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Mesurer l'ouverture commerciale et le développement

Le document examine la relation entre l'ouverture commerciale et le développement économique, soulignant les ambiguïtés et les défis dans la mesure de cette ouverture. Il critique la diversité des indicateurs utilisés pour évaluer l'ouverture commerciale, qui peuvent conduire à des conclusions contradictoires sur les politiques de croissance. L'auteur plaide pour une évaluation plus rigoureuse des indicateurs afin de mieux comprendre leur impact sur les performances économiques des pays.

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Mesurer l'ouverture commerciale et le développement

Le document examine la relation entre l'ouverture commerciale et le développement économique, soulignant les ambiguïtés et les défis dans la mesure de cette ouverture. Il critique la diversité des indicateurs utilisés pour évaluer l'ouverture commerciale, qui peuvent conduire à des conclusions contradictoires sur les politiques de croissance. L'auteur plaide pour une évaluation plus rigoureuse des indicateurs afin de mieux comprendre leur impact sur les performances économiques des pays.

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uk
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1

Colloque Ouverture économique et développement,


Tunis, 22-23-24 juin 2000

L'ouverture commerciale est-elle mesurable ?

Jean-Marc Siroën,

CERESA, Université Paris Dauphine

Depuis une dizaine d'années le nombre de travaux empiriques visant à mettre en évidence une
relation entre l'ouverture commerciale et la croissance a considérablement augmenté. Cette
profusion s'explique un double défi, théorique et empirique. D'une part les "nouvelles"
théories du commerce international et de la croissance endogène proposaient de nouveaux
gains à l'échange en terme, notamment, d'économies de dimension et de diffusion
technologique. Mais elles soulignaient aussi les ambiguïtés de l'ouverture sur la convergence
économique. D'autre part, l'analyse factuelle s'interrogeait sur l'hétérogénéité des
performances des économies en développement -"miracle" asiatique, stagnation latino-
américaine, désastre africain-. Les politiques de développement n'avaient-elles pas une
influence déterminante sur les performances économiques des pays ? Les retards constatés
n'étaient-ils pas imputables aux limites des stratégies passées de substitution aux
importations ?

Il s'agit donc d'établir une relation entre le développement et l'ouverture commerciale. De fait,
la quasi-totalité des études conclut bien à l'existence d'une relation positive / 1 . Encore faut-il
que la mesure de ces deux grandeurs ne conduise pas à des résultats ambigus. Les études
empiriques sont-elles réellement en mesure de trancher aujourd'hui un débat aussi vieux que
l'économie sur les "bonnes" politiques de croissance ? Un certain nombre d'auteurs (Pritchett,
1996 ; Rodrik, 1995 ; Rodriguez & Rodrik, 1999) émettent des doutes qui portent moins sur
l'existence et le sens de la relation entre l'ouverture commerciale et le développement mais sur
la robustesse des conclusions empiriques réalisées dans les années 1990. Les flux d'échange
ne sont pas la seule conséquence mécanique des politiques et, en particulier, des politiques
commerciales. Ils dépendent aussi d'une multitude de composantes exogènes comme la taille,
la position géographique, la disponibilité des matières premières, et, plus généralement de
l'hétérogénéité des pays / 2 . Pritchett (1996; p. 309) prend la précaution de séparer les deux
aspects "I define "openess" as simply an economy's trade intensity. Openess thus defined is
not a policy measure at all as trade intensity varies across countries for reasons having

1
On trouvera une synthèse des études empiriques notamment dans Edwards (1994) ou Serranito (1999).

2
D'une certaine manière si l'accroissement de la divergence entre pays implique aussi un accroissement des
écarts de prix relatifs il doit conduire aussi à l'accroissement des flux d'échange.
2
nothing to do with policy". Pour l'auteur, cette définition signifie que la politique d'ouverture
commerciale (outward orientation) ne doit pas être mesurée par un indicateur d'ouverture
commerciale.

Dans la perspective même d'une recherche des sources de la croissance, qu'entend-on alors
par "ouverture commerciale" ? L'exercice a-t-il une portée positive -isoler la composante
"commerce international" dans les sources de la croissance- ou normative -identifier les
"bonnes" réformes à prescrire pour stimuler la croissance et le développement- ? Cherche-t-on
à vérifier que le commerce favorise la croissance par des effets qui sont aujourd'hui bien
isolés dans la littérature économique (avantages comparatifs, économies d'échelle, diffusion
des technologies, etc…) ? Dans ce cas, il convient de "purger" les flux commerciaux
considérés de l'influence des politiques économiques (voir, par exemple, Frankel et Romer,
1999). Cherche-t-on, au contraire, à isoler l'influence des politiques commerciales, variable s
proxies de l'orientation de la politique générale de développement, sur la croissance ? C'est
alors la composante structurelle qui doit être contrôlée afin que l'analyse puisse isoler les seuls
effets des politiques. Les études devraient d'abord identifier leurs effets sur le volume du
commerce avant d'en envisager les conséquences sur la croissance ou sur la productivité des
facteurs (en recourant, éventuellement à une équation réduite ou à un système d'équations
simultanées ; Wacziarg, 1998).

Les indicateurs aujourd'hui proposés dans la littérature sont multiples. Certains d'entre eux,
exigent la constitution d'une base de données importante et servent de "biens publics" aux
études plus récentes / 3 . Baldwin (1989) distingue deux familles de mesure : "t he incidence-
based measure of openness" et "the outcome-based measure of openness". La première est
fondée, notamment, sur le niveau ou la dispersion des tarifs ou sur la fréquence des barrières
non tarifaires. La seconde s'appuie sur l'écart entre un résultat constaté, en termes de prix des
biens ou de flux d'échange, et le résultat prévisible lorsque l'État n'impose aucune barrière au
commerce.

Cette diversité des indicateurs n'aurait pas grande importance si tous décrivaient, même
grossièrement, la même réalité. Or, Pritchett (1996) observe que les indicateurs sont peu
corrélés entre eux et aboutissent à des classements très différents. Selon l'indicateur utilisé,
certains pays, comme par exemple, le Chili, la Corée du Sud (et même Hong Kong ou
Singapour) apparaîtront très ouverts, dans d'autres il laisseront leur place à des pays qui n'ont
pourtant pas fondé leur réputation sur l'ouverture commerciale (par exemple, le Congo, la
Jordanie…, voir notamment Pritchett, 1996 mais également Serranito, 1999, Combes et alii,
2000).

Cette contribution se situe dans ce courant sceptique. Elle s'interroge sur la mesure même de
l'ouverture commerciale et donc sur sa pertinence comme fondement d'une prescription de
politique économique.

Nous détaillerons les types d'indicateurs les plus fréquemment proposés afin d'en cerner les
limites et les améliorations possibles. Pour ne pas reprendre littéralement la classification de
Baldwin, certains sont considérés comme des indicateurs qui visent à isoler le niveau absolu
de l'ouverture commerciale alors que les autres apprécient l'ouverture relativement à un ou des
partenaires commerciaux. Cette distinction n'est pas anodine car les indicateurs relatifs

3
C'est notamment le cas des indices calculés par Leamer (1988), Barro et Lee (1994), Sachs et Warner (1995).
3
apparaissent plus instables par nature. Ils dépendent, en effet, de l'ensemble des politiques
commerciales mises en œuvre. En contrepartie, ils rappellent aussi que les performances
commerciales d'un pays dépendent des politiques commerciales menées dans les autres pays.
Dans tous les cas, ces indicateurs doivent permettre de classer les pays.

Les indicateurs d'ouverture absolue.

Ces indicateurs sont traditionnellement les plus utilisés. Ils visent à évaluer directement le
degré d'ouverture d'une économie au commerce extérieur soit en observant le résultat par un
ratio d'ouverture, soit en évaluant directement les mesures de protection mises en œuvre dans
le pays considéré.

Le ratio d'ouverture.

Bien qu'abondamment utilisé dans la littérature, le rapport (Xi+Mi) /PIBi aisément calculable
pour chaque pays n'est pas recevable comme indicateur d'ouverture commerciale ce qui ne
préjuge en rien de son utilité comme indicateur d'exposition (ou de dépendance) au commerce
extérieur.

Ce ratio est d'abord contestable d'un simple point de vue comptable puisque le numérateur
quantifie une production et le dénominateur une valeur ajoutée. Un biais est donc introduit en
faveur des pays à faible ratio valeur joutée des exportations sur valeur ajoutée des
importations et donc des pays qui importent des biens intermédiaires ou des produits semi-
finis qui seront incorporés dans les exportations. A fortiori, le ratio favorise les pays grands
réexportateurs dont le simple ratio Xi / PIB dépasse parfois 100 % (Hong Kong, Singapour).
A ce biais statistique s'ajoute un biais politique : un pays importateur de biens intermédiaires
élaborés et exportateur de produits finals ou quasi-finals est moins prédisposé au
protectionnisme que les pays importateurs de biens finals. Cette structure économique, qui
tend à gonfler les ratios de commerce extérieur n'est pas nécessairement spontanée et peut être
la conséquence de distorsions introduites par la politique industrielle et commerciale : sur-
taxation des produits finals importés, encouragement aux exportations de biens finals, etc.
D'une certaine manière, elle est donc compatible avec le maintien d'une politique de
substitution aux importations dans les secteurs producteurs de biens finals.

Un ratio élevé peut aussi être la conséquence de politiques peu libérales mais qui agissent en
sens contraire. Un pays qui, par exemple, restreint ses importations et encourage ses
exportations apparaîtra, à ratio similaire, aussi ouvert qu'un pays qui pratique une politique
commerciale plus neutre / 4 . Comme nous le verrons plus en détail, des politiques
commerciales actives et distorsives peuvent également, dans certains cas, conduire à accroître
ce ratio.

Mais la critique principale et rédhibitoire de la mesure d'ouverture par un ratio d'intensité du


commerce international tient au fait que, comme le remarque, parmi d'autres, Pritchett dans la
phrase citée en introduction, il dépend d'une multitude de variables qui sont indépendantes des
politiques commerciales comme la taille, la configuration géographique, les dotations en
ressources (voir ci-dessous ). On sait, par exemple, que les pays les plus grands sont en général

4
Ce biais est aggravé si on pose comme ratio d'ouverture exportations/PIB. Voir le point de vue différent de
Guillaumont (2000).
4
"moins ouverts" (en réalité moins dépendants du commerce extérieur) et que les pays
détenteurs de ressources naturelles abondantes le sont relativement davantage.

Enfin, la question du free rider est rarement posée. Un pays qui s'ouvre unilatéralement
provoque mécaniquement une augmentation des flux d'échange d'au moins un pays partenaire.
L'ouverture de ce pays n'a aucune raison de profiter également à tous et certains pays
"chanceux" peuvent assurer la contrepartie commerciale de pays relativement plus ouverts.
Restant eux-mêmes fermés, ils peuvent néanmoins apparaître comme des pays plus ouverts du
seul fait de la politique commerciale libérale de leurs partenaires et des externalités induites.

La mesure directe.

A priori, la méthode qui consiste à saisir directement les mesures restrictives de politique
commerciale paraît mieux cibler l'objet des études. Tel est, par exemple, le cas de Barro et
Lee (1994) qui utilisent les données de la CNUCED pour les barrières tarifaires (tarifs
moyens) et non tarifaires (pourcentage des importations ).

Néanmoins, les mesures directes n'apparaissent pas toujours comme les indicateurs les plus
significatifs pour expliquer le volume des échanges d'un pays (Serranito, 1999). Les relevés
posent, en effet, un certain nombre de problèmes d'interprétation.

En ce qui concerne les tarifs, la moyenne proposée n'est pas, en général, pondérée par les
parts de commerce. L'indicateur favorise donc les pays qui imposent le plus fortement les
quelques produits qu'ils importent en grande quantité et fait apparaître comme plus fermés les
pays qui maintiennent une protection forte sur des secteurs marginaux.

Pour éviter les conséquences de cette non pondération, d'autres études retiennent la part des
recettes tarifaires dans le PNB (ou dans les importations ). Edwards (1992), notamment, prend
en compte le ratio des droits de douane et des subventions à l'exportation sur le volume total
du commerce. Mais il s'agit encore d'un mauvais indicateur du degré d'ouverture puisqu'un
pays complètement fermé et ne percevant donc aucune recette, apparaîtra comme
parfaitement ouvert sur ce critère. A contrario, les pays indiqués comme les plus fermés
seront ceux qui maximisent leurs recettes fiscales (avec des importations peu élastiques aux
prix intérieurs) sans, pour autant, mener nécessairement une politique commerciale fermée /5 .

Le risque que certains pays compensent la baisse de leurs barrières tarifaires par le
durcissement des barrières non tarifaires (accords d'autolimitation, quotas, licences
d'importation, etc.) implique que ces dernières entrent dans l'appréciation directe de la
politique commerciale. Pourtant, dans les régressions qui visent à expliquer les flux
d'échange, les BNT donnent des résultats fréquemment décevants : signe inattendu,
coefficient faible et peu significatif (Pritchett, 1996). Même si des bases de données sont
disponibles (notamment celles de la CNUCED), l'évaluation pose les problèmes connus de
transparence, de disponibilité et d'interprétation des statistiques. Généralement, c'est la part
des importations couvertes par des BNT qui est prise en compte. On retrouve alors la même
difficulté que pour les tarifs : plus les BNT sont restrictives, plus le volume de commerce
concerné est faible et plus le pays risque d'apparaître ouvert est élevé. La difficulté est
aggravée par l'impossibilité de quantifier l'intensité de la protection et de raisonner en termes

5
Pritchett et Sethi, (1994) vérifient ainsi que la relation entre les tarifs et les recettes douanière n'est pas linéaire
alors que Wacziarg (1998) établit une corrélation considérée comme satisfaisante.
5
binaires -protégé ou non protégé-. Un pays qui impose des obstacles peu, voire non,
contraignants comme, par exemple, un quota non saturé, apparaîtra moins ouvert qu'un pays
aux barrières plus restrictives. Les BNT peuvent, en effet, avoir une fonction implicite de
clause de sauvegarde permanente et potentielle, mais rarement activée, dans des secteurs qui
représentent néanmoins une part importante des importations …

Sachs et Werner (1995) utilisent une variable muette qui marque d'année en année le caractère
peu ouvert d'un pays si un critère au moins parmi 5 est respecté. Dans une perspective
temporelle, ils prennent également en compte l'année d'ouverture. Le caractère binaire de cet
indicateur empêche évidemment de rendre compte des différences d'"intensité" dans la
protection / 6 .

La méthode directe doit-elle, enfin, se limiter aux seuls instruments référencés de la politique
commerciale ou considérer l'ensemble des politiques susceptible d'affecter plus indirectement
le commerce extérieur? Il est, en effet, très difficile de dissocier l'ouverture extérieure de la
politique économique intérieure qui peut, parfois, conduire à des résultats "équivalents"
(Bhagwati et Srinivasan, 1969). La théorie justifie certes de considérer l'ensemble des
distorsions causées par les interventions publiques, mais les instruments sont trop nombreux,
souvent opaques et rarement quantifiables.

Les évaluations qualitatives et subjectives.

Des méthodes alternatives peuvent être fondées sur une appréciation subjective du degré
d'ouverture : (Choksi & alii, 1991; World Bank, 1987). Certaines organisations publient un
indice synthétique qui est la somme des scores obtenus, par exemple l'indice EMAI
(Emerging Market Access Index /7 ) pour 44 pays émergents et construit à partir de 16 critères
d'ouverture commerciale. L'indice de liberté économique de l' Heritage Foundation / 8 concerne
161 pays et considère la politique commerciale (notée se 1 pour les pays ouverts à 5 pour les
plus répressifs) comme un des dix critères pris en compte. Les résultats sont sensibles aux
critères adoptés. Ainsi, la corrélation entre les indicateurs de l'EMAI et de l'Heritage
Foundation sont médiocres (R² = 0,35 avec l'indice de la politique commerciale et R² = 0,39
avec la liberté économique) avec des classements différents pour des pays comme, par
exemple, l'Argentine, la Turquie ou même des pays où les différences sont moins
compréhensibles comme la Birmanie / 9 .

6
Rodriguez et Rodrik (1999) montrent que deux critères sur 5 agissent significativement sur la croissance : le
monopole d'Etat sur les principales exportations et la prime sur le marché noir qui ne marquent que très
indirectement la politique commerciale.

7
Publié par la Tuck School of Business, Darmouth, New Hampshire, accessible sur
[Link]/tuck/news/media/
8
[Link]/. Cet indice est un des neuf indicateurs utilisé par Edwards (1998).

9
Le R² dans la relation entre l'indicateur de liberté économique (hors politique commerciale) et la politique
commerciale de l'Heritage Foundation n'est que de 0,485 ce qui nuance fortement l'affirmation de Sachs &
Werner (1995) qui considèrent que l'indicateur d'ouverture est une sorte de variable proxy de la politique
économique : "open trade has tended to be correlated with other features of a healthy economy, such as
macroeconomic balance and reliance on the private sector as the main engine of growth. To some extent,
opening the economy has helped to promote governmental responsibility in other areas. To that extent, trade
policy should be viewed as the primary instrument of reform" (p. 63). Si Warcziarg trouve un lien entre la
politique commerciale et les distorsions (prime sur le marché noir) celle ci est statistiquement peu significative.
6

Les méthodes d'ouverture relative.

Ces méthodes visent à apprécier l'ouverture d'un pays par rapport à une "norme" construite ou
constatée dans un pays ou une zone de référence. L'écart entre la valeur constatée dans un
pays et cette norme révèlerait le degré d'ouverture du pays. Les premiers indicateurs
apprécient l'ensemble des distorsions que les interventions publiques sont censées introduire.
Les seconds cherchent à quantifier l'influence de ces politiques sur les seuls flux
commerciaux.

Les indices de distorsion.

Les indicateurs précédents supposent que l'ouverture et l'accroissement des échanges vont
nécessairement main dans la main. Ce qui est plausible pour les tarifs et les barrières non
tarifaires (avec les réserves que nous avons mentionnées) ne l'est pas nécessairement pour
d'autres instruments de politique commerciale ou de politique industrielle. Ainsi, une
subvention à la production d'un bien exportable et financée par une taxe à la consommation
conduit à augmenter le commerce en agissant à la fois sur l'offre de biens exportables (qui
augmente) et sur la demande (qui diminue). Inversement, un retrait de ces mesures restrictives
conduirait à une rétraction du commerce extérieur. Dans ce cas, une plus grande ouverture ne
conduit donc pas à une augmentation des flux d'échange mais à une réduction! Or, le rôle de
ces politiques est sans doute loin d'être négligeable dès lors que la notion de subvention est
entendue au sens large et inclut toute mesure fiscale ou réglementaire qui conduit à modifier
le prix relatif des biens échangeables.

Puisque les distorsions sont censées se porter sur les prix, un certain nombre d'études tentent
d'apprécier le degré d'ouverture par une mesure de la distorsion. Cette démarche se heurte à
deux réserves préalables. La première est qu'il apparaît très difficile d'attribuer les différences
entre les prix mondiaux et les prix intérieurs aux seules distorsions introduites par les
politiques et de limiter celles-ci aux seules opérations de commerce extérieur. Les coûts de
transport, les désajustements de taux de change, les différences d'élasticité-prix et d'élasticité-
revenu et les comportements stratégiques des firmes (discrimination des prix) sont également
candidats à l'explication. La seconde réserve tient au fait que les distorsions considérées
concernent les différences entre des prix intérieurs et des prix étrangers alors qu'elles
impliquent aussi une modification des prix relatifs internes entre, notamment entre les biens
échangeables et les biens non changeables (avec une possible remontée sur le prix relatif des
facteurs).

Compte tenu de ces restrictions, l'instrument le plus sophistiqué est sans doute celui de
Anderson & Neary (1999) qui proposent un Mercantilist Trade Restrictiveness Index (MTRI),
défini comme le déflateur uniforme qui, appliqué aux prix des biens échangés calculés sans
distorsion, conduirait au même volume de commerce que dans la situation avec distorsions / 10 .
Cette méthode rigoureuse, mais complexe, ne résout pas la question fondamentale de la
signification des écarts de prix.

Mais il confirme l'existence d'un lien avec la qualité de la politique macroéconomique. Pritchett (1996) relève
que certains pays où la distorsion sur les prix est faible sont, en réalité peu ouverts, voire parmi les plus fermés
(Népal, Colombie).
10
Voir également Anderson & Neary (1994).
7
Dollar (1992) quantifie la distorsion à partir de l'écart entre un prix mondial (en fait, l'indice
des prix à la consommation des Etats-Unis -Pus- converti en monnaie locale au taux de change
ei ) et le prix intérieur (Pi) / 11 compte tenu d'une correction qui tient compte des biens non
échangeables qui figurent dans l'indice des prix / 12 . Ces évaluations ne chiffrent donc les
distorsions relatives que par rapport au pays de référence. Une politique commerciale
restrictive conduirait à des prix plus élevés en moyenne ce qui revient à considérer que le taux
de change ne remplit pas sa fonction d'égalisation des pouvoirs d'achat et donc que le taux de
change est surévalué. En effet (Rodriguez et Rodrik, 1999) dans ce cas, pour le pays i :

Pi > e i Pus

et l'égalisation devrait être obtenue pour un taux de change déprécié (ei plus élevé) jusqu'à
neutraliser, en quelque sorte, l'effet de la politique commerciale.

Rodriguez et Rodrik (1999) posent le problème de la compensation de distorsions : par


exemple une taxe à l'exportation qui se substituerait à une taxe sur les importations abaisserait
le prix relatif intérieur des exportables et, à niveau de distorsion équivalent (théorème de
symétrie de Lerner) ferait apparaître, cette fois, des prix intérieurs plus bas et donc une sous-
évaluation apparente de la monnaie ( Pi < e i PUS )…

Au final, comme le rappellent Rodriguez et Rodrik (1999) la distorsion n'est une mesure
acceptable des restrictions commerciales que si les conditions suivantes sont réunies : pas de
taxes à l'exportation ou de subventions, application continue de la loi du prix unique, absence
de différences systématiques dues au coût de transport ou aux facteurs géographiques. On
peut ajouter l'absence de stratégie de discrimination des firmes et un niveau de qualité des
produits équivalent.

Certes, la surévaluation d'une monnaie est fréquemment associée à une forte protection des
importations mais elle peut être causée par d'autres facteurs, notamment des facteurs
financiers ou des effets de type dutch disease. Inversement la sous évaluation d'une monnaie
peut difficilement être interprétée comme un signe d'ouverture libérale si elle repose sur une
stratégie, active ou passive, de dumping monétaire qui aurait pour fonction d'encourager des
exportations peu compétitives. Même dans un monde où les taux de change seraient
maîtrisables par les gouvernements, l'interprétation de l'écart serait donc délicate. Mais dans le
Monde réel où les déterminants financiers apparaissent prépondérants, les écarts de taux de
change peuvent sans doute contribuer à expliquer les flux d'échange, mais non à identifier le
sens des politiques commerciales.

Une méthode alternative (notamment Harrison, 1991; Levine et Renelt, 1992; Sachs et
Warner, 1995) pour apprécier la distorsion est d'utiliser la prime sur le marché noir ou black
market premium (BMP) moins souvent, comme mesure de la distorsion des taux de change
que comme variable proxy de l'ensemble des distorsions introduites par le gouvernement

11
Ces études font généralement appel à la base de données de Heston et Summers (1991) accessible sur le site du
NBER.
12
Il s'agit de corriger l'effet Balassa. Les méthodes utilisées ne sont pas discutées dans ce papier.
8
(Barro, 1995) / 13 . Néanmoins, si les exportateurs, détenteurs de devises, ont accès au marché
noir la prime est neutre puisque les prix des importations financées par des devises acquises
au marché noir devraient augmenter dans les mêmes proportions que des prix à l'exportation
qui intégreent alors la prime de change (Rodriguez et Rodrik, 1999). On peut même
considérer que si toutes les transactions se règlent par des devises échangées au marché noir,
celui-ci devient un marché des changes à peu près normal qui permet, justement de réduire,
voire de neutraliser, les effets des restrictions introduites par l'Etat. Bhalla (1994) a même
considéré que cette prime pouvait être considérée comme un indicateur de liberté
économique. L'interprétation que l'on peut donner de cette prime est donc loin d'être claire.

L'évaluation de l'ouverture par les résidus.

Comme nous l'avons vu, les taux d'ouverture ne peuvent prétendre refléter le degré
d'ouverture d'une économie et l'orientation de sa politique commerciale. Chenery & Syrquin
(1989) et Guillaumont (1994 ; 2000), notamment, ont proposé de contrôler les flux d'échange
par des variables structurelles indépendantes de la politique commerciale. L'écart entre le
volume constaté du commerce et celui prévu à partir du modèle de référence devient alors
l'indicateur d'ouverture. Si ce résidu, est positif (commerce constaté > commerce prévu) le
pays est considéré comme ouvert / 14 et inversement. Cet indicateur est donc incontestablement
meilleur que le simple taux d'ouverture puisqu'il élimine certains des facteurs explicatifs de
l'échange autres que ceux qui relèvent de la politique commerciale.

L'indicateur d'ouverture est alors un indicateur relatif : un pays n'est ouvert (ou fermé) que
relativement à ce qui peut être observé dans l'ensemble des pays pris ensembles / 15 . On peut
admettre que les travaux empiriques qui utilisent cette méthode ne puissent prétendre conclure
que sur l'avantage (ou l'inconvénient) de s'ouvrir davantage (ou moins) que les autres. Ils ne
diront rien sur une relation monotone entre le degré absolu d'ouverture et le taux de croissance
et, a fortiori, ne permettront pas non plus d'établir le degré d'ouverture "optimal".

Bien entendu, il est toujours risqué de considérer que d'une part, le résidu n'est pas aléatoire et
qu'il s'explique uniquement par une variable désignée qui n'aurait pu être quantifiée (à la
manière de résidu de Solow pour apprécier le progrès technique. ). De plus, la présence d'un
résidu peut s'expliquer par une multitude de données non aléatoires autres que les strictes
variables structurelles prises en compte. Comme l'écrit Leamer (1988, p. 189) : "It seems
highly unlikely that these large residuals should be attributed completely to trade barriers".
L'ensemble des facteurs non structurels devrait donc être correctement pris en compte comme
des variables régionales (Soloaga I. & A. Winters, 1999; Serranito, 1999), macroéconomiques
(Rodriguez & Rodrik, 1999; Frankel et Romer, 1999), de politique industrielle (Rodrik, 1995)
et, pourquoi pas, des variables culturelles ou institutionnelles (Srinivasan, 1997; Edwards,
1998). Il est vrai qu'accroître le nombre de déterminants sans doute plus ou moins dépendants,

13
Lee (1993) considère néanmoins que la prime de change acquittée par les importateurs agit comme un droit de
douane.

14
Frankel et Romer (1999) inversent cette problématique en "purgeant" l'équation du résidu et en étudiant la
relation entre le revenu et la seule partie du commerce expliquée par des facteurs géographiques. Ils renoncent
ainsi à expliquer directement les effets spécifiques des politiques sur la croissance.

15
Il convient évidemment d'exclure le pays dont on calcule l'ouverture de l'échantillon ce qui, d'après les calculs
de Pritchett (1996) modifie peu le classement des pays. Sur ce point voir l'illustration résumée dans le tableau 1.
9
en dehors même des problèmes économétriques qui pourraient apparaître, pose rapidement la
question assez philosophique de la signification même de l'indicateur d'ouverture / 16 . Jusqu'où
est-il, par exemple, légitime de séparer la politique macroéconomique de la politique
commerciale ?

Il n'existe d'ailleurs pas de consensus sur les variables structurelles qui devraient expliquer
l'échange. Certains insistent sur des variables de dimension : PIB, revenu par tête, taille
physique (surface) ou démographique (population). La vogue des modèles gravitaires a
généralisé l'inclusion de variables géographiques comme le degré d'isolement du pays
(distance avec les autres pays, frontières communes, île, etc.).

Mais ces modèles ne font pas de référence explicite à la théorie économique. D'autres sont
ancrés sur la théorie du commerce international en intégrant, par exemple, des variables de
dotations factorielles (Leamer / 17 , 1988). Toutes les méthodes ne sont pas équivalentes. Ainsi
Pritchett (1996) a constaté une très faible corrélation entre les résultats obtenus à partir d'un
modèle structurel du premier type et ceux obtenus à partir d'un modèle factoriel à la Leamer.

Mais, plus fondamentalement, quelle définition opérationnelle donner aux variables


structurelles ? En théorie, il devrait s'agir de données, quantitatives ou qualitatives qui
déterminent les flux d'échange indépendamment des politiques mises en œuvre. Or cette
définition ne peut être respectée puisque, par nécessité, le modèle est estimé à partir d'un
échantillon de pays où de telles politiques sont effectivement mises en œuvre. A fortiori, il
n'existe pas un échantillon suffisant de pays totalement ouverts (ou totalement fermés) pour
définir l'équation structurelle. Finalement, les paramètres estimés ne se fixent pas
indépendamment des politiques mises en œuvre et ne peuvent donc pas être structurels au
sens strict. Ils seront sensibles à la configuration générale.

Pour illustrer ces difficultés, prenons un échantillon de N pays (N=40) qui mènent des
politiques commerciales restrictives (mais non prohibitives) caractérisées par des variables
explicatives (par exemple, taille et revenu par tête) qui prennent des valeurs très contrastées.
On suppose, dans un premier temps que les politiques commerciales exercent des effets
parfaitement symétriques sur le taux d'ouverture.

Pour illustrer cette situation, nous avons pris un échantillon imaginaire représenté par un
modèle parfaitement spécifié et sans résidus de type :

y = 5,5 - 1,[Link] x1 + [Link] x2 (cf. ligne 1 du tableau 1)

Avec, par exemple, y = (X+M)/PIB, x1 = population et x2 = PIB par tête.

Les pays sont alors classés ex æquo en termes de degré d'ouverture : ils sont uniformément
"ouverts" (ou fermés).

16
Comme l'écrit Rodrik (1995, p. 2941) : "Openess in the sense of lack of trade restrictions is often confused
with macroeconomics aspects of the policy regime".
17
L'indice d'ouverture de Leamer est la somme des écarts entre la valeur prévue et la valeur réalisée des
exportations nettes pour les différents biens (182 biens au niveau 3 de la SITC). L'indice de Leamer peut être
transformé comme un indice de distorsion si l'agrégation porte sur la valeur absolue des écarts car alors les "sur-
ouvertures" ne compensant plus les "sous ouvertures".
10
On suppose ensuite qu'un pays se libéralise unilatéralement ce qui a pour effet d'augmenter
son taux d'ouverture (qui, par exemple, passe de 36% à 50%). Les lignes 1 et 2 sont relatives à
une situation où cette politique n'affecte pas le taux d'ouverture des autres pays. Lorsqu'un
seul pays modifie sa politique commerciale, le modèle n'est évidemment pas modifié si ce
pays est exclus de l'échantillon (ligne 2). Si le pays est maintenu dans l'échantillon, les
paramètres "structurels" sont modifiés et les résidus des autres pays se hiérarchisent (d'autant
plus, d'ailleurs, que l'ajustement est supporté par la constante). Certains pays (11 en
l'occurrence) se rangent parmi les pays ouverts grâce à un résidu qui devient positif (ligne 3)
/18 sans que pour autant leur politique commerciale soit différente (celle-ci s'est même durcie
relativement du fait de l'ouverture du pays i) !

Supposons ensuite qu'un deuxième pays j bénéficie seul de l'ouverture de i et voit


mécaniquement son taux augmenter (arbitrairement de 27% à 40 % dans l'exemple). On voit
(lignes 4-5-6) que selon les méthodes d'exclusion adoptées, les valeurs des coefficients et de
la constante sont modifiées ce qui, dans tous les cas, conduit à hiérarchiser artificiellement les
pays et parfois (notamment lorsque la valeur de la constante est sensiblement modifiée) à faire
apparaître certains pays comme relativement ouverts (alors qu'ils sont de fait relativement
plus fermés). On voit en même temps, en comparant la ligne 4 et la ligne 5 la très forte
sensibilité des résultats au pays que l'on exclut dans l'échantillon pour évaluer son taux
d'ouverture.

Tableau 1

Exemple d'instabilité du modèle structurel (la régression utilise la méthode des MCO).

Scénario Modèle estimé Nombre de pays


ouverts (résidus
positifs)
1 Modèle structurel parfait (absence de y = 5,5 - 1,5 Log + 15Log x2 0
résidus)
2 1 pays i augmente son taux d'ouverture y = 5,5 - 1,5 Log + 15Log x2 1
(i exclus de l'échantillon).
3 1 pays i augmente son taux d'ouverture y= -1,54 - 1,[Link] x1 + 15,[Link] x2 1 + 11
(i non exclus de l'échantillon).
4 2 pays i et j augmentent leur taux y= -4,96 - 1,[Link] x1 + 14,92Log x2 1
d'ouverture (i exclus).
5 2 pays i et j augmentent leur taux y= -1,54 - 1,[Link] x1 + 15,11Log x2 1 + 11
d'ouverture (j exclus).
6 2 pays i et j augmentent leur taux y = -1,54 - 1,79 Log x1 +15,03. Log x2 2+5
d'ouverture (i et j non exclus).

Cet exemple "imaginaire" (mais plausible) montre que dans cette méthode "naïve" des
résidus :

- Les paramètres dits structurels (y compris l'élément constant) intègrent les effets des
politiques commerciales. Il est donc impossible d'établir une "vraie" équation structurelle.

18
Bien entendu, la somme des résidus est nulle.
11
- Le résidu ne permet pas de classer rigoureusement les pays.

- La méthode ne permet pas de trancher entre les ouvertures actives dues à une
libéralisation commerciale et les ouvertures passives de pays qui bénéficieraient de
l'ouverture des autres sans avoir eux-mêmes à libéraliser leur commerce extérieur. Elle
n'élimine donc pas le problème du free-rider précédemment posé.

Néanmoins, des améliorations peuvent être apportées à la méthode en procédant en deux


étapes : la première consiste à estimer une équation de commerce la plus explicative possible
et prenant en compte non seulement des variables structurelles mais également des indicateurs
de politique commerciale. A la deuxième étape, il est alors possible, comme Wacziarg (1998)
de retenir les coefficients pour pondérer une moyenne des indicateurs retenus / 19 . A la manière
de Lee (1993) pour les distorsions, il serait encore plus simple d'établir une norme plus fiable
que celle obtenue par la méthode des résidus en posant dans l'équation précédemment estimée
que les variables de politiques commerciales (éventuellement de distorsion) prennent une
valeur nulle ce qui permettrait de calculer un niveau d'ouverture de "libre-échange" au sens
large et de le comparer avec les valeurs réelles. Certes, ces méthodes n'éliminent pas les
problèmes posés par chacune des évaluations directes, mais faute d'indicateur idéal, elles
devraient être en mesure d'améliorer la fiabilité des mesures d'ouverture.

Conclusion

Cette perplexité devant les indicateurs usuels ou améliorés a incité certains auteurs à
synthétiser, parfois, ou à mettre en concurrence, d'autres fois, des indicateurs de nature
différente (notamment Harrison, 1996; Pritchett, 1996; Wacziarg, 1999; Serranito, 1999).
Cette méthode éclectique, assez ad hoc sur le fond, ne conduit pas nécessairement à une
amélioration sensible de la qualité de la régression (Serranito, 1999). Edwards (1998) propose
aux économistes de se détacher de la discussion sur les indices et de se concentrer plutôt sur
leur robustesse économétrique et il propose lui-même une régression de la productivité totale
des facteurs sur 9 indicateurs d'ouverture / 20 .

Ce choix méthodologique revient, en fait, à contester non pas la pertinence du concept même
d'ouverture économique mais son unicité. La faible corrélation qui apparaît entre les différents
indicateurs (Pritchett, 1996) confirme aussi qu'ils reflètent des réalités différentes même si
tous peuvent légitimement revendiquer une certaine représentation du concept.

Certaines méthodes apparaissent meilleures que d'autres. Notre sympathie va ainsi vers une
amélioration des méthodes d'équations structurelles dont la signification pourrait être
renforcée en renonçant à présenter le résidu comme un indicateur acceptable du degré
d'ouverture. L'amélioration visera à séparer ce qui appartient à l'"héritage" et ce qui relève des
politiques qui n'ont d'ailleurs pas pour exigence de se limiter aux politiques commerciales.
Elle n'interdit pas, et même nécessite, une amélioration des autres indicateurs proposés et,
notamment, des évaluations directes.

19
Wacziarg retient trois indicateurs relatifs aux tarifs, aux BNT, à la variable de Sachs et Warner.

20
Dont certains comme la variable OPEN de Sachs et Warner est lui-même une synthèse de plusieurs
indicateurs. Les méthodes économétriques d'Edwards sont critiquées par Rodriguez et Rodrik (1999).
12
Il est vraisemblable que la relation entre l'ouverture et la croissance de long terme transite par
les distorsions. Mais l'influence de celles-ci sur les flux d'échange est incertaine. Certaines
(par exemple les distorsions introduites par les subventions à l'exportation) doivent favoriser
le commerce, d'autres (taxes à l'importation) le décourager. Les indicateurs d'ouverture, dès
lors qu'ils sont censés synthétiser la politique de développement suivie, doivent donc
impérativement permettre de distinguer les distorsions pro-trade et les distorsions anti-trade.

Au-delà, les politiques de développement réelles s'accommodent mal de l'opposition rituelle


entre les stratégies de substitution aux importations et les stratégies de promotion par les
exportations. Non seulement, les deux ne sont pas nécessairement incompatibles, mais
surtout, les politiques qualifiées d'ouverture recouvrent en réalité des politiques très
différentes qui vont d'un export-led growth plus mercantiliste que libéral car structuré par des
interventions fortes de l'État, à un import-led growth à la chilienne fondé sur l'unilatéralisme
de l'ouverture commerciale et le renforcement des mécanismes de marché. Il serait étonnant
de constater que ces orientations, qui peuvent avoir les mêmes conséquences sur les taux
d'ouverture, aient aussi le même effet sur la croissance ou sur la productivité.
13

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