Calcul Différentiel Avancé en Mathématiques
Calcul Différentiel Avancé en Mathématiques
DE LA DROITE RÉELLE
AUX PATATOÏDES
Licence-Master
Emmanuel Hebey
1
2
Le plan du polycopié
en un schéma
Version du polycopié:
04 Mars 2025
Contents
Introduction 7
Chapitre 2. Applications f : Rp → Rq 33
1. Continuité 35
2. Le critère polaire de continuité 37
3. Différentiabilité 38
4. Le théorème des accroissements finis 43
5. Applications de classe C 1 44
6. Le théorème d’inversion locale 46
7. Le théorème des fonctions implicites 48
8. Le théorème de Frobenius 49
9. Différentielles d’ordre supérieur 49
10. Formules de Taylor 51
11. Problèmes d’extremums 52
1. Applications différentiables 79
2. Gateaux-différentiabilité 82
3. Différentiabilité et normes équivalentes 82
4. Différentielles de fonctions composées 83
5. Différentielles d’applications particulières 84
6. Applications à valeurs dans un produit d’espaces de Banach 86
7. Pseudo produits d’applications différentiables 88
8. Dérivées partielles 89
9. Applications de R dans un Banach 90
10. Le théorème des accroissements finis 91
11. Accroissements finis et dérivées partielles 94
12. Le théorème d’inversion locale 96
13. Le théorème des fonctions implicites 98
14. Différentielles secondes et d’ordres supérieures 100
15. Extremums et minimisation sous contraintes 102
7
CHAPITRE 1
1. Suites réelles
Une suite réelle est une famille de réels indéxée par N. On a donc un premier
élément, souvent commençant à 0 ou 1, puis un second, puis un troisième etc. Une
suite réelle est donc une famille (xn ) de réels avec n ∈ N, ou n ∈ N⋆ , ou n ∈ N et
n ≥ 2 etc. La question intéressante pour les suites est leur comportement à l’infini,
donc lorsque n → +∞, puisque lorsqu’on coupe une suite au delà d’un N ∈ N on
ne se retrouve finalement qu’avec un nombre fini de points sans grand intérêt.
Définition 1.1. Soit (xn ) une suite réelle et soit ℓ ∈ R. On dit que (xn ) a
pour limite ℓ lorsque n → +∞ si
∀ε > 0, ∃N ∈ N / ∀n ≥ N, |xn − ℓ| < ε .
On écrit alors lim xn = ℓ ou encore xn → ℓ lorsque n → +∞. Une suite qui
n→+∞
possède une limite finie est dite convergente.
L’unicité de la limite lorsqu’elle existe est donnée par le théorème suivant.
Théorème 1.1. La limite, lorsqu’elle existe, est unique.
Démonstration. Supposons qu’une suite (xn ) ait deux limites ℓ et ℓ′ . Alors
∀ε > 0, ∃N ∈ N / ∀n ≥ N, |xn − ℓ| < ε
∀ε > 0, ∃N ′ ∈ N / ∀n ≥ N ′ , |xn − ℓ′ | < ε
On fixe ε > 0 quelconque. Soit n tel que n ≥ max(N, N ′ ). Alors |xn − ℓ| < ε et
|xn − ℓ′ | < ε. Donc
|ℓ − ℓ′ | = |ℓ − xn + xn − ℓ′ |
≤ |xn − ℓ| + |xn − ℓ′ |
< 2ε .
′
On a ainsi montré que |ℓ − ℓ | < 2ε. Comme ε > 0 est quelconque, nécessairement
ℓ′ = ℓ. Le théorème est démontré. □
Une suite (xn ) n’a pas forcément de limite, c’est le cas par exemple lorsque
xn = (−1)n pour tout n. Par ailleurs, une suite (xn ) peut avoir une limite infinie.
On dit que (xn ) a pour limite +∞ lorsque n → +∞ si
∀A > 0, ∃N ∈ N / ∀n ≥ N, xn > A .
9
10 1. CALCUL DIFFÉRENTIEL EN UNE VARIABLE RÉELLE
1 1
lim =
n→+∞ xn lim xn
n→+∞
et xn ̸= 0 pour n grand.
Démonstration. On va se limiter à démontrer deux affirmations: d’une part
que xn yn → xy si xn → x et yn → y, et d’autre part qu’il existe n0 ∈ N tel que
xn ̸= 0 pour tout n ≥ n0 si x ̸= 0 et xn → x. Supposons donc que xn → x et
yn → y lorsque n → +∞. On écrit que
|xn yn − xy| = |(xn − x)yn + x(yn − y)|
≤ |xn − x| × |yn | + |x| × |yn − y| .
Par hypothèses,
∀ε > 0, ∃N ∈ N / ∀n ≥ N, |xn − x| < ε
∀ε > 0, ∃N ′ ∈ N / ∀n ≥ N ′ , |yn − y| < ε .
En prenant ε = 1 on obtient qu’il existe N0 = N tel que |yn | ≤ |y| + 1 pour tout
n ≥ N0 . On fixe maintenant ε > 0 quelconque. Soit N1 = max(N0 , N, N ′ ). Alors
|xn yn − xy| ≤ (|y| + 1)ε + |x|ε
≤ (|x| + |y| + 1) ε
pour tout n ≥ N1 . Donc, pour tout ε > 0, il existe N1 tel que pour tout n ≥ N1 ,
|xn yn − xy| < (|x| + |y| + 1) ε, et comme ε > 0 est quelconque, on a en fait montré
que
∀ε > 0, ∃N1 ∈ N / ∀n ≥ N1 , |xn yn − xy| < ε .
D’où la convergence de (xn yn ) vers xy si xn → x et yn → y lorsque n → +∞.
On montre maintenant que si xn → x lorsque n → +∞ et si x ̸= 0, alors il
existe n0 ∈ N tel que xn ̸= 0 pour tout n ≥ n0 . On reprend la phrase de convergence
de (xn ) vers x. On choisit ε = 21 |x|. Il existe alors n0 = N tel que pour tout n ≥ n0 ,
|xn − x| < 21 |x|. Or |xn − x| ≥ |x| − |xn |. Donc |xn | ≥ |x| − 12 |x| = 12 |x| > 0 pour
tout n ≥ n0 . D’où l’affirmation. □
1. SUITES RÉELLES 11
yn lim yn
n→+∞
lim = .
n→+∞ xn lim xn
n→+∞
dès que f est continue, ce qui permet, avec le lemme, de “calculer” les limites
d’expressions comme zn = xn yn2 sin(xn + 2yn ) par exemple. Un résultat très utile
est donné par le théorème des gendarmes qui suit.
Théorème 1.2 (Théorème des gendarmes). Soient (xn ), (yn ) et (zn ) trois
suites réelles. On suppose qu’il existe n0 ∈ N tel que xn ≤ yn ≤ zn pour tout
n ≥ n0 . On suppose que (xn ) et (zn ) convergent et on même limite ℓ. Alors (yn )
converge et lim yn = ℓ.
n→+∞
Le théorème sui suit est très important. On dit d’une suite (xn ) qu’elle est
majorée s’il existe M ∈ R tel que xn ≤ M pour tout n, et qu’elle est minorée s’il
existe M ∈ R tel que xn ≥ M pour tout n.
Théorème 1.3. Soit (xn ) une suite réelle. (1) On suppose que (xn ) est crois-
sante à partir d’un certain rang, à savoir qu’il existe n0 ∈ N tel que xn ≤ xn+1
pour tout n ≥ n0 . Alors (xn ) a une limite lorsque n → +∞ qui est soit finie soit
égale à +∞. Cette limite est finie, et la suite (xn ) est convergente, si et seulement
si (xn ) est majorée.
(2) On suppose que (xn ) est décroissante à partir d’un certain rang, à savoir qu’il
existe n0 ∈ N tel que xn ≥ xn+1 pour tout n ≥ n0 . Alors (xn ) a une limite lorsque
n → +∞ qui est soit finie soit égale à −∞. Cette limite est finie, et la suite (xn )
est convergente, si et seulement si (xn ) est minorée.
Démonstration. Il suffit de montrer (1) car on passe de (2) à (1) en con-
sidérant (−xn ) au lieu de (xn ). Soit donc (xn ) une suite croissante à partir d’un
certain rang n0 . Si (xn ) n’est pas majorée alors ∀A > 0, ∃N ≥ n0 tel que xn > A
car sinon il existe A > 0 tel que xn ≤ A pour tout N ≥ n0 et (xn ) est donc majorée
par
M (n0 , A) = max( max |xi |, A) .
i=0,...,n0 −1
12 1. CALCUL DIFFÉRENTIEL EN UNE VARIABLE RÉELLE
Soit (xn ) une suite bornée. Si elle converge elle a une unique valeur d’adhérence
puisque toute sous suite d’une suite convergente est convergente et a même limite.
On vient de montrer la réciproque. Donc: une suite bornée (xn ) converge si et
seulement si elle a une unique valeur d’adhérence.
Il manque à cette section la notion de suite de Cauchy, que nous abordons
maintenant. Une suite de Cauchy est une suite qui s’écrase sur elle-même.
Définition 1.3. Soit (xn ) une suite réelle. On dit que (xn ) est de Cauchy si
∀ε > 0, ∃N ∈ N / ∀p, q ≥ N, |xp − xq | < ε .
On écrira aussi que ∀ε > 0, ∃N ∈ N / ∀n ≥ N, ∀p ≥ 0, |xn+p − xn | < ε .
1. SUITES RÉELLES 15
Il est facile de voir qu’une suite convergente est nécessairement une suite de
Cauchy. La réciproque n’est pas toujours vraie, mais elle l’est dans R. C’est l’objet
du théorème qui suit.
Théorème 1.6. Soit (xn ) une suite réelle. Alors (xn ) est convergente si et
seulement si elle est de Cauchy.
Démonstration. Il est tout d’abord facile de vérifier que si (xn ) est conver-
gente, alors elle est de Cauchy. Supposons que
|xp − xq | = |(xp − x) + (x − xq )|
≤ |xp − x| + |xq − x| ,
on obtient que pour tout ε > 0 il existe N tel que pour tous p, q ≥ N , |xp −xq | < 2ε.
Comme ε > 0 est quelconque on a bien montré que
et donc que (xn ) est une suite de Cauchy. La réciproque se déduit facilement du
théorème de Bolzano-Weierstrass. Si (xn ) est de Cauchy, en prenant ε = 1 et
q = N dans la phrase des suites de Cauchy on obtient que |xp | ≤ |xN | + 1 pour
tout p ≥ N . Donc (xn ) est bornée. Mais si (xn ) est bornée alors, avec le théorème
de Bolzano-Weierstrass, il existe une sous suite (xφ(n) ) de (xn ) qui converge. Soit
ℓ sa limite. Alors
Ce théorème est très utile et la théorie des séries est d’ailleurs basée sur ce
résultat. Le point fondamental ici est, qu’en dehors d’utiliser la croissance ou la
décroissance, il était jusque là impossible de montrer qu’une suite converge sans
avoir à deviner sa limite pour vérifier ensuite que la phrase de convergence vers
cette limite est vraie. Avec ce théorème on a maintenant un autre outil qui ne
nécessite pas la connaissance de la limite: montrer que la suite est de Cauchy.
16 1. CALCUL DIFFÉRENTIEL EN UNE VARIABLE RÉELLE
Il se peut très bien dans cette définition que a soit à une des bornes de D, par
exemple si D = [a, b] avec b > a ou D = [c, a] avec c < a, auquel cas la limite telle
que définie ci-dessus renvoie en fait à la notion de limite à droite ou de limite à
S qu’il n’y ait pas de x ̸= a proche de a qui soit
gauche. Il se pourrait aussi très bien
dans D, par exemple si D = [0, 1] {2} et a = 2. Dans ce cas la définition est vide
et l’on s’abstient de parler de limite en a. Dans la plupart des cas étudiés, D est
un intervalle, ou une union d’intervalles, et cette situation étrange ne se rencontre
pas. A noter: la double condition x ̸= a et |x − a| < η s’écrira aussi 0 < |x − a| < η,
une formulation que l’on trouvera dans plusieurs ouvrages.
|ℓ − ℓ′ | = |ℓ − f (x) + f (x) − ℓ′ |
≤ |f (x) − ℓ| + |f (x) − ℓ′ |
< 2ε .
On a ainsi montré que |ℓ − ℓ′ | < 2ε. Comme ε > 0 est quelconque, nécessairement
ℓ′ = ℓ. Le théorème est démontré. □
Là encore un parle de limites finies, mais on peut très bien définir les limites
infinies, et même les limites lorsque x tend vers −∞ ou alors vers +∞. Cela donne
les phrases suivantes pour les limites infinies en un a ∈ D,
lim f (x) = −∞ si ∀ A < 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ D, x ̸= a, |x − a| < η ⇒ f (x) < A
x→a
lim f (x) = +∞ si ∀ A > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ D, x ̸= a, |x − a| < η ⇒ f (x) > A
x→a
2. LIMITES DES FONCTIONS 17
toujours avec ℓ ∈ R. Soit Da+ l’ensemble des x de D qui sont tels que x ≥ a et Da−
l’ensemble des x de D qui sont tels que x ≤ a. En remplaçant D par Da+ dans les
phrases mathématiques des limites en a on obtient la notion de limite à droite en
a. En remplaçant D par Da− dans les phrases mathématiques des limites en a on
obtient la notion de limite à gauche en a. On écrit souvent
lim f (x) et lim− f (x)
x→a+ x→a
pour les limites à droite et les limites à gauche.
Lemme 1.2 (Limites, limites à droite, limites à gauche). Soit f : D → R
une fonction et a ∈ D un point intérieur à D au sens où il existe η > 0 tel que
]a − η, a + η[⊂ D. Alors f admet une limite ℓ en a si et seulement si elle admet
une limite à gauche en a, une limite à droite en a et ces deux limites à gauche et
à droite sont égales à ℓ.
Démonstration. On se restreint au cas où ℓ ∈ R, mais le lemme reste vrai
pour ℓ = ±∞. Tout d’abord, qui peut le plus peut le moins. Il est donc clair que
si f a une limite ℓ en a alors elle a aussi des limites à gauche et à droite en a qui
valent toutes deux ℓ. Réciproquement, supposons que f a des limites à gauche et
à droite en a qui sont égales. Soit ℓ cette valeur commune. On a donc
∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ Da− , x ̸= a, |x − a| < η ⇒ |f (x) − ℓ| < ε
∀ε > 0, ∃η ′ > 0 / ∀x ∈ Da+ , x ̸= a, |x − a| < η ′ ⇒ |f (x) − ℓ| < ε .
En posant η ′′ = min(η, η ′ ) on obtient que
∀ε > 0, ∃η ′′ > 0 / ∀x ∈ D, x ̸= a, |x − a| < η ′′ ⇒ |f (x) − ℓ| < ε ,
soit donc que f a une limite en a qui vaut ℓ. Le lemme est démontré. □
Théorème 1.8. Soit D ⊂ R un sous ensemble de R et f : D → R une fonction
réelle définie sur D. Soit a ∈ D un point de D. La fonction f admet une limite
lorsque x tend vers a si et seulement si pour toute suite (xn ) de point de D\{a}
qui tend vers a lorsque n → +∞, la suite des f (xn ) a une limite lorsque n → +∞.
Démonstration. La première chose qui surprend dans cet énoncé est qu’on
ne demande pas une valeur commune aux limites des f (xn ). On va tout de suite
régler ce petit problème: si pour toute suite (xn ) de point de D\{a} qui tend vers
a, la suite des f (xn ) a une limite lorsque n → +∞, alors ces suites (f (xn )) ont
toutes la même limite. Considérons en effet deux suites (xn ) et (yn ) de points de
18 1. CALCUL DIFFÉRENTIEL EN UNE VARIABLE RÉELLE
D\{a} qui tendent toutes deux vers a lorsque n → +∞. Soit (zn ) la suite définie
par z2n = xn et z2n+1 = yn . On montre sans grande difficulté que les zn sont dans
D\{a} et surtout que zn → a lorsque n → +∞. Mais donc la suite des f (zn ) a
une limite. Or les suites des f (xn ) et f (yn ) sont des sous suites de cette suite. Ces
trois suites ont donc la même limite. En particulier la limites des f (xn ) est égale à
la limite des f (yn ). On passe maintenant à la preuve du résultat proprement dite.
Par “emboitement” (“rentrer” une relation dans une autre) il est aisé de montrer
que si la fonction f admet une limite lorsque x tend vers a alors pour toute suite
(xn ) de point de D\{a} qui tend vers a lorsque n → +∞, la suite des f (xn ) a une
limite lorsque n → +∞ qui vaut précisément la limite de f lorsque x tends vers
a. Réciproquement on suppose que pour toute suite (xn ) de point de D\{a} qui
tend vers a lorsque n → +∞, la suite des f (xn ) a une limite lorsque n → +∞. La
limite des f (xn ) est toujours la même comme on vient de le voir. Supposons cette
limite réelle pour fixer les idées. Soit ℓ cette limite. On montre que f (x) tend vers
ℓ lorsque x tend vers a. On raisonne par l’absurde et on suppose que f (x) n’a pas
ℓ pour limite (ou même pas de limite du tout) lorsque x → a. Alors:
∃ε0 > 0 / ∀η > 0, ∃x ∈ D\{a} avec |x − a| < η et |f (x) − ℓ| ≥ ε0 .
En posant η = 1/n pour n ∈ N⋆ on fabrique une suite (xn ) de points de D\{a} qui
est telle que |xn − a| < n1 et |f (xn ) − ℓ| ≥ ε0 pour tout n ≥ 1. La première inégalité
donne par théorème des gendarmes que xn → a lorsque n → +∞. On devrait ainsi
avoir que f (xn ) → ℓ lorsque n → +∞, ce qui est rendu impossible par la seconde
inégalité. Une contradiction. Ce qui prouve le théorème. □
3. Continuité
On aborde maintenant la définition de la continuité d’une fonction en un point.
Intuitivement la continuité d’une fonction réelle sur un intervalle signifie que l’on
peut tracer le graphe de cette fonction “sans lever la main”.
Définition 1.5. Soit D ⊂ R un sous ensemble de R et f : D → R une fonction
réelle définie sur D. Soit a ∈ D un point de D. On dit que f est continue au point
a si l’une des trois conditions équivalentes suivantes est vérifiée:
(i) lim f (x) = f (a) ,
x→a
On dit que f est continue sur D lorsque f est continue en tout point de D.
La limite dans (i) s’entend pour les x ∈ D, le domaine de définition de la
fonction (il est toujours sous entendu que la fonction est inconnue et non définie
en dehors de son domaine de définition D même si, dans les faits, il peut arriver
qu’on la connaisse en dehors de D, par exemple parce qu’elle provient d’une formule
explicite). Dans le cas où D = [a, b] cette définition inclue les notions de continuité
à droite en a et de continuité à gauche en b.
Preuve de l’équivalence de (i)-(iii) dans la définition. Le point (ii) est
la traduction mathématique exacte du point (i). Par définition (i) et (ii) sont
3. CONTINUITÉ 19
Mais cette dernière affirmation est en désaccord total avec la seconde équation du
système précédent. D’où une contradiction et on a bien que (iii) ⇒ (ii). Les trois
affirmations de la définition sont bien équivalentes. □
f (a). Dans ce cas, par continuité de f en a, il existe η > 0 pour lequel g ◦ f est
définie sur ]a − η, a + η[.
Par continuité de f en c:
Dans le premier cas c ne serait pas la borne droite de J car on aurait en fait
[a, c + ε] ⊂ J. Dans le second cas c ne serait toujours pas la borne droite de J car
cette fois-ci on aurait J ⊂ [a, c − ε]. Donc, forcément, f (c) = 0. La proposition est
démontrée. □
Le théorème des valeurs intermédiaires s’étend facilement au cas où f :]a, b[→ R
est continue, f a une limite s à droite en a, s ∈ R ∪ {±∞}, et une limite t à gauche
en b, t ∈ R ∪ {±∞}. Alors f prend toutes les valeurs strictement comprises entre
s et t. Pour tout sous intervalle [A, B] strictement compris entre s et t on va
effectivement pouvoir trouver des c, d ∈]a, b[ tels que f (c) ≤ A et f (b) ≥ B et on se
ramène alors au Théorème 1.10.
Le théorème qui suit explore maintenant les relations entre compacité (ici la
compacité des intervalles fermés bornés de R) et continuité.
Théorème 1.11. Soient I = [a, b] un intervalle fermé borné de R et f : I → R
une fonction réelle définie et continue sur I. Alors f est bornée sur I et f admet
un point de maximum et un point de minimum sur I.
Démonstration. Cette fois-ci c’est la notion de compacité qui se cache derrière
ce résultat. Les intervalles fermés bornés de R sont des compacts et donc (en
topologie métrique) des ensembles ayant la propriété que toute suite de points
dans l’ensemble possède une sous suite convergente comme nous l’avons vu avec
le théorème de Bolzano-Weierstrass. Montrons par exemple que f et majorée et
possède un point de maximum dans [a, b]. Notons
M = borne sup {f (x), x ∈ [a, b]}
ce qui se note traditionnellement M = supx∈I f (x). Par définition M est le plus
petit des majorants de l’ensemble {f (x), x ∈ [a, b]} ⊂ R (et possiblement, à ce stade
de la preuve, on pourrait avoir M = +∞). On a alors
(i) ∀x ∈ [a, b], f (x) ≤ M
(ii) ∀ε > 0, ∃x ∈ I avec M − ε ≤ f (x) ≤ M si M < +∞
(iii) ∀R > 0, ∃x ∈ I avec f (x) ≥ R si M = +∞.
Prenons une suite (εn ) de réels strictement positifs qui tend vers 0 lorsque n → +∞.
En prenant ε = εn dans le cas (ii), et R = ε1n dans le cas (iii), et ce pour tout n,
on obtient immédiatement une suite (xn ) de points de I qui vérifie que
lim f (xn ) = M .
n→+∞
Comme I est fermé borné, il existe une sous suite (xφ(n) ) de (xn ) qui est conver-
gente. Notons x sa limite de sorte que lim xφ(n) = x. Toute sous suite d’une
n→+∞
suite convergente étant convergente et de même limite, on a aussi que
lim f (xφ(n) ) = M .
n→+∞
4. DÉRIVÉE PREMIÈRE 23
Comme f est continue (en particulier en x) on peut écrire (voir la Définition 1.5)
que limn→+∞ f (xφ(n) ) = f (x). D’où f (x) = M . En particulier M < +∞ et, avec
(i), le théorème est démontré. □
Un autre résultat est fréquemment associé à la compacité: si I = [a, b] est un
intervalle fermé borné de R et f : I → R est une fonction réelle définie et continue
sur I, alors f est en fait uniformément continue sur I, la continuité uniforme sur I
signifiant que
∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x, y ∈ I, |y − x| < η ⇒ |f (y) − f (x)| < ε .
Cette phrase de continuité uniforme est plus forte que la phrase de continuité en
tout x ∈ I puisque, maintenant, dans la continuité uniforme, le η ne dépend que de
ε et non pas du point x où l’on regarde la continuité (d’où la mention uniforme).
Le η est “uniforme” par rapport à x.
Corollaire 1.1. Soient I = [a, b] un intervalle fermé borné de R et f : I → R
une fonction réelle définie et continue sur I. On suppose que f (a) = f (b). Alors
soit il existe c ∈]a, b[ un point où f atteint son minimum, soit il existe d ∈]a, b[ un
point où f atteint son maximum, soit les deux.
Démonstration. Si f est constante la dernière situation est trivialement sat-
isfaite (tous les points de l’intervalle sont à la fois des points de minimum et de
maximum). Supposons que f n’est pas constante. D’après le Théorème 1.11 il
existe c, d ∈ [a, b] tels que
f (c) = inf f (x) et f (d) = sup f (x) .
x∈I x∈I
4. Dérivée première
La dérivée d’une fonction en un point, lorsqu’elle existe, est la limite finie du
taux d’accroissement de la fonction en ce point. Elle s’interprète géométriquement
comme le coefficient directeur de la tangente au graphe de f en ce point.
Définition 1.6. Soient I =]a, b[ un intervalle ouvert de R, c ∈]a, b[ un point
de I, et f : I → R une fonction réelle définie sur I. On dit que f est dérivable au
point c si le quotient
f (x) − f (c)
Q(x) =
x−c
admet une limite lorsque x tend vers c. Lorsque cette limite existe elle et bien sûr
unique, on la note f ′ (c) et on dit que f ′ (c) est la dérivée de f en c. La fonction f
est dite dérivable sur I lorsqu’elle est dérivable en tout point de I.
L’écriture mathématique de la limite de la définition est la suivante:
f (x) − f (c)
∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ I\{c}, |x − c| < η ⇒ − f ′ (c) < ε . (1.6)
x−c
Une fonction dérivable en un point est forcément continue en ce point. C’est l’objet
du théorème suivant. L’idée est que si le taux d’accroissement a une limite, comme
le dénominateur tend vers zéro, focément le numérateur tend lui aussi vers zéro.
Par suite lim f (x) = f (c) et f est donc continue en c.
x→c
24 1. CALCUL DIFFÉRENTIEL EN UNE VARIABLE RÉELLE
Théorème 1.12. Si une fonction est dérivable en un point, alors elle est con-
tinue en ce point.
Démonstration. On utilise (1.6). Soit ε > 0 fixé quelconque. Il existe alors
η > 0 tel que pour tout x ∈ I\{c},
|f (x) − f (c)| < |f ′ (c)| × |x − c| + ε|x − c|
dès que 0 < |x − c| < η. On pose
ε
η̂ = min η, , 1 .
|f ′ (c)| + 1
Pour tout x ∈ I\{c} tel que |x − c| < η̂ on a alors que |f (x) − f (c)| < 2ε, et on
peut réintégrer x = c puisque clairement 0 < 2ε. Comme ε > 0 est quelconque, on
a obtenu la phrase de continuité de f en c. Le théorème est démontré. □
Tout comme pour les fonctions continues, il y a un théorème général pour les
fonctions dérivables.
Théorème 1.13 (Théorème général sur la dérivabilité). Si f et g sont dérivables
en un point c, alors f + g et f g sont dérivables en c et
′ ′
(f + g) (c) = f ′ (c) + g ′ (c) , (f g) (c) = f ′ (c)g(c) + f (c)g ′ (c) .
Si de plus g(c) ̸= 0 alors g(x) ̸= 0 pour x proche de c et fg est dérivable en c avec
′
f f ′ (c)g(c) − f (c)g ′ (c)
(c) = .
g g(c)2
Si par ailleurs f est dérivable en c et g est dérivable en f (c), alors g ◦f est dérivable
en c avec
′
(g ◦ f ) (c) = g ′ (f (c)) × f ′ (c) .
Pour finir, les fonctions polynômes, cos, sin, tan, exp, ln sont dérivables là où
elles sont définies et on a que (xn )′ = nxn−1 , cos′ (x) = − sin(x), sin′ (x) = cos(x),
exp′ (x) = exp(x), tan′ (x) = 1 + tan(x)2 , ln′ (x) = x1 .
Démonstration. Pour ne pas trop alourdir la présentation, on se restreint à
ne démontrer ce théorème que dans le cas de f g. On écrit que
f (x)g(x) − f (c)g(c) = (f (x) − f (c)) g(x) + f (c) (g(x) − g(c)) .
Par suite,
f (x)g(x) − f (c)g(c) f (x) − f (c) g(x) − g(c)
= × g(x) + f (c) × .
x−c x−c x−c
4. DÉRIVÉE PREMIÈRE 25
g ̸= 0 sur I, alors fg est de classe C 1 sur I. Si par ailleurs f est de classe C 1 sur
I et g est de classe C 1 sur J, avec f (I) ⊂ J, alors g ◦ f est de classe C 1 sur I.
Pour finir, les fonctions polynômes, cos, sin, tan, exp, ln sont de classe C 1 sur les
intervalles ouverts où elles sont définies.
On dit encore que les extremums locaux d’une fonction dérivable sont forcément
des (à rechercher parmi les) points critiques de de cette fonction. Par définition les
points critiques d’une fonction dérivable f sont les x pour lesquels f ′ (x) = 0.
Par définition une fonction f définie sur un ensemble Df ⊂ R est dite croissante
(respectivement strictement croissante) sur R si f (x) ≤ f (y) pour tous x ≤ y dans
Df (respectivement f (x) < f (y) pour tous x < y dans Df ). De même, f est dite
décroissante (respectivement strictement croissante) sur R si f (x) ≥ f (y) pour tous
x ≤ y dans Df (respectivement f (x) > f (y) pour tous x < y dans Df ). La notion
de connexité se cache derrière le résultat suivant. Le résultat est trivialement faux
si on ne Sse place plus sur un intervalle, il suffit de penser à la fonction inverse sur
] − ∞, 0[ ]0, +∞[.
Théorème 1.17. Soit I un intervalle d’extrémités a < b, et soit f : I → R
une fonction continue sur I et dérivable sur ]a, b[. Alors f est croissante sur I si
et seulement si f ′ (x) ≥ 0 pour tout x ∈]a, b[ et décroissante sur I si et seulement
si f ′ (x) ≤ 0 pour tout x ∈]a, b[. De plus si f ′ (x) > 0 pour tout x ∈]a, b[, alors
f est strictement croissante sur I et si f ′ (x) < 0 pour tout x ∈]a, b[, alors f est
strictement décroissante sur I.
Démonstration. Traitons le cas de la croissance (on passe de croissante à
décroissante en changeant f en −f ). Supposons que f ′ ≥ 0 (resp. f ′ > 0) sur I.
Soient a < b deux points de I. Avec la formule des accroissements finis il existe
c ∈]a, b[ tel que
f (b) − f (a) = (b − a)f ′ (c)
et si f ′ ≥ 0 (resp. f ′ > 0) sur I alors f ′ (c) ≥ 0 (resp. f ′ (c) > 0) et donc
f (a) ≤ f (b) (resp. f (a) < f (b)). Comme a < b sont quelconques, f est croissante
(resp. strictement croissante). Réciproquement, si f est croissante, comme pour
tout c ∈ I
f (x) − f (c)
f ′ (c) = lim ,
x→c,x̸=c x−c
6. DÉRIVÉES D’ORDRE SUPÉRIEUR 27
7. Formules de Taylor
La formule de Taylor-Lagrange est une extension du théorème des accroisse-
ments finis aux dérivées d’ordres supérieurs.
Théorème 1.19 (Formule de Taylor-Lagrange). Soient I ⊂ R un intervalle
ouvert de R et f : I → R une fonction (n + 1)-fois dérivable sur I (donc en
particulier de classe C n sur I), n ∈ N⋆ . Pour tous points a < b de I il existe un
point c ∈]a, b[ pour lequel
(b − a)2 ′′ (b − a)3 (3)
f (b) = f (a) + (b − a)f ′ (a) + f (a) + f (a)
2 3!
(b − a)n (n) (b − a)n+1 (n+1)
+ ··· + f (a) + f (c) ,
n! (n + 1)!
où les f (k) sont les dérivées kièmes de f .
Lorsque n = 0 on retrouve tout simplement le théorème des accroissements
finis.
7. FORMULES DE TAYLOR 29
Une autre formule de Taylor est donnée par le théorème suivant. La formule de
Taylor-Young généralise aux dérivées d’ordres supérieurs la relation première qui
suit de la définition même de la dérivée. A savoir
f (x) = f (c) + (x − c)f ′ (c) + (x − c)ε(x)
où la fonction ε : I → R est telle que lim ε(x) = 0. Cette relation est en effet bien
x→c
équivalente au fait que le taux d’accroissement Q(x) de f en c a pour limite f ′ (c)
lorque x → c.
Théorème 1.20 (Formule de Taylor-Young). Soient I ⊂ R un intervalle ouvert
de R, a ∈ I un point de I et f : I → R une fonction de (n − 1)-fois dérivable sur I
et n fois dérivable en a. Alors pour tout x ∈ I,
(x − a)2 ′′ (x − a)3 (3)
f (x) = f (a) + (x − a)f ′ (a) + f (a) + f (a)
2 3!
(x − a)n (n)
+ ··· + f (a) + (x − a)n ε(x) ,
n!
où la fonction ε : I → R est telle que lim ε(x) = 0.
x→a
30 1. CALCUL DIFFÉRENTIEL EN UNE VARIABLE RÉELLE
8. Problèmes d’extremums
Un grand “classique” de l’étude des fonctions réelles d’une variable réelle est la
recherche d’extremums locaux. On sait déjà que ceux-ci sont à rechercher parmi les
points critiques de la fonction. C’est le Théorème 1.15. Intuitivement on a envie
de dire qu’en un point de maximum local c de f , la fonction f va être croissante un
peu avant c puis décroissante un peu après, et qu’en un point de minimum local la
fonction f va être décroissante un peu avant ce point puis croissante un peu après.
Autant il est clair que si f et décroissante un peu avant c puis croissante un peu
après c alors elle va avoir un minimum local en c, autant la réciproque, que l’on
trouve pourtant dans plusieurs livres, est loin d’être évidente (même chose bien sûr
avec les maximums locaux) . . . Et pour cause: cette réciproque est fausse.
Proposition 1.2. Soit f : R → R la fonction définie par
1
f (x) = x4 sin2 ( )
x
si x ̸= 0, et f (0) = 0. La fonction f est C 1 sur R, elle admet un minimum en
0, et pourtant sa dérivée change constamment de signe à droite de 0, et cela aussi
proche que l’on soit de 0.
8. PROBLÈMES D’EXTREMUMS 31
1 1 1 1
cos( ) = √ et cos( ) = − √
xk 2 yk 2
pour tous k. Enfin, sin( x1k ) > 0 et sin( y1k ) > 0 pour tous k (les cosinus et sinus
de π/4 sont tous deux positifs, le sinus de 3π/4 est positif mais son cosinus est
négatif). En conclusion, comme on le voit sur (1.9),
f ′ (xk ) < 0 et f ′ (yk ) > 0
pour tous k ≫ 1. La proposition est démontrée. □
32 1. CALCUL DIFFÉRENTIEL EN UNE VARIABLE RÉELLE
Applications f : Rp → Rq
xn = (x1n , . . . , xpn ) pour tout n, la suite (xn ) est entièrement représentée par ses p
suites coordonnées (xin ), i = 1, . . . , p. Et bien sûr, si x = (x1 , . . . , xp ) est un point
de Rp alors
lim xn = x si et seulement si ∀i = 1, . . . , p, lim xin = xi .
n→∞ n→+∞
pour tout x = (x1 , . . . , xp ) dans Rp qui entraı̂ne que ∥xn −x∥ est petit si et seulement
si tous les |xin − xi | le sont. Le lien entre convergence des suites et compacité est
donné par le théorème suivant. Comme dans le cas des suites réelles, une sous suite
d’une suite (xn ) n’est rien d’autre qu’une suite obtenue à partir des xn par sélection
d’indices puis renumérotation. Une sous suite de (xn ) est donc une suite qui s’écrit
(xφ(n) ) avec φ : N → N strictement croissante.
Théorème 2.1 (Théorème de Bolzano-Weierstrass). Un sous ensemble K ⊂
Rn est compact si et seulement si toute suite de points de K possède une sous suite
convergente dans K.
Dans le cas spécifique de Rn (attention ce n’est plus forcément vrai pour des
espaces plus généraux, voir le Chapitre 3), le théorème suivant a lieu. Par définition
on dit qu’un sous ensemble A ⊂ Rn est borné s’il existe R > 0 tel que A ⊂ B0 (R)
(et donc si aucune partie de A ne s’échappe à l’infini).
Théorème 2.2. Les compacts de Rn sont précisément les fermés bornés de Rn .
Démonstration. Ce théorème est une conséquence directe du Théorème 1.5.
Qu’un compact soit un fermé borné est une propriété générale facile à démontrer
(voir le Chapitre 3). C’est la réciproque qui est plus intéressante. Là il suffit de
procéder par extraction successive de sous suite avec la caractérisation des compacts
du théorème de Bolzano-Weierstrass. Soit K un fermé borné de Rp . Soit (xn ) une
suite de points de K. On note (xin ), i = 1, . . . , p, les suites coordonnées. La suite
(x1n ) est bornée. Le Théorème 1.5 donne l’existence de φ1 : N → N strictement
croissante pour laquelle (x1φ1 (n) ) converge. On considère alors la suite (x2φ1 (n) ). Elle
aussi est bornée. En vertue du Théorème 1.5 il existe donc φ2 : N → N strictement
croissante pour laquelle (x2φ1 (φ2 (n)) ) converge. Soit ψ2 = φ1 ◦ φ2 . Alors ψ2 : N → N
est strictement croissante. En remarquant que (x1ψ2 (n) ) est une sous suite de (x1φ1 (n) )
on obtient que (x1ψ2 (n) ) est convergente. Ainsi, (x1ψ2 (n) ) et (x2ψ2 (n) ) sont toutes
deux convergentes. On considère alors la suite (x3ψ2 (n) ). Elle est bornée et possède
donc une sous suite convergente (x3ψ2 (φ3 (n)) ). On construit ainsi une application
ψ3 = ψ2 ◦ φ3 strictement croissante de N dans N. Les suites (x1ψ3 (n) ) et (x2ψ3 (n) )
convergent en tant que sous suites des suites convergentes (x1ψ2 (n) ) et (x2ψ2 (n) ), et
(x3ψ3 (n) ) converge par construction. On recommence ainsi jusqu’à atteindre p. Ainsi
toute suite de points de K possède une sous suite convergente. Reste à montrer
que la limite est forcément dans K, ce qui suit trivialement de la caractérisation
des fermés par les suites (voir le Chapitre 3). □
Une autre notion importante est la notion de complétude. Une suite (xn ) est
dite de Cauchy si les xn s’écrasent les uns sur les autres comme dans le cas de R.
1. CONTINUITÉ 35
1. Continuité
Une remarque simple est la suivante: soit D ⊂ Rp un sous ensemble de Rp et
soit f : D → Rq une application de D dans Rq . En écrivant que f = (f1 , . . . , fq ),
l’application f est entièrement représentée par ses q fonctions coordonnées fi , i =
1, . . . , q. Les fi : D → R sont des fonctions réelles définies sur D. Le graphe d’une
fonction de Rp de R se dessine dans Rp+1 .
Démonstration. Supposons que f est continue en (0, 0). Alors f est bornée
au voisinage de (0, 0). Pour (x, y) ∈ Ω on pose x = r cos(θ) et y = r sin(θ). On
pose ensuite
ε(r) = sup |f (r cos(θ), r sin(θ) − f (0, 0)| .
θ∈[0,2π]
38 2. APPLICATIONS f : Rp → Rq
Cette fonction existe pour r > 0 suffisamment petit. Par ailleurs, il suit de la phrase
de continuité que
∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀0 < r < η, ∀θ ∈ [0, 2π], |ε(r)| < ε .
Donc ε(r) → 0 lorsque r → 0+ et on a bien que (2.1) est vérifiée. Réciproquement
supposons qu’une telle fonction ε existe vérifiant (2.1) pour tout 0 < r < r0 , r0 > 0
petit. Soit ε > 0 fixé quelconque. Comme ε(r) → 0 lorsque r → 0+ il existe
0 < η < r0 tel que |ε(r)| < ε pour tout 0 < r < η. En posant x = r cos(θ) et
y = r sin(θ), on obtient alors par (2.1) que |f (x, y) − f (0, 0)| < ε pour tout (x, y)
tel que ∥(x, y)∥ < η. On retrouve ainsi la phrase de continuité de f en zéro. Le
critère polaire de continuité est démontré. □
On passe facilement de la continuité d’une application f en a à la continuité
d’une application g en 0 en remarquant que f est continue en a équivaut à la
continuité en 0 de l’application x → f (a + x).
3. Différentiabilité
On cherche à définir la notion de “dérivabilité” d’une fonction f : Rp → Rq .
Comme on ne peut plus diviser par des vecteurs on perd la notion même du taux
d’accroissement qui ne fait plus sens:
f (x) − f (a)
n’a pas de sens pour x − a ∈ Rp lorsque p ≥ 2 .
x−a
Soient Ω un ouvert de Rp , a = (a1 , . . . , ap ) un point de Ω, et f : Ω → R une fonction
réelle définie sur Ω. On considère les p fonctions réelles fai , i = 1, . . . , p, définies par
fai (t) = f (a1 , . . . , ai−1 , t, ai+1 , . . . , ap ) .
En d’autres termes,
fa1 (t) = f (t, a2 , . . . , ap ),
fa2 (t) = f (a1 , t, a3 , . . . , ap ),
...,
fap (t) = f (a1 , . . . , ap−1 , t) .
Sachant que Ω est un ouvert de Rp , il existe un ε > 0 pour lequel Ba (ϵ) ⊂ Ω,
où Ba (ε) est la boule ouverte de centre a et de rayon ε. Il s’ensuit que pour tout
i = 1, . . . , p, fai est définie sur au moins l’intervalle ouvert ]ai − ε, ai + ε[.
Définition 2.2. Soient Ω un ouvert de Rp , a = (a1 , . . . , ap ) un point de Ω,
et f : Ω → R une fonction réelle définie sur Ω. On dit que f admet une dérivée
partielle par rapport à xi au point a si la fonction fai est dérivable au point ai . On
∂f
note alors ∂x i
(a) la dérivée de fai en ai , et
∂f
(a) = (fai )′ (ai )
∂xi
s’appelle la dérivée partielle de f par rapport à xi au point a.
L’existence des dérivées partielles en un point ne suffit pas à garantir la différentiabilité
de f en a. A noter: pour les fonctions de plusieurs variables réelles on utilise
différentiable plutôt que dérivable, la dérivabilité étant associée à la limte du taux
d’accroissement pour les fonctions d’une variable réelle. Dire que f : Ω → Rq est
3. DIFFÉRENTIABILITÉ 39
différentiable en a ce sera dire que les dérivées partielles des fj en a existent toutes
et que
f (x) = f (a) + Df (a).(x − a) + o(x − a)
où o(x − a) est une application à valeurs Rq telle que o(x−a)
∥x−a∥ → 0 lorsque x → a, et
où Df (a) ∈ L(Rp , Rq ) est l’application linéaire définie comme ci-après.
Définition 2.3. Soient Ω un ouvert de Rp , a = (a1 , . . . , ap ) un point de Ω,
et f : Ω → Rq , f = (f1 , . . . , fq ), une application définie sur Ω. On dit que f est
différentiable au point a si
∂fj
(i) Pour tout i = 1, . . . , p et tout j = 1, . . . , q les ∂xi (a) existent ,
(ii) ∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ Ω\{a},
∥x − a∥ < η ⇒ ∥f (x) − f (a) − Df (a).(x − a)∥ < ε∥x − a∥ ,
où Df (a) ∈ L(Rp , Rq ) est l’application linéaire de Rp dans Rq qui est donnée par
p
X ∂fj
Df (a)j .(X) = (a)Xi
i=1
∂xi
Dans la preuve précédente on voit que Df (a)j = Dfj (a) pour tout j = 1, . . . , q
(reconstruction de la différentielle). On revient maintenant brièvement sur la for-
mule
Df (a).(x) = f ′ (a)x
pour les f : R → R. Le point ici est que, pour ces fonctions,
f (x) − f (a) − Df (a).(x − a) = o(|x − a|)
⇔ f (x) − f (a) − f ′ (a)(x − a) = o(x − a)
f (x) − f (a) − f ′ (a)(x − a)
⇔ = o(1)
x−a
f (x) − f (a)
⇔ − f ′ (a) = o(1)
x−a
f (x) − f (a)
⇔ lim = f ′ (a) .
x→a x−a
Il y a bien équivalence, pour les fonctions de R dans R, entre différentiabilité et
dérivabilité et le lien entre différentielle (application linéaire de R dans R) et dérivée
(un réel) est donné par Df (a).(x) = f ′ (a)x pour tout x ∈ R.
Théorème 2.7. Une application différentiable en un point est continue en ce
point.
3. DIFFÉRENTIABILITÉ 41
Comme pour les fonctions d’une variable réelle on a un théorème général sur
la différentiabilité.
Théorème 2.8 (Théorème général sur la différentiabilité). Si f et g sont
différentiables en un point a, alors f +g et f g (dans le cas q = 1) sont différentiables
en a et, en tant qu’applications linéaires, D(f + g)(a) = Df (a) + Dg(a) et
D(f g)(a) = g(a)Df (a) + f (a)Dg(a) .
Si de plus g(a) ̸= 0 alors g(x) ̸= 0 pour x proche de a et fg (dans le cas q = 1) est
aussi différentiable en a avec
f 1
D (a) = (g(a)Df (a) − f (a)Dg(a)) .
g g(a)2
42 2. APPLICATIONS f : Rp → Rq
5. Applications de classe C 1
Les “ennuis” avec la théorie Rp → Rq commencent quand on veut définir la no-
tion d’application C 1 ou encore la notion de dérivée d’ordre supérieur. Le problème
est que, contrairement à la théorie R → R, Df n’est plus de même nature que f
puisque si f est différentiable sur Ω alors que
Df : Ω → L(Rp , Rq ) .
Pour contourner cette difficulté on“ triche” un peu en “sortant des définitions du
chapeau”. La théorie de différentiablité entre espaces de Banach rattrapera ce
problème.
Définition 2.5. Soient Ω un ouvert de Rp et f : Ω → Rq , f = (f1 , . . . , fq ),
une application définie sur Ω. On dit que f est de classe C 1 sur Ω si pour tout
∂f
i = 1, . . . , p et tout j = 1, . . . , q les ∂xji existent en tout point de Ω et, en tant que
∂fj
fonctions ∂xi : Ω → R, sont continues sur Ω.
Cette définition élégante pose d’entrée un problème: il faut démontrer que “C 1
⇒ différentiable”, cette affirmation n’allant pas de soit à ce stade.
Démonstration de C 1 ⇒ différentiable. Pour simplifier on suppose que
p = 2 et q = 1. Soit (a, b) un point de R2 et soit (h, k) suffisamment proche de
(0, 0) pour que pour tous t1 , t2 ∈ [0, 1], (a + t1 h, b + t2 k) ∈ Ω. Avec la formule des
5. APPLICATIONS DE CLASSE C 1 45
accroissements finis pour les fonctions réelles définies sur R, vue au Chapitre 1, on
obtient qu’il existe θ1 ∈]0, 1[ et θ2 ∈]0, 1[ tels que
f (a + h, b + k) − f (a, b)
= (f (a + h, b + k) − f (a, b + k)) + (f (a, b + k) − f (a, b))
∂f ∂f
=h (a + θ1 h, b + k) + k (a, b + θ2 k)
∂x ∂y
On en déduit que
∂f ∂f
f (a + h, b + k) − f (a, b) − (a, b)h − (a, b)k
∂x ∂y
∂f ∂f
≤ (a + θ1 h, b + k) − (a, b) × |h|
∂x ∂x
∂f ∂f
+ (a, b + θ2 k) − (a, b) × |k| .
∂y ∂y
Or les fonctions ∂f ∂f
∂x et ∂y sont par hypothèse continues sur Ω. Pour tout ϵ > 0 il
existe ainsi η > 0 tel que si ∥(h, k)∥ < η, alors
∂f ∂f ϵ
(a + θ1 h, b + k) − (a, b) < ,
∂x ∂x 2
∂f ∂f ϵ
(a, b + θ2 k) − (a, b) < .
∂y ∂y 2
Comme par ailleurs |h| ≤ ∥(h, k)∥ et |k| ≤ ∥(h, k)∥, on obtient que
∀ϵ > 0, ∃η > 0 / 0 < ∥(h, k)∥ < η ⇒
∂f ∂f
f (a + h, b + k) − f (a, b) − (a, b)h − (a, b)k < ϵ∥(h, k)∥ .
∂x ∂y
Il s’ensuit que f est différentiable au point (a, b). □
Le théorème général sur la classe C 1 qui suit est une conséquence directe des
théorèmes généraux sur la continuité et la dérivabilité.
Théorème 2.10 (Théorème général sur la classe C 1 ). Si f et g sont de classe
C 1 sur un ouvert Ω alors f +g et f g (dans le cas q = 1) sont de classe C 1 sur Ω. Si
de plus g(x) ̸= 0 pour tout x ∈ Ω, fg (dans le cas q = 1) est de classe C 1 sur Ω. Si
par ailleurs f est de classe C 1 sur un ouvert Ω et g est de classe C 1 sur un ouvert
Ω′ avec f (Ω) ⊂ Ω′ , alors g ◦ f est de classe C 1 sur Ω. Pour finir, les fonctions
coordonnées (x1 , . . . , xn ) → xi sont de classe C 1 sur Rn pour tout i = 1, . . . , n.
Démonstration. Le Théorème 2.8 donne que
∂(f + g)j ∂fj ∂gj
= + ,
∂xi ∂xi ∂xi
∂(f g) ∂g ∂f
=f +g ,
∂xi ∂xi ∂xi
∂( fg ) g ∂f − f ∂g
= ∂xi 2 ∂xi ,
∂xi g
∂(g ◦ f )k X ∂gk ∂fj
= ( ◦ f)
∂xi j
∂xj ∂xi
46 2. APPLICATIONS f : Rp → Rq
et il reste ensuite à appliquer le Théorème 2.3 pour avoir le résultat. Pour ce qui
∂x
est des fonctions coordonnées on a que ∂xji (x) = δij pour tout x, et ces fonctions
sont donc bien de classe C 1 sur Rn . D’où le théorème. □
Les fonctions coordonnées étant de classe C 1 toute application linéaire de
L(R , Rq ) est de classe C 1 puisque chaque composante de f est une combinaison
p
∂φj 1
| (x)| ≤ √
∂xi 2n n
pour tout x ∈ B0′ (r). Avec le théorème des accroissements finis on obtient alors
que pour tous x, y ∈ B0′ (r),
1
∥φ(y) − φ(x)∥ ≤ ∥y − x∥ .
2
48 2. APPLICATIONS f : Rp → Rq
Comme φ(0) = 0 on a en particulier que φ (B0′ (r)) ⊂ B0′ (r/2). Soit y ∈ B0′ (r/2)
fixé quelconque. On note φy l’application donnée par φy (x) = y + φ(x). On a
R r
∥φy (x)∥ ≤ ∥y∥ + ∥φ(x)∥ ≤ + =r
2 2
′ ′ ′
pour tout x ∈ B0 (r), et donc φy (B0 (r)) ⊂ B0 (r). On a aussi par accroissements
finis que
∥φy (x′ ) − φy (x)∥ = ∥φ(x′ ) − φ(x)∥
1
≤ ∥y − x∥
2
pour tous x, y ∈ B0′ (r) et φy est donc C-contractante avec C = 21 < 1. On peut
ainsi appliquer le théorème du point fixe et on obtient qu’il existe un unique point
fixe x pour φy , soit un unique point x ∈ B0′ (r) tel que g(x) = y puisque φy (x) = x
équivaut à g(x) = y. L’application g : g −1 (B0′ (r/2)) → B0′ (r/2) est donc bijective.
Le reste de la preuve consiste à montrer que g −1 est de classe C 1 sur un voisinage
B0 (η) de 0, ce que nous admettrons ici, et qui suffit à conclure pour la première
partie du théorème. La seconde partie du théorème tel qu’énoncé est une version
globale du théorème. Elle se déduit facilement de la partie locale en remarquant
que si f est injective sur U alors f réalise une bijection de U sur f (U ). La partie
locale impose ensuite que f (U ) est ouvert et que f −1 est C 1 sur f(U ). □
et ∂f ∂f p
∂y (a, b) et ∂x (a, b) sont respectivement des applications linéaires de R dans R
p
n p
et de R dans R . Le théorème des fonctions implicites, objet de ce paragraphe,
s’énonce de la façon suivante. Nous reviendrons plus en détail sur ce théorème (et
sur sa preuve) lorsque nous traiterons du cas des espaces de Banach.
Théorème 2.13 (Théorème des fonctions implicites). Soient U un ouvert de
Rn+p , (a, b) un point de U , et f : U → Rp une fonction de classe C 1 sur U . On
suppose que ∂f p
∂y (a, b) ∈ Isom(R ). Il existe alors un ouvert V de R
n+p
contenant le
9. DIFFÉRENTIELLES D’ORDRE SUPÉRIEUR 49
8. Le théorème de Frobenius
Le théorème de Frobenius est un de ces grands théorèmes de la catégorie des
théorèmes des Sections 6 et 7. Dans sa forme fonctionnelle il donne une condition
nécessaire et suffisante d’intégrabilité locale d’un système d’équations aux dérivées
partielles du premier ordre du type“système de Pfaff”. On le donne ici sans preuve,
et tel qu’énoncé par exemple dans Spivak [Differential Geometry, Tome 1, Chapitre
6]. Le théorème de Frobenius reçoit plusieurs autres formulations équivalentes et
plus géométriques (voir là encore le Spivak). C’est un de ces théorèmes dont il est
important de préciser la version à laquelle on fait référence, l’équivalence de ses
différentes versions ne sautant pas nécessairement aux yeux. On anticipe là encore
sur la notion d’application de classe C k , k ≥ 2.
Théorème 2.14 (Théorème de Frobenius - formulation fonctionnelle). Soit U
un voisinage ouvert de 0 dans Rn , V un ouvert de Rm et fi : U × V → Rm des
applications de classe C k , 1 ≤ k ≤ +∞. Pour tout y0 ∈ V il existe au plus une
fonction α : W → V de classe C k et définie sur un voisinage ouvert W de 0 dans
Rn satisfaisant que α(0) = y0 et que
∂α
(x) = fi (x, α(x)) (2.4)
∂xi
pour tout x ∈ W et tous i = 1, . . . , n. De plus, on pourra trouver un voisinage
ouvert W de 0 dans Rn et une fonction α : W → V de classe C k vérifiant que
α(0) = y0 et (2.4) si et seulement si
m m
∂fjℓ X ∂fjℓ α ∂fiℓ X ∂fiℓ α
+ f = + f
∂xi α=1 ∂xα i ∂xj α=1 ∂xα j
en tout point d’un voisinage ouvert de (0, y0 ) dans U × V , pour tous i, j = 1, . . . , n
et tout ℓ = 1, . . . , m.
La preuve du Théorème de Frobenius fait appel au Lemme de Poincaré (les
formes fermées sont localement exactes) et au théorème des fonctions implicites.
où les aij sont des réels. On suppose que pour tout h ∈ Rn \{0}, Q(h) > 0. Il existe
alors un réel K > 0 tel que pour tout h ∈ Rn , Q(h) ≥ K∥h∥2 .
Démonstration. Notons S la sphère unité de Rn définie par
S = {h ∈ Rn / ∥h∥ = 1} .
Alors S est un fermé borné de Rn , donc un compact de Rn . Par ailleurs, la fonction
Q est continue sur Rn , et donc en particulier sur S. Puisque toute fonction continue
sur un compact est bornée est atteint ses bornes, il s’ensuit qu’il existe h0 ∈ S tel
que pour tout h ∈ S, Q(h) ≥ Q(h0 ). On pose K = Q(h0 ). Comme Q est supposée
strictement positive en tout point différent de 0, K est strictement positif. On
54 2. APPLICATIONS f : Rp → Rq
remarque par ailleurs que pour tout t ∈ R, et tout h ∈ Rn , Q(th) = t2 Q(h). Pour
h ∈ Rn \{0} on pourra ainsi écrire que
1 2 1
Q(h) = Q ∥h∥ h = ∥h∥ Q h ≥ K∥h∥2
∥h∥ ∥h∥
1
puisque ∥h∥ h ∈ S. Le lemme est démontré. □
On aurait aussi pu démontrer ce résultat en utilisant Sylvester et l’équivalence
des normes dans Rn . La condition suffisante d’extremum local est donnée par le
théorème suivant.
Théorème 2.19 (Condition suffisante). Soient Ω un ouvert de Rn , a un point
de Ω, et f : Ω → R une fonction différentiable sur Ω et deux fois différentiable au
point a. On suppose que a est un point critique de f . Si pour tout h ∈ Rn \{0},
D2 f (a).(h, h) > 0 (resp. pour tout h ∈ Rn \{0}, D2 f (a).(h, h) < 0) alors f admet
un minimum local strict (resp. un maximum local strict) au point a.
Démonstration. On traite du cas des minimums sachant que celui des max-
imums en découle en changeant f en −f . D’après le lemme précédent, il existe
K > 0 tel que pour tout h ∈ Rn ,
D2 f (a).(h, h) ≥ K∥h∥2 .
On écrit avec la formule de Taylor à l’ordre deux pour f au point a que
1
f (a + h) − f (a) = D2 f (a).(h, h) + ∥h∥2 ϵ(h)
2
K
≥ ∥h∥2 + ϵ(h) .
2
Par propriété de la fonction ϵ, il existe alors un η > 0 tel que pour tout h ∈ Rn , si
∥h∥ < η, |ϵ(h)| ≤ K/4. Il s’ensuit que pour h tel que ∥h∥ < η,
K
f (a + h) − f (a) ≥ ∥h∥2 .
4
En écrivant x = a + h, on en déduit qu’il existe η > 0 tel que pour x ∈ Ba (η)\{a},
f (x) > f (a). D’où le résultat. □
CHAPITRE 3
étant l’espace des x ∈ E qui sont tels que ⟨x, y⟩ = 0 pour tout y ∈ X. Donc, pour
X ⊂ E, on pose X ⊥ = {x ∈ E / ∀y ∈ X, ⟨x, y⟩ = 0}.
Théorème 3.2. L’orthogonal X ⊥ d’un sous ensemble X ⊂ E d’un espace
préhilbertien (E, ⟨·, ·⟩) est toujours un sous espace vectoriel de E.
Démonstration. Clairement 0 ∈ X ⊥ et si λ, µ ∈ R et x, x′ ∈ X ⊥ alors
⟨λx + µx′ , y⟩ = λ⟨x, y⟩ + µ⟨x′ , y⟩
=0+0=0
pour tout y ∈ X. Donc X ⊥ est bien un sous espace vectoriel de E. □
Dès lors que (E, d) est un espace métrique, on récupère plusieurs notions sur E
comme celles de boules ouvertes et fermées, d’ouverts, de fermés, de suites conver-
gentes et de Cauchy, d’application continue, etc. Si a est un point de E, et si r > 0
est un réel strictement positif, on définit les boules ouvertes et fermées de centre a
et de rayon r par
Ba (r) = {x ∈ E t.q. d(a, x) < r}
et B a (r) = {x ∈ E t.q. d(a, x) ≤ r}. On a alors la définition suivante des ouverts
et fermés.
58 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS, DE BANACH ET DE HILBERT
Par extension, on dit que f est continue sur X si f est continue en tout point de
X.
L’équivalence (i) ⇔ (ii) suit du fait que (ii) n’est rien d’autre que la définition
mathématique de (i), sachant que si ℓ = f (a) alors il est inutile d’exiger que x ̸= a
dans la définition de la limite puisque 0 < ε pour tout ε > 0. L’équivalence (i) ⇔
(iii) se démontre comme dans le cas réel en remplaçant les valeurs absolues de R
par les distances ou les normes des espaces E et F .
Une remarque simple mais importante est la suivante: si (E, ∥ · ∥) est un R-
espace vectoriel normé, alors l’application norme de E dans R, qui à x associe ∥x∥,
est continue sur E. On le voit en remarquant que ∥y∥ − ∥x∥ ≤ ∥y − x∥, soit
encore que ∥y∥ − ∥x∥ ≤ d(x, y) où d est la distance associée à ∥ · ∥. (l’application
est même lipschitzienne). On a pour en finir avec ces généralités que le théorème
suivant a lieu.
Théorème 3.5. Soient (E, ∥·∥E ), (F, ∥·∥F ) et (G, ∥·∥G ) trois espaces vectoriels
normés, X est un sous ensemble de E, Y est un sous ensemble de F tel que f (X) ⊂
Y et a ∈ X un point de X. Si f : X → F est continue en a, et si g : Y → G est
continue en f (a), alors g ◦ f : X → G est continue en a.
Démonstration. On emboite les formules de continuité. Par définition,
∀ε > 0, ∃δ > 0 / ∀x ∈ X, dE (a, x) < δ ⇒ dF f (a), f (x) < ε (3.1)
et
∀ε′ > 0, ∃δ ′ > 0 / ∀y ∈ Y, dF (f (a), y) < δ ′ ⇒ dG g (f (a)) , g(y) < ε′ .
(3.2)
On fixe ε′ > 0, puis on choisit ε = δ ′ avec les notations des formules (3.1)-(3.2). On
obtient avec (3.1) un δ > 0 tel que pour tout x ∈ X,
dE (a, x) < δ ⇒ dF f (a), f (x) < δ ′
60 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS, DE BANACH ET DE HILBERT
3. Compacité et dimension
Soit (E, ∥ · ∥) un R-espace vectoriel normé. Soit K ⊂ E un sous ensemble de
E. On appelle
S recouvrement ouvert de K toute famille (Ωi )i∈I d’ouverts de E telle
que K ⊂ i∈I Ωi . La définition formelle des compacts est la suivante.
Définition 3.6. Soit (E, ∥ · ∥) un R-espace vectoriel normé, et soit K ⊂ E un
sous ensemble de E. Par définition, K est un compact de E si de tout recouvrement
ouvert de K on peut extraire un sous recouvrement qui soit fini.
En d’autres termes, K ⊂ E est un compact de E si pour tout recouvrement
ouvert
Sp (Ωi )i∈I de K, il existe un sous ensemble fini {i1 , . . . , ip } ⊂ I tel que K ⊂
j=1 Ωij . Un théorème important en topologie est le suivant, dit de Bolzano-
Weierstrass (ici énoncé dans le cas des espaces vectoriels normés, mais il possède
une version topologique).
Théorème 3.6 (Théorème de Bolzano-Weierstrass). Soit (E, ∥ · ∥) un R-espace
vectoriel normé, et soit K ⊂ E un sous ensemble de E. Alors K est un compact de
E si et seulement si toute suite de points de K possède une sous suite qui converge
dans K.
En d’autres termes, K ⊂ E est un compact de E si pour toute suite (xn )n de
points de K, il existe φ : N ↗ N, et il existe x ∈ K, tels que xφ(n) → x lorsque
n → +∞ (la notation φ : N ↗ N signifie “application strictement croissante de N
dans N”).
Démonstration. Supposons que K est un compact. Soit (xn ) une suite de
points de K. S’il existe x ∈ K tel que pour tout r on peut trouver une infinité
de xn dans Bx (r), alors on construit facilement une sous suite de (xn ) convergent
vers x. Et réciproquement, s’il existe une sous suite de (xn ) qui converge, alors sa
limite vérifie cette propriété. On raisonne par l’absurde et on suppose que pour
tout x ∈ K il existe rx > 0 qui est tel que Bx (rx ) ne contient qu’un nombre fini de
xn . La famille des Bx (rx ) pour x ∈ K est un recouvrement ouvert de K. On peut
donc en extraire un sous recouvrement fini par compacité. Mais alors la suite (xn )
ne prend qu’un nombre fini de valeurs. L’une de ces valeurs est prise une infinité de
fois, et pour x cette valeur, Bx (r) contient une infinité de xn pour tout r > 0. Une
contradiction. Au final on a montré que si K est compact alors toute suite (xn ) de
points de K possède une sous suite convergente. Récirpoquement, on suppose que
toute suite (xn ) de points de K possède une sous suite convergente. Soit (Ui )i∈I
un recouvrement ouvert de K. On prétend que la propriété suivante est vraie:
∃r > 0 / ∀x ∈ K, Bx (r) ⊂ Ui pour au moins un i . (3.3)
On montre (3.3) par contradiction. Soit (rn ) une suite de réels strictement positifs
convergent vers 0. Par exemple rn = 2−n . Par contradiction de (3.3), pour tout
n il existe xn ∈ K tel que Bx (r) ̸⊂ Ui pour tout i ∈ I. La suite (xn ) est une
3. COMPACITÉ ET DIMENSION 61
suite de points de K. Il existe donc une sous suite (xφ(n) ) de (xn ) qui converge.
Soit x sa limite. Il existe i0 ∈ I qui est tel que x ∈ Ui0 . Soit r0 > 0 tel que
Bx (r0 ) ⊂ Ui0 . Pour n ≫ 1, Bxφ(n) (rφ(n) ) ⊂ Bx (r0 ) puisque xφ(n) → x et rφ(n) → 0
lorsque n → +∞. Or les Bxφ(n) (rφ(n) ) sont censées n’être contenues dans aucun
des Ui . Une contradiction et (3.3) est vraie. On montre maintenant la propriété
suivante
p
[
∃a1 , . . . , ap ∈ K / K ⊂ Baj (r) , (3.4)
j=1
où r > 0 est donné par (3.3). Là encore on raisonne par l’absurde. S On suppose
n
que pour tout n, et toute famille a1 , . . . , an de points de K, K ̸⊂ j=1 Baj (r)
et donc que pour Sn tout n, et toute famille a1 , . . . , an de points de K, il existe un
point an+1 ̸∈ j=1 Baj (r). Par récurrence on construit une suite (an ) qui est
Sn
telle que an+1 ̸∈ j=1 Baj (r) pour tout n. Cette suite devrait posséder une sous
suite convergente (aϕ(n) ). On pourrait alors rendre d(aϕ(n) , aϕ(n+1) ) aussi petit
que l’on veut pour n ≫ 1. Or d(aϕ(n) , aϕ(n+1) ) ≥ r car aφ(n+1) ̸∈ Baφ(n) (r), une
contradiction. Ainsi (3.4) est démontrée. Soit ij ∈ I tel que Baj (r) ⊂ Uij pour
tout j = 1, . . . , p, où les Aj sont donnés
Sp par (3.4) et l’existence de ij est donnée par
(3.3). On a alors avec (3.4) que K ⊂ j=1 Uij et donc, de tout recouvrement ouvert
(Ui )i∈I de K on peut extraire un sous recouvrement fini. Ainsi K est compact. Le
théorème de Bolzano-Weierstrass est démontré. □
Une conséquence immédiate du Bolzano-Weierstrass est que tout compact est
forcément fermé et borné. En effet si K est un compact et si (xn ) est une suite
de K qui converge vers un x dans E, alors comme (xn ) va posséder une sous suite
convergente dans K par Bolzano-Weierstrass, et que les limites d’une sous suite
d’une suite convergente et de la suite convergente elle-même sont les mêmes, on
obtient que x ∈ K. On rejoint la caractérisation des fermés par les suites. Donc K
est fermé. De même, si K n’était pas borné il existerait une suite (xn ) de points
de K avec ∥xn ∥ → +∞. Or, par Bolzano-Weierstrass, il existe (xφ(n) ) une sous
suite convergente de (xn ). Si x est sa limite, ∥xφ(n) ∥ → ∥x∥ lorsque n → +∞. Or
la suite des ∥xφ(n) ∥ est une sous suite de la suite des ∥xn ∥. Elle devrait donc avoir
+∞ pour limite. Une contradiction. Ainsi K est forcément borné.
Plusieurs propriétés importantes se rattachent à la notion de compacité. Parmi
les résultats célèbres on citera le théorème de Weierstrass (l’image d’un compact
par une application continue est un compact), et le théorème de Tychonoff (tout
produit d’espaces compacts est compact). On pourra encore montrer le théorème
suivant, déjà rencontré dans les chapitres précédents.
Théorème 3.7. Soit (E, ∥ · ∥) un R-espace vectoriel normé, et soit K ⊂ E un
sous ensemble compact de E. Soit f : K → R une fonction continue sur K. Alors
f est bornée et elle atteint ses bornes.
Démonstration. Que f soit bornée, à savoir qu’il existe M > 0 tel que
|f (x)| ≤ M pour tout x ∈ K, suit facilement du théorème de Weierstrass (un com-
pact de R est forcément borné). Montrons maintenant que f atteint son minimum
(la démonstration pour le maximum est identique, ou on peut changer f en −f ).
Soit
m = inf f (x)
x∈K
62 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS, DE BANACH ET DE HILBERT
la borne inférieure de l’ensemble {f (x), x ∈ K}. Par définition, m est le plus grand
des minorants de cet ensemble et donc:
(i) ∀x ∈ K, m ≤ f (x), et
(ii) ∀ε > 0, ∃x ∈ K / m ≤ f (x) ≤ m + ε.
On pose ε = 1/n pour n ∈ N\{0}. On obtient ainsi l’existence d’un xn ∈ K tel que
∀n ∈ N\{0},
1
m ≤ f (xn ) ≤ m + .
n
Donc f (xn ) → m lorsque n → +∞. Comme K est un compact, il existe φ : N ↗
N telle que (xφ(n) )n converge. Notons x sa limite. Une sous suite d’une suite
convergente étant convergente et de même limite, on a encore que f (xφ(n) ) → m
lorsque n → +∞. Par continuité de f en x il s’ensuit que f (x) = m. Le théorème
est démontré. □
Puisque F est de dimension finie, il existe x̃ ∈ F tel que α = ∥x − x̃∥ (les fermés
bornés dans F sont compacts). En particulier, α > 0. Soit maintenant y ∈ F tel
que
3α
α ≤ ∥x − y∥ ≤
2
1
x − y . Alors z ∈ B ′ , et il existe ainsi i ∈ 1, . . . , n pour lequel
et soit z = ∥x−y∥
z ∈ Bai ( 12 ). On remarque maintenant que
y ′ = y + ∥x − y∥ai
appartient à F , et que
x = y + ∥x − y∥z .
Ainsi
α ≤ ∥x − y ′ ∥
= ∥x − y∥.∥z − ai ∥
3α 1 3α
≤ . = <α
2 2 4
et on obtient donc une contradiction. Il s’ensuit que E = F . En particulier, E est
de dimension finie. D’où le théorème. □
Il s’ensuit que l’application f de Rn dans R qui à x associe ∥x∥ est continue pour
∥ · ∥0 . Notons S la sphère unité de Rn pour ∥.∥0 :
S = x ∈ Rn / ∥x∥0 = 1 .
et, dans cette somme infinie, seuls un nombre fini de αk sont à chaque fois non nuls.
On définit alors
+∞
X |αk |
∥P ∥ = .
k+1
k=0
Il est facile de vérifier que ∥ · ∥ est bien une norme sur R[X]. Or pour cette norme
1
∥X n − P0 ∥ =
n+1
pour n ≫ 1 suffisamment grand puisque Qn = X n −P0 pour n ≫ 1. Donc X n → P0
lorsque n → +∞ pour cette norme. Le théorème est démontré. □
où d est la distance associée au produit scalaire. La distance aux convexes complets
est caractérisée par le théorème de projection suivant.
Théorème 3.13 (Théorème de projection sur les convexes complets). Soient
(E, ⟨·, ·⟩) un espace préhilbertien et C ⊂ E un convexe complet. Il existe une unique
application PC : E → C, dite projection sur C, qui est telle que pour tout x ∈ E,
d (x, C) = d (x, PC (x)). Pour tout x ∈ E, PC (x) est l’unique point de C vérifiant
que ⟨x − PC (x), y − PC (x)⟩ ≤ 0 pour tout y ∈ C. Et si C = F est un sous espace
vectoriel complet de E, alors PC (x) ∈ F est entièrement caractérisé par la condition
que x − PC (x) ∈ F ⊥ , où F ⊥ est l’orthogonal de F .
68 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS, DE BANACH ET DE HILBERT
Théorème 3.14. Soit (E, ⟨·, ·⟩) un espace de Hilbert. Soit F ⊂ E un sous
espace vectoriel fermé de E. Alors E = F ⊕ F ⊥ , où F ⊥ est l’orthogonal de F .
Démonstration. On a toujours F ∩ F ⊥ = {0}. Reste donc à montrer que
E = F + F ⊥ . Comme H est un Hilbert et F est fermé dans H, F est complet
(Théorème 6.12). Alors
x = PF (x) + (x − PF (x)) ,
où PF est la projection sur F donnée par le Théorème 3.13. On a PF (x) ∈ F et,
toujours en vertue du Théorème 3.13, x − PF (x) ∈ F ⊥ . D’où le théorème. □
Une remarque importante (mais néanmoins simple à démontrer) est que la com-
posée d’applications linéaires continues est encore une application linéaire continue.
Le résultat se démontre en écrivant que si f : E → F et g : F → G sont linéaires,
alors pour tout x ∈ E,
∥g ◦ f (x)∥G ≤ ∥g∥Lc (F,G) ∥f (x)∥F
≤ ∥g∥Lc (F,G) ∥f ∥Lc (E,F ) ∥x∥E .
Donc g ◦ f est bien continue et on a même obtenu que
∥g ◦ f ∥Lc (E,G) ≤ ∥g∥Lc (F,G) ∥f ∥Lc (E,F )
si on définit la norme d’une application linéaire (voir ci-dessous) comme la plus
petite constante M dans (3). On peut se demander pourquoi la notion d’application
linéaire continue n’apparaı̂t pas en dimension finie. La raison en est donnée par le
résultat suivant.
Théorème 3.16. Soient (E, ∥.∥E ) et (F, ∥.∥F ) deux espaces vectoriels normés.
Si E est de dimension finie, toute application linéaire de E dans F est continue.
Démonstration. Soit (e1 , . . . , en ) une base de E. On note ∥.∥′E la norme de
E définie pour tout x = x1 e1 + · · · + xn en de E par
Xn
∥x∥′E = |xi | .
i=1
Sachant que E est de dimension finie, et d’après ce qui a été dit plus haut sur
l’équivalence des normes, il existe une constante réelle C > 0 telle que pour tout
x ∈ E, ∥x∥′E ≤ C∥x∥E . Etant donnés f une application linéaire de E dans F , on
écrit que pour tout x = x1 e1 + · · · + xn en de E
Xn
∥f (x)∥F = ∥ xi f (ei )∥F
i=1
n
X
≤ |xi |.∥f (ei )∥F
i=1
max ∥f (ei )∥F ∥x∥′E
≤
i=1,...,n
≤ C max ∥f (ei )∥F ∥x∥E .
i=1,...,n
tel que pour tout x ∈ E, ∥f (x)∥F ≤ M ∥x∥E . D’après le théorème précédent, cela
entraine que f est continue sur E. Le théorème est démontré. □
En dimension infinie les applications linéaires ne sont plus nécessairement con-
tinues. Un exemple d’une telle application linéaire non continue est donné par le
lemme suivant.
Lemme 3.1. Soit E l’espace vectoriel des fonctions réelles f : [−1, 1] → R qui
sont continues sur [−1, 1] et dérivables en 0. On munit E de la norme L∞ définie
par ∥f ∥L∞ = maxx∈[−1,1] |f (x)| (qui est bien définie puisque toute fonction continue
sur [−1, 1] est bornée et atteint ses bornes). La forme linéaire Φ : E → R définie
par Φ(f ) = f ′ (0) pour tout f ∈ E n’est pas continue sur (E, ∥ · ∥L∞ ).
9. ESPACES DES APPLICATIONS LINÉAIRES CONTINUES 71
8. Le théorème de Banach
Le théorème suivant est difficle à démontrer. On le donne ici sans preuve.
Théorème 3.17 (Théorème de Banach). Si (E, ∥ · ∥E ) et (F, ∥ · ∥F ) sont deux
espaces de Banach, et si f ∈ Lc (E, F ) est bijective de E sur F , alors f −1 ∈
Lc (F, E).
Clairement si f est linéaire bijective de E sur F , f −1 est linéaire de F sur E.
Ce n’est pas la linéarité de f −1 qui est l’affirmation difficile. Ce que dit le théorème
de Banach, et qui est difficile à démontrer, est que la continuité de f entraı̂ne la
continuité de f −1 . Ainsi, toute application linéaire continue bijective entres Banach
est en fait un isomorphisme bi-continu entre ces espaces.
Alors non seulement ∥ · ∥Lc (E,F ) est bien une norme sur Lc (E, F ), mais en plus,
l’espace (Lc (E, F ), ∥ · ∥Lc (E,F ) ) est un espace de Banach dès que (F, ∥ · ∥F ) est un
espace de Banach.
Démonstration. On vérifie facilement que ∥ · ∥Lc (E,F ) est bien une norme.
On montre que (Lc (E, F ), ∥ · ∥Lc (E,F ) ) est un espace de Banach dès que (F, ∥ · ∥F )
est un espace de Banach. On considère (fn )n une suite de Cauchy dans Lc (E, F ).
Alors
∀ε > 0 , ∃N ∈ N / ∀p, q ≥ N , ∥fp − fq ∥Lc (E,F ) < ε . (3.9)
En particulier, par définition même de ∥ · ∥Lc (E,F ) , on obtient avec (3.9) que
∀ε > 0 , ∃N ∈ N / ∀p, q ≥ N , ∀x ∈ E ,
(3.10)
∥fp (x) − fq (x)∥F ≤ ε∥x∥E
La suite (fn (x))n est donc de Cauchy dans (F, ∥.∥F ). Comme (F, ∥.∥F ) est un
espace de Banach, elle converge dans (F, ∥.∥F ). On note f (x) sa limite, et comme
72 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS, DE BANACH ET DE HILBERT
ou encore
∥f ∥Lc (E,F ) = sup ∥f (x)∥F .
{x∈E / ∥x∥E =1}
En fait ∥f ∥Lc (E,F ) est le plus petit des réels M pour lesquels ∥f (x)∥F ≤ M ∥x∥E
pour tout x.
de sorte que
1 √
√ ∥X∥ ≤ ∥X∥′ ≤ n∥X∥
n
pour tout X = (x1 , . . . , xn ) dans E1 × · · · × En .
74 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS, DE BANACH ET DE HILBERT
Il suffit de choisir η tel que η ≤ 1 et η < ε/M K n−1 . Donc (iii) ⇒ (i). Le théorème
est démontré. □
En dimension finie, les multilinéaires, comme les linéaires, sont toujours con-
tinues.
Théorème 3.21. Soient (E1 , ∥·∥1 ),. . . , (En , ∥·∥n ) et (F, ∥·∥F ) des espaces vec-
toriels normés. On suppose que les Ei sont de dimensions finies. Toute application
multilinéaire f : E1 × · · · × En → F est alors continue.
Démonstration. Il suffit de montrer qu’il existe M > 0 tel que
∥f (x1 , . . . , xn )∥F ≤ M ∥x1 ∥1 × · · · × ∥xn ∥n
pour tout (x1 , . . . , xn ) ∈ E1 × · · · × En . Notons mk les dimensions des Ek et
(ek1 , . . . , ekmk ) des bases de Ek , k = 1, . . . , n. Pour tout xk ∈ Ek on note xk1 , . . . , xkmk
les coordonnées de xk dans la base (ek1 , . . . , ekmk ), k = 1, . . . , n. Par équivalence des
normes en dimension finie, pour tout k = 1, . . . , n, il existe Ck > 0 tel que
v
u mk
uX
t (xk )2 ≤ Ck ∥xk ∥k
i
i=1
On a alors que
∥f (x1 , . . . , xn )∥F ≤ ∥f ∥Lc (E1 ,...,En ;F ) ∥x1 ∥1 × · · · × ∥xn ∥n
pour tous (x1 , . . . , xn ) ∈ E1 ×· · ·×En . Une définition équivalente de ∥f ∥Lc (E1 ,...,En ;F )
est qu’il s’agit du plus petit des réels positifs M pour lesquels
∥f (x1 , . . . , xn )∥F ≤ M ∥x1 ∥1 × · · · × ∥xn ∥n
76 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS, DE BANACH ET DE HILBERT
on en déduit que ∥Φ(f )∥Lc (E,Lc (F,G)) = ∥f ∥Lc (E,F ;G) et donc que Φ est bien une
isométrie vectorielle. Le théorème est démontré. □
CHAPITRE 4
1. Applications différentiables
On inverse les priorités. On ne cherche plus à calculer la différentielle mais
bien à définir la différentiabilité. C’est elle qui vient en premier, et c’est la “bonne”
façon de voir les choses.
Définition 4.1. Soient (E, ∥ · ∥E ) et (F, ∥ · ∥F ) deux espaces de Banach, Ω un
ouvert de E, a ∈ Ω un point de Ω, et f : Ω → F une application de Ω dans F . On
dit que f est différentiable au point a s’il existe une application linéaire continue
g ∈ Lc (E, F ) telle que
f (x) − f (a) − g(x − a) = ∥x − a∥E ε(x) (4.1)
pour tout x ∈ Ω, où ε : Ω → F est telle que ε(a) = 0 et ε(x) → 0 (pour ∥ · ∥F )
lorsque x → a (pour ∥ · ∥E ). On dit que g est la différentielle de f au point a et on
la note Df (a).
Formellement, (4.1) signifie que
∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ Ω\{a}, ∥x − a∥E < η
⇒ ∥f (x) − f (a) − g(x − a)∥F < ε∥x − a∥E
On montre que g est unique lorsqu’elle existe.
Lemme 4.1. L’application linéaire g, si elle existe, est unique.
Démonstration. Si deux g1 , g2 ∈ Lc (E, F ) vérifient (⋆), alors
g1 (x − a) − g2 (x − a) = ∥x − a∥E ε(x)
pour tout x ∈ Ω, où ε : Ω → F est telle que ε(a) = 0 et ε(x) → 0 lorsque x → a.
Soit h ∈ E un élément quelconque de E. Comme Ω est un ouvert, il existe r0 > 0
tel que pour tout t ∈]−r0 , +r0 [, le point x = a+th est dans Ω. Bien sûr, a+th → a
lorsque t → 0. En posant x = a + th dans l’égalité ci-dessus, avec t > 0, et par
linéarité de g1 et g2 , on obtient que
g1 (h) − g2 (h) = ∥h∥E εh (t)
pour tout t > 0 suffisamment petit, où εh (t) = ε(a + th) est telle que εh (t) → 0
lorsque t → 0. En faisant effectivement tendre t → 0, il suit que g2 (h) = g1 (h) pour
tout h ∈ E, et donc que g2 ≡ g1 . On a donc bien unicité de g et on peut donc bien
s’en servir pour définir Df (a) = g. □
79
80 4. CALCUL DIFFÉRENTIEL DANS LES BANACH
Dans le cas de la dimension finie on retombe bien avec la Défintion 4.1 sur ce
qui a été dit dans le Chapitre 2.
Proposition 4.1. Si E = Rp et F = Rq alors on retrouve bien que
Df (a).(H) = Df (a)1 .(H), . . . , Df (a)q .(H) avec
p
X ∂fj
Df (a)j .(H) = (a)hi
i=1
∂xi
pour tout H = (h1 , . . . , hp ) ∈ Rp , où les f1 , . . . , fq sont les fonctions composantes
de f .
Démonstration. Pour faire simple supposons q = 1. On a
Démonstration. On a
f (x) − f (a) − g(x − a) = ∥x − a∥E ε(x) (4.5)
avec ε(a) = 0 et ε(x) → 0 lorsque x → a. Comme g est continue, limx→a g(x − a) =
0. Donc (comme aussi ∥x − a∥E ε(x) → 0 lorsque x → a), on voit avec (4.5) que
lim f (x) = f (a) ,
x→a
et f est bien continue en a. D’où le théorème. □
La différentiabilité sur Ω se définit classiquement comme la différentiabilité en
tout point de Ω.
Définition 4.2. Soient (E, ∥ · ∥E ) et (F, ∥ · ∥F ) deux espaces de Banach, et
soit Ω un ouvert de E. Soit f : Ω → F une application de Ω dans F . On dit que f
est différentiable sur Ω si f est différentiable en tout point a de Ω.
Si f : Ω → F est différentiable sur Ω, alors on récupère une application
Df : Ω → Lc (E, F )
qui à x ∈ Ω associe Df (x) ∈ Lc (E, F ). Les applications Df et f sont de même
type (ou même nature): ce sont deux applications d’un espace de Banach dans un
autre espace de Banach. On place ici sur Lc (E, F ) sa norme naturelle
∥Φ(x)∥F
∥Φ∥Lc (E,F ) = sup ,
x∈E\{0} ∥x∥E
et on rappelle (cf. Chapitre 3) que Lc (E, F ), ∥ · ∥Lc (E,F ) est un Banach dès que
(F, ∥ · ∥F ) est un Banach.
La remarque que l’on vient de faire est d’importance. Elle permet de définir de
façon naturelle les applications de classe C 1 , les applications deux fois différentiables,
les applications de classe C 2 , les applications trois fois différentiables, etc. à partir
des seules notions d’application différentiable et d’application continue entre Ba-
nach, comme c’était le cas pour les fonctions de R dans R. Evidemment, si la théorie
est claire et simple, dans la pratique les espaces se compliquent considérablement
au fur et à mesure que l’on différencie:
Df : Ω → Lc (E, F ) , D2 f : Ω → Lc (E, Lc (E, F )) ,
D3 f : Ω → Lc (E, Lc (E, Lc (E, F ))) , . . .
Les espaces d’arrivées seront à simplifier (par assimilation). Par exemple (cf.
Chapitre 3), Lc (E, Lc (E, F )) ≈ Lc (E, E; F ).
Définition 4.3. Soient (E, ∥ · ∥E ) et (F, ∥ · ∥F ) deux espaces de Banach, et
soit Ω un ouvert de E. Soit f : Ω → F une application différentiable de Ω dans F .
On dit que f est de classe C 1 sur Ω si Df : Ω → Lc (E, F ) est continue sur Ω.
La continuité de DF en un point a ∈, Ω s’écrit
∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ Ω, ∥x − a∥E < η
⇒ ∥Df (x) − Df (a)∥Lc (E,F ) < ε
et donc
∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ Ω, ∥x − a∥E < η
⇒ ∥Df (x).h − Df (a).h∥F ≤ ε∥h∥E pour tout h ∈ E .
82 4. CALCUL DIFFÉRENTIEL DANS LES BANACH
2. Gateaux-différentiabilité
La notion de différentiabilité que l’on vient de voir dans la section précédente
(et aux Chapitres 1 et 2) est aussi appelée différentiabilité au sens de Fréchet. Il
existe d’autres notions de différentiabilité. L’une, moins forte, est la notion de
différentiabilité au sens de Gateaux. On la discute très brièvement ici, essentielle-
ment pour la culture.
Définition 4.4. Soient (E, ∥ · ∥E ) et (F, ∥ · ∥F ) deux espaces de Banach, Ω un
ouvert de E, et a ∈ Ω un point de Ω. Soit f : Ω → F une application de Ω dans
F . On dit que f est Gateaux-différentiable au point a si pour tout h ∈ E la dérivée
directionnelle de f en a suivant h, donnée par la limite
f (a + th) − f (a)
f ′ (a; h) = lim ,
t→0 t
existe et si l’application h → f ′ (a; h) est linéaire continue.
Toute fonction différentiable au sens classique de Fréchet est différentiable au
sens de Gateaux et alors fa′ (h) = Df (a).(h). Par contre la réciproque est fausse.
Une fonction peut être Gateaux-différentiable mais pas Fréchet-différentiable (ni
même d’ailleurs continue). Par exemple, soit p > 1 et soit f : R2 → R la fonction
définie par (
f (x, y) = 0 si y = |x|p et (x, y) ̸= (0, 0),
f (x, y) = 1 sinon .
Alors f est Gateaux-différentiable en (0, 0) de différentielle de Gateaux en (0, 0)
nulle. Plus précisément, f ′ ((0, 0); (h, k)) = 0 pour tout (h, k) ∈ R2 puisque étant
donné (h, k) ∈ R2 , f (th, tk) = f (0, 0) = 1 pour t petit (à savoir t → 0). Par contre
f n’est pas Fréchet-différentiable en (0, 0) puisqu’elle n’y est même pas continue
(puisque par exemple f (xp , x) = 0 pour tout x > 0 et donc f (xp , x) ̸→ f (0, 0)
lorsque x → 0+ ).
Soit Ω ⊂ Rn un ouvert de Rn , a ∈ Ω et f : Ω → R une fonction Gateaux-
∂f
différentiable en a. Les dérivées partielles ∂x i
(f ) de f en a existent et sont données
′
par f (a; ei ) où ei est le ième vecteur de la base canonique de Rn . Comme la fonction
h → f ′ (a; h) est linéaire, il existe p ∈ Rn tel que f ′ (a; h) = ⟨p, h⟩ pour tout h ∈ Rn ,
où ⟨·, ·⟩ est le produit scalaire euclidien. Par suite, forcément, f ′ (a; h) = ⟨∇f (a), h⟩
pour tout h ∈ Rn , où ∇f (a) ∈ Rn est le gradient de f en a, à savoir le vecteur de
∂f
Rn de composantes les dérivées partielles ∂x i
(a) de f en a.
effet,
∥g(h1 , h2 )∥F
≤ ∥f (a1 , h2 )∥F + ∥f (h1 , a2 )∥F
≤ ∥f ∥Lc (E1 ,E2 ;F ) ∥a1 ∥E1 ∥h2 ∥E2 + ∥f ∥Lc (E1 ,E2 ;F ) ∥h1 ∥E1 ∥a2 ∥E2
≤ ∥f ∥Lc (E1 ,E2 ;F ) (∥a1 ∥E1 + ∥a2 ∥E2 ) ∥(h1 , h2 )∥E1 ×E2
et on obtient ainsi la continuité de l’application linéaire g. Par bilinéarité de f ,
f (x1 , x2 ) − f (a1 , a2 ) − f (a1 , x2 − a2 ) − f (x1 − a1 , a2 )
= f (a1 + h1 , a2 + h2 ) − f (a1 , a2 ) − f (a1 , h2 ) − f (h1 , a2 )
= f (h1 , h2 ) = f (x1 − a1 , x2 − a2 ) ,
où h1 = x1 − a1 et h2 = x2 − a2 . Par suite, pour tout (x1 , x2 ) ∈ E1 × E2 ,
∥f (x1 , x2 ) − f (a1 , a2 ) − f (a1 , x2 − a2 ) − f (x1 − a1 , a2 )∥F
≤ ∥f ∥Lc (E1 ,E2 ;F ) ∥x1 − a1 ∥E1 ∥x2 − a2 ∥E2
1
≤ ∥f ∥Lc (E1 ,E2 ;F ) ∥(x1 − a1 , x2 − a2 )∥2E1 ×E2 ,
2
et on a montré que pour tout (x1 , x2 ) ∈ E1 × E2 ,
f (x1 , x2 ) − f (a1 , a2 ) − f (a1 , x2 − a2 ) − f (x1 − a1 , a2 )
= ∥(x1 − a1 , x2 − a2 )∥E1 ×E2 ε(x1 , x2 ) ,
où ε(x1 , x2 ) → 0 lorsque (x1 , x2 ) → (a1 , a2 ). En particulier, f est différentiable au
point a = (a1 , a2 ) de différentielle en ce point
Df (a).(h) = f (a1 , h2 ) + f (h1 , a2 )
pour tout h = (h1 , h2 ) dans E1 × E2 . Le théorème est démontré. □
La proposition que l’on vient de démontrer se généralise aux applications mul-
tilinéaires d’ordre quelconque.
Théorème 4.5. Soient (E1 , ∥ · ∥E1 ),. . . ,(En , ∥ · ∥En ), (F, ∥ · ∥F ) des espaces
de Banach. Soit f ∈ Lc (E1 , . . . , En ; F ) une application n-linéaire continue de
E1 × · · · × En dans F . Alors f est différentiable en tout point a = (a1 , . . . , an ) de
E1 × · · · × En , de différentielle donnée par
Df (a).(h) = f (h1 , a2 , . . . , an ) + f (a1 , h2 , a3 , . . . , an )
+ · · · + f (a1 , . . . , an−1 , hn )
pour tout h = (h1 , . . . , hn ) dans E1 × · · · × En .
Démonstration. Il est facile de vérifier que Φ = Df (a) donné par le théorème
est linéaire et continue pour la norme produit au départ et la norme de F à l’arrivée.
Pour ne pas alourdir la rédaction, on démontre le théorème dans le cas spécial où
n = 3. On place sur E1 × E2 × E3 une des normes produits naturelles, par exemple
∥(x1 , x2 , x3 )∥E1 ×E2 ×E3 = ∥x1 ∥E1 + ∥x2 ∥E2 + ∥x3 ∥E3 .
On écrit que
f (x1 , x2 , x3 ) − f (a1 , a2 , a3 )
= f (x1 − a1 , a2 , a3 ) + f (x1 , x2 − a2 , a3 ) + f (x1 , x2 , x3 − a3 )
86 4. CALCUL DIFFÉRENTIEL DANS LES BANACH
de sorte que si Φ est l’application linéaire donnée par Df (a) dans le théorème,
f (x1 , x2 , x3 ) − f (a1 , a2 , a3 ) − Φ(x1 − a1 , x2 − a2 , x3 − a3 )
= f (x1 − a1 , x2 − a2 , a3 ) + f (x1 , x2 , x3 − a3 ) − f (a1 , a2 , x3 − a3 )
= f (x1 − a1 , x2 − a2 , a3 ) + f (x1 , x2 − a2 , x3 − a3 ) + f (x1 − a1 , a2 , x3 − a3 ) .
Par continuité de f en tant qu’application 3-linéaire, on obtient que
∥f (x1 , x2 , x3 ) − f (a1 , a2 , a3 ) − Φ(x1 − a1 , x2 − a2 , x3 − a3 )∥F
≤ ∥f (x1 − a1 , x2 − a2 , a3 )∥F + ∥f (x1 , x2 − a2 , x3 − a3 )∥F
+ ∥f (x1 − a1 , a2 , x3 − a3 )∥F
≤ C1 ∥x1 − a1 ∥E1 ∥x2 − a2 ∥E2 + C2 ∥x2 − a2 ∥E2 ∥x3 − a3 ∥E3
C3 ∥x1 − a1 ∥E1 ∥x3 − a3 ∥E3
où C1 , C2 , C3 > 0 sont des constantes strictement positives qui ne dépendent pas
de x, mais uniquement de f et de a. On en déduit que
∥f (x1 , x2 , x3 ) − f (a1 , a2 , a3 ) − Φ(x1 − a1 , x2 − a2 , x3 − a3 )∥F
≤ C∥(x1 − a1 , x2 − a2 , x3 − a3 )∥2E1 ×E2 ×E3
pour tout x = (x1 , x2 , x3 ). Et, clairement, ∥(x1 − a1 , x2 − a2 , x3 − a3 )∥2E1 ×E2 ×E3 est
un ∥x − a∥E1 ×E2 ×E3 ε(x) où ε(x) → 0 pour ∥ · ∥F lorsque x → a pour ∥ · ∥E1 ×E2 ×E3 .
On en déduit que f est différentiable au point a de différentielle Φ, ce qui constitue
le résultat voulu. □
8. Dérivées partielles
On considère ici le cas où l’espace de départ est un produit d’espaces de Banach.
Soient donc (E1 , ∥ · ∥E1 ),. . . ,(Ek , ∥ · ∥Ek ), et (F, ∥ · ∥F ) des espaces de Banach. On
place sur E = E1 × · · · × Ek l’une des deux normes produits équivalentes
k
X
∥(x1 , . . . , xk )∥E1 ×···×Ek = ∥xi ∥Ei , ou
i=1
v
u k
uX
∥(x1 , . . . , xk )∥E1 ×···×Ek =t ∥xi ∥2Ei .
i=1
pour tout x = (x1 , . . . , xk ) dans E. Les dérivées partielles d’une application sont
ainsi liées à la structure d’espace produit au départ. On démontre la proposition
dans ce qui suit.
on obtient la proposition. □
et on vérifie que
(1) si f ′ (x) existe, alors f est différentiable en x et Df (x).(h) = hf ′ (x) pour
tout h ∈ R,
(2) si f est différentiable en x, alors f ′ (x) existe et Df (x).(h) = hf ′ (x) pour
tout h ∈ R.
Pour le voir on commence par remarquer qu’une application linéaire de R dans un
espace vectoriel F est forcément du type h → hX pour X un vecteur de F (tout
simplement: X = f (1)). Si f est différentiable en a alors il existe X ∈ F tel que
f (x) − f (a) − (x − a)X = |x − a|ε(x) ,
où ε(x) → 0 lorsque x → a. En divisant par x − a et en faisant tendre x → a, on
obtient que
f (x) − f (a)
lim =X .
x→a,x̸=a x−a
10. LE THÉORÈME DES ACCROISSEMENTS FINIS 91
Une situation où l’on sait que Λ est fini est la situation où f est de classe
C 1 , car alors Λ est la borne supérieure d’une fonction continue, la fonction t →
∥Df (tx + (1 − t)y)∥Lc (E,F ) , sur le compact [0, 1], et une fonction continue sur un
compact est bornée (et atteint ses bornes).
Démonstration. On note h la fonction de t définie par
h(t) = f (tx + (1 − t)y) .
Alors h est définie et différentiable sur un intervalle du type ] − ε, 1 + ε[ (car [x, y]
est contenu dans Ω, et Ω est un ouvert). Sa différentielle en un point t est donnée
par le théorème de composition en remarquant que h est la composée de f avec
L(t) = tx + (1 − t)y. Sa différentielle en t vaut alors Dh(t) = Df (L(t)) ◦ DL(t), et
sa dérivée en t (on rappelle que h′ (t) = Dh(t).(1)) vaut donc
h′ (t) = Df (L(t)).(x − y) .
10. LE THÉORÈME DES ACCROISSEMENTS FINIS 93
En particulier,
∥Dh(t)∥Lc (R,F ) = ∥h′ (t)∥F
≤ Λ∥y − x∥E = g ′ (t)
pour tout t ∈ [0, 1], où g : R → R est la fonction définie par
g(t) = Λ∥y − x∥E t .
Avec le lemme il suit que
∥h(1) − h(0)∥F ≤ g(1) − g(0) ,
ce qui est l’inégalité du théorème des accroissements finis. □
Par définition, un ouvert Ω est dit convexe si pour tous x, y ∈ Ω, le segment
[x, y] est contenu dans Ω (par exemple une boule dans un espace vectoriel normé
est convexe). Par ailleurs, on rappelle qu’une application f : X → Y entres espaces
métriques (X, dX ) et (Y, dY ) est dite lipschitzienne sur X s’il existe un réel K ≥ 0
tel que
dY (f (x), f (y)) ≤ KdX (x, y)
pour tous x, y ∈ X. Une fonction lipschitzienne est toujours uniformément continue.
Corollaire 4.2. Soient (E, ∥ · ∥E ), (F, ∥ · ∥F ) deux espaces de Banach, Ω un
ouvert convexe de E, et f : Ω → F une application différentiable dans Ω. On
suppose qu’il existe K ≥ 0 tel que pour tout x ∈ Ω, ∥Df (x)∥Lc (E,F ) ≤ K. Alors
∥f (y) − f (x)∥F ≤ K∥y − x∥E
pour tous x, y ∈ Ω. En particulier, f est lipschitzienne sur Ω.
Démonstration. Le résultat suit directement du théorème des accroissements
finis. □
Toujours par définition, un ouvert Ω est dit connexe s’il n’est pas réunion de
deux ouverts disjoints non vides. Donc Ω ouvert est connexe s’il n’existe pas Ω1 et
Ω2 deux ouverts non vides tels que Ω = Ω1 ∪ Ω2 et Ω1 ∩ Ω2 = ∅. Une propriété
remarquable des espaces vectoriels normés est la suivante: “Un ouvert Ω d’un
espace vectoriel normé est connexe si et seulement si pour tous x, y ∈ Ω il existe
γ : [0, 1] → Ω un chemin continu qui ait x et y pour extrémités, à savoir qui soit tel
que γ(0) = x et γ(1) = y.” On dit encore qu’un ouvert d’un espace vectoriel normé
est connexe si et seulement si il est connexe par arc.
Corollaire 4.3. Soient (E, ∥ · ∥E ), (F, ∥ · ∥F ) deux espaces de Banach, Ω
un ouvert connexe de E, et f : Ω → F une application différentiable dans Ω. Si
Df (x) ≡ 0 pour tout x ∈ Ω, alors f est constante sur Ω.
Démonstration. Il y a un peu plus à dire que pour le corollaire précédent.
Les boules étant convexes, si f est telle que Df (x) ≡ 0 pour tout x ∈ Ω, alors f est
localement constante sur Ω en vertue du corollaire précédent. A savoir: pour tout
x ∈ Ω, ∃r > 0 tel que f = Cste sur Bx (r). Soient maintenant x et y deux points
dans Ω. Comme Ω est connexe, il existe γ : [0, 1] → Ω un chemin continu tel que
γ(0) = x et γ(1) = y. L’application f ◦ γ : [0, 1] → F est continue sur [0, 1], comme
composée d’applications continues, et localement constante sur [0, 1] puisque f est
localement constante sur Ω. Notons g = f ◦ γ, et soit
I = t ∈ [0, 1] / ∀τ ∈ [0, t] , g(τ ) = g(0) .
94 4. CALCUL DIFFÉRENTIEL DANS LES BANACH
∂f ∂f
Df (x, y).(h, k) = (x, y).(h) + (x, y).(k)
∂x ∂y
pour tous (x, y) ∈ Ω et tous (h, k) ∈ E × F . On a déjà démontré ce résultat. Reste
maintenant à montrer que les dérivées partielles sont bien C 1 si f l’est. On a
∂f
(x, y).(h) = Df (x, y).(h, 0) , et
∂x
∂f
(x, y).(k) = Df (x, y).(0, k)
∂y
pour tous (x, y) ∈ Ω, tous h ∈ E, et tous k ∈ F . On en déduit que
∂f ∂f
∥ (x, y) − (a, b)∥Lc (E,G)
∂x ∂x
∥ ∂f ∂f
∂x (x, y).(h) − ∂x (a, b).(h)∥G
= sup
h∈E,h̸=0 ∥h∥E
∥ (Df (x, y) − Df (a, b)) .(h, 0)∥G
= sup
h∈E,h̸=0 ∥h∥E
≤ ∥Df (x, y) − Df (a, b)∥Lc (E×F,G)
∂f ∂f
f (x, y) − f (a, b) − (a, b).(x − a) − (a, b).(y − b)
∂x ∂y
∂f
= f (x, y) − f (a, y) − (a, b).(x − a)
∂x
∂f
+ f (a, y) − f (a, b) − (a, b).(y − b) .
∂y
Pour (x, y) suffisamment proche de (a, b) les points (a, b), (a, y), et (x, y) vont être
dans une boule B(a,b) (r), avec r > 0 petit de sorte que la boule soit contenue dans
Ω. Soit ε > 0. Comme les dérivées partielles de f sont continues, quitte à choisir
r > 0 suffisamment petit on va pouvoir écrire que
∂f ∂f ε
∥ (x, y) − (a, b)∥Lc (E,G) < , et
∂x ∂x 2
∂f ∂f ε
∥ (a, y) − (a, b)∥Lc (F,G) <
∂y ∂y 2
pour tous (x, y) ∈ B(a,b) (r). On applique maintenant le théorème des accroisse-
ments finis aux applications
∂f
g1 : x → f (x, y) − (a, b).(x − a) , et
∂x
∂f
g2 : y → f (a, y) − (a, b).(y − b) .
∂y
∂f ∂f
Dg1 (x) = (x, y) − (a, b) , et
∂x ∂x
∂f ∂f
Dg2 (y) = (a, y) − (a, b) .
∂y ∂y
∂f ∂f
∥f (x, y) − f (a, b) − (a, b).(x − a) − (a, b).(y − b)∥G
∂x ∂y
ε ε
≤ ∥x − a∥E + ∥y − b∥F
2 2
≤ ε∥(x, y) − (a, b)∥E×F
pour tous (x, y) ∈ B(a,b) (r). En d’autres termes on a montré que f est différentiable
en tout point (a, b) de Ω de différentielle en ce point l’application donnée par
∂f ∂f
Df (a, b).(h, k) = (a, b).(h) + (a, b).(k)
∂x ∂y
96 4. CALCUL DIFFÉRENTIEL DANS LES BANACH
et il est alors facile de montrer par induction finie que si f est un C 1 -difféomorphisme
et de classe C p alors f −1 est aussi de classe C p . □
Fonctions Convexes
Démonstration. Soient x < y < z dans I. Il existe alors t ∈]0, 1[ tel que
y = tx + (1 − t)z. On a
f (y) ≤ tf (x) + (1 − t)f (z) (5.1)
par convexité. Donc
f (y) − f (x) ≤ (1 − t) (f (z) − f (x)) .
y−x
Or 1−t = z−x .
On obtient donc la première inégalité de l’inégalité des trois cordes.
On a aussi avec (5.1) que
t (f (z) − f (x)) ≤ f (z) − f (y) .
z−y
Or t = z−x . D’où la seconde inégalité de l’inégalité des trois cordes. Le lemme est
démontré. □
La continuité “automatique” sur les intervalles ouverts des fonctions convexes
suit de l’inégalité des trois cordes.
Théorème 5.1. Soit I un intervalle ouvert de R. Toute fonction convexe
f : I → R est continue sur I.
Démonstration. Soit a ∈ I. Soient x0 < y0 deux points de I situés de part
et d’autre de a. Donc x0 < a < y0 et x0 , y0 ∈ I. Pour x ∈ I tel que a < x < y0
l’inégalité des trois cordes appliquée aux inégalités a < x < y0 et x0 < a < x
implique que
f (x) − f (a) f (y0 ) − f (a) f (x) − f (a) f (a) − f (x0 )
≤ et ≥ .
x−a y0 − a x−a a − x0
On en déduit que la limite à droite en a de f (x) − f (a) vaut automatiquement zéro.
Donc
lim+ f (x) = f (a) .
x→a
De même, pour x ∈ I tel que x0 < x < a l’inégalité des trois cordes appliquée aux
inégalités x0 < x < a et x < a < y0 implique que
f (x) − f (a) f (a) − f (x0 ) f (x) − f (a) f (y0 ) − f (a)
≥ et ≤ .
x−a a − x0 x−a y0 − a
On en déduit que la limite à gauche en a de f (x) − f (a) vaut automatiquement
zéro. Donc
lim f (x) = f (a) .
x→a−
Par suite, f (x) → f (a) lorsque x → a et f est continue en a. Comme a est
quelconque dans I, f est continue sur I. Le théorème est démontré. □
Il est important d’ouvrir I dans le Théorème 5.1. Par exemple, la fonction f
définie sur [0, 1] par f (x) = 0 si 0 < x < 1 et f (0) = f (1) = 1 n’est pas continue sur
[0, 1], mais elle est pourtant convexe sur [0, 1]. Dans le cas des fonctions dérivables,
on a une caractérisation de la convexité avec la croissance de f ′ ou la position
relative de la courbe de f avec sa tangente en chaque point.
Théorème 5.2. Soit I un intervalle ouvert de R. Soit f : I → R une fonction
dérivable sur I. Les trois propriétés suivantes sont équivalentes:
(i) f est convexe sur I
(ii) f ′ est croissante sur I
1. FONCTIONS CONVEXES D’UNE VARIABLES RÉELLE 107
Démonstration. On montre que (i) ⇒ (ii). Soient x < y dans I. pour tout
t ∈ [0, 1],
f ((1 − t)x + ty) ≤ (1 − t)f (x) + tf (y) . (5.2)
En particulier, pour 0 < t ≤ 1,
f (x + t(y − x)) − f (x) f (y) − f (x)
≤
t(y − x) y−x
et en faisant tendre t → 0+ on obtient, puisque f est dérivable en x, que
f (y) − f (x)
f ′ (x) ≤ .
y−x
De la même façon, comme ty = y + (t − 1)y, on peut écrire avec (5.2) que pour
0 ≤ t < 1,
f (y + (1 − t)(x − y)) − f (y) f (y) − f (x)
≥ .
(1 − t)(x − y) y−x
En faisant tendre t → 1− on obtient, puisque f est dérivable en y, que
f (y) − f (x)
f ′ (y) ≥ .
y−x
Par suite, f ′ (x) ≤ f ′ (y) lorsque x < y, et donc f ′ est bien croissante. On montre
maintenant que (ii) ⇒ (iii). Soit x ∈ I et g : I → R la fonction définie par
g(y) = f (y) − f ′ (x)(y − x) − f (x) .
Alors g est dérivable et
g ′ (y) = f ′ (y) − f ′ (x) .
Comme f ′ est supposée croissante, on a g ′ (y) ≤ 0 si y ≤ x et g ′ (y) ≥ 0 si y ≥ x.
Cela entyraı̂ne que g a un minimum au point x. Comme g(x) = 0 on obtient (iii).
On montre maintenant les réciproques. On commence par montrer que (iii) ⇒ (ii).
Soient x < y dans I. Avec (iii), appliqué deux fois, pour la tangente en x et la
tangente en y,
f (y) ≥ f ′ (x)(y − x) + f (x)
≥ f ′ (x)(y − x) + f ′ (y)(x − y) + f (y)
108 5. FONCTIONS CONVEXES
et donc f ′ (x)(y − x) ≤ f ′ (y)(y − x), soit encore f ′ (x) ≤ f ′ (y) puisque x < y. D’où
(ii). Reste pour finir à montrer que (ii) ⇒ (i). Soient y ∈ I et t ∈]0, 1[ fixés. On
définit g : I → R par
g(x) = f ((1 − t)x + ty) − (1 − t)f (x) − tf (y) .
Alors g est dérivable sur I et en tout x ∈ I,
g ′ (x) = (1 − t)f ′ ((1 − t)x + ty) − (1 − t)f ′ (x)
de sorte que g ′ (x) ≥ 0 pour tout x ∈ I si x < y puisqu’alors (1 − t)x + ty ≥ x
et f ′ est supposée croissante. Donc g est croissante sur I∩] − ∞, y]. Or g(y) = 0.
Donc g(x) ≤ 0 sur I∩] − ∞, y]. Clairement cela signifie que f est convexe sur I. Le
théorème est démontré. □
Lorsque les fonctions sont deux fois dérivables on obtient le résultat suivant.
Théorème 5.3. Soient I un intervalle ouvert de R et f : I → R une fonction
deux fois dérivable sur I. Alors f est convexe sur I si et seulement si f ′′ (x) ≥ 0
pour tout x ∈ I.
Démonstration. On a déjà vu que pour une fonction g dérivable sur un
intervalle I, g est croissante si et seulement si g ′ ≥ 0 sur I. En particulier, f ′ est
croissante sur I si et seulement si f ′′ (x) ≥ 0 pour tout x ∈ I. Le résultat suit alors
du Théorème 5.2. □
Plusieurs inégalités sont démontrées par convexité (ou concavité). Par exemple,
pour tout x ∈ [0, π2 ],
2
x ≤ sin(x) ≤ x . (5.3)
π
La fonction sin est en effet deux fois dérivable de dérivée seconde − sin. Donc cette
fonction est concave sur ]0, + π2 [ puisque le sinus y est positif et donc la dérivée
seconde de sinus y est négative. Par suite, par concavité, f est en dessous de
n’importe laquelle de ses tangentes. En particulier, pour tout a, x ∈]0, + π2 [,
sin(x) ≤ cos(a)(x − a) + sin(a) .
En faisant tendre a → 0+ on obtient que sin(x) ≤ x pour tout x ∈]0, + π2 [ et
l’inégalité est trivialement vraie pour x = 0 et x = π2 . Puisque sin est concave on a
aussi que tout sous-arc de sa courbe est situé au dessus de la corde correspondante.
En regardant le sous-arc et la corde correspondant aux choix de 0 et π2 on obtient
que sin(x) ≥ π2 x pour tout x ∈ [0, π2 ]. D’où (5.3).
Théorème 5.4 (Inégalité de Jensen). Soit
PnI un intervalle de R et soit aussi
f : I → R une fonction convexe sur I. Alors i=1 λi xi ∈ I et
n
! n
X X
f λ i xi ≤ λi f (xi ) (5.4)
i=1 i=1
Lemme 5.2. Soit f :]a, b[→ R une fonction croissante. L’ensemble des points
de discontinuité de f est au plus dénombrable.
Démonstration. Pour x ∈]a, b[ on note δ(x) la différence entre la limite à
droite de f en x et la limite à gauche de f en x (qui existent et sont finies par
croissance de f ). Les points de discontinuité de f sont les sauts positifs de f , à
savoir les x tels que δ(x) > 0. Soient c < d deux points de ]a, b[. Pour n ∈ N⋆ on
pose
1
Sn = x ∈]a, b[ / δ(x) ≥ .
n
T
Il est facile de voir que [c, d] Sn est un ensemble fini. On en déduit que Sn est au
plus dénombrable en approchant ]a, b[ par une suite de [ck , dk ], k → +∞. Ensuite,
si D est l’ensemble des points de discontinuité de f , en remarquant que D n’est
rien d’autre que la réunion des Sn pour n ≥ 1, on obtient que D est au plus
dénombrable. Le lemme est démontré. □
Les polyèdres convexes ont été étudiés dès Platon. Les polyèdres convexes
de Platon sont le tétraèdre, le cube, l’octaèdre, le dodécaèdre et l’icosaèdre. Ils
vérifient tous l’identité du théorème de Descartes-Euler: dans un polyèdre convexe
on a toujours F + S − A = 2 où F est le nombre de faces du polyèdre, S son nombre
de sommets et A son nombre d’arêtes.
Or, par (iii), Df (zc ).(zc − x) ≥ Df (x).(zc − x) et Df (x).(zc − x) = cDf (x).(y − x).
D’où (ii) et on a bien que (iii) ⇒ (ii). Le théorème est démontré. □
Il y aussi, comme dans le cas des fonctions R → R, une caractérisation de la
convexité avec les différentielles secondes.
Théorème 5.8. Soit X un ouvert convexe non vide de Rn et f : X → R une
fonction deux fois différentiable sur X. Alors f est convexe sur X si et seulement
si D2 f (a) ≥ 0 au sens des formes bilinéaires pour tout a ∈ X.
Démonstration. Supposons que D2 f (a) ≥ 0 au sens des formes bilinéaires
pour tout a ∈ X. Soient x, y ∈ X. On définit g : [0, 1] → R comme en (5.5).
Puisque X est un ouvert, g est même définie et deux fois dérivables sur un intervalle
un peu plus grand, donc du type ] − η, 1 + η[ avec η > 0 petit. Pour tout t ∈]0, 1[,
g ′ (t) = Df (zt ).(y − x) et g ′′ (t) = D2 f (zt ).(y − x, y − x) ,
où zt = (1 − t)x + ty. Avec la formule de Taylor-Lagrange pour g, il existe c ∈]0, 1[
tel que
1
g(1) − g(0) = g ′ (0) + g ′′ (c) .
2
Par hypothèse, g ′′ (c) ≥ 0 et donc
f (y) ≥ f (x) + Df (x).(y − x) .
En vertue du Théorème 5.7, et puisque x et y sont quelconques dans X, f est
convexe sur X. Réciproquement, supposons que f est convexe sur X. Soit x ∈ X.
Avec la formule de Taylor à l’ordre deux du Théorème 2.16, pour tout y ∈ X,
1
f (y) = f (x) + Df (x).(y − x) + D2 f (x).(y − x, y − x) + ∥y − x∥2 ε(y − x)
2
où ε(X) → 0 si X → 0. En vertue du Théorème 5.7 on récupère donc que
1 2
D f (x).(y − x, y − x) + ∥y − x∥2 ε(y − x) ≥ 0
2
pour tout y ∈ X. On fixe h ∈ Rn \{0} et pour t ∈ R petit (en valeur absolue) on
pose y = x + th. Alors y ∈ X (lorsque t est suffisamment petit en valeur absolue,
puisque X est un ouvert) et donc
2 1 2 2
t D f (x).(h, h) + ∥h∥ ε(th) ≥ 0 .
2
On en déduit que
1 2
D f (x).(h, h) + ∥h∥2 ε(th) ≥ 0
2
et en faisant tendre t → 0 on récupère que D2 f (x).(h, h) ≥ 0. L’inégalité reste
valable si h = 0. Par suite D2 f (x) ≥ 0 au sens des formes bilinéaires. Comme x
est quelconque dans X, le théorème est démontré. □
Il existe un analogue des Théorèmes 5.1 et 5.5 dans le cas de Rn . En ce qui
concerne la continuité le théorème qui suit est une conséquence directe du Théorème
5.13 ci-dessous.
Théorème 5.9. Soit X un ouvert convexe non vide de Rn et f : X → R une
fonction convexe sur X. Alors f est continue sur X.
114 5. FONCTIONS CONVEXES
Par symétrie en x et y,
2M̂
|f (y) − f (x)| ≤ ∥y − x∥
δ
pour tous x, y ∈ Ba (δ) et f est lipschitzienne sur Ba (δ). En particulier, f est
continue sur Ba (δ). Comme a est quelconque dans Ω, le théorème est démontré. □
Donc, pour tout a ∈ Ω il existe r > 0 petit pour lequel f est majorée supérieurement
sur Ba (r). Le Théorème 5.12 appliqué à Ba (r) permet de conclure. □
On déduit facilement des Lemmes 5.3 et 5.4 une condition nécessaire et suff-
isante pour la Gateaux-différentiabilité en a d’une fonction convexe continue en
a.
Lemme 5.5. Soient (E, ∥ · ∥) un espace de Banach, Ω ⊂ E un ouvert convexe
de E, a ∈ Ω et f : Ω → R une fonction convexe sur Ω et continue en a. Alors f
est Gateaux-différentiable en a si et seulement si f + (a; u) = −f + (a; −u) pour tout
u ∈ E.
Démonstration. On sait déjà avec les Lemmes 5.3 et 5.4 que f + (a; u) existe
(et est finie) pour tout u ∈ E et que la fonction u → f + (a; u) est continue. Donc
f est Gateaux-différentiable en a si et seulement si u → f + (a; u) est linéaire. Or
Φ = f + (a; ·) est sous-linéaire en vertue du Lemme 5.3 et une fonction sous linéaire Φ
est linéaire si et seulement si Φ(u) = −Φ(−u) pour tout u ∈ E. D’où le lemme. □
3. FONCTIONS CONVEXES D’UNE VARIABLE BANACHIQUE 119
est bien définie sur ]0, r̂n [ et elle est convexe sur ]0, r̂n [ car f l’est sur Bx (r) ⊂ Ω.
Soit xt = x + tun , t ∈]0, r̂n [. Par hypothèse d’absurde xt ∈ Anm et donc, pour tout
t ∈]0, r̂n [,
1
f + (xt ; un ) ≥ − f + (xt ; −un )
m
par définition de Anm . Donc gd′ (t) > gg′ (t) pour tout t ∈]0, r̂n [ et ainsi g n’est
différentiable en aucun point t ∈]0, r̂n [. Une contradiction avec le Théorème 5.5.
Les Anm sont donc des fermés d’intérieurs vides de Ω, Ω étant un ouvert d’un espace
de Banach. Le théorème de Baire (cf. Théorème 6.16) donne alors que A est lui
aussi d’intérieur vide. Le Lemme 5.6 permet de conclure. D’où le théorème. □
En dimension finie, et de façon assez surprenante, Gateaux-différentiabilité et
Fréchet-différentiabilité sont deux notions équivalentes pour les fonctions convexes.
Théorème 5.15. Soit (E, ∥ · ∥) un espace vectoriel normé de dimension finie,
Ω ⊂ E un ouvert convexe de E, a ∈ Ω et f : Ω → R une fonction convexe
sur Ω. Alors f est Gateaux-différentiable en a si et seulement si elle est Fréchet-
différentiable en a.
Démonstration. Le sens Fréchet-différentiabilité ⇒ Gateaux-différentiabilité
est évident. Pour l’implication réciproque on suppose donc que f est Gateaux-
différentiable en a. Sans perdre en généralité, par équivalence des normes en di-
mension finie, on peut supposer que E = Rn muni de la métrique euclidienne. Soit
p = ∇f (a) le gradient de f en a (donc le vecteur de Rn de coordonnées les dérivées
partielles de f en a). En vertue du Théorème 5.13, f est lipschitzienne sur une
boule ouverte Ba (r) contenue dans Ω. Soit ε > 0. Par compacité de la sphère unité
SN
S n−1 de Rn , il existe u1 , . . . , uN ∈ S n−1 tels que S n−1 ⊂ i=1 Bui (ε). Comme
f est Gateaux-différentiable en a, pour tout ε > 0 et tout i = 1, . . . , N , il existe
δi > 0 tel que pour tout t ∈ [−δi , δi ],
∥f (a + tui ) − f (a) − t⟨p, ui ⟩∥ ≤ ε|t| ,
où ⟨·, ·⟩ est le produit scalaire euclidien. Soit δ = mini δi . Pour tout u ∈ S n−1 il
existe i tel que ∥u − ui ∥ < ε. Si K est la constante de Lipschitz de f sur Ba (r), et
si ∥ui − u∥ < ε, on peut écrire que
∥f (a + tui ) − f (a + tu)∥ ≤ Kε|t|
pour tout t ∈] − r, r[, et bien sûr on a aussi que
|⟨p, ui ⟩ − ⟨p, u⟩| ≤ ∥p∥ε .
n−1
Donc, pour u ∈ S et t ∈] − r̂, r̂[, où r̂ = min(r, δ), on obtient que
∥f (a + tu) − f (a) − t⟨p, u⟩∥
≤ ∥f (a + tui ) − f (a) − t⟨p, ui ⟩∥ + Kε|t| + ∥p∥ε|t|
≤ (1 + K + ∥p∥) ε|t| .
Tout v ∈ Rn s’écrit v = tu pour un u ∈ S n−1 , et |t| = ∥v∥. On a donc montré que
pour tout ε > 0, il existe r̂ > 0 tel que pour tout v ∈ Rn , si ∥v∥ < r̂, alors
∥f (a + v) − f (a) − ⟨p, v⟩∥ ≤ Cε∥v∥ .
Donc f est Fréchet-différentiable en a et sa différentielle de Fréchet en a est la
différentielle de Gateaux en a, à savoir la forme linéaire attendue u → ⟨p, u⟩, où
p = ∇f (a) est le gradient de f en a. Le théorème est démontré. □
4. CONVEXITÉ ET SOUS-DIFFÉRENTIABILITÉ 121
4. Convexité et sous-différentiabilité
On se place ici le cadre hilbertien. La notion de sous-différentielle des fonctions
convexes est donnée dans la définition suivante.
Définition 5.3. Soit (H, ⟨·, ·⟩) un espace de Hilbert. Soit Ω un ouvert convexe
de H, a ∈ Ω et f : Ω → R une fonction convexe sur Ω. Un vecteur p ∈ H est
appelé sous-gradient de f en a si
∀x ∈ Ω, f (x) ≥ f (a) + ⟨p, x − a⟩ .
Le sous-différentiel de f en a est l’ensemble ∂f (a) constitué des sous-gradients de
f en a. Enfin, on dit que f est sous-différentiable en a si ∂f (a) ̸= ∅.
Si f est Gateaux-différentiable en a, alors la continuité de la forme linéaire
h → f ′ (a; h) et le premier théorème de Riesz (Théorème 3.19) donnent qu’il existe
p ∈ H tel que f ′ (a; h) = ⟨p, h⟩ pour tout h ∈ H. Par analogie avec le cas Rn on
peut voir p comme le gradient de f en a et, comme on s’en convaincra facilement,
f est automatiquement sous-différentiable en a de sous-différentiel en a réduit à un
seul élément: ∂f (a) = {p}. La réciproque, dont on pourra trouver la preuve dans
la plupart des ouvrages traitant de la convexité, est plus surprenante: si f : H → R
convexe est continue en un point a ∈ H, et si ∂f (a) est réduit à un seul élément,
alors f est Gateaux-différentiable en a.
Le sous-différentiel peut être important, et même avec des fonctions très sim-
ples. A titre d’exemple d’un ∂f (a) important, si f : R → R est la fonction convexe
donnée par f (x) = |x| pour tout x ∈ R, alors ∂f (0) = [−1, +1].
Lemme 5.7. Pour tout x ∈ Ω, ∂f (x) est un convexe fermé de H.
Démonstration. Si (pn ) ∈ ∂f (a)N est une suite de points de ∂f (a), et si
pn → p dans H, alors clairement p ∈ ∂f (a). Donc ∂f (a) est un fermé. Soit
maintenant p1 , p2 ∈ ∂f (a). Soit aussi t ∈ [0, 1]. On a
f (x) ≥ f (a) + ⟨p1 , x − a ⇒ (1 − t)f (x) ≥ (1 − t)f (a) + ⟨(1 − t)p1 , x − a⟩ ,
f (x) ≥ f (a) + ⟨p2 , x − a ⇒ tf (x) ≥ tf (a) + ⟨tp2 , x − a⟩ ,
et par addition de ces deux relations on obtient que pour tout x ∈ Ω,
f (x) ≥ f (a) + ⟨(1 − t)p1 + tp2 , x − a⟩ .
Donc (1 − t)p1 + tp2 ∈ ∂f (a) et ∂f (a) est convexe. □
Etant donné un espace métrique (X, d) une fonction f : X → R est dite semi-
continue inférieurement en un point a ∈ X si pour tout ε > 0 il existe η > 0 tel
que f (x) ≥ f (a) − ε pour tout x ∈ Ba (η), où Ba (η) est la boule de centre a et de
rayon η. Donc si
∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ Ba (η), f (x) ≥ f (a) − ε .
Si f est semi-continue inférieurement en a alors pour toute suite (xn ) de points de
X qui converge vers a,
f (a) ≤ lim inf f (xn ) , (5.8)
n→+∞
S
où la limite inf est, dans R {±∞}, la plus petite des limites S des sous suites de
f (xn ), vue aussi comme la limite de la suite croissante de R {±∞} qui est con-
stituée des un = inf m≥n f (xm ). Les fonctions convexes semi-continues inférieurement
sont sous-différentiables en dimension finie. C’est l’objet du théorème suivant.
122 5. FONCTIONS CONVEXES
Théorème 5.16. Soit (H, ⟨·, ·⟩) un espace de Hilbert de dimension finie. Une
fonction convexe f : H → R est sous-différentiable en tout point de H.
Démonstration. Comme f est convexe, Epi(f ) est un convexe de H × R. Il
est clairement fermé dans H × R car f est continue d’après le Théorème 5.13. En
effet, si (xn , tn ) ∈ Epi(f ) pour tout n, et si xn → x dans H et tn → t dans R
lorsque n → +∞, alors par passage à la limite dans les inégalités tn ≥ f (xn ), et
par continuité de f , on obtient que t ≥ f (x). Donc toute limite dans H × R d’une
suite de points de Epi(f ) est encore dans Epi(f ), ce qui implique que Epi(f ) est un
fermé de H × R. Pour a ∈ H,
(a, f (a)) ∈ ∂Epi(f ) .
Le théorème de séparation de Hahn-Banach (admis ici) entraı̂ne l’existence d’un
hyperplan d’appui à Epi(f ) au point (a, f (a)). Il existe ainsi (p, θ) ∈ H ×R\{(0, 0)}
tel que
⟨p, x⟩ + θt ≤ ⟨p, a⟩ + θf (a) (5.9)
pour tout (x, t) ∈ Epi(f ). En prenant x = a et t = f (a) + t̂, avec t̂ ≥ 0, alors
(x, t) ∈ Epi(f ) et on obtient avec (5.9) que θ ≤ 0. On montre maintenant que
nécessairement θ < 0. On raisonne par l’absurde et on suppose que θ = 0. Alors
⟨p, x − a⟩ ≤ 0 pour tout x ∈ H puisque pour tout x ∈ H, (x, f (x)) ∈ Epi(f ). En
prenant x = a+p on obtient que p = 0 ce qui est en contradiction avec (p, θ) ̸= (0, 0).
Donc θ < 0. Soit p̂ = (−1/θ)p. Alors (5.9) entraı̂ne que
⟨p̂, x⟩ − t ≤ ⟨p̂, a⟩ − f (a) (5.10)
pour tout (x, t) ∈ Epi(f ). En particulier, en prenant t = f (x), on obtient avec
(5.10) que f (x) ≥ f (a) + ⟨p̂, x − a⟩ pour tout x ∈ H. Ainsi p̂ ∈ ∂f (a) et donc
∂f (a) ̸= ∅. Le théorème est démontré. □
1
où m0 ∈ R. On fixe t = 2 et on pose m1 = m0 − 21 f (x0 ). Alors
α
f (x) ≥ 2m1 +∥x − x0 ∥2
4
pour tout x ∈ E. Il s’ensuit facilement que f est infinie à l’infini. □
1. Espaces topologiques
Définition 6.1. Un espace topologique est un couple (X, O), où X est un
ensemble, et O est un sous ensemble de P(X), l’ensemble des parties de X, qui
vérifie:
(1) ∅ ∈ O et X ∈ O,
(2) toute intersection finie d’éléments de O est un élément de O,
(3) toute réunion (même infinie) d’éléments de O est un élément de O.
On dit que O définit une topologie sur X. Les ensembles de O sont les ouverts de
la topologie.
Dans ce qui suit, (X, O) désigne un espace topologique, et A désigne un sous
ensemble de X.
Définition 6.2. On dit que A est une partie fermée de X, ou encore un fermé
de X, si X\A ∈ O, i.e si X\A est un ouvert de X.
Un sous ensemble de X n’est pas forcément soit ouvert soit fermé. Par conven-
tion ∅ et X sont à la fois des ouverts et des fermés de X.
Lemme 6.1. Toute intersection (même infinie) de fermés est un fermé, et toute
réunion finie de fermés est un fermé.
Démonstration. La clef réside dans les formules de Morgan:
[ \ \ [
X\ Ai = (X\Ai ) et X\ Ai = (X\Ai ) .
i∈I i∈I i∈I i∈I
On vérifie que A est bien un fermé et même le plus petit des fermés contenant
A. Soit x ∈ X\A. Il existe alors V ∈ V(x) tel que V ∩ A = ∅. Il existe donc Ux
ouvert avec x ∈ Ux et Ux ∩ A = ∅. On a Ux ⊂ X\A puisqu’un ouvert Ux est un
voisinage de chacun de ses points. On a alors que
[
X\A = Ux
x∈X\A
et donc X\A est un ouvert (comme réunion d’ouverts) de sorte que A est un fermé
(par définition des fermés). On a bien sûr que A ⊂ A. Soit maintenant F un fermé
tel que A ⊂ F . Si x ̸∈ F alors x ∈ X\F qui est un ouvert qui ne rencontre pas
A. Donc x ∈ X\A et puisque x est quelconque dans X\F , X\F ⊂ X\A, ce qui
revient à dire que A ⊂ F . Donc A est bien le plus petit des fermés qui contient A.
Une partie SB de P(X) est une sous base de la topologie de X si tout ouvert
de X est réunion d’intersections finies d’éléments de SB.
Définition 6.9. Soient (X, O) un espace topologique et A ⊂ X une partie de
X. La topologie induite sur A par celle de X est définie par
OA = U ∩ A, U ∈ O .
L’espace (A, OA ) est un sous espace topologique de X.
Un ouvert OA de A n’est pas forcément un ouvert de X si OA = U ∩ A avec
U ∈ O, A n’est pas un ouvert de X et U ̸⊂ A. Attention, si A n’est pas un ouvert
de X il l’est cependant pour la topologie induite sur A (tout comme il est fermé
pour cette même topologie au même titre que X est à la fois ouvert et fermé pour
sa propre topologie). Si par contre A est un ouvert, les ouverts de A sont les ouverts
de X qui sont contenus dans A.
Deux espaces topologiques (X, O) et (Y, O′ ) sont dits homéomorphes s’il existe
une bijection bicontinue f : X → Y (i.e f est bijective de X sur Y , f est continue,
f −1 est continue). Une telle application est appelée un homéomorphisme. Les
ouverts de X sont alors précisément les images réciproques par f des ouverts de Y ,
et les ouverts de Y sont précisément les images par f des ouverts de X.
Définition [Link] (Xi , Oi )i∈I une famille (possiblement infinie) d’espaces
topologiques et X = i∈I Xi le produit cartésien des Xi . Si πi : X → Xi est la
projection canonique d’indice i, l’ensemble
A = πj−1 (Uj ), j ∈ I, Uj ∈ Oj
engendre une topologie sur X appelée topologie produit. L’ensemble B des intersec-
tions finies d’éléments de A est une base de cette topologie. L’ensemble (X, O) est
appelé espace produit des espaces (Xi , Oi ).
n
Y
Si I est fini, i.e si I = {1, . . . , n}, alors B = Ui , Ui ∈ Oi .
i=1
Définition 6.15. Soit (X, O) un espace topologique séparé. On dit que (X, O)
vérifie la propriété (⋆) si tout point de X possède un système fondamental dénombrable
de voisinages, i.e si pour tout point x de X, il existe un sous ensemble (fini ou)
dénombrable Ax de V(x) qui est tel que: ∀V ′ ∈ V(x), ∃V ∈ Ax / V ⊂ V ′ .
En anticipant un peu, les espaces métriques vérifient la propriété (⋆) en con-
sidérant par exemple la famille des boules ouvertes de centre x (fixé) et de rayons
1/n. On a alors le résultat suivant.
Proposition 6.3. Soient (X, O) et (Y, O′ ) deux espaces topologiques séparés
vérifiant la propriété (⋆). Alors:
(1) pour toute partie A de X et tout x ∈ A, il existe (xn ) suite de points de
A telle que lim xn = x, en particulier tout point de ∂A est limite d’une suite de
n→+∞
points de A,
(2) Une partie A de X est fermée si et seulement si pour toute suite (xn ) de
points de A, si lim xn = x dans X alors x ∈ A,
n→+∞
avoir que f (xn ) → f (x) lorsque n → +∞. Mais alors pour n ≫ 1 suffisamment
grand, f (xn ) ∈ V , et donc xn ∈ f −1 (V ), une contradiction. La troisième assertion
est démontrée. □
4. Espaces compacts
La notion d’espace topologique compact est une notion particulièrement im-
portante en topologie.
Définition 6.16. Un espace topologique (X, O) est dit compact (un espace com-
pact) s’il est séparé et s’il vérifie l’axiome de Borel-Lebesgue: de tout recouvrement
ouvert de X on peut extraire un sous recouvrement qui soit fini.
En d’autres termes, (X, O) est un compact s’il est séparé et si
[ n
[
∀(Ui )i∈I ∈ O, X = Ui ⇒ ∃i1 , . . . , in ∈ I / X = Uij .
i∈I j=1
Une partie A de X est dite compacte si (A, OA ) est un espace compact. Par
définition de la topologie induite sur A, l’axiome de Borel-Lebesgue pour A se
traduit par
[ n
[
∀(Ui )i∈I ∈ O, A ⊂ Ui ⇒ ∃i1 , . . . , in ∈ I / A ⊂ Uij .
i∈I j=1
Toute partie finie est compacte. L’ensemble formé d’une suite convergente et de
sa limite est aussi toujours compact. En effet, étant donné un recouvrement ouvert
de cet ensemble, un des ouverts contient x, et par convergence tous les xn à partir
d’un certain rang. Reste alors à ajouter les ouverts qui contiennent le nombre fini
de points restant pour obtenir un sous recouvrement fini.
134 6. PETIT PRÉCIS DE TOPOLOGIE
5. Compactifié d’Alexandroff
L’idée dans la compactification d’Alexandroff est de rajouter un point à l’infini
à un espace topologique pour en faire un compact, tout comme le cercle unité dans
R2 peut-être regardé comme un compactifié de R, ou comme la sphère unité de
Rn+1 peut-être vue comme un compactifié de Rn . On renvoie là aux projections
stéréographiques du Théorème 8.1.
Théorème 6.5 (Théorème d’Alexandroff). Soit (X, O) un espace topologique
localement compact. Il existe alors un espace topologique (X̂, Ô) compact qui fait de
(X, O) un sous-espace topologique et qui est telle que X̂ = X ∪ {a} pour un a ∈ X̂.
Démonstration. Soit a un élément arbitraire quelconque fixé. On note alors
X̂ = X ∪ {a} de sorte que X ⊂ X̂, et on définit sur X̂ l’ensemble Ô ⊂ P(X̂) par:
Ω ∈ Ô si et seulement si, soit Ω ⊂ X est un ouvert (X, O), soit X̂\Ω est un compact
de (X, O). Ce n’est pas très difficile à démontrer, on a là une topologie sur X̂. De
6. ESPACES PARACOMPACTS - PARTITIONS DE L’UNITÉ 135
plus, comme (X, O) est localement compact, (X̂, Ô) est séparé. En effet on peut
toujours séparer deux points x, y ∈ X et la question maintenant est de séparer un
point quelconque x de X et a. Comme (X, O) est localement compact, il existe K
un voisinage compact de x. Soit U ouvert de X tel que x ∈ U et U ⊂ K. Alors
U et X̂\K séparent x et a. On montre maintenant que (X̂, Ô) est compact. Soit
(Ωi )i∈I un recouvrement ouvert de X̂. Il existe alors i0 ∈ I tel que a ∈ Ωi0 . Alors
K = X̂\Ωi0 est un compact de X. Pour tout i ∈ I, K ∩ Ωi est un ouvert de K,
soit parce que Ωi est un ouvert de X, soit parce que K ∩ Ωi = K\(X̂\Ωi ) (et X̂\Ωi
est un fermé de X). Par compacité de K, il existe alors i1 , . . . , iN ∈ I tels que
K ⊂ Ωi1 ∪ · · · ∪ ΩiN . Donc X̂ ⊂ Ωi0 ∪ · · · ∪ ΩiN et ainsi de tout recouvrement ouvert
de X̂ on peut extraire un sous recouvrement fini. Donc (X̂, Ô) est compact, ce qui
conclue la preuve du théorème. □
Il y a tout de même une affirmation dans cette définition, à savoir que C(x)
est bien connexe. Une fois cela démontré il est clair que C(x) sera la plus grande
partie connexe contenant le point x. Le fait que C(x) soit connexe se démontre
facilement par l’absurde. Si C(x) n’était pas connexe il existerait U, V deux ouverts
de X tels que si Û = U ∩ C(x) et si V̂ = V ∩ C(x), alors Û ̸= ∅, V̂ ̸= ∅, Û ∩ V̂ = ∅
et C(x) = Û ∪ V̂ . On a x ∈ C(x) et donc x ∈ U ou x ∈ V . Sans perdre en
généralité supposons que x ∈ U . Soit A ⊂ X une partie connexe qui contient x.
Alors A ⊂ C(x) et donc (U ∩ A) ∩ (V ∩ A) = ∅ et A = (U ∩ A) ∪ (V ∩ A). Donc
U ∩ A = ∅ ou V ∩ A = ∅. Comme U ∩ A ̸= ∅ puisque x ∈ U ∩ A, on a donc que pour
tout A ⊂ X partie connexe de X qui contient x, V ∩ A = ∅. Donc C(x) ∩ V = ∅,
une contradiction.
Théorème 6.7 (Théorème de Bolzano). L’image d’un connexe par une appli-
cation continue est encore un connexe.
On montre que tout produit d’espaces connexes est encore un espace connexe.
Par ailleurs un espace topologique (X, O) est dit localement connexe si tout point de
X possède un système fondamental de voisinages connexes, i.e si ∀x ∈ X, ∃S ⊂ V(x)
telle que ∀U ∈ S, U est connexe et ∀V ∈ V(x), ∃U ∈ S tel que U ⊂ V .
Définition 6.21. Un espace topologique (X, O) est connexe par arcs si deux
points quelconques de X peuvent toujours joints par un chemin continu. Un sous
ensemble A ⊂ X est connexe par arcs si deux points quelconques de A peuvent
toujours joints par un chemin continu entièrement contenu dans A.
138 6. PETIT PRÉCIS DE TOPOLOGIE
On a utilisé dans cette preuve le fait que [0, 1] est connexe. Supposons que
[0, 1] = U ∪ V avec U, V ouverts non vides de [0, 1] (donc du type U = Ω ∩ [0, 1]
et V = Ω′ ∩ [0, 1] avec Ω, Ω′ ouverts de R) et U ∩ V = ∅. Quitte à change U en
V on peut supposer que 0 ∈ U . On note t0 la borne supérieure de l’ensemble des
t qui vérifient que [0, t] ⊂ U . Comme U est un ouvert t0 > 0. De plus t0 ̸∈ U car
sinon il existerait ε > 0 tel que ]t0 − ε, t0 + ε[⊂ U ce qui contredit la définition de
t0 car on devrait avoir t0 ≥ t0 + ε. Mais alors t0 ∈ V et comme V est un ouvert il
existe ε > 0 tel que ]t0 − ε, t0 + ε[⊂ V Mais là encore on contredit la définition de t0
car on devrait avoir t0 ≤ t0 − ε. Ainsi, [0, 1] ne peut s’écrire comme union de deux
ouverts disjoints et [0, 1] est donc bien connexe. Tout intervalle de R est connexe.
8. Espaces métriques
On commence avec la définition des distances, donc des espaces métriques.
Définition 6.22. Un espace métrique est un couple (X, d) où X est un en-
semble et d : X × X → R+ vérifie
(1) ∀x, y ∈ X, d(x, y) = d(y, x),
(2) ∀x, y ∈ X, d(x, y) = 0 ⇔ x = y,
(3) (inégalité triangulaire) ∀x, y, z ∈ X, d(x, z) ≤ d(x, y) + d(y, z),
L’application d s’appelle une distance sur X.
Si A est une partie de X, la restriction de d à A, notée dA , est une distance
sur A. (A, dA ) est un espace métrique appelé sous espace métrique de (X, d). Soit
(X, d) un espace métrique. Pour x ∈ X et r > 0, on appelle boule ouverte de centre
x et de rayon r, et on note Bx (r), le sous ensemble de X défini par Bx (r) = y ∈
X / d(x, y) < r . On appelle boule fermée de centre x et de rayon r, et on note
B p rimex (r), le sous ensemble de X défini par Bx′ (r) = y ∈ X / d(x, y) ≤ r .
Théorème 6.9. Toute distance d sur X induit une topologie séparée O sur X
par: U ∈ O si et seulement si ∀x ∈ U , ∃rx > 0 tel que Bx (r) ⊂ U .
Les boules ouvertes sont des ouverts, ce qui se démontre facilement avec l’inégalité
triangulaire: ∀y ∈ Bx (r), By (r̂) ⊂ Bx (r), où r̂ = r − d(x, y). Les boules fermées
8. ESPACES MÉTRIQUES 139
sont des fermés: ∀y ∈ X\Bx′ (r), By (r̃) ⊂ X\Bx′ (r), où r̃ = d(x, y) − r, puisque
pour tout z ∈ By (r̃), d(x, z) ≥ d(x, y) − d(y, z) par inégalité triangulaire.
Lemme 6.5. Soient (X, dX ), (Y, dY ) deux espaces métriques, a ∈ X un point
de X et f : X → Y une application. Alors f est continue en a si et seulement si
∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ X, dX (a, x) < η ⇒ dY f (a), f (x) < ε .
Démonstration. Supposons que f est continue en a. Soit ε > 0 fixé quel-
conque. Comme Bf (a) (ε) est un ouvert contenant a, f −1 Bf (a) (ε) est un voisinage
de a. Donc il existe η > 0 tel que Ba (η) ⊂ f −1 Bf (a) (ε) , ce qui est exactement
la phrase de continuité du lemme. Réciproquement supposons la phrase de con-
tinuité du lemme vraie. Soit V un voisinage de f (a) dans Y . Soit ε > 0 tel que
Bf (a) (ε) ⊂ V . Il existe alors η > 0 tel que Ba (η) ⊂ f −1 Bf (a) (ε) et donc tel que
Ba (η) ⊂ f −1 (V ). Or Ba (η) est un ouvert contenant a, donc un voisinage de a.
Ainsi, pour tout voisinage V de f (a) dans Y il existe un voisinage U de a dans X
tel que U ⊂ f −1 (V ) et f est donc continue en a. □
Un espace topologique (X, O) est dit métrisable s’il existe une distance d sur X
qui induit la topologie O. Un produit (fini ou) dénombrable d’espaces métrisables
est métrisable.
Définition 6.23. Un espace topologique séparé (X, O) est dit régulier si: ∀F
fermé de X, ∀x ∈ X\F , ∃U1 , U2 ∈ O tels que x ∈ U1 , F ⊂ U2 et U1 ∩ U2 = ∅.
Les espaces métriques sont toujours séparés, même réguliers, et ils vérifient la
propriété (⋆) de la Définition 6.15. Il est clair qu’un espace métrique est toujours
séparé. Si x ̸= y et si r = d(x, y) alors r > 0 et les boules ouvertes Bx (r/4) et
By (r/4) sont deux ouverts disjoints contenant respectivement x et y. La propriété
(⋆) se vérifie facilement en considérant pour tout x le système complet de voisinages
constitué des Bx (1/n), n ∈ N⋆ . On montre qu’un espace métrique est régulier de
la façon suivante: Soit F un fermé et x ̸∈ F . Comme F est fermé, X\F est ouvert
et il existe ε > 0 tel que Bx (ε) ⊂ X\F . Si y ∈ F alors By (ε/2) ∩ Bx (ε/2) = ∅
car sinon, par inégalité triangulaire, d(x, y) < ε et donc Bx (ε)S et F ne seraient
pas d’intersection vide. Reste à prendre U1 = Bx (ε/2) et U2 = y∈F By (ε/2). On
énonce les théorèmes de Stone et Urysohn sans en donner de preuves.
Théorème 6.10 (Théorème de Stone). Tout espace métrique est paracompact.
Théorème 6.11 (Théorème d’Urysohn). Un espace topologique régulier qui
possède une base dénombrable pour sa topologie, est métrisable.
Le critère de métrisabilité de Nagata-Smirnov, parfois aussi appelé théorème
de métrisabilité de Smirnov, démontré indépendamment par Nagata en 1950 et
Smirnov en 1951, stipule quant à lui qu’un espace topologique est métrisable si
et seulement si il est régulier et possède une base de topologie dénombrablement
localement finie (à savoir qui est union dénombrable de familles localement finies).
Bien sûr on a encore le théorème de Bolzano-Weierstrass: un espace métrique
(X, d) est compact si et seulement si toute suite de points de X possède une sous
suite convergente. La convergence d’une suite (xn ) vers un point x dans un espace
métrique (X, d) se traduit par la phrase mathématique
∀ϵ > 0, ∃N ∈ N / ∀n ≥ N, d(xn , x) < ϵ ,
140 6. PETIT PRÉCIS DE TOPOLOGIE
qui est exactement celle rencontré aux chapitres précédents et qui rejoint la définition
de la Section 3 de ce chapitre puisque V est un voisiange de x si et seulement si il
existe ε > 0 tel que Bx (ε) ⊂ V et puisque les Bx (ε) sont aussi des voisinages de x.
il existe alors une bijection f : (X̂1 , dˆ1 ) → (X̂2 , dˆ2 ) qui présèrve les distances et qui
vaut τ2 ◦ τ1−1 sur τ1 (X).
Démonstration. On commence par montrer l’existence d’un complété. On
calque en quelque sorte la construction classique de R. Etant données deux suites de
Cauchy dans (X, d) on définit la relation (xn )R(yn ) si et seulement si d(xn , yn ) → 0
lorsque n → +∞. Clairement R est une relation d’équivalence sur l’ensemble CX
des suites de Cauchy de (X, d). On note X̂ = CX /R l’espace quotient. Pour
x ∈ X on note x la “classe de x” pour R définie comme étant le sous ensemble de
CX constitué des suites de Cauchy de (X, d) qui converge vers x (la suite constante
étant l’une d’entre elles). L’application τ : X → X̂ qui à x associe x est évidemment
injective par unicité des limites. Soient α, β ∈ X̂. Si (xn ) ∈ α et (yn ) ∈ β alors la
suite des d(xn , yn ) est de Cauchy dans R puisque, par inégalité triangulaire,
|d(xn , yn ) − d(xm , ym )| ≤ d(xm , xn ) + d(ym , yn )
pour tous m, n ∈ N. Ainsi la suite des d(xn , yn ) a une limite. Cette limite ne
dépend ni du choix de (xn ) ∈ α, ni du choix de (yn ) ∈ β, puisque, toujours par
inégalité triangulaire,
|d(xn , yn ) − d(x̃n , ỹn )| ≤ d(xn , x̃n ) + d(yn , ỹn )
pour tout n ∈ N, tous (xn ), (x̃n ) ∈ α et tous (yn ), (ỹn ) ∈ β. On peut ainsi définir
dˆ : X̂ × X̂ → R+ par
ˆ β) = lim d(xn , yn )
d(α, (6.1)
n→+∞
pour tous α, β ∈ X̂, où (xn ) ∈ α et (yn ) ∈ β. Il est facile de vérifier que dˆ définie en
(6.1) est bien une distance sur X̂. L’injection τ est alors trivialement isométrique
ˆ On montre que τ (X) est dense dans X̂. En effet si α ∈ X̂
de (X, d) dans (X̂, d).
et (xn ) ∈ α, alors, avec (6.1),
dˆ α, τ (xm ) = lim d(xn , xm )
(6.2)
n→+∞
pour tout m et, puisque (xn ) est de Cauchy, pour tout ε > 0 il existe N ∈ N tel que
pour tout m ≥ N , dˆ α, τ (xm ) ≤ ε. Donc, clairement, τ (X) est dense dans X̂. Il
reste à montrer, en ce qui concerne l’existence du complété, que (X̂, d) ˆ est bien un
espace complet. Soit (αn ) une suite de Cauchy dans (X̂, d). ˆ Par densité de τ (X)
dans X̂, pour tout n ∈ N il existe xn ∈ X tel que
1
dˆ αn , τ (xn ) ≤
. (6.3)
n+1
Avec (6.3), la suite des τ (xn ) est de Cauchy dans (X̂, d) ˆ et, puisque τ est une
isométrie, la suite des (xn ) est de Cauchy dans (X, d). Soit α la classe d’équivalence
de (xn ). Il suit de (6.1)-(6.3) que αn → α lorsque n → +∞.
On montre maintenant l’unicité du complété. Soient donc (X̂1 , dˆ1 ) et (X̂2 , dˆ2 )
deux complétés de (X, d). On note τ1 : (X, d) → (X̂1 , dˆ1 ) et τ2 : (X, d) → (X̂2 , dˆ2 )
les injections présérvant les distances de la définition des complétés. Alors
τ2 ◦ τ −1 : (τ1 (X), dˆ1 ) → (X̂2 , dˆ2 )
1
est encore isométrique. Or τ1 (X) est dense dans X̂1 et donc τ2 ◦ τ1−1 se prolonge
par continuité en une isométrie de (X̂1 , dˆ1 ) dans (X̂2 , dˆ2 ). Pour le voir on considère
α ∈ X̂1 et (αn ) une suite de τ1 (X) qui converge vers α. On remarque ensuite que la
142 6. PETIT PRÉCIS DE TOPOLOGIE
suite des τ2 ◦ τ1−1 (αn ) est de Cauchy dans (X̂2 , dˆ2 ) puisque τ2 ◦ τ1−1 est isométrique.
Elle a donc une limite que l’on note τ2 ◦ τ1−1 (α), après avoir vérifié que cette limite
ne dépend pas du choix de la suite (αn ) de τ1 (X) du moment qu’elle converge vers
α. On remarque enfin facilement que τ2 ◦ τ1−1 ainsi construite est isométrique de
(X̂1 , dˆ1 ) dans (X̂2 , dˆ2 ). En particulier τ2 ◦ τ1−1 (X̂1 ) est un sous espace complet
de X̂2 . Donc il est forcément fermé. Or il est aussi dense dans (X̂2 , dˆ2 ). Donc
τ2 ◦ τ1−1 (X̂1 ) = X̂2 . En particulier, τ2 ◦ τ1−1 réalise de fait une bijection isométrique
de (X̂1 , dˆ1 ) sur (X̂2 , dˆ2 ), ce qui démontre le théorème. □
En particulier, en raison du Théorème 6.13, un espace non complet n’est pas
vraiment un espace pour lequel les suites “ne convergent pas”, mais plutôt un es-
pace “trop petit” pour contenir les limites de toutes les suites de Cauchy. Exemple:
C 0 ([0, 1], R) muni des deux normes ∥f ∥L∞ = maxx∈[0,1] |f (x)| (norme de la conver-
gence uniforme) et s
Z 1
∥f ∥L2 = f (x)2 dx
0
(la norme L2 ). Alors C 0 ([0, 1], R) muni de ∥ · ∥L∞ est un Banach tandis que
C 0 ([0, 1], R) muni de ∥ · ∥L2 ne l’est pas, une suite de Cauchy pour ∥ · ∥L2 ayant bien
une limite pour ∥ · ∥L2 , mais dans l’espace de Lebesgue L2 ([0, 1], R), pas forcément
dans C 0 ([0, 1], R).
linéaire. Soit α ∈ E. Si (xn ) ∈ α alors la suite des ∥xn ∥ est de Cauchy dans R
puisque, par inégalité triangulaire,
∥xn ∥ − ∥xm ∥ ≤ ∥xm − xn ∥
pour tous m, n ∈ N. Ainsi la suite (∥xn ∥) a une limite. Cette limite ne dépend pas
du choix de (xn ) ∈ α puisque, toujours par inégalité triangulaire,
∥xn ∥ − ∥x̃n ∥ ≤ ∥xn − x̃n ∥
pour tout n ∈ N et tous (xn ), (x̃n ) ∈ α. On peut ainsi définir ∥ · ∥′ : E → R+ par
∥α∥′ = lim ∥xn ∥ (6.4)
n→+∞
pour tout α ∈ E, où (xn ) ∈ α. Il est facile de vérifier que ∥ · ∥′ définie en (6.4) est
bien une norme sur E. L’injection τ est alors trivialement isométrique de (E, ∥ · ∥)
dans (E, ∥ · ∥′ ). On montre que τ (E) est dense dans E. En effet si α ∈ E et
(xn ) ∈ α, alors, avec (6.4),
∥α − τ (xm )∥′ = lim ∥xn − xm ∥ (6.5)
n→+∞
pour tout m et, puisque (xn ) est de Cauchy, pour tout ε > 0 il existe N ∈ N tel que
pour tout m ≥ N , ∥α − τ (xm )∥′ ≤ ε. Donc, clairement, τ (E) est dense dans E. Il
reste à montrer, en ce qui concerne l’existence du complété, que (E, ∥ · ∥′ ) est bien
un espace de Banach. Soit (αn ) une suite de Cauchy dans (E, ∥ · ∥′ ). Par densité
de τ (E) dans E, pour tout n ∈ N il existe xn ∈ E tel que
1
∥αn − τ (xn )∥′ ≤ . (6.6)
n+1
Avec (6.6), la suite des τ (xn ) est de Cauchy dans (E, ∥ · ∥′ ) et, puisque τ est
une isométrie, la suite des (xn ) est de Cauchy dans (E, ∥ · ∥). Soit α la classe
d’équivalence de (xn ). Il suit de (6.4)-(6.6) que αn → α lorsque n → +∞. On
montre maintenant l’unicité du complété. Soient donc (E 1 , ∥ · ∥′1 ) et (E 2 , ∥ · ∥′2 )
deux complétés de (E, ∥ · ∥). On note τ1 : (E, ∥ · ∥) → (E 1 , ∥ · ∥′1 ) et de même on
note τ2 : (E, ∥ · ∥) → (E 2 , ∥ · ∥′2 ) les injections linéaires présérvant les normes de la
définition des complétés. Alors
τ2 ◦ τ1−1 : (τ1 (E), ∥ · ∥′1 ) → (E 2 , ∥ · ∥′2 )
est encore isométrique. Or τ1 (E) est dense dans E 1 et donc τ2 ◦ τ1−1 se prolonge
par continuité en une isométrie de (E 1 , ∥ · ∥′1 ) dans (E 2 , ∥ · ∥′2 ). L’argument est
identique à celui utilisé dans la preuve du Théorème 6.13 et on vérifie facilement
que la linéarité est préservée. En particulier, donc, τ2 ◦ τ1−1 (E 1 ) est un sous espace
complet de E 2 . Donc il est forcément fermé. Or il est aussi dense dans (E 2 , ∥ · ∥′2 ).
Donc τ2 ◦ τ1−1 (E 1 ) = E 2 . En particulier, τ2 ◦ τ1−1 réalise de fait un isomorphisme
isométrique de (E 1 , ∥ · ∥′1 ) sur (E 2 , ∥ · ∥′2 ), ce qui démontre le théorème. □
Le théorème de Baire est en fait plus général que cela. Les espaces de Baire
se définissent comme les espaces topologiques qui vérifient que toute intersection
dénombrable d’ouverts denses est encore dense ou, de façon équivalente, comme les
espaces topologiques pour lesquels toute réunion dénombrable de fermés d’intérieurs
vides est d’intérieur vide. Le théorème de Baire stipule alors que tout espace
métrique complet est un espace de Baire, que tout espace topologique localement
compact est un espace de Baire et que tout ouvert d’un espace de Baire est de Baire
pour la topologie induite.
Théorème 6.16 (Théorème de Baire 2). Soit (X, d) un espace métrique complet
et soit Ω un ouvert de X. Toute intersection dénombrable d’ouverts denses de Ω
est dense dans Ω et, de façon équivalente, toute réunion dénombrable de fermés de
Ω d’intérieurs vides est d’intérieur vide.
On présente très brièvement ici l’idée qui se cache derrière le calcul différentiel
sur des patatoı̈des en traitant rapidement dans ce chapitre de la théorie élémentaires
des variétés modelées sur un Banach. On reprend ici des idées exposées dans
l’excellent ouvrage de Lang [Introduction aux variétés différentiables, Dunod, 1962].
Ce chapitre est volontairement très court et l’on s’y borne à esquisser les idées de
bases et les lignes directrices de la théorie. Ces idées seront exposées avec beaucoup
plus de détails dans les chapitres suivants, lorsqu’on traitera de la théorie dans le
cas plus courant des variétés de dimension finies, modelées sur Rn et non plus sur
un espace de Banach quelconque.
Dans tout ce qui suit (E, ∥ · ∥) est donc un espace de Banach donné, fixé.
1. La notion de variété
Définition 7.1. Soit (M, O) un espace topologique connexe séparé. On dit
que (M, O) est une E-variété topologique si tout point de M possède un voisinage
homéomorphe à un ouvert de E.
Soit (M, O) une E-variété topologique. Soient x ∈ M un point de M , Ω un
ouvert de M qui contient x et φ : Ω → V un homéomorphisme de Ω sur un ouvert
V de E. Le couple (Ω, φ) est appelé une carte locale de M au point x. On appelle
alors atlas de M toute famille
A = (Ωi , φi )
i∈I
S
de cartes locales qui est telle que M = i∈I Ωi . Les applications
φij = φj ◦ φ−1
i : φi (Ωi ∩ Ωj ) → φj (Ωi ∩ Ωj )
sont appelées applications de changement de cartes, ou encore fonctions de transi-
tions.
147
148 7. VARIÉTÉS DIFFÉRENTIELLES BANACHIQUES
Définition 7.2. Soit (M, O) une E-variété topologique et soit A = ((Ωi , φi ))i∈I
un atlas de M . On dit que A est de classe C k , 1 ≤ k ≤ +∞, si les fonctions de
transitions φij sont de classe C k en tant qu’applications entre ouverts de E. On dit
que A est C k -saturé (ou C k -complet) s’il n’est contenu dans aucun atlas de classe
C k qui soit strictement plus grand que lui.
En raisonnant par compatibilité d’atlas, une relation d’équivalence, on montrer
que tout atlas de classe C k est contenu dans un unique C k -atlas saturé. On a alors
la définition suivante.
Définition 7.3. Une E-variété différentiable de classe C k est une variété
topologique qui est munie d’un C k -atlas saturé.
Il suffit donc pour munir une E-variété topologique (M, O) d’une structure de
variété de classe C k , de trouver sur M un atlas qui soit de classe C k . Cet atlas
engendre un unique C k -atlas saturé qui le contient et qui confère à M une structure
de variété de classe C k .
f ∈ Fx , on dit que f est plate au point x si pour toute carte (Ω, φ) de M au point
x,
D f ◦ φ−1 φ(x) ≡ 0 .
On montre facilement que la nullité de D f ◦ φ−1 φ(x) pour une carte (Ω, φ) au
de sorte que
D f ◦ ψ −1 = D f ◦ φ−1 ◦ D φ ◦ ψ −1
ψ(x) φ(x) ψ(x)
.
On note Nx le sous espace vectoriel de Fx constitué des fonctions qui sont plates
au point x.
Définition 7.5. Soient M une E-variété de classe C k , k ≥ 1, et x un point
de M . On appelle vecteur tangent à M au point x toute forme linéaire X : Fx → R
qui s’annule sur Nx , i.e qui est telle que Nx ⊂ KerX. L’espace tangent à M au
point x, noté Tx (M ), est l’ensemble des vecteurs tangents à M au point x.
L’espace tangent est le lieu de vie des différentielles qui se définissent comme
suit.
Définition 7.6. Soient M une E-variété de classe C k , N une F -variété de
classe C k , k ≥ 1, x un point de M , et f : M → N une application continue au
point x. La différentielle de f en x, appelée application linéaire tangente et notée
f⋆ (x), est l’application linéaire de Tx (M ) dans Tf (x) (N ) qui à X ∈ Tx (M ) associe
f⋆ (x).X ∈ Tf (x) (N ) défini par
(f⋆ (x).X) .(g) = X (g ◦ f )
pour toute fonction g : N → R qui est différentiable au point f (x).
On verra très vite, dans les chapitres qui suivent, qu’il s’agit là effectivement
d’une définition tout à fait pertinente de la différentielle.
CHAPITRE 8
Variétés différentielles
1. Premières Constructions
On commence par la définition des variétés topologiques de dimension n.
Définition 8.1. Soit (M, O) un espace topologique connexe séparé. On dit que
(M, O) est une variété topologique de dimension n si tout point de M possède un
voisinage homéomorphe à un ouvert de Rn .
En d’autres termes, (M, O) est une variété topologique de dimension n si pour
tout point x de M , il existe Ω un voisinage ouvert de x dans M , il existe V un
ouvert de Rn , et il existe φ : Ω → V un homéomorphisme de Ω sur V . En reprenant
à peu de choses près ce qui fut dit par Elie Cartan dans sa “leçon sur la géométrie
des espaces de Riemann” de 1925, “une variété est au fond formée d’une infinité
de petits morceaux d’espaces euclidiens.”
Définition 8.2. Soit (M, O) une variété topologique de dimension n. Soient
x ∈ M un point de M , Ω un ouvert de M qui contient x et φ : Ω → V un
homéomorphisme de Ω sur un ouvert V de Rn . Le couple (Ω, φ) est appelé une
carte locale de M au point x. Pour tout y dans Ω, les coordonnées de φ(y) dans la
base canonique de Rn sont dites coordonnées de y dans la carte (Ω, φ). Une carte
locale est encore appelée un système (local) de coordonnées.
On a alors la configuration suivante:
et puisque M est ici paracompacte, il existe un recouvrement ouvert (ωi )i∈I qui est
tel que:
(i) (ωi )i∈I est localement fini,
(ii) (ωi )i∈I est plus fin que (Ωx )x∈M .
Avec (i), on a que pour tout compact K de M ,
n o
Card i ∈ I / ωi ∩ K ̸= ∅ < +∞ .
1. PREMIÈRES CONSTRUCTIONS 153
où
n o
Im = i ∈ I / ωi ∩ Km−1 ̸= ∅ .
ωi ∩ K ̸ = ∅
ωi ∩ K ̸= ∅ =⇒ ∃m / ωi ∩ Km ̸= ∅ ,
φij = φj ◦ φ−1
i : φi (Ωi ∩ Ωj ) → φj (Ωi ∩ Ωj )
2. Variétés de classe C k
La notion de variété de classe C k est rattachée à la notion d’atlas de classe C k .
Définition 8.4. Soit (M, O) une variété topologique et soit A = ((Ωi , φi ))i∈I
un atlas de M . On dit que A est de classe C k , 1 ≤ k ≤ +∞, si les fonctions de
transitions φij sont de classe C k .
La notion d’atlas saturé est importante d’un point de vue conceptuel, beaucoup
moins dans la construction des variétés, comme on le verra plus bas.
Définition 8.6. Soient (M, O) une variété topologique et A un atlas de classe
C k sur M . On dit que A est C k -saturé (ou C k -complet) s’il n’est contenu dans
aucun atlas de classe C k qui soit strictement plus grand que lui.
En d’autres termes, A est C k -saturé si pour tout atlas A′ de classe C k , l’inclusion
A ⊂ A′ entraı̂ne que A = A′ . La relation d’inclusion n’étant pas une relation
d’ordre total, il se peut très bien qu’il y ait plusieurs C k -atlas saturés (et c’est
effectivement souvent le cas, voir plus bas). Le résultat suivant a par contre lieu.
Lemme 8.2. Tout atlas de classe C k est contenu dans un unique C k -atlas
saturé.
2. VARIÉTÉS DE CLASSE C k 155
où [A0 ]R est la classe d’équivalence de A0 pour R. Deux cartes dans à sont toujours
dans deux atlas C k -compatibles, donc le changement de cartes associé est forcèment
de classe C k . Par suite à est un atlas de classe C k qui contient A0 . Si A est un
atlas de classe C k qui contient A0 , alors A0 et A sont C k -compatibles. Donc si
A est un C k -atlas tel que à ⊂ A, alors A0 ⊂ A, et donc A ∈ [A0 ]R de sorte que
A ⊂ Ã. Il s’ensuit que à est C k -saturé. C’est même le seul C k -atlas saturé qui
contient A0 car tout atlas de classe C k qui contient A0 est automatiquement dans
[A0 ]R , et donc contenu dans Ã. Le lemme est démontré. □
La notion de variété de classe C k suit.
Définition 8.7. Une C k -variété différentiable, ou variété de classe C k , est
une variété topologique qui est munie d’un C k -atlas saturé.
En raison du lemme précédent, il suffit pour munir une variété topologique
(M, O) d’une structure de variété de classe C k , de trouver sur M un atlas qui soit
de classe C k . Cet atlas engendre alors un unique C k -atlas saturé qui le contient et
qui confère à M une structure de variété de classe C k . En particulier, on remarque
que toute structure de variété de classe C k sur une variété topologique induit na-
′
turellement une structure de variété de classe C k sur la variété, pour tout k ′ ≤ k.
′
Mais attention, le C k -atlas saturé, regardé comme atlas de classe C k , n’est plus
′
C k -saturé.
Proposition 8.2. Soient M une variété de classe C k de dimension n et soit
A le C k -atlas saturé de M qui confère à M sa structure de variété de classe C k .
Soient (Ω, φ) ∈ A et f : φ(Ω) → V un difféomorphisme de classe C k de φ(Ω) ⊂ Rn
sur un ouvert V de Rn . Alors (Ω, f ◦ φ) ∈ A. En particulier:
(i) pour tout x0 ∈ M et tout y0 ∈ Rn , il existe une carte (Ω, φ) de M en x0 qui
est telle que φ(x0 ) = y0 ,
(ii) pour tout x0 ∈ M , tout y0 ∈ Rn et tout r > 0, il existe une carte (Ω, φ)
de M en x0 qui est telle que φ(x0 ) = y0 et φ(Ω) = By0 (r), où By0 (r) est la boule
euclidienne de centre y0 et de rayon r,
(iii) pour tout x0 ∈ M et tout y0 ∈ Rn , il existe une carte (Ω, φ) de M en x0
qui est telle que φ(x0 ) = y0 et φ(Ω) = Rn .
Dans les points (i)-(iii) de cet énoncé, et à partir de maintenant, par carte de
M on entend une carte dans le C k -atlas saturé de M , celui qui confère à M sa
structure de variété de classe C k .
S
Démonstration. Considérons à = A {(Ω, f ◦ φ)}. Clairement à est un
atlas de classe C k car pour toute carte (Ω′ , ψ) de A, on a que (f ◦ φ) ◦ ψ −1 =
f ◦ (φ ◦ ψ −1 ) est de classe C k (et vice-versa). Comme A est C k -saturé, et puisque
A ⊂ Ã, on doit avoir A = Ã. Donc (Ω, f ◦ φ) ∈ A. D’où la première affirmation.
(i) On démontre le premier point. Soient x0 ∈ M et y0 ∈ Rn . Soit (Ω, ψ) une
carte de M en x0 . Soit f : Rn → Rn le C ∞ -difféomorphisme de Rn consistant en la
translation de vecteur y0 − ψ(x0 ). Donc f (y) = y + y0 − ψ(x0 ). Alors, en vertue de
156 8. VARIÉTÉS DIFFÉRENTIELLES
où ∥.∥ désigne la norme euclidienne de Rn+1 . On place sur S n la topologie induite
de celle de Rn+1 .
Théorème 8.1. S n possède une structure naturelle de C ∞ -variété compacte
de dimension n.
Démonstration. On note P et Q les deux points de S n de coordonnées dans
n+1
R (0, . . . , 0, 1) et (0, . . . , 0, −1). Soient de plus ΩP = S n \{P } et ΩQ = S n \{Q}.
On note ΦP : ΩP → Rn (resp. ΦQ : ΩQ → Rn ) la projection stéréographique de
pôle P (resp. de pôle Q). Graphiquement
3. DES EXEMPLES DE VARIÉTÉS DIFFÉRENTIABLES 157
ou encore
La justification de ce parti pris classique sera vue un peu plus loin, l’idée étant que
toute structure C 1 possède une sous structure C ∞ .
qui est de classe C ∞ . Donc à est un atlas C ∞ . Si Ψ n’est pas de classe C 1 c’est qu’il
existe (Ωi , φi ) et (Ωj , φj ) deux cartes de M pour lesquelles Ψ lue dans ces cartes
n’est pas C 1 . Or φj ◦ Ψ ◦ φ−1 i = (φj ◦ Ψ) ◦ φ−1
i s’interprète comme le changement de
−1
cartes entre la carte (Ψ (Ωj ), φj ◦Ψ) de à et la carte (Ωi , φi ) de A. Ce changement
de cartes n’étant pas C 1 c’est que les atlas ne sont pas C 1 -compatibles. La lecture
de l’identité de la variété (M, A) sur la variété (M, Ã) dans les cartes (Ωi , φi ) et
(Ψ−1 (Ωj ), φj ◦ Ψ) n’est rien d’autre que (φj ◦ Ψ) ◦ φ−1 i . On en déduit que l’identité
6. RANG, IMMERSIONS, SUBMERSIONS, PLONGEMENTS. 161
n’est pas un C 1 -difféomorphisme de la variété (M, A) sur la variété (M, Ã). Pour
finir on remarque que Ψ : (M, Ã) → (M, A) est de classe C ∞ car sa lecture dans
deux cartes quelconques (Ψ−1 (Ωi ), φi ◦ Ψ) de à et (Ωj , φj ) de A vaut
φj ◦ Ψ ◦ (φi ◦ Ψ)−1 = φj ◦ (Ψ ◦ Ψ−1 ) ◦ φ−1
i
= φj ◦ φ−1
i ,
qui est de classe C ∞ . Donc Ψ est de classe C ∞ de la variété (M, Ã) sur la variété
(M, A). On montre sans plus de difficulté que son inverse Ψ−1 est C ∞ de de la
variété (M, A) sur la variété (M, Ã). Les deux variétés sont donc C ∞ -difféomorphes.
La proposition est démontrée. □
Soit f : R3 → R2 l’application donnée par f (x, y, z) = (y, z). C’est une submer-
sion. Soit g : R → R3 donnée par g(t) = (t, t2 , t3 ). C’est clairement une immersion.
Par contre
f ◦ g(t) = (t2 , t3 ) ,
dont la matrice jacobienne en t vaut
2t
M= .
3t2
Cette matrice est de rang 1 en tout t ̸= 0, mais de rang 0 en t = 0. Donc f ◦ g n’est
pas de rang constant.
7. Sous variétés
On traite de la notion de sous variété dans cette section.
Définition 8.13. Une sous variété N de dimension q d’une variété M de
dimension n, q ≤ n, est un sous espace topologique de M qui vérifie: pour tout x
de N , il existe une carte (Ω, φ) de M au point x, il existe U1 un ouvert de Rq , et
il existe U2 un ouvert de Rn−q , tels que
φ(x) = 0 et φ(Ω) = U1 × U2 ,
φ Ω ∩ N = U1 × 0
La carte (Ω, φ) est alors appelée carte de M en x adaptée à N .
Une autre façon de dire les choses est encore la suivante: N est une sous variété
de dimension q d’une variété M de dimension n si pour tout point x de N il existe
un système de coordonnées (x1 , . . . , xn ) de M au point x ayant la propriété que N y
soit défini par les équations xq+1 = · · · = xn = 0. Le résultat suivant est immédiat.
Théorème 8.5. Si N est une sous variété de dimension q d’une variété M ,
alors N hérite d’une structure naturelle de variété de dimension q. L’atlas qui
définit cette structure est donné par les
Ω ∩ N, Π ◦ φ ,
Ω∩N
U1 × ψ(y0 ) ⊂ φ Ω ∩ f −1 (y0 ) .
On pose alors
Φ(x) = φ1 (x) − φ1 (x0 ), . . . , φn (x) − φn (x0 ) ,
où Ũ1 et Ũ2 sont les translatés de U1 et U2 par les vecteurs φ1 (x0 ), . . . , φq (x0 ) et
φq+1 (x0 ), . . . , φn (x0 ) . D’où le résultat, puisque x0 ∈ f −1 (y0 ) est quelconque. □
8. Le théorème de Whitney
Le théorème de Whitney établit un lien entre la théorie générale (ou abstraite)
des variétés différentiables (que nous avons adoptée ici), et la théorie des sous
variétés de l’espace euclidien. En un certain sens, ces deux théories sont identiques.
Théorème 8.8 (Théorème de Whitney). Toute variété paracompacte de di-
mension n se plonge de façon C ∞ dans R2n+1 .
En d’autres termes: si M est une variété paracompacte de dimension n, il existe
un C ∞ -plongement i : M → R2n+1 . En particulier, i(M ) est une sous variété de
dimension n de R2n+1 , et i réalise un C ∞ -difféomorphisme de M sur i(M ). Toute
variété paracompacte de dimension n est ainsi difféomorphe à une sous variété de
dimension n de l’espace euclidien R2n+1 .
et puisque M est compacte, il existe une famille finie (xj )j=1,...,N de points de M
telle que
[N
φ−1
M= xj B0 (1) .
j=1
que la question ait été reprise par Kervaire et Milnor) qu’il existe 28 structures
lisses distinctes sur la sphère S 7 , tandis qu’il en existe 992 sur la sphère S 11 ! (On
parle de sphères exotiques . . . )
Indépendamment, et peut-être plus surprenantes encore sont les conséquences
des travaux développés par Donaldson et Taubes: tandis que la structure canonique
de variété lisse de l’espace euclidien Rn est unique pour n ̸= 4, il existe sur R4 une
infinité de structures lisses distinctes !!!
Tout cela illustre bien l’écart structurel existant entre la classe C 0 et la classe
∞
C . On se trouvera par contre dans l’incapacité d’éxhiber une différence de même
nature entre la classe C 1 et la classe C ∞ . C’est l’objet du résultat suivant de
Whitney et dont on trouvera une preuve accessible dans l’ouvrage de Hirsch sur la
topologie différentielle (Théorème 2.9, Chapitre 2).
Théorème 8.9. Soit M une variété topologique paracompacte. Soit A une C 1 -
atlas saturé sur M . Alors A contient un sous atlas de classe C ∞ dont le saturé est
unique (à C ∞ -difféomorphismes près).
En particulier, toute structure C 1 sur une variété possède une sous structure
∞
C et il n’y a en fait pas vraiment de saut conceptuel entre la classe C 1 et la classe
C ∞ . Un second théorème de Whitney stipule que deux variétés lisses paracom-
pactes qui sont C 1 -difféomorphes sont aussi C ∞ -difféomorphes, l’existence d’un C 1 -
difféomorphisme entraı̂nant donc l’existence d’un C ∞ -difféomorphisme. En conclu-
sion, et à hypothèse de paracompacité près: homéomorphes ̸⇒ difféomorphes (sauf
en dimension inférieure ou égale à 3) mais C 1 -difféomorphes ⇒ C ∞ -difféomorphes.
CHAPITRE 9
L’espace tangent
1. Première définitions
Soient M une variété, et x un point de M . On note Fx l’espace vectoriel des
fonctions f : M → R qui sont différentiables au point x. Si f ∈ Fx , on ditque f est
plate au point x si pour toute carte (Ω, φ) de M au point x, D f ◦ φ−1 φ(x) ≡ 0.
On montre facilement que la nullité de D f ◦ φ−1 φ(x) pour une carte (Ω, φ) au
de sorte que
D f ◦ ψ −1 = D f ◦ φ−1 ◦ D φ ◦ ψ −1
ψ(x) φ(x) ψ(x)
.
On note Nx le sous espace vectoriel de Fx constitué des fonctions qui sont plates
au point x.
Définition 9.1. Soient M une variété et x un point de M . On appelle vecteur
tangent à M au point x toute forme linéaire X : Fx → R qui s’annule sur Nx , i.e
qui est telle que Nx ⊂ KerX. L’espace tangent à M au point x, noté Tx (M ), est
l’ensemble des vecteurs tangents à M au point x.
Soit X un vecteur tangent à M au point x, et soit f une fonction réelle définie
au voisinage de x et différentiable au point x. On peut encore définir X(f ), même
si f n’est pas définie sur tout M . Pour cela on pose X(f ) = X(f˜), où f˜ : M → R
est un prolongement quelconque de f , à savoir une fonction réelle définie sur tout
M qui vérifie f˜ ≡ f au voisinage de x. L’existence de tels prolongements ne pose
aucun problème. Par ailleurs, on vérifie facilement que cette définition ne dépend
pas du prolongement choisi en remarquant que si f˜1 et f˜2 sont deux prolongements
de f , alors f˜2 − f˜1 ∈ Nx de sorte que X(f˜1 ) = X(f˜2 ).
Soient M une variété de dimension n, et x un point de M . Alors Tx (M )
possède une structure naturelle d’espace vectoriel réel de dimension n donnée par:
∀X, Y ∈ Tx (M ), ∀λ ∈ R, ∀f ∈ Fx ,
X + Y (f ) = X(f ) + Y (f ) ,
λX (f ) = λX(f ) .
Par convention d’Einstein on entend la convention suivante:
169
170 9. L’ESPACE TANGENT
Par Pexemple, si (e1 , . . . , en ) est une base d’un espace vectoriel, au lieu d’écrire
n
x = i=1 xi ei on pourra écrire x = xi ei . Ou encore,Pn siP B est une forme bilinéaire
n
sur l’espace, alors au lieu d’écrire que B(x, y) = i=1 j=1 bij xi y j on écrira que
i j
B(x, y) = bij x y .
Théorème et Définition 9.1. Soient M une variété de dimension n, et x
un point de M . Soit (Ω, φ) est une carte de M au point x de coordonnées associées
∂
(x1 , . . . , xn ), et soit pour tout i = 1, . . . , n, ( ∂x i
)x le vecteur de Tx (M ) défini par:
∀f ∈ Fx ,
∂
)x .(f ) = Di f ◦ φ−1 φ(x) .
(
∂xi
Alors
∂ ∂
( )x , . . . , ( )x
∂x1 ∂xn
est une base de Tx (M ). Ainsi, Tx (M ) est de dimension n et
∂
∀X ∈ Tx (M ), ∃!X 1 , . . . , X n ∈ R / X = X i ( )x
∂xi
(avec la convention d’Einstein). Les X i sont appelés composantes de X dans la
carte (Ω, φ). Pour tout i = 1, . . . , n, X i = X(φi ).
Pour qu’il n’y ait aucune confusion possible,
n
∂ X ∂
X i( )x = X i( )x
∂xi i=1
∂x i
lorsque la convention d’Einstein est appliquée. Par ailleurs, une relation importante
à garder à l’ésprit est la suivante:
∂
( )x .(φj ) = δij
∂xi
pour tous i, j, où les δij sont les symbôles de Kroenecker.
Démonstration. On démontre la partie théorème de l’énoncé précédent. La
seule chose que l’on ait à montrer est que la famille
∂ ∂
( )x , . . . , ( )x
∂x1 ∂xn
est tout à la fois une famille libre et génératrice pour Tx (M ). On commence par
montrer qu’elle est libre. Supposons que pour des λ1 , . . . , λn ∈ R,
∂ ∂
λ1 ( )x + · · · + λn ( )x = 0 .
∂x1 ∂xn
Alors pour tout i = 1, . . . , n,
1 ∂ n ∂
λ ( )x + · · · + λ ( )x .(φi ) = 0 ,
∂x1 ∂xn
1. PREMIÈRE DÉFINITIONS 171
et comme
∂
)x .(φi ) = δji ,
(
∂xj
on obtient que λ1 = · · · = λn = 0. D’où le caractère libre de la famille. On
montre maintenant que la famille est aussi génératrice. Pour cela on remarque que
si f ∈ Fx , alors
∂
f −( )x (f )φi ∈ Nx .
∂xi
Par suite, pour tout X ∈ Tx (M ), et toute fonction f ∈ Fx ,
∂
X(f ) = ( )x (f )X(φi ) ,
∂xi
de sorte que pour tout X ∈ Tx (M ),
∂
X = X(φi )( )x .
∂xi
D’où le résultat. □
Le résultat suivant donne les formules importantes de changement de cartes.
Théorème 9.1 (Changement de carte). Soient M une variété, x un point de
M , et (Ω, φ), (Ω′ , ψ) deux cartes de M en x de coordonnées associées (x1 , . . . , xn )
et (y1 , . . . , yn ). Alors pour tout i = 1, . . . , n,
∂ ∂xj ∂
()x = ( )x ( )x ,
∂yi ∂yi ∂xj
j
−1
où ( ∂x ∂ j j
∂yi )x = ( ∂yi )x (φ ) = Di φ ◦ ψ ψ(x)
et la convention d’Einstein est ap-
pliquée.
En particulier, on déduit de ce théorème, que si X ∈ Tx (M ) a pour composantes
(X 1 , . . . , X n ) dans la carte (Ω, φ), et (X̃ 1 , . . . , X̃ n ) dans la carte (Ω′ , ψ), alors pour
tout i = 1, . . . , n,
∂xi ∂y i
Xi = ( )x X̃ j et X̃ i = ( )x X j ,
∂yj ∂xj
où, dans toutes ces relations, la convention d’Einstein est appliquée.
Démonstration. D’après le théorème et définition précédent,
∂ ∂
( )x = λj ( )x
∂yi ∂xj
avec
∂
λj = ( )x (φj ) .
∂yi
D’où le résultat. □
On déduit les relations suivantes en écrivant que
∂
X = X̃ j ( )x
∂yj
∂xi ∂
= X̃ j ( )x ( )x
∂yj ∂xi
∂
= X i( )x
∂xi
172 9. L’ESPACE TANGENT
i
∂x
de sorte que X i = ( ∂yj
)x X̃ j . Pour résumer:
∂ ∂xj ∂ ∂ ∂y j ∂
( )x = ( )x ( )x , ( )x = ( )x ( )x
∂yi ∂yi ∂xj ∂xi ∂xi ∂yj
∂xi ∂y i
Xi = ( )x X̃ j , X̃ i = ( )x X j ,
∂yj ∂xj
j j
où ( ∂x −1
, ( ∂y −1
j
j
∂yi )x = Di φ ◦ ψ ψ(x) ∂xi )x = Di ψ ◦ φ φ(x)
, les X i sont les com-
posantes de X ∈ Tx (M ) dans (Ω, φ) et les X̃ i sont les composantes de X dans
(Ω′ , ψ). Etant donné x un point quelconque de Rn , Tx (Rn ) s’assimile naturelle-
ment à Rn par
∂
X i( )x −→ X 1 , . . . , X n ,
∂xi
où (x1 , . . . , xn ) désigne la carte canonique de Rn . C’est la raison pour laquelle on
ne voit pas apparaı̂tre la notion d’espace tangent dans le calcul différentiel sur Rn .
′
On remarquera que f ◦ γ (0) = D (f ◦ φ−1)φ(x) .(φ ◦ γ)′ (0), ce qui permet de
montrer que la construction de Φ est cohérente et que Φ ne dépend que de [γ].
3. Le fibré tangent
Soit M une variété. Par définition, le fibré tangent de M , noté T (M ), est la
réunion (disjointe) des espaces tangents Tx (M ), x ∈ M . On écrit
[
T (M ) = Tx (M ) .
x∈M
qui est définie par: si x ∈ Ω a pour coordonnées (x1 , . . . , xn ) dans (Ω, φ), et si
X ∈ Tx (M ) a pour composantes (X 1 , . . . , X n ) dans (Ω, φ), alors
Φ(X) = x1 , . . . , xn , X 1 , . . . , X n .
est l’application qui lui est associée suivant le procédé décrit ci-dessus, alors en
raison du théorème de changement de base,
Ψ ◦ Φ−1 x1 , . . . , xn , X 1 , . . . , X n = A1 , . . . , An , B 1 , . . . , B n ,
On remarque alors que Ψ ◦ Φ−1 réalise une bijection de φ(Ω) × Rn sur ψ(Ω) × Rn
et que Ψ ◦ Φ−1 est de classe C ∞ sur φ(Ω) × Rn . Donc Ψ ◦ Φ−1 réalise ainsi un
C ∞ -difféomorphisme de φ(Ω) × Rn sur ψ(Ω) × Rn . En particulier, il suit de ce qui
précède, que Ψ ◦ Φ−1 réalise un homéomorphisme de φ(Ω) × Rn sur ψ(Ω) × Rn .
Cela nous permet d’affirmer qu’il existe une et une seule topologie sur T (M ) qui
est telle que:
174 9. L’ESPACE TANGENT
[
(1) ∀Ω ouvert de M , Tx (M ) est un ouvert de T (M ),
x∈Ω
[
(2) ∀(Ω, φ) carte de M , Φ : Tx (M ) → φ(Ω)×Rn est un homéomorphisme.
x∈Ω
Il suffit ici de prendre pour base de topologie l’ensemble des U ⊂ T (M ) qui sont
tels que:
[
(i) ∃(Ω, φ) carte de M avec U ⊂ Tx (M ),
x∈Ω
2n
(ii) Φ(U ) est un ouvert de R .
Le fait que Ψ ◦ Φ−1 soit un homéomorphisme pour (Ω, φ) et (Ω, ψ) deux cartes
quelconques de M , rend cette construction cohérente. Si maintenant T (M ) est
muni de cette topologie, on vérifie sans difficulté que
!
[
Tx (M ), Φ
x∈Ω (Ω,φ)∈A
∞
est un atlas de classe C sur T (M ). Il confère à T (M ) la structure rechérchée de
variété de dimension 2n. D’où le résultat suivant.
Théorème 9.2. Soit M une variété de dimension n. Son fibré tangent T (M )
possède une structure naturelle de variété de dimension 2n. Cette structure est
déterminée par l’atlas formé des cartes
[
Tx (M ), Φ
x∈Ω
construites ci-dessus.
C’est désormais à cette structure de variété que l’on fera référence. On notera
Π : T (M ) → M
la projection canonique qui à X ∈ Tx (M ) associe Π(X) = x. On remarque que Π
est une submersion, puisque pour toute carte (Ω, φ) de M ,
φ ◦ Π ◦ Φ−1 (x1 , . . . , xn , X 1 , . . . , X n ) = (x1 , . . . , xn ) ,
S
où x∈Ω Tx (M ), Φ est la carte de T (M ) associée à (Ω, φ). A titre de remar-
que: partant d’une variété M de classe C k et de dimension n, T (M ) récupère une
structure naturelle de variété de classe C k−1 et de dimension 2n.
5. Champs de vecteurs
On traite maintenant de la notion de champs de vecteurs.
Définition 9.3. Soit M une variété. On note Π : T (M ) → M la projection
canonique qui à X ∈ Tx (M ) associe Π(X) = x. Un champ de vecteurs sur M est
alors une application X : M → T (M ) qui vérifie Π ◦ X = IdM . Le champ est dit de
classe C k si X : M → T (M ) est de classe C k en tant qu’application de la variété
M dans la variété T (M ).
Soient X : M → T (M ) un champ de vecteurs sur M , et (Ω, φ) une carte de M .
On appelle fonctions composantes (ou tout simplement composantes) de X dans
(Ω, φ) les fonctions X i : Ω → R définies en tout point x ∈ Ω par
∂
X(x) = X i (x)( )x ,
∂xi
où les xi sont les coordonnées associées à (Ω, φ). Donc, pour tout i, X i (x) =
X(x).(φi ).
Proposition 9.2. Etant donnée (Ω, φ) une carte de M , X est de classe C k
sur Ω si et seulement si les fonctions composantes de X dans (Ω, φ) sont de classe
C k sur Ω.
Pour démontrer la proposition il suffit de considérer la carte de T (M ) qui est
associée à (Ω, φ), et de lire X dans cette carte.
Définition 9.4. Soient M une variété de dimension n, et X, Y deux champs
de vecteurs sur M de classe C k . Le crochet des champs X et Y , noté [X, Y ], est
le champ de vecteurs de clase C k−1 sur M dont l’expression dans une carte (Ω, φ)
de M est donnée par:
∂Y i ∂X i
j j ∂
[X, Y ](x) = X (x)( )x − Y (x)( )x ( )x ,
∂xj ∂xj ∂xi
où les X i et Y i désignent les fonctions comoposantes de X et Y dans (Ω, φ), et où
les xi sont les coordonnées associées à (Ω, φ).
La construction fait sens en raison du résultat suivant.
Proposition 9.3. La définition du crochet [X, Y ] ne dépend pas du choix de
la carte.
5. CHAMPS DE VECTEURS 177
∂y i
Ỹ i = Y β ( ),
∂xβ
et nous avons là une égalité entre fonctions. Par suite
∂ Ỹ i ∂Y β ∂y i ∂ 2 yi
( )x = ( )x ( )x + Y β (x)( )x ,
∂xα ∂xα ∂xβ ∂xα ∂xβ
où
∂ 2 yi 2
ψ i ◦ φ−1 φ(x) .
( )x = Dαβ
∂xα ∂xβ
j
∂y
Ainsi, puisque X̃ j (x) = ( ∂x γ
)x X γ (x),
∂ Ỹ i
X̃ j (x)( )x
∂yj
∂y j ∂xα ∂Y β ∂y i ∂ 2 yi
γ β
=( )x X (x)( )x ( )x ( )x + Y (x)( )x
∂xγ ∂yj ∂xα ∂xβ ∂xα ∂xβ
Or
∂y j ∂xα ∂xα
( )x ( )x = ( )x = δγα ,
∂xγ ∂yj ∂xγ
et donc
∂ Ỹ i
X̃ j (x)( )x
∂yj
∂Y β ∂y i ∂ 2 yi
= X α (x)( )x ( )x + ( )x X α (x)Y β (x)
∂xα ∂xβ ∂xα ∂xβ
2 i
Par symétrie en X et Y , et puisque les ( ∂x∂α ∂x
y
β
)x sont symétriques en α et β, on
en déduit que
∂ Ỹ i ∂ X̃ i
X̃ j (x)( )x − Ỹ j (x)( )x
∂yj ∂yj
∂Y β ∂y i ∂ 2 yi
= X α (x)( )x ( )x + ( )x X α (x)Y β (x)
∂xα ∂xβ ∂xα ∂xβ
∂X β ∂y i ∂ 2 yi
− Y α (x)( )x ( )x − ( )x Y α (x)X β (x)
∂xα ∂xβ ∂xα ∂xβ
∂Y β ∂X β ∂y i
α α
= X (x)( )x − Y (x)( )x ( )x
∂xα ∂xα ∂xβ
178 9. L’ESPACE TANGENT
Par suite
!
j ∂ Ỹ i j ∂ X̃ i ∂
X̃ (x)( )x − Ỹ (x)( )x ( )x
∂yj ∂yj ∂yi
∂Y β ∂X β ∂y i ∂xγ
α α ∂
= X (x)( )x − Y (x)( )x ( )x ( )x ( )x
∂xα ∂xα ∂xβ ∂yi ∂xγ
∂Y β ∂X β
∂
= X α (x)( )x − Y α (x)( )x ( )x
∂xα ∂xα ∂xβ
puisque
∂y i ∂xγ ∂xγ
( )x ( )x = ( )x = δβγ .
∂xβ ∂yi ∂xβ
D’où la proposition. □
du rang que
dimKerf⋆ (x) = dimM − dimM ′ .
6. L’ESPACE TANGENT D’UNE SOUS VARIÉTÉ 179
1. Le fibré cotangent
Soit M une variété de dimension n, x un point de M , et (Ω, φ) une carte de M
au point x de coordonnées associées (x1 , . . . , xn ). On note Tx (M )⋆ l’espace dual de
Tx (M ), à savoir
Tx (M )⋆ = L Tx (M ), R ,
On remarquera que pour tout i, dxix = dφi (x) où dφi (x) est la différentielle de
φ au point x. D’après cette proposition, tout η ∈ Tx (M )⋆ s’écrit η = ηi dxix . Les
i
ηi sont appelés composantes de η dans la carte (Ω, φ). On notera la “symétrie” des
formules ci-dessous avec celles correspondantes pour les vecteurs.
Théorème 10.1 (Changement de carte). Soient M une variété de dimension
n, x un point de M , et (Ω, φ), (Ω′ , ψ) deux cartes de M en x de coordonnées
181
182 10. CALCUL TENSORIEL ET CONNEXIONS LINÉAIRES
Proposition 10.2. Une 1-forme η est de classe C k sur l’ouvert Ω d’une carte
(Ω, φ) de M si et seulement si ses fonctions composantes dans (Ω, φ) sont de classe
C k sur Ω.
La démonstration de cette proposition est immédiate en raison de la structure
placée sur T ⋆ (M ).
naturellement à E.
Démonstration. Il est clair que φ est linéaire. Comme par ailleurs dimE =
dimE ⋆⋆ , il nous suffit de montrer que φ est injective. Soit (e1 , . . . , en ) une base de
E. Si pour deux vecteurs u et v de E, φ(u) = φ(v), alors en particulier, pour tout
i,
ei⋆ (u) = ei⋆ (v) .
Or, on le constate facilement, les ei⋆ (u) et ei⋆ (v) sont les coordonnées de u et v
dans (e1 , . . . , en ). Il s’ensuit que si φ(u) = φ(v), alors u = v. D’où le résultat. □
Concrètement, l’assimilation de E ⋆⋆ avec E consiste à regarder un vecteur u
de E comme l’élément de E ⋆⋆ défini par: u(η) = η(u) pour tout η ∈ E ⋆ .
Définition 10.1 (Produit tensoriel 1). Soient (Ei )i=1,...,N N R-espaces vec-
toriels de dimensions finies, et soient θi ∈ Ei⋆ , i = 1, . . . , N , N formes linéaires.
Alors θ1 ⊗· · ·⊗θN est la forme N -linéaire sur E1 ×· · ·×EN définie par: ∀(u1 , . . . , uN ) ∈
E1 × · · · × EN ,
N
Y
θ1 ⊗ · · · ⊗ θN .(u1 , . . . , uN ) = θi (ui ) .
i=1
Ici, θ1 ⊗ θ2 se lit θ1 “tensoriel” θ2 .
Etant donnés des entiers p et q, on appelle variance de type (p, q) tout (p + q)-
uplet v composé de p symboles ⋆ et q symboles −. La longueur de la variance est
alors l’entier |v| = p + q. Par exemple v = (⋆ ⋆ −⋆) est une variance de type (3, 1),
tandis que v = (− ⋆ ⋆ − ⋆ ⋆ −) est une variance de type (4, 3).
2. ELÉMENTS DE CALCUL TENSORIEL 185
Or
λi j k ei ⊗ ej⋆ ⊗ ek . ei0 ⋆ , ej0 , ek0 ⋆ = λi0 j0 k0 .
= T i j k θi uj θ̃k
= T i j k ei ⊗ ej⋆ ⊗ ek .(θ, u, θ̃) .
D’où le théorème. □
La proposition suivante a lieu. Sa preuve est immédiate.
Proposition 10.4. Soit (e1 , . . . , en ) une base de E et soient T et T̃ deux
tenseurs sur E. Alors les composantes de T ⊗ T̃ dans (e1 , . . . , en ) sont le produit
des composantes de T dans (e1 , . . . , en ) et des composantes de T̃ dans (e1 , . . . , en ).
A titre d’exemple, si T = T i j k ei ⊗ ej⋆ ⊗ ek et T̃ = T̃ l m el ⊗ em⋆ , alors
T ⊗ T̃ = T i j k T̃ l m ei ⊗ el⋆ ⊗ ek ⊗ el ⊗ em⋆ .
On énonce maintenant quelques conventions importantes.
Convention 1: Une variance est dite ordonnée si elle est du type (⋆ · · · ⋆
− · · · −), i.e si les symboles ⋆ sont placés en tête de la variance, et les symboles −
en queue de la variance. Par tenseur p-fois covariant et q-fois contravariant (sans
précision de variance) on entend un tenseur dont la variance est ordonnée.
Convention 2: Dans l’écriture des composantes d’un tenseur dans une base,
et afin de pouvoir appliquer la convention d’Einstein, on place toujours les indices
de covariance en bas et les indices de contravariance en haut.
Les indices de covariance sont les indices des formes (i.e. les ηi ) tandis que les
indices contravariants sont les indices des vecteurs (i.e. les X i ).
Dans une expression du type T i j k lm , les indices i, k sont les indices de covari-
ance tandis que les indices j, l, m sont les indices de contravariance. Le tenseur
T qui a les T i j k lm comme composantes est un tenseur 2-fois covariant et 3-fois
contravariant, et ordonné suivant la variance v = (⋆ − ⋆ − −).
Théorème 10.4 (Changement de base). Soient (e1 , . . . , en ) et (ẽ1 , . . . , ẽn ) deux
bases de E. On note (aji ) et (bij ) les matrices de passage définies pour tout i =
1, . . . , n par
ei = aji ẽj et ei⋆ = bij ẽj⋆ .
(Pour tous i, j = 1, . . . , n, aki bjk = δij de sorte que l’une est l’inverse de l’autre).
(v)
Soit v = (− ⋆ − ⋆ ⋆ . . . ) une variance, soit T ∈ ⊗ (E), et soient
T i j k lm . . . et T̃ i j k lm . . .
les composantes de T dans (e1 , . . . , en ) et (ẽ1 , . . . , ẽn ). Alors
T̃ i j k lm · · · = T α β γ δ ϵ . . . aiα bβj akγ bδl bϵm . . . (⋆)
pour tous i, j, k, l, m, . . . .
Démonstration. Supposons pour simplifier que v = (− ⋆ −). Par définition,
T̃ i j k = T ẽi⋆ , ẽj , ẽk⋆ .
Or
ẽi⋆ = aiα eα⋆ , ẽj = bβj eβ , ẽk⋆ = akγ eγ⋆ .
2. ELÉMENTS DE CALCUL TENSORIEL 187
Par suite,
T̃ i j k = aiα bβj akγ T eα⋆ , eβ , eγ⋆ = T α β γ aiα bβj akγ .
D’où le résultat. □
La formule (⋆) fut pendant longtemps utilisée comme définition des tenseurs.
Par tenseur on entendait un objet géométrique dont on ne précise pas la nature
concrète, mais qui possède par rapport à toute base de E des composantes qui
sont assujetties à varier par changement de base selon la formule (⋆). On retrouve
facilement la formule (⋆) en remarquant que les indices covariants changent comme
ceux des formes, tandis que les indices contravariants changent comme ceux des
vecteurs. Pour un vecteur on a en effet que X̃ i = aiα X α , tandis que pour une
forme, η̃i = bα
i ηα . Reste alors à “recoller” |v|-fois ces relations pour obtenir (⋆).
On termine ces éléments de calcul tensoriel par la définition de la contraction.
On veut ici donner du sens à des expressions du type T i α j Rk l α , sommées en α part
convention d’Einstein, qui proviennent d’un tenseur plus général T i α j Rk l β mais où
le 1er indice contravariant (le α) et le 4ème indice covariant (le β) sont égalisés puis
sommés.
Définition 10.4 (Définition de la contraction). Soit T un tenseur sur E p-fois
covariant, q-fois contravariant, et ordonné suivant une variance v. Pour 1 ≤ k1 ≤ p
et 1 ≤ k2 ≤ q deux entiers, on appelle contraction de T d’ordre (k1 , k2 ), et on note
Ckk12 T , le tenseur sur E défini par
(1) Ckk12 T est (p − 1)-fois covariant et (q − 1)-fois contravariant de variance v
où l’on a supprimé le k1 ième symbole ⋆ et le k2 ième symbole −,
(2) Dans une base de E, les composantes de Ckk12 T sont les composantes de T
où le k1 ième indice covariant et le k2 ième indice contravariant sont égalisés puis
sommés.
A titre d’exemple: si T = T i j k m ei ⊗ ej⋆ ⊗ ek ⊗ em⋆ , alors
C12 T = T i α α m ei ⊗ em⋆ .
On montre sans difficulté à partir du théorème de changement de base que cette
définition ne dépend pas du choix de la base.
Démonstration. Pour simplifier traitons du cas v = (− ⋆ −⋆) de l’exemple
ci-dessus. Avec les notations du théorème de changement de base, la formule (⋆)
s’écrit ici
T̃ i j k l = T α β γ δ aiα bβj akγ bδl . (⋆)
Par suite,
T̃ i ε ε l = T α β γ δ aiα bβε aεγ bδl .
Or les matrices (aji ) et (bji ) sont l’inverse l’une de l’autre. Donc
aεγ bβε = δγβ ,
et on trouve ainsi que
T̃ i ε ε l = T α β β δ aiα bδl .
Donc
T̃ i ε ε l ẽi ⊗ ẽl⋆ = T α β β δ aiα bδl ẽi ⊗ ẽl⋆
= T α β β δ eα ⊗ eδ⋆
188 10. CALCUL TENSORIEL ET CONNEXIONS LINÉAIRES
4. Connexions linéaires
On aborde la notion de connexion linéaire qui est à la base de la dérivation
tensorielle.
Définition 10.5. Soit M une variété. On note Γ(M ) l’espace des champs
de vecteurs différentiables sur M . Une connexion sur M est une application D :
T (M ) × Γ(M ) −→ T (M ) qui vérifie:
(1) ∀x ∈ M , si X ∈ Tx (M ) et Y ∈ Γ(M ), D(X, Y ) ∈ Tx (M ),
(2) ∀x ∈ M , D réstreinte à Tx (M ) × Γ(M ) est bilinéaire,
(3) ∀x ∈ M , ∀X ∈ Tx (M ), ∀Y ∈ Γ(M ), si f : M → R est différentiable, alors
D(X, f Y ) = X(f )Y (x) + f (x)D(X, Y ),
(4) ∀X, Y ∈ Γ(M ), ∀k ∈ N, si X et Y sont respectivement de classe C k et
k+1
C sur M , alors D(X, Y ) est de classe C k sur M , où D(X, Y ) est le champ
x → D(X(x), Y ).
Etant donnée D une connexion sur M , on note le plus souvent DX Y au lieu de
D(X, Y ). Par définition, DX Y s’appelle la dérivée covariante de Y par rapport à
X.
190 10. CALCUL TENSORIEL ET CONNEXIONS LINÉAIRES
∂
Pour tous i, j = 1, . . . , n, ∇i ( ∂x j
), défini en tout point x de Ω par
∂ ∂
∇i ( )(x) = D( ∂ )x ( ),
∂xj ∂xi ∂xj
est alors un C ∞ -champ de vecteurs sur Ω. On note
Γkij : Ω −→ R
ses fonctions coordonnées dans (Ω, φ). Elles sont de classe C ∞ et définies par le
fait que pour tout x ∈ Ω, et tous i, j = 1, . . . , n,
∂ ∂
∇i ( )(x) = Γkij (x)( )x .
∂xj ∂xk
Par définition, les Γkij sont les symboles de Christoffel de la connexion D dans la
carte (Ω, φ).
Théorème 10.6. Les symboles de Christoffel d’une connexion D dans une carte
(Ω, φ) de coordonnées associées (x1 , . . . , xn ), définissent (caractérisent) l’expression
locale de la connexion dans la carte en ce sens que pour tout x ∈ Ω, tout X =
∂ ∂
X i ( ∂x i
)x ∈ Tx (M ), et tout Y = Y i ( ∂x i
) ∈ Γ(M ),
DX Y = X i (∇i Y )(x) ,
où
∂Y j
(∇i Y )(x)j = ( )x + Γjiα (x)Y α (x)
∂xi
pour tout i = 1, . . . , n, et tout j = 1, . . . , n.
Démonstration. Avec le point (2) de la définition d’une connexion,
DX Y = X i (∇i Y )(x) .
Toujours d’après (2),
n
X ∂
(∇i Y )(x) = D( ∂ Y j( ) .
∂xi )x ∂xj
j=1
l ∂Γlki ∂Γlji
Rijk (x) = ( )x − ( )x + Γljα (x)Γα l α
ki (x) − Γkα (x)Γji (x) ,
∂xj ∂xk
où les Γkij sont les symbôles de Christoffel de D dans (Ω, φ).
l
Le calcul pour démontrer que les Rijk sont bien les composants d’un champ de
tenseurs est plus compliqué que pour la torsion. Il reste néanmoins faisable. On
pourra aussi interpréter torsion et courbure de façon intrinsèque pour quotienter
ces calculs.
l l
La courbure vérifie la symétrie première Rijk = −Rikj en tout point d’une
carte et pour tous i, j, k, l. Elle vérifie d’autres symétries plus avancées comme avec
les identités de Bianchi de la Section 8.
Pour simplifier l’écriture de ce qui va suivre, on suppose que les variances sont
ordonnées. Soit (Ω, φ) une carte de M de coordonnées associées (x1 , . . . , xn ), et
soient Γkij les symboles de Christoffel de la connexion D dans (Ω, φ). Si X =
∂
X i ( ∂x i
)x , x ∈ Ω, et si T est un champ différentiable de tenseurs p-fois covariantes
j ...j
et q-fois contravariants de composantes Ti11...ipq dans (Ω, φ), alors
DX T = X i ∇i T (x) ,
7. UNE CONNEXION POUR DÉRIVER AUTANT QU’ON LE VEUT 193
où ∇i T (x) est le tenseur p-fois covariant et q-fois contravariant de Tx (M ) dont
les composantes dans (Ω, φ) sont données par la relation
j ...j
j ...j ∂Ti11...ipq
∇i T (x)i11...ipq = x
∂xi
p
j ...j
X
− Γα 1 q
iik (x)Ti1 ...ik−1 αik+1 ...ip (x) (10.2)
k=1
q
j ...j αjk+1 ...jq
X
+ Γjiαk (x)Ti11...ipk−1 (x) .
k=1
Pour les champs de vecteurs X et les champs de 1-formes η on retrouve bien
évidemment les formules
∂X j
∇i X (x)j = ( )x + Γjiα (x)X α (x) ,
∂xi
∂ηj
)x − Γα
∇i η (x)j = ( ij (x)ηα (x) .
∂xi
Les symboles de Christoffel apparaissent avec le signe + pour les indices contravari-
ants, et avec le signe − pour les indices covariants.
Définition 10.9. Soient M une variété, et D une connexion sur M . Si T est
un C k -champ de tenseurs p-fois covariants et q-fois contravariants sur M , on note
∇T le C k−1 -champ de tenseurs (p + 1)-fois covariants et q-fois contravariants sur
M défini par: pour tout x ∈ M , tous X1 , . . . , Xp+1 ∈ Tx (M ), et tous η1 , . . . , ηq ∈
Tx (M )⋆ ,
∇T (x). X1 , . . . , Xp+1 , η1 , . . . , ηq
= DX1 T . X2 , . . . , Xp+1 , η1 , . . . , ηq .
Ses composantes dans une carte sont données par la formule
j1 ...jq j1 ...jq
∇T i ...i = ∇i1 T i ...i ,
1 p+1 2 p+1
j1 ...jq
où ∇i1 T i2 ...ip+1 est comme dans la formule vue plus haut.
Par extension, et par récurrence, pour tout m ∈ N, on pose ∇m T = ∇ ∇m−1 T ,
avec la convention que ∇0 T = T . On a ainsi établie une nouvelle chaine de
dérivation.
β ∂Γβij β β
Sijk (a) = − Γα α
ik (a)Γαj (a) − Γjk (a)Γiα (a) .
∂xk a
9. LA CONNEXION DE LEVI-CIVITA DU CAS RIEMANNIEN 195
Les “dérivées” troisièmes sont donc perturbées par des “dérivées” secondes et
premières, ce qui peut être gênant, mais on gagne néamnoins que ∇3 f (a) est un
tenseur parfaitement défini que l’on peut regarder moralement comme la “dérivée”
troisième de f en a. Les perturbations en “dérivées” secondes sont invariantes
par permutations de {i, j, k}. Ce n’est par contre plus le cas des perturbations
m m m m
premières. On a bien la symétrie Sijk = Sikj pour tous i, j, k, m mais Sijk ̸= Skji .
En fait on constate avec la formule de la Définition 10.8 que
m m m
Sijk − Skji = Rjki
pour tous i, j, k, m. La courbure intervient donc dans le défaut de symétrie des
perturbations premières. Rien de bien surprenant en géométrie différentielle si l’on
pense aux relations établies par Bochner et de Rham.
cycle {i,j,k}
X
où aijk = aijk + akij + ajki .
cycle {i,j,k}
on note dγ
dt t le vecteur tangent de Tγ(t) (M ) défini par: ∀f : M → R différentiable
dγ
′
au point γ(t), dt t .(f ) = f ◦ γ (t).
Les géodésiques sont (en un sens à préciser) les chemins qui réalisent la longueur
entre deux points d’une variété (les chemins de longueurs minimales). On donne le
résultat suivant sans preuve (même si celle-ci n’est pas hors de portée).
Théorème 10.11. Soit (M, g) une variété riemannienne. Il existe une unique
connexion sur M qui est sans torsion et pour laquelle la métrique g est à dérivée
covariante nulle. C’est par définition la connexion de Levi-Civita de g. Etant
donnés (Ω, φ) une carte de M de coordonnées associées (x1 , . . . , xn ), les symboles
de Christoffel de la connexion de Levi-Civita dans cette carte sont donnés par la
relation
1 ∂gmj ∂gmi ∂gij mk
Γkij = + − g ,
2 ∂xi ∂xj ∂xm
où les gij et g ij désignent respectivement les composantes de g dans (Ω, φ), et les
composantes de la matrice inverse des gij (i.e g im gmj = δji pour tous i et j).
Sachant que
∂gjk
− Γm m
∇i g jk
= ij gmk − Γik gjm
∂xi
∂gik
− Γm m
∇j g ik = jk gim − Γji gmk
∂xj
∂gij
− Γm m
∇k g ij = ki gmj − Γkj gim ,
∂xk
et sachant que la connexion est sans torsion, et donc que Γkij = Γkji pour tous i, j,
et k, on obtient à partir de (10.3) que
∂gjk ∂gik ∂gij
+ − = 2Γm
ij gmk .
∂xi ∂xj ∂xk
En contractant par g kl , il suit que
1 ∂gmj ∂gmi ∂gij ml
Γlij = + − g ,
2 ∂xi ∂xj ∂xm
ce qui est l’expression des Γkij du théorème. D’où l’unicité de la connexion de Levi-
Civita. L’existence se prouve en partant de l’expression des Γkij , et en montrant
qu’ils se transforment bien par changement de cartes selon la relation de changement
des symbôles de Christoffel. A savoir
∂y k ∂ 2 xα ∂xα ∂xβ ∂y k
Γ̃kij = + Γγαβ .
∂xα ∂yi ∂yj ∂yi ∂yj ∂xγ
A partir de là, on voit que les Γkij définissent bien une connexion. Reste à vérifier
que cette connexion est bien sans torsion, et telle que ∇g = 0, ce qui ne pose aucun
problème. □
Au passage, dans la partie 2 de la preuve, on aura eu besoin d’utiliser le résultat
important suivant.
Lemme 10.1. Les g ij sont les composantes d’un C ∞ -champ de tenseurs deux
fois contravariants sur M . On note g −1 ce champ de tenseurs, désigné sous les
termes d’inverse du tenseur métrique. Il est lui aussi à dérivée covariante nulle,
au sens où tout comme pour g, ∇g −1 = 0.
Démonstration. On commence par montrer que les g ij sont les composantes
d’un C ∞ -champ de tenseurs deux fois contravariants sur M . Pour cela on montre
que les g ij changent comme le font les tenseurs deux fois contravariants par change-
ment de carte. Si (Ω, φ) et (Ω̃, ψ) sont deux cartes de M de coordonnées associées
(x1 , . . . , xn ) et (y1 , . . . , yn ), et si x est dans Ω ∩ Ω̃, alors, avec les notations usuelles,
∂xα ∂xβ
g̃ij (x) = gαβ (x)( )x ( )x
∂yi ∂yj
Notons
∂y i ∂y j
T ij (x) = g γδ (x)(
)x ( )x .
∂xγ ∂xδ
Par unicité de la matrice inverse, il nous suffit de montrer que pour tous i, j,
g̃im (x)T mj (x) = δij ,
198 10. CALCUL TENSORIEL ET CONNEXIONS LINÉAIRES
une écriture qui permet facilement de constater qu’on a bien là un produit scalaire
sur les champs de tenseurs 4-fois covariants. On vérifie facilement à partir des
définitions ci-dessus que
1 Sg
Rmg = Wg + Eg ⊙ g + g⊙g (11.1)
n−2 2n(n − 1)
et que cette décomposition est orthogonale (deux à deux) dans l’espace des champs
de tenseurs 4-fois covariants (pour le produit scalaire que associé à g que l’on vient
de définir).
2. Courbures et topologie
Une des questions majeures de la géométrie riemannienne est d’obtenir des
propriétés différentielles ou topologiques sur une variété à partir de propriétés sur
ses courbures. La classification première concerne les variétés à courbure section-
nelle constante. Par définition une variété riemannienne (M, g) est dite à courbure
sectionnelle constante λ ∈ R si pour tout x ∈ M et tout P ∈ G2x M , Kg (P ) = λ.
On montre que g est à courbure sectionnelle constante si et seulement si Zg = 0
et dans ce cas g est aussi d’Einstein et n(n − 1)λ = Sg (qui est constante). En
raison de la décomposition orthogonale (11.1) de la Section 1, g est à courbure
sectionnelle constante si et seulement si g est à la fois d’Einstein et conformément
plate (en dimension deux g est à courbure sectionnelle constante si et seulement
si Sg est constante). Quitte à changer la métrique g par λg, avec λ > 0 un réel
convenablement choisi, on peut toujours se ramener au cas où Kg ∈ {−1, 0, +1}.
La complétude d’une variété riemannienne (M, g) fait référence à la complétude
pour la distance dg induite par g.
202 11. ELÉMENTS DE GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE
(i) L’espace euclidien (Rn , δ), avec donc la métrique euclidienne donnée par les
symboles de Kroenecker dans les coordonnées euclidiennes, est une variété rieman-
nienne complète simplement connexe à courbure sectionnelle constante nulle. On a
aussi Rmδ = 0.
(ii) La sphère (S n , g0 ) munie de sa métrique standard induite de la métrique
euclidienne de Rn+1 via le plongement canonique i : S n → Rn+1 , est une variété
compacte simplement connexe à courbure sectionnelle constante +1. Lue dans une
carte stéréographique la métrique g0 est donnée par
4
g0 (x)ij = δij
(1 + |x|2 )2
pour tous i, j ∈ {1, . . . , n}, où | · | est la norme euclidienne de Rn .
(iii) L’espace hyperbolique (Hn , g0 ) peut se définir de différentes fa c cons. On
choisit le modèle de la boule. Du point de vue différentiel on a alors Hn = B0 (1)
la boule unité de Rn , sa métrique g0 étant donnée par
4
g0 (x)ij = δij
(1 − |x|2 )2
pour tous i, j ∈ {1, . . . , n}, où | · | est la norme euclidienne de Rn . La variété
riemannienne (Hn , g0 ) est alors une variété complète simplement connexe à courbure
sectionnelle constante −1.
En fait, il s’agit des seules variétés complètes simoplement connexes à courbure
sectionnelle constante −1, 0 ou +1. Deux variétés (M, g) et (N, ĝ) sont dites
isométriques s’il existe un C ∞ -difféomorphisme φ : M → N qui préèrve les métriques
au sens de l’image réciproque de φ, et donc si
ĝ (φ(x)) . φ⋆ (x).(X), φ⋆ (x).(Y ) = g(x).(X, Y )
pour tout x ∈ M et tous X, Y ∈ Tx (M ). Le membre de gauche dans cette relation
se définit comme l’image réciproque de ĝ par φ notée φ⋆ ĝ. Avec le théorème de
Myers-Steenrod, φ est une isométrie riemannienne si et seulement si φ est une
isométrie pour les distances dg et dĝ associées à g et ĝ. Par ailleurs, la théorie du
revêtement universel, que nous n’aborderons pas ici, nous dit que toutes variété
est en un certain sens le quotient d’une variété simplement connexe. Classifier
les variétés simplement connexes c’est donc, à quotient près, classifier toutes les
variétés. La première classification (et essentiellement la seule qui soit complète si
l’on excepte les théorèmes de rigidité) concerne les variétés à courbure sectionnelle
constante.
Théorème 11.1 (Classification des variétés à courbure sectionnelle constante).
Soit (M, g) une variété riemannienne complète simplement connexe de dimension
n à courbure sectionnelle constante Kg ∈ {−1, 0, +1}. Si Kg = −1, (M, g) est
isométrique a l’espace hyperbolique (Hn , g0 ). Si Kg = 0, (M, g) est isométrique a
l’espace euclidien (Rn , δ). Si Kg = +1, (M, g) est nécessairement compacte et est
isométrique à la sphère standard (S n , g0 ).
Le phénomène de compacité en courbure positive intervient plus vite, en fait
dès la positivité de la courbure de Ricci. C’est l’objet du théorème de Myers. En
un certain sens, la positivité de la courbure de Ricci oblige la variété à se recourber
sur elle-même.
3. CARTES NORMALES 203
3. Cartes normales
Les cartes normales sont un outil très utile en géométrie riemannienne. Etant
donnés (M, g) une variété riemannienne et x ∈ M un point de M , une carte (Ω, φ)
en x est dite normale en x si
gij (x) = δij et Γkij (x) = 0
pour tous i, j, k. Puisque g est à dérivée covariante nulle, cela revient encore à
demander que gij (x) = δij et ∂k gij (x) = 0 pour tous i, j, k (où ∂k gij (x) renvoie à
∂g
l’écriture exacte ( ∂xijk )x ). Le théorème suivant a lieu.
Théorème 11.5. En tout point d’une variété riemannienne il existe une carte
normale.
204 11. ELÉMENTS DE GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE
Il est impossible par contre d’être plus exigeant sur les ordres de nullité en x
sans condition supplémentaire. En effet la nullité des dérivées secondes de g en x
entraı̂ne de facto, comme on le voit avec les formules de la Définition 10.8, la nullité
de Rmg en x. Or Rmg est un objet universel qui ne dépend pas de sa lecture dans
une carte, donc impossible à annuler par une lecture dans une carte si Rmg (x) ̸= 0.
En particulier il est impossible de demander l’existence d’une carte en x qui serait
telle que gij = δij en tout point de la carte si Rmg n’est pas nulle au voisinage de
x. De façon surprenante, c’est en fait la seule obstruction.
Théorème 11.6. Soit (M, g) une variété riemannienne et x ∈ M . Il existe
une carte en x vérifiant gij = δij en tout point de la carte, et pour tous i, j, si et
seulement si Rmg = 0 au voisinage de x.
Le Théorème 11.5 se démontre sans grande difficulté avec le théorème d’inversion
locale (Théorème 2.12). Le théorème 11.6, lui, aura besoin du théorème de Frobe-
nius (Théorème 2.14) pour être démontré.
Sans rentrer dans les détails, l’application exponentielle en un point x0 est
un difféomorphisme local avec Rn qui redresse les géodésiques en ce point. Elle
fournit (ou plutôt l’application inverse) une carte normale x0 . Etant construite de
façon assez précise, elle possède plusieurs propriétés remarquables. Tout d’abord
elle envoie les boules centrées en x0 sur les boules centrées en 0 dans Rn et, par
ailleurs, les coefficients du développement de Taylor en x0 de la métrique dans cette
carte deviennent des polynômes universels en les dérivées covariantes du tenseur de
courbure en x0 . Le calcul des premiers termes donne le développement du théorème
suivant.
Théorème 11.7. La carte exponentielle en un point x0 , qui redresse les géodésiques
issues de x0 , envoie les boules Bx0 (r) dans M sur les boules B0 (r) dans Rn pour
r > 0 petit et, dans cette carte exponentielle en x0 ,
1 1
gij (x) = δij + Riαβj (x0 )xα xβ + Riαβj,γ xα xβ xγ + O(r4 ) (11.2)
3 6
pour tout x dans la carte, où les gij et Rijkl désignent respectivement les com-
posantes de g et Rmg dans la carte exponentielle en x0 , les xi sont les coordonnées
dans cette carte, n est la dimension de la variété, r est la distance euclidienne à 0
et, surtout, Rijkl,m = (∇m Rmg )ijkl .
Le Théorème 11.7 peut être utilisé tel quel, mais il est bien sûr un peu gênant
de ne pas avoir construit l’application exponentielle auparavant. On trouvera une
construction détaillée de l’application exponentielle dans la plupart des ouvrages de
géométrie riemanienne. Le développement (11.2) de la métrique dans la carte expo-
nentielle est par contre rarement discuté. Pour plus de détails sur ce développement
(et le calcul des termes d’ordre 4) on renvoie à Lee et Parker [The Yamabe Problem,
Bulletin of the American Mathematical Society, 17, 1, 1987].
4. L’intégrale riemannienne
Les variétés riemanniennes possèdent une mesure particulière au même titre
que Rn possède sa mesure naturelle de Lebesgue. Soient donc M une variété et
A = (Ωi , φi )i∈I un atlas de M , à savoir donc un sous atlas du C ∞ -atlas saturé de
M . On dit qu’une famille (Ωj , φj , ηj )j∈J est une partition de l’unité subordonnée
à l’atlas A si:
4. L’INTÉGRALE RIEMANNIENNE 205
(i) (ηj )j∈J est une partition de l’unité subordonnée au recouvrement (Ωi )i∈I ,
(ii) les ηj sont de classe C ∞ ,
(iii) (Ωj , φj )j∈J est un sous atlas de A,
(iv) pour tout j, Supp(ηj ) ⊂ Ωj .
On montre sans difficulté que pour tout atlas A de M il existe une partition de
l’unité qui lui est subordonnée. L’intégrale riemannienne se définit de la façon
suivante et on récupère toute la théorie de l’intégrale de Lebesgue.
Définition 11.1. Soit (M, g) une variété riemannienne de dimension n et
soit f : M → R une fonction continue à support compact dans M . Etant donné
A = (Ωi , φi )i∈I un atlas de M , on pose
Z XZ
ηj |g|f ◦ φ−1
p
f dvg = j dx (11.3)
M j∈J φj (Ωj )
où (Ωj , φj , ηj )j∈J est une partition de l’unité subordonnée à A, |g| désigne le
déterminant de la matrice formée des composantes R de g dans (Ωj , φj ) et dx désigne
la mesure de Lebesgue de Rn . L’opération f → M f dvg définit alors une mesure de
Radon positive qui ne dépend ni du choix de l’atlas A ni du choix de la partition de
l’unité qui lui est subordonnée. L’intégrale et la mesure qui lui sont associée sont
respectivement appelées intégrale et mesure riemanniennes de (M, g).
La fonction f étant à support compact, la somme dans (11.3) est en fait finie
par définition des partitions de l’unité (Définition 6.18). En effet, si K = Supp(f ),
alors pour tout x ∈ K il existe Vx un ouvert contenant x et tel que Vx n’intersecte
qu’un nombre fini des supports Supp(ηj ). Comme K est compact il existe par
définitionSpremière
S des compacts (Définition 6.16) des x1 , . . . , xN ∈ K tels que
K ⊂ Vx1 · · · VxN . Donc K n’intersecte qu’un nombre fini des supports Supp(ηj )
et ainsi ηj f = 0 en tout point de Ωj sauf pour au plus un nombre fini de j.
L’affirmation la plus surprenante ici est tout de même que l’intégrale ne dépend
ni du choix de l’atlas A ni du choix de la partition de l’unité qui lui est subordonnée.
On la démontre comme suit. En tout premier lieu on remarque que si (Ω, φ) et
(Ω̃, ψ) sont deux cartes de M et si f : M → R est continue à support compact dans
Ω ∩ Ω̃ alors Z Z
p −1
p
|g|f ◦ ψ −1 dx ,
|g|f ◦ φ dx = (11.4)
φ(Ω) ψ(Ω̃)
où, dans le membre de gauche de (11.4), |g| désigne le déterminant de la matrice
formée des composantes de g dans (Ω, φ) et, dans le membre de droite de (11.4),
|g| désigne le déterminant de la matrice formée des composantes de g dans (Ω̃, ψ).
Pour le voir on note qu’en vertue des formules tensorielles (10.1), en tout point
x ∈ Ω ∩ Ω̃,
∂xα ∂xβ
g̃ij (x) = gαβ (x) ,
∂yi x ∂yi x
où les gij sont les composantes de g dans (Ω, φ), les g̃ij sont les composantes de g
dans (Ω̃, ψ), les xi sont les coordonnées associées à (Ω, φ) et les yi sont les coor-
données associées à (Ω̃, ψ). Par suite,
2
det g̃ij (x) = Jac φ ◦ ψ −1 ψ(x) × det gij ,
où le jacobien est comme à la Définition 2.4. La relation (11.4) est alors une
conséquence directe de la formule de changement de variables dans l’intégrale de
206 11. ELÉMENTS DE GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE
Une des conséquences remarquables du Théorème 11.8 est que pour toute fonc-
tion u de classe C 2 sur M , variété compacte, M (∆g u)dvg = 0. Ces résultats se
R
(p + q)!
η̂ ∧ η̃ = AS η̂ ⊗ η̃ , (11.8)
p!q!
où, dans le membre de droite, on regarde η̂ et η̃ comme des tenseurs p-fois et q-
fois covariants sur E (donc des formes multilinéaires sur E, ce qu’elles sont). Le
produit extérieur ∧ est alors bilinéaire, donc en particulier distributif sur l’addition,
associatif et il vérifie que η̂ ∧ η̃ = (−1)pq η̃ ∧ η̂ pour toute p-forme η̂ sur E et toute
q-forme η̃ sur E.
où, comme ci-dessus, Pp est l’ensemble des permutations de {1, . . . , p} et ε(σ) est le
signe de σ. Supposons maintenant que E est de dimension finie n et soit 1 ≤ p ≤ n.
Si (e1 , . . . , en ) est une base de E, et (e⋆1 , . . . , e⋆n ) est la base duale définie à la Section
2 du Chapitre 9, on vérifie facilement que
(
e⋆i1 ∧ · · · ∧ e⋆ip .(ej1 , . . . , ejp ) = 1 si (i1 , . . . , ip ) = (j1 , . . . , jp )
e⋆i1 ∧ · · · ∧ e⋆ip .(ej1 , . . . , ejp ) = 0 sinon
pour tous I1 , . . . , ip et tous j1 , . . . , jp ordonnés dans {1, . . . , n}, à savoir tels que
1 ≤ i1 < · · · < ip ≤ n et 1 ≤ j1 < · · · < jp ≤ n. La famille des e⋆i1 ∧ · · · ∧ e⋆ip
pour 1 ≤ i1 < · · · < ip ≤ n est donc une famille libre dans l’espace des p-formes.
Par multilinéarité elle est aussi génératrice. Et donc la famille des e⋆i1 ∧ · · · ∧ e⋆ip
pour 1 ≤ i1 < · · · < ip ≤ n est une base de Λp E. En particulier, l’espace Λp E des
p-formes alternées sur E est de dimension np si 1 ≤ p ≤ n et n est la dimension
de E.
208 11. ELÉMENTS DE GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE
pour tout η̂ ∈ Ωp M et tout η̃ ∈ Ωq M , où les η̂(x) ∧ η̃(x) pour x ∈ M sont définis
comme en (11.8). Par suite, si
X
η= ηi1 ...ip dxi1 ∧ · · · ∧ dxip
i1 <···<ip
alors X
dη = dηi1 ...ip ∧ dxi1 ∧ · · · ∧ dxip . (11.10)
i1 <···<ip
d’une variété qui l’est (son revêtement orientable à deux feuillets), ce qui permet
de passer nombres de résultats démontrés dans le cas orientable sur le cas général.
Le revêtement orientable à deux feuillets de l’espace projectif de dimension paire
est par exemple la sphère de même dimension. Quand on a une orientation on peut
intégrer les n-formes à support compact. La formule de Stokes est une formule
d’intégration par parties importante qui, dans le cas sans bord que l’on considère ici,
stipule que si M est compacte de dimension n et orientable, alors l’intégrale de toute
n-forme exacte sur M est nulle. C’est cette formule, avec la théorie des revêtements
orientables à deux feuillets, qui permet d’obtenir la formule d’intégration par parties
du Théorème 11.8.
On se place maintenant dans le cadre riemannien pour définir la co-différentielle.
Etant donnée une variété riemannienne (M, g) l’opérateur de co-différentiation δ
agit sur les champs différentiables de tenseurs covariants, et donc aussi sur les p-
formes. Si T est un champs différentiables de tenseurs p-fois covariants sur M , avec
p ≥ 1, on définit δT comme état le champs de tenseurs (p − 1)-fois covariant sur M
donné par
δT = −C11 C22 g −1 ⊗ (∇T ) ,
(11.11)
où ∇T est comme à la Définition 10.9 et les Cij sont les opérateurs de contraction
tels que dans la Définition 10.4. Dans une carte, avec les notations usuelles pour
les composantes, on a donc
δT i1···p−1 = −g αβ ∇α T βi1···p−1
pour tous i, . . . , ip−1 dans {1, . . . , n}. En particulier, δT est de classe C k−1 si T est
de classe C k . Pour p = 1, donc si T est une 1-forme, alors δT est une fonction dont
l’expression dans une carte est δT = −g αβ (∇α T )β . Considérons maintenant le cas
des p-formes η avec p ≥ 2. Une p-forme étant aussi un champ de tenseurs p-fois
covariants (une application multilinéaire alternée est une application multilinéaire)
on peut considérer δη. Pour x ∈ M , et dans une carte normale en x,
n
X ∂ηαi1 ...ip1
δη (x)i1 ...ip−1 =− x
α=1
∂xα
pour tous i, . . . , ip−1 dans {1, . . . , n}. Par suite δη(x) est elle aussi alternée et donc,
si η est une p-forme, alors δη est une (p − 1)-forme. En conclusion, si η est une
p-forme de classe C k , p ≥ 1, alors δη est une (p − 1)-forme de classe C k−1 . Les
0-formes sont ici des fonctions, et par convention on pose que δf = 0 si f est une
fonction.
Toujours dans le cadre riemannien on peut définir le laplacien ∆g η des p-formes
deux fois différentiables. On pose
∆g η = (dδ + δd)η , (11.12)
où d est l’opérateur de différentiation extérieure (11.10) et δ est la co-différentielle
(11.11). Le laplacien ∆g η d’une p-forme η est une p-forme (qui a perdu deux degrés
de régularité). Pour les fonctions, ∆g f = δdf et on retrouve la formule (10.4).
Si T est un champ de tenseurs p-fois covariants sur M , on note T ♯ le champ de
tenseurs p-fois contravariants sur M donné par la série de contractions
T ♯ = C11 C23 . . . Cp2p−1 (g −1 ⊗ · · · ⊗ g −1 ⊗ T ) .
210 11. ELÉMENTS DE GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE
j1 ...jp
Dans une carte T ♯ = g i1 j1 . . . g ip jp Ti1 ...ip . On parle souvent d’isomorphisme
musical pour l’opérateur T → T ♯ . Supposons maintenant que M est orientée et
donc que l’on s’est donné une n-forme ωg sur M qui ne s’annule jamais (en tant que
n-forme). Donc ici n est la dimension de M . Si η est une p-forme sur M , l’adjoint
⋆η de η est la (n − p)-forme sur M définie par
1
⋆η = C11 . . . Cpp ωg × η ♯ ,
(11.13)
p!
où ωg et η sont regardées comme des champs de tenseurs. Dans une carte
1
⋆η i ...i = ωα1 ...αp ip+1 ...in η α1 ...αp ,
p+1 n p!
où les ωi1 ...in sont les composantes de ωg dans la carte et où les η i1 ...ip sont les
composantes de η ♯ dans la carte. On en déduit que ⋆η est bien une (n − p)-forme.
Clairement ⋆η est de classe C k si η est de classe C k . Si f est une fonction (donc
une 0-forme), ⋆f = f ωg .
L’espace des p-formes sur M possède un produit scalaire naturel en riemannien.
Si α et β sont deux p-formes sur M on définit le produit scalaire ponctuel (α, β) de
α et β par
1
α, β (x) = C11 . . . Cpp α(x) ⊗ β ♯ (x)
(11.14)
p!
pour tout x ∈ M . Dans une carte normale en x, α, β (x) = α(x)i1 ...ip β(x)i1 ...ip où
les α(x)i1 ...ip sont les composantes de α(x) dans la carte et où les β(x)i1 ...ip sont
les composantes de β ♯ (x) dans la carte.
Lemme 11.1. Soit (M, g) une variété riemannienne orientée de dimension n
et soit ωg la forme volume définissant son orientation. Alors
(i) pour tout p-forme α sur M , ⋆ ⋆ α = (−1)p(n−p) α,
(ii) pour toutes p-formes α et β sur M , α ∧ (⋆β) = (α, β)ωg ,
(iii) pour toute p-forme différentiable α sur M , δα = (−1)k(n,p) (⋆d⋆)α,
où k(n, p) = p + (p − 1)(n − p + 1), d est la différentielle (11.10), δ est la co-
différentielle (11.11), (·, ·) est le produit scalaire ponctuel (11.14), ∧ est le produit
extérieur (11.8) et ⋆ est l’adjoint (11.13). En particulier, ⋆ réalise un isomorphisme
de Ωp M sur Ωn−p M et δ 2 = 0 où δ 2 = δδ.
Le lemme fournit des relations structurelles importantes entre les différents
objets de cette section. Les relations (i)-(iii) se démontrent sans grandes diffi-
cultés. Pour (i) on pourra par exemple fixer x ∈ M , travailler dans une carte en
x dans laquelle ω1...n = 1 puis remarquer que la permutation qui envoie le n-uplet
(ip+1 , . . . , in , i1 , . . . , ip ) sur (i1 , . . . , in ) s’obtient en effectuant p permutations cir-
culaires successives. Le signe d’une permutation circulaire de Pn est (−1)n+1 . On
trouve donc comme signe (−1)(n+1)p et il reste à remarquer (n + 1)p est congru
à p(n − p) modulo 2 puisque le produit p(p + 1) est forcément pair. La bijection
⋆ : Ωp M → Ωn−p Ω est donnée par (i) avec ⋆−1 = ⋆ si p(n − p) est pair et ⋆−1 = −⋆
si p(n − p) est impair. L’identité δ 2 = 0 suit de l’identité d2 = 0 avec (i) et (iii) qui
permettent d’écrire que
δα = (−1)p (⋆−1 d⋆)α
pour toute p-forme différentiable α. Avec cette dernière relation on obtient la
commutation relative ⋆δ = (−1)p d⋆ sur les p-formes. Avec (i) et (iii) on obtient
7. THÉORIE DE DE RHAM 211
aussi que δ⋆ = (−1)p+1 ⋆ d sur les p-formes puisque k(n, n − p) + p(n − p) est congru
à p + 1 modulo 2. On en déduit que le laplacien ∆g défini en (11.12) commute avec
⋆ au sens où pour toute p-forme deux fois différentiable α, ∆g (⋆α) = ⋆(∆g α).
La formule de Stokes dont nous avons brièvement parlé un peu plus haut dans
cette section, dans le cas des variétés compactes orientées (sans bord), donne que
pour toute p-forme α de classe C 1 et toute (p + 1)-forme β de classe C 1 sur M ,
Z Z
(dα, β)ωg = (α, δβ)ωg , (11.15)
M M
7. Théorie de de Rham
La théorie de de Rham développe un calcul différentiel sur les p-formes. Etant
donnée (M, g) une variété riemannienne compacte on dira qu’une p-forme α est
harmonique si ∆g α = 0, fermée si dα = 0 et co-fermée si δα = 0, où d, δ et ∆g ont
été définis en (11.10), (11.11) et (11.12).
Théorème 11.10. Soit (M, g) une variété riemannienne compacte. Une p-
forme de classe C 2 est harmonique si et seulement si elle est tout à la fois fermée
et co-fermée.
Le théorème est une conséquence simple de la formule (11.15) d’intégration par
parties dans le cas orientable et il se déduit par passage au revêtement orientable
à deux feuillets dans le cas non orientable. Si (M, g) est orientée de dimension n
et ωg est la n-forme volume qui donne l’orientation de M , on écrit avec (11.15) et
la définition (11.12) du laplacien sur les formes que pour toute p-forme α de classe
C 2 sur M ,
Z Z Z
∆g α, α ωg = dδα, α ωg + δdα, α ωg
M
ZM ZM
= δα, δα ωg + dα, dα ωg
M M
avec la convention Im(dp−1 ) = {0} si p = 0, de sorte que Ker(∆pg ) est l’espace des
p-formes harmoniques, Im(dp−1 ) est l’espace des p-formes exactes (qui sécrivent
dη̂ pour un η̂ convenable) et Im(δ p+1 ) est l’espace des p-formes co-exactes (qui
sécrivent δ η̂ pour un η̂ convenable). Le théorème de de Rham, aussi parfois appelé
de Hodge-de Rham, s’énonce de la façon suivante. On en trouvera une preuve dans
l’ouvrage de de Rham [Differentiable manifolds, Springer, 1984].
212 11. ELÉMENTS DE GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE
8. L’approche de Bochner
Soit (M, g) une variété riemannienne et T un champ de tenseurs p-fois covari-
ants et q-fois contravariants sur M . On suppose que T est deux fois différentiable
sur M . On peut alors définir le laplacien brut ∆g T comme étant le champ de
tenseur p-fois covariants et q-fois contravariants dont les composantes dans une
carte sont données par
j1 ...jq j1 ...jq
∆g T i1 ...ip = −g αβ ∇2 T αβi1 ...ip (11.18)
où les Γkij sont les symboles de Christoffel dans la carte de la connexion de Levi-
Civita et les ηi1 ...ip sont les composantes de η dans la carte. Lorsque p = 0, donc
lorsque le laplacien brut opère sur les fonctions, on récupère le laplacien de Laplace-
Beltrami (10.4). Par contre, lorsque p = 1, on récupère une formule de Weitzenböck
non triviale reliant les deux laplaciens (11.18) et (11.12). Pour η ∈ Ω1 M on note
Rcg (η) la 1-forme de composantes dans une carte
Rcg (η)i = g αβ Riα ηβ , (11.19)
où les Ri j sont les composantes de la courbure de Ricci dans la carte. En écriture
intrinsèque, qui montre donc l’indépendance de (11.19) par rapport au choix de la
carte, Rcg (η) = C21 C32 g −1 ⊗ Rcg ⊗ η.
Théorème 11.12 (Formule de Weitzenböck pour les 1-formes). Soit (M, g)
une variété riemannienne et α une 1-forme différentiable sur M . Alors ∆g α =
∆g α + Rcg (α), où ∆g et ∆g sont donnés par (11.12) et (11.18) et Rcg (α) est
donné par (11.19).
On démontre brièvement le Théorème 11.12 dans ce qui suit. On fixe x ∈ M
quelconque. Par définition,
∂αj ∂αi i
dα = − dx ⊗ dxj ,
∂xi ∂xj
(11.20)
∂αj
δα = −g ij − Γkij αk ,
∂xi
et si on choisit une carte normale en x alors, avec (11.20), on obtient que
n
X ∂ 2 αm ∂Γkmm
dδα(x)i = − x
− x
αk (x) ,
m=1
∂xi ∂xm ∂xi
n
(11.21)
X ∂ 2 αi ∂ 2 αm
δdα(x)i = − 2 x
−
m=1
∂xm ∂xm ∂xi x
pour tout i ∈ {1, . . . , n}, n la dimension de M , où les Γkij désignent les symboles
de Christoffel de la connexion de Levi-Civita dans la carte. On a encore, toujours
dans une carte normale en x,
n
X ∂ 2 αi ∂Γkmi
∆g α (x)i = − 2 x
− α (x)
x k
(11.22)
m=1
∂x m ∂x m
pour tout i ∈ {1, . . . , n}. On déduit des relations (11.21) et (11.22) que
n
X ∂Γkmm ∂Γkmi
∆g α (x)i − ∆g α (x)i = − αk (x) (11.23)
m=1
∂xi x ∂xm x
pour tout i ∈ {1, . . . , n}. Par ailleurs, et pour tous i, j, k, l, toujours dans une carte
normale en x,
i
∂Γijl ∂Γijk
Rjkl (x) = − (11.24)
∂xk x ∂xl x
i
en vertue de la formule de la Définition 10.8, où les Rjkl sont les composantes de
la courbure de la connexion de Levi-Civita de g dans la carte. Si les Rij sont les
composantes de la courbure de Ricci dans la carte (normale en x), en vertue des
214 11. ELÉMENTS DE GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE
n
X n
X
R(x)kmim α(x)k .
Rcg (α)(x)i = (11.25)
k=1 m=1
pour toute 1-forme harmonique sur M . Puisque les deux termes sont positif, et
puisque Rcg ≥ K0 g, on en déduit que |α|2 = 0. Donc α = 0 si α est une 1-forme
harmonique, et le théorème est démontré.
9. LE THÉORÈME DE GAUSS-BONNET 215
9. Le théorème de Gauss-Bonnet
Soit M une variété de dimension n et soit 0 ≤ p ≤ n un entier. On note Ep M
le sous espace vectoriel de Ωp M constitué des p-formes fermées sur M . On sait que
d2 = 0. Donc Im(dp−1 ), défini en (11.16), est un sous espace vectoriel de Ep M . Le
p
pième groupe de cohomolgie de de Rham, noté HDR M , se définit comme l’espace
vectoriel quotient
p
HDR M = Ep M/Im(dp−1 ) .
On trouvera une preuve du résultat suivant dans l’ouvrage de Karoubi-Leruste
[Algebraic topology via differential geometry, London Mathematical Society, Cam-
bridge University Press, 1987].
Théorème 11.15. Soit M une variété compacte de dimension n. Pour tout
p
entier 0 ≤ p ≤ n, HDR M est de dimension finie.
Considérons maintenant le cas d’une variété riemannienne compacte (M, g) de
dimension n. Soit 0 ≤ p ≤ n un entier et soit η ∈ Ωp M une p-forme sur M .
Le Théorème 11.11 de de Rham donne une décomposition η = α + dβ + δγ, où
α ∈ Ωp M est harmonique, β ∈ Ωp−1 M et γ ∈ Ωp+1 M . Si on suppose maintenant
que η est fermée, et comme d2 = 0, on obtient avec le Théorème 11.10 que dδγ = 0.
Comme δ 2 = 0 d’après le Lemme 11.1, et puisque ∆g = dδ + δd, γ̂ = δγ est
harmonique. Par unicité de la décomposition de de Rham, δγ = 0. Par suite, à
toute p-forme fermée η est associée une unique p-forme harmonique α et une unique
p-forme exacte β̂ = dβ pour lesquelles η = α + β̂. En particulier, on a démontré le
théorème suivant.
Théorème 11.16. Soit (M, g) une variété riemannienne compacte de dimen-
p
sion n. Pour tout entier 0 ≤ p ≤ n, HDR M et Ker(∆pg ), défini en (11.16), sont
isomorphes.
Soient (M, g) compacte de dimension n et 0 ≤ p ≤ n un entier. En vertue
des Théorèmes 11.15 et 11.16, Ker(∆pg ) est de dimension finie. Le pième nombre
de Betti bp (M ) de (M, g) est alors défini comme étant la dimension de l’espace
p
vectoriel Ker(∆pg ) ou, ce qui revient ici au même, de l’espace HDR M:
bp (M ) = dim Ker(∆pg )
p (11.28)
= dim HDR M .
Le pième nombre de Betti de (M, g) ne dépend donc pas de la structure rieman-
nienne de (M, g) mais a priori uniquement de la structure différentielle de M . En
particulier, si M1 et M2 sont difféomorphes, bp (M1 ) = bp (M2 ) pour tout p.
216 11. ELÉMENTS DE GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE
où les bP (M ) sont donnés par (11.28). Les bp (M ) sont des entiers dans N, χ(M ) ∈ Z.
On sait déjà que χ(M ) ne dépend que de la structure différentielle de M . En fait,
tout comme les nombres de Betti d’ailleurs, χ(M ) est un invariant topologique. On
trouvera une preuve de théorème ci-dessous dans l’ouvrage de Bredon [Topology
and Geometry, Springer-Verlag, 1993].
Théorème 11.17. Soient (M1 , g1 ) et (M2 , g2 ) deux variétés riemanniennes
compactes. Si M1 et M2 sont homéomorphes, alors χ(M1 ) = χ(M2 ).
En dimension impaire, la caractéristique d’Euler-Poincaré définie en (11.29)
est toujours nulle. On le voit facilement dans le cas orientable avec le Lemme
11.1 puisque ⋆ réalise alors un isomorphisme de Ωp M sur Ωn−p M . Comme de
plus ⋆ commute avec ∆g , l’adjoint ⋆ réalise en fait un isomorphisme de Ker(∆pg )
sur Ker(∆n−p
g ). Donc, bp (M ) = bn−p (M ). Il suit que, en dimension impaire,
χ(M ) = 0.
En dimension paire la caractéristique d’Euler-Poincaré est par contre un outil
particulièrement puissant de la géométrie riemannienne, la raison principale en
étant le Théorème de Gauss-Bonnet. Sous sa forme actuelle il est essentiellement
dû à Allendoerfer [The Euler number of a Riemannian manifold, American Journal
of Mathematics, 1940], Allendoerfer-Weil [The Gauss-Bonnet theorem for Riemann-
ian polyhedra, Transactions of the American Mathematical Society, 1943], Chern [A
simple intrinsic proof of the Gauss-Bonnet formula for closed Riemannian mani-
folds, Annals of Mathematics, 1944] et Fenchel [On total curvatures of Riemannian
manifolds, Journal of the London Mathematical Society, 1940].
Théorème 11.18 (Théorème de Gauss-Bonnet). La caractéristique d’Euler-
Poincaré d’une variété riemannienne compacte (M, g) de dimension n, avec n
pair, s’exprime comme l’intégrale d’un polynôme universel P en la courbure. Plus
précisemment, Z
1
χ(M ) = n n P dvg ,
2 ( 2 )!(2π)n/2 M
où, dans une carte,
X ε(σ)ε(τ ) Y
P = Rσ(i)σ(i+1)τ (i)τ (i+1) .
|g|
σ,τ ∈Pn i=1,3,...,n−1
Dans cette expression, Pn est le groupe des permutations de {1, . . . , n}, ε(σ) et ε(τ )
sont les signes des permutations σ et τ , |g| est le déterminant de la matrice des
composantes de g dans la carte et les Rijkl sont les composantes de la courbure de
Riemann Rmg dans la carte.
En d’autres termes, l’intégrale de P sur (M, g) est en fait un invariant topologique,
ce qui est remarquable. Dans la pratique on aimerait bien avoir une expression ex-
acte de P dans le Théorème 11.18. Elle existe en dimension 2, 4 et même 6. Le
9. LE THÉORÈME DE GAUSS-BONNET 217
Emmanuel Hebey, Introduction à l’analyse non linéaire sur les variétés, Diderot
Editeur, 1997.
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