Secteur informel en RDC : Performances et défis
Secteur informel en RDC : Performances et défis
Le Secteur informel
en milieu urbain en République
Démocratique du Congo :
Performances, insertion, perspectives.
Principaux résultats de la phase 2
de l’enquête 1-2-3 2004-2005
RESUME
La République Démocratique du Congo a connu une histoire très mouvementée au cours des trois
dernières décennies. Les données statistiques socio-économiques de base ont été quasi inexistantes
durant la période. L’enquête sur les Unités de Production Informelles, deuxième phase du dispositif
d’enquête 1-2-3 mené en 2004-2005 par l’Institut National de la Statistique fournit pour la première
fois une image détaillée des principales caractéristiques du secteur informel dans le pays. Cette étude
spécifique auprès des chefs d’UPI (identifiés au cours de la phase Emploi de l’enquête 1-2-3), qui
présente les principaux résultats de l’enquête, permet de mettre en évidence leurs conditions d’activité,
leurs performances économiques, leur mode d’insertion dans le tissu productif et leurs perspectives.
En identifiant leurs principales caractéristiques (précarité des conditions d’activité, micro-unités,
prédominance des activités commerciales, main d’œuvre non qualifiée et non protégée, capital et
investissement très faibles, difficultés d’accès au crédit, absence de lien entre services publics et unités
de production, etc.), l’analyse ouvre des pistes pour la définition de politiques visant à améliorer le
fonctionnement et l’insertion du secteur informel dans le tissu productif global en RDC.
ABSTRACT
Democratic Republic of Congo has known dramatic events for the last three decades. Statistical social
economic data did not exist really or not available in the period. The Informal Sector survey, the
second phase of the 1-2-3 survey, carried out in 2004-2005 and conducted by the National Statistic
Institute provides for the first time a detailed picture of the main characteristics of the Informal
Production Units in the country. This study collected by head’s enterprises (identified during the first
phase of 1-2-3 survey), which presents the principal results of the survey, helps highlight the
characteristics of their conditions of activities, their economic performance and how informal units are
integrated into the productive system, and their prospects. By identifying their main shortcomings
(precariousness of practising conditions, small enterprises, dominance of commercial activities,
unskilled and non-protected labour force, few capital investment, problem of credit access, without
relationship with public and registration services, etc.), the study opens up new possibilities for
defining policies designed to improve the role and the insertion of informal sector into the productive
system in DRC.
JEL Code : J20, J21, J22, J23, J24, J30, J31, J71, J81, J82, O16, O17
1
Cette publication a été élaborée grâce à la collaboration de l’Institut National de la Statistique de la République Démocratique du Congo,
d’AFRISTAT (Observatoire Economique et Statistique d’Afrique Subsaharienne), de DIAL (Développement Institutions et analyses de
Long Terme) et l’appui logistique et financier de Paris21/ADP (Partnership in Statistics for development in the 21 st century,
Accelerated Program Data)
2
Table des matières
INTRODUCTION .................................................................................................................... 5
3
8 METHODOLOGIE .................................................................................................................. 35
8.1 Champ de l’enquête et plan de sondage .................................................................................. 35
8.2 Questionnaire et méthode de collecte ...................................................................................... 36
8.3 Tabulation .................................................................................................................................. 37
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INTRODUCTION
Contexte
Au cours des deux dernières décennies, la République Démocratique du Congo a connu une période
d’instabilité politique et de guerres qui ont plongé la population dans une extrême pauvreté. Conscient
de cette situation, le Gouvernement congolais a mis en place un Document de Stratégie de Croissance
et de Réduction de la Pauvreté (DCSRP). Pour réaliser ce document. Il a dû faire face à un manque
criant de données statistiques socio-économiques de base.
En effet, au cours des vingt dernières années, seulement deux enquêtes nationales auprès des ménages
ont été réalisées : les enquêtes MICS1 en 1995 et MICS2 en 2001, sur la situation des femmes et des
enfants. Il s’agissait d’enquêtes simples, très encadrées au niveau international et dirigées en dehors de
l’Institut National de la Statistique (INS). Quant aux données sur les conditions de vie des ménages, la
dernière enquête date de 1984, l’année même du dernier recensement de la population. C’est dire tout
l’enjeu que représente l’enquête 1-2-3 réalisée sur Kinshasa en 2004 et en 2005 au niveau national en
vue de son utilisation dans l’élaboration et le pilotage des politiques de lutte contre la pauvreté que le
Gouvernement congolais s’est proposé de mettre en place.
La mise en place d’un dispositif de suivi de l’emploi, du secteur informel et des conditions de vie des
ménages aidera la République Démocratique du Congo à produire des statistiques pertinentes,
actuelles et de bonne qualité, permettant de suivre l’évolution de la situation économique et de
mesurer l’impact des politiques, projets et programmes de développement et de réduction de la
pauvreté. La question de l’emploi occupant une place de choix dans la définition des politiques
économiques, la phase 1 a pour objectif de contribuer au renforcement des outils permettant le suivi
des conditions d’activité des ménages et du fonctionnement du marché du travail. En effet, dans un
pays où la majorité de la population tire son revenu du travail dans le cadre d’une politique
économique fondée principalement sur la réduction de la pauvreté, il est naturel de disposer d’un
dispositif permanent de suivi intégré au système statistique national.
• disposer, à partir de cette enquête, d’informations fiables et pertinentes, d’une part, sur l’emploi en
milieu urbain (emploi moderne et informel) et, d’autre part, sur les principales caractéristiques du
secteur informel ainsi que sur les conditions de vie des ménages ;
• mettre en place un dispositif de suivi de l’emploi et du secteur informel permettant de mieux
appréhender l’impact économique et social des politiques économiques. Ceci suppose le
renouvellement périodique des enquêtes sur l’emploi et le secteur informel réalisées au niveau du
pays, le secteur informel étant une composante principale du secteur productif et le premier
pourvoyeur d’emplois;
• fournir les données qui concourent à une meilleure connaissance des conditions de vie des
ménages et à finaliser le DSRP tant national que provincial ;
• fournir les données de base pour l’élaboration des comptes nationaux et la rénovation de l’indice
des prix à la consommation.
5
Points Saillants
Cette publication présente les principaux résultats de l'enquête sur le secteur informel réalisée sur la
ville de Kinshasa en 2004 et dans les autres centres urbains en 2005.
La deuxième phase sur le secteur informel de l’enquête 1-2-3 a permis de dénombrer environ
2,9 millions d’Unités de Production Informelles (UPI) dans l’ensemble des centres urbains de la RDC,
dans les branches marchandes y compris agricoles. Les agglomérations congolaises rassemblent
pratiquement autant d’UPI que de ménages, c’est dire l’importance économique des activités
informelles pour la population urbaine.
Un secteur informel prépondérant, dynamisé par les activités commerciales : si les UPI se
concentrent dans les secteurs de circulation, notamment commerciaux, plus faciles à créer et
demandant relativement peu de qualifications spécifiques, les activités de type agricole ou industriel
jouent un rôle non négligeable : selon le découpage des activités en quatre grands secteurs, le
"commerce" compte 47,3 % des unités de production informelles, les "activités agricoles" 22,2 %,
l’"industrie" 19,3 % et les "services" 11,2 % dans l’ensemble de la RDC urbaine. A Kinshasa, la
répartition des UPI par grands secteurs donne 60,1 % pour les activités commerciales au détriment des
activités agricoles (8,5 %).
Des conditions d'exercice précaires : le secteur informel se caractérise par une grande précarité des
conditions d'activité. Plus de la moitié des unités de production informelles des agglomérations
congolaises fonctionnent sans local professionnel spécifique et 31,2 % exercent leur activité à
domicile.
Les 2,9 millions d’unités de production informelles génèrent environ 3,4 millions d’emplois, soit une
taille moyenne de ces établissements informels de 1,3 personne. Il apparaît donc que le secteur
informel est atomisé et massivement constitué de micro-unités (travailleurs à comptes propres
notamment).
L’écrasante prédominance des micro-unités et de l'auto emploi : la majorité des UPI sont en fait
des travailleurs à compte propre : 83,8 % des UPI sont réduites à une seule personne. Cette
distribution fortement polarisée sur l'auto-emploi est un indicateur de la faible capacité d'accumulation
d'un secteur informel qui semble surtout se développer par un processus de croissance extensive,
caractérisé par la multiplication des unités de production.
Une main-d’œuvre non protégée : l’absence de protection sociale, de sécurité et de garanties est la
caractéristique principale des emplois proposés à la main d’œuvre du secteur informel.
L’examen des particularités des emplois informels des travailleurs dépendants montre en premier lieu
que si 57,7 % de cette main-d’œuvre bénéficie d’un statut d’employé permanent, presque 96 % du
personnel ne dispose d’aucun contrat écrit, ce qui constitue un indice de « l’informalité » des relations
de travail entre employeur et employés dans le secteur informel.
La moitié des emplois de l’informel sont occupés par des femmes : ces emplois féminins sont à
plus d’un titre, plus précaires que ceux des hommes. On trouve les femmes principalement parmi les
travailleurs à leur propre compte (55,4 %) ; en revanche, il n’y a quasiment aucune femme salariée du
secteur informel (5,6 %).
Temps de travail et rémunérations : les normes légales régissant la durée du travail n’ont pas cours
dans le secteur informel. La durée légale du travail est de 45 heures par semaine dans l’ensemble du
territoire national, et on constate que les actifs du secteur informel travaillent en moyenne 48 heures
par semaine. La situation diffère néanmoins à Kinshasa et autres centres urbains. La durée
hebdomadaire moyenne de travail dépasse 50 heures à Kinshasa et est en dessous de 47 heures pour
les autres centres urbains.
6
La rémunération mensuelle moyenne, calculée sur l'ensemble des actifs du secteur informel, est
d’environ 55.600 CDF (Francs congolais). En termes de revenu horaire, on obtient 348 CDF en
moyenne dans le secteur informel. Les travailleurs informels de Kinshasa s’en tirent légèrement mieux
avec un revenu moyen égal à 1,3 fois celui des autres agglomérations, mais le coût de la vie est plus
élevé dans la capitale.
Les femmes qui travaillent dans le secteur informel pâtissent d'un déficit de revenu très marqué par
rapport aux hommes. En moyenne, les hommes perçoivent un revenu plus de deux fois et demi
supérieur à celui perçu par les femmes, tout en travaillant moins d’heures qu’elles dans la semaine.
Le statut dans l'emploi discrimine fortement le montant des rémunérations perçues. Les patrons (de
même que les associés) se situent en haut de l'échelle avec un revenu moyen d’environ 193.600 CDF,
et un revenu médian de 83.300 CDF, équivalent à près de 10 fois le salaire minimum légal. Les
travailleurs à leur propre compte occupent la deuxième place dans cette hiérarchie, avec un revenu
moyen d’environ 63.000 CDF et un revenu médian proche de 20.000 CDF par mois, avec donc de très
fortes disparités entre hauts et bas revenus. Au sein des travailleurs dépendants, les salariés ne
perçoivent qu’une faible rémunération, inférieure pour la moitié d’entre eux au salaire minimum légal.
Enfin, situés en bas de l’échelle, les apprentis et les aides familiaux ont un revenu moyen largement
inférieur au salaire minimum en vigueur, qu'il soit mensuel ou horaire.
Dans une large majorité, le capital du secteur informel urbain est constitué de biens achetés neufs
(73,8 %); Mais une partie non négligeable du capital existant (20 % du total) a été acquise d’occasion,
particulièrement pour les véhicules professionnels (34 %), les locaux (30 %). Cette notion de qualité
ne concerne pas les terrains. Le capital autoproduit par l’UPI ne se rencontre que dans le cas des
locaux (10 % sont construits par l’UPI pour l’UPI) et l’outillage (8 %). Considéré globalement, il faut
noter que près de 91,3 % du capital sont la propriété des UPI qui les utilisent, et seulement 4,8 % sont
en location, 3,9 % utilisés en prêts ou partage. En fait, seuls les locaux et les machines sont les biens
durables les plus souvent prêtés ou partagés (respectivement 9,8 % pour les terrains et locaux et 6,4 %
pour les machines).
Dans toutes les agglomérations urbaines de la République Démocratique du Congo, un peu plus de la
moitié du capital provient directement du cercle familial ou amical, avec un maximum de 64,2 % à
Kinshasa et un minimum de 49 % dans les autres urbains. Les fournisseurs constituent un second
pourvoyeur de capital pour les UPI, à raison de 30,5 %. Banques et clients sont pourvoyeurs
secondaires.
L'investissement total réalisé dans le secteur informel entre 2004 et 2005 s'élève à 5 milliards de
CDF, soit 5,8 % de l'ensemble du capital du secteur informel. L’investissement moyen par UPI est
de 18.200 CDF. Rapporté à la valeur ajoutée du secteur, le taux d'investissement est très faible, soit à
peine 0,3 %. La structure des investissements (ou flux de capital) est assez peu différente de celle du
capital détenu dans l'informel. Ces investissements sont réalisés notamment dans le commerce
(55,4 %), l’industrie (19 %) et l’agriculture (18,4 %).
Sur l’année étudiée, 26,2 % des UPI ont emprunté de l’argent pour leur activité. Le montant total
d’emprunt est d’environ 25,6 milliards de CDF, dont 40 % dans les activités commerciales. La
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majeure partie de ces emprunts ont été réalisés à Kinshasa (19 milliards de CDF contre 6,6 milliards
seulement dans les autres centres urbains).
Le chiffre d’affaires du secteur informel atteint 6 774 milliards de CDF2 pour l’ensemble du
milieu urbain de la RDC au cours de l’exercice 2004/2005 dont 5.039 milliards de CDF pour les
activités commerciales, soit 74,3 %. Le secteur informel a produit pour 3.166 milliards de CDF de
biens et services et a créé 1.844 milliards de CDF de valeur ajoutée. Un tiers du chiffre d’affaires total
est réalisé dans la capitale et que ce soit au niveau de la production ou de la valeur ajoutée, Kinshasa
représente environ 30 % de l’ensemble urbain.
Très nombreuses au sein du secteur informel urbain, les activités commerciales contribuent aux trois-
quarts du chiffre d’affaires, à plus de la moitié de la production et à plus de deux tiers de la valeur
ajoutée totale du secteur informel. Le reste de la valeur ajoutée est réparti entre l’industrie (14,8 %) et
les services avec moins de 10 %, contribution équivalente de la branche agricole.
L'analyse des principaux agrégats moyens par unité de production montre le caractère réduit de
l’échelle de l'activité dans le secteur informel. Dans l’ensemble urbain, les UPI enregistrent en
moyenne un chiffre d’affaires mensuel de 212.000 CDF, une production mensuelle de 99.000 CDF et
une valeur ajoutée de 75.500 CDF. Pour la capitale, les performances sont évidemment plus élevées
avec respectivement 259.000 CDF (CA), 117.000 CDF (P) et 91.000 CDF (VA). Quel que soit
l’indicateur retenu, les UPI commerciales sont celles qui brassent le plus gros volume d’activité, avec,
en moyenne, plus de 336.000 CDF de chiffre d’affaires par mois.
Le principal fournisseur des UPI est de loin le secteur informel lui-même, et plus particulièrement le
secteur informel commercial. 64,9 % des chefs d'UPI déclarent acheter leurs matières premières chez
d'autres informels, dont 57 % auprès de petits commerces informels.
Lorsqu'elles se fournissent auprès du secteur formel, ce sont les grands commerces plus que les
grandes entreprises de production qui sont sollicités (respectivement 10 % et 2 %). En pourcentage
d'UPI, le poids des importations directes est quasi nul. Enfin, seulement 2,7 % des UPI font appel au
secteur public concernant l’approvisionnement.
Près de 91 % des UPI sont totalement inconnues des services publics, c'est à dire qu'elles ne
possèdent pas de [Link], et ne sont enregistrées dans aucun autre registre. Seulement 7,6 % des UPI sont
enregistrées dans un seul registre et 1,8 % figurent dans au moins deux registres.
S’agissant des raisons de non-enregistrement des unités de production informelles, quel que soit le
type de registres considérés, entre 63 % dans les autres centres urbains et 69 % des chefs d’UPI à
Kinshasa prétendent ne pas connaître la réglementation, soit qu'ils considèrent que l'inscription n'est
pas obligatoire, soit qu'ils déclarent ne pas savoir auprès de quelle institution il faudrait le faire.
Peu d'unités de production informelles ont été importunées par l'Etat, et les sommes déboursées
paraissent assez négligeables. Ainsi le montant moyen des amendes, pour les UPI qui en ont payées est
de 5.700 CDF sur l'année, tandis que le montant des « cadeaux » atteint à peine 3.400 CDF.
Globalement dans l’ensemble urbain, près de 30 % des chefs d’UPI sont prêts à enregistrer leur
établissement auprès de l'administration. Les kinois sont deux fois moins enclins à s’enregistrer que
leurs homologues des autres centres urbains. A l’heure actuelle, le secteur informel échappe largement
à l’impôt. Compte tenu de la spécificité des activités informelles, il est clair que la fiscalisation de ce
secteur doit passer par une simplification radicale du système d’imposition auquel il est soumis.
Le secteur informel semble avoir parfaitement intégré les fondements de l’économie de marché. La
concurrence acharnée que se livrent les producteurs informels est non seulement une réalité objective,
mais elle est même revendiquée par la majorité. Ainsi, lorsqu’on les interroge sur la meilleure façon de
déterminer les prix dans leur secteur, 52 % mettent en avant les mécanismes de l’offre et de la
2
CDF est la représentation internationale du Franc congolais.
8
demande. 28 % seraient favorables à une intervention au niveau des associations professionnelles,
tandis que 20 % voudraient que l’Etat fixe directement les prix.
La difficulté d’accès au crédit est le premier obstacle que rencontrent les promoteurs, un sur
deux mettant en avant cette difficulté. Ce résultat met en lumière le peu d'intérêt qu'accorde le système
financier congolais à l'égard des micro-entreprises. Les chefs d’UPI sont également confrontés au
problème d'écoulement de la production, contraint plus du côté de l’offre (« excès de concurrence »)
que du côté de la demande (« manque de clientèle »). Près de 44 % des unités informelles souffrent
d’une concurrence excessive et un tiers a des problèmes de débouchés.
Comme aides souhaitées, l’accès au crédit est considéré comme la première mesure à mettre en œuvre.
Finalement et malgré la situation économique difficile, les producteurs informels restent optimistes,
puisque près des trois-quarts d'entre eux considèrent qu'il existe un avenir pour leur propre
unité de production. Les promoteurs kinois semblent d’ailleurs être légèrement plus optimistes que
leurs homologues dans les autres centres urbains. Cette vision positive de l'avenir est une fonction
croissante de la taille de l'unité de production (qu'elle soit mesurée en termes d'emploi, de chiffre
d'affaires ou encore de type de local).
Menée dans un premier temps et pour des raisons pratiques sur la seule agglomération de Kinshasa en
2004, puis étendue au reste des agglomérations de la RDC en 2005, l’enquête 1-2-3 sur l’emploi, le
secteur informel et la consommation est un dispositif de collecte statistique auprès des ménages
ayant pour objectifs de donner une vision représentative :
• des conditions d'emploi de la population urbaine de la RDC,
• des caractéristiques et de l’ampleur du secteur informel,
• de la demande adressée au secteur informel.
Ainsi, la phase 1 (enquête emploi) a permis de donner une vue exhaustive des conditions d'emploi de
la main-d’œuvre. L'ensemble des chefs d'unités de production informelles, identifiés lors de la phase 1,
sont enquêtés sur leur mode de production dans la phase 2 (enquête secteur informel). Les résultats
économiques du secteur informel font l'objet de cette publication. Enfin, les modalités d'appel à la
production du secteur informel par les différents agents économiques font l'objet de la troisième phase
(demandes des ménages).
La phase 2 de l'enquête 1-2-3 porte sur les établissements informels, dénommés "unités de production
informelles" (UPI), dans la mesure où l’activité pour nombre d'entre elles ne s’exerce pas dans un
local propre (atelier, boutique, etc.), élément traditionnellement associé à la notion d'établissement.
Parmi les nombreux critères qui permettraient de délimiter le secteur informel, les concepteurs de
l’enquête réalisée à Kinshasa et dans les autres centres urbains de la RDC ont retenu de définir les
Unités de production informelles comme étant les unités de production ne disposant pas de numéro
d’identification nationale ([Link]) et/ou de comptabilité formalisée selon la norme du Plan comptable
congolais.
La deuxième phase sur le secteur informel de l’enquête 1-2-3 réalisée en 2004 et en 2005 a permis de
dénombrer environ 2,9 millions d’Unités de Production Informelles (UPI) dans l’ensemble des centres
urbains de la RDC, dans les branches marchandes y compris agricoles. Les agglomérations
congolaises rassemblent pratiquement autant d’UPI que de ménages, c’est dire l’importance
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économique des activités informelles pour la population urbaine. En moyenne, chaque ménage urbain
congolais tire l'ensemble ou une partie de ses revenus en dirigeant une unité de production informelle.
Environ 10 % de ces unités informelles sont dirigées par des personnes dans le cadre de leur emploi
secondaire. Lorsqu'elles sont ainsi associées à un emploi secondaire, le chef de l'unité de production
exerce pour un tiers des cas son emploi principal dans le secteur formel : le secteur informel est alors
perçu comme un complément de son activité formelle. Dans ce cas, l’activité secondaire est
majoritairement une activité de services (73 %).
Par ailleurs, l’absence de numéro d’identification apparaît comme le critère le plus déterminant
d’appartenance au secteur informel, puisque 98,9 % des unités de production informelles ne disposent
pas de numéro d’identification dans les centres urbains de la RDC, et même 100 % pour les unités de
production informelles agricoles. Lorsqu’une micro-entreprise est référencée par l’Etat, elle tient
généralement une comptabilité.
Si les UPI se concentrent dans les secteurs de circulation, notamment commerciaux, plus faciles à
créer et demandant relativement peu de qualifications spécifiques, les activités de type agricole ou
industriel jouent un rôle non négligeable : selon le découpage des activités en quatre grands secteurs,
le "commerce" compte 47,3 % des unités de production informelles, les "activités agricoles" 22,2 %,
l’"industrie" 19,3 % et les "services" 11,2 % dans l’ensemble de la RDC urbaine. A Kinshasa, la
répartition des UPI par grands secteurs donne même 60,1 % pour les activités commerciales au
détriment des activités agricoles (8,5 %).
Les commerces informels sont spécialisés dans le commerce de détail hors magasins : 55,6 % à
Kinshasa et 41,6 % des UPI dans l’ensemble urbain de la RDC, en particulier dans la vente de produits
agro-alimentaires à destination des ménages Dans l'industrie, la transformation de produits agro-
alimentaires concentre près de 40 % des activités aussi bien à Kinshasa que dans l’ensemble urbain de
la RDC. Du côté des services, la "restauration" et les "transports" (taxis, taxis-bus, bus) constituent
également des activités importantes (26,4 % des établissements de services informels à Kinshasa et
29,5 % pour RDC urbaine).
L’analyse de la distribution des emplois dans l’ensemble du secteur productif de la RDC confirme
l’importance du secteur informel pour l’utilisation du facteur travail. Pour l’ensemble des
agglomérations urbaines, le secteur informel est le principal employeur avec 77,1 % de l’emploi total3.
Les emplois commerciaux représentent environ 40 % des emplois informels alors qu’ils représentent
moins de 7 % des emplois formels (voir tableau n°1). Par ailleurs, les activités agricoles emploient
27,8 % de la main d’œuvre informelle contre moins de 2 % de la main d’œuvre formelle. Le secteur
formel (privé et public) se rassemble davantage dans les branches de services (et notamment les
services administratifs, au travers des emplois publics), avec 76,9 % des emplois. La spécialisation par
branche des emplois dans les deux secteurs (formel et informel) tend ainsi à montrer qu'ils sont plutôt
en situation de complémentarité que de concurrence directe.
3
Source : phase 1 de l’enquête 1-2-3, milieu urbain.
4
Source : projet Parstat, enquêtes 1-2-3 Phase1, 2001-2003, dans 7 des 8 capitales de l’UEMOA.
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Tableau 1 Structure par branche des unités de production informelles et ensemble des
emplois en milieu urbain
UNITES DE PRODUCTION
EMPLOIS (*)
INFORMELLES
Secteur d’activité
Répartition
Effectifs Secteur formel Secteur informel
(en %)
Activités agricoles 633.700 22,2 1,6 27,8
Industrie 552.600 19,3 14,5 15,3
BTP 44.500 1,6 1,2 2,1
Confection 91.800 3,2 0,4 2,9
Agro-alimentaire 226.400 7,9 2,1 3,7
Autres industries 189.900 6,6 10,8 6,6
Commerce 1.351.000 47,3 6,9 40,1
Commerce hors magasin 1.190.300 41,6 2,9 32,9
Commerce dans magasin 160.700 5,6 4,0 7,2
Services 321.000 11,2 76,9 16,7
Réparation 48.100 1,7 0,7 1,9
Hôtels restaurants 41.200 1,4 1,4 1,2
Transport et
53.700 1,9 8,7 3,6
Communications
Autres services 178.000 6,2 66,1 10,0
Ensemble 2.858.300 100 100 100
Source : INS, Enquête 1-2-3 nationale RDC (2004-2005), phase 2
(*) : les emplois concernent aussi bien les activités principales que les activités secondaires
Le secteur informel se caractérise par une grande précarité des conditions d'activité. Plus de la moitié
des unités de production informelles des agglomérations congolaises fonctionnent sans local
professionnel spécifique et 31,2 % exercent leur activité à domicile. Le travail à domicile est même
majoritaire pour les UPI industrielles (55 % des unités). Le commerce est la branche où l’on trouve les
plus forts contingents d’activités non localisées -58,1 % des unités informelles commerciales sont
abritées dans des installations de fortune (ambulants, postes fixes ou improvisés sur la voie publique,
etc.-.). Il convient de noter le fort pouvoir d’attraction des marchés publics, où les commerçants
spontanés sans local spécifique concurrencent les commerçants établis du fait de coûts de
fonctionnement réduits.
La précarité des locaux prive d'accès aux principaux services publics (eau, électricité, téléphone) la
plupart des unités de production informelles. Parmi les unités disposant d’un local, 91,5 % sont privées
d'eau, 87,7 % d’électricité et 96 % de téléphone dans l’ensemble urbain de la RDC ; les UPI sont
légèrement mieux équipées à Kinshasa avec 82,5 % des UPI sans eau, 69 % sans électricité et 94 %
sans téléphone. Ces chiffres reflètent aussi l'insuffisance générale de ces services publics dans les
provinces congolaises.
Les UPI du tertiaire (hôtellerie, restauration, réparation…) sont les mieux équipées sur le plan de
l’accès aux services publics de base : près de la moitié des établissements informels de services
disposent de l’électricité.
Les entrepreneurs informels ne disposant pas d’un établissement professionnel sont trois fois moins
nombreux à avoir accès à l’électricité (3 %) que ceux exerçant leur activité dans un local spécifique :
sans localisation professionnelle, ces chefs d’UPI improvisées sont totalement privés de tout accès aux
infrastructures publiques.
Les raisons invoquées par les chefs d’UPI pour s’être mis à leur compte dans l’informel sont
principalement pour obtenir un meilleur revenu (27 % des cas) ou parce qu’ils souhaitent devenir leur
propre patron (20 %), ou encore parce qu’ils ne sont pas parvenu à trouver un emploi de salarié dans le
secteur formel (13 %) ou informel (13 %).
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A en juger par la faible ancienneté moyenne des UPI, la multiplication des créations d'unités
informelles au cours des cinq dernières années semble accréditer l'hypothèse d’un rythme rapide de
création/disparition des UPI et d’une démographie heurtée de ces micro-entreprises. Le processus de
création d’emplois est plus extensif qu’intensif.
Tableau 2 : Précarité des conditions d'activité dans le secteur informel selon le milieu de
résidence (en %)
Parmi les UPI disposant d’un local,
Type de local
Secteur d’activité % disposant de…
Eau Electricité Téléphone Sans local Domicile Avec local Total
Kinshasa
Activités agricoles 4,3 4,3 0,0 43,7 12,3 44,1 100
Industrie 22,6 46,5 12,1 31,1 62,3 6,5 100
Commerce 20,7 33,9 3,1 60,4 31,3 8,3 100
Services 37,5 78,5 27,4 47,6 41,7 10,7 100
Ensemble 17,5 31,0 6,0 51,9 36,8 11,3 100
Autres centres urbains
Activités agricoles 5,2 0,4 0,0 56,1 6,8 37,1 100
Industrie 6,3 8,7 3,5 39,1 52,5 8,4 100
Commerce 7,8 15,5 10,8 56,6 30,8 12,6 100
Services 5,3 29,9 1,7 53,5 35,2 11,2 100
Ensemble 6,0 7,3 3,5 52,7 28,7 18,5 100
Ensemble urbain
Activités agricoles 5,0 0,9 0,0 54,6 7,5 37,9 100
Industrie 10,3 17,9 5,6 36,8 55,4 7,9 100
Commerce 11,6 21,0 8,5 58,1 31,0 10,9 100
Services 16,3 46,5 10,4 51,5 37,5 11,1 100
Ensemble 8,5 12,3 4,0 52,5 31,2 16,3 100
Source : INS, Enquête 1-2-3 nationale RDC (2004-2005), phase 2
Les 2,9 millions d’unités de production informelles urbaines de la RDC génèrent en 2004-2005
environ 3,4 millions d’emplois, soit une taille moyenne de ces établissements informels de
1,3 personne. Il apparaît donc que le secteur informel est atomisé et massivement constitué de micro-
unités (travailleurs à compte propre notamment).
La majorité des UPI sont en fait des travailleurs à compte propre : 83,8 % des UPI sont réduites à une
seule personne. Cette distribution fortement polarisée sur l'auto-emploi est un indicateur de la faible
capacité d'accumulation d'un secteur informel qui semble surtout se développer par un processus de
croissance extensive, caractérisé par la multiplication des unités de production. Ce phénomène
d’atomisation est encore plus marqué à Kinshasa que dans les autres centres urbains puisque seules
5 % des UPI kinoises ne correspondent pas à de l’auto-emploi. L’analyse par branche montre que la
main d’œuvre des UPI agricoles recours moins à l’auto-emploi que dans les autres secteurs, du fait
d’une mobilisation plus conséquente de la main d’œuvre non salariale (29,6 %) comme les aides
familiaux, ce qui conduit à des UPI agricoles de taille moyenne légèrement supérieure (1,5 personnes)
à celle des autres branches.
Du fait de la taille réduite des unités informelles et du poids écrasant de l'auto-emploi, le taux de
salarisation (ratio rapportant le nombre de salariés au nombre total d’actifs des UPI) est évalué à 4,8 %
(voir tableau 3). L’intensité de la relation salariale discrimine assez bien le secteur informel du secteur
formel où la norme salariale est la règle. Ainsi, les unités informelles ayant exclusivement recours au
salariat ne représentent que 2,5 % des UPI (1,1 % à Kinshasa et 3 % aux autres centres urbains). Par
branche, le taux de salarisation le plus élevé s’observe dans les services (13,5 %) tandis que le taux le
plus bas est dans le commerce (2,4 %).
12
Tableau 3 : Organisation du travail dans le secteur informel selon le milieu de residence
Taux de
Taille
Type de combinaisons de travail (en % des UPI) salarisation
Secteur d’activité moyenne
(en %)
Auto-emploi Non salariale Salariale Mixte Total
Kinshasa
Activités agricoles 84,6 10,5 4,9 - 100 1,3 6,4
Industrie 91,1 6,4 0,7 1,8 100 1,2 6,6
Commerce 97,1 2,2 0,7 - 100 1,0 1,0
Services 92,9 6,2 0,9 - 100 1,2 4,1
Ensemble 94,5 4,1 1,1 0,3 100 1,1 3,0
Autres centres urbains
Activités agricoles 66,0 31,7 1,2 1,1 100 1,5 3,3
Industrie 81,3 15,4 2,5 0,8 100 1,4 5,6
Commerce 88,8 8,8 2,2 0,2 100 1,2 3,2
Services 77,2 6,9 12,5 3,4 100 1,4 17,6
Ensemble 79,7 16,4 3,0 0,9 100 1,3 5,3
Ensemble urbain
Activités agricoles 67,8 29,6 1,6 1,0 100 1,5 3,6
Industrie 83,7 13,2 2,0 1,1 100 1,3 5,9
Commerce 91,8 6,5 1,6 0,1 100 1,1 2,4
Services 82,5 6,6 8,6 2,3 100 1,3 13,5
Ensemble 83,8 13,0 2,5 0,7 100 1,3 4,8
Source : INS, Enquête 1-2-3 nationale RDC (2004-2005), phase 2
La main-d’œuvre des UPI est constituée à 76,3 % de travailleurs pour leur propre compte, à 2,4 % de
patrons, à 4 % des salariés, à 11,8 % d’aides familiaux et à 3,8 % d’apprentis dont à peine 18,4 %
d’entre eux sont payés.
L’absence de protection sociale, de sécurité et de garanties est la caractéristique principale des emplois
proposés à la main d’œuvre du secteur informel. L’examen des particularités des emplois informels
des travailleurs dépendants montre en premier lieu que si 57,7 % de cette main-d’œuvre bénéficie d’un
statut d’employé permanent, presque 96 % du personnel ne dispose d’aucun contrat écrit, ce qui
constitue un indice de « l’informalité » des relations de travail entre employeur et employés dans le
secteur informel. Environ 71 % de la main-d’œuvre employée est ainsi dépourvue totalement de
contrat de travail (oral ou écrit) ; elle est donc confrontée à une forte précarité de l’emploi, pouvant
être mise à pied sans préavis ni compensation du jour au lendemain.
De plus, le personnel du secteur informel ne bénéficie en général d’aucune protection sociale : congés
payés (2,4 %) et sécurité sociale (0,9 %) sont des prestations très marginales dans les UPI. Au sein du
personnel dépendant, le statut de salarié apporte une meilleure protection que les autres types de
statut : trois quarts ont un emploi permanent dans l’UPI et bénéficient le plus souvent d’un contrat oral
(71,3 % contre 22,6 % pour l’ensemble des dépendants).
13
doute un facteur d'amortissement face aux "forces brutes du marché", un tissu serré de relations
sociales et de solidarité lie employeurs et employés. Ainsi, 67,6 % de la main-d’œuvre du secteur
informel ont un lien de parenté avec leurs employeurs, ce qui témoigne des relations personnelles et
familiales au niveau de l’embauche informelle.
La moitié des emplois de l’informel sont occupés par des femmes. Ces emplois féminins sont à plus
d’un titre, plus précaires que ceux des hommes. On trouve les femmes principalement parmi les
travailleurs à leur propre compte (55,4 %) ; en revanche, il n’y a quasiment aucune femme salariée du
secteur informel (5,6 %). La majorité des apprentis, payés ou non, sont aussi des hommes. Chaque
genre semble se spécialiser dans des branches distinctes. Les femmes ont une propension plus élevée à
travailler dans le "commerce". Quant aux hommes, ils sont prédominants dans les "services", l’
"agriculture" et l’ "industrie".
Les jeunes (moins de 25 ans) représentent près d’un quart des actifs informels. Ils sont sur représentés
parmi les apprentis et les aides familiaux, et dans les activités de services.
L’âge moyen de personnes travaillant dans le secteur informel est de presque 37 ans. Les patrons, les
travailleurs pour compte propre et les associés sont significativement plus âgés que la moyenne. Ils
bénéficient d’un niveau d’études plus élevé (9 années d’études complètes pour les patrons contre 7 ans
en moyenne pour l’ensemble de la main d’œuvre). L’agriculture est le secteur d’activité où la main
d’œuvre est la plus ancienne (10 ans) : peu de renouvellement est observé dans ces activités
traditionnelles.
Les normes légales régissant la durée du travail n’ont pas cours dans le secteur informel. La durée
légale du travail est de 48 heures par semaine dans l’ensemble du territoire national, et on constate que
les actifs du secteur informel travaillent en moyenne 48 heures par semaine. La situation diffère
néanmoins à Kinshasa et autres centres urbains. La durée hebdomadaire moyenne de travail dépasse
50 heures à Kinshasa et est en dessous de 47 heures pour les autres centres urbains.
14
Ces moyennes cachent toutefois, des disparités importantes d’un type de travailleur à l’autre.
L’analyse de la distribution du temps de travail montre que la charge hebdomadaire de travail est très
variable :
• par branche (de 52 heures pour le commerce et 42 heures pour l’agriculture),
• par statut de travailleur (de 59 heures pour un patron et 50 heures pour les autres),
• par sexe (49 heures pour les femmes et 46 heures pour les hommes),
• par scolarité (48 heures en moyenne contre 45 pour les diplômés du supérieur).
Une telle hétérogénéité dans la durée du travail peut être interprétée de diverses manières. Elle peut
être vue comme élément positif témoignant de la flexibilité du secteur informel, se traduisant par un
nombre d’heures travaillés modulables selon l’état de la demande. Elle offre également la possibilité à
ceux qui travaillent un petit nombre d’heures de mener parallèlement d’autres activités (travaux,
domestiques, études, autres emplois, etc.). Inversement, elle peut être un indicateur du sous-emploi des
ressources humaines dans le secteur informel, s’il s’avère que les individus travaillant à temps partiel
le font contre leur gré. En outre, la forte proportion d’employés dont la charge horaire hebdomadaire
dépasse très largement la charge horaire légale peut être le signe d’un niveau très faible de
rémunération horaire. Ce phénomène de surcharge de travail de subsistance semble être
particulièrement observé dans les activités de commerce où la durée hebdomadaire du travail dépasse
52 heures.
La présence massive d'horaires très élevés peut aussi être considérée comme un indice de sous-emploi.
Elle met en lumière l'inadéquation entre emploi, qualification et rémunération, puisque cette charge
horaire constitue la seule manière d'obtenir un revenu acceptable, au prix d'une productivité horaire
dérisoire.
L’estimation des revenus dans le secteur informel pose de sérieux problèmes de mesure et
d'interprétation. Outre les difficultés à obtenir une évaluation fiable, faute de comptabilité écrite ou de
bulletin de paie, la diversité des statuts et la variabilité des horaires ouvrés rendent délicats le choix
d'un indicateur pertinent.
Le revenu des travailleurs indépendants du secteur informel correspond à l'excédent brut d'exploitation
(EBE) de la comptabilité nationale. L'EBE est la part de la valeur ajoutée de l'UPI qui revient à
l'entrepreneur, une fois déduits la masse salariale (donnée aux travailleurs dépendants) et les impôts
indirects nets de subventions (versés à l'Etat). Cependant, l'EBE surestime le revenu disponible des
travailleurs indépendants dans la mesure où, en toute rigueur, il faudrait en déduire la part des
investissements autofinancés, les charges d’intérêt contractées sur des emprunts effectués par l’UPI, et
les charges diverses (rémunérations des services de sous-traitance, etc.). De plus, l'EBE doit être
considéré comme un revenu mixte, qui rémunère aussi bien le travail effectif de l'entrepreneur, que le
capital investi dans l'UPI.
La rémunération mensuelle moyenne, calculée sur l'ensemble des actifs du secteur informel, est
d’environ 55.600 CDF. En termes de revenu horaire, on obtient 348 CDF en moyenne dans le secteur
informel. Les travailleurs informels de Kinshasa s’en tirent légèrement mieux avec un revenu moyen
égal à 1,3 fois celui des autres agglomérations, mais le coût de la vie est plus élevé dans la capitale.
En fait, la rémunération moyenne cache d'importantes disparités. Elle est fortement tributaire des
revenus les plus élevés, et donc assez peu représentative de la situation réelle de la majorité des
travailleurs du secteur informel. Ainsi, le revenu mensuel moyen, tiré par quelques hauts revenus de
patrons est cinq fois supérieur au revenu médian : la moitié des travailleurs du secteur informel
gagnent moins de 9.600 CDF par mois, valeur proche du niveau du salaire minimum légal de
8.770 CDF en vigueur en 2004.
Les femmes qui travaillent dans le secteur informel pâtissent d'un déficit de revenu très marqué par
rapport aux hommes. En moyenne, les hommes perçoivent un revenu plus de deux fois et demi
supérieur à celui perçu par les femmes, tout en travaillant moins d’heures qu’elles dans la semaine.
15
En termes sectoriels, c’est dans les branches commerciales qu’on trouve les revenus les plus élevés,
avec une moyenne de 84.000 CDF par mois, soit quatre fois plus que la rémunération obtenue dans les
activités agricoles. Le revenu horaire moyen perçu dans le commerce est supérieur à 500 CDF, tandis
qu’il dépasse à peine 100 CDF dans l’agriculture. Les faibles rémunérations offertes par les UPI
agricoles urbaines expliquent que les jeunes actifs les délaissent pour des UPI de vente de produits ou
de services, à en juger par la moyenne d’âge très élevée de la main d’œuvre du secteur agricole urbain.
Mais c’est aussi dans le commerce que les disparités de revenus sont les plus grandes, puisque la
moitié des travailleurs du commerce informel gagnent moins de 13.500 CDF.
Le statut dans l'emploi discrimine fortement le montant des rémunérations perçues. Les patrons (de
même que les associés) se situent en haut de l'échelle avec un revenu moyen d’environ 193.600 CDF,
et un revenu médian de 83.300 CDF, équivalent à près de 10 fois le salaire minimum légal. Les
travailleurs à leur propre compte occupent la deuxième place dans cette hiérarchie, avec un revenu
moyen d’environ 63.000 CDF et un revenu médian proche de 20.000 CDF par mois, avec donc de très
fortes disparités entre hauts et bas revenus. Au sein des travailleurs dépendants, les salariés ne
perçoivent qu’une faible rémunération, inférieure pour la moitié d’entre eux au salaire minimum légal.
Enfin, situés en bas de l’échelle, les apprentis et les aides familiaux ont un revenu moyen largement
inférieur au salaire minimum en vigueur, qu'il soit mensuel ou horaire.
Comme ailleurs, les revenus dans le secteur informel croissent en fonction du niveau de capital
humain accumulé par les travailleurs. En particulier, la rémunération est une fonction croissante du
niveau scolaire, ce qui montre que, même en l'absence de grille de salaires forrmelle, l'éducation et la
qualification restent valorisées dans le secteur informel. Le rapport des revenus passe ainsi de 1 à 6
entre un individu qui n'a pas été à l'école et un individu qui a suivi un cursus de cycle supérieur.
Notons toutefois que les disparités de revenus au sein d’un même niveau d’éducation croissent eux-
aussi avec le niveau d’études. Les travailleurs ayant bénéficié d’un apprentissage formel dans une
école technique bénéficient aussi de gains plus conséquents, tandis que ceux qui se sont formés sur le
tas à leur profession ne peuvent prétendre qu’à un niveau médian de moitié moins important. En outre,
les apprentis formés dans les grandes entreprises du formel valorisent davantage ce savoir-faire que
ceux formés dans les petites entreprises de l’informel (41.000 CDF contre 35.000 CDF).
16
4 CAPITAL, INVESTISSEMENT ET FINANCEMENT
Le capital fait partie avec le travail des deux facteurs de production qui permettent aux UPI de
produire des biens et services mis sur le marché. Le chapitre précédent a été consacré au travail,
celui-ci s’intéresse au facteur capital, c’est-à-dire à l’ensemble des biens durables (terrains, logement,
véhicules, mobilier, machines, outillages, etc.) possédés par les UPI et utilisés dans le processus de la
production. Le capital constitue un facteur déterminant de la fonction de production des unités
économiques.
Le montant total du capital du secteur informel, estimé au coût de remplacement, atteint 86 milliards
de CDF pour toutes les agglomérations urbaines de la République Démocratique du Congo dont
21 milliards de CDF de capital dans Kinshasa et 65 milliards dans les centres urbains des autres
provinces.
Pour les activités agricoles, le terrain constitue naturellement le principal facteur de production : la
moitié de la valeur totale du capital acquis dans les UPI agricoles urbaines provient de l’acquisition de
terres. Dans le secteur industriel, le capital est essentiellement composé de machines (26,9 %) et de
petits outillages (51,4 %). Dans les activités commerciales, le capital est en grande partie composée
des outillages et autres (64,6 %).La structure du capital semble la plus diversifiée dans les activités de
services avec 36,0 % de la valeur totale du capital constituée par l’acquisition des véhicules, 27,8 %
affectés à l’acquisition des machines, 17,9 % affectés à l’acquisition outillages et autres, 9,8 %
consacrés aux mobiliers et équipements de bureau et 8,6 % affectés à l’achat de terrains et locaux.
Globalement, la structure du capital est assez diversifiée avec principalement des outillages, de terrain
et locaux, des machines et dans une moindre mesure avec l’acquisition des véhicules et enfin avec
l’achat de mobiliers et équipements de bureaux.
La branche comprenant en proportion le plus d’UPI ayant acquis du capital est l’“ industrie ”, qui
regroupe des activités requérant des équipements techniques de base pour pouvoir produire ou
transformer.
En termes de montant moyen de capital par UPI, les services sont nettement au-dessus des autres
secteurs : la valeur du capital est même 2 fois et demie plus élevée dans les services que dans
l’industrie, notamment avec le poste “véhicules” dans les activités de « transports » et de
« réparation ».
Dans une large majorité, le capital du secteur informel urbain est constitué de biens achetés neufs
(73,8 %); Mais une partie non négligeable du capital existant (20 % du total) a été acquis d’occasion,
particulièrement pour les véhicules professionnels (34 %), les locaux (30 %). Cette notion de qualité
ne concerne pas les terrains. Le capital autoproduit par l’UPI ne se rencontre que dans le cas des
locaux (10 % sont construits par l’UPI pour l’UPI) et l’outillage (8 %).
Notons que le secteur informel de Kinshasa recourt très peu aux biens d’occasion (10,2 %) que celui
des autres centres urbains (23 %) : ces derniers sont en périphérie du marché d’approvisionnement en
biens d’équipements durables neufs.
17
Considéré globalement, il faut noter que près de 91,3 % du capital sont la propriété des UPI qui les
utilisent, et seulement 4,8 % est en location, 3,9 % utilisés en prêts ou partage. En fait, seuls les locaux
et les machines sont les biens durables les plus souvent prêtés ou partagés (respectivement 9,8 % pour
les terrains et locaux et 6,4 % pour les machines).
Dans toutes les agglomérations urbaines de la République Démocratique du Congo, un peu plus de la
moitié du capital provient directement du cercle familial ou amical, avec un maximum de 64,2 % à
Kinshasa et un minimum de 49 % dans les autres urbains. Les fournisseurs constituent un second
pourvoyeur de capital pour les UPI, à raison de 30,5 %. Banques et clients sont des pourvoyeurs
marginaux.
L'épargne individuelle représente le principal mode de financement du capital des unités de production
informelles avec plus de 88,5 % de la valeur totale du capital. Ce résultat montre l'importance de
l'autofinancement dans la dynamique d'accumulation du secteur informel. Il met aussi en lumière le
faible degré d’organisation du système financier informel, puisque même les prêts d’origine familiale
(3,5 %) ne jouent qu’un rôle secondaire dans l’obtention des fonds nécessaires à l’investissement, sauf
dans l’industrie (10,4 %).
Quant à l'accès des unités de production informelles au système bancaire, il est inexistant (à peine
0,2 % du capital), et ce, pour toutes les branches considérées hormis les activités agricoles où il atteint
0,6 %. Dans cette branche, on peut relever l’influence des associations de producteurs (coopératives
agricoles), lesquelles assurent 10,4 % du financement du capital des UPI.
Les micro crédits, demandant moins de garanties que les banques et étant plus adaptées aux faibles
montants nécessaires, sont encore presque absents du financement du capital du secteur informel
(0,1 %). La mise en place de programme de micro crédits spécialement orientés vers l’acquisition du
capital permettrait pourtant peut-être d’améliorer de manière substantielle les volumes de biens
durables des UPI et à terme la productivité du secteur.
18
Tableau 10 : Mode de financement du capital du secteur informel (en % de sa valeur)
Prêt
Epargne, Prêt Prêt Prêt
Secteur Prêt Prêt chez associations Prêt
don, chez chez micro- Autre Total
d’activité familial fournisseurs de bancaire
héritage clients usuriers finance
producteurs
Agriculture 79,1 2,0 1,6 0,1 0,0 10,4 0,0 0,6 6,2 100
Industrie 83,8 10,4 0,8 0,2 0,3 0,0 0,3 0,0 4,3 100
Commerce 93,2 2,0 0,2 0,2 0,0 0,0 0,0 0,0 4,4 100
Service 93,7 3,7 0,0 0,1 0,0 0,8 0,2 0,0 1,4 100
Ensemble 88,5 3,5 0,6 0,1 0,0 2,7 0,1 0,2 4,3 100
Source : INS, Enquête 1-2-3 nationale RDC (2004-2005), phase 2
L'investissement total réalisé dans le secteur informel entre 2004 et 2005 s'élève à 5 milliards de CDF,
soit 5,8 % de l'ensemble du capital du secteur informel. Rapporté à la valeur ajoutée du secteur, le taux
d'investissement est très faible, soit à peine 0,3 %. La structure des investissements (ou flux de capital)
est assez peu différente de celle du capital détenu dans l'informel. Ces investissements sont réalisés
notamment dans le commerce (55,4 %), l’industrie (19 %) et l’agriculture (18,4 %).
L’investissement moyen par UPI est de 18.200 CDF pour l’ensemble des UPI. Cette moyenne cache
toutefois des disparités assez sensibles selon les branches d’activité et type d’investissement. Par
branche, le capital moyen investi par UPI varie du simple au double selon qu’on travaille dans les
services (environ 14.000 CDF) ou dans les commerces (environ 24.000 CDF). Mais c’est dans
l’industrie que les UPI sont les plus nombreuses à investir, notamment dans le renouvellement ou
l’achat de leur outillage (deux tiers de leurs investissements)
La structure de l’investissement selon le type de biens acquis est similaire à celle du stock de capital.
En effet, l’outillage représente en valeur le poste le plus important, soit 60 %. Les autres types
d’investissement n’occupent que 5,8 % à 14,3 % de la valeur totale des investissements.
Mais le recours à l'emprunt peut avoir lieu pour financer d'autres usages liés à l'activité des UPI (frais
de fonctionnement, fonds de roulement, besoins de trésorerie, etc.).
Sur l’année étudiée, 26,2 % des UPI ont emprunté de l’argent pour leur activité. Le montant total des
emprunts est d’environ 25,6 milliards de CDF, dont 40 % dans les activités commerciales. La majeure
partie de ces emprunts a été réalisée à Kinshasa (19 milliards de CDF contre 6,6 milliards seulement
19
dans les autres centres urbains). Le nombre d’UPI emprunteuses varie peu selon la branche. Notons
toutefois que les UPI agricoles sont en proportion peu nombreuses (16,1 %) à avoir emprunté, mais les
montants moyens des emprunts contractés par UPI y sont plus conséquents.. Le montant moyen
d’emprunt par UPI s’élève à 34.000 CDF par an. Le commerce concentre presque la moitié du
montant total des emprunts du secteur informel. Il paraît étonnant que les montants moyens par UPI
soient plus faibles dans l’industrie, secteur pourtant intensif en capital, que dans les autres secteurs :
une explication pourrait être qu’il n’est pas rare que les clients des UPI industrielles paient un acompte
sur la commande qu’ils y effectuent. Le montant moyen par UPI ayant emprunté s’élève à 32.000 CDF
à Kinshasa contre 41.000 CDF en moyenne dans les autres urbains en province, mais les UPI sont plus
nombreuses à emprunter à Kinshasa que dans les autres agglomérations.
La contribution du secteur informel dans la formation du revenu pour un pays comme la RDC qui a vu
son tissu économique s’effriter au cours des années suite aux guerres et aux divers pillages, est une
information précieuse. Cela a été longtemps recherché par les comptables nationaux, les planificateurs
et autres utilisateurs ont pour tenter d’évaluer l’effort de création de richesse à l’intérieur du territoire
économique national. Il ne fait nul doute que les informations ci-après vont modifier le niveau et la
structure du Produit Intérieur Brut de façon notable.
Le secteur informel est à l’origine un phénomène urbain, où les activités agricoles sont généralement
peu répandues. Cependant, le secteur primaire représente un poids non négligeable dans l’économie
urbaine congolaise7. Aussi il a semblé intéressant d’inclure ces activités agricoles dans l’étude du
secteur informel.
5
CDF est la représentation internationale du Franc congolais.
6
La différence entre le chiffre d'affaires et la production provient des produits achetés pour être revendus en l'état.
7
A Kinshasa, le phénomène est si visible qu’une journaliste belge, Colette Braeckman, a écrit dans son livre le « Dinosaure » que « là où
l’on devait cultiver les fleurs, ce sont des légumes que l’on cultive ».
20
Tableau 13 : Chiffres d'affaires, production et valeur ajoutée du secteur informel selon le
milieu de résidence (en milliards de CDF)
Secteur d’activité Structure des UPI (%) Chiffre d’affaires Production Valeur ajoutée
Kinshasa
Agriculture 8,5 92 44 26
Industrie 18,5 236 200 48
Commerce 60,1 1 780 652 455
Services 12,9 170 90 19
Ensemble 100 2 277 985 548
Autres centres urbains
Agriculture 28,2 277 250 155
Industrie 19,7 583 529 225
Commerce 41,6 3 260 1 099 757
Services 10,5 377 302 159
Ensemble 100 4 496 2 180 1 296
Ensemble Urbain
Agriculture 22,2 369 294 181
Industrie 19,3 818 729 273
Commerce 47,3 5 039 1 751 1 212
Services 11,2 547 391 178
Ensemble 100 6 774 3 166 1 844
Source : INS, Enquête 1-2-3 nationale RDC (2004-2005), phase 2
Très nombreuses au sein du secteur informel urbain, les activités commerciales contribuent au trois-
quarts du chiffre d’affaires, à plus de la moitié de la production et à plus de deux-tiers de la valeur
ajoutée totale du secteur informel. Le reste de la valeur ajoutée est réparti entre l’industrie (14,8 %) et
les services avec moins de 10 %, contribution équivalente de la branche agricole.
La décomposition fonctionnelle de la valeur ajoutée par facteur de production montre que la part de la
rémunération du travail dépendant (essentiellement salarié) atteint seulement 2,8 % et correspond
presque uniquement à des salaires directs (moins de 5 % à Kinshasa). L’industrie se distingue des
autres secteurs d’activité, avec une masse salariale un peu plus élevée qu’ailleurs (10,5 % de la valeur
ajoutée). Le bâtiment en est certainement l’explication, ce secteur employant plus fréquemment de la
main d’œuvre. Mais d’un point de vue plus général, le faible poids de la masse salariale est une des
caractéristiques principales du secteur informel.
Le montant total des impôts (net des subventions directement liées à l'activité) est très faible. L’Etat ne
perçoit que 2,3 % de la valeur ajoutée du secteur informel, principalement sous forme de patente, mais
aussi d'impôts locaux (ticket, place), de droits d'enregistrement et de bail. Les « services » sont ceux
qui subissent relativement la plus forte ponction de l'administration (5,1 % de la valeur ajoutée est
affectée aux taxes), notamment dans la branche des transports et télécommunications. La pression
fiscale s’exerce aussi sur le commerce et au niveau géographique, la capitale semble également y être
plus soumise avec 2,6 % de la VA affectée aux taxes. Il existe donc ici un potentiel fiscal pour l'Etat,
qu'il conviendrait sans doute d'étudier, pour tenir compte des spécificités de ce secteur. La mise en
place d'un système viable de taxation du secteur informel doit être modulée en fonction de la
rentabilité réelle des UPI (très faible pour la majorité). Il doit aussi chercher à minimiser les coûts de
recouvrement de l'impôt, a priori très élevés, compte tenu de l'atomisation des UPI.
Enfin, l'excédent brut d'exploitation (EBE, net des autres charges liées à la production non classées
ailleurs), la troisième composante de la valeur ajoutée, est de loin la plus importante, puisqu'il atteint
en moyenne près de 95 %. Il n’est même jamais inférieur à 85 %, quelle que soit le secteur considéré.
Il ne faut cependant pas assimiler l'EBE à la rémunération du capital, dans la mesure où la plus grande
partie revient à la rémunération du travail des travailleurs à leur propre compte et des petits patrons.
21
Chiffre Valeur Masse Impôts et
Production EBE Total
d’affaires ajoutée salariale taxes
Agriculture 5,5 9,3 9,8 61,6 2,0 1,4 96,5 100
Industrie 12,1 23,0 14,8 37,4 10,5 1,8 87,8 100
Commerce 74,4 55,3 65,7 69,2 0,6 2,2 97,1 100
Services 8,1 12,4 9,7 45,6 6,7 5,1 88,0 100
Ensemble 100,0 100,0 100,0 58,3 2,8 2,3 94,8 100
Source : INS, Enquête 1-2-3 nationale RDC (2004-2005), phase 2
L'analyse des principaux agrégats moyens par unité de production montre le caractère réduit de
l’échelle de l'activité dans le secteur informel. Dans l’ensemble urbain, les UPI enregistrent en
moyenne un chiffre d’affaires mensuel de 212.000 CDF, une production mensuelle de 99.000 CDF et
une valeur ajoutée de 75.500 CDF. Pour la capitale, les performances sont évidemment plus élevées
avec respectivement 259.000 CDF (chiffre d’affaires), 117.000 CDF (production) et 91.000 CDF
(valeur ajoutée).
Quel que soit l’indicateur retenu, les UPI commerciales sont celles qui brassent le plus gros volume
d’activité, avec, en moyenne, plus de 336.000 CDF de chiffre d’affaires par mois. Elles restent
également au dessus de la moyenne de l’ensemble du pays lorsqu’on prend en compte le niveau de la
production ou de la valeur ajoutée avec respectivement 120.000 et 101.000 CDF par mois. Hormis la
branche agricole qui est logiquement l’activité la moins productive, les secteurs de l’industrie et des
services, représentant respectivement 19 % et 11 % des UPI urbaines, enregistrent des volumes
d’activité comparables (autour de 66.000-68.000 CDF de valeur ajoutée par exemple).
L’analyse des indicateurs de productivité montre que dans l’ensemble, un actif du secteur informel
crée en moyenne une valeur ajoutée mensuelle de 62.400 CDF (95.300 CDF à Kinshasa). Ce ratio est
plus élevé dans le secteur du commerce avec 94.600 CDF (118.600 CDF à Kinshasa). La branche
agricole présente la productivité la plus faible avec 20.000 CDF, soit trois fois mois que la moyenne
sur l’ensemble urbain. Une heure de travail effectué génère 317 CDF de valeur ajoutée, 451 CDF à
Kinshasa, le classement par secteur d’activité restant inchangé.
22
5.4 L’insertion du secteur informel dans le système productif
Pour apprécier le niveau d'intégration du secteur informel dans le tissu productif local, il convient
d'identifier, en amont, la provenance des consommations intermédiaires, et, en aval, quels sont les
segments de la demande à laquelle satisfait le secteur informel.
Le principal fournisseur des UPI est de loin le secteur informel lui-même, et plus particulièrement le
secteur informel commercial. Près des deux tiers des chefs d'UPI déclarent acheter leurs matières
premières chez d'autres informels, et environ 57 % auprès de commerces informels.
Lorsqu'elles se fournissent auprès du secteur formel, ce sont les grands commerces plus que les
grandes entreprises de production qui sont sollicités (respectivement 10 % et 2 %). En pourcentage
d'UPI, le poids des importations directes est quasi nul. Enfin, seulement 2,7 % des UPI font appel au
secteur public concernant l’approvisionnement.
La nature des relations du secteur informel avec l'Etat est au cœur des enjeux portant sur le rôle que ce
secteur joue dans le processus de développement des pays du tiers-monde. Paradoxalement, ce champ
d'investigation qui a fait couler beaucoup d'encre reste largement inexploré. On a même longtemps cru
que, par nature, il était impossible d'obtenir des données fiables sur le secteur informel. L'ambivalence
et l'inconstance de l'Etat vis à vis du secteur informel constitue une source d'incertitude qu'il convient
de lever pour que l'effort productif des entrepreneurs informels ne soit sans cesse contrarié.
Le type de registre administratif renseigne sur la nature des liens institutionnels que le secteur informel
entretient avec l'Etat. Si, par définition, la grande majorité des unités de production informelles ne
possèdent pas de Numéro d’Identification Nationale ([Link]), cela n'implique pas nécessairement que le
23
secteur informel ne jouisse d'aucune reconnaissance juridique de la part de l'administration, étant
donnée la multiplicité des formes d'enregistrement existant en RDC. Ainsi, en dehors du numéro
d’identification nationale attribué par le Ministère de l’Economie au moment de la création,
l’enregistrement dans quatre autres registres a été testé : le registre du commerce, la patente, la carte
professionnelle et enfin la possession d’un numéro de sécurité sociale.
Dans l'immense majorité des cas, les unités informelles sont inconnues de l'ensemble des services de
l'Etat. L'affiliation la plus fréquente correspond à la patente avec 7,5 % la possédant, les kinois sont en
dessous de la moyenne avec 4,6 %. Pour ceux qui sont inscrits au registre de commerce, ils sont
seulement moins d’un pour cent dans ce cas. Comme pour la patente, la carte professionnelle est
détenue davantage dans les autres centres urbains (3,5 %) que dans la capitale où la carte est quasi
inexistante. Enfin, le taux d’enregistrement sur les registres de la sécurité sociale est nul.
En fait, près de 91 % des UPI sont totalement inconnues des services publics, c'est à dire qu'elles ne
possèdent pas de [Link], et ne sont enregistrées dans aucun autre registre. Seulement 7,6 % des UPI sont
enregistrées dans un seul registre et seulement 1,8 % figurent dans au moins deux registres.
Tableau 17 ; Nombre de registres par secteur d’activité et type d’UPI selon le milieu de
résidence
Nombre de UPI UPI
Primaire Industrie Commerce Services Total
registres familiales salariales
Kinshasa
Pas de registre 95,2 97,2 93,1 92,7 94,0 93,9 97,6
Un seul registre 4,8 2,8 5,5 5,5 4,9 5,0 2,4
Plusieurs registres 0 0 1,4 1,8 1,1 1,1 0
Autres centres urbains
Pas de registre 97,5 89,3 85,5 80,8 89,2 90,0 67,7
Un seul registre 2,3 7,0 12,3 16,5 8,9 8,1 27,6
Plusieurs registres 0,2 3,6 2,2 2,7 1,9 1,9 4,7
Ensemble urbain
Pas de registre 97,3 91,6 88,4 85,0 90,6 91,1 71,2
Un seul registre 2,6 5,8 9,7 12,6 7,6 7,1 24,6
Plusieurs registres 0,1 2,6 1,9 2,4 1,8 1,8 4,2
Source : INS, Enquête 1-2-3 nationale RDC (2004-2005), phase 2
On a souvent prétendu que l'informalité provenait d'un excès de régulations publiques, notamment de
taux d'imposition excessifs dans le secteur formel, et d'une volonté délibérée des informels de
contourner la législation. Cette thèse serait partiellement démentie dans le cas de la RDC. Quel que
soit le type de registres considérés, entre 63 % dans les autres centres urbains et 69 % des chefs d’UPI
à Kinshasa prétendent ne pas connaître la réglementation, soit qu'ils considèrent que l'inscription n'est
pas obligatoire, soit qu'ils déclarent ne pas savoir auprès de quelle institution il faudrait le faire. Donc,
c'est avant tout la méconnaissance des obligations juridiques qui est avancée par les chefs d'unités de
production informelles pour ne pas s’être déclarés.
Le refus ostensible de toute collaboration avec les organismes publics n'est le fait que d'une infime
minorité, qui compte pour à peine 5,5 % des UPI. Entre 5,3 % et 8,3 % des UPI estiment que les
démarches à entreprendre sont trop compliquées. Enfin, le coût monétaire associé à l’inscription aux
registres administratifs est invoqué par environ un quart des promoteurs.
Les activités informelles apparaissent donc plus comme un secteur de développement spontané des
activités économiques des ménages que comme une stratégie de "contournement" de la législation en
vigueur jugée inhibante. La solution au problème du non enregistrement du secteur informel passe
avant tout par une politique de communication active de la part de l'Etat et sans doute par une
simplification administrative des démarches liées à l'enregistrement. Par contre, il ne serait pas
24
opportun de chercher à accroître de manière indifférenciée la pression fiscale sur le secteur informel,
compte tenu de la piètre rentabilité de la plupart des UPI.
Tableau 18 : Les raisons du non enregistrement des unités de production informelles selon le
milieu de residence
6.3 Si le secteur informel ne va pas à l’Etat, l’Etat ne va pas non plus au secteur
informel
Si les informels n'effectuent pas les démarches nécessaires pour légaliser leur activité, existe-t-il une
volonté de l'Etat de pousser les informels à s'insérer dans le cadre réglementaire ? Les résultats de
l'enquête montrent que non. Ainsi, environ 9 % des chefs d'UPI déclarent avoir connu des problèmes
avec les agents de l'Etat au cours de l'année écoulée. La proportion est nettement moindre à Kinshasa
(4 %) ; elle est, par contre, relativement importante dans les autres villes et cités de la RDC (11 %).
Une analyse plus approfondie permettrait de voir que les branches telles que la « réparation », la
« confection » ou les « transports » sont plus touchées par ces frictions avec les agents publics.
Lorsqu'un litige survient, le différend se règle par le paiement d'une amende dans plus de 36 % des
cas. Le paiement d'un « cadeau », symptôme du phénomène de la corruption, représente le mode de
règlement du conflit pour plus de 44 % des chefs d'UPI interpellés par les agents de l'Etat. A Kinshasa,
près de 54 % des litiges sont réglés avec des cadeaux. L’accord à l’amiable ou autres formes de
« paiement » constitue encore un cinquième des règlements.
En fait, peu d'unités de production informelles ont été importunées par l'Etat, et les sommes
déboursées paraissent assez négligeables. Ainsi le montant moyen des amendes, pour les UPI qui en
ont payées est de 5.700 CDF sur l'année, tandis que le montant des « cadeaux » atteint à peine
3.400 CDF. Cela signifie que d'une part, les sanctions monétaires de l'Etat à l'encontre du secteur
informel ne constituent pas une entrave au développement de leurs activités, et que d'autre part, le
25
détournement de fonds publics associé à la corruption envers le secteur informel représente un manque
à gagner dérisoire pour les finances publiques.
Deux conclusions importantes doivent être tirées des résultats précédents. D'abord, il semble que l'Etat
se désintéresse du secteur informel, par une politique de laisser faire caractérisée. Ensuite,
contrairement à une idée reçue, le secteur informel en RDC n'est pas harcelé par des fonctionnaires
peu délicats qui utiliseraient leur position professionnelle pour obtenir illégalement des compléments
de revenus, même si le phénomène n’est pas rare.
Pour conforter l'hypothèse selon laquelle l'Etat ne constitue pas la contrainte majeure au
développement des activités économiques informelles en RDC, on mentionnera le fait que seuls 9 %
des chefs d'UPI déclarent avoir eu des problèmes liés à l'excès de réglementation, d'impôts ou de
taxes. 1,6 % voient dans l'Etat la principale source risquant de faire disparaître leur établissement, et à
1,2 % considèrent qu'il nuit au développement de leur activité.
26
6.4 Formaliser l'informel ?
Si le secteur informel entretient peu de liens avec l'Etat, et que ce dernier ne semble pas pousser leurs
activités hors de la légalité par une action répressive, la question qui se pose est de savoir dans quelle
mesure le secteur informel est prêt à collaborer avec la puissance publique. En effet, pour le bon
fonctionnement d'un Etat de droit, il est nécessaire que les lois soient effectivement respectées et que
le secteur informel puisse s'insérer à part entière dans le cadre de la régulation officielle. Nous avons
donc interrogé les chefs d'UPI pour savoir s'ils étaient prêts à se « formaliser ».
Globalement dans l’ensemble urbain, près de 30 % des chefs d’UPI sont prêts à enregistrer leur
établissement auprès de l'administration. Les kinois sont deux fois moins enclins à s’enregistrer que
leurs homologues des autres centres urbains. En l’absence de local bien souvent et avec une activité
sans doute encore plus précaire, les petits commerçants sont aussi moins enclins à s’enregistrer (24 %)
que dans les autres secteurs de l’industrie ou des services (33 %). Parmi les mesures envisagées afin de
légaliser les activités informelles, les entrepreneurs ont été interrogés sur leurs opinions concernant la
simplification des procédures administratives. Parmi les UPI prêtes à se faire enregistrer, 41 % d’entre
elles sont favorables au principe du « guichet unique » pour simplifier les démarches d'enregistrement.
Si l'on y ajoute ceux qui ne savent pas de quoi il retourne et pourraient se laisser convaincre par une
politique active de communication, il ne reste que 22 % des UPI pour refuser cette modalité de
légalisation, soit une part moindre du secteur informel que l’on peut supposer réfractaire à toute forme
de collaboration avec la puissance publique.
En fait, du point de vue de l’Etat, la légalisation du secteur informel poursuit deux objectifs. D’abord,
il s’agit de réintégrer ce secteur d’activité dans les circuits officiels, pour qu’il n’ait plus à pâtir de
coûts de transaction plus élevés (accès au crédit et aux programmes publics de promotion, moindre
sensibilité à la corruption, etc.). Mais en contrepartie, si le traitement équitable du secteur informel est
un droit, il doit s’accompagner d’obligations vis-à-vis de la puissance publique. En particulier, le
secteur informel doit contribuer à l’effort fiscal de la Nation.
27
A l’heure actuelle, le secteur informel échappe largement à l’impôt. Compte tenu de la spécificité des
activités informelles, il est clair que la fiscalisation de ce secteur doit passer par une simplification
radicale du système d’imposition auquel il est soumis.
Notre objectif n’est pas ici d’estimer précisément la capacité contributive du secteur informel ou le
rendement de l’impôt synthétique, ni d’en proposer les modalités d’exécution, mais de mettre en
lumière les attentes des opérateurs informels en matière de fiscalité.
En premier lieu, nous avons vu plus haut que beaucoup d’UPI sont favorables à une collaboration avec
l’administration. Plus de la moitié (52,4 %) se déclare même spontanément prête à payer des impôts.
Encore faut-il que cet impôt soit adapté à leur rythme d’activité spécifique et à leur capacité
contributive effective. Parmi ces derniers, l’unicité de l’impôt est revendiquée par la moitié des UPI,
tandis qu’un cinquième la rejette. En second lieu, la périodicité annuelle du recouvrement de l’impôt
est plébiscitée par les deux-tiers des opérateurs informels. On est cependant en droit de s’interroger sur
le réalisme d’une telle déclaration, compte tenu de l’échelle et du mode de gestion des activités
informelles. En effet, recouvrer une somme conséquente en une seule fois supposerait que les UPI
soient en mesure de s’imposer d’épargner progressivement (mensuellement, voire toute les semaines)
une partie de leurs gains, ce qui semble peu probable eût égard à leur montant. D’ailleurs, on
comprend mieux ce choix de l’année, lorsqu’on interroge les chefs d’UPI sur le montant qu’ils seraient
prêts à payer. En moyenne, les UPI considèrent qu’un montant de 1 000 CDF par mois serait
approprié. Il convient de noter l’étonnante homogénéité de l’impôt désiré moyen en fonction des
secteurs d’activité.
Cette somme paraît dérisoire, aussi bien dans l’absolu que rapportée au chiffre d’affaires du secteur,
puisqu’elle ne représente qu’un taux de pression fiscale de 0,5 %. En fait, ce qu’il faut retenir de ces
résultats, ce n’est pas tant un taux d’imposition souhaitable (dans aucun pays du monde le taux de
contribution n’est laissé à la discrétion des contribuables), que la volonté des opérateurs informels de
contribuer à l’effort fiscal du pays.
Kinshasa
Activités agricoles 45,7 16,2 38,1 100 67,4 12,4 17,1 3,1 1 000
Industrie 57,0 15,4 27,6 100 45,1 18,6 27,2 9,1 1 200
Commerce 51,1 12,6 36,3 100 54,9 10,9 28,7 5,5 1 100
Services 44,9 19,5 35,6 100 60,4 9,0 26,3 4,3 1 000
Ensemble 50,9 14,3 34,8 100 54,5 12,4 27,2 5,9 1 100
Autres centres urbains
Activités agricoles 54,9 24,5 20,6 100 87,9 3,1 6,5 2,5 600
Industrie 49,6 20,8 29,6 100 65,5 8,8 17,1 8,6 1 000
Commerce 45,2 22,5 32,3 100 66,4 9,9 16,7 7,0 1 000
Services 53,3 28,5 18,2 100 58,0 9,5 21,1 11,4 1 100
Ensemble 49,7 23,3 27,0 100 72,0 7,5 14,1 6,4 900
Ensemble urbain
Activités agricoles 53,8 23,5 22,7 100 85,9 4,0 7,6 2,5 600
Industrie 51,8 19,2 29,0 100 59,0 11,9 20,3 8,8 1 100
Commerce 47,5 18,7 33,8 100 61,6 10,3 21,6 6,5 1 100
Services 50,3 25,3 24,4 100 58,7 9,4 22,7 9,2 1 000
Ensemble 50,0 20,6 29,4 100 66,6 9,0 18,1 6,3 950
Source : INS, Enquête 1-2-3 nationale RDC (2004-2005), phase 2
Champ: ensemble des UPI favorables à l'impôt unique (pour les colonnes recouvrement et montant prêt à payer)
28
6.6 L’impôt synthétique : pour qui et pourquoi faire ?
Pour aller plus loin sur la voie de la fiscalisation du secteur informel, les responsables des UPI ont été
interrogés sur la question de savoir à qui devait revenir l’impôt synthétique et à quoi il devait servir.
En ce qui concerne le premier point dans l’ensemble urbain, les collectivités territoriales
décentralisées, et plus particulièrement les communes, semblent avoir la préférence des opérateurs
informels. Si pour un tiers d’entre eux opte pour l’administration centrale, entre quatre et cinq chefs
d’UPI sur dix choisissent la commune, tandis que 23 % ne se prononcent pas. Pour les opérateurs
informels, l’impôt synthétique relève plus de la fiscalité locale que de l’administration fiscale centrale.
A Kinshasa, les résultats sont encore plus nets du fait simplement que le nombre d’indécis dans la
capitale est moins élevé qu’ailleurs.
Cette orientation s’explique largement par le type d’usage qu’ils souhaitent voir affecter à leur
contribution. Parmi les six options proposées, deux dominent largement. D’abord et avant tout, 40 %
privilégient les dépenses sociales de base, dans la santé et l’éducation. Ensuite, apparaissent les
investissements en infrastructures (routes, marché, adduction, etc.) avec 28 %. Les augmentations des
salaires des fonctionnaires sont souhaitées par un cinquième des réponses. Pour les opérateurs
informels le salaire des fonctionnaires contribue ainsi à la consommation des ménages, ces derniers
étant leurs principaux clients. En revanche, les programmes d’appui aux micro-entreprises
n’obtiennent que 6,7 % des suffrages.
Encore une fois, si ces réponses ne peuvent être suivies à la lettre pour affecter les dépenses publiques,
elles donnent des éléments pour guider la politique. En dehors de mesures sectorielles qui leurs
profitent au premier chef, les opérateurs informels se montrent favorables à une fiscalité de proximité,
orientée vers la satisfaction des besoins essentiels de la population, notamment des plus pauvres dont
ils font partie dans leur majorité, et dont les retombées soient directement mesurables. Construire une
école primaire, un dispensaire public, réhabiliter un marché, voilà autant d’actions concrètes qui
légitiment l’intervention de la puissance publique.
29
Finalement, la formalisation de l’informel, qui passerait aussi par une fiscalisation du secteur, doit se
concevoir comme la mise en place d’un nouveau contrat avec l’Etat, avec pour maîtres mots
simplification, concertation, transparence et efficacité.
En fait, le secteur informel semble avoir parfaitement intégré les fondements de l’économie de
marché. La concurrence acharnée que se livrent les producteurs informels est non seulement une
réalité objective, mais elle est même revendiquée par la majorité. Ainsi, lorsqu’on les interroge sur la
meilleure façon de déterminer les prix dans leur secteur, 52 % mettent en avant les mécanismes de
l’offre et de la demande. 28 % seraient favorables à une intervention au niveau des associations
professionnelles, tandis que 20 % voudraient que l’Etat fixe directement les prix.
Il est à noter que ce souhait correspond bien au mode de formation des prix en vigueur sur les
marchés. A peine 8,5 % des UPI déclarent que leurs prix sont imposés par la puissance publique. Si
environ un cinquième des UPI adoptent un comportement de marge fixe sur le prix de revient, près de
six UPI sur dix sont directement guidées par les lois du marché (30 % à travers le marchandage avec
leurs clients, et 28 % en s’ajustant au prix des concurrents). En revanche, la négociation des prix par
les organismes professionnels, relativement peu pratiquée à l’heure actuelle, est appelée à jouer un rôle
plus important à l’avenir. Si plus d’une UPI sur dix affirme y être soumise, 27,7 % en prônent la mise
en place.
Si les principes de base de la libéralisation sont à la fois effectifs et largement acceptés, cela
n’empêche pas les UPI de solliciter de l’Etat une fonction d’appui à leur égard. 78 % souhaitent que
soient mis en place des programmes de soutien et de promotion à leur égard, que ce soit en matière
d'accès au crédit, de formation technique, d'assistance à la gestion ou encore pour obtenir des
approvisionnements ou des machines, pour résoudre les difficultés éventuelles qu'elles rencontrent
actuellement et ce quelle que soit le secteur d’activité.
30
7 PROBLEMES ET PERSPECTIVES
87,2 % des chefs d'unités de production informelles déclarent rencontrer des difficultés dans l'exercice
de leur activité. Ce résultat montre avant tout que les chefs d’UPI exercent leur activité dans des
conditions difficiles et sont obligés de continuer pour survivre.
La difficulté d’accès au crédit est le premier obstacle que rencontrent les promoteurs, un sur deux
mettant en avant cette difficulté. Ce résultat met en lumière le peu d'intérêt qu'accorde le système
financier congolais à l'égard des micro-entreprises. Les chefs d’UPI sont également confrontés au
problème d'écoulement de la production, contraint plus du côté de l’offre (« excès de concurrence »)
que du côté de la demande (« manque de clientèle »). Près de 44 % des unités informelles souffrent
d’une concurrence excessive et un tiers a des problèmes de débouchés. La concurrence excessive et le
manque de clientèle pèsent beaucoup plus fortement à Kinshasa notamment dans le commerce (58 %
et 38 % respectivement) et dans l’industrie (53 % et 43 % respectivement).
Bien que le secteur informel soit observé en milieu urbain, l’approvisionnement en matières premières
reste problématique pour 39 % des UPI, les UPI implantées dans les autres centres urbains sont
davantage confrontés à cette difficulté que celles de Kinshasa (43 % contre 31 %). En plus des
difficultés d’accès au crédit qui n’épargnent aucun secteur d’activité, les UPI du secteur agricole et de
l’industrie doivent encore faire face au manque d’équipements et de machines. Les problèmes
techniques et organisationnels jouent un rôle secondaire et ne sont pas vécus par les producteurs
informels de la même façon par les chefs d’UPI suivant le secteur d’activité et donc ne constituent pas
vraiment une contrainte majeure à leur développement.
Tableau 25 : Principales difficultés rencontrées par le secteur informel en milieu urbain (%)
(classées par ordre d'importance décroissante)
Ensemble Agriculture Industrie Commerce Services
1. Difficulté d'accès au crédit 49,9 57,2 49,7 48,2 43,4
2. Trop de concurrence 43,7 35,4 42,9 48,3 41,7
3. Approvisionnement en matières premières 39,1 53,5 40,4 34,0 29,9
4. Manque de clientèle 34,7 24,3 39,7 36,4 39,4
5. Problème de machines, d'équipement 27,5 55,4 37,6 9,7 30,5
6. Coût du crédit 25,3 36,7 24,2 21,6 19,9
7. Problème de locaux, de place 24,4 26,0 31,2 18,9 33,1
8. Problème d'organisation, de gestion 19,6 24,7 24,1 15,7 18,7
9. Trop de réglementation, d'impôts, de taxe 13,2 12,7 11,6 13,5 15,6
10. Problème technique de fabrication 11,9 21,0 20,3 4,7 10,3
11. Recrutement de personnel qualifié 8,7 18,2 10,9 3,6 7,5
Aucune difficulté 12,8 10,2 12,5 13,8 14,8
Source : INS, Enquête 1-2-3 nationale RDC (2004-2005), phase 2
Les problèmes de main-d’œuvre sont jugés peu importants dans la mesure où la majorité des UPI
n’utilisent pas de main d’œuvre. A peine 2,5 % des UPI ont déclaré avoir rencontré des difficultés à
recruter du personnel qualifié, et plus de neuf chefs (patrons et indépendants avec employé non-
salarié) d'établissements informels employant de la main-d’œuvre sur dix n'ont absolument aucun
problème avec leurs employés. La gestion consensuelle du travail dans le secteur informel s'explique
par les liens sociaux très puissants (familiaux, ethniques, etc.) qui lient employeurs et employés. Le
paradoxe étant que s’ils devaient embaucher de la main d’œuvre salariée, seulement 29 % des chefs
d’établissements recruteraient un membre de la famille ou un ami.
31
Tableau 26 : Principales difficultés rencontrées avec la main-d’œuvre du secteur informel
(classées par ordre d'importance décroissant, en % des UPI employant de la main-
d’œuvre)
Ensemble Agriculture Industrie Commerce Services
1. Manque de main-d'œuvre qualifiée 2,5 5,1 3,4 0,8 3,0
2. Instabilité des employés 1,6 2,3 2,1 0,7 3,0
3. Problèmes de discipline ou de manque de
1,3 0,5 2,0 0,5 5,3
sérieux
4. Salaires trop élevés 0,5 1,1 0,9 0,3 -
5. Problèmes avec les syndicats 0,2 0,1 0,4 0,1 1,0
Aucun problème avec les employés 93,5 92,0 92,6 95,3 90,2
Source : INS, Enquête 1-2-3 nationale RDC (2004-2005), phase 2
Champ : ensemble des UPI employant de la main d’œuvre
L'environnement macro-économique qui pèse sur les performances des unités de production
informelles, conduit les chefs d'UPI à émettre massivement le souhait d'être appuyés. En premier lieu,
l'accès au crédit apparaît comme la modalité première des aides sollicitées, 57,6 % des UPI dans
l’ensemble urbain et 62,3 % dans la capitale. Ce résultat est logique dans la mesure où l’accès au
crédit est considéré comme la première difficulté rencontrée par les promoteurs. Ce résultat appelle
aussi trois commentaires. En effet, les systèmes de financement du secteur informel sont largement
insuffisants pour satisfaire aux besoins des activités informelles. En second lieu, un accès plus fluide
au crédit résoudrait dans une large mesure l’ensemble des problèmes du secteur informel sans oublier
ceux d’ordre macro-économique. Enfin, le système bancaire, aujourd’hui totalement déconnecté des
activités informelles (seulement 1,1 % des promoteurs ont sollicité leur banque pour l’obtention d’un
prêt), a un rôle important à jouer afin de trouver les modalités adéquates d’intervention en faveur du
secteur informel. Cette assistance est donc attendue par environ six UPI sur dix quelle que soit la
branche et est surtout réclamée par le secteur agricole (65,9 %) et les industries (59,9 %).
En second lieu, dans un secteur à forte concurrence où le suivi de l’établissement dépend des
performances de ses partenaires (fournisseurs en l’occurrence), l’assistance pour les
approvisionnements (43,7 %) est également fortement souhaitée par les UPI. Dans les mêmes
proportions, les producteurs informels réclament un appui pour l’accès à de grosses commandes. Ce
résultat est encore logique puisque l’une des principales difficultés des UPI est l’écoulement de leur
production. Cette aide est surtout réclamée par les acteurs des activités du secteur agricole et de
l’industrie, en particulier hors Kinshasa.
Tableau 27 : Aides souhaitées par les chefs d’unités de production informelles en milieu
urbain (%)
(classées par ordre d’importance décroissant)
% Ensemble Agriculture Industrie Commerce Services
1. Accès au crédit 57,6 65,9 59,9 54,5 50,6
2. Assistance pour l'approvisionnement 43,7 59,0 47,1 37,8 32,2
3. Accès à des grosses commandes 42,7 48,6 47,4 38,1 42,3
4. Accès aux informations sur le marché 39,5 48,7 45,0 33,6 37,2
5. Accès à des machines modernes 33,7 61,6 44,2 14,8 39,9
6. Publicité pour vos nouveaux produits 29,2 36,4 33,6 24,6 27,1
7. Facilités à l’enregistrement de l’activité 27,6 36,1 30,6 22,8 25,7
8. Formation technique 27,2 50,5 31,2 14,1 29,1
9. Formation à l'organisation et aux comptes 27,0 34,0 31,5 22,4 25,2
Aucune aide 22,3 16,8 19,7 26,1 21,8
Source : INS, Enquête 1-2-3 nationale RDC (2004-2005), phase 2
32
Enfin, l’accès aux informations sur les marchés existants ou potentiels est sollicité par 39,5 % des UPI.
Ceci illustre les difficultés pour les UPI de disposer d’informations fiables et actualisées afin de mener
à bien tout projet de réorganisation des filières. Il faut ajouter l’attente manifestée par les
établissements agricoles et industriels pour les aides en dotation de machines modernes. En revanche
les activités traditionnelles d’appui aux micro-entreprises, telles que la formation technique, à la
gestion et à l’administration sont relativement plus demandées hors Kinshasa.
Il est à noter que moins de 22,3 % des chefs d’unités informelles ne souhaitent recevoir aucune aide.
Ce sont en général des UPI de petite taille qui ont pris l'habitude de travailler sans rien demander à
personne et qui ne nourrissent pas d’ambition d’élaborer des projets d'extension de leurs activités.
7.3 Perspectives
Pour apprécier le mode de comportement des producteurs informels, on a cherché à savoir ce qu'ils
feraient dans deux cas de figure : s'ils pouvaient bénéficier d'un crédit, ou en cas de réduction de la
demande.
Il existe bien une certaine forme de mentalité d'accumulation dans le secteur informel, mais sa
structure de production limite les possibilités d'intensification. Plus de 90 % des chefs d'UPI
s'emploieraient à accroître leur niveau d'activité, alors qu’à peine 3,8 % d'entre eux engageraient des
dépenses, de consommation notamment, en dehors de leur établissement. Mais la ligne de crédit ne
serait pas nécessairement affectée à un investissement supplémentaire dans l'établissement. En effet, si
45,8 % des UPI utiliseraient le crédit dans le sens d’une croissance intensive (accroissement du stock
de capital), une option d’ailleurs plus souvent envisagée par les industriels, moins de la moitié
(44,7 %) amorcerait une stratégie de croissance extensive (ouverture d'un autre établissement dans la
même ou une autre branche).
En cas de croissance extensive deux cas de figure peuvent se présenter : ou bien le producteur
informel cherche à créer une nouvelle unité de production dans sa propre branche, c'est notamment le
cas des commerçants ou bien il investirait dans une autre branche d'activité.
Tableau 28 : Utilisation d’un crédit par les unités de production informelles en milieu urbain
(%)
Que feriez-vous si
Ensemble Agriculture Industrie Commerce Services
vous obteniez un prêt ?
Croissance intensive: 45,8 45,1 49,5 44,0 47,9
- accroître le stock de matières premières 28,0 19,6 27,6 35,2 15,5
- améliorer votre local 9,7 11,2 9,3 6,4 21,0
- améliorer votre équipement 6,2 10,3 11,4 1,1 10,6
- embaucher 1,9 3,9 1,4 1,3 0,8
Croissance extensive: 44,7 41,4 45,0 46,6 43,1
- ouvrir une autre UPI (même branche) 24,7 24,4 19,8 27,0 23,9
- ouvrir une autre UPI (autre branche) 20,0 17,0 25,2 19,6 19,2
Engager des dépenses hors de
3,8 4,1 2,7 4,0 4,6
l'établissement
Autre 5,7 9,5 2,7 5,5 4,5
Total 100 100 100 100 100
Source : INS, Enquête 1-2-3 nationale RDC (2004-2005), phase 2
De plus, il faut noter que très peu de promoteurs se proposent d'embaucher. Ce choix s'explique par le
faible taux d'utilisation des capacités de production du secteur informel dans la conjoncture actuelle.
Contrairement à ce qui en est traditionnellement attendu, une politique de financement du secteur
33
informel facilitant l'accès au crédit d'unités de production déjà existantes aurait un impact direct nul ou
négligeable sur l'emploi.
La troisième variable d’ajustement sur laquelle les entrepreneurs informels pourraient agir est leur
bénéfice. Près d’un cinquième d’entre eux contracteraient leurs marges pour faire face à une chute de
leurs débouchés. Ce poste est d'ailleurs l’une des seules marges de manœuvre interne à l'UPI sur
laquelle nombre de producteurs peuvent agir, notamment ceux qui se trouvent en situation d'auto-
emploi. L’amélioration de la qualité des produits concerne les UPI de la même manière que la
contrainte sur les marges de bénéfice. La contraction de la masse salariale (soit en réduisant les
salaires, soit en débauchant) ne constitue pas une solution potentielle, même pour ceux qui emploient
des salariés. Cela peut être expliqué par la faiblesse du poids de ce poste dans les comptes des unités
informelles.
Finalement et malgré la situation économique difficile, les producteurs informels restent optimistes,
puisque près des trois-quarts d'entre eux considèrent qu'il existe un avenir pour leur propre unité de
production. Les promoteurs kinois semblent d’ailleurs être légèrement plus optimistes que leurs
homologues dans les autres centres urbains. Cette vision positive de l'avenir est une fonction
croissante de la taille de l'unité de production (qu'elle soit mesurée en termes d'emploi, de chiffre
d'affaires ou encore de type de local).
Le jugement positif sur l'avenir de l'établissement dépasse la simple intuition que le secteur informel
sera amené à jouer un rôle économique de premier plan au cours des prochaines années, notamment
dans le secteur de production. En effet, six chefs d'unités de production informelles sur dix souhaitent
voir leurs enfants reprendre leur activité s'ils le désiraient. Le secteur informel est donc bien associé à
un mode d'insertion sociale et économique encore valorisé aujourd’hui en milieu urbain.
L'optimisme sur les perspectives d'avenir est fortement corrélé avec le statut et le sexe des chefs
d’unités informelles. Ainsi, les patrons d’établissements se montrent beaucoup plus, d’une part
optimistes quant à l’avenir de leur établissement, et d’autre part désireux de voir leurs propres enfants
prendre leur relève et se maintenir dans le secteur informel, que les travailleurs à leur propre compte.
34
Le résultat sur la relève est identique lorsqu’on effectue une comparaison entre les chefs
d’établissement hommes et femmes. En revanche, cet optimisme croît avec l’ancienneté des chefs
d’UPI.
Tableau 30 : Perspectives d'avenir des chefs d'unités de production informelles (en % des
UPI)
Kinshasa Autres urbains RDC urbain
Désir de voir
L'UPI a un Désir de voir ses L'UPI a un Désir de voir ses L'UPI a un
ses enfants
avenir enfants continuer avenir enfants continuer avenir
continuer
Statut
Patron 89,4 89,4 97,6 78,0 96,4 79,6
Compte propre 73,9 64,4 68,9 56,6 70,5 59,0
Sexe
Homme 75,6 63,3 71,6 57,9 72,5 59,2
Femme 73,3 65,5 68,2 56,7 70,0 59,9
Age
Moins de 25 ans 68,0 60,3 67,5 53,6 67,6 55,6
25 - 45 ans 74,3 64,0 73,5 57,8 73,8 59,7
Plus de 45 ans 77,0 68,6 64,1 58,4 68,1 61,5
Ancienneté
Moins de 1 an 54,4 61,3 63,9 49,8 64,0 53,3
1 à 3 ans 67,2 52,5 67,3 53,6 67,2 53,3
Plus de 3 ans 77,1 65,6 72,1 60,7 73,6 62,1
Branche activité
Activités agricoles 76,7 61,8 71,8 58,2 72,4 58,7
Industrie 82,1 75,5 68,0 61,8 72,1 65,8
Commerce 71,8 62,0 70,4 54,4 70,9 57,4
Services 71,9 63,8 66,3 57,6 68,3 59,7
Ensemble 74,1 64,7 69,9 57,3 71,2 59,6
Source : INS, Enquête 1-2-3 nationale RDC (2004-2005), phase 2
8 METHODOLOGIE
L'enquête sur le secteur informel s'inscrit dans le cadre plus large de l'enquête 1-2-3. Elle procède par
la méthode des enquêtes dites en deux phases.
Le dispositif a été réalisé en deux temps : une première enquête a été réalisée en 2004 dans la capitale,
Kinshasa, puis en 2005 dans les autres centres urbains du pays.
Kinshasa :
Durant la phase 1, un échantillon final de 2 081 ménages a été constitué. Un questionnaire sur l'activité
des membres des ménages de 10 ans et plus a permis d'identifier l'ensemble des actifs occupés
dirigeant une unité de production informelle, que ce soit dans leur emploi principal ou dans un emploi
secondaire.
La seconde phase a donc consisté à réaliser une enquête spécifique auprès de ces chefs d'unités
informelles sur les conditions de production et les résultats économiques de leurs établissements. Cette
approche est la seule qui permette d'obtenir de façon pertinente un échantillon représentatif de
l'ensemble des unités de production informelles, quel que soit leur type de localisation (dans un
atelier ou une boutique, à domicile, sur la voie publique, etc.). En outre, elle présente l'avantage de
pouvoir combiner l'approche "ménage" et l'approche "établissement", en appariant les informations
collectées au cours de la première et de la seconde phase. Cette caractéristique est particulièrement
appréciable, compte tenu de l'imbrication étroite entre unité de production et unité de consommation
qui caractérise le secteur informel.
35
Après appariement des fichiers phase 1 et phase 2 relatifs à l’identification des UPI, l'échantillon final
pour Kinshasa compte 1.254 UPI sur les 1.384 unités identifiées lors de la phase 1.
Les trois phases ont été réalisées simultanément. La phase 2 devait être exhaustive mais en raison de
déperditions (problèmes de financement, de refus des chefs d’UPI, d’erreurs d’identifications en
phase 1, etc.), l’échantillon final de la phase 2 a été réduit.
Tableau 31 : Répartition de l’échantillon des UPI par province (milieu urbain uniquement)
Pour Kinshasa :
Les opérations de collecte ont eu lieu sur le terrain entre septembre et octobre 2004 pour la phase 2.
Les mois de novembre 2004 à janvier 2005 ont été consacrés à la saisie et à l'apurement des fichiers.
Les fichiers ont été analysés au cours du premier trimestre 2005 pour une publication des premiers
résultats en juin 2005.
36
Autres centres urbains :
Les opérations de collecte ont eu lieu sur le terrain entre avril et août 2005 pour la phase 2. Les mois
de juillet à septembre 2005 et janvier-févier 2006 ont été consacrés à la saisie. Enfin l’apurement a été
réalisé de février à mai 2007.
8.3 Tabulation
Les fichiers de Kinshasa et autres centres urbains ont été fusionnés pour la sortie des résultats. Afin
d’harmoniser les résultats, les montants sur le chiffre d’affaires, production, valeur ajoutée de
Kinshasa ont été inflatés à l’aide de l’indice des prix pour obtenir la valeur de 2005. L’ensemble des
tableaux présentés dans le rapport a été produit en mai 2007, ils ont été ventilés systématiquement
selon le milieu de résidence (Kinshasa/Autres centres urbains/Ensemble urbain). Un document de
travail contient l’ensemble des tableaux standards.
37
Production : La production (ou activité économique) est définie comme une activité exercée sous le contrôle et
la responsabilité d’une unité, qui met en œuvre des inputs dans le but d’en sortir des outputs (biens ou services).
Sur le plan comptable, la production est égale au chiffre d’affaires plus la variation économique des stocks de
produits finis plus la production immobilisée par l’unité moins le coût d’achat des produits achetés et revendus
en l’état.
Production = Chiffre d’affaires + Variation des stocks + Production immobilisée – Coût d’achat des
marchandises vendues.
Consommations intermédiaires : Elles correspondent à la valeur des biens et services consommés en entrée
d’un processus de production, à l’exclusion des actifs fixes.
Valeur ajoutée : C’est le revenu créé par l’activité de production. Elle se calcule comme la différence entre la
production et les consommations intermédiaires. En comptabilité nationale, cette valeur ajoutée est dite brute ;
elle est dite nette si on en soustrait la consommation de capital fixe.
Le taux de valeur ajoutée est le rapport de la valeur ajoutée à la production. On dit qu’une unité ou une branche
est très transformatrice si ce ratio est élevé.
Excédent brut d’exploitation (EBE) : En première approximation, c’est le revenu de l’entreprise ; l'EBE est
égal à la valeur ajoutée moins les impôts indirects, moins les frais de personnel, plus les subventions
d’exploitation.
C’est un revenu mixte pour les unités de production informelles dans la mesure où il rémunère le capital et le
travail du responsable de l’unité de production.
Capital et investissement : Le capital est le stock d’équipements et d’immobiliers accumulés par une entreprise
depuis sa création. Il correspond à l’acquisition, par l’unité de production, de biens durables (en général plus
d’un an) appelés actifs, qui servent à la production d’autres biens. Il s’agit de bâtiments, de machines,
d’outillage, de mobilier, etc.
L’investissement concourt à la formation du stock de capital. Le capital fixe en fin d’exercice est égal au capital
en début d’exercice, plus l’investissement nouveau moins les cessions d’actifs en cours d’exercice moins la
consommation de capital fixe.
Dans le cadre de l’enquête, l’investissement porte sur l’acquisition des biens durables par l’unité de production
au cours des 12 derniers mois ayant précédé le début de l’enquête.
Le taux d’investissement est le rapport de l’investissement sur la valeur ajoutée. Il mesure la part de la richesse
créée par l’entreprise qui est consacrée à la création des revenus futurs.
Productivité apparente du travail : La productivité apparente du travail est le rapport entre la valeur ajoutée et
la quantité de travail. La quantité de travail est exprimée en nombre d’heures de travail ou en nombre de
travailleurs.
Plus la productivité apparente du travail est élevée moins la production dépend du facteur travail. En d’autres
termes, l’amélioration de la valeur ajoutée dépendrait beaucoup plus du capital.
Productivité apparente du capital : La productivité apparente du capital au coût du remplacement est le
quotient du rapport entre la valeur ajoutée mensuelle et le stock du capital. Plus ce rapport est élevé, plus forte
est la possibilité d’amortir le capital investi.
38
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TABLEAU RECAPITULATIF
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