H1 ,
ce qui prouve que x2 ∗2 y2−1 = f (x1 ∗1 y1−1 ) ∈ f (H1 ).

Cela montre que f (H1 ) est un sous-groupe de G1 .

2. Soit H2 un sous-groupe de G2 , et montrons que f −1 (H2 ) est un sous-groupe de G1 .

1
(a) Comme H2 est un sous-groupe de G2 , on a e2 ∈ H2 . De plus, f étant un morphisme de
groupes, on a f (e1 ) = e2 ∈ H2 ce qui par définition montre que e1 ∈ f −1 (H2 ).
(b) Soit x1 et y1 des éléments de f −1 (H2 ). Par définition, cela signifie que f (x1 ) ∈ H2 et
f (y1 ) ∈ H2 . Comme f est un morphisme de groupes, on a f (y1−1 ) = f (y1 )−1 ∈ H2
puisque H2 est un sous-groupe de G2 (donc stable par passage au symétrique). Donc
f (x1 ) ∗2 f (y1 )−1 = f (x1 ) ∗2 f (y1−1 ) ∈ H2 . En appliquant la définition de morphisme de
groupes, on a f (x1 ) ∗2 f (y1−1 ) = f (x1 ∗1 y1−1 ), d’où f (x1 ∗1 y1−1 ) ∈ H2 ce qui par définition
montre que x1 ∗1 y1−1 ∈ f −1 (H2 ).

Cela montre que f −1 (H2 ) est un sous-groupe de G1 .

On va, grâce au théorème précédent, introduire deux sous-groupes particuliers en lien avec un
morphisme de groupes.
Définition 2. (image et noyau d’un morphisme de groupes)
Soit f : G1 → G2 un morphisme de groupes. Alors
1. on appelle image de f , qu’on note Im(f ), le sous-groupe de G2 défini par Im(f ) = f (G1 ) ;

2. on appelle noyau de f , qu’on note Ker(f ), le sous-groupe de G1 défini par Ker(f ) = f −1 ({e2 }).
Remarquons que ces définitions sont cohérentes grâce à la proposition précédente : le groupe
G1 est bien un sous-groupe du groupe G1 , et {e2 } est un sous-groupe du groupe G2 , ce qui montre
que Im(f ) et Ker(f ) sont bien des sous-groupes. On remarque la similitude de notations avec le
vocabulaire utilisé pour les espaces vectoriels. Le résultat suivant est lui aussi très similaire à celui
sur les espaces vectoriels.
Proposition 3. Soit f : G1 → G2 un morphisme de groupes. On a les équivalences :
1. f est surjective ⇔ Im(f ) = G2 ;

2. f est injective ⇔ Ker(f ) = {e1 }.

Démonstration (type 1) : Montrons ces deux propriétés (pour la 2ème on va raisonner par
double implication) :
1. cette équivalence est directement issue de la définition de la surjectivité d’une application ;

2. Raisonnons par double implication :

• ⇒ : Supposons f injective. Soit x ∈ Ker(f ). Par définition, cela signifie que f (x) = e2 .
Or on sait que e2 = f (e1 ) (puisque f morphisme de groupes), donc on a f (x) = f (e1 ).
Comme f est injective, on en déduit que x = e1 . Ainsi on obtient Ker(f ) ⊆ {e1 }, et la
réciproque étant clairement vraie, on obtient l’égalité Ker(f ) = {e1 }.
• ⇐ : Supposons que Ker(f ) = {e1 }. On veut montrer que f est injective, autrement dit
on veut montrer que pour tous (x, y) ∈ G21 , on a f (x) = f (y) ⇒ x = y. Soit (x, y) ∈ G21 ,
on suppose que f (x) = f (y). Alors en composant cette égalité dans G2 à droite par
f (y)−1 , on obtient f (x) ∗2 f (y)−1 = e2 . Comme f est un morphisme de groupes, on a
f (y)−1 = f (y −1 ) et f (x) ∗2 f (y)−1 = f (x) ∗2 f (y −1 ) = f (x ∗1 y −1 ) = e2 . Par définition,
cela montre que x ∗1 y −1 ∈ Ker(f ) = {e1 }, donc on a x ∗1 y −1 = e1 . En composant cette
égalité dans G1 à droite par y, on obtient x = e1 ∗ y = y. On a ainsi montré que pour
tout (x, y) ∈ G21 , on a f (x) = f (y) ⇒ x = y, donc f est injective.

2
Par double implication, cela montre l’équivalence recherchée.

Donnons quelques exemples en reprenant les exemples de morphismes de groupes donnés


précédemment.
Exemples :
1. On a vu que l’application exp : R → R∗ est un morphisme de groupes de (R, +) dans (R∗ , ×).
On a Ker(exp) = {x ∈ R tel que exp(x) = 1} = {0}, ce qui prouve par la proposition
précédente que exp est injectif. Par contre, exp n’est pas surjectif (on peut le justifier par
exemple en constatant que −1 ∈ / Im(f )). On a Im(exp) =]0; +∞[, ce qui nous prouve (c’est
facile à vérifier directement) que ]0; +∞[ est un sous-groupe de R∗ , et que l’application
exp : R →]0; +∞[ est un morphisme de groupes bijectif.
2. Soit n ≥ 2, on a vu que l’application det : GLn (R) → R∗ est un morphisme de groupes
de (GLn (R), ×) dans (R∗ , ×). Ce morphisme n’est pas injectif, car on a Ker(det) = {A ∈
GLn (R); det(A) = 1} = SLn (R) 6= {In } (cela permet en particulier de montrer, même si on
l’avait fait autrement auparavant, que SLn (R) est un sous-groupe de (GLn (R), ×) puisque
c’est le noyau d’un morphisme de groupes).
En revanche, cette application est surjective : pour tout a ∈ R∗ , a ∈ Im(f ) (par exemple
parce que a est le déterminant de la matrice n × n diagonale dont les coefficients diagonaux
sont égaux à 1 sauf le premier qui est égal à a).

Définition 4. (isomorphisme de groupes)


Soit f : G1 → G2 une application. On dit que f est un isomorphisme de groupes de (G1 , ∗1 )
dans (G2 , ∗2 ) si f est un morphisme de groupes bijectif.

Exemple : comme on l’a vu plus haut, l’application exp : R →]0; +∞[ est un isomorphisme
de groupes de (R, +) dans (]0; +∞[, ×).

Proposition 5. Soit (G1 , ∗1 ), (G2 , ∗2 ) et (G3 , ∗3 ) trois groupes. Alors :


1. l’application id : G1 → G1 est un isomorphisme de groupes ;
2. si f : G1 → G2 est un isomorphisme de groupes, sa bijection réciproque f −1 : G2 → G1 est
un isomorphisme de groupes ;
3. si f : G1 → G2 et g : G2 → G3 sont des isomorphismes de groupes, alors g ◦ f : G1 → G3 est
un isomorphisme de groupes.

Démonstration (type 1) : Montrons ces propriétés :


1. il est clair que id est bijectif, et qu’on a pour tout x, y éléments de G1 l’égalité id(x)∗1 id(y) =
x ∗1 y, donc id est bien un isomorphisme de groupes de (G1 , ∗1 ) dans (G1 , ∗1 ) ;
2. Notons f −1 : G2 → G1 la bijection réciproque de f . Soit x2 , y2 des éléments de G2 . Par
bijectivité de f , il existe un unique (x1 , y1 ) ∈ G21 tel que x2 = f (x1 ) et y2 = f (y1 ) (et donc
x1 = f −1 (x2 ) et y1 = f −1 (y2 )). Comme f est un morphisme de groupes, on a x2 ∗2 y2 =
f (x1 ∗1 y1 ), ce qui montre que f −1 (x2 ) ∗1 f −1 (y2 ) = x1 ∗1 y1 = f −1 (x2 ∗2 y2 ). Cela prouve
que f −1 est un morphisme de groupes bijectif, donc un isomorphisme de groupes de (G2 , ∗2 )
dans (G1 , ∗1 ) ;

3
3. Soit f : G1 → G2 et g : G2 → G3 des isomorphismes de groupes. Alors g ◦ f est bi-
jectif (comme composée de deux bijections). De plus, soit (x1 , y1 ) ∈ G21 . Puisque f est
un morphisme de groupes on a f (x1 ∗1 y1 ) = f (x1 ) ∗2 f (y1 ). Puisque g est un morphisme
de groupes, et puisque (f (x1 ), f (y1 )) ∈ G22 , on a g(f (x1 ) ∗2 f (y1 )) = g(f (x1 )) ∗3 g(f (x2 )),
d’où g(f (x1 ∗1 y1 )) = g(f (x1 ) ∗2 f (y1 )) = g(f (x1 )) ∗3 g(f (x2 )), autrement dit on a l’égalité
(g ◦ f )(x1 ∗1 y1 ) = (g ◦ f )(x1 ) ∗3 (g ◦ f )(y1 ), ce qui montre que g ◦ f est un morphisme de
groupes bijectif, donc un isomorphisme de groupes, de (G1 , ∗1 ) dans (G3 , ∗3 ).

Les trois points de cette propriété vont nous permettre de définir la notion de ”groupes isomor-
phes” en introduisant une relation d’équivalence sur l’ensemble des groupes.

Proposition 6. Désignons par E l’ensemble des groupes. Notons R la relation définie sur
l’ensemble E par (G1 , ∗1 )R(G2 , ∗2 ) lorsqu’il existe un isomorphisme de groupes f : G1 → G2 .
Alors R est une relation d’équivalence sur E.
Démonstration (type 1) : La démonstration de ce résultat se base sur la proposition
précédente. Montrons donc que R est une relation d’équivalence :
• Réflexivité : c’est une conséquence du point 1 de la proposition précédente. Soit (G1 , ∗1 )
un groupe, alors l’application id : G1 → G1 est un isomorphisme de groupes, donc on a bien
(G1 , ∗1 )R(G1 , ∗1 ).
• Symétrie : c’est une conséquence du point 2 de la proposition précédente. Soit (G1 , ∗1 )
et (G2 , ∗2 ) deux groupes, et supposons (G1 , ∗1 )R(G2 , ∗2 ). Par définition de R, il existe
f : G1 → G2 un isomorphisme de groupes. Alors d’après le point 2 de la proposition
précédente, l’application f −1 : G2 → G1 est un isomorphisme de groupes, ce qui prouve
(G2 , ∗2 )R(G1 , ∗1 ).
• Transitivité : c’est une conséquence du point 3 de la proposition précédente. Soit (G1 , ∗1 ),
(G2 , ∗2 ) et (G3 , ∗3 ) trois groupes, et supposons (G1 , ∗1 )R(G2 , ∗2 ) et (G2 , ∗2 )R(G3 , ∗3 ). Alors
par définition il existe f : G1 → G2 et g : G2 → G3 des isomorphismes de groupes. D’après
le point 3 de la proposition précédente, l’application g ◦ f : G1 → G3 est un isomorphisme
de groupe, ce qui prouve (G1 , ∗1 )R(G3 , ∗3 ).
On a ainsi montré que R est une relation d’équivalence.

Définition 7. (groupes isomorphes)


On dit que deux groupes (G1 , ∗1 ) et (G2 , ∗2 ) sont isomorphes lorsqu’il existe un isomorphisme
de groupes f : G1 → G2 (donc lorsque (G1 , ∗1 )R(G2 , ∗2 ) avec les notations de la proposition 6).
On note alors (G1 , ∗1 ) ' (G2 , ∗2 )
Autrement dit, deux groupes sont isomorphes lorsqu’ils appartiennent à la même classe d’équivalence
pour la relation R introduite précédemment.

Remarques :
1. Si (G1 , ∗1 ) et (G2 , ∗2 ) sont des groupes isomorphes, et si x ∈ G1 est un élément d’ordre fini k,
alors pour tout isomorphisme de groupes f : G1 → G2 l’élément f (x) de G2 est un élément
d’ordre k également. En effet, puisque xk = e1 , on a f (x)k = f (xk ) = f (e1 ) = e2 , ce qui
prouve déjà que f (x) est un élément d’ordre fini et que l’ordre de f (x) dans G2 divise k. Par
ailleurs, si 1 ≤ m ≤ k − 1, alors xm 6= e1 , donc f (x)m = f (xm ) 6= f (e1 ) = e2 (par injectivité
de l’isomorphisme de groupes f ). On en déduit que pour tout 1 ≤ m ≤ k − 1 l’élément f (x)
de G2 n’est pas d’ordre m. Ainsi l’ordre de f (x) est égal à k.

4
2. Deux groupes (G1 , ∗1 ) et (G2 , ∗2 ) ont donc exactement les mêmes propriétés algébriques.
C’est pourquoi en théorie des groupes, on identifiera des groupes isomorphes, en considérant
qu’ils ont les mêmes relations algébriques et que moralement ils représentent la même struc-
ture algébrique mais avec une déclinaison différente de leurs éléments. En particulier, l’étude
des groupes finis se fera toujours ”à isomorphisme près”, c’est-à-dire en considérant unique-
ment un représentant de chaque classe d’équivalence.

Exemples :

1. On a (R, +) ' (]0; +∞[, ×) puisqu’on a vu que l’application exp est un isomorphisme de
groupes entre ces deux groupes.

2. Notons U4 = {1; i; −1; −i} = {1; i; i2 ; i3 } l’ensemble des racines 4-ièmes de l’unité dans C.
Alors (U4 , ×) est un groupe (c’est en effet le sous-groupe Hi de C∗ engendré par l’élément i,
qui est d’ordre 4).
         
1 0 0 1 −1 0 0 −1 0 1
Notons G1 = , , , . Notons S = , on peut
0 1 −1 0 0 −1 1 0 −1 0
vérifier que S 2 = −I2 , donc S 3 = −S et S 4 = I2 . Ainsi, on voit que S est d’ordre 4 dans le
groupe (GLn (R), ×) et que G1 est le sous-groupe de GLn (R) engendré par S.
Alors on a (U4 , ×) ' (G1 , ×). En effet, l’application f : U4 → G1 définie par f (ik ) = S k
pour tout k ∈ {0; 1; 2; 3} est un isomorphisme de groupes.

On a terminé le chapitre sur les groupes, qui sera développé et approfondi en particulier en L3
dans l’UE ”Groupes et Applications”. Lors du prochain cours, on démarrera le chapitre sur les
anneaux.

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