Dépense publique et croissance au MENA
Dépense publique et croissance au MENA
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Résumé
En 2011, pendant les « printemps arabes », les citoyens de certains pays arabes ont
défilé dans les rues, réclamant la diminution de la corruption, un meilleur accès à la
vie publique et des emplois. En réponse, les États du Moyen-Orient et de l’Afrique
du Nord ont mis en place des plans stratégiques pour satisfaire à ces exigences (par
exemple, le plan Vision 2030 au Maroc ou le plan Vision 2030 en Arabie Saoudite).
L’un des volets principaux de ces plans était lié à la réforme des finances publiques.
Récemment, face à l’apparition de la pandémie de coronavirus (covid-19), la plupart
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des pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord ont eu recours à l’emprunt ou puisé
dans leurs réserves (deux solutions considérées comme des sources de financement
de la dépense publique), afin de soutenir l’économie et de financer les plans de lutte
contre la maladie. L’efficacité et l’efficience de la dépense publique sont donc toujours
primordiales pour optimiser l’utilisation des ressources disponibles. En s’appuyant
sur des données concernant la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord de
1999 à 2019, au moyen de diagrammes de dispersion et d’une procédure de modèles
linéaires généralisés, cet article étudie la relation entre dépense publique et croissance
économique. Les résultats montrent que le système actuel de dépenses publiques est
inefficace et inefficient et que, pour être efficiente, la dépense publique doit être com-
binée avec d’autres facteurs qui influencent l’économie (par exemple, l’augmentation
de la participation des citoyens aux affaires publiques, le contrôle de la corruption et
le soutien aux bonnes pratiques de gouvernance dans le secteur public).
1 Bassam Abdullah Albassam, King Saud University, Riyadh, Arabie Saudite. Courriel : Balba-
ssam1@[Link]. Traduction de l’article paru en anglais sous le titre: “ Government spending
and economic growth in the Middle East and North Africa region” réalisée par le Centre de
traduction du ministère de l’économie, des finances et de la relance (France) dans le cadre d’un
partenariat avec l’Institut de la Gestion Publique et du Développement Économique (France).
Copyright © 2022 IISA – Vol 88 (4) : 903-919
904 Revue Internationale des Sciences Administratives 88 (4)
Introduction
Dans tous les pays, quel que soit leur niveau de développement, l’efficience de
la dépense publique est l’un des principaux sujets de débat dans les cercles poli-
tiques et universitaires. Le financement des services et programmes de l’État est
une question d’intérêt public, car il conditionne la qualité des services offerts aux
habitants. De nombreuses écoles de pensée ont étudié les effets de la dépense
publique sur le niveau de développement économique d’un pays, notamment les
tenants de la théorie classique de l’économie, de la loi de Wagner et de la théorie
keynésienne et des courants de pensée dérivés (Afonso et al., 2005 ; Wijeweera
et Garis, 2009).
La théorie classique de l’économie considère que les marchés fonctionnent
mieux sans intervention et que l’État devrait avoir un rôle limité en matière de
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stimulation de l’économie (Palley, 2013). La stimulation de la croissance écono-
mique par la dépense publique est un moyen hasardeux, car il entraîne l’éviction
de l’investissement privé. Cet effet d’éviction se concrétise par un recul des acti-
vités de dépenses du secteur privé face aux dépenses du secteur public. Selon la
théorie classique de l’économie, en raison de cet effet d’éviction il n’existe donc
aucune relation systématique entre la dépense publique et la croissance écono-
mique (Carrasco, 1998 ; Schick, 1998).
À l’inverse, la loi de Wagner postule que la croissance économique (c’est-
à-dire l’augmentation du revenu national) conduit à une augmentation de la
dépense publique. Dans le cadre de sa théorie élaborée à la fin du 19e et au
début du 20e siècle, Adolph Wagner affirme que la dépense publique est une
conséquence, et non une cause, de la croissance du PIB (Wijeweera et Garis,
2009). Selon lui, l’économie se développe au fil du temps, ce qui conduit à
l’élargissement du rôle de l’État, qui, à son tour, provoque l’accroissement de
la dépense publique. L’extension des activités de l’État résulte d’abord de la
demande accrue de services publics et de la hausse des dépenses sociales, ensuite
de la multiplication des fonctions administratives visant à garantir le bon fonc-
tionnement du marché, et enfin du financement par l’État de grands projets qui
sont économiquement non viables ou que le secteur privé n’est pas en mesure
de réaliser (Dilrukshini, 2009 ; Eldemerdash et Ahmed, 2019 ; Musgrave, 1959).
Les adversaires de la loi de Wagner considèrent que la dépense publique a sou-
vent un impact négatif sur la croissance économique, tel que l’effet d’éviction
(Dilrukshini, 2009 ; Mitchell, 2005).
Albassam Dépense publique et croissance économique 905
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ter des stratégies financières efficaces et efficientes pour atteindre les objectifs
fixés dans les plans gouvernementaux. La question posée est donc la suivante :
quelle relation peut-on mettre en évidence entre la croissance économique et la
dépense publique dans les pays de la région MENA de 1990 à 2019 ?
Cette étude est structurée comme suit : nous analyserons tout d’abord l’im-
portance de l’efficience de la dépense publique pour le développement écono-
mique ; nous passerons ensuite en revue la littérature traitant de la relation entre
dépense publique et qualité de la gouvernance, puis nous étudierons la structure
économique, politique et administrative des pays de la région MENA. La méthode
utilisée pour analyser la relation entre dépense publique et croissance écono-
mique sera exposée. Enfin, nous présenterons les résultats des analyses ainsi que
les conclusions à en tirer en matière d’action publique.
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Travaux connexes dans les pays de la région MENA
Bien que l’efficience de la dépense publique soit importante dans tous les
pays, elle l’est particulièrement dans les économies en voie de développement
ou en transition (par exemple les pays de la région MENA). En comparaison
avec les secteurs non étatiques (c’est-à-dire le secteur privé et le secteur à but
non lucratif), la part du secteur public dans ces pays est importante, et son
efficience est donc primordiale pour l’économie et le développement humain
(Afonso et al., 2005). Par conséquent, depuis des décennies, de nombreux
pays de la région MENA ont adopté des plans de développement dont les
objectifs communs sont la lutte contre la corruption, la création d’emplois pour
leurs citoyens et l’amélioration des systèmes d’éducation et de santé. Ces pays
ont également mis en place des mécanismes fondés sur les lois du marché (tels
que les privatisations et les partenariats public-privé (PPP)) pour encourager la
participation du secteur privé à l’économie et diminuer un peu la pression sur le
budget de l’État (les fonds publics sont les principales sources de financement
des programmes dans les pays de la région MENA) (Biygautane et al., 2017 ;
Banque mondiale, 2019c).
Témoins, toutefois, de l’inefficience des politiques et programmes publics, les
indices internationaux (par exemple les indicateurs mondiaux de gouvernance et
l’indice sur le budget ouvert) montrent que les pays de la région MENA souffrent
d’un taux élevé de chômage, d’une faible participation des citoyens aux affaires
publiques et d’une forte corruption (FMI, 2019 ; Banque mondiale, 2019a,
2019b). De nombreuses raisons ont été avancées pour expliquer pourquoi les
Albassam Dépense publique et croissance économique 907
États ne parviennent pas à satisfaire les demandes et les besoins de leur popu-
lation, notamment l’absence de responsabilité, la piètre qualité des institutions
chargées de la mise en œuvre des plans et les modifications stratégiques ou opé-
rationnelles au gré des changements de dirigeants ou de ministres, ce qui conduit
au gaspillage et à une mauvaise utilisation des fonds publics (Brun et Compaore,
2019 ; Looney, 2001 ; Rajkumar et Swaroop, 2008).
Mohaddes et al. (2018) ont cherché à comprendre la façon dont la qualité
des institutions financières de la région MENA influe sur l’utilisation des res-
sources nationales. Alors que la richesse et le niveau de développement des
pays de la région diffèrent, Mohaddes et al. (2018) constatent que tous ces
pays ont des systèmes financiers pareillement inefficients, ce qui influence la
mise en œuvre des politiques publiques et le succès des programmes publics.
De plus, tandis que les pays de la région MENA lançaient leurs plans « Vision »
à partir de 2012, Mohaddes et al. (2018: 28) recommandaient d’encourager
la transparence budgétaire et d’adopter un modèle de planification budgétaire
favorisant l’efficience de la dépense publique dans la région, dans les termes
suivants : « Il est clairement nécessaire de procéder à une réforme complète
des programmes de gestion budgétaire et connexes, y compris à une profonde
réforme institutionnelle ».
Les déficits budgétaires figurent parmi les principaux problèmes soulevés dans
les études sur l’utilisation des ressources nationales dans la région MENA. Les
experts font remarquer que l’inefficience de la dépense publique conduit à un
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déficit budgétaire récurrent en raison de l’inefficacité des systèmes d’allocation
budgétaire, les recettes servant à payer la dette nationale et à équilibrer le budget
au lieu de financer l’amélioration des infrastructures et les programmes sociaux
(Arjomand et al., 2016 ; Rayp et Van De Sijpe, 2007). Arjomand et al. (2016)
ont étudié l’influence des déficits budgétaires sur la croissance économique et
l’inflation dans les pays de la région MENA de 2000 à 2013, et ils ont montré
que l’inefficacité des systèmes budgétaires influençait négativement la croissance
économique et les résultats des programmes publics, en raison du gaspillage et
de la mauvaise utilisation des crédits alloués à ces programmes, ainsi que de
l’absence de politiques budgétaires et monétaires appropriées.
Brini et Jemmali (2016) ont étudié l’impact de la dépense publique sur le
travail de l’administration, les services de santé, les systèmes d’éducation et la
qualité des infrastructures dans les pays de la région MENA dont l’économie
n’est pas fondée sur le pétrole (c’est-à-dire l’Algérie, la Cisjordanie et la bande
de Gaza, Djibouti, l’Égypte, l’Irak, l’Iran, la Jordanie, le Liban, la Lybie, le Maroc,
la Syrie, la Tunisie et le Yémen), de 1996 à 2011. Leur étude (2006: 1) montre
que « la stabilité politique, la liberté des échanges et la croissance économique
ont un effet positif sur l’efficience de la dépense publique. Toutefois, l’absence
de voix citoyenne et de responsabilité affecte négativement l’efficience de la
dépense publique. » Ainsi, les résultats de nombreuses études figurant dans la
documentation montrent que l’une des raisons de l’inefficience des systèmes de
dépense publique des pays de la région MENA est l’absence de facteurs de bonne
gouvernance (tels que la transparence et la responsabilité) (Abushamsieh et al.,
2014 ; Albassam, 2015 ; Christopoulos and McAdam, 2015).
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La région MENA
Dans la présente étude, la région MENA est définie comme l’ensemble constitué
par les 19 pays et territoires suivants : Algérie, Arabie saoudite, Bahreïn, Cisjor-
danie et Gaza, Djibouti, Égypte, Émirats arabes unis, Irak, Iran, Jordanie, Koweït,
Liban, Libye, Maroc, Oman, Qatar, Syrie, Tunisie et le Yémen. Les pays et territoires
de cette région ont des structures économiques, politiques et administratives dif-
férentes et présentent une qualité de gouvernance et un niveau de développe-
ment économique variables, ce qui complique sérieusement leur étude.
La région MENA connaît une grande instabilité politique depuis les années 50.
L’accès à l’indépendance de la plupart des pays entre 1950 et 1970, la guerre
civile au Liban de 1975 à 1989, l’invasion du Koweït par l’Irak en 1993, l’inva-
sion de l’Irak par les États-Unis en 2003, le « printemps arabe » en 2011, tous
ces éléments ont eu un impact sur le processus de gouvernement de la région.
Les révolutions du « printemps arabe » dans les pays de la région MENA ont été
déclenchées par les attentes de la population qui réclamait l’amélioration des
services publics, la lutte contre la corruption et une meilleure égalité et équité
d’accès des citoyens à l’emploi et aux services.
Cette région compte environ 6 % de la population mondiale et représente
60 % des réserves pétrolières et 45 % des réserves gazières mondiales. En raison
de ses réserves très importantes de pétrole et de gaz naturel, elle participe for-
tement à la stabilité de l’économie mondiale (Banque mondiale, 2019b, 2019c).
Le tableau no 1, qui regroupe des données d’indicateurs sélectionnés, permet de
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mieux comprendre la structure économique de la région. Parmi ces indicateurs
figurent notamment l’indicateur de développement humain (IDH) (indicateur
statistique basé sur trois critères essentiels du développement humain : longévité,
instruction et niveau de vie) (PNUD, 2019) ; l’indicateur de complexité écono-
mique (ICE) qui mesure la diversité des importations et des exportations des pays
(donc la diversification économique) (Observatoire de la complexité économique,
2019) ; les dépenses de consommation finale des administrations publiques en
pourcentage du PIB, c’est-à-dire « toutes les dépenses courantes consacrées
à l’achat de biens et de services (y compris la rémunération des employés) »
(Banque mondiale, 2019c) ; les dépenses en pourcentage du PIB, c’est-à-dire
les « paiements au comptant au titre des activités des administrations publiques
liées à la fourniture de biens et services [y compris] la rémunération des employés
(traitements et salaires), les participations et subventions, les aides, les prestations
sociales et autres dépenses telles que les loyers et dividendes » (Banque mondiale,
2019a) ; et toutes les rentes naturelles en pourcentage du PIB, c’est-à-dire « le
total des rentes pétrolières, des rentes gazières et des rentes issues du charbon
(anthracite et houille), des minerais et des forêts » (Banque mondiale, 2019b).
L’observation du tableau 1 fait ressortir différents groupes de pays selon
les niveaux de développement humain et de croissance économique, les pays
disposant d’un niveau de développement humain plus élevé ayant tendance
à avoir un taux de croissance économique supérieur. De plus, les pays dont la
rente issue des ressources naturelles est importante ont un taux de complexité
économique faible ou négatif, ce qui signifie que plus la part du revenu national
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Tunisie 0,735 -0,29 2,5 (2018) 20,8 (2017) 35,5 (2012) 2,4 (2017)
Yémen 0,452 -0,97 -2,7 (2018) s.o. s.o. 1,9 (2017)
MENA (moyenne) s.o. s.o. 2,4 (2018) 15,6 (2017) s.o. 16,2 (2017)
Source : PNUD (2019) ; Banque mondiale (2019a et 2019b ; 2019c).
* Développement humain très élevé : 0,800-100 développement humain élevé : 0,700-0,799 ;
développement humain moyen : 0,550-0,699 ; développement humain faible : 0,350-0,549.
** L’indicateur de complexité économique varie d’environ -2,8 (faible) à environ 2,6 (élevée).
qui provient de ressources naturelles est élevée, moins les pays ont tendance à
diversifier leur économie. Cet état de fait peut s’expliquer également par une
moindre propension des dirigeants des pays dotés d’une économie fondée sur
les ressources naturelles à encourager la mise en place de plans de long terme
pour la diversification de l’économie, le résultat étant l’inefficience des politiques
et programmes de diversification (Albassam, 2015). En outre, la comparaison
des dépenses de consommation finale des administrations publiques montre
qu’il n’y a pas de différences importantes entre les pays. Ceci pourrait indiquer
que les États de la région MENA consacrent une plus grande part de leur PIB
aux dépenses courantes qu’aux dépenses en capital (investissements). De même,
la part des dépenses en pourcentage du PIB montre qu’une corrélation positive
tend à exister entre le financement des activités de l’État et la part du PIB prove-
nant de ressources naturelles dans les pays étudiés.
Enfin, d’après les données disponibles dans le tableau 1, la plupart des pays,
sauf Djibouti et le Yémen, ont un niveau de développement humain élevé qui
n’a toutefois pas donné lieu à la mise en place d’une économie du savoir dans
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la région (Albassam, 2019a, 2019b ; Biygautane et al., 2017). De plus, les don-
nées sur la part des dépenses des administrations publiques en pourcentage du
PIB montrent que le secteur public joue un rôle important dans la croissance
économique de presque tous les pays de la région. Par conséquent, nous pou-
vons affirmer que, d’une manière générale, indépendamment de la diversité des
économies et des structures administratives, il existe plus de similitudes que de
différences dans les pays de la région MENA en matière de systèmes budgétaires
et d’orientation de la dépense publique (Menifield, 2011 ; Msann et Saad, 2020).
Il est à noter également que le manque de transparence et l’inefficacité des admi-
nistrations de ces pays, dont le niveau de gouvernance est faible, ne permet pas
de disposer de suffisamment de données actualisées (Abushamsieh et al., 2014).
Méthodologie
L’objectif principal de cette étude est d’examiner la relation entre dépense publique
et croissance économique dans 15 des 19 pays de la région MENA (Algérie, Ara-
bie saoudite, Bahreïn, Djibouti, Émirats arabes unis, Iran, Jordanie, Koweït, Liban,
Libye, Maroc, Oman, Qatar, Tunisie et Yémen) sur la base des données mises à dis-
position par la Banque mondiale (2019a, 2019c, 2020). Quatre pays ou territoires
(Cisjordanie et Gaza, Égypte, Irak et Syrie) ont été écartés en raison du manque
de données. Le problème posé était le suivant : quelles relations peut-on établir
entre la croissance économique et le niveau de la dépense publique dans les pays
de la région MENA de 1990 à 2019 ?
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La croissance économique a été définie comme le PIB par habitant exprimé en
dollars internationaux courants en parité de pouvoir d’achat (PPA). La dépense
publique a été initialement enregistrée en pourcentage du PIB, mais elle a été
convertie en dépense publique par habitant (DPPH) exprimée en dollars inter-
nationaux courants (Banque mondiale, 2019c, 2019d). La disponibilité de ces
données a conduit à choisir comme période d’étude les années 1990 à 2019. De
plus, l’examen des relations existant entre les variables avant et après le « prin-
temps arabe » (qui a commencé en 2011 et se poursuit encore dans certains pays
arabes) accroît la valeur et l’utilité des résultats de l’étude pour les chercheurs
et les décideurs des pays de la région MENA qui se penchent sur les réformes
économiques et administratives récemment adoptées par la plupart des pays.
Résultats et analyse
Pour l’ensemble des pays
Des tests de Bai et Perron, permettant de détecter de multiples ruptures, ont été
utilisés pour analyser les modifications imprévues de la DPPH et du PIB en général
sur la période de 1980 à 2019 pour 15 pays de la région MENA. Selon Bai et
Perron (2003 :81), « la détection de ruptures structurelles a toujours été délicate
en économétrie parce qu’une multitude de facteurs politiques et économiques
peuvent provoquer la modification dans le temps des relations entre les variables
économiques ». Le tableau 2 présente les résultats des tests de Bai et Perron pour
Albassam Dépense publique et croissance économique 911
De plus, après un test de Dickey-Fuller augmenté, dont les résultats font l’ob-
jet du tableau 3, nous pouvons conclure que le PIB n’a pas de racine unitaire et
qu’il est stationnaire puisque les valeurs p sont inférieures à 0,05.
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Valeurs critiques du test niveau 1 % -3,431
niveau 5 % -2,862
niveau 10 % -2,567
* MacKinnon (1996) valeurs p unilatérales.
Dans le tableau 4, les résultats des tests de Bai et Perron pour la détection de
ruptures multiples font apparaître deux ruptures structurelles principales pour la
dépense publique. Les données montrent que la valeur statistique de -9 que nous
avons choisie est inférieure à la valeur de -3,431 à 1 %, ce qui suggère que nous
pouvons rejeter l’hypothèse nulle lorsque le niveau de signification est inférieur
à 1 %.
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com/doi/suppl/). La procédure Modèles linéaires généralisés d’IBM SPSS v.24.0
a été utilisée pour estimer la pente moyenne des trois lignes de régression avec
des intervalles de confiance de ± 95 %, chaque ligne représentant une décennie.
L’analyse se base sur la statistique inférentielle calculée au moyen d’une analyse
de covariance (ANCOVA) pour évaluer l’homogénéité des trois lignes de régres-
sion dans chacun des diagrammes de dispersion, et au moyen de statistiques
d’ANCOVA (test de Fisher, valeur p, coefficients de régression, intervalles de
confiance de 95 %) pour comparer les lignes de régression. L’ANCOVA a été uti-
lisée pour déterminer si deux lignes de régression ou plus, correspondant à une
série de données temporelles étaient homogènes (égales) ou hétérogènes (diffé-
rentes). Il a fallu ajouter au moins 10 données dans chaque groupe pour obtenir
une puissance statistique permettant de faire une distinction entre les trois lignes
de régression.
La variable dépendante du Modèle linéaire généralisé était log10 DPPH, tandis
que log10 PIB/habitant était la covariante. La période était un facteur fixe. Le but
de la transformation logarithmique était d’homogénéiser les variances et de nor-
maliser les résidus afin de s’aligner sur les hypothèses du modèle et d’éviter les
inférences statistiques biaisées (Rutherford, 2001). L’interaction entre le facteur
temps et la covariante a été interprétée afin d’évaluer l’homogénéité ou l’égalité
des lignes de régression. Si ces dernières n’étaient pas homogènes, on pouvait
conclure que le temps avait un effet modérateur sur l’intensité ou le sens de la
relation entre la dépense publique et le PIB.
Albassam Dépense publique et croissance économique 913
Nous avons considéré qu’il y avait déviation des lignes de régression par rap-
port à l’homogénéité (c’est-à-dire, inégalité des coefficients) si la valeur p du test
de Fischer était inférieure à 0,05. Toutefois, la signification statistique n’est pas
le seul critère que nous avons utilisé pour interpréter les résultats obtenus avec
les Modèles linéaires généralisés. L’interaction a été considérée comme ayant
une signification réelle (ce qui impliquait que le facteur temps était important
dans le cadre de cette étude) si l’ampleur de son effet était supérieure à 20 %
environ (c’est-à-dire que η2 ≥ 0.2) (Rutherford, 2001). Cette interprétation de
l’ampleur de l’effet signifiait que l’interaction expliquait au moins 20 % de la
variance des données. Le tableau 6 présente un résumé des résultats de l’analyse
effectuée avec les Modèles linéaires généralisés pour chacun des 15 pays inclus
dans l’étude.
Tableau 6. Résumé des résultats des Modèles linéaires généralisés pour les pays de
la région MENA, 1990 à 2019.
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Bahreïn +1,075 -0,103 +1,622 08,170 0,002 0,405
Djibouti +2,325 +1,931 +1,128 04,350 0,042 0,218
Émirats arabes unis -0,268 +0,250 +1,793 05,940 0,008 0,331
Iran +1,116 +1,409 +2,418 00,407 0,407 0,072
Jordanie -0,088 +1,136 -0,408 08,220 0,002 0,407
Koweït -0,316 +1,136 -0,408 00,710 0,500 0056
Liban +0,330 +0,631 +1,276 00,620 0,544 0,049
Libye +0,355 +0,811 +0,286 00,570 0,571 0,046
Maroc +0,039 +0,380 +0,198 26,500 >0,001* 0,689
Oman +0,653 +0,569 +0,604 10,060 0,004 0,296
Qatar +1,053 +1,217 +1,040 01,250 0,304 0,094
Tunisie +0,694 +0,986 +1,594 09,460 0,001 0,441
Yémen +1,858 +1,930 +2,570 01,640 0,215 0,120
* Homogénéité des coefficients de régression (significatif si p < 0,05).
De nombreux résultats peuvent être tirés de l’analyse qui précède pour mieux
comprendre la relation existant entre la croissance économique et la dépense
publique dans la région MENA. En général, un lien significatif entre dépense
publique et croissance économique dénote une forte probabilité que l’économie
concernée soit, à l’instant considéré, en phase avec la théorie keynésienne. Au
contraire, lorsque le lien entre la dépense publique et la croissance économique
n’est pas significatif, il y a une forte probabilité que l’économie concernée soit, à
l’instant considéré, en phase avec la loi de Wagner.
914 Revue Internationale des Sciences Administratives 88 (4)
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unis, Jordanie, Koweït et Maroc), le lien entre dépense publique et croissance
économique est très variable entre 1990 et 2019. Par exemple, pendant la
période de 1990 à 1999, nous avons constaté que la dépense publique avait un
impact significatif mais faible sur la croissance économique (il était non significa-
tif pour le Koweït uniquement). Il est possible que le niveau très bas du prix du
pétrole (8 $ le baril en 1998) explique ce faible impact. De plus, en examinant
la répartition de la dépense publique dans ces pays (voir tableau 1), on constate
que les dépenses augmentent lorsque le prix du pétrole monte, particulière-
ment les dépenses courantes (voir figure 1 sur [Link]
suppl/). En outre, en 2018, la part des dépenses courantes en pourcentage du
PIB tourne autour de 20 % pour tous les pays du groupe, sauf le Koweït (52 %).
En conséquence, en examinant l’évolution de la dépense de l’État (c’est-à-dire les
dépenses de consommation finale des administrations publiques en pourcentage
du PIB), nous constatons que les dépenses courantes augmentent lorsque la rente
issue des ressources naturelles est faible, et vice versa. Le deuxième groupe de
pays présente également un indicateur de complexité économique (ICE) élevé
en 2019 (voir tableau 1). Enfin, la Libye est le seul pays étudié qui présente un
lien non significatif entre la dépense publique et la croissance économique entre
1990 et 2019.
Résultats de l’étude
L’un des résultats les plus marquants de l’analyse quantitative et qualitative est
l’absence de stratégie claire, dans les pays de la région MENA et particulièrement
dans les pays pétroliers, pour mettre en place une politique de finances publiques
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Saad, 2020) font ressortir l’absence de planification budgétaire, ce qui affecte la
productivité du secteur public et la mise en œuvre des politiques économiques et
entretient une forte corruption. Les résultats mettent en évidence l’importance,
pour les pays de la région MENA, de disposer du niveau élevé de développement
humain dont bénéficient la plupart d’entre eux (voir tableau 1) et de constituer
grâce à cet atout des systèmes de gestion des connaissances qui permettront de
bâtir une économie du savoir par transfert de connaissances et d’attirer de nou-
velles entreprises du secteur technologique. Nous avons constaté que la dépense
publique ne conduit pas au développement économique, ce qui peut être révé-
lateur de l’inefficience du système de dépenses publiques.
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meilleur parti des ressources nationales, notamment dans les pays où il n’existe
pas de lien significatif entre la dépense publique et la croissance économique
(Algérie, Djibouti, Iran, Koweït, Liban, Libye, Qatar etYémen). Par conséquent,
donner par exemple la priorité à l’accroissement de la dépense publique sans
contrôler la corruption et disposer d’un système efficient de dépense publique
revient à gaspiller les fonds publics. De plus, les pays de la région MENA affichent
des niveaux très bas pour certains indicateurs tels que la participation des citoyens
aux affaires publiques, la bonne gouvernance et la corruption. Au contraire, le
niveau de développement humain est très élevé dans la plupart de ces pays. L’in-
vestissement dans le capital humain et l’adoption de réformes institutionnelles
encourageant la productivité et la responsabilité du secteur public sont donc des
priorités pour que ces pays parviennent à instaurer une croissance économique
et un développement durables.
Conclusion
Tous les plans stratégiques des pays de la région MENA ont pour objectif la crois-
sance économique. En 2011, pendant le « printemps arabe », les citoyens de
la plupart des pays arabes ont défilé dans les rues pour réclamer de meilleures
conditions de vie et demander des comptes aux autorités. Aujourd’hui, certains
pays de la région ont encore des difficultés à établir un système politique stable
(par exemple, l’Irak, la Syrie et le Yémen), et les autres se trouvent confrontés au
problème du chômage et à la nécessité d’améliorer les conditions de vie de leur
population. De plus, la réponse des pays de la région MENA à la pandémie de
Albassam Dépense publique et croissance économique 917
coronavirus de 2020 est semblable à leur réponse aux autres crises, la plupart
d’entre eux continuant à contracter des emprunts ou à puiser dans leurs réserves
(c’est-à-dire qu’ils augmentent la dépense publique) pour soutenir l’économie et
financer les plans de lutte contre la maladie.
D’après les résultats de cette étude, le recours exclusif à l’accroissement de
la dépense publique pour développer l’économie n’est pas une bonne stratégie
et peut conduire à l’échec, comme ce fut le cas des plans adoptés par les pays
de la région MENA depuis les années 1970. Ainsi, selon la présente étude, le
développement du système budgétaire est l’un des outils les plus importants
pour limiter le gaspillage des fonds publics et mieux affecter les dépenses. De
plus, il serait utile d’intégrer dans les plans économiques des pays de la région
l’amélioration de la qualité des institutions publiques et l’encouragement à la
productivité et à la responsabilité du secteur public, afin atteindre les objectifs des
plans stratégiques (les plans « Vision ») tels que la diversification économique, la
diversification du revenu national et la mise en place d’une économie du savoir.
De futures recherches pourraient porter sur un seul pays. Il serait intéressant,
également, de prendre en compte dans l’analyse d’autres facteurs qui influencent
l’efficience de la dépense publique, comme la bonne gouvernance.
Identifiant ORCID
Bassam Abdullah Albassam [Link]
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Données supplémentaires
Des données supplémentaires peuvent être consultées en ligne à l’adresse sui-
vante : [Link]
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