Connaissances des infirmiers sur le choc septique
Connaissances des infirmiers sur le choc septique
I
Remerciement
La réalisation de ce mémoire n’aurait pu aboutir sans la volonté et la force que Dieu, Le Tout-
Puissant, nous a accordées. Nous Lui exprimons notre profonde gratitude pour nous avoir
dotés de la santé, de la patience et du courage nécessaires à l’aboutissement de cette année
d’étude et à l’accomplissement de ce travail.
Nous adressons nos remerciements les plus sincères à Monsieur le Directeur de l’ISPITS
d’Agadir, Dr. EDDAHBI Abdeslam, ainsi qu’à l’ensemble du corps administratif et
professoral de l’institut, pour la qualité de leur accompagnement, la richesse de leur
enseignement, et le sérieux avec lequel ils ont encadré notre formation.
Nos pensées de gratitude vont tout particulièrement à Mme Abli Asmae , coordinatrice de
l’option Infirmier en Anesthésie-Réanimation, pour ses conseils constants, ses remarques
pertinentes et ses efforts soutenus tout au long de notre parcours. Nous tenons également à
saluer Pr. KORRIDA Amal, coordinatrice de la filière Soins infirmiers, ainsi que
M. ROUSSI Elhassan, ancien coordinateur de l’option, pour leur engagement et leur
bienveillance.
Nos remerciements chaleureux vont à nos encadrants Mme KEFRAOUI Sanaa,et M.
ROUSSI Elhassan pour leur disponibilité, leur écoute et leur investissement sans faille dans
l’orientation de notre travail. leur accompagnement rigoureux et motivant a été précieux pour
structurer et mener à bien cette recherche.
Nous exprimons également notre respect et notre reconnaissance aux membres du jury, pour
l’intérêt qu’ils ont porté à ce mémoire, et pour l’honneur qu’ils nous font en acceptant d’en
évaluer le contenu. Leur présence nous est particulièrement précieuse.
Nous remercions l’ensemble de nos enseignants, pour leur soutien pédagogique et leurs
interventions qui ont enrichi notre formation sur les plans théorique et pratique. Nos
remerciements s’adressent également aux professionnels de santé du CHR Hassan II
d’Agadir, qui ont généreusement accepté de participer à cette étude, et dont les conseils et les
observations ont été d’une grande utilité.
Nous n’oublions pas de remercier le personnel administratif et technique de l’ISPITS
d’Agadir, dont les efforts quotidiens ont contribué à rendre notre environnement
d’apprentissage plus agréable et propice à la réussite.
II
Résumé
Introduction :
Le sepsis et le choc septique représentent des enjeux majeurs de santé publique mondiale, en
raison de leur incidence croissante et de leur lourde mortalité. Malgré les avancées
diagnostiques et thérapeutiques, ces pathologies demeurent sous-reconnues, en particulier
dans les milieux hospitaliers. Cette méconnaissance impacte négativement la prise en charge,
notamment au niveau infirmier. C’est dans ce contexte que s’inscrit notre travail, visant à
évaluer le niveau de connaissances des infirmiers anesthésistes-réanimateurs (IAR) du Centre
Hospitalier Régional Hassan II d’Agadir quant à la prise en charge du choc septique.
Méthode :
Il s’agit d’une étude descriptive, exploratoire et prospective, à devis quantitatif, réalisée
auprès d’un échantillon exhaustif de 50 IAR travaillant dans les services de réanimation A et
B du CHR Hassan II d’Agadir. Deux outils de collecte ont été utilisés : un questionnaire
structuré auto-administré (32 questions réparties sur quatre axes : généralités, prise en charge
hémodynamique, anti-infectieuse et conduite clinique), ainsi que des entretiens semi-dirigés.
Les données ont été analysées via SPSS version 21 et Excel, puis présentées sous forme de
tableaux et de graphiques.
Résultats :
Sur les 50 infirmiers anesthésistes réanimateurs (IAR) sollicités,. La population était
majoritairement féminine, avec un âge moyen de 29,7 ± 9,11 ans, et une expérience
professionnelle inférieure à 10 ans pour 68 % d’entre eux. La majorité (84 %) déclarait suivre
une formation continue, principalement sous forme d’autoformation (66 %). L’analyse des
connaissances révèle un taux global moyen de bonnes réponses de 70 %, avec des résultats
contrastés selon les thématiques abordées. Les questions portant sur les généralités, incluant
l’utilisation de l’hydrocortisone, les scores SOFA et les critères diagnostiques, ont obtenu 68
% de bonnes réponses. La prise en charge hémodynamique a été globalement bien maîtrisée
(91,6 %), les participants montrant une bonne connaissance des objectifs de pression artérielle
moyenne, de l’utilisation de la noradrénaline, du remplissage vasculaire initial et des
indicateurs d’efficacité. En revanche, la prise en charge anti-infectieuse a révélé des lacunes
notables, avec seulement 48,3 % de bonnes réponses, particulièrement sur le choix empirique
d’antibiotiques, la durée de traitement et la gestion des germes nosocomiaux comme
Pseudomonas aeruginosa. Ces résultats mettent en évidence des connaissances globalement
satisfaisantes, mais un besoin de renforcement ciblé sur les aspects infectieux et
microbiologiques.
III
Conclusion :
Les résultats révèlent une bonne maîtrise des aspects hémodynamiques chez les IAR, mais
soulignent des insuffisances importantes dans la gestion anti-infectieuse du choc septique. Ces
constats justifient la mise en place de programmes de formation continue ciblés,
l’actualisation régulière des protocoles de prise en charge, et un renforcement de la culture
clinique autour du choc septique. Une approche éducative structurée et collaborative entre les
professionnels de santé est essentielle pour optimiser la qualité des soins et améliorer les
pronostics des patients critiques.
IV
Abstract
Introduction:
Sepsis and septic shock represent significant global public health challenges due to their rising
incidence and high mortality rates. Despite advances in diagnosis and treatment, these
conditions remain frequently underrecognized, particularly in hospital settings. This lack of
awareness adversely affects patient outcomes, especially at the nursing level. In this context,
the present study aims to evaluate the level of knowledge among nurse anesthetists (IARs) at
the Hassan II Regional Hospital Center in Agadir regarding the management of septic shock.
Method:
This is a descriptive, exploratory, and prospective study with a quantitative approach. It was
conducted on an exhaustive sample of 50 nurse anesthetists working in the intensive care units
A and B at the Hassan II Regional Hospital Center in Agadir. Two tools were used for data
collection: a structured, self-administered questionnaire (32 questions covering four areas—
general knowledge, hemodynamic management, anti-infective management, and clinical
practices) and semi-structured interviews. Data were analyzed using SPSS version 21 and
Excel, and results were presented in tables and graphs.
Results:
Among the 50 nurse anesthetists (IARs) invited to participate, 40 responded to the survey,
representing a participation rate of 80%. The majority were female, with a mean age of 29.7 ±
9.11 years. Most participants (68%) had less than 10 years of professional experience, and
84% reported engaging in continuing education, primarily through self-directed learning
(66%). The overall average of correct responses across all domains was 70%, while incorrect
answers accounted for 30%, with notable gaps in infectious and microbiological knowledge.
Domain-specific results revealed varied performance levels. In general knowledge,
participants scored 68% correct responses, particularly on topics such as hydrocortisone use,
SOFA scoring, and diagnostic criteria for sepsis. Hemodynamic management was the
strongest area, with a high accuracy rate of 91.6%, indicating a solid understanding of mean
arterial pressure targets, norepinephrine administration, fluid resuscitation protocols (30
mL/kg), and response indicators. In contrast, anti-infective management revealed significant
deficiencies, with only 48.3% correct answers. Key weaknesses were observed in empirical
antibiotic selection, treatment duration, and awareness of common nosocomial pathogens like
Pseudomonas aeruginosa. These findings suggest that while IARs demonstrate strong
competence in hemodynamic aspects of septic shock management, their knowledge of anti-
V
infective strategies remains insufficient and requires targeted improvement
Conclusion:
While nurse anaesthetists demonstrated solid knowledge in hemodynamic management, the
study revealed significant deficiencies in anti-infective strategies for septic shock. These
results support the need for targeted continuing education, regular protocol updates, and a
reinforced clinical culture surrounding sepsis. A structured and collaborative approach to
training is essential to improve care quality and patient outcomes in critical care settings.
Keywords: Nurse Anesthetist ; Sepsis; Septic Shock; Intensive Care.
VI
TABLE DES MATIERES
Dédicace.......................................................................................................................................I
Remerciement.............................................................................................................................II
Résumé......................................................................................................................................III
Abstract......................................................................................................................................V
Introduction...............................................................................................................................14
La revue de littérature................................................................................................................16
2. Données statistiques…………………………………………………………………….17
3. La physiopathologie.......................................................................................................17
4. Diagnostic……………………………………………………………………………….20
5. Principes thérapeutiques.................................................................................................26
6. Conclusion……………………………………………………………………………..33
Matériels et méthode.................................................................................................................34
1. Type de l'étude...............................................................................................................34
2. Lieu d’étude....................................................................................................................34
3. Durée d’étude.................................................................................................................34
VII
8. Les considérations éthiques............................................................................................36
Discussion.................................................................................................................................47
Suggestion.................................................................................................................................48
Conclusion.................................................................................................................................51
Annexes.......................................................................................................................................54
VIII
Liste des figures
Figure 4 : Les taux des réponses des IAR sur les généralités de choc septique
Figure 5 : Les taux des réponses des IAR sur la PEC hémodynamique de choc septique
Figure 6 :Les taux des réponses des IAR sur la PEC anti-infectieuse de choc septique
IX
Liste des tableaux
X
Liste des annexes
Annexe 1 : Questionnaire............................................................................................................54-55
Annexe 2 : Autorisation de la collecte de données de la délégation de région Souss -Massa…56
XI
Liste des abréviations
ATP : Adénosine tri phosphate
AT III : Antithrombine III
CARS : Compensatory anti inflammatory response syndrom / syndrome de
réponse anti inflammatoire compensatoire
CHU : Centre hospitalier universitaire
CIVD : Coagulation intravasculaire disséminée
C3G : Céphalosporine de 3ème génération
ECBC : Examen cytobactériologique et chimique ECBU : Examen
cytobactériologique des urines
FC : Fréquence cardiaque
FR : Fréquence respiratoire
FT : Facteur tissulaire
FiO2 : Fraction inspiratoire de l’oxygène
Hb : Hémoglobine IL : Interleukine
INR : International normalized ratio / ratio international normalisé
LCR : Liquide céphalo-rachidien
LPS : Lipopolysaccharide
MARS : Mixed antagonist response syndrom / syndrome de réponse antagoniste
mixte MTEV : Maladie thromboembolique veineuse
NFS : Numération formule sanguine
NO : Monoxyde d’azote
O2 : Oxygène
PAF : Platelet activating factor / facteur d’activation des plaquettes
PAS : Pression artérielle systolique
PAM : Pression artérielle moyenne
PVC : Pression veineuse centrale
PaO2 : Pression partielle en oxygène
PaCO2 : Pression partielle en dioxyde de carbone
SAR : Service d’anesthésie-réanimation
SDMV : Syndrome de défaillance multi viscérale
SDRA : Syndrome de détresse respiratoire aigue
SIRS : Systemic inflammatory response syndrom / syndrome de réponse
inflammatoire systémique
SOFA : Sepsis-related organ failure assessment / score de défaillance organique
XII
TCA : Temps de céphaline activée
TDM : Tomodensitométrie
TGF : Transforming growth factor / facteur de croissance transformant
TNF : Tumor Necrosis Factor / facteur de nécrose tumorale
TP : Taux de prothrombine
t-PA : Tissue plasminogen activator / activateur tissulaire du plasminogène
USA : United States of America
IAR : Infermier en Anesthésie et réanimation
XIII
Introduction
Le sepsis, défini comme un syndrome clinique caractérisé par une réponse immunitaire
dysrégulée à une infection entraînant un dysfonctionnement organique grave, constitue un
problème majeur de santé publique à l’échelle mondiale. Il est responsable d’une morbidité et
d’une mortalité importantes, affectant des millions de personnes chaque année. Selon les
estimations récentes, le sepsis touche environ 48,9 millions de personnes dans le monde et
entraîne 11 millions de décès par an, soit environ 20 % de tous les décès (Rudd et al., 2020).
Ce fardeau mondial s’accompagne de conséquences humaines, économiques et sociales
considérables, impactant aussi bien les patients que les systèmes de santé.
En effet, la gestion du sepsis mobilise des ressources médicales importantes, augmentant les
coûts hospitaliers. Aux États-Unis, le traitement des patients atteints de sepsis représente un
coût annuel estimé à plus de 24 milliards de dollars (Paoli et al., 2018). En parallèle, chaque
année, environ 14 millions de survivants du sepsis restent à risque d’infections récurrentes et
de réhospitalisations, avec des répercussions physiques, psychologiques et financières
significatives (Prescott & Angus, 2018). Ces statistiques soulignent la nécessité d'améliorer la
prise en charge précoce du sepsis, afin de réduire à la fois la mortalité et les conséquences à
long terme pour les patients.
L’évaluation de l’incidence et de la mortalité liées au sepsis a longtemps été complexe en
raison des différentes méthodologies utilisées. Les bases de données hospitalières, les
registres prospectifs et les certificats de décès ont chacun leurs limites, entraînant des
variations significatives dans les estimations (Gaieski et al., 2019). Par exemple, dans une
étude menée en Australie et en Nouvelle-Zélande entre 2000 et 2012, il a été observé une
augmentation des admissions pour sepsis grave, passant de 7 % à 11 %, associée à une
réduction de la mortalité hospitalière de 35 % à 18 % (Rudd et al., 2020). Cependant, des
résultats divergents ont été constatés dans d’autres régions. L’audit international ICON,
réalisé en 2012 auprès de plus de 10 000 patients répartis sur 730 réanimations dans le monde,
a révélé une mortalité hospitalière moyenne de 35 %, avec des variations significatives entre
continents, allant de 19,4 % en Océanie à 47,2 % en Afrique.
En France, l’étude EPISS, menée entre 2009 et 2011 sur 10 941 patients dans 14 unités de
réanimation, a mis en lumière une proportion de 13,7 % de patients en choc septique, avec
une mortalité atteignant 49 %. Ces résultats reflètent l'impact des critères diagnostiques et des
contextes locaux sur les estimations de la mortalité et de l’incidence du sepsis. Aux États-
Unis, l’analyse des bases de données hospitalières à l’aide de différentes méthodologies a
14
montré que l’incidence annuelle du sepsis pouvait varier d’un facteur 3,5 selon les critères
utilisés, bien que la tendance générale indique une augmentation annuelle de 13 % et une
diminution progressive de la mortalité (Gaieski et al., 2019)
Le choc septique, défini comme une forme grave de sepsis caractérisée par une défaillance
circulatoire et métabolique profonde malgré une réanimation adéquate, représente un défi
encore plus important. Il est associé à des taux de mortalité particulièrement élevés, atteignant
jusqu’à 50 % dans certaines cohortes (EPISS, 2011). L’incidence du choc septique est
également en augmentation, en partie en raison de l'amélioration des outils diagnostiques et de
la sensibilisation accrue des cliniciens.
Cependant, cette amélioration n’exclut pas la possibilité d’un phénomène de classification, où
de nouveaux cas moins sévères sont identifiés, contribuant à réduire les taux de mortalité
observés. Ce phénomène, connu sous le nom de "phénomène de Will Rogers", reflète une
meilleure reconnaissance des cas de sepsis par les équipes médicales, mais soulève également
des questions sur la qualité des données épidémiologiques disponibles.
Face à la complexité et à l’hétérogénéité des cas de sepsis et de choc septique, les efforts pour
améliorer la qualité des soins se sont intensifiés. Des campagnes comme la Surviving Sepsis
Campaign ont introduit des protocoles normalisés, tels que les "bundles", qui regroupent un
ensemble de mesures essentielles à appliquer dans les premières heures suivant l’admission.
Ces mesures ont démontré leur efficacité pour réduire la mortalité et améliorer les résultats
cliniques.
En conclusion, bien que les progrès dans la compréhension et la gestion du sepsis aient permis
de réduire la mortalité, l’incidence croissante du sepsis et du choc septique reste une
préoccupation majeure. Les efforts doivent se poursuivre pour affiner les outils diagnostiques,
standardiser les définitions et améliorer la qualité des soins, afin de réduire l’impact de ces
pathologies sur les patients et les systèmes de santé à travers le monde.
Il est profondément frustrant de constater à quel point le choc septique, bien qu’il soit l'une
des principales causes de mortalité dans le monde, demeure souvent méconnu et sous-estimé,
même au sein de certains milieux médicaux ; Lors de nos stages au sein des services de
réanimation, nous avons été témoins de l'incidence particulièrement élevée et de la mortalité
significative associées à cette pathologie ; Avec un pourcentage d’admissions pour sepsis
grave à 15 %,et une mortalité de choc septique à 56% . Ces constats ont suscité une réflexion
approfondie nous conduisant à initier la présente étude répandant a la question suivante :Quel
est le niveau de connaissances des IAR pratiquants en service de réanimation du CHR
en matièree de prise en charge d’un patient en état de choc septique ?
15
La revue de littérature
Infection:
Invasion de l’organisme par des micro-organismes pathogènes pouvant entraîner une réponse
inflammatoire (Singer et al., 2016).
SIRS :
Syndrome de Réponse Inflammatoire Systémique, défini par la présence d'au moins deux des critères
suivants : • Température > 38 °C ou < 36 °C • Fréquence cardiaque > 90 battements par minute •
Fréquence respiratoire > 20/min ou PaCO₂ < 32 mmHg • Leucocytes > 12 000/mm³ ou < 4 000/mm³,
ou > 10 % de formes immatures (Bone et al., 1992).
Sepsis :
Dysfonction d'organe potentiellement mortelle, causée par une réponse inappropriée de l’hôte à une
infection. Le diagnostic repose sur l'augmentation du score SOFA de ≥ 2 points en présence d'une
infection suspectée (Singer et al., 2016).
Sepsis sévère:
Sepsis accompagné de signes d'hypoperfusion tissulaire ou de dysfonction d'organe tels que : •
Hypotension (PAS < 90 mmHg ou diminution > 40 mmHg de la valeur de base) • Lactate élevé,
oligurie ou troubles de la conscience (Dellinger et al., 2013).
Choc septique:
Sepsis avec hypotension persistante nécessitant l'administration de vasopresseurs pour maintenir une
pression artérielle moyenne (PAM) ≥ 65 mmHg et un taux de lactate > 2 mmol/L malgré une
réanimation volémique adéquate (Rhodes et al., 2017).
16
Données statistiques :
Le choc septique représente une part importante des cas en réanimation, avec une prévalence
estimée entre 6,5 % et 6,8 % des admissions en soins intensifs en France entre 2014 et 2018
(Blet et al., 2022).
Le coût hospitalier du sepsis aux États-Unis était supérieur à 52,1 milliards de dollars en
2021, ce qui en fait l'une des pathologies les plus coûteuses pour le système hospitalier
(AHRQ, 2023).
Concernant la mortalité liée au sepsis, les estimations mondiales rapportent environ 11
millions de décès par an, soit 20 % de la mortalité mondiale (WHO, 2020).
La mortalité en réanimation pour le sepsis varie selon les régions, atteignant environ 37,3 %
dans les pays à haut revenu comme en Europe et en Amérique du Nord (Shankar-Hari et al.,
2019).
La mortalité spécifique du choc septique en France a diminué, passant de 47,3 % en 2014 à
44,5 % en 2018 (Blet et al., 2022).
En ce qui concerne les hospitalisations pour sepsis grave, elles ont augmenté aux États-Unis
de 1,8 million en 2016 à 2,5 millions en 2021, soit une hausse de 40 % (AHRQ, 2023).
À l’échelle mondiale, les dernières données montrent 48,9 millions de cas de sepsis par an
pour environ 11 millions de décès (WHO, 2020).
La physiopathologie :
Inflammation et immunosuppression
Le sepsis débute par une activation excessive de l'immunité innée, déclenchée par la
reconnaissance de motifs moléculaires associés aux pathogènes (PAMPs) et aux dommages
cellulaires (DAMPs) par des récepteurs de reconnaissance de motifs (PRRs), tels que les
récepteurs Toll-like (TLRs) et NOD-like (NLRs). Ces récepteurs sont essentiels pour la
détection précoce des infections et des blessures, initiant ainsi une réponse immunitaire. La
reconnaissance des PAMPs et des DAMPs par ces récepteurs conduit à l'activation de
cascades de signalisation intracellulaires qui favorisent la libération de cytokines
inflammatoires (Zhao et al., 2020). Parmi celles-ci, les cytokines pro-inflammatoires majeures
sont le TNF-α, l'IL-1β et l'IL-6, qui participent à la promotion de l'inflammation locale et
systémique. En outre, cette activation excessive conduit à la formation d'inflammasomes, des
17
complexes protéiques qui favorisent la maturation de cytokines inflammatoires et amplifient
la réponse inflammatoire (Vajpayee et al., 2018).
Dysfonction endothéliale et état procoagulant
L'endothélium vasculaire joue un rôle central dans le sepsis. Son activation par les cytokines
inflammatoires et le stress oxydatif entraîne une perméabilité accrue, favorisant l'œdème
tissulaire (Pati et al., 2020). Simultanément, l'activation de la coagulation via le facteur
tissulaire et le facteur von Willebrand, associée à une inhibition de la fibrinolyse par le PAI-1,
conduit à la formation de microthrombi, réduisant la perfusion tissulaire et aggravant
l'hypoxie (Shao et al., 2017). Cette coagulopathie peut évoluer vers une coagulation
intravasculaire disséminée (CIVD), caractérisée par une consommation des facteurs de
coagulation et un risque hémorragique accru (Olivier et al., 2020).
Réponse anti-inflammatoire
Parallèlement à l'activation de la réponse inflammatoire, une réponse anti-inflammatoire
compensatoire s'installe dans un effort pour contrôler cette inflammation et prévenir des
lésions tissulaires excessives. Cependant, cette réponse peut devenir dysrégulée, conduisant à
une immunosuppression marquée. Parmi les caractéristiques de cette phase, on observe une
lymphopénie, qui est la diminution du nombre de lymphocytes circulants, et une réduction de
l'expression du HLA-DR sur les monocytes, un marqueur clé de l'activité immunitaire. Cette
diminution de l'expression de HLA-DR est un indicateur de la dépression de la réponse
immunitaire des cellules présentatrices d'antigènes, contribuant à un état
d'immunosuppression prolongé (Liu et al., 2019). De plus, la quantité accrue de cellules
immunosuppressives, telles que les cellules T régulatrices, favorise cette immunosuppression.
Ce mécanisme anti-inflammatoire peut évoluer vers un syndrome d'inflammation persistante,
d'immunosuppression et de catabolisme (PICS), qui augmente considérablement le risque de
développer des infections secondaires graves, exacerbant ainsi le pronostic des patients en
sepsis (Ospina-Tascón et al., 2021).
Dysfonction d'organe
La combinaison de l'hypoperfusion, de l'hypoxie et de la dysfonction mitochondriale entraîne
une défaillance multiviscérale. Les manifestations cliniques incluent une altération de la
conscience, une hypoxémie, un choc circulatoire, une oligurie avec élévation de la créatinine,
une thrombopénie et une hyperbilirubinémie (Kaukonen et al., 2020). Le score SOFA
(Sequential Organ Failure Assessment) permet d'évaluer la sévérité de ces défaillances
organiques et d'anticiper l'évolution du sepsis (Vincent et al., 2019).
18
2. Mécanismes de compensation face au sepsis :
Activation Neuro-Hormonale :
Parallèlement, une activation neuro-hormonale se produit pour maintenir la fonction
circulatoire et la pression artérielle. Le système nerveux sympathique déclenche la
libération de catécholamines (adrénaline, noradrénaline), provoquant une tachycardie et
une vasoconstriction périphérique initiale, ce qui augmente le débit cardiaque (Jin et al.,
2021). Le système rénine-angiotensine-aldostérone (RAA) est également activé,
favorisant la vasoconstriction et la rétention hydrosodée pour maintenir la pression
artérielle (Barton et al., 2018). La sécrétion de vasopressine (ADH) est augmentée pour
retenir l'eau et restaurer le volume circulant, afin de soutenir la perfusion des organes
(Berthelot et al., 2020).
Adaptations Cardiovasculaires :
Pour compenser la baisse de la pression artérielle, le cœur augmente sa fréquence
cardiaque et son débit cardiaque. En parallèle, la vasodilatation se produit dans des zones
vasculaires spécifiques, comme les muscles et le cerveau, pour maintenir l'oxygénation
des organes vitaux, malgré la vasodilatation périphérique généralisée (Ospina-Tascón et
al., 2021). Cette réponse vise à préserver l'intégrité des organes vitaux tout en tentant de
maintenir une pression artérielle adéquate.
Modifications Métaboliques :
Une hyperglycémie de stress survient au cours de la réponse immunitaire, en raison de la
stimulation de la néoglucogenèse et de l'insulinorésistance, afin de fournir de l'énergie
rapidement aux cellules immunitaires et aux tissus en réponse à l'infection (Marik et al.,
2018). De plus, les réserves énergétiques, comme les lipides et les protéines, sont
mobilisées pour soutenir les besoins métaboliques accrus, favorisant ainsi la survie dans
19
un contexte de déplétion énergétique (Cao et al., 2020).
4. Diagnostic :
Le diagnostic du choc septique repose sur une évaluation clinique approfondie, qui associe un
sepsis sévère à un état de choc circulatoire persistant, non corrigé par une expansion
volémique initiale jugée adéquate (administration de 20 à 40 ml/kg de solutés cristalloïdes)
(Vincent et al., 2020). Le choc septique est une urgence clinique, souvent lié à une défaillance
d'organes multiples.
Critères Diagnostiques :
Le sepsis sévère est défini comme une infection accompagnée de signes de dysfonctionnement
d’un ou plusieurs organes. Selon les dernières recommandations, le sepsis sévère est défini par
la conjonction des éléments suivants :
o Fréquence respiratoire > 20 cycles par minute, ou pression partielle en CO₂ (PaCO₂) < 32
mmHg.
20
o Leucocytose > 12 000/mm³, leucopénie < 4 000/mm³ ou présence de plus de 10 % de formes
immatures (Leligdowicz et al., 2019).
Coagulopathie : Thrombopénie (plaquettes < 100 000/µl), temps de prothrombine (TP) < 50 %,
ou INR > 1,5 (Zhou et al., 2020).
Atteinte rénale aiguë : Créatininémie > 177 µmol/l ou oligurie avec diurèse < 0,5 ml/kg/h
(Kellum et al., 2021).
Hypoperfusion tissulaire : Lactatémie > 2 mmol/l, traduisant une souffrance cellulaire par
hypoxie fonctionnelle (Vignon et al., 2020).
o Pression artérielle systolique (PAS) < 90 mmHg, ou baisse ≥ 40 mmHg par rapport à la valeur
de référence antérieure.
Investigations paracliniques
Examens biologiques
22
Ionogramme sanguin et urinaire, créatininémie, urée : évaluation d'une insuffisance rénale
fonctionnelle ou organique.
Bilan hépatique : perturbations enzymatiques évocatrices d’un "foie de choc".
Bilan de l’hémostase : recherche de troubles de la coagulation, notamment en cas de suspicion
de CIVD.
Lactatémie : un taux supérieur à 2 mmol/L est un marqueur d'hypoperfusion tissulaire et de
gravité (Vincent, 2024).
Marqueurs inflammatoires : procalcitonine et protéine C-réactive élevées en contexte
infectieux.
Examens microbiologiques
Avant toute antibiothérapie, des hémocultures et des prélèvements ciblés (urines,
expectorations, ponctions de liquides, LCR, prélèvements cutanés) doivent être réalisés pour
identifier l'agent pathogène (Schlapbach, 2024).
Examens morphologiques
Diagnostic étiologique
Le choc septique est majoritairement causé par des infections bactériennes, mais peut aussi
être d'origine virale, fongique ou parasitaire. Les principaux foyers infectieux sont
pulmonaires, abdominaux, urinaires, cutanés et gynécologiques. Toutefois, dans 10 à 30 % des
cas, l'agent causal reste indéterminé, souvent en raison d'une antibiothérapie précoce initiée
avant les prélèvements microbiologiques (Peake, Delaney, & Bellomo, 2023).
L'examen clinique systématique reste donc essentiel pour orienter rapidement les prélèvements
et les investigations complémentaires.
23
Score de Sofa :
Fonction 0 1 2 3 4
d’organe
Respiration ≥ 400 < 400 < 300 < 200 avec < 100 avec
(PaO₂/FiO₂ ventilation ventilation
mmHg)
24
Système 15 13–14 10–12 6–9 <6
nerveux
central (GCS)
Tableau 1 : Score de SOFA
Fonction respiratoire :
Le rapport PaO₂/FiO₂ est un indicateur clé de l’oxygénation tissulaire. Une diminution de ce
rapport (< 300 mmHg) est caractéristique d'une atteinte respiratoire aiguë, notamment dans le
cadre du syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA) associé au sepsis (Ranieri et al.,
2023). La nécessité d'une ventilation mécanique, qu'elle soit invasive ou non invasive, aggrave
le pronostic en augmentant le risque de complications pulmonaires secondaires.
Fonction de la coagulation :
La thrombopénie est fréquemment observée dans le choc septique et constitue un marqueur
sensible de l’activation de la coagulation intravasculaire disséminée (CIVD) ou d’une
dysfonction endothéliale précoce (Levi et al., 2024). Une chute rapide du nombre de
plaquettes peut précéder l’aggravation clinique et signale une évolution défavorable.
Fonction hépatique :
L’élévation de la bilirubine sérique reflète des lésions hépatiques soit par hypoperfusion (foie
de choc) soit par infections systémiques (e.g., hépatite septique) (Sakr et al., 2024). La
cholestase intra-hépatique est fréquente dans les sepsis prolongés.
Fonction cardiovasculaire :
Le recours aux drogues vasoactives, notamment les catécholamines, est nécessaire pour
maintenir une pression artérielle adéquate. Une augmentation progressive des doses traduit
une défaillance hémodynamique majeure et est associée à un pronostic péjoratif (Evans et al.,
2023).
Fonction rénale :
L'évaluation de la fonction rénale repose sur l'analyse de la créatininémie et de la diurèse.
L’insuffisance rénale aiguë est fréquente au cours du choc septique et aggrave
significativement le pronostic (Kellum et al., 2023).
Fonction neurologique :
Le score de Glasgow permet de mesurer le niveau de conscience. Son altération peut être liée à
une encéphalopathie septique, à une hypoxie cérébrale, ou encore à des troubles métaboliques
associés (Iwashyna et al., 2024).
Interpretation du score
25
Score total SOFA : varie de 0 à 24.
Un score ≥ 2 points (même sur une seule variable) en présence d’une infection suspectée est
suffisant pour poser le diagnostic de sepsis.
Un score élevé ou en augmentation rapide (> 5–6 ou progression de ≥ 2 points en 24–48 h) est
associé à une mortalité plus importante. (Nesseler, N., Matthay, M. A., & Seguin, P. (2017))
5 . Principes thérapeutiques :
1) Objectifs thérapeutiques :
Surveillance hémodynamique :
Pression artérielle invasive avec suivi de la PAM (objectif ≥ 65 mmHg),
26
Surveillance de la fréquence cardiaque, de la SpO₂ et de la diurèse horaire.
Tests de réponse au remplissage vasculaire (élévation passive des jambes, mesure du VTI -
Velocity Time Integral, et variation du volume d’éjection systolique ΔVES).
Évaluation cardiaque :
Échocardiographie pour apprécier la fonction myocardique : fraction d’éjection ventriculaire
gauche (FEVG), évaluation de la dilatation ventriculaire et dépistage d’une dysfonction
myocardique liée au sepsis (Vieillard-Baron et al., 2024).
Évaluation biologique :
Analyse des gaz du sang, bilan hépatique, créatininémie,
3) Moyens thérapeutiques :
a) Volet de correction hémodynamique :
1) Remplissage vasculaire :
Le remplissage vasculaire a pour objectif de restaurer une volémie efficace, afin d’augmenter
le débit cardiaque par amélioration du volume d’éjection systolique, et ainsi optimiser le
transport en oxygène. L’effet bénéfique attendu dépend principalement de la précharge-
dépendance du ventricule (maximale sur la phase ascendante de la courbe de fonction
ventriculaire selon le modèle de Frank-Starling) ainsi que de l’état de la fonction systolique.
Dans les cas d’hypoperfusion liée au sepsis, et en l’absence de signes de surcharge volémique
clinique ou radiologique, il est recommandé d’administrer 30 mL/kg de cristalloïdes au cours
des trois premières heures.
27
L’efficacité du remplissage est jugée par :
une normalisation de la pression artérielle (objectif : PAM > 65 mmHg),
une baisse de la fréquence cardiaque chez les patients tachycardes,
la disparition des signes d’hypoperfusion périphérique (recoloration cutanée, disparition des
marbrures, diurèse > 0,5 mL/kg/h).
Dans certains cas, la réponse au remplissage est difficile à évaluer cliniquement. Une
surveillance plus fine du débit cardiaque, continue ou intermittente, est alors nécessaire grâce
à des techniques invasives ou non.
L’épreuve de levée passive des jambes chez un patient allongé permet d’anticiper la réponse
au remplissage en mobilisant le sang veineux périphérique vers le cœur droit.
D’autres méthodes prédictives incluent :
l’analyse des variations respiratoires de la pression pulsée artérielle (ΔPP) chez les patients
ventilés,
certains paramètres échographiques (variation du diamètre de la veine cave inférieure,
fonction ventriculaire…).
(Nesseler, N., Matthay, M. A., & Seguin, P. (2017))
Solutés de remplissage:
se divisent en deux grandes catégories :
Les cristalloïdes (eau + électrolytes), dont les plus utilisés sont le sérum salé isotonique (NaCl
0,9%) et le Ringer lactate. Bien que peu coûteux et faciles d’utilisation, leur faible pouvoir
d’expansion volémique et leur diffusion rapide dans le secteur interstitiel peuvent entraîner
une surcharge hydro-sodée et des œdèmes. Le NaCl 0,9% peut aussi induire une acidose
hyperchlorémique.
Les colloïdes, contenant des macromolécules qui retiennent l’eau dans le compartiment
vasculaire. Leur efficacité volémique est supérieure, mais ils présentent des risques : allergie
(notamment les gélatines), néphrotoxicité (hydroxyéthylamidons - HEA), et coût élevé
(albumine humaine).
L’utilisation des HEA est déconseillée dans le contexte du choc septique en raison de leur
toxicité rénale.
En pratique, les cristalloïdes sont le traitement de première ligne, en raison de leur sécurité
d’emploi, de leur accessibilité et de leur coût modéré.(Nesseler, N., Matthay, M. A., &
Seguin, P. (2017))
2) Utilisation des vasopresseurs :
28
Lorsque la pression artérielle moyenne (PAM) reste inférieure à 65 mmHg malgré une
expansion volémique initiale bien conduite, l’ajout de vasopresseurs devient nécessaire.
L’objectif est de restaurer une perfusion d’organes adéquate, en maintenant une PAM
suffisante pour permettre un débit sanguin efficace vers les tissus
Noradrénaline (norepinephrine) : agent de première ligne :
Mécanisme d’action :
Agit principalement via les récepteurs alpha-adrénergiques, induisant une vasoconstriction
périphérique puissante.
Effet secondaire modéré sur les récepteurs bêta-adrénergiques, ce qui peut augmenter
légèrement la contractilité cardiaque (effet inotrope).
Avantages :
Moins d’effets secondaires que d’autres catécholamines.
Réduction du risque d’arythmies comparativement à la dopamine.
Cible hémodynamique : Maintien d’une PAM ≥ 65 mmHg
Vasopressine : traitement adjuvant
Peut être ajoutée à la noradrénaline chez les patients qui restent hypotendus malgré des doses
élevées.
Mécanisme : Hormone antidiurétique qui agit sur les récepteurs V1 pour induire une
vasoconstriction indépendante du système adrénergique.
Dose recommandée : Habituellement à 0,03 UI/min, sans titration.
Indications spécifiques : Utilisée en seconde intention pour réduire les besoins en
noradrénaline, sans aggraver les effets secondaires cardiovasculaires.
Adrénaline (épinéphrine) : alternative de deuxième ligne
Effet mixte alpha et bêta :Vasoconstriction (alpha) + stimulation cardiaque (bêta).
Utilisée lorsque : Noradrénaline est insuffisante ;Présence d’une dysfonction myocardique avec
un débit cardiaque bas malgré une volémie correcte.
Effets indésirables : Risque d’arythmies ;Peut provoquer une lactatémie accrue, qui complique
l’interprétation du marqueur de perfusion tissulaire.
Des prélèvements ciblés selon les symptômes cliniques (ECBU, expectorations, ponctions de
liquide biologique, LCR, etc.) (Evans et al., 2024).
La sévérité clinique,
1. Infections communautaires
Dans le sepsis communautaire, les germes sont généralement sensibles aux antibiotiques
classiques.
Bactéries fréquemment en cause :
Streptococcus pneumoniae (infections respiratoires), (Rhodes A. et al., 2017)
30
Escherichia coli (infections urinaires), (Rhodes A. et al., 2017)
2. Infections nosocomiales
Les infections acquises à l’hôpital sont souvent causées par des bactéries résistantes.
Bactéries fréquemment impliquées :
Pseudomonas aeruginosa, Acinetobacter baumannii (Bacilles Gram négatif), (De Waele JJ. et
al., 2022)
Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline (SARM), (De Waele JJ. et al., 2022)
Entérobactéries productrices de β-lactamases à spectre étendu (EBLSE). (De Waele JJ. et al.,
2022)
31
Anti-Pseudomonas spécifique : Pipéracilline-tazobactam ou céfépime. (Bassetti M. et al.,
2020)
Principes complémentaires
Démarrage rapide : l’administration d’une antibiothérapie adaptée dans l'heure améliore la
survie (Rhodes et al., 2017).
1-Corticothérapie (Hydrocortisone)
Indication principale :
La corticothérapie est recommandée chez les patients en choc septique réfractaire, défini par
une hypotension persistante malgré une réanimation volumique adéquate et l'utilisation de
vasopresseurs à fortes doses (Evans et al., 2021).
Protocole recommandé :
Administration d’hémisuccinate d’hydrocortisone : 200 mg/jour, en doses fractionnées (ex : 50
mg toutes les 6 heures) ou en perfusion continue. (Annane et al., 2019)
Durée : 5 à 7 jours.
Pas de nécessité de décroissance progressive des doses si traitement court (<7 jours). (Evans et
al., 2021)
Objectif :
➔ Maintenir l’hémoglobine entre 7–9 g/dL.
32
Exceptions (seuil de transfusion plus élevé) :
Justification :
La stratégie de transfusion restrictive a démontré une réduction de la morbidité sans
augmentation de la mortalité par rapport à une stratégie plus libérale (Hébert et al., 1999).
Indications formelles :
o Procédures invasives nécessitant une correction rapide de l’hémostase (Holst et al., 2015).
L'usage non justifié de PFC expose aux risques d'effets indésirables graves comme le TRALI
(Transfusion-Related Acute Lung Injury) ; son administration doit donc être ciblée et
raisonnée (Holst et al., 2015).
6. Conclusion :
33
Matériels et méthode
Type de l'étude :
Il s'agit d'une étude descriptive exploratoire, et prospective, à devis quantitatif qui vise à
décrire le niveau de connaissance théorique et pratique des IAR exerçant au niveau des
services de réanimation A et B du CHR Hassan II, par rapport au PEC des patients en état de
choc septique ainsi les recommandations de littérature et la PEC pour les patients
diagnostiqués de cet état de choc .
Lieu d’étude :
L’étude sera menée dans les services de réanimation A et B de l’hôpital régional Hassan II
d’Agadir. Ces deux unités, accueillant des patients en état critique, constituent un cadre
pertinent pour évaluer les connaissances des infirmiers en matière de prise en charge du choc
septique.
Le choix de ce lieu d’étude se justifie par sa spécificité : il s’agit d’un environnement dédié à
la prise en charge prolongée de patients présentant des états de choc septique nécessitant une
surveillance continue et rigoureuse. Cette caractéristique en fait un cadre idéal pour répondre
aux objectifs de la présente recherche.
Durée d’étude :
La recherche s’étalera sur une période de six mois, incluant la phase conceptuelle, la collecte,
l’analyse et la rédaction.
34
Les instruments de collecte des données :
1) : La collecte des données s’effectuera à l’aide de deux outils complémentaires :
A-Un questionnaire structuré : La méthode de collecte des données repose sur un questionnaire
auto-administré, élaboré à partir de la littérature scientifique portant sur l’état de choc
septique. Ce questionnaire a été conçu à l’aide du logiciel Sphinx, PLUS 2
Il comporte une introduction ainsi que 32 questions formulées de manière claire et ciblée,
organisées selon une logique progressive allant du général au spécifique, en lien direct avec
les objectifs de l’étude. Il se divise en trois parties principales:
Première partie : 05 questions pour Identification des participants.
Deuxième partie : 08 questions générales pour l’évaluation des connaissances relatives au PEC
des patients en états de choc septique
Quatrième partie : 08 questions pour l’évaluation des connaissances relatives au PEC des
patients en états de choc septique comprenant 7 questions générales et 20 questions
spécifiques.
Insertion des références bibliographiques a été faite à l’aide du logiciel ZOTERO avec
le style APA 7èmeEdition.
35
Les considérations éthiques :
Afin de garantir l’intégrité, la sécurité et les droits des participants, plusieurs mesures seront
mises en place :
Consentement éclairé :
Avant toute participation, chaque infirmier anesthésiste sera informé des objectifs de l’étude,
des modalités de participation, de la nature des données recueillies et de son droit de retrait à
tout moment sans justification. Un formulaire de consentement sera présenté et signé de
manière volontaire.
Respect de l’éthique :
Cette étude respectera les principes éthiques et les recommandations nationales en matière de
recherche impliquant des professionnels de santé. Aucun acte invasif ou traitement
expérimental ne sera réalisé.
Mesures de protection :
L’étude ne comporte aucun risque physique ou psychologique pour les participants. Elle
repose uniquement sur la passation d’un questionnaire anonyme. Un accompagnement ou un
soutien pourra être proposé en cas de malaise lié aux questions posées.
Autorisations requises :
L’autorisation préalable du comité d’éthique de l’établissement sera sollicitée, ainsi que
l’accord de la direction du CHR Hassan II et du service de réanimation concerné. Aucune
donnée ne sera collectée sans ces validations.
36
Résultats
Cette section est consacrée à la présentation et à l’interprétation des données recueillies à travers
un questionnaire administré à un échantillon de 50 infirmiers spécialisés en anesthésie-
réanimation. Ces professionnels exercent dans les différents services de réanimation du Centre
Hospitalier Régional Hassan II, situé dans la région de Souss-Massa.
Les résultats obtenus sont analysés à l’aide de statistiques descriptives (fréquences, pourcentages,
moyennes) et sont présentés selon une organisation thématique en quatre chapitres, permettant
une lecture claire et structurée des données :
2. Généralités : Il s’agit ici d’évaluer les connaissances générales des infirmiers en termes de
choc septique , ainsi que leur perception du rôle infirmier dans la prise en charge globale du
patient critique.
3. Prise en charge hémodynamique : Cette partie explore les pratiques et les compétences liées
au suivi et au soutien de l’état hémodynamique des patients. Elle s’intéresse notamment aux
techniques de surveillance utilisées, à l'interprétation des paramètres vitaux, ainsi qu’à la
collaboration avec les médecins anesthésistes-réanimateurs.
La population est caractérisée par une prédominance de sexe féminin avec sexe-ratio F/H
égal à 1,08 femme pour 1 homme. L’âge moyen des participants est 29,7 ans ± 9,11
37
Tableau 2 : Répartition des IAR selon les caractéristiques
Le sexe ratio F/H 1,08
Age moyen (Ans) 29,7 (± 9,11)
40%
38%
35%
30% 32%
25%
20%
15%
5% 6%
0%
Moins de 2 ans De 2 à 4 ans De 4 à 6 ans De 6 à 8 ans De 8 à0%
10 ans 10 ans et plus
3. La formation continue :
La plupart des IAR soit 84% reçoivent une formation continue à propos des états de choc.
38
Non
16%
Oui
84%
Oui Non
70%
60%
50%
40%
30%
20%
10%
0%
on e ile e se
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ati ob Au on
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h
ong s
C i on
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M
39
En se basant sur le graphique, on constate que :
- 66% ont répondu qu’ils ont reçu une formation continue dans le cadre de l’autoformation.
- 16% ont affirmé qu’ils ont reçu une formation continue dans le cadre des congrès
scientifiques.
- 2% des IDE ont reçu une formation continue de type mission d’hôpital mobile.
- 14% ont répondu qu’ils ont reçu une formation continue d’autre type
3. Critère de diagnostic
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Figure 4 : Les taux des réponses des IAR sur les généralités de choc septique
40
La grande majorité des IAR soit (98%) connaissent la dose d’Hydrocortisone à administrer en
cas de choc septique, seules 2% ont donné une mauvaise réponse.
97% des IAR ont bien répondu à la question sur la corticothérapie par hydrocortisone, tandis
que 3% ont échoué à répondre correctement.
Concernant la valeur de ScvO₂ > 70%, 88% des IAR ont su l’interpréter correctement, contre
12% qui se sont trompés.
68% des IAR ont reconnu les critères de diagnostic du choc septique, tandis que 32% ont
donné une mauvaise réponse.
L’utilisation du score SOFA est bien maîtrisée par 72% des IAR, tandis que 28% ne l’ont pas
correctement identifié.
Enfin, 91% des IAR ont identifié le critère hémodynamique principal du choc septique, tandis
que 9% ne l’ont pas reconnu.
Le taux de bonnes réponses sur cette partie est de 68%
Indication de la vasopressine
Seuil de transfusion
Utilisation d’albumine
Vasopresseur de choix
0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90% 100%
Figure 5 : Les taux des réponses des IAR sur la PEC hémodynamique de choc septique
41
100% des participants ont bien reconnu l’objectif de PAM en choc septique(65mmHg)
La prédiction de la réponse au remplissage vasculaire est bien reconnue comme objectif
principal du test de levée passive des jambes par 78% des professionnels, tandis que 22%
ont cité d'autres buts moins pertinents.
La variation de la pression pulsée est largement interprétée correctement comme signe
d’hypovolémie, avec 94% de bonnes réponses et seulement 6% de mauvaises
interprétations.
Le vasopresseur de choix est identifié sans équivoque : 100% des professionnels ont indiqué
la noradrénaline, aucune confusion avec d'autres molécules n’a été observée.
L’utilisation de l’albumine chez les hypoprotéinémies profondes est correctement reconnue
par 48% des répondants, tandis que 52% ne l’ont pas indiquée correctement ou ont suggéré
une utilisation inappropriée.
L’inconvénient principal des cristalloïdes, à savoir leur faible pouvoir d’expansion
volémique, est parfaitement identifié par 100% des répondants, sans aucune mauvaise
réponse.
Concernant la solution de choix pour le remplissage, 100% des professionnels ont
sélectionné correctement les cristalloïdes, sans erreur.
Le seuil de transfusion chez un patient sans pathologie coronaire est bien compris, avec
100% de bonnes réponses, indiquant l’hémoglobine < 7 g/dL.
Le volume recommandé de remplissage (30 mL/kg) est maîtrisé par l’ensemble des
professionnels (100%), sans erreur.
Le test de levée de jambe passive comme prédicteur de l'efficacité du remplissage est reconnu
par 98%, avec une très faible part de réponses incorrectes (2%).
Enfin, l’indication de la vasopressine en cas de choc réfractaire à la noradrénaline est
bien comprise par 98% des répondants, avec une part minime (2%) de confusion sur cette
indication.
Le taux global de bonnes réponses dans cette partie est 91,6%.
42
Durée recommendée d'ntibiotherapie
Réalisation d’hémocultures
Début d’antibiothérapie
0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90% 100%
Figure 6 : Les taux des réponses des IAR sur la PEC anti-infectieuse de choc septique
L’antibiothérapie empirique à large spectre est bien choisie comme option de première intention
par 40,8% des répondants, alors que près de 60% ont cité d'autres options, montrant une variabilité
dans les pratiques initiales.
Le bon moment pour débuter l’antibiothérapie, c’est-à-dire dans l’heure suivant le diagnostic, est
bien reconnu par 70% des professionnels, tandis que 30% préfèrent attendre d'autres critères
(résultats microbiologiques, stabilisation, etc.), ce qui est suboptimal.
Concernant la réalisation des hémocultures, 88% des professionnels appliquent la bonne pratique
en réalisant deux hémocultures incluant une sur voie centrale, ce qui est un excellent taux
d’adhésion.
Seuls 28% des professionnels reconnaissent correctement Pseudomonas aeruginosa comme une
des bactéries les plus fréquentes en infection nosocomiale, alors que 72% mentionnent d’autres
agents moins représentatifs dans ce contexte.
En matière de traitement spécifique de Pseudomonas aeruginosa, 24% choisissent correctement
l’association céfépime + amikacine, tandis que 76% se tournent vers des associations inefficaces
ou inadaptées.
42% des participants identifient correctement l’objectif de réévaluation de l’antibiothérapie, c’est-
à-dire adapter le traitement et réduire le spectre si possible, mais 58% optent pour des conduites
non recommandées comme l’arrêt automatique ou la bithérapie systématique.
Seul 40% ont identifié correctement la durée recommandée de l’antibiothérapie (7 à 10 j) alors que
60% ont choisis des durées inadaptés .
Le Taux global de bonnes réponses dans cette partie est 48,3%
Généralités
0% 10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90% 100%
La figure 6 présente une vue d’ensemble des performances des répondants aux différentes
sections du questionnaire, en distinguant les taux de bonnes et de mauvaises réponses. Cette
représentation graphique permet de dégager plusieurs tendances significatives concernant le
niveau de maîtrise des infirmiers interrogés dans les principaux axes de la prise en charge en
réanimation.
Prise en charge hémodynamique : Cette section enregistre le taux de bonnes réponses le plus
élevé, avoisinant les 90 %. Ce résultat met en évidence une excellente maîtrise des concepts et
des pratiques liés à la gestion de l’état hémodynamique des patients en réanimation. Il traduit
également l’importance accordée à cet aspect dans la formation et la pratique quotidienne des
infirmiers en anesthésie-réanimation, domaine dans lequel ils semblent particulièrement bien
formés et expérimentés.
Prise en charge anti-infectieuse : À l’opposé, c’est dans cette section que l’on observe le taux
de mauvaises réponses le plus élevé, atteignant environ 45 %. Ce chiffre témoigne de lacunes
notables dans les connaissances ou l’application des protocoles en matière de prévention et de
traitement des infections en milieu de réanimation. Ce déficit peut s’expliquer par un manque
de formation continue sur les recommandations actualisées, une faible implication dans la
stratégie antibiotique, ou encore une complexité des protocoles anti-infectieux dans un
contexte où la résistance bactérienne évolue rapidement.
44
Section Généralités : Le taux de bonnes réponses pour cette partie est d’environ 65 %, ce qui
indique un niveau de connaissance intermédiaire. Cela peut refléter une bonne base théorique
chez la majorité des participants, mais également une certaine hétérogénéité dans
l’assimilation des connaissances générales en réanimation, notamment en ce qui concerne les
rôles infirmiers, les outils cliniques de base ou la culture des soins critiques.
Appréciation globale : De manière générale, le taux global de bonnes réponses se situe autour
de 70 %, contre 30 % de mauvaises réponses. Il convient de souligner que la figure ne
mentionne pas explicitement l’existence de non-réponses, ce qui laisse penser que l’ensemble
des questions a été renseigné par tous les participants. Ces chiffres suggèrent un niveau
globalement satisfaisant de connaissances, bien que certaines zones d’ombre, notamment dans
la prise en charge anti-infectieuse, mériteraient d’être comblées par des formations ciblées ou
des rappels de protocoles.
45
Tableau 2 : Questionnaire partie physiopathologie corrigé
Questions Réponses
Généralités
Quel est le critère hémodynamique principal PAM < 65 mmHg nécessitant des
définissant un choc septique ? vasopresseurs
Le score SOFA est utilisé dans le sepsis pour - Quantifier la défaillance d’organe
Le choc septique est défini par une nécessité - Lactates > 2 mmol/L malgré remplissage
de vasopresseurs pour maintenir une PAM =
65 mmHg et
PEC Hémodynamique
Quelle est la valeur seuil de PAM à atteindre 65mmHg
selon les recommandations en cas de choc
septique ?
La transfusion de culots globulaires est - Hémoglobine < 7 g/dL, en absence de
indiquée dans le sepsis si : pathologie coronaire
Quelle est la valeur seuil de PAM à atteindre - 30 mL/kg
selon les recommandations en cas de choc
septique ?
L’efficacité du remplissage peut être - Test de lever de jambe passif
prédite par
46
Le test de levée passive des jambes permet Prédire la réponse au remplissage vasculaire
de :
Une variation de la pression pulsée - Hypovolémie
significative chez un patient ventilé
suggère :
PEC Anti-infectieuse
Quand faut-il idéalement initier Dans l’heure suivant le diagnostic
l’antibiothérapie dans le sepsis ?
Concernant les prélèvements, il est - Deux hémocultures, dont une sur voie
recommandé de réaliser : centrale si présente > 48h
47
Discussion
La discussion des résultats de cette étude s’appuie sur leur confrontation avec les données
issues de la littérature scientifique portant sur la prise en charge du choc septique, ainsi que
sur les recommandations théoriques actuellement en vigueur. Elle vise à apprécier le niveau
de connaissance des infirmiers anesthésistes-réanimateurs (IAR) et à mettre en lumière les
points forts et les axes d'amélioration dans la pratique infirmière.
Caractéristiques des participants
L’analyse des données démographiques révèle une population jeune, avec une moyenne d’âge
de 29,7 ± 9,11 ans, et une légère prédominance féminine (sexe-ratio F/H = 1,08). Cette
jeunesse professionnelle est confirmée par une ancienneté inférieure à 10 ans chez 68 % des
participants. Ces caractéristiques, similaires à celles rapportées par Soury-Lavergne et al.
(2011), traduisent un personnel dynamique, potentiellement plus réceptif aux mises à jour des
connaissances. La majorité des participants (84 %) déclare avoir suivi une formation continue,
dont 66 % sous forme d’autoformation, reflétant une autonomie dans la recherche de
compétences mais aussi un manque d’encadrement institutionnalisé.
Connaissances générales sur le choc septique
Les résultats relatifs aux généralités sur le choc septique montrent un niveau intermédiaire de
connaissance, avec 65 % de bonnes réponses. Cette performance indique une maîtrise correcte
des définitions de base, des critères de diagnostic, et des éléments pathophysiologiques
majeurs. Par exemple, 91 % des IAR ont correctement identifié la pression artérielle moyenne
(PAM) comme critère hémodynamique principal du choc septique. Cependant, 32 % des
participants ont échoué à identifier l’ensemble des critères diagnostiques, ce qui souligne la
nécessité de renforcer l’enseignement des protocoles de repérage rapide du sepsis sévère.
Ces résultats sont cohérents avec ceux de Mellhammar et al. (2019), qui ont observé des
écarts similaires dans la compréhension clinique du sepsis, malgré la large diffusion des
recommandations du Sepsis-3.
Prise en charge hémodynamique
Les résultats de cette section sont particulièrement satisfaisants, avec un taux global de bonnes
réponses de 91,6 %. L’ensemble des participants ont su identifier les cristalloïdes comme
soluté de remplissage de première intention, et 100 % ont reconnu la noradrénaline comme
vasopresseur de choix. De même, des notions plus techniques telles que le test de levée
passive des jambes, la PAM cible de 65 mmHg et la stratégie de remplissage initial à 30
mL/kg ont été correctement citées par une grande majorité des IAR.
Ces performances indiquent une excellente maîtrise des protocoles hémodynamiques,
48
probablement renforcée par la fréquence de leur application en pratique quotidienne. Elles
rejoignent les conclusions de Vieillard-Baron et al. (2023), qui soulignent l’importance de la
formation au monitorage dynamique dans la PEC du choc septique.
Prise en charge anti-infectieuse
À l’inverse, la section sur la prise en charge anti-infectieuse révèle des lacunes préoccupantes,
avec un taux de bonnes réponses limité à 48,3 %. Moins de 41 % des infirmiers ont identifié
l’antibiothérapie à large spectre comme traitement de première intention, et seulement 28 %
ont reconnu Pseudomonas aeruginosa comme germe fréquent en milieu nosocomial. Ces
résultats traduisent une insuffisance dans l'intégration des recommandations actuelles
concernant l'antibiothérapie probabiliste.
Ce déficit est d’autant plus préoccupant que la précocité de l’antibiothérapie influence
directement la mortalité. Comme le rappelle Kumar et al. (2024), chaque heure de retard dans
l’administration d’un traitement adapté augmente le risque de décès. Cette sous-performance
pourrait s’expliquer par une implication limitée des IAR dans la prescription ou l’adaptation
du traitement, mais elle révèle aussi un besoin pressant de formation ciblée sur
l’antibiothérapie en contexte critique.
Analyse comparative et synthèse
Lorsque l’on compare les trois axes étudiés, une hiérarchisation des compétences se dessine
nettement :
Hémodynamique : très bien maîtrisée (~90 % de bonnes réponses),
Suggestion
49
1. Revoir les modules de formation initiale et continue relatifs au sepsis et au choc septique, en y
intégrant les dernières recommandations internationales (Surviving Sepsis Campaign, 2024),
notamment en matière de traitement anti-infectieux et de stratégie de désescalade.
2. Mettre en place des sessions régulières de simulation en réanimation, centrées sur la gestion
globale d’un patient en état de choc septique (évaluation initiale, administration des
vasopresseurs, prélèvements microbiologiques, antibiothérapie dans l’heure), afin de renforcer
les compétences pratiques et réflexes cliniques.
3. Élaborer et diffuser des protocoles cliniques standardisés et des fiches réflexes affichées dans
les unités de soins, en collaboration avec l’équipe médicale, pour harmoniser les conduites à
tenir dès l’identification du choc septique.
5. Impliquer les IAR dans les décisions thérapeutiques multidisciplinaires, par la participation aux
revues de morbi-mortalité, aux comités d’antibiothérapie et aux évaluations des pratiques
professionnelles.
Les participants ont été encouragés à répondre de manière autonome, sans recours à une
documentation externe, ce qui donne à leurs réponses une valeur authentique, ancrée dans leur
expérience quotidienne.
Le taux de réponse est excellent (100 %), témoignant de la motivation et de l’intérêt des IAR
pour cette thématique, souvent rencontrée dans leur pratique clinique.
Ce travail ouvre la voie à des études plus larges, notamment dans d’autres services de soins
intensifs médicaux ou chirurgicaux, afin de comparer les niveaux de connaissance et
d’harmoniser les pratiques interservices.
50
L’étude a mis en lumière la nécessité d’élaborer des protocoles spécifiques, fondés sur les
résultats et sur les recommandations internationales, qui sont présentés en annexes.
Limites de l’étude
Durée d’étude relativement courte, ce qui a limité la possibilité d’observer les effets d’une
intervention pédagogique ou d’un changement de pratique sur le terrain.
Mode de collecte sur support papier, sujet à des pertes ou à une conservation inégale, qui aurait
pu être amélioré par l’utilisation d’une version numérique pour un traitement plus fluide et
une analyse plus rapide.
Le nombre élevé de questions (32) peut avoir occasionné une certaine fatigue ou une perte
d’attention, bien que tous les questionnaires aient été complétés.
L’étude s’est focalisée exclusivement sur le personnel infirmier adulte, sans prise en compte
des particularités pédiatriques ou néonatales, qui mériteraient de futures investigations
spécifiques.
Cette tendance est en phase avec l'observation faite par Rhodes et al. (2024), selon laquelle les
soins de réanimation sont généralement bien intégrés par les soignants, contrairement aux
logiques de prescription et de désescalade thérapeutique.
En outre, le taux global de bonnes réponses est de 70 %, ce qui, bien que satisfaisant, ne
garantit pas une uniformité de la qualité des soins. L’absence de non-réponse dans les
questionnaires indique cependant une bonne implication des IAR, ce qui constitue une base
solide pour des actions pédagogiques ciblées.
Perspectives locales et besoins en formation
Dans le contexte du CHR Hassan II d’Agadir, ces résultats soulignent l’efficacité relative des
modules de formation hémodynamique et l’urgence d’introduire des programmes de
formation continue centrés sur l’anti-infectieux. Des outils pédagogiques interactifs
(simulations, cas cliniques, quiz en ligne) pourraient être envisagés afin d’améliorer la
rétention des connaissances et leur transposition dans la pratique.
Par ailleurs, il pourrait être opportun d’impliquer davantage les IAR dans les réunions de
concertation multidisciplinaire et les revues d'antibiothérapie, favorisant ainsi une
51
appropriation collective des Protocoles de PEC.
Conclusion
Le choc septique demeure aujourd’hui l’un des syndromes les plus redoutés en milieu de
réanimation. Par sa complexité physiopathologique, la rapidité de son évolution et la gravité
de son pronostic, il représente un véritable défi pour les équipes soignantes. La
reconnaissance précoce, l’intervention rapide et la coordination rigoureuse des soins
constituent les piliers essentiels de sa prise en charge. Dans ce contexte, le rôle de l’infirmier
anesthésiste-réanimateur (IAR) s’avère fondamental, à la fois dans l’évaluation clinique, la
mise en œuvre des traitements et le suivi continu du patient.
Cette étude, menée auprès d’un échantillon représentatif d’IAR exerçant dans les services de
réanimation du Centre Hospitalier Régional Hassan II, a permis de dresser un état des lieux
précis d’état de connaissance des professionnels sur la prise en charge du choc septique.
L’analyse des réponses a révélé des points forts encourageants, notamment en ce qui concerne
la maîtrise des aspects hémodynamiques, mais aussi des faiblesses préoccupantes, en
particulier dans la prise en charge anti-infectieuse, qui demeure pourtant un axe thérapeutique
majeur dans la lutte contre la mortalité liée au sepsis.
Au-delà des chiffres, cette enquête a mis en lumière un besoin clair de consolidation des
compétences par le biais d’une formation continue structurée, de supports protocolaires
standardisés et d’un travail interdisciplinaire renforcé. Elle a également souligné la volonté
des soignants de progresser, d’apprendre, et de participer activement à l’amélioration de la
qualité des soins en réanimation.
Les résultats obtenus ne doivent pas être considérés comme une fin en soi, mais bien comme
un point de départ vers une réflexion plus large, plus profonde et plus engagée sur la
formation, l’encadrement, et la reconnaissance du rôle infirmier dans des situations cliniques
critiques comme le choc septique. Ils incitent à penser l’avenir en termes d’outils
pédagogiques adaptés, de pratiques fondées sur des preuves, et de dialogue constant entre les
différents acteurs du soin.
En somme, cette étude vient rappeler que la compétence en réanimation n’est jamais acquise
de manière définitive, mais qu’elle se construit, se renouvelle et s’actualise sans cesse. C’est
dans cette dynamique de progression continue que réside la véritable force d’un système de
soins, capable de faire face aux situations les plus complexes avec efficacité, rigueur et
humanité.
52
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Annexes
Annexe 1 : Questionnaire
55
56
Annexe 2 : Autorisation de la collecte de données de la délégation de région Souss -Massa
57
Annexe 3 : Consentement éclairé pour participants :
58
59
60