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Osiris : Dieu égyptien et juge des âmes

Osiris est un dieu égyptien, roi mythique et symbole de la fertilité et de la vie après la mort, connu pour son règne civilisateur et son assassinat par son frère Seth. Sa résurrection par Isis lui confère le rôle de souverain et juge des morts, et son culte se propage à travers l'Égypte, notamment à Abydos, jusqu'à son déclin face au christianisme au IVe siècle de notre ère. Osiris est également associé à divers aspects de la nature et de la royauté, et son culte est riche en rituels et en épithètes, reflétant sa complexité et son importance dans la mythologie égyptienne.

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Osiris : Dieu égyptien et juge des âmes

Osiris est un dieu égyptien, roi mythique et symbole de la fertilité et de la vie après la mort, connu pour son règne civilisateur et son assassinat par son frère Seth. Sa résurrection par Isis lui confère le rôle de souverain et juge des morts, et son culte se propage à travers l'Égypte, notamment à Abydos, jusqu'à son déclin face au christianisme au IVe siècle de notre ère. Osiris est également associé à divers aspects de la nature et de la royauté, et son culte est riche en rituels et en épithètes, reflétant sa complexité et son importance dans la mythologie égyptienne.

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Osiris (du grec ancien : Ὄσιρις / Ósiris) est un dieu du panthéon

égyptien et un roi mythique de l'Égypte antique. Inventeur de


l'agriculture et de la religion, son règne est bienfaisant et civilisateur. Il
meurt noyé dans le Nil, assassiné dans un complot organisé par Seth, son
frère cadet. Malgré le démembrement de son corps, il retrouve la vie par
la puissance magique de sa sœur Isis. Le martyre d'Osiris lui vaut de
gagner le monde de l'au-delà dont il devient le souverain et le juge
suprême des lois de Maât.

Au Moyen Empire, la ville d'Abydos devient la cité du dieu Osiris. Elle attire
ainsi de nombreux fidèles en quête d'éternité. La renommée de cette cité
repose sur ses festivités cultuelles du Nouvel An et sur une sainte relique,
la tête du dieu.
Durant le premier millénaire avant notre ère, Osiris conserve son statut de
dieu funéraire et de juge des âmes. Cependant, ses aspects de dieu des
flots du Nil et, par là-même, de dieu de la fertilité, acquièrent la primauté,
augmentant ainsi sa popularité auprès de la population nilotique. Des
colons grecs installés à Memphis adoptent son culte dès le IVe siècle avant
notre ère sous sa forme locale de Osiris-Apis, le taureau sacré mort et
momifié. Les souverains lagides importent ce culte dans leur
capitale Alexandrie sous la forme de Sérapis, le dieu syncrétique gréco-
égyptien. Après la conquête de l'Égypte par les forces romaines, Osiris et
Isis s'exportent vers Rome et son empire. Ils s'y maintiennent, avec des
hauts et des bas, et ce jusqu'au IVe siècle de notre ère pour finalement être
évincés par le christianisme (interdiction du paganisme à la suite de l'édit
de Thessalonique). Le culte osirien, actif depuis le XXVe siècle avant notre
ère, durera jusqu'au VIe siècle de notre ère, quand fermera vers 530
le temple d'Isis de l'île de Philæ, le dernier d'Égypte, fermeture ordonnée
par l'empereur Justinien Ier1.
Présentation[modifier | modifier le code]
Étymologie[modifier | modifier le code]
Le théonyme Osiris est une translittération en alphabet latin d'un mot issu
du grec ancien : Ὄσιρις qui a lui-même pour origine un mot de la langue
égyptienne : Wsjr variablement translittéré selon les auteurs
par Asar, Asari, Aser, Ausar, Ausir, Wesir, Ousir, Ousire ou Ausare, la
prononciation égyptienne d'origine n'étant pas connue du fait que
l'écriture hiéroglyphique égyptienne ne restitue pas toutes les voyelles.
Plusieurs égyptologues ont tenté de donner une signification au théonyme
Osiris. En 1980, John Gwyn Griffiths propose que Wsjr dérive de Wser et
signifie « le Puissant ». D'ailleurs, une des plus anciennes attestations du
dieu Osiris apparaît dans le mastaba du défunt Netjer-ouser (Dieu-
puissant). En 1987, Wolfhart Westendorf propose l'étymologie Waset-jret :
« celle qui porte l'œil ». En 1985, David Lorton émet l'hypothèse
que Wsjr est un mot composé issu du morphème set associé à jret ; set-
jret signifiant « l'activité rituelle ». Osiris serait alors « Celui qui bénéficie
de l'activité rituelle »2. Selon la vision égyptienne, les forces destructrices
sont en lutte perpétuelle contre les forces positives. En cela, Seth s'oppose
à son frère Osiris, symbole de la terre fertile et nourricière.
Premières attestations[modifier | modifier le code]
Fausse-porte du tombeau de Ptahchepsès - British Museum.
Osiris est l'une des principales divinités du panthéon égyptien. Cependant
les origines de son culte restent encore très obscures. En l'état des
connaissances égyptologiques, les plus anciennes attestations d'Osiris
remontent au XXVe siècle avant notre ère et datent de la fin de la IVe ou du
début de la Ve dynastie. Le nom d'Osiris se repère pour la première fois
dans une formule d’offrande adressée à Osiris et à Anubis par une
probable fille de Khéphren, Hemet-Rê, fille royale et prêtresse d'Hathor.
Elle est sans doute décédée sous le règne du roi Chepseskaf, le dernier
souverain de la IVe dynastie. L'inscription figure sur le linteau de l'entrée
de sa tombe située à Gizeh3.
La première représentation d'Osiris est lacunaire, car figurant sur un
fragment du temple haut du roi Djedkarê Isési. Le dieu figure comme un
personnage masculin coiffé d'une longue perruque divine 4.
Un autre de ces anciens témoignages archéologiques est une inscription
du nom d'Osiris sur le linteau de la tombe du grand prêtre Ptahchepsès.
Ce dernier décède sous le règne du roi Niouserrê. Découvert à Saqqarah la
grande nécropole de Memphis, le linteau est à présent conservé par
le British Museum de Londres5.
Les Textes des pyramides regroupent des litanies et
des incantations récitées lors des cérémonies funéraires royales. Ces
textes sont gravés sur les parois des chambres funéraires à partir du
roi Ounas dernier membre de la Ve dynastie. On ne parvient guère avec
cette documentation à déduire où et quand le culte osirien est apparu. Le
chapitre 219 évoque pourtant divers lieux de cultes situés dans plusieurs
villes de la vallée
du Nil dont Héliopolis, Bousiris, Bouto, Memphis et Hermopolis Magna.
Chose étrange, Abydos n'est pas mentionnée dans cette liste 6. Le culte
d'Osiris est pourtant introduit dans cette ville sous la Ve dynastie. Abydos
est pour le culte osirien le plus important lieu de pèlerinage à partir
du Moyen Empire. Les Textes des pyramides mentionnent en effet que le
corps du dieu assassiné fut retrouvé gisant près des rives du Nil à Nédit
(ou Géhésti), un territoire proche d'Abydos 7.
Archétypes et associations[modifier | modifier le code]
Selon l'égyptologue Bernard Mathieu, l'apparition du dieu Osiris résulte
d'une décision royale, car son culte se diffuse soudainement sur
l'ensemble du territoire égyptien, lors des débuts de la Ve dynastie8. Son
nom est un jeu graphique volontaire basé sur le hiéroglyphe représentant
le trône. Dès le départ, Osiris est donc lié à la déesse Isis, le nom de cette
dernière signifiant le trône. Osiris est le roi des domaines funéraires et le
juge des défunts. Sa représentation est anthropomorphe, très éloignée des
formes animales que peuvent prendre d'autres divinités issues de la
période prédynastique (bovidés, crocodiles, faucons)9. Le dogme osirien
est élaboré par le clergé d'Héliopolis sous le contrôle du pouvoir
monarchique qui se charge de le diffuser dans tout le pays, sans doute
pour mieux asseoir son ascendant sur les grands temples comme ceux
de Bousiris, d'Abydos ou d'Héracléopolis10.
Oupouaout, Musée du Louvre.
Osiris est associé à d'autres divinités. En Basse-Égypte, à Bousiris, il
absorbe les qualités d'Andjéty, dieu tutélaire de cette localité dès
la préhistoire11. La représentation de ce dieu berger se caractérise par ses
deux hautes plumes sur la tête, retenues par un long bandeau, avec dans
ses mains le sceptre Héqa et le flagellum Nekhekh12. Osiris est aussi
assimilé au dieu funéraire Sokar qui veille sur la nécropole memphite. Ce
dieu est représenté par l'association d'un corps d'homme, qui est parfois
gainé dans un linceul, et d'une tête de faucon et très souvent sans aucun
signe distinctif. On le représente aussi parfois sous la forme d'un faucon
momifié13. En Haute-Égypte, Osiris s’implante plus particulièrement dans
le nome de la Grande Terre, région entourant la ville de Thinis, la plus
ancienne capitale de l'Égypte antique14. Cette ancienne cité n'est toujours
pas localisée avec certitude. On sait toutefois qu'Osiris y fut rapproché du
dieu Onouris15. Ce dieu est un homme à barbe qui porte une coiffe
composée de quatre hautes plumes. Onouris, dans son aspect funéraire,
porte l'épithète de Khentamenti, le « Chef de l'Occident »16.
La nécropole thinite se situait à Abydos. Là, Osiris s'assimile
à Khentamentiou, le « Chef des Occidentaux », divinité funéraire proche
d'Oupouaout et représentée sous la forme d'un canidé noir.
Représentations[modifier | modifier le code]
Le dieu Osiris est intimement lié à la monarchie égyptienne. Le dieu est vu
comme un roi défunt puis divinisé. Ses attributs sont ainsi ceux des
souverains égyptiens. Osiris fut considéré comme un souverain de l'Égypte
entière. Ses représentations ne le font pourtant voir qu'avec la
couronne Hedjet de couleur blanche, symbole de la Haute-Égypte. Cette
couronne se présente sous la forme d'un bonnet se rétrécissant vers le
haut et se terminant par un renflement. Toutefois cette couronne peut
s'augmenter de deux hautes plumes latérales, probablement d'autruche,
on parle alors de la couronne Atef. Ses autres symboles royaux sont
le sceptre Héqa et le flagellum Nekhekh qu'il tient dans ses mains croisés
sur sa poitrine. Osiris étant un dieu mort, ses représentations le font voir
comme un corps momifié. Ses postures sont diverses, couché sur son lit
funèbre, assis sur le trône ou debout tel un être ayant vaincu la mort 17.

Osiris défunt entouré par ses sœurs ailées. Temple de Dendérah.

Osiris assis sur son trône. Livre des morts de Padiamonet, XXIIe dynastie.

Osiris debout entouré par


deux nébrides. Tombe de Sennedjem, XIX dynastie.
e

Épithètes[modifier | modifier le code]


Osiris est un dieu complexe dont la présence est attestée sur tout le
territoire égyptien. Ce dieu regroupe en son sein plusieurs facettes. Ses
aspects de dieu funéraire sont bien connus. Mais Osiris est aussi une
divinité qui veille au bon fonctionnement de l'univers. Son action
bienfaisante est ainsi à l'œuvre dans le défilé des étoiles ou dans le cycle
saisonnier de la végétation18. Par conséquent, Osiris se présente à ses
adorateurs sous une multiplicité de noms. Des litanies sont psalmodiées à
« Osiris sous tous ses noms ». Très tôt, Osiris est doté de l'épithète « Celui
qui a beaucoup de noms » (ash renou). Cette accumulation d'épithètes et
de noms apparaît dans le chapitre 142 du Livre des morts. Ce texte
permet au défunt d'accéder à la vie éternelle à l'image d'Osiris. Pour ce
faire le défunt énumère une liste de cent-quinze épithètes attachées au
nom d'Osiris. Plus le fidèle énumère de noms, plus il reconnaît et accepte
la puissance de la divinité invoquée19. Les différentes fonctions du dieu et
les différentes villes où son culte est présent s'enchaînent pêle-mêle, sans
ordre logique :
Statue théophore de Psammétique, XXVIe dynastie, Musée du Louvre.
Osiris Ounennéfer,
Osiris vivant,
Osiris maître de vie,
Osiris maître de l'Univers, (...),
Osiris qui préside au grain,
Osiris Orion, (...),
Osiris maître des millions d'années,
Osiris âme des deux dames,
Osiris-Ptah maître de vie,
Osiris qui préside à Ro-Sétaou,
Osiris régent des rives, qui réside à Bousiris, (...),
Osiris dans son palais à Ro-Sétaou,
Osiris dans le nôme d'Abydos,
Osiris dans Nedyt,
Osiris qui préside à sa ville,
Osiris le souverain, (...),
Osiris dans le ciel,
Osiris dans la terre,
Osiris l'intronisé, (...)
Osiris qui régit l'éternité à Héliopolis,
Osiris engendreur,
Osiris dans la barque de la nuit, (...),
Osiris qui préside à l'Occident,
Osiris dans toutes ses places, (...)
— Extraits du chap.142 du Livre des morts. Traduction de Paul Barguet20
Naissance et famille[modifier | modifier le code]
Osiris, le fils de Nout[modifier | modifier le code]
Les parents d'Osiris, Nout (le ciel) et Geb (la terre) furent séparés
par Shou (souffle vital) sur l'ordre d'Atoum (dieu créateur). Détail
du Papyrus Greenfield ou Livre des Morts de Nesytanebetisherou du British
Museum.
Le grec Plutarque est l'auteur de plusieurs traités portant sur la morale,
la philosophie et la théologie. Le traité Sur Isis et Osiris se rapporte aux
croyances égyptiennes. Cet auteur est le premier à résumer et à exposer
le mythe osirien en un récit linéaire. L'histoire débute par l’instauration
mythique du calendrier solaire de 365 jours. Nout, la déesse du ciel, a
entretenu une relation amoureuse secrète avec Geb, son frère, le dieu de
la terre. Rê, le dieu soleil, en apprenant ces agissements se met en colère
et interdit à Nout d’accoucher durant les jours de l’année. Thot, l'autre
frère de Nout, décide alors de jouer aux dés avec la Lune pour lui gagner
un soixante-douzième de ses jours de lumière. Ayant gagné cinq jours
supplémentaires, il les place à la suite des 360 jours créés par Rê. Osiris
naquit le premier jour, Horus l’Ancien le deuxième jour, Seth le troisième
jour en déchirant le ventre maternel, Isis le quatrième jour dans les marais
du delta du Nil et Nephtys le cinquième et dernier jour. Plutarque ajoute
que le véritable père d’Osiris et de Horus l’Ancien serait Rê, que le père
d’Isis serait Thot et que seuls Seth et Nephtys seraient les descendants de
Geb. Mais il indique aussi une autre version de la paternité d’Horus
l’Ancien. Avant même de naître, Osiris et Isis, amoureux l’un de l’autre,
auraient conçu Horus l’Ancien dans le sein de leur mère 21.
Le chapitre 219 des Textes des pyramides assimile magiquement
le pharaon défunt à Osiris, le dieu qui a été rétabli dans la vie. Tous les
dieux de la famille osirienne sont encouragés à rétablir le roi mort dans la
vie comme ils l’ont fait pour Osiris. Dans ce chapitre sont mentionnés les
différents liens familiaux que les dieux d’Héliopolis entretiennent entre
eux. Osiris est le fils d’Atoum, de Shou et de Tefnout, de Geb et de Nout22.
D’autres textes nous font comprendre qu’Atoum a créé Shou et Tefnout et
que ces derniers sont les parents de Geb et Nout 23. L’énumération des
liens familiaux se poursuit en mentionnant la fratrie d'Osiris, disant qu’il a
pour frères et sœurs, Isis, Seth, Nephtys et Thot, puis qu’Horus est son
fils24.
Osiris, l'aimé de ses sœurs[modifier | modifier le code]
Isis[modifier | modifier le code]
Représentation d'Isis ailée gravée sur le sarcophage
de Ramsès III, XX dynastie. Musée du Louvre.
e

Isis fut considérée par les Égyptiens de l'Antiquité comme l'épouse du dieu
Osiris. À ce titre, son culte connut une grande popularité, particulièrement
durant les années de la Basse époque. Lorsque le culte des dieux
égyptiens commença à péricliter dans leur pays d'origine, la vénération
d'Isis, la veuve éplorée qui sauve les initiés de la mort, se poursuivit
toutefois hors des frontières de l'Égypte,
en Grèce (Athènes, Delphes, Corinthe), en Italie (Rome et Pompéi) ou
en Germanie (Mayence). Osiris (ou sa forme gréco-romaine de Sarapis) lui
fut bien sûr toujours associé mais l'épouse éclipsa le mari dans le cœur
des dévots25.
La stèle funéraire d'Amenmès (XVIIIe dynastie), aujourd'hui conservée
au Musée du Louvre, est le document archéologique égyptien le plus
exhaustif à propos du mythe osirien. On peut y lire un hymne à Osiris. Bien
naturellement, des passages sont consacrés à son épouse éplorée. Seth a
assassiné Osiris puis a fait disparaître le corps. Isis, par la puissance de sa
magie, fait renaître Osiris le dieu au cœur défaillant. Puis après s'être unie
à lui, elle conçoit Horus le futur héritier du trône :
« Sa sœur fait sa protection, elle qui éloigne les adversaires. Elle repousse
les occasions de désordre par les charmes de sa bouche, l'experte en sa
langue, dont la parole n'a pas de défaillance, parfaites en ses ordres. Isis,
l'Efficace, la protectrice de son frère, le cherchant sans lassitude,
parcourant ce pays, en deuil, ne se repose pas qu'elle ne l'ait trouvé.
Faisant de l'ombre avec son plumage, produisant de l'air avec ses deux
ailes, faisant des gestes-de-joie, elle fait aborder son frère ; relevant ce qui
était affaissé pour Celui-dont-le-cœur-défaille ; extrayant sa semence,
créant un héritier, elle allaite l'enfant dans la solitude d'un lieu inconnu,
l'intronise, son bras devenu fort, dans la Grande Salle de Geb. »
— Grand Hymne à Osiris (stèle C286 du Musée du Louvre)26.
Traduction du Grand Hymne à Osiris : Alexandre Moret, "La
légende d'Osiris à l'époque thébaine d'après l'Hymne à Osiris
du Louvre", Le Caire, BIFAO, vol. 30 (1931), p. 725-750.
Nephtys[modifier | modifier le code]
Représentation de Nephtys ailée gravée sur le sarcophage
de Ramsès III, XXe dynastie. Musée du Louvre.
Dans son traité, Plutarque mentionne qu’Osiris, par méprise, a
trompé Isis et que cette infidélité a été commise avec sa sœur
jumelle Nephtys, l’épouse de Seth. De cette relation adultérine est
né Anubis, le dieu à tête de canidé 27. Un paragraphe du Papyrus
Brooklyn (XXVIe dynastie) mentionne que dans la ville de Létopolis se
trouve une statue représentant Nephtys sous la forme de la
lionne Sekhmet enlaçant la momie d’Osiris28 ; attitude qui est plus celle
d’une épouse officielle que d’une maîtresse. Ce fait est confirmé par deux
scènes du temple d’Edfou où Nephtys porte le nom d’Onnophret. Cette
dénomination fait de Nephtys la contrepartie féminine d’Osiris dans son
aspect d’Ounennéfer (l'existence parfaite). Dans une scène, Nephtys
protège la momie d’Osiris après lui avoir restitué sa tête et la vie. De plus,
le nom de la déesse est inscrit dans un cartouche ce qui fait d’elle une
épouse légitime29. Il faut alors considérer Isis comme l’épouse terrestre
d’Osiris et Nephtys comme son épouse éternelle, celle qui l’accompagne
dans l’au-delà.Interprétation abusive ? Plutarque écrit à propos des deux sœurs
d'Osiris : « Nephtys, en effet, désigne ce qui est sous terre et ce qu'on ne
voit pas ; Isis, au contraire, ce qui est sur terre et ce qu'on voit »30.
Nephtys a été la nourrice du jeune Horus. Elle l'a protégé de la fureur de
Seth en le cachant dans les marais de Khemmis. En échange de cette
protection et pour échapper à la vengeance de Seth, elle a obtenu la
faveur d’être aux côtés d’Osiris dans le monde souterrain :
« Souviens-toi de ce que j'ai fait pour toi, (mon) enfant : Seth, je l'ai tenu à
l'écart de toi, j'ai fait la nourrice en te portant et en ayant du lait. Tu fus
sauvé lors de l'affaire de Khemnis, car j'ai refusé de reconnaître le visage
de Seth à cause de toi ! Donne-moi une seule heure, que je puisse voir
Osiris en raison de ce que j'ai fait pour toi ! »
— Extrait du Papyrus d'Imouthès. Traduction de Jean-Claude
Goyon31
Souverain égyptien mythique[modifier | modifier le code]
Osiris l'intronisé[modifier | modifier le code]
Osiris momiforme siégeant sur son trône (photographie de 1881).
L'Ennéade des dieux d'Héliopolis fut considérée par les Égyptiens de
l'Antiquité comme la première dynastie de leurs souverains. Après avoir
créé l'Égypte, Atoum-Rê régna sur le pays, puis fut remplacé par Shou puis
par Geb. Ce dernier en constatant les mérites d'Osiris lui laissa le trône :
« [Osiris] établit solidement l'ordre dans toute l'Égypte. Il place le fils sur le
trône de son père, loué de son père Geb, aimé de sa mère Nout […]
héritier de Geb pour la royauté du Double-Pays. Comme celui-ci a vu sa
perfection, il a ordonné qu'il guide le pays pour une heureuse réussite. »
— Hymne à Osiris du Nouvel Empire (stèle C286 du Louvre)32.
Une scène du temple de Dendérah gravée au Ier siècle avant notre ère
nous informe qu'Osiris, à l'instar des pharaons humains, a bénéficié
d'une titulature royale composée de cinq noms et basé sur un jeu de mots
théologique33 :

 Nom d'Horus : vigoureux (wsr) de bras


 Nom de Nebty : vigoureux (wsr) par la vaillance
 Nom d'Horus d'or : Osiris (wsjr)
 Nom de Nesout-bity : Osiris (wsjr)
 Nom de Sa-Rê : Ounennéfer triomphant.
Le chapitre 175 du Livre des Morts indique que le dieu a été couronné
dans la ville de Héracléopolis Magna par le dieu créateur Atoum-Rê. Le
couronnement d'Osiris donne l'occasion d'un dialogue où le verbe créateur
des deux divinités engendre des faits et des lieux mythiques de la
théologie égyptienne ; ci-dessous les bassins sacrés du temple
d'Héracléopolis :
« Alors Osiris eut mal à la tête, à cause de la chaleur de la couronne-Atef,
qui était sur sa tête (le premier jour où il l'avait placé sur sa tête) afin que
les dieux eussent peur de lui. Alors Rê revint en paix à Héracléapolis pour
voir Osiris, et il le trouva assis dans sa demeure sa tête étant devenue
enflée à cause de la chaleur de la couronne. Alors Rê fit s'écouler ce sang
et la sanie de cet abcès, et ils devinrent une mare. Alors Rê dit à Osiris :
"Vois, tu as formé une mare du sang et de la sanie qui ont coulé de ta
tête."— D'où cette mare sacrée à Héracléopolis. »
— Extrait du chap. 175 du Livre des Morts. Traduction de Paul
Barguet34.
Osiris, seigneur de Maât[modifier | modifier le code]
Statuette représentant Séthi Ier offrant Maât aux dieux (XIXe dynastie).
Collection du Musée du Louvre.
Plutarque rapporte qu'Osiris enseigna à son peuple les manières civilisées
afin que les hommes ne ressemblent plus à des bêtes sauvages. Il leur
enseigna l'agriculture ainsi que le respect des dieux et des lois 35. Les plus
anciens documents archéologiques égyptiens concernant Osiris confirment
les dires de Plutarque. Un fragment d'une architrave de
la V dynastie nous fait savoir que, dès ses débuts cultuels, Osiris est
e

nommé « le grand dieu, seigneur de Maât, Osiris qui préside à Busiris et


dans toutes ses places »36.
La Maât (ordre cosmique) est un concept politico-religieux qui apparaît lors
de la formation de l'Ancien Empire. À cette époque, le roi égyptien prend
une dimension centrale. Dans un pays unifié, sa personne dépasse toutes
les autorités locales. Dans ce cadre, la Maât est un mythe qui permet
d'unifier tous les sujets du souverain égyptien sous une seule autorité. La
Maât est alors la déification de la volonté et de l'ordre royal. Dire et faire la
Maât, c'est obéir et participer à la monarchie 37. Dans la vie sociale,
participer à la Maât c'est participer activement et réciproquement à une
nécessaire solidarité humaine, les comportements anti-Maât étant la
paresse38, la surdité mentale39 et l'avidité40.
Aux plus forts moments de la royauté de l'Ancien Empire, la Maât est un
attribut typique du roi humain. Il en va ainsi du bâtisseur de pyramide
rhomboïdale, le roi Snéfrou (IVe dynastie). Dans sa titulature, ce souverain
s’érige en « seigneur de Maât »41. La situation politico-théologique change
avec la Ve dynastie. La puissance suprême passe du monde terrestre au
plan divin. La puissance du roi se dévalue et les souverains de cette
dynastie deviennent les « fils de Rê »42. Dans le même temps, les
souverains se voient aussi déposséder de leur autorité sur la Maât au
profit d'Osiris. Par là-même, la Maât devient sacrée car confiée au
souverain de l’au-delà, qui sanctionne à la fin de la vie humaine tous les
actes néfastes. Les rois ne sont plus que des exécutants qui font et qui
disent la Maât43. Un passage de l’enseignement de Ptahhotep nous fait
voir que les lettrés égyptiens ont lié l’instauration de la Maât au règne
mythique du roi Osiris :
« La maât est puissante, et de perpétuelle efficacité d’action. On ne peut
la perturber depuis le temps d’Osiris. On inflige un châtiment à celui qui
transgresse les lois. C’est-ce qui échappe à l’attention de l’avide. »
— Enseignement de Ptahhotep. Extrait de la Maxime 5 44
Meurtre et renaissance[modifier | modifier le code]
Textes des pyramides[modifier | modifier le code]
Osiris, Anubis et Horus. Tombe du roi Horemheb, XIXe dynastie.
La mort brutale du dieu Osiris et le processus magique de sa renaissance
sont évoqués à plusieurs reprises dans les Textes des pyramides. Le
chapitre 670 est une récitation funéraire où apparaissent ces principaux
moments de la destinée osirienne. Deux rois ont bénéficié de ce texte
rituel. Il s'agit de Pépi Ier et de Pépi II de la VIe dynastie. Ils ont régné sur
l'Égypte aux XXIIIe et XXIIe siècles av. J.-C. Dans les deux cas, le texte est
gravé sur le mur méridional de la chambre funéraire au plus près
du sarcophage45. La récitation ne se présente pas comme un récit ou
comme une histoire structurée ; ce genre n'apparaît qu'avec le
philosophe Plutarque. La récitation est une incantation magique qui fait
jouer au roi défunt le rôle d'Osiris.
La récitation peut se diviser en deux séquences. La première évoque le
martyre d'Osiris. Les portes du ciel s'ouvrent pour laisser passer les dieux
de la ville de Pé, une localité située en Basse-Égypte. Sans doute s'agit-il
d'Horus et ses deux fils Amset et Hâpi. Les dieux viennent vers le corps
d'Osiris, attirés par les lamentations d'Isis et de Nephtys. En deuil et en
l'honneur du défunt, ils se frappent les cuisses, s'ébouriffent les cheveux,
battent des mains tout en niant la mort d'Osiris. Ils l'exhortent à se
réveiller pour qu'il puisse entendre ce qu'a fait Horus pour lui. On lui
annonce que son meurtre est vengé. Seth avait frappé et tué Osiris
comme un simple bovidé puis l'avait ligoté. Horus fait savoir à son père
qu'il a fait subir à Seth le même sort puis l'a placé sous la garde d'Isis 46. La
suite de la récitation retrace la renaissance du dieu Osiris. Dans le lac de
la vie, le défunt prend la forme du dieu chacal Oupouaout. Horus offre à
son père ses ennemis séthiens vaincus. Ces derniers sont amenés
par Thot. Puis le fils intronise le père en tant que chef des défunts en lui
donnant le sceptre Ouas. Après avoir été purifié par Nephtys, Osiris est
parfumé par Isis. Il semble que Seth a aussi dépecé son frère car il est
ensuite mentionné que les deux sœurs ont regroupé ses chairs et rattaché
ses membres. Ses yeux lui sont redonnés sous la forme des barques du
jour et de la nuit (Soleil et Lune). Les quatre enfants d'Horus ont participé
au redressement d'Osiris. Pour qu'il soit entièrement calmé, on procède
sur lui au cérémonial de l'ouverture de la bouche. Éveillé à la vie
par Shou et Tefnout, Osiris sort de la Douât et monte vers Atoum en
direction des champs paradisiaques47.
Plutarque[modifier | modifier le code]
Isis transformée en milan s'accouple avec la momie d'Osiris. Relief
du temple funéraire de Séthi Ier (Abydos), XIXe dynastie.
La plus récente version du mythe nous fut transmise par Plutarque. Ce
philosophe grec fait d'Osiris et d'Isis des souverains bienfaiteurs. Osiris
enseigna aux humains les rudiments de l'agriculture et de la pêche, tandis
qu'Isis leur apprit le tissage et la médecine. Pendant ce
temps, Seth régnait sur les contrées désertiques et hostiles ainsi que sur
les terres étrangères. Jaloux de son frère, Seth projeta l'assassinat d'Osiris
pour s'emparer du trône d’Égypte qu'il convoitait. Pendant un banquet en
l'honneur d'Osiris, Seth offrit à l'assistance un magnifique coffre, jurant de
le céder à celui qui l'emplirait parfaitement en s'y allongeant. Aucun de
ceux qui tentèrent l'exploit ne parvinrent à remporter le coffre. Quand vint
le tour d'Osiris, qui fut le seul à y parvenir, Seth fit refermer et sceller le
coffre, tandis que ses complices chassaient les invités et tenaient Isis à
l'écart… Seth jeta le coffre dans le Nil, qui l'emporta dans la mer
Méditerranée. Osiris noyé, Seth profita du meurtre pour asseoir sa
domination sur l’Égypte. Isis, la veuve éplorée, rechercha alors à travers
toute l’Égypte le corps de son mari et le retrouva à Byblos, au Liban. Elle
ramena la dépouille du roi assassiné en Égypte et se réfugia dans les
marais du delta du Nil. Au cours d'une chasse nocturne dans les
marécages, Seth retrouva le corps haï de son frère. Il entra dans une rage
folle et découpa le défunt en quatorze morceaux qu'il dispersa dans toute
l'Égypte. Aidée de quelques fidèles dont Thot, Nephtys et Anubis, Isis
retrouva les parties du dieu, hormis son pénis avalé par le poisson
oxyrhynque. Après en avoir reconstitué le corps, elle procéda à son
embaumement avec l'aide d'Anubis en l'enveloppant dans des bandelettes
de lin. Le corps du dieu restant inerte, avec l'aide de sa sœur Nephtys, Isis
bat des ailes en poussant des cris stridents pour insuffler la vie à Osiris
grâce à ses pouvoirs magiques. Ranimé, Osiris ne revient pas sur terre,
mais règne désormais sur le royaume des morts. Ainsi, la renaissance
d'Osiris annonce toutes les formes de renouveau possibles, que ce soit
dans la végétation ou chez les humains. Transformée en milan, Isis peut
être fécondée. De cette union naît Horus l'Enfant (Harpocrate), qu'elle
cacha dans les fourrés de papyrus du delta pour le protéger de son oncle
Seth48,49.
Pilier-Djed et rituels de régénération[modifier | modifier le code]
Le pilier Djed est un très ancien fétiche attesté à Hiérakonpolis dès
l'époque thinite dans le cadre d'un culte rendu à Sokar ; un dieu funéraire
représenté sous la forme d'un faucon momifié. La signification d'origine de
Djed n'est pas encore connue. Peut-être s'agit-il d'un arbre ébranché. Mais
dès ses débuts, ce pilier fait aussi partie des rites agraires de la fertilité du
grain. À Memphis, le pilier Djed était d'abord érigé en l'honneur de Ptah et
Sokar. Au début du Nouvel Empire, Osiris se fond avec ces deux dernières
divinités sous la forme de Ptah-Sokar-Osiris. L'érection du pilier Djed
symbolise alors la victoire d'Osiris sur Seth50. Dans ce cadre, le Djed est vu
comme l'épine dorsale d'Osiris. Cette vision du Djed apparaît aussi dans
le Livre des Morts. Le jour de l'enterrement, une amulette Djed est placée
au cou de la momie :
« Redresse-toi, Osiris ! Tu as (de nouveau) ton dos, (ô) toi dont le cœur ne
bat plus ; tu as tes vertèbres, (ô) celui dont le cœur ne bat plus. Mets-toi
sur ton côté, que je mette l'eau sous toi ! Je t'apporte le pilier Djed en or ;
puisses-tu en être réjoui ! »
— Chapitre 155 du Livre des Morts. Traduction de Paul
Barguet51

Amulette Djed au nom du roi Ramsès IX. Musée du Louvre.

Sarcophage d'Ibi. Musée égyptologique de Turin.

 Sarcophage d'Ibi. Musée égyptologique de Turin.

Fond de sarcophage avec un pilier Djed osirianisé. Musée du Louvre.


À partir du Nouvel Empire, le pilier Djed est anthropomorphisé et ses
représentations se rapprochent de celles d'Osiris. Sur les reliefs du temple
funéraire de Séthi Ier, le pilier Djed tel un Osiris ressuscité s'anime et
reprend vie après avoir été redressé par le pharaon Ramsès II. Là, le rite
de l'érection du pilier Djed consiste à rendre la vie au dieu Osiris. Le pilier
Djed est pourvu de deux yeux Oudjat, de différentes couronnes (dont celle
constituée de deux hautes plumes d'autruche) et est revêtu
du pagne royal. Dans l'écriture hiéroglyphique, le Djed est le signe de la
stabilité. Dans le rituel d'Abydos, cette notion de stabilité renvoie à la
nécessaire cohésion du Double-Pays formé par l'union de la Haute et de
la Basse-Égypte52.

Rituel de l'érection du pilier Djed. Chapelle d'Osiris du Temple de Séthi Ier.

Détail.

Détail.
Divinité cosmique[modifier | modifier le code]
Osiris qui encercle la Douât[modifier | modifier le code]
Douât[modifier | modifier le code]
La Douât est un lieu mythique qui n'a pas de localisation géographique
précise. Ce lieu est parfois situé dans le ciel, mais d'autres fois sur terre.
Les traductions des égyptologues en font un au-delà ou un enfer. La Douât
ne correspond toutefois pas vraiment à ces deux concepts. En égyptien
ancien, la racine du mot douât est proche du verbe douâ qui signifie
« prier, adorer ». Quant au mot douât, sous une autre graphie, il peut
aussi signifier « louange, hymne, adoration ». De plus le
mot douâou signifie « aube, matin et aurore ». Quant à la planète
Vénus elle est soit le douâou netjer (dieu du matin), soit plus
simplement Douât. La région de la Douât est ainsi un point de jonction où
les vivants et les morts peuvent louer la renaissance de la lumière quand
les ténèbres nocturnes disparaissent face à la renaissance du soleil à
l'aube53.
No Transcript Hiéroglyph Traducti
m ion e on
Dou
dw3t Au-delà
ât
douâ dw3 prier

douâ prière,
dw3t
t louange
Dou planète
dw3t
ât Vénus
Régénération nocturne[modifier | modifier le code]
Pour plus de détails : Cosmologie du Livre des Portes et Nout ou la Mort
déesse-mère.
Au Nouvel Empire se crée un nouveau genre de littéraire funéraire ; les
« Livres de ce qui est dans la Douât ». Ces ouvrages sont destinés aux
personnalités royales et figurent sur les parois de leurs
tombes, cénotaphes ou sarcophages.
Tableau final du Livre des Portes. D'après le sarcophage du
roi Séthi Ier conservé au Sir John Soane's Museum de Londres.
Ces textes, contrairement au Livre des Morts, ne sont pas des
compilations de formules magiques de provenance hétéroclite. Ce sont
des textes immuables qui décrivent les riches illustrations qui leur sont
associées. Le plus ancien ouvrage est le Livre de l'Amdouat apparu
sous Thoutmôsis III. Si le Livre des Portes apparaît chez Horemheb, le
premier exemplaire complet figure sur le sarcophage de Séthi Ier. La
douzième et dernière séquence de cette composition contient une
représentation de l'instant où le soleil sort du monde souterrain pour
renaître à l'aube. Cette scène est une mise en image de la pensée
cosmologique des Égyptiens du Nouvel Empire54.
Le dieu Noun semble sortir des eaux primordiales. Il élève de ses deux
longs bras la barque solaire. À son bord, le scarabée Khépri (symbole de la
renaissance) tient le disque solaire. De part et d'autre du scarabée, les
déesses Isis et Nephtys paraissent accueillir ou propulser le soleil
renaissant. Ce dernier est reçu dans les bras de Nout la déesse du ciel.
Représentée à l'envers, la déesse est debout sur la tête d'Osiris dont le
corps forme une boucle qui contient la Douât. La notice dit que : « C'est
Nout qui reçoit Rê. »55.
Tel le serpent Ouroboros qui se mord la queue, Osiris est lové sur lui-
même. Son corps forme un cercle et la notice dit que : « C'est Osiris qui
encercle la Douât ». Cette représentation du dieu est une manière de
montrer que le temps est cyclique. Le cercle symbolise la perfection et le
mouvement. Ce retour permanent des choses et des événements est une
succession de régénérations. Osiris et Nout sont représentés à l'envers
pour montrer que la Douât n'est pas soumise aux mêmes règles que
l'univers ordonné, le soleil y voyageant d'ouest en est. Quand le soleil y
entre, il ne peut qu'en ressortir. Le soir, le soleil entre dans l'Occident. Il se
régénère lors de son passage dans la Douât. Ce monde de la nuit et de la
mort est gouverné par Osiris. Après avoir traversé douze régions et douze
portails, le soleil renaît à l'aube quand il sort de l'horizon oriental. Cette
sortie du monde souterrain est symbolisée par le second soleil qui se situe
à la proue de la barque solaire. Le ciel à travers Nout est situé entre la
Douât et l'univers ordonné. Il constitue le lien entre les deux mondes 56.
Osiris, le seigneur des millions d'années[modifier | modifier le code]
Horemheb en adoration devant Atoum.
La mortalité des dieux égyptiens est souvent évoquée dans un cycle où
mort et renaissance alternent, le rajeunissement du dieu n'étant possible
qu'à travers sa mort57. Mais les documents égyptiens qui évoquent la fin
définitive du temps et la disparition finale des dieux sont peu nombreux.
Le chapitre 175 du Livre des Morts décrit pourtant très clairement cette
situation58. À la fin des temps, seuls Atoum et Osiris demeureront. Osiris se
lamente de devoir rester dans le monde de l'au-delà. Atoum le console en
lui disant que le désert des nécropoles est son royaume, que son
fils Horus règne sur les hommes et que sa durée de vie va être très
longue. Atoum lui annonce qu'eux deux, seuls, perdureront en retournant
dans le chaos des origines sous la forme d'un serpent :
« Tu es destiné à des millions de millions d'années, une durée de vie de
millions d'années. Mais moi, je détruirai tout ce que j'ai créé ; ce pays
reviendra à l'état de Noun, à l'état de flot, comme son premier état. Je suis
ce qui restera, avec Osiris, quand je me serai transformé à nouveau en
serpent, que les hommes ne peuvent pas connaître, que les dieux ne
peuvent pas voir. »
— Livre des Morts, chap.175, extrait. Traduction de Paul
Barguet59.
Osiris Orion[modifier | modifier le code]
Les Égyptiens désignaient par Sȝḥ la constellation d'Orion. Personnifié par
un homme portant la couronne blanche de Haute-Égypte, Sah était
considéré comme le souverain des étoiles dont il ordonnait la course dans
le ciel nocturne. Sah est l'âme-Ba d'Osiris ou Osiris lui-même selon les
différentes traditions60 Orion, Saḥ. Plusieurs chapitres des Textes des
sarcophages sont consacrés à cette constellation (chap.469, 470, 689,
1017)61. Le chapitre 227 permet au défunt de se transformer en
successeur d'Osiris. Le défunt, après avoir affirmé qu'il est Osiris, enchaîne
en parlant d'Orion :
« Je suis Orion, celui qui a atteint son Double-Pays, celui qui navigue à
l'avant de l'armature du ciel [les étoiles] dans le corps de sa mère Nout ;
elle a été grosse de moi selon son désir, et elle m'a enfanté la joie au
cœur. »
— Extrait du chap. 227 des Textes des sarcophages.
Traduction de Paul Barguet62.
Osiris l'engendreur[modifier | modifier le code]
Carte de la constellation d'Orion.
Les chapitres 366 et 593 des Textes des pyramides, très proches dans leur
rédaction, relatent la naissance et la conception d'Horus. Il y apparaît que
ses parents sont Osiris et Isis63 :
« Ta sœur Isis est venue à toi, heureuse de ton amour. Après que tu l'as
placée sur ton phallus, ta semence a jailli en elle »
— Textes des pyramides. Chap. 366.
La suite du texte est dotée d'une dimension astrale car le fruit de cette
union est Hor-imy-Sopedet c'est-à-dire « Horus dans la constellation
du Grand Chien ». Osiris assimilé à la constellation d'Orion, transmet son
essence stellaire à Horus c'est-à-dire l'étoile Sirius à travers Isis, la
constellation du Grand Chien64 :
« Ta semence a jailli en elle (Isis), perçante (soped) dans Sopedet ; Horus-
Soped est issu de toi en son nom de Horus dans Sopedet. »
— Textes des pyramides. Chap. 593.
Cette naissance mythique et astronomique est basée sur une série de jeux
de mots théologiques : Soped nom égyptien de l'étoile Sirius, signifie
pointu, acéré, adroit, habile et Sopedet signifie triangle et efficacité.
L'étoile Sirius-Soped peut alors se référer à une des trois pointes du
triangle qu'elle forme avec les étoiles Bételgeuse et Rigel, Sirius-Soped
ayant un rôle plus important car ce triangle équilatéral pointe vers elle.
Osiris-Orion est le dieu en léthargie ; trois étoiles forment
son phallus (vues actuellement comme sa ceinture) pointant vers la
constellation du Grand Chien : pour les Égyptiens, celui-ci est Isis sous la
forme d'un oiseau, le milan, qui porte en son sein son successeur Horus-
Soped (Sirius), celui qui combat efficacement pour restaurer son père dans
sa vie et ses fonctions royales65.
Divinité funéraire[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Au-delà (Égypte antique).
Osiris le chef des Occidentaux[modifier | modifier le code]
Osiris debout, momiforme et coiffé de la couronne Atef. Photographie de
1881. Musée de Boulaq.
Daté du règne de Ramsès V (XXe dynastie), le papyrus
Chester Beatty I contient le conte des Aventures de Horus et de Seth.
L'histoire relate les luttes intestines qui font rage au sein de la famille
osirienne66. Le roi Osiris est mort. Depuis quatre-vingt ans, Horus et Seth
se querellent au sujet de la succession au trône. Les dieux égyptiens
siègent en tant que jurés au sein d'un tribunal présidé par Rê. Ils sont
partagés en deux camps de puissance égale. Horus, adolescent sans
grande expérience, est soutenu par une faction menée par sa mère Isis.
Quant à Seth, vaillant défenseur de la Barque solaire face à Apophis, sa
cause est soutenue par Rê. Si Horus doit faire face aux assauts magiques
de Seth, ce dernier doit faire face à ceux d'Isis. Après des milliers de coups
fourrés, les dieux du tribunal sont lassés des tergiversations du vieux Rê.
Ses jugements successifs sont tous favorables à Horus mais à chaque fois,
Seth peut les remettre en cause du fait de son ascendant sur Rê 67. Sur les
conseils de Thot et de Shou, Rê envoie une lettre à Osiris pour connaître
son opinion. En réponse, le dieu défunt met en avant ses propres mérites :
« Pourquoi fait-on tort à mon fils Horus ? C'est moi qui ai fait que vous êtes
forts. C'est moi qui ai créé l'orge et l'épeautre pour faire vivre les dieux, de
même que les troupeaux sous la garde des divinités. Il ne s'est trouvé
aucun dieu ni aucune déesse pour faire cela. »
— Les Aventures de Horus et de Seth. Traduction de Claire
Lalouette68
.
Peu impressionné, Rê raille la puissance d'Osiris en disant qu'avec ou sans
lui, l'orge et l'épeautre existeraient quand même. En colère, Osiris menace
les dieux de l'Ennéade. Dans la crainte d'une épidémie, les dieux rendent
un jugement définitif en faveur d'Horus. L'argument final est que d'Osiris
dépend la bonne santé de la création. Il nourrit les dieux et les hommes en
tant que dieu de l'abondance. Mais selon son bon plaisir, il peut lâcher
contre ses ennemis et les impies une armée de démons pour qu'ils
écourtent la joyeuse vie terrestre des êtres vivants :
« Cela est vraiment parfait, vraiment parfait, tout ce que tu as créé, ô
inventeur de l'Ennéade ! Mais on a fait en sorte que la justice soit
engloutie au sein du monde souterrain. Considère donc la situation, toi. Ce
pays dans lequel je suis est empli de messagers au visage féroce, qui ne
craignent aucun dieu ni (aucune) déesse. Si je les fais sortir, ils me
rapporteraient le cœur de tous ceux qui ont commis des actions viles,
mais ils se manifestent ici, en ma compagnie. Et pourquoi est-ce que je
passe ici ma vie, en paix dans l'Occident, alors que vous êtes au-dehors,
tous, tous ? Qui parmi eux, est plus fort que moi ? Mais vois, ils ont inventé
le mensonge. Et lorsque Ptah […] créa le ciel, n'a-t-il pas dit aux étoiles qui
s'y trouvaient : "Vous irez vous coucher sur l'Occident, chaque nuit, là où
réside le roi Osiris ? Ensuite, les dieux, les nobles et le peuple se
coucheront aussi dans l'endroit où tu es"– c'est ce qu'il m'a dit. »
— Les Aventures de Horus et de Seth. Traduction de Claire
Lalouette68.
Osiris Ounennéfer[modifier | modifier le code]
Article connexe : Jugement de l'âme (Égypte antique).
Les anciens Égyptiens ne voyaient pas le décès comme une chose
naturelle. En identifiant tous les morts à Osiris, le dieu assassiné, ils ont
conçu la mort comme le franchissement d'un seuil situé entre le monde
terrestre et le monde de l'au-delà. Le décès est une crise passagère que
l'on peut résoudre par le rituel funéraire. Le tribunal d'Osiris symbolise
cette étape cruciale car seul celui qui est pur moralement peut prétendre
aux rites. Ne se présente devant le tribunal d'Osiris que celui qui est
exempt de péchés69. Cette pureté est mise en avant dès l'Ancien
Empire dans les textes des tombes et mastabas. Les dieux, par
l'intercession du roi, accordent aux serviteurs de la monarchie le statut
d'Imakhou (possesseur de tombe). Mais on ne peut prétendre à ce
privilège que si l'on a respecté et appliqué la Maât. Osiris, en son nom
d'Ounennéfer (Existence parfaite), est un modèle à suivre, sa vie
exemplaire l'ayant mené à exercer la royauté sur la terre et sur l'au-delà :
« J'ai accompli la justice pour son seigneur, c'est que je l'ai satisfait en ce
qu'il aime. J'ai dit la vérité, j'ai accompli la justice, j'ai dit le bien, j'ai
répété le bien, j'ai atteint la perfection, car je souhaitais avoir le bien
auprès des hommes. J'ai jugé deux plaideurs de sorte qu'ils furent
satisfaits. J'ai sauvé le misérable de celui qui était plus puissant que lui en
ce sur quoi j'avais autorité. J'ai donné du pain à celui qui avait faim, des
vêtements à celui qui était nu, un passage au naufragé, un cercueil à celui
qui n'avait pas de fils. J'ai fait une barque pour qui était sans barque. […] »
— Fausse porte de Néferséchemrê dit Chéchi70.
Ani devant Osiris, juge de l'Au-delà. Papyrus d'Ani, XIXe dynastie.
Au Nouvel Empire, le jugement des morts acquiert sa forme définitive tel
qu'il apparaît dans le Livre des Morts (chap. 125). Le passage devant Osiris
et ses quarante-deux assesseurs ressemble plus à une épreuve qu'à une
procédure judiciaire. Le défunt connaît à l'avance ce que l'on peut lui
reprocher et se défend en niant en bloc deux listes de péchés. Une
première liste de quarante fautes est niée devant Osiris, puis une
deuxième liste de quarante-deux fautes est niée devant les quarante-deux
assesseurs qui symbolisent l'ensemble du territoire égyptien. Ces lois
conditionnaient l'accès au monde de l'au-delà. Mais le chapitre 125 est
plus qu'une formule magique destinée à purifier le défunt. L'Égyptien ne
comptait pas seulement sur la puissance de la magie pour sauver
son âme71. Son passage post-mortem devant Osiris s'accompagnait,
durant la vie terrestre, d'une vie inspirée par les lois du tribunal :
« Je suis un noble qui s'est complu en Maât, qui a pris exemple sur les lois
de la salle des deux Maât, car j'avais l'intention d'arriver dans la nécropole
sans que la moindre bassesse fût associée à mon nom, je n'ai pas fait de
mal aux hommes, ni quoi que ce soit que réprouvent leurs dieux. »
— Stèle funéraire de Baki, XIVe siècle72,73.
De Osiris-Apis à Sarapis[modifier | modifier le code]
Le taureau Apis (Hapi en égyptien) symbolise le cycle d'un jeune animal
succédant à un aîné qui vient de mourir de mort naturelle. Dès qu'un
taureau mourait, les prêtres se mettaient en quête d'un taurillon lui
ressemblant puis l'intronisaient. La succession des Apis est attestée
depuis Amenhotep III jusqu'à la fin de la dynastie des Ptolémées mais
perdura probablement jusqu'au IVe siècle de notre ère. Apis véhicule deux
images théologiques ; premièrement la succession royale et
deuxièmement, la renaissance osirienne. Apis est ainsi représenté comme
un taureau vivant et marchant, comme un animal mort et momifié et
comme un humain à tête de taureau. L'Apis défunt devient un Osiris sous
le nom d'Osiris-Apis (en égyptien Osor-Hapi) 74.
À la Basse époque se développe un culte en l'honneur de cet animal mort
mais dans les limites de la ville de Memphis. Le culte se pratique dans les
milieux égyptiens mais aussi chez les colons grecs installés à Memphis.
Un papyrus en langue grecque mentionne le dieu Osérapis dès le IVe siècle
avant notre ère75. Lorsque la dynastie des lagides s'installe en Égypte, elle
met en place à Alexandrie, le culte de Sarapis. Cette divinité prend les
fonctions funéraire et agraire du dieu Osiris mais ses représentations sont
celles d'un dieu grec : un homme barbu à la chevelure bouclée couronné
soit du modius (symbole de fertilité) soit de la
couronne Atef (caractéristique d'Osiris) .
76
Buste de Sarapis.
Divinité de la végétation[modifier | modifier le code]
Osiris qui préside au grain[modifier | modifier le code]

Scène de labour illustrant le chap. 110 du Livre


des Morts. Tombe de Sennedjem.
Pour l'anthropologue James George Frazer, les dieux
Osiris, Dionysos, Attis et Adonis sont des esprits de la végétation. Osiris
est comme le grain enterré lors des semailles qui ressuscite lors de la
moisson suivante. Le grain est fécondé par l'eau dans le sol puis, lors des
récoltes, il est démembré par les faucilles des faucheurs 77.
Il n'est pas encore établi avec certitude si dès le départ Osiris est un dieu
de la végétation ou si ce côté de sa personnalité s'est greffé par la suite
sur ses aspects de dieu funéraire. La fertilité du sol égyptien est en
rapport avec le limon charrié par la crue du Nil à laquelle Osiris est
associé. Malgré le découpage du corps d'Osiris en morceaux, sa mort
physique est présentée comme une léthargie. Cette inconscience d'Osiris
est comme celle d'Atoum dans le Noun (l'océan primordial) avant la
création de l'univers. Le sommeil du dieu Osiris est contraire à l'ordre
établi par le dieu créateur. Néanmoins, sa mort est nécessaire pour que
l'humanité puisse dépasser ses limites terrestres et atteindre l'éternité
divine. Osiris est le dieu qui s'est noyé dans les eaux du Nil78. Son long
séjour dans l'eau est vu comme un retour dans le chaos de l'océan des
origines. Or cet océan est le milieu d'où jaillit la vie. Le démembrement
d'Osiris en seize morceaux est lié au retour annuel de l'inondation du Nil.
La hauteur idéale de la crue est de seize coudées et, lorsque ce niveau est
atteint Osiris est reconstitué79.
« Ô Primordial du Double-Pays tout entier ! nourriture et aliments devant
l'Ennéade, Akh parfait parmi les akhou pour qui le Noun répand son eau
[…] Les plantes poussent selon son désir et pour lui la terre productive fait
constamment naître les aliments […] [Geb] a mis sous sa main ce pays,
son eau et son vent, son herbe et tous ses troupeaux, tout ce qui vole et
tout ce qui se pose, ses reptiles et ses animaux du désert, (tout cela) offert
au fils de Nout : et le Double-Pays s'en réjouit ! […] ce qu'entoure le
disque solaire est soumis à ses desseins ; (de même) le vent du nord, le
fleuve, les flots, l'arbre fruitier et tout ce qui pousse. C'est Nepri qui donne
toute sa végétation, la nourriture du sol. Il instaure le rassasiement et le
procure à tous les pays. Tout être est heureux, tout cœur est joyeux. »
— Grand Hymne à Osiris. Nouvel Empire. Stèle
du Louvre C286 .
80

Festivités du mois de Khoïak[modifier | modifier le code]


Osiris végétant. Temple de Philæ.
Élaboré à l'origine à Abydos et Busiris, le rite des festivités du mois de
Khoïak gagne dès la XIe dynastie tous les temples censés conserver une
relique du corps osirien dépecé81.
Le cycle de la germination du grain a été vu par les Égyptiens comme une
métaphore de leur conception de la mort. Une des images de la
renaissance d'Osiris est la figuration d'épis de céréales poussant sur son
corps momifié. Cette représentation était réellement mise en œuvre dans
les temples selon le rituel du mois de Khoiak. Dans une cuve en forme
de momie, les prêtres plaçaient un mélange terreux, où du grain se
mettait à germer (lors de recherches sous-marines, une cuve de ce genre
a été retrouvée à l'intérieur du téménos du temple d'Amon et Khonsou de
la ville engloutie de Héracléion). Cet Osiris végétant, une fois placé au
soleil puis desséché, était placé dans une barque sacrée puis transporté
vers la nécropole de la ville de Canope. Cette momie végétale y était
éliminée, soit enterrée soit jetée à l'eau82.
Dans les tombes, on pouvait placer des petits moules de ce genre, appelés
dans le milieu égyptologique « Osiris végétant » ou « Osiris céréales »83.
Culte des reliques sacrées[modifier | modifier le code]
Osiris dans toutes ses tombes[modifier | modifier le code]
Le culte d'Osiris s'est diffusé sur l'ensemble du territoire égyptien.
Cependant plusieurs villes se sont distinguées du fait de leur rapport
particulier avec le mythe du démembrement d'Osiris. Les traditions
divergent quant au nombre des membres osiriens dispersés dans le pays ;
de quatorze à quarante-deux selon les différentes versions.
D'après Plutarque, Seth noya son frère Osiris en l'enfermant dans un coffre
jeté dans le Nil. La dépouille dériva jusqu'à Byblos (Liban) où elle fut
retrouvée par Isis. La déesse ramena le coffre et le corps en Égypte près
de Bouto. Mais lors d'une partie de chasse, Seth retrouva le corps d'Osiris.
Fou de rage, il démembra le corps en quatorze morceaux et les dispersa
de tous les côtés. Désespérée, Isis se mit en quête de les retrouver et
partit à leur recherche à travers tout le pays. Chaque fois qu'elle retrouvait
un morceau elle en confia la garde au clergé du lieu pour que la mémoire
d'Osiris soit honorée84.
Dans le premier chapitre du Livre des Morts, le défunt se présente comme
un prêtre du culte d'Osiris, dans l'espoir de bénéficier lui aussi des rites
funéraires inaugurés par le dieu démembré. Le défunt énumère ainsi
quelques villes où, de son vivant, il a honoré Osiris. La participation aux
rites de ces lieux sacrés permet de gagner la faveur des dieux. Dans l'au-
delà, les dieux ne prennent soin que de ceux qui les ont honorés.
Participer de son vivant aux rites en relation avec l'embaumement d'Osiris
permet, une fois décédé, de pouvoir contempler le dieu et de survivre
dans son royaume85 :
« Je suis avec Horus, comme protecteur de cette épaule gauche d'Osiris
qui est à Létopolis ; je vais et je viens, tel une flamme, le jour de chasser
les rebelles hors de Létopolis.
Je suis avec Horus, le jour de célébrer les fêtes d'Osiris et de préparer les
offrandes pour Rê, à la fête du sixième jour du mois et à la fête-deni,
à Héliopolis.
Je suis le prêtre-ouâb à Bousiris, et j'exalte Celui qui est dans le tertre.
Je suis le prophète d'Abydos, le jour où le sol est haut.
Je suis celui qui voit les mystères à Ro-sétaou.
Je suis celui qui lit le cérémonial du Bélier qui est à Mendès. »
— Extrait du chap.1 du livre des morts. Traduction de Paul
Barguet86.
Phallus de Mendès[modifier | modifier le code]
Plutarque, dans sa version du mythe d'Osiris rapporte que la déesse Isis
retrouva tous les membres dispersés à l'exception du phallus mangé par
des poissons. Pour le remplacer, elle en fit une imitation 87. Cependant, la
ville de Mendès a conservé une autre tradition mythique. La relique qui est
honorée dans cette ville est le phallus attaché à la colonne vertébrale. Ces
deux membres ne font qu'une seule relique car les Égyptiens, (et les Grecs
après eux), pensaient que la moelle osseuse descendait de la colonne
vertébrale vers les testicules et ressortait par le phallus sous la forme
du sperme. La semence dans le corps de la femme formait alors les os de
l'enfant, les humeurs féminines formant les chairs 88. Tardivement, le pilier
Djed fut assimilé à cette relique, la ville de Mendès portant en langue
égyptienne le nom de Djedet ou Perbanebdjedou ; le dieu de Mendès étant
depuis les débuts de l'Égypte pharaonique le bélier Banebdjedet89. Ce
dernier était considéré comme l'âme-ba d'Osiris. En fait cet animal portait
en lui quatre âmes-ba, celles de Rê, de Shou, de Geb et d'Osiris ; aussi le
représentait-on avec quatre têtes de béliers90.
Philæ et l'Abaton de Biggeh[modifier | modifier le code]
Horus en crocodile porte la momie d'Osiris hors des marais vers l'Abaton
de Biggeh. Relief de la Porte d'Hadrien à Philæ.
Pour les Égyptiens, l'eau de la crue du Nil provient du monde souterrain et
sort d'une caverne située dans la région de la première cataracte. On situa
d'abord cette source mythique à Éléphantine, la ville du dieu
bélier Khnoum91. Puis, à la Basse époque, la source du Nil fut surtout
assimilée à l'Abaton de l'île de Biggeh. La crue jaillissant de la blessure
infligée par Seth à la jambe gauche d'Osiris conservée en ce lieu. Le culte
au profit d'Osiris y remonte probablement au VIe siècle à partir du règne
de Psammétique II. Abaton est un mot issu du grec ancien : ἂβατον et
signifie « inaccessible ». Les noms égyptiens de l'Abaton sont Iat-ouâbet,
« La Place pure » et Iou-ouâbet, « L'Île pure ». L'Abaton est un des
tombeaux d'Osiris. Ce lieu sacré est une nécropole où Isis retrouva la
jambe gauche de son frère démembré 92. Les cultes d'Osiris de l'Abaton
de Biggeh étaient intimement liés à ceux d'Isis de l'île de Philæ :
« On dit aussi qu'il y a près de Philæ, une petite île à tout le monde
inaccessible ; les oiseaux ne s'y abattent jamais, et les poissons ne s'en
approchent pas. Toutefois, à une époque déterminée, les prêtres
traversent l'eau pour aller y faire des sacrifices funèbres, couronner le
tombeau qui s'y trouve et qui est ombragé par un plan de méthida dont la
hauteur dépasse celle de tous les oliviers. »
— Sur Isis et Osiris. Plutarque93.
La statue de la déesse sortait en procession tous les dix jours de son
temple de Philæ pour se rendre en barque à Biggeh. Isis y effectuait, par
l'entremise de ses prêtres, des actes rituels comme des libations de lait
pour Osiris ; le but étant de ranimer sa vigueur. Les rites sont tournés vers
l'âme-Ba d'Osiris pour qu'il s'unisse à son corps et réveille la momie
dormant dans l'Abaton. Outre ces rituels décadaires, les moments forts de
l'année sont les séjours d'Isis et d'Harendotès dans le tombeau le
treizième jour du mois d'Epiphi et les rituels de régénération du mois
de Khoiak94.
Menaces magiques contre le culte[modifier | modifier le code]
Vers le début du IVe siècle de notre ère, le néoplatonicien Jamblique dans
son traité sur les Mystères d'Égypte explique aux adversaires de
la théurgie le mécanisme opératoire des menaces verbales contre les
cultes et festivités rendues à Osiris et à Isis95. Selon lui, les menaces
proférées par le magicien ne sont pas destinées aux dieux (soleil, lune,
étoiles) mais à des esprits inférieurs 96. Ces derniers, sans jugement ni
raison, se contentent d'obéir aux ordres de leurs supérieurs divins. Les
menaces verbales terrorisent ces esprits. Lors d'un cérémonial, un
magicien exercé peut facilement les berner en se présentant à eux sous la
forme d'une divinité supérieure.
Au XIIe siècle, le conte des Aventures d'Horus et de Seth se termine par
une mention de ces esprits inférieurs. Pour obtenir gain de cause, Osiris
menace les autres dieux de les envoyer contre eux. Si Horus n'obtient pas
le trône alors une horde d'esprits hostiles s'abattra sur la terre et les êtres
vivants, dieux et humains, rejoindront plus tôt que prévu le royaume de
l'Au-delà68. Les papyrus magiques de Turin sont datés de la même
époque97. Une formule magique utilise la menace verbale contre les fêtes
et les cultes osiriens. Le but de l'incantation est de guérir une personne
malade car envoûtée par un envoyé d'Osiris. La guérison passe par un
nécessaire désenvoûtement. Le magicien-guérisseur présente la chose
sous la forme d'un décret royal rédigé par Osiris. L'ordonnance contraint
l'entité maléfique à quitter le corps de la victime. Pour que la chose se
réalise, le magicien l'effraye en proférant de sombres menaces sur le culte
osirien. La bonne marche de l'univers garantie par le culte rendu à Osiris
ne peut se poursuivre qu'à la condition de son départ hors de sa victime 98 :
« Si l'on tarde à chasser l'ennemi, l'ennemie, le mort, la morte, ou
n'importe quelle chose exécrable, alors l'ennemi du ciel divisera le ciel,
l'ennemi de la terre renversera la terre, et Apophis s'emparera de la
barque des millions d'années ; l'eau ne sera pas donnée à celui qui est
dans le cercueil, celui qui est à Abydos, ne sera pas enseveli, celui qui est
dans Bousiris, ne sera pas caché, on n'exercera pas des rites pour celui qui
est dans Héliopolis, on ne présentera pas d'offrandes aux dieux dans leurs
temples, les hommes ne présenteront plus d'offrandes à aucun dieu dans
aucune fêtes.
Mais si l'on chasse le mort et la morte, l'ennemi et l'ennemie, l'adversaire
mâle et l'adversaire femelle, et les choses exécrables qui sont dans ce
corps-ci […] alors le ciel restera stable sur ses quatre piliers, la terre
restera dans sa position, l'eau sera donnée à celui qui est dans le cercueil,
celui qui est à Abydos, sera enseveli, celui qui est dans Bousiris sera
caché, on exercera des rites pour celui qui est dans Héliopolis, on
présentera des offrandes aux dieux dans leurs temples, les hommes
présenteront des offrandes à tous les dieux dans toutes leurs fêtes
aussitôt que le mort, la morte, l'ennemi, l'ennemie, l'adversaire mâle,
l'adversaire femelle sortiront sur la terre du corps de (nom du malade), fils
de (nom de la mère). »
— Papyrus magiques de Turin (Extraits)99.
Osiris dans le nome d'Abydos[modifier | modifier le code]
Nécropole royale[modifier | modifier le code]
Très anciennement, le dieu funéraire d'Abydos fut le
canidé Khentamentiou « celui qui préside les Occidentaux (les défunts) »,
vénéré depuis la fin de la période prédynastique 100. Si le culte d'Osiris
s'installa dans la ville sous la Ve dynastie, il ne prit son essor qu'à partir de
la Première Période intermédiaire, ce qui provoqua la fusion des deux
divinités funéraires sous la XIe dynastie, lorsque le roi Antef II fit passer
Abydos sous son autorité. Osiris supplanta alors complètement
Khentamentiou et ce dernier devint une simple appellation d'Osiris 101.
Au Moyen Empire, la ville d'Abydos s'érigea en tant que lieu principal du
culte osirien. Cependant son apogée se situa sous la XIXe dynastie quand
les rois Séthi Ier et Ramsès II entreprirent de grands travaux.
Le prestige de la nécropole d'Abydos est très ancien car il remonte très
loin dans l'histoire ; les tombes ou les cénotaphes des premiers rois
égyptiens y étant situés. Les recherches archéologiques ont ainsi mis au
jour des tombes royales remontant à la dynastie égyptienne
zéro (Scorpion Ier), mais aussi des deux dynasties thinites
(I et II dynastie). Par la suite, la nécropole royale fut transférée plus au
re e

nord, à Memphis (Saqqarah). Abydos devint alors un lieu semi-mythique


des origines de la royauté102. Le tombeau du roi Djer, édifié vers l'an 3000
avant notre ère fut identifié par les croyants du Moyen Empire, (soit un
millénaire plus tard), comme étant celui du dieu Osiris 103. Cette tombe
devient au Nouvel Empire un lieu de pèlerinage100.

Stèle du roi Djer (Ire dynastie).


Tête d'Osiris[modifier | modifier le code]
Au Moyen Empire, le prestige d'Abydos tenait au fait que la ville était la
dépositaire d'une relique osirienne confiée par les dieux ; ces derniers
ayant trouvé la tête d'Osiris non loin de la nécropole :
« Le 19 du quatrième mois du printemps, c'est le jour où fut trouvée la
tête établie dans le Gebel de l'Ouest. Anubis, Thot et Isis s'étaient rendus
à la nécropole ; un oiseau-qebeq et un loup veillaient sur elle. Thot souleva
la tête, et trouva sous elle un scarabée. Alors, il fit qu'elle reposât dans la
nécropole d'Abydos jusqu'à ce jour. On a appelé Abydos : la ville du
scarabée, à cause de cela. Quant à l'oiseau-qebeq, c'est Horus, maître
de Létopolis. Quant au loup, c'est Anubis. »
— Papyrus Jumilhac. Traduction de Jacques Vandier104.
Reliquaire d'Abydos. Relief du temple de Séthi Ier, XIXe dynastie.
La relique est un objet sacré mais fragile. Dans la crainte d'un éventuel
attentat séthien, la relique est déposée et cachée dans un reliquaire. Ces
derniers peuvent prendre différentes formes, coffre, obélisque, vase, peau
d'animal. La relique d'Abydos est renfermée dans une corbeille juchée sur
un poteau :
« Quant au reliquaire-insout, c'est une corbeille de roseaux (n sout), c'est-
à-dire de jonc. La tête du dieu y est enveloppée. Autrement dit, le
reliquaire est appelé « roi » (nesout) à cause de la tête (qui y est placée)
dans un coffre mystérieux inconnu. Celui-ci est une corbeille de (joncs)
tressés, une châsse dont on ignore ce qui est à l'intérieur. La tête
vénérable avec une couronne blanche est en elle, faite en pâte, enveloppé
d'or. Sa hauteur est de trois palmes, trois doigts (28,2 cm). »
— Mur du temple de Dendérah. Traduction de Sylvie
Cauville105.
Festivités abydéennes[modifier | modifier le code]
Les temples égyptiens étaient des lieux fermés au public profane. La
statue du dieu restait cachée tout le long de l'année dans le naos (ou saint
des saints) de l'édifice religieux. Cependant le dieu sortait annuellement
au dehors du temple. Cette sortie était le prétexte d'une grande fête où
lors de quelques moments forts, tout un chacun pouvait participer.
À Abydos, cette sortie se déroulait en début d'année au commencement
de la saison de l'inondation. La statue du dieu Osiris transportée dans une
barque quittait son temple pour se rendre en grande pompe jusqu'à sa
tombe située dans un lieu dénommé Ro-Peker. Là, on commémorait sa
mort puis son triomphe sur ses ennemis. Après cela, la statue regagnait
son temple106. Les festivités osirienne d'Abydos s'inspirent des rituels
funéraires royaux memphites du temps des pyramides et célébrés pour les
pharaons décédés de l'Ancien Empire, transposés sur le plan divin et
répétés annuellement pour Osiris107.
Barque sacrée. Relief du temple de Séthi Ier, XIXe dynastie.
Ikhernofret, sur sa stèle conservée à Berlin, relate les évènements festifs
qui se sont déroulés sous sa direction, durant la 19e année du règne du
roi Sésostris III. Alors âgé de vingt-six ans, il est envoyé sur ordre royal à
Abydos. Il doit rendre hommage à Osiris, en le comblant d'or après une
victoire du roi contre les Nubiens. Avant de participer aux célébrations
osiriennes en jouant le rôle d'Horus, Ikhernofret fait rénover la
barque Neshmet, fait façonner des statues et fait reconstruire leurs
chapelles108. Les festivités se déroulent en quatre actes :

 La procession d'Oupouaout, l'Ouvreur de Chemin. La divinité est ici une


manifestation d'Horus qui combat au nom de son père Osiris contre ses
ennemis séthiens. Les ennemis sont symboliquement écrasés lors d'un
rituel magique où des statuettes de cires et des vases les
représentants sont malmenés puis détruits109.
« Je « jouai » la sortie de « l'Ouvreur-de-chemins », lorsqu'il s'avance pour
venger son père ; je chassai les ennemis de la barque Neshmet, je
repoussai les ennemis d'Osiris. Je « jouai » ensuite une grande sortie,
tandis que Thot dirigeait droitement la navigation. »
— Stèle d'Ikhernofret. Traduction de Claire Lalouette110

 La procession de la barque Neshmet. C'est la grande procession des


funérailles du dieu Osiris. La statue du dieu, dans sa barque, quitte le
temple en direction de la nécropole. Ce rituel sacré est si grand que
même les défunts souhaitent y prendre part. La formule magique 138
du Livre des Morts permet ainsi d'y assister post-mortem111.
« J'avais équipé d'une belle chapelle la barque (appelée) « Celle qui
apparaît en gloire grâce à la Vérité-Justice », et, ayant fixé ses belles
couronnes, voilà le dieu qui s'avance vers Peker, je nettoyai le chemin qui
mène à son tombeau face à Peker. »
— Stèle d'Ikhernofret. Traduction de Claire Lalouette110

 La fête de Haker, la nuit d'Horus le combattant. Cette nuit correspond


dans le culte funéraire à la nuit de la justification où le jugement du
mort est ritualisé pendant des veillées nocturnes 112.
« Je vengeai Ounennéfer (Osiris), en ce fameux jour du Grand Combat, et
je terrassai tous ses ennemis sur la rive de Nedyt. »
— Stèle d'Ikhernofret. Traduction de Claire Lalouette110

 La procession vers le temple d'Osiris. C'est le dernier acte de la fête


avec le retour triomphal de la statue du dieu Osiris vers son temple,
justifié et ressuscité113.
« Je fis qu'il s'avance à l'intérieur de la barque (appelée) « la Grande » et
que celle-ci portât sa beauté. Je réjouis le cœur des collines du désert
occidental, je créai l'exultation dans ces collines, lorsqu'« elles » virent la
beauté de la barque Neshmet, tandis que j'abordai à Abydos, (la barque)
qui ramenait Osiris, seigneur de la ville, vers son palais. Je suivis le dieu
dans sa maison, fis qu'il se purifie et qu'il rejoigne son trône… »
— Stèle d'Ikhernofret. Traduction de Claire Lalouette110
Stèles votives[modifier | modifier le code]
Au Moyen Empire, le roi Sésostris III de la XIIe dynastie a encouragé le
culte d'Osiris à Abydos en renouvelant le matériel cultuel, en faisant
construire un temple d'Osiris et pour lui-même un complexe funéraire
pyramidal114. À cette même époque, un grand nombre de particuliers
aisés, motivés par leur piété envers Osiris, se font construire des
chapelles-cénotaphes sur la « Terrasse du Grand Dieu » près du temple
d'Osiris. Ces bâtiments sont édifiés en briques crues et sont entourés d'un
enclos rectangulaire. Certaines chapelles présentaient une salle voûtée où
se trouvait la statue du défunt avec des stèles votives encastrées dans les
murs intérieurs. D'autres étaient pleines avec des stèles fixées sur les
murs extérieurs. Le point central de ces constructions étaient donc des
stèles célébrant la mémoire du défunt et de sa famille 115. Ces pièces
archéologiques se trouvent aujourd'hui dispersées dans les musées du
monde entier. En 1973, 1 120 stèles allant de la VIe à la XIVe dynastie ont
été inventoriées ; 961 d'entre elles invoquent Osiris 116. À la fin de
la XIIe puis sous la XIIIe dynastie ces stèles ne sont plus un privilège pour
les fonctionnaires de haut rang. Des personnes de condition modeste
déposent des stèles dans des chapelles plus petites où se les font déposer
dans un monument d'un particulier plus aisé. La stèle du harpiste
Néferhotep a ainsi été déposée par son ami Nebsoumenou, porteur de
briques, dans la chapelle d'Iki, supérieur des prêtres 117. Cette pratique
funéraire perdure au Nouvel Empire et durant la Basse époque.

Common questions

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Le récit du tribunal des dieux dans "Les Aventures de Horus et de Seth" montre Osiris comme un dieu décisif et menaçant. Lorsqu'il interpelle les dieux pour défendre son fils Horus, il souligne ses mérites comme créateur de la fertilité et menace de libérer des démons pour punir ses adversaires . Sa capacité à influencer le jugement des dieux en faveur d'Horus grâce à cette menace sous-entend qu'Osiris détient un pouvoir redouté même après sa mort et engage la justice divine sous son contrôle .

Osiris est représenté anthropomorphiquement, souvent en momie, portant la couronne blanche Hedjet de la Haute-Égypte, parfois décorée de plumes formant la couronne Atef . Il tient le sceptre Héqa et le flagellum Nekhekh, symboles de royauté et d'autorité . Ces attributs renforcent sa figure de roi divinisé représentant l'ordre et la renaissance, en contraste avec d'autres dieux aux formes animales, et soulignent son rôle de juge souverain dans l'au-delà .

Plutarque décrit Isis et Nephtys en termes de visibilité et d'invisibilité, associant Isis à ce qui est vu et sur terre, et Nephtys à ce qui est caché et sous terre . Osiris, en tant que divinité centrale, est lié aux deux déesses par la mort et la renaissance : Isis est son épouse terrestre, alors que Nephtys, en tant que protectrice et nourrice d'Horus, devient l'épouse éternelle d'Osiris dans l'au-delà . Cette dichotomie souligne la polarité de fertilité et de mort qu'Osiris incarne .

Le roi Antef II a intégré Abydos sous sa juridiction, provoquant la fusion d'Osiris et de Khentamentiou sous la XIe dynastie . Cette décision a contribué à renforcer le culte d'Osiris comme principal lieu de culte à Abydos, ce qui a eu des répercussions jusqu'à la XIXe dynastie lorsque les rois Séthi Ier et Ramsès II ont entrepris des travaux significatifs pour magnifier le site . Cela a instauré Abydos comme centre du pèlerinage osirien, consolidant son rôle politique et religieux à travers l'histoire égyptienne.

Les jeux de mots théologiques associent Sirius (Sopedet en égyptien) à la précision et l'efficacité, symbolisant l'ordre et la renaissance qu'Osiris, directement lié à l'étoile Orion, incarne . Le triangle formé par Sirius, Bételgeuse et Rigel représente Osiris en léthargie, et l'alignement de ces étoiles vers la constellation du Grand Chien, où Isis est perçue comme un oiseau, reflète la dynamique de la mort et de la résurrection, avec Horus (Horus-Soped/Sirius) continuant l'œuvre restauratrice de son père Osiris .

Selon l'égyptologue Bernard Mathieu, le culte d'Osiris s'est répandu sur l'ensemble du territoire égyptien lors des débuts de la V e dynastie, en grande partie grâce à une décision royale . La monarchie a joué un rôle crucial en diffusant le dogme osirien à travers le clergé d'Héliopolis, permettant de renforcer son influence sur les grands temples et d'affermir le pouvoir central .

Abydos est un lieu central du culte d'Osiris, considéré comme le principal sanctuaire où le dieu est vénéré, surtout pendant le Moyen Empire . Osiris y est intimement lié à la tradition funéraire et la ville sert de point de pèlerinage compte tenu de son association avec la tombe symbolique d'Osiris, renforcée par les reliques d'Osiris conservées sur place, comme la fameuse tête d'Osiris .

Les textes funéraires égyptiens illustrent Osiris comme une incarnation de la justice et de l'ordre, en relation directe avec la Maât, la déesse de la vérité et de la justice. Les serviteurs de la monarchie doivent respecter et appliquer la Maât pour atteindre le statut d'Imakhou, ou "possesseur de tombe" . Cela renforce l'idée qu'Osiris, sous le nom d'Ounennéfer, est un modèle de vie vertueuse, et son jugement dans l'au-delà est un retour à l'ordre cosmique fondé sur la vérité et la justice .

David Lorton émet l'hypothèse que "Wsjr" est un mot composé issu du morphème "set" associé à "jret", signifiant "l'activité rituelle". Osiris serait "Celui qui bénéficie de l'activité rituelle" . Cette hypothèse souligne l'importance des rituels funéraires et cérémoniels dans le culte d'Osiris, le liant directement à sa fonction de divinité protectrice des morts et garant de l'ordre cosmique.

Osiris est associé à plusieurs divinités locales, absorbant leurs caractéristiques pour solidifier son influence. À Bousiris, Osiris intègre les qualités d'Andjéty, et à Memphis, il est associé au dieu Sokar . En Haute-Égypte, il est assimilé à Khentamentiou à Abydos, démontrant une fusion culturelle et religieuse où Osiris incarne des aspects variés de la mort et de la renaissance . Ce syncrétisme religieux illustre comment le culte d'Osiris s'est adapté pour intégrer diverses croyances locales, ce qui a facilité sa prééminence à travers l'Égypte.

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