Chapitre II : Bases de l’Optique Géométrique
I. Lois de Snell-Descartes
Ces lois ont été trouvées par Snell en 1621 et retrouvées par Descartes en
1637. Elles expriment le changement de direction d’un rayon lumineux rectiligne à la
traversée d’une surface séparant deux M.T.H.I., soit par réflexion, soit par réfraction.
Le Principe de Fermat, énoncé par ce dernier en 1657, contient ces Lois de Snell-
Descartes. On va les établir à partir de ce principe.
1) Différentielle d’un chemin optique rectiligne.
La longueur du segment s’écrit : ⃗ ⃗⃗⃗⃗⃗ , ⃗ étant le vecteur unitaire
porté par le rayon dans le sens vers .
𝑩
Le chemin optique entre les points et s’écrit ⃗⃗⃗⃗⃗⃗
𝒅𝑩
donc : ( ) ⃗ ⃗⃗⃗⃗⃗ 𝑩
Déformons le segment en imposant des
variations élémentaires ⃗⃗⃗⃗⃗ et ⃗⃗⃗⃗⃗ aux extrémités 𝑨
avec ⃗⃗⃗⃗⃗ ⃗⃗⃗⃗⃗⃗ et ⃗⃗⃗⃗⃗ ⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗ ⃗⃗⃗⃗⃗
𝒅𝑨
𝑨
Alors la variation élémentaire du chemin optique correspondante s’écrit (d’après les
propriétés du produit scalaire) :
( ) ( ⃗ ⃗⃗⃗⃗⃗⃗ ) ⃗⃗⃗⃗⃗⃗ ⃗ ⃗ ⃗⃗⃗⃗⃗⃗
⃗ ⃗ ⃗ (⃗⃗⃗⃗⃗⃗ ⃗⃗⃗⃗⃗ )
Car : ⃗⃗⃗⃗⃗⃗ ⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗ ⃗⃗⃗⃗⃗⃗ ⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗ ⃗⃗⃗⃗⃗⃗ ⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗ ⃗⃗⃗⃗⃗⃗ ⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗ ⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗ ⃗⃗⃗⃗⃗⃗ ⃗⃗⃗⃗⃗
Or ⃗ ⃗ ; Il vient alors : ( ) ⃗ (⃗⃗⃗⃗⃗⃗ ⃗⃗⃗⃗⃗ ) : Différentielle d’un chemin
optique rectiligne
2) Expression vectorielle des Lois de Snell-Descartes
Considérons un rayon lumineux qui se propage entre A et B dans deux Milieu
Transparent, Homogène et Isotrope (M.T.H.I.) (1) et (2) d’indices et . C’est deux
milieux sont séparés par une surface ( ) appelée un dioptre.
Normale N
A
⃗𝟏
𝒖
Milieu (1)
𝒊𝟏
𝒏𝟏
I I’
⃗𝑵
⃗ ⃗𝟐
𝒖 (S)
𝒊𝟐
Milieu (2)
𝒏𝟐
B
Entre les points et situés respectivement dans les milieux (1) et (2), le chemin
optique s’écrit : ( ) ⃗ ⃗⃗⃗⃗ ⃗ ⃗⃗⃗⃗⃗
Appliquons le Principe de Fermat : ( ) ; en déformant la trajectoire
suivant (voir figure). La variation du chemin optique correspondante est :
( ) ( ⃗ ⃗⃗⃗⃗ ) ( ⃗ ⃗⃗⃗⃗⃗ )
⃗ ⃗⃗⃗⃗ ⃗ ⃗⃗⃗⃗ ( ⃗ ⃗ ) ⃗⃗⃗⃗
⃗ et ⃗ étant les vecteurs unitaires portés par les rayons incident et réfracté .
⃗⃗⃗⃗ ⃗⃗⃗⃗ est le vecteur porté par la tangente à (S) au point d’incidence . Comme
( ) ; ⃗ ⃗ est perpendiculaire à ⃗⃗⃗⃗ . Donc colinéaire au vecteur
unitaire ⃗ de la normale au dioptre au point d’incidence .
D’où :
⃗ ⃗ ⃗⃗ ( ) : Expression vectorielle des Lois de Snell-Descartes
Normale N
3/ Lois de la réfraction A
⃗𝟏
𝒖
Première loi
𝒊 Milieu (1)
D’après la relation précédente :
𝒏𝟏
⃗ ⃗ ⃗⃗ I
⃗ ⃗⃗
on a : ⃗ ⃗𝟐
𝒖
(S)
Milieu (2) 𝒓
⃗ est donc contenu dans le plan
𝒏𝟐
(⃗ ⃗ ) appelé plan d’incidence, formé
B
par le rayon incident et la normale.
D’où la première loi de réfraction :
Le rayon incident , Le rayon réfracté et la normale sont dans un même plan ,
appelé plan d’incidence
Deuxième loi
L’angle d’incidence est lié à l’angle de réfraction par la relation :
Deuxième loi de réfraction
Pour trouver cette relation il suffit de multiplier vectoriellement par ⃗ l’expression
vectorielle des Lois de Snell-Descartes.
4/ Lois de la réflexion
Remplaçons le dioptre ( ) par un
miroir (𝑀). Le rayon réfracté est
remplacé par le rayon réfléchi ’ se
propageant dans le même milieu (1) et
l’expression (2) s’écrit :
(⃗ ⃗⃗⃗ ) ⃗⃗ ( )
Première loi
⃗⃗
On a : ⃗⃗⃗ ⃗ ⃗⃗⃗ (⃗ ⃗⃗ )
″ Le rayon incident AI, le rayon réfléchi et la normale ⃗⃗ sont contenus dans le
plan d’incidence ″
Deuxième loi
″L’angle d’incidence est lié à l’angle de réflexion par la relation :
Remarques :
Les angles d’incidence et de réfraction sont de même signe, donc les rayons
incident et réfracté sont toujours de part et d’autre de la normale.
Les angles d’incidence et de réflexion sont toujours de signes
opposés, donc les rayons incident et réfléchi sont toujours de part et d’autre
de la normale.
Tant que et ne dépassent pas une quinzaine de degrés, on peut confondre
ces angles avec leurs sinus et la deuxième loi de réfraction prend la forme
particulière : (Formule de Kepler).
II. Etude de la réfraction
II.1. Angle de réfraction limite ( )
On considère un rayon lumineux qui se propage dans deux M.T.H.I. d’indices
différents entre deux points et . Les deux milieux sont séparés par un dioptre plan
( ) avec (le rayon lumineux se dirige vers le milieu le plus réfreingent).
La loi de Descartes pour la réfraction s’écrit :
; or Le rayon réfracté s’approche de
la normale donc il existe toujours un rayon réfracté.
Pour une incidence rasante ( étant l’angle de réfraction limite).
On aura : ( ) () ( )
Cet angle dépend de la nature des milieux 1 et 2 en contact et de la radiation utilisée.
Exemple : Quelques valeurs de pour la radiation du sodium, le milieu (1) étant
l’air :
𝑀 2
Eau 1,333 48°30’
Crown 1,52 41°
Flint 1,60 38°40’
Diamant 2,41 24°40’
II.2. Réflexion totale ( )
Examinons le cas où le rayon lumineux se dirige vers un milieu moins
réfringent ( ).
Au point d’incidence I, la loi de Descartes s’écrit :
Or
Donc, le rayon réfracté s’éloigne de la normale en pénétrant dans le milieu le moins
réfringent.
Pour une certaine valeur de , l’angle de réfraction atteint sa valeur limite .
On a donc ; d’où : ( ). est appelé l’angle
d’incidence critique.
III. Applications
1/ Dioptres et Miroirs
Ce sont les applications les plus importantes de ces lois, puisqu’elles sont à la
base de toute l’optique géométrique.
2/ Les fibres optiques
Les fibres optiques sont des «guides de lumières» dont le principe de
fonctionnement est la réflexion totale.
IV. Notions d’objet et d’image
1. Système optique
Un système optique est une succession de milieux M.T.H.I., séparés par des
dioptres ou des miroirs pouvant être interposés dans un ou plusieurs milieux.
Un système qui ne comporte que des dioptres est dit dioptrique (loupe, microscopes,
lunettes, …), celui qui n’a que des miroirs est dit catoptrique et celui contenant à la
fois des dioptres et des miroirs est dit catadioptrique (télescopes).
Un système formé par un ensemble de surfaces de révolutions qui admettent un axe
commun est un système centré.
Si les rayons issus d’un point lumineux A (point objet) passent tous par un même
point A′ (point image), on dit que : A′ l’image de A à travers le système optique S.
On appelle point objet un point jouant le rôle de source de lumière pour un
système optique.
L’image est l’intersection des rayons sortant du système.
D’après le principe de retour inverse de la lumière, (objet) et ’ (image) peuvent
échanger leurs rôles : c’est pourquoi on dit que et ’ sont conjugués par le système
.
Une image par un système optique (S) peut être un objet pour un autre système
optique (S’) ; La propriété pour un point de convergence d’être objet ou image
dépend donc du système optique.
’ est un point image pour le système optique ( ) et aussi un point objet le système
optique ( ’).
2. Espace objet – espace image
La lumière se propage dans un système optique centré de l’objet vers l’image
(sens positif).
L’espace objet réel est situé avant la face d’entrée du système optique alors que
l’espace image réel est situé après la face de sortie du système.
Espace objet réel (𝑺)Espace objet virtuel
Axe optique
Espace image virtuel Espace image réel
𝑭𝒆 𝑭𝒔
Les rayons convergent réellement sur l’objet ou l’image réels, par contre seuls
les prolongements des rayons réels convergent vers l’objet ou l’image virtuels.
3. Approximation de Gauss
Un système optique centré (S) est utilisé dans l’approximation de Gauss si les
deux conditions suivantes sont vérifiées :
Les rayons incidents sont paraxiaux (presque parallèle à l’axe optique
principal).
Des objets plans (de petites dimensions) doivent êtres perpendiculaires à l’axe
optique du système et centrés sur lui.
Ou bien encore :
Les rayons lumineux font des angles petits avec l’axe optique
Les rayons lumineux parallèles à l’axe optique sont peu éloignés de celui-ci.
4. Notion de stigmatisme et aplanétisme
Le stigmatisme est une notion fondamentale de l’optique géométrique qui
caractérise la netteté de l’image.
4.1 Stigmatisme rigoureux
Un système optique est rigoureusement stigmatique pour un couple de point
(objet) et ’ (image) si tout rayon passant par , passe par ’ après avoir
traversé le système optique (i.e. lorsque le système donne d’un point objet , un seul
point image ’).
a- Condition de stigmatisme rigoureux
Pour tous les rayons lumineux joignant deux points stigmatiques A et A’, le
chemin optique est le même et s’écrit :
est stationnaire ( ) (Principe de Fermat)
b- Stigmatisme approché
Un système présente un stigmatisme approché pour un couple de point
(objet) et ’ (image) si tout rayon passant par passe au voisinage de après avoir
traversé le système optique ; c'est-à-dire que l’image du point objet n’est plus un
point mais une petite tache (ensemble de points dans un petit volume).
Remarque
La condition de stigmatisme rigoureux n’étant pas atteinte pour beaucoup de
systèmes optiques, on se contente le plus souvent de la condition de stigmatisme
approché. Cette dernière condition est vérifiée dans l’approximation de Gauss.
4.2 Aplanétisme
On considère un système optique centré ( ) qui donne d’un petit objet
une image ’ ’ .
a - Aplanétisme transversal
Le système optique est dit aplanétique (aplanétique transversal), lorsqu’il est
rigoureusement stigmatique pour les couples de points conjugués ( ’) et ( ’).
( )
La condition du stigmatisme s’écrit : { qui se traduit par
( )
la relation des sinus d’Abbe : ̅̅̅̅ ̅̅̅̅̅̅
Remarque :
Dans la condition de Gauss, les angles sont petits et
et la relation des sinus d’Abbe devient : ̅̅̅̅ ̅̅̅̅̅̅ (Relation de
Lagrange Helmholtz).
b - Aplanétisme de Williams – Herschell (Aplanétisme axial)
Ce système optique est dit aplanétique (aplanétique axial), lorsqu’il est
rigoureusement stigmatique pour les couples de points conjugués ( ’) et ( ’).
( )
La condition du stigmatisme s’écrit : {
( )
Ce qui nous donne la relation de William-Herschell :
̅̅̅̅ ( ) ̅̅̅̅̅̅ ( )
Remarque :
Dans la condition de Gauss, les angles sont petits ( ) et
( ) et la relation de William-Herschell devient ̅̅̅̅ ̅̅̅̅̅̅
5. Conditions générales d'étude
- le long de l'axe principal, le sens positif sera toujours le sens de la lumière
incidente.
- perpendiculairement à l'axe principal, le sens positif sera toujours dirigé vers
le haut de la figure.
- le sens trigonométrique sera, quant à lui, le sens positif pour les angles.