Opération Torch : Préparatifs et Stratégies
Opération Torch : Préparatifs et Stratégies
L 12420 - 80 - F: 8,50 € - RD
FRANCE : 8,50 €
BELUX 9.50€ - CH 14.80CHF
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JUIN
carapresse &tère caraJUILLETtère
éditions 2025
presse & éditions
EN KIOSQUE
Aérojournal cara tère
n° 106 Batailles & Blindés n° 126
presse & éditions
Ligne de Front n° 115
ET FORCES SPÉCIALES
MOYENS JAPONAIS
LES BOMBARDIERS
COMMANDOS
Trucks & Tanks n° 109 LOS! n° 80 AJ Hors-Série n° 50
LA KG26 « LÖWENGESCHWADER »
L’escadre antinavries de la Luftwaffe
ET SI LA BATAILLE DE FRANCE
AVAIT EU LIEU EN MAI 1941 ?
LES PANZER-DIVISIONEN
Véritables fers de lance des forces de l’Axe en Afrique du Panzer-Divisionen du DAK combattront avec l’éner-
Nord, les 15. et 21. Panzer-Divisionen ne rejoindront gie du désespoir des sables d’Égypte à la Tunisie face
DE L'AFRIKA-KORPS
cependant le dispositif de Rommel qu’au printemps à des armées alliées de plus en plus importantes…
(pour la première) et à l’été (pour la seconde) 1941. tout en comptant sur une logistique difficile, avec des
Jetées dans l’enfer de la guerre du désert, ces unités ravitaillements qui se raréfient. Grâce à des archives
vont être les pièces maîtresses de toutes les opérations et des témoignages inédits, Didier Laugier revient
du chef de l’Afrika-Korps. Ainsi, à peine arrivée, la 15. dans ce hors-série sur l’épopée du « poing blindé »
Panzer-Division combattra aux côtés de ses alliés ita- de l’Afrika-Korps, de son arrivée en Afrique du Nord
liens près de Tobrouk alors que la 21. Panzer-Division aux derniers combats, en passant par les opérations
sera engagée en couverture du siège du grand port « Battleaxe », « Crusader » mais aussi le terrible affron-
libyen contesté. Pendant quasiment deux ans, les tement du Totensonntag.
27/03/2025 11:21:26
Renseignements : Éditions Caraktère - Résidence Maunier - 3 120, route d’Avignon - 13 090 Aix-en-Provence - France
Tél : +33 (0)4 42 21 06 76 - [Link]
n°
80
~ SOMMAIRE
JUILLET
AOÛT 04
2025 ACTUS EN BREF
12
ACTION STATIONS! BRANLE-BAS DE COMBAT ! TACTIQUE CLUB RUN : DES AVIONS POUR MALTE
1940 - 1942 LES DÉFIS D’UN CONCEPT SIMPLE
Chers lecteurs, chers amis,
Cette 80e livraison de LOS estampillée « nouvelle formule » est 22 UNITÉS X-CRAFTS
pour moi l’occasion de revenir sur l’histoire de notre magazine
préféré, car si le titre a officiellement vu le jour en mars 2012, 1940 - 1943 LES SOUS-MARINS DE POCHE
en réalité, il a été conçu bien des années auparavant…
C’est un secret pour personne : je suis devenu éditeur grâce à DE LA ROYAL NAVY
Christian-Jacques Ehrengardt, le créateur et rédac’chef d’Aéro-
journal. « CJE » m’a tout appris de ce métier. C’est lui qui m’a
mis le pied à l’étrier en publiant mes premiers articles. Et c’est
chez lui, sur son canapé (d’un vert atroce…), un soir d’ivresse
(on mangeait mal, mais on buvait bien chez « CJE » !), que j’ai
eu l’idée d’adapter la ligne éditoriale d’Aérojournal à la guerre
mécanisée : ainsi venait de naître Batailles & Blindés, au prin-
temps 2003, avec un numéro 1 en kiosque six mois plus tard.
L’aventure Caraktère était lancée !
Certes, mais quid de LOS, me direz-vous ? Eh bien, LOS est né
le même soir que Batailles & Blindés ; en revanche, il m’aura fallu
9 longues années pour trouver une solution à l’épineux problème
de l’iconographie, les photos de marine étant plus compliquées
à dénicher que celles de chars ou d’avions. Et c’est finalement
de la 3D que viendra la solution, avec le travail minutieux et
le talent d’artistes comme Stefan ou Piotr, et quelques autres.
Avec la 3D, il était enfin possible d’embarquer à bord de ces
navires extraordinaires, depuis longtemps disparus, et de vous
les présenter avec un luxe de détails. LOS a ainsi été la première
revue européenne à se construire avec cet outil fascinant ; une 42 OPÉRATION « ILS ARRIVENT »
innovation qui fera date dans notre petit monde de la presse
d’histoire militaire. OCT. - NOV. 1942 L’OPÉRATION « TORCH »
Dans mon édito du numéro 1, j’écrivais : « Vous l’aurez compris
en lisant ces mots, ma passion est grande et mon envie de vous 58 BATAILLE LA CHARGE DES GÉANTS
la faire partager est intacte : à nous les duels de cuirassés ; à
nous les raids de l’aviation embarquée ; à nous les opérations 1915 - 1916 À L’ASSAUT DES DARDANELLES
spéciales des plongeurs de combat ; à nous les attaques de
sous-marins ; à nous l’artillerie côtière. Ce sont des centaines
de sujets plus passionnants les uns que les autres qui nous
76 ESPAGNE FRÉGATES !
attendent. Merci d’avoir embarqué à mes côtés. De l’Atlantique
au Pacifique, en passant par la Méditerranée, le grand large nous
LA CLASSE ÁLVARO DE BAZÁN (F-100)
attend ! » - Treize ans plus tard, je ne retire rien de tout cela !
&
L’aventure LOS! se poursuit sur les pages
Facebook et Twitter des éditions Caraktère !
N°80 Commission paritaire : 1125 K 91314
Dépôt légal (BNF) : à parution [Link]
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ACTU ACTUS
L’ITALIEN EN BREF
FINCANTIERI
PAR LAURENT LAGNEAU
AUX PHILIPPINES
premier exemplaire à la marine philippine avant
2023. L’offre avait séduit le président Rodrigo
Duterte d’autant plus que ce dernier voulait
prendre ses distances avec les États-Unis.
Mais aucun accord ne fut signé, probable-
C
ment en raison des pressions américaines.
Par la suite, la piste d’un achat de sous-ma-
rins Scorpène auprès de Naval Group prit de
ela fait une trentaine d’années que rêve pour nous. Nous sommes un archipel. la consistance. « La marine [des Philippines]
les Philippines tentent de se doter Nous devons donc disposer de ce type de considère que la France doit être le fournis-
d’une flotte de sous-marins, une capacité, car il est très difficile de défendre seur de nos sous-marins. Et les Français sont
telle capacité étant jugée cruciale l’archipel tout entier sans sous-marins », a aussi bons pour fabriquer des avions », avait
pour lui permettre d’assurer la encore affirmé le général Romeo Saturnino lâché M. Lorenzana, en janvier 2020. Puis,
défense de ses possessions, dont certaines Brawner Jr, le chef d’état-major des forces en octobre de la même année, la Philippine
sont convoitées par Pékin, en particulier en armées philippines, en février dernier. Pourtant, News Agency révéla que le Scorpène « figurait
mer de Chine méridionale. Mais, pour des rai- l’achat de deux sous-marins à propulsion die- en tête de liste des plateformes sous-marines
sons tant politiques que financières, sa marine sel-électrique fut mis en haut de la pile des envisagées par les responsables de la marine »
est la seule de la région à en être dépourvue. dossiers prioritaires au cours de la dernière des Philippines. Le mois suivant, Naval Group
« Posséder au moins deux sous-marins est un décennie. En 2018, Delfin Lorenzana, alors inaugura un bureau à Manille.
4
EN BREF
u Les petits sous-marins
côtiers type U-212 sont
équipés d’une propulsion
Diesel-électrique associée
à une pile à combustible,
une configuration très
silencieuse, ne nécessitant
pas d’oxygène et dont
l’autonomie est estimée à
deux semaines en plongée (à
vitesse modérée). Fincantieri
x Le sous-marin italien
Salvatore Todaro (S 526)
est un exemplaire du
type U-212 qui connaît
plusieurs sous-versions
plus ou moins grandes
et massives : type 212A
(1 450 t), 212 NFS (1 800 t) et
212 CD (2 800 t). Fincantieri
Seulement, hormis la commande d’un système Cela étant, d’autres prétendants viennent « L’offre comprend également une formation
de défense anti-torpilles basé sur la solution de se déclarer. En effet, le 16 avril, l’Italien industrielle et opérationnelle spécialisée, per-
de contre-mesures CANTO/CONTRALTO pour Fincantieri et l’Allemand ThyssenKrupp Marine mettant à la marine philippine de constituer
les deux frégates de la classe Jose Rizal de Systems, par ailleurs concurrents pour l’ap- rapidement un équipage de sous-mariniers
la marine philippine, et malgré la volonté de pel d’offres polonais « Orka », ont signé un structuré et hautement qualifié ». Selon le
Paris de nouer une « intimité stratégique » avec accord de coopération industrielle « dans le PDG de TKMS, Oliver Burkhard, cet accord
Manille ainsi que la formation de sous-mariniers cadre d’un partenariat stratégique plus large de coopération industrielle « constitue une
philippins à Brest, Naval Group n’a toujours pas visant à fournir à la marine philippine des solu- excellente base pour d’autres projets conjoints
conclu d’accord concernant les sous-marins tions avancées de capacités sous-marines ». dans le domaine des sous-marins ». En clair,
Scorpène… Et pour cause. D’autres industriels En l’occurrence, l’objectif est de proposer à il n’est pas question de s’arrêter à l’offre faite
se sont mis sur les rangs, dont le Sud-Coréen Manille deux sous-marins U212 NFS. Soit le aux Philippines.
Hanwha Ocean et l’Espagnol Navantia. Le même modèle que celui destiné à la Marina Pour rappel, Fincantieri est aussi lié à Naval
premier a soumis la candidature Dosan An Militare. Group, après avoir signé un accord de coo-
Chang-ho (ou KSS-III) tandis que le second a D’ailleurs, les deux industriels en font un pération industriel dans le cadre du projet
proposé à Manille deux S-80 (classe « Isaac argument commercial. « L’un des atouts de « Poseidon », qui ne concerne que les navires
Peral ») pour environ 1,5 milliard d’euros avec, l’offre « U212 NFS » réside dans le soutien de surface. Les deux industriels possèdent,
en prime, la formation de leurs équipages et opérationnel apporté par la marine italienne, à parts égales, une coentreprise. Appelée
de leur personnel de maintenance ainsi qu’un garantissant ainsi à la marine philippine un Naviris, celle-ci a son siège social à Gènes
transfert de technologies pour assurer leur niveau inégalé de formation, de doctrine et tandis que son bureau d’études est implanté
maintien en condition opérationnel sur place. de logistique », avancent-ils. Et d’ajouter : à Ollioules (Var).
OSLO RÉCLAME D
ans la nuit du 7 au 8 novembre
2018, après avoir pris part à l’exer-
cice « Trident Juncture » organisé
par l’OTAN, la frégate norvégienne
À NAVANTIA
sombra peu après. Le bilan fit état de huit
blessés parmi ses 137 marins. Quatre mois
plus tard, cette frégate de 5 000 t fut relevée
par la société BOA Offshore au cours d’une
HELGE INGSTAD
à la base navale de Haakonsvern, l’état-major
norvégien estima qu’elle était en trop mauvais
état pour être réparée, un budget d’environ
1,4 milliard d’euros étant nécessaire pour la
remettre en service. Aussi décida-t-il de l’en-
voyer à la ferraille.
5
ACTU ACTUS
t L’épave de la frégate
antiaérienne norvégienne
Helge Ingstad suite à sa
collision et son naufrage en
2018. La classe Nansen
compte encore quatre unités
qui devraient subir des
mises à niveau techniques
à partir de cette année afin
de maintenir leurs capacités
opérationnelles. DR
q En novembre 2024, la
marine sud-coréenne avait
déjà testé l’embarquement
du Mojave de General
Atomics sur un porte-
hélicoptères amphibie de
la classe Dokdo. Le drone
américain avait pu en décoller
mais pas y apponter. DR
Les enquêtes menées pour éclaircir les circons- étanches. Et cela alors que les F-100 espa- Rigland, l’objectif du ministère est de trouver
tances de cet accident s’accordèrent pour dire gnoles ont des arbres d’hélice pleins. D’où la un accord avec Navantia dans le cadre d’une
que l’équipage du KNM Helge Ingstad man- plainte que le ministère norvégien de la Défense médiation. Et cela alors que, en 2022, il a
quait d’expérience et que sa formation était a déposée contre Navantia, à qui il demande notifié à l’industriel espagnol un contrat pour
insuffisante. Un rapport avait ainsi déterminé une indemnisation de 13,3 milliards de cou- moderniser les quatre dernières frégates de la
que la collision ne se serait pas produite si le ronnes norvégiennes, soit 1,1 milliard d’euros. classe Fridtjof Nansen… Cela étant, le minis-
Règlement pour prévenir les abordages en mer Cité par Baird Maritime, Ole Kristian Rigland, tère norvégien de la Défense est coutumier du
(COLREGS) avait été respecté. Mais seul l’offi- l’avocat qui le représente dans cette affaire, fait puisqu’il a demandé à NHIndustries, par
cier qui était de quart au moment des faits a été insiste d’ailleurs sur cette conception des lignes voie de justice, le remboursement des héli-
reconnu coupable de négligence, ce qui lui a d’arbres dont sont équipées les frégates de coptères NH-90 qu’il avait retirés du service
valu une peine de soixante jours de prison avec classe Fridtjof Nansen. De son côté, Navantia en 2022.
sursis. Si elle pointa les « facteurs humains » fait valoir que ce problème de conception avait
pour expliquer l’accident, l’enquête préliminaire été identifié avant le naufrage du KNM Helge L’actualité de la défense et de la sécurité,
mit le constructeur du KNM Helge Ingstad, Ingstad… mais que les forces armées norvé- en partenariat avec :
l’Espagnol Navantia, sur le grill en évoquant giennes avaient quand même autorisé le navire
des problèmes d’étanchéité entre les compar- à naviguer sans chercher à mettre en œuvre
timents du navire. Pour rappel, les frégates la moindre « mesure corrective ». Selon Me
de la classe Hansen sont dérivées du modèle
F-100, dont cinq exemplaires sont en service
au sein de la marine espagnole (classe Álvaro
de Bazán). Cependant, remis en avril 2021 par
l’Autorité norvégienne d’enquête de sécurité
(Statens Havarikommisjon), un second rap-
port exonéra Navantia, expliquant que le navire
avait subi des dommages « supérieurs à ceux
pour lesquels il avait été conçu ». Et d’expliquer
que si les marins « avaient été mieux formés,
ils auraient eu une meilleure compréhension
de la façon de sauver le navire ». En outre, le
document releva également que « l’équipage
a évacué la frégate sans fermer les portes,
les écoutilles et autres ouvertures qui auraient
maintenu la stabilité et la flottabilité » et ainsi
permit d’éviter son naufrage.
Pour autant, la marine norvégienne ne fait
pas la même lecture des évènements étant
donné qu’elle estime que la frégate avait un
vice de construction en soutenant que les
lignes d’arbres du système de propulsion
étaient creuses, ce qui aurait permis à l’eau de
s’écouler entre certains de ses compartiments
6
EN BREF
LA CORÉE DU SUD
RENONCE AU F-35B présenté au comité de la Défense du Parlement
sud-coréen, Séoul a décidé d’abandonner le
POUR CONSTRUIRE
au profit de la construction d’un « navire de
commandement polyvalent » qui devra être en
mesure de mettre en œuvre des drones, y com-
pris des munitions téléopérées (ou MTO), et
des hélicoptères. Ainsi, la marine sud-coréenne
UN NAVIRE POLYVALENT
souhaite un navire pouvant être sollicité pour
mener des frappes contre des cibles clés ainsi
que pour des opérations d’assaut amphibie.
DOTÉ DE DRONES
En outre, il devra être également en mesure
de protéger les voies de navigation maritime
tout en étant susceptible de répondre aux
catastrophes naturelles. Selon les explications
A
données par les responsables sud-coréens, il
s’agit de « prendre en compte l’avenir de la
Ayant l’ambition de se doter de fit pas l’unanimité au sein de la classe politique guerre navale ainsi que l’apport de l’intelligence
capacités aéronavales, la marine sud-coréenne. Au-delà du budget nécessaire artificielle aux systèmes sans pilote ». En outre,
sud-coréenne envisagea d’abord pour sa construction, son utilité fut interrogée ce nouveau projet permettra de faire des éco-
de modifier ses deux porte-héli- au regard de la doctrine militaire du pays. Pour nomies conséquentes, ne serait-ce que sur
coptères de la classe Dokdo afin rappel, orientée vers la Corée du Nord, celle-ci l’achat des F-35B, soit au moins 2,5 milliards
de leur permettre d’accueillir des repose sur trois piliers : la mise en réseau des d’euros. La taille de ce « navire de comman-
chasseurs-bombardiers F-35B de type STOVL capacités de renseignement avec les moyens dement polyvalent » sera similaire à celle du
(à décollage court et à atterrissage vertical). de frappe en vue de détruire préventivement porte-avions que la marine sud-coréenne vou-
Seulement, le tonnage des deux navires étant les sites de lancements de missiles nord-co- lait se procurer. Il embarquera des « dizaines de
insuffisant (18 000 t à pleine charge), elle dut réens, la défense antimissile et l’éventualité drones de combat, de surveillance et de recon-
revoir ses plans. D’où le programme LPH-II de frappes massives de représailles. Aussi, le naissance », ceux-ci devant cohabiter avec
(rebaptisé CV-X par la suite) lancé en 2019 programme CV-X fut ballotté au gré des alter- des hélicoptères de manœuvre et d’attaque.
afin de construire un porte-avions léger de nances politiques. Et, en 2022, il ne bénéficia D’après Yonhap, Hyundai Heavy Industries a
30 000 t pouvant mettre en œuvre jusqu’à d’aucun financement alors que la notification d’ores et déjà été chargé de réaliser une étude
vingt F-35B. Ce programme fut confirmé dans d’un contrat de conception était imminente. de conception.
le plan de défense 2021-2025, avec l’objec- Pourtant, il fut maintenu dans le plan de
tif de le voir se concrétiser en 2033. Deux défense 2024-2028, présenté par Shin Won-
industriels s’étaient alors mis sur les rangs : sik, alors ministre de la Défense, en décembre
Daewoo Shipbuilding and Marine Engineering 2023. Finalement, la marine sud-coréenne ne
(DSME) et Hyundai Heavy Industries (HHI), l’un disposera pas de porte-avions léger… Et la
et l’autre ayant noué des partenariats avec commande de vingt F-35B ne sera jamais x Conçu à l’origine pour embarquer le F-35B, le
CVX devait constituer la première véritable classe
des entreprises étrangères, dont le Britannique passée auprès de Lockheed-Martin. de porte-avions de la marine de la République
Babcock et l’Italien Fincantieri. En effet, selon l’agence de presse Yonhap, de Corée. Aujourd’hui, il est prévu d’en faire un
Cependant, le CV-X, par essence coûteux, ne qui évoque un nouveau plan récemment porte-drones moins cher et plus polyvalent. DR
7
ACTU ACTUS
A DÉVOILÉ EXCALIBUR,
de tâches opérationnelles mais façonnera les
concepts futurs », a en effet insisté la Royal
Navy. « Les enseignements tirés […] s’ap-
puieront sur notre expérience de programmes
OCÉANIQUE
utilisation plus étendue de ces technologies
dans une force mixte de systèmes avec et
En
sans équipage », a expliqué le contre-amiral
Marcus Rose, le directeur adjoint du bureau
« Underwater Battlespace Capability ».
La marine britannique n’est évidemment pas
2019, le ministère britan- un déplacement de 17 t pour une longueur la seule à s’intéresser aux drones sous-ma-
nique de la Défense (MoD) de 12 m et un diamètre de 2,2 m, et être en rins océaniques. L’US Navy a en effet pris de
lança un appel à projets mesure de naviguer à 400 m de profondeur. l’avance avec l’Orca XLUUV, nettement plus
en vue de développer un À l’époque, le MoD avait expliqué que cet imposant que l’Excalibur. Conçu par Boeing, cet
drone sous-marin autonome capable de navi- engin de conception modulaire allait renforcer engin mesure environ 26 m de long et affiche
guer pendant au moins trois mois, de parcourir la capacité de la Royal Navy à « protéger les un déplacement supérieur à 50 t. Doté d’une
au moins 3 000 nautiques et de transporter des infrastructures critiques ». propulsion Diesel-électrique, il peut emporter
charges utiles de deux tonnes tout en disposant Ce programme a été mené dans les temps. une charge utile de 8 t. Son autonomie est de
d’une capacité de « collecte de renseignements En effet, après avoir été mis à l’eau pour la 6 000 nautiques. Il devrait être utilisé pour la
discrète, souple, précise et rapide ». Les tra- première fois en février, ce drone sous-ma- lutte anti-sous-marine et antisurface, la guerre
vaux menés dans le cadre de cette initiative, rin XLUUV a officiellement été dévoilé à la électronique ainsi que pour les opérations de
appelée Royal Navy’s autonomous underwater base navale de Devonport, le 15 mai dernier. déminage. En 2023, pour le compte de la
capability, permirent de préparer le programme Appelé Excalibur, il sera mis en œuvre par Marine nationale, la Direction générale de l’ar-
CETUS, lequel fut confié à l’entreprise MSubs, « l’escadron d’expérimentation de la flotte » mement a confié le marché UCUV (Unmanned
via un contrat de 15,5 millions de livres sterling qui, récemment créé, exploite déjà le navire Combat Underwater Vehicles) à Naval Group
notifié en décembre 2022. expérimental XV Patrick Blackett, conçu pour qui avait lancé, dès 2016 et sur fonds propres,
Ainsi, MSubs devait livrer à la Royal Navy tester et développer des systèmes autonomes le développement du démonstrateur DSMO,
un sous-marin sans équipage et autonome, et, plus généralement, évaluer des technologies un drone sous-marin océanique d’une dizaine
décrit comme étant le « plus imposant et le de rupture. Plus imposant que prévu, avec un de tonnes. Enfin, la Chine n’est pas en reste :
plus complexe devant être exploité par une déplacement de 19 t, l’Excalibur n’aura pas lors du salon DSA 2024 organisé à Kuala
marine européenne » d’ici deux ans. d’usage opérationnel : il doit en effet servir de Lumpur (Malaisie), Poly Technology a dévoilé
Dans le détail, ce drone sous-marin, entrant banc d’essai, en particulier dans les domaines l’UUV300CB, un drone XLUUV de 11,5 m de
dans la catégorie dite XLUUV (pour eXtra-Large de la furtivité et des capacités ISR (renseigne- long pour un déplacement de 50 t, capable
Unmanned Undersea Vehicle), devait afficher ment, surveillance, reconnaissance). « En tant d’emporter un lot de torpilles.
8
EN BREF
POUR LE TRANSPORT
DE PETITES UNITÉS, (USMC). Aussi envisage-t-il de se procurer le
Viceroy Seaglider, un engin à effet de sol à
ENVISAGE D’ACQUÉRIR
spécialisé The War Zone. Selon son construc-
teur, le Viceroy Seaglider peut transporter une
charge utile de 1,6 t (ou douze passagers et
L’APPAREIL À EFFET
deux membres d’équipage) et voler à la vitesse
de 160 nœuds (près de 300 km/h). En fonction
de sa batterie, son autonomie est comprise
DE SOL VICEROY
entre 300 et 740 km. Selon M. Koch, un tel
appareil pourrait être utilisé pour effectuer des
missions de reconnaissance, infiltrer/exfiltrer
des commandos, ravitailler des troupes ou
encore évacuer des blessés. Il permettrait de
« remplacer les vols d’hélicoptères UH-1 »,
En
a-t-il dit.
Ce « Viceroy Seaglider » serait ainsi suscep-
2021, dans l’éventualité significativement la masse de l’appareil. C’est tible de tenir un rôle de premier plan dans le
d’un conflit dans l’In- sur lui que repose le concept d’Ekranoplan concept EBAO (Expeditonary Advanced Base
dopacifique, la DARPA, imaginé par l’ingénieur soviétique Rotislav Operations) de l’USMC. Ainsi, dans le cas
c’est-à-dire l’agence du Aleksiev durant la Guerre froide. d’une invasion de Taïwan par la Chine, celui-ci
Pentagone dédiée à l’in- Un tel aéronef permet de voler en deçà d’une prévoit d’envoyer de petites unités lourdement
novation, indiqua qu’elle couverture radar, donc d’évoluer dans des armées dans des avant-postes sommaires au
était intéressée par la conception d’une nou- environnements contestés, et de se passer sud d’Okinawa, d’où elles pourraient mettre en
velle classe de véhicule pouvant s’affranchir des navires de transport, vulnérables face aux œuvre des capacités de déni et d’interdiction
des « principales limitations opérationnelles sous-marins ennemis et aux mines navales. Le d’accès avec des missiles antinavires à longue
des plateformes de transport aérien et mari- revers de la médaille est qu’il est peu maniable portée. Et cela suppose de pouvoir les ravitailler
time traditionnelles » et que, par conséquent, et qu’il ne peut être utilisé que quand les condi- ou, le cas échéant, de les redéployer rapide-
elle sollicitait l’industrie pour mettre au point tions météorologiques sont clémentes. D’où ment. Pour le MCWL, le fait que cet appareil
de « nouveaux hydravions » ou des « véhi- l’idée de la DARPA de développer un appareil puisse être à double usage (civil et militaire)
cules à effet de sol ». Pour rappel, quand un combinant les caractéristiques d’un Ekranoplan est essentiel. « En tirant parti de la technologie
aéronef vole à très basse altitude, la pente à celles d’un hydravion. En 2024, dans le cadre commerciale, nous obtenons quelque chose
de portance augmente légèrement, réduisant du programme « Liberty Lifter », elle confia le de très abordable », a expliqué M. Koch, avant
ainsi la force induite qui s’oppose au mouve- soin à Aurora Flight Science de mettre au point d’ajouter que cela permettait de s’épargner un
ment d’un corps dans l’air. Ce phénomène un prototype censé voler avant la fin de l’année long processus d’acquisition. En effet, selon
aérodynamique, appelé « effet de sol » permet 2027. Seulement, cette échéance est visible- Regent Craft, l’exploitation commerciale du
d’économiser du carburant et/ou d’augmenter ment trop lointaine pour l’US Marine Corps premier Viceroy est attendue en 2027.
p L’aéronef à effet de sol Viceroy Seaglider possède une coque d’hydravion et peut emporter une cargaison de 1,6 t ou douze passagers et deux
membres d’équipage au ras des flots à grande vitesse. Une solution qui intéresse l’USMC pour remplacer ses hélicoptères de transport. DR
t Cérémonie de présentation du XLUUV Excalibur à Devonport en mai dernier. Ce drone sous-marin non armé doit servir de banc d’essai à la Royal Navy. Crown-Copyright
9
ACTU ACTUS
A CHAVIRÉ
Comme l’avait prédit 38 North, le lancement
de ce second destroyer a eu lieu le 21 mai.
Mais, selon KCNA, un « grave accident s’est
Le
l’agence de presse nord-coréenne ayant pré-
cisé que des « sections du fond du navire
de guerre ont été broyées ». « Après avoir
presque au même moment que celle du Choi observé l’accident dans son intégralité, le
30 avril, l’agence de Huyn puisque, le 15 mai, via son site 38 North, respecté camarade Kim Jong-un a formulé
presse officielle nord-co- le Centre Stimson révéla que la Corée du Nord une évaluation sévère, déclarant qu’il s’agis-
réenne KCNA a diffusé s’apprêtait à lancer son second destroyer, soit sait d’un accident grave et d’un acte criminel
les images des premiers seulement un mois après le premier. causé par la pure négligence, l’irresponsabilité
essais du système d’armes mis en œuvre par « Le navire sera probablement lancé latéra- et l’empirisme non scientifique. C’est un acte
le Choi Huyn, un destroyer de 144 m de long lement depuis le quai, une méthode jamais qui ne devrait jamais se produire et qui ne
pour un déplacement estimé à 5 000 t, doté de observée auparavant en Corée du Nord. Deux pouvait être toléré », a rapporté KCNA. Le
74 cellules de lancement vertical et d’un radar barges et des navires de soutien sont station- chef du régime nord-coréen a exigé que les
AESA (à antennes actives) à quatre plans, a nés à proximité, vraisemblablement pour le réparations du navire soient achevées dans
priori similaire à celui qui équipe les frégates guider une fois lancé et le protéger contre un les meilleurs délais, c’est-à-dire d’ici « la réu-
russes de la classe Amiral Gorchkov. Censé rebond sur le quai après qu’il aura été mis à nion plénière du Comité central du Parti qui
incarner la modernisation et le renforcement l’eau », avait expliqué 38 North, sur la fois se tiendra le mois prochain », en juin. C’est
de la marine nord-coréenne, le Choi Huyn avait d’images du chantier naval de Cheongjin prises sans doute exiger l’impossible, le choc ayant
été officiellement mis à l’eau cinq jours plus par satellite. Et d’ajouter : « L’utilisation de probablement déformé la coque, s’il n’a pas
tôt, au chantier naval de Nampo (côte ouest cette méthode de lancement pourrait être une provoqué des fissures.
de la Corée du Nord)… Ce qui suggère que,
à ce moment-là, sa construction était quasi-
ment achevée et qu’il disposait déjà de son
système de combat. Or, l’admission au service
actif d’un nouveau navire suit habituellement
un processus rigoureux, ce qui prend inévi-
tablement du temps. Il commence par des
essais à quai, puis en mer, sous le contrôle
de l’industriel. Puis il doit ensuite effectuer un
déploiement de longue durée afin de vérifier ses
qualités militaires et le bon fonctionnement de
ses différents systèmes. Ce n’est qu’après ces
étapes qu’il sera déclaré opérationnel.
Quoi qu’il en soit, la construction du Choi
Huyn avait été révélée en février 2024, à
l’occasion d’une inspection du chantier naval
de Nampo par Kim Jong-un, le « dirigeant
suprême » de la Corée du Nord. Lors de lan-
cement du Choi Huyn, celui-ci avait indiqué
que trois autres navires du même type allaient
être construits. Et de préciser qu’ils seraient
baptisés Kim Chaek, An Gil et Kang Kon. En
réalité, la construction du second destroyer
avait déjà commencé mais au chantier naval
de Cheongjin, situé sur la côte orientale de la
Corée du Nord. C’est en effet ce que révéla
l’imagerie satellitaire. A priori, elle avait débuté
10
MOUILLEZ L'ENCRE !
MOUILLEZ
L’ENCRE ! PAR XAVIER TRACOL
LE RAFALE MARINE
Cyrille Cosmao
Glénat vient de publier un bel ouvrage consa- toutes les phases opérationnelles : entre-
cré au Rafale Marine, superbement mis en tien et réparation des appareils, gestion des
valeur ici grâce aux nombreuses images du citernes et soutes de munitions, stockage
photographe aéronautique Cyrille Cosmao (Air du carburant, armement des avions, cata-
& Cosmos) et aux explications du capitaine pultages, vols et manœuvres, appontages,
de vaisseau Sébastien Martinot. etc. Les rôles des hommes et des femmes
Après une brève introduction retraçant à bord du porte-avions sont largement évo-
l’histoire des premiers avions Dassault de qués avec des explications sur les contraintes
l’Aéronavale, l’ouvrage se focalise sur la géné- logistiques, la synchronisation des interven-
ration actuelle de Rafale en service à bord tions, les exigences en matière de sécurité,
du porte-avions. Il met en lumière l’évolution etc. Ces différents points de vue permettront
technologique des appareils, l’avionique, l’ar- de révéler au lecteur tout un univers inconnu,
mement, les rayons d’action, ainsi que les l’aventure et le côté « ruche » du Charles de
différents rôles assignés : dissuasion, projec- Gaulle. Enfin, une dernière partie présente les
tion de puissance ou prévention. chasseurs de nouvelle génération prévus pour
Plus de 200 photographies exceptionnelles mise en service en 2035, sans négliger le
montrent les avions et les équipages dans recours croissant aux drones.
Glénat Livres, 28 mai 2025
192 pages, 39,95 €
ISBN : 978-2344065396
11
TACTIQUE
1940 - 1942
CLUB RUN :
DES AVIONS POUR MALTE
PAR XAVIER TRACOL
escadrilles italiennes et allemandes qu’un nombre ridicule de Bon est truffée de mines et les îles italiennes
de Lampedusa, Linosa et Pantelleria peuvent
chasseurs techniquement dépassés. De plus, leur remplace- servir d’avant-postes pour étouffer l’île, voire
pour y débarquer de vive force.
ment par des appareils plus récents et plus nombreux pose
problème : comment en effet atteindre cette île assiégée par LA SITUATION
les airs comme par les mers ?
En 1940, l’archipel maltais (huit îles, dont
D
epuis la déclaration de guerre italienne le 10 juin 1940, deux principales, Malte et Gozo) est alors une
Malte peut se considérer en état de siège. Quatre jours base aéronavale moderne. Toutefois, sa gar-
plus tôt, la Regia Marina a lancé une vaste campagne nison est faible (cinq bataillons) et les forces
de mouillage de 2 900 mines afin de couper les com- navales peu nombreuses (deux destroyers,
munications britanniques en Méditerranée. L’archipel est p Un chasseur Spitfire quatre submersibles, un dragueur de mines
Mk Vc de la RAF sur le pont
effectivement situé à la jonction des bassins occidental et oriental d’envol de l’USS Wasp se d’escadre, seize canonnières auxiliaires, un
de la Méditerranée, à égale distance de Gibraltar et d’Alexandrie… dirigeant vers Malte. La monitor et une canonnière fluviale). Par contre,
mais elle est aussi à vingt minutes de vol des terrains d’aviation présence du porte-avions les fortifications et la défense antiaérienne
HMS Eagle à l’arrière-
siciliens ! L’Italie et le Royaume-Uni ont tous les deux bien compris sont conséquentes, avec 64 pièces d’artillerie
plan nous permet de dater
que celui qui détient Malte contrôle aussi le détroit de Sicile. Car le cliché de mai 1942 côtières, 34 canons lourds, huit légers (Bofors
ce bras de mer coincé entre l’île du même nom et la Tunisie, peu (opération « Bowery »). IWM de 40 mm) et 24 projecteurs, tandis que la
12
CLUB RUN : DES AVIONS POUR MALTE LES DÉFIS
D’UN CONCEPT SIMPLE
[1] À l’exception du canal de Messine, encore plus étroit
(3,3 km de large – et situé dans les eaux italiennes).
13
TACTIQUE 1940 - 1942
t Le porte-avions
HMS Eagle et le cuirassé
Warspite en août 1940
en Méditerranée et
photographié depuis le
Ramillies. Coll. Payne
Afin de sauver l’archipel de la famine et ne peut se faire que par la voie maritime pour tactiques : des convois lourdement escortés,
d’un possible assaut amphibie ennemi [3], il des questions de masses et de volumes à des navires marchands indépendants faisant le
faut absolument organiser un flux d’appro- transporter. Or, le blocus italien semble bien trajet rapidement et sans escorte, des navettes
visionnement le plus constant possible en hermétique. Pour y répondre, la Royal Navy de destroyers rapides amenant des fournitures
troupes, armes, munitions et vivres. Ce qui met tout d’abord en œuvre quatre solutions rares et de grandes valeurs « à la demande »
14
CLUB RUN : DES AVIONS POUR MALTE LES DÉFIS
D’UN CONCEPT SIMPLE
[3] Une option étudiée à plusieurs reprises par l’état- tous les chasseurs en caisses pour les remonter douze chasseurs Hurricane Mk.I. De plus,
major italien mais jamais appliquée, faute de moyens.
ensuite à l’arrivée, ce qui peut prendre plu- décoller d’un terrain d’aviation et décoller d’un
sieurs jours ; du temps que n’a pas le Hal Far porte-avions sont deux compétences relative-
(médicaments, pièces de rechange, munitions, Fighter Flight ployant chaque jour un peu plus ment différentes, ce qui explique qu’en juillet,
etc.), et enfin des navettes de submersibles sous les bombes. Dans l’idéal, il faudrait au quatorze pilotes du Fighter Command de la
pour convoyer des produits similaires en toute contraire que les appareils atteignent Malte RAF sont détachés auprès du 418 Flight (créé
discrétion, donc de façon plus sûre, mais en par escadrilles entières, et en étant immédia- pour l’occasion) de la Fleet Air Arm (FAA),
moins grande quantité. Toutefois, aucune de tement opérationnels. Car renforcer la chasse la branche aéronavale de la Royal Navy, afin
ces solutions n’est idéale pour transférer des maltaise au compte-goutte, en n’envoyant que d’être formés au décollage depuis un porte-
avions de combat sur l’île : les destroyers ne quelques avions par convoi, n’a aucun intérêt avions. C’est à ce moment-là qu’ils sont
sont pas adaptés à l’emport de ce genre de militaire : il faut en réalité reconstituer toute informés de la teneur de la mission à venir. Il
volumineuse cargaison, et encore moins les la défense aérienne de l’île le plus vite pos- est aussi envisagé que l’Argus accueille deux
submersibles ; les cargos peuvent le faire sans sible afin d’opposer un nombre conséquent bombardiers légers Blenheim pour leur servir
difficulté, mais un convoi ou un navire mar- d’appareils aux bombardiers italiens. Mais de guides jusqu’à Malte. Ces bimoteurs ont
chand isolé appareillant d’Angleterre met des comment rendre cela possible si le dispositif effectivement une excellente autonomie (plus
semaines pour arriver à destination, s’il y arrive, des convois n’est pas assez souple et trop de 3 000 km) mais ils s’avèrent trop lourds et
c’est-à-dire s’il ne rencontre pas en chemin une peu sûr pour risquer de si précieux avions ? trop grands pour opérer depuis l’Argus. Ce der-
meute de U-Boote, un raid aérien, une attaque Bien entendu, il est hors de question de faire nier doit alors se contenter à leur place de deux
de vedettes lance-torpilles ou un champ de décoller des Hurricane et des Spitfire depuis Blackburn Skua, des chasseurs bombardiers
mines. De plus, le renforcement de la chasse des aérodromes de la RAF car ses terrains embarqués de la FAA, au rayon d’action tout
maltaise étant urgent, les envois d’avions se les plus proches de Malte sont situés soit à à fait raisonnable. Les Skua étant des appareils
doivent d’être massifs et rapides. Or, la logis- Gibraltar soit en Égypte, c’est-à-dire bien trop triplaces, ils peuvent aussi emporter quelques
tique qui entoure un envoi important d’avions loin de l’archipel – et de beaucoup ! – pour un pilotes de réserve pour Malte.
est complexe : en Angleterre, il faut mettre chasseur de l’époque.
2/ Le 20 juillet, l’Argus appareille d’Angle-
terre avec les chasseurs à son bord. Depuis
Hawker Hurricane Mk I
No.261 (Fighter) Squadron, No.418 Flight, RAF
HMS Argus, août 1940
15
TACTIQUE 1940 - 1942
les cuirassés HMS Valiant et Resolution, trois croiseurs italiennes de Libye, de Sardaigne, de l’île de Pantelleria p Ci-dessus : Des pilotes
(les Arethusa, Delhi et Enterprise) et huit destroyers et de Sicile. L’Ark Royal lance ainsi régulièrement des de la RAF sur le pont du
cuirassé Ramillies en route
(les Faulknor, Forester, Foresight, Foxhound, Fearless, patrouilles ASM pour nettoyer le secteur devant l’Ar- pour Malte. Une fois à terre,
Escapade, Active et Wrestler) doivent assurer son escorte gus tandis que ses Skua servent à repousser les avions ils recevront des chasseurs
rapprochée. Mais ce n’est pas tout puisqu’en parallèle ennemis les plus importuns, et cela dès l’appareillage Hurricane, les Spitfire
une triple diversion doit permettre de brouiller les pistes : de Gibraltar. n’arrivant à Malte qu’à partir
de mars 1942. Coll. Payne
protégé par le Hood et quatre destroyers, l’Ark Royal
doit mener l’opération « Crush », un raid de ses Fairey 4/ Pour des raisons de confidentialité, les pilotes des p En haut : Mi-1940, le
Swordfish sur l’aérodrome d’Elmas à Cagliari (Sardaigne) Hurricane n’ont pas été mis dans la confidence concer- cœur de la Force H passe
devant le rocher de Gibraltar,
tandis que le 7th Cruiser Squadron appareille d’Alexan- nant le point de lancer de leur pontée et donc la distance
le HMS Renown en tête,
drie pour patrouiller en mer Égée, et qu’une autre forte à parcourir par eux-mêmes. Or, le 1er août, quand le suivi du Malaya et du
escadre égyptienne part effectuer des exercices de tir commandant Henry Bovell de l’Argus leur explique qu’ils porte-avions Ark Royal. DR
au sud de la Grèce. L’opération « Hurry » est donc un vont devoir voler 740 km sans retour possible afin d’at-
dispositif extrêmement conséquent, censé mettre en teindre Malte, le Flight-Lieutenant Duncan Balden, chef du
œuvre un plan particulièrement élaboré. 418 Flight, refuse tout net d’obéir, arguant de l’autonomie
insuffisante des appareils : effectivement, 740 km repré-
3/ L’Argus et ses escorteurs doivent suivre une route sentent exactement la distance maximale qu’un Hurricane
très singulière afin de ne pas dévoiler leur destination, Mk.I peut parcourir dans des conditions idéales. Ici, le
sans pour autant trop s’en écarter afin que les Hurricane moindre problème mécanique, la moindre déviation angu-
puissent atteindre Malte, et tout en évitant les attaques laire, la moindre rencontre avec un appareil ennemi, voire
de forces navales ou aériennes rayonnant des bases même tout simplement l’impossibilité d’atteindre la vitesse
16
CLUB RUN : DES AVIONS POUR MALTE LES DÉFIS
D’UN CONCEPT SIMPLE
idéale au plafond idéal (soit environ 130 km/h à face au vent en filant à sa vitesse maximale p Quatre Hurricane du No.261 Squadron, alignés
10 300 m d’altitude) à cause de la météo, bref, pour faire bénéficier aux appareils d’une aug- en bord de piste après leur arrivée sur l’aérodrome
maltais de Luqa, au sud de La Valette. Ils portent sous
le moindre contretemps se paierait par un crash mentation de la vitesse d’air relative sur leurs les ailes des réservoirs de carburant additionnels qui
en pleine mer. En d’autres termes, la Royal ailes dès le début de leur course et assurer ainsi leur ont permis de couvrir plus de 700 km depuis leur
Navy n’a pas pris en compte les spécificités plus rapidement leur portance. Les Hurricane porte-avions de départ pour rejoindre l’archipel. DR
techniques du Hurricane lorsqu’elle a plan- partent les uns après les autres sans problème
ché sur le déroulé de l’opération « Hurry »… mais c’est plus compliqué pour les Skua, plus
Bovell n’a pas d’autre choix que de rompre lourds ; l’un d’eux chute comme une pierre q Des Hawker Hurricane Mk II du No.185
le silence radio pour demander de nouveaux en bout de rampe et ne redresse in extremis Squadron RAF en alerte sur le terrain
ordres. On lui attribue de fait un nouveau point qu’après avoir effleuré la surface de l’eau. d’aviation d’Hal Far dans le sud de l’île.
de rendez-vous au nord de la ville algérienne
d’Annaba, à « seulement » 670 km de Malte.
Le décollage est prévu pour le 2 août à l’aube.
17
TACTIQUE 1940 - 1942
Tandis que le porte-avions fait demi-tour pour chargés de transporter jusqu’à Malte les méca- (une mission) ; l’Argus participera tout de
rejoindre Gibraltar, les deux formations évitent niciens attitrés aux Hurricane, les pilotes du même à un dernier Club Run en novembre
consciencieusement l’île italienne de Pantelleria 418 Flight s’attendent à être rapatriés à 1941. Après la perte de l’Ark Royal, torpillé
et, après avoir parcouru 700 km en deux heures Gibraltar par un hydravion Sunderland ; après par le U-81 ce même mois, la Royal Navy
et vingt minutes, elles atteignent l’archipel tout, ils ont été formés pour convoyer des fait appel à l’Eagle (dix missions) mais aussi à
maltais sans incident. Toutefois, un Hurricane chasseurs depuis un porte-avions, une spécia- l’Argus, au Furious et même au porte-avions
s’écrase à l’atterrissage, blessant légèrement lité suffisamment rare pour qu’on ait besoin américain Wasp (deux missions).
son pilote ; l’appareil pourra reprendre du d’eux au prochain Club Run. Erreur ! On leur
service après plusieurs jours de réparation. ordonne de rester sur place et de participer
aux combats à bord de leurs chasseurs, ce qui
7/ Alors qu’il faut maintenant attendre l’arri- ne se fera pas sans quelques récriminations LES DANGERS
vée des sous-marins HMS Proteus et Pandora de leur part.
Expliqués ainsi, les Club Runs semblent être
une mécanique bien rodée. Or, la réalité s’avère
18
CLUB RUN : DES AVIONS POUR MALTE LES DÉFIS
D’UN CONCEPT SIMPLE
chef d’unité ne s’oppose pas au départ… Comme pré-
cédemment, les Hurricane décollent en deux vagues.
Chacune est guidée par un Skua, et a rendez-vous
à cinq nautiques de l’archipel tunisien de La Galite
avec un hydravion devant la conduire jusqu’à Malte.
Toutefois, deux des chasseurs de la première vague
amerrissent, réservoirs vides, à quelques dizaines de
nautiques de leur objectif (un pilote sera secouru) tandis
que la deuxième vague disparaît intégralement en mer,
probablement du fait d’une erreur de navigation, sans
avoir jamais pris contact avec son hydravion au large
de La Galite.
Ces erreurs de navigation s’expliquent aisément : à
l’époque, les pilotes de chasse de la RAF volent sur des
monomoteurs au rayon d’action très limité et n’ont que
rarement besoin de naviguer « aux instruments ». De
plus, ils n’ont pas du tout l’expérience des aviateurs de
la FAA en ce qui concerne le survol de la haute mer dont
la monotonie peut facilement désorienter, sans parler
des grains de pluie, des tempêtes, etc. D’où la nécessité
de leur adjoindre des guides, généralement des Blenheim
de la RAF, sinon des hydravions, des Fulmar ou des
Skua, pour les guider. Une fois en l’air, les Hurricane ont
tout juste assez d’essence pour atteindre Malte ; il ne
faut donc pas qu’ils soient entraînés dans un combat de
rencontre avec la chasse ennemie ; de toute façon, ils
n’ont généralement pas de munitions pour leurs mitrail-
leuses, toute la charge utile étant réservée au carburant !
Début 1942, le passage au Spitfire permet de s’affran-
chir d’une bonne partie de ce problème d’autonomie.
En effet, la version [Link] peut recevoir un réservoir
additionnel sous chaque aile. En vue du Club Run codé
« Spotter I », le HMS Eagle prend la mer le 27 février
avec quinze Spitfire [Link] ainsi équipés mais, le len-
demain, la mission doit être annulée quand on découvre
que ces réservoirs auxiliaires ont été endommagés lors
du transport (en particulier au niveau des pompes).
{ Entre mai 1941 et octobre
1942, le HMS Furious
effectue sept Club Runs.
On aperçoit ici quatre
Hawker Sea Hurricane sur
son pont d’envol. DR
u Un Spitfire britannique
dans la cage d’ascenseur
du porte-avions américain
Wasp en 1942. Huit
hommes au moins sont
là pour le pousser et le
guider jusqu’à sa position
de départ sur la piste. DR
19
TACTIQUE 1940 - 1942
u Au milieu : Un Spitfire
Mk Vb du No.249 Squadron
de la RAF sur le tarmac
d’un terrain d’aviation
maltais en 1942. IWM
t Un Spitfire s’apprête à
décoller du Eagle au cours
de l’opération « Pedestal »
en mars 1942. IWMx
20
CLUB RUN : DES AVIONS POUR MALTE LES DÉFIS
D’UN CONCEPT SIMPLE
Supermarine Spitfire MK Vc
No.126 Squadron RAF
Ta’Qali (Malte), été 1942
LA FIN
Le dernier Club Run a lieu en octobre1942 (opé-
ration « Train »), avec 29 chasseurs décollant
du Furious. À cette date, la RAF est passée sur
Spitfire [Link], une version permettant l’ajout
de réservoirs auxiliaires internes et externes
pour une autonomie maximale de 1 800 km,
soit exactement la distance séparant Gibraltar
Un expert devra alors être envoyé d’urgence Guggenberger tire une salve de quatre torpilles ; de Malte (en ligne droite, en survolant l’Algé-
en hydravion Catalina d’Angleterre jusqu’à l’une d’elles touche l’Ark Royal qui prend immé- rie). La lourde organisation des Club Runs ne
Gibraltar pour procéder aux réparations afin diatement une forte gîte. L’équipage pense tout se justifie alors plus : les chasseurs peuvent
que le Club Run puisse avoir lieu le 15 mars d’abord pouvoir le sauver mais un incendie dorénavant être convoyés jusqu’en Égypte afin
(opération « Spotter II »). se propage et il faut finalement l’abandonner. de décoller des côtes libyennes et suivre un
Autre problème, une fois en vue de l’île-forte- L’Ark Royal coule le lendemain à 06h13 à trajet plus court et moins risqué que le survol
resse, il est très fréquent que les Hurricane et seulement 48 km de Gibraltar. Or, c’était le de la Méditerranée occidentale.
les Spitfire trouvent un « comité d’accueil »
de l’Axe prêt à en découdre : les appareillages
de Gibraltar sont en effet surveillés par des
espions, ce qui permet à l’ennemi d’estimer
un horaire d’arrivée et donc d’envoyer une
force aérienne à leur rencontre, pile lorsque
les chasseurs sont les plus vulnérables, sans
munitions, leurs réservoirs presque vides, et
en train d’atterrir.
Enfin, malgré la protection de la Force H, le
porte-avions procédant au Club Run n’est pas
à l’abri d’une mauvaise rencontre en haute mer.
Ainsi, le 10 novembre 1941, les Britanniques
déclenchent l’opération « Perpetual » afin de
fournir à Malte 37 Hurricane via les porte-avions
Argus et Ark Royal. Le lancement s’effectue
sans difficulté mais, malgré une escorte consi-
dérable, les deux grands bâtiments sont repérés
devant Gibraltar le 13 en milieu d’après-midi
par deux U-Boote de retour de patrouille. À
15h41, le U-81 du Kapitänleutnant Friedrich
21
UNITÉS
1940 - 1943
22
X-CRAFTS LES SOUS-MARINS DE POCHE
DE LA ROYAL NAVY
Le
concept de sous-marin sont proposés aux diverses puissances navales juste avant que les deux adversaires soient à
de poche ne naît pas de l’époque. On retiendra entre autres l’appa- portée de canon. Ces « Midget Submarines »
avec la Seconde Guerre reil monoplace du Polonais Stefan Drzewiecki combleraient alors l’intervalle entre les deux
mondiale mais bien en 1877, le Resurgam II (1879) du révérend flottes par leurs propres moyens avant de faire
avant. On peut même britannique George Garrett – un engin triplace exploser leurs charges contre la coque des
dire que les premiers de dimensions réduites (30 t et 14 m de long) grandes unités ennemies. Bien que le risque
submersibles de l’his- - et le sous-marin de poche biplace Goubet I soit énorme pour le pilote, le Devastator n’est
toire étaient en fait les ancêtres des « torpilles (1887) de l’inventeur français du même nom. pas conçu comme une arme suicide : l’opéra-
humaines », « sous-marins mouches », « de Toutefois, ces inventions sont quasiment tou- teur est en effet assis dans un compartiment
poche » ou « nains » apparus à partir de la jours refusées par les autorités navales qui détachable qui doit être éjecté par de l’air
seconde moitié des années 1930 d’abord au n’en voient pas l’utilité. Il faut dire que ces comprimé et remonter à la surface une fois
Japon puis en Italie. En effet, le Turtle de David submersibles ont d’importants problèmes de l’engin positionné sur sa trajectoire finale, un
Bushnell (1776) ou le Nautilus de Robert Fulton fiabilité et de vitesse, le domaine de la pro- destroyer étant ensuite chargé de le repêcher.
(1800) sont de très petits engins, n’embar- pulsion sous-marine étant encore balbutiant : La Royal Navy rejette toutefois rapidement
quant qu’un à trois hommes, possédant une force humaine via des pédaliers, chaudière à l’idée d’Herbert, l’estimant totalement impra-
autonomie des plus limitées, et sont conçus charbon ou ancêtre du moteur électrique. Au ticable. En 1923, le Captain Max Horton de
expressément dans un but offensif asymé- final, les amirautés préfèrent parier sur des la 2nd Submarine Flotilla présente une nou-
trique. Par la suite, de nombreux projets de bâtiments plus grands et plus lourds, à l’ar- velle version du projet mais il obtient la même
submersibles miniatures plus ou moins réalistes mement et au rayon d’action plus importants. réponse négative de la part de l’amirauté.
UN LONG ACCOUCHEMENT
La Première Guerre mondiale voit la confirma- la technologie s’affine et se fiabilise. C’est à q Le Resurgam II, ici en 1880, est propulsé par un
moteur à vapeur relié à un circuit fermé permettant la
tion du rôle prépondérant du sous-marin en cette époque qu’un sous-marinier britannique, navigation en plongée. Cet engin inspirera le Nordenfelt I,
haute mer et dans les eaux côtières tandis que le Lieutenant Godfrey Herbert, présente un beaucoup plus grand, quelques années plus tard. DR
23
UNITÉS 1940 - 1943
p Le Goubet I est un engin électrique biplace aux performances très limitées. Toutefois, lors d’une
démonstration dans la Seine en avril 1890, il s’avère capable de cisailler des câbles sous-marins, de mouiller
une mine factice de 102 kg sous un radeau et de bloquer l’hélice d’un navire avec une barre de fer. DR
u De par son expérience de sous-marinier durant la Grande Guerre, le Captain Max Horton est très tôt convaincu de
l’intérêt des sous-marins de poche. Bien plus conservatrice, la Royal Navy mettra plus de temps à accepter le projet. IWM
q Dans la Royal Navy, les bâtiments désignés par la lettre « X » sont des prototypes ou des engins expérimentaux
(« X » pour « eXperimental »). Le HMS X1 est ainsi un submersible océanique - le plus grand sous-marin du
monde à son lancement - doté de deux tourelles doubles d’artillerie et mis en service en décembre 1925.
Ce n’est qu’à partir de 1940 que la Royal Navy un ingénieur, officier de marine à la retraite Leur développement progresse toutefois assez
s’intéresse à nouveau au Midget Submarine : et vétéran du Submarine Service. Au cours lentement, certainement parce qu’il n’est pas
après la défaite de la France, elle reprend à son du développement, le futur engin est appelé prioritaire pour la Royal Navy et peut-être aussi
compte un projet de l’Army : cette dernière a X-Craft par facilité, un nom qui lui restera. Or, par manque de vision stratégique sur le rôle
en effet imaginé employer des sous-marins de la Royal Navy possède déjà deux bâtiments à venir de ces deux prototypes. Après tout,
poche pour mouiller des mines magnétiques désignés par la lettre « X » : le HMS X1 est la principale menace à laquelle doit alors faire
dans le lit du Rhin, c’est-à-dire dans des eaux un grand « croiseur sous-marin » expérimental face la marine britannique reste les U-Boote
trop peu profondes et trop resserrées pour doté de deux tourelles doubles de 132 mm s’attaquant à ses convois en haute mer ; et
y envoyer des submersibles conventionnels. tandis que le X2 est l’ancien Galileo Galilei, pour s’y opposer, il ne faut pas des X-Crafts
Le plus grand secret entoure le projet qui est un sous-marin italien de la classe Archimede, mais des escorteurs en plus grand nombre.
bientôt codé « Job 82 ». Les deux prototypes capturé en mer Rouge en juin 1940 et remis en D’autre part, les grandes unités de surface de
prévus doivent ainsi être construits dans un service par les Britanniques. Les deux X-Crafts la Kriegsmarine sont généralement basées en
discret chantier privé de Southampton, les en cours de conception seront donc baptisés Allemagne, hors de portée des forces navales
Varley-Marine Works, dont le propriétaire est X3 et X4. britanniques qui ne peuvent les traquer que
24
X-CRAFTS LES SOUS-MARINS DE POCHE
DE LA ROYAL NAVY
25
UNITÉS 1940 - 1943
1 2
1 Compas magnétique
Périscope d'observation
2
miniature Barr & Stroud
3 Périscope de nuit
X-Craft - 1943
26
X-CRAFTS LES SOUS-MARINS DE POCHE
DE LA ROYAL NAVY
Les X3 et X4 ne seront jamais envoyés en opé- petite et moins massive (15,61 m de long [1] En Cumbria, face à l’île de Man en mer d’Irlande.
rations ; à la place, ils sont soumis à d’intenses pour 27 t), avec une coque épaisse circulaire,
[2] Explosif militaire composé d’un mélange de TNT et de
séries d’essais dans l’optique d’améliorer faite de plaques d’acier de 38 mm, entourée nitrate d’ammonium, très employé à l’époque, car simple
les plans pour une production en série. Ces de ballasts « en selle de cheval » aux formes d’emploi et insensible aux chocs, à la chaleur et au froid.
tests montrent le potentiel de ces Midget arrondies. Chaque engin est en fait divisé en
Submarines et permettent à la Royal Navy trois éléments distincts, fabriqués séparément couchette pour le commandant et d’une écou-
d’affiner son cahier des charges : elle souhaite avant d’être boulonnés entre eux : tille donnant directement sur le pont ; une autre
que les exemplaires de série puissent atteindre La Bow Unit, ou section de proue, accueille pratiquée dans sa paroi du fond donne sur le
six nœuds en surface et cinq en plongée, 112 batteries électriques prenant l’essentiel compartiment moteur ;
avec une autonomie de 80 nautiques à deux du volume intérieur. Il reste tout juste assez La Tail End Unit, ou section de poupe, regroupe
nœuds ; ils devront aussi pouvoir emporter de place pour y installer par-dessus une la propulsion : un moteur électrique Keith
une charge militaire de 4 t ainsi que dix jours plateforme de bois suffisamment large pour Blackman de 30 CV couplé directement à
de vivres et d’eau pour leurs trois hommes que deux hommes puissent y tenir couchés, l’arbre d’hélice pour la navigation en plongée,
d’équipage. La question de leur mise à l’eau ainsi qu’un ballast positionné dans l’extrémité et, pour celle en surface, un moteur Diesel
est aussi réétudiée avec le plus grand sérieux. avant, une caisse d’assiette, un réservoir de Gardner 4LK de 42 CV (dérivé de celui des bus
En effet, l’ennemi pourrait très facilement atta- carburant, des cartouches de Protosorb (une à impériale londoniens), avec un embrayage
quer un navire mère qui se serait immobilisé substance granuleuse à base de chaux, des- entre les deux, et un réservoir de carburant.
au large de la côte norvégienne pour transférer tinée à filtrer l’air expiré par l’équipage) et des Une couchette réservée à l’ingénieur mécani-
un à un ses X-Crafts de ses cales jusqu’à la bouteilles d’oxygène ; cien est aménagée à côté tandis qu’une caisse
surface, selon la solution envisagée à l’ori- La Control Room Unit, ou section centrale, est d’assiette est installée à l’extrémité arrière du
gine ; on penche alors de plus en plus vers reliée au compartiment précédent par un sas compartiment. À l’extérieur, les deux moteurs
un simple remorquage, ce qui nécessite un « Wet & Dry » (W&D), un tube cylindrique posi- font tourner une hélice unique précédant les
accastillage particulier. tionné à la verticale et possédant trois ouvertures safrans de barres de direction et de plongée
Les Britanniques n’attendent pas la mise en étanches. Les deux sur ses côtés permettent disposés en croix.
service officielle des X3 et X4 en octobre 1942 de se glisser de l’un à l’autre des deux com- Afin de faciliter les déplacements à l’air libre,
pour plancher sur une production en série car partiments, tandis que le troisième, situé à son ces trois compartiments sont surmontés d’un
le temps presse. En effet, l’amirauté prévoit sommet et débouchant sur le pont permet à un pont étroit mais plat, seule partie restant émer-
initialement une opération contre le Tirpitz en plongeur de sortir du submersible en plongée gée lorsque l’engin navigue en surface. Ce
mars 1943, à la fin de la mauvaise saison. et d’y revenir. L’eau utilisée pour remplir le sas pont est percé au tiers avant de l’écoutille du
Il faut donc qu’à cette date au moins six peut provenir des ballasts afin de ne pas altérer sas W&D, au milieu d’un minuscule kiosque
X-Crafts soient opérationnels, et leurs la fragile flottabilité du X‑Craft. Le sas contient percé en son centre par le périscope et, plus
équipages fin prêts. De fait, en juillet, la aussi les toilettes du bord, de minuscules WC en arrière, de l’écoutille donnant dans l’habi-
Royal Navy finalise les plans de l’engin de de camping connus pour leur nette tendance à tacle. Entre l’écoutille avant et le kiosque, un
série et, dans la foulée, confie aux chantiers libérer leur contenu dès que la pression devient tube métallique coudé et basculant est posi-
Vickers-Armstrongs de Barrow-in-Furness [1] un peu trop forte... La Control Room Unit abrite tionné sur le côté bâbord du pont pour faire
la production de six exemplaires (X5 à X10) les principaux équipements de navigation, dont parvenir de l’air frais jusqu’au moteur Diesel.
légèrement différents des prototypes mais une table à cartes avec le nécessaire pour faire Les ingénieurs en ont profité pour l’équiper à
dont les bases restent les mêmes : une appa- le point, les barres de direction et de plongée, mi-hauteur d’une barre horizontale de maintien
rence extérieure proche de celle des premiers un périscope d’observation miniature Barr & et d’une ligne de vie (un simple ceinturon fixé
submersibles britanniques de la classe Stroud, un gyrocompas d’avion et un système à la barre) pour l’officier de quart, ainsi que
Holland (1903), mais plus hydrophonique, mais aussi le système de pom- d’un tube acoustique pour qu’il puisse com-
page du sas, une caisse de compensation et muniquer avec le PC/NO. Contrairement aux
le mécanisme de libération des deux charges sous-marins conventionnels, les X-Crafts ne
explosives fixées à l’extérieure de la coque. Ce sont équipés d’aucun canon ou tube lance-tor-
PC/NO miniature dispose de deux sièges (l’un pilles ; ils emportent par contre sur leurs flancs
près du panneau de commande de la barre de deux énormes charges détachables aux formes
plongée et des ballasts, l’autre face au recourbées, contenant chacune deux tonnes
volant de direction), d’une d’amatol [2]. Elles sont censées être déposées
sur le fond marin de façon à exploser, grâce à
un retardateur, sous la coque du navire ciblé.
27
UNITÉS 1940 - 1943
Les concepteurs ont aussi pensé à masquer autant que faire se peut la
signature magnétique du petit sous-marin en l’équipant d’électroaimants
afin de leurrer d’éventuels détecteurs électromagnétiques ennemis.
Le X-Craft n’est pas un appareil confortable, bien au contraire : l’espace
est réduit au strict minimum, et l’une des couchettes recouvre les
batteries, dont les émanations accidentelles peuvent s’avérer toxiques.
La cuisine se fait dans une marmite sur un réchaud électrique, et les
hommes se nourrissent principalement de conserves et de chocolat.
Durant les rares moments de repos, les loisirs sont limités aux jeux
de cartes ou de société calmes : ainsi, le Uckers – une version du jeu
des petits chevaux très à la mode à cette époque dans la Royal Navy
– fut interdit par un chef de bord qui l’estimait trop excitant pour les
joueurs, leur faisant consommer trop d’oxygène ! À trois ou quatre
dans l’habitacle, le rythme imposé à l’équipage est donc épuisant si
la mission s’éternise, d’où l’idée de confier le X-Craft d’abord à un
« équipage de voyage » pour le long transit jusqu’à la zone d’opération,
avant de le remplacer par un « équipage d’attaque » quelques heures
ou jours avant le raid.
2 Écoutille arrière
3 6
5 7
5 Siège du pilote/ navigateur
6 Sas W&D
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X-CRAFTS LES SOUS-MARINS DE POCHE
DE LA ROYAL NAVY
t La place est comptée sur
le X‑Craft ! Depuis le sas
W&D, on aperçoit le siège
du barreur à gauche, le tube
télescopique du périscope
au milieu et le moteur
Diesel tout au fond. IWM
et 24 sous-officiers qui deviendront ensuite les point que l’officier de quart est brusquement anti-torpilles dont la Kriegsmarine a entouré le
instructeurs des sous-mariniers sur X-Crafts. jeté par-dessus bord tandis que le sas W&D est Tirpitz, il est en effet nécessaire qu’un homme
De fait, ces derniers effectuent une grande complètement inondé, envoyant le sous-marin puisse sortir du X-Craft en plongée via le sas
partie de leur instruction dans les eaux isolées par le fond. Les deux hommes bloqués à l’inté- W&D : un plongeur pourrait en effet cisailler
du Loch Striven, au nord de Port Bannatyne. rieur dans des compartiments encore étanches les filets grâce à une pince coupante hydrau-
C’est à cette période que les derniers défauts ont toutefois la présence d’esprit d’envoyer lique. Cette méthode n’est toutefois valable
de conception sont découverts (surtout des des signaux de détresse et, deux heures plus que pour les filets ASM ; ceux anti-torpilles
problèmes de condensation sur le câblage élec- tard, des secours arrivent pour renflouer leur sont beaucoup trop résistants, et la seule
trique) et résolus. Les accidents sont fréquents, engin. C’est à la suite de cet incident que la possibilité sera de passer en dessous… Pour
souvent causés par l’instabilité chronique du prise d’air basculante sera équipée d’une barre cela, il faut des plongeurs spécialisés car c’est
petit sous-marin ou par des pannes méca- de maintien (appelée Hezlet rail, « rambarde une mission à haut risque : fin mai, l’un des
niques. Ainsi, en octobre, le X3 coule par 30 m Hezlet », du nom de son concepteur) et d’une hommes du X7 s’est noyé en s’y entraînant.
de fond à cause de l’ouverture inopinée en ligne de vie. Fin 1942, les commandants et La solution est rapidement trouvée en faisant
plongée de la prise d’air, créant une voie d’eau seconds officiers des X5 à X10 sont sélec- appel à des volontaires parmi les Charioteers,
fatale. Ses trois occupants réussissent à rega- tionnés ; ils proviennent aussi bien de la Royal ces plongeurs spécialisés dans la conduite des
gner la rive sains et saufs, et il faudra ensuite Navy que de la marine australienne (RAN) ou torpilles humaines et dont l’une des missions
renflouer l’engin et le renvoyer à Portsmouth de leurs réserves respectives (RNR, RNVR et est justement de traverser le plus discrètement
pour réparation. Le 11 décembre, c’est sur le RANVR). L’état-major s’aperçoit que le temps possible les filets ASM ennemis. À l’été 1943,
X4 que le sort s’acharne : alors que le X-Craft va manquer pour entraîner correctement les les six premiers X-Crafts de série reçoivent
procède à un entraînement de plusieurs jours équipages ; de plus, mars est, au-dessus du ainsi chacun leur « quatrième homme ». À
en mer, le temps se dégrade brusquement au cercle polaire, une période de jour perpétuel, cette date, la 12th Submarine Flottilla s’at-
donc inadaptée pour une approche discrète… taque à un autre problème : le convoyage des
L’opération contre le Tirpitz est alors reportée sous-marins de poche jusqu’à leur zone d’opé-
à septembre 1943. En mars, le navire-entre- ration distante de plus de 1 600 km de leur
pôt HMS Bonaventure (un navire marchand base de départ. Des tentatives de remorquage
flambant neuf réquisitionné) amène les X5, par des chalutiers s’étant avérées dangereuses
X6 et X7 jusqu’à Port HHZ, une discrète pour les X-Crafts et fort peu discrètes, des
base navale du Loch Cairnbawn, tout au nord essais mobilisant le submersible HMS Thrasher
de l’Écosse, choisie pour sa ressemblance et le X7 sont menés cinq jours durant en juin
avec le fjord norvégien où mouille le Tirpitz. pour estimer la durée optimale des plongées,
Là, les X-Crafts s’entraînent à attaquer le la consommation de carburant supplémentaire
Bonaventure (défendu par des chalutiers et que le remorquage induit, etc. Les résultats
des filets anti-torpilles) selon le plan d’opé- sont satisfaisants et la méthode est adoptée
ration établi. Fin mars, ces exercices sont pour l’opération à venir ; elle nécessite tou-
considérés comme des succès et, en mai- tefois la mobilisation simultanée de six à huit
juin, les X8, X9 et X10 procèdent de même. submersibles conventionnels, ce qui représente
À cette date, la 12th Submarine Flottilla s’est un effort certain pour la Home Fleet qui doit
étoffée ; elle possède deux navires-dépôts momentanément dégarnir son dispositif en mer
(les Bonaventure et Titania) et deux bases du nord et en mer de Norvège. Fin juillet, le
(HMS Varbel et son annexe Varbel II). cuirassé HMS Malaya rejoint Port HHZ afin de
En juin 1943, les équipages des X5 à X10 servir de cible (il est plus petit que le Tirpitz
ne sont toujours pas complets. Pour passer mais pas de beaucoup) lors d’ultimes exercices
au travers des obstacles anti-sous-marins et se voulant le plus réalistes possible.
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UNITÉS 1940 - 1943
u Le Kyles Hydropathic
Hotel de Port Bannatyne est
réquisitionné par la Royal Navy
pour en faire le QG de la base
HMS Varbel au profit exclusif
de la 12th Submarine Flotilla.
Les opérateurs de Chariots
et de X-Crafts peuvent alors
s’entraîner dans les eaux
sécurisées du Loch Striven
situé un peu plus au nord. DR
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X-CRAFTS LES SOUS-MARINS DE POCHE
DE LA ROYAL NAVY
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UNITÉS 1940 - 1943
2 Périscope de nuit
3 Rambarde Hezlet
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X-CRAFTS LES SOUS-MARINS DE POCHE
DE LA ROYAL NAVY
Le 30 août 1943, le HMS Titania se présente Les conditions climatiques sont idéales et les allégée par des flotteurs – qui rompt ! Il faudra
devant le loch Cairnbawn. Il est bientôt suivi X‑Crafts remontent toutes les six heures à plusieurs heures au Seanymph pour retrou-
par l’arrivée de six submersibles, les Thrasher la surface pour renouveler l’air et recharger ver son X‑Craft. L’équipage « de voyage »,
et Truculent de la classe T, et les Stubborn, leurs batteries. Les quatre hommes à bord sont épuisé et traumatisé, doit être remplacé par
Seanymph, Syrtis et Sceptre de la classe S. Le alors en contact avec leur remorqueur grâce l’équipage opérationnel. Le lendemain, c’est
11 septembre 1943, l’opération « Source » est à un fil téléphonique inséré dans le câble de au tour du X9 de rompre sa remorque. Le
déclenchée, et les six paires de submersibles 200 m qui relie les deux sous-marins. Le 15, Syrtis ne s’en rend compte que lorsque
quittent leur port écossais en groupe. Le lende- le temps se dégrade fortement, et la liaison le sous-marin de poche lance une Signal
main, arrivées entre les Shetlands et les Féroé, téléphonique entre le X8 et le Seanymph est Underwater Exploding (SUE), une petite gre-
elles plongent et se séparent pour prendre des interrompue. Plus grave, c’est bientôt l’amarre nade sous-marine servant à communiquer pour
routes parallèles plus espacées, plein nord. elle-même – pourtant en chanvre de Manille et demander à faire surface en cas de problème.
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UNITÉS 1940 - 1943
Mouillage
Parcours du X6
Parcours du X7
du Scharnorst
Filets anti-torpilles Destroyer X6
Barrage anti-sous-marins
Mouillage
du Lutzow
TIRPITZ Steamer
norvégien Rea Larsen
X5 x
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X-CRAFTS LES SOUS-MARINS DE POCHE
DE LA ROYAL NAVY
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UNITÉS 1940 - 1943
L’ENCLOS DU TIRPITZ
Vue de face
Le cuirassé allemand est ancré près de la
côte Ouest, au fond du Kåfjord. Il est entouré Bouées Vue de profil
sur trois côtés par une double rangée de filets
anti-torpilles de 18 m de long, rallongée par
un second filet simple de 15 m. L’enclos
ainsi formé n’est pas très profond (entre
35 et 40 m), et le bâtiment possède à ce
moment‑là un tirant d’eau de 10 m. Il est
retenu à la côte par deux amarres et une
passerelle de bois. Quelques embarcations
de servitude sont aussi présentes, tandis que
trois Zerstörer, un pétrolier et divers autres Filet double
navires sont mouillés non loin de là, dans de 18 x18 m
le Kåfjord. Par contre, ni le Scharnhorst ni
le Lützow ne sont dans leur propre enclos.
33m
Filet simple
de 25 x 15 m
Vue de dessus
t Durant l’opération
« Source », le périscope Barr
& Stroud pose de nombreux
problèmes aux équipages,
en particulier au X10. IWM
L’engin replonge et vient déposer ses deux Le X7 quitte Brattholmen vers 00h45, soit détériorant au passage son gyrocompas. Il
charges sous la coque sur bâbord avant, au une heure après le X6, et passe lui aussi sans arrive enfin face au Tirpitz, dont il est séparé
niveau de la tourelle « Bruno ». L’équipage encombre l’entrée du Kåfjord vers 03h50. Alors par un denier filet de protection. À 07h10, le
anglais se doute bien que sa capture est iné- qu’il navigue en plongée à 23 m de profon- X7 manœuvre pour passer par en dessous. Les
vitable et détruit les quelques documents en deur, il vient donner de plein fouet dans le filet informations dont dispose l’équipage estiment
sa possession. Le X6 crève ensuite la surface, anti-torpilles qui délimite l’emplacement réservé en effet que le filet descend jusqu’à 18 m de
et les quatre hommes en sortent avant de le habituellement au Lützow au milieu du fjord. profondeur et qu’il reste donc suffisamment
saborder, alors qu’une vedette arrive sur les Freiné par l’invisible obstacle, le sous-marin d’espace jusqu’au fond, aux alentours de 40 m.
lieux. Faits prisonniers, ils sont amenés sur le de poche ne peut plus avancer. Il lui faut une Or, les Britanniques s’aperçoivent rapidement
Tirpitz. Il est 08h05. heure d’efforts intenses pour s’en dépêtrer, qu’un second filet arrive en fait jusqu’à 37 m,
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X-CRAFTS LES SOUS-MARINS DE POCHE
DE LA ROYAL NAVY
rendant ainsi bien plus difficile le passage d’un
engin de 3,05 m de haut… Il faut au X7 trois ATTAQUE DU TIRPITZ PAR LES X6 ET X7
tentatives – et une remontée intempestive à
la surface, heureusement non détectée – pour X6
réussir à forcer le passage. Le gyrocompas est
maintenant tout à fait hors d’usage, et le chef X7
de bord décide de faire surface pour calculer
sa position. Il trouve alors le Tirpitz juste face
à lui, à peu de distance, et plonge à 12 m de
profondeur pour larguer ses charges. Il vient
07h07
taper contre la coque du cuirassé et dépose
une première mine sous la quille, au niveau X6 touche les rochers
de la cheminée, puis descend jusqu’à 18 m et 07h40
libère sa seconde charge à peu près sous la X6 coulé
tourelle « Dora ». Rien ne peut faire alors penser X7 coulé
07h40
que sa présence a été détectée, et les quatre
Britanniques s’apprêtent maintenant à quitter
l’antre du cuirassé. Or, pour ne rien arranger, 08h30
la marée est maintenant descendante, ce qui
signifie que les filets laissent encore moins
d’espace qu’à l’aller pour passer…
« Privé de compas, je n’avais aucune idée
08h10
exacte du point où nous étions », expliquera le
Commanding Officer Place dans son compte-
rendu d’opération. « Les difficultés que nous
avions expérimentées et l’équilibrage par l’air
Charges de profondeur
avaient nécessité deux bouteilles d’air com- 08h43 X5 coulé
primé, et il n’en restait que 545 litres dans la Filets anti-torpilles
troisième. Les charges du X7 étaient réglées Position du Tirpitz
quand ses cables ont viré
de manière à exploser au bout d’une heure,
sans parler d’autres qui pouvaient sauter à Charges des X-craft
n’importe quel moment après 08h00 ». Alors
que le temps presse, le X‑Craft s’empêtre à
nouveau dans les filets, perdant ainsi de pré-
cieuses minutes à se dégager. À 07h40, il
crève la surface, arrive à passer par‑dessus
l’obstacle flottant – sous des tirs d’armes
légères provenant du Tirpitz maintenant en
alerte – et replonge immédiatement pour fuir.
Sans périscope ni gyrocompas, l’engin revient
donner une nouvelle fois à 08h10 dans les
filets entourant le cuirassé au lieu de s’en
éloigner. Or, deux minutes plus tard, deux
explosions sous-marines secouent brutalement
l’équipage. Ce sont les charges d’un des deux
petits submersibles [6] qui ont sauté, libérant le
X7 des mailles du filet, mais endommageant du
même coup toute sa machinerie. Si la coque
tient, il n’est toutefois plus question d’espérer
faire le trajet retour. À quelques encablures,
deux contre-torpilleurs se rapprochent en lar-
guant des grenades sous-marines. Place fait
alors remonter son engin et sort en premier en
agitant son chandail en signe de reddition. Un
véritable mur de feu l’accueille à la surface,
et il n’a que le temps de sauter à l’eau avant de combat. Le commandant Meyer a ensuite de gîte sur bâbord. Les dégâts sont nom-
que le X7 ne coule sous lui. Il est 08h35. repêché les quatre Britanniques du X6. Leur breux : l’éclairage est totalement coupé ainsi
Place se rétablit sur un chaland servant de cible attitude et leur présence dans l’enclos même que l’alimentation électrique de la plupart
d’exercice et est rapidement fait prisonnier. du Tirpitz l’encouragent à quitter immédiate- des appareils. La coque a résisté mais des
Trois heures plus tard, les Allemands recueil- ment son mouillage. Alors qu’il ordonne un brèches sont apparues, la plus importante
leront aussi l’enseigne de vaisseau Aitken, le départ précipité, le X7 est aperçu de l’autre faisant 8 m de long. De plus, le bâtiment a
seul des trois hommes restants ayant réussi côté du filet : d’autres dangers infesteraient‑ils embarqué quelque 1 400 t d’eau, sept des
à s’extirper de l’épave. le Kåfjord ? Par prudence, il se décide à faire huit générateurs Diesel sont hors d’état ainsi
Côté allemand, l’alerte a été chaude et les inspecter la coque et à déplacer son navire que les trois moteurs principaux ; de nombreux
erreurs nombreuses : ce n’est qu’à 07h12 que dans l’enclos en jouant sur les câbles d’ancres. tuyaux, pompes ou valves ont été fragilisés,
le X6 a été identifié. L’alarme a été déclen- À 08h12, lorsque sautent les charges, le les arbres de transmission ont aussi été
chée, mais le responsable s’est trompé dans le Tirpitz fait tout de même un bond dans l’eau. endommagés, et le safran bâbord est bloqué.
nombre de sonneries : il a fait fermer les portes Les amarres tiennent bon, mais un matelot
étanches au lieu d’appeler à la défense anti- allemand est tué et quarante autres blessés. [6] On ne saura jamais lequel. Les deux autres
sous-marine, ce qui a retardé tout le branle-bas Rapidement, le cuirassé prend deux degrés charges semblent ne pas avoir explosé.
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UNITÉS 1940 - 1943
2
1
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X-CRAFTS LES SOUS-MARINS DE POCHE
DE LA ROYAL NAVY
3 Emplacement de l'écho-sondeur
Emplacement de la caisse
4
d'assiette arrière
5 Sortie de l'échappement Diesel
6 Tube acoustique
8 Anneau de remorquage
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UNITÉS 1940 - 1943
Quant à l’armement, les tourelles « Anton » que les équipements radar. Le Tirpitz en
et « Caesar » ont été littéralement soulevées a au moins pour six mois pleins de coû-
par l’explosion et sont momentanément hors teuses réparations, mais il est encore à
service. Le choc a aussi endommagé, faussé flot. L’opération « Source » est donc une
ou détruit un grand nombre d’optiques des demi-victoire pour les X-Crafts : ils ne
télémètres et des installations de direction sont pas arrivés à couler le cuirassé
de tir. Enfin, les deux hydravions et leurs allemand mais ils ont donné un long
catapultes sont sérieusement touchés ainsi sursis à la Royal Navy.
3 Sabord d'observation
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X-CRAFTS LES SOUS-MARINS DE POCHE
DE LA ROYAL NAVY
41
OPÉRATION
OCT. - NOV. 1942
« ILS ARRIVENT »
Le débarquement des forces anglo-améri-
caines en Afrique du Nord le 8 novembre
1942, constitue à la fois un geste politique
important et une opération militaire sans
précédent. Geste politique car il mani-
L’OPÉRATION « TORCH » feste pour la première fois la volonté des
Anglo-saxons de soulager directement la
PAR PASCAL COLOMBIER lutte que mènent les Soviétiques à l’Est,
A
en ouvrant un second front contre les
l’été 1942, la bataille de d’ouvrir un second front réclamé avec forces allemandes. Opération militaire
l’Atlantique est à son insistance par un Joseph Staline toujours sans précédent car, pour la première fois
paroxysme. En juin, les aussi méfiant envers ses alliés de circons-
Alliés perdent 144 navires tance ; la question est de savoir où ? de la guerre, des belligérants mettent en
marchands du fait des Bien que l’amiral Ernest J. King [1] y soit place une opération de projection de force
U-Boote, soit 700 000 t de charge mar- opposé, les Américains sont favorables
chande, un record. À partir de l’automne, à un débarquement en Europe dès la fin mettant en œuvre un élément précurseur
en Égypte, la 8th Army britannique pré- 1942. C’est le cas du Président Roosevelt de plus de 100 000 hommes sur une très
pare sa contre-offensive alors que la en vertu de la doctrine Germany First,
VI. Armee allemande est dans Stalingrad. mais aussi du chef d’état-major de grande élongation.
Dans le Pacifique, Américains et Japonais l’US Army, le général George C. Marshall.
ont engagé une lutte sans merci à Néanmoins, les Britanniques parviennent
Guadalcanal. Avec cet arrière-plan à l’es- à convaincre leurs partenaires qu’un
prit, les Américains et les Britanniques débarquement en France ne saurait être
- qui veulent éviter à tout prix l’effondre- raisonnablement envisagé qu’en 1944, [1] Le chef d’état-major de l’US Navy privilégie le théâtre du
Pacifique où la marine américaine joue un rôle de premier plan.
ment de l’Armée Rouge et la signature tant pour des raisons organisationnelles
d’une paix séparée entre Allemands et que matérielles. Leur prudence sera d’ail- [2] Il s’avère que la Méditerranée constituera toujours
Soviétiques - ont conscience de l’urgence leurs étayée dès le mois d’août par le une préoccupation secondaire pour Adolf Hitler.
42
« ILS ARRIVENT » L’OPÉRATION
« TORCH »
désastre de l’opération « Jubilee » à Dieppe.
En attendant, il faut bien donner des gages
aux Soviétiques, et les Britanniques, en la
personne de Winston Churchill omniprésent
dans cette affaire, proposent un débarquement
en Afrique du Nord. À leurs yeux, une telle
opération cumule les avantages :
- Les Anglo-saxons montrent à Staline qu’ils
prennent en compte le poids supporté par
l’Armée Rouge qui fait face à plus de deux
cents divisions de l’Axe ; en ce sens, le débar-
quement envisagé est un geste politique de
première importance.
- Débarquer en Afrique du Nord (Maroc et
Algérie), c’est avoir l’assurance que, dans un
premier temps au moins, on ne se heurtera
qu’aux forces de Vichy, dont certaines pour-
raient se rallier et ne pas combattre.
- Ce débarquement permettrait d’établir des
bases de départ solides en vue d’opérations
futures : assurer définitivement la survie de
Malte, tendre la main à la 8th Army, chas-
ser l’Axe d’Afrique du Nord et ainsi, via la
Tunisie, entreprendre une action future contre
la péninsule italienne et prendre réellement
pied en Europe.
Une telle opération ne peut que satisfaire
Churchill qui a toujours fait du contrôle de la
Méditerranée une priorité, pour ne pas dire
une obsession, l’Europe du Sud étant consi-
dérée comme le « ventre mou » de l’Europe
occupée. Le double but de la stratégie bri- interalliés à Washington. L’opération est fina- Casablanca. Ce grand port bien équipé, direc-
tannique est d’empêcher l’Axe [2] de couper lisée en septembre ; après avoir été prévue tement ouvert sur l’Atlantique et relié à Alger
la route de Suez et de l’Asie du sud-est mais pour le 30 octobre, elle est fixée au 4 puis par la route et le chemin de fer, permettra d’as-
également de prévenir toute pénétration au 8 novembre, ce qui n’offre que très peu surer le flux logistique indispensable pour les
communiste dans les Balkans. Le principe de de temps de préparation. Elle combinera un opérations futures. En outre, la mise en place
l’ouverture d’un second front en Afrique du double débarquement, en Méditerranée à au Maroc de bases navales et aériennes per-
Nord est acté le 25 juillet 1942 à l’issue d’une Alger et Oran mais aussi, à 1 000 km de là mettra de sécuriser les atterrages de Gibraltar
réunion de cinq jours des chefs d’état-major sur la côte du Maroc en vue de s’emparer de face aux U-Boote.
{ Andrew Cunningham et Kent
Hewitt en décembre 1942. En
novembre, cela fait plus de deux
ans que l’amiral britannique
ferraille avec la marine
italienne en Méditerranée ;
quant à Hewitt, nommé à la
tête de l’Amphibious Force de
l’US Atlantic Fleet fin avril 1942,
à la suite de « Torch », il va
superviser les débarquements
de Sicile et Salerne en 1943 et
enfin de Provence en 1944.
43
OPÉRATION OCT. - NOV. 1942
y L’Argus est affecté à la protection du Groupe Est et accueille le No.800 Naval Air Squadron
fort de 18 Seafire IIC. Le bâtiment, totalement obsolète en 1942, est souvent cantonné au rôle
de transport d’avions. Durant « Torch », son emploi en première ligne (comme pour le Ranger et
les porte-avions d’escorte) témoigne du manque de porte-avions d’escadre chez les Alliés.
S’articulant donc en deux volets concomi- à Dakar, en 1940 altère encore l’image des Syfret. D’autre part, les convois vers la Russie
tants mais distincts, l’opération est placée Britanniques aux yeux des Français. En fait, ainsi que ceux entre la Grande-Bretagne et l’At-
sous le commandement du général américain malgré quelques contacts pris avec des réseaux lantique Sud sont provisoirement suspendus et
Dwight D. « Ike » Eisenhower, nommé Allied de résistance ou des personnalités ouverte- le nombre d’escorteurs affectés à la protection
Commander-in-Chief le 14 août, et de l’amiral ment pro-alliées, Américains et Britanniques des convois de l’Atlantique Nord est diminué.
britannique Andrew B. Cunningham [3], Naval font le choix de concevoir « Torch » comme L’énorme quantité d’hommes, de matériel, de
Commander Expeditionary Force. Nom de code une opération militaire classique et d’exclure véhicules, de munitions et de carburant néces-
de l’opération : « Torch » ; elle aura l’apparence par principe une potentielle passivité française saire à l’opération va transiter par Gibraltar dont
d’une opération essentiellement américaine : de la planification. Ainsi, les flottes d’inva- les docks et la proximité de la baie d’Algésiras
tous les avions participants reçoivent des sion sont organisées de manière à prémunir constituent un hub parfait et incontournable
cocardes et des marquages américains. Les les débarquements d’une réaction des troupes pour la préparation des débarquements d’Oran
troupes britanniques, en minorité, ne débar- françaises stationnées en Algérie et au Maroc, et d’Alger. Ainsi, six convois préliminaires
queront qu’en Algérie et auront pour mission mais également contre une possible interven- codés KX (Clyde / Gibraltar Special) appa-
principale de rapidement faire mouvement tion de la flotte italienne, de l’escadre française reillent de l’estuaire de la Clyde, en aval de
vers la Tunisie. Le souvenir des opérations de Toulon ainsi que des bâtiments stationnés Glasgow et de Milford Haven, durant le mois
« Catapult », à Mers-el-Kébir, et « Menace », à Dakar autour du cuirassé Richelieu. d’octobre, pour prépositionner tous les moyens
nécessaires ainsi que les navires auxiliaires
indispensables aux forces navales et terrestres
44
« ILS ARRIVENT » L’OPÉRATION
« TORCH »
y Le paquebot Monarch
of Bermuda de 22 424 t
a été construit en 1931
chez Vickers-Armstrong,
à Newcactle, pour le
compte de la Furness
Withy Company. Au sein du
convoi KMF.1, il transporte
2 863 hommes de troupe.
de matériel roulant, d’armement lourd et de ou des malles postes réquisitionnés par l’Ami- jours d’intervalle ; le regroupement s’opère à
carburant, alors qu’au sein des convois rapides rauté. Les deux convois destinés à arriver les l’arrivée à Gibraltar.
naviguent essentiellement les grands trans- premiers sur zone, KMS.1 et KMF.1, appa- Le convoi KMF.1 se compose de 38 trans-
ports de troupes, pour la plupart des paquebots reillent du Loch Ewe et de la Clyde à quatre ports escortés de bout en bout par treize
bâtiments de la Royal Navy, dont le croiseur
Sheffield et le porte-avions d’escorte Biter. Du
4 au 8 novembre, à partir des atterrages de
Gibraltar, l’escorte est renforcée par 23 bâti-
ments, essentiellement des destroyers mais
également le croiseur Jamaïca et le navire
antiaérien Pozarica.
Le convoi KMS.1 se compose de 48 marchands
escortés de bout en bout par 17 bâtiments de
la Royal Navy dont le porte-avions d’escorte
Avenger et le navire antiaérien Alynbank, les
autres étant des navires de lutte ASM, essen-
tiellement des corvettes.
L’Amirauté est très préoccupée par la pos-
sible concentration de U-Boote sur la route
de ces premiers convois. Selon ses évalua-
tions, la Kriegsmarine est à même de réunir
une cinquantaine de sous-marins entre l’Ir-
lande et Gibraltar dès le mois d’octobre,
et 25 de plus à compter du 6 novembre.
45
OPÉRATION OCT. - NOV. 1942
{ Le Duchess of Bedford,
vu ici en 1947 et rebaptisé
Empress of France, est
un paquebot mis en
service en 1928 pour la
compagnie Canadian Pacific.
Réquisitionné par l’Amirauté,
il participe à l’évacuation de
Singapour en janvier 1942.
Intégré au convoi KMF.1
durant l’opération « Torch »,
il transporte 3 044 hommes
de la 1st Infantry Division.
u Le Victorious appartient
à la classe Illustrious. Ces
bâtiments à pont d’envol
blindé ont été conçus
pour livrer combat en
Méditerranée. Le Victorious
participe à la traque du
Bismarck, puis à l’opération
« Torch ». Il est ensuite
envoyé quelques mois dans
le Pacifique pour épauler
brièvement le Saratoga. On
note la faible largeur des
plateformes d’ascenseurs.
46
« ILS ARRIVENT » L’OPÉRATION
« TORCH »
47
OPÉRATION OCT. - NOV. 1942
Le Premier Lord de l’Amirauté, Sir Dudley KMF.1 et KMS.2, qui se déplacent sous haute destroyers de quitter les Orcades pour aller
Pound, insiste pour que tous les moyens soient protection aérienne, ne sont pas attaqués. Tant patrouiller au large des Açores.
mis en œuvre afin de protéger ces convois qu’ils naviguent en Atlantique, les convois Certains éléments des forces navales de
(aviation à long rayon d’action, escorteurs) et sont placés sous la responsabilité du com- soutien sont repérés lors de leur transit vers
ce au détriment des autres théâtres d’opéra- mandant-en-chef des Western Approaches Gibraltar. Le 26 octobre, à la latitude de
tions. Cette décision aura des conséquences à Liverpool avant de basculer sous celle de Nantes, le Rodney est aperçu par un U-Boot
indirectes car, si la menace des U-Boote sur l’amiral Cunningham. mais identifié comme un cuirassé américain.
les convois de l’opération « Torch » se révélera Parallèlement aux navires de commerce et à Le 31, la Force LX est repérée au large du cap
moins importante qu’escompté (à l’exception leur escorte rapprochée, les premiers appareil- Finistere par un appareil Fw-200 Condor basé
de la présence de la meute « Streitaxt » au lages des bâtiments chargés de leur protection à Bordeaux-Mérignac. Ces signalements sont
large des côtes d’Afrique), sur la période d’oc- éloignée interviennent à partir du 20 octobre, sans conséquences. Pour la première fois, les
tobre-novembre les sous-marins remporteront quand le Furious et trois destroyers appareillent porte-avions d’escorte vont opérer en soutien
de grands succès en Atlantique Nord (voir de l’estuaire de la Clyde. Le 23, c’est au tour des troupes au sol alors que leur vocation pre-
ci-après), en partie expliqués par l’allègement du Rodney et de trois destroyers de lever mière est surtout la protection des convois
ponctuel de la protection des convois. l’ancre de Scapa Flow, le grand mouillage de contre la menace aérienne et sous-marine. Les
Après leur départ, les quatre convois réalisent la Home Fleet dans l’archipel des Orcades. Le porte-avions d’escorte de première génération
la traversée nord-sud au-delà du 26e méridien 27, la Force LX, composée des porte-avions (d’origine américaine) de la Royal Navy ren-
ouest, à plus de 500 nautiques de Brest puis Argus et Dasher, des croiseurs Jamaïca et contrent des conditions musclées dans l’ouest
du Cap Finistere. Ils naviguent dans un pre- Dehli escortés par quatre destroyers, quitte la du golfe de Gascogne et, à cette occasion, leur
mier temps sous la protection des avions de Clyde. Enfin le 30 octobre, la Force X (Duke of instabilité, révélée aux essais, est confirmée.
patrouille maritime des No.15 et 19 Groups York, Nelson, Renown, le croiseur Argonaut Le problème ne sera que partiellement résolu
du Coastal Command [5]. Au large du golfe et huit destroyers) appareille de Scapa Flow par augmentation du ballastage sur les 2e et
de Gascogne, les KMF.1 et KMS.1 - qui en vue de rallier le lendemain les porte-avions 3e tranches de bâtiments construits aux États-
intègrent chacun un porte-avions d’escorte - Victorious et Formidable escortés par huit des- Unis mais qui sont en cours de livraison par
seront protégés par des Swordfish embarqués troyers (Force H) partis de la Clyde le même les chantiers américains en cette fin d’année
temporairement pour l’occasion, à raison de jour. Les croiseurs Scylla et Bermuda, coupant 1942. Comme devant les côtes marocaines,
trois appareils du No.833 Naval Air Squadron au plus court à moins de cent nautiques du cap
sur chaque bâtiment. Ces six avions seront Finistere, font également route vers Gibraltar.
[5] Les 24 et 26 octobre, les U-599 et U-216 sont
ensuite basés à Gibraltar. Bien que repérés Enfin, le 31, c’est au tour des croiseurs lourds coulés par des B-24 Liberator du Squadron 224
par des U-Boote le 2 novembre, les convois Kent et Cumberland accompagnés de cinq (19 Group) au sud-ouest de l’Irlande.
48
« ILS ARRIVENT » L’OPÉRATION
« TORCH »
la couverture de chasse des flottes de débarque-
ment et des troupes au sol ainsi que l’appui-feu de
ces dernières relèvent, durant les premiers jours,
essentiellement de l’aviation embarquée.
PASSER GIBRALTAR
Faire franchir sans accrocs les colonnes d’Hercules
à plusieurs escadres et convois forts d’environ
trois cents navires renforcés par une trentaine
d’autres venus de Gibraltar a nécessité une pré-
paration minutieuse (notamment les opérations
de ravitaillement) et exigé le respect scrupuleux
d’un calendrier serré. Les premiers d’entre eux
franchissent le détroit le 5 novembre à 19h30,
sous couvert de la nuit, hors de vue des regards
indiscrets qui, depuis 1940, renseignent les forces
de l’Axe sur les mouvements navals à Gibraltar
et en baie d’Algésiras. Les derniers passent le 7
à 04h00. Les différentes formations britanniques
ont échappé aux U-Boote (la meute Streitaxt)
localisés alors à deux cents nautiques au nord-
est de Madère. Dans la journée du 7 novembre,
tous les navires sont entrés en Méditerranée. Une
fois passé le détroit, chaque convoi se divise et
les cargos et transports qui les composent se
redéploient en deux groupes d’assaut : la Central
Force du commodore Troubridge sur le Largs (l’ex-
Charles Plumier français) et l’Eastern Force du
contre-amiral Burrough qui a sa marque sur le
bâtiment de commandement Bulolo.
EN MÉDITERRANÉE
Une fois entrées en Méditerranée les forces navales
alliées se répartissent en plusieurs escadres.
LA FORCE H, la force de couverture, du vice-ami-
ral Sir Neville Syfret sur le Duke of York, est
constituée des bâtiments suivants :
- le porte-avions Victorious : douze Martlet IV
du 882 NAS, six Seafire IIC du 884 NAS,
six Fulmar IIP du 809 NAS, neuf Albacore du
817 NAS et neuf autres du 832 NAS ; p Ci-dessus : L’Argonaut - le porte-avions Furious : douze Seafire IB du 801 NAS, douze
est un croiseur léger
- le porte-avions Formidable : six Seafire IIC du Seafire IIC du 807 NAS, neuf Albacore et un Fulmar du
antiaérien de la classe Dido
885 NAS, douze Martlet II du 888 NAS, douze qui opère avec la Force H. 822 NAS ;
Martlet IV du 893 NAS et douze Albacore du Armé de canons à double - le porte-avions d’escorte Biter : quinze Hurricane IIC du
820 NAS ; effet de 133 mm, ce type de 800 NAS ;
petit croiseur joue un rôle
- les cuirassés Duke of York, Nelson (portant la important en Méditerranée
- le porte-avions d’escorte Dasher : six Hurricane IIB du 804 NAS
marque de l’amiral Cunningham) ; le croiseur entre 1940 et 1943 et et six Hurricane IIC du 891 NAS ;
de bataille Renown ; les croiseurs Bermuda, en paie le prix fort : cinq - le cuirassé Rodney ; les croiseurs Jamaica, Aurora, Dehli ;
Argonaut, Sirius et 17 destroyers ; exemplaires sur seize sont - le bâtiment antiaérien Alynbank, treize destroyers, 24 escorteurs
coulés durant la guerre.
- une Fuelling Force composée d’une corvette, divers, dix vedettes, deux sous-marins.
de quatre chalutiers armés et de deux pétro- p En haut : Le Bulolo, le L’EASTERN FORCE, de son côté, est forte de 33 transports et
liers ravitailleurs sera placée en soutien entre navire de commandement navires de débarquement de tous types. Elle est placée sous la
les Baléares et la côte algérienne. du contre-amiral Burrough, protection des bâtiments de la Force O :
est un ancien cargo. L’intérêt
En complément les sous-marins de la célèbre d’un tel navire dans cette - le porte-avions Argus : 18 Seafire IIC du 800 NAS ;
10e flottille de Malte (celle des légendaires tâche, par rapport à un - le porte-avions d’escorte Avenger : neuf Hurricane IIC du
HMS Upholder et Unbroken) patrouillent devant bâtiment de guerre qui 802 NAS, six Hurricane IIC du 883 NAS ;
peut être ponctuellement
les ports italiens alors que trois submersibles de - les croiseurs Sheffield, Scylla, Charybdis ;
employé à des missions
la 8e flottille de Gibraltar sont postés dans les de combat (à l’exemple de - le monitor Roberts en provenance d’Alexandrie avec sa tou-
atterrages de Toulon. l’Augusta), est que l’ex- relle double de 381 mm, les bâtiments antiaériens Palomares,
LA CENTRAL FORCE se compose de 47 trans- navire civil, outre le volume Pozarica et Tynwald, treize destroyers, 22 escorteurs divers,
offert, est uniquement dédié
ports et navires de débarquement de tous types. au travail de l’état-major
huit vedettes et trois sous-marins.
Elle est directement protégée par une force de gérant le débarquement. Durant leur transit en Méditerranée les deux groupes d’assaut
protection, détachée de la Force H, qui navigue doivent agir durant le plus longtemps possible comme s’ils
au large d’Alger : convoyaient des renforts vers Malte.
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OPÉRATION OCT. - NOV. 1942
50
« ILS ARRIVENT » L’OPÉRATION
« TORCH »
Le Palomares est un ancien bananier réquisitionné par l’Admiralty et transformé en bâtiment antiaérien. Il est équipé de trois
tourelles doubles de 102 mm, de deux Pom-pom quadruples de 40 mm et de plusieurs canons Oerlikon de 20 mm. Il participe à la
défense du convoi PQ-17 avant de prendre part à l’opération « Torch » puis aux débarquements de Salerne et d’Anzio.
51
OPÉRATION OCT. - NOV. 1942
26/10 28/10
Hampton Roads
Ravitaillements
06/11
Ravitaillement
30/10 Mehdia
Bermudes 31/10 Casablanca
Safi
Groupe de couverture
Navires de transport et de fret avec escorte
Groupe aérien
Groupe combiné
Séparation pour les débarquements
Groupe combiné sans groupe aérien
52
« ILS ARRIVENT » L’OPÉRATION
« TORCH »
rejoindre le convoi. Désormais, la TF 34 est au
complet à 450 nautiques dans le sud-sud-est
du cap Race (la pointe sud-est de Terre-Neuve)
et met le cap au sud-ouest.
Durant la traversée des États-Unis vers les
côtes du Maroc les différents groupes de la
Force How sont organisés comme indiqué
ci-dessous. Ces formations seront modifiées
la veille de l’arrivée au large des côtes maro-
caines avec une ventilation différente au sein
des trois groupes d’assaut :
LE GROUPE PORTE-AVIONS (Air Group, Task
Group HOW 2) du contre-amiral Ernest D.
McWhorter est formé :
- du porte-avions d’escorte Ranger : 27 F4F-4
Wildcat de la VF-9, 27 F4F-4 Wildcat de la
VF-41, 18 SBD-3 Dauntless de la VS-41 ;
- du porte-avions d’escorte Sangamon : douze
F4F-4 Wildcat de la VGF-26, neuf TBF-1
Avenger et autant de SBD-3 Dauntless de
la VGS-26 ;
- du porte-avions d’escorte Suwannee : onze
F4F-4 Wildcat de la VGF-27, douze F4F-4
Wildcat de la VGF-28, six F4F-4 Wildcat
de la VGS-30 et neuf TBF-1 Avenger de la L’ESCORTE DU CONVOI proprement dite Le convoi navigue à quatorze nœuds (les zig-
VGS-27 ; (Convoy Screen, Task Group HOW 12) com- zags donnent une vitesse de douze nœuds
- du porte-avions d’escorte Santee : quatorze mandée par le capitaine de vaisseau John B. sur le fond). Les transports évoluent en neuf
F4F-4 Wildcat de la VGF-29, huit TBF-1 Heffernan se compose de 17 destroyers et de colonnes : les deux colonnes de gauche
Avenger et neuf SBD-3 Dauntless de la cinq dragueurs de mines. sont constituées des transports du groupe
VGS-29 ; LE CONVOI (Task Group HOW 4) regroupe Nord, les cinq centrales regroupent ceux du
- du croiseur léger Cleveland, neuf destroyers le croiseur lourd Augusta (navire amiral), les Groupe Centre et celles de droite ceux du
et un pétrolier-ravitailleur. cuirassés anciens New York (contre-amiral Groupe Sud. Au sein du convoi, l’Augusta,
L’ÉCRAN DE PROTECTION (Protective Kelly) et Texas, trois destroyers, sept dra- navire amiral de Hewitt, navigue en tête
Screen, Task Group HOW 1) du contre-ami- gueurs de mines, deux mouilleurs de mines, le de la colonne centrale, les cuirassés Texas
ral Robert C. Giffen est formé du cuirassé porte-avions d’escorte Chenango (transportant et New York sont positionnés sur les deux
moderne Massachusetts, des croiseurs lourds 76 chasseurs P-40F Warhawk de l’USAAF), flancs des colonnes extérieures. L’écran
Tuscaloosa et Wichita, des croiseurs légers un remorqueur et 31 transports, auxquels de protection, formé du Massachusetts
Philadelphia, Savannah et Brooklyn ainsi que viennent s’ajouter le Calvert et ses deux et des croiseurs légers, se trouve quinze
de neuf destroyers et d’un pétrolier ravitailleur. destroyers d’escorte, le tender d’hydravions nautiques sur l’avant ; vingt nautiques sur
Cet élément regroupe l’essentiel du Groupe Barnegat et le transport d’essence aviation l’arrière, disposant d’un maximum de liberté
de Couverture. Contessa qui rallieront en route. d’évolution, naviguent les porte-avions.
{ Le Major General George
S. Patton, Jr., avec son éternel
casque lourd rivé sur le crâne,
et le contre-amiral H. Kent
Hewitt, Commander Western
Naval Task Force à bord de
l’Augusta. Patton est réputé
pour son tempérament difficile
et ses manières rugueuses ;
néanmoins, dans ses
mémoires, Hewitt décrit leurs
relations comme cordiales.
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OPÉRATION OCT. - NOV. 1942
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« ILS ARRIVENT » L’OPÉRATION
« TORCH »
{ Le Chenango transporte
76 Curtiss P-40 du
33rd Fighter Group, dont
plus de soixante en pontée.
Ces chasseurs sont destinés
à former l’épine dorsale
des premiers moyens
aériens débarqués au
Maroc. En attendant la
saisie d’un terrain, ce sont
les appareils des autres
porte-avions qui assurent
les opérations aériennes.
Les porte-avions d’escorte
se révèlent d’excellents
transports d’avions.
u Un appareil embarqué
survole le convoi américain.
On distingue une vingtaine
de transports naviguant en
neuf colonnes. Sur l’avant,
on distingue le croiseur lourd
Augusta et, au fond, un
cuirassé de la classe Texas.
55
OPÉRATION OCT. - NOV. 1942
Mehdia Port Launey est plus rapidement que prévu. Dès lors, les
C
MAROC
Chacun d’eux comprend une unité d’appui feu,
un groupe de transports avec son escorte de
destroyers et de dragueurs de mines et un
FRANÇAIS
soutien aérien. Le Sangamon et le Chenango
23H45 Safi opèrent avec le Groupe Nord couverts par deux
destroyers, le Santee et deux destroyers sont
avec le Groupe Sud ; quant au Groupe Centre,
il est appuyé par le Ranger, le Suwannee, le
Cleveland et cinq destroyers.
Le 7 peu avant 07h00, le Groupe Sud du
contre-amiral Davidson, qui a envoyé sa
marque sur le croiseur léger Philadelphia, met
le cap au sud, vers Safi. À 23h45, il arrive
comme prévu dans la zone où doivent embar-
quer dans les barges les unités de la première
vague d’assaut. Le reste de la TF 34 fait route
au nord-est et, peu après 15h00, les groupes
Nord et Centre se dirigent séparément vers
leur zone d’attente. L’escadre du contre-amiral
Kelly arrive devant Mehdia à 23h21 alors que le
Groupe Centre est au large de Fedala à 00h05
le 8, sous la protection directe du Groupe de
Couverture qui patrouille à une quinzaine de
nautiques devant Casablanca ; la houle est
faible et, sur la côte, la mer ne déferle pas.
Cette arrivée nocturne est une conséquence
des exigences de l’Army. Les généraux
américains ayant, comme leurs homologues
britanniques, une confiance limitée dans l’ef-
ficacité d’un bombardement naval à l’appui
d’un débarquement, il est prévu que celui-ci
bénéficie d’un effet de surprise maximal et
se déroule de nuit vers 04h00, soit plus de
deux heures avant le lever du soleil. En consé-
quence, l’arrivée des flottes de débarquement
Directement exposées à la houle atlantique, mauvaises, il est prévu que les Américains fran- dans leur zone de mise à l’eau s’effectue dans
les plages du Maroc ont d’ailleurs constitué chissent le détroit de Gibraltar et débarquent l’obscurité et, à partir de 00h00, on procède
lors des discussions préliminaires un point de dans l’Ouest algérien (Beni Saf, Nemours, Port au chargement des troupes dans les embarca-
questionnement important quant à la faisa- Say) ; cette option ne constituerait qu’un pis-al- tions d’assaut. Le manque de visibilité et les
bilité d’une telle opération de débarquement ler car ces sites ont été peu reconnus ; surtout, courants rendent les opérations complexes ;
en conditions quasi hivernales et, de surcroît, ils sont fort éloignés de Casablanca dont la les premiers débarquements interviennent vers
de vive force. Si les conditions sont trop saisie est l’un des objectifs prioritaires des 05h00 avec une heure de retard sur le planning
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« ILS ARRIVENT » L’OPÉRATION
« TORCH »
u Un Wildcat sur le point
d’être lancé du Ranger,
au large du Maroc le
8 novembre 1942. On note
en arrière-plan les deux Piper
L-4 Cub d’observation de
l’Army, chargés notamment
de coordonner les feux de
l’artillerie. Le porte-avions
est doté d’un radar de veille-
air CXAM-1. Les groupes
aériens des porte-avions
assurent la totalité des
opérations de couverture
aérienne au Maroc.
x Le Massachusetts est
le troisième cuirassé de
la classe South Dakota.
Contrairement à ses
sister ships, il combat en
Atlantique avant de rallier
le Pacifique en mars 1943.
Les South Dakota sont des
bâtiments très modernes
mais de seulement 207 m
de long. Leur faible volume
interne en fait des navires
aux conditions de vie
particulièrement spartiates.
LA RÉACTION DES FORCES DE L’AXE inquiétées durant leur approche. Ce n’est que
dans les jours suivants les premières opérations
de débarquement que les Allemands vont com-
L’opération Torch prend l’Axe au dépourvu. l’état-major du Befehlshaber der U-Boote mencer à porter leurs coups, alors que dès le
Certes, à partir de la mi-octobre les obser- Karl Dönitz de l’arrivée d’un grand nombre de 8 novembre à Casablanca et Oran de violents
vateurs en baie d’Algésiras informent le cargos et de navires divers à Gibraltar. Les combats opposent les bâtiments anglo-améri-
haut-commandement de la Kriegsmarine et informations de l’Abwehr vont dans le même cains à ceux de la Marine Nationale.
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BATAILLE
1915 - 1916
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LA CHARGE DES GÉANTS À L’ASSAUT
DES DARDANELLES
par la Royal Navy et, malgré des propositions sérieusement affaiblie de cette affaire. Présente en guerre, le Großadmiral Alfred von Tirpitz,
d’indemnisation, à Constantinople, la posi- depuis 1912, la mission navale du Rear Admiral commandant la Kaiserliche Marine, ne veut
tion des partisans du Royaume-Uni ressort Limpus quitte la Turquie le 15 septembre. plus qu’il gagne Constantinople. La seule
option ouverte à Souchon est donc de
retourner à Pola et probablement d’y rester
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BATAILLE 1915 - 1916
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LA CHARGE DES GÉANTS À L’ASSAUT
DES DARDANELLES
t Churchill, alors Premier
Lord de l'Amirauté
britannique, a été l’un des
principaux architectes de
l'opération des Dardanelles
en 1915. Cette offensive
visait à forcer le passage
du détroit des Dardanelles
en Turquie afin de prendre
Constantinople (Istanbul),
affaiblir l’Empire ottoman
et d'ouvrir une route
d'approvisionnement vers
la Russie. Le désastre
militaire qui s'en suivra
aura gravement entaché
la réputation de Churchill,
qui sera contraint à
la démission. DR
Herbert Kitchener, secrétaire d’État à la Guerre, Ottomans, afin de faire relâcher la pression
estime qu’aucune division britannique ne
peut être retirée du front occidental pour être
qu’ils exercent sur les troupes russes dans le
Caucase. Churchill revient à la charge avec
INTENTIONS ALLIÉES
envoyée en Méditerranée. Finalement, les deux une attaque contre la péninsule de Gallipoli et Churchill envoie un télégramme à
plans sont mis en suspens. le détroit des Dardanelles. Fisher lui fournit un Carden, dont les navires croisent tou-
Le 2 janvier 1915, un câble adressé à Lord plan d’action. Le Premier Lord de l’Amirauté jours en mer Égée. « Pensez-vous qu’il
Asquith, Premier ministre britannique, par le estime que si les obusiers lourds allemands ont soit possible de forcer les Dardanelles par
grand-duc Nicolas Nikolaïevitch Romanov réussi à neutraliser les forts de Liège, de Namur, le seul emploi des forces navales ? Il est
fait reconsidérer la question des Dardanelles d’Anvers et de Maubeuge, alors les grosses prévu d’employer des cuirassés anciens,
par le War Council. Le grand-duc demande pièces des cuirassés et des croiseurs de bataille accompagnés de dragueurs de mines […].
en effet à ses alliés français et britanniques britanniques devraient arriver à bout des batte- L’importance des résultats justifierait de
de lancer une opération militaire contre les ries turques gardant le détroit des Dardanelles… lourdes pertes. Donnez-moi votre avis. [2] ».
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LA CHARGE DES GÉANTS À L’ASSAUT
DES DARDANELLES
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LA CHARGE DES GÉANTS À L’ASSAUT
DES DARDANELLES
u Cuirassés britanniques
en ligne, vus depuis
le HMS Agamemnon,
entrant en action le 18
mars 1915 pour tenter
de forcer le passage des
Dardanelles. Les cuirassés
de la marine française sont
visibles à l'horizon. IWM
x Le cuirassé pré-
dreadnought HMS Majestic
sera torpillé par le U-21
en mai 1915, à proximité
du Kabatepe, promontoire
rocheux surplombant la
pénin-sule de Gallipoli. IWM
dont les huit canons de 381 mm peuvent renforcées de batteries mobiles allemandes. la baie de Kephez seront ensuite neutralisés,
envoyer des obus de 780 kg à plus de 24 km ! L’infanterie, dont nombre d’unités ont des tandis que les canons de la flotte réduiront au
Les Russes contribuent avec le croiseur pro- conseillers voire des commandants alle- silence les forts de Kalid Bahr et de Tchanak
tégé Askold, dont la batterie principale totalise mands, creuse des réseaux de tranchées. Kale. Un plan parfait… sur le papier !
12 pièces de 150 mm. Enfin, le porte hydra- Un vaste champ de mines marine, dispo- L’engagement contre les fortifications à l’en-
vions HMS Ark Royal fournira une capacité sées en lignes successives bloque le passage trée du détroit commence au matin du 19
de reconnaissance et d’observation aériennes entre Dardanos et Tchanak, là où il est le février 1915. Bien que le raid de novembre
avec huit Short 136. plus étroit. 1914 ait éveillé l’attention des Turcs, cette
Pendant que Carden rassemble ses forces Le plan de Carden consiste à d’abord bom- nouvelle attaque les surprend. L’opération est
en mer Égée, les Turcs consolident leurs barder les défenses à l’entrée du détroit, prévue en trois phases : un bombardement à
défenses sous la direction de Liman von notamment les batteries de Sedd-el-Bahr, longue portée avec les batteries principales,
Sanders. Les batteries côtières fixes sont sur le cap Helles et d’Orkane et Kum Kale en gardant les navires hors d’atteinte des
sur la rive asiatique. Les eaux du détroit canons turcs ; des feux directs avec l’artille-
[3] La présence du Henri IV est ignorée dans
seront ensuite déminées jusqu’à hauteur de rie secondaire ; une concentration finale des
la plupart des sources consultées, hormis le
témoignage de D.D. Mercer, mais elle est bien Dardanos, puis les défenses secondaires éli- tirs avec toutes les pièces disponibles à des
confirmée dans l’historique du navire. minées. Les champs de mines principaux de portées de 3 à 4 km.
65
BATAILLE 1915 - 1916
Les navires occupent leurs positions primaires pour 9h45. p Transport de troupes Marines de Plymouth et de Chatham, qui fourniront des
Les mauvaises conditions météorologiques empêchent de britannique s'approchant équipes de démolition.
du cuirassé français
mettre en l’air plus d’un hydravion de l’Ark Royal. A 9h55, le Charlemagne, engagé
Cornwallis ouvre le feu sur Orkane à une distance de 10 km. dans les opérations
Sa troisième salve fait mouche et un gros nuage de dans les Dardanelles, au
fumée, de poussière et de débris s’élève du fort. Un peu mouillage au large de l'île
grecque de Moudros. IWM
TIRS DE DESTRUCTION
plus tard, le Triumph et le Suffren s’en prennent respec-
tivement aux batteries du cap Helles et de Kum Kale. Les Le 25 février 1915, la flotte reprend position. Les avia-
tirs se poursuivent pendant une bonne heure. À midi, teurs de l’Ark Royal constatent que deux ou trois canons,
l’Albion et le Bouvet prennent la relève. Des incendies renversés par les tirs du 19, ont été remis en batterie.
sont visibles sur les objectifs mais, curieusement, les Ils découvrent aussi plusieurs nouvelles positions de tir,
Turcs s’abstiennent de toute riposte. quoique celles-ci soient pour l’instant inoccupées. Les
En fait, leurs batteries n’ont pas été réduites au silence, forts à l’entrée du détroit, armés de 19 pièces d’un calibre
mais les conseillers militaires allemands leur ont recom- variant de 15 à 28 cm, ne résistent pas longtemps à un
mandé de ne pas ouvrir le feu avant que les navires nouveau bombardement.
alliés ne soient à portée. A 15h00, le Vengeance, le Le 26, Carden lance la phase suivante de l’opération.
Cornwallis et le Triumph, soutenus par le Suffren, le Précédés par des dragueurs de mines, L’Albion, le
Gaulois et le Bouvet, s’approchent pour tirer avec leur Escadre alliée survolée par Majestic et le Triumph s’engagent dans le détroit pour
un hydravion en 1915... En
artillerie secondaire. L’Inflexible et l’Agamemnon restent réalité, il s'agit d'une photo
ouvrir le feu sur les forts de Dardanos. Très rapidement,
au large, poursuivant leur pilonnage à portée maximale datant de 1914, montrant les navires sont pris sous les tirs de riposte de batteries
avec leurs batteries principales. Alors que les cuirassés des exercices ; quant à ottomanes dissimulées sur les deux rives. Des équipes
s’approchent, les canons turcs entrent en action. Les l'hydravion, il aura été "coupé de démolition des Royal Marines, débarquées de part
et collé" par la propagande
tirs cessent vers 16h45. Sévèrement touchés, les forts pour souligner la modernité et d’autre de l’entrée du détroit, rencontrent une vive
du cap Helles ne ripostent plus. Sur la rive opposée, des moyens alliés engagés résistance, mais réussissent à faire sauter les canons ou
une seule batterie reste active. Bien que quelques obus dans les Dardanelles ! DR à en retirer les culasses.
turcs soient tombés près des navires, aucun n’a été Le 1er mars, tandis que les forts gardant l’entrée du détroit
Le cuirassé HMS Cornwallis
touché. Une météo défavorable interrompt les opérations en action en 1915. Les ont été muselés, les dragueurs de mines s’engagent à
jusqu’au 25 février, donnant le temps au Brigadier- filets anti-torpilles ont nouveau dans le passage ; les HMS Triumph, Ocean
General Trotman d’arriver avec les bataillons de Royal été déployées. DR et Albion reprennent leurs tirs contre les fortifications
de Dardanos. Les trois cuirassés essuient immédiate-
Cuirassé garde-côtes
[4] MERCER, Lieutenant D.D., Royal Navy (Retired), francais Henri IV dans les ment les feux de l’artillerie côtière, ainsi que de plusieurs
Ships versus Forts, Dardanelles, March 1915. Dardanelles, en 1915. DR batteries mobiles. Les trois cuirassés ne parviennent
66
LA CHARGE DES GÉANTS À L’ASSAUT
DES DARDANELLES
pas à réduire les canons turcs au silence et
les navires sont touchés à plusieurs reprises,
quoique sans gravité. Ils se retirent à la fin
de cette journée infructueuse. Des tentatives
similaires se déroulent pendant les trois jours
suivants. Le 2 mars, le Cornwallis, le Swiftsure
et le Canopus s’engagent à leur tour dans le
passage, alors que les cuirassés français sont
envoyés dans le golfe de Saros, pour y bom-
barder les voies de communication turques
sur la péninsule de Gallipoli.
Le 5 mars, le Vice Admiral Carden estime
qu’il est temps de passer à la phase princi-
pale de l’opération, c’est-à-dire la destruction
des canons modernes et des défenses ren-
forcées de Tchanak et de Kalid Bahr, où
la largeur du passage se réduit à moins de
1 500 m. L’officier britannique décide d’en-
gager sa carte maîtresse : le Queen Elisabeth.
Malheureusement, celui-ci tombe rapidement
sous le feu d’obusiers lourds habilement
camouflés, qui le forcent à rester à distance
et à effectuer son bombardement à une portée
de 18 km. Ses feux sont peu efficaces, un
temps brumeux venant compliquer la tâche
et empêchant une fois de plus les hydravions
d’observer et de régler les coups.
Carden n’a d’autre option que de risquer le
Queen Elisabeth dans le passage, pour effectuer
des tirs directs contre les batteries ennemies.
Cette tentative se déroule le 8 mars 1915.
L’officier commence à ressentir des doutes
sur les chances de succès de sa mission : non
seulement, il doit réduire au silence les batte-
ries ennemies, mais il doit aussi neutraliser les
champs de mines, tâche pour laquelle il ne dis-
pose que de quelques chalutiers modifiés, mis
en œuvre par des pêcheurs civils peu entraînés.
Le 10 mars, l’officier considère qu’il a échoué
dans sa mission. Churchill et Fisher insistent
pour qu’il lance une nouvelle attaque, mais
les échecs répétés de ses dragueurs de mines
ont fortement entamé son moral. Le 17, il est
remplacé par son chef d’état-major, le Vice
Admiral John de Robeck, qui promet à Churchill
qu’il attaquera de nouveau dès le lendemain.
À l’aube du 18 mars, le temps est favorable. De
Robeck déploie la quasi-totalité de ses forces
pour un nouvel essai. En octobre 1932, le
Lieutenant Mercer, décrira cette journée, qu’il a
vécue comme jeune Midshipman assistant l’of-
ficier directeur des tirs à bord du HMS Inflexible.
« Une aube méditerranéenne typique se lève
tandis que la flotte alliée repose paisiblement
au mouillage au large de l’île de Ténédos, lais-
sant présager une journée historique et riche
en événements.
« Sous l’écho des clairons et l’agitation des
petites embarcations de surveillance, la flotte
se prépare à lever l’ancre. Soudain, les sons
d’un hymne se font entendre : une messe est
célébrée à bord d’un cuirassé français, un évé-
nement qui me marquera, car ce navire-là sera
coulé avec la quasi-totalité de son équipage
quelques heures plus tard. Huit coups de cloche
retentissent d’un bâtiment à l’autre et la flotte
appareille, laissant le mouillage vide, à l’ex-
ception de quelques navires de ravitaillement
et d’une division de cuirassés en soutien, qui
partiront plus tard. [4] »
67
BATAILLE 1915 - 1916
N Filet anti-sous-marins
Péninsule de Gallipoli
Barrières de mines
ez
1 Bouvet coulé par une mine du Nusret
eph
Irrésistibe victime d’une mine dérivante et abandonné 2 d eK
3 Ocean victime d’une mine du Nusret et abandonné
Baie
Kephez
Dardanos
2
3 Kusukeui
Sedd-el-bar
1
Détroit des Dardanelles BULGARIE
MER NOIRE
keni ISTANBUL
d’Eren
Kum Kale Baie MER ÉGÉE
GALLIPOLI MER DE MARMARA
Orkane
TURQUIE
0 TENEDOS
1 2 3 4 5 km
Yeni Shehr
p John de Robeck remplace Sackville p Pour guider les feux de leurs cuirassés et croiseurs, les Britanniques utilisent des
Hamilton Carden en mars 1915. Il échouera ballons captifs emportant des nacelles dans lesquelles s'installent des observateurs
lui aussi à forcer les défenses turques. DR d'artillerie équipés de fanions pour communiquer avec les directions de tir. IWM
68
LA CHARGE DES GÉANTS À L’ASSAUT
DES DARDANELLES
DÉTROIT DES DARDANELLES – DISPOSITIF INITIAL DE LA FLOTTE ALLIÉE - 18 MARS 1915
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Kum Kale
69
BATAILLE 1915 - 1916
p Le cuirassé HMS Albion remorqué par le Canopus après s'être échoué au large du célèbre Kabatepe, dans les Dardanelles, le 23 mai 1915. IWM
q Vue impressionante des canons BL 12-inch (305 mm) Mk. VIII du cuirassé HMS Canopus de la Royal Navy
tirant sur les batteries turques lors des opérations dans les Dardanelles en 1915. IWM
RISPOSTE TURQUE
« Nous n’avons pas à attendre longtemps avant que
les Turcs n’améliorent leur visée et commencent à faire
mouche. Un choc terrifiant, accompagné de fortes
vibrations et du bruit d’éclats fendant l’air, annonce leur
premier coup au but : un obus de moyen calibre vient de
toucher l’un de nos canons de 12 pouces sur bâbord.
Apparemment sans faire de gros dommage, si ce n’est
à la peinture et aux superstructures environnantes, mais
je m’inquiéterais de la précision de ce canon après un
tel traitement.
« La position devient inconfortable ! Deux autres impacts,
dont un important, qui s’enfonce profondément sous
mon observatoire et crée une légère panique au poste
de contrôle inférieur. Leur éclairage s’est éteint, ils sont
fortement secoués et signalent que l’eau s’engouffre
dans le compartiment voisin. Des rapports d’avaries nous
informent que le local à provisions bâbord est inondé,
mais qu’il n’y a pas d’avaries sérieuses.
« Nos voisins sont également touchés et je vois que la
cheminée arrière du Lord Nelson est en piteux état. Nous
augmentons notre cadence de tir et nous changeons légè-
rement de position, avec un résultat bénéfique : nous ne
subissons plus d’autre impact pour le moment. Le Queen
Elizabeth tire maintenant des salves de 15 pouces, un
spectacle magnifique, et il fait visiblement du bon travail,
70
LA CHARGE DES GÉANTS À L’ASSAUT
DES DARDANELLES
car des nuages de fumée colorée s’élèvent
autour de Tchanak.
« Le contrôle de tir avant signale des diffi-
cultés avec les batteries côtières mobiles et
est gêné par les obus visant directement le
pont et la hune. J’ai ordre d’utiliser la tou-
relle arrière pour les localiser et les réduire au
silence. Après une recherche minutieuse sur
la rive opposée, à seulement un demi-mile de
distance, je crois apercevoir une position de
batterie, avec des fumées suspectes s’élevant
au-dessus d’un bois épais. Les instructions à
la tourelle arrière sont de viser l’endroit et de
lâcher trois coups à 1 400 yards. Les canons
tirent et je guette anxieusement les impacts
des obus. Aucun résultat. Après une longue
conversation téléphonique avec l’officier en
charge de la tourelle […], je découvre qu’ils
ont réglé leur portée à 14 000 yards ; les obus
ont donc probablement atterri sur un pauvre
paysan turc labourant innocemment son champ
à quelque six miles à l’intérieur des terres !
Nouvel essai, avec de meilleurs résultats, mais
impossible de réduire au silence ces infernaux
canons de campagne, trop bien dissimulés et
toujours en mouvement. »
Peu après midi, de Robeck fait passer en tête les
quatre pré-dreadnought de l’amiral Guépratte.
Mercer poursuit : « Le bombardement fait rage,
nous sommes à nouveau touchés, mais rien de
vital pour l’instant. Une formidable explosion
ébranle Tchanak ; des flammes et de la fumée
s’élevent à des centaines de mètres, à notre
grande satisfaction. Un dépôt de munitions a
probablement été touché. L’escadre française
se rapproche maintenant à courte portée, cra-
chant le feu de tous ses canons, et j’admire
leur courage. Des renforts arrivent par l’entrée
et relèveront bientôt nos alliés.
« Nous comptons plusieurs victimes à bord,
mais aucune avarie sérieuse pour l’instant.
Heureusement que dans ces forts, les excel-
lents canons Krupp, ne sont pas tous mis en
œuvre par des Allemands, car nous serions déjà
en train de nager […]. Le bombardement dure
depuis environ trois heures, et je dois avouer
que je suis un peu nerveux, car nous sommes
au centre d’une pluie de projectiles. »
Les canons de gros calibre de la flotte
exercent enfin l’effet recherché. Pour midi,
les pièces des forts de Dardanos sont réduites
au silence et celles des défenses intermé-
diaires ont fortement réduit le rythme de
leurs tirs. Un des forts de Tchanak et un
autre près de Kalid Bahr ont succombé aux
obus de 381 mm du Queen Elisabeth et à
ceux de 305 ou de 254 mm des pré-dread-
nought. La ville de Tchanak est en ruines.
71
BATAILLE 1915 - 1916
p Le Gaulois a subi de tels dommages, qu’il est contraint de se retirer pour s’échouer sur l’île de Drepano, afin d’éviter de sombrer. Remis à
flot, il sera renvoyé vers Toulon, où il n’arrivera jamais car intercepté et coulé par un sous-marin allemand en décembre 1916. DR
q « Un spectacle effroyable s’offre à mes yeux : en quelques secondes, le Bouvet disparaît dans un grand nuage de fumée noire
et de vapeur. Quelque chose a dû l’atteindre dans un magasin à munitions – un obus ou une mine. Quelques survivants, pour la
plupart des chauffeurs, car ils ont tous le visage noirci, luttent dans l’eau et sont récupérés par les chalutiers. ». DR
72
LA CHARGE DES GÉANTS À L’ASSAUT
DES DARDANELLES
Des murs vieux de quatre siècles et demi se canons ont été retournés comme des fétus de poursuit : « Nous […] sommes maintenant très
sont effondrés sous l’effet sismique des obus paille ou enterrés. Le spectacle est le même proches de la côte asiatique, tirant toujours
de gros calibre ou ont été volatilisés par les à Kalid Bahr. Tour à tour, les navires défilent à une cadence soutenue. Les dragueurs de
explosions en surface. Des incendies ravagent devant leurs objectifs, expédient leurs projec- mines ont dû battre en retraite temporaire-
les cantonnements de la garnison. Plusieurs tiles puis opèrent un demi-tour. ment, sans avoir accompli leur mission ; ils
se reforment à l’arrière en attendant que les
forts ennemis soient réduits au silence. « Je
73
BATAILLE 1915 - 1916
CONSTAT D’ÉCHEC
En six heures, de Robeck a perdu trois bâtiments de
ligne et deux autres ont été gravement endommagés.
Les canons de la flotte ont réduit au silence les batte-
ries ottomanes, mais celles-ci ne servaient qu’à couvrir
74
LA CHARGE DES GÉANTS À L’ASSAUT
DES DARDANELLES
l’obstacle majeur : les mines. À regret, de en Belgique durant le siège d’Anvers, fin août à quitter ses fonctions de Premier Lord de
Robeck ordonne le repli. En apprenant le et début septembre 1914. Les Français contri- l’Amirauté le 11 novembre 1915. Les vingt
désastre, Churchill informe l’amiral que les buent avec la 1ère division d’infanterie du corps mois qui suivent ne constituent pas la seule
pertes seront remplacées et le pousse à lancer expéditionnaire d’Orient. période creuse de sa carrière politique, mais
une nouvelle tentative. De Robeck lui répond Après s’être rassemblées sur l’île de Lemnos, ils le marquent fortement et il se croit un
qu’il est disposé à le faire, mais qu’il lui faut les troupes commencent à débarquer le 25 homme fini. Il sert quelque temps sur le front
quelques jours pour réorganiser sa flottille de avril. Trop tard ! Toujours conseillés par Liman occidental, comme commandant d’un batail-
dragueurs de mines. L’avenir confirmera que von Sanders et la mission militaire allemande, lon d’infanterie, puis regagne l’Angleterre où
Churchill avait raison d’exiger la poursuite les Turcs ont pris leurs dispositions. La cam- David Lloyd George, qui a succédé à Asquith
de l’attaque. Lorsque la flotte franco-britan- pagne des Dardanelles dure jusqu’au 9 janvier comme Premier ministre, le remet en selle en
nique s’est retirée, les munitions des batteries 1916, date à laquelle les dernières forces lui confiant le poste de ministre de l’Armement,
turques étaient pratiquement épuisées, mais de alliées rembarquent sans avoir réussi à ouvrir le 17 juillet 1917.
Robeck redoute que de nouvelles pertes ne lui le passage vers la mer Noire. En tout, près Le forçage des Dardanelles aurait-il pu réussir ?
coûtent son commandement. Le 22 mai 1915, de 550 000 soldats britanniques, australiens, Si de Robeck avait lancé une nouvelle attaque
il annonce qu’il ne croit plus que ses navires néo-zélandais et français participent à cette dès le 19 mars, les Turcs seraient rapidement
puissent ouvrir le détroit sans le concours des lutte stérile, perdant 198 340 d’entre eux, dont tombés à court de munitions, laissant ainsi
forces terrestres. 31 389 tués. De leur côté, les Turcs engagent les dragueurs de mines alliés effectuer leur
La parole est aux généraux. Kitchener a déjà quelque 315 000 combattants et en perdent travail. Les cuirassés britanniques et français
désigné le General Sir Ian Hamilton pour cette 255 268, dont 56 643 tués. auraient donc pu atteindre la mer de Marmara,
mission. Les troupes allouées comprennent L’échec de l’expédition provoque de vives cri- le Bosphore et Constantinople. Mais cela
la 1st Australian Division et la New Zealand tiques en Angleterre. Churchill, qui en a été aurait-il suffi à sortir la Turquie de la Guerre ?
and Australian Division, rassemblées au sein un des principaux promoteurs, est poussé Rien ne permet de l’affirmer avec certitude.
de l’Australian and New Zealand Army Corps
(ANZAC), toujours à l’entraînement en Égypte.
D’Angleterre arriveront la 29th Division britan-
nique, fraîchement mise sur pied, et la Royal
Naval Division, une formation mixte compre-
nant une brigade de Royal Marines et deux
brigades de marins reconvertis en fantassins,
sans artillerie, ni génie, ni services de sou-
tien. La Royal Naval Division constitue la seule
troupe aguerrie : elle a brièvement combattu
75
ESPAGNE
A
PAR SALIM HAFIK
la fin des années 1970, le besoin se
fait sentir auprès de nombreux pays de
apparition dans les années 1950 sous la dénomination de
l’OTAN de remplacer leurs frégates, que frégates. De mieux en mieux armées et équipées, elles
s’alourdissent et deviennent furtives dans les années 1990.
ce soit celles de la classe Hambourg
en Allemagne, des classes Farragut et
Charles F. Adams aux États-Unis, des
classes St. Laurent, Restigouche, Mackenzie et Annapolis Au début du XXIe siècle, elles constituent le fer de lance
au Canada, ainsi que celles de la classe Sheffield au
Royaume-Uni. Les besoins de ces nations étant a priori
des flottes modernes. Ces grands navires de surface sont
similaires – une frégate d’escorte et de lutte anti-sous-ma-
rine avec des capacités secondaires en lutte antiaérienne
parfois baptisés « destroyers », par exemple au Royaume-
et antinavire -, il naît l’idée d’un programme commun, Uni et aux États-Unis, et sont alors un peu plus grands et
appelé NFR-90 pour NATO Frigate Replacement for the
1990s. L’objectif est de réaliser d’importantes économies lourds bien qu’ils soient conçus pour remplir des missions
d’échelle puisqu’on parle alors de remplacer, au bas mot,
75 unités vieillissantes, tout en conservant une standar- similaires. À chaque numéro, cette rubrique présente une
disation aux normes OTAN.
En 1979, sept pays [1] s’accordent pour créer le Groupe
classe de frégates actuellement en service.
de projet 27 (PG/27) qui présente, deux ans plus tard,
une étude préliminaire autour d’une plateforme d’environ [1] Allemagne, France, divergents des différents signataires quant à l’intégration
3 500 t pouvant être équipée de systèmes d’armes et de Italie, Canada, Pays- de nombreux équipements : la France cherche ainsi à
capteurs différents selon la volonté de chacun des partici- Bas, Royaume-Uni imposer son missile antinavire Exocet alors que les autres
pants. L’Espagne rejoint le projet peu après et, en octobre et États-Unis. pays lui préfèrent l’Harpoon américain ; le Royaume-Uni,
1985, une étude de faisabilité détaillée de 10 000 pages échaudé par son expérience récente de la guerre des
est proposée avec une coque agrandie passant à plus de Malouines, milite pour l’installation d’un système CIWS
5 000 t. Début 1988, un protocole d’accord est signé (artillerie antimissile courte portée) tandis que l’Allemagne
mais la concrétisation du programme bute sur les intérêts souhaite absolument un sonar remorqué et que d’autres
pays s’interrogent sur la taille de l’équipage, le nombre
de ponts (quatre ou cinq ?) et la propulsion (CODOG ou
CODAG ?). De plus, la France, l’Italie, la Grande-Bretagne
et l’Espagne sont partisans de leur « famille de systèmes
de missiles antiaériens » (FAMS, le futur Aster) qu’ils
ont conçue conjointement, un système concurrent au
« système de guerre antiaérienne de l’OTAN » (NAAWS)
dominé par les États-Unis et supporté par l’Allemagne,
les Pays-Bas et le Canada. En septembre 1989, un navire
« de base » est présenté : une coque de 5 400 t, longue
de 130 m et large de 15,9 m, avec quatre ponts, un tirant
d’eau de 4,8 m et une autonomie de 5 000 nautiques. Il
est alors prévu d’en construire 59 exemplaires mais, un
mois plus tard, plusieurs États quittent le projet NFR-90
qui finit par être abandonné. Outre les multiples contro-
verses techniques non résolues, la cause de l’échec de
cette frégate est aussi à chercher auprès de l’US Navy
qui lui préfère finalement un destroyer polyvalent, plus
lourd, plus grand, à l’autonomie et à l’armement bien
plus conséquents : la classe Arleigh Burke.
76
FRÉGATES ! LA CLASSE
ÁLVARO DE BAZÁN (F-100)
Tandis que la Grande-Bretagne, la France et
l’Italie montent en remplacement le projet
Horizon CNGF (qui donnera naissance aux
FDA des classes Forbin et Andea Doria), l’Es-
pagne, l’Allemagne et les Pays-Bas mettent
en place une coopération trilatérale en 1994,
s’accordant sur une base de frégate de défense
aérienne d’escadre (et non plus d’un navire
dédié principalement à la lutte ASM) autour
de l’APAR (pour Active Phased Array Radar),
un radar 3D multifonction à antenne active
conçu par Thales Pays-Bas. Cette base sera
à développer conjointement mais les frégates
seront à construire séparément par chacun des
pays. C’est ainsi que l’Allemagne concevra la
classe F124 Sachsen, les Pays-Bas la classe
De Zeven Provinciën, et l’Espagne la classe
Álvaro de Bazán.
LE PROJET F-100
À la fin des années 1980, l’Espagne cherche à
réformer son Armada afin d’en faire une marine
de seconde ligne, mais moderne et bien équipée,
via un programme de constructions nationales,
le plan ALTAMAR. L’une des priorités est de
remplacer ses forces d’escorte océanique afin { Prise en novembre les plateformes mais pas sur les systèmes embarqués, l’Armada fait
2022, cette vue frontale
de pouvoir accompagner et défendre efficace- des USS Thomas Hudner le choix d’un changement majeur en abandonnant l’APAR européen
ment son nouveau porte-aéronefs, le Príncipe (DDG 116), ici à droite, pour le système de combat américain AEGIS.
de Asturias. Car certes, ce dernier peut comp- et de l’Álvaro de Bazán Plusieurs raisons expliquent ce revirement : tout d’abord, depuis
permet de noter que la
ter sur quatre frégates modernes de la classe de nombreuses années, l’Armada tient une ligne très améri-
frégate espagnole porte
Santa María (F-80) [2], mais les deux unités de la les panneaux de son radar canophile quant à son équipement. Ses précédentes classes
classe Churruca (D-60) [3] et les cinq frégates de AN/SPY 1 au-dessus de de destroyers ou de frégates sont ainsi toutes de conception
la classe Baleares (F-70) [4] sont loin d’être aussi la passerelle, soit plus américaine et mettent déjà en œuvre nombre d’armements
haut que ne le fait le
performantes. Le plan ALTAMAR prévoit dans destroyer américain, ce
d’outre-Atlantique (missiles Harpoon, RIM-66, ASROC, etc.).
un premier temps de construire deux nouvelles qui doit, en toute logique,
F-80 pour une entrée en service rapide (1994) accroître sensiblement
L’AEGIS
avant de basculer sur une nouvelle classe de son horizon radar.
quatre frégates à livrer entre 1997 et 2000. Toutes photos : DR
Appelée F-100, elle doit faire entre 3 000 et
3 500 t, un déplacement restreint extrêmement L’Advanced Electronic Guided Intercept System est un système
optimiste. Dès mai 1992, il passe d’ailleurs à intégré de défense antiaérienne d’un navire ou d’une escadre.
4 500 t quand il est demandé de renforcer [2] Construite en Développé par Lookheed Martin pour l’US Navy, ce système de
les capacités de lutte ASM avec des missiles Espagne à partir de combat gère les séquences de détection, de contrôle et d’enga-
1984 sur le modèle de
porte-torpille Milas de conception franco-ita- gement via le radar AN/SPY-1, les systèmes de commandement
la classe américaine
lienne, et des hélicoptères américains SH-60 Oliver Hazard Perry.
et de décision et le système de contrôle des armes du navire.
Block II. En 1994, le déplacement maximal Au fur et à mesure des années, il a été régulièrement modernisé
autorisé passe à 5 000 t afin d’installer un [3] Des destroyers de et lui ont été associé d’autres senseurs et armements pour la
sonar remorqué et de transformer son système la classe américaine détection et le traitement de cibles de surface et sous-marines.
d’autodéfense antiaérienne en un véritable Gearing, lancés en Le principal capteur intégré de l’AEGIS est le radar de veille
système de défense de zone pouvant couvrir 1945 et transférés à
air-surface et de poursuite AN/SPY‑1 reconnaissable à ses
toute une escadre. Ce dernier doit associer l’Espagne en 1972-1973.
quatre antennes passives à faces planes, à balayage électro-
des missiles moyenne portée RIM-66 Standard [4] Une version nique, disposées tout autour du bloc passerelle des navires (dans
SM-2MR, des missiles courte portée RIM-162 agrandie de la classe un premier temps sur les croiseurs de la classe Ticonderoga,
Evolved Sea Sparrow (ESSM) et un système américaine Knox, puis sur les destroyers de la classe Arleigh Burke) afin de cou-
de guidage informatique encore à développer construite en Espagne vrir les alentours à 360°. L’AN/SPY-1 communique avec les
avec les Pays-Bas et l’Allemagne. Notons que et entrée en service
radars de navigation, la suite sonar, les systèmes de détection
ces deux missiles sont de conception améri- entre 1973 et 1976.
passive de guerre électronique ainsi qu’avec les hélicoptères
caine (Raytheon) : si le second est alors encore embarqués. À l’origine, il a la capacité de suivre les mouve-
en développement (il sera déployé à partir de
ments de 256 cibles et d’en engager 18 simultanément, qu’il
1998), le premier est opérationnel depuis 1978
s’agisse de cibles détectées par le radar du navire lui-même,
avec le système de combat AEGIS des croi-
par d’autres navires, par des avions ou des satellites, etc. Il
seurs de la classe Ticonderoga. Le type F-100
est aussi capable d’assurer jusqu’à mi‑course le guidage des
devient ainsi une frégate plus lourde, plus poly-
t Commandée fin 1997, la missiles RIM‑66 C SM‑2MR, et, dans ses versions plus récentes,
valente et donc plus chère. Toujours en 1994,
l’accord tripartite est signé pour entériner le première frégate espagnole de mettre en œuvre les missiles antinavires Harpoon, les tubes
de la classe Álvaro de lance-torpilles, les brouilleurs électroniques et les lance-leurres.
projet ; toutefois, un an plus tard, profitant des Bazán, la F-101, est mise en
termes de l’accord qui couvre la coopération sur service en septembre 2002.
77
ESPAGNE
De plus, à l’époque, le concurrent européen embarqué en service, fiable, largement testé Méditerranée. Le radar AN/SPY-1A ou 1B
de l’AEGIS, est toujours en cours de dévelop- et régulièrement mis à jour ? À l’époque, les équipe déjà les croiseurs classe Ticonderoga,
pement et il faut s’attendre à des retards et États-Unis n’ont pas vendu l’AEGIS à grand tandis que l’AN/SPY-1D (qui peut suivre mille
des surcoûts pour que l’APAR communique monde, le réservant à des alliés fidèles ; l’ar- pistes et en engager vingt simultanément dans
correctement avec le missile antinavire qui lui rivée de l’AEGIS dans la flotte espagnole un rayon de plus de 500 km) est une version
sera associé. Pourquoi donc le choisir quand permettrait ainsi à cette dernière de partici- adaptée à la classe Arleigh Burke ainsi qu’à la
l’AEGIS est reconnu depuis une dizaine d’an- per au système de bouclier antimissile que classe japonaise Kongō largement inspirée de
nées pour être le meilleur système de défense les États-Unis souhaitent alors déployer en la précédente. Ces destroyers américains et
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FRÉGATES ! LA CLASSE
ÁLVARO DE BAZÁN (F-100)
japonais sont bien plus lourds et grands [5] que pont principal, fait environ 60 t, sans compter z La frégate Almirante Juan de Borbón
le projet de frégate espagnole et, d’ailleurs, les les consoles de traitement informatique des (F-102). On note la grande hauteur de
la mâture surchargée d’antennes.
États-Unis mettent en garde l’Espagne : selon données. Il faut donc un bâtiment doté d’une
eux, le système AEGIS nécessite une plate- grande puissance électrique et possédant des
forme déplaçant au moins 7 000 t car il fait superstructures capables de supporter tout
appel à des éléments lourds et volumineux ; ce poids dans les hauts. En 1997, l’Espagne
à elles seules, les quatre antennes de l’AN/ prévoit de faire construire ses frégates par les
SPY-1 (qui font chacune 3,84 m sur 3,65 m) chantiers navals de l’entreprise publique Bazán,
cumulent près de 24 t ! Leur système d’ali- qui deviendra IZAR en 2000 puis Navantia [6]
mentation et de refroidissement, situés sous le en mars 2005.
79
ESPAGNE
80
FRÉGATES ! LA CLASSE
ÁLVARO DE BAZÁN (F-100)
u Profil bâbord du Cristóbal Colón (F-105). Absents
sur les autres unités de la classe, deux pylônes de
forme pyramidale ont été ajoutés en fosse centrale
entre les rampes inclinées et la seconde cheminée.
SERVICE
Fin janvier 1997, le gouvernement espagnol
donne son aval pour la construction de quatre
exemplaires du type F-100 qui entreront en ser-
vice entre 2002 et 2006. Cette année-là, une
cinquième unité est commandée en intégrant
quelques améliorations. Elle reçoit en effet des
moteurs Diesel plus puissants (Bazan Caterpillar
BRAVO 16V) ainsi qu’un propulseur d’étrave
rétractable de 850 kW, deux canons téléopérés
BAE Mk.38 Mod.2 de 25 mm en remplacement
des vieux Oerlikon, une version modernisée du
radar de veille tridimensionnelle (AN/SPY-1D(v)),
de nouveaux radars Indra Aries II LPI pour la
veille surface et la navigation, de nouveaux
systèmes de communication et des installations
aéronautiques permettant d’opérer un NH-90 ;
des changements qui augmentent sensiblement
son déplacement (6 391 t) tandis que le prix
grimpe de 430 millions d’euros pour les F-101 à
F-104 à près de 823 millions pour la F-105 ! Cette
hausse du coût unitaire et la crise économique
qui frappe alors l’Espagne sont les causes de
l’abandon du programme à partir de 2009 alors
qu’une F-106 était envisagée.
La frégate type F-100 connaît toutefois un cer-
tain succès à l’international puisqu’en 2007
l’Australie choisit le bâtiment de Navantia au
détriment du destroyer de la classe Arleigh Burke
proposé par l’architecte naval Gibbs & Cox pour
la construction de trois unités qui formeront la
classe Hobart à partir de 2017. Sur la base de
ce modèle, Navantia a également développé une
version réduite dont cinq exemplaires fabriqués
en Espagne ont été vendus à la Norvège pour
constituer la classe Fridtjof Nansen (F-310). Ces
modèles d’export sont tous deux équipés du
système AEGIS et de l’armement allant avec. LES UNITÉS DES LA CLASSE ÁLVARO DE BAZÁN
Nom Modex Mise sur cale Lancement Mise en service
Álvaro de Bazan F-101 14 juin 1999 31 octobre 2000 19 septembre 2002
[7] 707 kg avec une portée de 74 à 170 km, un
plafond de 24 400 m et une vitesse de Mach 3,5. Amiral Juan de Borbón F-102 Octobre 2001 28 février 2002 3 décembre 2003
Blas de Lezo F-103 28 février 2002 16 mai 2003 16 décembre 2004
[8] 280 kg avec une portée de 50 km
et une vitesse de Mach 4+. Méndez Núñez F-104 16 mai 2003 12 novembre 2004 21 mars 2006
Christophe Colomb F-105 29 juin 2007 4 novembre 2010 23 octobre 2012
[9] Mesures de soutien électronique et
contre-mesures électroniques.
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Des combats des raiders de surface aux batailles de LOS! HS 39 se concentre ainsi sur les trois pre-
convois entre escorteurs et U-Boote, la guerre navale mières années du conflit (1939-1941). Le récit
en Atlantique est un enchaînement complexe d’en- fait la part belle aux batailles des convois les plus
gagements plus ou moins connus et plus ou moins importants mais aussi aux opérations des corsaires
décisifs qui ont rythmé un conflit long de 68 mois. (les Widder, Thor et Kormoran) et des grands bâti-
Dans les deux prochains LOS! hors-série, Xavier Tracol ments de surface de la Kriegsmarine (Deutschland,
revient sur les principaux affrontements navals et Graf Spee, Admiral Scheer, Hipper, Scharnhorst,
aéronavals de la célèbre Bataille de l’Atlantique pour en Gneisenau et Bismarck) qui écumèrent l’océan
expliquer les causes, le déroulé et les conséquences, à cette époque. Comme d’habitude, le texte est
ainsi que les évolutions matérielles et tactiques qui accompagné d’une riche illustration et de cartes
les ont marqués. des différents engagements.