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Groupes finis : sous-groupes et ordres

Le document traite des groupes finis et présente des résultats clés tels que le théorème de Lagrange, qui stipule que l'ordre d'un sous-groupe divise l'ordre du groupe. Il introduit également le concept de sous-groupe engendré par un élément et définit l'ordre d'un élément dans un groupe. Enfin, il aborde les morphismes de groupes, qui préservent la structure algébrique entre deux groupes.

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Groupes finis : sous-groupes et ordres

Le document traite des groupes finis et présente des résultats clés tels que le théorème de Lagrange, qui stipule que l'ordre d'un sous-groupe divise l'ordre du groupe. Il introduit également le concept de sous-groupe engendré par un élément et définit l'ordre d'un élément dans un groupe. Enfin, il aborde les morphismes de groupes, qui préservent la structure algébrique entre deux groupes.

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Algèbre et Arithmétique - Relations et Structures IV

25 février 2021

2 Groupes
2.1 Quelques résultats particuliers sur les groupes finis
On rappelle qu’on a montré, lors du cours précédent, le théorème de Lagrange, dont l’énoncé est
le suivant :

Théorème 1. (Théorème de Lagrange)


Soit (G, ∗) un groupe fini, et soit H un sous-groupe de G. Alors H est fini, et |H| divise |G|.

On va maintenant appliquer ce résultat à certains sous-groupes particuliers d’un groupe fini.


Dans la suite de ce paragraphe, (G, ∗) désigne un groupe fini.

Proposition 2. (Sous-groupe engendré par un élément)


Soit a ∈ G. L’ensemble Ha = {an où n ∈ Z} (autrement dit l’ensemble de tous les éléments de
G qui s’écrivent an , avec n ∈ Z) est un sous-groupe de G. On l’appelle le sous-groupe engendré
par a.
Le sous-groupe Ha est le plus petit (au sens de l’inclusion) sous-groupe de G contenant a.
Autrement dit, pour tout sous-groupe H de G, si H contient a alors Ha ⊆ H.

Avant de démontrer ce résultat, on fait quelques remarques sur cette proposition-définition :

• Rappelons que si n > 0 l’élément an est égal à a ∗ . . . ∗ a (n fois), que si n < 0 l’élément an
est égal à (a−1 )−n = a−1 ∗ . . . ∗ a−1 (−n fois), et que par convention a0 = e (l’élément neutre
de G). Avec ces conventions, on peut vérifier (en utilisant l’associativité de ∗) qu’on a bien,
pour tous entiers n, m dans Z, les relations an ∗ am = an+m et (an )m = anm .

• Ici on se place dans un groupe G fini, donc bien sûr toute partie de G est finie. Par conséquent,
il est clair que les éléments an , n ∈ Z ne sont pas tous distincts (sinon il y en aurait une
infinité). On reviendra plus bas sur le moyen d’écrire une et une seule fois les éléments de
Ha .

• On a choisi pour présenter ce résultat la notation générale pour les groupes (qui correspond
concrètement aux conventions de la notation multiplicative). Si on se place en notation
additive, on aura Ha = {na où n ∈ Z}.

Démonstration (type 1) : Soit a ∈ G, notons donc Ha = {an où n ∈ Z}. On va montrer


que Ha est un sous-groupe de G.

1
• On a e = a0 ∈ Ha ;

• Soit x, y deux éléments de Ha . Par définition, il existe n1 ∈ Z et n2 ∈ Z tels que x = an1 et


y = an2 . Le symétrique de y est y −1 = a−n2 . On a alors x ∗ y −1 = an1 ∗ a−n2 = an1 −n2 ∈ Ha .

Cela montre bien que Ha est un sous-groupe de G.


Montrons maintenant le deuxième point de la proposition. Soit H un sous-groupe de G con-
tenant a. Alors

• par stabilité de H par passage au symétrique, H contient a−1 ;

• par stabilité de la loi ∗ dans H, pour tout n ≥ 1, H contient an et a−n : cette propriété se
montre par récurrence sur n : pour n ≥ 1, soit P (n) la propriété ”H contient an et a−n ”.
Alors P (1) est vraie par hypothèse et par le point précédent, ce qui initialise la récurrence.
Soit n ≥ 1, supposons P (n). Alors H contient an et a−n , et comme H contient a et a−1 , H
contient par stabilité de la loi ∗ les éléments an ∗ a et a−n ∗ a−1 , donc H contient an+1 et
a−n−1 , ce qui prouve P (n + 1), et montre le résultat voulu par récurrence.

Cela prouve que pour tout x ∈ Ha , x ∈ H, donc Ha ⊆ H.

On va maintenant décrire de façon plus explicite les éléments de Ha :

Proposition 3. Soit G un groupe fini d’ordre n, et soit a ∈ G. On note Ha le sous-groupe de G


engendré par a. Alors on a les résultats suivants :

1. Il existe k ≥ 1 tel que ak = e ;

2. Soit m = min{k ≥ 1 tel que ak = e} (autrement dit on note m le plus petit entier strictement
positif tel que am = e, cet entier existe d’après le point 1).

(a) L’ordre |Ha | de Ha est égal à m, et on a Ha = {e; a, a2 ; . . . ; am−1 }.


(b) Si k ∈ Z vérifie ak = e alors m divise k.

Démonstration (types 2 et 3) : Dans cette démonstration, le premier point se montre à


l’aide du ”principe des tiroirs”, très intuitif, qui dit que si on prend r éléments dans un ensemble
de cardinal n avec r > n alors nécessairement au moins deux des r éléments choisis sont égaux.
Pour le 2è point, on utilise deux choses assez nouvelles :

• un outil très important (mais auquel on n’aurait pas forcément pensé de prime abord) et
qu’on réétudiera en détail par la suite, la division euclidienne dans Z (rappelons l’énoncé de
ce résultat : soit a ∈ Z et b ∈ N∗ , il existe un unique couple (q, r) ∈ Z × {0; . . . ; b − 1} tel
que a = bq + r) ;

• un type de raisonnement par l’absurde (qu’on retrouvera en arithmétique) : on montre


qu’un entier x0 défini comme ”le plus petit d’une partie minorée A de Z” satisfait certaines
propriétés car s’il ne les satisfaisait pas on pourrait trouver dans A un élément x1 < x0 , ce
qui serait contradictoire avec l’hypothèse de minimalité de x0 .

Démarrons la démonstration :

2
1. On sait que G est un groupe fini d’ordre n. Considérons les n+1 éléments e = a0 , a, a2 , . . . , an .
Ils appartiennent à G, donc par le principe des tiroirs on sait qu’au moins deux d’entre eux
sont égaux (on peut le montrer par l’absurde : si ces n + 1 éléments étaient tous différents,
l’ensemble constitué de ces éléments formerait une partie à n + 1 éléments contenue dans
G qui lui-même contient n éléments, ce qui est impossible). Soit donc i < j deux entiers
distincts entre 0 et n tels que ai = aj . En composant les deux membres de cette égalité avec
a−i on obtient a−i ∗ ai = e = a−i ∗ aj = aj−i . Comme j − i ≥ 1, en posant k = j − i on a
bien trouvé un entier k ≥ 1 tel que ak = e.

2. (a) Pour montrer ce point, on va d’abord montrer que pour tout n ∈ Z on a an ∈


{e; a, a2 ; . . . ; am−1 }, ce qui montrera l’inclusion Ha ⊆ {e; a, a2 ; . . . ; am−1 } et donc l’égalité
entre ces deux ensembles (puisque l’inclusion réciproque est immédiate). Ensuite, on
montrera que si i 6= j sont deux entiers compris entre 0 et m − 1 alors on a ai 6= aj ,
ce qui montrera que les m éléments de l’ensemble {e; a, a2 ; . . . ; am−1 } sont deux à deux
distincts, et donc que cet ensemble contient exactement m éléments.
Soit n ∈ Z. Considérons la division euclidienne de n par m : il existe (de façon
unique) q ∈ Z et 0 ≤ r ≤ m − 1 tels que n = qm + r. On a alors an = aqm+r =
aqm ∗ ar = (am )q ∗ ar . Or par hypothèse on a am = e, et on a eq = e, on en déduit que
an = eq ∗ ar = ar donc an ∈ {e; a, a2 ; . . . ; am−1 }. On a ainsi prouvé que pour tout n ∈ Z
on a an ∈ {e; a, a2 ; . . . ; am−1 }, ce qui montre que Ha = {e; a, a2 ; . . . ; am−1 } (on a montré
l’inclusion ⊆, et il est clair qu’on a ⊇).
Montrons que tous les éléments de {e; a, a2 ; . . . ; am−1 } sont deux à deux distincts. Pour
cela, on raisonne par l’absurde, on suppose donc qu’il existe deux entiers i < j entre
0 et m − 1 tels que ai = aj . En composant chacun des membres de cette égalité par
a−i , on obtient l’égalité aj−i = e. Or on a j − i ≥ 1 (puisque par hypothèse j > i)
et j − i ≤ m − 1 (puisque i ≥ 0 et j ≤ m − 1), donc j − i < m. On aboutit à une
contradiction, car par hypothèse m est le plus petit entier strictement positif tel que
am = e.
(b) Soit k ∈ Z un entier tel que ak = e. Effectuons la division euclidienne de k par m :
il existe donc (de façon unique) q ∈ Z et 0 ≤ r ≤ m − 1 tel que k = qm + r. On a
alors e = ak = aqm+r = (am )q ∗ ar = eq ∗ ar = ar . Montrons par l’absurde que r = 0.
On suppose donc que 1 ≤ r ≤ m − 1. Or on a montré que ar = e, on aboutit donc à
une contradiction car par hypothèse m est le plus petit entier strictement positif tel que
am = e, et on a 0 < r < m. On en déduit que forcément r = 0, et donc k = qm+0 = qm
donc m divise k.

Remarque : On a donc Ha = {e; a; a2 ; . . . ; am−1 } où m est le plus petit entier strictement
positif vérifiant am = e. Le symétrique a−1 de a est bien un élément de Ha , c’est am−1 puisque
am−1 = am ∗ a−1 = e ∗ a−1 = a−1 .

Définition 4. (ordre d’un élément)


Soit G un groupe fini, et a ∈ G. On appelle ordre de a, que l’on note o(a), l’entier m ≥ 1 défini
par l’une des deux formules (qui sont équivalentes d’après la proposition précédente) suivantes :

• m = min{k ≥ 1 tel que ak = e} ;

• m = |Ha |, où Ha désigne le sous-groupe de G engendré par a.

3
On peut alors donner les deux énoncés suivants, qui sont des corollaires du théorème de Lagrange :

Proposition 5. (Corollaire 1 du théorème de Lagrange)


Soit G un groupe fini, et soit a ∈ G. Alors l’ordre o(a) de a divise |G| (l’ordre de G).

Démonstration (type 1) : C’est un corollaire immédiat du théorème de Lagrange, qui dit


que l’ordre de tout sous-groupe de G divise |G[. On l’applique au sous-groupe Ha engendré par a,
on a donc |Ha | = o(a) divise |G|.

Proposition 6. (Corollaire 2 du théorème de Lagrange)


Soit G un groupe fini, et soit a ∈ G. Alors on a a|G| = e.

Démonstration (type 1) : C’est un corollaire immédiat du résultat précédent. On a o(a)


divise |G|, donc il existe k ≥ 1 tel que |G| = ko(a). Par définition de l’ordre d’un élément on a
ao(a) = e, on en déduit que a|G| = ako(a) = (ao(a) )k = ek = e.

2.2 Morphismes de groupes

Tout comme on l’a fait pour les espaces vectoriels, on va maintenant définir des applications entre
deux groupes qu’on appelle morphismes de groupes. Le mot ”morphisme” signifie qu’on a affaire
à une application qui préserve une structure algébrique entre l’ensemble de départ et l’ensemble
d’arrivée, c’est pourquoi ce mot est utilisé à la fois pour les espaces vectoriels (un morphisme
d’espaces vectoriels préservant les combinaisons linéaires, donc la structure algébrique d’espaces
vectoriels) et pour les groupes. Attention cependant à ne pas confondre les deux définitions !

Définition 7. (morphisme de groupes)


Soit (G1 , ∗1 ) et (G2 , ∗2 ) deux groupes. On appelle morphisme de groupes de G1 dans G2 une
application f : G1 → G2 vérifiant, pour tout (x1 , y1 ) ∈ G21 , la relation f (x1 ∗1 y1 ) = f (x1 ) ∗2 f (y1 ).

Attention à bien appliquer la bonne loi de groupe (qui peut être différente entre le groupe de départ
et le groupe d’arrivée). Avant de donner quelques propriétés des morphismes de groupes, on va
donner deux exemples fondamentaux :

Exemples :

1. On considère les groupes (R, +) et (R∗ , ×). Alors l’application exp : R → R∗ est un mor-
phisme de groupes de R dans R∗ .
En effet, pour tout (x, y) ∈ R2 , on a exp(x + y) = exp(x) × exp(y).

2. Soit n ≥ 1, considérons les groupes (GLn (R), ×) et (R∗ , ×).


Alors l’application det : GLn (R) → R∗ (qui à une matrice carrée de taille n inversible associe
son déterminant) est un morphisme de groupes. Remarquons que cette application est bien
définie puisque pour toute matrice A ∈ GLn (R) on a det(A) 6= 0 donc det(A) ∈ R∗ .
En effet, pour toutes matrices A, B de GLn (R), on a det(A × B) = det(A) × det(B).

4
On va montrer d’abord qu’un morphisme de groupes préserve toujours l’élément neutre et le
symétrique d’un élément :

Proposition 8. Soit (G1 , ∗1 ) et (G2 , ∗2 ) deux groupes, et soit f un morphisme de groupes de G1


dans G2 . On note e1 l’élément neutre du groupe (G1 , ∗1 ) et e2 l’élément neutre du groupe (G2 , ∗2 ).
Alors on a les résultats suivants :

1. f (e1 ) = e2 ;

2. pour tout x ∈ G1 , on a dans G2 l’égalité f (x−1 ) = f (x)−1 ;

3. pour tout x ∈ G1 et pour tout n ∈ Z, on a dans G2 l’égalité f (xn ) = f (x)n .

Remarque : Dans les deuxième et troisième point de cette proposition, on a utilisé la même
notation pour désigner le symétrique d’un élément x de G1 (qu’on a noté x−1 ) et celui d’un
élément y de G2 (qu’on a noté y −1 ). Attention à ne pas confondre ces symétriques (qui vivent
dans des groupes différents) et en particulier, dans le cas où on utilise dans un des groupes une
notation additive, à adapter les résultats de cette proposition.
Illustrons cette remarque avec le 1er exemple précédent avec la fonction exponentielle : les
points 2 et 3 de la proposition donnent les résultats (bien connus) : pour tout x ∈ R, on a
exp(−x) = (exp(x))−1 et, pour tout n ∈ Z, exp(nx) = (exp(x))n .

Démonstration (type 1) :

1. On a dans G1 l’égalité e1 ∗1 e1 = e1 , on en déduit que f (e1 ) = f (e1 ∗1 e1 ) = f (e1 ) ∗2 f (e1 ).


En composant de chaque côté à gauche par f (e1 )−1 on obtient f (e1 )−1 ∗ f (e1 ) = e2 =
f (e1 )−1 ∗2 f (e1 ) ∗2 f (e1 ) = f (e1 ), ce qui montre que f (e1 ) = e2 .

2. Soit x ∈ G1 . Comme on a dans G1 l’égalité x ∗1 x−1 = e1 , on en déduit que f (x ∗1 x−1 ) =


f (e1 ) = e2 d’après le point 1. Or vu que f est un morphisme de groupes on a f (x ∗1 x−1 ) =
f (x)∗2 f (x−1 ), d’où on obtient f (x)∗2 f (x−1 ) = e2 , ce qui prouve que f (x−1 ) est le symétrique
de f (x) dans G2 , donc f (x−1 ) = f (x)−1 .

3. Soit x ∈ G1 . D’après le point 1, on a f (x0 ) = f (e1 ) = e2 = f (x)0 . Notons, pour n ∈ N, P (n)


la propriété ”f (xn ) = f (x)n et f (x−n ) = f (x)−n ”. On va montrer la propriété P (n) pour
n ≥ 1 par récurrence :

• pour n = 1, on a f (x1 ) = f (x) = f (x)1 et d’après le point 2 f (x−1 ) = f (x)−1 ce qui


prouve P (1).
• Soit n ≥ 1, on suppose P (n) vraie. On a donc f (xn ) = f (x)n et f (x−n ) = f (x)−n . En
composant la première égalité par f (x), on obtient f (x)∗2 f (xn ) = f (x)∗2 f (x)n . Comme
f est un morphisme de groupes, cela donne f (x ∗1 xn ) = f (x)n+1 , ce qui montre que
f (xn+1 ) = f (x)n+1 . De même, on compose la deuxième égalité par f (x−1 ), on obtient
f (x−1 ) ∗2 f (x−n ) = f (x−1 ) ∗2 f (x)−n . En utilisant le fait que f est un morphisme de
groupes et l’égalité déjà montrée f (x−1 ) = f (x)−1 on obtient f (x−(n+1) ) = f (x)−(n+1) .
Ainsi cela montre P (n + 1).

Par récurrence, on a montré P (n) pour tout n ≥ 1, donc l’égalité f (xn ) = f (x)n pour tout
n ∈ Z (puisqu’on l’a vérifiée pour n = 0).

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