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Dépense publique et croissance au MENA

L'article examine la relation entre la dépense publique et la croissance économique dans la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord, en mettant en lumière l'inefficacité actuelle des dépenses publiques et la nécessité de les combiner avec d'autres facteurs comme la lutte contre la corruption et l'amélioration de la gouvernance. Il souligne que les pays de la région ont adopté des plans stratégiques pour répondre aux exigences des citoyens, notamment en matière de finances publiques, surtout après la pandémie de COVID-19. Les résultats montrent que des dimensions non financières sont cruciales pour favoriser la croissance économique, en particulier dans les pays en développement.

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Dépense publique et croissance au MENA

L'article examine la relation entre la dépense publique et la croissance économique dans la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord, en mettant en lumière l'inefficacité actuelle des dépenses publiques et la nécessité de les combiner avec d'autres facteurs comme la lutte contre la corruption et l'amélioration de la gouvernance. Il souligne que les pays de la région ont adopté des plans stratégiques pour répondre aux exigences des citoyens, notamment en matière de finances publiques, surtout après la pandémie de COVID-19. Les résultats montrent que des dimensions non financières sont cruciales pour favoriser la croissance économique, en particulier dans les pays en développement.

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Dépense publique et croissance économique dans la région

Moyen-Orient et Afrique du Nord


Bassam Abdullah Albassam
Dans Revue Internationale des Sciences Administratives 2022/4 (Vol. 88), pages 903
à 919
Éditions I.I.S.A.
ISSN 0303-965X
ISBN 9782802773009
DOI 10.3917/risa.884.0903
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Revue
Internationale
des Sciences
Administratives
Dépense publique et croissance économique
dans la région Moyen-­Orient et Afrique du Nord
Bassam Abdullah Albassam 1

Résumé
En 2011, pendant les « printemps arabes », les citoyens de certains pays arabes ont
défilé dans les rues, réclamant la diminution de la corruption, un meilleur accès à la
vie publique et des emplois. En réponse, les États du Moyen-­Orient et de l’Afrique
du Nord ont mis en place des plans stratégiques pour satisfaire à ces exigences (par
exemple, le plan Vision 2030 au Maroc ou le plan Vision 2030 en Arabie Saoudite).
L’un des volets principaux de ces plans était lié à la réforme des finances publiques.
Récemment, face à l’apparition de la pandémie de coronavirus (covid-19), la plupart
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des pays du Moyen-­Orient et de l’Afrique du Nord ont eu recours à l’emprunt ou puisé
dans leurs réserves (deux solutions considérées comme des sources de financement
de la dépense publique), afin de soutenir l’économie et de financer les plans de lutte
contre la maladie. L’efficacité et l’efficience de la dépense publique sont donc toujours
primordiales pour optimiser l’utilisation des ressources disponibles. En s’appuyant
sur des données concernant la région du Moyen-­Orient et de l’Afrique du Nord de
1999 à 2019, au moyen de diagrammes de dispersion et d’une procédure de modèles
linéaires généralisés, cet article étudie la relation entre dépense publique et croissance
économique. Les résultats montrent que le système actuel de dépenses publiques est
inefficace et inefficient et que, pour être efficiente, la dépense publique doit être com-
binée avec d’autres facteurs qui influencent l’économie (par exemple, l’augmentation
de la participation des citoyens aux affaires publiques, le contrôle de la corruption et
le soutien aux bonnes pratiques de gouvernance dans le secteur public).

Remarques à l’attention des praticiens


La dépense publique est l’un des piliers sur lesquels doit reposer la gestion des
affaires publiques pour parvenir à un haut niveau de développement et offrir
aux bénéficiaires des services publics de qualité. La présente étude porte sur la

1 Bassam Abdullah Albassam, King Saud University, Riyadh, Arabie Saudite. Courriel : Balba-
ssam1@[Link]. Traduction de l’article paru en anglais sous le titre: “ Government spending
and economic growth in the Middle East and North Africa region” réalisée par le Centre de
traduction du ministère de l’économie, des finances et de la relance (France) dans le cadre d’un
partenariat avec l’Institut de la Gestion Publique et du Développement Économique (France).
Copyright © 2022 IISA – Vol 88 (4) : 903-919
904 Revue Internationale des Sciences Administratives 88 (4)

relation entre dépense publique et croissance économique. Les résultats obtenus


confirment que des facteurs non financiers, comme la lutte contre la corruption,
la promotion de la démocratie et de la liberté, l’amélioration de la qualité des ins-
titutions publiques et l’encouragement à la productivité et à la responsabilité dans
le secteur public sont des dimensions importantes de la croissance économique,
principalement dans les pays en développement.

Mots-clés : Croissance économique, efficacité de l’action publique, Moyen-­Orient et


Afrique du Nord, efficience de la dépense publique, politiques publiques.

Introduction
Dans tous les pays, quel que soit leur niveau de développement, l’efficience de
la dépense publique est l’un des principaux sujets de débat dans les cercles poli-
tiques et universitaires. Le financement des services et programmes de l’État est
une question d’intérêt public, car il conditionne la qualité des services offerts aux
habitants. De nombreuses écoles de pensée ont étudié les effets de la dépense
publique sur le niveau de développement économique d’un pays, notamment les
tenants de la théorie classique de l’économie, de la loi de Wagner et de la théorie
keynésienne et des courants de pensée dérivés (Afonso et al., 2005 ; Wijeweera
et Garis, 2009).
La théorie classique de l’économie considère que les marchés fonctionnent
mieux sans intervention et que l’État devrait avoir un rôle limité en matière de
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stimulation de l’économie (Palley, 2013). La stimulation de la croissance écono-
mique par la dépense publique est un moyen hasardeux, car il entraîne l’éviction
de l’investissement privé. Cet effet d’éviction se concrétise par un recul des acti-
vités de dépenses du secteur privé face aux dépenses du secteur public. Selon la
théorie classique de l’économie, en raison de cet effet d’éviction il n’existe donc
aucune relation systématique entre la dépense publique et la croissance écono-
mique (Carrasco, 1998 ; Schick, 1998).
À l’inverse, la loi de Wagner postule que la croissance économique (c’est-
à-dire l’augmentation du revenu national) conduit à une augmentation de la
dépense publique. Dans le cadre de sa théorie élaborée à la fin du 19e et au
début du 20e siècle, Adolph Wagner affirme que la dépense publique est une
conséquence, et non une cause, de la croissance du PIB (Wijeweera et Garis,
2009). Selon lui, l’économie se développe au fil du temps, ce qui conduit à
l’élargissement du rôle de l’État, qui, à son tour, provoque l’accroissement de
la dépense publique. L’extension des activités de l’État résulte d’abord de la
demande accrue de services publics et de la hausse des dépenses sociales, ensuite
de la multiplication des fonctions administratives visant à garantir le bon fonc-
tionnement du marché, et enfin du financement par l’État de grands projets qui
sont économiquement non viables ou que le secteur privé n’est pas en mesure
de réaliser (Dilrukshini, 2009 ; Eldemerdash et Ahmed, 2019 ; Musgrave, 1959).
Les adversaires de la loi de Wagner considèrent que la dépense publique a sou-
vent un impact négatif sur la croissance économique, tel que l’effet d’éviction
(Dilrukshini, 2009 ; Mitchell, 2005).
Albassam Dépense publique et croissance économique 905

Enfin, selon la théorie keynésienne l’État doit intervenir afin de soutenir la


croissance, notamment en augmentant le financement de programmes et pro-
jets sociaux et en offrant des biens publics fondamentaux comme l’éducation, la
santé et les infrastructures (Ansari et al., 1997 ; Palley, 2013). De plus, le principe
de l’effet multiplicateur keynésien suppose que la dépense publique visant à
soutenir la croissance économique peut également encourager l’investissement
privé, ce qui aboutit à un effet de synergie (Ono, 2011).
Les pays de la région Moyen-­Orient et Afrique du Nord (MENA) ont adopté des
plans stratégiques (les plans « Vision ») dans le but de répondre aux demandes
des citoyens et de promouvoir la qualité des services publics. Ces plans prévoient
avant tout d’augmenter la dépense publique sur les programmes et projets
stratégiques nationaux (comme la diversification de l’économie, la diversification
des sources de revenu et l’accroissement du bien-être des habitants). L’un des
objectifs de la présente étude est de savoir laquelle des théories économiques (la
loi de Wagner ou la théorie keynésienne) est la plus à même d’expliquer les dyna-
miques macroéconomiques des quinze pays de la région MENA. Dans cet article,
nous étudions la capacité des États à appliquer des plans stratégiques depuis
les années 1970, et nous évaluons les progrès réalisés à ce jour dans la mise
en œuvre des plans actuels, sachant que ces derniers courent jusqu’en 2030,
voire, dans certains pays, jusqu’en 2040. En plus de permettre une meilleure
compréhension du comportement des pays de la région MENA dans le domaine
financier, les conclusions du présent article devraient aider les décideurs à adop-
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ter des stratégies financières efficaces et efficientes pour atteindre les objectifs
fixés dans les plans gouvernementaux. La question posée est donc la suivante :
quelle relation peut-on mettre en évidence entre la croissance économique et la
dépense publique dans les pays de la région MENA de 1990 à 2019 ?
Cette étude est structurée comme suit : nous analyserons tout d’abord l’im-
portance de l’efficience de la dépense publique pour le développement écono-
mique ; nous passerons ensuite en revue la littérature traitant de la relation entre
dépense publique et qualité de la gouvernance, puis nous étudierons la structure
économique, politique et administrative des pays de la région MENA. La méthode
utilisée pour analyser la relation entre dépense publique et croissance écono-
mique sera exposée. Enfin, nous présenterons les résultats des analyses ainsi que
les conclusions à en tirer en matière d’action publique.

Efficience de la dépense publique


L’unique responsabilité de l’État est d’adopter et de mettre en œuvre de bonnes
politiques publiques (par exemple des politiques budgétaires et monétaires de
qualité) pour encourager la croissance économique, améliorer l’efficacité du tra-
vail de l’administration et offrir aux citoyens des services publics de niveau élevé,
particulièrement dans les pays en développement (Laffin, 2016 ; Rajkumar et
Swaroop, 2008 ; Wildavsky, 1961). Ainsi, au sein du système de gestion finan-
cière, l’efficacité et l’efficience de la dépense publique influencent la qualité des
services et des programmes publics offerts aux bénéficiaires d’un pays (Ansari et
al., 1997 ; Schick, 1998). Selon Khan et Murova (2015 : 170), « la mesure de l’ef-
906 Revue Internationale des Sciences Administratives 88 (4)

ficience de la dépense publique a une valeur considérable pour l’État : la dépense


publique représente un pourcentage significatif de la dépense nationale, et elle
a un impact direct sur les politiques publiques incluant des services, telles que
celles menées en matière d’éducation, de santé, de sécurité, de transports et de
protection sociale.
La dépense publique est liée au développement économique en raison de sa
nature complexe et de l’évolution de la demande des citoyens. De plus, en raison
de la faiblesse des ressources des États, les politiques publiques ont pour objectifs
la lutte contre le gaspillage des fonds publics et contre la corruption ainsi que
l’amélioration de l’efficacité des dépenses (c’est-à-dire des allocations budgé-
taires), particulièrement dans les pays en voie de développement (Brini et Jem-
mali, 2016 ; Khan et Murova, 2015). Par conséquent, l’efficacité de la dépense
publique a été associée avec la qualité des institutions et les pratiques de bonne
gouvernance (comme encourager la transparence et promouvoir la qualité de la
réglementation) (Abushamsieh et al., 2014 ; Borge et al., 2008). Dans leur étude,
Rajkumar et Swaroop (2008 : 97) notent que « la mauvaise gestion budgétaire est
souvent citée comme l’une des principales raisons de la difficulté que rencontrent
les gouvernements des pays en voie de développement pour convertir la dépense
publique en services efficaces. » Par conséquent, pour améliorer l’efficience du
système budgétaire il est nécessaire de développer le processus de gouvernement
(Marek et al., 2020 ; Mattei et al., 2013).
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Travaux connexes dans les pays de la région MENA
Bien que l’efficience de la dépense publique soit importante dans tous les
pays, elle l’est particulièrement dans les économies en voie de développement
ou en transition (par exemple les pays de la région MENA). En comparaison
avec les secteurs non étatiques (c’est-à-dire le secteur privé et le secteur à but
non lucratif), la part du secteur public dans ces pays est importante, et son
efficience est donc primordiale pour l’économie et le développement humain
(Afonso et al., 2005). Par conséquent, depuis des décennies, de nombreux
pays de la région MENA ont adopté des plans de développement dont les
objectifs communs sont la lutte contre la corruption, la création d’emplois pour
leurs citoyens et l’amélioration des systèmes d’éducation et de santé. Ces pays
ont également mis en place des mécanismes fondés sur les lois du marché (tels
que les privatisations et les partenariats public-privé (PPP)) pour encourager la
participation du secteur privé à l’économie et diminuer un peu la pression sur le
budget de l’État (les fonds publics sont les principales sources de financement
des programmes dans les pays de la région MENA) (Biygautane et al., 2017 ;
Banque mondiale, 2019c).
Témoins, toutefois, de l’inefficience des politiques et programmes publics, les
indices internationaux (par exemple les indicateurs mondiaux de gouvernance et
l’indice sur le budget ouvert) montrent que les pays de la région MENA souffrent
d’un taux élevé de chômage, d’une faible participation des citoyens aux affaires
publiques et d’une forte corruption (FMI, 2019 ; Banque mondiale, 2019a,
2019b). De nombreuses raisons ont été avancées pour expliquer pourquoi les
Albassam Dépense publique et croissance économique 907

États ne parviennent pas à satisfaire les demandes et les besoins de leur popu-
lation, notamment l’absence de responsabilité, la piètre qualité des institutions
chargées de la mise en œuvre des plans et les modifications stratégiques ou opé-
rationnelles au gré des changements de dirigeants ou de ministres, ce qui conduit
au gaspillage et à une mauvaise utilisation des fonds publics (Brun et Compaore,
2019 ; Looney, 2001 ; Rajkumar et Swaroop, 2008).
Mohaddes et al. (2018) ont cherché à comprendre la façon dont la qualité
des institutions financières de la région MENA influe sur l’utilisation des res-
sources nationales. Alors que la richesse et le niveau de développement des
pays de la région diffèrent, Mohaddes et al. (2018) constatent que tous ces
pays ont des systèmes financiers pareillement inefficients, ce qui influence la
mise en œuvre des politiques publiques et le succès des programmes publics.
De plus, tandis que les pays de la région MENA lançaient leurs plans « Vision »
à partir de 2012, Mohaddes et al. (2018: 28) recommandaient d’encourager
la transparence budgétaire et d’adopter un modèle de planification budgétaire
favorisant l’efficience de la dépense publique dans la région, dans les termes
suivants : « Il est clairement nécessaire de procéder à une réforme complète
des programmes de gestion budgétaire et connexes, y compris à une profonde
réforme institutionnelle ».
Les déficits budgétaires figurent parmi les principaux problèmes soulevés dans
les études sur l’utilisation des ressources nationales dans la région MENA. Les
experts font remarquer que l’inefficience de la dépense publique conduit à un
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déficit budgétaire récurrent en raison de l’inefficacité des systèmes d’allocation
budgétaire, les recettes servant à payer la dette nationale et à équilibrer le budget
au lieu de financer l’amélioration des infrastructures et les programmes sociaux
(Arjomand et al., 2016 ; Rayp et Van De Sijpe, 2007). Arjomand et al. (2016)
ont étudié l’influence des déficits budgétaires sur la croissance économique et
l’inflation dans les pays de la région MENA de 2000 à 2013, et ils ont montré
que l’inefficacité des systèmes budgétaires influençait négativement la croissance
économique et les résultats des programmes publics, en raison du gaspillage et
de la mauvaise utilisation des crédits alloués à ces programmes, ainsi que de
l’absence de politiques budgétaires et monétaires appropriées.
Brini et Jemmali (2016) ont étudié l’impact de la dépense publique sur le
travail de l’administration, les services de santé, les systèmes d’éducation et la
qualité des infrastructures dans les pays de la région MENA dont l’économie
n’est pas fondée sur le pétrole (c’est-à-dire l’Algérie, la Cisjordanie et la bande
de Gaza, Djibouti, l’Égypte, l’Irak, l’Iran, la Jordanie, le Liban, la Lybie, le Maroc,
la Syrie, la Tunisie et le Yémen), de 1996 à 2011. Leur étude (2006: 1) montre
que « la stabilité politique, la liberté des échanges et la croissance économique
ont un effet positif sur l’efficience de la dépense publique. Toutefois, l’absence
de voix citoyenne et de responsabilité affecte négativement l’efficience de la
dépense publique. » Ainsi, les résultats de nombreuses études figurant dans la
documentation montrent que l’une des raisons de l’inefficience des systèmes de
dépense publique des pays de la région MENA est l’absence de facteurs de bonne
gouvernance (tels que la transparence et la responsabilité) (Abushamsieh et al.,
2014 ; Albassam, 2015 ; Christopoulos and McAdam, 2015).
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La région MENA
Dans la présente étude, la région MENA est définie comme l’ensemble constitué
par les 19 pays et territoires suivants : Algérie, Arabie saoudite, Bahreïn, Cisjor-
danie et Gaza, Djibouti, Égypte, Émirats arabes unis, Irak, Iran, Jordanie, Koweït,
Liban, Libye, Maroc, Oman, Qatar, Syrie, Tunisie et le Yémen. Les pays et territoires
de cette région ont des structures économiques, politiques et administratives dif-
férentes et présentent une qualité de gouvernance et un niveau de développe-
ment économique variables, ce qui complique sérieusement leur étude.
La région MENA connaît une grande instabilité politique depuis les années 50.
L’accès à l’indépendance de la plupart des pays entre 1950 et 1970, la guerre
civile au Liban de 1975 à 1989, l’invasion du Koweït par l’Irak en 1993, l’inva-
sion de l’Irak par les États-Unis en 2003, le « printemps arabe » en 2011, tous
ces éléments ont eu un impact sur le processus de gouvernement de la région.
Les révolutions du « printemps arabe » dans les pays de la région MENA ont été
déclenchées par les attentes de la population qui réclamait l’amélioration des
services publics, la lutte contre la corruption et une meilleure égalité et équité
d’accès des citoyens à l’emploi et aux services.
Cette région compte environ 6 % de la population mondiale et représente
60 % des réserves pétrolières et 45 % des réserves gazières mondiales. En raison
de ses réserves très importantes de pétrole et de gaz naturel, elle participe for-
tement à la stabilité de l’économie mondiale (Banque mondiale, 2019b, 2019c).
Le tableau no 1, qui regroupe des données d’indicateurs sélectionnés, permet de
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mieux comprendre la structure économique de la région. Parmi ces indicateurs
figurent notamment l’indicateur de développement humain (IDH) (indicateur
statistique basé sur trois critères essentiels du développement humain : longévité,
instruction et niveau de vie) (PNUD, 2019) ; l’indicateur de complexité écono-
mique (ICE) qui mesure la diversité des importations et des exportations des pays
(donc la diversification économique) (Observatoire de la complexité économique,
2019) ; les dépenses de consommation finale des administrations publiques en
pourcentage du PIB, c’est-à-dire « toutes les dépenses courantes consacrées
à l’achat de biens et de services (y compris la rémunération des employés) »
(Banque mondiale, 2019c) ; les dépenses en pourcentage du PIB, c’est-à-dire
les « paiements au comptant au titre des activités des administrations publiques
liées à la fourniture de biens et services [y compris] la rémunération des employés
(traitements et salaires), les participations et subventions, les aides, les prestations
sociales et autres dépenses telles que les loyers et dividendes » (Banque mondiale,
2019a) ; et toutes les rentes naturelles en pourcentage du PIB, c’est-à-dire « le
total des rentes pétrolières, des rentes gazières et des rentes issues du charbon
(anthracite et houille), des minerais et des forêts » (Banque mondiale, 2019b).
L’observation du tableau 1 fait ressortir différents groupes de pays selon
les niveaux de développement humain et de croissance économique, les pays
disposant d’un niveau de développement humain plus élevé ayant tendance
à avoir un taux de croissance économique supérieur. De plus, les pays dont la
rente issue des ressources naturelles est importante ont un taux de complexité
économique faible ou négatif, ce qui signifie que plus la part du revenu national
Albassam Dépense publique et croissance économique 909

Tableau 1. Indicateurs économiques sélectionnés : région MENA.

Pays ou territoire Indicateur de


Indicateur de Croissance Dépenses de Dépenses Total des rentes
développement
complexité du PIB consommation finale des (en % du PIB) naturelles
humain (IDH)
économique (annuelle, administrations publiques (en % du PIB)
(2017) *(ICE) en %) (en % du PIB)
(2017) **
Algérie 0,754 -0,78 2,1 (2018) 19,2(2017) s.o. 14,7 (2017)
Arabie saoudite 0,853 0,75 2,2 (2018) 23,2 (2018) 28 (2017) 23,8 (2017)
Bahreïn 0,846 s.o. 1,8 (2018) 17,5 (2018) 20,2 (2004) 3,7 (2017)
Cisjordanie et Gaza 0,686 s.o. 0,9 (2018) 26,2 (2018) 8,3 (2017) 0,0 (2017)
Djibouti 0,476 s.o. 6,0 (2018) 31,5 (2018) s.o. 0,7 (2017)
Égypte 0,696 -0,32 5,3 (2018) 8,4 (2018) 30,2(2015) 5,4 (2017)
Émirats arabes unis 0,863 0,13 1,4 (2018) 13,1 (2018) 4,1 (2017) 13,7 (2017)
Irak 0,685 s.o. 0,6 (2018) 21,0 (2018) 26,0 (2016) 38,0 (2017)
Iran 0,798 -0,16 3,8 (2017) 13,4 (2018) 19,6 (2009) 17,8 (2017)
Jordanie 0,735 -0,15 1,9 (2018) 15,5 (2018) 26,1 (2017) 0,7 (2017)
Koweït 0,803 0,12 1,8 (2018) 25,1 (2018) 52,0 (2015) 37,1 (2017)
Liban 0,757 0,08 0,2 (2018) 13,7 (2018) 25,8 (2017) 0,0 (2017)
Libye 0,706 -0,97 7,8 (2018) 9,9 (2018) s.o. 38,5 (2017)
Maroc 0,667 -0,86 3,0 (2018) 19,3 (2018) 24,5 (2017) 1,6 (2017)
Oman 0,821 -0,06 2,1 (2018) 23,4 (2018) s.o. 23,5 (2017)
Qatar 0,856 0,40 1,4 (2018) 17,0 (2017) s.o. 17,9 (2017)
Syrie 0,536 -0,74 5,7 (2007) 12,3 (2008) s.o. 21,6 (2007)
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Tunisie 0,735 -0,29 2,5 (2018) 20,8 (2017) 35,5 (2012) 2,4 (2017)
Yémen 0,452 -0,97 -2,7 (2018) s.o. s.o. 1,9 (2017)
MENA (moyenne) s.o. s.o. 2,4 (2018) 15,6 (2017) s.o. 16,2 (2017)
Source : PNUD (2019) ; Banque mondiale (2019a et 2019b ; 2019c).
* Développement humain très élevé : 0,800-100 développement humain élevé : 0,700-0,799 ;
développement humain moyen : 0,550-0,699 ; développement humain faible : 0,350-0,549.
** L’indicateur de complexité économique varie d’environ -2,8 (faible) à environ 2,6 (élevée).

qui provient de ressources naturelles est élevée, moins les pays ont tendance à
diversifier leur économie. Cet état de fait peut s’expliquer également par une
moindre propension des dirigeants des pays dotés d’une économie fondée sur
les ressources naturelles à encourager la mise en place de plans de long terme
pour la diversification de l’économie, le résultat étant l’inefficience des politiques
et programmes de diversification (Albassam, 2015). En outre, la comparaison
des dépenses de consommation finale des administrations publiques montre
qu’il n’y a pas de différences importantes entre les pays. Ceci pourrait indiquer
que les États de la région MENA consacrent une plus grande part de leur PIB
aux dépenses courantes qu’aux dépenses en capital (investissements). De même,
la part des dépenses en pourcentage du PIB montre qu’une corrélation positive
tend à exister entre le financement des activités de l’État et la part du PIB prove-
nant de ressources naturelles dans les pays étudiés.
Enfin, d’après les données disponibles dans le tableau 1, la plupart des pays,
sauf Djibouti et le Yémen, ont un niveau de développement humain élevé qui
n’a toutefois pas donné lieu à la mise en place d’une économie du savoir dans
910 Revue Internationale des Sciences Administratives 88 (4)

la région (Albassam, 2019a, 2019b ; Biygautane et al., 2017). De plus, les don-
nées sur la part des dépenses des administrations publiques en pourcentage du
PIB montrent que le secteur public joue un rôle important dans la croissance
économique de presque tous les pays de la région. Par conséquent, nous pou-
vons affirmer que, d’une manière générale, indépendamment de la diversité des
économies et des structures administratives, il existe plus de similitudes que de
différences dans les pays de la région MENA en matière de systèmes budgétaires
et d’orientation de la dépense publique (Menifield, 2011 ; Msann et Saad, 2020).
Il est à noter également que le manque de transparence et l’inefficacité des admi-
nistrations de ces pays, dont le niveau de gouvernance est faible, ne permet pas
de disposer de suffisamment de données actualisées (Abushamsieh et al., 2014).

Méthodologie
L’objectif principal de cette étude est d’examiner la relation entre dépense publique
et croissance économique dans 15 des 19 pays de la région MENA (Algérie, Ara-
bie saoudite, Bahreïn, Djibouti, Émirats arabes unis, Iran, Jordanie, Koweït, Liban,
Libye, Maroc, Oman, Qatar, Tunisie et Yémen) sur la base des données mises à dis-
position par la Banque mondiale (2019a, 2019c, 2020). Quatre pays ou territoires
(Cisjordanie et Gaza, Égypte, Irak et Syrie) ont été écartés en raison du manque
de données. Le problème posé était le suivant : quelles relations peut-on établir
entre la croissance économique et le niveau de la dépense publique dans les pays
de la région MENA de 1990 à 2019 ?
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La croissance économique a été définie comme le PIB par habitant exprimé en
dollars internationaux courants en parité de pouvoir d’achat (PPA). La dépense
publique a été initialement enregistrée en pourcentage du PIB, mais elle a été
convertie en dépense publique par habitant (DPPH) exprimée en dollars inter-
nationaux courants (Banque mondiale, 2019c, 2019d). La disponibilité de ces
données a conduit à choisir comme période d’étude les années 1990 à 2019. De
plus, l’examen des relations existant entre les variables avant et après le « prin-
temps arabe » (qui a commencé en 2011 et se poursuit encore dans certains pays
arabes) accroît la valeur et l’utilité des résultats de l’étude pour les chercheurs
et les décideurs des pays de la région MENA qui se penchent sur les réformes
économiques et administratives récemment adoptées par la plupart des pays.

Résultats et analyse
Pour l’ensemble des pays
Des tests de Bai et Perron, permettant de détecter de multiples ruptures, ont été
utilisés pour analyser les modifications imprévues de la DPPH et du PIB en général
sur la période de 1980 à 2019 pour 15 pays de la région MENA. Selon Bai et
Perron (2003 :81), « la détection de ruptures structurelles a toujours été délicate
en économétrie parce qu’une multitude de facteurs politiques et économiques
peuvent provoquer la modification dans le temps des relations entre les variables
économiques ». Le tableau 2 présente les résultats des tests de Bai et Perron pour
Albassam Dépense publique et croissance économique 911

la détection de ruptures multiples. Les résultats font ressortir quatre principaux


points de rupture pour le PIB.

Tableau 2. Points de rupture structurelle pour le PIB.

Ruptures déterminées selon un test de Fisher séquentiel : 4

Test de rupture Test de Fisher Test de Fisher normalisé Valeur critique


0 contre 1 * 59,153 59,153 8,580
1 contre 2 * 77,190 77,190 10,130
2 contre 3 * 77,835 77,835 11,140
3 contre 4 * 31,387 31,387 11,830
4 contre 5 0 0 12,25
* Significatif à 0,05.

De plus, après un test de Dickey-­Fuller augmenté, dont les résultats font l’ob-
jet du tableau 3, nous pouvons conclure que le PIB n’a pas de racine unitaire et
qu’il est stationnaire puisque les valeurs p sont inférieures à 0,05.

Tableau 3. Test de Dickey-­Fuller augmenté – PIB.

Test de Student Probabilité *


Test de Dickey-­Fuller augmenté -9,385 3,604e-17
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Valeurs critiques du test niveau 1 % -3,431
niveau 5 % -2,862
niveau 10 % -2,567
* MacKinnon (1996) valeurs p unilatérales.

Dans le tableau 4, les résultats des tests de Bai et Perron pour la détection de
ruptures multiples font apparaître deux ruptures structurelles principales pour la
dépense publique. Les données montrent que la valeur statistique de -9 que nous
avons choisie est inférieure à la valeur de -3,431 à 1 %, ce qui suggère que nous
pouvons rejeter l’hypothèse nulle lorsque le niveau de signification est inférieur
à 1 %.

Tableau 4. Ruptures structurelles de la dépense publique.

Ruptures déterminées selon un test de Fisher séquentiel : 2

Test de rupture Test de Fisher Test de Fisher normalisé Valeur critique**


0 contre 1 * 27,099 27,099 8,580
1 contre 2 * 43,582 43,582 10,130
2 contre 3 7,775 7,775 11,140
** Significatif à 0,05.
912 Revue Internationale des Sciences Administratives 88 (4)

De plus, après un test de Dickey-­Fuller augmenté, dont les résultats font


l’objet du tableau 5, nous pouvons conclure que la dépense publique n’a pas de
racine unitaire et qu’elle est stationnaire puisque les valeurs p sont inférieures à
0,05. Les données montrent que la valeur statistique de -8 que nous avons choi-
sie est inférieure à la valeur de -3,433 à 1 %, ce qui suggère que nous pouvons
rejeter l’hypothèse nulle lorsque le niveau de signification est inférieur à 1 %.

Tableau 5. Test de Dickey-­Fuller augmenté – Dépense publique.

Test de Student Probabilité *


Test de Dickey-­Fuller augmenté -8,447 3,243e-14
Valeurs critiques du test -3,433 -3,431
-2,862 -2,862
-2,567 -2,567
* MacKinnon (1996) valeurs p unilatérales.

Analyse comparative des pays


Pour chaque pays, un diagramme de dispersion de log10 DPPH ($) sur log10 PIB/
habitant ($) a été établi, sans décalage dans le temps. Le diagramme a été scindé
en trois catégories représentant les trois décennies successives 1990 à 1999, 2000
à 2009 et 2010 à 2019 (voir l’Annexe A, disponible sur [Link]
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com/doi/suppl/). La procédure Modèles linéaires généralisés d’IBM SPSS v.24.0
a été utilisée pour estimer la pente moyenne des trois lignes de régression avec
des intervalles de confiance de ± 95 %, chaque ligne représentant une décennie.
L’analyse se base sur la statistique inférentielle calculée au moyen d’une analyse
de covariance (ANCOVA) pour évaluer l’homogénéité des trois lignes de régres-
sion dans chacun des diagrammes de dispersion, et au moyen de statistiques
d’ANCOVA (test de Fisher, valeur p, coefficients de régression, intervalles de
confiance de 95 %) pour comparer les lignes de régression. L’ANCOVA a été uti-
lisée pour déterminer si deux lignes de régression ou plus, correspondant à une
série de données temporelles étaient homogènes (égales) ou hétérogènes (diffé-
rentes). Il a fallu ajouter au moins 10 données dans chaque groupe pour obtenir
une puissance statistique permettant de faire une distinction entre les trois lignes
de régression.
La variable dépendante du Modèle linéaire généralisé était log10 DPPH, tandis
que log10 PIB/habitant était la covariante. La période était un facteur fixe. Le but
de la transformation logarithmique était d’homogénéiser les variances et de nor-
maliser les résidus afin de s’aligner sur les hypothèses du modèle et d’éviter les
inférences statistiques biaisées (Rutherford, 2001). L’interaction entre le facteur
temps et la covariante a été interprétée afin d’évaluer l’homogénéité ou l’égalité
des lignes de régression. Si ces dernières n’étaient pas homogènes, on pouvait
conclure que le temps avait un effet modérateur sur l’intensité ou le sens de la
relation entre la dépense publique et le PIB.
Albassam Dépense publique et croissance économique 913

Nous avons considéré qu’il y avait déviation des lignes de régression par rap-
port à l’homogénéité (c’est-à-dire, inégalité des coefficients) si la valeur p du test
de Fischer était inférieure à 0,05. Toutefois, la signification statistique n’est pas
le seul critère que nous avons utilisé pour interpréter les résultats obtenus avec
les Modèles linéaires généralisés. L’interaction a été considérée comme ayant
une signification réelle (ce qui impliquait que le facteur temps était important
dans le cadre de cette étude) si l’ampleur de son effet était supérieure à 20 %
environ (c’est-à-dire que η2 ≥ 0.2) (Rutherford, 2001). Cette interprétation de
l’ampleur de l’effet signifiait que l’interaction expliquait au moins 20 % de la
variance des données. Le tableau 6 présente un résumé des résultats de l’analyse
effectuée avec les Modèles linéaires généralisés pour chacun des 15 pays inclus
dans l’étude.

Tableau 6. Résumé des résultats des Modèles linéaires généralisés pour les pays de
la région MENA, 1990 à 2019.

Pays Coefficient de régression brut (ββ) Test d’homogénéité des coefficients de


régression

1990-1999 2000-2009 2010-2019 F Valeur p* Ampleur


des effets
Algérie +1,434 +1,409 +1,088 00,218 0,805 0,018
Arabie saoudite +0,268 +0,250 +1,793 05,940 0,008 0,331
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Bahreïn +1,075 -0,103 +1,622 08,170 0,002 0,405
Djibouti +2,325 +1,931 +1,128 04,350 0,042 0,218
Émirats arabes unis -0,268 +0,250 +1,793 05,940 0,008 0,331
Iran +1,116 +1,409 +2,418 00,407 0,407 0,072
Jordanie -0,088 +1,136 -0,408 08,220 0,002 0,407
Koweït -0,316 +1,136 -0,408 00,710 0,500 0056
Liban +0,330 +0,631 +1,276 00,620 0,544 0,049
Libye +0,355 +0,811 +0,286 00,570 0,571 0,046
Maroc +0,039 +0,380 +0,198 26,500 >0,001* 0,689
Oman +0,653 +0,569 +0,604 10,060 0,004 0,296
Qatar +1,053 +1,217 +1,040 01,250 0,304 0,094
Tunisie +0,694 +0,986 +1,594 09,460 0,001 0,441
Yémen +1,858 +1,930 +2,570 01,640 0,215 0,120
* Homogénéité des coefficients de régression (significatif si p < 0,05).

De nombreux résultats peuvent être tirés de l’analyse qui précède pour mieux
comprendre la relation existant entre la croissance économique et la dépense
publique dans la région MENA. En général, un lien significatif entre dépense
publique et croissance économique dénote une forte probabilité que l’économie
concernée soit, à l’instant considéré, en phase avec la théorie keynésienne. Au
contraire, lorsque le lien entre la dépense publique et la croissance économique
n’est pas significatif, il y a une forte probabilité que l’économie concernée soit, à
l’instant considéré, en phase avec la loi de Wagner.
914 Revue Internationale des Sciences Administratives 88 (4)

Il ressort des résultats de l’analyse que le lien entre croissance économique et


dépense publique est significatif pour l’ensemble des pays. Les résultats montrent
qu’il existe un lien significatif entre la dépense publique et la croissance écono-
mique et que le facteur temps a un effet réel, en Arabie saoudite, à Bahreïn, à
Djibouti, aux Émirats arabes unis, en Jordanie, au Maroc, à Oman et en Tunisie.
Au contraire, ce lien est non significatif dans le reste des pays étudiés (Algérie,
Iran, Koweït, Liban, Libye, Qatar et Yémen).
Les résultats de l’analyse nous permettent également de répartir les pays
en trois groupes afin de mieux comprendre la relation existant entre dépense
publique et croissance économique. Dans le premier groupe (Algérie, Djibouti,
Iran, Liban, Oman, Qatar, Tunisie et Yémen), les résultats de l’analyse des données
montrent que l’économie est dirigée par la dépense publique. Toutefois, dans ce
groupe le lien entre croissance économique et dépense publique n’est significa-
tif que pour Djibouti, Oman et la Tunisie. De plus, tous ces pays possèdent un
niveau élevé de développement, sauf le Yémen dont le niveau de développement
humain est très faible. En ce qui concerne le niveau de diversité des importations
et exportations (complexité économique), l’Algérie, l’Iran, Oman, la Tunisie et le
Yémen ont des résultats négatifs, alors que le Liban et le Qatar ont des résultats
positifs mais faibles. En outre, en Algérie, à Djibouti, à Oman et en Tunisie, 20 %
de la dépense publique exprimée en pourcentage du PIB est représentée par les
dépenses courantes en 2019 (voir tableau 1).
Dans les pays du deuxième groupe (Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes
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unis, Jordanie, Koweït et Maroc), le lien entre dépense publique et croissance
économique est très variable entre 1990 et 2019. Par exemple, pendant la
période de 1990 à 1999, nous avons constaté que la dépense publique avait un
impact significatif mais faible sur la croissance économique (il était non significa-
tif pour le Koweït uniquement). Il est possible que le niveau très bas du prix du
pétrole (8 $ le baril en 1998) explique ce faible impact. De plus, en examinant
la répartition de la dépense publique dans ces pays (voir tableau 1), on constate
que les dépenses augmentent lorsque le prix du pétrole monte, particulière-
ment les dépenses courantes (voir figure 1 sur [Link]
suppl/). En outre, en 2018, la part des dépenses courantes en pourcentage du
PIB tourne autour de 20 % pour tous les pays du groupe, sauf le Koweït (52 %).
En conséquence, en examinant l’évolution de la dépense de l’État (c’est-à-dire les
dépenses de consommation finale des administrations publiques en pourcentage
du PIB), nous constatons que les dépenses courantes augmentent lorsque la rente
issue des ressources naturelles est faible, et vice versa. Le deuxième groupe de
pays présente également un indicateur de complexité économique (ICE) élevé
en 2019 (voir tableau 1). Enfin, la Libye est le seul pays étudié qui présente un
lien non significatif entre la dépense publique et la croissance économique entre
1990 et 2019.

Résultats de l’étude
L’un des résultats les plus marquants de l’analyse quantitative et qualitative est
l’absence de stratégie claire, dans les pays de la région MENA et particulièrement
dans les pays pétroliers, pour mettre en place une politique de finances publiques
Albassam Dépense publique et croissance économique 915

visant à améliorer l’efficience de la dépense publique, qui est un point clef de


la croissance économique (voir figure 1). Bien que de nombreux autres facteurs
contribuent à la croissance économique, l’augmentation de la dépense publique
semble être le principal recours chaque fois qu’une crise économique frappe les
pays de la région MENA. Ces derniers ne se sont toujours pas préoccupés de leur
croissance économique à long terme ni n’ont cherché à réduire leur dépendance
aux ressources naturelles, qui représentent toujours leur principale source de reve-
nus. En d’autres termes, les plans mis en œuvre en vue de diversifier l’économie
et de favoriser une croissance économique durable doivent encore montrer leurs
effets positifs.
Il ressort également de l’analyse qu’aucune politique budgétaire précise n’est
appliquée de manière constante pour gérer l’économie. Dans la plupart des cas,
les gouvernements réagissent plus qu’ils n’agissent lors des crises économiques
(c’est-à-dire qu’aucun plan d’urgence adapté n’est prévu) (Agnella et Sousa,
2016 ; Arjomand et al., 2016). Sauf dans les pays qui ont souffert de l’instabilité
politique ou de la guerre (Irak, Libye, Syrie et Yémen), nous constatons, d’après
la figure 1, que les taux de croissance économique sont très variables entre 1999
et 2018 et que très souvent (par exemple en Arabie saoudite et aux Émirats
arabes unis), la croissance économique reste, de manière significative, corrélée
positivement avec les prix du pétrole sur le marché international.
De même, de nombreuses études concernant la région MENA (Arjomand
et al., 2016 ; Brun et Compaore, 2019 ; Joharji et Willoughby, 2014 ; Msann et
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Saad, 2020) font ressortir l’absence de planification budgétaire, ce qui affecte la
productivité du secteur public et la mise en œuvre des politiques économiques et
entretient une forte corruption. Les résultats mettent en évidence l’importance,
pour les pays de la région MENA, de disposer du niveau élevé de développement
humain dont bénéficient la plupart d’entre eux (voir tableau 1) et de constituer
grâce à cet atout des systèmes de gestion des connaissances qui permettront de
bâtir une économie du savoir par transfert de connaissances et d’attirer de nou-
velles entreprises du secteur technologique. Nous avons constaté que la dépense
publique ne conduit pas au développement économique, ce qui peut être révé-
lateur de l’inefficience du système de dépenses publiques.

Implications stratégiques et administratives


La relation entre la croissance économique et la dépense publique n’est pas un
mécanisme simple pouvant être directement contrôlé, organisé et amélioré par
les États. Elle est au contraire la manifestation d’une structure naturelle complexe
et dynamique (Higgins, 2013 ; Marek et al., 2020). La relation dynamique entre
la dépense publique et la croissance économique est influencée par les politiques
monétaires et budgétaires (portant par exemple sur la fiscalité, les lois budgé-
taires, les taux d’intérêt, la disponibilité monétaire, etc.), le taux d’inflation, les
caractéristiques du marché du travail, le développement des infrastructures, les
accords commerciaux internationaux, la contribution du secteur privé, la volati-
lité des marchés financiers internationaux et l’économie mondiale (par exemple,
la crise financière internationale de 2008). De plus, d’autres facteurs inattendus
916 Revue Internationale des Sciences Administratives 88 (4)

peuvent être difficiles à prévoir (par exemple, la pandémie de coronavirus de


2020) (De Simone et al., 2019 ; Marek et al., 2020 ; Pierre et Peters, 2019).
Depuis 2012, de nombreux pays de la région MENA ont lancé des plans
stratégiques (tels que Vision 2021 aux Émirats arabes unis ou Vision 2025 en
Jordanie) pour diversifier leur économie en visant une croissance économique de
long terme. Par conséquent, l’amélioration de la productivité du secteur public
et la mise en place d’un système de finances publiques (c’est-à-dire de dépenses
publiques) sont des outils essentiels de ces plans. L’augmentation de la dépense
publique est la technique utilisée par les États de la région depuis des décennies
pour attirer les investisseurs locaux et internationaux, soutenir le secteur privé et
développer les infrastructures. Toutefois, ces plans n’ont pas réussi à instaurer
une croissance économique et un développement durables. De plus, la qualité
des services publics doit encore être améliorée, surtout si l’on tient compte du
fait que la croissance démographique de la région est l’une des plus fortes au
monde (2 %), ce qui provoque des tensions sur les systèmes d’éducation et de
santé (Banque mondiale, 2020).
Les résultats de la présente étude sont conformes à ceux de nombreuses
études précédemment réalisées sur la région (Christopoulos et McAdam 2015 ;
Mohaddes et al., 2018 ; Msann et Saad, 2020), qui ont toutes conclu à l’im-
portance, pour les pays de la région MENA, de disposer d’un plan stratégique
d’organisation et de gestion du système de finances publiques (concernant, par
exemple, le budget, les dépenses publiques et le revenu national) pour tirer le
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meilleur parti des ressources nationales, notamment dans les pays où il n’existe
pas de lien significatif entre la dépense publique et la croissance économique
(Algérie, Djibouti, Iran, Koweït, Liban, Libye, Qatar etYémen). Par conséquent,
donner par exemple la priorité à l’accroissement de la dépense publique sans
contrôler la corruption et disposer d’un système efficient de dépense publique
revient à gaspiller les fonds publics. De plus, les pays de la région MENA affichent
des niveaux très bas pour certains indicateurs tels que la participation des citoyens
aux affaires publiques, la bonne gouvernance et la corruption. Au contraire, le
niveau de développement humain est très élevé dans la plupart de ces pays. L’in-
vestissement dans le capital humain et l’adoption de réformes institutionnelles
encourageant la productivité et la responsabilité du secteur public sont donc des
priorités pour que ces pays parviennent à instaurer une croissance économique
et un développement durables.

Conclusion
Tous les plans stratégiques des pays de la région MENA ont pour objectif la crois-
sance économique. En 2011, pendant le « printemps arabe », les citoyens de
la plupart des pays arabes ont défilé dans les rues pour réclamer de meilleures
conditions de vie et demander des comptes aux autorités. Aujourd’hui, certains
pays de la région ont encore des difficultés à établir un système politique stable
(par exemple, l’Irak, la Syrie et le Yémen), et les autres se trouvent confrontés au
problème du chômage et à la nécessité d’améliorer les conditions de vie de leur
population. De plus, la réponse des pays de la région MENA à la pandémie de
Albassam Dépense publique et croissance économique 917

coronavirus de 2020 est semblable à leur réponse aux autres crises, la plupart
d’entre eux continuant à contracter des emprunts ou à puiser dans leurs réserves
(c’est-à-dire qu’ils augmentent la dépense publique) pour soutenir l’économie et
financer les plans de lutte contre la maladie.
D’après les résultats de cette étude, le recours exclusif à l’accroissement de
la dépense publique pour développer l’économie n’est pas une bonne stratégie
et peut conduire à l’échec, comme ce fut le cas des plans adoptés par les pays
de la région MENA depuis les années 1970. Ainsi, selon la présente étude, le
développement du système budgétaire est l’un des outils les plus importants
pour limiter le gaspillage des fonds publics et mieux affecter les dépenses. De
plus, il serait utile d’intégrer dans les plans économiques des pays de la région
l’amélioration de la qualité des institutions publiques et l’encouragement à la
productivité et à la responsabilité du secteur public, afin atteindre les objectifs des
plans stratégiques (les plans « Vision ») tels que la diversification économique, la
diversification du revenu national et la mise en place d’une économie du savoir.
De futures recherches pourraient porter sur un seul pays. Il serait intéressant,
également, de prendre en compte dans l’analyse d’autres facteurs qui influencent
l’efficience de la dépense publique, comme la bonne gouvernance.

Identifiant ORCID
Bassam Abdullah Albassam [Link]
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Données supplémentaires
Des données supplémentaires peuvent être consultées en ligne à l’adresse sui-
vante : [Link]

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Bassam Abdullah Albassam est professeur associé au département d’administra-


tion publique de l’université du roi Saud, en Arabie saoudite. Il est titulaire d’un doc-
torat en administration publique, centré sur la gouvernance et les finances publiques.
Il a publié des ouvrages, des articles et des critiques de livres sur différents sujets tels
que l’administration publique, les finances publiques et la gouvernance.

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