Variabilité Pluviométrique et Sécheresse au Tchad
Variabilité Pluviométrique et Sécheresse au Tchad
, 23 (2014) 13 - 30 13
ISSN 1813-3290, [Link]
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* Correspondance, e-mail : bedabdoulaye@[Link]
RÉSUMÉ
ABSTRACT
Impact of rainfall fluctuations and drought in the Southern Chad:
effects of climatic change
I - INTRODUCTION
Le Tchad, est l’un des pays du Sahel qui souffre de la pénurie d’eau d’une
saison à une autre, et d’une année à une autre. Pour tenter d’élucider ce
problème de manque d’eau, il est indispensable d’analyser les séries
pluviométriques et d’évaluer l’effet de leur variabilité, en fonction du
changement climatique. L’extension spatiale de la sécheresse est
généralement plus importante que celle des autres risques naturels et ses
impacts sont non structuraux et difficiles à quantifier. Comparé aux autres
phénomènes hydrologiques, telles que les inondations, le développement des
sécheresses est lent. De plus il est très difficile d'identifier son début et sa fin.
D’un point de vue météorologique, la sècheresse peut se définir comme un
comportement anormal mais récurrent du climat lié essentiellement à
l’absence de précipitations que reçoit une région dans un laps de temps
déterminé. L’analyse de la récurrence et de la persistance de ce phénomène
par des méthodes scientifiques cherche à établir une estimation des durées et
des probabilités qui pourront contribuer à la planification de stratégies de
mobilisation et de gestion des ressources en eau.
II - MATÉRIEL ET MÉTHODES
La région du Sud du Tchad est située entre les longitudes 14° et 22° Est et les
latitudes 7° et 11° Nord (Figure 1). Dans cette zone, la disponibilité en eau
est à la fois source de vie et base de toute activité économique et agricole.
Cette région du pays reçoit en moyenne une pluviométrie d'environ 1000 mm
par an et doit affronter de très sérieux problèmes liés au manque d’eau
caractérisé par une distribution spatiale et temporelle très irrégulière des
précipitations d'une station à l'autre. C'est dans ce contexte que nous
proposons de faire l'étude des données pluviométriques observées au niveau
du sud Tchadien afin de dégager les caractéristiques de la sécheresse
météorologique.
En effet, le Sud du Tchad forme une très vaste zone aux reliefs très variés,
marqué par une saison sèche qui débute d'Octobre à Avril et une saison de
pluie de Mai à Septembre. Cette zone est essentiellement dominée par les
activités agro-pastorales qui occupent près de 90% de la population active.
Ces activités sont centrées sur les cultures de rente que sont le coton, la cane
à sucre, la gomme arabique, les arachides, le haricot etc. qui ont fait la gloire
de la région bien qu'elle soit une zone pétrolière. Les céréales (mil, sorghos,
maïs, riz,...), l’igname et autres tubercules constituent les principales cultures
de subsistance. Bien que faiblement mécanisé, ce secteur présente une
faiblesse essentielle due au fait que l'agriculture est fortement pluviale.
II-2. Données
Les services de la Météorologie Centrale du Tchad de cette région du sud
sont souvent de qualité due au rôle capital qu'ils doivent jouer pour participer
à l'essor du secteur agro-pastorale de la région. Cette attention accordée à ces
services a généré une certaine crédibilité qui peut aujourd'hui être accordée
aux données des stations météorologiques situées dans cette zone. Les onze
(11) stations pluviométriques implantées dans les principales villes sont
homogènement réparties dans la zone d'étude retenue (Figure 1).
II-3. Méthodologie
Le SPI est calculé à partir des séries mensuelles de précipitations pour deux
pas de temps (1ans, 49 ans) et pour chaque station.
SPI à Léré
3
Indice de Sécheresse
2
1
0
-1
-2
-3
1963 1969 1975 1981 1987 1993 1999 2005
1960 1966 1972 1978 1984 1990 1996 2002 2008
Années
SPI à Baibokoum
3
Indice de Sécheresse
2
1
0
-1
-2
-3
1963 1969 1975 1981 1987 1993 1999 2005
1960 1966 1972 1978 1984 1990 1996 2002 2008
Années
SPI à Am-Timan
4
Indice de Sécheresse
3
2
1
0
-1
-2
-3
1963 1969 1975 1981 1987 1993 1999 2005
1960 1966 1972 1978 1984 1990 1996 2002 2008
Années
SPI à Guelendeng
4
Indice de Sécheresse
3
2
1
0
-1
-2
-3
1963 1969 1975 1981 1987 1993 1999 2005
1960 1966 1972 1978 1984 1990 1996 2002
Années
La période normale est définie comme étant une période où la moyenne des
précipitations annuelles tend vers la moyenne de la pluviométrie totale avec une
fluctuation inégalement repartie de part et d’autre de zéro (0). Par contre pour les
stations de l'Est (Am-Timan) et du Nord (Guelendeng), on observe une période
d'excédent pluviométrique qui va de 1960 à 1980 puis alternée par des périodes
sèches et humides. On note par ailleurs une décroissance des précipitations à
partir des années 1999 jusqu'à nos jours. Cette observation est en accord avec les
études faites sur les précipitations en Afrique de l'Ouest [21]. La répercussion
directe de la baisse des précipitations est visible sur la végétation naturelle et sur
les cultures, ainsi que sur les autres activités humaines telles que l'élevage. La
dégradation du tapis végétal est généralisée dans cette zone [22]. Dans la partie
cultivée (plaine du Chari-logone, par exemple), la réduction des débordements
dans les plaines inondables a entraîné une baisse des surfaces cultivables [22].
sécheresse 3,00
2,00
Indice de
1,00
0,00
-1,00
-2,00
-3,00
1960
1964
1968
1972
1976
1980
1984
1988
1992
1996
2000
2004
2008
Années
1200
Précipitation en mm
1000
800
600
400
200
0
1960
1962
1964
1966
1968
1970
1972
1974
1976
1978
1980
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
Période
1200
Précipitations en mm
1000
800
600
400
200
0
1960
1963
1966
1969
1972
1975
1978
1981
1984
1987
1990
1993
1996
1999
2002
2005
2008
Période
2000 2000
1500 1500
Somme des écarts à la moyenne
500 500
0 0
-500 -500
-1000 -1000
-1500 -1500
-2000 -2000
1959
1961
1963
1965
1967
1969
1971
1973
1975
1977
1979
1981
1983
1985
1987
1989
1991
1993
1995
1997
1999
2001
2004
2006
2008
1959
1961
1963
1965
1967
1969
1971
1973
1975
1977
1979
1981
1983
1985
1987
1989
1991
1993
1995
1997
1999
2001
2004
2006
2008
Période d'étude Période d'étude
2000 2000
1500 1500
Somme des écarts à la moyenne
1000 1000
500 500
0 0
-500 -500
-1000 -1000
-1500 -1500
-2000 -2000
1959
1961
1963
1965
1967
1969
1971
1973
1975
1977
1979
1981
1983
1985
1987
1989
1991
1993
1995
1997
1999
2001
2003
2005
2007
1959
1961
1963
1965
1967
1969
1971
1973
1975
1977
1979
1981
1983
1985
1987
1989
1991
1993
1995
1997
1999
2001
2003
2005
2007
IV - CONCLUSION
REMERCIEMENTS
RÉFÉRENCES
[4] - Svoboda, M., Le Compte, D., Hayes, M., Heim, R., Gleason, K., Angel,
J., Rippey, B., Tinker, R., Palecki, M., Stooksbury, D., Miskus, D., et
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[5] - McKee TB, Doesken NJ, et Kleist J., 1993: The relationship of drought
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[8] - McKee TB, Doesken NJ, et Kleist J.,1995: Drought monitoring with
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Water Resour. Management, 17, 273–296.
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robustesse de quelques tests utilisés pour vérifier l'homogénéité de
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[16] - Hubert P., Carbonnel J.P., et Chaouche A., 1989: Segmentation des
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[17] - Vannitsen S. et Demarée G., 1991 : Détection et modelisation des
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Le SPI permet de quantifier la sécheresse en utilisant la distribution des fréquences des précipitations ajustée à une distribution Gamma. Des valeurs de SPI inférieures à -1 signalent des sécheresses avec différentes intensités : modérée jusqu'à -1,49, sévère jusqu'à -1,99, et extrêmement sévère à partir de -2 . Cette méthode aide à détecter les périodes comme celle de 1980-1987 qui a atteint une sévérité extrême .
La distribution Gamma est utilisée pour ajuster les fréquences des précipitations avec l'objectif d'estimer le SPI. Cette approche assure que le SPI reflète fidèlement la variabilité des précipitations à différentes échelles de temps et permet de distinguer les années sèches des années humides . Les paramètres de cette distribution sont calculés pour chaque station et chaque échelle de temps .
Les baisses de précipitations après 1980 au sud du Tchad ont entraîné une dégradation du tapis végétal, une réduction des surfaces cultivables avec des conséquences agricoles significatives, ainsi qu'une diminution des débits d'eau des rivières comme le Logone et le Chari . Ces changements ont affecté l'agriculture et l'élevage, essentiels pour la subsistance locale .
La variabilité pluviométrique au sud du Tchad entre 1960 et 2008 est principalement attribuée aux séquences sèches et humides détectées par l'analyse des séries chronologiques des précipitations. Des tests statistiques comme le Buishand, la segmentation d’Hubert, et la régression linéaire confirment des périodes de sécheresse modérées (1965-1967, 2002-2005) et extrêmement sévères (1980-1987). La baisse des précipitations est visible à travers l'évolution décroissante des tendances des précipitations annuelles, en partie due aux changements climatiques globaux .
La régression linéaire a été utilisée pour déterminer la tendance des précipitations annuelles au sud du Tchad, révélant une baisse généralisée. Par exemple, la pente de régression estimée à -0,6725 pour Baibokoum et -2,5754 pour Moundou indique une décadence continue sans croissance dans les précipitations annuelles sur les 40 dernières années .
La sécheresse de 1980-1987 au Tchad est classée comme extrêmement sévère avec un SPI de -2,5. Cette période a été marquée par un déficit pluviométrique important, atteignant jusqu'à 88 % en écart-type, ce qui a provoqué des impacts étendus sur l'environnement et les ressources hydriques .
La station de Léré réussit à maintenir une période normale de précipitations en partie à cause de sa situation géographique. Située à une altitude de 304 mètres avec des petits cours d'eau et des petites montagnes, cela crée potentiellement des conditions microclimatiques favorables limitant le déficit pluviométrique par rapport aux autres régions .
L'année 1980 a été l'année de rupture la plus significative dans les séries pluviométriques du sud du Tchad. Elle est notable car elle marque le début de la sécheresse sévère de 1980-1987, impactant lourdement la région et concordant avec les événements climatiques observés dans d'autres régions sahéliennes .
Les tests statistiques de Buishand, la segmentation d’Hubert, et la régression linéaire ont été appliqués pour examiner les précipitations au Tchad. Ces tests ont permis de confirmer la variabilité pluviométrique significative, identifier les périodes de sécheresse et valider la tendance à la baisse des précipitations observée dans les données .
Les défis principaux incluent la nécessité de considérer les fluctuations naturelles complexes des précipitations, intégrant des périodes alternantes sèches et humides. Cette complexité nécessite des méthodes robustes comme l'analyse des séries chronologiques et l'ajustement à des distributions spécifiques comme la distribution Gamma pour le calcul du SPI, garantissant une évaluation statistique précise et fiable .