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Égalité des droits des femmes au Burkina Faso

Le document aborde la question de la non-discrimination à l'égard des femmes au Burkina Faso, en se basant sur la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDEF) ratifiée par le pays en 1984. Il souligne les avancées juridiques et les défis persistants liés à l'égalité des droits, notamment dans les domaines de la politique, de l'éducation et de la santé. Enfin, des recommandations sont formulées pour améliorer la situation des femmes, notamment en matière d'éducation et de représentation politique.
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Égalité des droits des femmes au Burkina Faso

Le document aborde la question de la non-discrimination à l'égard des femmes au Burkina Faso, en se basant sur la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDEF) ratifiée par le pays en 1984. Il souligne les avancées juridiques et les défis persistants liés à l'égalité des droits, notamment dans les domaines de la politique, de l'éducation et de la santé. Enfin, des recommandations sont formulées pour améliorer la situation des femmes, notamment en matière d'éducation et de représentation politique.
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LE BURKINA FASO ET LA

NON DISCRIMINATION A L’EGARD DES FEMMES


par Myriam Konsimbo,
Magistrat, Direction de la Promotion
et de la vulgarisation des droits humains

I. Introduction

L’égalité est la pierre angulaire de toute société démocratique qui aspire


à la justice sociale et à la réalisation des droits humains. Or, dans la quasi
totalité (sinon la totalité) des sociétés et dans tous les domaines d’acti-
vités, le constat est que les femmes sont victimes d’inégalités, tant de
droit que de fait. Les causes et les conséquences de cette situation ne
sont pas les mêmes dans tous les pays, mais la discrimination à l’égard
des femmes existe partout, perpétuée par la persistance de stéréotypes,
de pratiques et de convictions socioculturelles qui portent d’énormes
préjudices aux femmes.

Cela a amené l’Assemblée générale des Nations Unies, le 18 décembre


1979, à adopter la Convention sur l’élimination de toutes les formes de
discrimination à l’égard des femmes (CEDEF). Celle-ci peut être définie
comme une déclaration de droits pour les femmes puisqu’elle énonce en
détail à la fois ce qui doit être considéré comme une discrimination
contre les femmes et les mesures qui doivent être prises pour éliminer
cette discrimination.

Les droits des femmes étant des droits humains, ils sont considérés
comme étant violés si l’on refuse aux femmes les mêmes droits qu’aux
hommes. La Convention est entrée en vigueur le 3 septembre 1981. Le
Burkina Faso a ratifié la CEDEF le 28 novembre 1984.

Novembre 2004 55
Myriam Konsimbo Le Burkina Faso et la non discrimination à l'égard des femmes

II. Dispositions de la Convention l’exercice de leurs droits légaux, de même que dans le droit du mariage
et de la famille. C’est par exemple la capacité juridique (conclusion de
Les dispositions de la Convention sont divisées en six parties. contrats, administration de ses biens), le droit de contracter mariage, de
choisir librement son conjoint, le droit égal à l’homme pour toutes les
Première partie : articles 1 à 6 questions se rapportant aux enfants, etc…

Ces articles comprennent la définition de la discrimination à l’égard des Cinquième partie : articles 17 à 22
femmes. Ils indiquent en outre les mesures légales, administratives et
autres qui devraient être prises par les États parties dans le cadre de la Ces articles traitent de la constitution d’un comité pour l’élimination de
Convention. la discrimination à l’égard des femmes, chargé d’examiner les progrès
réalisés par les États parties dans l’application de la Convention. À cet
Deuxième partie : articles 7 à 9 égard, les États parties à la Convention s’engagent à présenter au
Secrétaire général de l’organisation des Nations Unies, pour examen par
Ils contiennent les obligations des États dans le domaine de la protection le Comité, leurs rapports périodiques de mise en œuvre de la
des droits de la femme dans la vie politique et publique : droits de vote Convention. Ces rapports doivent faire état des mesures d’ordre législa-
et d’éligibilité ; droit de participation à la vie publique à travers l’occupa- tif, judiciaire, administratif ou autre, prises par les États pour donner
tion des emplois publics, l’action au sein des ONG et associations ; effet aux dispositions de la CEDEF. Chaque État doit présenter son rap-
droits relatifs à l’acquisition, au changement et à la conservation de la port dans l’année suivant l’entrée en vigueur de la Convention et, par la
nationalité. suite, tous les quatre ans.

Troisième partie : articles 10 à 14 Sixième partie : articles 23 à 30

Ces articles contiennent les dispositions concernant l’élimination de la Ces articles portent sur d’autres problèmes et procédures, y compris la
discrimination à l’égard des femmes dans le domaine de l’éducation, de disposition permettant de faire une réserve tout en ratifiant ou en adhé-
l’emploi, de la santé et de la vie économique, sociale et culturelle. Il rant à la Convention.
incombe aussi aux États parties de tenir compte des problèmes particu-
liers qui se posent aux femmes rurales, vu l’important rôle qu’elles jouent Le Protocole facultatif
dans la vie économique de leurs familles (travail non monétaire) et de
e
prendre par conséquent toutes les mesures appropriées pour leur assu- Il a été adopté le 5 octobre 1999 par la 43 session de la commission de
rer certains droits tels l’accès à la terre, aux crédits, à la formation et à la condition de la femme des Nations Unies. En vertu de ce Protocole,
l’éducation afin qu’elles accroissent leurs compétences techniques, etc… toute femme victime de discrimination peut, après avoir épuisé toutes
les voies de recours internes, saisir le Comité. La plainte peut être dépo-
Quatrième partie : articles 15 à 16 sée par l’intéressée elle-même ou en son nom par un groupe de per-
sonnes (association ou ONG).
L’on retrouve dans cette partie les dispositions concernant la reconnais-
sance de l’égalité des femmes avec les hommes devant la loi, dans

56 Éduquer aux droits de l’homme : des repères pour l’action Novembre 2004 57
Myriam Konsimbo Le Burkina Faso et la non discrimination à l'égard des femmes

III. L’application de la CEDEF au Burkina Faso tion. L’arsenal juridique lui est cependant favorable, car le Code des per-
sonnes et de la famille de 1990 a opéré une véritable révolution du droit
Plusieurs textes de lois ou mesures administratives ont été pris au plan de la famille. Il contient des dispositions qui respectent scrupuleusement
interne après la ratification de la CEDEF. Ils s’efforcent d’en respecter les l’égalité de droits entre hommes et femmes. Cependant, il comporte
dispositions ou en tout cas l’esprit. Ainsi, les principales lois régissant quelques insuffisances comme la fixation de l’âge du mariage qui est de
les domaines de la vie ne comportent, au plan théorique, aucune discri- dix-sept ans pour les filles et de vingt ans pour les garçons, avec une
mination à l’égard des femmes : Code des personnes et de la famille possibilité de dispense respectivement de quinze ans et dix-huit ans. En
(1990), Code du travail (1992), Code pénal (1996), Code électoral outre, pendant que le mari peut désavouer l’enfant né dans le mariage en
(1992). faisant la preuve par tous les moyens, la femme, pour contester la pater-
nité du mari, doit remplir quatre conditions, c’est-à-dire : divorcer, épou-
En outre, des mesures temporaires spéciales sont régulièrement prises ser le vrai père, intenter l’action dans les six mois du remariage et avant
en vue d’instaurer une égalité de fait entre l’homme et la femme : distri- les sept ans de l’enfant.
bution gratuite de manuels scolaires et octroi de bourses aux filles, créa-
tion de structures chargées de la promotion de l’éducation des filles qui Les droits politiques
se justifient par le faible taux de scolarisation chez les filles.
Les femmes doivent être à même de participer à la vie politique et
Égalité devant la loi publique dans des conditions d’égalité avec les hommes (article 7 de la
CEDEF). Au Burkina, l’environnement juridique, une fois de plus, est
er
Ce principe affirmé par l’article 15 alinéa 1 de la CEDEF est garanti théo- favorable, mais le constat est que, au niveau des partis politiques, les
riquement par les textes burkinabés. femmes sont les meilleures électrices mais peu nombreuses sur les
listes de candidats présentés. Lorsqu’elles y figurent, elles ne sont pas
Toutefois, dans la pratique, les femmes éprouvent des difficultés d’accès en général dans une position avantageuse. Leur faible représentation
à la justice pour des raisons d’ordre socioculturel et économique : l’opi- dans les sphères de prise de décision est une réalité incontestable au
nion publique est, par exemple, largement défavorable à l’initiative prise Burkina.
par la femme d’intenter un procès contre son conjoint ; les femmes sont
les plus touchées par l’analphabétisme, la méconnaissance des textes, la Le droit à l’emploi
pauvreté.
Le code du travail burkinabé contient des mesures de protection de la
Égalité dans les relations familiales femme au travail, mais l’accès à l’emploi fait souvent des femmes des
victimes de harcèlement sexuel. De plus les femmes n’occupent pas
C’est l’article 16 de la CEDEF qui stipule que la femme a les mêmes vraiment des postes à responsabilité. Par exemple en 2002, on a enre-
droits que l’homme dans le mariage et pour l’organisation de la vie fami- gistré 13 députés femmes sur 111 députés élus au total, 4 femmes
liale. Il faut souligner que la famille est souvent le domaine de prédilec- ministres sur 30 nommés au total et 3 femmes ambassadrices sur 28
tion des discriminations à l’égard des femmes. Au Burkina Faso, cette nommés.
situation est due en partie aux coutumes et traditions qui font de la
femme un être soumis, se complaisant même parfois dans cette posi-

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Myriam Konsimbo Le Burkina Faso et la non discrimination à l'égard des femmes

La critique souvent formulée à l’encontre du Code de sécurité sociale est Au Burkina, plusieurs pratiques, telles les mutilations génitales fémi-
que le veuf valide ne peut pas bénéficier de la pension en cas de décès nines, réprimées par le Code pénal, fragilisent davantage la santé des
de son épouse : cela signifie que celle-ci aurait cotisé pour rien, et c’est femmes.
une injustice pour l’homme.
Un Comité National a été crée pour lutter contre ces pratiques. C’est le
Une loi portant sur la réforme agraire et foncière rend l’accès à la terre Comité National de Lutte contre la Pratique de l’Excision (CNLPE).
aux femmes, dans des conditions d’égalité avec les hommes, mais l’ap-
plication de la loi est rendue difficile par les pesanteurs socio-culturelles, IV. Les recommandations du Comité
surtout en zone rurale.
L’article 17 de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de dis-
Le droit à l’éducation crimination à l’égard des femmes institue un Comité qui est chargé de suivre
l’application des dispositions de la Convention. Ce Comité est un mécanis-
Le système éducatif burkinabé n’est pas discriminatoire, mais le taux de me de suivi de mise en œuvre de la Convention par les États qui l’ont rati-
scolarisation est plus élevé chez les garçons que chez les filles, du fait fiée. Sa tâche consiste essentiellement à examiner les rapports des États et
des pesanteurs socioculturelles et de l’ignorance. Fort heureusement, faire des suggestions et des recommandations à la suite de cet examen.
tout est mis en œuvre depuis quelques années pour combler le fossé à
travers, notamment, des mesures spéciales temporaires. Le Burkina Faso a ratifié la CEDEF en 1984. En juillet 2003, il a déposé
auprès des instances des Nations Unies, les quatrième et cinquième rap-
Le PDDEB adopté en 1999 ambitionne de réduire les disparités entre ports cumulés, couvrant la période 1994 à 2002. Le 20 septembre 1993,
filles et garçons et de relever le taux brut de scolarisation et le taux d’al- une Commission nationale de lutte contre les discriminations (CONAL-
phabétisation. En 2003-2004 on enregistrait un taux brut de scolarisa- DIS) a été créée. Elle est composée de 36 membres représentant les
tion de 52,5 p. cent dont 38,2 p. cent pour les filles et 49,6 p. cent pour ministères techniques, les ONG et associations féminines, mouvements
les garçons. de défense des droits humains et autorités religieuses.

Le droit à la santé La Commission a pour rôle de suivre et évaluer la mise en œuvre de la


Convention au plan interne. La présentation des rapports donne lieu à
L’accessibilité aux soins de santé par les femmes est rendue difficile par des suggestions et recommandations.
leur faible pouvoir économique, le manque d’infrastructures, l’ignoran-
ce, etc… Après la présentation des deuxième et troisième rapports périodiques, le
Comité a relevé quelques préoccupations qui sont, entre autres :
Malgré l’adoption et la mise en œuvre du Plan National de développe-
ment Sanitaire (PNDS), la situation des femmes demeure précaire. En • la persistance des pratiques socioculturelles qui accentuent les stéréo-
2003, le taux de mortalité était de 5,8 p. mille. Le taux de Mortalité types ;
Infantile Juvénile de 219 p. mille, le taux de Mortalité Maternelle de 480 • l’absence de textes législatifs et de politiques qui protègent spécifique-
pour 100 000 naissances. ment les femmes victimes de violences familiales et sexuelles ;
• le faible niveau de représentation des femmes dans la sphère politique ;

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Myriam Konsimbo

• la précarité de l’état de santé des femmes, en particulier chez celles LE BURKINA FASO ET LA
vivant en milieu rural ; CONVENTION RELATIVE AUX DROITS DE L’ENFANT
• les niveaux de mortalité maternelle et infantile toujours élevés ;
par Myriam Konsimbo
• etc.

Au regard de ces constats, le Comité a formulé des recommandations


sur : Q
• la priorité à accorder à l’éducation des filles et des femmes ;
• la lutte contre l’analphabétisme des filles et des femmes ; Présentation
• l’importance à accorder à l’éducation civique et à l’enseignement des
droits fondamentaux de la personne humaine ; L’Assemblée Générale des Nations Unies a adopté la Convention relative
• les mesures législatives pour protéger les femmes des violences fami- aux droits de l’enfant en 1989. Elle est entrée en vigueur en 1990. Au 9
liales et sexuelles ; décembre 2002, 191 États étaient parties à la Convention. Le Burkina
• l’application du système de quota pour accroître la participation de la Faso l’a ratifiée le 23 juillet 1990. La Convention contient 54 articles et
femmes à la vie politique. couvre tout l’éventail des droits humains de l’enfant : civils, politiques,
économiques, sociaux et culturels. Elle définit, dès son article premier,
Les quatrième et cinquième rapports cumulés ont été préparés sur des l’enfant comme une personne âgée de moins de 18 ans.
bases participatives permettant au gouvernement, aux partenaires des
Nations Unies, aux ONG et à la société civile de se concerter largement Il existe deux protocoles facultatifs à la CDE : l’un relatif à la participa-
sur les niveaux d’atteinte des objectifs et sur les divers problèmes ren- tion des enfants aux conflits armés, l’autre concernant la vente d’enfants,
contrés lors de leur exécution. Le projet de rapport a été rédigé par un la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des
consultant indépendant qui a travaillé conjointement avec une personne- enfants.
ressource dans le domaine des droits de la femme et de l’enfant. Tout au
long du processus, la CONALDIS a largement fait appel aux institutions
et à toutes les personnes jugées susceptibles de fournir des renseigne- II. Principes de la Convention
ments utiles.
La Convention énonce quatre principes fondamentaux que sont l’intérêt
supérieur de l’enfant, la garantie de jouissance des droits par les enfants
sans discrimination d’aucune sorte, la liberté d’expression de l’enfant et
sa participation dans la prise de décision affectant ses droits.

La non-discrimination

La Convention pose comme principe que l’enfant ne doit pas être victi-
me de discrimination, simplement du fait qu’il soit enfant. Il faut accor-

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Myriam Konsimbo Le Burkina Faso et la Convention relative aux droits de l'enfant

der aux enfants la même valeur que celle conférée aux adultes. La consé- avec discernement. Cela signifie que le mineur peut être condamné à la
quence de ce principe est que la société a l’obligation de créer les condi- peine de mort.
tions permettant aux enfants de jouir de leur enfance.
Les contradictions quant à elles sont essentiellement relatives à l’âge de
L’intérêt supérieur la responsabilité qui varie selon qu’il s’agit de la majorité civile(20 ans
revolu), de la majorité pénale(18 ans), de l’âge minimum pour la scola-
Il implique que toute décision concernant l’enfant doit tenir compte de rité (16 ans) ou pour l’emploi (14 ans). Cela ne permet pas une protec-
l’intérêt de celui-ci. tion cohérente du mineur.

Le respect de l’opinion La présentation des rapports au Comité peut donner lieu à des sugges-
tions et recommandations d’ordre général formulées par celui-ci à l’en-
Dès lors que les enfants sont considérés comme sujets de droit, il va de droit de l’État. Le Burkina Faso, après avoir ratifié la Convention en 1990,
soi que leur opinion soit respectée. L’enfant possède les libertés d’ex- a présenté son rapport initial en 1994. Ce dernier a fait l’objet de recom-
pression, de pensée, de conscience et d’association. mandations par le Comité. Il en est de même du deuxième rapport du
Burkina Faso sur la mise en œuvre de la Convention, présenté au Comité
Le droit à la vie et au développement en septembre 2002.

Tout enfant (simplement conçu) a des droits. Son droit à la vie doit être Pour donner une suite aux engagements de l’Etat découlant de la ratifi-
respecté ; tout doit être mis en œuvre pour assurer sa survie et assurer cation de la CDE, le gouvernement a crée des structures chargées du
sa préparation à la vie d’adulte. suivi de cette convention au niveau national. Il s’agit essentiellement du
Comité National chargé du suivi et de l’évaluation du Plan d’action natio-
III. Le Burkina et la CDE nal pour l’enfance (PAN-Enfance). Ce comité est composé de représen-
tants de certains ministères (une quinzaine), des associations, ONG,
Le Burkina Faso s’efforce de prendre les mesures nécessaires pour une autorités religieuses et coutumières (quinze).
effectivité des droits de l’enfant, mais reste limité par l’insuffisance des
moyens financiers et la persistance de certaines pratiques ou traditions Pour assurer le suivi de la mise en œuvre de la CDE, le Comité s’est doté
défavorables aux enfants. Dans l’ensemble, la législation burkinabé est d’un Secrétariat permanent qui supervise l’élaboration des rapports.
protectrice des droits de l’enfant (CPF, Code pénal, Code du travail),
même si l’on constate quelques insuffisances et contradiction. IV. Les recommandations du Comité des droits de l’enfant
Au titre des premières, il faut déplorer l’inexistence de juridiction spé-
cialisées pour mineurs et de procédures pénales adaptées à leur statut. Après la présentation du rapport initial, le Comité a formulé les sugges-
La loi n°19-61/AM du 09 mai 1961 est celle qui s’applique aux mineurs tions et recommandations suivantes :
en conflit avec la loi, mais elle est largement dépassée. En effet, elle • l’élaboration et l’application effective d’une stratégie globale visant à
contient des dispositions qui permettent qu’un enfant de 16 ans au éliminer la discrimination à l’égard des fillettes et des femmes com-
moins encourt les mêmes peines qu’un majeur s’il est prouvé qu’il a agi prenant a) la lutte contre les pratiques persistantes telles que le maria-
ge forcé, l’excision et les violences familiales ; b) la diffusion large de

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Myriam Konsimbo Le Burkina Faso et la Convention relative aux droits de l'enfant

connaissances relatives aux méthodes modernes de planification fami- • la diffusion de la Convention par l’information, la formation et la sensi-
liale ; bilisation ;
• l’harmonisation de la législation nationale avec les dispositions de la • le développement des services sociaux et de santé de base (santé, édu-
Convention (par exemple : âge du mariage) ; cation, eau potable) ;
• l’élaboration d’un texte législatif global sur les droits de l’enfant ; • le respect des opinions de l’enfant et la participation de celui-ci à toutes
• la formation suffisante des personnels qui s’occupent des enfants les affaires le concernant ainsi que la sensibilisation des adultes à ce
(enseignants, éducateurs sociaux, personnels judiciaires) ; sujet ;
• la nécessité pour le Burkina de solliciter l’aide extérieure au regard de • l’enregistrement des naissances (environ 20 [Link] seulement des
ses ressources financières limitées et qui ne sont pas de nature à don- enfants sont déclarés à l’état civil à leur naissance) ;
ner suite aux recommandations du Comité. Il s’agit notamment de l’as- • l’interdiction des mauvais traitements, plus précisément la nécessité
sistance technique dans le domaine de l’administration de la justice d’améliorer les conditions de détention des enfants (dans les commis-
pour mineurs auprès du Centre pour les droits de l’homme. sariats de police, les brigades de gendarmerie, les prisons) ;
• la mise en place d’un système efficace de recouvrement de la pension
À l’issue du second rapport, le Comité a fait des suggestions et recom- alimentaire ;
mandations, mais a regretté avant tout qu’un certain nombre des préoc- • la protection des enfants contre les sévices et le défaut de soins, par
cupations qu’il avait exprimées et des recommandations qu’il avait for- exemple l’interdiction des châtiments corporels dans les écoles et dans
mulées à la suite de la présentation du rapport initial n’aient pas été suf- la famille ;
fisamment prises en considération. • l’amélioration du système de santé à travers la mise en œuvre de pro-
grammes et de politiques visant à réduire l’incidence de la mortalité
Entre les deux rapports, en effet, peu de choses ont été faites, mais le maternelle, infantile et infanto-juvénile et à combattre la malnutrition, le
Comité s’est notamment réjoui de l’adoption d’un Plan d’action national paludisme, les épidémies diverses ;
pour l’enfance (PAN/ Enfance) pour les périodes successives de 1991- • le renforcement des programmes d’éducation sexuelle et d’information
2000 et 2001-2005. en matière de santé génésique ;
• la prévention du VIH/SIDA, l’accessibilité aux soins ;
Les recommandations issues du second rapport peuvent se résumer • la lutte contre la pratique des mutilations génitales féminines et les
comme suit : tabous alimentaires ;
• la nécessité d’assurer la pleine mise en œuvre du Plan d’action natio- • la collecte de données statistiques pertinentes et détaillées sur les
nal (par exemple, doter les structures de ressources financières et enfants handicapés afin de permettre leur prise en compte dans l’éla-
humaines conséquentes) ; boration de politiques et de programmes qui leur sont destinés ;
• la nécessaire coordination des actions en faveur des enfants ; • la collaboration et la coordination des efforts entre société civile et
• la dynamisation de la Commission nationale des droits humains afin autorités locales ;
qu’elle puisse recevoir et traiter des plaintes contre les violations des • l’accès à l’éducation dans des conditions d’égalité ;
droits de l’enfant ; • la prise de mesures spéciales de protection contre l’exploitation éco-
• la mise au point d’un système de collecte de données et d’établisse- nomique et le travail des enfants, la vente, la traite et les enlèvements,
ment d’indicateurs désagrégés par sexe, âge, zone urbaine et rurale ; l’exploitation sexuelle à des fins commerciales et pornographiques ;

66 Éduquer aux droits de l’homme : des repères pour l’action Novembre 2004 67
Myriam Konsimbo

• la réforme de la justice relative à l’administration de la justice pour


mineurs ;
• la ratification des deux protocoles facultatifs se rapportant à la CDE,
l’un sur la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la pornogra-
phie mettant en scène des enfants, l’autre sur l’implication d’enfants
dans les conflits armés ;
• la large diffusion du deuxième rapport périodique.

Une brève analyse conduit au constat suivant : les recommandations


concernent en réalité tous les domaines, certes, mais certains moins que
d’autres. Mais il faut tirer une conclusion : beaucoup de choses restent
à faire pour les enfants au Burkina Faso.

DEUXIÈME PARTIE

Le droit à l'éducation

68 Éduquer aux droits de l’homme : des repères pour l’action

Common questions

Alimenté par l’IA

La CEDEF est divisée en six parties, détaillant la définition de la discrimination à l'égard des femmes et les mesures légales, administratives et autres à prendre pour éliminer cette discrimination . Elle comprend également des articles sur l'égalité devant la loi, les droits dans la vie politique et publique, et l'égalité dans le mariage et la famille . Les mesures incluent la définition et la reconnaissance des droits légaux et l'instauration d'un comité pour surveiller l'application de la Convention .

Les recommandations ont conduit à la formulation de politiques visant à améliorer l'accès des femmes rurales à des ressources essentielles telles que la terre, les crédits et l'éducation, reconnaissant leur rôle économique crucial malgré leurs contributions non monétaires . Cependant, des lacunes persistent dues à la persistance des stéréotypes socioculturels qui continuent de limiter leur accès à ces droits .

Les pratiques identifiées incluent le mariage forcé, l'excision, et les violences familiales, qui perpétuent les stéréotypes de genre . Le Comité a recommandé une stratégie globale pour éliminer ces pratiques, incluant la diffusion de méthodes modernes de planification familiale et l'élaboration d'une législation harmonisée avec la Convention pour supprimer les discriminations .

Les obstacles majeurs incluent le manque de juridictions spécialisées pour mineurs et de procédures pénales adaptées, ce qui signifie que des mineurs peuvent être traités comme des adultes en matière de sanction . De plus, les incohérences dans l'âge de la responsabilité et le faible enregistrement des naissances posent des défis significatifs . Le Plan d'action manque de ressources financières et humaines adéquates .

La non-discrimination envers l'enfant est un principe fondamental de la Convention, stipulant que chaque enfant doit jouir de tous les droits sans discrimination . Au Burkina Faso, la mise en œuvre de ce principe est essentielle pour lutter contre les discriminations basées sur le genre, l'origine ethnique ou le statut social dans le contexte de défis économiques et éducatifs persistants .

Le Comité évalue les progrès des États en examinant les rapports périodiques soumis, prodiguant ensuite des recommandations et suggestions . Pour le Burkina Faso, le Comité a critiqué le manque de progrès significatif entre les divers rapports, signalant le besoin d'un Plan d'action national efficace et d'une meilleure coordination et collecte de données .

Le rapport initial a souligné les incohérences dans la législation, comme l'absence de juridictions pour mineurs et l'application stricte de la loi sur les mineurs en conflit avec la loi . Les recommandations ont insisté sur l'harmonisation de la législation et la création de procédures adaptées, influençant ainsi la nécessité de réformes législatives pour aligner les lois avec les normes internationales .

L'absence de plaintes formelles traitées par la Commission nationale des droits humains rend difficile l'établissement d'un diagnostic précis des violations des droits de l'enfant, limitant ainsi l'efficacité des politiques correctives . Cela entrave également la mise en place de mesures spécifiques pour protéger les enfants, comme l'interdiction des châtiments corporels et l'amélioration des conditions de détention .

Les structures créées, telles que celles promouvant l'éducation des filles, sont essentielles pour augmenter leur taux de scolarisation, contribuant ainsi à réduire les inégalités éducatives et économiques entre les sexes . Les mesures comme la distribution de manuels scolaires et l'octroi de bourses aux filles sont cruciales pour encourager la scolarisation et l'autonomisation des femmes .

Les principaux défis incluent les difficultés d'accès à la justice pour les femmes, dues aux obstacles socioculturels et économiques, comme le rejet de l'opinion publique face à l'idée qu'une femme intente un procès contre son conjoint . Malgré l'arsenal juridique favorable, les coutumes et traditions persistent à discriminer les femmes dans la vie familiale, comme la fixation inégale de l'âge du mariage . En pratique, les femmes sont aussi sous-représentées dans la sphère politique, malgré le cadre juridique favorable .

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