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Calcul Différentiel Avancé en Mathématiques

Ce document est un polycopié sur le calcul différentiel avancé, couvrant des concepts allant des fonctions réelles aux applications entre espaces vectoriels normés. Il est structuré en plusieurs chapitres, abordant des sujets tels que les limites, la continuité, les dérivées, et les variétés différentielles. L'objectif est de fournir une compréhension approfondie de la dérivation et de ses applications dans divers contextes mathématiques.

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Calcul Différentiel Avancé en Mathématiques

Ce document est un polycopié sur le calcul différentiel avancé, couvrant des concepts allant des fonctions réelles aux applications entre espaces vectoriels normés. Il est structuré en plusieurs chapitres, abordant des sujets tels que les limites, la continuité, les dérivées, et les variétés différentielles. L'objectif est de fournir une compréhension approfondie de la dérivation et de ses applications dans divers contextes mathématiques.

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CALCUL DIFFÉRENTIEL AVANCÉ

DE LA DROITE RÉELLE
AUX PATATOÏDES

Licence-Master
Emmanuel Hebey

1
2

Le plan du polycopié
en un schéma

Version du polycopié:
04 Mars 2025
Contents

Introduction 7

Chapitre 1. Calcul différentiel en une variable réelle 9


1. Suites réelles 9
2. Limites des fonctions 16
3. Continuité 18
4. Dérivée première 23
5. Le théorème des accroissements finis 26
6. Dérivées d’ordre supérieur 27
7. Formules de Taylor 28
8. Problèmes d’extremums 30

Chapitre 2. Applications f : Rp → Rq 33
1. Continuité 35
2. Le critère polaire de continuité 37
3. Différentiabilité 38
4. Le théorème des accroissements finis 43
5. Applications de classe C 1 44
6. Le théorème d’inversion locale 46
7. Le théorème des fonctions implicites 48
8. Le théorème de Frobenius 49
9. Différentielles d’ordre supérieur 49
10. Formules de Taylor 51
11. Problèmes d’extremums 52

Chapitre 3. Espaces vectoriels normés, de Banach et de Hilbert 55


1. Normes et distances associées 55
2. Topologie dans les espaces vectoriels normés 57
3. Compacité et dimension 60
4. Espaces de Banach et de Hilbert 63
5. Plusieurs normes, plusieurs limites 66
6. Projections et sous espaces supplémentaires 67
7. Applications linéaires continues 69
8. Le théorème de Banach 71
9. Espaces des applications linéaires continues 71
10. Premier théorème de Riesz 72
11. Applications multilinéaires continues 73
12. L’isométrie naturelle de Lc (E, Lc (F, G)) avec Lc (E, F ; G) 76

Chapitre 4. Calcul différentiel dans les Banach 79


3
4 CONTENTS

1. Applications différentiables 79
2. Gateaux-différentiabilité 82
3. Différentiabilité et normes équivalentes 82
4. Différentielles de fonctions composées 83
5. Différentielles d’applications particulières 84
6. Applications à valeurs dans un produit d’espaces de Banach 86
7. Pseudo produits d’applications différentiables 88
8. Dérivées partielles 89
9. Applications de R dans un Banach 90
10. Le théorème des accroissements finis 91
11. Accroissements finis et dérivées partielles 94
12. Le théorème d’inversion locale 96
13. Le théorème des fonctions implicites 98
14. Différentielles secondes et d’ordres supérieures 100
15. Extremums et minimisation sous contraintes 102

Chapitre 5. Fonctions Convexes 105


1. Fonctions convexes d’une variables réelle 105
2. Fonctions convexes de plusieurs variables réelles 110
3. Fonctions convexes d’une variable banachique 114
4. Convexité et sous-différentiabilité 121
5. Fonctions strictement et α-convexes 122
6. Minimiseurs des fonctions convexes 124

Chapitre 6. Petit précis de topologie 127


1. Espaces topologiques 127
2. Continuité - homéomorphismes - topologies particulières 130
3. Espaces séparés - convergence 131
4. Espaces compacts 133
5. Compactifié d’Alexandroff 134
6. Espaces paracompacts - partitions de l’unité 135
7. Espaces connexes - espaces connexes par arcs 136
8. Espaces métriques 138
9. Espaces complets et complétion métrique 140
10. Complétion pour les E.V.N. 142
11. Théorème de Baire 143
12. Théorème du point fixe de Banach 144

Chapitre 7. Variétés différentielles banachiques 147


1. La notion de variété 147
2. La notion de différentiabilité et de différentielle 148

Chapitre 8. Variétés différentielles 151


1. Premières Constructions 151
2. Variétés de classe C k 154
3. Des exemples de variétés différentiables 156
4. Applications différentiables entre variétés 158
5. Un cas intéressant de (non) multiplicité 160
6. Rang, immersions, submersions, plongements. 161
7. Sous variétés 164
CONTENTS 5

8. Le théorème de Whitney 166


9. Existence et unicité des structures lisses 167
Chapitre 9. L’espace tangent 169
1. Première définitions 169
2. Culture: une autre construction de l’espace tangent 172
3. Le fibré tangent 173
4. L’application linéaire tangente 174
5. Champs de vecteurs 176
6. L’espace tangent d’une sous variété 178
Chapitre 10. Calcul tensoriel et connexions linéaires 181
1. Le fibré cotangent 181
2. Eléments de calcul tensoriel 184
3. Le fibré vectoriel des tenseurs 188
4. Connexions linéaires 189
5. Géodésiques, torsion et courbure 191
6. Extension de la dérivation covariante aux champs de tenseurs 192
7. Une connexion pour dériver autant qu’on le veut 193
8. Les identités de Bianchi 195
9. La connexion de Levi-Civita du cas riemannien 195
Chapitre 11. Eléments de géométrie riemannienne 199
1. Les différentes courbures d’une variété riemannienne 199
2. Courbures et topologie 201
3. Cartes normales 203
4. L’intégrale riemannienne 204
5. L’algèbre des formes extérieures 206
6. Formes différentielles extérieures 208
7. Théorie de de Rham 211
8. L’approche de Bochner 212
9. Le théorème de Gauss-Bonnet 215
Biographie - Quelques Ouvrages 219
Introduction

L’idée dans ce polycopié est de produire une histoire continue de la dérivation


des fonctions de R dans R aux applications entre patatoı̈des. L’idée qui, je l’espère,
ressortira de ce polycopié est qu’on raconte finalement toujours la même histoire
construite autour des mêmes grands principes, et qu’il suffit souvent de regarder les
choses un peu autrement, avec un peu de recul, pour découvrir qu’elles s’étendent
facilement aux nouvelles configurations rencontrées.
Du coup, le polycopié prend les choses très à la base, pour les fonctions de
R dans R, pour aboutir à la différentiation sur les variétés en passant par les ap-
plications de plusieurs variables réelles et les applications entre espaces vectoriels
normés, de la première année de Licence donc, à la première année de Master.

Paris, le 16 Novembre 2022

7
CHAPITRE 1

Calcul différentiel en une variable réelle

On s’intéresse dans cette partie aux fonctions de R dans R. Par fonction de R


dans R on entend une fonction définie sur un intervalle I, ou un sous ensemble D
de R, et à valeurs dans R, à savoir qui prend ses valeurs dans R.

1. Suites réelles
Une suite réelle est une famille de réels indéxée par N. On a donc un premier
élément, souvent commençant à 0 ou 1, puis un second, puis un troisième etc. Une
suite réelle est donc une famille (xn ) de réels avec n ∈ N, ou n ∈ N⋆ , ou n ∈ N et
n ≥ 2 etc. La question intéressante pour les suites est leur comportement à l’infini,
donc lorsque n → +∞, puisque lorsqu’on coupe une suite au delà d’un N ∈ N on
ne se retrouve finalement qu’avec un nombre fini de points sans grand intérêt.
Définition 1.1. Soit (xn ) une suite réelle et soit ℓ ∈ R. On dit que (xn ) a
pour limite ℓ lorsque n → +∞ si
∀ε > 0, ∃N ∈ N / ∀n ≥ N, |xn − ℓ| < ε .
On écrit alors lim xn = ℓ ou encore xn → ℓ lorsque n → +∞. Une suite qui
n→+∞
possède une limite finie est dite convergente.
L’unicité de la limite lorsqu’elle existe est donnée par le théorème suivant.
Théorème 1.1. La limite, lorsqu’elle existe, est unique.
Démonstration. Supposons qu’une suite (xn ) ait deux limites ℓ et ℓ′ . Alors
∀ε > 0, ∃N ∈ N / ∀n ≥ N, |xn − ℓ| < ε
∀ε > 0, ∃N ′ ∈ N / ∀n ≥ N ′ , |xn − ℓ′ | < ε
On fixe ε > 0 quelconque. Soit n tel que n ≥ max(N, N ′ ). Alors |xn − ℓ| < ε et
|xn − ℓ′ | < ε. Donc
|ℓ − ℓ′ | = |ℓ − xn + xn − ℓ′ |
≤ |xn − ℓ| + |xn − ℓ′ |
< 2ε .

On a ainsi montré que |ℓ − ℓ | < 2ε. Comme ε > 0 est quelconque, nécessairement
ℓ′ = ℓ. Le théorème est démontré. □
Une suite (xn ) n’a pas forcément de limite, c’est le cas par exemple lorsque
xn = (−1)n pour tout n. Par ailleurs, une suite (xn ) peut avoir une limite infinie.
On dit que (xn ) a pour limite +∞ lorsque n → +∞ si
∀A > 0, ∃N ∈ N / ∀n ≥ N, xn > A .
9
10 1. CALCUL DIFFÉRENTIEL EN UNE VARIABLE RÉELLE

On dit que (xn ) a pour limite −∞ lorsque n → +∞ si


∀A < 0, ∃N ∈ N / ∀n ≥ N, xn < A .
Des opérations sur les limites des suites convergentes sont données par le résultat
suivant. Elles se généralisent aux limites infinies dès lors qu’on ne rencontre pas les
opérations interdites 0 × ±∞, ∞ − ∞ etc.
Lemme 1.1. Soient (xn ) et (yn ) deux suites réelles convergentes et λ ∈ R.
Alors (λxn ), (xn + yn ) et (xn yn ) sont convergentes et
lim (λxn ) = λ lim xn ,
n→+∞ n→+∞
lim (xn + yn ) = lim xn + lim yn ,
n→+∞ n→+∞ n→+∞
lim (xn × yn ) = lim xn × lim yn .
n→+∞ n→+∞ n→+∞

De même, si lim xn ̸= 0, alors


n→+∞

1 1
lim =
n→+∞ xn lim xn
n→+∞

et xn ̸= 0 pour n grand.
Démonstration. On va se limiter à démontrer deux affirmations: d’une part
que xn yn → xy si xn → x et yn → y, et d’autre part qu’il existe n0 ∈ N tel que
xn ̸= 0 pour tout n ≥ n0 si x ̸= 0 et xn → x. Supposons donc que xn → x et
yn → y lorsque n → +∞. On écrit que
|xn yn − xy| = |(xn − x)yn + x(yn − y)|
≤ |xn − x| × |yn | + |x| × |yn − y| .
Par hypothèses,
∀ε > 0, ∃N ∈ N / ∀n ≥ N, |xn − x| < ε
∀ε > 0, ∃N ′ ∈ N / ∀n ≥ N ′ , |yn − y| < ε .
En prenant ε = 1 on obtient qu’il existe N0 = N tel que |yn | ≤ |y| + 1 pour tout
n ≥ N0 . On fixe maintenant ε > 0 quelconque. Soit N1 = max(N0 , N, N ′ ). Alors
|xn yn − xy| ≤ (|y| + 1)ε + |x|ε
≤ (|x| + |y| + 1) ε
pour tout n ≥ N1 . Donc, pour tout ε > 0, il existe N1 tel que pour tout n ≥ N1 ,
|xn yn − xy| < (|x| + |y| + 1) ε, et comme ε > 0 est quelconque, on a en fait montré
que
∀ε > 0, ∃N1 ∈ N / ∀n ≥ N1 , |xn yn − xy| < ε .
D’où la convergence de (xn yn ) vers xy si xn → x et yn → y lorsque n → +∞.
On montre maintenant que si xn → x lorsque n → +∞ et si x ̸= 0, alors il
existe n0 ∈ N tel que xn ̸= 0 pour tout n ≥ n0 . On reprend la phrase de convergence
de (xn ) vers x. On choisit ε = 21 |x|. Il existe alors n0 = N tel que pour tout n ≥ n0 ,
|xn − x| < 21 |x|. Or |xn − x| ≥ |x| − |xn |. Donc |xn | ≥ |x| − 12 |x| = 12 |x| > 0 pour
tout n ≥ n0 . D’où l’affirmation. □
1. SUITES RÉELLES 11

En couplant les propriétés du lemme, si lim xn ̸= 0, alors


n→+∞

yn lim yn
n→+∞
lim = .
n→+∞ xn lim xn
n→+∞

On verra plus loin qu’on a aussi


 
lim f (xn ) = f lim xn
n→+∞ n→+∞

dès que f est continue, ce qui permet, avec le lemme, de “calculer” les limites
d’expressions comme zn = xn yn2 sin(xn + 2yn ) par exemple. Un résultat très utile
est donné par le théorème des gendarmes qui suit.
Théorème 1.2 (Théorème des gendarmes). Soient (xn ), (yn ) et (zn ) trois
suites réelles. On suppose qu’il existe n0 ∈ N tel que xn ≤ yn ≤ zn pour tout
n ≥ n0 . On suppose que (xn ) et (zn ) convergent et on même limite ℓ. Alors (yn )
converge et lim yn = ℓ.
n→+∞

Démonstration. Par hypothèses


∀ε > 0, ∃N ∈ N / ∀n ≥ N, |xn − ℓ| < ε
∀ε > 0, ∃N ′ ∈ N / ∀n ≥ N ′ , |zn − ℓ| < ε .
On fixe ε > 0 quelconque. Soit Ñ = max(N, N ′ ). Alors
xn > ℓ − ε et zn < ℓ + ε
pour n ≥ Ñ . Comme xn ≤ yn ≤ zn pour n ≥ n0 on obtient en posant N̂ =
max(N, N ′ , n0 ) que ℓ − ε < yn < ℓ + ε pour tout n ≥ N̂ . On a ainsi montré que
∀ε > 0, ∃N̂ ∈ N / ∀n ≥ N̂ , |yn − ℓ| < ε
et donc que (yn ) est convergente avec lim yn = ℓ. □
n→+∞

Le théorème sui suit est très important. On dit d’une suite (xn ) qu’elle est
majorée s’il existe M ∈ R tel que xn ≤ M pour tout n, et qu’elle est minorée s’il
existe M ∈ R tel que xn ≥ M pour tout n.
Théorème 1.3. Soit (xn ) une suite réelle. (1) On suppose que (xn ) est crois-
sante à partir d’un certain rang, à savoir qu’il existe n0 ∈ N tel que xn ≤ xn+1
pour tout n ≥ n0 . Alors (xn ) a une limite lorsque n → +∞ qui est soit finie soit
égale à +∞. Cette limite est finie, et la suite (xn ) est convergente, si et seulement
si (xn ) est majorée.
(2) On suppose que (xn ) est décroissante à partir d’un certain rang, à savoir qu’il
existe n0 ∈ N tel que xn ≥ xn+1 pour tout n ≥ n0 . Alors (xn ) a une limite lorsque
n → +∞ qui est soit finie soit égale à −∞. Cette limite est finie, et la suite (xn )
est convergente, si et seulement si (xn ) est minorée.
Démonstration. Il suffit de montrer (1) car on passe de (2) à (1) en con-
sidérant (−xn ) au lieu de (xn ). Soit donc (xn ) une suite croissante à partir d’un
certain rang n0 . Si (xn ) n’est pas majorée alors ∀A > 0, ∃N ≥ n0 tel que xn > A
car sinon il existe A > 0 tel que xn ≤ A pour tout N ≥ n0 et (xn ) est donc majorée
par
M (n0 , A) = max( max |xi |, A) .
i=0,...,n0 −1
12 1. CALCUL DIFFÉRENTIEL EN UNE VARIABLE RÉELLE

Par croissance de la suite à partir du rang n0 on obtient ainsi que


∀A > 0, ∃N / ∀n ≥ N, xn > A ,
ce qui signifie précisément que xn → +∞ lorsque n → +∞. Donc
(xn ) non majorée ⇒ lim xn = +∞ . (1.1)
n→+∞

Supposons maintenant que (xn ) converge vers ℓ ∈ R. Par croissance de (xn ) on


a forcément qu’il existe N tel que xn ≤ ℓ pour tout n ≥ N . Sinon on aurait en
effet que pour tout N , il existe n ≥ N tel que xn > ℓ. Mais alors, par croissance à
partir du rang n0 , en prenant N = n0 , on obtiendrait l’existence de n1 ≥ N avec
xn ≥ xn1 > ℓ pour tout n ≥ n1 . Mais il est alors impossible d’avoir que xn → ℓ
lorsque n → +∞. Donc, effectivement, à partir d’un certain rang N , xn ≤ ℓ. En
particulier, (xn ) est bornée par une constante du type M (N, ℓ) comme ci-dessus.
Donc:
Si (xn ) converge, alors (xn ) est majorée. (1.2)
Réciproquement, supposons que (xn ) est majorée. On considère S = {xn , n ≥ n0 }.
Alors S est majoré, donc a une borne supérieure. On note ℓ = sup S la borne
supérieure de S, donc le plus petit des majorants de S. Alors
(i) ∀n ≥ n0 , xn ≤ ℓ,
(ii) ∀ε > 0, ∃N ≥ n0 / xN > ℓ − ε.
Soit ε > 0 fixé quelconque. Soit N donné par (ii). Par croissance de (xn ), xn > ℓ−ε
pour tout n ≥ N . Et par (i) on obtient que ℓ − ε < xn ≤ ℓ pour tout n ≥ N . Or
ℓ − ε < xn ≤ ℓ implique que |xn − ℓ| < ε. Donc, comme ε > 0 est quelconque, on a
montré que
∀ε > 0, ∃N ∈ N / ∀n ≥ N, |xn − ℓ| < ε .
Il s’ensuit que:
Si (xn ) est majorée, alors (xn ) converge. (1.3)
En combinant (1.1)-(1.3) on voit donc que (xn ) a toujours une limite, qui est soit
finie soit égale à +∞, et que cette limite est finie, et la suite (xn ) convergente, si
et seulement si (xn ) est majorée. D’où le théorème. □
La notion de sous suite d’une suite est très importante. Soit (xn ) une suite
réelle. Une sous suite de (xn ) est une sélection des xn que l’on réordonne en un 1er
élément, un second etc. La définition formelle est donnée par le théorème suivant.
Définition 1.2. Soit (xn ) une suite réelle. Une sous suite de (xn ) est une
suite qui s’écrit (xφ(n) ) où φ : N → N est strictement croissante.
Plus visuellement:
x1 x2 x3 x4 x5 x6 x7 x8 x9 ...
x
 1 x2 x3 x
4 x5 x
 x
6  7 x8 x9 ...
– xφ(1) xφ(2) – xφ(3) – – xφ(4) xφ(5) ...
On montre facilement par récurrence que si φ : N → N est strictement croissante,
alors φ(n) ≥ n pour tout n (puisque dans N, m > n ⇔ m ≥ n + 1).
Théorème 1.4. Toute sous suite d’une suite convergente est convergente et a
même limite.
1. SUITES RÉELLES 13

Démonstration. Soient (xn ) une suite convergente, ℓ sa limite, et φ : N → N


une application strictement croissante de N dans N. Par hypothèse,
∀ε > 0, ∃N ∈ N / ∀n ≥ N, |xn − ℓ| < ε .
Comme φ est strictement croissante, φ(n) ≥ n pour tout n (voir la remarque ci-
dessus). Donc
∀ε > 0, ∃N ∈ N / ∀n ≥ N, |xφ(n) − ℓ| < ε
et ainsi (xφ(n) ) est convergente et lim xφ(n) = ℓ. Le théorème est démontré. □
n→+∞

Le théorème qui suit est extrêmement important. C’est un théorème dit de


“compacité” qui exprime en fait que les intervalles fermés bornés de R sont des
compacts de R.
Théorème 1.5 (Théorème de Bolzano-Weierstrass). Toute suite réelle bornée
possède une sous suite convergente.
Démonstration. Soit (xn ) une suite réelle bornée. Pour n ∈ N on note
yn = sup xp
p≥n

la borne supérieure de l’ensemble des xp pour p ≥ n, donc de Nn = {xp / p ≥ n}.


Comme (xn ) est borné, l’ensemble Nn est borné et il possède donc bien une borne
supérieure. Comme Nn+1 ⊂ Nn , on a que yn+1 ≤ yn . Donc la suite (yn ) est
décroisante. Comme elle est aussi manifestement bornée, et donc minorée, elle est
convergente. Il existe donc ℓ ∈ R tel que
lim yn = ℓ .
n→+∞

Par définition de la borne supérieure:


(i) ∀p ≥ n, xp ≤ yn
(ii) ∀ε > 0, ∃p ≥ n / xp > yn − ε .
La première condition exprime que yn est un majorant de Nn . La seconde qu’il n’y
a pas de majorant de Nn qui soit strictement plus petit que yn . Avec (i) et (ii),
yn est donc le plus petit des majorants de Nn , ce qui est précisément la définition
de la borne supérieure. On construit maintenant, par récurrence, une application
φ : N → N strictement croissante vérifiant pour tout n ≥ 1,
1
|yφ(n) − xφ(n) | < . (1.4)
n
La construction de φ(1) ne pose pas vraiment de problème. Avec n = 1 et ε = 1
on obtient à partir de (i) et (ii) qu’il existe p ≥ 1 tel que y1 − 1 < xp ≤ y1 . On
pose φ(1) = p. Par défintion de yp , xp ≤ yp . Par ailleurs, (yn ) étant décroissante,
y1 ≥ yp . Donc yp −1 < xp ≤ yp et ainsi, on a bien que |yφ(1) −xφ(1) | < 1. Supposons
maintenant φ(1), . . . , φ(k) construits avec donc φ(1) < · · · < φ(k) et (1.4) vérifiée
pour tout n = 1, . . . , k. On pose n = φ(k) + 1 et ε = 1/(k + 1). Avec (i)-(ii) il
existe p ≥ φ(k) + 1 tel que
1
yφ(k)+1 − < xp ≤ yφ(k)+1 .
k+1
14 1. CALCUL DIFFÉRENTIEL EN UNE VARIABLE RÉELLE

On pose φ(k + 1) = p. Alors φ(k + 1) > φ(k) et par définition de yn , on a que


xφ(k+1) ≤ yφ(k+1) . Par ailleurs, comme (yn ) est décroissante, yφ(k+1) ≤ yφ(k)+1 .
Ainsi
1
yφ(k+1) − < xφ(k+1) ≤ yφ(k+1)
k+1
et donc, en particulier, (1.4) est vérifié pour n = k + 1. On a donc bien construit,
φ par récurrence. La suite (yn ) étant convergente, la suite (yφ(n) ) l’est aussi,
puisque toute sous suite d’une suite est convergente. Avec (1.4) et le théorème
1.2 des “gendarmes” on en déduit que (xφ(n) ) est convergente. Le théorème est
démontré. □
Une des conséquences de ce théorème est qu’une suite bornée qui ne converge
pas, ne converge pas “moralement” non pas parce qu’il est impossible de lui trouver
des limites mais parce que, en un certain sens (celui des sous suites), “elle en a trop”.
Une suite bornée qui ne converge pas aura forcément au moins deux sous suites
convergentes de la suite mais avec des limites différentes. Pour le voir supposons
que (xn ) est bornée mais ne converge pas. Comme elle est bornée, elle a une sous
suite convergente. Soit ℓ la limite de cette sous suite. Par hypothèse, (xn ) ne
converge pas vers ℓ. Donc
∃ε > 0 / ∀N ∈ N, ∃n ≥ N avec |xn − ℓ| ≥ ε . (1.5)
A partir de cette formulation on fabrique facilement une sous suite (xφ(n) ) de (xn )
qui vérifie que |xn − ℓ| ≥ ε pour tout n. On pose N = 1 et on pose φ(1) = n donné
par (1.5) avec N = 1. Une fois φ(1), . . . , φ(k) construits, on prend N = φ(k) + 1 et
on pose φ(k + 1) = n donné par (1.5) avec N = φ(k) + 1. On donc bien construit
(xφ(n) ). Cette suite est bornée tout comme (xn ) l’était. Elle possède donc une sous
suite convergente (xφ(ψ(n)) ). Une sous suite d’une sous suite est une sous suite. Si
lim xφ(ψ(n)) = ℓ′
n→+∞

alors ℓ′ ̸= ℓ puisque |xφ(ψ(n)) − ℓ| ≥ ε pour tout n implique que |ℓ′ − ℓ| ≥ ε. Ainsi, si


(xn ) bornée ne converge pas, alors il existe au moins deux sous suites convergentes
de (xn ) qui ont des limites différentes. Un exemple très simple: le cas de la suite des
(−1)n qui a deux sous suites (choix des n pairs et choix des n impairs) convergeant
chacune vers deux limites différentes −1 et +1.
Remarque 1.1. Une autre formulation de ce que l’on vient de dire fait inter-
venir la notion de valeur d’adhérence. On dira que x ∈ R est valeur d’adhérence
d’une suite (xn ) s’il existe une sous suite (xφ(n) ) de (xn ) avec
lim xφ(n) = x .
n→+∞

Soit (xn ) une suite bornée. Si elle converge elle a une unique valeur d’adhérence
puisque toute sous suite d’une suite convergente est convergente et a même limite.
On vient de montrer la réciproque. Donc: une suite bornée (xn ) converge si et
seulement si elle a une unique valeur d’adhérence.
Il manque à cette section la notion de suite de Cauchy, que nous abordons
maintenant. Une suite de Cauchy est une suite qui s’écrase sur elle-même.
Définition 1.3. Soit (xn ) une suite réelle. On dit que (xn ) est de Cauchy si
∀ε > 0, ∃N ∈ N / ∀p, q ≥ N, |xp − xq | < ε .
On écrira aussi que ∀ε > 0, ∃N ∈ N / ∀n ≥ N, ∀p ≥ 0, |xn+p − xn | < ε .
1. SUITES RÉELLES 15

Il est facile de voir qu’une suite convergente est nécessairement une suite de
Cauchy. La réciproque n’est pas toujours vraie, mais elle l’est dans R. C’est l’objet
du théorème qui suit.

Théorème 1.6. Soit (xn ) une suite réelle. Alors (xn ) est convergente si et
seulement si elle est de Cauchy.

Démonstration. Il est tout d’abord facile de vérifier que si (xn ) est conver-
gente, alors elle est de Cauchy. Supposons que

∀ε > 0, ∃N ∈ N / ∀n ≥ N, |xn − ℓ| < ε

pour ℓ ∈ R. En remarquant que

|xp − xq | = |(xp − x) + (x − xq )|
≤ |xp − x| + |xq − x| ,

on obtient que pour tout ε > 0 il existe N tel que pour tous p, q ≥ N , |xp −xq | < 2ε.
Comme ε > 0 est quelconque on a bien montré que

∀ε > 0, ∃N ∈ N / ∀p, q ≥ N, |xp − xq | < ε ,

et donc que (xn ) est une suite de Cauchy. La réciproque se déduit facilement du
théorème de Bolzano-Weierstrass. Si (xn ) est de Cauchy, en prenant ε = 1 et
q = N dans la phrase des suites de Cauchy on obtient que |xp | ≤ |xN | + 1 pour
tout p ≥ N . Donc (xn ) est bornée. Mais si (xn ) est bornée alors, avec le théorème
de Bolzano-Weierstrass, il existe une sous suite (xφ(n) ) de (xn ) qui converge. Soit
ℓ sa limite. Alors

∀ε > 0, ∃N ′ ∈ N / ∀n ≥ N ′ , |xφ(n) − ℓ| < ε .

On a φ(n) ≥ n pour tout n. Soit ε > 0 fixé quelconque. Pour tout n ≥ N ,


|xn − xφ(n) | < ε. On pose N̂ = max(N, N ′ ). Alors

|xn − x| = |(xn − xφ(n) ) + (xφ(n) − x)|


≤ |xn − xφ(n) | + |xφ(n) − x|
< 2ε

pour tout n ≥ N̂ . Comme ε > 0 est quelconque, on a montré que

∀ε > 0, ∃N̂ ∈ N / ∀n ≥ N̂ , |xn − ℓ| < ε

Donc (xn ) est convergente. Le théorème est démontré. □

Ce théorème est très utile et la théorie des séries est d’ailleurs basée sur ce
résultat. Le point fondamental ici est, qu’en dehors d’utiliser la croissance ou la
décroissance, il était jusque là impossible de montrer qu’une suite converge sans
avoir à deviner sa limite pour vérifier ensuite que la phrase de convergence vers
cette limite est vraie. Avec ce théorème on a maintenant un autre outil qui ne
nécessite pas la connaissance de la limite: montrer que la suite est de Cauchy.
16 1. CALCUL DIFFÉRENTIEL EN UNE VARIABLE RÉELLE

2. Limites des fonctions


Par définition la limite des fonctions s’entend “par valeurs différentes”. Si
D ⊂ R on notera D le sous ensemble de R constitué des x ∈ R qui sont limites
d’une suite de points de D. Par exemple, si D =]a, b[ alors D = [a, b]. On a bien
sûr toujours D ⊂ D (si x ∈ D, alors x est limite de la suite constante xn = x pour
tout n, qui est bien une suite de points de D).

Définition 1.4. Soit D ⊂ R un sous ensemble de R et f : D → R une fonction


réelle définie sur D. Soit a ∈ D un point de D et soit ℓ ∈ R un réel. On dit que f
admet ℓ pour limite lorsque x tend vers a si

∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ D, x ̸= a, |x − a| < η ⇒ |f (x) − ℓ| < ε .

On écrit alors lim f (x) = ℓ.


x→a

Il se peut très bien dans cette définition que a soit à une des bornes de D, par
exemple si D = [a, b] avec b > a ou D = [c, a] avec c < a, auquel cas la limite telle
que définie ci-dessus renvoie en fait à la notion de limite à droite ou de limite à
S qu’il n’y ait pas de x ̸= a proche de a qui soit
gauche. Il se pourrait aussi très bien
dans D, par exemple si D = [0, 1] {2} et a = 2. Dans ce cas la définition est vide
et l’on s’abstient de parler de limite en a. Dans la plupart des cas étudiés, D est
un intervalle, ou une union d’intervalles, et cette situation étrange ne se rencontre
pas. A noter: la double condition x ̸= a et |x − a| < η s’écrira aussi 0 < |x − a| < η,
une formulation que l’on trouvera dans plusieurs ouvrages.

Théorème 1.7. La limite, lorsqu’elle existe, est unique.

Démonstration. Supposons qu’une fonction f ait deux limites ℓ et ℓ′ lorsque


x → a. Alors
∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ D, x ̸= a, |x − a| < η ⇒ |f (x) − ℓ| < ε
∀ε > 0, ∃η ′ > 0 / ∀x ∈ D, x ̸= a, |x − a| < η ′ ⇒ |f (x) − ℓ′ | < ε

On fixe ε > 0 quelconque. Soit x ∈ D, x ̸= a, tel que |x − a| < min(η, η ′ ). Alors


|f (x) − ℓ| < ε et |f (x) − ℓ′ | < ε. Donc

|ℓ − ℓ′ | = |ℓ − f (x) + f (x) − ℓ′ |
≤ |f (x) − ℓ| + |f (x) − ℓ′ |
< 2ε .

On a ainsi montré que |ℓ − ℓ′ | < 2ε. Comme ε > 0 est quelconque, nécessairement
ℓ′ = ℓ. Le théorème est démontré. □

Là encore un parle de limites finies, mais on peut très bien définir les limites
infinies, et même les limites lorsque x tend vers −∞ ou alors vers +∞. Cela donne
les phrases suivantes pour les limites infinies en un a ∈ D,
lim f (x) = −∞ si ∀ A < 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ D, x ̸= a, |x − a| < η ⇒ f (x) < A
x→a
lim f (x) = +∞ si ∀ A > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ D, x ̸= a, |x − a| < η ⇒ f (x) > A
x→a
2. LIMITES DES FONCTIONS 17

les phrases suivantes pour les limites en −∞,


lim f (x) = −∞ si ∀ A < 0, ∃B < 0 / ∀x ∈ D, x < B ⇒ f (x) < A
x→−∞
lim f (x) = +∞ si ∀ A > 0, ∃B < 0 / ∀x ∈ D, x < B ⇒ f (x) > A
x→−∞
lim f (x) = ℓ si ∀ε > 0, ∃B < 0 / ∀x ∈ D, x < B ⇒ |f (x) − ℓ| < ε
x→−∞

où ℓ ∈ R, et les phrases suivantes pour les limites en +∞,


lim f (x) = −∞ si ∀ A < 0, ∃B > 0 / ∀x ∈ D, x > B ⇒ f (x) < A
x→+∞
lim f (x) = +∞ si ∀ A > 0, ∃B > 0 / ∀x ∈ D, x > B ⇒ f (x) > A
x→+∞
lim f (x) = ℓ si ∀ε > 0, ∃B > 0 / ∀x ∈ D, x > B ⇒ |f (x) − ℓ| < ε
x→+∞

toujours avec ℓ ∈ R. Soit Da+ l’ensemble des x de D qui sont tels que x ≥ a et Da−
l’ensemble des x de D qui sont tels que x ≤ a. En remplaçant D par Da+ dans les
phrases mathématiques des limites en a on obtient la notion de limite à droite en
a. En remplaçant D par Da− dans les phrases mathématiques des limites en a on
obtient la notion de limite à gauche en a. On écrit souvent
lim f (x) et lim− f (x)
x→a+ x→a
pour les limites à droite et les limites à gauche.
Lemme 1.2 (Limites, limites à droite, limites à gauche). Soit f : D → R
une fonction et a ∈ D un point intérieur à D au sens où il existe η > 0 tel que
]a − η, a + η[⊂ D. Alors f admet une limite ℓ en a si et seulement si elle admet
une limite à gauche en a, une limite à droite en a et ces deux limites à gauche et
à droite sont égales à ℓ.
Démonstration. On se restreint au cas où ℓ ∈ R, mais le lemme reste vrai
pour ℓ = ±∞. Tout d’abord, qui peut le plus peut le moins. Il est donc clair que
si f a une limite ℓ en a alors elle a aussi des limites à gauche et à droite en a qui
valent toutes deux ℓ. Réciproquement, supposons que f a des limites à gauche et
à droite en a qui sont égales. Soit ℓ cette valeur commune. On a donc
∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ Da− , x ̸= a, |x − a| < η ⇒ |f (x) − ℓ| < ε
∀ε > 0, ∃η ′ > 0 / ∀x ∈ Da+ , x ̸= a, |x − a| < η ′ ⇒ |f (x) − ℓ| < ε .
En posant η ′′ = min(η, η ′ ) on obtient que
∀ε > 0, ∃η ′′ > 0 / ∀x ∈ D, x ̸= a, |x − a| < η ′′ ⇒ |f (x) − ℓ| < ε ,
soit donc que f a une limite en a qui vaut ℓ. Le lemme est démontré. □
Théorème 1.8. Soit D ⊂ R un sous ensemble de R et f : D → R une fonction
réelle définie sur D. Soit a ∈ D un point de D. La fonction f admet une limite
lorsque x tend vers a si et seulement si pour toute suite (xn ) de point de D\{a}
qui tend vers a lorsque n → +∞, la suite des f (xn ) a une limite lorsque n → +∞.
Démonstration. La première chose qui surprend dans cet énoncé est qu’on
ne demande pas une valeur commune aux limites des f (xn ). On va tout de suite
régler ce petit problème: si pour toute suite (xn ) de point de D\{a} qui tend vers
a, la suite des f (xn ) a une limite lorsque n → +∞, alors ces suites (f (xn )) ont
toutes la même limite. Considérons en effet deux suites (xn ) et (yn ) de points de
18 1. CALCUL DIFFÉRENTIEL EN UNE VARIABLE RÉELLE

D\{a} qui tendent toutes deux vers a lorsque n → +∞. Soit (zn ) la suite définie
par z2n = xn et z2n+1 = yn . On montre sans grande difficulté que les zn sont dans
D\{a} et surtout que zn → a lorsque n → +∞. Mais donc la suite des f (zn ) a
une limite. Or les suites des f (xn ) et f (yn ) sont des sous suites de cette suite. Ces
trois suites ont donc la même limite. En particulier la limites des f (xn ) est égale à
la limite des f (yn ). On passe maintenant à la preuve du résultat proprement dite.
Par “emboitement” (“rentrer” une relation dans une autre) il est aisé de montrer
que si la fonction f admet une limite lorsque x tend vers a alors pour toute suite
(xn ) de point de D\{a} qui tend vers a lorsque n → +∞, la suite des f (xn ) a une
limite lorsque n → +∞ qui vaut précisément la limite de f lorsque x tends vers
a. Réciproquement on suppose que pour toute suite (xn ) de point de D\{a} qui
tend vers a lorsque n → +∞, la suite des f (xn ) a une limite lorsque n → +∞. La
limite des f (xn ) est toujours la même comme on vient de le voir. Supposons cette
limite réelle pour fixer les idées. Soit ℓ cette limite. On montre que f (x) tend vers
ℓ lorsque x tend vers a. On raisonne par l’absurde et on suppose que f (x) n’a pas
ℓ pour limite (ou même pas de limite du tout) lorsque x → a. Alors:
∃ε0 > 0 / ∀η > 0, ∃x ∈ D\{a} avec |x − a| < η et |f (x) − ℓ| ≥ ε0 .
En posant η = 1/n pour n ∈ N⋆ on fabrique une suite (xn ) de points de D\{a} qui
est telle que |xn − a| < n1 et |f (xn ) − ℓ| ≥ ε0 pour tout n ≥ 1. La première inégalité
donne par théorème des gendarmes que xn → a lorsque n → +∞. On devrait ainsi
avoir que f (xn ) → ℓ lorsque n → +∞, ce qui est rendu impossible par la seconde
inégalité. Une contradiction. Ce qui prouve le théorème. □

3. Continuité
On aborde maintenant la définition de la continuité d’une fonction en un point.
Intuitivement la continuité d’une fonction réelle sur un intervalle signifie que l’on
peut tracer le graphe de cette fonction “sans lever la main”.
Définition 1.5. Soit D ⊂ R un sous ensemble de R et f : D → R une fonction
réelle définie sur D. Soit a ∈ D un point de D. On dit que f est continue au point
a si l’une des trois conditions équivalentes suivantes est vérifiée:
(i) lim f (x) = f (a) ,
x→a

(ii) ∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ D, |x − a| < η ⇒ |f (x) − f (a)| < ε ,


(iii) pour toute suite (xn )n de points de D vérifiant que lim xn = a, on a
n→+∞
forcément que lim f (xn ) = f (a).
n→+∞

On dit que f est continue sur D lorsque f est continue en tout point de D.
La limite dans (i) s’entend pour les x ∈ D, le domaine de définition de la
fonction (il est toujours sous entendu que la fonction est inconnue et non définie
en dehors de son domaine de définition D même si, dans les faits, il peut arriver
qu’on la connaisse en dehors de D, par exemple parce qu’elle provient d’une formule
explicite). Dans le cas où D = [a, b] cette définition inclue les notions de continuité
à droite en a et de continuité à gauche en b.
Preuve de l’équivalence de (i)-(iii) dans la définition. Le point (ii) est
la traduction mathématique exacte du point (i). Par définition (i) et (ii) sont
3. CONTINUITÉ 19

équivalents. Pour l’équivalence de (i) et (iii) on procède comme dans la preuve du


Théorème 1.8. On répète les arguments car ils sont importants.
Montrons maintenant l’équivalence de (i) et (iii). Il est déjà clair que (i) ⇒
(iii). Supposons en effet (i) et soit (xn ) une suite de points de D qui converge vers
a. Alors (xn ) est aussi proche que l’on veut de a pourvu que n soit suffisamment
grand tandis que f (x) est aussi proche que l’on veut de f (a) pourvu que x soit
suffisamment proche de a. On en déduit facilement que f (xn ) est aussi proche que
l’on veut de f (a) pourvu que n soit suffisamment grand. D’où l’affirmation que (i)
implique (iii).
Réciproquement supposons (iii) et montrons (i). Comme (i) et (ii) sont en
fait équivalentes, on peut se “borner” à montrer que (iii) ⇒ (ii). Pour cela on va
raisonner par l’absurde. On suppose donc à la fois (iii) et le contraire de (ii), à
savoir:
∃ε > 0 / ∀η > 0, ∃x ∈ D vérifiant |x − a| < η et |f (x) − f (a)| ≥ ε .
On se donne une suite (εn ) de réels strictement positifs qui tend vers 0 lorsque
n → +∞. Pour tout n on pose η = εn . On obtient alors une suite (xn ) de points
de D qui vérifie
(
0 ≤ |xn − a| < εn ,
|f (xn ) − f (a)| ≥ ε ,
pour tout n ∈ N. La première de ces deux relations entraı̂ne que
lim xn = a .
n→+∞

En ayant supposé (iii) cela implique que


lim f (xn ) = f (a) .
n→+∞

Mais cette dernière affirmation est en désaccord total avec la seconde équation du
système précédent. D’où une contradiction et on a bien que (iii) ⇒ (ii). Les trois
affirmations de la définition sont bien équivalentes. □

Le théorème suivant portera le nom de théorème général sur la continuité.


Théorème 1.9 (Théorème général sur la continuité). Si f et g sont continues
en un point a, alors f + g et f g sont continues en a. Si de plus g(a) ̸= 0 alors
g(x) ̸= 0 pour x proche de a et fg est continue en a. Si par ailleurs f est continue en
a et g est continue en f (a), alors g ◦ f est continue en a. Pour finir, les fonctions
polynômes, cos, sin, tan, exp, ln sont continues là où elles sont définies.
20 1. CALCUL DIFFÉRENTIEL EN UNE VARIABLE RÉELLE

Démonstration. Que f + g et f g soient continues en a si f et g le sont suit


facilement du point (iii) de la Définition 1.5 et du Lemme 1.1. Si g(a) ̸= 0, et
g est continue au point a, il existe forcément η > 0 tel que g(x) ̸= 0 pour tout
x ∈ Dg ∩]a − η, a + η[, où Dg est le domaine de définition de g. Deux approches
pour démontrer cette affirmation sont possible. Par l’absurde, on fabriquerait sinon
une sous suite (xφ(n) ) de (xn ) qui converge vers a et pour laquelle g(xφ(n) ) = 0
pour tout n. Par passage à la limite n → +∞ et continuité de g on devrait alors
avoir g(a) = 0. On peut sinon procéder par voie directe. Par continuité de g en a,
∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ Dg , |x − a| < η ⇒ |g(x) − g(a)| < ε .
Comme g(a) ̸= 0 on peut choisir ε = 12 |g(a)|. On obtient alors un η > 0 tel
que pour tout x ∈ Dg vérifiant que |x − a| < η, |g(x) − g(a)| < 21 |g(a)|. Or
|g(x) − g(a)| ≥ |g(a)| − |g(x)| et donc, pour tout x ∈ Dg vérifiant que |x − a| < η,
|g(x)| ≥ |g(a)|− 12 |g(a)| = 12 |g(a)| > 0. D’où l’affirmation faite un peu plus haut. En
appliquant de nouveau le point (iii) de la Définition 1.5 et le Lemme 1.1, on obtient
la continuité de f /g en a si f et g sont continues en a et g(a) ̸= 0. Pour g ◦ f notons
D le domaine de définition de cette composée. Soit (xn ) une suite de points de D
convergent vers a. Avec le point (iii) de la Définition 1.5, appliqué à f , f (xn ) → f (a)
lorsque n → +∞. En appliquant de nouveau le point (iii) de la Définition 1.5,
g (f (xn )) → g (f (a)) puisque g est continue en f (a). Comme (xn ) est quelconque
dans D convergent vers a, c’est que, toujours en raison du point (iii) de la Définition
1.5, g ◦f est continue en a. Reste à montrer que les fonctions usuelles sont continues
là où elle sont définies. Pour les fonctions polynômes la preuve suite du point (iii)
de la Définition 1.5 et du Lemme 1.1. Pour les autres fonctions il faut à chaque
fois trouver un argument spécifique. On se restreint ici à une discussion rapide du
cas des fonctions sinus et cosinus. Pour la fonctions sinus on pourra montrer (en
comparant aires de triangles et aires de secteurs angulaires dans la représentation
circulaire du sinus) que pour tout x ∈] − π/2, π/2[, | sin(x)| ≤ |x|. De là, p on tire du
point (iii) de la Définition 1.5 que sin est continue en 0. Comme cos = 1 − sin2
au voisinage de 0, la fonction cos est elle aussi continue en 0 en vertu de ce que nous
avons démontré plus haut. Reste pour obtenir la continuité des fonctions sinus et
cosinus en un point a quelconque à utiliser les formules trigonométriques
sin(a + x) = sin(x) cos(a) + sin(a) cos(x)
cos(a + x) = cos(a) cos(x) − sin(a) sin(x)
et à utiliser la continuité en 0 que l’on vient de démontrer, le point (iii) de la
Définition 1.5 et le Lemme 1.1. D’où le théorème. □

Dans ce théorème certains énoncés peuvent présenter des difficultés cachées.


Par exemple il se peut que g ◦ f ne soit au final défini qu’au point a, de sorte que
la question de la continuité de g ◦ f devient très relative. C’est par exemple le cas
si l’on considère la fonction f définie pour x ≥ 0 par f (x) = x| ln(x)| si x > 0 et
f (0) = 0. Pour cette fonction Df = [0, +∞[, où Df est le domaine de définition de
f , et f est continue en 0 d’après notre définition. Si maintenant g est la fonction
définie sur ]−∞, 0] par g(x) = x ln(−x) si x < 0 et g(0) = 0, alors Dg =]−∞, 0], où
Dg est le domaine de définition de g, et g est continue en 0 d’après notre définition.
Si l’on regarde g ◦ f cette fonction n’est définie qu’en 0. Une telle configuration
limite ne se produira pas si g est définie sur au moins un intervalle ouvert contenant
3. CONTINUITÉ 21

f (a). Dans ce cas, par continuité de f en a, il existe η > 0 pour lequel g ◦ f est
définie sur ]a − η, a + η[.

Proposition 1.1. Soient I ⊂ R un intervalle de R, f : I → R une fonction


réelle définie et continue sur I, et a < b deux points de I. On suppose que f change
de signe en a et b et donc que f (a)f (b) < 0. Il existe alors c ∈]a, b[ tel que f (c) = 0.

Démonstration. Supposons que f (a) < 0 et f (b) > 0. Notons

J = {t ∈ [a, b] / ∀t′ ∈ [a, t], f (t′ ) < 0} .

Clairement J est un sous intervalle non vide (a ∈ J) de I. Notons c la borne droite


de J. On a a < c < b puisque

(i) f (a) < 0 et la continuité de f en a entraı̂nent que f < 0 dans un intervalle


du type [a, a + η], et donc [a, a + η] ⊂ J,

(ii) f (b) > 0 et la continuité de f en b entraı̂nent que f > 0 dans un intervalle


du type [b − η, b] pour 0 < η ≪ 1.

Par continuité de f en c:

(iii) si f (c) < 0 alors f < 0 dans un intervalle du type [c, c + η]

(iv) si f (c) > 0 alors f > 0 dans un intervalle du type [c − η, c] .

Dans le premier cas c ne serait pas la borne droite de J car on aurait en fait
[a, c + ε] ⊂ J. Dans le second cas c ne serait toujours pas la borne droite de J car
cette fois-ci on aurait J ⊂ [a, c − ε]. Donc, forcément, f (c) = 0. La proposition est
démontrée. □

Il y a cachée derrière cette preuve une notion topologique importante: la con-


nexité (les intervalles de R sont connexes et les connexes de R sont des intervalles).
Le résultat est trivialement faux si on ne suppose plus queSI est un intervalle (penser
au graphe de la fonction inverse x → x1 sur I =] − ∞, 0[ ]0, +∞[. Le résultat est
par ailleurs intuitif. Dans le tracé du graphe de f , si on part d’un point (a, f (a))
avec f (a) < 0 pour rejoindre un point (b, f (b)) avec f (b) > 0, et s’il est interdit de
lever la main, alors il faudra bien couper l’axe des x à un moment. A noter: rien
n’interdit de le couper plusieurs fois. La preuve ci-dessus fournit en fait la première
abscisse en partant de a où f s’annule. La proposition 1.1 est souvent énoncée sous
la forme suivante, connue sous le nom de théorème des valeurs intermédiaires.

Théorème 1.10 (Théorème des valeurs intermédiaires). Soient a < b deux


réels et f : [a, b] → R une fonction réelle définie et continue sur [a, b]. Alors f
prend toutes les valeurs entre f (a) et f (b).

Démonstration. Supposons f (a) ≤ f (b). Si ce n’est pas le cas, on pourra


changer f en −f pour se ramener à cette situation. Si f (a) = f (b) le théorème
dit juste que f prend la valeur f (a), ce qui est évident. On pourra donc supposer
que f (a) < f (b). Soit d ∈]f (a), f (b)[ et soit g = f − d. Alors g est continue sur
I, g(a) < 0 et g(b) > 0 de sorte que g(a)g(b) < 0. Donc il existe c ∈]a, b[ tel que
g(c) = 0, soit f (c) = d. Le théorème est démontré. □
22 1. CALCUL DIFFÉRENTIEL EN UNE VARIABLE RÉELLE

Le théorème des valeurs intermédiaires s’étend facilement au cas où f :]a, b[→ R
est continue, f a une limite s à droite en a, s ∈ R ∪ {±∞}, et une limite t à gauche
en b, t ∈ R ∪ {±∞}. Alors f prend toutes les valeurs strictement comprises entre
s et t. Pour tout sous intervalle [A, B] strictement compris entre s et t on va
effectivement pouvoir trouver des c, d ∈]a, b[ tels que f (c) ≤ A et f (b) ≥ B et on se
ramène alors au Théorème 1.10.
Le théorème qui suit explore maintenant les relations entre compacité (ici la
compacité des intervalles fermés bornés de R) et continuité.
Théorème 1.11. Soient I = [a, b] un intervalle fermé borné de R et f : I → R
une fonction réelle définie et continue sur I. Alors f est bornée sur I et f admet
un point de maximum et un point de minimum sur I.
Démonstration. Cette fois-ci c’est la notion de compacité qui se cache derrière
ce résultat. Les intervalles fermés bornés de R sont des compacts et donc (en
topologie métrique) des ensembles ayant la propriété que toute suite de points
dans l’ensemble possède une sous suite convergente comme nous l’avons vu avec
le théorème de Bolzano-Weierstrass. Montrons par exemple que f et majorée et
possède un point de maximum dans [a, b]. Notons
M = borne sup {f (x), x ∈ [a, b]}
ce qui se note traditionnellement M = supx∈I f (x). Par définition M est le plus
petit des majorants de l’ensemble {f (x), x ∈ [a, b]} ⊂ R (et possiblement, à ce stade
de la preuve, on pourrait avoir M = +∞). On a alors
(i) ∀x ∈ [a, b], f (x) ≤ M
(ii) ∀ε > 0, ∃x ∈ I avec M − ε ≤ f (x) ≤ M si M < +∞
(iii) ∀R > 0, ∃x ∈ I avec f (x) ≥ R si M = +∞.
Prenons une suite (εn ) de réels strictement positifs qui tend vers 0 lorsque n → +∞.
En prenant ε = εn dans le cas (ii), et R = ε1n dans le cas (iii), et ce pour tout n,
on obtient immédiatement une suite (xn ) de points de I qui vérifie que
lim f (xn ) = M .
n→+∞

Comme I est fermé borné, il existe une sous suite (xφ(n) ) de (xn ) qui est conver-
gente. Notons x sa limite de sorte que lim xφ(n) = x. Toute sous suite d’une
n→+∞
suite convergente étant convergente et de même limite, on a aussi que
lim f (xφ(n) ) = M .
n→+∞
4. DÉRIVÉE PREMIÈRE 23

Comme f est continue (en particulier en x) on peut écrire (voir la Définition 1.5)
que limn→+∞ f (xφ(n) ) = f (x). D’où f (x) = M . En particulier M < +∞ et, avec
(i), le théorème est démontré. □
Un autre résultat est fréquemment associé à la compacité: si I = [a, b] est un
intervalle fermé borné de R et f : I → R est une fonction réelle définie et continue
sur I, alors f est en fait uniformément continue sur I, la continuité uniforme sur I
signifiant que
∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x, y ∈ I, |y − x| < η ⇒ |f (y) − f (x)| < ε .
Cette phrase de continuité uniforme est plus forte que la phrase de continuité en
tout x ∈ I puisque, maintenant, dans la continuité uniforme, le η ne dépend que de
ε et non pas du point x où l’on regarde la continuité (d’où la mention uniforme).
Le η est “uniforme” par rapport à x.
Corollaire 1.1. Soient I = [a, b] un intervalle fermé borné de R et f : I → R
une fonction réelle définie et continue sur I. On suppose que f (a) = f (b). Alors
soit il existe c ∈]a, b[ un point où f atteint son minimum, soit il existe d ∈]a, b[ un
point où f atteint son maximum, soit les deux.
Démonstration. Si f est constante la dernière situation est trivialement sat-
isfaite (tous les points de l’intervalle sont à la fois des points de minimum et de
maximum). Supposons que f n’est pas constante. D’après le Théorème 1.11 il
existe c, d ∈ [a, b] tels que
f (c) = inf f (x) et f (d) = sup f (x) .
x∈I x∈I

On ne peut avoir simultanément c, d ∈ {a, b} puisque f (a) = f (b) et f n’est pas


constante. Donc soit c ∈ {a, b} et alors d ∈]a, b[, soit d ∈ {a, b} et alors c ∈]a, b[,
soit encore c, d ∈]a, b[. D’où le corollaire. □

4. Dérivée première
La dérivée d’une fonction en un point, lorsqu’elle existe, est la limite finie du
taux d’accroissement de la fonction en ce point. Elle s’interprète géométriquement
comme le coefficient directeur de la tangente au graphe de f en ce point.
Définition 1.6. Soient I =]a, b[ un intervalle ouvert de R, c ∈]a, b[ un point
de I, et f : I → R une fonction réelle définie sur I. On dit que f est dérivable au
point c si le quotient
f (x) − f (c)
Q(x) =
x−c
admet une limite lorsque x tend vers c. Lorsque cette limite existe elle et bien sûr
unique, on la note f ′ (c) et on dit que f ′ (c) est la dérivée de f en c. La fonction f
est dite dérivable sur I lorsqu’elle est dérivable en tout point de I.
L’écriture mathématique de la limite de la définition est la suivante:
f (x) − f (c)
∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ I\{c}, |x − c| < η ⇒ − f ′ (c) < ε . (1.6)
x−c
Une fonction dérivable en un point est forcément continue en ce point. C’est l’objet
du théorème suivant. L’idée est que si le taux d’accroissement a une limite, comme
le dénominateur tend vers zéro, focément le numérateur tend lui aussi vers zéro.
Par suite lim f (x) = f (c) et f est donc continue en c.
x→c
24 1. CALCUL DIFFÉRENTIEL EN UNE VARIABLE RÉELLE

Théorème 1.12. Si une fonction est dérivable en un point, alors elle est con-
tinue en ce point.
Démonstration. On utilise (1.6). Soit ε > 0 fixé quelconque. Il existe alors
η > 0 tel que pour tout x ∈ I\{c},
|f (x) − f (c)| < |f ′ (c)| × |x − c| + ε|x − c|
dès que 0 < |x − c| < η. On pose
 
ε
η̂ = min η, , 1 .
|f ′ (c)| + 1
Pour tout x ∈ I\{c} tel que |x − c| < η̂ on a alors que |f (x) − f (c)| < 2ε, et on
peut réintégrer x = c puisque clairement 0 < 2ε. Comme ε > 0 est quelconque, on
a obtenu la phrase de continuité de f en c. Le théorème est démontré. □

Tout comme pour les fonctions continues, il y a un théorème général pour les
fonctions dérivables.
Théorème 1.13 (Théorème général sur la dérivabilité). Si f et g sont dérivables
en un point c, alors f + g et f g sont dérivables en c et
′ ′
(f + g) (c) = f ′ (c) + g ′ (c) , (f g) (c) = f ′ (c)g(c) + f (c)g ′ (c) .
Si de plus g(c) ̸= 0 alors g(x) ̸= 0 pour x proche de c et fg est dérivable en c avec
 ′
f f ′ (c)g(c) − f (c)g ′ (c)
(c) = .
g g(c)2
Si par ailleurs f est dérivable en c et g est dérivable en f (c), alors g ◦f est dérivable
en c avec

(g ◦ f ) (c) = g ′ (f (c)) × f ′ (c) .
Pour finir, les fonctions polynômes, cos, sin, tan, exp, ln sont dérivables là où
elles sont définies et on a que (xn )′ = nxn−1 , cos′ (x) = − sin(x), sin′ (x) = cos(x),
exp′ (x) = exp(x), tan′ (x) = 1 + tan(x)2 , ln′ (x) = x1 .
Démonstration. Pour ne pas trop alourdir la présentation, on se restreint à
ne démontrer ce théorème que dans le cas de f g. On écrit que
f (x)g(x) − f (c)g(c) = (f (x) − f (c)) g(x) + f (c) (g(x) − g(c)) .
Par suite,
f (x)g(x) − f (c)g(c) f (x) − f (c) g(x) − g(c)
= × g(x) + f (c) × .
x−c x−c x−c
4. DÉRIVÉE PREMIÈRE 25

Les taux d’accroissements de f et g en c ont une limite lorsque x → c par valeurs


différentes. De même, par continuité de g en c, puisque dérivable implique continue,
g a une limite lorsque x → c. On en déduit facilement que le taux d’accroissement
de f g en c a une limite lorsque x → c par valeurs différentes, et que cette limite
vaut f ′ (c)g(c) + f (c)g ′ (c). D’où le résultat. □

Définition 1.7. Soit I un intervalle ouvert de R et soit f : I → R une fonction


rélle définie sur I. On dit que f est de classe C 1 sur I si f est dérivable sur I et
si dérivée f ′ : I → R est une fonction continue sur I.

En “mélangeant” les théorèmes généraux sur la continuité et la dérivabilité on


obtient facilement le théorème suivant.

Théorème 1.14 (Théorème général sur la classe C 1 ). Si f et g sont de classe


C sur un intervalle ouvert I, alors f + g et f g sont de classe C 1 sur I. Si de plus
1

g ̸= 0 sur I, alors fg est de classe C 1 sur I. Si par ailleurs f est de classe C 1 sur
I et g est de classe C 1 sur J, avec f (I) ⊂ J, alors g ◦ f est de classe C 1 sur I.
Pour finir, les fonctions polynômes, cos, sin, tan, exp, ln sont de classe C 1 sur les
intervalles ouverts où elles sont définies.

Par extremum local d’une fonction f on entend un maximum local ou un mini-


mum local de f . On dira que f a un maximum local en un point c si f est définie sur
au moins un intervalle ouvert ]c − η, c + η[ contenant c, donc η > 0, et si f (x) ≤ f (c)
pour tout x ∈]c − η, c + η[. On parle de maximum local strict si f (x) < f (c) pour
tout x ∈]c − η, c + η[, x ̸= c. De même, on dira que f a un minimum local en un
point c si f est définie sur au moins un intervalle ouvert ]c − η, c + η[ contenant c,
donc η > 0, et si f (x) ≥ f (c) pour tout x ∈]c − η, c + η[. On parle de minimum
local strict si f (x) > f (c) pour tout x ∈]c − η, c + η[, x ̸= c.

Théorème 1.15. Si une fonction admet un extremum local en un point, et est


dérivable en ce point, alors sa dérivée en ce point est forcément nulle.

On dit encore que les extremums locaux d’une fonction dérivable sont forcément
des (à rechercher parmi les) points critiques de de cette fonction. Par définition les
points critiques d’une fonction dérivable f sont les x pour lesquels f ′ (x) = 0.

Démonstration. Supposons que f a un minimum local en c et que f est


dérivable en c. Alors f (x) − f (c) ≥ 0 pour x proche de c. D’un autre côté,
f (x) − f (c)
f ′ (c) = lim ,
x→c x−c
et le dénominateur x − c change de signe selon que x tende vers c en restant à la
gauche de c, ou que x tende vers c en restant à la droite de c. On a donc pour Q
(selon que l’on fasse tendre x vers c en restant à la gauche de c ou en restant à la
doite de c) des quotients du type
quantité positive ou nulle
Q=
quantités tantôt positives tantôt négatives
et donc f ′ (c) devrait être à la fois négative ou nulle et positive ou nulle. La seule
possibilité est que f ′ (c) = 0. Le théorème est démontré. □
26 1. CALCUL DIFFÉRENTIEL EN UNE VARIABLE RÉELLE

5. Le théorème des accroissements finis


Le théorème des accroissements finis est à la base des analyses de croissance et
décroissance des fonctions. Il est une conséquence simple de ce qui a été dit jusqu’à
maintenant.
Théorème 1.16 (Le théorème des accroissement finis). Soit f : [a, b] → R une
fonction réelle continue sur [a, b] et dérivable sur ]a, b[. Il existe alors c ∈]a, b[ tel
que f (b) − f (a) = (b − a)f ′ (c).
Démonstration. On définit la fonction g : [a, b] → R par
g(x) = (f (b) − f (a)) (x − a) − (b − a) (f (x) − f (a))
Alors g est continue sur [a, b], dérivable sur ]a, b[ et elle vérifie que
g(a) = g(b) = 0 .
D’après le Théorème 1.11, g étant continue puisque f l’est, il existe c1 , c2 ∈ [a, b]
deux points où g admet un minimum (en c1 ) et un maximum (en c2 ). Si c1 , c2 ∈
{a, b} alors g(c1 ) = g(c2 ) = 0 et g est donc la fonction nulle. Le théorème est alors
trivialement vrai avec n’importe quel point c de ]a, b[. Sinon, au moins l’un des deux
points c1 , c2 est dans ]a, b[. On note c ce point. Alors g est extrémale en c et c ∈]a, b[.
Donc, d’après le Théorème 1.15, g ′ (c) = 0. Or g ′ (c) = f (b) − f (a) − (b − a)f ′ (c).
D’où le théorème des accroissements finis. □

Par définition une fonction f définie sur un ensemble Df ⊂ R est dite croissante
(respectivement strictement croissante) sur R si f (x) ≤ f (y) pour tous x ≤ y dans
Df (respectivement f (x) < f (y) pour tous x < y dans Df ). De même, f est dite
décroissante (respectivement strictement croissante) sur R si f (x) ≥ f (y) pour tous
x ≤ y dans Df (respectivement f (x) > f (y) pour tous x < y dans Df ). La notion
de connexité se cache derrière le résultat suivant. Le résultat est trivialement faux
si on ne Sse place plus sur un intervalle, il suffit de penser à la fonction inverse sur
] − ∞, 0[ ]0, +∞[.
Théorème 1.17. Soit I un intervalle d’extrémités a < b, et soit f : I → R
une fonction continue sur I et dérivable sur ]a, b[. Alors f est croissante sur I si
et seulement si f ′ (x) ≥ 0 pour tout x ∈]a, b[ et décroissante sur I si et seulement
si f ′ (x) ≤ 0 pour tout x ∈]a, b[. De plus si f ′ (x) > 0 pour tout x ∈]a, b[, alors
f est strictement croissante sur I et si f ′ (x) < 0 pour tout x ∈]a, b[, alors f est
strictement décroissante sur I.
Démonstration. Traitons le cas de la croissance (on passe de croissante à
décroissante en changeant f en −f ). Supposons que f ′ ≥ 0 (resp. f ′ > 0) sur I.
Soient a < b deux points de I. Avec la formule des accroissements finis il existe
c ∈]a, b[ tel que
f (b) − f (a) = (b − a)f ′ (c)
et si f ′ ≥ 0 (resp. f ′ > 0) sur I alors f ′ (c) ≥ 0 (resp. f ′ (c) > 0) et donc
f (a) ≤ f (b) (resp. f (a) < f (b)). Comme a < b sont quelconques, f est croissante
(resp. strictement croissante). Réciproquement, si f est croissante, comme pour
tout c ∈ I
f (x) − f (c)
f ′ (c) = lim ,
x→c,x̸=c x−c
6. DÉRIVÉES D’ORDRE SUPÉRIEUR 27

on constate que f ′ (c) ≥ 0 pour tout c en remarquant que f (x)−f x−c


(c)
≥ 0 pour tout
x ̸= c (si x > c on a du “positif sur positif” et si x < c on a du “négatif sur négatif”,
donc encore du positif). Le théorème est démontré. □
Les conditions f ′ (x) > 0 (respectivement f ′ (x) < 0) pour tout x ∈]a, b[ dans la
seconde partie du théorème peuvent être généralisées en: f ′ (x) > 0 (respectivement
f ′ (x) < 0) pour tout x ∈]a, b[\S lorsque S ⊂]a, b[ est fini. Pour le voir, et si par
exemple S = {c1 , . . . , cn }, il suffira tout simplement d’appliquer le théorème tel
qu’énoncé ci-dessus sur les intervalles [a, c1 ], [c1 , c2 ],. . . ,[cn−1 , cn ], [cn , b].

6. Dérivées d’ordre supérieur


Dans le cas des fonctions rélles d’une variable réelle les dérivées d’ordre supérieur
se définissent en boucle par la formule de récurrence
 ′
f (n) (a) = f (n−1) (a) ,
à savoir la dérivée nième de f au point a = la dérivée au point a de la dérivée
(n − 1)ième de f . En particulier f ′′ (a) = (f ′ )′ (a) (on note traditionnellement
plutôt f ′′ que f (2) , mais à partir de la dérivée troisième on va plutôt trouver les
notations f (3) , f (4) , etc.)
Définition 1.8. Soient I ⊂ R un intervalle ouvert de R, a ∈ I un point de I
et f : I → R une fonction dérivable sur I. On dit que f est deux fois dérivable au
point a, et on note f ′′ (a) la dérivée seconde de f en a, si la fonction f ′ : I → R
(donnée par l’hypothèse que f est dérivable sur I) est elle-même dérivable en a.

On a alors f ′′ (a) = (f ′ ) (a). On dit que f est deux fois dérivable sur I si f ′ est
dérivable en tout point de I. On récupère alors une fonction f ′′ : I → R à partir
de laquelle on peut définir la notion de dérivée troisième, etc. Une fonction qui est
n-fois dérivable sur I et dont la dérivée d’ordre n est continue sur I est dite de
classe C n .
Dans cette théorie, savoir dériver une fois suffit donc pour savoir dériver autant
de fois que l’on veut. On notera que si f est n fois dérivable sur I, et puisque
dérivable ⇒ continue, les fonctions f , f ′ , f ′′ , f (3) , . . . , f (n−1) sont automatiquement
continues sur I. Par convention f (0) = f .
Théorème 1.18 (Formule de Leibniz). Soient I ⊂ R un intervalle ouvert de
R et f, g : I → R deux fonctions n-fois dérivable en un point a ∈ I. La fonction f g
est alors elle aussi n fois dérivable en a et
n  
(n) X n (k)
fg (a) = f (a)g (n−k) (a) ,
k
k=0

où, par convention, f = f et g = g, et où les nk sont les coefficients binomiaux


(0) (0)


donnés par nk = k!(n−k)!


n!

.

Démonstration. On se borne à démontrer la formule. La preuve que f g est


bien n-fois dérivable en a procède de la même approche par récurrence. Comme
dans la preuve de la formule du binôme, la clef dans la preuve est la formule de
Pascal:      
n n n+1
+ = (1.7)
p p+1 p+1
28 1. CALCUL DIFFÉRENTIEL EN UNE VARIABLE RÉELLE

pour tout n ∈ N⋆ et tout p ∈ J0, n − 1K. On démontre la formule de Leibniz par


récurrence sur n. Si n = 0, la formule de Leibniz est immédiate. On suppose la
formule vraie à l’ordre n. On la démontre à l’ordre n + 1. On peut écrire avec le
Théorème 1.13, et par hypothèse de récurrence, que
(n+1) ′
fg (a) = (f g)n (a)
n  
X n (k) (n−k) ′
= f g (a)
k
k=0
n   n  
X n (k+1) X n (k)
= f (a)g (n−k) (a) + f (a)g (n+1−k) (a)
k k
k=0 k=0
n+1   n  
X n (k) (n+1−k)
X n (k)
= f (a)g (a) + f (a)g (n+1−k) (a)
k−1 k
k=1 k=0
où k est changé en k − 1 dans la première somme de la dernière ligne de la série
d’égalités ci-dessus. Avec (1.7) et ce que l’on vient de montrer on peut maintenant
écrire que
n    
(n+1) X n n  (k)
fg (a) = + f (a)g (n+1−k) (a)
k−1 k
k=1

+ f (n+1) (a)g(a) + f (a)g (n+1) (a)


n  
X n + 1 (k)
= f (a)g (n+1−k) (a)
k
k=1

+ f (n+1) (a)g(a) + f (a)g (n+1) (a)


n+1
X n + 1 
= f (k) (a)g (n+1−k) (a)
k
k=0
ce qui est précisément la formule de Leibniz à l’ordre n + 1. Le théorème est
démontré. □

7. Formules de Taylor
La formule de Taylor-Lagrange est une extension du théorème des accroisse-
ments finis aux dérivées d’ordres supérieurs.
Théorème 1.19 (Formule de Taylor-Lagrange). Soient I ⊂ R un intervalle
ouvert de R et f : I → R une fonction (n + 1)-fois dérivable sur I (donc en
particulier de classe C n sur I), n ∈ N⋆ . Pour tous points a < b de I il existe un
point c ∈]a, b[ pour lequel
(b − a)2 ′′ (b − a)3 (3)
f (b) = f (a) + (b − a)f ′ (a) + f (a) + f (a)
2 3!
(b − a)n (n) (b − a)n+1 (n+1)
+ ··· + f (a) + f (c) ,
n! (n + 1)!
où les f (k) sont les dérivées kièmes de f .
Lorsque n = 0 on retrouve tout simplement le théorème des accroissements
finis.
7. FORMULES DE TAYLOR 29

Démonstration. On procède comme dans le cas du théorème des accroisse-


ments finis avec la construction d’une fonction “astucieuse”. On pose
n
!
(n + 1)! X (b − a)k (k)
C= f (b) − f (a) ,
(b − a)n+1 k!
k=0
0
avec la convention X = 1 quelque soit X. On définit ensuite la fonction g : I → R
par
n
X (b − x)k (k) (b − x)n+1
g(x) = f (x) + C .
k! (n + 1)!
k=0
On a alors
g(a) = g(b) = f (b)
et donc, en vertu du Corollaire 1.1 et du Théorème 1.15, il existe c ∈]a, b[ tel que
g ′ (c) = 0. Or
n n
X (b − x)(k−1) X (b − x)k
g ′ (x) = − f (k) (x) + f (k+1) (x)
(k − 1)! k!
k=1 k=0
(b − x)n
− C
n!
n−1
X (b − x)k n
X (b − x)k (k+1)
=− f (k+1) (x) + f (x)
k! k!
k=0 k=0
(b − x)n
− C
n!
(b − x)n  (n+1) 
= f (x) − C .
n!
Ainsi il existe c ∈]a, b[ tel que f (n+1) (c) = C, et c’est bien la formule de Taylor-
Lagrange qui était à démontrer. □

Une autre formule de Taylor est donnée par le théorème suivant. La formule de
Taylor-Young généralise aux dérivées d’ordres supérieurs la relation première qui
suit de la définition même de la dérivée. A savoir
f (x) = f (c) + (x − c)f ′ (c) + (x − c)ε(x)
où la fonction ε : I → R est telle que lim ε(x) = 0. Cette relation est en effet bien
x→c
équivalente au fait que le taux d’accroissement Q(x) de f en c a pour limite f ′ (c)
lorque x → c.
Théorème 1.20 (Formule de Taylor-Young). Soient I ⊂ R un intervalle ouvert
de R, a ∈ I un point de I et f : I → R une fonction de (n − 1)-fois dérivable sur I
et n fois dérivable en a. Alors pour tout x ∈ I,
(x − a)2 ′′ (x − a)3 (3)
f (x) = f (a) + (x − a)f ′ (a) + f (a) + f (a)
2 3!
(x − a)n (n)
+ ··· + f (a) + (x − a)n ε(x) ,
n!
où la fonction ε : I → R est telle que lim ε(x) = 0.
x→a
30 1. CALCUL DIFFÉRENTIEL EN UNE VARIABLE RÉELLE

Cette formule à l’apparence très savante ne dit rien d’autre que


n
X (x − a)k
f (x) − f (k) (a)
k!
k=0
lim =0,
x→a (x − a)n
l’égalité du théorème définissant de fait la fonction ε comme le quotient dans la
limite ci-dessus. C’est le fait que lim ε(x) = 0 qui “dit” quelque chose.
x→a

Démonstration. On démontre la formule sous l’hypothèse plus forte que f


est de classe C n sur I. Avec la formule de Taylor-Lagrange du Théorème précédent
on voit que
1  (n) 
ε(x) = f (cx ) − f (n) (a) ,
n!
où pour chaque x, a < cx < x ou x < cx < a selon que x est à gauche de a ou pas.
L’hypothèse que f (n) est continue entraı̂ne que lim ε(x) = 0 puisque si x → a alors
x→a
cx → a par l’encadrement même de cx . D’où la formule de Taylor-Young. □
Il existe enfin une formule de Taylor généralisant le théorème fondamental du
calcul différentiel et intégral (pour lequel une primitive de la dérivée d’une fonction
est la fonction elle-même). La formule de Taylor avec reste intégral (dit de Laplace)
est la suivante: soient I ⊂ R un intervalle ouvert de R et f : I → R une fonction
de classe C n+1 sur I. Pour tous points a < b de I,
(b − a)2 ′′ (b − a)3 (3)
f (b) = f (a) + (b − a)f ′ (a) + f (a) + f (a)
2 3!
b
(b − a)n (n) (b − t)n (n+1)
Z
+ ··· + f (a) + f (t)dt ,
n! a n!
où les f (k) sont les dérivées kièmes de f . Lorsque n = 0 on retrouve la relation
Rb
f (b) − f (a) = a f ′ (t)dt du théorème fondamental du calcul différentiel et intégral.

8. Problèmes d’extremums
Un grand “classique” de l’étude des fonctions réelles d’une variable réelle est la
recherche d’extremums locaux. On sait déjà que ceux-ci sont à rechercher parmi les
points critiques de la fonction. C’est le Théorème 1.15. Intuitivement on a envie
de dire qu’en un point de maximum local c de f , la fonction f va être croissante un
peu avant c puis décroissante un peu après, et qu’en un point de minimum local la
fonction f va être décroissante un peu avant ce point puis croissante un peu après.
Autant il est clair que si f et décroissante un peu avant c puis croissante un peu
après c alors elle va avoir un minimum local en c, autant la réciproque, que l’on
trouve pourtant dans plusieurs livres, est loin d’être évidente (même chose bien sûr
avec les maximums locaux) . . . Et pour cause: cette réciproque est fausse.
Proposition 1.2. Soit f : R → R la fonction définie par
1
f (x) = x4 sin2 ( )
x
si x ̸= 0, et f (0) = 0. La fonction f est C 1 sur R, elle admet un minimum en
0, et pourtant sa dérivée change constamment de signe à droite de 0, et cela aussi
proche que l’on soit de 0.
8. PROBLÈMES D’EXTREMUMS 31

Démonstration. On commence par montrer que f est C 1 sur R, la dérivée


en tout point x ̸= 0 étant donnée par la formule
1 1 1
f ′ (x) = 4x3 sin2 ( ) − 2x2 sin( ) cos( ) . (1.8)
x x x
et la dérivée en 0 étant donnée par f ′ (0) = 0. La formule pour x ̸= 0 s’obtient
facilement par calcul à partir des règles de dérivation. En 0 on a
f (x) − f (0) 1
= x3 sin2 ( )
x−0 x
et comme pour tout x, 0 ≤ sin2 ( x1 ) ≤ 1, on en déduit que
f (x) − f (0)
lim =0,
x→0 x−0
ce qui prouve que f est bien dérivable en 0 (la limite existe) et que f ′ (0) = 0. Pour
ce qui est de la continuité de la dérivée elle suit des règles élémentaires lorsque
x ̸= 0. Le seul problème possible est la continuité de f ′ en 0. Les fonctions sinus
et cosinus étant bloquées entre −1 et +1, il suit de (1.8) que
lim f ′ (x) = 0 = f ′ (0) .
x→0

Donc f ′ est continue en 0. Clairement f admet un minimum en 0 puisque f ≥ 0 et


f (0) = 0. On montre pour finir que la dérivée de f change constamment de signe
à droite de 0, et cela aussi proche que l’on soit de 0. Pour se faire, on va montrer
qu’il existe deux suite (xk )k et (yk )k de points dans R+⋆ (donc à droite de 0), qui
tendent toutes deux vers 0 mais qui sont telles que f ′ (xk ) < 0 pour tout k ≫ 1
(ie pour tout k grand) tandis que f ′ (yk ) > 0 pour tout k ≫ 1. Pour démontrer
l’existence de telles suites on reprend la formule (1.8) que l’on réecrit de la façon
suivante:
 
1 1 1
f ′ (x) = 2x2 sin( ) 2x sin( ) − cos( ) . (1.9)
x x x
On définit alors les suites (xk )k et (yk )k par les équations
1 π 1 3π
= + 2kπ et = + 2kπ
xk 4 yk 4
pour k ∈ N. Clairement lim xk = 0 et lim yk = 0 puisque lim 2kπ = +∞.
k→+∞ k→+∞ k→+∞
Pour k ≫ 1, la fonction sinus étant toujours bloquée entre −1 et +1, à la fois
xk sin( x1k ) et yk sin( y1k ) vont être très petits. On a par contre

1 1 1 1
cos( ) = √ et cos( ) = − √
xk 2 yk 2
pour tous k. Enfin, sin( x1k ) > 0 et sin( y1k ) > 0 pour tous k (les cosinus et sinus
de π/4 sont tous deux positifs, le sinus de 3π/4 est positif mais son cosinus est
négatif). En conclusion, comme on le voit sur (1.9),
f ′ (xk ) < 0 et f ′ (yk ) > 0
pour tous k ≫ 1. La proposition est démontrée. □
32 1. CALCUL DIFFÉRENTIEL EN UNE VARIABLE RÉELLE

L’étude classique des problèmes d’extremums consiste maintenant en deux


théorèmes basés sur la formule de Taylor-Young à l’ordre deux.
Théorème 1.21 (Précision). Soient I ⊂ R un intervalle ouvert de R et f :
I → R une fonction dérivable sur I. On suppose que f admet un extremum local
au point c et que f est deux fois dérivable en c. Alors f ′′ (c) ≥ 0 s’il s’agit d’un
minimum et f ′′ (c) ≤ 0 s’il s’agit d’un maximum.
Démonstration. Comme f admet un extremum en c, forcément f ′ (c) = 0.
Avec la formule de Taylor-Young à l’ordre deux on a alors que pour tout x (proche
de c),  
2 1 ′′
f (x) = f (c) + (x − c) f (c) + ε(x) ,
2
où lim ε(x) = 0. Si f admet un minimum local au point c alors f (x) ≥ f (c) pour
x→c
tout x proche de c. Donc
1 ′′
f (c) + ε(x) ≥ 0
2
pour tout x proche de c, et en faisant tendre x → c on récupère que f ′′ (c) ≥ 0.
Même genre de raisonnement bien sûr avec les extremums (on peut aussi changer
f en −f ), et le théorème est démontré. □
Un moyen mnémotechnique pour se souvenir du signe de f ′′ (c) en un extremum
c est de penser à la fonction f (x) = x2 . Elle a un minimum en 0 et sa dérivée seconde
f ′′ (0) = 2 est positive. Donc “minimum ⇒ dérivée 2nde positive” et “maximum
⇒ dérivée 2nde négative”.
Théorème 1.22 (Condition suffisante). Soient I ⊂ R un intervalle ouvert de
R et f : I → R une fonction dérivable sur I. Soit c ∈ I un point critique de f .
On suppose que f est deux fois dérivable en c et que f ′′ (c) > 0 (resp. f ′′ (c) < 0).
Alors f admet un minimum local strict (resp. un maximum local strict) au point c.
Démonstration. Supposons par exemple f ′′ (c) > 0. Comme c est un point
critique de f , on obtient avec la formule de Taylor-Young à l’ordre deux que pour
tout x (proche de c),
 
1 ′′
f (x) = f (c) + (x − c)2 f (c) + ε(x) ,
2
où lim ε(x) = 0. Clairement, puisque lim ε(x) = 0, il existe η > 0 tel que pour
x→c x→c
tout x ∈]c − η, c + η[, |ε(x)| ≤ 41 f ′′ (c). Mais alors, pour tout x ∈]c − η, c + η[,
1 ′′ 1
f (c) + ε(x) ≥ f ′′ (c) > 0 ,
2 4
et donc f (x) > f (c) pour tout x ∈]c − η, c + η[ dès que x ̸= c. D’où le théorème. □
CHAPITRE 2

Applications f : Rp → Rq

On précise quelques éléments de topologie dont nous aurons besoin avant un


retour sur la topologie aux Chapitres 3 et 6. Ici c’est l’espace Rn qui nous intéresse.
C’est un ensemble sur lequel on peut placer une norme (la norme euclidienne,
associée à sa structure d’espace vectoriel) et une distance (la distance euclidienne,
associée à la norme euclidienne). Si x = (x1 , . . . , xn ) est un point de Rn la norme
euclidienne ∥x∥ de x est donnée par
v
u n
uX
∥x∥ = t x2i .
i=1

La distance d associée est donnée par: si x = (x1 , . . . , xn ) et y = (y1 , . . . , yn ) sont


deux points de Rn , alors
v
u n
uX
d(x, y) = ∥y − x∥ = t (yi − xi )2 .
i=1

Normes et distances vérifient les inégalités triangulaires ∥x + y∥ ≤ ∥x∥ + ∥y∥ pour


tous x, y, d’où l’on déduit que ∥y − x∥ ≥ ∥y∥ − ∥x∥ comme avec les valeurs absolues,
et d(x, z) ≤ d(x, y) + d(y, z) pour tous x, y, z. Dès lors qu’on a une distance on a
une topologie associée (des ouverts, des fermés, des compacts etc.). Les ouverts
de Rn sont les Ω ⊂ Rn qui vérifient la propriété suivante: pour tout point de Ω il
existe une boule centrée en ce point qui est entièrement contenue dans Ω. Donc:
∀x ∈ Ω, ∃rx > 0 t.q. Bx (rx ) ⊂ Ω ,
où Bx (rx ) = {y ∈ R / d(x, y) < rx }. Les fermés de Rn sont les complémentaires
n

des ouverts. Donc un sous ensemble F ⊂ Rn est un fermé si et seulement si


Ω = Rn \F est un ouvert. Intuitivement: les ouverts sont les patatoı̈des qui ne
contiennent aucun point de leur frontière et les fermés sont les patatoı̈des qui con-
tiennent tous les points de leur frontière. Un ensemble peut très bien n’être ni
ouvert ni fermé s’il contient une partie des points de sa frontière mais pas tous. Par
convention l’ensemble vide ∅ et Rn sont à la fois ouverts et fermés.
Un sous ensemble K ⊂ Rn S est dit compact si de tout recouvrement (Ωi )I de K
par des ouvertsS(à savoir K ⊂ i∈I Ωi ) on peut extraire un sous recouvrement fini
(à savoir K ⊂ i∈J Ωi , où J ⊂ I est fini). Par ailleurs, une suite (xn ) d’un espace
Rp converge vers un point x, on écrit lim xn = x, si
n→+∞

∀ε > 0, ∃N ∈ N / ∀n ≥ N, ∥xn − x∥ < ε ,


où ∥ · ∥ est la norme euclidienne de Rp , et donc (xn ) converge vers x si xn est
aussi proche que l’on veut de x pourvu que n soit suffisamment grand. En écrivant
33
34 2. APPLICATIONS f : Rp → Rq

xn = (x1n , . . . , xpn ) pour tout n, la suite (xn ) est entièrement représentée par ses p
suites coordonnées (xin ), i = 1, . . . , p. Et bien sûr, si x = (x1 , . . . , xp ) est un point
de Rp alors
lim xn = x si et seulement si ∀i = 1, . . . , p, lim xin = xi .
n→∞ n→+∞

Ce dernier point est intuitif mais découle mathématiquement du double encadrement



max |xi | ≤ ∥x∥ ≤ p max |xi |
i=1,...,p i=1,...,p

pour tout x = (x1 , . . . , xp ) dans Rp qui entraı̂ne que ∥xn −x∥ est petit si et seulement
si tous les |xin − xi | le sont. Le lien entre convergence des suites et compacité est
donné par le théorème suivant. Comme dans le cas des suites réelles, une sous suite
d’une suite (xn ) n’est rien d’autre qu’une suite obtenue à partir des xn par sélection
d’indices puis renumérotation. Une sous suite de (xn ) est donc une suite qui s’écrit
(xφ(n) ) avec φ : N → N strictement croissante.
Théorème 2.1 (Théorème de Bolzano-Weierstrass). Un sous ensemble K ⊂
Rn est compact si et seulement si toute suite de points de K possède une sous suite
convergente dans K.
Dans le cas spécifique de Rn (attention ce n’est plus forcément vrai pour des
espaces plus généraux, voir le Chapitre 3), le théorème suivant a lieu. Par définition
on dit qu’un sous ensemble A ⊂ Rn est borné s’il existe R > 0 tel que A ⊂ B0 (R)
(et donc si aucune partie de A ne s’échappe à l’infini).
Théorème 2.2. Les compacts de Rn sont précisément les fermés bornés de Rn .
Démonstration. Ce théorème est une conséquence directe du Théorème 1.5.
Qu’un compact soit un fermé borné est une propriété générale facile à démontrer
(voir le Chapitre 3). C’est la réciproque qui est plus intéressante. Là il suffit de
procéder par extraction successive de sous suite avec la caractérisation des compacts
du théorème de Bolzano-Weierstrass. Soit K un fermé borné de Rp . Soit (xn ) une
suite de points de K. On note (xin ), i = 1, . . . , p, les suites coordonnées. La suite
(x1n ) est bornée. Le Théorème 1.5 donne l’existence de φ1 : N → N strictement
croissante pour laquelle (x1φ1 (n) ) converge. On considère alors la suite (x2φ1 (n) ). Elle
aussi est bornée. En vertue du Théorème 1.5 il existe donc φ2 : N → N strictement
croissante pour laquelle (x2φ1 (φ2 (n)) ) converge. Soit ψ2 = φ1 ◦ φ2 . Alors ψ2 : N → N
est strictement croissante. En remarquant que (x1ψ2 (n) ) est une sous suite de (x1φ1 (n) )
on obtient que (x1ψ2 (n) ) est convergente. Ainsi, (x1ψ2 (n) ) et (x2ψ2 (n) ) sont toutes
deux convergentes. On considère alors la suite (x3ψ2 (n) ). Elle est bornée et possède
donc une sous suite convergente (x3ψ2 (φ3 (n)) ). On construit ainsi une application
ψ3 = ψ2 ◦ φ3 strictement croissante de N dans N. Les suites (x1ψ3 (n) ) et (x2ψ3 (n) )
convergent en tant que sous suites des suites convergentes (x1ψ2 (n) ) et (x2ψ2 (n) ), et
(x3ψ3 (n) ) converge par construction. On recommence ainsi jusqu’à atteindre p. Ainsi
toute suite de points de K possède une sous suite convergente. Reste à montrer
que la limite est forcément dans K, ce qui suit trivialement de la caractérisation
des fermés par les suites (voir le Chapitre 3). □
Une autre notion importante est la notion de complétude. Une suite (xn ) est
dite de Cauchy si les xn s’écrasent les uns sur les autres comme dans le cas de R.
1. CONTINUITÉ 35

Donc (xn ) est de Cauchy si


∀ε > 0, ∃N ∈ N / ∀n ≥ N, ∀m ≥ 0, ∥xn+m − xn ∥ < ε .
Une suite convergente est toujours une suite de Cauchy par inégalité triangu-
laire. Réciproquement, si (xn ) est de Cauchy elle est forcément bornée. Il suit
du théorème de Bolzano-Weierstrass qu’elle possède une sous suite convergente.
On en déduit, comme dans R qu’elle est alors elle-même convergente. Les suites de
Cauchy dans les espaces Rn sont donc convergentes. On dit que Rn est un espace
complet. La dimension finie joue ici un rôle fondamental. Un tel résultat, comme
nous le verrons plus tard, cesse d’être nécessairement vrai en dimension infinie.
Pour finir avec ces rappels de topologie, un sous ensemble X ⊂ Rn est connexe
si, c’est la définition première de la connexité, il ne peut s’écrire comme réunion
disjointe de deux ouverts non vides. On montre que dans Rn un sous ensemble
ouvert est connexe si et seulement si il est connexe par arcs, et donc si et seulement si
deux points quelconques de Ω peuvent être joints par un chemin continu entièrement
contenu dans Ω. A savoir: un ouvert Ω est connexe par arcs (et donc connexe pour
les ouverts de Rn ) si et seulement si
∀x, y ∈ Ω, ∃γ : [0, 1] → Ω, γ continue, avec γ(0) = x et γ(1) = y
Ici la continuité de γ sur [0, 1] se traduit par le fait que pour tout t0 ∈ [0, 1],
limt→t0 γ(t) = γ(t0 ) où les t qui tendent vers t0 dans cette limite restent dans [0, 1].

1. Continuité
Une remarque simple est la suivante: soit D ⊂ Rp un sous ensemble de Rp et
soit f : D → Rq une application de D dans Rq . En écrivant que f = (f1 , . . . , fq ),
l’application f est entièrement représentée par ses q fonctions coordonnées fi , i =
1, . . . , q. Les fi : D → R sont des fonctions réelles définies sur D. Le graphe d’une
fonction de Rp de R se dessine dans Rp+1 .

Définition 2.1. Soient D ⊂ Rp un sous ensemble de Rp , a ∈ D un point de


D et f : D → Rq une application de D dans Rq . On dit que f est continue au point
a si l’une des quatre propositions équivalentes suivantes est vérifiée:
(i) lim f (x) = f (a) ,
x→a

(ii) ∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ D, ∥x − a∥ < η ⇒ ∥f (x) − f (a)∥ < ε ,


(iii) pour toute suite (xn )n de points de D vérifiant que lim xn = a, on a
n→+∞
forcément que lim f (xn ) = f (a) ,
n→+∞
36 2. APPLICATIONS f : Rp → Rq

(iv) les q fonctions coordonnées fi de f sont toutes continues au point a.


On dit que f est continue sur D lorsque f est continue en tout point de D.
L’équivalence (i) ⇔ (ii) suit du fait que (ii) n’est rien d’autre que la définition
mathématique de (i). L’équivalence (i) ⇔ (iii) se démontre comme dans le cas réel
en remplaçant les valeurs absolues de R par les normes euclidiennes des espaces Rp
et Rq . L’équivalence (i) ⇔ (iv) suit de la remarque précédant la définition.
Théorème 2.3 (Théorème général sur la continuité). Si f et g sont continues
en un point a, alors f + g et f g (dans le cas q = 1) sont continues en a. Si de plus
g(a) ̸= 0 alors g(x) ̸= 0 pour x proche de a et fg (dans le cas q = 1) est continue
en a. Si par ailleurs f est continue en a et g est continue en f (a), alors g ◦ f
est continue en a. Pour finir, les fonctions coordonnées (x1 , . . . , xn ) → xi sont
continues sur Rn pour tout i = 1, . . . , n.
Démonstration. Que f + g et f g (lorsque q = 1) soient continues en a si f
et g le sont suit facilement du point (iii) de la Définition 2.1 et du Lemme 1.1. Si
g(a) ̸= 0, et g est continue au point a, il existe forcément η > 0 tel que g(x) ̸= 0
pour tout x ∈ Dg ∩ Ba (η), où Dg est le domaine de définition de g et Ba (η) est
la boule ouverte de centre a et de rayon η. Deux approches pour démontrer cette
affirmation sont possible. Par l’absurde, on fabriquerait sinon une sous suite (xφ(n) )
de (xn ) qui converge vers a et pour laquelle g(xφ(n) ) = 0 pour tout n. Par passage
à la limite n → +∞ et continuité de g on devrait alors avoir g(a) = 0. On peut
sinon procéder par voie directe. Par continuité de g en a,
∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ Dg , ∥x − a∥ < η ⇒ ∥g(x) − g(a)∥ < ε .
Comme g(a) ̸= 0 on peut choisir ε = 21 ∥g(a)∥. On obtient alors un η > 0 tel
que pour tout x ∈ Dg vérifiant que ∥x − a∥ < η, ∥g(x) − g(a)∥ < 21 ∥g(a)∥. Or
∥g(x)−g(a)∥ ≥ ∥g(a)∥−∥g(x)∥ par inégalité triangulaire et donc, pour tout x ∈ Dg
vérifiant que ∥x − a∥ < η, ∥g(x)∥ ≥ ∥g(a)∥ − 21 ∥g(a)∥ = 21 ∥g(a)∥ > 0. D’où
l’affirmation faite un peu plus haut. En appliquant de nouveau le point (iii) de
la Définition 2.1 et le Lemme 1.1, on obtient la continuité de f /g en a si f et
g sont continues en a et g(a) ̸= 0 (et q = 1 pour pouvoir parler du quotient).
Pour g ◦ f notons D le domaine de définition de cette composée. Soit (xn ) une
suite de points de D convergent vers a. Avec le point (iii) de la Définition 2.1,
appliqué à f , f (xn ) → f (a) lorsque n → +∞. En appliquant de nouveau le point
(iii) de la Définition 2.1, g (f (xn )) → g (f (a)) puisque g est continue en f (a).
Comme (xn ) est quelconque dans D convergent vers a, c’est que, toujours en raison
du point (iii) de la Définition 1.5, g ◦ f est continue en a. Reste à montrer que
les fonctions coordonnées sont continues, ce qui suit très facilement de l’inégalité
|yi − xi | ≤ ∥y − x∥ pour tout i = 1, . . . , n et tous x, y ∈ Rn . D’où le théorème. □

On démontre maintenant le théorème des valeurs intermédiaires pour les fonc-


tion continues à valeurs dans R.
Théorème 2.4 (Théorème des valeurs intermédiaires). Soient D ⊂ Rp un
ouvert connexe de Rp , f : D → R une fonction réelle continue sur D et a, b ∈ D
deux points de D. On suppose que f change de signe en a et b, et donc que
f (a)f (b) < 0. Il existe alors c ∈ D tel que f (c) = 0. On en déduit que f prend
toutes les valeurs comprises entre f (a) et f (b).
2. LE CRITÈRE POLAIRE DE CONTINUITÉ 37

Démonstration. Comme connexité et connexité par arcs coı̈ncident pour les


ouverts des espaces Rp , D est aussi connexe par arcs. Soit γ : [0, 1] → D un
chemin entièrement contenu dans D joignant a à b. On définit g : [0, 1] → R par
g(t) = f (γ(t)). Par composition, g est continue sur [0, 1]. Par hypothèse g change
de signe en 0 et 1. Le Chapitre 1 donne alors l’existence d’un point t0 ∈]0, 1[ tel
que g(t0 ) = 0. En posant c = γ(t0 ) on récupère que f (c) = 0. La proposition
est démontrée. La première partie du théorème est démontrée. Pour la second on
peut supposer que f (a) < f (b). On prend n’importe quel d ∈]f (a), f (b)[. On pose
g = f − d. Alors g est continue sur D et g(a)g(b) < 0 de sorte qu’il existe c ∈ D
avec g(c) = 0, soit f (c) = d. Le théorème est démontré. □
Une autre preuve possible de la première partie procède comme suit: on raisonne
par l’absurde et on suppose que f ne s’annule jamais sur D. On pose
Ω1 = {x ∈ D / f (x) < 0} et Ω2 = {x ∈ D / f (x) > 0} .
Alors Ω1 = f −1 (] − ∞, 0[) et Ω2 = f −1 (]0, +∞[) de sorte que Ω1 et Ω2 sont
deux ouverts de D (l’image réciproque d’un ouvert par une application continue
est un ouvert). Par hypothèse Ω1 ̸= ∅ et Ω2 S ̸= ∅ puisque a ∈ Ω1 et b T
∈ Ω2 (ou
réciproquement). Par hypothèse d’absurde Ω1 Ω2 = D. Clairement Ω1 Ω2 = ∅.
Une contradiction avec la connexité de D. On ré’cupère aussi pour les fonction
continues à valeurs dans R les théorèmes relatifs à la compacité.
Théorème 2.5. Soient K ⊂ Rp un sous ensemble compact de Rp et f : K → R
une fonction continue sur K. Alors f est bornée sur K et elle y atteint ses bornes.
Démonstration. Elle est identique à la preuve du théorème correspondant
du Chapitre 1. On prend une suite (xn ) de points de K telle que f (xn ) → m lorsque
n → +∞, où m = inf K f (ou alors aussi m = supK f ). Par compacité cette suite
possède une sous suite convergente dans K. Si x est la limite de la sous suite, et
par continuité de f , on récupère f (x) = m, ce qui clôt la preuve du théorème. □
On a ici la même remarque qu’au Chapitre 1: un autre résultat fréquemment
associé à la compacité est que toute fonction continue sur un compact y est uni-
formément continue (et il n’est pas besoin ici de supposer que l’arrivée est R).

2. Le critère polaire de continuité


On considère ici les fonctions f : Ω → R où Ω est un ouvert de R2 . Pour
simplifier l’écriture on suppose que 0 ∈ Ω. Il existe alors η > 0 tel que B0 (η) ⊂ Ω,
où B0 (η) est la boule ouverte de centre 0 et de rayon η.
Théorème 2.6 (Critère polaire de continuité). Soit Ω est un ouvert de R2
contenant 0 et soit f : Ω → R. Alors f est continue en 0 si et seulement si il existe
ε : R+⋆ → R+ telle que
|f (r cos(θ), r sin(θ) − f (0, 0)| ≤ ε(r) (2.1)
pour tout r > 0 suffisamment petit et tout θ ∈ [0, 2π], avec lim+ ε(r) = 0.
r→0

Démonstration. Supposons que f est continue en (0, 0). Alors f est bornée
au voisinage de (0, 0). Pour (x, y) ∈ Ω on pose x = r cos(θ) et y = r sin(θ). On
pose ensuite
ε(r) = sup |f (r cos(θ), r sin(θ) − f (0, 0)| .
θ∈[0,2π]
38 2. APPLICATIONS f : Rp → Rq

Cette fonction existe pour r > 0 suffisamment petit. Par ailleurs, il suit de la phrase
de continuité que
∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀0 < r < η, ∀θ ∈ [0, 2π], |ε(r)| < ε .
Donc ε(r) → 0 lorsque r → 0+ et on a bien que (2.1) est vérifiée. Réciproquement
supposons qu’une telle fonction ε existe vérifiant (2.1) pour tout 0 < r < r0 , r0 > 0
petit. Soit ε > 0 fixé quelconque. Comme ε(r) → 0 lorsque r → 0+ il existe
0 < η < r0 tel que |ε(r)| < ε pour tout 0 < r < η. En posant x = r cos(θ) et
y = r sin(θ), on obtient alors par (2.1) que |f (x, y) − f (0, 0)| < ε pour tout (x, y)
tel que ∥(x, y)∥ < η. On retrouve ainsi la phrase de continuité de f en zéro. Le
critère polaire de continuité est démontré. □
On passe facilement de la continuité d’une application f en a à la continuité
d’une application g en 0 en remarquant que f est continue en a équivaut à la
continuité en 0 de l’application x → f (a + x).

3. Différentiabilité
On cherche à définir la notion de “dérivabilité” d’une fonction f : Rp → Rq .
Comme on ne peut plus diviser par des vecteurs on perd la notion même du taux
d’accroissement qui ne fait plus sens:
f (x) − f (a)
n’a pas de sens pour x − a ∈ Rp lorsque p ≥ 2 .
x−a
Soient Ω un ouvert de Rp , a = (a1 , . . . , ap ) un point de Ω, et f : Ω → R une fonction
réelle définie sur Ω. On considère les p fonctions réelles fai , i = 1, . . . , p, définies par
fai (t) = f (a1 , . . . , ai−1 , t, ai+1 , . . . , ap ) .
En d’autres termes,
fa1 (t) = f (t, a2 , . . . , ap ),
fa2 (t) = f (a1 , t, a3 , . . . , ap ),
...,
fap (t) = f (a1 , . . . , ap−1 , t) .
Sachant que Ω est un ouvert de Rp , il existe un ε > 0 pour lequel Ba (ϵ) ⊂ Ω,
où Ba (ε) est la boule ouverte de centre a et de rayon ε. Il s’ensuit que pour tout
i = 1, . . . , p, fai est définie sur au moins l’intervalle ouvert ]ai − ε, ai + ε[.
Définition 2.2. Soient Ω un ouvert de Rp , a = (a1 , . . . , ap ) un point de Ω,
et f : Ω → R une fonction réelle définie sur Ω. On dit que f admet une dérivée
partielle par rapport à xi au point a si la fonction fai est dérivable au point ai . On
∂f
note alors ∂x i
(a) la dérivée de fai en ai , et
∂f
(a) = (fai )′ (ai )
∂xi
s’appelle la dérivée partielle de f par rapport à xi au point a.
L’existence des dérivées partielles en un point ne suffit pas à garantir la différentiabilité
de f en a. A noter: pour les fonctions de plusieurs variables réelles on utilise
différentiable plutôt que dérivable, la dérivabilité étant associée à la limte du taux
d’accroissement pour les fonctions d’une variable réelle. Dire que f : Ω → Rq est
3. DIFFÉRENTIABILITÉ 39

différentiable en a ce sera dire que les dérivées partielles des fj en a existent toutes
et que
f (x) = f (a) + Df (a).(x − a) + o(x − a)
où o(x − a) est une application à valeurs Rq telle que o(x−a)
∥x−a∥ → 0 lorsque x → a, et
où Df (a) ∈ L(Rp , Rq ) est l’application linéaire définie comme ci-après.
Définition 2.3. Soient Ω un ouvert de Rp , a = (a1 , . . . , ap ) un point de Ω,
et f : Ω → Rq , f = (f1 , . . . , fq ), une application définie sur Ω. On dit que f est
différentiable au point a si
∂fj
(i) Pour tout i = 1, . . . , p et tout j = 1, . . . , q les ∂xi (a) existent ,
(ii) ∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ Ω\{a},
∥x − a∥ < η ⇒ ∥f (x) − f (a) − Df (a).(x − a)∥ < ε∥x − a∥ ,
où Df (a) ∈ L(Rp , Rq ) est l’application linéaire de Rp dans Rq qui est donnée par
p
X ∂fj
Df (a)j .(X) = (a)Xi
i=1
∂xi

pour tout X ∈ Rp , X = (X1 , . . . , Xp ), et tout j = 1, . . . , q. On dit que Df (a)


est la différentielle de f en a. L’application est dite différentiable sur Ω si elle est
différentiable en tout point de Ω.
On peut très bien avoir (i) sans pour autant avoir (ii). Par exemple la fonction
f : R2 → R définie par
(
f (x, y) = x2xy
+y 2 si (x, y) ̸= (0, 0)
f (0, 0) = 0 ,
a toutes ses dérivées partielles en (0, 0) mais elle n’est pas différentiable en (0, 0).
En effet, comme f (x, 0) = 0 et f (0, y) = 0 pour tout x et tout y, les dérivées
partielles ∂f ∂f
∂x (0, 0) et ∂y (0, 0) existent et valent 0. Donc (i) est vérifiée par f en
a = (0, 0). Par contre (ii) équivaut à
∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀(x, y) ∈ R2 \{a}, ∥(x, y)∥ < η ⇒ ∥f (x, y)∥ < ε∥(x, y)∥ .
En écrivant (x, y) = (r cos θ, r sin θ) on devrait donc avoir que
1
f (r cos θ, r sin θ) → 0
r
uniformément par rapport à θ lorsque r → 0. Or f (r cos π4 , r sin π4 ) = 1
2 pour tout
r > 0, ce qui interdit cette limite à zéro.
Définition 2.4. La matrice de représentation de Df (a) dans les bases canon-
iques de Rp et Rq est la matrice
 ∂f ∂f1

∂x1 (a) . . .
1
∂xp (a)
 . .. 
 ..
Jf (a) =  . 

∂fq ∂fq
∂x1 (a) . . . ∂xp (a)

Elle est appelée matrice jacobienne de f en a. Son déterminant (lorsque p = q) est


appelé jacobien de f en a.
40 2. APPLICATIONS f : Rp → Rq

Pour mémoire la matrice de représentation d’une application linéaire dans deux


bases (une au départ et une à l’arrivée) est la matrice dont les colonnes sont con-
stituées des coordonnées dans la base d’arrivée de l’image par l’application linéaire
des vecteurs de la base de départ. Elle code les équations de l’application linéaire
dans ces bases. Si p = q = 1 on a Df (a).(x) = f ′ (a) × x et (f ′ (a)) se regarde
comme la matrice jacobienne de f en a.
Proposition 2.1. Soient Ω un ouvert de Rp , a = (a1 , . . . , ap ) un point de
Ω, et f : Ω → Rq , f = (f1 , . . . , fq ), une application définie sur Ω. Alors f est
différentiable en a si et seulement si les fj sont différentiables en a pour tout j =
1, . . . , q.
Démonstration. L’équivalence des points (i) ne présente pas de difficulté.
Pour ce qui est de l’équivalence des points (ii) on remarque que la jème coordonnée
de Y = f (x) − f (a) − Df (a).(x − a) vaut
p
X ∂fj
Yj = fj (x) − fj (a) − (a)(xi − ai )
i=1
∂xi
et on sait que

max |Yj | ≤ ∥Y ∥ ≤ q max |Yj | .
j=1,...,q j=1,...,q

Par suite (ii) pour f : Ω → Rq est bien équivalent à


∀j = 1, . . . , q, ∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ Ω\{a}, ∥x − a∥ < η
p
X ∂fj
⇒ fj (x) − fj (a) − (a)(xi − ai ) < ε∥x − a∥ .
i=1
∂xi
D’où la proposition. □

Dans la preuve précédente on voit que Df (a)j = Dfj (a) pour tout j = 1, . . . , q
(reconstruction de la différentielle). On revient maintenant brièvement sur la for-
mule
Df (a).(x) = f ′ (a)x
pour les f : R → R. Le point ici est que, pour ces fonctions,
f (x) − f (a) − Df (a).(x − a) = o(|x − a|)
⇔ f (x) − f (a) − f ′ (a)(x − a) = o(x − a)
f (x) − f (a) − f ′ (a)(x − a)
⇔ = o(1)
x−a
f (x) − f (a)
⇔ − f ′ (a) = o(1)
x−a
f (x) − f (a)
⇔ lim = f ′ (a) .
x→a x−a
Il y a bien équivalence, pour les fonctions de R dans R, entre différentiabilité et
dérivabilité et le lien entre différentielle (application linéaire de R dans R) et dérivée
(un réel) est donné par Df (a).(x) = f ′ (a)x pour tout x ∈ R.
Théorème 2.7. Une application différentiable en un point est continue en ce
point.
3. DIFFÉRENTIABILITÉ 41

Démonstration. Soit a le point en question. Il existe C > 0 tel que


∥f (x) − f (a) − Df (a).(x − a)∥ ≥ ∥f (x) − f (a)∥ − ∥Df (a).(x − a)∥
≥ ∥f (x) − f (a)∥ − C∥x − a∥
pour tout x ∈ Rp . Par suite il est clair que (ii) entraı̂ne que
∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ Ω, ∥x − a∥ < η
⇒ ∥f (x) − f (a)∥ < ε .
Dans la preuve on récupère formellement une domination par (ε+C)η, et en choisis-
sant η suffisamment petit pour que (1 + C)η < ε, puisqu’on peut toujours diminuer
η dans le point (ii), on obtient la formule ci-dessus pour les 0 < ε < 1, puis donc
pour tous les ε > 0. On a ainsi prouvé la continuité de f en a. D’où le théorème. □

Pour les fonctions f : Rn → R la différentiabilité en un point a donne lieu à


la notion d’hyperplan tangent (un hyperplan est un sous espace de “dimension”
1 de moins que l’espace entier). Le graphe de f va se situer dans Rn+1 . Si on
note (x1 , . . . , xn , xn+1 ) les coordonnées de Rn+1 l’hyperplant tangent en (a, f (a))
au graphe de f a pour équation
xn+1 = f (a) + Df (a)(x − a) ,
où x = (x1 , . . . , xn ). C’est une équation qui s’écrit
n
X
xn+1 = f (a) + ci (xi − ai ) ,
i=1
∂f
où a = (a1 , . . . , an ) et ci = ∂xi (a) pour tout i = 1, . . . , n.

Comme pour les fonctions d’une variable réelle on a un théorème général sur
la différentiabilité.
Théorème 2.8 (Théorème général sur la différentiabilité). Si f et g sont
différentiables en un point a, alors f +g et f g (dans le cas q = 1) sont différentiables
en a et, en tant qu’applications linéaires, D(f + g)(a) = Df (a) + Dg(a) et
D(f g)(a) = g(a)Df (a) + f (a)Dg(a) .
Si de plus g(a) ̸= 0 alors g(x) ̸= 0 pour x proche de a et fg (dans le cas q = 1) est
aussi différentiable en a avec
 
f 1
D (a) = (g(a)Df (a) − f (a)Dg(a)) .
g g(a)2
42 2. APPLICATIONS f : Rp → Rq

Si par ailleurs f est différentiable en a et g est différentiable en f (a), alors g ◦ f


est différentiable en a avec
D(g ◦ f )(a) = Dg (f (a)) ◦ Df (a) .
En particulier, les matrices jacobiennes se multiplient. Pour finir, si f ∈ L(Rp , Rq )
est linéaire (ce qui est le cas par exemple des fonctions coordonnées avec q = 1)
alors f est différentiable en tout point a de Rp et Df (a) = f pour tout a ∈ Rp .
Démonstration. Il y a beaucoup de choses à démontrer dans ce théorème.
Pour ne pas trop alourdir la rédaction on va se limiter à traiter de f g (avec donc
q = 1) et du cas des applications linéaires f ∈ L(Rp , Rq ). En ce qui concerne les
dérivées partielles il suit du théorème général de différentiabilité pour les fonctions
d’une variables réelle que les dérivées partielles de f g en a existent toutes avec
∂(f g)j ∂fj ∂gj
(a) = g(a) (a) + f (a) (a)
∂xi ∂xi ∂xi
pour tous i = 1, . . . , p et tous j = 1, . . . , q. On écrit ensuite, comme dans le cas des
fonctions d’une variable réelle, que
f (x)g(x) − f (a)g(a) = (f (x) − f (a)) g(x) + (g(x) − g(a)) f (a) .
Comme g est différentiable en a elle est continue en a, et donc g(x) − g(a) = o(1) et
g(x) = O(1) au sens où g(x)−g(a) tend vers 0 lorsque x → a (la signification de o(1))
et où g est bornée au voisinage de a (la signification de O(1)). On a aussi, puisque
Df (a) est linéaire en dimension finie, que Df (a).(X) = O(X) au sens où il existe
C ≥ 0, la norme de l’application linéaire Df (a), telle que ∥Df (a).(X)∥ ≤ C∥X∥
pour tout X. Par différentiabilité de f et g en a on a donc
f (x) − f (a) − Df (a).(x − a) = o(x − a) ,
g(x) − g(a) − Dg(a).(x − a) = o(x − a)
Par suite,
f (x)g(x) − f (a)g(a) − g(a)Df (a).(x − a) − f (a)Dg(a).(x − a)
= (f (x) − f (a) − Df (a).(x − a)) g(x)
+ (g(x) − g(a)) Df (a).(x − a)
+ (g(x) − g(a) − Dg(a).(x − a)) f (a)
et en passant aux normes on obtient que
∥f (x)g(x) − f (a)g(a) − g(a)Df (a).(x − a) − f (a)Dg(a).(x − a)∥
= ∥O(1)∥ × ∥o(x − a)∥ + ∥o(1)∥ × ∥O(x − a)∥ + ∥o(x − a)∥ × ∥f (a)∥
= o(x − a)

où, pour la dernière ligne, o(x−a)


∥x−a∥ → 0 dans R lorsque x → a. D’où la différentiabilité
de f g en a et la formule correspondante. Considérons maintenant f ∈ L(Rp , Rq )
une application linéaire. Il existe alors des réels aij , i = 1, . . . , p, j = 1, . . . , q tels
que
p
X
fj (x) = aij xi
i=1
4. LE THÉORÈME DES ACCROISSEMENTS FINIS 43

pour tout x ∈ Rp , x = (x1 , . . . , xp ), et tout j = 1, . . . , q. Par suite les dérivées


∂f
partielles de f existent en tout point a de Rp et l’on a que ∂xji (a) = aij pour tous
i = 1, . . . , p et j = 1, . . . , q. Dès lors
p
X ∂fj
Df (a)j .(X) = (a)Xi
i=1
∂xi
Xp
= aij Xi
i=1
= fj (X)
pour tout X ∈ Rp , X = (X1 , . . . , Xp ), et tout j = 1, . . . , q. D’ où l’égalité Df (a) =
f . Le théorème est démontré. □

On retrouve facilement la formule Df (a) = f pour tout a (lorsque f est linéaire)


en remarquant que pour f linéaire, f (x) − f (a) − f (x − a) = 0 pour tout x et tout
a, et donc, a fortiori, est un o(x − a).

4. Le théorème des accroissements finis


Le théorème des accroissements finis en égalité, sous la forme du Chapitre
1, cesse d’être vrai en général dans le cas vectoriel. Considérons par exemple
l’application f : R → R2 définie par f (x) = (x2 , x3 ). Soient aussi a = −1 et
b = +1. Clairement f est différentiable sur R et sa différentielle est donnée par
Df (c).h = h(2c, 3c2 )
pour tout h ∈ R. Notons f1 et f2 les fonctions de R dans R définies par f1 (x) = x2
et f2 (x) = x3 . L’égalité f (b) − f (a) = Df (c).(b − a) pour un c ∈] − 1, +1[, si elle
était vraie, entraı̂nerait que
f1 (+1) − f1 (−1) = 4c et f2 (+1) − f2 (−1) = 6c2 .
Comme f1 (−1) = f1 (+1), la première de ses deux équations donne c = 0. La
seconde est alors impossible puisque f2 (+1) − f2 (−1) = 2. D’où l’affirmation. Il
faut en fait corriger l’énoncé du théorème (par exemple) sous la forme suivante
(nous reviendrons plus en détail sur les accroissements finis lorsque nous traiterons
du cas des espaces de Banach). On rappelle qu’un sous ensemble A d’un espace
euclidien est convexe si pour tous x, y ∈ A le segment [x, y] est entièrement contenu
dans A. La convexité entraı̂ne de façon évidente la connexité par arcs, donc aussi
la connexité.
Théorème 2.9. Soient Ω un ouvert convexe de Rp et f : Ω → Rq une ap-
plication différentiable sur Ω. On suppose qu’il existe C > 0 tel que pour tout
∂f
i = 1, . . . , p, tout j = 1, . . . , q et tout x ∈ Ω, ∂xji (x) ≤ C (donc que les dérivées
partielles de f sont toutes bornées dans Ω). Alors il existe C ′ > 0 telle que pour
tous x, y ∈ Ω,
∥f (y) − f (x)∥ ≤ C ′ ∥y − x∥ , (2.2)
′ √ ′
et on peut prendre C = Cp q. En fait, le meilleur C possible dans cette inégalité
est C ′ = sup ∥Df (x)∥ et donc le sup sur les x ∈ Ω des normes des applications
x∈Ω
linéaires Df (x).
44 2. APPLICATIONS f : Rp → Rq

Démonstration. On se borne à montrer l’existence d’une constante C ′ > 0


pour laquelle (2.2) a lieu. Nous verrons dans le chapitre sur la différentiabilité pour
les applications entre espaces de Banach que cette constante est en fait le sup sur
les x ∈ Ω des normes des applications linéaires Df (x). On note fi , i = 1, . . . , q,
les composantes de f . Soient x, y ∈ Ω. Le segment [x, y] est constitué des points
ty + (1 − t)x avec t ∈ [0, 1]. On note gi : [0, 1] → R les fonctions données par
gi (t) = fi (ty+(1−t)x) pour t ∈ [0, 1] et i = 1, . . . , q. Le théorème des accroissements
finis pour les fonctions d’une variable réelle donne que pour tout i = 1, . . . , q il existe
ci ∈]0, 1[ tel que gi (1)−gi (0) = gi′ (ci ). Pour tout i = 1, . . . , q, gi′ (c) = Dfi (zc ).(y−x)
et donc
p

X ∂fi
gi (c) = (zc )(yj − xj ) ,
j=1
∂xj

où zc = cy + (1 − c)x. On obtient donc


p
X ∂fi
|fi (y) − fi (x)| = | (zci )(yj − xj )|
j=1
∂xj
p
X
≤C |yj − xj |
j=1
≤ Cp∥y − x∥
pour tout i = 1, . . . , p. Sachant que

∥f (y) − f (x)∥ ≤ q max |fi (y) − fi (x)| ,
i=1,...,q

on obtient que ∥f (y) − f (x)∥ ≤ Cp q∥y − x∥ ce qui prouve l’existence d’une

constante C > 0 pour laquelle (2.2) a lieu. D’où le théorème. □

5. Applications de classe C 1
Les “ennuis” avec la théorie Rp → Rq commencent quand on veut définir la no-
tion d’application C 1 ou encore la notion de dérivée d’ordre supérieur. Le problème
est que, contrairement à la théorie R → R, Df n’est plus de même nature que f
puisque si f est différentiable sur Ω alors que
Df : Ω → L(Rp , Rq ) .
Pour contourner cette difficulté on“ triche” un peu en “sortant des définitions du
chapeau”. La théorie de différentiablité entre espaces de Banach rattrapera ce
problème.
Définition 2.5. Soient Ω un ouvert de Rp et f : Ω → Rq , f = (f1 , . . . , fq ),
une application définie sur Ω. On dit que f est de classe C 1 sur Ω si pour tout
∂f
i = 1, . . . , p et tout j = 1, . . . , q les ∂xji existent en tout point de Ω et, en tant que
∂fj
fonctions ∂xi : Ω → R, sont continues sur Ω.
Cette définition élégante pose d’entrée un problème: il faut démontrer que “C 1
⇒ différentiable”, cette affirmation n’allant pas de soit à ce stade.
Démonstration de C 1 ⇒ différentiable. Pour simplifier on suppose que
p = 2 et q = 1. Soit (a, b) un point de R2 et soit (h, k) suffisamment proche de
(0, 0) pour que pour tous t1 , t2 ∈ [0, 1], (a + t1 h, b + t2 k) ∈ Ω. Avec la formule des
5. APPLICATIONS DE CLASSE C 1 45

accroissements finis pour les fonctions réelles définies sur R, vue au Chapitre 1, on
obtient qu’il existe θ1 ∈]0, 1[ et θ2 ∈]0, 1[ tels que
f (a + h, b + k) − f (a, b)
= (f (a + h, b + k) − f (a, b + k)) + (f (a, b + k) − f (a, b))
∂f ∂f
=h (a + θ1 h, b + k) + k (a, b + θ2 k)
∂x ∂y
On en déduit que
∂f ∂f
f (a + h, b + k) − f (a, b) − (a, b)h − (a, b)k
∂x ∂y
∂f ∂f
≤ (a + θ1 h, b + k) − (a, b) × |h|
∂x ∂x
∂f ∂f
+ (a, b + θ2 k) − (a, b) × |k| .
∂y ∂y
Or les fonctions ∂f ∂f
∂x et ∂y sont par hypothèse continues sur Ω. Pour tout ϵ > 0 il
existe ainsi η > 0 tel que si ∥(h, k)∥ < η, alors
∂f ∂f ϵ
(a + θ1 h, b + k) − (a, b) < ,
∂x ∂x 2
∂f ∂f ϵ
(a, b + θ2 k) − (a, b) < .
∂y ∂y 2
Comme par ailleurs |h| ≤ ∥(h, k)∥ et |k| ≤ ∥(h, k)∥, on obtient que
∀ϵ > 0, ∃η > 0 / 0 < ∥(h, k)∥ < η ⇒
∂f ∂f
f (a + h, b + k) − f (a, b) − (a, b)h − (a, b)k < ϵ∥(h, k)∥ .
∂x ∂y
Il s’ensuit que f est différentiable au point (a, b). □
Le théorème général sur la classe C 1 qui suit est une conséquence directe des
théorèmes généraux sur la continuité et la dérivabilité.
Théorème 2.10 (Théorème général sur la classe C 1 ). Si f et g sont de classe
C 1 sur un ouvert Ω alors f +g et f g (dans le cas q = 1) sont de classe C 1 sur Ω. Si
de plus g(x) ̸= 0 pour tout x ∈ Ω, fg (dans le cas q = 1) est de classe C 1 sur Ω. Si
par ailleurs f est de classe C 1 sur un ouvert Ω et g est de classe C 1 sur un ouvert
Ω′ avec f (Ω) ⊂ Ω′ , alors g ◦ f est de classe C 1 sur Ω. Pour finir, les fonctions
coordonnées (x1 , . . . , xn ) → xi sont de classe C 1 sur Rn pour tout i = 1, . . . , n.
Démonstration. Le Théorème 2.8 donne que
∂(f + g)j ∂fj ∂gj
= + ,
∂xi ∂xi ∂xi
∂(f g) ∂g ∂f
=f +g ,
∂xi ∂xi ∂xi
∂( fg ) g ∂f − f ∂g
= ∂xi 2 ∂xi ,
∂xi g
∂(g ◦ f )k X ∂gk ∂fj
= ( ◦ f)
∂xi j
∂xj ∂xi
46 2. APPLICATIONS f : Rp → Rq

et il reste ensuite à appliquer le Théorème 2.3 pour avoir le résultat. Pour ce qui
∂x
est des fonctions coordonnées on a que ∂xji (x) = δij pour tout x, et ces fonctions
sont donc bien de classe C 1 sur Rn . D’où le théorème. □
Les fonctions coordonnées étant de classe C 1 toute application linéaire de
L(R , Rq ) est de classe C 1 puisque chaque composante de f est une combinaison
p

linéaire des fonctions coordonnées de Rp .

6. Le théorème d’inversion locale


On traite du théorème d’inversion locale dans cette section. Une clef pour
construire la bijection dans la preuve du théorème d’inversion locale est un théorème
de point fixe. Ce théorème qui appartient au domaine de la topologie est démontré
au Chapitre ??, Théorème 6.17. Les applications qui vérifient (2.3) avec C < 1 sont
dites C-contractantes (sinon on parle aussi d’application lipschitzienne de constante
C lorsque C n’est pas nécessairement strictement plus petite que 1).
Théorème 2.11 (Théorème du point fixe). Soient r > 0, B0′ (r) la boule fermée
de centre 0 et de rayon r > 0 dans Rn et f : B0′ (r) → B0′ (r) une application. On
suppose qu’il existe 0 ≤ C < 1 tel que pour tous x, y ∈ B0′ (r),
∥f (y) − f (x)∥ ≤ C∥y − x∥ . (2.3)
Il existe alors un unique x ∈ B0′ (r) qui soit un point fixe de f , à savoir qui satisfasse
que f (x) = x.
On aborde maintenant la notion de difféomorphisme.
Définition 2.6. Soient U un ouvert de Rp , V un ouvert de Rq , et f : U → Rq
une application définie sur U . On dit que f est un difféomorphisme de classe C 1
de U sur V si
(i) f est de classe C 1 sur U ,
(ii) f réalise une bijection de U sur V ,
(iii) f −1 , l’inverse de f , est de classe C 1 sur V .
On cherche ici des conditions simples sur f pour que f soit un difféomorphisme
de classe C 1 de U sur V . On note IdRn l’application identité de Rn . C’est une
application linéaire. De la formule de composition pour la différentielle et des
formules f −1 ◦ f = IdRp et f ◦ f −1 = IdRq on tire par différenciation de ces formules
que pour tout a ∈ U ,
(
Df −1 (f (a)) ◦ Df (a) = IdRp ,
Df (a) ◦ Df −1 (f (a)) = IdRq .
Par suite si f est un C 1 -difféomorphisme de U sur V alors Df (a) est un isomor-
phisme de Rp sur Rq , d’inverse Df −1 (f (a)):
Df −1 (f (a)) = Df (a)−1 .
En particulier, comme un isomorphisme présèrve les dimensions (l’image d’une base
par un isomorphisme est encore une base), s’il existe un C 1 -difféomorphisme de U
sur V alors nécessairement p = q. Le théorème qui répond à la question que nous
avons posée plus haut est le théorème d’inversion locale. Si U est un ouvert de Rn ,
si a ∈ U et si f : U → Rn est une application définie sur U et différentiable en
6. LE THÉORÈME D’INVERSION LOCALE 47

a, on rappelle que le jacobien Jf (a) de f en a est le déterminant de la matrice


jacobienne de f en a. Or (c’est de l’algèbre linéaire) Df (a) est un isomorphisme
de Rn si et seulement si le jacobien de f en a est non nul. Donc:
Df (a) ∈ Isom(Rn ) ⇔ Jf (a) ̸= 0 ,
où Isom(Rn ) est l’ensemble des isomorphismes de Rn . Le théorème d’inversion
locale s’énonce de la façon suivante.
Théorème 2.12 (Le théorème d’inversion locale). Soient U un ouvert de Rn ,
a un point de U , et f : U → Rn une application de classe C 1 sur U . On suppose
que Jf (a) ̸= 0. Il existe alors η > 0 tel que

(i) Ba (η) ⊂ U et f Ba (η) est un ouvert de Rn

(ii) f est un difféomorphisme de classe C 1 de Ba (η) sur f Ba (η) ,
où Ba (η) est la boule ouverte de centre a et de rayon η dans Rn . Si maintenant f
est injective sur U , et si en tout point x de U , Jf (x) ̸= 0, alors f (U ) est un ouvert
de Rn et f est un difféomorphisme de classe C 1 de U sur f (U ).
Ce théorème généralise ce que l’on savait déjà pour les fonctions Si I est un
intervalle de R, si a ∈ I, et si f : I → R est une fonction de classe C 1 telle
que f ′ (a) ̸= 0 alors soit f ′ (a) > 0 soit f ′ (a) < 0. Par suite, par continuité de
f ′ , pour η petit, et pour tout x dans ]a − η, a + η[, f ′ (x) > 0 (ou f ′ (x) < 0). En
particulier, f est strictement croissante sur ]a − η, a + η[ ou strictement décroissante
sur ]a − η, a + η[, et f réalise ainsi une bijection, et même un difféomorphisme
 de
classe C 1 , de ]a − η, a + η[ sur l’intervalle ouvert f ]a − η, a + η[ . On notera
(en anticipant un peu sur la notion d’application de classe C k ) que la classe de
différentiablilité s’adapte au théorème d’inversion locale. Si f est en fait de classe
C k , avec k ≥ 1, alors on récupère un C k -difféomorphisme.
Démonstration. Soient U un ouvert de Rn , a un point de U , et f : U → Rn
une application de classe C 1 sur U telle que Jf (a) ̸= 0. On note Φ = Df (a) et
g = Φ−1 ◦ f . Comme Φ est un isomorphisme de Rn , démontrer le théorème sur f
ou sur g revient au même (les linéaires sont de classe C 1 ). On a ici
Dg(a) = DΦ (f a(a)) ◦ Df (a)
= IdRn ,
où IdRn est l’application linéaire identité de Rn . Sans perdre en généralité, quitte
à changer g en x → g(a + x) − g(a), on pourra supposer que a = 0 et que g(a) = 0.
On considère maintenant l’application φ donnée par
φ(x) = x − g(x) .
∂φj
On a alors Dφ(0) = 0, soit ∂xi (0)
= 0 pour tous i, j. Par continuité des dérivées
partielles (classe C ) on obtient qu’il existe r > 0 tel que B0′ (r) ⊂ U et
1

∂φj 1
| (x)| ≤ √
∂xi 2n n
pour tout x ∈ B0′ (r). Avec le théorème des accroissements finis on obtient alors
que pour tous x, y ∈ B0′ (r),
1
∥φ(y) − φ(x)∥ ≤ ∥y − x∥ .
2
48 2. APPLICATIONS f : Rp → Rq

Comme φ(0) = 0 on a en particulier que φ (B0′ (r)) ⊂ B0′ (r/2). Soit y ∈ B0′ (r/2)
fixé quelconque. On note φy l’application donnée par φy (x) = y + φ(x). On a
R r
∥φy (x)∥ ≤ ∥y∥ + ∥φ(x)∥ ≤ + =r
2 2
′ ′ ′
pour tout x ∈ B0 (r), et donc φy (B0 (r)) ⊂ B0 (r). On a aussi par accroissements
finis que
∥φy (x′ ) − φy (x)∥ = ∥φ(x′ ) − φ(x)∥
1
≤ ∥y − x∥
2
pour tous x, y ∈ B0′ (r) et φy est donc C-contractante avec C = 21 < 1. On peut
ainsi appliquer le théorème du point fixe et on obtient qu’il existe un unique point
fixe x pour φy , soit un unique point x ∈ B0′ (r) tel que g(x) = y puisque φy (x) = x
équivaut à g(x) = y. L’application g : g −1 (B0′ (r/2)) → B0′ (r/2) est donc bijective.
Le reste de la preuve consiste à montrer que g −1 est de classe C 1 sur un voisinage
B0 (η) de 0, ce que nous admettrons ici, et qui suffit à conclure pour la première
partie du théorème. La seconde partie du théorème tel qu’énoncé est une version
globale du théorème. Elle se déduit facilement de la partie locale en remarquant
que si f est injective sur U alors f réalise une bijection de U sur f (U ). La partie
locale impose ensuite que f (U ) est ouvert et que f −1 est C 1 sur f(U ). □

7. Le théorème des fonctions implicites


Soient U un ouvert de Rn+p , et f : U → Rp une application de classe C 1 définie
sur U . On écrit Rn+p sous la forme Rn+p = Rn × Rp , et on écrit les points de Rn+p
sous la forme (x, y) avec x ∈ Rn et y ∈ Rp . Etant donné (a, b) un point de U , on
note fa l’application de Rp dans Rp définie par
fa (y) = f (a, y) .
On vérifie facilement que le domaine de définition de fa est un ouvert de Rp . De
même, on note fb l’application de Rn dans Rp définie par
fb (x) = f (x, b) .
Là encore, on vérifie facilement que le domaine de définition de fb est un ouvert de
Rn . Puisque f est de classe C 1 sur U , il est clair que fa et fb sont aussi de classe C 1
sur leurs domaines de définition respectifs. On note alors ∂f ∂y (a, b) la différentielle
∂f
de fa au point b, et ∂x (a, b) la différentielle de fb au point a. On a donc
(
∂f
∂y (a, b) = Dfa (b) ,
∂f
∂x (a, b) = Dfb (a)

et ∂f ∂f p
∂y (a, b) et ∂x (a, b) sont respectivement des applications linéaires de R dans R
p
n p
et de R dans R . Le théorème des fonctions implicites, objet de ce paragraphe,
s’énonce de la façon suivante. Nous reviendrons plus en détail sur ce théorème (et
sur sa preuve) lorsque nous traiterons du cas des espaces de Banach.
Théorème 2.13 (Théorème des fonctions implicites). Soient U un ouvert de
Rn+p , (a, b) un point de U , et f : U → Rp une fonction de classe C 1 sur U . On
suppose que ∂f p
∂y (a, b) ∈ Isom(R ). Il existe alors un ouvert V de R
n+p
contenant le
9. DIFFÉRENTIELLES D’ORDRE SUPÉRIEUR 49

point (a, b) et contenu dans U , il existe un ouvert W de Rn contenant le point a,


et il existe une fonction g : W → Rp de classe C 1 sur W tels que
(i) ∀(x, y) ∈ V , si f (x, y) = f (a, b) alors x ∈ W et y = g(x)
 
(ii) ∀x ∈ W , x, g(x) ∈ V et f x, g(x) = f (a, b) .
En particulier, g(a) = b. L’application g est de plus unique (au moins au voisinage
de a).
Là encore la classe de différentiablilité s’adapte au théorème. Si f est en fait
de classe C k , avec k ≥ 1, alors g est aussi de classe C k .

8. Le théorème de Frobenius
Le théorème de Frobenius est un de ces grands théorèmes de la catégorie des
théorèmes des Sections 6 et 7. Dans sa forme fonctionnelle il donne une condition
nécessaire et suffisante d’intégrabilité locale d’un système d’équations aux dérivées
partielles du premier ordre du type“système de Pfaff”. On le donne ici sans preuve,
et tel qu’énoncé par exemple dans Spivak [Differential Geometry, Tome 1, Chapitre
6]. Le théorème de Frobenius reçoit plusieurs autres formulations équivalentes et
plus géométriques (voir là encore le Spivak). C’est un de ces théorèmes dont il est
important de préciser la version à laquelle on fait référence, l’équivalence de ses
différentes versions ne sautant pas nécessairement aux yeux. On anticipe là encore
sur la notion d’application de classe C k , k ≥ 2.
Théorème 2.14 (Théorème de Frobenius - formulation fonctionnelle). Soit U
un voisinage ouvert de 0 dans Rn , V un ouvert de Rm et fi : U × V → Rm des
applications de classe C k , 1 ≤ k ≤ +∞. Pour tout y0 ∈ V il existe au plus une
fonction α : W → V de classe C k et définie sur un voisinage ouvert W de 0 dans
Rn satisfaisant que α(0) = y0 et que
∂α
(x) = fi (x, α(x)) (2.4)
∂xi
pour tout x ∈ W et tous i = 1, . . . , n. De plus, on pourra trouver un voisinage
ouvert W de 0 dans Rn et une fonction α : W → V de classe C k vérifiant que
α(0) = y0 et (2.4) si et seulement si
m m
∂fjℓ X ∂fjℓ α ∂fiℓ X ∂fiℓ α
+ f = + f
∂xi α=1 ∂xα i ∂xj α=1 ∂xα j
en tout point d’un voisinage ouvert de (0, y0 ) dans U × V , pour tous i, j = 1, . . . , n
et tout ℓ = 1, . . . , m.
La preuve du Théorème de Frobenius fait appel au Lemme de Poincaré (les
formes fermées sont localement exactes) et au théorème des fonctions implicites.

9. Différentielles d’ordre supérieur


On est là encore confronté à une difficulté similaire à celle rencontrée pour
parler de classe C 1 : l’application différentielle Df n’est pas de même nature que
f et on ne peut se borner à dire que f est deux fois différentiable si Df est une
fois différentiable puisque l’on ne sait pas (encore) définir la différentiabilité d’une
application à valeur L(Rp , Rq ), sauf à assimiler de façon artificielle L(Rp , Rq ) à
50 2. APPLICATIONS f : Rp → Rq

Rpq . Pour simplifier la présentation et éviter l’abondance d’indices on va ici sup-


poser que q = 1 (on se restreint donc à parler des fonctions). Mais bien sûr on
retiendra que pour f = (f1 , . . . , fq ), la différentiabilité de f , le caractère C 1 de f ,
la différentiabilité seconde de f , le caractère C 2 de f , etc. équivalent à ce que pour
tout j = 1, . . . , q les fj sont différentiables, de classe C 1 , deux fois différentiables,
de classe C 2 , etc. On passe ainsi “facilement de la théorie Rp → R à la théorie
R p → Rq .
Définition 2.7. Soient Ω un ouvert de Rn , a un point de Ω, et f : Ω → R une
fonction réelle définie sur Ω. On suppose que pour tout i = 1, . . . , n, et tout x ∈ Ω,
∂f
∂xi (x) existe. Si elle existe, on appelle dérivée partielle seconde de f par rapport
∂2f
à xi et xj au point a, et on note ∂xi ∂xj (a), la dérivée partielle par rapport à xi au
∂f
point a de la fonction ∂xj . Pour tous i, j = 1, . . . , n, et tout a ∈ Ω, on a donc
 
∂f
2
∂ f ∂ ∂xj
(a) = (a) .
∂xi ∂xj ∂xi
∂2f ∂2f
Lorsque i = j, on note ∂x2i
(a) au lieu de ∂xi ∂xi (a).

La définition de la différentiabilité seconde suit.


Définition 2.8. Soient Ω un ouvert de Rn , a un point de Ω, et f : Ω → R
une fonction différentiable sur Ω. On dit que f est deux fois différentiable au point
a si les dérivées partielles premières de f sont différentiables au point a, autrement
∂f
dit si pour tout i = 1, . . . , n, les fonctions ∂x i
: Ω → R sont différentiables au point
a. Si f est deux fois différentiable au point a, la différentielle seconde D2 f (a) de
f au point a est alors (par définition) la forme bilinéaire sur Rn définie en tous
h = (h1 , . . . , hn ), k = (k1 , . . . , kn ) ∈ Rn par
n
X ∂2f
D2 f (a).(h, k) = (a)hi kj
i,j=1
∂xi ∂xj
2
où les ∂x∂i ∂x
f
j
(a) sont les dérivées partielles secondes de f au point a. Par extension,
on dit que f est deux fois différentiable sur Ω si f est deux fois différentiable en
tout point de Ω.
Pour ce qui est de la définition de la classe C 2 on adopte la définition suivante.
Définition 2.9. On dit que f est de classe C 2 sur Ω si les dérivées partielles
premières de f sont de classe C 1 sur Ω, autrement dit si pour tout i = 1, . . . , n, les
∂f
fonctions ∂x i
: Ω → R sont de classe C 1 sur Ω.
En vertu de ce qui a été dit sur la classe C 1 , une fonction de classe C 2 est
bien deux fois différentiable. Comme toujours, si f et g sont deux fois différentiable
(resp. de classe C 2 ) alors f + g, f g et fg si g ̸= 0 sont aussi deux fois différentiables
(resp. de classe C 2 ). De même, si Ω ⊂ Rn1 et Ω′ ⊂ Rn2 sont deux ouverts de Rn1
et Rn2 , f : Ω → Rn2 est une application deux fois différentiable (resp. de classe C 2 )
sur Ω, g : Ω′ → Rn3 est une application deux fois différentiable (resp. de classe C 2 )
sur Ω′ et Im(f ) ⊂ Ω′ , alors g ◦ f est deux fois différentiable (resp. de classe C 2 )
sur Ω. Pour finir, les applications linéaires de L(Rp , Rq ) (et donc aussi les fonctions
coordonnées) sont de classe C 2 .
10. FORMULES DE TAYLOR 51

A priori, étant donnée f une fonction réelle différentiable sur un ouvert Ω de


Rn et deux fois différentiable en un point a de Ω, f possède n2 dérivées partielles
secondes. En fait, pour des raisons de symétrie, il n’y en a que n(n + 1)/2. C’est
l’objet du théorème de Schwarz. On renvoie au chapitre sur la différentiabilité dans
les espaces de Banach pour sa preuve.
Théorème 2.15 (Théorème de Schwarz). Soient Ω un ouvert de Rn , a un
point de Ω, et f : Ω → R une fonction différentiable sur Ω. Si f est deux fois
différentiable au point a, alors pour tous i, j = 1, . . . , n,
∂2f ∂2f
(a) = (a) .
∂xi ∂xj ∂xj ∂xi
Une autre façon de dire les choses est encore que la différentielle seconde D2 f (a)
de f au point a est symétrique au sens où pour tous h, k ∈ Rn , D2 f (a).(h, k) =
D2 f (a).(k, h).
Lorsqu’on passe aux différentielles d’ordre supérieur, et puisqu’on perd la chaine
d’hérédité sur les différentielles dans ce contexte, il faut “tricher”. La définition
propre récupérant une chaine d’hérédité comme dans le cas des fonctions définies
sur R revient lorsqu’on interprète tout cela dans le contexte des espaces de Banach
comme à la Section 14 du Chapitre 4. La notion de dérivée partielle à l’ordre k se
définit avec une pseudo chaine d’hérédité en posant que
∂f ∂ ∂f 
=
∂xi1 . . . ∂xik ∂xi1 ∂xi2 . . . ∂xik
pour tous i1 , . . . , ik ∈ {1, . . . , n}, ce que l’on peut encore préférer écrire sous la
forme
∂f ∂ ∂ ∂f
= ... .
∂xi1 . . . ∂xik ∂xi1 ∂xik−1 ∂xik
L’ordre n’a finalement que peu d’importance car le théorème de Schwarz s’étend
aux dérivées partielles d’ordre k ≥ 3. Plus précisément, si f est de classe C p avec
p ≥ k alors pour tout i1 , . . . , ik ∈ {1, . . . , n} et toute permutation σ de {1, . . . , k},
la dérivée partielle de f correspondant à l’ordre xi1 . . . xik est égale à la dérivée
partielle correspondant à l’ordre xiσ(1) . . . xiσ(k) .
Définition 2.10. Soient Ω unS ouvert de Rn et f : Ω → R une fonction
différentiable sur Ω. Soit k ∈ N⋆ {+∞}. On dit que f est de classe C k sur
Ω lorsque toutes les dérivées partielles de f jusqu’à l’ordre k inclus (ou toutes les
dérivées partielles quelque soit l’ordre si k = +∞) existent et sont continues sur Ω.
Si f est à valeurs Rp , elle est dite de classe C k sur Ω si ses fonctions composantes
fi , i = 1, . . . , p, sont toutes de classe C k sur Ω.

10. Formules de Taylor


On discute ici la formule de Taylor à l’ordre deux pour les fonctions de plusieurs
variables réelles. L’ordre n est abordé à la Section 14 du Chapitre 4.
Théorème 2.16 (Formule de Taylor à l’ordre 2). Soient Ω un ouvert de Rn ,
a un point de Ω,et f : Ω → R une fonction réelle différentiable sur Ω et deux fois
différentiable au point a. Pour tout h ∈ Rn , avec ∥h∥ petit,
1
f (a + h) = f (a) + Df (a).(h) + D2 f (a).(h, h) + ∥h∥2 ϵ(h)
2
52 2. APPLICATIONS f : Rp → Rq

où ϵ : Rn → R est une fonction qui vaut 0 en 0 et qui tend vers 0 en 0.


Démonstration. On suppose pour simplifier la preuve que f est C 2 . La
formule à démontrer équivaut à
 
1 1 2
lim f (a + h) − f (a) − Df (a).(h) − D f (a).(h, h) =0.
h→0 ∥h∥2 2
Considérons g : [0, 1] → R la fonction g(t) = f (a + th). On a g ′ (t) = Df (a+th).(h)
et g ′′ (t) = D2 f (a + th).(h, h). La formule de Taylor-Lagrange dans le cas R → R
(Chapitre 1) donne pour tout h petit l’existence d’un th ∈]0, 1[ tel que
1
g(1) = g(0) + g ′ (0) + g ′′ (th ) .
2
Par suite,
1 1
f (a + h) − f (a) − Df (a).(h) − D2 f (a).(h, h)
∥h∥2 2
1
D2 f (a + th h) − D2 f (a) (h, h)

= 2
2∥h∥
X ∂2f ∂2f
≤C (a + th h) − (a) ,
i,j
∂xi ∂xj ∂xi ∂xj
2
où C > 0 est indépendante de h, et puisque les ∂x∂i ∂x
f
j
sont supposées continues, et
a + th h → a lorsque h → 0 (|th | ≤ 1 et donc th h → 0 lorsque h → 0), on voit que
1 1
2
f (a + h) − f (a) − Df (a).(h) − D2 f (a).(h, h) → 0
∥h∥ 2
lorsque h → 0. Le théorème est démontré. □

11. Problèmes d’extremums


Comme dans le cas des fonctions d’une variable réelle, on cherche ici des condi-
tions nécessaires et suffisantes pour qu’une fonction de plusieurs variables réelles ait
un extrémum. La théorie est locale comme dans le cas des fonctions d’une variable
réelle.
Théorème 2.17 (Condition nécessaire 1). Soient Ω ⊂ Rn un ouvert de Rn ,
a ∈ Ω un point de Ω et f : Ω → R une fonction. Si f admet un extremum local en a
∂f
et si f est différentiable en a alors ∂x i
(a) = 0 pour tout i = 1, . . . , n (ce qui revient
encore à dire que Df (a) ≡ 0 en tant qu’application linéaire de Rn dans R). En
d’autres termes, les extremums locaux d’une fonction différentiable sont des points
critiques de cette fonction.
Démonstration. Sous les hypothèses du théorème, les fonctions partielles fai
sont dérivables en ai et admettent un extremum local en ai . Donc, d’après le
∂f
Théorème 1.15, (fai )′ (ai ) = 0, ce qui revient à dire que ∂xi
(a) = 0. Le théorème est
démontré. □

On passe maintenant aux dérivées secondes.


11. PROBLÈMES D’EXTREMUMS 53

Théorème 2.18 (Condition nécessaire 2). Soient Ω ⊂ Rn un ouvert de Rn ,


a ∈ Ω un point de Ω et f : Ω → R une fonction différentiable sur Ω et deux fois
différentiables en a. Si f admet un minimum local en a alors D2 f (a) ≥ 0 au sens
des formes bilinéaires et si f admet un maximum local en a alors D2 f (a) ≤ 0 au
sens des formes bilinéaires.
Dire que D2 f (a) ≥ 0 au sens des formes bilinéaires signifie que D2 f (a).(h, h) ≥
0 pour tout h ∈ Rn , et dire que D2 f (a) ≤ 0 au sens des formes bilinéaires signifie
que D2 f (a).(h, h) ≤ 0 pour tout h ∈ Rn .

Démonstration. Si f admet un extremum local au point a, on sait avec le


Théorème 2.17 que a est un point critique de f . Il suit de cette remarque et de la
formule de Taylor à l’ordre 2 de f au point a que pour tout h,
1
f (a + h) = f (a) + D2 f (a).(h, h) + ∥h∥2 ϵ(h) .
2
Soit alors h donné, et soit t un réel strictement positif. On écrit que
1 2
f (a + th) − f (a) = D f (a).(th, th) + ∥th∥2 ϵ(th)
2
1 
= D2 f (a).(h, h) + ∥h∥2 ϵ(th) t2 .
2
Si maintenant f admet un minimum local au point a, on obtient que pour t > 0, t
petit,
1 2
D f (a).(h, h) + ∥h∥2 ϵ(th) ≥ 0 .
2
En faisant tendre t vers 0 dans cette inégalité, et puisque par propriété de la fonction
ϵ, lim ϵ(th) = 0, on obtient que D2 f (a).(h, h) ≥ 0. Soit D2 f (a) ≥ 0 au sens des
t→0
formes bilinéaires puisque h est quelconque. Le raisonnement est bien sûr de même
nature si f admet un maximum local au point a. On récupère dans ce cas que
D2 f (a).(h, h) ≤ 0. Le théorème est démontré. □

Pour passer à la condition suivante nous avons besoin du lemme suivant.


Lemme 2.1. Soit Q : Rn → R une fonction qui pour tout h = (h1 , . . . , hn ) ∈ Rn
s’écrit sous la forme
n
X
Q(h) = aij hi hj
i,j=1

où les aij sont des réels. On suppose que pour tout h ∈ Rn \{0}, Q(h) > 0. Il existe
alors un réel K > 0 tel que pour tout h ∈ Rn , Q(h) ≥ K∥h∥2 .
Démonstration. Notons S la sphère unité de Rn définie par
S = {h ∈ Rn / ∥h∥ = 1} .
Alors S est un fermé borné de Rn , donc un compact de Rn . Par ailleurs, la fonction
Q est continue sur Rn , et donc en particulier sur S. Puisque toute fonction continue
sur un compact est bornée est atteint ses bornes, il s’ensuit qu’il existe h0 ∈ S tel
que pour tout h ∈ S, Q(h) ≥ Q(h0 ). On pose K = Q(h0 ). Comme Q est supposée
strictement positive en tout point différent de 0, K est strictement positif. On
54 2. APPLICATIONS f : Rp → Rq

remarque par ailleurs que pour tout t ∈ R, et tout h ∈ Rn , Q(th) = t2 Q(h). Pour
h ∈ Rn \{0} on pourra ainsi écrire que
    
1 2 1
Q(h) = Q ∥h∥ h = ∥h∥ Q h ≥ K∥h∥2
∥h∥ ∥h∥
1
puisque ∥h∥ h ∈ S. Le lemme est démontré. □
On aurait aussi pu démontrer ce résultat en utilisant Sylvester et l’équivalence
des normes dans Rn . La condition suffisante d’extremum local est donnée par le
théorème suivant.
Théorème 2.19 (Condition suffisante). Soient Ω un ouvert de Rn , a un point
de Ω, et f : Ω → R une fonction différentiable sur Ω et deux fois différentiable au
point a. On suppose que a est un point critique de f . Si pour tout h ∈ Rn \{0},
D2 f (a).(h, h) > 0 (resp. pour tout h ∈ Rn \{0}, D2 f (a).(h, h) < 0) alors f admet
un minimum local strict (resp. un maximum local strict) au point a.
Démonstration. On traite du cas des minimums sachant que celui des max-
imums en découle en changeant f en −f . D’après le lemme précédent, il existe
K > 0 tel que pour tout h ∈ Rn ,
D2 f (a).(h, h) ≥ K∥h∥2 .
On écrit avec la formule de Taylor à l’ordre deux pour f au point a que
1
f (a + h) − f (a) = D2 f (a).(h, h) + ∥h∥2 ϵ(h)
2  
K
≥ ∥h∥2 + ϵ(h) .
2
Par propriété de la fonction ϵ, il existe alors un η > 0 tel que pour tout h ∈ Rn , si
∥h∥ < η, |ϵ(h)| ≤ K/4. Il s’ensuit que pour h tel que ∥h∥ < η,
K
f (a + h) − f (a) ≥ ∥h∥2 .
4
En écrivant x = a + h, on en déduit qu’il existe η > 0 tel que pour x ∈ Ba (η)\{a},
f (x) > f (a). D’où le résultat. □
CHAPITRE 3

Espaces vectoriels normés, de Banach et de


Hilbert

On discute dans ce chapitre de la théorie des espaces vectoriels normés réels.


Par définition, un R-espace vectoriel E est un ensemble muni de deux lois + et ×.
La loi + est interne (on additionne deux éléments de E pour récupérer un élement
de E). La loi × est externe (à (t, x) ∈ R × E on associe tx dans E). On demande
que ces opérations vérifient que:
(0) (E, +) est un groupe commutatif;
(i) (Distributivité de × par rapport à + dans R) ∀t, t′ ∈ R, ∀x ∈ E,
(t + t′ )x = tx + t′ x;
(ii) (Distributivité de × par rapport à + dans E) ∀t ∈ R, ∀x, x′ ∈ E,
t(x + x′ ) = tx + tx′ ;
(iii) (Associativité dans R) ∀t, t′ ∈ R, ∀x ∈ E, t(t′ x) = (tt′ )x;
(iv) (Neutralité) ∀x ∈ E, 1 × x = x.
Le vecteur nul de E est l’élément neutre de +. On vérifie facilement que
(P1) ∀x ∈ E, 0 × x = 0;
(P2) ∀x ∈ E, (−1) × x = −x (l’inverse de x pour +);
(P3) ∀t ∈ R, t × 0 = 0;
(P4) ∀t ∈ R, ∀x ∈ E, tx = 0 ⇔ t = 0 ou x = 0.
En bref, un R-espace vectoriel est un ensemble E muni d’une addition qui permet
d’additionner ces éléments entres eux (comme on le fait dans Rn ), et d’une loi
externe qui permet de multiplier les éléments de E par des réels (comme on le fait
dans Rn ).

1. Normes et distances associées


La norme est ce qui mesure la longueur des vecteurs.
Définition 3.1. Soit E un R-espace vectoriel. Une norme N sur E est une
application N : E → R+ qui vérifie:
(1) ∀x ∈ E, N (x) = 0 ⇔ x = 0,
(2) (inégalité triangulaire) ∀x, y ∈ E, N (x + y) ≤ N (x) + N (y),
(3) ∀x ∈ E, ∀λ ∈ R, N (λx) = |λ|N (x).
Une norme N (x) se note le plus souvent ∥x∥, et on dit que le couple (E, ∥ · ∥) est
un R-espace vectoriel normé.
Une notion plus fine que la notion de norme est celle de produit scalaire.
55
56 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS, DE BANACH ET DE HILBERT

Définition 3.2. Soit E un R-espace vectoriel. Une application B : E × E → R


est un produit scalaire sur E si elle est bilinéaire, symétrique, définie, et positive.
A savoir si:
(1) (bilinéarité) Pour tout x ∈ E l’application y → B(x, y) est linéaire sur E,
et pour tout y ∈ E, l’application x → B(x, y) est linéaire sur E,
(2) (symétrique) ∀x, y ∈ E, B(x, y) = B(y, x),
(3) (définie positive) ∀x ∈ E, B(x, x) ≥ 0 avec égalité si et seulement si x = 0.
On note souvent ⟨x, y⟩ au lieu de B(x, y), et le couple (E, ⟨·, ·⟩) constitué d’un
espace vectoriel et d’un produit scalaire est appelé espace préhilbertien.
Il y a une hiérarchie entre produit scalaire et norme donnée par le théorème
suivant.
Théorème 3.1. A tout produit scalaire ⟨·, ·⟩ est associé une norme ∥ · ∥ par
p
∥x∥ = ⟨x, x⟩
pour tout x ∈ E. Produit scalaire et norme associée vérifient l’inégalité de Cauchy-
Schwarz |⟨x, y⟩| ≤ ∥x∥×∥y∥ pour tous x, y ∈ E. Il y a de plus égalité dans l’inégalité
de Cauchy-Schwarz si et seulement si x et y sont colinéaires.
Démonstration. On commence par montrer l’inégalité de Cauchy-Schwarz.
Soient x, y fixés quelconques. On peut supposer que x ̸= 0 et y ̸= 0 car sinon
l’inégalité à démontrer est triviale. Pour tout t ∈ R, ⟨x + ty, x + ty⟩ ≥ 0 avec égalité
si et seulement si x + ty = 0. On a
⟨x + ty, x + ty⟩ = t2 ∥y∥2 + 2⟨x, y⟩t + ∥x∥2 .
Ce polynôme du second degré (y ̸= 0) ne change pas de signe. Il a donc au plus

une racine réelle. Son discriminant ∆ est donné par ∆ = 4 ⟨x, y⟩2 − ∥x∥2 ∥y∥2 .
Donc, nécessairement ∆ ≤ 0, soit
⟨x, y⟩2 − ∥x∥2 ∥y∥2 ≤ 0
et on a là l’inégalité de Cauchy-Schwarz. Clairement, si x et y sont colinéaires il y
a égalité dans l’inégalité de Cauchy-Schwarz. Réciproquement, s’il y a égalité dans
l’inégalité de Cauchy-Schwarz (et y ̸= 0) alors ∆ = 0. Donc notre polynôme du
second degré a une racine t0 . Mais par suite ⟨x + t0 y, x + t0 y⟩ = 0 et donc x et y
sont colinéaires. Si y = 0 n’importe quel vecteur x est colinéaire à y et on a donc
caractérisé le cas d’égalité dans Cauchy-Schwarz. Reste maintenant à montrer que
∥ · ∥ est bien une norme. Les propriétés (1) et (3) des normes sont automatiquement
satsifaites. Seule l’inégalité triangualire est vraiment a démontrer. On écrit ici que
∥x + y∥2 = ⟨x + y, x + y⟩
= ∥x∥2 + ∥y∥2 + 2⟨x, y⟩
≤ ∥x∥2 + ∥y∥2 + 2∥x∥ × ∥y∥ (par Cauchy-Schwarz)
2
≤ (∥x∥ + ∥y∥)
et on a donc bien que ∥x + y∥ ≤ ∥x∥ + ∥y∥, à savoir la propriété (2) des normes,
l’inégalité triangulaire. Le théorème est démontré. □
Soit X un sous ensemble d’un espace préhilbertien (E, ⟨·, ·⟩), par exemple X =
F avec F sous espace vectoriel de E. L’othogonal X ⊥ de X est alors défini comme
2. TOPOLOGIE DANS LES ESPACES VECTORIELS NORMÉS 57

étant l’espace des x ∈ E qui sont tels que ⟨x, y⟩ = 0 pour tout y ∈ X. Donc, pour
X ⊂ E, on pose X ⊥ = {x ∈ E / ∀y ∈ X, ⟨x, y⟩ = 0}.
Théorème 3.2. L’orthogonal X ⊥ d’un sous ensemble X ⊂ E d’un espace
préhilbertien (E, ⟨·, ·⟩) est toujours un sous espace vectoriel de E.
Démonstration. Clairement 0 ∈ X ⊥ et si λ, µ ∈ R et x, x′ ∈ X ⊥ alors
⟨λx + µx′ , y⟩ = λ⟨x, y⟩ + µ⟨x′ , y⟩
=0+0=0
pour tout y ∈ X. Donc X ⊥ est bien un sous espace vectoriel de E. □

2. Topologie dans les espaces vectoriels normés


Soit X un ensemble quelconque. Une distance sur X, nous reviendrons sur la
notion dans le chapitre sur la topologie, ainsi que sur les autres notions de topologie
traitées ici, est une application d : X × X → R+ qui vérfie les propriétés suivantes:
(1) ∀x, y ∈ X, d(x, y) = 0 ⇔ x = y,
(2) ∀x, y ∈ X, d(x, y) = d(y, x),
(3) (inégalité triangulaire) ∀x, y, z, d(x, z) ≤ d(x, y) + d(y, z) .
Le couple (X, d) constitué d’un ensemble et d’une distance est appelé espace métrique.
On a alors le résultat suivant.
Théorème 3.3. Tout espace vectoriel normé (E, ∥ · ∥) possède une structure
naturelle d’espace métrique (E, d), la distance d associée à la norme étant définie
par
d(x, y) = ∥y − x∥
pour tous x, y ∈ E.
Démonstration. Les propriétés (1) et (2) des distances suivent des propriétés
(1) et (3) des normes. Pour ce qui est de l’inégalité triangulaire on utilise l’inégalité
triangulaire des normes pour écrire que
d(x, z) = ∥z − x∥
= ∥(z − y) + (y − x)∥
≤ ∥z − y∥ + ∥y − x∥
≤ d(y, z) + d(x, y)
pour tous x, y, z ∈ E, ce qui démontre l’inégalité triabgulaire des distances, soit la
propriété manquante (3). Le théorème est démontré. □

Dès lors que (E, d) est un espace métrique, on récupère plusieurs notions sur E
comme celles de boules ouvertes et fermées, d’ouverts, de fermés, de suites conver-
gentes et de Cauchy, d’application continue, etc. Si a est un point de E, et si r > 0
est un réel strictement positif, on définit les boules ouvertes et fermées de centre a
et de rayon r par
Ba (r) = {x ∈ E t.q. d(a, x) < r}
et B a (r) = {x ∈ E t.q. d(a, x) ≤ r}. On a alors la définition suivante des ouverts
et fermés.
58 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS, DE BANACH ET DE HILBERT

Définition 3.3. Soit (E, ∥ · ∥) un espace vectoriel normé, et d la distance


associée à ∥ · ∥. On dit qu’un sous ensemble Ω ⊂ E de E est un ouvert de E si pour
tout point a ∈ Ω, il existe r = ra strictement positif, tel que Ba (r) ⊂ Ω, où Ba (r)
est la boule ouverte de centre a et de rayon r définie ci-dessus. On dit qu’un sous
ensemble F ⊂ E est un fermé de E si E\F est un ouvert de E.
Par convention ∅ et E sont à la fois ouverts et fermés. En langage intuitif, qui
peut être rendu précis: (i) un ouvert est un ensemble qui ne contient aucun des
points de sa frontière, et (ii) un fermé est un ensemble qui contient tous les points
de sa frontière. Un ensemble peut donc n’être ni ouvert ni fermé.
Définition 3.4. Soit (E, ∥ · ∥) un espace vectoriel normé, et d la distance
associée à ∥ · ∥. Soit (xn ) une suite de points de E. On dit que (xn )n converge vers
un point x de E, sous entendu pour la distance d ou pour la norme ∥ · ∥, si
∀ε > 0, ∃N ∈ N t.q. ∀n ≥ N, d(xn , x) < ε .
On dit que x est la limite de la suite (xn ) (elle est forcément unique). Lorsqu’il
n’y a pas de confusion possible avec le choix d’une norme, on note xn → x ou
lim xn = x.
n→+∞

L’unicité s’obtient très facilement avec l’inégalité triangulaire. Si (xn ) avait


deux limites différentes x et x′ , comme d(x, x′ ) ≤ d(xn , x) + d(xn , x′ ) par inégalité
triangulaire, on devrait avoir que d(x, x′ ) = 0, ce qui constitue une contradiction
avec x′ ̸= x. Les fermés sont caractérisés par la propriété suivante:
Théorème 3.4. Un sous ensemble F de E est un fermé de E si et seulement
si pour toute suite (xn )n de points de F , si (xn )n converge dans E, alors sa limite
x est forcément dans F .
En remarquant (l’argument est intuitif mais il peut être rendu précis) que tout
point de la frontière d’un patatoı̈de peut s’écrire comme limite d’une suite de points
intérieurs, ce lemme signifie juste que l’ensemble possède bien tous les points de sa
frontière.
Démonstration. Supposons tout d’abord que F est un fermé de E, et soit
(xn ) une suite de points de F qui converge dans E vers un point x. On veut
montrer que x ∈ F . Par l’absurde, si x ̸∈ F , alors x ∈ E\F , et comme F est un
fermé, E\F est un ouvert. Par définition d’un ouvert, il existe alors r > 0 tel que
Bx (r) ⊂ E\F . Or par définition de la convergence de (xn ) vers x, il doit exister N
tel que xn ∈ Bx (r) pour n ≥ N . Mais comme xn ∈ F et Bx (r) ⊂ E\F , on obtient
une contradiction. A l’inverse, supposons que pour toute suite (xn ) de points de F ,
si (xn ) converge vers un point x dans E, alors x ∈ F . On veut montrer qu’alors F
est un fermé de E. La encore, on raisonne par l’absurde. Si F n’est pas un fermé de
E, donc si E\F n’est pas un ouvert de E, alors il existe x ∈ E\F avec la propriété
que pour tout r > 0, Bx (r) ∩ F ̸= ∅. On pose r = 1/n pour n ∈ N, n ≥ 1, et on fait
varier n. On obtient alors une suite (xn ) de points de F telle que d(xn , x) ≤ 1/n
pour tout n ≥ 1. Donc, par définition même, (xn ) converge vers x et, là encore, on
récupère une contradiction. Le théorème est démontré. □
On aborde maintenant la notion d’application continue entre espaces vectoriels
normés. La notion de limite d’une fonction en un point s’entend comme dans le
cas Rp → Rq . Soient (E, ∥ · ∥E ) et (F, ∥ · ∥F ) deux espaces vectoriels normés, dE la
2. TOPOLOGIE DANS LES ESPACES VECTORIELS NORMÉS 59

distance associée à ∥ · ∥E , et dF la distance associée a ∥ · ∥F . Soient aussi X ⊂ E


un sous ensemble de E, a un point de X, et f : X → F une application définie sur
X et à valeurs dans F . On dira que f tend vers ℓ ∈ R lorsque x → a si

∀ε > 0, ∃δ > 0 / ∀x ∈ X, 0 < dE (a, x) < δ ⇒ dF f (x), ℓ < ε .
Les limites sont toujours par valeurs différentes. Là encore, il suit de l’inégalité
triangulaire que la limite, lorsqu’elle existe, est unique.
Définition 3.5. Soient (E, ∥ · ∥E ) et (F, ∥ · ∥F ) deux espaces vectoriels normés,
dE la distance associée à ∥ · ∥E , et dF la distance associée a ∥ · ∥F . Soient aussi
X ⊂ E un sous ensemble de E, a un point de X, et f : X → F une application
définie sur X et à valeurs dans F . On dit que f est continue au point a, sous
entendu pour les distances dE et dF , ou pour les normes ∥ · ∥E et ∥ · ∥F , si l’une
des trois propriétés équivalentes suivantes est vérifiée:
(i) lim f (x) = f (a),
x→a

(ii) ∀ε > 0, ∃δ > 0 / ∀x ∈ X, dE (a, x) < δ ⇒ dF f (a), f (x) < ε,
(iii) pour toute suite (xn )n de points de X vérifiant que lim xn = a, on a
n→+∞
forcément que lim f (xn ) = f (a).
n→+∞

Par extension, on dit que f est continue sur X si f est continue en tout point de
X.
L’équivalence (i) ⇔ (ii) suit du fait que (ii) n’est rien d’autre que la définition
mathématique de (i), sachant que si ℓ = f (a) alors il est inutile d’exiger que x ̸= a
dans la définition de la limite puisque 0 < ε pour tout ε > 0. L’équivalence (i) ⇔
(iii) se démontre comme dans le cas réel en remplaçant les valeurs absolues de R
par les distances ou les normes des espaces E et F .
Une remarque simple mais importante est la suivante: si (E, ∥ · ∥) est un R-
espace vectoriel normé, alors l’application norme de E dans R, qui à x associe ∥x∥,
est continue sur E. On le voit en remarquant que ∥y∥ − ∥x∥ ≤ ∥y − x∥, soit
encore que ∥y∥ − ∥x∥ ≤ d(x, y) où d est la distance associée à ∥ · ∥. (l’application
est même lipschitzienne). On a pour en finir avec ces généralités que le théorème
suivant a lieu.
Théorème 3.5. Soient (E, ∥·∥E ), (F, ∥·∥F ) et (G, ∥·∥G ) trois espaces vectoriels
normés, X est un sous ensemble de E, Y est un sous ensemble de F tel que f (X) ⊂
Y et a ∈ X un point de X. Si f : X → F est continue en a, et si g : Y → G est
continue en f (a), alors g ◦ f : X → G est continue en a.
Démonstration. On emboite les formules de continuité. Par définition,

∀ε > 0, ∃δ > 0 / ∀x ∈ X, dE (a, x) < δ ⇒ dF f (a), f (x) < ε (3.1)
et
∀ε′ > 0, ∃δ ′ > 0 / ∀y ∈ Y, dF (f (a), y) < δ ′ ⇒ dG g (f (a)) , g(y) < ε′ .

(3.2)
On fixe ε′ > 0, puis on choisit ε = δ ′ avec les notations des formules (3.1)-(3.2). On
obtient avec (3.1) un δ > 0 tel que pour tout x ∈ X,
dE (a, x) < δ ⇒ dF f (a), f (x) < δ ′

60 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS, DE BANACH ET DE HILBERT

et en appliquant ensuite (3.2), on obtient que


dE (a, x) < δ ⇒ dG g (f (a)) , g (f (x)) < ε′ .


Au final on a donc montré que


∀ε′ > 0, ∃δ > 0 / ∀x ∈ X, dE (a, x) < δ ⇒ dG g (f (a)) , g (f (x)) < ε′ ,


et g ◦ f est donc bien continue au point a. D’où le théorème. □

3. Compacité et dimension
Soit (E, ∥ · ∥) un R-espace vectoriel normé. Soit K ⊂ E un sous ensemble de
E. On appelle
S recouvrement ouvert de K toute famille (Ωi )i∈I d’ouverts de E telle
que K ⊂ i∈I Ωi . La définition formelle des compacts est la suivante.
Définition 3.6. Soit (E, ∥ · ∥) un R-espace vectoriel normé, et soit K ⊂ E un
sous ensemble de E. Par définition, K est un compact de E si de tout recouvrement
ouvert de K on peut extraire un sous recouvrement qui soit fini.
En d’autres termes, K ⊂ E est un compact de E si pour tout recouvrement
ouvert
Sp (Ωi )i∈I de K, il existe un sous ensemble fini {i1 , . . . , ip } ⊂ I tel que K ⊂
j=1 Ωij . Un théorème important en topologie est le suivant, dit de Bolzano-
Weierstrass (ici énoncé dans le cas des espaces vectoriels normés, mais il possède
une version topologique).
Théorème 3.6 (Théorème de Bolzano-Weierstrass). Soit (E, ∥ · ∥) un R-espace
vectoriel normé, et soit K ⊂ E un sous ensemble de E. Alors K est un compact de
E si et seulement si toute suite de points de K possède une sous suite qui converge
dans K.
En d’autres termes, K ⊂ E est un compact de E si pour toute suite (xn )n de
points de K, il existe φ : N ↗ N, et il existe x ∈ K, tels que xφ(n) → x lorsque
n → +∞ (la notation φ : N ↗ N signifie “application strictement croissante de N
dans N”).
Démonstration. Supposons que K est un compact. Soit (xn ) une suite de
points de K. S’il existe x ∈ K tel que pour tout r on peut trouver une infinité
de xn dans Bx (r), alors on construit facilement une sous suite de (xn ) convergent
vers x. Et réciproquement, s’il existe une sous suite de (xn ) qui converge, alors sa
limite vérifie cette propriété. On raisonne par l’absurde et on suppose que pour
tout x ∈ K il existe rx > 0 qui est tel que Bx (rx ) ne contient qu’un nombre fini de
xn . La famille des Bx (rx ) pour x ∈ K est un recouvrement ouvert de K. On peut
donc en extraire un sous recouvrement fini par compacité. Mais alors la suite (xn )
ne prend qu’un nombre fini de valeurs. L’une de ces valeurs est prise une infinité de
fois, et pour x cette valeur, Bx (r) contient une infinité de xn pour tout r > 0. Une
contradiction. Au final on a montré que si K est compact alors toute suite (xn ) de
points de K possède une sous suite convergente. Récirpoquement, on suppose que
toute suite (xn ) de points de K possède une sous suite convergente. Soit (Ui )i∈I
un recouvrement ouvert de K. On prétend que la propriété suivante est vraie:
∃r > 0 / ∀x ∈ K, Bx (r) ⊂ Ui pour au moins un i . (3.3)
On montre (3.3) par contradiction. Soit (rn ) une suite de réels strictement positifs
convergent vers 0. Par exemple rn = 2−n . Par contradiction de (3.3), pour tout
n il existe xn ∈ K tel que Bx (r) ̸⊂ Ui pour tout i ∈ I. La suite (xn ) est une
3. COMPACITÉ ET DIMENSION 61

suite de points de K. Il existe donc une sous suite (xφ(n) ) de (xn ) qui converge.
Soit x sa limite. Il existe i0 ∈ I qui est tel que x ∈ Ui0 . Soit r0 > 0 tel que
Bx (r0 ) ⊂ Ui0 . Pour n ≫ 1, Bxφ(n) (rφ(n) ) ⊂ Bx (r0 ) puisque xφ(n) → x et rφ(n) → 0
lorsque n → +∞. Or les Bxφ(n) (rφ(n) ) sont censées n’être contenues dans aucun
des Ui . Une contradiction et (3.3) est vraie. On montre maintenant la propriété
suivante
p
[
∃a1 , . . . , ap ∈ K / K ⊂ Baj (r) , (3.4)
j=1

où r > 0 est donné par (3.3). Là encore on raisonne par l’absurde. S On suppose
n
que pour tout n, et toute famille a1 , . . . , an de points de K, K ̸⊂ j=1 Baj (r)
et donc que pour Sn tout n, et toute famille a1 , . . . , an de points de K, il existe un
point an+1 ̸∈ j=1 Baj (r). Par récurrence on construit une suite (an ) qui est
Sn
telle que an+1 ̸∈ j=1 Baj (r) pour tout n. Cette suite devrait posséder une sous
suite convergente (aϕ(n) ). On pourrait alors rendre d(aϕ(n) , aϕ(n+1) ) aussi petit
que l’on veut pour n ≫ 1. Or d(aϕ(n) , aϕ(n+1) ) ≥ r car aφ(n+1) ̸∈ Baφ(n) (r), une
contradiction. Ainsi (3.4) est démontrée. Soit ij ∈ I tel que Baj (r) ⊂ Uij pour
tout j = 1, . . . , p, où les Aj sont donnés
Sp par (3.4) et l’existence de ij est donnée par
(3.3). On a alors avec (3.4) que K ⊂ j=1 Uij et donc, de tout recouvrement ouvert
(Ui )i∈I de K on peut extraire un sous recouvrement fini. Ainsi K est compact. Le
théorème de Bolzano-Weierstrass est démontré. □
Une conséquence immédiate du Bolzano-Weierstrass est que tout compact est
forcément fermé et borné. En effet si K est un compact et si (xn ) est une suite
de K qui converge vers un x dans E, alors comme (xn ) va posséder une sous suite
convergente dans K par Bolzano-Weierstrass, et que les limites d’une sous suite
d’une suite convergente et de la suite convergente elle-même sont les mêmes, on
obtient que x ∈ K. On rejoint la caractérisation des fermés par les suites. Donc K
est fermé. De même, si K n’était pas borné il existerait une suite (xn ) de points
de K avec ∥xn ∥ → +∞. Or, par Bolzano-Weierstrass, il existe (xφ(n) ) une sous
suite convergente de (xn ). Si x est sa limite, ∥xφ(n) ∥ → ∥x∥ lorsque n → +∞. Or
la suite des ∥xφ(n) ∥ est une sous suite de la suite des ∥xn ∥. Elle devrait donc avoir
+∞ pour limite. Une contradiction. Ainsi K est forcément borné.
Plusieurs propriétés importantes se rattachent à la notion de compacité. Parmi
les résultats célèbres on citera le théorème de Weierstrass (l’image d’un compact
par une application continue est un compact), et le théorème de Tychonoff (tout
produit d’espaces compacts est compact). On pourra encore montrer le théorème
suivant, déjà rencontré dans les chapitres précédents.
Théorème 3.7. Soit (E, ∥ · ∥) un R-espace vectoriel normé, et soit K ⊂ E un
sous ensemble compact de E. Soit f : K → R une fonction continue sur K. Alors
f est bornée et elle atteint ses bornes.
Démonstration. Que f soit bornée, à savoir qu’il existe M > 0 tel que
|f (x)| ≤ M pour tout x ∈ K, suit facilement du théorème de Weierstrass (un com-
pact de R est forcément borné). Montrons maintenant que f atteint son minimum
(la démonstration pour le maximum est identique, ou on peut changer f en −f ).
Soit
m = inf f (x)
x∈K
62 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS, DE BANACH ET DE HILBERT

la borne inférieure de l’ensemble {f (x), x ∈ K}. Par définition, m est le plus grand
des minorants de cet ensemble et donc:
(i) ∀x ∈ K, m ≤ f (x), et
(ii) ∀ε > 0, ∃x ∈ K / m ≤ f (x) ≤ m + ε.
On pose ε = 1/n pour n ∈ N\{0}. On obtient ainsi l’existence d’un xn ∈ K tel que
∀n ∈ N\{0},
1
m ≤ f (xn ) ≤ m + .
n
Donc f (xn ) → m lorsque n → +∞. Comme K est un compact, il existe φ : N ↗
N telle que (xφ(n) )n converge. Notons x sa limite. Une sous suite d’une suite
convergente étant convergente et de même limite, on a encore que f (xφ(n) ) → m
lorsque n → +∞. Par continuité de f en x il s’ensuit que f (x) = m. Le théorème
est démontré. □

Même remarque qu’aux chapitres précédents, un autre résultat fréquemment


associé à la compacité est que toute application continue sur un compact y est
uniformément continue. Par contre, le fait que les compacts soient précisément les
fermés bornés cesse d’être vrai dès qu’on rentre dans le monde de la dimension
infinie. Les compacts seront bien toujours des fermés bornés (voir ci-dessus), mais
la réciproque devient fausse si le compact est d’intérieur non vide. C’est l’objet du
second théorème de Riesz qui suit.
Théorème 3.8 (Second théorème de Riesz). Soit (E, ∥.∥) un espace vectoriel
normé, et soit B ′ = B 0 (1) la boule fermée de E de centre 0 et rayon 1. Alors E
est de dimension finie si et seulement si B ′ est un compact de E.
Bien sûr le résultat restre valable si on remplace B ′ par n’importe quelle boule
fermée B a (r). En particulier tout compact dans un espace vectoriel normé de
dimension infinie est d’intérieur vide (i.e ne contient aucune boule ouverte du type
Ba (r), r > 0). La preuve que l’on propose passe à l’identique dans le cas des espaces
métriques. Nous reviendrons dessus dans le chapitre sur la topologie.

Démonstration. On montre que les compacts d’un espace vectoriel normé


de dimension finie sont les fermés bornés de cet espace. En dimension finie n
l’espace est homéomorphe (et même isomorphe) à Rn et, dans Rn , les compacts
sont précisemment les fermés bornés (ce qui se démontre par extractions successives
de sous suites en utilisant le fait que les suites réelles bornées possèdent des sous
suites convergentes). On utilise ici (cf. plus loin), que toutes les normes sur Rn
sont équivalentes. En particulier, si E est de dimension finie, alors B ′ est compacte.
Réciproquement, supposons que B ′ est un compact de E. On veut montrer que  E
est de dimension finie. Pour cela, on commence par remarquer que Ba ( 12 ) a∈B ′
est un recouvrement ouvert de B ′ . Par suite, et puisque B ′ est supposé compact,
il existe des a1 , . . . , an ∈ B ′ tels que
n
[ 1
B′ ⊂ Bai ( ) .
i=1
2

Notons F le sous espace vectoriel de E engendré par les ai , F = Vect(a1 , . . . , an ).


Clairement, F est de dimension finie, puisque par construction, (a1 , . . . , an ) est une
4. ESPACES DE BANACH ET DE HILBERT 63

famille génératrice de F . On va montrer que E = F . On raisonne par l’absurde et


on suppose que F ̸= E. Il existe alors x ∈ E\F . Notons
α = inf ∥x − y∥ .
y∈F

Puisque F est de dimension finie, il existe x̃ ∈ F tel que α = ∥x − x̃∥ (les fermés
bornés dans F sont compacts). En particulier, α > 0. Soit maintenant y ∈ F tel
que

α ≤ ∥x − y∥ ≤
2
1
x − y . Alors z ∈ B ′ , et il existe ainsi i ∈ 1, . . . , n pour lequel
 
et soit z = ∥x−y∥
z ∈ Bai ( 12 ). On remarque maintenant que
y ′ = y + ∥x − y∥ai
appartient à F , et que
x = y + ∥x − y∥z .
Ainsi
α ≤ ∥x − y ′ ∥
= ∥x − y∥.∥z − ai ∥
3α 1 3α
≤ . = <α
2 2 4
et on obtient donc une contradiction. Il s’ensuit que E = F . En particulier, E est
de dimension finie. D’où le théorème. □

4. Espaces de Banach et de Hilbert


La notion, de suite de Cauchy (une suite qui s’écrase sur elle-même) est au
centre de la notion de complétude.
Définition 3.7. Soit (E, ∥ · ∥) un espace vectoriel normé, et d la distance
associée à ∥ · ∥. Soit aussi (xn )n une suite de points de E. On dit que (xn )n est
une suite de Cauchy, sous entendu pour la distance d ou pour la norme ∥ · ∥, si
∀ε > 0, ∃N ∈ N t.q. ∀p, q ≥ N, d(xp , xq ) < ε .
En d’autres termes une suite (xn )n est de Cauchy si les xn s’accumulent les uns
sur les autres quand n → +∞.
Une remarque simple est qu’une suite convergente est toujours de Cauchy. Il
suffit pour le voir d’écrire que
d(xp , xq ) ≤ d(xp , x) + d(xq , x) ,
où x est la limite de la suite. Si les xn s’accumulent sur un point x, alors ils
s’accumulent les uns sur les autres.
Définition 3.8. Soit (E, ∥ · ∥) un espace vectoriel normé. On dit que (E, ∥ · ∥)
est un espace vectoriel normé complet, ou encore un espace de Banach, si toute
suite de Cauchy dans E pour ∥ · ∥ converge dans E pour ∥ · ∥. Si la norme provient
d’un produit scalaire ⟨·, ·⟩, on dit que (E, ⟨·, ·⟩) est un espace de Hilbert.
64 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS, DE BANACH ET DE HILBERT

Des exemples d’espaces de Banach et de Hilbert sont:


Ex.1: L’espace euclidien Rn muni du produit scalaire euclidien ⟨x, y⟩ =
P
i xi yi est
un espace de Hilbert.
Ex.2: L’espace L2 (R) constitué des suites réelles (xn )n pour lesquelles la série x2n
P
P+∞
converge, muni du produit scalaire ⟨(xn )n , (yn )n ⟩ = n=0 xn yn , est un espace de
Hilbert.
0
Ex.3: Si (X, d) est un espace métrique, l’espace CB (X) des fonctions réelles con-
tinues et bornées sur X, muni de la norme de la convergence uniforme ∥f ∥C 0 =
supx∈X |f (x)|, est un espace de Banach.
Pour démontrer qu’un espace est un Banach on se ramène à un espace dont on
sait qu’il est complet, ce qui implique la convergence, mais dans une norme plus
faible, et on utilise le fait que la suite est de Cauchy dans la norme de départ pour
montrer que la convergence a lieu en fait dans cette même norme de départ. Dans
l’exemple 3 par exemple si (fn ) est de Cauchy pour ∥ · ∥C 0 , alors pour tout x ∈ X,
(fn (x)) est de Cauchy dans R. Il y a donc convergence simple de la suite (fn ) sur
X puisque R est complet. On obtient ainsi un candidat limite f : X → R. Reste à
0
montrer que f est bien continue et bornée pour avoir que f ∈ CB (X), et à montrer
que (fn ) converge vers f pour ∥ · ∥C 0 . Tout ceci se montre en utilisant le fait que
(F − n) est de Cauchy pour ∥ · ∥C 0 . A l’inverse, il est bien sûr des espaces qui ne
sont pas de Banach. Ces espaces sont forcèment de dimension infinie (comme on le
verra plus tard).
Définition 3.9. Deux normes ∥ · ∥1 et ∥ · ∥2 sur un espace vectoriel E sont
équivalentes s’il existe des constantes C1 , C2 > 0 telles que
C1 ∥x∥1 ≤ ∥x∥2 ≤ C2 ∥x∥1
pour tout x ∈ E.
On vérifie facilement que l’équivalence des normes présèrvent les notions de
(1) suites convergentes et limites,
(2) suites de Cauchy.
En particulier, si ∥ · ∥1 et ∥ · ∥2 sont équivalentes, alors (E, ∥ · ∥1 ) est un Banach si et
seulement si (E, ∥·∥2 ) est un Banach. Plus généralement, deux normes équivalentes
induisent deux distances équivalentes (même type de définition, l’un contrôle l’autre
et réciproquement) et présèrvent la topologie.
Théorème 3.9. Sur un espace vectoriel réel de dimension finie, deux normes
sont toujours équivalentes.
Démonstration. Pour simplifier, on va supposer que E = Rn , même si la
démonstration procède en fait de façon analogue pour E un espace vectoriel quel-
conque de dimension finie. On note ∥.∥0 la norme standard de Rn , définie par
v
u n
uX
∥x∥0 = t x2i .
i=0
4. ESPACES DE BANACH ET DE HILBERT 65

Comme on s’en convaincra facilement, démontrer le théorème revient à montrer


que toute norme ∥.∥ sur Rn est équivalente à ∥.∥0 . Etant donnée ∥.∥ une norme sur
Rn , et (e1 , . . . , en ) la base canonique de Rn , on écrit que
n
X
∥x1 e1 + · · · + xn en ∥ ≤ |xi | ∥ei ∥ .
i=1
Par suite, et si
n
X
M= ∥ei ∥
i=1
on obtient que pour tout x ∈ E,

∥x∥ ≤ M max |xi | ≤ M ∥x∥0 .
i=1,...,n

Il s’ensuit que l’application f de Rn dans R qui à x associe ∥x∥ est continue pour
∥ · ∥0 . Notons S la sphère unité de Rn pour ∥.∥0 :
S = x ∈ Rn / ∥x∥0 = 1 .


Clairement, S est un fermé et borné de Rn , donc un compact de Rn . Il s’ensuit


que la restriction de f à S est bornée et qu’elle atteint ses bornes. Sachant que
pour x ∈ S, f (x) ̸= 0, puisque sinon on devrait avoir 0 ∈ S, on obtient qu’il existe
un réel m > 0 tel que pour tout x ∈ S, f (x) ≥ m. En d’autres termes, il existe
m > 0 tel que pour tout x ∈ S, ∥x∥ ≥ m. Si maintenant x est un vecteur non nul
1
quelconque de Rn , en remarquant que ∥x∥ 0
x ∈ S, on obtient que pour tout x ∈ Rn ,
1

∥x∥ ≥ m∥x∥0 . Posons pour finir λ = max m , M . On voit alors que pour tout
x ∈ Rn ,
1
∥x∥0 ≤ ∥x∥ ≤ λ∥x∥0 .
λ
D’où le théorème. □
Une des conséquences de ce résultat est le théorème suivant.
Théorème 3.10. Tout espace vectoriel normé de dimension finie est un espace
de Banach.
Démonstration. Soient ∥ · ∥ la norme de E etpB une base de E. On note
Pn 2
∥ · ∥0 la norme euclidienne de E définie par ∥x∥0 = i=0 xi , où les xi sont les
coordonnées de x dans B et n = dim(E). Alors (E, ∥ · ∥0 ) est un Banach (pour les
mêmes raisons que Rn muni de la norme euclidienne est un Banach). Pour le voir,
et donc démontrer cette affirmation, on procède comme suit. Soit (xp ) une suite de
E. On note x1p , . . . , xnp les coordonnées de xp dans B. Si (xp ) est de Cauchy pour
∥·∥0 alors les (xip ) sont de Cauchy dans R pour tout i = 1, . . . , n puisque ∥x∥0 ≥ |xi |
pour tout i = 1, . . . , n. Comme R est complet, les suites (xip ) convergent. Soit xi
la limite de (xip ) lorsque p → +∞ et x de coordonnées x1 , . . . , xn dans B. Comme
|xip − xi | → 0 pour tout i = 1, . . . , n lorsque p → +∞, la suite (xp ) converge vers
x pour ∥ · ∥0 . Donc (E, ∥ · ∥0 ) est bien un Banach. Comme ∥ · ∥ est équivalente à
∥ · ∥0 d’après le théorème précédent, (E, ∥ · ∥) est aussi un Banach. Le théorème est
démontré. □
En dimension infinie il est par contre facile de construire des exemples d’espaces
vectoriels normés munis de deux normes non équivalentes. En fait, en admettant
le lemme de Zorn, le résultat suivant a lieu.
66 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS, DE BANACH ET DE HILBERT

Théorème 3.11. Soit E un R-espace vectoriel. Alors E est de dimension finie


si et seulement si toutes les normes sur E sont équivalentes.
Démonstration. Si E est de dimension finie toutes les normes sur E sont
équivalentes d’après le Théorème 3.9. Supposons maintenant que E n’est pas de
dimension finie. Il existe alors une suite (un )n≥1 de vecteurs non nuls qui est
telle que pour tout n ∈ N⋆ , la famille (u1 , . . . , un ) est libre. On note H le sous
espace vectoriel de E constitué des vecteurs de E qui s’écrivent comme combinaisons
linéaires finies des uk . Du lemme de Zorn (admis ici) on tire le théorème de la base
incomplète en dimension infinie puis donc qu’il existe F un sous espace vectoriel de
E supplémentaire de H dans E, et donc tel que E = H ⊕ F . Soit ∥ · ∥ une norme
sur E et soit Π la projection canonique Π : E → H qui à toute décomposition
u = x + y dans H ⊕ F associe Π(u) = x. Pour tout n ∈ N⋆ on pose Φ(un ) = n∥un ∥.
Par linéarité on a ainsi définie une forme linéaire Φ ◦ Π : E → R. Soit Φ̂ = Φ ◦ Π.
Pour tout n ∈ N⋆ ,
|Φ̂(un )|
=n,
∥un ∥
et donc Φ̂ n’est clairement pas continue sur (E, ∥ · ∥). On fixe ∥ · ∥ une norme sur
E et soit φ : E → R linéaire. Pour x ∈ H, on pose
N (x) = ∥x∥ + |φ(x)| .
Alors clairement N est une norme sur E. Si toutes les normes sur E sont équivalentes
alors il existe C > 1 telle que N (x) ≤ C∥x∥ pour tout x ∈ E. Mais alors
|φ(x)| ≤ (C − 1)∥x∥ pour tout x ∈ E et donc φ est continue sur (E, ∥ · ∥). On
a donc montré que si toutes les normes sur un espace vectoriel E sont équivalentes
alors toute forme linéaire sur E est continue (quelque soit la norme placée sur E).
Or on vient de montrer que si E est de dimension finie alors, pour toute norme fixée
∥ · ∥ sur E, il existe une forme linéaire sur (E, ∥ · ∥) qui est non continue. Donc, en
conclusion, si toutes les normes sur E sont équivalentes alors forcément E est de
dimension finie. D’où le théorème. □

5. Plusieurs normes, plusieurs limites


En dimension finie toutes les normes sont équivalentes et une suite qui converge
pour une norme converge donc pour toute autre norme avec preservation de la
limite. En dimension infinie la situation change radicalement et une même suite
peut avoir plusieurs limites quand on change la norme. On illustre ce phénomène
sur le résultat suivant.
Théorème 3.12. Soit P0 ∈ R[X] un polynôme donné quelconque. Il existe
alors toujours une norme sur R[X] pour laquelle la suite (X n ) converge vers P0 .
Démonstration. Soit p0 le degré de P0 . On considère la famille infinie
B = (1, X, X 2 , . . . , X p0 , X p0 +1 − P0 , X p0 +2 − P0 , . . . )
Cette famille étant échelonnée (le degré du premier élément est 0 et le degré du
(i + 1)ème élément est égal au degré du ième élément plus un) elle constitue une
base (infinie) de R[X] au sens où tout polynôme P ∈ R[X] s’écrit de façon unique
comme combinaison linéaire (finie cette fois-ci) d’éléments de B. Notons Q0 , Q1 ,
6. PROJECTIONS ET SOUS ESPACES SUPPLÉMENTAIRES 67

Q2 , . . . les éléments de B. En intégrant des 0 pour coordonnées on peut écrire que


pour tout P ∈ R[X] il existe des uniques α0 , α1 ,α2 ,. . . réels pour lesquels
+∞
X
P = αk Qk ,
k=0

et, dans cette somme infinie, seuls un nombre fini de αk sont à chaque fois non nuls.
On définit alors
+∞
X |αk |
∥P ∥ = .
k+1
k=0
Il est facile de vérifier que ∥ · ∥ est bien une norme sur R[X]. Or pour cette norme
1
∥X n − P0 ∥ =
n+1
pour n ≫ 1 suffisamment grand puisque Qn = X n −P0 pour n ≫ 1. Donc X n → P0
lorsque n → +∞ pour cette norme. Le théorème est démontré. □

6. Projections et sous espaces supplémentaires


Soit (E, ⟨·, ·⟩) un espace préhilbertien. Un sous ensemble C ⊂ E est un convexe
de E si pour tous x, y ∈ C le segment [x, y], constitué des (1 − t)x + ty pour
t ∈ [0, 1], est entièrement contenu dans C. On dit que C est complet si l’espace
métrique (C, d), où d est la distance associée au produit scalaire, est un espace
métrique complet. Si (E, ⟨·, ·⟩) est un Hilbert, alors C est complet si et seulement
si C est fermé dans E (voir le Théorème 6.12). Un exemple classique de convexe
complet dans E est donné par C = F avec F sous espace vectoriel complet de E.
On définit pour finir la distance d(x, C) d’un x ∈ E à un sous ensemble C ⊂ E par
d(x, C) = inf d(x, y) ,
y∈C

où d est la distance associée au produit scalaire. La distance aux convexes complets
est caractérisée par le théorème de projection suivant.
Théorème 3.13 (Théorème de projection sur les convexes complets). Soient
(E, ⟨·, ·⟩) un espace préhilbertien et C ⊂ E un convexe complet. Il existe une unique
application PC : E → C, dite projection sur C, qui est telle que pour tout x ∈ E,
d (x, C) = d (x, PC (x)). Pour tout x ∈ E, PC (x) est l’unique point de C vérifiant
que ⟨x − PC (x), y − PC (x)⟩ ≤ 0 pour tout y ∈ C. Et si C = F est un sous espace
vectoriel complet de E, alors PC (x) ∈ F est entièrement caractérisé par la condition
que x − PC (x) ∈ F ⊥ , où F ⊥ est l’orthogonal de F .
68 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS, DE BANACH ET DE HILBERT

Démonstration. Soit δ = d(x, C). Par définition de d(x, C) il existe une


suite (yn ) de points dans C telle que
1
δ ≤ d(x, yn ) ≤ δ + (3.5)
n
pour tout n ≥ 1. Soit ∥ · ∥ la norme associée au produit scalaire. En écrivant que
ym + yn − 2x = (ym − x) + (yn − x) et que ym − yn = (ym − x) − (yn − x), puis en
développant ∥u + v∥2 = ∥u∥2 + ∥v∥2 + 2⟨u, v⟩, on remarque que pour tous m, n ≥ 1,
2∥yn − x∥2 + 2∥ym − x∥2 = ∥ym + yn − 2x∥2 + ∥ym − yn ∥2 . (3.6)
ym +yn
Or zm,n = 2 ∈ C puisque C est convexe et donc
2
∥ym + yn − 2x∥2 = 4d (x, zm,n ) ≥ 4δ 2 .
Avec (3.5) et (3.6) on obtient donc que
1 1
2(δ + )2 + 2(δ + )2 ≥ 4δ 2 + ∥ym − yn ∥2
m n
pour tous m, n ≥ 1, et donc (yn ) est de Cauchy dans C. Comme C est complet,
yn → y pour un y ∈ C et, clairement, d(x, y) = d(x, C) par (3.5). Supposons
maintenant que y, z ∈ C sont tels que d(x, y) = d(x, z) = d(x, C). Comme pour
l’établissement de (3.6),
2∥y − x∥2 + 2∥z − x∥2 = ∥y + z − 2x∥2 + ∥z − y∥2 . (3.7)
y+z
Et comme 2 ∈ C, on récupère que 4δ 2 ≥ 4δ 2 + ∥z − y∥2 , donc que z = y. Ainsi
il existe un et un seul y ∈ C qui est tel que d(x, y) = d(x, C). On pose alors
PC (x) = y. On a donc,
∥x − PC (x)∥ ≤ ∥x − z∥ (3.8)
pour tout z ∈ C. Soit y ∈ C quelconque. Pour t ∈]0, 1[, z = (1 − t)PC (x) + ty est
dans C puisque C est convexe. Donc, avec (3.8) élevée au carré,
∥x − PC (x)∥2 ≤ ∥x − PC (x) + t(PC (x) − y)∥2
≤ ∥x − PC (x)∥2 + t2 ∥PC (x) − y∥2 − 2t⟨x − PC (x), y − PC (x)⟩ .
On en déduit puisque t > 0 que t∥PC (x) − y∥2 ≥ 2⟨x − PC (x), y − PC (x)⟩, et en
faisant tendre t → 0+ on récupère la condition du théorème. Réciproquement si
z ∈ C est tel que ⟨x − z, y − z⟩ ≤ 0 pour tout y ∈ C alors
∥x − y∥2 = ∥(x − z) + (z − y)∥2
= ∥x − z∥2 + ∥y − z∥2 − 2⟨x − z, y − z⟩
≥ ∥x − z∥2
pour tout y ∈ C, et donc z est tel que d(x, z) = d(x, C), soit z = PC (x). Donc
Pc (x) est bien caratcérisé par PC (x) ∈ C et ⟨x − PC (x), y − PC (x)⟩ ≤ 0 pour tout
y ∈ C. Pour finir si C = F est un sous espace vectoriel complet, en remarquant
que {y − PC (x), y ∈ F } = F , on obtient que ⟨x − PC (x), y − PC (x)⟩ ≤ 0 pour tout
y ∈ F si et seulement si ⟨x − PC (x), y⟩ ≤ 0 pour tout y ∈ F . Puis en changeant y
en −y on voit que ⟨x − PC (x), y − PC (x)⟩ ≤ 0 pour tout y ∈ F si et seulement si
⟨x − PC (x), y⟩ = 0 pour tout y ∈ F , et donc si et seulement si x − PC (x) ∈ F ⊥ .
D’où le théorème. □
Du théorème de projection dans le cas des sous espaces vectoriels on déduit
facilement le théorème du supplémentaire orthogonal dans les Hilbert.
7. APPLICATIONS LINÉAIRES CONTINUES 69

Théorème 3.14. Soit (E, ⟨·, ·⟩) un espace de Hilbert. Soit F ⊂ E un sous
espace vectoriel fermé de E. Alors E = F ⊕ F ⊥ , où F ⊥ est l’orthogonal de F .
Démonstration. On a toujours F ∩ F ⊥ = {0}. Reste donc à montrer que
E = F + F ⊥ . Comme H est un Hilbert et F est fermé dans H, F est complet
(Théorème 6.12). Alors
x = PF (x) + (x − PF (x)) ,
où PF est la projection sur F donnée par le Théorème 3.13. On a PF (x) ∈ F et,
toujours en vertue du Théorème 3.13, x − PF (x) ∈ F ⊥ . D’où le théorème. □

7. Applications linéaires continues


On aborde la notion importante d’application linéaire continue. Pour mémoire,
une application linéaire d’un espace vectoriel E dans un espace vectoriel F est une
application f : E → F qui vérifie que f (x + y) = f (x) + f (y) et f (λx) = λf (x)
pour tous x, y ∈ E, et tout λ ∈ R.
Théorème 3.15. Soient (E, ∥.∥E ) et (F, ∥.∥F ) deux espaces vectoriels normés,
et soit f : E → F une application linéaire de E dans F . Les trois propriétés
suivantes sont équivalentes:
(1) f est continue sur E,
(2) f est continue en 0,
(3) ∃M > 0 / ∀x ∈ E, ∥f (x)∥F ≤ M ∥x∥E
où f est dite continue si elle l’est en tant qu’application de l’espace vectoriel normé
(E, ∥.∥E ) dans l’espace vectoriel normé (F, ∥.∥F ).
Démonstration. L’implication (1) ⇒ (2) est immédiate. Supposons main-
tenant que (2) a lieu. Alors
∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ E, ∥x∥E < η ⇒ ∥f (x)∥F < ε .
En prenant ε = 1 dans cette relation, on obtient ainsi qu’il existe η > 0 tel que pour
tout x ∈ E, ∥x∥E < η entraine ∥f (x)∥F ≤ 1. Etant donné x un point quelconque
de E, avec x ̸= 0, on pose
η
y= x.
2∥x∥E
En remarquant que ∥y∥E < η, on obtient que ∥f (y)∥F ≤ 1. Par linéarité de f , cela
entraine que
2
∥f (x)∥F ≤ ∥x∥E .
η
On a ainsi montré que (2) ⇒ (3). Supposons pour finir que (3) a lieu. Etant donné
x ∈ E, soit y ∈ E quelconque. Alors
∥f (y) − f (x)∥F = ∥f (y − x)∥F .
de sorte qu’avec 3) on obtient que pour tout y ∈ E,
∥f (y) − f (x)∥F ≤ M ∥y − x∥E .
Donc f est lipschitzienne, et il s’ensuit que f est continue au point x. Ainsi, (3) ⇒
(1), et le théorème est démontré. □
70 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS, DE BANACH ET DE HILBERT

Une remarque importante (mais néanmoins simple à démontrer) est que la com-
posée d’applications linéaires continues est encore une application linéaire continue.
Le résultat se démontre en écrivant que si f : E → F et g : F → G sont linéaires,
alors pour tout x ∈ E,
∥g ◦ f (x)∥G ≤ ∥g∥Lc (F,G) ∥f (x)∥F
≤ ∥g∥Lc (F,G) ∥f ∥Lc (E,F ) ∥x∥E .
Donc g ◦ f est bien continue et on a même obtenu que
∥g ◦ f ∥Lc (E,G) ≤ ∥g∥Lc (F,G) ∥f ∥Lc (E,F )
si on définit la norme d’une application linéaire (voir ci-dessous) comme la plus
petite constante M dans (3). On peut se demander pourquoi la notion d’application
linéaire continue n’apparaı̂t pas en dimension finie. La raison en est donnée par le
résultat suivant.
Théorème 3.16. Soient (E, ∥.∥E ) et (F, ∥.∥F ) deux espaces vectoriels normés.
Si E est de dimension finie, toute application linéaire de E dans F est continue.
Démonstration. Soit (e1 , . . . , en ) une base de E. On note ∥.∥′E la norme de
E définie pour tout x = x1 e1 + · · · + xn en de E par
Xn
∥x∥′E = |xi | .
i=1
Sachant que E est de dimension finie, et d’après ce qui a été dit plus haut sur
l’équivalence des normes, il existe une constante réelle C > 0 telle que pour tout
x ∈ E, ∥x∥′E ≤ C∥x∥E . Etant donnés f une application linéaire de E dans F , on
écrit que pour tout x = x1 e1 + · · · + xn en de E
Xn
∥f (x)∥F = ∥ xi f (ei )∥F
i=1
n
X
≤ |xi |.∥f (ei )∥F
i=1
max ∥f (ei )∥F ∥x∥′E


i=1,...,n

≤ C max ∥f (ei )∥F ∥x∥E .
i=1,...,n

Il s’ensuit qu’il existe un réel M > 0,



M =C max ∥f (ei )∥F ,
i=1,...,n

tel que pour tout x ∈ E, ∥f (x)∥F ≤ M ∥x∥E . D’après le théorème précédent, cela
entraine que f est continue sur E. Le théorème est démontré. □
En dimension infinie les applications linéaires ne sont plus nécessairement con-
tinues. Un exemple d’une telle application linéaire non continue est donné par le
lemme suivant.
Lemme 3.1. Soit E l’espace vectoriel des fonctions réelles f : [−1, 1] → R qui
sont continues sur [−1, 1] et dérivables en 0. On munit E de la norme L∞ définie
par ∥f ∥L∞ = maxx∈[−1,1] |f (x)| (qui est bien définie puisque toute fonction continue
sur [−1, 1] est bornée et atteint ses bornes). La forme linéaire Φ : E → R définie
par Φ(f ) = f ′ (0) pour tout f ∈ E n’est pas continue sur (E, ∥ · ∥L∞ ).
9. ESPACES DES APPLICATIONS LINÉAIRES CONTINUES 71

Démonstration. Si Φ était continue il existerait une constant C > 0 telle


que |f ′ (0)| ≤ C∥f ∥L∞ pour toute fonction f ∈ E. Pour n ∈ N les fonctions
un (x) = sin(nx), x ∈ [−1, 1], sont dans E et elles sont de normes L∞ égale à 1 pour
tout n ≥ 2 puisque π/2 ∈ [−n, n] pour n ≥ 2. Or Φ(un ) = n. On devrait donc
avoir l’existence d’une constante C > 0 telle que C ≥ n pour tout n ≥ 2, ce qui est
bien sûr impossible. Donc Φ n’est pas continue. □
De nombreux autres exemples d’applications linéaires non continues en dimen-
sion infinie sont bien sûr possibles. Voir aussi la preuve du Théorème 3.11 où, avec
le lemme de Zorn, on montre que pour tout espace vectoriel normé (E, ∥ · ∥) de
dimension infinie il existe u : E → R linéaire qui n’est pas continue sur (E, ∥ · ∥).

8. Le théorème de Banach
Le théorème suivant est difficle à démontrer. On le donne ici sans preuve.
Théorème 3.17 (Théorème de Banach). Si (E, ∥ · ∥E ) et (F, ∥ · ∥F ) sont deux
espaces de Banach, et si f ∈ Lc (E, F ) est bijective de E sur F , alors f −1 ∈
Lc (F, E).
Clairement si f est linéaire bijective de E sur F , f −1 est linéaire de F sur E.
Ce n’est pas la linéarité de f −1 qui est l’affirmation difficile. Ce que dit le théorème
de Banach, et qui est difficile à démontrer, est que la continuité de f entraı̂ne la
continuité de f −1 . Ainsi, toute application linéaire continue bijective entres Banach
est en fait un isomorphisme bi-continu entre ces espaces.

9. Espaces des applications linéaires continues


Le résultat suivant est important.
Théorème 3.18. Soient (E, ∥.∥E ) et (F, ∥.∥F ) deux espaces vectoriels normés,
et soit Lc (E, F ) l’espace vectoriel des applications linéaires continues de E dans F .
Soit ∥ · ∥Lc (E,F ) la norme sur Lc (E, F ) définie par
∥f (x)∥F
∥f ∥Lc (E,F ) = sup .
x∈E\{0} ∥x∥E

Alors non seulement ∥ · ∥Lc (E,F ) est bien une norme sur Lc (E, F ), mais en plus,
l’espace (Lc (E, F ), ∥ · ∥Lc (E,F ) ) est un espace de Banach dès que (F, ∥ · ∥F ) est un
espace de Banach.
Démonstration. On vérifie facilement que ∥ · ∥Lc (E,F ) est bien une norme.
On montre que (Lc (E, F ), ∥ · ∥Lc (E,F ) ) est un espace de Banach dès que (F, ∥ · ∥F )
est un espace de Banach. On considère (fn )n une suite de Cauchy dans Lc (E, F ).
Alors
∀ε > 0 , ∃N ∈ N / ∀p, q ≥ N , ∥fp − fq ∥Lc (E,F ) < ε . (3.9)
En particulier, par définition même de ∥ · ∥Lc (E,F ) , on obtient avec (3.9) que
∀ε > 0 , ∃N ∈ N / ∀p, q ≥ N , ∀x ∈ E ,
(3.10)
∥fp (x) − fq (x)∥F ≤ ε∥x∥E
La suite (fn (x))n est donc de Cauchy dans (F, ∥.∥F ). Comme (F, ∥.∥F ) est un
espace de Banach, elle converge dans (F, ∥.∥F ). On note f (x) sa limite, et comme
72 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS, DE BANACH ET DE HILBERT

x est quelconque dans E, on récupère une application f : E → F . Pour x, y ∈ E et


λ ∈ R,
∥f (x + λy) − f (x) − λf (y)∥F
= ∥f (x + λy) − fn (x + λy) + fn (x) + λfn (y) − f (x) − λf (y)∥F
≤ ∥f (x + λy) − fn (x + λy)∥F + ∥fn (x) − f (x)∥F + |λ|∥fn (y) − f (y)∥F
pour tout n, puisque fn est linéaire. En faisant tendre n → +∞, on voit que f est
bien linéaire, à savoir que
f (x + λy) = f (x) + λf (y)
pour tous x, y ∈ E et tout λ ∈ R. En faisant tendre p → +∞ dans (3.10), avec q
et ε fixés, par exemple ε = 1 et q = N , on voit aussi que pour tout x ∈ E,
∥f (x)∥F = ∥f (x) − fq (x) + fq (x)∥F
≤ ε∥x∥E + ∥fq (x)∥F

≤ ∥fq ∥Lc (E,F ) + ε ∥x∥E .
En particulier, f est continue sur E. Reste à montrer que (fn )n converge vers f
dans (Lc (E, F ), ∥ · ∥Lc (E,F ) ). Pour cela on revient à (3.10), on fait tendre q vers
l’infini, et on prend ensuite le supremum sur les x ∈ E\{0} dans la conclusion de
(3.10). Alors
∥fp (x) − f (x)∥F
∀ε > 0 , ∃N ∈ N / ∀p ≥ N , sup ≤ε (3.11)
x∈E\{0} ∥x∥E
et puisque ε > 0 est quelconque, (3.11) n’exprime rien d’autre que la convergence
de la suite (fn )n vers f dans (Lc (E, F ), ∥ · ∥Lc (E,F ) ), à savoir une relation du type
∀ε > 0 , ∃N ∈ N / ∀p ≥ N , ∀x ∈ E , ∥fp − f ∥Lc (E,F ) < ε .
L’espace (Lc (E, F ), ∥ · ∥Lc (E,F ) ) est donc bien un espace de Banach. Le théorème
est démontré. □

A titre de remarque, on a aussi


∥f ∥Lc (E,F ) = sup ∥f (x)∥F
{x∈E / ∥x∥E ≤1}

ou encore
∥f ∥Lc (E,F ) = sup ∥f (x)∥F .
{x∈E / ∥x∥E =1}

En fait ∥f ∥Lc (E,F ) est le plus petit des réels M pour lesquels ∥f (x)∥F ≤ M ∥x∥E
pour tout x.

10. Premier théorème de Riesz


Dans le cas hilbertien, les formes linéaires continues sont caractérisées par le
premier théorème de Riesz.
Théorème 3.19 (Premier théorème de Riesz). Soit (H, ⟨·, ⟩) un espace de
Hilbert et soit f : H → R une forme linéaire continue sur H. Il existe alors
a ∈ H tel que f (x) = ⟨a, x⟩ pour tout x ∈ H. De plus a est unique.
11. APPLICATIONS MULTILINÉAIRES CONTINUES 73

Démonstration. Sans perdre en généralité on peut supposer que f n’est pas


identiquement nulle. Soit F = Ker(f ). Comme f est continue, F est un sous espace
vectoriel fermé de H. Donc, en vertue du Théorème 3.14, H = F ⊕F ⊥ . Soit b ∈ F ⊥
tel que ∥b∥ = 1, où ∥ · ∥ est la norme associée au produit scalaire. Un tel b existe car
F ̸= H dès que f n’est pas identiquement nulle. Comme b ̸= 0 on a que f (b) ̸= 0.
Pour tout x ∈ H il existe alors λ ∈ R tel que f (x) = λf (b) qui est une égalité dans
R. En particulier, pour tout z ∈ F ⊥ il existe λ ∈ R tel que f (z) = λf (b). Mais
alors z −λb ∈ F ∩F ⊥ et ainsi z = λb. Donc F ⊥ est de dimension un. Soit λ0 = f (b)
et a = λ0 b. Alors a est un vecteur directeur (une base) de F ⊥ et f (a) = ∥a∥2 . Tout
x ∈ H s’écrit x = y + z avec y ∈ F et z ∈ F ⊥ . Donc tout x ∈ H s’écrit x = y + λa
avec y ∈ F et λ ∈ R. On a alors f (x) = λf (a) puisque f (y) = 0 tandis que
⟨x, a⟩ = ⟨y, a⟩ + λ∥a∥2 = λf (a)
puisque y ∈ F , a ∈ F ⊥ et f (a) = ∥a∥2 . D’où f (x) = ⟨a, x⟩ pour tout x ∈ H.
Pour montrer l’unicité supposons que a, a′ ∈ H sont tels que f (x) = ⟨a, x⟩ et
f (x) = ⟨a′ , x⟩ pour tout x ∈ H. Alors ⟨a′ − a, x⟩ = 0 pour tout x ∈ H et donc, en
particulier, ∥a′ − a∥ = 0. D’où a′ = a et on a bien existence et unicité d’un a ∈ H
pour lequel f (x) = ⟨a, x⟩ pour tout x ∈ H. Le théorème est démontré. □

11. Applications multilinéaires continues


On considère E1 , . . . , En , F des espaces vectoriels. On considère aussi
f : E1 × · · · × En → F
une application de E1 × . . . En dans F . L’application f est dite multilinéaire si
elle est linéaire par rapport à chacune de ses variables. En d’autres termes, f est
multilinéaire si pour tout point (a1 , . . . , an ) ∈ E1 × · · · × En , et tout i = 1, . . . , n,
les applications partielles fi = Ei → F définies par
fi (x) = f (a1 , . . . , ai−1 , x, ai+1 , . . . , an )
sont linéaires en tant qu’applications de Ei dans F . Si (E1 , ∥ · ∥E1 ), . . . , (En , ∥ · ∥En )
sont des espaces vectoriels normés, on place sur E = E1 × · · · × En l’une des deux
normes équivalentes
v
u n n
uX X
∥X∥ = t ∥xi ∥2Ei ou ∥X∥′ = ∥xi ∥Ei (3.12)
i=1 i=1

où X = (x1 , . . . , xn ). Elles sont équivalentes, comme on le voit par exemple en


montrant la double inégalité
v
n u n
X √ uX
∥xi ∥Ei = ⟨(∥xi ∥Ei )i , (1)i ⟩R ≤ nt
n ∥xi ∥2Ei , et
i=1 i=1
v
u n n
uX √ √ X
t ∥xi ∥2Ei ≤ n max ∥xi ∥Ei ≤ n ∥xi ∥Ei
i
i=1 i=1

de sorte que
1 √
√ ∥X∥ ≤ ∥X∥′ ≤ n∥X∥
n
pour tout X = (x1 , . . . , xn ) dans E1 × · · · × En .
74 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS, DE BANACH ET DE HILBERT

Théorème 3.20. Soient (E1 , ∥ · ∥1 ),. . . , (En , ∥ · ∥n ), et (F, ∥ · ∥F ) des espaces


vectoriels normés. Soit aussi f : E1 × · · · × En → F une application multilinéaire.
Les affirmations suivantes sont équivalentes:
(i) f est continue en tout point de E1 × · · · × En ,
(ii) f est continue à l’origine (0, . . . , 0) de E1 × · · · × En ,
(iii) ∃M > 0 tel que ∥f (x1 , . . . , xn )∥F ≤ M ∥x1 ∥1 × · · · × ∥xn ∥n
pour tout (x1 , . . . , xn ) ∈ E1 × · · · × En , où la norme placée sur E1 × · · · × En qui
sert à définir la continuité est l’une des normes équivalentes (3.12).
Démonstration. Comme dans le cas linéaire on montre que (i) ⇒ (ii) ⇒ (iii)
⇒ (i). Déjà, il est clair que (i) ⇒ (ii). Supposons maintenant (ii). Alors
∀ε > 0 , ∃η > 0 / ∀(x1 , . . . , xn ), ∥(x1 , . . . , xn )∥ < η
⇒ ∥f (x1 , . . . , xn )∥F < ε
Pn
où, par exemple, ∥(x1 , . . . , xn )∥ = i=1 ∥xi ∥i . On fixe ε = 1. Soit (x1 , . . . , xn ) un
point quelconque de E1 × · · · × En . Si l’un des xi est nul, alors f (x1 , . . . , xn ) = 0
(car f (0) = 0 pour une application linéaire), et (iii) est trivialement vérifié par
(x1 , . . . , xn ). On suppose maintenant que xi ̸= 0 pour tout i. Le point (y1 , . . . , yn )
η
défini par yi = 2n∥x i ∥i
xi est alors tel que ∥(y1 , . . . , yn )∥ < η. En particulier,
∥f (y1 , . . . , yn )∥F ≤ 1, et puisque f est multilinéaire,
 η n 1
f (y1 , . . . , yn ) = Qn f (x1 , . . . , xn ) .
2n i=1 ∥xi ∥i
On a ainsi obtenu que
 n
n Y
2n
∥f (x1 , . . . , xn )∥F ≤ ∥xi ∥i
η i=1

pour tout point (x1 , . . . , xn ) ∈ E1 × · · · × En . Donc (ii) ⇒ (iii). Pour finir on


suppose (iii). Soient aussi X = (x1 , . . . , xn ) et Y = (y1 , . . . , yn ) deux points de
E1 × · · · × En . On écrit que
f (y1 , . . . , yn ) − f (x1 , . . . , xn )
= f (y1 − x1 , y2 , . . . , yn ) + f (x1 , y2 − x2 , y3 , . . . , yn )
+ · · · + f (x1 , . . . , xn−1 , yn − xn ) .
Par exemple, lorsque n = 2,
f (y1 , y2 ) − f (x1 , x2 ) = f (y1 − x1 , y2 ) + f (x1 , y2 − x2 ) .
On fixe X = (x1 , . . . , xn ). Si ∥Y − X∥ ≤ 1, alors ∥yi ∥i ≤ 1 + ∥xi ∥i pour tout i, et il
existe ainsi K > 0, K = 1 + maxi ∥xi ∥i , tel que ∥xi ∥i ≤ K et ∥yi ∥i ≤ K pour tout
i. Par suite, par inégalité triangulaire, et d’après (iii),
n
X
∥f (y1 , . . . , yn ) − f (x1 , . . . , xn )∥F ≤ M K n−1 ∥yi − xi ∥i
i=1
= M K n−1 ∥Y − X∥
Il s’ensuit facilement que
∀ε > 0 , ∃η > 0 / ∀Y, ∥Y − X∥ < η ⇒ ∥f (Y ) − f (X)∥F < ε .
11. APPLICATIONS MULTILINÉAIRES CONTINUES 75

Il suffit de choisir η tel que η ≤ 1 et η < ε/M K n−1 . Donc (iii) ⇒ (i). Le théorème
est démontré. □
En dimension finie, les multilinéaires, comme les linéaires, sont toujours con-
tinues.
Théorème 3.21. Soient (E1 , ∥·∥1 ),. . . , (En , ∥·∥n ) et (F, ∥·∥F ) des espaces vec-
toriels normés. On suppose que les Ei sont de dimensions finies. Toute application
multilinéaire f : E1 × · · · × En → F est alors continue.
Démonstration. Il suffit de montrer qu’il existe M > 0 tel que
∥f (x1 , . . . , xn )∥F ≤ M ∥x1 ∥1 × · · · × ∥xn ∥n
pour tout (x1 , . . . , xn ) ∈ E1 × · · · × En . Notons mk les dimensions des Ek et
(ek1 , . . . , ekmk ) des bases de Ek , k = 1, . . . , n. Pour tout xk ∈ Ek on note xk1 , . . . , xkmk
les coordonnées de xk dans la base (ek1 , . . . , ekmk ), k = 1, . . . , n. Par équivalence des
normes en dimension finie, pour tout k = 1, . . . , n, il existe Ck > 0 tel que
v
u mk
uX
t (xk )2 ≤ Ck ∥xk ∥k
i
i=1

pour tout xk ∈ Ek . Pour i1 ∈ {1, . . . , m1 }, . . . , in ∈ {1, . . . , mn }, on note main-


tenant
ai1 ...in = f (e1i1 , . . . , enin ) .
Pour tout (x1 , . . . , xn ) ∈ E1 × · · · × En , on a alors, par multilinéarité de f ,
X
f (x1 , . . . , xn ) = x1i1 . . . xnin ai1 ...in ,
i1 ,...,in
qP
et donc, puisqu’on a toujours |xi | ≤ 2
j xj , on obtient avec ce qui a été dit
ci-dessus que
X
∥f (x1 , . . . , xn )∥F = ∥ x1i1 . . . xnin ai1 ...in ∥F
i1 ,...,in
X
≤ C1 . . . Cn ∥ai1 ...in ∥F ∥x1 ∥1 . . . ∥xn ∥n
i1 ,...,in
P
En posant M = C1 . . . Cn ∥ai1 ...in ∥F , on obtient l’inégalité voulue. Le théorème
est démontré. □
Etant donnés (E1 , ∥ · ∥1 ),. . . , (En , ∥ · ∥n ), et (F, ∥ · ∥F ) des espaces vectoriels
normés, on note Lc (E1 , . . . , En ; F ) l’espace des applications multilinéaires continues
de E1 , . . . , En dans F . L’espace hérite d’une norme définie par
∥f ∥Lc (E1 ,...,En ;F ) = sup ∥f (x1 , . . . , xn )∥F .
xi ∈Ei ,∥xi ∥i ≤1

On a alors que
∥f (x1 , . . . , xn )∥F ≤ ∥f ∥Lc (E1 ,...,En ;F ) ∥x1 ∥1 × · · · × ∥xn ∥n
pour tous (x1 , . . . , xn ) ∈ E1 ×· · ·×En . Une définition équivalente de ∥f ∥Lc (E1 ,...,En ;F )
est qu’il s’agit du plus petit des réels positifs M pour lesquels
∥f (x1 , . . . , xn )∥F ≤ M ∥x1 ∥1 × · · · × ∥xn ∥n
76 3. ESPACES VECTORIELS NORMÉS, DE BANACH ET DE HILBERT

pour tous (x1 , . . . , xn ) ∈ E1 × · · · × En . On pourra vérifier que le résultat suivant


a lieu. Il se démontre comme dans le cas des applications linéaires.
Théorème 3.22. Soient (E1 , ∥ · ∥1 ),. . . , (En , ∥ · ∥n ), et (F, ∥· ∥F ) des espaces
vectoriels normés. L’espace Lc (E1 , . . . , En ; F ), ∥ · ∥Lc (E1 ,...,En ;F ) est un espace de
Banach dès que (F, ∥ · ∥F ) est un espace de Banach.

12. L’isométrie naturelle de Lc (E, Lc (F, G)) avec Lc (E, F ; G)


On commence par définir ce qu’est une isométrie vectorielle entre espaces vec-
toriels normés. Soient (E, ∥ · ∥E ) et (F, ∥ · ∥F ) deux espaces vectoriels normés et f
une application linéaire de E dans F . On dit que f est une isométrie vectorielle de
(E, ∥ · ∥E ) sur (F, ∥ · ∥F ) si:
(i) f est un isomorphisme de E sur F , et
(ii) ∥f (x)∥F = ∥x∥E pour tout x ∈ E .
En d’autres termes, une isométrie vectorielle est un isomorphisme qui présèrve les
normes. Bien sûr f est continue (car, en particulier, ∥f (x)∥F ≤ ∥x∥E pour tout
x), et f −1 présèrve aussi les normes (i.e ∥f −1 (y)∥E = ∥y∥F pour tout y). En
particulier, f −1 est continue, et f est un isomorphisme bi-continu (qui présèrve les
normes).
Théorème 3.23. Soient (E, ∥ · ∥E ), (F, ∥ · ∥F ), et (G, ∥ · ∥G ) trois espaces
vectoriels normés. L’application
Φ : Lc (E, F ; G) → Lc (E, Lc (F, G))
qui à f ∈ Lc (E, F ; G) associe Φ(f ) ∈ Lc (E, Lc (F, G)), définie par

Φ(f )(x) (y) = f (x, y)
pour tout x ∈ E et tout y ∈ F , est une isométrie vectorielle de l’espace des
bilinéaires (Lc (E, F ; G), ∥ · ∥Lc (E,F ;G) ) sur (Lc (E, Lc (F, G)), ∥ · ∥Lc (E,Lc (F,G)) ). En
particulier, via Φ, l’espace des bilinéaires Lc (E, F ; G) s’assimile naturellement à
l’espace Lc (E, Lc (F, G)).
On vérifie facilement que Φ est bien bijective et que l’application réciproque de
Φ est l’application
Φ−1 : Lc (E, Lc (F, G)) → Lc (E, F ; G)
qui à f ∈ Lc (E, Lc (F, G)) associe Φ−1 (f ) ∈ Lc (E, F ; G) définie par
Φ−1 (f )(x, y) = f (x) (y)


pour tout x ∈ E et tout y ∈ F . On démontre maintenant le théorème.


Démonstration. On commence par montrer que Φ et Φ−1 sont bien définies.
Soit f fixée, f ∈ Lc (E, F ; G). Clairement, puisque f est bilinéaire,
 Φ(f )(x) ∈
L(F, G) (i.e Φ(f )(x) est linéaire de F dans G) où Φ(f )(x) (y) = f (x, y). De
même, on vérifie facilement que Φ(f ) ∈ L(E, L(F, G)). Comme f est continue,
∥f (x, y)∥G ≤ ∥f ∥Lc (E,F ;G) ∥x∥E ∥y∥F .
On en déduit que

∥ (Φ(f )(x)) (y)∥G ≤ ∥f ∥Lc (E,F ;G) ∥x∥E ∥y∥F
12. L’ISOMÉTRIE NATURELLE DE Lc (E, Lc (F, G)) AVEC Lc (E, F ; G) 77

et donc que Φ(f )(x) ∈ Lc (F, G), avec


∥Φ(f )(x)∥Lc (F,G) ≤ ∥f ∥Lc (E,F ;G) ∥x∥E .
Ensuite, on tire de cette inégalité que Φ(f ) ∈ Lc ((E, Lc (F, G)) et que
∥Φ(f )∥Lc ((E,Lc (F,G)) ≤ ∥f ∥Lc (E,F ;G) . (3.13)
Donc Φ est bien une application de Lc (E, F ; G) dans Lc (E, Lc (F, G)). Clairement,
Φ est linéaire en f . Avec (3.13) on récupère alors que Φ est continue et que ∥Φ∥ ≤ 1.
De la même façon on montre que Φ−1 est bien définie, qu’elle est linéaire continue,
et que ∥Φ−1 ∥ ≤ 1. Comme par ailleurs Φ ◦ Φ−1 = Id, en passant aux normes, on
trouve que
1 ≤ ∥Φ−1 ∥ × ∥Φ∥ .
Du coup, ∥Φ∥ = 1 et ∥Φ−1 ∥ = 1. En écrivant que
∥f ∥Lc (E,F ;G) = ∥Φ−1 Φ(f ) ∥Lc (E,F ;G) ≤ ∥Φ−1 ∥ × ∥Φ(f )∥Lc (E,Lc (F,G)) ,


on en déduit que ∥Φ(f )∥Lc (E,Lc (F,G)) = ∥f ∥Lc (E,F ;G) et donc que Φ est bien une
isométrie vectorielle. Le théorème est démontré. □
CHAPITRE 4

Calcul différentiel dans les Banach

Il s’agit ici de développer la théorie du calcul différentiel pour les applications


entre espaces de Banach.

1. Applications différentiables
On inverse les priorités. On ne cherche plus à calculer la différentielle mais
bien à définir la différentiabilité. C’est elle qui vient en premier, et c’est la “bonne”
façon de voir les choses.
Définition 4.1. Soient (E, ∥ · ∥E ) et (F, ∥ · ∥F ) deux espaces de Banach, Ω un
ouvert de E, a ∈ Ω un point de Ω, et f : Ω → F une application de Ω dans F . On
dit que f est différentiable au point a s’il existe une application linéaire continue
g ∈ Lc (E, F ) telle que
f (x) − f (a) − g(x − a) = ∥x − a∥E ε(x) (4.1)
pour tout x ∈ Ω, où ε : Ω → F est telle que ε(a) = 0 et ε(x) → 0 (pour ∥ · ∥F )
lorsque x → a (pour ∥ · ∥E ). On dit que g est la différentielle de f au point a et on
la note Df (a).
Formellement, (4.1) signifie que
∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ Ω\{a}, ∥x − a∥E < η
⇒ ∥f (x) − f (a) − g(x − a)∥F < ε∥x − a∥E
On montre que g est unique lorsqu’elle existe.
Lemme 4.1. L’application linéaire g, si elle existe, est unique.
Démonstration. Si deux g1 , g2 ∈ Lc (E, F ) vérifient (⋆), alors
g1 (x − a) − g2 (x − a) = ∥x − a∥E ε(x)
pour tout x ∈ Ω, où ε : Ω → F est telle que ε(a) = 0 et ε(x) → 0 lorsque x → a.
Soit h ∈ E un élément quelconque de E. Comme Ω est un ouvert, il existe r0 > 0
tel que pour tout t ∈]−r0 , +r0 [, le point x = a+th est dans Ω. Bien sûr, a+th → a
lorsque t → 0. En posant x = a + th dans l’égalité ci-dessus, avec t > 0, et par
linéarité de g1 et g2 , on obtient que
g1 (h) − g2 (h) = ∥h∥E εh (t)
pour tout t > 0 suffisamment petit, où εh (t) = ε(a + th) est telle que εh (t) → 0
lorsque t → 0. En faisant effectivement tendre t → 0, il suit que g2 (h) = g1 (h) pour
tout h ∈ E, et donc que g2 ≡ g1 . On a donc bien unicité de g et on peut donc bien
s’en servir pour définir Df (a) = g. □
79
80 4. CALCUL DIFFÉRENTIEL DANS LES BANACH

Dans le cas de la dimension finie on retombe bien avec la Défintion 4.1 sur ce
qui a été dit dans le Chapitre 2.
Proposition 4.1. Si E = Rp et F = Rq alors on retrouve bien que
Df (a).(H) = Df (a)1 .(H), . . . , Df (a)q .(H) avec


p
X ∂fj
Df (a)j .(H) = (a)hi
i=1
∂xi
pour tout H = (h1 , . . . , hp ) ∈ Rp , où les f1 , . . . , fq sont les fonctions composantes
de f .
Démonstration. Pour faire simple supposons q = 1. On a

f (x) − f (a) − g(x − a) = ∥x − a∥E ε(x) (4.2)


avec ε(a) = 0 et ε(x) → 0 lorsque x → a. Prenons successivement x sous la forme
x = xt avec
xt = (a1 , . . . , ai−1 , t, ai+1 , . . . , ap ) .
Si fai (t) = f (a1 , . . . , ai−1 , t, ai+1 , . . . , ap ) est la ième fonction partielle du Chapitre
2, alors (4.2) s’écrit aussi
fai (t) − fai (ai ) − Φi (t − ai ) = |t − ai |ε(t) , (4.3)
où ε(ai ) = 0 et ε(t) → 0 lorsque t → ai , et la fonction
Φi (t) = g(0, . . . , 0, t, 0 . . . , 0)
(le t à la ième place) est une fonction linéaire de R dans lui-même. Les fonctions
linéaires de R dans R s’écrivent toutes sous la forme t → λt pour λ ∈ R un réel
donné. Donc, en remplaçant, si on note Φi (t) = λi t, on obtient avec (4.3) que
fai (t) − fai (ai ) − λi (t − ai ) = |t − ai |ε(t) . (4.4)
A partir de (4.4) on obtient que
fai (t) − fai (ai )
lim = λi
t→ai ,t̸=ai t − ai
et donc
∂f
λi = (fai )′ (ai ) = (a) .
∂xi
Pp
En remarquant que g(H) = i=1 Φi (hi ) pour tout H = (h1 , . . . , hp ), on voit que
p
X ∂f
g(H) = (a)hi
i=1
∂xi
pour tout H = (h1 , . . . , hp ). D’où la proposition. □
Pourquoi demander dans (4.1) que g ∈ Lc (E, F ), et non pas tout simplement
que g ∈ L(E, F ) sans continuité sur g ? En raison du résultat suivant. . . , et donc
de caractère incontournable de l’implication “dérivable ⇒ continue”.
Théorème 4.1. Soient (E, ∥ · ∥E ) et (F, ∥ · ∥F ) deux espaces de Banach. Soient
Ω un ouvert de E, a ∈ Ω un point de Ω, et f : Ω → F une application de Ω dans
F . Si f est différentiable au point a, alors f est aussi continue au point a.
1. APPLICATIONS DIFFÉRENTIABLES 81

Démonstration. On a
f (x) − f (a) − g(x − a) = ∥x − a∥E ε(x) (4.5)
avec ε(a) = 0 et ε(x) → 0 lorsque x → a. Comme g est continue, limx→a g(x − a) =
0. Donc (comme aussi ∥x − a∥E ε(x) → 0 lorsque x → a), on voit avec (4.5) que
lim f (x) = f (a) ,
x→a
et f est bien continue en a. D’où le théorème. □
La différentiabilité sur Ω se définit classiquement comme la différentiabilité en
tout point de Ω.
Définition 4.2. Soient (E, ∥ · ∥E ) et (F, ∥ · ∥F ) deux espaces de Banach, et
soit Ω un ouvert de E. Soit f : Ω → F une application de Ω dans F . On dit que f
est différentiable sur Ω si f est différentiable en tout point a de Ω.
Si f : Ω → F est différentiable sur Ω, alors on récupère une application
Df : Ω → Lc (E, F )
qui à x ∈ Ω associe Df (x) ∈ Lc (E, F ). Les applications Df et f sont de même
type (ou même nature): ce sont deux applications d’un espace de Banach dans un
autre espace de Banach. On place ici sur Lc (E, F ) sa norme naturelle
∥Φ(x)∥F
∥Φ∥Lc (E,F ) = sup ,
x∈E\{0} ∥x∥E

et on rappelle (cf. Chapitre 3) que Lc (E, F ), ∥ · ∥Lc (E,F ) est un Banach dès que
(F, ∥ · ∥F ) est un Banach.
La remarque que l’on vient de faire est d’importance. Elle permet de définir de
façon naturelle les applications de classe C 1 , les applications deux fois différentiables,
les applications de classe C 2 , les applications trois fois différentiables, etc. à partir
des seules notions d’application différentiable et d’application continue entre Ba-
nach, comme c’était le cas pour les fonctions de R dans R. Evidemment, si la théorie
est claire et simple, dans la pratique les espaces se compliquent considérablement
au fur et à mesure que l’on différencie:
Df : Ω → Lc (E, F ) , D2 f : Ω → Lc (E, Lc (E, F )) ,
D3 f : Ω → Lc (E, Lc (E, Lc (E, F ))) , . . .
Les espaces d’arrivées seront à simplifier (par assimilation). Par exemple (cf.
Chapitre 3), Lc (E, Lc (E, F )) ≈ Lc (E, E; F ).
Définition 4.3. Soient (E, ∥ · ∥E ) et (F, ∥ · ∥F ) deux espaces de Banach, et
soit Ω un ouvert de E. Soit f : Ω → F une application différentiable de Ω dans F .
On dit que f est de classe C 1 sur Ω si Df : Ω → Lc (E, F ) est continue sur Ω.
La continuité de DF en un point a ∈, Ω s’écrit
∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ Ω, ∥x − a∥E < η
⇒ ∥Df (x) − Df (a)∥Lc (E,F ) < ε
et donc
∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ Ω, ∥x − a∥E < η
⇒ ∥Df (x).h − Df (a).h∥F ≤ ε∥h∥E pour tout h ∈ E .
82 4. CALCUL DIFFÉRENTIEL DANS LES BANACH

Les deux formulations sont équivalentes en vertue de la définition même de la norme


d’une application linéaire continue (et puisque ε > 0 est quelconque).

2. Gateaux-différentiabilité
La notion de différentiabilité que l’on vient de voir dans la section précédente
(et aux Chapitres 1 et 2) est aussi appelée différentiabilité au sens de Fréchet. Il
existe d’autres notions de différentiabilité. L’une, moins forte, est la notion de
différentiabilité au sens de Gateaux. On la discute très brièvement ici, essentielle-
ment pour la culture.
Définition 4.4. Soient (E, ∥ · ∥E ) et (F, ∥ · ∥F ) deux espaces de Banach, Ω un
ouvert de E, et a ∈ Ω un point de Ω. Soit f : Ω → F une application de Ω dans
F . On dit que f est Gateaux-différentiable au point a si pour tout h ∈ E la dérivée
directionnelle de f en a suivant h, donnée par la limite
f (a + th) − f (a)
f ′ (a; h) = lim ,
t→0 t
existe et si l’application h → f ′ (a; h) est linéaire continue.
Toute fonction différentiable au sens classique de Fréchet est différentiable au
sens de Gateaux et alors fa′ (h) = Df (a).(h). Par contre la réciproque est fausse.
Une fonction peut être Gateaux-différentiable mais pas Fréchet-différentiable (ni
même d’ailleurs continue). Par exemple, soit p > 1 et soit f : R2 → R la fonction
définie par (
f (x, y) = 0 si y = |x|p et (x, y) ̸= (0, 0),
f (x, y) = 1 sinon .
Alors f est Gateaux-différentiable en (0, 0) de différentielle de Gateaux en (0, 0)
nulle. Plus précisément, f ′ ((0, 0); (h, k)) = 0 pour tout (h, k) ∈ R2 puisque étant
donné (h, k) ∈ R2 , f (th, tk) = f (0, 0) = 1 pour t petit (à savoir t → 0). Par contre
f n’est pas Fréchet-différentiable en (0, 0) puisqu’elle n’y est même pas continue
(puisque par exemple f (xp , x) = 0 pour tout x > 0 et donc f (xp , x) ̸→ f (0, 0)
lorsque x → 0+ ).
Soit Ω ⊂ Rn un ouvert de Rn , a ∈ Ω et f : Ω → R une fonction Gateaux-
∂f
différentiable en a. Les dérivées partielles ∂x i
(f ) de f en a existent et sont données

par f (a; ei ) où ei est le ième vecteur de la base canonique de Rn . Comme la fonction
h → f ′ (a; h) est linéaire, il existe p ∈ Rn tel que f ′ (a; h) = ⟨p, h⟩ pour tout h ∈ Rn ,
où ⟨·, ·⟩ est le produit scalaire euclidien. Par suite, forcément, f ′ (a; h) = ⟨∇f (a), h⟩
pour tout h ∈ Rn , où ∇f (a) ∈ Rn est le gradient de f en a, à savoir le vecteur de
∂f
Rn de composantes les dérivées partielles ∂x i
(a) de f en a.

3. Différentiabilité et normes équivalentes


On montre que les notions de différentiabilité et de différentielle sont invariantes
par changement de normes équivalentes.
Proposition 4.2. Soient (E, ∥ · ∥E ) et (F, ∥ · ∥F ) deux espaces de Banach, Ω
un ouvert de E, et a ∈ Ω un point de Ω. Soit f : Ω → F une application de Ω dans
F différentiable au point a de différentielle en ce point Df (a) ∈ Lc (E, F ). Si ∥ · ∥′E
et ∥ · ∥′F sont deux autres normes sur E et F , respectivement équivalentes à ∥ · ∥E
4. DIFFÉRENTIELLES DE FONCTIONS COMPOSÉES 83

et ∥ · ∥F , alors f est encore différentiable par rapport aux nouvelles normes et sa


différentielle par rapport aux nouvelles normes est toujours Df (a).
Démonstration. On commence déjà par remarquer que Lc (E, F ) ne change
pas par changement de normes équivalentes. Maintenant, comme ∥ · ∥E et ∥ · ∥′E
sont équivalentes sur E, dire que x → a pour ∥ · ∥E équivaut à dire que x → a pour
∥ · ∥′E . De même, comme ∥ · ∥F et ∥ · ∥′F sont équivalentes sur F , dire que ε(x) → 0
pour ∥ · ∥F équivaut à dire que ε(x) → 0 pour ∥ · ∥′F . Donc dire que l’on a
f (x) − f (a) − g(x − a) = ∥x − a∥E ε(x)
pour tout x ∈ Ω, où ε : Ω → F est telle que ε(a) = 0 et ε(x) → 0 (pour ∥ · ∥F )
lorsque x → a (pour ∥ · ∥E ), équivaut à dire que l’on a
f (x) − f (a) − g(x − a) = ∥x − a∥′E ε(x)
pour tout x ∈ Ω, où ε : Ω → F est telle que ε(a) = 0 et ε(x) → 0 (pour ∥ · ∥′F )
lorsque x → a (pour ∥ · ∥′E ). D’où la proposition. □

4. Différentielles de fonctions composées


On traite de la différentiabilité d’une composée.
Théorème 4.2. Soient (E, ∥ · ∥E ), (F, ∥ · ∥F ), et (G, ∥ · ∥G ) trois espaces de
Banach, Ω un ouvert de E, Ω′ un ouvert de F , et a ∈ Ω un point de Ω. Soient
f : Ω → F une application de Ω dans F , et g : Ω′ → G une application de Ω′ dans
G. On suppose que f est différentiable au point a, que f (Ω) ⊂ Ω′ , et que g est
différentiable au point f (a). Alors g ◦ f : Ω → G est différentiable au point a de
différentielle en ce point D(g ◦ f )(a) = Dg(f (a)) ◦ Df (a).
Démonstration. On a
g(y) − g (f (a)) − Dg (f (a)) . (y − f (a)) = ∥y − f (a)∥F ε̃(y) ,
f (x) − f (a) − Df (a).(x − a) = ∥x − a∥E ε(x) ,
où ε(x) → 0 lorsque x → a et ε̃(y) → 0 lorsque y → f (a). Posons y = f (x) avec
x → a. Alors y → f (a) par continuité de f en a. Et donc
g (f (x)) − g (f (a)) − Dg (f (a)) . (f (x) − f (a))
= ∥f (x) − f (a)∥F ε̂(x) ,
où ε̂(x) → 0 lorsque x → a. On a
f (x) − f (a) = Df (a).(x − a) + ∥x − a∥E ε(x) .
Par continuité de Df (a) (en tant qu’application linéaire donc), on en déduit que
∥f (x) − f (a)∥F = O (∥x − a∥E )
où par O (∥x − a∥E ) on entend un terme dominé par C∥x − a∥E pour C > 0 une
constante (c’est au moins vrai pour x au voisinage de a, et il n’y a que cela qui
nous intéresse). Par continuité et linéarité de Dg (f (a)),
Dg (f (a)) . (∥x − a∥E ε(x)) = ∥x − a∥E ε̂′ (x)
où ε̂′ (x) → 0 lorsque x → a. De toutes ces relations on tire que
g (f (x)) − g (f (a)) − (Dg (f (a)) ◦ Df (a)) .(x − a)
= ∥f (x) − f (a)∥F ε(x) ,
84 4. CALCUL DIFFÉRENTIEL DANS LES BANACH

où ε(x) → 0 lorsque x → a. Or Dg (f (a)) ◦ Df (a) ∈ Lc (E, G), et donc g ◦ f est


différentiable en a avec
D (g ◦ f ) (a) = Dg (f (a)) ◦ Df (a) .
La proposition est démontrée. □

5. Différentielles d’applications particulières


On se propose ici de calculer des différentielles d’applications particulières.
Déjà, de façon évidente, une application constante est différentiable en tout point
et la différentielle d’une application constante est nulle en tout point. En d’autres
termes, si f : Ω → F est constante, Ω ouvert de E, alors f est différentieable en
tout point a de Ω et Df (a) ≡ 0 est l’application linéaire nulle de E dans F . On
calcule dans ce qui suit les différentielles des applications linéaires, et multilinéaires.
Théorème 4.3. Soient (E, ∥ · ∥E ), (F, ∥ · ∥F ) deux espaces de Banach, et f ∈
Lc (E, F ) une application linéaire continue de E dans F . Alors f est différentiable
en tout point a de E de différentielle constante sur E donnée par Df (a) = f .
Démonstration. De façon évidente, pour tout x ∈ E,
f (x) − f (a) − f (x − a) = 0
et on peut donc écrire a fortiori que
∥f (x) − f (a) − f (x − a)∥F = ∥x − a∥E ε(x)
pour tout x ∈ E, où ε(x) → 0 lorsque x → a (il suffit de prendre ε ≡ 0), ce qui
prouve que f est différentiable au point a de différentielle en ce point Df (a) = f . □

L’application Df : E → Lc (E, F ) est continue (puisque constante), et donc f


est même de classe C 1 sur E (et ses dérivées successives sont nulles). On aborde
maintenant la différentiabilité des applications bilinéaires.
Théorème 4.4. Soient (E1 , ∥ · ∥E1 ), (E2 , ∥ · ∥E2 ), et (F, ∥ · ∥F ) trois espaces de
Banach, et f ∈ Lc (E1 , E2 ; F ) une application bilinéaire continue de E1 × E2 dans
F . Alors f est différentiable en tout point a = (a1 , a2 ) de E1 × E2 de différentielle
en ce point donnée par
Df (a).(h) = f (a1 , h2 ) + f (h1 , a2 )
pour tout h = (h1 , h2 ) dans E1 × E2 .
Démonstration. On place sur E1 × E2 l’une q des deux normes équivalentes
∥(x1 , x2 )∥ = ∥x1 ∥E1 + ∥x2 ∥E2 , ou ∥(x1 , x2 )∥ = ∥x1 ∥2E1 + ∥x2 ∥2E2 . Par exemple,
on place la norme
∥(x1 , x2 )∥E1 ×E2 = ∥x1 ∥E1 + ∥x2 ∥E2 .
Soit a = (a1 , a2 ) un point fixé de E1 × E2 , et soit g : E1 × E2 → F l’application
définie par
g(h1 , h2 ) = f (a1 , h2 ) + f (h1 , a2 )
pour tout (h1 , h2 ) dans E1 × E2 . Comme f est bilinéaire, g est une application
linéaire de E1 × E2 dans F . L’application g est de plus continue car f l’est. En
5. DIFFÉRENTIELLES D’APPLICATIONS PARTICULIÈRES 85

effet,
∥g(h1 , h2 )∥F
≤ ∥f (a1 , h2 )∥F + ∥f (h1 , a2 )∥F
≤ ∥f ∥Lc (E1 ,E2 ;F ) ∥a1 ∥E1 ∥h2 ∥E2 + ∥f ∥Lc (E1 ,E2 ;F ) ∥h1 ∥E1 ∥a2 ∥E2
≤ ∥f ∥Lc (E1 ,E2 ;F ) (∥a1 ∥E1 + ∥a2 ∥E2 ) ∥(h1 , h2 )∥E1 ×E2
et on obtient ainsi la continuité de l’application linéaire g. Par bilinéarité de f ,
f (x1 , x2 ) − f (a1 , a2 ) − f (a1 , x2 − a2 ) − f (x1 − a1 , a2 )
= f (a1 + h1 , a2 + h2 ) − f (a1 , a2 ) − f (a1 , h2 ) − f (h1 , a2 )
= f (h1 , h2 ) = f (x1 − a1 , x2 − a2 ) ,
où h1 = x1 − a1 et h2 = x2 − a2 . Par suite, pour tout (x1 , x2 ) ∈ E1 × E2 ,
∥f (x1 , x2 ) − f (a1 , a2 ) − f (a1 , x2 − a2 ) − f (x1 − a1 , a2 )∥F
≤ ∥f ∥Lc (E1 ,E2 ;F ) ∥x1 − a1 ∥E1 ∥x2 − a2 ∥E2
1
≤ ∥f ∥Lc (E1 ,E2 ;F ) ∥(x1 − a1 , x2 − a2 )∥2E1 ×E2 ,
2
et on a montré que pour tout (x1 , x2 ) ∈ E1 × E2 ,
f (x1 , x2 ) − f (a1 , a2 ) − f (a1 , x2 − a2 ) − f (x1 − a1 , a2 )
= ∥(x1 − a1 , x2 − a2 )∥E1 ×E2 ε(x1 , x2 ) ,
où ε(x1 , x2 ) → 0 lorsque (x1 , x2 ) → (a1 , a2 ). En particulier, f est différentiable au
point a = (a1 , a2 ) de différentielle en ce point
Df (a).(h) = f (a1 , h2 ) + f (h1 , a2 )
pour tout h = (h1 , h2 ) dans E1 × E2 . Le théorème est démontré. □
La proposition que l’on vient de démontrer se généralise aux applications mul-
tilinéaires d’ordre quelconque.
Théorème 4.5. Soient (E1 , ∥ · ∥E1 ),. . . ,(En , ∥ · ∥En ), (F, ∥ · ∥F ) des espaces
de Banach. Soit f ∈ Lc (E1 , . . . , En ; F ) une application n-linéaire continue de
E1 × · · · × En dans F . Alors f est différentiable en tout point a = (a1 , . . . , an ) de
E1 × · · · × En , de différentielle donnée par
Df (a).(h) = f (h1 , a2 , . . . , an ) + f (a1 , h2 , a3 , . . . , an )
+ · · · + f (a1 , . . . , an−1 , hn )
pour tout h = (h1 , . . . , hn ) dans E1 × · · · × En .
Démonstration. Il est facile de vérifier que Φ = Df (a) donné par le théorème
est linéaire et continue pour la norme produit au départ et la norme de F à l’arrivée.
Pour ne pas alourdir la rédaction, on démontre le théorème dans le cas spécial où
n = 3. On place sur E1 × E2 × E3 une des normes produits naturelles, par exemple
∥(x1 , x2 , x3 )∥E1 ×E2 ×E3 = ∥x1 ∥E1 + ∥x2 ∥E2 + ∥x3 ∥E3 .
On écrit que
f (x1 , x2 , x3 ) − f (a1 , a2 , a3 )
= f (x1 − a1 , a2 , a3 ) + f (x1 , x2 − a2 , a3 ) + f (x1 , x2 , x3 − a3 )
86 4. CALCUL DIFFÉRENTIEL DANS LES BANACH

de sorte que si Φ est l’application linéaire donnée par Df (a) dans le théorème,
f (x1 , x2 , x3 ) − f (a1 , a2 , a3 ) − Φ(x1 − a1 , x2 − a2 , x3 − a3 )
= f (x1 − a1 , x2 − a2 , a3 ) + f (x1 , x2 , x3 − a3 ) − f (a1 , a2 , x3 − a3 )
= f (x1 − a1 , x2 − a2 , a3 ) + f (x1 , x2 − a2 , x3 − a3 ) + f (x1 − a1 , a2 , x3 − a3 ) .
Par continuité de f en tant qu’application 3-linéaire, on obtient que
∥f (x1 , x2 , x3 ) − f (a1 , a2 , a3 ) − Φ(x1 − a1 , x2 − a2 , x3 − a3 )∥F
≤ ∥f (x1 − a1 , x2 − a2 , a3 )∥F + ∥f (x1 , x2 − a2 , x3 − a3 )∥F
+ ∥f (x1 − a1 , a2 , x3 − a3 )∥F
≤ C1 ∥x1 − a1 ∥E1 ∥x2 − a2 ∥E2 + C2 ∥x2 − a2 ∥E2 ∥x3 − a3 ∥E3
C3 ∥x1 − a1 ∥E1 ∥x3 − a3 ∥E3
où C1 , C2 , C3 > 0 sont des constantes strictement positives qui ne dépendent pas
de x, mais uniquement de f et de a. On en déduit que
∥f (x1 , x2 , x3 ) − f (a1 , a2 , a3 ) − Φ(x1 − a1 , x2 − a2 , x3 − a3 )∥F
≤ C∥(x1 − a1 , x2 − a2 , x3 − a3 )∥2E1 ×E2 ×E3
pour tout x = (x1 , x2 , x3 ). Et, clairement, ∥(x1 − a1 , x2 − a2 , x3 − a3 )∥2E1 ×E2 ×E3 est
un ∥x − a∥E1 ×E2 ×E3 ε(x) où ε(x) → 0 pour ∥ · ∥F lorsque x → a pour ∥ · ∥E1 ×E2 ×E3 .
On en déduit que f est différentiable au point a de différentielle Φ, ce qui constitue
le résultat voulu. □

6. Applications à valeurs dans un produit d’espaces de Banach


On considère (E, ∥ · ∥E ), (F1 , ∥ · ∥F1 ),. . . , (Fk , ∥ · ∥Fk ) des espaces de Banach.
On place sur le produit F = F1 × · · · × Fk l’une des deux normes produits définies
comme auparavant par
k
X
∥(y1 , . . . , yk )∥F1 ×···×Fk = ∥yi ∥Fi , ou
i=1
v
u k
uX
∥(y1 , . . . , yk )∥F1 ×···×Fk =t ∥yi ∥2Fi .
i=1

Etant donnés Ω un ouvert de E, et f : Ω → F , avec F = F1 × · · · × Fk , une


application de Ω dans le produit F1 × · · · × Fk , on note fi : Ω → Fi les applications
définies par f = (f1 , . . . , fk ). Donc f (x) = (f1 (x), . . . , fk (x)) pour tout x ∈ Ω.
Proposition 4.3. L’application f : Ω → F est différentiable en un point a de
Ω si et seulement si les applications fi le sont. De plus, pour tout x ∈ E,
Df (a).(x) = (Df1 (a).(x), . . . , Dfk (a).(x))
où les Df (a) ∈ Lc (E, F ) et Dfi (a) ∈ Lc (E, Fi ) sont les différentielles de f et fi en
a.
Démonstration. Plaçons sur F la norme
k
X
∥(y1 , . . . , yk )∥F1 ×···×Fk = ∥yi ∥Fi .
i=1
6. APPLICATIONS À VALEURS DANS UN PRODUIT D’ESPACES DE BANACH 87

Un raisonnement avec l’autre norme donnerait le même résultat puisque différentiabilité


et différentielle sont des notions invariantes par changement de normes équivalentes.
Supposons que f est différentiable en a. Il existe alors g ∈ Lc (E, F ) telle que
∥f (x) − f (a) − g(x − a)∥F = ∥x − a∥E ε(x) (4.6)
pour tout x ∈ Ω, où ε : Ω → R+ est telle que ε(x) → 0 lorsque x → a. Clairement
g s’écrit sous la forme g = (g1 , . . . , gk ), où les gi : E → Fi sont linéaires continues
de E dans Fi . Comme
k
X
∥f (x) − f (a) − g(x − a)∥F = ∥fi (x) − fi (a) − gi (x − a)∥Fi ,
i=1

on déduit de (4.6) que pour tout i,


∥fi (x) − fi (a) − gi (x − a)∥Fi = ∥x − a∥E ε(x) .
Ainsi fi est différentiable au point a, et gi = Dfi (a). A l’inverse, on obtient tout
aussi facilement que si les fi sont différentiables au point a, alors f l’est aussi avec
Df (a).(x) = (Df1 (a).(x), . . . , Dfk (a).(x)) .
D’où la proposition. □

Une application bien utile de cette proposition et de la proposition portant sur


la différentiabilité des applications bilinéaires est donnée par le corollaire suivant.
Corollaire 4.1. Soient (E, ∥ · ∥E ), (F, ∥ · ∥F ) deux espaces de Banach. Soit
Φ : E × E → F une application bilinéaire continue de E × E dans F , donc Φ ∈
Lc (E, E; F ). L’application f : E → F définie par f (x) = Φ(x, x) est différentiable
sur E de différentielle en tout point a de E donnée par Df (a).(x) = Φ(a, x)+Φ(x, a)
pour tout x ∈ E. En particulier, Df (a).(x) = 2Φ(a, x) pour tout x ∈ E si Φ est
symétrique.
Démonstration. On écrit que f est la composée de Φ et de l’application F :
E → E × E définie par F (x) = (x, x). On vérifie facilement que F est différentiable
sur E de différentielle en a donnée par
DF (a).(x) = (x, x) .
Par différentiabilité des fonctions composées, et différentiabilité des applications
bilinéaires, on en déduit que
Df (a).(x) = DΦ(F (a)). (DF (a).(x)) = DΦ(a, a).(x, x) = Φ(a, x) + Φ(x, a)
pour tout x ∈ E, et donc le corollaire. □

Une autre façon de voir les choses consiste à écrire que


f (a + h) = Φ(a + h, a + h)
= f (a) + Φ(a, h) + Φ(h, a) + Φ(h, h)
= f (a) + Fa (h) + ∥h∥E ε(h)
avec ε(h) → 0 dans F lorsque h → 0 dans E, puisque ∥Φ(h, h)∥F ≤ C∥h∥2E ,
et Fa : E → F qui est linéaire et continue (pusique Φ l’est). Par suite f est
différentiable en a et Df (a).(h) = Fa (h), ce qui est le résultat voulu.
88 4. CALCUL DIFFÉRENTIEL DANS LES BANACH

A titre d’application immédiate du résultat, notons L2 (R) l’espace de Lebesgue


des fonctions mesurables de R dans R qui sont de carré intégrables, à savoir qui
sont telles que R u2 dx < +∞. La norme
R
sZ
∥u∥L2 = u2 dx
R
2
fait de
R L2 (R) un espace de Banach. L’application f : L2 (R) → R définie par
2
u → R u dx est alors différentiable sur L (R) de différentielle
Z
Df (u).(v) = 2 uvdx
R
R
En effet, (u, v) → R uvdx est une forme bilinéaire symétrique continue (par Cauchy-
Schwarz) sur L2 (R) et on peut appliquer le corollaire que l’on vient de démontrer.

7. Pseudo produits d’applications différentiables


Soient (E, ∥ · ∥E ), (E1 , ∥ · ∥E1 ), (E2 , ∥ · ∥E2 ), et (F, ∥ · ∥F ) quatre espaces de
Banach. Soient de plus Ω un ouvert de E, u1 : Ω → E1 et u2 : Ω → E2 deux
applications de Ω dans E1 et E2 , et f : E1 × E2 → F une application bilinéaire
continue de E1 × E2 dans F . On définit le pseudo-produit u de u1 et u2 comme
étant l’application u : Ω → F donnée par
u(x) = f (u1 (x), u2 (x)) .
On parle de pseudo-produit par analogie avec le cas réel où u1 : R → R, u2 : R → R,
et u(x) = u1 (x)u2 (x) (à savoir f (x, y) = xy de R × R → R). On démontre la
proposition suivante.
Proposition 4.4. Soient (E, ∥ · ∥E ), (E1 , ∥ · ∥E1 ), (E2 , ∥ · ∥E2 ), et (F, ∥ · ∥F )
quatre espaces de Banach. Soient de plus Ω un ouvert de E, u1 : Ω → E1 et
u2 : Ω → E2 deux applications de Ω dans E1 et E2 , et f : E1 × E2 → F une
application bilinéaire continue de E1 × E2 dans F . Si u1 , u2 sont différentiables en
un point a, alors u : Ω → F est aussi différentiable en a et
Du(a).(x) = f (Du1 (a).(x), u2 (a)) + f (u1 (a), Du2 (a).(x))
pour tout x ∈ E.
Démonstration. On écrit que u est la composée de f et de l’application
F : Ω → E1 × E2 définie par F (x) = (u1 (x), u2 (x)). Clairement F est différentiable
en a si u1 et u2 sont différentiables en a, et sa différentielle en a est donnée par
DF (a).(x) = (Du1 (a).(x), Du2 (a).(x))
pour tout x ∈ E. Par différentiabilité des fonctions composées, et différentiabilité
des applications bilinéaires, on en déduit que
Du(a).(x) = Df (F (a)). (DF (a).(x))
= Df (u1 (a), u2 (a)) . (Du1 (a).(x), Du2 (a).(x))
= f (Du1 (a).(x), u2 (a)) + f (u1 (a), Du2 (a).(x))
pour tout x ∈ E. La proposition est démontrée. □
On retrouve avec cette proposition, par exemple dans le cas R → R, la formule
de Leibniz (uv)′ = u′ v + uv ′ .
8. DÉRIVÉES PARTIELLES 89

8. Dérivées partielles
On considère ici le cas où l’espace de départ est un produit d’espaces de Banach.
Soient donc (E1 , ∥ · ∥E1 ),. . . ,(Ek , ∥ · ∥Ek ), et (F, ∥ · ∥F ) des espaces de Banach. On
place sur E = E1 × · · · × Ek l’une des deux normes produits équivalentes
k
X
∥(x1 , . . . , xk )∥E1 ×···×Ek = ∥xi ∥Ei , ou
i=1
v
u k
uX
∥(x1 , . . . , xk )∥E1 ×···×Ek =t ∥xi ∥2Ei .
i=1

On place par exemple la première de ces deux normes. Soit Ω un ouvert de E,


a ∈ Ω un point de Ω, et f : Ω → F une application. On note a = (a1 , . . . , ak ) où les
ai ∈ Ei . Comme Ω est un ouvert, il existe ri = ri (a), ri > 0, tel que pour tout xi ∈
Bai (ri ), on ait (a1 , . . . , ai−1 , xi , ai+1 , . . . , ak ) ∈ Ω, où Bai (ri ) est la boule de centre
ai et rayon ri dans Ei . En effet, comme a ∈ Ω et Ω est un ouvert, il existe r > 0 tel
que Ba (r) ⊂ Ω, et il reste à remarquer que (a1 , . . . , ai−1 , xi , ai+1 , . . . , ak ) ∈ Ba (r)
pour tout xi ∈ Bai (r) de sorte que l’on peut prendre ri = r.
Cette remarque faite, on peut maintenant construire k applications partielles
fi de f en a, définies au voisinage de ai par
fai (x) = f (a1 , . . . , ai−1 , x, ai+1 , . . . , ak ) .
Donc fai : Ωi → F où Ωi ⊂ Ei est un voisinage de ai dans Ei , à savoir Ωi est tel
que Bai (ri ) ⊂ Ωi pour un certain ri > 0.
Proposition 4.5. Si f : Ω → F est différentiable au point a ∈ Ω, les applica-
tions partielles fai : Ωi → F sont différentiables au point ai pour tout i = 1, . . . , k,
et
Xk
Df (a).(x) = Dfai (ai ).(xi )
i=1
pour tout x = (x1 , . . . , xk ) dans E.
∂f
Les Dfai (ai ) sont souvent notés ∂x i
(a). Attention, ce ne sont pas des réels
(comme au Chapitre 2) mais des applications linéaires continues:
∂f
(a) ∈ Lc (Ei , F )
∂xi
pour tout i = 1, . . . , k. La relation du théorème s’écrit alors
k
X ∂f
Df (a).(x) = (a).(xi )
i=1
∂xi

pour tout x = (x1 , . . . , xk ) dans E. Les dérivées partielles d’une application sont
ainsi liées à la structure d’espace produit au départ. On démontre la proposition
dans ce qui suit.

Démonstration. L’application θi : Ei → E qui à x associe


θi (x) = (a1 , . . . , ai−1 , x, ai+1 , . . . , ak )
90 4. CALCUL DIFFÉRENTIEL DANS LES BANACH

est clairement différentiable au point ai de différentielle en ce point l’application


Dθi (ai ) ∈ Lc (Ei , E) donnée par
Dθi (ai ).(x) = (0, . . . , 0, x, 0, . . . , 0)
pour tout x ∈ Ei . On pourra par exemple appliquer ce qui a été dit dans la section
précédente. Comme fai = f ◦ θi , on obtient que fai est bien différentiable en ai . Sa
différentielle vaut Dfai (ai ) = Df (a) ◦ Dθi (ai ), et donc
Df (a).(0, . . . , 0, xi , 0, . . . , 0) = Dfai (ai ).(xi )
pour tout xi ∈ Ei . En écrivant que
k
X k
X
Df (a).(x1 , . . . , xk ) = Df (a).(0, . . . , 0, xi , 0, . . . , 0) = Dfai (ai ).(xi ) ,
i=1 i=1

on obtient la proposition. □

9. Applications de R dans un Banach


Si f : R → R est dérivable en un point x, alors on récupère deux notions de
dérivées en x, la dérivée f ′ (x) et la différentielle Df (x), toutes deux reliées par
Df (x).(h) = f ′ (x)h
pour tout h ∈ R. La remarque s’étend au cas où l’espace d’arrivé est un Banach
(mais l’espace de départ est R). Supposons que f soit une fonction de R, ou d’un
intervalle ouvert de R, à valeurs dans un espace de Banach (F, ∥ · ∥F ). A savoir
f : R → F . Alors là encore on peut définir une dérivée f ′ (x), avec f ′ (x) ∈ F , et une
différentielle Df (x) ∈ Lc (R, F ). Et là encore, les deux sont reliées par la formule
Df (x).(h) = hf ′ (x)
pour tout h ∈ R (le membre de droite fait sens comme un réel que multiplie un
vecteur). On a ∥Df (x)∥Lc (R,F ) = ∥f ′ (x)∥F . Plus précisemment, on définit f ′ (x)
par
1
f ′ (x) = lim (f (y) − f (x))
y→x,y̸=x y − x

et on vérifie que
(1) si f ′ (x) existe, alors f est différentiable en x et Df (x).(h) = hf ′ (x) pour
tout h ∈ R,
(2) si f est différentiable en x, alors f ′ (x) existe et Df (x).(h) = hf ′ (x) pour
tout h ∈ R.
Pour le voir on commence par remarquer qu’une application linéaire de R dans un
espace vectoriel F est forcément du type h → hX pour X un vecteur de F (tout
simplement: X = f (1)). Si f est différentiable en a alors il existe X ∈ F tel que
f (x) − f (a) − (x − a)X = |x − a|ε(x) ,
où ε(x) → 0 lorsque x → a. En divisant par x − a et en faisant tendre x → a, on
obtient que
f (x) − f (a)
lim =X .
x→a,x̸=a x−a
10. LE THÉORÈME DES ACCROISSEMENTS FINIS 91

Donc X = f ′ (a) et (2) est démontré. A l’inverse, si


f (x) − f (a)
lim = f ′ (a) ,
x→a,x̸=a x−a
alors
f (x) − f (a) − f ′ (a)(x − a)
lim =0,
x→a,x̸=a x−a
et donc
f (x) − f (a) − (x − a)f ′ (a) = |x − a|ε(x) ,
où ε(x) → 0 lorsque x → a. D’où (1).

10. Le théorème des accroissements finis


On l’a déjà vu au Chapitre 2, le théorème des accroissements finis en égalité,
tel qu’énoncé pour les fonctions f : R → R, doit être modifié lorsqu’on passe aux
dimensions supérieures. Un des éléments importants de la modification est constitué
du lemme suivant.
Lemme 4.2. Soient (F, ∥·∥F ) un espace de Banach, f : [a, b] → F , et g : [a, b] →
R deux applications continues d’un intervalle [a, b] de R respectivement dans F et
R. On suppose que f et g sont toutes deux différentiables sur ]a, b[ et que
∥Df (x)∥Lc (R,F ) ≤ g ′ (x)
pour tout x ∈]a, b[, où g ′ (x) est la dérivée de g, et ∥ · ∥Lc (R,F ) est la norme de
Lc (R, F ). Alors ∥f (b) − f (a)∥F ≤ g(b) − g(a).
Démonstration. Soit ε > 0 quelconque. On va montrer que pour tout x ∈
[a, b],
∥f (x) − f (a)∥F ≤ g(x) − g(a) + ε(x − a) + ε . (⋆)
Comme ε > 0 est quelconque, il s’ensuivra en posant x = b et en faisant ε → 0 que
l’on a bien que ∥f (b) − f (a)∥F ≤ g(b) − g(a). Notons Φ : [a, b] → R la fonction
Φ(x) = ∥f (x) − f (a)∥F − g(x) + g(a) − ε(x − a) .
On veut montrer que Φ(x) ≤ ε pour tout x ∈ [a, b]. Il est déjà clair, puisque f et g le
sont, que la fonction Φ est continue sur [a, b]. Comme Φ(a) = 0, et donc Φ(a) < ε,
il suit de la continuité de Φ que Φ(x) ≤ ε pour x ≥ a voisin de a. Maintenant, soit
Φ(x) ≤ ε pour tout x ∈ [a, b], auquel cas on a l’inégalité que l’on voulait, soit, en
raisonnant par l’absurde, on peut supposer qu’il existe d ∈]a, b[ tel que Φ(d) > ε.
Notons n o
I = x ∈ [a, b] / Φ(t) ≤ ε pour tout t ∈ [a, x] .
En raison de ce que l’on vient de dire, I est un intervalle du type I = [a, c] (fermé à
droite par continuité de Φ) avec a < c et c < b (car c ≤ d). Toujours par continuité,
Φ(c) = ε .
Comme c ∈]a, b[, on a par hypothèse que ∥Df (c)∥Lc (R,F ) ≤ g ′ (c). Par définition de
Df (c),
∀ε′ > 0 , ∃η > 0 / ∀x ∈]a, b[ , |x − c| < η
⇒ ∥f (x) − f (c) − Df (c).(x − c)∥F ≤ ε′ |x − c| .
92 4. CALCUL DIFFÉRENTIEL DANS LES BANACH

En posant ε′ = ε/2, et par inégalité triangulaire, on récupère que


∥f (x) − f (c)∥F ε
− ≤ ∥Df (c)∥Lc (R,F )
|x − c| 2
pour x ∈]c, c + η[. De même, quitte à diminuer η > 0, on va aussi pouvoir montrer
que
g(x) − g(c) ε
g ′ (c) ≤ +
x−c 2
pour x ∈]c, c + η[. L’inégalité ∥Df (c)∥Lc (R,F ) ≤ g ′ (c) du théorème donne alors que
∥f (x) − f (c)∥F ≤ g(x) − g(c) + ε(x − c)
pour tout c ≤ x < c + η. Comme Φ(c) = ε, on a que
∥f (c) − f (a)∥F − g(c) + g(a) − ε(c − a) = ε .
Il suit de ces deux dernières relations que
∥f (x) − f (a)∥F ≤ ∥f (x) − f (c)∥F + ∥f (c) − f (a)∥F
≤ g(x) − g(a) + ε(x − a) + ε
pour c ≤ x < c + η, et donc qu’il y a des x > c qui sont tels que x ∈ I, ce qui est
impossible puisque I = [a, c]. Par l’absurde on a donc montré Φ(x) ≤ ε pour tout
x ∈ [a, b]. Le lemme suit facilement. □
Soit (E, ∥ · ∥E ) un espace de Banach, et soit Ω un ouvert de E. Etant donnés
x, y ∈ Ω deux points dans Ω, on dit que le segment [x, y] est entièrement contenu
dans Ω si pour tout t ∈ [0, 1],
tx + (1 − t)y ∈ Ω .
On démontre la version vectorielle du théorème des accroissements finis.
Théorème 4.6 (Théorème des accroissements finis.). Soient (E, ∥ · ∥E ), (F, ∥ ·
∥F ) deux espaces de Banach, Ω un ouvert de E, et f : Ω → F une application
différentiable dans Ω. Soient aussi x, y ∈ Ω deux points de Ω avec la propriété que
le segment [x, y] est entièrement contenu dans Ω. Alors
∥f (y) − f (x)∥F ≤ Λ∥y − x∥E ,
où Λ = sup ∥Df (tx + (1 − t)y)∥Lc (E,F ) peut être infini.
t∈[0,1]

Une situation où l’on sait que Λ est fini est la situation où f est de classe
C 1 , car alors Λ est la borne supérieure d’une fonction continue, la fonction t →
∥Df (tx + (1 − t)y)∥Lc (E,F ) , sur le compact [0, 1], et une fonction continue sur un
compact est bornée (et atteint ses bornes).
Démonstration. On note h la fonction de t définie par
h(t) = f (tx + (1 − t)y) .
Alors h est définie et différentiable sur un intervalle du type ] − ε, 1 + ε[ (car [x, y]
est contenu dans Ω, et Ω est un ouvert). Sa différentielle en un point t est donnée
par le théorème de composition en remarquant que h est la composée de f avec
L(t) = tx + (1 − t)y. Sa différentielle en t vaut alors Dh(t) = Df (L(t)) ◦ DL(t), et
sa dérivée en t (on rappelle que h′ (t) = Dh(t).(1)) vaut donc
h′ (t) = Df (L(t)).(x − y) .
10. LE THÉORÈME DES ACCROISSEMENTS FINIS 93

En particulier,
∥Dh(t)∥Lc (R,F ) = ∥h′ (t)∥F
≤ Λ∥y − x∥E = g ′ (t)
pour tout t ∈ [0, 1], où g : R → R est la fonction définie par
g(t) = Λ∥y − x∥E t .
Avec le lemme il suit que
∥h(1) − h(0)∥F ≤ g(1) − g(0) ,
ce qui est l’inégalité du théorème des accroissements finis. □
Par définition, un ouvert Ω est dit convexe si pour tous x, y ∈ Ω, le segment
[x, y] est contenu dans Ω (par exemple une boule dans un espace vectoriel normé
est convexe). Par ailleurs, on rappelle qu’une application f : X → Y entres espaces
métriques (X, dX ) et (Y, dY ) est dite lipschitzienne sur X s’il existe un réel K ≥ 0
tel que
dY (f (x), f (y)) ≤ KdX (x, y)
pour tous x, y ∈ X. Une fonction lipschitzienne est toujours uniformément continue.
Corollaire 4.2. Soient (E, ∥ · ∥E ), (F, ∥ · ∥F ) deux espaces de Banach, Ω un
ouvert convexe de E, et f : Ω → F une application différentiable dans Ω. On
suppose qu’il existe K ≥ 0 tel que pour tout x ∈ Ω, ∥Df (x)∥Lc (E,F ) ≤ K. Alors
∥f (y) − f (x)∥F ≤ K∥y − x∥E
pour tous x, y ∈ Ω. En particulier, f est lipschitzienne sur Ω.
Démonstration. Le résultat suit directement du théorème des accroissements
finis. □
Toujours par définition, un ouvert Ω est dit connexe s’il n’est pas réunion de
deux ouverts disjoints non vides. Donc Ω ouvert est connexe s’il n’existe pas Ω1 et
Ω2 deux ouverts non vides tels que Ω = Ω1 ∪ Ω2 et Ω1 ∩ Ω2 = ∅. Une propriété
remarquable des espaces vectoriels normés est la suivante: “Un ouvert Ω d’un
espace vectoriel normé est connexe si et seulement si pour tous x, y ∈ Ω il existe
γ : [0, 1] → Ω un chemin continu qui ait x et y pour extrémités, à savoir qui soit tel
que γ(0) = x et γ(1) = y.” On dit encore qu’un ouvert d’un espace vectoriel normé
est connexe si et seulement si il est connexe par arc.
Corollaire 4.3. Soient (E, ∥ · ∥E ), (F, ∥ · ∥F ) deux espaces de Banach, Ω
un ouvert connexe de E, et f : Ω → F une application différentiable dans Ω. Si
Df (x) ≡ 0 pour tout x ∈ Ω, alors f est constante sur Ω.
Démonstration. Il y a un peu plus à dire que pour le corollaire précédent.
Les boules étant convexes, si f est telle que Df (x) ≡ 0 pour tout x ∈ Ω, alors f est
localement constante sur Ω en vertue du corollaire précédent. A savoir: pour tout
x ∈ Ω, ∃r > 0 tel que f = Cste sur Bx (r). Soient maintenant x et y deux points
dans Ω. Comme Ω est connexe, il existe γ : [0, 1] → Ω un chemin continu tel que
γ(0) = x et γ(1) = y. L’application f ◦ γ : [0, 1] → F est continue sur [0, 1], comme
composée d’applications continues, et localement constante sur [0, 1] puisque f est
localement constante sur Ω. Notons g = f ◦ γ, et soit

I = t ∈ [0, 1] / ∀τ ∈ [0, t] , g(τ ) = g(0) .
94 4. CALCUL DIFFÉRENTIEL DANS LES BANACH

Comme g est localement constante au voisinage de 0 (f est localement constante


au voisinage de x) on peut écrire que I n’est pas vide. Alors I est un intervalle du
type I = [0, t0 ]. Or t0 < 1 est impossible car alors f devrait être constante sur un
intervalle du type ]t0 − ε, t0 + ε[ pour un certain ε > 0, et donc on devrait avoir
t0 ≥ t0 + ε, ce qui est impossible. Donc t0 = 1 et f (x) = f (y). Or x et y sont
quelconques dans Ω. D’où le corollaire. □

11. Accroissements finis et dérivées partielles


On revient à la notion de dérivée partielle et on considère donc le cas où l’espace
de départ est un produit d’espaces de Banach. Soient (E1 , ∥ · ∥E1 ),. . . ,(Ek , ∥ · ∥Ek ),
et (F, ∥ · ∥F ) des espaces de Banach. On place sur E = E1 × · · · × Ek l’une des
normes produits équivalentes habituelles. On démontre alors le théorème suivant.
Théorème 4.7. Soient (E1 , ∥ · ∥E1 ),. . . ,(Ek , ∥ · ∥Ek ), et (F, ∥ · ∥F ) des espaces
de Banach, Ω un ouvert de E1 × · · · × Ek , et f : Ω → F une application. Alors f
∂f
est de classe C 1 sur Ω si et seulement si les dérivées partielles ∂x i
de f existent
pour tout i et sont continues sur Ω.
Démonstration. Pour simplifier on démontre le théorème dans le cas où k =
2. On change alors les notations pour considérer trois espaces de Banach (E, ∥ · ∥E ),
(F, ∥ · ∥F ), et (G, ∥ · ∥G ), Ω un ouvert de E × F , et f : Ω → G. On note (x, y)
la variable de E × F . Supposons pour commencer que f soit de classe C 1 sur Ω.
Alors ses dérivées partielles ∂f ∂f
∂x et ∂y existent en tout point de Ω et on a que

∂f ∂f
Df (x, y).(h, k) = (x, y).(h) + (x, y).(k)
∂x ∂y
pour tous (x, y) ∈ Ω et tous (h, k) ∈ E × F . On a déjà démontré ce résultat. Reste
maintenant à montrer que les dérivées partielles sont bien C 1 si f l’est. On a
∂f
(x, y).(h) = Df (x, y).(h, 0) , et
∂x
∂f
(x, y).(k) = Df (x, y).(0, k)
∂y
pour tous (x, y) ∈ Ω, tous h ∈ E, et tous k ∈ F . On en déduit que
∂f ∂f
∥ (x, y) − (a, b)∥Lc (E,G)
∂x ∂x
∥ ∂f ∂f
∂x (x, y).(h) − ∂x (a, b).(h)∥G
= sup
h∈E,h̸=0 ∥h∥E
∥ (Df (x, y) − Df (a, b)) .(h, 0)∥G
= sup
h∈E,h̸=0 ∥h∥E
≤ ∥Df (x, y) − Df (a, b)∥Lc (E×F,G)

pour tous (a, b) et (x, y) dans Ω. En particulier, la continuité de ∂f


∂x en (a, b) suit de
celle de Df en (a, b). Un raisonnement analogue peut être fait pour ∂f ∂y et on voit
∂f ∂f
donc que si f est de classe C 1 sur Ω alors ∂x et ∂y sont aussi de classe C 1 sur Ω.
∂f ∂f
Réciproquement, on suppose maintenant que ∂x et ∂y sont continues sur Ω. Etant
11. ACCROISSEMENTS FINIS ET DÉRIVÉES PARTIELLES 95

donné (a, b) ∈ Ω, on écrit que

∂f ∂f
f (x, y) − f (a, b) − (a, b).(x − a) − (a, b).(y − b)
∂x ∂y
∂f
= f (x, y) − f (a, y) − (a, b).(x − a)
∂x
∂f
+ f (a, y) − f (a, b) − (a, b).(y − b) .
∂y

Pour (x, y) suffisamment proche de (a, b) les points (a, b), (a, y), et (x, y) vont être
dans une boule B(a,b) (r), avec r > 0 petit de sorte que la boule soit contenue dans
Ω. Soit ε > 0. Comme les dérivées partielles de f sont continues, quitte à choisir
r > 0 suffisamment petit on va pouvoir écrire que

∂f ∂f ε
∥ (x, y) − (a, b)∥Lc (E,G) < , et
∂x ∂x 2
∂f ∂f ε
∥ (a, y) − (a, b)∥Lc (F,G) <
∂y ∂y 2

pour tous (x, y) ∈ B(a,b) (r). On applique maintenant le théorème des accroisse-
ments finis aux applications

∂f
g1 : x → f (x, y) − (a, b).(x − a) , et
∂x
∂f
g2 : y → f (a, y) − (a, b).(y − b) .
∂y

Ces applications sont différentiables de différentielles respectives

∂f ∂f
Dg1 (x) = (x, y) − (a, b) , et
∂x ∂x
∂f ∂f
Dg2 (y) = (a, y) − (a, b) .
∂y ∂y

Le théorème des accroissements finis appliqué à g1 et g2 donne alors que


ε ε
∥g1 (x) − g1 (a)∥G ≤ ∥x − a∥E et ∥g2 (y) − g2 (b)∥G ≤ ∥y − b∥F
2 2
soit encore que

∂f ∂f
∥f (x, y) − f (a, b) − (a, b).(x − a) − (a, b).(y − b)∥G
∂x ∂y
ε ε
≤ ∥x − a∥E + ∥y − b∥F
2 2
≤ ε∥(x, y) − (a, b)∥E×F

pour tous (x, y) ∈ B(a,b) (r). En d’autres termes on a montré que f est différentiable
en tout point (a, b) de Ω de différentielle en ce point l’application donnée par

∂f ∂f
Df (a, b).(h, k) = (a, b).(h) + (a, b).(k)
∂x ∂y
96 4. CALCUL DIFFÉRENTIEL DANS LES BANACH

pour tous (h, k) ∈ E ×F . Reste à montrer que Df : Ω → Lc (E ×F, G) est continue.


En écrivant que
∥Df (x, y) − Df (a, b)∥Lc (E×F,G)
∥Df (x, y).(h, k) − Df (a, b).(h, k)∥G
= sup
(h,k)̸=(0,0) ∥h∥E + ∥k∥F
∥ ∂f ∂f
∂x (x, y).h − ∂x (a, b).h∥G
≤ sup
(h,k)̸=(0,0) ∥h∥E + ∥k∥F
∥ ∂f
∂y (x, y).k −
∂f
∂y (a, b).k∥G
+ sup(h,k)̸=(0,0)
∥h∥E + ∥k∥F
∂f ∂f ∂f ∂f
≤ ∥ (x, y) − (a, b)∥Lc (E,G) + ∥ (x, y) − (a, b)∥Lc (F,G)
∂x ∂x ∂y ∂y
on voit que la continuité de Df en (a, b) suit de la continuité des dérivées partielles
de f en (a, b). D’où le théorème. □

12. Le théorème d’inversion locale


Par définition on appellera voisinage ouvert d’un point a (dans un espace de
Banach E) tout ouvert contenant a. On dira qu’une application f : U → V entre
deux ouverts d’espaces de Banach est un C 1 -difféomorphisme de U sur V si:
(i) f est de classe C 1 sur U ,
(ii) f est bijective de U sur V ,
(iii) f −1 est de classe C 1 sur V .
On note Isom(E, F ) le sous espace de Lc (E, F ) constitué des isomorphismes conti-
nus de E sur F . Le théorème de Banach (Théorème 3.17) donne que si φ ∈ Lc (E, F )
est bijective de E sur F (E et F des Banach) alors automatiquement φ−1 est con-
tinue et donc φ ∈ Isom(E, F ).
Théorème 4.8 (Théorème d’inversion locale). Soient (E, ∥ · ∥E ) et (F, ∥ · ∥F )
deux espaces de Banach, Ω un ouvert de E, et f : Ω → F une application de classe
C 1 . Soit a ∈ Ω. On suppose que Df (a) ∈ Isom(E, F ) est un isomorphisme de E
sur F . Alors il existe un voisinage ouvert U de a, U ⊂ Ω, et un voisinage ouvert
V de f (a) pour lesquels f est un C 1 -difféomorphisme de U sur V .
Le théorème d’inversion locale est long à démontrer. Pour ne pas trop alourdir
la rédaction on va se limiter à commenter le théorème, sans le démontrer. Pour
une preuve complète on renvoie au remarquable ouvrage d’Henri Cartan [Cours de
Calcul Différentiel, Hermann, 1982]. Dans le cas de la dimension finie, on renvoie
aussi à la preuve faite pour le théorème d’inversion locale au Chapitre 2.
Une première remarque est que si l’application f : U → V est un C 1 -difféomorphisme
de U sur V , alors pour tout x ∈ U on a Df (x) ∈ Isom(E, F ) et, de plus,
Df (x)−1 = Df −1 (f (x)) . (4.7)
En effet, f ◦f −1 (y) = y pour tout y ∈ V tandis que f −1 ◦f (x) = x pour tout x ∈ U .
On différencie ces relations et on obtient alors avec la formule de composition que
Df −1 (f (x)) ◦ Df (x) = IdE et Df f −1 (y) ◦ Df −1 (y) = IdF .

12. LE THÉORÈME D’INVERSION LOCALE 97

En posant y = f (x), on trouve la relation annoncée. On peut alors voir le théorème


d’inversion locale comme une réciproque locale de cette propriété: si Df (x) est un
isomorphisme pour un x, alors f est un C 1 -difféomorphisme au voisinage de x.
Une seconde remarque concerne le cas de la dimension finie. Dans ce cas on
rappelle qu’il convient déjà de demander que les deux espaces aient même dimen-
sions (car il n’y a pas d’isomorphisme entres espaces de dimensions différentes). Et
on rappelle que lorsque E = F = Rn (tout espace vectoriel de dimension n est un
Rn par choix d’une base) la condition Df (x) ∈ Isom(Rn , Rn ) équivaut à la non
nullité du jacobien de f en x (voir le Chapitre 2).
On énonce et démontre maintenant une version dite “globale” du théorème
d’inversion locale.
Corollaire 4.4. Soient (E, ∥ · ∥E ) et (F, ∥ · ∥F ) deux espaces de Banach,
Ω un ouvert de E, et f : Ω → F une application de classe C 1 . Alors f est
un C 1 -difféomorphisme de Ω sur f (Ω) si et seulement si f est injective sur Ω et
Df (x) ∈ Isom(E, F ) pour tout x ∈ Ω.
Démonstration. Si f est un C 1 -difféomorphisme de Ω sur un ouvert Ω′ =
f (Ω) de F alors clairement f est injective sur Ω (car bijectif implique injectif), et
on a (cf. ci-dessus) automatiquement que Df (x) ∈ Isom(E, F ) pour tout x ∈ Ω.
Réciproquement, supposons que f soit injective sur Ω et que Df (x) ∈ Isom(E, F )
pour tout x ∈ Ω. Comme “bijectif équivaut à injectif et surjectif”, il est clair que
f réalise une bijection de Ω sur f (Ω). Par le théorème d’inversion locale, pour
tout x ∈ Ω il existe U un voisinage ouvert de x dans Ω, et V un voisinage ouvert
de f (x) dans f (Ω) tels que f réalise un C 1 -difféomorphisme de U sur V . Une
première conséquence est que tout y = f (x) dans f (Ω) possède un voisinage ouvert
V ⊂ f (Ω). Il s’ensuit que f (Ω) est donc bien un ouvert. Une seconde conséquence
est que tout y = f (x) dans f (Ω) possède un voisinage ouvert V ⊂ f (Ω) sur lequel
la bijection réciproque f −1 : f (Ω) → Ω est de classe C 1 (il n’y a qu’une application
réciproque f −1 ). Et être de classe C 1 au voisinage de tout point d’un ouvert ou
être de classe C 1 sur l’ouvert sont deux notions identiques. Il s’ensuit que f −1 est
de classe C 1 sur f (Ω) et donc que f est bien un C 1 -difféomorphisme de Ω sur un
ouvert Ω′ = f (Ω) de F . D’où le corollaire. □
En anticipant sur la notion d’application de classe C p , on notera que la classe
de différentiabilité s’adapte au théorème d’inversion locale: on peut remplacer C 1
par n’importe quel C p du moment que p ≥ 1.
Lemme 4.3. La classe de différentiabilité s’adapte au théorème d’inversion lo-
cale. Si f est de classe C p avec p ≥ 1 alors on récupère dans le théorème d’inversion
locale, ainsi que dans sa version globale, un C p -difféomorphisme (et non pas unique-
ment un C 1 -difféomorphisme).
Démonstration. Un des ingrédients essentiel de la preuve est que Isom(E, F )
est un ouvert de Lc (E, F ) et que l’application Φ : u → u−1 de Isom(E, F ) dans
Lc (F, E) est de classe C ∞ . En dimension finie, en passant par les déterminants et
les formules d’inversion des matrices, cette affirmation est assez simple à démontrer.
En dimension infinie elle est plus subtile et on renvoie là encore au remarquable
ouvrage d’Henri Cartan [Cours de Calcul Différentiel, Hermann, 1982] pour sa
preuve. La formule (4.7) donne maintenant que
Df −1 = Φ ◦ Df ◦ f −1
98 4. CALCUL DIFFÉRENTIEL DANS LES BANACH

et il est alors facile de montrer par induction finie que si f est un C 1 -difféomorphisme
et de classe C p alors f −1 est aussi de classe C p . □

13. Le théorème des fonctions implicites


Le théorème des fonctions implicites est plus délicat à comprendre que le
théorème d’inversion locale (les deux théorèmes sont pourtant équivalents l’un à
l’autre). En gros, avec le théorème des fonctions implicites, on veut dire que si
f : E × F → G est une application avec des hypothèses “convenables”, alors une
équation du type f (x, y) = 0 va définir (implicitement, d’où le nom du théorème)
une fonction g : E → F telle que
f (x, y) = 0 ⇔ y = g(x) .
Soient (E, ∥ · ∥E ) et (F, ∥ · ∥F ) deux espaces de Banach. On place sur E × F une
des normes produit usuelles.
Théorème 4.9 (Théorème des fonctions implicites). On considère (E, ∥ · ∥E ),
(F, ∥ · ∥F ) et (G, ∥ · ∥G ) trois espaces de Banach. Soit Ω un ouvert de E × F , et
f : Ω → G une application de classe C 1 . Soit (a, b) ∈ Ω tel que f (a, b) = 0. On
suppose que
∂f
(a, b) ∈ Isom(F, G) .
∂y
Alors il existe U un voisinage ouvert de (a, b) contenu dans Ω, il existe un voisinage
V de a dans E, et il existe g : V → F de classe C 1 tels que si (x, y) ∈ U vérifie
f (x, y) = 0, alors x ∈ V et y = g(x). Réciproquement si x ∈ V et y = g(x), alors
(x, y) ∈ U et f (x, y) = 0.
On a supposé ici que f (a, b) = 0. Si ce n’est pas le cas il suffit de considérer
l’application f˜ = f − f (a, b). Par ailleurs on a bien sûr que b = g(a) puisque
(a, b) ∈ U .
Démonstration. On ramène la preuve du théorème des fonctions implicites
au théorème d’inversion locale. On considère f˜ : Ω → E × G l’application définie
par
f˜(x, y) = (x, f (x, y)) .
Cette application est clairement de classe C 1 sur Ω, et sa différentielle en un point
(x, y) de Ω est donnée par
 
˜ ∂f ∂f
Df (x, y).(h, k) = h, (x, y).(h) + (x, y).(k) .
∂x ∂y
Clairement, Df˜(a, b) ∈ Isom(E × F, E × G) dès lors que ∂f (a, b) ∈ Isom(F, G). Par
∂y
exemple,
Df˜(a, b).(h, k) = (h′ , k ′ )
⇔ h = h′ et
 
∂f −1 ′ ∂f ′
k= (a, b) k − (a, b).h ,
∂y ∂x
de sorte que Df˜(a, b) est bien inversible de E × F sur E × G. Pour le caractère
continue de l’inverse on peut soit appliquer le théorème de Banach (Théorème 3.17),
soit le vérifier diréctement sur la formule ci-dessus. Sachant que f˜ est de classe C 1
13. LE THÉORÈME DES FONCTIONS IMPLICITES 99

et que Df˜(a, b) ∈ Isom(E × F, E × G), on peut appliquer le théorème d’inversion


locale à f˜. On obtient l’existence d’un voisinage ouvert U de (a, b) dans E × F , et
d’un voisinage ouvert W = f˜(U ) de f˜(a, b) = (a, f (a, b)) = (a, 0) dans E × G pour
lesquels f˜ réalise un C 1 -difféomorphisme de U sur W . En raison de la forme de f˜,
le difféomorphisme réciproque est forcément du type
f˜−1 (x, z) = (x, g̃(x, z)) ,
où donc g̃ : W → F est de classe C 1 . Clairement on a équivalence entre les deux
propositions:
(1) (x, y) ∈ U et f (x, y) = z,
(2) (x, z) ∈ W et y = g̃(x, z).
Pour le voir il suffit de remarquer que f (x, y) = z équivaut à f˜(x, y) = (x, z),
puis d’appliquer f˜−1 à cette équation pour dire que cela équivaut à son tour à
f˜−1 (x, z) = (x, y), et donc à y = g̃(x, z). On pose maintenant z = 0 dans (1) et
(2). Alors les deux propositions suivantes deviennent équivalentes:
(3) (x, y) ∈ U et f (x, y) = 0,
(4) (x, 0) ∈ W et y = g̃(x, 0).
Reste à remarquer si V = {x ∈ E / (x, 0) ∈ W }, alors V est un voisinage ouvert de
a dans E, et que si g(x) = g̃(x, 0), alors g est de classe C 1 dans V . Les propositions
(3) et (4) donnent alors (x, y) ∈ U et f (x, y) = 0 si et seulement si x ∈ V et y = g(x),
ce qui est exactement ce qu’affirme le théorème des fonctions implicites. □
On vient de voir que le théorème des fonctions implicites est une conséquence
du théorème d’inversion locale. La réciproque est vraie. En quelques mots, soit
f : E → F telle que
Df (a) ∈ Isom(E, F ) .
On considère l’application Φ : F × E → F définie par
Φ(y, x) = f (x) − y .
Si b = f (a), alors Φ(b, a) = 0 et
∂Φ
(b, a) = Df (a)
∂x
est un isomorphisme de E sur F . On déduit alors du théorème des fonctions
implicites qu’il existe g : F → E (en ne faisant
 pas attention au domaine) telle que
Φ y, g(y) = 0, et donc telle que f g(y) = y. En gros, g est l’inverse de f et on a
récupéré le théorème d’inversion locale. Une remarque sur le théorème des fonctions
implicites est que g(a)  = b. Une remarque supplémentaire est qu’en différentiant
l’équation f x, g(x) = 0 on obtient la valeur de Dg(a). Plus précisemment,
∂f ∂f
(a, b) + (a, b) ◦ Dg(a) = 0
∂x ∂y
et donc
∂f ∂f
Dg(a) = − (a, b)−1 ◦ (a, b) .
∂y ∂x
Une autre remarque est que g est unique (au moins au voisinage de a). Si on a
deux applications g1 et g2 qui vérifient le théorème des fonctions implicites, alors
g1 = g2 au voisinage de a. Une dernière remarque est que là encore le théorème
100 4. CALCUL DIFFÉRENTIEL DANS LES BANACH

s’adapte à n’importe quelle classe de différentiation: on peut remplacer C 1 par C p


dès lors que p ≥ 1.
Lemme 4.4. La classe de différentiabilité s’adapte au théorème des fonctions
implicites. Si f est de classe C p avec p ≥ 1 alors g l’est aussi.

14. Différentielles secondes et d’ordres supérieures


Soient (E, ∥ · ∥E ) et (F, ∥ · ∥F ) deux espaces de Banach, et soit Ω un ouvert de
E. Soit aussi f : Ω → F une application différentiable sur Ω. On dit que f est
deux fois différentiable en un point a ∈ Ω si l’application Df : Ω → Lc (E, F ) est
différentiable au point a. On noteD2 f (a) la différentielle de cette application en
a. Alors D2 f (a) ∈ Lc E, Lc (E, F ) . Cela étant dit, on a vu au chapitre 3, qu’il y
a une isométrie naturelle entre cet espace Lc E, Lc (E, F ) et l’espace Lc (E, E; F )
des applications bilinéaires continues de E × E dans F . On regardera alors D2 f (a)
comme étant un élément de cet espace Lc (E, E; F ). Donc
D2 f (a) ∈ Lc (E, E; F ) ,

ce qui revient à poser que D2 f (a).(h, k) = D2 f (a).(h) .(k) pour tout (h, k) ∈
E × E. Il y a un problème de convention: on aurait aussi pu poser D2 f (a).(h, k) =
D2 f (a).(k) .(h). Ce problème est réglé par le lemme de Schwarz.
Théorème 4.10 (Lemme de Schwarz). Soient (E, ∥·∥E ), (F, ∥·∥F ) deux espaces
de Banach, Ω un ouvert de E, et f : Ω → F une application différentiable sur Ω
et deux fois différentiable en un point a ∈ Ω. Alors D2 f (a), regardée comme
application de Lc (E, E; F ), est symétrique. A savoir D2 f (a).(h, k) = D2 f (a).(k, h)
pour tout (h, k) ∈ E × E.
Démonstration. On démontre très brièvement ce théorème. On note Φ :
E × E → F l’application
Φ(h, k) = f (a + h + k) − f (a + h) − f (a + k) + f (a) .
Clairement Φ est symétrique en h et k. Pour ne pas alourdir la preuve on admet
(ce n’est pas trivial) que
∥D2 f (a).(h, k) − Φ(h, k)∥F = o ∥h∥2E + ∥k∥2E ,

 
au sens où o ∥h∥2E + ∥k∥2E = ∥h∥2E + ∥k∥2E ε(h, k) avec ε(h, k) → 0 lorsque
(h, k) → (0, 0). Par suite, avec cette relation,
∥D2 f (a).(h, k) − D2 f (a).(k, h)∥F = o ∥h∥2E + ∥k∥2E ,


et on va maintenant exploiter la non homogénéité de cette relation. On fixe h, k ∈ E


et on considère les vecteurs λh et λk, où λ > 0 est quelconque. Alors
∥D2 f (a).(λh, λk) − D2 f (a).(λk, λh)∥F
= λ2 ∥D2 f (a).(h, k) − D2 f (a).(k, h)∥F
= λ2 ∥h∥2E + ∥k∥2E ε(λ) ,


où ε(λ) → 0 lorsque λ → 0. En particulier,


∥D2 f (a).(h, k) − D2 f (a).(k, h)∥F = ∥h∥2E + ∥k∥2E ε(λ)


pour tout λ > 0. On fait alors tendre λ → 0, et on récupère que


D2 f (a).(h, k) = D2 f (a).(k, h) .
14. DIFFÉRENTIELLES SECONDES ET D’ORDRES SUPÉRIEURES 101

Comme h et k sont quelconques, le théorème est démontré. □

On définit la différentiabilité d’ordre n par induction avec la formule d’hérédité


Dn = DDn−1 . Soient (E, ∥ · ∥E ) et (F, ∥ · ∥F ) deux espaces de Banach, et soit Ω un
ouvert de E. Soit aussi f : Ω → F une application différentiable sur Ω. On veut
définir la différentielle Dn f (a) d’ordre n de f en a comme application multilinéaire
de Lc (E n ; F ). A savoir on veut
Dn f (a) ∈ Lc (E n ; F ) ,
où Lc (E n ; F ) est l’espace des applications n-linéaires continues de E × · · · × E (n
fois) dans F . Pour n = 2 on a déjà vu comment procéder. Pour n = 3, lorsque f
est deux fois différentiables sur Ω, on regarde D2 f comme application
D2 f : Ω → Lc (E, E; F ) .
Par suite, D3 f (a) = DD2 f (a) est une application
D3 f (a) ∈ Lc E, Lc (E, E; F ) .


Or on va facilement pouvoir assimiler Lc E, Lc (E, E; F ) à Lc (E, E, E; F ) en posant
Φ(x, y, z) = Φ(x).(y, z) .
Et on procède ainsi de suite par récurrence pour passer à n = 4, n = 5, etc. On peut
alors sereinement définir la notion d’application n-fois différentiable en un point ou
encore d’application de classe C k .
Définition 4.5. Soient (E, ∥ · ∥E ) et (F, ∥ · ∥F ) deux espaces de Banach, et
soit Ω un ouvert de E. Soit k ∈ N. Une application f : Ω → F est k fois
différentiable en un point a ∈ Ω si elle est (k − 1)-fois différentiable dans un voisi-
nage de a et si Dk−1 f est différentiable en a. On alors Dk (a) = D(Dk−1 f )(a) et
Dk (a) ∈ Lc (E k ; F ). L’application est dite de classe C k sur Ω si elle est (k − 1)-fois
différentiable en tout point de Ω et si sa différentielle Dk f : Ω → Lc (E k ; F ) d’ordre
k est continue sur Ω. L’application est dite de classe C ∞ si elle est de classe C k
pour tout k ∈ N⋆ .
L’extension du lemme de Schwarz, dont on trouvera une preuve dans l’ouvrage
ouvrage d’Henri Cartan [Cours de Calcul Différentiel, Hermann, 1982], donne: si f
est n fois différentiable en un point a ∈ Ω, alors Dn f (a) est symétrique. A savoir
Dn f (a). h1 , . . . , hn = Dn f (a). hσ(1) , . . . , hσ(n)
 

pour tous h1 , . . . , hn ∈ E, et toute permutation σ de {1, . . . , n}. Les Définitions


2.10 et 4.5 coı̈ncident dans le cas des applications Rp → Rq . On énonce la formule
de Taylor asymptotique qui suit sans en donner de preuve.
Théorème 4.11 (Formule de Taylor asymptotique). Soient (E, ∥·∥E ), (F, ∥·∥F )
deux espaces de Banach, Ω un ouvert de E, f : Ω → F une application (n − 1)-fois
différentiable sur Ω et n-fois différentiable en un point a ∈ Ω. Alors
1 n
f (a + h) = f (a) + Df (a).(h) + · · · + D f (a).(hn ) + ∥h∥nE ε(h)
n!
pour tout h suffisamment petit, où ε(h) → 0 lorsque h → 0, et où la notation
Dn f (a).(hn ) tient pour Dn f (a).(hn ) = Dn f (a).(h, . . . , h) (n-fois).
102 4. CALCUL DIFFÉRENTIEL DANS LES BANACH

Si n = 1, on a juste écrit ici la définition de la différentiabilité au point a.


On renvoie là encore au remarquable ouvrage d’Henri Cartan [Cours de Calcul
Différentiel, Hermann, 1982] pour la preuve de cette formule de Taylor asymptotique
et pour ses variantes avec reste intégral et avec reste de Lagrange.

15. Extremums et minimisation sous contraintes


On va brièvement s’intéresser ici aux problèmes d’extrémums, comme à la Sec-
tion 11 du Chapitre 2, puis ensuite aux problèmes de minimisation sous contraintes,
c’est à dire de minimisations d’une fonction f sous des contraintes Φi (x) = ai ,
i = 1, . . . , n.
Les recherches d’extremums se passent dans le cadre banachique comme dans
le cadre Rn , à ceci près qu’on perd le Lemme 2.1 en dimension infinie. On le
réintroduit donc dans les hypothèses des conditions suffisantes. A part cela, tout se
passe de la même façon. Le théorème suivant a lieu. Il regroupe les théorèmes 2.17,
2.18 et 2.19 du cas Rn . La preuve du Théorème 4.12 suit exactement la preuve
des trois théorèmes 2.17, 2.18 et 2.19. On renvoie donc au Chapitre 2 pour les
arguments impliqués dans la démonstration du Théorème 4.12.
Théorème 4.12. Soit (E, ∥ · ∥) un espace de Banach, Ω ⊂ E un ouvert de E,
a ∈ Ω un point de Ω et f : Ω → R une fonction.
(1) [condition nécessaire 1] Si f admet un extremum local en a et si f est
différentiable en a, alors Df (a) ≡ 0 et les extremums locaux de f sont donc des
points critiques de cette fonction.
(2) [condition nécessaire 2] Si f admet un minimum local en a et si et si f
est différentiable sur Ω et deux différentiable en a, alors D2 f (a) ≥ 0 au sens des
formes bilinéaires et si f admet un maximum local en a alors D2 f (a) ≤ 0 au sens
des formes bilinéaires.
(3) [condition suffisante] On suppose que f est différentiable sur Ω et deux
différentiable en a et que a est un point critique de f . S’il existe α > 0 tel que pour
tout h ∈ Rn \{0}, D2 f (a).(h, h) ≥ α∥h∥2 (resp. s’il existe α < 0 tel que pour tout
h ∈ Rn \{0}, D2 f (a).(h, h) ≤ α∥h∥2 ), alors f admet un minimum local strict (resp.
un maximum local strict) au point a.
On passe maintenant aux problèmes de minimisations sous contraintes. Il s’agit
ici d’écrire les équations relatives aux minimums d’une fonctions f lorsque le mini-
mum en x0 est réalisé sous des constraintes Φi (x) = ai , i = 1, . . . , n. En l’absence
de contrainte l’équation vérifiée par f et x0 est Df (x0 ) = 0. Avec contraintes c’est
le théorème des multiplicateurs de Lagrange qui répond à la question.
Théorème 4.13 (Théorème des multiplicateurs de Lagrange). Soit (E, ∥·∥) un
espace de Banach, Ω ⊂ E un ouvert de E et f : Ω → R une fonction différentiable
sur Ω. Soit aussi Φ : Ω → Rn une application de classe C 1 sur Ω de composantes
Φ1 , . . . , Φn . Etant donné a ∈ Rn on pose H = Φ−1 (a) que l’on suppose non vide.
Si en un point x0 ∈ H,
f (x0 ) = min f (x) ,
x∈H
et si de plus DΦ(x0 ) ∈ Lc (E, Rn ) est surjective, alors il existe des réels λ1 , . . . , λn
pour lesquels
Xn
Df (x0 ) = λi DΦi (x0 ) . (4.8)
i=1
15. EXTREMUMS ET MINIMISATION SOUS CONTRAINTES 103

Cette équation est l’équation d’Euler associée au problème de minimisation con-


sidéré. Les λi sont les coefficients de Lagrange de l’équation.
Démonstration. L’application DΦ(x0 ) étant surjective il existe F sous es-
pace vectoriel de dimension n de E qui est tel que E = Ker (DΦ(x0 )) ⊕ F . Un
argumpent possible rapide est le suivant: si (e1 , . . . , en ) est la base canonique
de Rn on note êi des antécédants des ei par DΦ(x0 ). On pose ensuite F =
Vect(ê1 , . . . , ên ) l’espace engendré par les êi . Alors DΦ(x0 ) est surjective de F
sur Rn . Donc dim(F ) = n et, accessoirement, la famille (ê1 , . . . , ên ) est une base
n
de F et DΦ(xT 0 ) réalise un isomorphisme de F sur R . Clairement il s’ensuit que
Ker (DΦ(x0 )) F = {0}. Par ailleurs, pour tout x ∈ E si z ∈ F est tel que
f (x) = f (z), alors x = (x − z) + z et x − z ∈ Ker(f ). On en déduit, comme
annoncé, qu’il existe F sous espace vectoriel de dimension n de E qui est tel que
E = Ker (DΦ(x0 )) ⊕ F .
Soit maintenant φ la restriction de DΦ(x0 ) à F . Cette restriction réalise un
isomorphisme de F sur Rn . Pour x proche de 0 on pose
Ψ(x) = Φ(x0 + x) − a .
n
Alors Ψ : U → R , où U est un voisinage de 0 dans E, et, clairement, Ψ(0) = 0 et
DΨ(0) = DΦ(x0 ). Si maintenant Π : E → Ker (DΦ(x0 )) désigne la projection de
E sur Ker (DΦ(x0 )) qui suit de la décomposition E = Ker (DΦ(x0 )) ⊕ F , on note
g l’application de U dans E définie au voisinage de 0 par
g = φ−1 ◦ Ψ + Π .
Alors g est C 1 puisque Φ est C 1 et il est facile de vérifier que Dg(0) = IdE , où IdE
est l’endomorphisme identité de E. On peut alors appliquer le théorème d’inversion
locale à g et on obtient ainsi que g réalise un C 1 -difféomorphisme d’un voisinage
ouvert U1 de 0 dans E sur un voisinage ouvert U2 de 0 dans E.
On note P : E → F la projection de E sur F qui suit de la décomposition
E = Ker (DΦ(x0 )) ⊕ F . On a P ◦ g = φ−1 ◦ Ψ et donc, φ ◦ P ◦ g = Ψ. Comme
DΨ(0) = φ ◦ P , on peut finalement écrire que DΨ(0) ◦ g = Ψ.
On montre maintenant que Ker (DΦ(x0 )) ⊂ Ker (Df (x0 )). Soit donc u tel que
u ∈ Ker (DΦ(x0 )). Soit γ1 le chemin défini sur ] − ε, +ε[ donné par γ1 (t) = tu.
Pour ε > 0 suffisamment petit, γ1 est à valeur dans U2 . Soit alors γ2 le chemin
défini par
γ2 = g −1 ◦ γ1 ,
qui est donc maintenant à valeurs dans U1 . De la relation DΨ(0) ◦ g = Ψ montrée
plus haut on tire que Ψ (γ2 (t)) = 0 pour tout t ∈]−ε, +ε[ puisque DΨ(0) = DΦ(x0 )
et u ∈ Ker (DΦ(x0 )). On en déduit que x0 + γ2 (t) ∈ H pour tout t ∈] − ε, +ε[. Soit
γ3 = x0 + γ2 . Alors γ3 est à valeurs dans H, γ3 (0) = x0 et, puisque Dg(0) = IdE
(voir plus haut), on a que  
dγ3
=u.
dt 0

Par hypothèse sur f , f ◦ γ3 a un minimum en 0. Donc (f ◦ γ3 ) (0) = 0, et ainsi
Df (x0 ).(u) = 0. Puisque u est quelconque dans Ker (DΦ(x0 )), on a donc bien ce
que nous voulions démontrer, à savoir que Ker (DΦ(x0 )) ⊂ Ker (Df (x0 )).
On peut maintenant conclure. Les DΦi (x0 ), restreints à F , sont les com-
posantes φi de φ. Ils forment une base du dual F ⋆ de F puisque φ réalisant un
isomorphisme de F sur Rn on obtient facilement que (φ1 , . . . , φn ) est libre dans
104 4. CALCUL DIFFÉRENTIEL DANS LES BANACH

F ⋆ (qui est de dimension n puisque F l’est). Il existe ainsi des réels λ1 , . . . , λn


pour lesquels (4.8) a lieu lorsque l’on se restreint à F . Or F est supplémentaire de
Ker (DΦ(x0 )), et Ker (DΦ(x0 )) ⊂ Ker (Df (x0 )). Il s’ensuit que (4.8) a lieu sur E.
D’où le théorème. □
CHAPITRE 5

Fonctions Convexes

On traite des fonctions convexes dans ce chapitre en déclinant les cas R → R,


Rn → R et enfin E → R.

1. Fonctions convexes d’une variables réelle


L’étude des fonctions convexes f : I → R, avec I ⊂ R un intervalle, est un
grand classique de l’étude des fonctions d’une variable réelle.
Définition 5.1. Soient I un intervalle de R et f : I → R une fonction définie
sur R. On dit que f est convexe sur I si pour tous a < b dans I,
f ((1 − t)a + tb) ≤ (1 − t)f (a) + tf (b)
pour tous t ∈ [0, 1]. On dit que f est concave si −f est convexe (ce qui revient à
inverser l’inégalité ci-dessus).
Le choix de a < b dans I donne deux points (a, f (a)) et (b, f (b)) de la courbe
représentative de f . Le sous-arc de la courbe de f correspondant aux choix de a et
b est la partie de la courbe représentative formée par les (x, f (x)) pour a ≤ x ≤ b.
La corde correspondant aux choix de a et b est le segment de R2 qui joint les points
(a, f (a)) et (b, f (b)). Il est donné par
Corde(a, b) = {((1 − t)a + tb, (1 − t)f (a) + tf (b)) , t ∈ [0, 1]} .
Une fonction est donc convexe si tout sous-arc de sa courbe est situé en dessous de
la corde correspondante et concave si tout sous-arc de sa courbe est situé au dessus
de la corde correspondante.

Lemme 5.1 (Inégalité des trois cordes). Soient I un intervalle de R et f : I → R


une fonction convexe définie sur R. Alors
f (y) − f (x) f (z) − f (x) f (z) − f (y)
≤ ≤
y−x z−x z−y
pour tous x < y < z dans I.
105
106 5. FONCTIONS CONVEXES

Démonstration. Soient x < y < z dans I. Il existe alors t ∈]0, 1[ tel que
y = tx + (1 − t)z. On a
f (y) ≤ tf (x) + (1 − t)f (z) (5.1)
par convexité. Donc
f (y) − f (x) ≤ (1 − t) (f (z) − f (x)) .
y−x
Or 1−t = z−x .
On obtient donc la première inégalité de l’inégalité des trois cordes.
On a aussi avec (5.1) que
t (f (z) − f (x)) ≤ f (z) − f (y) .
z−y
Or t = z−x . D’où la seconde inégalité de l’inégalité des trois cordes. Le lemme est
démontré. □
La continuité “automatique” sur les intervalles ouverts des fonctions convexes
suit de l’inégalité des trois cordes.
Théorème 5.1. Soit I un intervalle ouvert de R. Toute fonction convexe
f : I → R est continue sur I.
Démonstration. Soit a ∈ I. Soient x0 < y0 deux points de I situés de part
et d’autre de a. Donc x0 < a < y0 et x0 , y0 ∈ I. Pour x ∈ I tel que a < x < y0
l’inégalité des trois cordes appliquée aux inégalités a < x < y0 et x0 < a < x
implique que
f (x) − f (a) f (y0 ) − f (a) f (x) − f (a) f (a) − f (x0 )
≤ et ≥ .
x−a y0 − a x−a a − x0
On en déduit que la limite à droite en a de f (x) − f (a) vaut automatiquement zéro.
Donc
lim+ f (x) = f (a) .
x→a
De même, pour x ∈ I tel que x0 < x < a l’inégalité des trois cordes appliquée aux
inégalités x0 < x < a et x < a < y0 implique que
f (x) − f (a) f (a) − f (x0 ) f (x) − f (a) f (y0 ) − f (a)
≥ et ≤ .
x−a a − x0 x−a y0 − a
On en déduit que la limite à gauche en a de f (x) − f (a) vaut automatiquement
zéro. Donc
lim f (x) = f (a) .
x→a−
Par suite, f (x) → f (a) lorsque x → a et f est continue en a. Comme a est
quelconque dans I, f est continue sur I. Le théorème est démontré. □
Il est important d’ouvrir I dans le Théorème 5.1. Par exemple, la fonction f
définie sur [0, 1] par f (x) = 0 si 0 < x < 1 et f (0) = f (1) = 1 n’est pas continue sur
[0, 1], mais elle est pourtant convexe sur [0, 1]. Dans le cas des fonctions dérivables,
on a une caractérisation de la convexité avec la croissance de f ′ ou la position
relative de la courbe de f avec sa tangente en chaque point.
Théorème 5.2. Soit I un intervalle ouvert de R. Soit f : I → R une fonction
dérivable sur I. Les trois propriétés suivantes sont équivalentes:
(i) f est convexe sur I
(ii) f ′ est croissante sur I
1. FONCTIONS CONVEXES D’UNE VARIABLES RÉELLE 107

(iii) Pour tout a ∈ I et tout x ∈ I, f (x) ≥ f ′ (a)(x − a) + f (a).


Le point (iii) revient encore à dire que la courbe représentative C de f (le graphe
de f ) est au dessus de ses tangentes en tout point.

Démonstration. On montre que (i) ⇒ (ii). Soient x < y dans I. pour tout
t ∈ [0, 1],
f ((1 − t)x + ty) ≤ (1 − t)f (x) + tf (y) . (5.2)
En particulier, pour 0 < t ≤ 1,
f (x + t(y − x)) − f (x) f (y) − f (x)

t(y − x) y−x
et en faisant tendre t → 0+ on obtient, puisque f est dérivable en x, que
f (y) − f (x)
f ′ (x) ≤ .
y−x
De la même façon, comme ty = y + (t − 1)y, on peut écrire avec (5.2) que pour
0 ≤ t < 1,
f (y + (1 − t)(x − y)) − f (y) f (y) − f (x)
≥ .
(1 − t)(x − y) y−x
En faisant tendre t → 1− on obtient, puisque f est dérivable en y, que
f (y) − f (x)
f ′ (y) ≥ .
y−x
Par suite, f ′ (x) ≤ f ′ (y) lorsque x < y, et donc f ′ est bien croissante. On montre
maintenant que (ii) ⇒ (iii). Soit x ∈ I et g : I → R la fonction définie par
g(y) = f (y) − f ′ (x)(y − x) − f (x) .
Alors g est dérivable et
g ′ (y) = f ′ (y) − f ′ (x) .
Comme f ′ est supposée croissante, on a g ′ (y) ≤ 0 si y ≤ x et g ′ (y) ≥ 0 si y ≥ x.
Cela entyraı̂ne que g a un minimum au point x. Comme g(x) = 0 on obtient (iii).
On montre maintenant les réciproques. On commence par montrer que (iii) ⇒ (ii).
Soient x < y dans I. Avec (iii), appliqué deux fois, pour la tangente en x et la
tangente en y,
f (y) ≥ f ′ (x)(y − x) + f (x)
≥ f ′ (x)(y − x) + f ′ (y)(x − y) + f (y)
108 5. FONCTIONS CONVEXES

et donc f ′ (x)(y − x) ≤ f ′ (y)(y − x), soit encore f ′ (x) ≤ f ′ (y) puisque x < y. D’où
(ii). Reste pour finir à montrer que (ii) ⇒ (i). Soient y ∈ I et t ∈]0, 1[ fixés. On
définit g : I → R par
g(x) = f ((1 − t)x + ty) − (1 − t)f (x) − tf (y) .
Alors g est dérivable sur I et en tout x ∈ I,
g ′ (x) = (1 − t)f ′ ((1 − t)x + ty) − (1 − t)f ′ (x)
de sorte que g ′ (x) ≥ 0 pour tout x ∈ I si x < y puisqu’alors (1 − t)x + ty ≥ x
et f ′ est supposée croissante. Donc g est croissante sur I∩] − ∞, y]. Or g(y) = 0.
Donc g(x) ≤ 0 sur I∩] − ∞, y]. Clairement cela signifie que f est convexe sur I. Le
théorème est démontré. □
Lorsque les fonctions sont deux fois dérivables on obtient le résultat suivant.
Théorème 5.3. Soient I un intervalle ouvert de R et f : I → R une fonction
deux fois dérivable sur I. Alors f est convexe sur I si et seulement si f ′′ (x) ≥ 0
pour tout x ∈ I.
Démonstration. On a déjà vu que pour une fonction g dérivable sur un
intervalle I, g est croissante si et seulement si g ′ ≥ 0 sur I. En particulier, f ′ est
croissante sur I si et seulement si f ′′ (x) ≥ 0 pour tout x ∈ I. Le résultat suit alors
du Théorème 5.2. □
Plusieurs inégalités sont démontrées par convexité (ou concavité). Par exemple,
pour tout x ∈ [0, π2 ],
2
x ≤ sin(x) ≤ x . (5.3)
π
La fonction sin est en effet deux fois dérivable de dérivée seconde − sin. Donc cette
fonction est concave sur ]0, + π2 [ puisque le sinus y est positif et donc la dérivée
seconde de sinus y est négative. Par suite, par concavité, f est en dessous de
n’importe laquelle de ses tangentes. En particulier, pour tout a, x ∈]0, + π2 [,
sin(x) ≤ cos(a)(x − a) + sin(a) .
En faisant tendre a → 0+ on obtient que sin(x) ≤ x pour tout x ∈]0, + π2 [ et
l’inégalité est trivialement vraie pour x = 0 et x = π2 . Puisque sin est concave on a
aussi que tout sous-arc de sa courbe est situé au dessus de la corde correspondante.
En regardant le sous-arc et la corde correspondant aux choix de 0 et π2 on obtient
que sin(x) ≥ π2 x pour tout x ∈ [0, π2 ]. D’où (5.3).
Théorème 5.4 (Inégalité de Jensen). Soit
PnI un intervalle de R et soit aussi
f : I → R une fonction convexe sur I. Alors i=1 λi xi ∈ I et
n
! n
X X
f λ i xi ≤ λi f (xi ) (5.4)
i=1 i=1

Pn tout n ≥ 2, tous x1 , . . . , xn ∈ I et tous λ1 , . . . , λn ∈ [0, 1] vérifiant que


pour
i=1 λi = 1.

Démonstration. On effectue une double récurrence. Une pour montrer que


pour
Pn tout n P ≥ 2, tous x1 , . . . , xn ∈ I et tous λ1 , . . . , λn ∈ [0, 1] vérifiant que
n
i=1 λ i = 1, i=1 λi xi ∈ I. L’autre pour montrer l’inégalité de Jensen proprement
dite. On se restreint à la preuve de la seconde (la première procède avec la même
1. FONCTIONS CONVEXES D’UNE VARIABLES RÉELLE 109

manipulation). On effectue donc une récureence sur n, la propriété PH


n
n à démontrer
étant que pour tous x1 , . . . , xn ∈ I et tous λ1 , . . . , λn ∈ [0, 1], si i=1 λi = 1 alors
(5.4) est vraie. Si n = 2 il s’agit tout simplement de la définition de la convexité.
On a donc l’amorce à notre récurrence, à savoir que H2 est vraie. Pour démontrer
l’hérédité, on suppose maintenant que Hn est vraie et on considère x1 , . . . , xn+1 ∈ I
Pn+1
et λ1 , . . . , λn+1 ∈ [0, 1] vérifiant que i=1 λi = 1. On écrit alors que
n+1
X n
X
λ i xi = λi xi + λn+1 xn+1
i=1 i=1
n
X λi
= (1 − λn+1 ) xi + λn+1 xn+1
i=1
1 − λn+1
et par convexité on a donc que
n+1
! n
!
X X λi
f λi xi ≤ (1 − λn+1 )f xi + λn+1 f (xn+1 ) .
i=1 i=1
1 − λn+1
Pn λi
Or i=1 1−λn+1 = 1 puisque λ1 + · · · + λn+1 = 1, et donc, avec Hn ,
n
! n
X λi X λi
f xi ≤ f (xi ) .
i=1
1 − λn+1 i=1
1 − λn+1
On en déduit que Hn+1 est vraie. D’où le théorème. □
Le théorème suivant traite de la dérivabilité quasi-automatique des fonctions
convexes. Il se situe dans le même esprit que le Théorème 5.1.
Théorème 5.5. Soient I un intervalle ouvert de R et f : I → R une fonction
convexe sur I. Alors l’ensemble des points où f n’est pas dérivable est au plus
dénombrable.
Démonstration. Soit a ∈ I. Il suit de l’inégalité des trois cordes du Lemme
5.1 que la fonction
f (x) − f (a)
x→
x−a
est croissante sur I\{a}. Par suite,
f (x) − f (a)

fg′ (a) = lim

x→a − x−a
fd′ (a) = lim f (x) − f (a)

x→a+ x−a
′ ′
existent, sont finies et fg (a) ≤ fd (a). Toujours avec l’inégalité des trois cordes du
Lemme 5.1 on obtient que fd′ (x) ≤ fg′ (a) pour x ≤ a. Par suite
lim fd′ (x) ≤ fg′ (a) ≤ fd′ (a) .
x→a−
Or f est dérivable en a si et seulement si fg′ (a) = fd′ (a). Ainsi les points a où f
n’est pas dérivable sont des points où la fonction fd′ a un saut. En utilisant encore
l’inégalité des trois cordes du Lemme 5.1, on obtient que si a < b alors fd′ (a) ≤ fg′ (b).
Comme fg′ (b) ≤ fd′ (b), la fonction fd′ est croissante sur I. On conclue avec le Lemme
5.2 ci-dessous. Le théorème est démontré. □
Le lemme suivant a été utilisé pour conclure dans la preuve du Théorème 5.5.
110 5. FONCTIONS CONVEXES

Lemme 5.2. Soit f :]a, b[→ R une fonction croissante. L’ensemble des points
de discontinuité de f est au plus dénombrable.
Démonstration. Pour x ∈]a, b[ on note δ(x) la différence entre la limite à
droite de f en x et la limite à gauche de f en x (qui existent et sont finies par
croissance de f ). Les points de discontinuité de f sont les sauts positifs de f , à
savoir les x tels que δ(x) > 0. Soient c < d deux points de ]a, b[. Pour n ∈ N⋆ on
pose
 
1
Sn = x ∈]a, b[ / δ(x) ≥ .
n
T
Il est facile de voir que [c, d] Sn est un ensemble fini. On en déduit que Sn est au
plus dénombrable en approchant ]a, b[ par une suite de [ck , dk ], k → +∞. Ensuite,
si D est l’ensemble des points de discontinuité de f , en remarquant que D n’est
rien d’autre que la réunion des Sn pour n ≥ 1, on obtient que D est au plus
dénombrable. Le lemme est démontré. □

2. Fonctions convexes de plusieurs variables réelles


Pour x, y ∈ Rn on note [x, y] le segment de Rn défini par
[x, y] = {(1 − t)x + ty, t ∈ [0, 1]} .
Un sous ensemble X de Rn est alors dit convexe si pour tous x, y ∈ X, [x, y] ⊂ X.

Les polyèdres convexes ont été étudiés dès Platon. Les polyèdres convexes
de Platon sont le tétraèdre, le cube, l’octaèdre, le dodécaèdre et l’icosaèdre. Ils
vérifient tous l’identité du théorème de Descartes-Euler: dans un polyèdre convexe
on a toujours F + S − A = 2 où F est le nombre de faces du polyèdre, S son nombre
de sommets et A son nombre d’arêtes.

La notion de fonction convexe Rn → R se définit sur les convexes. La définition


suit celle donnée pour les fonctions R → R. Elle est donnée dans la définition ci-
dessous.
2. FONCTIONS CONVEXES DE PLUSIEURS VARIABLES RÉELLES 111

Définition 5.2. Soit X ⊂ Rn un sous ensemble convexe de Rn . Une fonction


f : X → R est dite convexe si
f ((1 − t)x + ty) ≤ (1 − t)f (x) + tf (y)
pour tous x, y ∈ X et tout t ∈ [0, 1]. La fonction est dite concave si −f est convexe.
Comme pour les fonctions R → R, dire que f est convexe c’est dire que le
graphe de f dans Rn+1 est en dessous de ses cordes. Par ailleurs l’inégalité de
Jensen est encore valable ici et sa preuve est identique à celle du cas R → R.
On définit maintenant l’épigraphe Epi(f ) d’une fonction f : X → R. C’est le
sous ensemble de Rn+1 défini par
Epi(f ) = {(x, t) ∈ X × R / t ≥ f (x)} .
Il représente ce qui, dans Rn+1 , se situe au dessus du graphe de f . Le résultat
suivant a lieu.
Théorème 5.6. Soit X ⊂ Rn un convexe. Une fonction f : X → R est convexe
si et seulement si Epi(f ) est un convexe de Rn+1 .
Démonstration. Si f est convexe et si A = (x1 , t1 ) et B = (x2 , t2 ) sont dans
Epi(f ), alors pour tout t ∈ [0, 1],
(1 − t)t1 + tt2 ≥ (1 − t)f (x1 ) + tf (x2 )
≥ f ((1 − t)x1 + tx2 )
par convexité de f . Donc (1 − t)A + tB ∈ Epi(f ) pour tous A, B ∈ Epi(f ) et tout
t ∈ [0, 1]. Ainsi Epi(f ) est convexe. Réciproquement, supposons que Epi(f ) est
convexe. Soient x1 , x2 ∈ X. Alors A = (x1 , f (x1 )) et B = (x2 , f (x2 )) sont tous
deux dans Epi(f ). Donc, pour tout t ∈ [0, 1], (1 − t)A + tB ∈ Epi(f ). Par suite
f ((1 − t)x1 + tx2 ) ≤ (1 − t)f (x1 ) + tf (x2 )
et f est bien convexe. Le théorème est démontré. □

En dimension finie, ce qui est le cas de Rn , on peut montrer que si f : X → R


est convexe et X est un ouvert, alors f est continue sur X. L’argument utilise
néanmoins de façon forte la dimension finie (et Jensen). En dimension infinie il
faudra aussi supposer que f est bornée au voisinage de tout point de X. On passe
ici sur ces questions de continuité pour aborder les caractérisations différentielles
de la convexité. On renvoie à la Section 3 pour ces questions. Tout comme dans le
cas R → R il existe différentes caractérisations différentielles de la convexité d’une
fonction. On commence par le théorème suivant.
112 5. FONCTIONS CONVEXES

Théorème 5.7. Soit X un ouvert convexe non vide de Rn et f : X → R une


fonction différentiable sur X. Les trois propriétés suivantes sont équivalentes:
(i) f est convexe sur X,
(ii) ∀x, y ∈ X, f (y) ≥ f (x) + Df (x).(y − x)
(iii) ∀x, y ∈ X, Df (y).(y − x) ≥ Df (x).(y − x).
La propriété (ii) signifie que le graphe de f est au dessus de tous ses hyperplans
tangents. Pour (iii) on parle de monotonie de la différentielle.
Le point (iii) peut sembler surprenant. Si n = 1 et X = I intervalle ouvert il
correspond pourtant bien à la croissance de f ′ puisque Df (y).(y−x) ≥ Df (x).(y−x)
pour tous x, y ∈ I équivaut à (f ′ (y) − f ′ (x)) (y − x) ≥ 0 pour tous x, y ∈ I et donc
à f ′ (y) ≥ f ′ (x) pour tous x ≤ y dans I.
Démonstration. Supposons (i). Soient x, y ∈ X. Par différentiabilité de f ,
f (x + t(y − x)) − f (x)
lim = Df (x).(y − x) .
t→0+ t
Par convexité de f , et puisque x + t(y − x) = (1 − t)x + ty, on a aussi que
f (x + t(y − x)) − f (x) ≤ t (f (y) − f (x)) .
En combinant ces deux relations on obtient (ii). Donc (i) ⇒ (ii). On suppose
maintenant (ii) et on montre que (ii) ⇒ (i). Soient x, y ∈ X. Avec (ii),
f (y) ≥ f ((1 − t)x + ty) + (1 − t)Df ((1 − t)x + ty) .(y − x)
f (x) ≥ f ((1 − t)x + ty) + tDf ((1 − t)x + ty) .(x − y) .
En multipliant la première des relations par t, la seconde par 1 − t puis en sommant
on obtient l’inégalité de convexité. Donc (ii) ⇒ (i). On suppose de nouveau (ii) et
on montre que (ii) ⇒ (iii). Soient x, y ∈ X. Par symétrie en x et y,
f (y) ≥ f (x) + Df (x).(y − x)
f (x) ≥ f (y) + Df (y).(x − y) .
Par suite
f (y) ≥ f (x) + Df (x).(y − x)
≥ f (y) + Df (y).(x − y) + Df (x).(y − x)
et on obtient (iii). Donc (ii) ⇒ (iii). On suppose enfin (iii) et on montre que
(iii) ⇒ (ii). Soient x, y ∈ X. La fonction
g(t) = f ((1 − t)x + ty) (5.5)
est alors définie sur [0, 1]. Elle est aussi dérivable sur ]0, 1[ puisque f est différentiable
et pour tout t ∈]0, 1[,
g ′ (t) = Df ((1 − t)x + ty) .(y − x)
1
= Df (zt ).(zt − x)
t
où zt = (1 − t)x + ty et t ∈]0, 1[. Le théorème des accroissements finis donne qu’il
existe c ∈]0, 1[ tel que
g(1) − g(0) = g ′ (c) .
Donc
1
f (y) = f (x) + Df (zc ).(zc − x) .
c
2. FONCTIONS CONVEXES DE PLUSIEURS VARIABLES RÉELLES 113

Or, par (iii), Df (zc ).(zc − x) ≥ Df (x).(zc − x) et Df (x).(zc − x) = cDf (x).(y − x).
D’où (ii) et on a bien que (iii) ⇒ (ii). Le théorème est démontré. □
Il y aussi, comme dans le cas des fonctions R → R, une caractérisation de la
convexité avec les différentielles secondes.
Théorème 5.8. Soit X un ouvert convexe non vide de Rn et f : X → R une
fonction deux fois différentiable sur X. Alors f est convexe sur X si et seulement
si D2 f (a) ≥ 0 au sens des formes bilinéaires pour tout a ∈ X.
Démonstration. Supposons que D2 f (a) ≥ 0 au sens des formes bilinéaires
pour tout a ∈ X. Soient x, y ∈ X. On définit g : [0, 1] → R comme en (5.5).
Puisque X est un ouvert, g est même définie et deux fois dérivables sur un intervalle
un peu plus grand, donc du type ] − η, 1 + η[ avec η > 0 petit. Pour tout t ∈]0, 1[,
g ′ (t) = Df (zt ).(y − x) et g ′′ (t) = D2 f (zt ).(y − x, y − x) ,
où zt = (1 − t)x + ty. Avec la formule de Taylor-Lagrange pour g, il existe c ∈]0, 1[
tel que
1
g(1) − g(0) = g ′ (0) + g ′′ (c) .
2
Par hypothèse, g ′′ (c) ≥ 0 et donc
f (y) ≥ f (x) + Df (x).(y − x) .
En vertue du Théorème 5.7, et puisque x et y sont quelconques dans X, f est
convexe sur X. Réciproquement, supposons que f est convexe sur X. Soit x ∈ X.
Avec la formule de Taylor à l’ordre deux du Théorème 2.16, pour tout y ∈ X,
1
f (y) = f (x) + Df (x).(y − x) + D2 f (x).(y − x, y − x) + ∥y − x∥2 ε(y − x)
2
où ε(X) → 0 si X → 0. En vertue du Théorème 5.7 on récupère donc que
1 2
D f (x).(y − x, y − x) + ∥y − x∥2 ε(y − x) ≥ 0
2
pour tout y ∈ X. On fixe h ∈ Rn \{0} et pour t ∈ R petit (en valeur absolue) on
pose y = x + th. Alors y ∈ X (lorsque t est suffisamment petit en valeur absolue,
puisque X est un ouvert) et donc
 
2 1 2 2
t D f (x).(h, h) + ∥h∥ ε(th) ≥ 0 .
2
On en déduit que
1 2
D f (x).(h, h) + ∥h∥2 ε(th) ≥ 0
2
et en faisant tendre t → 0 on récupère que D2 f (x).(h, h) ≥ 0. L’inégalité reste
valable si h = 0. Par suite D2 f (x) ≥ 0 au sens des formes bilinéaires. Comme x
est quelconque dans X, le théorème est démontré. □
Il existe un analogue des Théorèmes 5.1 et 5.5 dans le cas de Rn . En ce qui
concerne la continuité le théorème qui suit est une conséquence directe du Théorème
5.13 ci-dessous.
Théorème 5.9. Soit X un ouvert convexe non vide de Rn et f : X → R une
fonction convexe sur X. Alors f est continue sur X.
114 5. FONCTIONS CONVEXES

En ce qui concerne la différentiabilité, un ensemble N ⊂ Rn est dit négligeable


s’ilRest (mesurable et) de mesure nulle pour la mesure de Lebesgue sur Rn et donc
si N 1dx = 0 (attention il s’agit là d’une intégrale multiple). Un sous ensemble
négligeable est forcément d’intérieur vide. On pourra trouver une démonstration
du résultat ci-dessous, donné ici sans preuve, dans pratiquement tous les ouvrages
ou les cours spécialisés sur la convexité.
Théorème 5.10. Soit f : Rn → R une fonction convexe. Alors f est différentiable
en presque tout point de Rn , c’est à dire en tout point de Rn \N où N ⊂ Rn est un
sous ensemble négligeable de Rn .

3. Fonctions convexes d’une variable banachique


Si l’on met à part les questions de régularité, la convexité des fonctions réelles
définies sur un Banach se comporte quasiment systématiquement comme la con-
vexité des fonctions réelles en dimension finie qui a été étudiée à la Section 2. Soit
(E, ∥ · ∥) un espace de Banach. Pour x, y ∈ E on note [x, y] le segment de E défini
par
[x, y] = {(1 − t)x + ty, t ∈ [0, 1]} .
Un sous ensemble X de E est alors dit convexe si pour tous x, y ∈ X, [x, y] ⊂ X,
et si X ⊂ E est un sous ensemble convexe de E, une fonction f : X → R est dite
convexe sur X si
f ((1 − t)x + ty) ≤ (1 − t)f (x) + tf (y)
pour tous x, y ∈ X et tout t ∈ [0, 1]. La fonction est dite concave si −f est convexe.
L’épigraphe Epi(f ) d’une fonction f : X → R est le sous ensemble de E × R défini
par
Epi(f ) = {(x, t) ∈ X × R / t ≥ f (x)} .
Il représente ce qui, dans E × R, se situe au dessus du graphe de f . Les Théorèmes
5.6, 5.7 et 5.8 de la Section 2 restent valables dans le cadre banachique (et même
uniquement normé). Leurs preuves sont identiques à celles développées dans le cas
Rn .
Théorème 5.11. Soit (E, ∥·∥) un espace de Banach et soit X ⊂ E un convexe.
Une fonction f : X → R est convexe si et seulement si Epi(f ) est un convexe de
Rn+1 . Si maintenant X est un ouvert et f : X → R est différentiable sur X, les
trois propriétés suivantes sont équivalentes:
(i) f est convexe sur X,
(ii) ∀x, y ∈ X, f (y) ≥ f (x) + Df (x).(y − x)
(iii) ∀x, y ∈ X, Df (y).(y − x) ≥ Df (x).(y − x).
La propriété (ii) signifie que le graphe de f est au dessus de tous ses “hyperplans”
tangents. Pour (iii) on parle de monotonie de la différentielle. Enfin, si f est deux
fois différentiable sur X, alors f est convexe sur X si et seulement si D2 f (a) ≥ 0
au sens des formes bilinéaires pour tout a ∈ X.
L’inégalité de Jensen est elle aussi valable dans ce contexte. Donc si X ⊂ E
est un convexe et si f : X → R est une fonction convexe, alors
n
! n
X X
f λ i xi ≤ λi f (xi ) (5.6)
i=1 i=1
3. FONCTIONS CONVEXES D’UNE VARIABLE BANACHIQUE 115

Pn tout n ≥ 2, tous x1 , . . . , xn ∈ X et tous λ1 , . . . , λn ∈ [0, 1] vérifiant que


pour
i=1 λi = 1.
On aborde dans ce qui suit les questions relatives à la continuité et à la
différentiabilité des fonctions convexes. On dit d’une fonction f : Ω → R qu’elle est
localement lipschitzienne sur l’ouvert Ω d’un espace vectoriel normé (E, ∥ · ∥E ) si
pour tout a ∈ Ω il existe ra > 0 tel que f est localement lipschitzienne sur Ba (ra ),
où Ba (ra ) est la boule ouverte de centre a et de rayon ra et où f est dite lipschitzi-
enne sur Ba (ra ) s’il existe Ca > 0 telle que |f (y) − f (x)| ≤ Ca ∥y − x∥ pour tous
x, y ∈ Ba (ra ). Le premier résultat que l’on démontre est le suivant.
Théorème 5.12. Soient (E, ∥ · ∥) un espace de Banach, Ω ⊂ E un ouvert
convexe de E et f : Ω → R une fonction convexe sur Ω. On suppose que f est
bornée supérieurement sur Ω. Alors f est localement lipschitzienne sur Ω. En
particulier, f est continue sur Ω.
Démonstration. Soit a ∈ Ω. On considère δ > 0 tel que Ba (2δ) ⊂ Ω. Pour
δ > 0 suffisamment petit, soit M > 0 tel que f ≤ M sur Ba (2δ). Si x ∈ Ba (2δ)
alors 2a − x ∈ Ba (2δ) puisque ∥(2a − x) − a∥ = ∥x − a∥. Or a = 21 x + 12 (2a − x) et
donc, par convexité de f ,
1 1
f (a) ≤ f (x) + f (2a − x)
2 2
1 1
≤ f (x) + M .
2 2
On en déduit que f (x) ≥ 2f (a) − M et la fonction f est donc aussi bornée
inférieurement sur Ba (2δ). Ainsi il existe M̂ > 0 tel que |f | ≤ M̂ sur Ba (2δ).
On considère maintenant x, y ∈ Ba (δ), x ̸= y. Soit r = ∥y − x∥. On définit
δ
z = y + (y − x) .
r
Alors z ∈ Ba (2δ) par inégalité triangulaire puisque y ∈ Ba (δ) et
δ
∥z − a∥ ≤ ∥y − a∥ + ∥y − x∥
r
< δ + δ = 2δ .
Soit θ = δ/r et soit θ̂ = 1/(1 + θ) qui est dans ]0, 1[. On écrit maintenant que
θ 1
y= x+ z
1+θ 1+θ
= (1 − θ̂)x + θ̂z .
Alors, par convexité de f ,
f (y) ≤ (1 − θ̂)f (x) + θ̂f (z)
et donc
f (y) − f (x) ≤ θ̂ (f (z) − f (x)) .
On en déduit que
2M̂
f (y) − f (x) ≤
1+θ
2M̂ 2M̂
≤ r= ∥y − x∥ .
δ δ
116 5. FONCTIONS CONVEXES

Par symétrie en x et y,
2M̂
|f (y) − f (x)| ≤ ∥y − x∥
δ
pour tous x, y ∈ Ba (δ) et f est lipschitzienne sur Ba (δ). En particulier, f est
continue sur Ba (δ). Comme a est quelconque dans Ω, le théorème est démontré. □

En dimension finie, donc par exemple dans le cas de Rn , la convexité entraı̂ne


automatiquement le fait que f soit bornée supérieurement par inégalité de Jensen.
Théorème 5.13. Soient (E, ∥ · ∥) un espace de Banach, Ω ⊂ E un ouvert
convexe de E et f : Ω → R une fonction convexe sur Ω. Si E est de dimension
finie, alors f est localement bornée supérieurement sur Ω. En particulier, f est
localement lipschitzienne sur Ω et continue sur Ω.
Démonstration. Soit a ∈ Ω. Soit (e1 , . . . , en ) une base de E choisie telle que
a ± ei ∈ Ω pour tout i = 1, . . . , n. On pose êi = ±ei . Par équivalence des normes
en dimension finie, en considérant l’équivalence avec la norme qui fait des ei une
base orthonormée, on voit que si r > 0 est suffisamment petit, alors
n
X n
X
∥ λi êi ∥ ≤ r ⇒ |λi | < 1 .
i=1 i=1

Pour r > 0 suffisamment petit, Ba (r) ⊂ Ω. Tout x ∈ Ba (r) sécrit


n
X
x=a+ λ i ei .
i=1
Pn
Quitte à changer ei en −ei on peut supposer que λi ≥ 0. Soit θ = i=1 λi . Pour
r > 0 suffisamment petit, en supposant que x ̸= a, on a alors avec ce qui a été dit
plus haut que 0 < θ < 1 et 0 ≤ λi < 1 pour tout i = 1, . . . , n. En remarquant que
n+1
X
x= λ̂i bi
i=1
Pn
où bi = a + ei si 1 ≤ i ≤ n, bn+1 = a, λ̂i = λi si 1 ≤ i ≤ n et λ̂n+1 = 1 − i=1 λi ,
on obtient par inégalité de Jensen que
n+1
X
f (x) ≤ λ̂i f (bi ) ≤ max f (bi ) .
i=1,...,n+1
i=1

Donc, pour tout a ∈ Ω il existe r > 0 petit pour lequel f est majorée supérieurement
sur Ba (r). Le Théorème 5.12 appliqué à Ba (r) permet de conclure. □

On aborde maintenant les questions de différentiabilité des fonctions convexes.


Dans le cas de la dimension finie la Fréchet-diffétrentiabilité (différentiabilité clas-
sique traitée dans cet ouvrage) des fonctions convexes est donnée par le Théorème
5.10, et on obtient une différentiabilité presque partout. Le théorème de Mazur qui
suit traite de la Gateaux-différentiabilité. Soient (E, ∥ · ∥) un espace de Banach.
L’espace est dit séparable s’il existe un sous ensemble dense dénombrable de E. La
notion de Gateaux-différentiabilité a été abordée à la Section 2 de ce chapitre.
3. FONCTIONS CONVEXES D’UNE VARIABLE BANACHIQUE 117

Théorème 5.14 (Théorème de Mazur). Soient (E, ∥ · ∥) un espace de Banach


séparable, Ω ⊂ E un ouvert convexe de E et f : Ω → R une fonction convexe
continue sur Ω. Alors f est Gateaux-différentiable sur un sous-ensemble dense de
Ω.
Le théorème de Mazur se démontre en plusieurs étapes que nous détaillons dans
ce qui suit sous formes de lemmes. On note, lorsque la limite existe,
f (x + tv) − f (x)
f + (x; v) = lim .
t→0 + t
Alors f + (x; v) est la dérivée directionnelle de f en x dans la direction v. Si f est
différentiable en x, f + (x; v) existe et f + (x; v) = Df (x).(v). Etant donné un espace
vectoriel E, une application Φ : E → R est dite sous-linéaire si:
(i) ∀u, v ∈ E, Φ(u + v) ≤ Φ(u) + Φ(v),
(ii) ∀u ∈ E, ∀λ ≥ 0, Φ(λu) = λΦ(u).
Une application sous-linéaire Φ : E → R est linéaire si et seulement si pour tout
u ∈ E, Φ(u) = −Φ(−u).
Lemme 5.3. Soient (E, ∥ · ∥) un espace de Banach, Ω ⊂ E un ouvert convexe
de E et f : Ω → R une fonction convexe sur Ω. La dérivée directionnelle f + (x; v)
existe (et est finie) pour tout x ∈ Ω et tout v ∈ E. Pour tout x ∈ Ω la fonction
de E dans R donnée par v → f + (x; v) est de plus sous-linéaire. Enfin, pour tout
x ∈ Ω et tout v ∈ E, f + (x, v) ≥ −f + (x, −v).
Démonstration. Soient x ∈ Ω et v ∈ E. Pour t > 0 suffisamment petit,
x + tv ∈ Ω. On considère la fonction définie pour t ∈]0, t0 [, t0 > 0 petit, par
f (x + tv) − f (x)
g(t) = .
t
On montre que cette fonction est croissante. Soient t < t′ ∈]0, t0 [. On a
t t
x + tv = (1 − ′ )x + ′ (x + t′ v)
t t
et donc, par convexité de f ,
t t
f (x + tv) ≤ (1 − ′ )f (x) + ′ f (x + t′ v) .
t t
On en déduit que g(t) ≤ g(t′ ). Donc g est bien croissante sur ]0, t0 [. Par suite
f + (x; v) existe et f + (x; v) < +∞. A ce stade, possiblement f + (x; v) = −∞. Mais
clairement il existe aussi t1 > 0 pour lequel le segment [x − t1 v, x + t1 v] est inclus
dans Ω. Or, pour tout t ∈]0, t1 [,
1 1
x = (x − tv) + (x + tv)
2 2
et donc, par convexité de f ,
1 1
f (x) ≤ f (x − tv) + f (x + tv) .
2 2
Par suite,
f (x + tv) − f (x) f (x − tv) − f (x)
≥−
t t
et donc, par passage à la limite en t → 0+ , f + (x, v) ≥ −f + (x, −v). On en déduit
que f + (x, v) > −∞ puisque f + (x, −v) < +∞. Par suite, f + (x; v) existe et est finie
pour tout x ∈ Ω et tout v ∈ E. On passe maintenant à l’affirmation selon laquelle
118 5. FONCTIONS CONVEXES

v → f + (x; v) est sous-linéaire. Le point (ii) de la définition de la sous-linéarité est


clairement vérifié par v → f + (x; v) comme on le voit en effectuant le changement
de variable t → λt si λ > 0. Et il est clair que f + (x; 0) = 0. Soient maintenant
u, v ∈ E. Pour t > 0 suffisamment petit, x + tu, x + tv ∈ Ω. On a
1 1 1
x + t(u + v) = (x + tu) + (x + tv)
2 2 2
et donc, par convexité de f ,
f (x + 12 t(u + v)) − f (x) f (x + tu) − f (x) f (x + tv) − f (x)
≤ + .
t 2t 2t
En passant à la limite en t → 0+ on en déduit que f + (x; u+v) ≤ f + (x; u)+f + (x; v).
Donc u → f + (x; u) est bien sous-linéaire. Le lemme est démontré. □

Le lemme suivant traite de la continuité des applications u → f + (a; u).


Lemme 5.4. Soient (E, ∥ · ∥) un espace de Banach, Ω ⊂ E un ouvert convexe
de E, a ∈ Ω et f : Ω → R une fonction convexe sur Ω et continue en a. Alors
v → f + (a; v) est continue.
Démonstration. Comme f est continue en a, f est bornée au voisinage de a.
Avec le Théorème 5.12 on obtient alors que f est lipschitzienne au voisinage de a.
De la définition première de f + on tire qu’il existe M > 0 tel que f + (a; u) ≤ M ∥u∥
pour tout u ∈ E. On en déduit avec le Lemme 5.3 que
−M ∥u∥ ≤ −f + (a; −u)
≤ f + (a; u)
et donc |f + (a; u)| ≤ M ∥u∥ pour tout u ∈ E. Par sous additivité de f + (a; ·) on
peut écrire que f + (a; v) − f + (a; u) ≤ f + (a; v − u) et il suit que
f + (a; v) − f + (a; u) ≤ M ∥v − u∥ .
Par symétrie en u et v,
f + (a; v) − f + (a; u) ≤ M ∥v − u∥
pour tous u, v ∈ E. Donc v → f + (a; v) est lipschitzienne. En particulier, comme
voulu, v → f + (x; v) est continue. Le lemme est démontré. □

On déduit facilement des Lemmes 5.3 et 5.4 une condition nécessaire et suff-
isante pour la Gateaux-différentiabilité en a d’une fonction convexe continue en
a.
Lemme 5.5. Soient (E, ∥ · ∥) un espace de Banach, Ω ⊂ E un ouvert convexe
de E, a ∈ Ω et f : Ω → R une fonction convexe sur Ω et continue en a. Alors f
est Gateaux-différentiable en a si et seulement si f + (a; u) = −f + (a; −u) pour tout
u ∈ E.
Démonstration. On sait déjà avec les Lemmes 5.3 et 5.4 que f + (a; u) existe
(et est finie) pour tout u ∈ E et que la fonction u → f + (a; u) est continue. Donc
f est Gateaux-différentiable en a si et seulement si u → f + (a; u) est linéaire. Or
Φ = f + (a; ·) est sous-linéaire en vertue du Lemme 5.3 et une fonction sous linéaire Φ
est linéaire si et seulement si Φ(u) = −Φ(−u) pour tout u ∈ E. D’où le lemme. □
3. FONCTIONS CONVEXES D’UNE VARIABLE BANACHIQUE 119

Soient maintenant (E, ∥ · ∥) un espace de Banach séparable, Ω ⊂ E un ouvert


convexe de E et f : Ω → R une fonction convexe continue sur Ω. On considère
dans ce qui suit un sous ensemble {un , n ∈ N} ⊂ E, dense dans E, dont l’existence
est donnée par l’hypothèse de séparabilité de (E, ∥ · ∥). On note
 
n + + 1
Am = x ∈ Ω / f (x; un ) + f (x; −un ) ≥
m
[
puis A = Anm .
m,n∈N⋆

Lemme 5.6. Avec les notations ci-dessus, la fonction f est Gateaux-différentiable


sur Ω\A.
Démonstration. Il suit du Lemme 5.5, et de l’inégalité f + (x; u) ≥ −f + (x; −u)
du Lemma 5.3, que si f n’est pas Gateaux-différentiable en x, alors
f + (x; u) + f (x; −u) > 0
2
pour un u ∈ E. Soit m ≥ 1 tel que f + (x; u) + f (x; −u) ≥ m . Par continuité de
+
u → f (x; u) donnée par le Lemme 5.4, et par densité des un dans E, il existe
alors n ≥ 1 tel que u ∈ Anm . Donc, en particulier, x ∈ A et ainsi, f est forcément
continue sur Ω\A. □
On peut maintenant conclure la preuve du théorème de Mazur.
Démonstration du Théorème 5.14. Soit x ∈ Ω. La fonction f est lips-
chitzienne au voisinage de x d’après le Théorème 5.12 puisque la continuité de f
en x entraı̂ne que f est bornée au voisinage de x. Soit (xp ) une suite de points de
Ω qui converge vers x. Il existe alors M > 0 tel que pour p ≫ 1, t > 0 et u ∈ E,
f (x + tu) − f (x) f (xp + tu) − f (xp ) M
≥ − ∥xp − x∥ . (5.7)
t t t
Soit tp > 0 tel que tp → 0 et ∥xp − x∥/tp → 0. Alors en prenant t = tp dans (5.7)
et en faisant tendre p → ∞ on obtient que
f (xp + tp u) − f (xp )
f + (x; u) ≥ lim sup .
p→+∞ tp
On a vu dans la preuve du Lemme 5.3 que la fonction
f (x + tu) − f (x)
t→
t
est croissante pour t > 0. Donc
f (xp + tp u) − f (xp )
≥ f + (xp ; u)
tp
et ainsi
f + (x; u) ≥ lim sup f + (xp ; u)
p→+∞
pour tout u ∈ E. Par suite, si (xp ) est une suite de points de Anm qui converge vers
x dans Ω, alors x ∈ Anm . On en déduit que les Anm sont des fermés de Ω (pour la
topologie induite de E). On montre maintenant qu’ils sont aussi d’intérieurs vides.
On raisonne par l’absurde et on suppose qu’il existe x ∈ Anm et r > 0 tels que
Bx (r) ⊂ Anm . Soit r̂n = r/∥un ∥. La fonction g :]0, r̂n [→ R donnée par
g(t) = f (x + tun )
120 5. FONCTIONS CONVEXES

est bien définie sur ]0, r̂n [ et elle est convexe sur ]0, r̂n [ car f l’est sur Bx (r) ⊂ Ω.
Soit xt = x + tun , t ∈]0, r̂n [. Par hypothèse d’absurde xt ∈ Anm et donc, pour tout
t ∈]0, r̂n [,
1
f + (xt ; un ) ≥ − f + (xt ; −un )
m
par définition de Anm . Donc gd′ (t) > gg′ (t) pour tout t ∈]0, r̂n [ et ainsi g n’est
différentiable en aucun point t ∈]0, r̂n [. Une contradiction avec le Théorème 5.5.
Les Anm sont donc des fermés d’intérieurs vides de Ω, Ω étant un ouvert d’un espace
de Banach. Le théorème de Baire (cf. Théorème 6.16) donne alors que A est lui
aussi d’intérieur vide. Le Lemme 5.6 permet de conclure. D’où le théorème. □
En dimension finie, et de façon assez surprenante, Gateaux-différentiabilité et
Fréchet-différentiabilité sont deux notions équivalentes pour les fonctions convexes.
Théorème 5.15. Soit (E, ∥ · ∥) un espace vectoriel normé de dimension finie,
Ω ⊂ E un ouvert convexe de E, a ∈ Ω et f : Ω → R une fonction convexe
sur Ω. Alors f est Gateaux-différentiable en a si et seulement si elle est Fréchet-
différentiable en a.
Démonstration. Le sens Fréchet-différentiabilité ⇒ Gateaux-différentiabilité
est évident. Pour l’implication réciproque on suppose donc que f est Gateaux-
différentiable en a. Sans perdre en généralité, par équivalence des normes en di-
mension finie, on peut supposer que E = Rn muni de la métrique euclidienne. Soit
p = ∇f (a) le gradient de f en a (donc le vecteur de Rn de coordonnées les dérivées
partielles de f en a). En vertue du Théorème 5.13, f est lipschitzienne sur une
boule ouverte Ba (r) contenue dans Ω. Soit ε > 0. Par compacité de la sphère unité
SN
S n−1 de Rn , il existe u1 , . . . , uN ∈ S n−1 tels que S n−1 ⊂ i=1 Bui (ε). Comme
f est Gateaux-différentiable en a, pour tout ε > 0 et tout i = 1, . . . , N , il existe
δi > 0 tel que pour tout t ∈ [−δi , δi ],
∥f (a + tui ) − f (a) − t⟨p, ui ⟩∥ ≤ ε|t| ,
où ⟨·, ·⟩ est le produit scalaire euclidien. Soit δ = mini δi . Pour tout u ∈ S n−1 il
existe i tel que ∥u − ui ∥ < ε. Si K est la constante de Lipschitz de f sur Ba (r), et
si ∥ui − u∥ < ε, on peut écrire que
∥f (a + tui ) − f (a + tu)∥ ≤ Kε|t|
pour tout t ∈] − r, r[, et bien sûr on a aussi que
|⟨p, ui ⟩ − ⟨p, u⟩| ≤ ∥p∥ε .
n−1
Donc, pour u ∈ S et t ∈] − r̂, r̂[, où r̂ = min(r, δ), on obtient que
∥f (a + tu) − f (a) − t⟨p, u⟩∥
≤ ∥f (a + tui ) − f (a) − t⟨p, ui ⟩∥ + Kε|t| + ∥p∥ε|t|
≤ (1 + K + ∥p∥) ε|t| .
Tout v ∈ Rn s’écrit v = tu pour un u ∈ S n−1 , et |t| = ∥v∥. On a donc montré que
pour tout ε > 0, il existe r̂ > 0 tel que pour tout v ∈ Rn , si ∥v∥ < r̂, alors
∥f (a + v) − f (a) − ⟨p, v⟩∥ ≤ Cε∥v∥ .
Donc f est Fréchet-différentiable en a et sa différentielle de Fréchet en a est la
différentielle de Gateaux en a, à savoir la forme linéaire attendue u → ⟨p, u⟩, où
p = ∇f (a) est le gradient de f en a. Le théorème est démontré. □
4. CONVEXITÉ ET SOUS-DIFFÉRENTIABILITÉ 121

4. Convexité et sous-différentiabilité
On se place ici le cadre hilbertien. La notion de sous-différentielle des fonctions
convexes est donnée dans la définition suivante.
Définition 5.3. Soit (H, ⟨·, ·⟩) un espace de Hilbert. Soit Ω un ouvert convexe
de H, a ∈ Ω et f : Ω → R une fonction convexe sur Ω. Un vecteur p ∈ H est
appelé sous-gradient de f en a si
∀x ∈ Ω, f (x) ≥ f (a) + ⟨p, x − a⟩ .
Le sous-différentiel de f en a est l’ensemble ∂f (a) constitué des sous-gradients de
f en a. Enfin, on dit que f est sous-différentiable en a si ∂f (a) ̸= ∅.
Si f est Gateaux-différentiable en a, alors la continuité de la forme linéaire
h → f ′ (a; h) et le premier théorème de Riesz (Théorème 3.19) donnent qu’il existe
p ∈ H tel que f ′ (a; h) = ⟨p, h⟩ pour tout h ∈ H. Par analogie avec le cas Rn on
peut voir p comme le gradient de f en a et, comme on s’en convaincra facilement,
f est automatiquement sous-différentiable en a de sous-différentiel en a réduit à un
seul élément: ∂f (a) = {p}. La réciproque, dont on pourra trouver la preuve dans
la plupart des ouvrages traitant de la convexité, est plus surprenante: si f : H → R
convexe est continue en un point a ∈ H, et si ∂f (a) est réduit à un seul élément,
alors f est Gateaux-différentiable en a.
Le sous-différentiel peut être important, et même avec des fonctions très sim-
ples. A titre d’exemple d’un ∂f (a) important, si f : R → R est la fonction convexe
donnée par f (x) = |x| pour tout x ∈ R, alors ∂f (0) = [−1, +1].
Lemme 5.7. Pour tout x ∈ Ω, ∂f (x) est un convexe fermé de H.
Démonstration. Si (pn ) ∈ ∂f (a)N est une suite de points de ∂f (a), et si
pn → p dans H, alors clairement p ∈ ∂f (a). Donc ∂f (a) est un fermé. Soit
maintenant p1 , p2 ∈ ∂f (a). Soit aussi t ∈ [0, 1]. On a
f (x) ≥ f (a) + ⟨p1 , x − a ⇒ (1 − t)f (x) ≥ (1 − t)f (a) + ⟨(1 − t)p1 , x − a⟩ ,
f (x) ≥ f (a) + ⟨p2 , x − a ⇒ tf (x) ≥ tf (a) + ⟨tp2 , x − a⟩ ,
et par addition de ces deux relations on obtient que pour tout x ∈ Ω,
f (x) ≥ f (a) + ⟨(1 − t)p1 + tp2 , x − a⟩ .
Donc (1 − t)p1 + tp2 ∈ ∂f (a) et ∂f (a) est convexe. □
Etant donné un espace métrique (X, d) une fonction f : X → R est dite semi-
continue inférieurement en un point a ∈ X si pour tout ε > 0 il existe η > 0 tel
que f (x) ≥ f (a) − ε pour tout x ∈ Ba (η), où Ba (η) est la boule de centre a et de
rayon η. Donc si
∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ Ba (η), f (x) ≥ f (a) − ε .
Si f est semi-continue inférieurement en a alors pour toute suite (xn ) de points de
X qui converge vers a,
f (a) ≤ lim inf f (xn ) , (5.8)
n→+∞
S
où la limite inf est, dans R {±∞}, la plus petite des limites S des sous suites de
f (xn ), vue aussi comme la limite de la suite croissante de R {±∞} qui est con-
stituée des un = inf m≥n f (xm ). Les fonctions convexes semi-continues inférieurement
sont sous-différentiables en dimension finie. C’est l’objet du théorème suivant.
122 5. FONCTIONS CONVEXES

Théorème 5.16. Soit (H, ⟨·, ·⟩) un espace de Hilbert de dimension finie. Une
fonction convexe f : H → R est sous-différentiable en tout point de H.
Démonstration. Comme f est convexe, Epi(f ) est un convexe de H × R. Il
est clairement fermé dans H × R car f est continue d’après le Théorème 5.13. En
effet, si (xn , tn ) ∈ Epi(f ) pour tout n, et si xn → x dans H et tn → t dans R
lorsque n → +∞, alors par passage à la limite dans les inégalités tn ≥ f (xn ), et
par continuité de f , on obtient que t ≥ f (x). Donc toute limite dans H × R d’une
suite de points de Epi(f ) est encore dans Epi(f ), ce qui implique que Epi(f ) est un
fermé de H × R. Pour a ∈ H,
(a, f (a)) ∈ ∂Epi(f ) .
Le théorème de séparation de Hahn-Banach (admis ici) entraı̂ne l’existence d’un
hyperplan d’appui à Epi(f ) au point (a, f (a)). Il existe ainsi (p, θ) ∈ H ×R\{(0, 0)}
tel que
⟨p, x⟩ + θt ≤ ⟨p, a⟩ + θf (a) (5.9)
pour tout (x, t) ∈ Epi(f ). En prenant x = a et t = f (a) + t̂, avec t̂ ≥ 0, alors
(x, t) ∈ Epi(f ) et on obtient avec (5.9) que θ ≤ 0. On montre maintenant que
nécessairement θ < 0. On raisonne par l’absurde et on suppose que θ = 0. Alors
⟨p, x − a⟩ ≤ 0 pour tout x ∈ H puisque pour tout x ∈ H, (x, f (x)) ∈ Epi(f ). En
prenant x = a+p on obtient que p = 0 ce qui est en contradiction avec (p, θ) ̸= (0, 0).
Donc θ < 0. Soit p̂ = (−1/θ)p. Alors (5.9) entraı̂ne que
⟨p̂, x⟩ − t ≤ ⟨p̂, a⟩ − f (a) (5.10)
pour tout (x, t) ∈ Epi(f ). En particulier, en prenant t = f (x), on obtient avec
(5.10) que f (x) ≥ f (a) + ⟨p̂, x − a⟩ pour tout x ∈ H. Ainsi p̂ ∈ ∂f (a) et donc
∂f (a) ̸= ∅. Le théorème est démontré. □

La sous-différentiabilité (comme la différentiabilité dans le cas de fonctions


quelconques) permet de caractériser les minimums des fonctions convexes.
Théorème 5.17. Soit (H, ⟨·, ·⟩) un espace de Hilbert. Soit Ω un ouvert convexe
de H, a ∈ Ω et f : Ω → R une fonction convexe sur Ω sous-différentiable en a.
Alors a est un point de minimum de f sur Ω si et seulement si 0 ∈ ∂f (a).
Démonstration. Si 0 ∈ ∂f (a) alors f (x) ≥ f (a) pour tout x ∈ Ω et donc
a est un point de minimum de f sur Ω. Réciproquement, si a est un point de
minimum de f sur Ω alors f (x) ≥ f (a) pour tout x ∈ Ω et donc 0 ∈ ∂f (a). D’où
le théorème. □

5. Fonctions strictement et α-convexes


En plus des fonctions convexes on peut définir les fonction strictement convexes
et α-convexes. Une fonction f : Ω → R, Ω ⊂ E ouvert convexe, est dite strictement
convexe sur Ω si pour tous x, y ∈ Ω avec x ̸= y, et pour tout t ∈]0, 1[,

f (1 − t)x + ty < (1 − t)f (x) + tf (y) .
Bien sûr, une fonction strictement convexe est convexe. Pour ce qui est de l’α-
convexité, la définition suit.
5. FONCTIONS STRICTEMENT ET α-CONVEXES 123

Définition 5.4. Soient (E, ∥ · ∥) un espace de Banach, Ω un ouvert convexe


de E, α > 0 un réel strictement positif et f : Ω → R. On dit que f est α-convexe
sur Ω si pour tous x, y ∈ Ω,
α
f (1 − t)x + ty ≤ (1 − t)f (x) + tf (y) − t(1 − t)∥x − y∥2 ,

2
ce qui revient encore à dire que
α
x → f (x) − ∥x∥2
2
est convexe. Lorsque f est deux fois différentiables, f est α-convexe si et seulement
si D2 f (x) ≥ α au sens des formes bilinéaires.
Les fonctions α-convexes sont bien sûr strictement convexes (et donc aussi
convexes).
Lemme 5.8. Une fonction α-convexe continue définie sur un ouvert convexe Ω
est toujours minorée.
Démonstration: Supposons par l’absurde qu’il existe (xk ) une suite de points
de Ω qui est telle que f (xk ) → −∞ lorsque k → +∞. Soit x ∈ Ω fixé. Pour tout
t ∈ [0, 1], et tout k,
α
f (1 − t)x + txk ≤ (1 − t)f (x) + tf (xk ) − tk (1 − tk )∥xk − x∥2 .

2
Quitte à extraire une sous suite on peut supposer que ∥xk ∥ a une limite ℓ lorsque
k → +∞. Si ℓ < +∞, on choisit tk > 0, tendant vers 0 lorsque k → +∞ et vérifiant
que tk f (xk ) → −∞ lorsque k → +∞. Par exemple
1
tk = p
|f (xk )|
pour k ≫ 1. Si ℓ = +∞ on choisit tk > 0, tendant vers 0 lorsque k → +∞, vérifiant
que tk ∥xk ∥ → 0 mais aussi que tk ∥xk ∥2 → +∞ lorsque k → +∞. Par exemple
1
tk = .
∥xk ∥3/2
Soit
x̂k = (1 − tk )x + tk xk .
Par inégalité triangulaire, ∥xk − x∥2 ≥ 41 ∥xk ∥2 pour k ≫ 1 lorsque ℓ = +∞. Par
suite, dans les deux cas ℓ < +∞ et ℓ = +∞, x̂k → x lorsque k → +∞ tandis que
f (x̂k ) → −∞. Par continuité f (x) = −∞. Une contradiction. □
Une fonction f : E → R est dite infinie à l’infini si f (x) → +∞ lorsque
∥x∥ → +∞. Le résultat suivant a lieu.
Lemme 5.9. Une fonction α-convexe continue définie sur l’espace E tout entier
est infinie à l’infini.
Démonstration. Soit f une fonction α-convexe et continue définie sur E.
Soit x0 ∈ E fixé. Par α-convexité, pour tout x ∈ E, et tout t ∈ [0, 1],
 α
f x0 + t(x − x0 ) + t(1 − t)∥x − x0 ∥2 ≤ (1 − t)f (x0 ) + tf (x) .
2
En vertue du Lemme 5.8, pour tout x ∈ E, et tout t ∈ [0, 1],
α
m0 + t(1 − t)∥x − x0 ∥2 ≤ (1 − t)f (x0 ) + tf (x)
2
124 5. FONCTIONS CONVEXES

1
où m0 ∈ R. On fixe t = 2 et on pose m1 = m0 − 21 f (x0 ). Alors
α
f (x) ≥ 2m1 +∥x − x0 ∥2
4
pour tout x ∈ E. Il s’ensuit facilement que f est infinie à l’infini. □

Si f est différentiable, et si l’on se place dans le cadre hilbertien, il y a plus sim-


ple comme preuve des Lemmes 5.8 et 5.9 en utilisant la caractérisation différentiable
du Théorème 5.11. On fixe x0 ∈ Ω et on écrit que puisque f − α2 ∥ · ∥2 est convexe,
c’est que pour tout x ∈ Ω,
α α
f (x) − ∥x∥2 ≥ f (x0 ) − ∥x0 ∥2 + Df (x0 ).(x − x0 ) − α⟨x0 , x − x0 ⟩
2 2
ce qui donne encore, en écrivant que ∥Df (x0 ).(x)∥ ≤ ∥Df (x0 )∥ × ∥x∥, que
α
f (x) ≥ ∥x∥2 − C1 − C2 ∥x∥ ,
2
où les constantes C1 , C2 > 0 ne dépendent pas de x. Les Lemmes 5.8 et 5.9 suivent
alors facilement.

6. Minimiseurs des fonctions convexes


On traite brièvement de quelques résultats concernant les minimiseurs des fonc-
tions convexes. Le premier résultat d’existence est général et ne concerne pas
uniquement les fonctions convexes.
Théorème 5.18 (Existence de minimiseurs). Soit (E, ∥ · ∥) un espace de Ba-
nach. (i) Si f est deux fois différentiable en un point a ∈ E, si a est un point
critique de f et si D2 f (a) ≥ α au sens des formes bilinéaires, avec α > 0, alors a
est un minimiseur local de f . (ii) Si f est infinie à l’infinie, au sens où f (x) → +∞
lorsque ∥x∥ → +∞, et si E est de dimension finie, alors f possède un minimiseur
global dans E.
Démonstration. La première affirmation est celle déjà faite au Théorème
4.12. Pour ce qui est de la seconde, soit x0 ∈ E un point quelconque de E. Comme
f est infinie à l’infini, il existe R > 0 tel que f (x) > f (x0 ) pour tout x ∈ E\B, où
B est la boule fermée de centre 0 et de rayon R. En particulier, nécessairement,
x0 ∈ B. Comme E est de dimension finie, B est compacte. Toute fonction continue
sur un compact atteint ses bornes. Il existe donc a ∈ B qui est tel que f (a) ≤ f (x)
pour tout x ∈ B. En particulier, f (a) ≤ f (x0 ) puisque x0 ∈ B. On en déduit que
a est un minimiseur global de f . □

Si l’on revient aux fonctions convexes, leur comportement en minimisation est


assez surprenant. Le théorème suivant a lieu.
Théorème 5.19. Soient (E, ∥ · ∥) un espace de Banach, Ω ⊂ E un ouvert
convexe de E, a ∈ Ω et f : Ω → R une fonction convexe sur Ω. Alors: (i) Si a
est un minimiseur local de f , c’est aussi un minimiseur global de f . (ii) Si f est
strictement convexe, elle a au plus un minimiseur local (ou global puisqu’il s’agit
de la même chose pour les fonctions convexes). (iii) Si f est différentiable sur Ω
alors a est un minimiseur local (ou global puisqu’il s’agit de la même chose pour
les fonctions convexes) si et seulement si a est un point critique de f .
6. MINIMISEURS DES FONCTIONS CONVEXES 125

Démonstration. (i) Il suffit de montrer qu’il ne peut exister b ∈ Ω tel que


f (b) < f (a). Or, par convexité, si f (b) < f (a) alors

f (1 − t)a + tb ≤ (1 − t)f (a) + tf (b) < f (a)
pour tout t ∈]0, 1], en particulier pour 0 < t ≪ 1. Il ne reste plus qu’à remarquer
que dans n’importe quel voisinage ouvert V de a il y a des (1 − t)a + tb avec
0 < t ≪ 1.
(ii) Si a et b sont des minimiseurs de f , avec a ̸= b, alors
a+b 1 1
f( ) < f (a) + f (b)
2 2 2
par stricte convexité, et comme f (a) = f (b), on obtient une contradiction.
(iii) Si a est un minimiseur local de f alors, le résultat n’a rien à voir avec la con-
vexité, forcément ∇f (a) = 0 comme on l’a vu au Théorème 4.12. Réciproquement,
si f est convexe et ∇f (a) = 0, comme f est au dessus de tous ses hyperplans tan-
gents d’après le Théorème 5.11, en prenant l’hyperplan tangent en a on récupère
que f (x) ≥ f (a) pour tout x ∈ Ω. □
Du Lemme 5.9 et des Théorèmes 5.18 et 5.19 on obtient facilement que le
résultat suivant a lieu.
Lemme 5.10. Soit (E, ∥ · ∥) un espace de Banach de dimension finie. Une
fonction infinie à l’infini et strictement convexe f : E → R possède un, et un
unique, minimiseur. En particulier une fonction α-convexe définie sur l’espace E
tout entier possède un, et un unique, minimiseur.
Dans la cadre Hilbert, et lorsque les fonctions sont sous-différentiables, il s’agira
aussi de ne pas oublier le Théorème 5.17.
CHAPITRE 6

Petit précis de topologie

Ce chapitre propose un survol de topologie, avec des théorèmes démontrés, et


d’autres pas, des preuves détaillées, et d’autres pas.

1. Espaces topologiques
Définition 6.1. Un espace topologique est un couple (X, O), où X est un
ensemble, et O est un sous ensemble de P(X), l’ensemble des parties de X, qui
vérifie:
(1) ∅ ∈ O et X ∈ O,
(2) toute intersection finie d’éléments de O est un élément de O,
(3) toute réunion (même infinie) d’éléments de O est un élément de O.
On dit que O définit une topologie sur X. Les ensembles de O sont les ouverts de
la topologie.
Dans ce qui suit, (X, O) désigne un espace topologique, et A désigne un sous
ensemble de X.
Définition 6.2. On dit que A est une partie fermée de X, ou encore un fermé
de X, si X\A ∈ O, i.e si X\A est un ouvert de X.
Un sous ensemble de X n’est pas forcément soit ouvert soit fermé. Par conven-
tion ∅ et X sont à la fois des ouverts et des fermés de X.
Lemme 6.1. Toute intersection (même infinie) de fermés est un fermé, et toute
réunion finie de fermés est un fermé.
Démonstration. La clef réside dans les formules de Morgan:
[ \ \ [
X\ Ai = (X\Ai ) et X\ Ai = (X\Ai ) .
i∈I i∈I i∈I i∈I

On se ramène alors aux propriétés (2) et (3) qui caractérisent O. □


Définition 6.3. On appelle voisinage de A toute partie V de X qui est telle
qu’il existe U ∈ O avec A ⊂ U ⊂ V . En particulier, on appelle voisinage d’un point
x ∈ X toute partie V de X qui est telle qu’il existe U ∈ O avec x ∈ U et U ⊂ V .
On note dans ce qui suit V(x) l’ensemble des voisinages de x.
Définition 6.4. On appelle adhérence de A, et on note A, le sous ensemble
de X défini par 
A = x ∈ X / ∀V ∈ V(x), V ∩ A ̸= ∅ .
C’est un fermé, et même le plus petit des fermés contenant A.
127
128 6. PETIT PRÉCIS DE TOPOLOGIE

On vérifie que A est bien un fermé et même le plus petit des fermés contenant
A. Soit x ∈ X\A. Il existe alors V ∈ V(x) tel que V ∩ A = ∅. Il existe donc Ux
ouvert avec x ∈ Ux et Ux ∩ A = ∅. On a Ux ⊂ X\A puisqu’un ouvert Ux est un
voisinage de chacun de ses points. On a alors que
[
X\A = Ux
x∈X\A

et donc X\A est un ouvert (comme réunion d’ouverts) de sorte que A est un fermé
(par définition des fermés). On a bien sûr que A ⊂ A. Soit maintenant F un fermé
tel que A ⊂ F . Si x ̸∈ F alors x ∈ X\F qui est un ouvert qui ne rencontre pas
A. Donc x ∈ X\A et puisque x est quelconque dans X\F , X\F ⊂ X\A, ce qui
revient à dire que A ⊂ F . Donc A est bien le plus petit des fermés qui contient A.

Lemme 6.2. Pour tout A ⊂ X, A ⊂ A, A = A et A est un fermé si et seulement


si A = A.
Démonstration. On a déjà vu que A ⊂ A. Si A est un fermé, alors A est
forcément le plus petit fermé contenant A et donc A = A. Réciproquement, si
A = A alors A est un fermé puisque A en est un. Donc A est un fermé si et
seulement si A = A. Il suit que forcément A = A puisque A est un fermé. D’où le
lemme. □

Définition 6.5. On appelle intérieur de A, et on note Å, le sous ensemble de


X défini par

Å = x ∈ X / A ∈ V(x) .
En d’autres termes, x ∈ Å si et seulement si il existe U ∈ O avec x ∈ U et U ⊂ A.
C’est un ouvert et le plus grand des ouverts contenus dans A.
On montre que Å est un ouvert et même le plus grand ouvert contenu dans A.
Si x ∈
SÅ alors il existe Ux un ouvert contenant x et tel que Ux ⊂ A. En écrivant que
Å = x∈Å Ux on voit que Å est un ouvert (puisque réunion d’ouverts). Clairement
Å ⊂ A. Soit maintenant O un ouvert contenu dans A. Les points de O sont dans
Å puisque O est un voisinage de chacun de ses points. Donc O ⊂ Å et donc Å est
bien le plus grand des ouverts contenus dans A.
˚
Lemme 6.3. Pour tout A ⊂ X, Å ⊂ A, Å = Å et A est un ouvert si et
seulement si Å = A.
Démonstration. On a déjà vu que Å ⊂ A. Si A est un ouvert c’est clairement
le plus grand ouvert contenu dans A et donc Å = A. Réciproquement si Å = A
alors A est un ouvert puisque Å en est un. Donc A est un ouvert si et seulement si
˚
Å = A. On en déduit que Å = Å. □

Les relations suivantes ont lieues.


Proposition 6.1. Si A et B sont deux parties de X:
˚ [˚
A
\ ∩ B = Å ∩ B̊ , A ∩ B ⊂ A ∩ B , X\A = X\A
˚
Å ∪ B̊ ⊂ A
\ ∪ B , A ∪ B = A ∪ B , X\Å = X\A .
1. ESPACES TOPOLOGIQUES 129

Démonstration. Pour ne pas trop alourdir la rédaction on se restreint à la


˚
preuve des trois premières relations. Pour la première, on remarque que A \ ∩B
est un ouvert. Il est contenu dans A, donc dans Å, et même chose avec B. Donc
˚
A
\ ∩ B ⊂ Å ∩ B̊. Réciproquement, Å ∩ B̊ est un ouvert contenu dans A ∩ B. Donc,
˚
Å ∩ B̊ ⊂ A
\ ∩ B. D’où la première égalité par double inclusion. En remarquant que
A ∩ B ⊂ A ∩ B, et que A ∩ B est un fermé on obtient que A ∩ B ⊂ A ∩ B. Il n’y a
pas d’espoir d’obtenir l’égalité en toute généralité comme on le voit en considérant
A = [0, 1[ et B =]1, 2] pour lesquels A ∩ B = ∅ tandis que A = [0, 1] et B = [1, 2]
de sorte que A ∩ B = {1}. Pour la troisième relation on remarque que X\A est

un ouvert et que X\A ⊂ X\A. Donc X\A ⊂ X\A. Pour montrer l’inclusion
˚
[ Il existe alors Ux un ouvert contenant x tel que
réciproque on considère x ∈ X\A.
˚
Ux ⊂ X\A. Donc x ̸∈ A et ainsi, puisque x est quelconque dans X\A, [ on obtient
˚
[ ⊂ X\A. D’où la troisième relation par double inclusion.
que X\A □

La notion de frontière est aussi une notion importante en topologie.


Définition 6.6. On appelle frontière de A, et on note ∂A, le sous ensemble
de X défini par ∂A = A\Å.
Les points de la frontière sont caractérisés par le fait que x ∈ ∂A si et seulement
si pour tout voisinage V de x, V ∩ A ̸= ∅ (qui traduit x ∈ A) et V ∩ (X\A) ̸= ∅
(qui traduit qu’il n’existe pas de voisinage V de x qui soit contenu dans A et donc
que x ̸∈ Å).

La frontière est un fermé puisque ∂A = A ∩ (X\Å), et on a donc ∂A qui s’écrit


comme intersection de deux fermés. On montre qu’un sous ensemble A est fermé si
et seulement si ∂A ⊂ A. Si A est fermé, A = A et donc ∂A ⊂ A. Réciproquement,
si ∂A ⊂ A alors A ⊂ A car si x ∈ A soit x ∈ Å, et auquel cas, trivialement x ∈ A,
soit x ∈ ∂A, auquel cas x ∈ A par hypothèse. Donc A ⊂ A et comme on a toujours
A ⊂ A, c’est que A = A. Donc A est fermé.
Définition 6.7. Un sous ensemble A ⊂ X est dit dense dans X si A = X.
On termine cette section avec les notions de base de topologie et de topologie
induite.
Définition 6.8. Soit (X, O) un espace topologique. Une partie B de O est une
base de la toplogie de X si tout ouvert de X peut s’écrire comme réunion d’éléments
de B.
130 6. PETIT PRÉCIS DE TOPOLOGIE

Une partie SB de P(X) est une sous base de la topologie de X si tout ouvert
de X est réunion d’intersections finies d’éléments de SB.
Définition 6.9. Soient (X, O) un espace topologique et A ⊂ X une partie de
X. La topologie induite sur A par celle de X est définie par

OA = U ∩ A, U ∈ O .
L’espace (A, OA ) est un sous espace topologique de X.
Un ouvert OA de A n’est pas forcément un ouvert de X si OA = U ∩ A avec
U ∈ O, A n’est pas un ouvert de X et U ̸⊂ A. Attention, si A n’est pas un ouvert
de X il l’est cependant pour la topologie induite sur A (tout comme il est fermé
pour cette même topologie au même titre que X est à la fois ouvert et fermé pour
sa propre topologie). Si par contre A est un ouvert, les ouverts de A sont les ouverts
de X qui sont contenus dans A.

2. Continuité - homéomorphismes - topologies particulières


La notion de fonction continue fait sens dès qu’on a une topologie.
Définition 6.10. Soient (X, O) et (Y, O′ ) deux espaces topologiques. Une

application f : X → Y est dite continue en un point x de X si ∀V ∈ V f (x) ,
f −1 (V ) ∈ V(x). Par extension, f est continue sur X si f est continue en tout
point de X.
Le théorème suivant a lieu.
Proposition 6.2. Soient (X, O) et (Y, O′ ) deux espaces topologiques. Une
application f : X → Y est continue sur X si et seulement si ∀V ∈ O′ , f −1 (V ) ∈ O,
et donc si et seulement si l’image réciproque par f de tout ouvert est un ouvert, ce
qui est aussi équivalent à dire que pour tout F fermé de Y , f −1 (F ) est un fermé
de X.
Démonstration. L’équivalence entre la formulation avec les ouverts et la for-
mulation avec les fermés vient de la relation f −1 (Y \A) = X\f −1 (A) qui s’obtient
facilement par double inclusion. Supposons maintenant que f est continue. Soit O
un ouvert de Y . Pour tout x ∈ f −1 (O), f (x) ∈ O et O est donc un voisinage de
f (x). Donc f −1 (O) est un voisinage de x et il existe ainsi Ux un ouvert de X tel
que x ∈ Ux et Ux ⊂ f −1 (O). On peut alors écrire que
[
f −1 (O) = Ux
x∈f −1 (O)

et f −1 (O) est donc un ouvert puisque réunion d’ouverts. Réciproquement sup-


posons que l’image  réciproque par f de tout ouvert est un ouvert. Soit x ∈ X et
soit V ∈ V f (x) . Il existe alors Vf (x) un ouvert de Y tel que f (x) ∈ Vf (x) et
Vf (x) ⊂ V . Clairement x ∈ f −1 (Vf (x) ) et, par hypothèse, f −1 (Vf (x) ) est un ouvert.
On a f −1 (Vf (x) ) ⊂ f −1 (V ) et donc f −1 (V ) ∈ V(x). Donc f est continue en x, et
comme x est quelconque dans X, f est continue sur X. □
Les propriétés réciproques de celle de la proposition portent un nom. Une
application qui vérifie que l’image de tout ouvert est un ouvert est dite ouverte.
Une application qui vérifie que l’image de tout fermé est un fermé est dite fermée.
3. ESPACES SÉPARÉS - CONVERGENCE 131

Deux espaces topologiques (X, O) et (Y, O′ ) sont dits homéomorphes s’il existe
une bijection bicontinue f : X → Y (i.e f est bijective de X sur Y , f est continue,
f −1 est continue). Une telle application est appelée un homéomorphisme. Les
ouverts de X sont alors précisément les images réciproques par f des ouverts de Y ,
et les ouverts de Y sont précisément les images par f des ouverts de X.
Définition [Link] (Xi , Oi )i∈I une famille (possiblement infinie) d’espaces
topologiques et X = i∈I Xi le produit cartésien des Xi . Si πi : X → Xi est la
projection canonique d’indice i, l’ensemble
A = πj−1 (Uj ), j ∈ I, Uj ∈ Oj


engendre une topologie sur X appelée topologie produit. L’ensemble B des intersec-
tions finies d’éléments de A est une base de cette topologie. L’ensemble (X, O) est
appelé espace produit des espaces (Xi , Oi ).
n
Y
Si I est fini, i.e si I = {1, . . . , n}, alors B = Ui , Ui ∈ Oi .
i=1

Définition 6.12. Soient (X, O) un espace topologique, Y un ensemble quel-


conque, et f : X → Y une application. L’ensemble
Of = U ⊂ Y / f −1 (U ) ∈ O


définit une topologie sur Y , appelée topologie induite par l’application f .


En particulier, si R est une relation d’équivalence sur X, et si Y = X/R, la
topologie induite sur X/R par la surjection canonique π : X → X/R est appelée
la topologie quotient de X par R.

3. Espaces séparés - convergence


On aborde la notion importante d’espace topologique séparé.
Définition 6.13. Un espace topologique (X, O) est dit séparé, ou encore de
Hausdorff, si ∀x, y ∈ X avec x ̸= y, il existe V ∈ V(x), et il existe W ∈ V(y) tels
que V ∩ W = ∅.
On montre que tout produit d’espaces séparés est encore un espace séparé. Par
contre un espace quotient d’un espace séparé n’est pas forcément séparé.
Définition 6.14. Soient (X, O) un espace topologique séparé et (xn ) une suite
de points de X. On dira que (xn ) converge vers x ∈ X si
∀V ∈ V(x), ∃N ∈ N / ∀n ≥ N, xn ∈ V .
On note alors x = lim xn , ou plus simplement on écrit que xn → x lorsque
n→+∞
n → +∞.
La limite, lorsqu’elle existe, est unique, et c’est là que la séparation intervient.
En effet si x ̸= y sont limites d’une même suite (xn ), par séparation il existe
V ∈ V(x) et W ∈ V(y) avec V ∩ W = ∅. Par convergence il existe N (le max des
deux N donnés par les deux convergences) tel que xn ∈ V pour n ≥ N et xn ∈ W
pour n ≥ N . Une contradiction car alors on aurait V ∩ W ̸= ∅.
132 6. PETIT PRÉCIS DE TOPOLOGIE

Définition 6.15. Soit (X, O) un espace topologique séparé. On dit que (X, O)
vérifie la propriété (⋆) si tout point de X possède un système fondamental dénombrable
de voisinages, i.e si pour tout point x de X, il existe un sous ensemble (fini ou)
dénombrable Ax de V(x) qui est tel que: ∀V ′ ∈ V(x), ∃V ∈ Ax / V ⊂ V ′ .
En anticipant un peu, les espaces métriques vérifient la propriété (⋆) en con-
sidérant par exemple la famille des boules ouvertes de centre x (fixé) et de rayons
1/n. On a alors le résultat suivant.
Proposition 6.3. Soient (X, O) et (Y, O′ ) deux espaces topologiques séparés
vérifiant la propriété (⋆). Alors:
(1) pour toute partie A de X et tout x ∈ A, il existe (xn ) suite de points de
A telle que lim xn = x, en particulier tout point de ∂A est limite d’une suite de
n→+∞
points de A,
(2) Une partie A de X est fermée si et seulement si pour toute suite (xn ) de
points de A, si lim xn = x dans X alors x ∈ A,
n→+∞

(3) Une application f : X → Y est continue en un point x de X si et seule-


ment si pour toute suite (xn ) de points de X, si lim xn = x dans X alors
n→+∞
lim f (xn ) = f (x) dans Y .
n→+∞

Démonstration. (1) On démontre la première assertion. Si x ∈ A il suffit de


considérer la suite constante xn = x pour tout n. Sinon, x ∈ A\A. On considère
une suite (Vn ), système fondamental de voisinages de x. Sans perdre en généralité,
en prenant des intersections successives V1 , V1 ∩ V2 , V1 ∩ V2 ∩ V3 etc. on peut
supposer que Vn+1 ⊂ Vn pour tout n. Par définition de l’adhérence, pour tout
n, Vn ∩ A ̸= ∅. Soit (xn ) une suite construite en prenant xn ∈ Vn ∩ A (sans
autre exigence que d’être dans cette intersection). Alors clairement xn → x lorsque
n → +∞, et l’assertion est démontré.
(2) On démontre la seconde assertion. Supposons que pour toute suite (xn ) de
points de A, si lim xn = x dans X alors x ∈ A. Alors avec ce que l’on vient
n→+∞
de démontrer, A ⊂ A et donc A est fermé. Réciproquement supposons que A est
fermé. Soit (xn ) une suite convergente de points de A. On note x sa limite dans
X. Pour tout V ∈ V(x), V ∩ A ̸= ∅ puisque les xn pour n grand vont se trouver
dans cette intersection. Donc x ∈ A. Or, A étant fermé, A = A. Donc x ∈ A. La
seconde assertion est démontrée.
(3) On démontre la troisième assertion. Supposons que f est continue en x. Soit
(xn ) une suite convergent vers x. Soit V ∈ V (f (x)). Comme f est continue en x,
f −1 (V ) ∈ V(x). Donc il existe N tel que xn ∈ f −1 (V ) pour tout n ≥ N . Mais
alors f (xn ) ∈ V pour tout n ≥ N . Et comme V ∈ V (f (x)) est quelconque, c’est
que f (xn ) → f (x) lorsque n → +∞. Réciproquement on suppose que pour toute
suite (xn ), si xn → x alors f (xn ) → f (x). Soit V ∈ V (f (x)). On veut montrer que
f −1 (V ) ∈ V(x). On raisonne par l’absurde et on suppose que f −1 (V ) ̸∈ V(x). On
considère une suite (Vn ), système fondamental de voisinages de x avec, comme en
(1), Vn+1 ⊂ Vn pour tout n. Pour tout n, Vn ̸⊂ f −1 (V ) car sinon, f −1 (V ) serait
un voisinage de x. Donc, pour tout n, il existe xn ∈ Vn \f −1 (V ). Comme xn ∈ Vn
pour tout n, on a que xn → x lorsque n → +∞. Par hypothèse on devrait donc
4. ESPACES COMPACTS 133

avoir que f (xn ) → f (x) lorsque n → +∞. Mais alors pour n ≫ 1 suffisamment
grand, f (xn ) ∈ V , et donc xn ∈ f −1 (V ), une contradiction. La troisième assertion
est démontrée. □

4. Espaces compacts
La notion d’espace topologique compact est une notion particulièrement im-
portante en topologie.
Définition 6.16. Un espace topologique (X, O) est dit compact (un espace com-
pact) s’il est séparé et s’il vérifie l’axiome de Borel-Lebesgue: de tout recouvrement
ouvert de X on peut extraire un sous recouvrement qui soit fini.
En d’autres termes, (X, O) est un compact s’il est séparé et si
[ n
[
∀(Ui )i∈I ∈ O, X = Ui ⇒ ∃i1 , . . . , in ∈ I / X = Uij .
i∈I j=1

Une partie A de X est dite compacte si (A, OA ) est un espace compact. Par
définition de la topologie induite sur A, l’axiome de Borel-Lebesgue pour A se
traduit par
[ n
[
∀(Ui )i∈I ∈ O, A ⊂ Ui ⇒ ∃i1 , . . . , in ∈ I / A ⊂ Uij .
i∈I j=1

Une partie A de X est dite relativement compacte si l’adhérence A de A est une


partie compacte de X.
Théorème 6.1. Dans un espace séparé (X, O) tout sous espace compact de
X est fermé, et dans un espace compact (X, O), les parties compactes de X sont
précisément les parties fermées de X.
Démonstration. Supposons que A ⊂ X soit compacte. Si A n’est pas fermé,
il existe x ∈ A\A. Par séparation, pour tout y ∈ A, y ̸= x, il existe Uy , Vy deux
ouverts de X avec x ∈ Uy , y ∈ Vy et Uy ∩ Vy = ∅. Les Ωy = Vy ∩ A sont des
ouverts de A et ils constituent un recouvrement ouvert de A pour y parcourant
A. Par compacité il existe y1 , . . . , yn ∈ A tels que A ⊂ Ωy1 ∪ · · · ∪ Ωyn . Or
U = Uy1 ∩ · · · ∩ Uyn est un ouvert contenant x. Comme x ∈ A, U ∩ A ̸= ∅ alors que,
pourtant, U ∩ (Ωy1 ∪ · · · ∪ Ωyn ) = ∅. Une contradiction. Donc A = A et A est fermé.
Supposons maintenant que X est compact. Si A ⊂ X est compact, A est fermé
comme on vient de le voir (et pour cette affirmation la compacité de X ne sert
à rien). Réciproquement supposons que A est fermé.SSoit (US i ) un recouvrement
ouvert de A par des ouverts de X. Forcément, X = ( i∈I Ui ) (X\A), et comme
A est fermé, X\A est ouvert. On a donc un recouvrement ouvert de X. Par
compacité de X on peut en extraire un recouvrement fini, et en retirant X\A à ce
recouvrement, on obtient un sous recouvrement fini de A. Donc A est compact. □

Toute partie finie est compacte. L’ensemble formé d’une suite convergente et de
sa limite est aussi toujours compact. En effet, étant donné un recouvrement ouvert
de cet ensemble, un des ouverts contient x, et par convergence tous les xn à partir
d’un certain rang. Reste alors à ajouter les ouverts qui contiennent le nombre fini
de points restant pour obtenir un sous recouvrement fini.
134 6. PETIT PRÉCIS DE TOPOLOGIE

Théorème 6.2 (Théorème de Bolzano-Weierstrass). Soit (X, O) un espace


topologique séparé vérifiant la propriété (⋆) de la Définition 6.15. (X, O) est un
compact si et seulement si toute suite de points de X possède une sous suite con-
vergente, i.e si et seulement si pour toute suite (xn )n de points de X, il existe
φ : N → N strictement croissante telle que (xφ(n) )n converge.
La preuve du théorème de Bolzano-Weierstrass dans le cas métrique est mot
pour mot celle que nous avons donné au Chapitre 3 pour les espaces vectoriels
normés. Dans le cas topologique non métrique (ce qui est assez rare, voir le théorème
d’Urysohn plus loin dans ce chapitre) la preuve s’adapte grâce à la propriété (⋆).
Théorème 6.3 (Théorème de Weierstrass). Soient (X, O) et (Y, O′ ) deux es-
paces topologiques, avec (Y, O′ ) séparé, et soit f : X → Y une application continue.
Si A est un compact de X, alors f (A) est un compact de Y .
Démonstration. Soit A un compact de X. Soit (Vi )i∈I un recouvrement
ouvert de f (A). Comme f est continue, les f −1 (Vi ) sont des ouverts de X et, bien
sûr, ils constituent un recouvrement ouvert de A. Comme S A est
S compact on peut
en extraire un sous recouvrement fini. Or A ⊂ f −1 (Vi1 ) · · · f −1 (Vin ) entraı̂ne
que f (A) ⊂ Vi1 ∪ · · · ∪ Vin et de tout recouvrement ouvert de f (A) on a donc extrait
un sous recouvrement fini. Donc f (A) est compact. □
La propriété réciproque porte un nom. Une application qui vérifie que l’image
récirpoque de tout compact est un compact est dite propre (voir ci-dessous). On
donne le théorème suivant sans preuve.
Théorème 6.4 (Théorème de Tychonoff). Tout produit d’espaces compacts est
un espace compact.
Un espace topologique séparé (X, O) est localement compact si tout point de
X possède un voisinage compact. Etant donnés (X, O) un espace séparé, (Y, O′ )
un espace localement compact, et f : X → Y une application continue, on dit que
f est propre si l’image réciproque par f de tout compact de Y est un compact de
X. Une application injective et propre réalise un homéomorphisme sur son image.
On dit qu’un espace topologique localement compact est dénombrable à l’infini
s’il est réunion (finie ou) dénombrable de compacts.

5. Compactifié d’Alexandroff
L’idée dans la compactification d’Alexandroff est de rajouter un point à l’infini
à un espace topologique pour en faire un compact, tout comme le cercle unité dans
R2 peut-être regardé comme un compactifié de R, ou comme la sphère unité de
Rn+1 peut-être vue comme un compactifié de Rn . On renvoie là aux projections
stéréographiques du Théorème 8.1.
Théorème 6.5 (Théorème d’Alexandroff). Soit (X, O) un espace topologique
localement compact. Il existe alors un espace topologique (X̂, Ô) compact qui fait de
(X, O) un sous-espace topologique et qui est telle que X̂ = X ∪ {a} pour un a ∈ X̂.
Démonstration. Soit a un élément arbitraire quelconque fixé. On note alors
X̂ = X ∪ {a} de sorte que X ⊂ X̂, et on définit sur X̂ l’ensemble Ô ⊂ P(X̂) par:
Ω ∈ Ô si et seulement si, soit Ω ⊂ X est un ouvert (X, O), soit X̂\Ω est un compact
de (X, O). Ce n’est pas très difficile à démontrer, on a là une topologie sur X̂. De
6. ESPACES PARACOMPACTS - PARTITIONS DE L’UNITÉ 135

plus, comme (X, O) est localement compact, (X̂, Ô) est séparé. En effet on peut
toujours séparer deux points x, y ∈ X et la question maintenant est de séparer un
point quelconque x de X et a. Comme (X, O) est localement compact, il existe K
un voisinage compact de x. Soit U ouvert de X tel que x ∈ U et U ⊂ K. Alors
U et X̂\K séparent x et a. On montre maintenant que (X̂, Ô) est compact. Soit
(Ωi )i∈I un recouvrement ouvert de X̂. Il existe alors i0 ∈ I tel que a ∈ Ωi0 . Alors
K = X̂\Ωi0 est un compact de X. Pour tout i ∈ I, K ∩ Ωi est un ouvert de K,
soit parce que Ωi est un ouvert de X, soit parce que K ∩ Ωi = K\(X̂\Ωi ) (et X̂\Ωi
est un fermé de X). Par compacité de K, il existe alors i1 , . . . , iN ∈ I tels que
K ⊂ Ωi1 ∪ · · · ∪ ΩiN . Donc X̂ ⊂ Ωi0 ∪ · · · ∪ ΩiN et ainsi de tout recouvrement ouvert
de X̂ on peut extraire un sous recouvrement fini. Donc (X̂, Ô) est compact, ce qui
conclue la preuve du théorème. □

6. Espaces paracompacts - partitions de l’unité


Un recouvrement ouvert d’un S espace topologique (X, O), à savoir une famille
(Ui )i∈I , Ui ∈ O, vérifiant X = i∈I Ui , est dit localement fini si tout point de X
possède un voisinage qui ne rencontre qu’un nombre fini de Ui . Soient (X, O) un
espace topologique et (Ui )i∈I , (Vj )j∈J deux recouvrements ouverts de X. On dira
par ailleurs que (Ui )i∈I est plus fin que (Vj )j∈J si ∀i ∈ I, ∃j ∈ J tel que Ui ⊂ Vj .
Définition 6.17. Soit (X, O) un espace topologique séparé. On dit que (X, O)
est paracompact si à tout recouvrement ouvert de X correspond un recouvrement
ouvert plus fin qui est localement fini.
Tout espace compact est paracompact et tout fermé d’un paracompact est
paracompact.
Définition 6.18. Soit (X, O) un espace topologique et (Ui )i∈I un recouvrement
ouvert de X. On appelle partition de l’unité subordonnée au recouvrement (Ui )i∈I
toute famille (ηj )j∈J , ηj : X → [0, 1], de fonctions continues sur X, à valeurs dans
[0, 1] qui vérifie:
(1) ∀j ∈ J, ∃i ∈ I / Suppηj ⊂ Ui ,
(2) ∀x ∈ X, ∃V ∈ V(x) / Suppηj ∩ V = ∅ sauf pour un nombre fini de j,
X
(3) ∀x ∈ X, ηj (x) = 1,
j∈J

où Suppηj , le support de ηj , désigne l’adhérence de l’ensemble des x de X qui sont


tels que ηj (x) ̸= 0.
136 6. PETIT PRÉCIS DE TOPOLOGIE

On donne le résultat suivant sans preuve.


Théorème 6.6. Dans un espace paracompact à tout recouvrement ouvert de
l’espace on peut associer une partition de l’unité qui lui est subordonnée.

7. Espaces connexes - espaces connexes par arcs


On aborde ici les notions de connexité et de connexité par arcs.
Définition 6.19. Un espace topologique (X, O) est connexe s’il n’existe pas de
partition de X en deux ensembles ouverts non triviaux, i.e s’il n’existe pas U, V ∈ O,
U ̸= ∅, V ̸= ∅, tels que U ∩ V = ∅ et X = U ∪ V . On peut encore dire que (X, O)
est connexe si ∅ et X sont les seules parties de X qui sont à la fois ouvertes et
fermées.
Une partie A d’un espace topologique (X, O) est dite connexe si le sous espace
topologique (A, OA ) est connexe.

On montre que si A est une partie connexe de X, alors toute partie B de X


qui vérifie A ⊂ B ⊂ A est connexe. En effet, si B n’était pas connexe alors il
existerait deux ouverts U et V de X tels que si Û = U ∩ B et si V̂ = V ∩ B, alors
Û ̸= ∅, V̂ ̸= ∅, Û ∩ V̂ = ∅ et B = Û ∪ V̂ . On aurait alors (U ∩ A) ∩ (V ∩ A) = ∅
et A = (U ∩ A) ∪ (V ∩ A) et, comme A est connexe, forcément U ∩ A = ∅ ou
V ∩ A = ∅. Sans perdre en généralité supposons que U ∩ A = ∅. Comme Û ̸= ∅,
il existe x ∈ B ∩ U . On a alors x ∈ A car B ⊂ A et x ∈ U ouvert de X. Donc
forcément U ∩ A ̸= ∅. Une contradiction.
Lemme 6.4. Un espace topologique (X, O) est connexe si et seulement si les
seules applications continues f : X → {0, 1} sont les applications constantes, où
{0, 1} est muni de la topologie discrète induite de la topologie de R pour laquelle
{0} et {1} sont des ouverts de {0, 1}.
Démonstration. Supposons que X est connexe. Si f : X → {0, 1} est con-
tinue alors U = f −1 (0) et V = f −1 (V ) sont des ouverts. Or U ∩V = ∅ et X = U ∪V .
Donc, comme X est connexe, forcément U = ∅ ou V = ∅ et ainsi, f est constante.
Réciproquement, supposons que les seules applications continues f : X → {0, 1}
sont les applications constantes. Par l’absurde supposons qu’il existe U, V ouverts
non vides de X tels que U ∩ V = ∅ et X = U ∪ V . Soit f : X → {0, 1} définie par
f (x) = 0 si x ∈ U et f (x) = 1 si x ∈ V . Alors f est continue sur X car l’image
réciproque des ouverts ∅, {0}, {1}, {0, 1} de {0, 1} sont des ouverts. Donc f devrait
être constante et on devrait ainsi avoir U = ∅ ou V = ∅, une contradiction. □
La notion de composante connexe est important en topologie.
7. ESPACES CONNEXES - ESPACES CONNEXES PAR ARCS 137

Définition 6.20. Soit (X, O) un espace topologique et x ∈ X. La composante


connexe de x, notée C(x), est par définition la réunion de toutes les parties connexes
de X qui contiennent le point x. C’est une partie connexe de X, la plus grande
contenant le point x.

Il y a tout de même une affirmation dans cette définition, à savoir que C(x)
est bien connexe. Une fois cela démontré il est clair que C(x) sera la plus grande
partie connexe contenant le point x. Le fait que C(x) soit connexe se démontre
facilement par l’absurde. Si C(x) n’était pas connexe il existerait U, V deux ouverts
de X tels que si Û = U ∩ C(x) et si V̂ = V ∩ C(x), alors Û ̸= ∅, V̂ ̸= ∅, Û ∩ V̂ = ∅
et C(x) = Û ∪ V̂ . On a x ∈ C(x) et donc x ∈ U ou x ∈ V . Sans perdre en
généralité supposons que x ∈ U . Soit A ⊂ X une partie connexe qui contient x.
Alors A ⊂ C(x) et donc (U ∩ A) ∩ (V ∩ A) = ∅ et A = (U ∩ A) ∪ (V ∩ A). Donc
U ∩ A = ∅ ou V ∩ A = ∅. Comme U ∩ A ̸= ∅ puisque x ∈ U ∩ A, on a donc que pour
tout A ⊂ X partie connexe de X qui contient x, V ∩ A = ∅. Donc C(x) ∩ V = ∅,
une contradiction.

De façon plus générale, si A et B sont deux parties connexes de X telles que


A ∩ B ̸= ∅, alors A ∪ B est encore connexe. Par contre, l’ensemble formé par l’union
de deux parties disjointes A et B telles que A ∩ B = ∅ n’est jamais connexe puisque
A ∪ B peut sécrire comme la réunion disjointe de (X\A) ∩ B et (X\B) ∩ A. Les
intersections de connexes n’ont par contre aucune raison d’être connexes. Elles
peuvent l’être ou pas, selon les cas. Le théorème suivant a lieu.

Théorème 6.7 (Théorème de Bolzano). L’image d’un connexe par une appli-
cation continue est encore un connexe.

Démonstration. Soit A un connexe de l’espace de départ. Soient U, V ou-


verts de l’espace d’arrivé, Ω = U ∩ f (A) et Ω′ = V ∩ f (A) des ouverts non
vides de f (A). On suppose que f (A) = Ω ∪ Ω′ . On peut maintenant écrire que
A = f −1 (Ω) ∪ f −1 (Ω′ ). Comme f est continue, f −1 (Ω) et f −1 (Ω′ ) sont des ouverts
de A (et ils sont non vides de façon évidente). Comme A est connexe on a que
forcément f −1 (Ω) ∩ f −1 (Ω′ ) ̸= ∅. Mais alors Ω ∩ Ω′ ̸= ∅. Ainsi f (A) ne peut s’écrire
comme union de deux ouverts disjoints et f (A) est donc bien connexe. □

On montre que tout produit d’espaces connexes est encore un espace connexe.
Par ailleurs un espace topologique (X, O) est dit localement connexe si tout point de
X possède un système fondamental de voisinages connexes, i.e si ∀x ∈ X, ∃S ⊂ V(x)
telle que ∀U ∈ S, U est connexe et ∀V ∈ V(x), ∃U ∈ S tel que U ⊂ V .

Soient (X, O) un espace topologique et x, y deux points de X. Une application


continue γ : [0, 1] → X qui vérifie γ(0) = x et γ(1) = y s’appelle un chemin continu
d’origine x et d’extrémité y.

Définition 6.21. Un espace topologique (X, O) est connexe par arcs si deux
points quelconques de X peuvent toujours joints par un chemin continu. Un sous
ensemble A ⊂ X est connexe par arcs si deux points quelconques de A peuvent
toujours joints par un chemin continu entièrement contenu dans A.
138 6. PETIT PRÉCIS DE TOPOLOGIE

Théorème 6.8. Un espace topologique connexe par arcs est connexe.


Démonstration. Supposons que X = U ∪ V avec U, V ouverts non vides.
Soient x ∈ U et y ∈ V . Soit γ : [0, 1] → X un chemin continue qui vérifie γ(0) = x
et γ(1) = y. Alors [0, 1] = γ −1 (U ) ∪ γ −1 (V ). Comme γ est continue, γ −1 (U ) et
γ −1 (V ) sont des ouverts de [0, 1]. Ils sont non vides. Or [0, 1] est connexe. Donc
γ −1 (U ) ∩ γ −1 (V ) ̸= ∅ et donc U ∩ V ̸= ∅. Ainsi X ne peut s’écrire comme union
de deux ouverts disjoints et X est donc bien connexe. □

On a utilisé dans cette preuve le fait que [0, 1] est connexe. Supposons que
[0, 1] = U ∪ V avec U, V ouverts non vides de [0, 1] (donc du type U = Ω ∩ [0, 1]
et V = Ω′ ∩ [0, 1] avec Ω, Ω′ ouverts de R) et U ∩ V = ∅. Quitte à change U en
V on peut supposer que 0 ∈ U . On note t0 la borne supérieure de l’ensemble des
t qui vérifient que [0, t] ⊂ U . Comme U est un ouvert t0 > 0. De plus t0 ̸∈ U car
sinon il existerait ε > 0 tel que ]t0 − ε, t0 + ε[⊂ U ce qui contredit la définition de
t0 car on devrait avoir t0 ≥ t0 + ε. Mais alors t0 ∈ V et comme V est un ouvert il
existe ε > 0 tel que ]t0 − ε, t0 + ε[⊂ V Mais là encore on contredit la définition de t0
car on devrait avoir t0 ≤ t0 − ε. Ainsi, [0, 1] ne peut s’écrire comme union de deux
ouverts disjoints et [0, 1] est donc bien connexe. Tout intervalle de R est connexe.

8. Espaces métriques
On commence avec la définition des distances, donc des espaces métriques.
Définition 6.22. Un espace métrique est un couple (X, d) où X est un en-
semble et d : X × X → R+ vérifie
(1) ∀x, y ∈ X, d(x, y) = d(y, x),
(2) ∀x, y ∈ X, d(x, y) = 0 ⇔ x = y,
(3) (inégalité triangulaire) ∀x, y, z ∈ X, d(x, z) ≤ d(x, y) + d(y, z),
L’application d s’appelle une distance sur X.
Si A est une partie de X, la restriction de d à A, notée dA , est une distance
sur A. (A, dA ) est un espace métrique appelé sous espace métrique de (X, d). Soit
(X, d) un espace métrique. Pour x ∈ X et r > 0, on appelle boule ouverte de centre

x et de rayon r, et on note Bx (r), le sous ensemble de X défini par Bx (r) = y ∈
X / d(x, y) < r . On appelle boule fermée de centre x et de rayon r, et on note
B p rimex (r), le sous ensemble de X défini par Bx′ (r) = y ∈ X / d(x, y) ≤ r .
Théorème 6.9. Toute distance d sur X induit une topologie séparée O sur X
par: U ∈ O si et seulement si ∀x ∈ U , ∃rx > 0 tel que Bx (r) ⊂ U .
Les boules ouvertes sont des ouverts, ce qui se démontre facilement avec l’inégalité
triangulaire: ∀y ∈ Bx (r), By (r̂) ⊂ Bx (r), où r̂ = r − d(x, y). Les boules fermées
8. ESPACES MÉTRIQUES 139

sont des fermés: ∀y ∈ X\Bx′ (r), By (r̃) ⊂ X\Bx′ (r), où r̃ = d(x, y) − r, puisque
pour tout z ∈ By (r̃), d(x, z) ≥ d(x, y) − d(y, z) par inégalité triangulaire.
Lemme 6.5. Soient (X, dX ), (Y, dY ) deux espaces métriques, a ∈ X un point
de X et f : X → Y une application. Alors f est continue en a si et seulement si

∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ X, dX (a, x) < η ⇒ dY f (a), f (x) < ε .
Démonstration. Supposons que f est continue en a. Soit ε > 0 fixé quel-
conque. Comme Bf (a) (ε) est un ouvert contenant a, f −1 Bf (a) (ε) est un voisinage
de a. Donc il existe η > 0 tel que Ba (η) ⊂ f −1 Bf (a) (ε) , ce qui est exactement
la phrase de continuité du lemme. Réciproquement supposons la phrase de con-
tinuité du lemme vraie. Soit V un voisinage de f (a) dans Y . Soit  ε > 0 tel que
Bf (a) (ε) ⊂ V . Il existe alors η > 0 tel que Ba (η) ⊂ f −1 Bf (a) (ε) et donc tel que
Ba (η) ⊂ f −1 (V ). Or Ba (η) est un ouvert contenant a, donc un voisinage de a.
Ainsi, pour tout voisinage V de f (a) dans Y il existe un voisinage U de a dans X
tel que U ⊂ f −1 (V ) et f est donc continue en a. □

Un espace topologique (X, O) est dit métrisable s’il existe une distance d sur X
qui induit la topologie O. Un produit (fini ou) dénombrable d’espaces métrisables
est métrisable.
Définition 6.23. Un espace topologique séparé (X, O) est dit régulier si: ∀F
fermé de X, ∀x ∈ X\F , ∃U1 , U2 ∈ O tels que x ∈ U1 , F ⊂ U2 et U1 ∩ U2 = ∅.
Les espaces métriques sont toujours séparés, même réguliers, et ils vérifient la
propriété (⋆) de la Définition 6.15. Il est clair qu’un espace métrique est toujours
séparé. Si x ̸= y et si r = d(x, y) alors r > 0 et les boules ouvertes Bx (r/4) et
By (r/4) sont deux ouverts disjoints contenant respectivement x et y. La propriété
(⋆) se vérifie facilement en considérant pour tout x le système complet de voisinages
constitué des Bx (1/n), n ∈ N⋆ . On montre qu’un espace métrique est régulier de
la façon suivante: Soit F un fermé et x ̸∈ F . Comme F est fermé, X\F est ouvert
et il existe ε > 0 tel que Bx (ε) ⊂ X\F . Si y ∈ F alors By (ε/2) ∩ Bx (ε/2) = ∅
car sinon, par inégalité triangulaire, d(x, y) < ε et donc Bx (ε)S et F ne seraient
pas d’intersection vide. Reste à prendre U1 = Bx (ε/2) et U2 = y∈F By (ε/2). On
énonce les théorèmes de Stone et Urysohn sans en donner de preuves.
Théorème 6.10 (Théorème de Stone). Tout espace métrique est paracompact.
Théorème 6.11 (Théorème d’Urysohn). Un espace topologique régulier qui
possède une base dénombrable pour sa topologie, est métrisable.
Le critère de métrisabilité de Nagata-Smirnov, parfois aussi appelé théorème
de métrisabilité de Smirnov, démontré indépendamment par Nagata en 1950 et
Smirnov en 1951, stipule quant à lui qu’un espace topologique est métrisable si
et seulement si il est régulier et possède une base de topologie dénombrablement
localement finie (à savoir qui est union dénombrable de familles localement finies).
Bien sûr on a encore le théorème de Bolzano-Weierstrass: un espace métrique
(X, d) est compact si et seulement si toute suite de points de X possède une sous
suite convergente. La convergence d’une suite (xn ) vers un point x dans un espace
métrique (X, d) se traduit par la phrase mathématique
∀ϵ > 0, ∃N ∈ N / ∀n ≥ N, d(xn , x) < ϵ ,
140 6. PETIT PRÉCIS DE TOPOLOGIE

qui est exactement celle rencontré aux chapitres précédents et qui rejoint la définition
de la Section 3 de ce chapitre puisque V est un voisiange de x si et seulement si il
existe ε > 0 tel que Bx (ε) ⊂ V et puisque les Bx (ε) sont aussi des voisinages de x.

9. Espaces complets et complétion métrique


On termine ce chapitre avec la notion particulièrement importante de suite de
Cauchy et d’espace complet.
Définition 6.24. Soient (X, d) un espace métrique et (xn )n une suite de points
de X. On dit que (xn ) est une suite de Cauchy si
∀ϵ > 0, ∃N ∈ N / ∀p, q ≥ N, d(xp , xq ) < ϵ .
On dit que (X, d) est complet si toute suite de Cauchy de (X, d) converge.
Toute suite convergente est (par inégalité triangulaire) de Cauchy. Tout espace
métrique compact est complet car si une suite de Cauchy possède une sous suite
convergente, alors elle est elle-même convergente. Pour tout n, Rn muni de la
distance euclidienne est complet et, plus généralement, tout espace vectoriel normé
de dimension finie est complet (Théorème 3.10). On a bien sûr aussi le résultat
suivant.
Théorème 6.12. Tout complet est fermé et tout fermé dans un complet est
complet.
Démonstration. Soit Y ⊂ X. Si Y est un complet, toute suite convergente
étant une suite de Cauchy, on en déduit que les suites convergentes de points de
Y ont forcément leurs limites dans Y . Donc Y est fermé. Supposons maintenant
que Y est fermé et que (X, d) est complet. Les suites de Cauchy dans Y sont de
Cauchy dans X. Elles convergent donc dans X. Comme Y est fermé leurs limites
restent dans Y . Donc elles convergent de fait dans Y et Y est ainsi complet (pour
la distance induite de X). □
Il est par contre des espaces métriques qui ne sont pas complets. Cela étant dit,
tout espace métrique peut-être regardé comme un sous espace dense d’un espace
métrique complet. C’est l’objet du théorème de complétion suivant. On dit d’une
application κ : (X, dX ) → (Y, dY ) qu’elle présèrve les distances, on parle encore
d’isométrie de (X, dX ) dans (Y, dY ), si

dY κ(x), κ(y) = dX (x, y)
pour tous x, y ∈ X. Une telle application est forcément injective (parler d’une
injection qui présèrve les distances est du coup redondant). Elle réalise alors une
bijection isométrique (l’application réciproque est elle aussi isométrique) de (X, dX )
sur le sous espace κ(X) ⊂ Y muni de la métrique dY restreinte à κ(X). Ainsi, grâce
à κ, (X, dX ) s’assimile à un sous espace métrique de (Y, dY ).
Théorème 6.13 (Complétion métrique). Soit (X, d) un espace métrique. Il
existe toujours un espace métrique complet (X̂, d) ˆ et une injection présérvant les
distances τ : X → X̂ pour laquelle τ (X) est dense dans X̂. On dit que (X̂, d, ˆ τ ) est
le complété de (X, d). A isométrie près, (X, d) s’assimile ainsi à un sous espace
dense d’un espace métrique complet (X̂, d), ˆ la métrique de ce sous espace étant la
ˆ
restriction au sous espace de la métrique d du complété. Le complété est par ailleurs
unique au sens suivant: si (X̂1 , dˆ1 , τ1 ) et (X̂2 , dˆ2 , τ2 ) sont deux compétés de (X, d),
9. ESPACES COMPLETS ET COMPLÉTION MÉTRIQUE 141

il existe alors une bijection f : (X̂1 , dˆ1 ) → (X̂2 , dˆ2 ) qui présèrve les distances et qui
vaut τ2 ◦ τ1−1 sur τ1 (X).
Démonstration. On commence par montrer l’existence d’un complété. On
calque en quelque sorte la construction classique de R. Etant données deux suites de
Cauchy dans (X, d) on définit la relation (xn )R(yn ) si et seulement si d(xn , yn ) → 0
lorsque n → +∞. Clairement R est une relation d’équivalence sur l’ensemble CX
des suites de Cauchy de (X, d). On note X̂ = CX /R l’espace quotient. Pour
x ∈ X on note x la “classe de x” pour R définie comme étant le sous ensemble de
CX constitué des suites de Cauchy de (X, d) qui converge vers x (la suite constante
étant l’une d’entre elles). L’application τ : X → X̂ qui à x associe x est évidemment
injective par unicité des limites. Soient α, β ∈ X̂. Si (xn ) ∈ α et (yn ) ∈ β alors la
suite des d(xn , yn ) est de Cauchy dans R puisque, par inégalité triangulaire,
|d(xn , yn ) − d(xm , ym )| ≤ d(xm , xn ) + d(ym , yn )
pour tous m, n ∈ N. Ainsi la suite des d(xn , yn ) a une limite. Cette limite ne
dépend ni du choix de (xn ) ∈ α, ni du choix de (yn ) ∈ β, puisque, toujours par
inégalité triangulaire,
|d(xn , yn ) − d(x̃n , ỹn )| ≤ d(xn , x̃n ) + d(yn , ỹn )
pour tout n ∈ N, tous (xn ), (x̃n ) ∈ α et tous (yn ), (ỹn ) ∈ β. On peut ainsi définir
dˆ : X̂ × X̂ → R+ par
ˆ β) = lim d(xn , yn )
d(α, (6.1)
n→+∞

pour tous α, β ∈ X̂, où (xn ) ∈ α et (yn ) ∈ β. Il est facile de vérifier que dˆ définie en
(6.1) est bien une distance sur X̂. L’injection τ est alors trivialement isométrique
ˆ On montre que τ (X) est dense dans X̂. En effet si α ∈ X̂
de (X, d) dans (X̂, d).
et (xn ) ∈ α, alors, avec (6.1),
dˆ α, τ (xm ) = lim d(xn , xm )

(6.2)
n→+∞

pour tout m et, puisque (xn ) est  de Cauchy, pour tout ε > 0 il existe N ∈ N tel que
pour tout m ≥ N , dˆ α, τ (xm ) ≤ ε. Donc, clairement, τ (X) est dense dans X̂. Il
reste à montrer, en ce qui concerne l’existence du complété, que (X̂, d) ˆ est bien un
espace complet. Soit (αn ) une suite de Cauchy dans (X̂, d). ˆ Par densité de τ (X)
dans X̂, pour tout n ∈ N il existe xn ∈ X tel que
1
dˆ αn , τ (xn ) ≤

. (6.3)
n+1
Avec (6.3), la suite des τ (xn ) est de Cauchy dans (X̂, d) ˆ et, puisque τ est une
isométrie, la suite des (xn ) est de Cauchy dans (X, d). Soit α la classe d’équivalence
de (xn ). Il suit de (6.1)-(6.3) que αn → α lorsque n → +∞.
On montre maintenant l’unicité du complété. Soient donc (X̂1 , dˆ1 ) et (X̂2 , dˆ2 )
deux complétés de (X, d). On note τ1 : (X, d) → (X̂1 , dˆ1 ) et τ2 : (X, d) → (X̂2 , dˆ2 )
les injections présérvant les distances de la définition des complétés. Alors
τ2 ◦ τ −1 : (τ1 (X), dˆ1 ) → (X̂2 , dˆ2 )
1

est encore isométrique. Or τ1 (X) est dense dans X̂1 et donc τ2 ◦ τ1−1 se prolonge
par continuité en une isométrie de (X̂1 , dˆ1 ) dans (X̂2 , dˆ2 ). Pour le voir on considère
α ∈ X̂1 et (αn ) une suite de τ1 (X) qui converge vers α. On remarque ensuite que la
142 6. PETIT PRÉCIS DE TOPOLOGIE

suite des τ2 ◦ τ1−1 (αn ) est de Cauchy dans (X̂2 , dˆ2 ) puisque τ2 ◦ τ1−1 est isométrique.
Elle a donc une limite que l’on note τ2 ◦ τ1−1 (α), après avoir vérifié que cette limite
ne dépend pas du choix de la suite (αn ) de τ1 (X) du moment qu’elle converge vers
α. On remarque enfin facilement que τ2 ◦ τ1−1 ainsi construite est isométrique de
(X̂1 , dˆ1 ) dans (X̂2 , dˆ2 ). En particulier τ2 ◦ τ1−1 (X̂1 ) est un sous espace complet
de X̂2 . Donc il est forcément fermé. Or il est aussi dense dans (X̂2 , dˆ2 ). Donc
τ2 ◦ τ1−1 (X̂1 ) = X̂2 . En particulier, τ2 ◦ τ1−1 réalise de fait une bijection isométrique
de (X̂1 , dˆ1 ) sur (X̂2 , dˆ2 ), ce qui démontre le théorème. □
En particulier, en raison du Théorème 6.13, un espace non complet n’est pas
vraiment un espace pour lequel les suites “ne convergent pas”, mais plutôt un es-
pace “trop petit” pour contenir les limites de toutes les suites de Cauchy. Exemple:
C 0 ([0, 1], R) muni des deux normes ∥f ∥L∞ = maxx∈[0,1] |f (x)| (norme de la conver-
gence uniforme) et s
Z 1
∥f ∥L2 = f (x)2 dx
0
(la norme L2 ). Alors C 0 ([0, 1], R) muni de ∥ · ∥L∞ est un Banach tandis que
C 0 ([0, 1], R) muni de ∥ · ∥L2 ne l’est pas, une suite de Cauchy pour ∥ · ∥L2 ayant bien
une limite pour ∥ · ∥L2 , mais dans l’espace de Lebesgue L2 ([0, 1], R), pas forcément
dans C 0 ([0, 1], R).

10. Complétion pour les E.V.N.


Le Théorème 6.13 de complétion métrique s’étend aux espaces vectoriels normés.
Théorème 6.14 (Complétion des e.v.n.). Soit (E, ∥ · ∥) un espace vectoriel
normé. Il existe toujours un espace de Banach (E, ∥ · ∥′ ) et une injection linéaire
présérvant les normes τ : E → E pour laquelle τ (E) est dense dans E. On dit que
(E, ∥ · ∥′ , τ ) est le complété de (E, ∥ · ∥). A isométrie près, (E, ∥ · ∥) s’assimile ainsi
à un sous espace dense d’un espace métrique complet (E, ∥ · ∥′ ), la norme de ce sous
espace étant la restriction au sous espace de la norme ∥·∥′ du complété. Le complété
est par ailleurs unique au sens suivant: si (E 1 , ∥ · ∥′1 , τ1 ) et (E 2 , ∥ · ∥′2 , τ2 ) sont deux
compétés de (E, ∥ · ∥), il existe alors un isomorphisme f : (E 1 , ∥ · ∥′1 ) → (E 2 , ∥ · ∥′2 )
qui présèrve les normes et qui vaut τ2 ◦ τ1−1 sur τ1 (E).
Démonstration. On reprend la preuve du Théorème 6.13 et on y inclue la
structure vectorielle attachée aux espaces vectoriels normés. On commence par
montrer l’existence d’un complété. Etant données deux suites de Cauchy dans
(E, ∥ · ∥) on définit la relation (xn )R(yn ) si et seulement si ∥xn − yn ∥ → 0 lorsque
n → +∞. Clairement R est une relation d’équivalence sur l’ensemble CE des suites
de Cauchy de (E, ∥ · ∥). On note E = CE /R l’espace quotient et pour x ∈ E on
note x la “classe de x” pour R comme étant le sous ensemble de CE constitué des
suites de Cauchy de (E, ∥ · ∥) qui converge vers x (la suite constante étant l’une
d’entre elles). Clairement Ê a une structure naturelle d’espace vectoriel par
(
(xn ) + (yn ) = (xn + yn ) ,
λ(xn ) = (λxn ) ,
où (xn ) est la classe d’équivalence de (xn ) ∈ CE et λ ∈ R. L’application τ : E → E
qui à x associe x est évidemment injective par unicité des limites et elle est aussi
11. THÉORÈME DE BAIRE 143

linéaire. Soit α ∈ E. Si (xn ) ∈ α alors la suite des ∥xn ∥ est de Cauchy dans R
puisque, par inégalité triangulaire,
∥xn ∥ − ∥xm ∥ ≤ ∥xm − xn ∥
pour tous m, n ∈ N. Ainsi la suite (∥xn ∥) a une limite. Cette limite ne dépend pas
du choix de (xn ) ∈ α puisque, toujours par inégalité triangulaire,
∥xn ∥ − ∥x̃n ∥ ≤ ∥xn − x̃n ∥
pour tout n ∈ N et tous (xn ), (x̃n ) ∈ α. On peut ainsi définir ∥ · ∥′ : E → R+ par
∥α∥′ = lim ∥xn ∥ (6.4)
n→+∞

pour tout α ∈ E, où (xn ) ∈ α. Il est facile de vérifier que ∥ · ∥′ définie en (6.4) est
bien une norme sur E. L’injection τ est alors trivialement isométrique de (E, ∥ · ∥)
dans (E, ∥ · ∥′ ). On montre que τ (E) est dense dans E. En effet si α ∈ E et
(xn ) ∈ α, alors, avec (6.4),
∥α − τ (xm )∥′ = lim ∥xn − xm ∥ (6.5)
n→+∞

pour tout m et, puisque (xn ) est de Cauchy, pour tout ε > 0 il existe N ∈ N tel que
pour tout m ≥ N , ∥α − τ (xm )∥′ ≤ ε. Donc, clairement, τ (E) est dense dans E. Il
reste à montrer, en ce qui concerne l’existence du complété, que (E, ∥ · ∥′ ) est bien
un espace de Banach. Soit (αn ) une suite de Cauchy dans (E, ∥ · ∥′ ). Par densité
de τ (E) dans E, pour tout n ∈ N il existe xn ∈ E tel que
1
∥αn − τ (xn )∥′ ≤ . (6.6)
n+1
Avec (6.6), la suite des τ (xn ) est de Cauchy dans (E, ∥ · ∥′ ) et, puisque τ est
une isométrie, la suite des (xn ) est de Cauchy dans (E, ∥ · ∥). Soit α la classe
d’équivalence de (xn ). Il suit de (6.4)-(6.6) que αn → α lorsque n → +∞. On
montre maintenant l’unicité du complété. Soient donc (E 1 , ∥ · ∥′1 ) et (E 2 , ∥ · ∥′2 )
deux complétés de (E, ∥ · ∥). On note τ1 : (E, ∥ · ∥) → (E 1 , ∥ · ∥′1 ) et de même on
note τ2 : (E, ∥ · ∥) → (E 2 , ∥ · ∥′2 ) les injections linéaires présérvant les normes de la
définition des complétés. Alors
τ2 ◦ τ1−1 : (τ1 (E), ∥ · ∥′1 ) → (E 2 , ∥ · ∥′2 )
est encore isométrique. Or τ1 (E) est dense dans E 1 et donc τ2 ◦ τ1−1 se prolonge
par continuité en une isométrie de (E 1 , ∥ · ∥′1 ) dans (E 2 , ∥ · ∥′2 ). L’argument est
identique à celui utilisé dans la preuve du Théorème 6.13 et on vérifie facilement
que la linéarité est préservée. En particulier, donc, τ2 ◦ τ1−1 (E 1 ) est un sous espace
complet de E 2 . Donc il est forcément fermé. Or il est aussi dense dans (E 2 , ∥ · ∥′2 ).
Donc τ2 ◦ τ1−1 (E 1 ) = E 2 . En particulier, τ2 ◦ τ1−1 réalise de fait un isomorphisme
isométrique de (E 1 , ∥ · ∥′1 ) sur (E 2 , ∥ · ∥′2 ), ce qui démontre le théorème. □

11. Théorème de Baire


Théorème 6.15 (Théorème de Baire 1). Soit (X, d) un espace métrique com-
plet. Toute intersection dénombrable d’ouverts denses de X est dense dans X et,
de façon équivalente, toute réunion dénombrable de fermés d’intérieurs vides est
d’intérieur vide.
144 6. PETIT PRÉCIS DE TOPOLOGIE

Démonstration. Soit (X, d) un espace métrique complet et soit (Un ) une


T+∞
suite d’ouverts denses de X. On pose U = n=0 Un . On veut montrer que pour
tout ouvert Ω de X, Ω ∩ U ̸= ∅. Soit x0 ∈ Ω ∩ U0 fixé quelconque et ε0 > 0 tel que
Bx′ 0 (ε0 ) ⊂ Ω ∩ U0 , où Bx′ 0 (ε0 ) est la boule fermée de centre x0 et de rayon ε0 . Par
densité des Un on construit facilement par récurrence une suite (xn ) de points de
X et une suite (εn ) de réels strictements positifs qui converge vers 0 en demandant
que pour tout n ≥ 0:
(i) xn+1 ∈ Bxn (εn ) ∩ Ω ∩ Un+1 ,
(ii) Bx′ n+1 (εn+1 ) ⊂ Bxn (εn ) ∩ Ω ∩ Un+1 ,
1
(iii) εn+1 ≤ n+2 ,

où les Bx (ε) ci-dessus représentent la boule fermée de centre x et de rayon ε.
La suite des (εn ) ainsi construite est une suite de réels strictements positifs qui
converge vers 0 et la suite (xn ) ainsi construite est de Cauchy puisque pour n ≥ m,
xn ∈ Bx′ m (εm ) et donc d(xm , xn ) ≤ εm avec εm → 0 lorsque m → +∞. Comme
(X, d) est complet, xn → x lorsque n → +∞ pour un certain x. Toujours pour
n ≥ m, comme xn ∈ Bx′ m (εm ) qui est un fermé, on obtient par passage à la limite
que x ∈ Bx′ m (εm ). En particulier, x ∈ Ω ∩ Um−1 , et puisque m est quelconque,
x ∈ Ω ∩ U . Le théorème est démontré. □

Le théorème de Baire est en fait plus général que cela. Les espaces de Baire
se définissent comme les espaces topologiques qui vérifient que toute intersection
dénombrable d’ouverts denses est encore dense ou, de façon équivalente, comme les
espaces topologiques pour lesquels toute réunion dénombrable de fermés d’intérieurs
vides est d’intérieur vide. Le théorème de Baire stipule alors que tout espace
métrique complet est un espace de Baire, que tout espace topologique localement
compact est un espace de Baire et que tout ouvert d’un espace de Baire est de Baire
pour la topologie induite.
Théorème 6.16 (Théorème de Baire 2). Soit (X, d) un espace métrique complet
et soit Ω un ouvert de X. Toute intersection dénombrable d’ouverts denses de Ω
est dense dans Ω et, de façon équivalente, toute réunion dénombrable de fermés de
Ω d’intérieurs vides est d’intérieur vide.

12. Théorème du point fixe de Banach


Soient (X, dX ), (Y, dY ) deux espaces métriques et f : X → Y une application.
L’application f est dite contractante s’il existe K ∈ [0, 1[ telle que

dY f (x), f (y) ≤ KdX (x, y)
pour tous x, y ∈ X. Une application contractante est bien sûr continue. Pour les
application f : X → X, d’un espace dans lui-même, on peut se poser la question
de l’existence et de l’unicité des points fixes de f , á savoir des points x ∈ X qui
sont tels que f (x) = x.
Théorème 6.17 (Théorème du point fixe de Banach). Soit (X, d) un espace
métrique complet et soit f : X → X une application contractante. Alors f possède
un, et un unique, point fixe.
Démonstration. Soit x0 ∈ X quelconque fixé. On construit par récurrence la
suite (xn ) en posant xn+1 = f (xn ). Comme f est contractante, il existe K ∈ [0, 1[
12. THÉORÈME DU POINT FIXE DE BANACH 145

telle que pour tous n ≥ m,


d(xm , xn ) ≤ Kd(xn−1 , xm−1 )
≤ K 2 d(xn−2 , xm−2 ) (6.7)
m
≤ K d(xn−m , x0 ) .
On tire de (6.7) dans le cas n = m + 1, et par inégalité triangulaire, que pour tout
entier n,
n−1 n−1
X X 1
d(xn , x0 ) ≤ d(xk , xk+1 ) ≤ d(x1 , x0 ) Kk = d(x0 , x1 ) . (6.8)
1−K
k=0 k=0
Avec (6.7) et (6.8) on obtient donc que pour tous n ≥ m,
Km
d(xm , xn ) ≤ d(x0 , x1 ) . (6.9)
1−K
Or K m → 0 lorsque m → +∞. Donc (xn ) est de Cauchy. Comme (X, d) est
complet, xn → a lorsque n → +∞ pour un certain a ∈ X. Et comme f est
continue, en passant à la limite dans la relation de récurrence xn+1 = f (xn ) on
obtient que f (a) = a. Donc f possède bien un point fixe. Ce point fixe  est unique
car si f (a) = a et f (b) = b, et comme f est contractante, d f (a), f (b) ≤ Kd(a, b)
avec K < 1 ne peut avoir lieu si a ̸= b. D’où le théorème. □
CHAPITRE 7

Variétés différentielles banachiques

On présente très brièvement ici l’idée qui se cache derrière le calcul différentiel
sur des patatoı̈des en traitant rapidement dans ce chapitre de la théorie élémentaires
des variétés modelées sur un Banach. On reprend ici des idées exposées dans
l’excellent ouvrage de Lang [Introduction aux variétés différentiables, Dunod, 1962].
Ce chapitre est volontairement très court et l’on s’y borne à esquisser les idées de
bases et les lignes directrices de la théorie. Ces idées seront exposées avec beaucoup
plus de détails dans les chapitres suivants, lorsqu’on traitera de la théorie dans le
cas plus courant des variétés de dimension finies, modelées sur Rn et non plus sur
un espace de Banach quelconque.
Dans tout ce qui suit (E, ∥ · ∥) est donc un espace de Banach donné, fixé.

1. La notion de variété
Définition 7.1. Soit (M, O) un espace topologique connexe séparé. On dit
que (M, O) est une E-variété topologique si tout point de M possède un voisinage
homéomorphe à un ouvert de E.
Soit (M, O) une E-variété topologique. Soient x ∈ M un point de M , Ω un
ouvert de M qui contient x et φ : Ω → V un homéomorphisme de Ω sur un ouvert
V de E. Le couple (Ω, φ) est appelé une carte locale de M au point x. On appelle
alors atlas de M toute famille
 
A = (Ωi , φi )
i∈I
S
de cartes locales qui est telle que M = i∈I Ωi . Les applications

φij = φj ◦ φ−1
i : φi (Ωi ∩ Ωj ) → φj (Ωi ∩ Ωj )
sont appelées applications de changement de cartes, ou encore fonctions de transi-
tions.

147
148 7. VARIÉTÉS DIFFÉRENTIELLES BANACHIQUES

Définition 7.2. Soit (M, O) une E-variété topologique et soit A = ((Ωi , φi ))i∈I
un atlas de M . On dit que A est de classe C k , 1 ≤ k ≤ +∞, si les fonctions de
transitions φij sont de classe C k en tant qu’applications entre ouverts de E. On dit
que A est C k -saturé (ou C k -complet) s’il n’est contenu dans aucun atlas de classe
C k qui soit strictement plus grand que lui.
En raisonnant par compatibilité d’atlas, une relation d’équivalence, on montrer
que tout atlas de classe C k est contenu dans un unique C k -atlas saturé. On a alors
la définition suivante.
Définition 7.3. Une E-variété différentiable de classe C k est une variété
topologique qui est munie d’un C k -atlas saturé.
Il suffit donc pour munir une E-variété topologique (M, O) d’une structure de
variété de classe C k , de trouver sur M un atlas qui soit de classe C k . Cet atlas
engendre un unique C k -atlas saturé qui le contient et qui confère à M une structure
de variété de classe C k .

2. La notion de différentiabilité et de différentielle


Dans la définition qui suit on considère (E, ∥ · ∥E ) et (F, ∥ · ∥F ) deux espaces
de Banach.
Définition 7.4. Soient M une E-variété de classe C k , N une F -variété de
classe C k , k ≥ 1, x un point de M , et f : M → N une application continue au point
x. On dit que f est différentiable au point x si pour toute carte (Ω, φ) de M au
point x, et toute carte (Ω′ , ψ) de N au point f (x) vérifiant f (Ω) ⊂ Ω′ , l’application
ψ ◦ f ◦ φ−1 : φ(Ω) → ψ(Ω′ )
est différentiable au point φ(x) en tant qu’application d’un ouvert de E dans un
ouvert de F . On dit que ψ ◦ f ◦ φ−1 est la lecture de f dans les cartes (Ω, φ) et
(Ω′ , ψ).
Par extension, une application continue f : M → N est dite différentiable
sur M si elle est différentiable en tout point de M . Dans le même ordre d’idées,
on dit qu’une application continue f : M → N est de classe C p sur M , avec ici
nécessairement p ≤ k, si pour toute carte (Ω, φ) de M , et toute carte (Ω′ , ψ) de N
vérifiant f (Ω) ⊂ Ω′ , l’application
ψ ◦ f ◦ φ−1 : φ(Ω) → ψ(Ω′ )
est de classe C k sur φ(Ω). On montre facilement que ces définitions ne dépendent
pas du choix des cartes en remarquant que deux lectures diffèrent par des compo-
sitions avec des changements de cartes qui sont de classe C k :
ψ2 ◦ f ◦ φ−1 −1
◦ ψ1 ◦ f ◦ φ−1 ◦ φ1 ◦ φ−1
  
2 = ψ2 ◦ ψ1 1 2
A ce stade on sait donc définir la différentiabilité mais on ne sait pas définir la
différentielle. On porrait imaginer de d’efinir la différentielle comme la différentielle
d’une lecture mais là, par contre, on construit un objet qui dépend de la lecture et
qui perd donc la caractère intrinsèque qu’il devrait avoir. Pouyr différentier, il faut
construire l’espace où va vivre la différentielle. On se borne dans ce chapitre à la
seule définition de ce que sera la différentielle en un point.
Soient M une E-variété de classe C k , k ≥ 1, et x un point de M . On note Fx
l’espace vectoriel des fonctions f : M → R qui sont différentiables au point x. Si
2. LA NOTION DE DIFFÉRENTIABILITÉ ET DE DIFFÉRENTIELLE 149

f ∈ Fx , on dit que f est plate au point x si pour toute carte (Ω, φ) de M au point
x,
D f ◦ φ−1 φ(x) ≡ 0 .


On montre facilement que la nullité de D f ◦ φ−1 φ(x) pour une carte (Ω, φ) au


point x, entraı̂ne la nullité de D f ◦ ψ −1 ψ(x) pour toute autre carte (Ω′ , ψ) au




point x. Pour le voir, il suffit d’écrire que


f ◦ ψ −1 = f ◦ φ−1 ◦ φ ◦ ψ −1
 

de sorte que
D f ◦ ψ −1 = D f ◦ φ−1 ◦ D φ ◦ ψ −1
  
ψ(x) φ(x) ψ(x)
.
On note Nx le sous espace vectoriel de Fx constitué des fonctions qui sont plates
au point x.
Définition 7.5. Soient M une E-variété de classe C k , k ≥ 1, et x un point
de M . On appelle vecteur tangent à M au point x toute forme linéaire X : Fx → R
qui s’annule sur Nx , i.e qui est telle que Nx ⊂ KerX. L’espace tangent à M au
point x, noté Tx (M ), est l’ensemble des vecteurs tangents à M au point x.
L’espace tangent est le lieu de vie des différentielles qui se définissent comme
suit.
Définition 7.6. Soient M une E-variété de classe C k , N une F -variété de
classe C k , k ≥ 1, x un point de M , et f : M → N une application continue au
point x. La différentielle de f en x, appelée application linéaire tangente et notée
f⋆ (x), est l’application linéaire de Tx (M ) dans Tf (x) (N ) qui à X ∈ Tx (M ) associe
f⋆ (x).X ∈ Tf (x) (N ) défini par
(f⋆ (x).X) .(g) = X (g ◦ f )
pour toute fonction g : N → R qui est différentiable au point f (x).
On verra très vite, dans les chapitres qui suivent, qu’il s’agit là effectivement
d’une définition tout à fait pertinente de la différentielle.
CHAPITRE 8

Variétés différentielles

On reprend la théorie esquissée au Chapitre 6 mais de façon détaillée et dans


le cas des variétés modelées sur Rn .

1. Premières Constructions
On commence par la définition des variétés topologiques de dimension n.
Définition 8.1. Soit (M, O) un espace topologique connexe séparé. On dit que
(M, O) est une variété topologique de dimension n si tout point de M possède un
voisinage homéomorphe à un ouvert de Rn .
En d’autres termes, (M, O) est une variété topologique de dimension n si pour
tout point x de M , il existe Ω un voisinage ouvert de x dans M , il existe V un
ouvert de Rn , et il existe φ : Ω → V un homéomorphisme de Ω sur V . En reprenant
à peu de choses près ce qui fut dit par Elie Cartan dans sa “leçon sur la géométrie
des espaces de Riemann” de 1925, “une variété est au fond formée d’une infinité
de petits morceaux d’espaces euclidiens.”
Définition 8.2. Soit (M, O) une variété topologique de dimension n. Soient
x ∈ M un point de M , Ω un ouvert de M qui contient x et φ : Ω → V un
homéomorphisme de Ω sur un ouvert V de Rn . Le couple (Ω, φ) est appelé une
carte locale de M au point x. Pour tout y dans Ω, les coordonnées de φ(y) dans la
base canonique de Rn sont dites coordonnées de y dans la carte (Ω, φ). Une carte
locale est encore appelée un système (local) de coordonnées.
On a alors la configuration suivante:

et l’on voit apparaı̂tre les applications de changements de cartes entre ouverts de


Rn qui joueront un rôle dans la définition des atlas de classe C k .
151
152 8. VARIÉTÉS DIFFÉRENTIELLES

Proposition 8.1. Soit (M, O) une variété topologique de dimension n. Alors


tout point de M possède un système fondamental dénombrable de voisinages com-
pacts et connexes, M est connexe par arcs, si M est paracompacte elle est dénombrable
à l’infini et, enfin, M est métrisable si et seulement si elle est paracompacte.
Démonstration. La première assertion est immédiate puisqu’on a en fait des
homéomorphismes locaux avec Rn . Pour ce qui est de la seconde assertion, on
considère x un point de M , et on note Cx l’ensemble des points de M qui peuvent
être joints à x par un chemin continu. A savoir
Cx = y ∈ M / ∃γ ∈ C 0 ([0, 1], M ), γ(0) = x, γ(1) = y .


Il nous faut montrer que Cx = M . Pour commencer, on remarque que Cx ̸= ∅,


puisque par définition même d’une variété topologique, il existe Ω un voisinage
ouvert de x tel que Ω ⊂ Cx . Il suffit de prendre (Ω̃, φ̃) une carte de M en x,
de prendre ε > 0 tel que Bφ̃(x) (ε) ⊂ φ̃(Ω̃), puis de poser Ω = φ̃−1 Bφ̃(x) (ε) .


Montrons maintenant que Cx est un ouvert de M . Soit y ∈ Cx . Là encore, il existe


Ω un voisinage ouvert de y ayant la propriété que tout point de Ω peut être joint
à y par un chemin continu. Par suite:
∃γ1 ∈ C 0 ([0, 1], M ) / γ1 (0) = x, γ1 (1) = y et
∀z ∈ Ω, ∃γ2 ∈ C 0 ([0, 1], M ) / γ2 (0) = y, γ2 (1) = z .
On définit le chemin γ ∈ C 0 ([0, 1], M ) par:
1
γ(t) = γ1 (2t) si t ∈ [0, ]
2
1
γ(t) = γ2 (2t − 1) si t ∈ [ , 1] .
2
Alors γ(0) = x et γ(1) = z. Il s’ensuit que z ∈ Cx , et donc que Ω ⊂ Cx . Par
conséquent, Cx est un ouvert de M . Pour finir de démontrer la seconde assertion,
on montre que Cx est un fermé de M . Soit z ∈ Cx , et soit Ω un voisinage ouvert
de z ayant la propriété que tout point de Ω peut être joint à z par un chemin
continu. Puisque z ∈ Cx , il existe y ∈ Ω ∩ Cx . Par suite, il existe un chemin continu
joignant x à y, et il existe un chemin continu joignant y à z. En raisonnant comme
précédemment, on en déduit l’existence d’un chemin continu joignant x à z. Il
s’ensuit que z ∈ Cx , et donc que Cx est un fermé de M . En conclusion, Cx est non
vide, et tout à la fois un ouvert et un fermé de M . Par connexité de M , on en
déduit que Cx = M , à savoir la seconde assertion de la proposition. On montre
maintenant la troisième assertion de la proposition. Etant donné x un point de M ,
on note Ωx un voisinage ouvert relativement compact de x. Alors
[
M= Ωx ,
x∈M

et puisque M est ici paracompacte, il existe un recouvrement ouvert (ωi )i∈I qui est
tel que:
(i) (ωi )i∈I est localement fini,
(ii) (ωi )i∈I est plus fin que (Ωx )x∈M .
Avec (i), on a que pour tout compact K de M ,
n o
Card i ∈ I / ωi ∩ K ̸= ∅ < +∞ .
1. PREMIÈRES CONSTRUCTIONS 153

On pose K1 = ω1 , ω1 un des ωi , et par récurrence on définit


[
Km = ωi ,
i∈Im

où
n o
Im = i ∈ I / ωi ∩ Km−1 ̸= ∅ .

On vérifie facilement par récurrence que:

(iii) pour tout m, Im est fini, et Km est donc compact,


(iv) pour tout m ≥ 2, Km−1 ⊂ K̊m .
[
Par suite, Km ̸= ∅, et
m≥1
[ [
Km = K̊m ,
m≥1 m≥1
S
de sorte K = m≥1 Km est un ouvert de M . On montre maintenant que K est
aussi un fermé de M . Soit x ∈ K. En particulier,

ωi ∩ K ̸ = ∅

pour un i tel que x ∈ ωi . Or

ωi ∩ K ̸= ∅ =⇒ ∃m / ωi ∩ Km ̸= ∅ ,

tandis que ωi ∩ Km ̸= ∅ entraine par construction que x ∈ Km+1 . Il s’ensuit que


x ∈ K, et donc que K est un fermé deSM . Par connexité de M , on en déduit là
encore que M = K, à savoir que M = m≥1 Km . D’où la troisième assertion de la
proposition. Reste donc à remarquer que la quatrième assertion de la proposition
est une conséquence facile du théorème de Stone et du théorème d’Urysohn du
Chapitre ??. La proposition est démontrée. □

On aborde maintenant la notion d’atlas, une terminologie assez parlante avec


celle de cartes (et sachant que la Terre est une sphère et donc une variété comme
nous le verrons bientôt).

Définition 8.3. Soit (M, O) une variété topologique. On appelle atlas de M


toute famille
 
A = (Ωi , φi )
i∈I
S
de cartes locales qui est telle que M = i∈I Ωi . Les applications

φij = φj ◦ φ−1
i : φi (Ωi ∩ Ωj ) → φj (Ωi ∩ Ωj )

sont appelées applications de changement de cartes, ou encore fonctions de transi-


tions.

Les applications de changement de cartes n’ont de sens que lorsque Ωi ∩ Ωj ̸=


∅, et elles réalisent des homéomorphismes de φi (Ωi ∩ Ωj ) sur φj (Ωi ∩ Ωj ). En
particulier, et pour tous i, j ∈ I, φji = φ−1
ij .
154 8. VARIÉTÉS DIFFÉRENTIELLES

2. Variétés de classe C k
La notion de variété de classe C k est rattachée à la notion d’atlas de classe C k .
Définition 8.4. Soit (M, O) une variété topologique et soit A = ((Ωi , φi ))i∈I
un atlas de M . On dit que A est de classe C k , 1 ≤ k ≤ +∞, si les fonctions de
transitions φij sont de classe C k .

Puisque φji = φ−1 k


ij , dire que A est de classe C revient encore à dire que les
fonctions de transitions φij sont des difféomorphismes de classe C k de φi (Ωi ∩ Ωj )
sur φj (Ωi ∩ Ωj ).
Définition 8.5. Soient (M, O) une variété topologique, et A1 et A2 deux atlas
de classe C k sur M . On dit que A1 et A2 sont C k -compatibles si l’atlas A1 ∪ A2
est encore de classe C k .
On s’e doute, la relation que l’on vient de définir est une relation d’équivalence.
Lemme 8.1. La relation de C k -compatibilité est une relation d’équivalence sur
l’ensemble des atlas de classe C k de M .
Démonstration. La réflexivité et la symétrie sont évidentes. Reste à montrer
la transitivité. Soient A1 , A2 et A3 trois atlas de classe C k . On suppose que A1
et A2 sont C k -compatibles et que A2 et A3 sont C k -compatibles. On veut montrer
que A1 et A3 sont C k -compatibles et donc que A1 ∪ A3 est un atlas de classe C k .
Soient (Ω1 , φ1 ) une carte de A1 et (Ω3 , φ3 ) une carte de A3 telles que Ω1 ∩ Ω3 ̸= ∅.
On veut montrer que φ3 ◦ φ−1 1 est C k sur φ1 (Ω1 ∩ Ω3 ). Soit a ∈ Ω1 ∩ Ω3 et soit
(Ω2 , φ2 ) une carte de A2 telle que a ∈ Ω2 . On écrit que
φ3 ◦ φ−1 −1
◦ φ2 ◦ φ−1
 
1 = φ3 ◦ φ2 1

sur V = φ1 (Ω1 ∩ Ω2 ∩ Ω3 ). Or V est un voisinage ouvert de φ1 (a). Et comme A1


et A2 sont C k -compatibles, et A2 et A3 sont C k -compatibles, les applications de
changement de cartes φ2 ◦ φ−1 −1 k −1
1 et φ3 ◦ φ2 sont de classe C . Donc φ3 ◦ φ1 est de
−1
classe C k sur V et on en déduit que φ3 ◦ φ1 est de classe C k au voisinage de tout
point de φ1 (Ω1 ∩ Ω3 ). Cela revient encore à dire que φ3 ◦ φ−1 k
1 est de classe C sur
k
φ1 (Ω1 ∩ Ω3 ). On a ainsi montré que A1 et A3 sont C -compatibles. Le lemme est
démontré. □

La notion d’atlas saturé est importante d’un point de vue conceptuel, beaucoup
moins dans la construction des variétés, comme on le verra plus bas.
Définition 8.6. Soient (M, O) une variété topologique et A un atlas de classe
C k sur M . On dit que A est C k -saturé (ou C k -complet) s’il n’est contenu dans
aucun atlas de classe C k qui soit strictement plus grand que lui.
En d’autres termes, A est C k -saturé si pour tout atlas A′ de classe C k , l’inclusion
A ⊂ A′ entraı̂ne que A = A′ . La relation d’inclusion n’étant pas une relation
d’ordre total, il se peut très bien qu’il y ait plusieurs C k -atlas saturés (et c’est
effectivement souvent le cas, voir plus bas). Le résultat suivant a par contre lieu.
Lemme 8.2. Tout atlas de classe C k est contenu dans un unique C k -atlas
saturé.
2. VARIÉTÉS DE CLASSE C k 155

Démonstration. Soit A0 un atlas de classe C k . Soit R la relation de C k -


compatibilité. On pose [
à = A,
A∈[A0 ]R

où [A0 ]R est la classe d’équivalence de A0 pour R. Deux cartes dans à sont toujours
dans deux atlas C k -compatibles, donc le changement de cartes associé est forcèment
de classe C k . Par suite à est un atlas de classe C k qui contient A0 . Si A est un
atlas de classe C k qui contient A0 , alors A0 et A sont C k -compatibles. Donc si
A est un C k -atlas tel que à ⊂ A, alors A0 ⊂ A, et donc A ∈ [A0 ]R de sorte que
A ⊂ Ã. Il s’ensuit que à est C k -saturé. C’est même le seul C k -atlas saturé qui
contient A0 car tout atlas de classe C k qui contient A0 est automatiquement dans
[A0 ]R , et donc contenu dans Ã. Le lemme est démontré. □
La notion de variété de classe C k suit.
Définition 8.7. Une C k -variété différentiable, ou variété de classe C k , est
une variété topologique qui est munie d’un C k -atlas saturé.
En raison du lemme précédent, il suffit pour munir une variété topologique
(M, O) d’une structure de variété de classe C k , de trouver sur M un atlas qui soit
de classe C k . Cet atlas engendre alors un unique C k -atlas saturé qui le contient et
qui confère à M une structure de variété de classe C k . En particulier, on remarque
que toute structure de variété de classe C k sur une variété topologique induit na-

turellement une structure de variété de classe C k sur la variété, pour tout k ′ ≤ k.

Mais attention, le C k -atlas saturé, regardé comme atlas de classe C k , n’est plus

C k -saturé.
Proposition 8.2. Soient M une variété de classe C k de dimension n et soit
A le C k -atlas saturé de M qui confère à M sa structure de variété de classe C k .
Soient (Ω, φ) ∈ A et f : φ(Ω) → V un difféomorphisme de classe C k de φ(Ω) ⊂ Rn
sur un ouvert V de Rn . Alors (Ω, f ◦ φ) ∈ A. En particulier:
(i) pour tout x0 ∈ M et tout y0 ∈ Rn , il existe une carte (Ω, φ) de M en x0 qui
est telle que φ(x0 ) = y0 ,
(ii) pour tout x0 ∈ M , tout y0 ∈ Rn et tout r > 0, il existe une carte (Ω, φ)
de M en x0 qui est telle que φ(x0 ) = y0 et φ(Ω) = By0 (r), où By0 (r) est la boule
euclidienne de centre y0 et de rayon r,
(iii) pour tout x0 ∈ M et tout y0 ∈ Rn , il existe une carte (Ω, φ) de M en x0
qui est telle que φ(x0 ) = y0 et φ(Ω) = Rn .
Dans les points (i)-(iii) de cet énoncé, et à partir de maintenant, par carte de
M on entend une carte dans le C k -atlas saturé de M , celui qui confère à M sa
structure de variété de classe C k .
S
Démonstration. Considérons à = A {(Ω, f ◦ φ)}. Clairement à est un
atlas de classe C k car pour toute carte (Ω′ , ψ) de A, on a que (f ◦ φ) ◦ ψ −1 =
f ◦ (φ ◦ ψ −1 ) est de classe C k (et vice-versa). Comme A est C k -saturé, et puisque
A ⊂ Ã, on doit avoir A = Ã. Donc (Ω, f ◦ φ) ∈ A. D’où la première affirmation.
(i) On démontre le premier point. Soient x0 ∈ M et y0 ∈ Rn . Soit (Ω, ψ) une
carte de M en x0 . Soit f : Rn → Rn le C ∞ -difféomorphisme de Rn consistant en la
translation de vecteur y0 − ψ(x0 ). Donc f (y) = y + y0 − ψ(x0 ). Alors, en vertue de
156 8. VARIÉTÉS DIFFÉRENTIELLES

la première affirmation, (Ω, f ◦ ψ) est une carte de M en x0 . On a (f ◦ ψ) (x0 ) = y0 .


D’où (i).
(ii) On démontre le second point. On se donne x0 ∈ M , y0 ∈ Rn et r > 0.
Soit (Ω′ , ψ) la carte de M en x0 obtenue en (i). Comme ψ(Ω′ ) est un ouvert de
Rn , il existe ε > 0 tel que By0 (ε) ⊂ ψ(Ω′ ). On note Ω = ψ −1 (By0 (ε)). Clairement,
(Ω, ψ) est encore une carte de M en x0 (même raisonnement que dans le lemme,
mais en plus simple). Soit maintenant f : Rn → Rn le C ∞ -difféomorphisme de Rn
consistant en la translation/homothétie donnée par
r
f (y) = y0 + (y − y0 ) .
ε
Alors (Ω, f ◦ ψ) est une carte de M en x0 d’après a première affirmation, tandis
que (f ◦ ψ) (Ω) = By0 (r). D’où (ii).
(iii) On démontre le troisième point. On prend la carte construite en (ii) avec
r = 1. Pour simplifier on pourra supposer que y0 = 0. On utilise alors le fait que
f : B0 (1) → Rn donnée par
x
f (x) = p ,
1 − ∥x∥2
réalise un C ∞ -difféomorphisme de B0 (1) sur Rn . L’application inverse est donnée
par
y
f −1 (y) = p .
1 + ∥y∥2
Si (Ω, ψ) est la carte du (ii) dont on est parti, alors, toujours en vertue du lemme
précédent, (Ω, f ◦ ψ) répond à la question. La proposition est démontrée. □

3. Des exemples de variétés différentiables


Il y a d’abord les exemples de base, et en tout premier lieu l’espace Rn lui-
même. L’ensemble à un élément (Rn , Id) est un atlas de classe C ∞ . Le C ∞ -atlas
saturé qui lui correspond est constitué des couples (Ω, φ), où Ω est un ouvert de
Rn , et φ un difféomorphisme de classe C ∞ de Ω sur un ouvert de Rn . Cela confère
à Rn une structure naturelle de variété C ∞ de dimension n.
Toujours dans les exemples de base, tout ouvert connexe U d’une C k -variété
M de dimension n, possède une structure naturelle de C k -variété de dimension n.
Il suffit de considérer les cartes (U ∩ Ω, φ), où (Ω, φ) parcourt l’ensemble des cartes
de (l’atlas saturé de) M .
Un exemple plus sophistiqué est donné par la sphère unité S n de Rn+1 . A
savoir,
S n = x ∈ Rn+1 / ∥x∥ = 1 ,


où ∥.∥ désigne la norme euclidienne de Rn+1 . On place sur S n la topologie induite
de celle de Rn+1 .
Théorème 8.1. S n possède une structure naturelle de C ∞ -variété compacte
de dimension n.
Démonstration. On note P et Q les deux points de S n de coordonnées dans
n+1
R (0, . . . , 0, 1) et (0, . . . , 0, −1). Soient de plus ΩP = S n \{P } et ΩQ = S n \{Q}.
On note ΦP : ΩP → Rn (resp. ΦQ : ΩQ → Rn ) la projection stéréographique de
pôle P (resp. de pôle Q). Graphiquement
3. DES EXEMPLES DE VARIÉTÉS DIFFÉRENTIABLES 157

ou encore

Les équations des projections stéréograhiques sont données par:


x1 xn 
∀x = (x1 , . . . , xn+1 ) ∈ ΩP , ΦP (x) = ,...,
1 − xn+1 1 − xn+1
x1 xn 
∀x = (x1 , . . . , xn+1 ) ∈ ΩQ , ΦQ (x) = ,..., .
1 + xn+1 1 + xn+1
On vérifie sans difficulté que ΦP et ΦQ sont des homéomorphismes de ΩP et ΩQ
sur Rn . Les inverses sont donnés pour tout x = (x1 , . . . , xn ) de Rn par
 2x
1 2xn |x|2 − 1 
Φ−1P (x) = , . . . , ,
1 + |x|2 1 + |x|2 1 + |x|2
 2x
1 2xn 1 − |x|2 
Φ−1Q (x) = , . . . , , ,
1 + |x|2 1 + |x|2 1 + |x|2
Pn
où |x|2 = i=1 x2i . Reste maintenant à montrer que
((ΩP , ΦP ), (ΩQ , ΦQ ))
est un atlas de classe C sur S n , à savoir que ΦQ ◦ Φ−1

P est un difféomorphisme de
classe C ∞ de ΦP (ΩP ∩ ΩQ ) = Rn \{0} sur lui-même. Or
x
ΦQ ◦ Φ−1 P (x) = .
|x|2
D’où le résultat. □
Un autre exemple standard aurait pu être donné par l’espace projectif réel
Pn (R), l’espace des droites vectorielles de Rn+1 , qui lui aussi possède une structure
naturelle de variété compacte C ∞ de dimension n. A partir de deux variétés on en
fabrique facilement une troisième par produit cartésien.
Lemme 8.3. Soient M et N deux C k -variétés de dimensions respectives m et n,
et soient A et A′ les C k -atlas saturés respectifs de M et N . Alors M × N possède
une structure naturelle de C k -variété de dimension m + n, définie par l’atlas de
classe C k (non saturé) formé des Ω×Ω′ , φ×ψ , où pour (Ω, φ) ∈ A et (Ω′ ,ψ) ∈ A′ ,


l’application φ × ψ : Ω × Ω′ → Rm × Rn vérifie φ × ψ(x, y) = φ(x), ψ(y) .


158 8. VARIÉTÉS DIFFÉRENTIELLES

Le tore plat Tn = S 1 ×· · ·×S 1 (n fois) est la variété C ∞ -compacte de dimension


n obtenue à partir de S 1 par produit cartésien de S 1 avec lui-même n fois. Le
cylindre R×S n−1 de dimension n possède aussi une structure de variété C ∞ donnée
par le produit de la variété R avec la variété S n−1 .

Dans toute la suite, sauf mention du contraire,


le terme variété (sans mention de la classe
de différentiabilité) désignera une variété de
classe C ∞ .

La justification de ce parti pris classique sera vue un peu plus loin, l’idée étant que
toute structure C 1 possède une sous structure C ∞ .

4. Applications différentiables entre variétés


On définit la différentiabilité pour les applications entre variétés.
Définition 8.8. Soient M et N deux variétés, x un point de M , et f : M → N
une application continue au point x. On dit que f est différentiable au point x si
pour toute carte (Ω, φ) de M au point x, et toute carte (Ω′ , ψ) de N au point f (x)
vérifiant f (Ω) ⊂ Ω′ , l’application
ψ ◦ f ◦ φ−1 : φ(Ω) → ψ(Ω′ )
est différentiable au point φ(x).
Etant données (Ω, φ) et (Ω′ , ψ) deux cartes de M et N telles que f (Ω) ⊂ Ω′ , lire
f dans ces cartes signifie que l’on considère l’application ψ ◦f ◦φ−1 : φ(Ω) → ψ(Ω′ ).

Définition 8.9. Par extension, une application continue f : M → N est dite


différentiable sur M si elle est différentiable en tout point de M . Dans le même
ordre d’idées, on dit qu’une application continue f : M → N est de classe C k
sur M , k un entier, si pour toute carte (Ω, φ) de M , et toute carte (Ω′ , ψ) de N
vérifiant f (Ω) ⊂ Ω′ , l’application
ψ ◦ f ◦ φ−1 : φ(Ω) → ψ(Ω′ )
est de classe C k sur φ(Ω).
4. APPLICATIONS DIFFÉRENTIABLES ENTRE VARIÉTÉS 159

La condition f (Ω) ⊂ Ω′ n’est pas vraiment restrictive. Plus précisément, étant


données deux cartes quelconques (Ω, φ) et (Ω′ , ψ) respectivement de M et N en
x et f (x), il existe un procédé très simple qui permet de se ramener au cas où
f (Ω) ⊂ Ω′ . Par continuité de f on pourra remplacer Ω par Ω ∩ f −1 (Ω′ ). On a alors
f (Ω) ⊂ Ω′ . Le procédé fonctionne aussi lorsque f est seulement supposée continue
en x en passant par les voisinages. Une autre remarque est la suivante: inutile de
définir la différentiablitié sur un ouvert d’une variété puisque tout ouvert (connexe)
d’une variété possède une structure naturelle de variété.
Théorème 8.2. Soient M et N deux variétés, x un point de M , et f : M → N
une application de M dans N . Pour que f soit différentiable au point x, il suffit
qu’il existe une carte (Ω, φ) de M en x, et une carte (Ω′ , ψ) de N en f (x), vérifiant
f (Ω) ⊂ Ω′ , pour lesquelles l’application
ψ ◦ f ◦ φ−1 : φ(Ω) → ψ(Ω′ )
est différentiable au point φ(x). De même, pour que f soit de classe C k sur M , k
un entier, il suffit que pour tout x de M , il existe une carte (Ω, φ) de M en x, et
une carte (Ω′ , ψ) de N en f (x), vérifiant f (Ω) ⊂ Ω′ , pour lesquelles l’application
ψ ◦ f ◦ φ−1 est de classe C k sur φ(Ω).
Démonstration. Soient (Ω1 , φ1 ) et (Ω2 , φ2 ) deux cartes de M telles que Ω1 ∩
Ω2 ̸= ∅, et soient (Ω′1 , ψ1 ) et (Ω′2 , ψ2 ) deux cartes de N telles que f (Ω1 ) ⊂ Ω′1 et
f (Ω2 ) ⊂ Ω′2 . On écrit que
ψ2 ◦ f ◦ φ−1 −1
◦ ψ1 ◦ f ◦ φ−1 ◦ φ1 ◦ φ−1
  
2 = ψ2 ◦ ψ1 1 2

sur φ2 (Ω1 ∩ Ω2 ). Sachant que les applications de changement de cartes ψ2 ◦ ψ1−1


et φ1 ◦ φ−1 2 sont de classe C ∞ , on obtient immédiatement la première partie du
théorème à partir de la relation ci-dessus, à savoir que si f lue dans les cartes
(Ω1 , φ1 ) et (Ω′1 , ψ1 ) est différentiable au point φ1 (x), alors f lue dans les cartes
(Ω2 , φ2 ) et (Ω′2 , ψ2 ) est différentiable au point φ2 (x). La seconde partie du théorème
se démontre de la même façon. D’où le résultat. □
On sait donc définir la différentiabilité d’une application entre variétés. Par
contre on ne sait pas encore définir sa différentielle. Nous verrons cela un peu plus
tard,lorsque nous aborderons la notion d’espace tangent.
Dans le cas particulier où N = R, sous entendu muni de sa structure naturelle
de variété définie par l’atlas à une carte (R, Id), on tire du dernier théorème qu’une
fonction f : M → R est
(1) différentiable en un point x de M s’il existe une carte (Ω, φ) de M au point
x pour laquelle f ◦ φ−1 : φ(Ω) → R est différentiable au point φ(x),
(2) de classe C k sur M si pour tout point x de M , il existe une carte (Ω, φ) de
M en x, pour laquelle f ◦ φ−1 : φ(Ω) → R est de classe C k sur φ(Ω).
Dans les deux énoncés (1) et (2) on pose en fait (Ω′ , ψ) = (R, Id). Ces deux
assertions se généralisent bien sûr au cas où f est à valeurs dans un espace Rn (là
encore, sous entendu muni de sa structure naturelle de variété).
Proposition 8.3. Soient M1 , M2 , et M3 trois variétés, et f : M1 → M2 ,
g : M2 → M3 deux applications. Si f est différentiable en un point x de M1 , et si g
est différentiable au point f (x), l’application g ◦ f : M1 → M3 est différentiable au
160 8. VARIÉTÉS DIFFÉRENTIELLES

point x. De même, si f est de classe C k sur M1 et si g est de classe C k sur M2 ,


g ◦ f est de classe C k sur M1 .
Démonstration. Soient (Ω1 , φ1 ) une carte deM1 en x, (Ω2 , φ2 ) une carte de
M2 en f (x), et (Ω3 , φ3 ) une carte de M3 en g f (x) . Quitte à diminuer Ω1 et Ω2 ,
on pourra toujours supposer que f (Ω1 ) ⊂ Ω2 et g(Ω2 ) ⊂ Ω3 . On écrit alors que
φ3 ◦ (g ◦ f ) ◦ φ−1 −1
◦ φ2 ◦ f ◦ φ−1
 
1 = φ3 ◦ g ◦ φ2 1 ,
d’où l’on tire le résultat. □
Le résultat qui suit s’obtient très facilement à partir de la définition des struc-
tures produits. On le donne sans preuve.
Proposition 8.4. Soient M , M1 , M2 trois variétés, et x un point de M . On
munit M1 × M2 de sa structure de variété produit. Etant donnée

f = f1 , f2 : M → M1 × M2 ,
f est différentiable au point x (resp. de classe C k ) si et seulement si f1 et f2 sont
différentiables au point x (resp. de classe C k ) en tant qu’applications de M dans
M1 et M2 .
On termine cette section avec la définition des difféomorphismes.
Définition 8.10. Soient M et N deux variétés, et f : M → N une application.
On dit que f est un C k -difféomorphisme de M sur N si: f est bijective de M sur
N , f est de classe C k sur M et f −1 est de classe C k sur N .
On vérifie facilement que l’existence d’un difféomorphisme entre deux variétés
impose l’égalité des dimensions.

5. Un cas intéressant de (non) multiplicité


On discute le résultat suivant en préambule de la multiplicité des structures
lisses sur laquelle nous reviendrons plus tard.
Proposition 8.5. Soient M une variété et soit A = ((Ωi , φi ))i∈I son C ∞ -atlas
saturé. On note Ψ un homéomorphisme de M que l’on suppose non de classe C 1 .
On définit à = (Ψ (Ωi ), φi ◦ Ψ) i∈I . Alors à est un atlas de classe C ∞ sur M ,
−1


les atlas A et à ne sont pas C 1 -compatibles et l’application identité Id : (M, A) →


(M, Ã) de la variété (M, A) sur la variété (M, Ã) n’est pas un C 1 -difféomorphisme.
Par contre les variétés (M, A) et (M, Ã) sont C ∞ -difféomorphes.
Proof. Il est clair que à est un atlas topologique. Si maintenant (Ψ−1 (Ωi ), φi ◦
Ψ) et (Ψ−1 (Ωj ), φj ◦ Ψ) sont deux cartes de Ã, alors
−1
(φj ◦ Ψ) ◦ (φi ◦ Ψ) = φj ◦ (Ψ ◦ Ψ−1 ) ◦ φ−1
i = φj ◦ φ−1
i

qui est de classe C ∞ . Donc à est un atlas C ∞ . Si Ψ n’est pas de classe C 1 c’est qu’il
existe (Ωi , φi ) et (Ωj , φj ) deux cartes de M pour lesquelles Ψ lue dans ces cartes
n’est pas C 1 . Or φj ◦ Ψ ◦ φ−1 i = (φj ◦ Ψ) ◦ φ−1
i s’interprète comme le changement de
−1
cartes entre la carte (Ψ (Ωj ), φj ◦Ψ) de à et la carte (Ωi , φi ) de A. Ce changement
de cartes n’étant pas C 1 c’est que les atlas ne sont pas C 1 -compatibles. La lecture
de l’identité de la variété (M, A) sur la variété (M, Ã) dans les cartes (Ωi , φi ) et
(Ψ−1 (Ωj ), φj ◦ Ψ) n’est rien d’autre que (φj ◦ Ψ) ◦ φ−1 i . On en déduit que l’identité
6. RANG, IMMERSIONS, SUBMERSIONS, PLONGEMENTS. 161

n’est pas un C 1 -difféomorphisme de la variété (M, A) sur la variété (M, Ã). Pour
finir on remarque que Ψ : (M, Ã) → (M, A) est de classe C ∞ car sa lecture dans
deux cartes quelconques (Ψ−1 (Ωi ), φi ◦ Ψ) de à et (Ωj , φj ) de A vaut
φj ◦ Ψ ◦ (φi ◦ Ψ)−1 = φj ◦ (Ψ ◦ Ψ−1 ) ◦ φ−1
i

= φj ◦ φ−1
i ,
qui est de classe C ∞ . Donc Ψ est de classe C ∞ de la variété (M, Ã) sur la variété
(M, A). On montre sans plus de difficulté que son inverse Ψ−1 est C ∞ de de la
variété (M, A) sur la variété (M, Ã). Les deux variétés sont donc C ∞ -difféomorphes.
La proposition est démontrée. □

6. Rang, immersions, submersions, plongements.


Le rang d’une application différentiable entre variétés se définit comme suit.
Définition 8.11. Soient M et N deux variétés, x un point de M , et f : M →
N une application différentiable au point x. Etant données (Ω, φ) une carte de M
en x, et (Ω′ , ψ) une carte de N en f (x), telles que f (Ω) ⊂ Ω′ , le rang de f au
point x est par définition le rang de ψ ◦ f ◦ φ−1 au point φ(x), à savoir le rang de
l’application linéaire D ψ ◦ f ◦ φ−1 φ(x) . On le note Rg(f )x . La définition est
intrinsèque, au sens où elle ne dépend pas du choix des cartes.
Démonstration. On démontre que la définition est intrinsèque. Soient (Ω1 , φ1 )
et (Ω2 , φ2 ) deux cartes de M en x, et (Ω′1 , ψ1 ) et (Ω′2 , ψ2 ) deux cartes de N en f (x)
telles que f (Ω1 ) ⊂ Ω′1 et f (Ω2 ) ⊂ Ω′2 . On écrit que
ψ2 ◦ f ◦ φ−1 −1
◦ ψ1 ◦ f ◦ φ−1 ◦ φ1 ◦ φ−1
  
2 = ψ2 ◦ ψ1 1 2 .
Par différentiation de cette relation au point φ2 (x) on obtient que
D ψ2 ◦ f ◦ φ−1
 
2 φ2 (x)
= D ψ2 ◦ ψ1−1 ψ1 (f (x)) ◦ D ψ1 ◦ f ◦ φ−1
   
1 φ1 (x)
◦ D φ1 ◦ φ−1
 
2 φ2 (x) .
Sachant que ψ2 ◦ψ1−1 et φ1 ◦φ−1 2 sont des difféomorphismes, on pourra encore écrire
que
D ψ2 ◦ f ◦ φ−1 φ2 (x) = G ◦ D ψ1 ◦ f ◦ φ−1
   
2 1 φ1 (x) ◦ F
où G est un isomorphisme de Rn , F est un isomorphisme de Rm , m désigne la
dimension de M et n désigne la dimension de N . On a F (Rm ) = Rm et G présèrve
les dimensions. Il s’ensuit que
   
Rg D ψ2 ◦ f ◦ φ−1 −1
 
2 φ2 (x) = Rg D ψ1 ◦ f ◦ φ1 φ 1 (x) .
D’où le résultat, à savoir l’indépendance de la définition par rapport au choix des
cartes. □
Le théorème d’inversion locale passe sans difficulté au cas des variétés (il suffit
de l’appliquer à la lecture de l’application). On l’énonce ici sans démonstration.
Théorème 8.3 (Inversion locale). Soient M et N deux variétés de même di-
mension n, et f : M → N une application de classe C k de M dans N . Si en
un point x de M , Rg(f )x = n, alors f réalise un difféomorphisme de classe C k
d’un voisinage ouvert de x dans M sur un voisinage ouvert de f (x) dans N . En
162 8. VARIÉTÉS DIFFÉRENTIELLES

particulier, si f est bijective de M sur N , et si en tout point x de M , Rg(f )x = n,


alors f réalise un difféomorphisme de classe C k de M sur N .
Le théorème d’inversion locale peut être vu comme un cas particulier du théorème
du rang constant (qui prend une forme agréable dans le contexte des variétés, con-
trairement à la forme qu’il prend entre espaces euclidiens).
Théorème 8.4 (Théorème du rang constant). Soient M et N deux variétés de
dimensions respectives m et n, et soit f : M → N une application de classe C ∞ .
On suppose que f est de rang constant p sur M . Pour tout x0 ∈ M il existe alors
une carte (Ω, φ) de M au point x0 , et il existe une carte (Ω′ , ψ) de N au point
f (x0 ) vérifiant f (Ω) ⊂ Ω′ , telles que pour tout x ∈ φ(Ω),
ψ ◦ f ◦ φ−1 (x) = S(x) ,

où S : Rm → Rn est l’application de rang p de référence définie  par S x1 , . . . , xm =
x1 , . . . , xp , 0 . . . , 0 si p < n et S x1 , . . . , xm = x1 , . . . , xn si p = n.
On définit maintenant ce que l’on entend par immersion, submersion, et plonge-
ment. Immersions et submersions sont des applications de rang maximum par
rapport à la configuration.
Définition 8.12. Soient M et N deux variétés de dimensions respectives m
et n, et f : M → N une application différentiable sur M . On dit que f est
une immersion si f est de rang constant m sur M , une submersion si f est de
rang constant n sur M , un plongement si f est une immersion qui réalise un
homéomorphisme sur son image.
L’existence d’une immersion f : M → N impose m ≤ n, tandis que l’existence
d’une submersion f : M → N impose m ≥ n.
Proposition 8.6. Une immersion injective et propre est un plongement. En
particulier, si M est compacte, et si f : M → N est une immersion injective, alors
f est un plongement.
Démonstration. Le résultat est énoncé dans le chapitre de topologie. On se
souviendra que propre signifie que l’image réciproque d’un compact est un compact.
Une application continue d’un compact est automatiquement propre car compact
implique fermé, tout fermé dans un compact est compact et l’image réciproque d’un
fermé par une application continue est un fermé. D’où la proposition. □
Le théorème du rang constant dans le cas des immersions prend la forme suiv-
ante.
Corollaire 8.1 (Théorème du rang constant pour les immersions). Soient
M et N deux variétés de dimensions respectives m et n, et soit f : M → N une
immersion de classe C ∞ . Pour tout x0 ∈ M il existe une carte de (Ω, φ) de M au
point x0 , et il existe une carte (Ω′ , ψ) de N au point f (x0 ) vérifiant f (Ω) ⊂ Ω′ ,
telles que pour tout x ∈ φ(Ω),
ψ ◦ f ◦ φ−1 (x) = I(x) ,
où I : Rm → Rn est l’injection canonique définie par
 
I x1 , . . . , xm = x1 , . . . , xm , 0, . . . , 0 .
En particulier, une immersion C ∞ est localement un plongement.
6. RANG, IMMERSIONS, SUBMERSIONS, PLONGEMENTS. 163

Le théorème du rang constant dans le cas des submersions prend la forme


suivante.
Corollaire 8.2 (Théorème du rang constant pour les submersions). Soient
M et N deux variétés de dimensions respectives m et n, et soit f : M → N une
submersion de classe C ∞ . Pour tout x0 ∈ M il existe une carte (Ω, φ) de M au
point x0 , et il existe une carte (Ω′ , ψ) de N au point f (x0 ) vérifiant f (Ω) ⊂ Ω′ ,
telles que pour tout x ∈ φ(Ω),
ψ ◦ f ◦ φ−1 (x) = P (x) ,
où P : Rm → Rn est la projection canonique définie par
 
P x1 , . . . , x m = x1 , . . . , x n .
En particulier, une submersion C ∞ est une application ouverte.
Dans un autre registre, le résultat suivant a lieu.
Lemme 8.4. La composée de deux immersions (resp. deux submersions) est
encore une immersion (resp. une submersion). La composée d’une immersion et
d’une submersion dans le sens immersion ◦ submersion est une application de rang
constant. On ne peut rien dire a priori sur la composée d’une immersion et d’une
submersion dans le sens submersion ◦ immersion.
Démonstration. Soit f˜ = ψ◦f ◦φ−1 une lecture de f . On remarque que f est
une immersion (resp. submersion) sur Ω, l’ouvert de la carte (Ω, φ), si Df˜ (φ(x))
est injective (resp. surjective) en tout point x de Ω. On compose alors les lectures
par
φ3 ◦ (g ◦ f ) ◦ φ−1 −1 −1
1 = (φ3 ◦ g ◦ φ2 ) ◦ (φ2 ◦ f ◦ φ1 ) .

Par suite, en tout point x ∈ Ω1 , l’ouvert de la carte (Ω1 , φ1 ),


D φ3 ◦ (g ◦ f ) ◦ φ−1

1 (φ1 (x))
= D φ3 ◦ g ◦ φ2 (φ2 (f (x))) ◦ D(φ2 ◦ f ◦ φ−1
−1

1 ) (φ1 (x)) .

Si f et g sont toutes deux des immersions alors le membre de droite de la relation


ci-dessus est du type injective◦injective. C’est donc encore une application injective
et on en déduit bien que
immersion ◦ immersion = immersion .
Même chose avec le sens submersion ◦ submersion et la surjectivité. Donc
submersion ◦ submersion = submersion .
Pour ce qui est du sens immersion◦submersion on remarque que le membre de droite
de la relation précédente est du type injective ◦ surjective. Ecrivons G ◦ F avec F
et G des applications linéaires respectivement surjectives et injectives. Soient aussi
n1 , n2 et n3 les dimensions des trois variétés. Comme F est surjective, on peut
écrire que F (Rn1 ) = Rn2 , et comme G est injective, on a que dimG(Rn2 ) = n2 .
Donc, dans le sens immersion ◦ submersion on récupère une application de rang
constant la dimension de la variété milieu. Pour l’autre sens on renvoie à l’exemple
ci-dessous. □
164 8. VARIÉTÉS DIFFÉRENTIELLES

Soit f : R3 → R2 l’application donnée par f (x, y, z) = (y, z). C’est une submer-
sion. Soit g : R → R3 donnée par g(t) = (t, t2 , t3 ). C’est clairement une immersion.
Par contre
f ◦ g(t) = (t2 , t3 ) ,
dont la matrice jacobienne en t vaut
 
2t
M= .
3t2
Cette matrice est de rang 1 en tout t ̸= 0, mais de rang 0 en t = 0. Donc f ◦ g n’est
pas de rang constant.

7. Sous variétés
On traite de la notion de sous variété dans cette section.
Définition 8.13. Une sous variété N de dimension q d’une variété M de
dimension n, q ≤ n, est un sous espace topologique de M qui vérifie: pour tout x
de N , il existe une carte (Ω, φ) de M au point x, il existe U1 un ouvert de Rq , et
il existe U2 un ouvert de Rn−q , tels que
φ(x) = 0 et φ(Ω) = U1 × U2 ,
 
φ Ω ∩ N = U1 × 0
La carte (Ω, φ) est alors appelée carte de M en x adaptée à N .
Une autre façon de dire les choses est encore la suivante: N est une sous variété
de dimension q d’une variété M de dimension n si pour tout point x de N il existe
un système de coordonnées (x1 , . . . , xn ) de M au point x ayant la propriété que N y
soit défini par les équations xq+1 = · · · = xn = 0. Le résultat suivant est immédiat.
Théorème 8.5. Si N est une sous variété de dimension q d’une variété M ,
alors N hérite d’une structure naturelle de variété de dimension q. L’atlas qui
définit cette structure est donné par les
 
Ω ∩ N, Π ◦ φ ,
Ω∩N

où (Ω, φ) décrit l’ensemble des cartes adaptées à N , et Π : Rq × Rn−q → Rq désigne


la première projection. En particulier, l’injection canonique i : N → M (définie
par i(x) = x) est un plongement de la variété N dans la variété M .
Le résultat qui suit est tout autant immédiat.
Proposition 8.7. Soient N et N ′ deux sous variétés des variétés M et M ′ ,
et soit de plus f : M → M ′ une application de classe C k . Si f (N ) ⊂ N ′ , alors f
restreinte à N , et considérée en tant qu’application de la variété N dans la variété
N ′ , est encore une application de classe C k .
On démontre maintenant le résultat suivant.
Théorème 8.6 (Représentation implicite des sous variétés). (1) Soit N une
sous variété de dimension q d’une variété M de dimension n. Alors N s’écrit
localement comme l’image réciproque d’un point par une C ∞ -submersion à valeurs
dans Rn−q , i.e: ∀x ∈ N , ∃Ω voisinage ouvert de x dans M , et ∃f : Ω → Rn−q
une C ∞ -submersion tels que Ω ∩ N = f −1 (0). (2) Réciproquement, soient M et
M ′ deux variétés de dimensions respectives n et n − q, soit f : M → M ′ une
7. SOUS VARIÉTÉS 165

application de classe C ∞ , et soit y0 un point de f (M ). On suppose que pour tout


x ∈ f −1 (y0 ), Rg(f )x = n − q. Alors f −1 (y0 ) est une sous variété de dimension q de
M . En particulier, l’image réciproque d’un point par une C ∞ -submersion est une
sous variété (le tout à connexité près).
Démonstration. (1) Soient x ∈ N et (Ω, φ) une carte de M en x adaptée à
N . Si φ = φ1 , . . . , φn alors
f = φq+1 , . . . , φn : Ω → Rn−q


est une C ∞ -submersion et Ω ∩ N = f −1 (0).


(2) Soient M , M ′ deux variétés de dimensions n et n − q, f : M → M ′ une
application C ∞ , y0 un point de f (M ), et on suppose que ∀x ∈ f −1 (y0 ), Rg(f )x =
n − q. Soit alors x0 ∈ f −1 (y0 ). Comme f est de rang maximum en x0 , il existe un
voisinage ouvert Ω de x0 tel que f y soit toujours de rang maximum. Sans perdre
en généralité, on pourra supposer que Ω est l’ouvert d’une carte (Ω, φ) de M en x0 ,
et on pourra considérer (Ω′ , ψ) une carte de M ′ en y0 vérifiant f (Ω) ⊂ Ω′ et telles
que: ∀x ∈ φ(Ω),
ψ ◦ f ◦ φ−1 (x) = P (x) ,
où P : Rn → Rn−q est la projection P (x1 , . . . , xn ) = (x1 , . . . , xn−q ). Quitte à
considérer la carte (Ω, C ◦ φ) au lieu de (Ω, φ), où
C(x1 , . . . , xn ) = (xq+1 , . . . , xn , x1 , . . . , xq ) ,
on pourra supposer que P (x1 , . . . , xn ) = (xq+1 , . . . , xn ). Là encore, et quitte à
restreindre Ω, on pourra maintenant supposer que φ(Ω) = U1 × U2 , où U1 est un
ouvert de Rq , et U2 un ouvert de Rn−q . On remarque alors que
φ Ω ∩ f −1 (y0 ) = U1 × ψ(y0 )

(⋆)
En effet:
a) ψ ◦ f ◦ φ−1 = P ⇒ ψ ◦ f = P ◦ φ et ainsi
 
P φ Ω ∩ f −1 (y0 ) = ψ(y0 )

de sorte que φ Ω ∩ f −1 (y0 ) ⊂ U1 × ψ(y0 ).




b) Si z ∈ U1 × ψ(y0 ) alors φ−1 (z) ∈ Ω et puisque ψ ◦ f ◦ φ−1 = P ,


ψ ◦ f φ−1 (z) = ψ(y0 )


et f φ−1 (z) = y0 . D’où φ−1 (z) ∈ f −1 (y0 ) et




U1 × ψ(y0 ) ⊂ φ Ω ∩ f −1 (y0 ) .


En particulier, le résultat annoncé, l’égalité (⋆), est démontré. A partir de là, on


remarque que puisque ψ ◦ f ◦ φ−1 = P ,
ψ(y0 ) = φq+1 (x0 ), . . . , φn (x0 ) .


On pose alors
Φ(x) = φ1 (x) − φ1 (x0 ), . . . , φn (x) − φn (x0 ) ,


et on construit ainsi une carte (Ω, Φ) de M en x0 telle que Φ(x0 ) = 0 et


Φ Ω ∩ f −1 (y0 ) = Ũ1 × 0
 

Φ(Ω) = Ũ1 × Ũ2 ,


166 8. VARIÉTÉS DIFFÉRENTIELLES


où Ũ1 et Ũ2 sont les translatés de U1 et U2 par les vecteurs φ1 (x0 ), . . . , φq (x0 ) et
φq+1 (x0 ), . . . , φn (x0 ) . D’où le résultat, puisque x0 ∈ f −1 (y0 ) est quelconque. □


Dans le même ordre d’idées, le résultat suivant a lieu.


Théorème 8.7 (Représentation paramétrée des sous variétés). (1) Soit N
une sous variété de dimension q d’une variété M de dimension n. Alors N est
localement l’image d’un ouvert de Rq par un C ∞ -plongement, i.e: ∀x ∈ N , ∃Ω
voisinage ouvert de x dans M , ∃U un ouvert de Rq , et il existe f : U → M un
C ∞ -plongement tels que f (U ) = Ω ∩ N . (2) Réciproquement, si M et M ′ sont
deux variétés de dimensions respectives q et n + q, et si f : M → M ′ est un C ∞ -
plongement, alors f (M ) est une sous variété de dimension q de M ′ . De plus, f
réalise un difféomorphisme de la variété M sur la variété f (M ).
La sphère unité S n de Rn+1 estPune sous variété de dimension n de Rn+1 ,
n+1 2
définie implicitement par l’équation i=1 xi − 1 = 0. Sa structure de sous variété
coı̈ncide (fort heureusement) avec sa structure de variété définie auparavant.

8. Le théorème de Whitney
Le théorème de Whitney établit un lien entre la théorie générale (ou abstraite)
des variétés différentiables (que nous avons adoptée ici), et la théorie des sous
variétés de l’espace euclidien. En un certain sens, ces deux théories sont identiques.
Théorème 8.8 (Théorème de Whitney). Toute variété paracompacte de di-
mension n se plonge de façon C ∞ dans R2n+1 .
En d’autres termes: si M est une variété paracompacte de dimension n, il existe
un C ∞ -plongement i : M → R2n+1 . En particulier, i(M ) est une sous variété de
dimension n de R2n+1 , et i réalise un C ∞ -difféomorphisme de M sur i(M ). Toute
variété paracompacte de dimension n est ainsi difféomorphe à une sous variété de
dimension n de l’espace euclidien R2n+1 .

Démonstration. On donne une preuve simplifiée du théorème de Whitney


en se limitant à la preuve du résultat plus faible suivant: toute variété compacte se
plonge de façon C ∞ dans un espace euclidien. Soit donc M une variété compacte.
A tout x de M on associe une carte (Ωx , φx ) de M en x telle que φx (x) = 0 et
φx (Ωx ) = B0 (3) ⊂ Rn ,
où n désigne la dimension de M , et B0 (3) désigne la boule ouverte de centre 0 et
rayon 3 dans Rn . On écrit alors que
[
φ−1

M= x B0 (1) ,
x∈M

et puisque M est compacte, il existe une famille finie (xj )j=1,...,N de points de M
telle que
[N
φ−1

M= xj B0 (1) .
j=1

Soit maintenant η : R → R une fonction de classe C ∞ qui satisfait


n

η(x) = 1 si x ∈ B0 (1) , η(x) = 0 si x ∈ Rn \B0 (2) .


9. EXISTENCE ET UNICITÉ DES STRUCTURES LISSES 167

On note φj = φxj et on pose ηj = η ◦ φj . La fonction


Φ : M → RN (n+1)
définie par 
Φ = η1 φ1 , . . . , ηN φN , η1 , . . . , ηN
est alors de classe C ∞ sur M . (On prolonge ici les fonctions ηi φi et ηi par 0 en
dehors de Ωxi ). On affirme que
(a) Φ est une immersion,
(b) Φ est injective.
(a) Etant donné x un point de M , il existe i ∈ 1, . . . , N tel que x ∈ φ−1
 
i B0 (1) .
Par suite, ηi φi = φi au voisinage de x, et on retrouve dans l’expression de Φ ◦ φ−1 i
l’application identité de Rn . D’où Rg(Φ)x = n, et le point (a).
(b) Si Φ(x)= Φ(y), alors pour tout i ∈ 1, . . . , N , ηi (x) = ηi (y). Par ailleurs, il
existe i0 ∈ 1, . . . , N tel que ηi0 (x) ̸= 0, et donc x et y appartiennent tous deux
à Ωxi0 . De la double égalité ηi0 (x) = ηi0 (y) et ηi0 (x)φi0 (x) = ηi0 (y)φi0 (y), on en
déduit que nécessairement x = y, à savoir le point (b).
Pour finir de démontrer le résultat, il reste à se souvenir qu’une immersion injective
d’une variété compacte est nécessairement un plongement. □

9. Existence et unicité des structures lisses


Soit M une variété topologique. Par structure lisse sur M on entend la donnée
d’un atlas saturé de classe C ∞ sur M . Nous disons ici quelques mots sur l’existence
et l’unicité des structures lisses. On s’intéresse donc aux deux questions suivantes:
Question 1 (existence): Une variété topologique possède-t-elle toujours une struc-
ture de variété lisse ?
Question 2 (unicité): Une structure de variété lisse est-elle unique ?
Pour ce qui est de la question 2 il convient déjà de remarquer que la terminologie
doit être précisée. Etant donnée une structure lisse sur M définie par un atlas saturé
A de classe C ∞ sur M , par unicité on peut vouloir dire que A est le seul atlas saturé
de classe C ∞ sur M . Avec cette définition (naı̈ve) la réponse à la question 2 est
trop facilement négative. Nous en avons déjà parlé.
Par unicité, on entendra la chose suivante: étant donnée une structure de variété
lisse sur M définie par un atlas saturé A de classe C ∞ sur M , cette structure est
unique si pour tout atlas saturé A′ de classe C ∞ sur M , les variétés (M, A) et
(M, A′ ) sont difféomorphes.
La terminologie maintenant précisée, parlons des reponses. Celles-ci sont pour
le moins surprenantes . . . Plus précisément:
(i) jusqu’à la dimension 3 incluse, une variété topologique possède toujours une
structure lisse, et celle-ci est unique (Moı̈se, 1950),
(ii) dès la dimension 4, certaines variétés topologiques ne possèdent pas de
structure lisse (Freedman, 1981), d’autres en possèdent plusieurs.
L’historique de ce dernier point remonte à Milnor en 1956. A la surprise générale,
Milnor montrait qu’il existe sur la sphère S 7 une structure de variété lisse qui est
distincte de sa structure canonique définie plus haut. On sait maintenant (après
168 8. VARIÉTÉS DIFFÉRENTIELLES

que la question ait été reprise par Kervaire et Milnor) qu’il existe 28 structures
lisses distinctes sur la sphère S 7 , tandis qu’il en existe 992 sur la sphère S 11 ! (On
parle de sphères exotiques . . . )
Indépendamment, et peut-être plus surprenantes encore sont les conséquences
des travaux développés par Donaldson et Taubes: tandis que la structure canonique
de variété lisse de l’espace euclidien Rn est unique pour n ̸= 4, il existe sur R4 une
infinité de structures lisses distinctes !!!
Tout cela illustre bien l’écart structurel existant entre la classe C 0 et la classe

C . On se trouvera par contre dans l’incapacité d’éxhiber une différence de même
nature entre la classe C 1 et la classe C ∞ . C’est l’objet du résultat suivant de
Whitney et dont on trouvera une preuve accessible dans l’ouvrage de Hirsch sur la
topologie différentielle (Théorème 2.9, Chapitre 2).
Théorème 8.9. Soit M une variété topologique paracompacte. Soit A une C 1 -
atlas saturé sur M . Alors A contient un sous atlas de classe C ∞ dont le saturé est
unique (à C ∞ -difféomorphismes près).
En particulier, toute structure C 1 sur une variété possède une sous structure

C et il n’y a en fait pas vraiment de saut conceptuel entre la classe C 1 et la classe
C ∞ . Un second théorème de Whitney stipule que deux variétés lisses paracom-
pactes qui sont C 1 -difféomorphes sont aussi C ∞ -difféomorphes, l’existence d’un C 1 -
difféomorphisme entraı̂nant donc l’existence d’un C ∞ -difféomorphisme. En conclu-
sion, et à hypothèse de paracompacité près: homéomorphes ̸⇒ difféomorphes (sauf
en dimension inférieure ou égale à 3) mais C 1 -difféomorphes ⇒ C ∞ -difféomorphes.
CHAPITRE 9

L’espace tangent

On construit la différentielle et son lieu de vie dans ce chapitre.

1. Première définitions
Soient M une variété, et x un point de M . On note Fx l’espace vectoriel des
fonctions f : M → R qui sont différentiables au point x. Si f ∈ Fx , on ditque f est
plate au point x si pour toute carte (Ω, φ) de M au point x, D f ◦ φ−1 φ(x) ≡ 0.
On montre facilement que la nullité de D f ◦ φ−1 φ(x) pour une carte (Ω, φ) au


point x, entraı̂ne la nullité de D f ◦ ψ −1 ψ(x) pour toute autre carte (Ω′ , ψ) au




point x. Pour le voir, il suffit d’écrire que


f ◦ ψ −1 = f ◦ φ−1 ◦ φ ◦ ψ −1
 

de sorte que
D f ◦ ψ −1 = D f ◦ φ−1 ◦ D φ ◦ ψ −1
  
ψ(x) φ(x) ψ(x)
.

On note Nx le sous espace vectoriel de Fx constitué des fonctions qui sont plates
au point x.
Définition 9.1. Soient M une variété et x un point de M . On appelle vecteur
tangent à M au point x toute forme linéaire X : Fx → R qui s’annule sur Nx , i.e
qui est telle que Nx ⊂ KerX. L’espace tangent à M au point x, noté Tx (M ), est
l’ensemble des vecteurs tangents à M au point x.
Soit X un vecteur tangent à M au point x, et soit f une fonction réelle définie
au voisinage de x et différentiable au point x. On peut encore définir X(f ), même
si f n’est pas définie sur tout M . Pour cela on pose X(f ) = X(f˜), où f˜ : M → R
est un prolongement quelconque de f , à savoir une fonction réelle définie sur tout
M qui vérifie f˜ ≡ f au voisinage de x. L’existence de tels prolongements ne pose
aucun problème. Par ailleurs, on vérifie facilement que cette définition ne dépend
pas du prolongement choisi en remarquant que si f˜1 et f˜2 sont deux prolongements
de f , alors f˜2 − f˜1 ∈ Nx de sorte que X(f˜1 ) = X(f˜2 ).
Soient M une variété de dimension n, et x un point de M . Alors Tx (M )
possède une structure naturelle d’espace vectoriel réel de dimension n donnée par:
∀X, Y ∈ Tx (M ), ∀λ ∈ R, ∀f ∈ Fx ,

X + Y (f ) = X(f ) + Y (f ) ,

λX (f ) = λX(f ) .
Par convention d’Einstein on entend la convention suivante:
169
170 9. L’ESPACE TANGENT

Convention d’Einstein: lorsque dans un pro-


duit un même indice est répété en haut et en
bas, alors il est sommé.

Par Pexemple, si (e1 , . . . , en ) est une base d’un espace vectoriel, au lieu d’écrire
n
x = i=1 xi ei on pourra écrire x = xi ei . Ou encore,Pn siP B est une forme bilinéaire
n
sur l’espace, alors au lieu d’écrire que B(x, y) = i=1 j=1 bij xi y j on écrira que
i j
B(x, y) = bij x y .
Théorème et Définition 9.1. Soient M une variété de dimension n, et x
un point de M . Soit (Ω, φ) est une carte de M au point x de coordonnées associées

(x1 , . . . , xn ), et soit pour tout i = 1, . . . , n, ( ∂x i
)x le vecteur de Tx (M ) défini par:
∀f ∈ Fx ,

)x .(f ) = Di f ◦ φ−1 φ(x) .

(
∂xi
Alors  
∂ ∂
( )x , . . . , ( )x
∂x1 ∂xn
est une base de Tx (M ). Ainsi, Tx (M ) est de dimension n et

∀X ∈ Tx (M ), ∃!X 1 , . . . , X n ∈ R / X = X i ( )x
∂xi
(avec la convention d’Einstein). Les X i sont appelés composantes de X dans la
carte (Ω, φ). Pour tout i = 1, . . . , n, X i = X(φi ).
Pour qu’il n’y ait aucune confusion possible,
n
∂ X ∂
X i( )x = X i( )x
∂xi i=1
∂x i

lorsque la convention d’Einstein est appliquée. Par ailleurs, une relation importante
à garder à l’ésprit est la suivante:

( )x .(φj ) = δij
∂xi
pour tous i, j, où les δij sont les symbôles de Kroenecker.
Démonstration. On démontre la partie théorème de l’énoncé précédent. La
seule chose que l’on ait à montrer est que la famille
 
∂ ∂
( )x , . . . , ( )x
∂x1 ∂xn
est tout à la fois une famille libre et génératrice pour Tx (M ). On commence par
montrer qu’elle est libre. Supposons que pour des λ1 , . . . , λn ∈ R,
∂ ∂
λ1 ( )x + · · · + λn ( )x = 0 .
∂x1 ∂xn
Alors pour tout i = 1, . . . , n,
 
1 ∂ n ∂
λ ( )x + · · · + λ ( )x .(φi ) = 0 ,
∂x1 ∂xn
1. PREMIÈRE DÉFINITIONS 171

et comme

)x .(φi ) = δji ,
(
∂xj
on obtient que λ1 = · · · = λn = 0. D’où le caractère libre de la famille. On
montre maintenant que la famille est aussi génératrice. Pour cela on remarque que
si f ∈ Fx , alors

f −( )x (f )φi ∈ Nx .
∂xi
Par suite, pour tout X ∈ Tx (M ), et toute fonction f ∈ Fx ,

X(f ) = ( )x (f )X(φi ) ,
∂xi
de sorte que pour tout X ∈ Tx (M ),

X = X(φi )( )x .
∂xi
D’où le résultat. □
Le résultat suivant donne les formules importantes de changement de cartes.
Théorème 9.1 (Changement de carte). Soient M une variété, x un point de
M , et (Ω, φ), (Ω′ , ψ) deux cartes de M en x de coordonnées associées (x1 , . . . , xn )
et (y1 , . . . , yn ). Alors pour tout i = 1, . . . , n,
∂ ∂xj ∂
()x = ( )x ( )x ,
∂yi ∂yi ∂xj
j
−1
où ( ∂x ∂ j j

∂yi )x = ( ∂yi )x (φ ) = Di φ ◦ ψ ψ(x)
et la convention d’Einstein est ap-
pliquée.
En particulier, on déduit de ce théorème, que si X ∈ Tx (M ) a pour composantes
(X 1 , . . . , X n ) dans la carte (Ω, φ), et (X̃ 1 , . . . , X̃ n ) dans la carte (Ω′ , ψ), alors pour
tout i = 1, . . . , n,
∂xi ∂y i
Xi = ( )x X̃ j et X̃ i = ( )x X j ,
∂yj ∂xj
où, dans toutes ces relations, la convention d’Einstein est appliquée.
Démonstration. D’après le théorème et définition précédent,
∂ ∂
( )x = λj ( )x
∂yi ∂xj
avec

λj = ( )x (φj ) .
∂yi
D’où le résultat. □
On déduit les relations suivantes en écrivant que

X = X̃ j ( )x
∂yj
∂xi ∂
= X̃ j ( )x ( )x
∂yj ∂xi

= X i( )x
∂xi
172 9. L’ESPACE TANGENT

i
∂x
de sorte que X i = ( ∂yj
)x X̃ j . Pour résumer:

∂ ∂xj ∂ ∂ ∂y j ∂
( )x = ( )x ( )x , ( )x = ( )x ( )x
∂yi ∂yi ∂xj ∂xi ∂xi ∂yj
∂xi ∂y i
Xi = ( )x X̃ j , X̃ i = ( )x X j ,
∂yj ∂xj
j j
où ( ∂x −1
, ( ∂y −1
j
 j

∂yi )x = Di φ ◦ ψ ψ(x) ∂xi )x = Di ψ ◦ φ φ(x)
, les X i sont les com-
posantes de X ∈ Tx (M ) dans (Ω, φ) et les X̃ i sont les composantes de X dans
(Ω′ , ψ). Etant donné x un point quelconque de Rn , Tx (Rn ) s’assimile naturelle-
ment à Rn par

X i( )x −→ X 1 , . . . , X n ,

∂xi
où (x1 , . . . , xn ) désigne la carte canonique de Rn . C’est la raison pour laquelle on
ne voit pas apparaı̂tre la notion d’espace tangent dans le calcul différentiel sur Rn .

2. Culture: une autre construction de l’espace tangent


Il existe une définition plus intuitive de l’espace tangent qui généralise au cas
d’une variété abstraite la notion intuitive de vecteur tangent à une surface de R3 .
De façon plus précise, étant donnés M une variété et x un point de M , on note Cx
l’ensemble des chemins différentiables passant par x, à savoir
Cx = {γ :] − ϵ, +ϵ[→ M / γ est différentiable et γ(0) = x} .
On définit alors la relation d’équivalence R sur Cx par: si (Ω, φ) est une carte de
M en x, et si γ1 , γ2 ∈ Cx , alors γ1 Rγ2 si et seulement si
′ ′
(φ ◦ γ1 ) (0) = (φ ◦ γ2 ) (0) .
Là encore, on vérifie facilement que R ne dépend pas du choix de la carte.
On appelle alors vecteur tangent au point x toute classe d’équivalence pour R.
Notons T̃x (M ) l’espace tangent que l’on vient de définir.
On se retrouve donc avec deux espaces tangents au point x, à savoir l’espace
Tx (M ) construit au paragraphe précédent, et l’espace T̃x (M ) juste construit. En
fait, on peut montrer que ces deux définitions de l’espace tangent sont équivalentes
au sens où il existe une bijection canonique de T̃x (M ) sur Tx (M ). Il s’agit de
l’application Φ : T̃x (M ) → Tx (M ) qui à [γ] associe Φ [γ] défini pour tout f ∈ Fx
 ′
par Φ [γ] .(f ) = f ◦ γ (0).
3. LE FIBRÉ TANGENT 173

′
On remarquera que f ◦ γ (0) = D (f ◦ φ−1)φ(x) .(φ ◦ γ)′ (0), ce qui permet de
montrer que la construction de Φ est cohérente et que Φ ne dépend que de [γ].

3. Le fibré tangent
Soit M une variété. Par définition, le fibré tangent de M , noté T (M ), est la
réunion (disjointe) des espaces tangents Tx (M ), x ∈ M . On écrit
[
T (M ) = Tx (M ) .
x∈M

Pour le moment, T (M ) n’a aucune topologie, et encore moins une structure de


variété. L’objet de ce qui suit est de montrer que T (M ) possède une structure
naturelle de variété de dimension 2n, n = dimM .
Soit A le C ∞ -atlas saturé de M . A toute carte (Ω, φ) de A on associe l’application
[
Φ: Tx (M ) −→ φ(Ω) × Rn
x∈Ω

qui est définie par: si x ∈ Ω a pour coordonnées (x1 , . . . , xn ) dans (Ω, φ), et si
X ∈ Tx (M ) a pour composantes (X 1 , . . . , X n ) dans (Ω, φ), alors
Φ(X) = x1 , . . . , xn , X 1 , . . . , X n .


On pourra encore écrire que pour tout X ∈ Tx (M ), avec x ∈ Ω,


Φ(X) = φ1 (x), . . . , φn (x), X(φ1 ), . . . , X(φn ) .


Il est clair que Φ réalise une bijection de


[
Tx (M ) sur φ(Ω) × Rn .
x∈Ω

Par ailleurs, si (Ω, ψ) est une autre carte de M , et si


[
Ψ: Tx (M ) −→ ψ(Ω) × Rn
x∈Ω

est l’application qui lui est associée suivant le procédé décrit ci-dessus, alors en
raison du théorème de changement de base,
Ψ ◦ Φ−1 x1 , . . . , xn , X 1 , . . . , X n = A1 , . . . , An , B 1 , . . . , B n ,
 

où pour tout i = 1, . . . , n,


Ai = ψ i ◦ φ−1 (x1 , . . . , xn ) ,


B i = Dj ψ i ◦ φ−1 (x1 ,...,xn ) X j .




On pourra encore écrire que


Ψ ◦ Φ−1 x1 , . . . , xn , X 1 , . . . , X n

 
= ψ ◦ φ−1 (x1 , . . . , xn ), D ψ ◦ φ−1 (x1 ,...,xn ) . X 1 , . . . , X n
 
.

On remarque alors que Ψ ◦ Φ−1 réalise une bijection de φ(Ω) × Rn sur ψ(Ω) × Rn
et que Ψ ◦ Φ−1 est de classe C ∞ sur φ(Ω) × Rn . Donc Ψ ◦ Φ−1 réalise ainsi un
C ∞ -difféomorphisme de φ(Ω) × Rn sur ψ(Ω) × Rn . En particulier, il suit de ce qui
précède, que Ψ ◦ Φ−1 réalise un homéomorphisme de φ(Ω) × Rn sur ψ(Ω) × Rn .
Cela nous permet d’affirmer qu’il existe une et une seule topologie sur T (M ) qui
est telle que:
174 9. L’ESPACE TANGENT

[
(1) ∀Ω ouvert de M , Tx (M ) est un ouvert de T (M ),
x∈Ω
[
(2) ∀(Ω, φ) carte de M , Φ : Tx (M ) → φ(Ω)×Rn est un homéomorphisme.
x∈Ω

Il suffit ici de prendre pour base de topologie l’ensemble des U ⊂ T (M ) qui sont
tels que:
[
(i) ∃(Ω, φ) carte de M avec U ⊂ Tx (M ),
x∈Ω
2n
(ii) Φ(U ) est un ouvert de R .
Le fait que Ψ ◦ Φ−1 soit un homéomorphisme pour (Ω, φ) et (Ω, ψ) deux cartes
quelconques de M , rend cette construction cohérente. Si maintenant T (M ) est
muni de cette topologie, on vérifie sans difficulté que
!
[ 
Tx (M ), Φ
x∈Ω (Ω,φ)∈A

est un atlas de classe C sur T (M ). Il confère à T (M ) la structure rechérchée de
variété de dimension 2n. D’où le résultat suivant.
Théorème 9.2. Soit M une variété de dimension n. Son fibré tangent T (M )
possède une structure naturelle de variété de dimension 2n. Cette structure est
déterminée par l’atlas formé des cartes
[ 
Tx (M ), Φ
x∈Ω

construites ci-dessus.
C’est désormais à cette structure de variété que l’on fera référence. On notera
Π : T (M ) → M
la projection canonique qui à X ∈ Tx (M ) associe Π(X) = x. On remarque que Π
est une submersion, puisque pour toute carte (Ω, φ) de M ,
φ ◦ Π ◦ Φ−1 (x1 , . . . , xn , X 1 , . . . , X n ) = (x1 , . . . , xn ) ,
S 
où x∈Ω Tx (M ), Φ est la carte de T (M ) associée à (Ω, φ). A titre de remar-
que: partant d’une variété M de classe C k et de dimension n, T (M ) récupère une
structure naturelle de variété de classe C k−1 et de dimension 2n.

4. L’application linéaire tangente


On construit la différentielle dans ce chapitre.
Définition 9.2. Soient M et N deux variétés, x un point de M , et f : M →
N une application différentiable au point x. Par définition, l’application linéaire
tangente de f au point x, notée f⋆ (x), est l’application linéaire
f⋆ (x) : Tx (M ) −→ Tf (x) (N )
qui à X ∈ Tx (M ) associe f⋆ (x).X ∈ Tf (x) (N ) défini par
(f⋆ (x).X) .(g) = X (g ◦ f )
4. L’APPLICATION LINÉAIRE TANGENTE 175

pour toute fonction g : N → R qui est différentiable au point f (x). Si maintenant


f : M → N est supposée différentiable sur M , l’application linéaire tangente de f ,
notée f⋆ , est l’application f⋆ : T (M ) −→ T (N ) qui à X ∈ Tx (M ) associe f⋆ (x).X.
Notons dans ce qui suit m la dimension de M , et n la dimension de N . Soit
de plus f : M → N une application différentiable en un point x de M , et soient
(Ω, φ), (Ω′ , ψ) deux cartes de M et N respectivement en x et f (x), et telles que
f (Ω) ⊂ Ω′ . On note (x1 , . . . , xm ) les coordonnées associées à (Ω, φ), et (y1 , . . . , yn )
les coordonnées associées à (Ω′ , ψ). La matrice de f⋆ (x) dans les bases
   
∂ ∂
( )x et ( )f (x)
∂xi i=1,...,m ∂yi i=1,...,n

de Tx (M ) et Tf (x) (N ) s’écrit alors


 1
∂f 1

( ∂f )x ... ( ∂x )x
 ∂x.1 m
.. 
 .
 . . 

n n
( ∂f
∂x1 )x ... ∂f
( ∂x m
)x
où
∂f j
)x = Di ψ j ◦ f ◦ φ−1 φ(x) .

(
∂xi

Les colonnes de cette matrice sont en effet constituées des coordonnées des f⋆ (x).( ∂x i
)x
n o

dans la base des ( ∂yi )f (x) , et donc des
i=1,...,n
 
∂ ∂
f⋆ (x).( )x .(ψ j ) = ( )x .(ψ j ◦ f )
∂xi ∂xi
= Di ψ j ◦ f ◦ φ−1 φ(x) .


On retrouve ainsi la matrice jacobienne de la lecture de f dans les cartes (Ω, φ) et


(Ω′ , ψ). En d’autres termes, f⋆ (x) tient, dans le contexte des variétés, le role qui
était tenu par la différentielle au point x dans le contexte euclidien. Le résultat
suivant est une conséquence immédiate de l’égalité des matrices dont on vient de
parler.
Proposition 9.1. Si f : M → N est différentiable au point x, Rg(f )x =
Rg (f⋆ (x)).
On aborde maintenant le résultat suivant.
Théorème 9.3. Soient M1 , M2 , M3 trois variétés, x un point de M1 , f :
M1 → M2 une application différentiable au point x et g : M2 → M3 une application
différentiable au point f (x). On a alors que (g ◦ f )⋆ (x) = g⋆ (f (x)) ◦ f⋆ (x).
Démonstration. Pour tout X ∈ Tx (M1 ) et toute fonction h : M3 → R
différentiable au point g (f (x)),
((g ◦ f )⋆ (x).X) .(h) = X (h ◦ g ◦ f ) ,
tandis que
((g⋆ (f (x)) ◦ f⋆ (x)) .X) .(h) = (f⋆ (x).X) .(h ◦ g) = X (h ◦ g ◦ f ) .
D’où le résultat. □
176 9. L’ESPACE TANGENT

Notations: (1) Si M est une variété, et si f : M → R est différentiable en un


point x de M , on note df (x) la forme linéaire sur Tx (M ) qui à X ∈ Tx (M ) associe
df (x).X = X(f ) .
C’est tout simplement l’application f⋆ (x) après assimilation de Tf (x) (R) à R.
(2) Si M est une variété de dimension n, si x est un point de M , si (Ω, φ) est
une carte de M en x de coordonnées associées (x1 , . . . , xn ) et si f : M → R est
différentiable au point x, on note
∂f
)x = Di f ◦ φ−1 φ(x)

(
∂xi
pour tout i = 1, . . . , n.

5. Champs de vecteurs
On traite maintenant de la notion de champs de vecteurs.
Définition 9.3. Soit M une variété. On note Π : T (M ) → M la projection
canonique qui à X ∈ Tx (M ) associe Π(X) = x. Un champ de vecteurs sur M est
alors une application X : M → T (M ) qui vérifie Π ◦ X = IdM . Le champ est dit de
classe C k si X : M → T (M ) est de classe C k en tant qu’application de la variété
M dans la variété T (M ).
Soient X : M → T (M ) un champ de vecteurs sur M , et (Ω, φ) une carte de M .
On appelle fonctions composantes (ou tout simplement composantes) de X dans
(Ω, φ) les fonctions X i : Ω → R définies en tout point x ∈ Ω par

X(x) = X i (x)( )x ,
∂xi
où les xi sont les coordonnées associées à (Ω, φ). Donc, pour tout i, X i (x) =
X(x).(φi ).
Proposition 9.2. Etant donnée (Ω, φ) une carte de M , X est de classe C k
sur Ω si et seulement si les fonctions composantes de X dans (Ω, φ) sont de classe
C k sur Ω.
Pour démontrer la proposition il suffit de considérer la carte de T (M ) qui est
associée à (Ω, φ), et de lire X dans cette carte.
Définition 9.4. Soient M une variété de dimension n, et X, Y deux champs
de vecteurs sur M de classe C k . Le crochet des champs X et Y , noté [X, Y ], est
le champ de vecteurs de clase C k−1 sur M dont l’expression dans une carte (Ω, φ)
de M est donnée par:
∂Y i ∂X i
 
j j ∂
[X, Y ](x) = X (x)( )x − Y (x)( )x ( )x ,
∂xj ∂xj ∂xi
où les X i et Y i désignent les fonctions comoposantes de X et Y dans (Ω, φ), et où
les xi sont les coordonnées associées à (Ω, φ).
La construction fait sens en raison du résultat suivant.
Proposition 9.3. La définition du crochet [X, Y ] ne dépend pas du choix de
la carte.
5. CHAMPS DE VECTEURS 177

Démonstration. Soient x ∈ M et (Ω, φ), (Ω′ , ψ) deux cartes de M en x. On


note xi les coordonnées associées à (Ω, φ) et yi les coordonnées associées à (Ω′ , ψ).
Soient aussi X i , Y i les composantes de X et Y dans (Ω, φ) et X̃ i , Ỹ i les composantes
de X et Y dans (Ω′ , ψ). On écrit que
∂ Ỹ i ∂xα ∂ Ỹ i
( )x = ( )x ( )x
∂yj ∂yj ∂xα
α
puisque ( ∂y∂ j )x = ( ∂x ∂
∂yj )x ( ∂xα )x . On écrit ensuite que

∂y i
Ỹ i = Y β ( ),
∂xβ
et nous avons là une égalité entre fonctions. Par suite
∂ Ỹ i ∂Y β ∂y i ∂ 2 yi
( )x = ( )x ( )x + Y β (x)( )x ,
∂xα ∂xα ∂xβ ∂xα ∂xβ
où
∂ 2 yi 2
ψ i ◦ φ−1 φ(x) .

( )x = Dαβ
∂xα ∂xβ
j
∂y
Ainsi, puisque X̃ j (x) = ( ∂x γ
)x X γ (x),

∂ Ỹ i
X̃ j (x)( )x
∂yj
∂y j ∂xα ∂Y β ∂y i ∂ 2 yi
 
γ β
=( )x X (x)( )x ( )x ( )x + Y (x)( )x
∂xγ ∂yj ∂xα ∂xβ ∂xα ∂xβ
Or
∂y j ∂xα ∂xα
( )x ( )x = ( )x = δγα ,
∂xγ ∂yj ∂xγ
et donc
∂ Ỹ i
X̃ j (x)( )x
∂yj
∂Y β ∂y i ∂ 2 yi
= X α (x)( )x ( )x + ( )x X α (x)Y β (x)
∂xα ∂xβ ∂xα ∂xβ
2 i
Par symétrie en X et Y , et puisque les ( ∂x∂α ∂x
y
β
)x sont symétriques en α et β, on
en déduit que
∂ Ỹ i ∂ X̃ i
X̃ j (x)( )x − Ỹ j (x)( )x
∂yj ∂yj
∂Y β ∂y i ∂ 2 yi
= X α (x)( )x ( )x + ( )x X α (x)Y β (x)
∂xα ∂xβ ∂xα ∂xβ
∂X β ∂y i ∂ 2 yi
− Y α (x)( )x ( )x − ( )x Y α (x)X β (x)
∂xα ∂xβ ∂xα ∂xβ
∂Y β ∂X β ∂y i
 
α α
= X (x)( )x − Y (x)( )x ( )x
∂xα ∂xα ∂xβ
178 9. L’ESPACE TANGENT

Par suite
!
j ∂ Ỹ i j ∂ X̃ i ∂
X̃ (x)( )x − Ỹ (x)( )x ( )x
∂yj ∂yj ∂yi
∂Y β ∂X β ∂y i ∂xγ
  
α α ∂
= X (x)( )x − Y (x)( )x ( )x ( )x ( )x
∂xα ∂xα ∂xβ ∂yi ∂xγ
∂Y β ∂X β
 

= X α (x)( )x − Y α (x)( )x ( )x
∂xα ∂xα ∂xβ
puisque
∂y i ∂xγ ∂xγ
( )x ( )x = ( )x = δβγ .
∂xβ ∂yi ∂xβ
D’où la proposition. □

Le calcul ci-dessus s’évite, et la preuve se simplifie, en remarquant que pour


toute fonction f : M → R de classe C 2 , et tout x ∈ M ,
 
[X, Y ](x).(f ) = X(x). Y (f ) − Y (x). X(f ) ,
où X(f ) et Y (f) désignent les fonctions de M dans R qui sont définies par les
équations X(f ) (x) = X(x).(f ) et Y (f ) (x) = Y (x).(f ) pour tout x ∈ M .

6. L’espace tangent d’une sous variété


Soient M une variété de dimension n, N une sous variété de M de dimension
q, et i : N → M l’injection canonique définie par i(x) = x. On vérifie facilement
que pour tout x de N , i⋆ (x) réalise un isomorphisme de Tx (N ) sur un sous espace
vectoriel de dimension q de Tx (M ). Pour le voir, on sait que i est un plongement,
et on utilise le fait que
 
Rg i x = Rg i⋆ (x) .
Donc i⋆ (x) est une application linéaire  injective. Elle devient un isomorphisme de
Tx (N ) sur son image i⋆ (x). Tx (N ) . Par suite, Tx (N ) s’assimile  canoniquement à
un sous espace vectoriel de Tx (M ), à savoir i⋆ (x). Tx (N ) . On vérifie facilement
que si (Ω, φ) est une carte de M en x adaptée à N , de coordonnées associées
(x1 , . . . , xn ), alors Tx (N ), après assimilation à un sous espace de Tx (M ), est le sous

espace de Tx (M ) de base les {( ∂x i
)x }i=1,...,q . On démontre ici le résultat suivant.

Théorème 9.4. Soient M , M ′ deux variétés, f : M → M ′ une application


de classe C ∞ , et y0 un point de f (M ). On suppose que ∀x ∈ f −1 (y0 ), Rg(f )x =
dimM ′ . Alors N = f −1 (y0 ) est une sous variété de M , et pour tout x de N ,
Tx (N ) = Kerf⋆ (x)
après assimilation de Tx (N ) à un sous espace de Tx (M ).
Démonstration. Soit i : N → M l’injection canonique. On veut montrer que
pour tout x de N ,

i⋆ (x). Tx (N ) = Kerf⋆ (x) .
Sachant que pour tout x de N , Rg f x = Rg f⋆ (x) = dimM ′ , on tire du théorème
 

du rang que
dimKerf⋆ (x) = dimM − dimM ′ .
6. L’ESPACE TANGENT D’UNE SOUS VARIÉTÉ 179

Par ailleurs, on sait que dimN = dimM − dimM ′ , et donc


 
dim i⋆ (x). Tx (N ) = dimKerf⋆ (x)
pour tout x de N . Reste donc à montrer que pour tout x ∈ N ,

i⋆ (x). Tx (N ) ⊂ Kerf⋆ (x) .
Soit x un point de N . Pour tout X ∈ Tx (N ), et toute fonction h : M ′ → R
différentiable au point y0 = f (x), on a
  
f⋆ (x). i⋆ (x).X .(h) = X h ◦ f ◦ i .
Or, pour tout x̃ ∈ N , h ◦ f ◦ i(x̃) = h(y0 ) = Cte, et donc
 
f⋆ (x). i⋆ (x).X .(h) = 0
pour tout X ∈ Tx (N ) et toute fonction h : M ′ → R différentiable au point y0 . Il
s’ensuit que 
i⋆ (x). Tx (N ) ⊂ Kerf⋆ (x) .
D’où le résultat. □
CHAPITRE 10

Calcul tensoriel et connexions linéaires

La calcul trensoriel et la notion de dérivation covariante, attachée à la notion


de connexion linéaire, permettent de retrouver une chaine de dérivation pour les
dérivées d’ordre supérieur.

1. Le fibré cotangent
Soit M une variété de dimension n, x un point de M , et (Ω, φ) une carte de M
au point x de coordonnées associées (x1 , . . . , xn ). On note Tx (M )⋆ l’espace dual de
Tx (M ), à savoir
Tx (M )⋆ = L Tx (M ), R ,


et pour tout i = 1, . . . , n, on note dxix la forme de Tx (M )⋆ définie par: ∀j = 1, . . . , n,


∂ 
dxix . = δij ,
∂xj x
où δij = 1 si i = j, et δij = 0 sinon.

Proposition 10.1. La famille dxix i=1,...,n
est une base de Tx (M )⋆ .

Démonstration. On montre que la famille est libre. Si pour λi , i = 1, . . . , n,


des réels, λi dxix = 0, alors pour tout j = 1, . . . , n,
∂ 
λi dxix .

=0
∂xj x
et ainsi λj = 0 pour tout j. D’où le caractère libre de la famille. On montre
maintenant que la famille est génératrice. Pour cela, il suffit de vérifier que pour
tout η ∈ Tx (M )⋆ ,
n
X ∂
)x dxix

η= η (
i=1
∂xi
ce qui se fait facilement (le membre de gauche et le membre de droite sont deux

formes linéaires qui coı̈ncident sur la base des ( ∂x i
)x , donc partout). D’où la
proposition. □

On remarquera que pour tout i, dxix = dφi (x) où dφi (x) est la différentielle de
φ au point x. D’après cette proposition, tout η ∈ Tx (M )⋆ s’écrit η = ηi dxix . Les
i

ηi sont appelés composantes de η dans la carte (Ω, φ). On notera la “symétrie” des
formules ci-dessous avec celles correspondantes pour les vecteurs.
Théorème 10.1 (Changement de carte). Soient M une variété de dimension
n, x un point de M , et (Ω, φ), (Ω′ , ψ) deux cartes de M en x de coordonnées
181
182 10. CALCUL TENSORIEL ET CONNEXIONS LINÉAIRES

associées (x1 , . . . , xn ) et (y1 , . . . , yn ). Alors pour tout i = 1, . . . , n,


∂y i  ∂xi 
dyxi = dxjx et dxix = dy j .
∂xj x ∂yj x x
En particulier, si η a pour composantes (η1 , . . . , ηn ) dans la carte (Ω, φ), et (η̃1 , . . . , η̃n )
dans la carte (Ω′ , ψ), alors
∂y j  ∂xj 
ηi = η̃ j et η̃i = ηj
∂xi x ∂yi x
pour tout i = 1, . . . , n.
Démonstration. On sait que pour tout i = 1, . . . , n,
∂  ∂xj  ∂ 
x
= x
,
∂yi ∂yi ∂xj x
tandis que d’après ce qui a été dit un peu plus tôt,
n
X ∂ 
dxix = dxix . dy j .
j=1
∂yj x x

De la première de ces relations, on tire que


∂  ∂xk  ∂ 
dxix . x
= x
dxix .
∂yj ∂yj ∂xk x
i
∂x
= .
∂yj x
Par suite, et pour tout i = 1, . . . , n,
∂xi 
dxix = dy j .
∂yj x x
Par symétrie, il s’ensuit que pour tout i = 1, . . . , n,
∂y i 
dyxi = dxj ,
∂xj x x
et la première partie du théorème est démontrée. Pour ce qui est de la seconde,
soit η ∈ Tx (M )⋆ de composantes (η1 , . . . , ηn ) dans la carte (Ω, φ), et (η̃1 , . . . , η̃n )
dans la carte (Ω′ , ψ). On écrit que
η = ηi dxix
∂xi 
= ηi dy j
∂yj x x
= η̃j dyxj
de sorte que pour tout j = 1, . . . , n,
∂xi 
η̃j = ηi ,
∂yj x
ce qui constitue une des relations qu’il nous fallait démontrer. Par symétrie, on
obtient l’autre relation. D’où le théorème. □
1. LE FIBRÉ COTANGENT 183

On définit maintenant le fibré cotangent T ⋆ (M ) de M . Par définition, il s’agit


de la réunion (disjointe) des Tx (M )⋆ , x ∈ M . On écrit que
[
T ⋆ (M ) = Tx (M )⋆ .
x∈M

Si A désigne l’atlas saturé de M , à toute carte (Ω, φ) de A on associe l’application


[
Φ: Tx (M )⋆ −→ φ(Ω) × Rn
x∈Ω

qui à η ∈ Tx (M ) , x ∈ Ω, associe

Φ(η) = x1 , . . . , xn , η1 , . . . , ηn ,
où les xi sont les coordonnées de x dans (Ω, φ), et les ηi sont les composantes
de η dans (Ω, φ). En procédant comme dans le cas du fibré tangent, on montre
facilement:
(1) qu’il existe une et une seule topologie
[ sur T ⋆ (M ) pour laquelle:
(i) pour tout ouvert Ω de M , Tx (M )⋆ est un ouvert de T ⋆ (M ),
x∈Ω

[ (Ω, φ) de A, l’application Φ construite ci-dessus est


(ii) pour toute carte
un homéomorphisme de Tx (M )⋆ sur φ(Ω) × Rn ,
x∈Ω

(2) que si T (M ) est muni de cette topologie, l’ensemble des
[ 
Tx (M )⋆ , Φ
(Ω,φ)∈A
x∈Ω

est un atlas de classe C ∞ sur T ⋆ (M ) (formules de changement de cartes).


D’où le résultat suivant.
Théorème 10.2. Soit M une variété de dimension n. Son fibré cotangent
T ⋆ (M ) possède une structure naturelle de variété de dimension 2n, donnée par les
cartes construites ci-dessus.
C’est désormais à cette structure que nous ferons référence. On note Π :
T ⋆ (M ) → M la projection canonique qui à η ∈ Tx (M )⋆ associe Π(η) = x. Comme
dans le cas du fibré tangent il s’agit d’une submersion.
Les applications Φ du fibré tangent comme du fibré cotangent sont construites
sur le même modèle:
Φ(objet)
= (coordonnées de x, composantes de l’objet) ,
i.e. (coordonnées de x, composantes de X) pour le fibré tangent et, pour ce qui est
du fibré cotangent, (coordonnées de x, composantes de η).
Etant donnée M une variété, on appelle 1-forme sur M toute application η :
M → T ⋆ (M ) qui vérifie Π ◦ η = IdM , i.e qui est telle que pour tout x ∈ M ,
η(x) ∈ Tx (M )⋆ . On dira alors que η est de classe C k si elle est de classe C k en
tant qu’application de la variété M dans la variété T ⋆ (M ). Si maintenant (Ω, φ)
est une carte de M de coordonnées associées (x1 , . . . , xn ), et si η est une 1-forme
184 10. CALCUL TENSORIEL ET CONNEXIONS LINÉAIRES

sur M , on appelle fonctions composantes (ou tout simplement composantes) de η


dans (Ω, φ) les fonctions ηi : Ω → R définies en tout point x de Ω par la relation
η(x) = ηi (x)dxix .


Par suite, et pour tout i et tout x dans Ω, ηi (x) = η(x). ∂xi x .

Proposition 10.2. Une 1-forme η est de classe C k sur l’ouvert Ω d’une carte
(Ω, φ) de M si et seulement si ses fonctions composantes dans (Ω, φ) sont de classe
C k sur Ω.
La démonstration de cette proposition est immédiate en raison de la structure
placée sur T ⋆ (M ).

2. Eléments de calcul tensoriel


Soient E un R-espace vectoriel de dimension finie, et E ⋆ son espace dual, i.e

E = L(E, R). Si (e1 , . . . , en ) est une base de E, on définit pour tout i = 1, . . . , n
l’élément ei⋆ de E ⋆ par: ∀j = 1, . . . , n,
ei⋆ (ej ) = δji .
Alors (e1⋆ , . . . , en⋆ ) est une base de E ⋆ , appelée base duale de la base (e1 , . . . , en ).
La preuve de cette assertion est ici identique à celle que nous avons effectuée pour
montrer que les dxix formaient une base de Tx (M )⋆ .
Proposition 10.3. L’application φ de E dans E ⋆⋆ = L(E ⋆ , R) définie par:
∀u ∈ E, ∀θ ∈ E ⋆ ,
φ(u).(θ) = θ(u)
est un isomorphisme de E sur E . En particulier, l’espace vectoriel E ⋆⋆ s’assimile
⋆⋆

naturellement à E.
Démonstration. Il est clair que φ est linéaire. Comme par ailleurs dimE =
dimE ⋆⋆ , il nous suffit de montrer que φ est injective. Soit (e1 , . . . , en ) une base de
E. Si pour deux vecteurs u et v de E, φ(u) = φ(v), alors en particulier, pour tout
i,
ei⋆ (u) = ei⋆ (v) .
Or, on le constate facilement, les ei⋆ (u) et ei⋆ (v) sont les coordonnées de u et v
dans (e1 , . . . , en ). Il s’ensuit que si φ(u) = φ(v), alors u = v. D’où le résultat. □
Concrètement, l’assimilation de E ⋆⋆ avec E consiste à regarder un vecteur u
de E comme l’élément de E ⋆⋆ défini par: u(η) = η(u) pour tout η ∈ E ⋆ .
Définition 10.1 (Produit tensoriel 1). Soient (Ei )i=1,...,N N R-espaces vec-
toriels de dimensions finies, et soient θi ∈ Ei⋆ , i = 1, . . . , N , N formes linéaires.
Alors θ1 ⊗· · ·⊗θN est la forme N -linéaire sur E1 ×· · ·×EN définie par: ∀(u1 , . . . , uN ) ∈
E1 × · · · × EN ,
N
Y

θ1 ⊗ · · · ⊗ θN .(u1 , . . . , uN ) = θi (ui ) .
i=1
Ici, θ1 ⊗ θ2 se lit θ1 “tensoriel” θ2 .
Etant donnés des entiers p et q, on appelle variance de type (p, q) tout (p + q)-
uplet v composé de p symboles ⋆ et q symboles −. La longueur de la variance est
alors l’entier |v| = p + q. Par exemple v = (⋆ ⋆ −⋆) est une variance de type (3, 1),
tandis que v = (− ⋆ ⋆ − ⋆ ⋆ −) est une variance de type (4, 3).
2. ELÉMENTS DE CALCUL TENSORIEL 185

Définition 10.2 (Définition des tenseurs). Soit E un R-espace vectoriel de


dimension finie. Un tenseur sur E de variance v = (− ⋆ − ⋆ ⋆ − ⋆ . . . ) est une forme
|v|-linéaire sur
E⋆ × E × E⋆ × E × E × E⋆ × E × . . .
(Les − deviennent des ⋆, les ⋆ deviennent des −). Si v est de type (p, q), un tel
tenseur est dit p-fois covariant, q-fois contravariant, et ordonné suivant la variance
(v)
v. L’espace de ces tenseurs est noté ⊗ (E). Par convention, cet espace vaut R si
la variance v est vide.
A titre d’exemples: (1) Une forme linéaire sur E est un tenseur 1-fois covariant
et 0-fois contravariant, i.e de variance v = (⋆).
(2) Un vecteur sur E (via l’assimilation de E à E ⋆⋆ ) est un tenseur 1-fois
contravariant et 0-fois covariant, i.e de variance v = (−).
Définition 10.3 (Produit tensoriel 2). Si T et T̃ sont deux tenseurs sur E de
variances respectives v = (− ⋆ − ⋆ ⋆ − ⋆ . . . ) et ṽ = (⋆ − ⋆ − ⋆ . . . ), alors T ⊗ T̃ (lire
T “tensoriel T̃ ) est le tenseur sur E de variance
vṽ = (− ⋆ − ⋆ ⋆ − ⋆ · · · ⋆ − ⋆ − ⋆ . . . )
défini par: pour tout X ∈ E ⋆ × E ×  E ⋆ × E × E × E ⋆ × E × . . . et tout Y ∈
E × E ⋆ × E × E ⋆ × E × . . . , T ⊗ T̃ .(X, Y ) = T (X)T̃ (Y ).
On vérifie facilement ici que le produit tensoriel ⊗ est: (1) associatif: T1 ⊗(T2 ⊗
T3 ) = (T1 ⊗ T2 ) ⊗ T3 , (2) distributif (sur +): T1 ⊗ (T2 + T3 ) = T1 ⊗ T2 + T1 ⊗ T3 ,
où dans (2), T2 et T3 sont deux tenseurs de même variance.
Théorème 10.3. Soit (e1 , . . . , en ) une base de E, et soit v = (− ⋆ − ⋆ ⋆ . . . )
(v)
une variance. Alors ⊗ (E) admet pour base les
ei ⊗ ej⋆ ⊗ ek ⊗ el⋆ ⊗ em⋆ ⊗ . . .
pour i, j, k, l, m, · · · = 1, . . . , n, où E est assimilé à E ⋆⋆ de sorte que pour tout
i = 1, . . . , n et tout θ ∈ E ⋆ , ei (θ) = θ(ei ). Les coordonnées T i j k lm . . . d’un tenseur
(v)
T ∈ ⊗ (E) dans cette base sont appelées composantes de T dans (e1 , . . . , en ).
Démonstration. Supposons pour simplifier que v = (−⋆−). On veut montrer
(v)
que les (ei ⊗ ej⋆ ⊗ ek )i,j,k=1,...,n forment une base de ⊗ (E). On commence par
montrer que cette famille est libre. Si pour des réels λi j k ,
λi j k ei ⊗ ej⋆ ⊗ ek = 0
alors pour tout i0 , tout j0 , et tout k0 ,
 
λi j k ei ⊗ ej⋆ ⊗ ek . ei0 ⋆ , ej0 , ek0 ⋆ = 0 .


Or  
λi j k ei ⊗ ej⋆ ⊗ ek . ei0 ⋆ , ej0 , ek0 ⋆ = λi0 j0 k0 .


D’où le caractère libre de la famille. On montre maintenant que la famille est


(v)
génératrice. Soit donc T un tenseur de ⊗ (E). On pose
T i j k = T ei⋆ , ej , ek⋆ .

186 10. CALCUL TENSORIEL ET CONNEXIONS LINÉAIRES

Alors pour tout θ = θi ei⋆ ∈ E ⋆ , tout u = ui ei ∈ E, et tout θ̃ = θ̃i ei⋆ ∈ E ⋆ ,


T θ, u, θ̃ = θi uj θ̃k T ei⋆ , ej , ek⋆
 

= T i j k θi uj θ̃k
= T i j k ei ⊗ ej⋆ ⊗ ek .(θ, u, θ̃) .


D’où le théorème. □
La proposition suivante a lieu. Sa preuve est immédiate.
Proposition 10.4. Soit (e1 , . . . , en ) une base de E et soient T et T̃ deux
tenseurs sur E. Alors les composantes de T ⊗ T̃ dans (e1 , . . . , en ) sont le produit
des composantes de T dans (e1 , . . . , en ) et des composantes de T̃ dans (e1 , . . . , en ).
A titre d’exemple, si T = T i j k ei ⊗ ej⋆ ⊗ ek et T̃ = T̃ l m el ⊗ em⋆ , alors
T ⊗ T̃ = T i j k T̃ l m ei ⊗ el⋆ ⊗ ek ⊗ el ⊗ em⋆ .
On énonce maintenant quelques conventions importantes.
Convention 1: Une variance est dite ordonnée si elle est du type (⋆ · · · ⋆
− · · · −), i.e si les symboles ⋆ sont placés en tête de la variance, et les symboles −
en queue de la variance. Par tenseur p-fois covariant et q-fois contravariant (sans
précision de variance) on entend un tenseur dont la variance est ordonnée.
Convention 2: Dans l’écriture des composantes d’un tenseur dans une base,
et afin de pouvoir appliquer la convention d’Einstein, on place toujours les indices
de covariance en bas et les indices de contravariance en haut.
Les indices de covariance sont les indices des formes (i.e. les ηi ) tandis que les
indices contravariants sont les indices des vecteurs (i.e. les X i ).
Dans une expression du type T i j k lm , les indices i, k sont les indices de covari-
ance tandis que les indices j, l, m sont les indices de contravariance. Le tenseur
T qui a les T i j k lm comme composantes est un tenseur 2-fois covariant et 3-fois
contravariant, et ordonné suivant la variance v = (⋆ − ⋆ − −).
Théorème 10.4 (Changement de base). Soient (e1 , . . . , en ) et (ẽ1 , . . . , ẽn ) deux
bases de E. On note (aji ) et (bij ) les matrices de passage définies pour tout i =
1, . . . , n par
ei = aji ẽj et ei⋆ = bij ẽj⋆ .
(Pour tous i, j = 1, . . . , n, aki bjk = δij de sorte que l’une est l’inverse de l’autre).
(v)
Soit v = (− ⋆ − ⋆ ⋆ . . . ) une variance, soit T ∈ ⊗ (E), et soient
T i j k lm . . . et T̃ i j k lm . . .
les composantes de T dans (e1 , . . . , en ) et (ẽ1 , . . . , ẽn ). Alors
T̃ i j k lm · · · = T α β γ δ ϵ . . . aiα bβj akγ bδl bϵm . . . (⋆)
pour tous i, j, k, l, m, . . . .
Démonstration. Supposons pour simplifier que v = (− ⋆ −). Par définition,
T̃ i j k = T ẽi⋆ , ẽj , ẽk⋆ .


Or
ẽi⋆ = aiα eα⋆ , ẽj = bβj eβ , ẽk⋆ = akγ eγ⋆ .
2. ELÉMENTS DE CALCUL TENSORIEL 187

Par suite,
T̃ i j k = aiα bβj akγ T eα⋆ , eβ , eγ⋆ = T α β γ aiα bβj akγ .


D’où le résultat. □
La formule (⋆) fut pendant longtemps utilisée comme définition des tenseurs.
Par tenseur on entendait un objet géométrique dont on ne précise pas la nature
concrète, mais qui possède par rapport à toute base de E des composantes qui
sont assujetties à varier par changement de base selon la formule (⋆). On retrouve
facilement la formule (⋆) en remarquant que les indices covariants changent comme
ceux des formes, tandis que les indices contravariants changent comme ceux des
vecteurs. Pour un vecteur on a en effet que X̃ i = aiα X α , tandis que pour une
forme, η̃i = bα
i ηα . Reste alors à “recoller” |v|-fois ces relations pour obtenir (⋆).
On termine ces éléments de calcul tensoriel par la définition de la contraction.
On veut ici donner du sens à des expressions du type T i α j Rk l α , sommées en α part
convention d’Einstein, qui proviennent d’un tenseur plus général T i α j Rk l β mais où
le 1er indice contravariant (le α) et le 4ème indice covariant (le β) sont égalisés puis
sommés.
Définition 10.4 (Définition de la contraction). Soit T un tenseur sur E p-fois
covariant, q-fois contravariant, et ordonné suivant une variance v. Pour 1 ≤ k1 ≤ p
et 1 ≤ k2 ≤ q deux entiers, on appelle contraction de T d’ordre (k1 , k2 ), et on note
Ckk12 T , le tenseur sur E défini par
(1) Ckk12 T est (p − 1)-fois covariant et (q − 1)-fois contravariant de variance v
où l’on a supprimé le k1 ième symbole ⋆ et le k2 ième symbole −,
(2) Dans une base de E, les composantes de Ckk12 T sont les composantes de T
où le k1 ième indice covariant et le k2 ième indice contravariant sont égalisés puis
sommés.
A titre d’exemple: si T = T i j k m ei ⊗ ej⋆ ⊗ ek ⊗ em⋆ , alors
C12 T = T i α α m ei ⊗ em⋆ .
On montre sans difficulté à partir du théorème de changement de base que cette
définition ne dépend pas du choix de la base.
Démonstration. Pour simplifier traitons du cas v = (− ⋆ −⋆) de l’exemple
ci-dessus. Avec les notations du théorème de changement de base, la formule (⋆)
s’écrit ici
T̃ i j k l = T α β γ δ aiα bβj akγ bδl . (⋆)
Par suite,
T̃ i ε ε l = T α β γ δ aiα bβε aεγ bδl .
Or les matrices (aji ) et (bji ) sont l’inverse l’une de l’autre. Donc
aεγ bβε = δγβ ,
et on trouve ainsi que
T̃ i ε ε l = T α β β δ aiα bδl .
Donc
T̃ i ε ε l ẽi ⊗ ẽl⋆ = T α β β δ aiα bδl ẽi ⊗ ẽl⋆
= T α β β δ eα ⊗ eδ⋆
188 10. CALCUL TENSORIEL ET CONNEXIONS LINÉAIRES

car eα = aiα ẽi et eδ⋆ = bδl ẽl⋆ . D’où le résultat. □

3. Le fibré vectoriel des tenseurs


Soient M une variété de dimension n, x un point de M , et v une variance. Si
(v) 
T ∈ ⊗ Tx (M ) , et si (Ω, φ) désigne une carte de M en x de coordonnées associées
(x1 , . . . , xn ), on appelle composantes de T dans (Ω, φ) les composantes de T dans
∂ ∂
). Si maintenant (Ω, φ) et (Ω′ , ψ) sont deux

la base ( ∂x i
)x , . . . , ( )
∂xn x de Tx (M
cartes de M en x de coordonnées associées respectives (x1 , . . . , xn ) et (y1 , . . . , yn ),
si par exemple v = (− ⋆ − ⋆ . . . ), et si T i j k l . . . et T̃ i j k l . . . sont les composantes de
T dans (Ω, φ) et (Ω′ , ψ), alors en raison de ce qui a été dit au paragraphe précédent,
∂y i ∂xβ ∂y k ∂xδ
T̃ i j k l · · · = T α β γ δ . . . ( )x ( )x ( )x ( )x . . . (10.1)
∂xα ∂yj ∂xγ ∂yl
Il suffit ici de se souvenir que pour X ∈ Tx (M ) et η ∈ Tx (M )⋆ ,
∂y i ∂xα
)x X α et η̃i = (
X̃ i = ( )x ηα .
∂xα ∂yi
En particulier, sachant que pour toute base (e1 , . . . , en ) de Tx (M ) il existe une

carte (Ω, φ) de M au point x telle que pour tout i, ( ∂x i
)x = ei , la relation (10.1)
(v)
caractérise les tenseurs de Tx (M ). On note maintenant ⊗ (M ) la réunion (disjointe)
(v) 
des ⊗ Tx (M ) . On écrit
(v) [ (v) 
⊗ (M ) = ⊗ Tx (M ) .
x∈M

Si v = (−), on retrouve le fibré tangent. Si v = (⋆), on retrouve le fibré cotangent.


Soit A l’atlas saturé de M . A toute carte (Ω, φ) de A on associe l’application
[ (v) |v|
⊗ Tx (M ) −→ φ(Ω) × Rn

Φ:
x∈Ω
(v) 
qui à T ∈ ⊗ Tx (M ) , x ∈ Ω, fait correspondre les coordonnées de x dans (Ω, φ),
suivies des composantes de T dans (Ω, φ). En procédant comme dans le cas des
fibrés tangents et cotangents, on vérifie facilement que:
(v)
(1) il existe une et une seule topologie sur ⊗ (M ) pour laquelle:
S (v)  (v)
(1a) pour tout ouvert Ω de M , x∈Ω ⊗ Tx (M ) est un ouvert de ⊗ (M ),
(1b) pour toute carte (Ω, φ) de A, l’application Φ construite ci-dessus est
un homéomorphisme,
(v)
(2) si ⊗ (M ) est muni de cette topologie, l’ensemble des
[ (v)  
⊗ Tx (M ) , Φ (Ω,φ)∈A
x∈Ω
(v)
est un atlas de classe C ∞ sur ⊗ (M ).
D’où le résultat suivant.
4. CONNEXIONS LINÉAIRES 189

Théorème 10.5. Soient M un variété de dimension n, et v une variance. Le


(v)
fibré ⊗ (M ) possède une structure naturelle de variété de dimension n 1 + n|v|−1 .


Cette structure est déterminée par l’atlas construit ci-dessus.


On note
(v)
Π : ⊗ (M ) −→ M
(v) 
la projection canonique qui à T ∈ ⊗ Tx (M ) associe Π(T ) = x. On vérifie facile-
ment que Π est une submersion.
Là encore, on le constate facilement, l’application Φ des cartes du fibré des
tenseurs est construite sur le modèle
Φ(objet) = (coordonnées de x, composantes de l’objet) ,
i.e. (coordonnées de x, composantes de X) pour le fibré tangent, ensuite on a vu
(coordonnées de x, composantes de η) pour le fibré cotangent et, pour finir, on vient
de voir (coordonnées de x, composantes de T ) pour le fibré des tenseurs.
Etant données M une variété et v une variance, on appelle champ de v-tenseurs
sur M toute application
(v)
T : M −→ ⊗ (M )
qui vérifie la propriété que Π ◦ T = IdM , i.e qui est telle que pour tout x ∈ M ,
(v) 
T (x) ∈ ⊗ Tx (M ) . On dira alors que T est de classe C k s’il est de classe C k en
(v)
tant qu’application de la variété M dans la variété ⊗ (M ). On vérifie là encore
facilement que la proposition suivante a lieu.
Proposition 10.5. Un champ de v-tenseurs sur M est de classe C k sur
l’ouvert Ω d’une carte (Ω, φ) de M si et seulement si les fonctions composantes
de T dans (Ω, φ) sont de classe C k sur Ω.

4. Connexions linéaires
On aborde la notion de connexion linéaire qui est à la base de la dérivation
tensorielle.
Définition 10.5. Soit M une variété. On note Γ(M ) l’espace des champs
de vecteurs différentiables sur M . Une connexion sur M est une application D :
T (M ) × Γ(M ) −→ T (M ) qui vérifie:
(1) ∀x ∈ M , si X ∈ Tx (M ) et Y ∈ Γ(M ), D(X, Y ) ∈ Tx (M ),
(2) ∀x ∈ M , D réstreinte à Tx (M ) × Γ(M ) est bilinéaire,
(3) ∀x ∈ M , ∀X ∈ Tx (M ), ∀Y ∈ Γ(M ), si f : M → R est différentiable, alors
D(X, f Y ) = X(f )Y (x) + f (x)D(X, Y ),
(4) ∀X, Y ∈ Γ(M ), ∀k ∈ N, si X et Y sont respectivement de classe C k et
k+1
C sur M , alors D(X, Y ) est de classe C k sur M , où D(X, Y ) est le champ
x → D(X(x), Y ).
Etant donnée D une connexion sur M , on note le plus souvent DX Y au lieu de
D(X, Y ). Par définition, DX Y s’appelle la dérivée covariante de Y par rapport à
X.
190 10. CALCUL TENSORIEL ET CONNEXIONS LINÉAIRES

Soient D une connexion sur M , et (Ω, φ) une carte de M de coordonnées


associées (x1 , . . . , xn ). Pour tout i = 1, . . . , n, on note
∇i = D( ∂
) ,
∂xi

de sorte que pour tout x ∈ Ω, et tout X ∈ Γ(M ),



∇i X (x) = D( ∂ )x X .
∂xi


Pour tous i, j = 1, . . . , n, ∇i ( ∂x j
), défini en tout point x de Ω par
∂ ∂
∇i ( )(x) = D( ∂ )x ( ),
∂xj ∂xi ∂xj
est alors un C ∞ -champ de vecteurs sur Ω. On note
Γkij : Ω −→ R
ses fonctions coordonnées dans (Ω, φ). Elles sont de classe C ∞ et définies par le
fait que pour tout x ∈ Ω, et tous i, j = 1, . . . , n,
∂ ∂
∇i ( )(x) = Γkij (x)( )x .
∂xj ∂xk
Par définition, les Γkij sont les symboles de Christoffel de la connexion D dans la
carte (Ω, φ).
Théorème 10.6. Les symboles de Christoffel d’une connexion D dans une carte
(Ω, φ) de coordonnées associées (x1 , . . . , xn ), définissent (caractérisent) l’expression
locale de la connexion dans la carte en ce sens que pour tout x ∈ Ω, tout X =
∂ ∂
X i ( ∂x i
)x ∈ Tx (M ), et tout Y = Y i ( ∂x i
) ∈ Γ(M ),
DX Y = X i (∇i Y )(x) ,
où
∂Y j
(∇i Y )(x)j = ( )x + Γjiα (x)Y α (x)
∂xi
pour tout i = 1, . . . , n, et tout j = 1, . . . , n.
Démonstration. Avec le point (2) de la définition d’une connexion,
DX Y = X i (∇i Y )(x) .
Toujours d’après (2),
n
X ∂ 
(∇i Y )(x) = D( ∂ Y j( ) .
∂xi )x ∂xj
j=1

Or, d’après (3),


∂  ∂ ∂ ∂
D( ∂ Y j( ) =( )x .(Y j )( )x + Y j (x)D( ∂ )x ( )
∂xi )x ∂xj ∂xi ∂xj ∂xi ∂xj
∂Y j ∂ ∂
=( )x ( )x + Y j (x)Γkij (x)( )x .
∂xi ∂xj ∂xk
D’où la relation
∂Y j
(∇i Y )(x)j = ( )x + Γjiα (x)Y α (x)
∂xi
et le résultat. □
5. GÉODÉSIQUES, TORSION ET COURBURE 191

Le changement de base pour les symboles de Christoffel sont donnés par le


théorème suivant. Le résultat s’obtient facilement par calcul direct à partir des
∂ ∂
relations qui expriment les ( ∂x i
) en fonction des ( ∂y i
) (et réciproquement). On
donne le théorème sans preuve.
Théorème 10.7. Soient M une variété et D une connexion sur M . Etant
données (Ω, φ) et (Ω, ψ) deux cartes de M de coordonnées associées (x1 , . . . , xn )
et (y1 , . . . , yn ), on note Γkij et Γ̃kij les symboles de Christoffel de D dans (Ω, φ) et
(Ω, ψ). Alors pour tout x ∈ Ω, et tous i, j, k,
∂ 2 xα ∂y k ∂xα ∂xβ ∂y k
Γ̃kij (x) = ( )x ( )x + Γγαβ (x)( )x ( )x ( )x ,
∂yi ∂yj ∂xα ∂yi ∂yj ∂xγ
où
∂ 2 xα
( 2
)x = Dij (φα ◦ ψ −1 )ψ(x) .
∂yi ∂yj
En particulier, les symboles de Christoffel ne sont pas les composantes d’un champ
de tenseurs sur M .
Les symboles de Christoffel ne sont pas les composantes d’un champ de tenseurs
sur M car ils ne vérifient pas une formule de type (10.1).

5. Géodésiques, torsion et courbure


Les géodésiques sont aux espaces courbes ce que les droites sont à l’espace
euclidien.
Définition 10.6. Soit M une variété, soit D une connexion sur M et soit
C : [0, η] → M un chemin de classe C ∞ . Etant  donné t0 ∈ [0, η], et (Ω, φ) une
carte de M en C(t0 ), on note C k (t) = φk C(t) les composantes de C dans la carte
(elles sont définies au moins pour t proche de t0 ). On dit que C est une géodésique
sur M si dans toute carte (Ω, φ) de M ,
d2 C k  dC i dC j
2
(t) + Γkij C(t) (t) (t) = 0
dt dt dt
pour tout k et en tout point t tel que C(t) ∈ Ω, où les Γkij désignent les symboles de
Christoffel de la connexion dans la carte. La définition est intrinsèque au sens où
elle ne dépend pas du choix de la carte.
Etant donnés x ∈ M et X ∈ Tx (M ), on montre qu’il existe C : [0, η] → M une
unique géodésique qui vérifie C(0) = x et ( dC dC
dt )0 = X, où ( dt )t=0 est le vecteur de
dC ′
Tx (M ) défini par ( dt )0 .(f ) = (f ◦ C) (0).
Définition 10.7. Soient M une variété et D une connexion sur M . La torsion
T de D est le C ∞ -champ de tenseurs 2-fois covariants et 1-fois contravariants dont
les composantes dans une carte (Ω, φ) sont les
Tijk = Γkij − Γkji ,
où les Γkij sont les symbôles de Christoffel de D dans (Ω, φ).
On vérifie facilement que les Tijk sont bien les composantes du champ de tenseurs
à partir de la relation de changement des symbôles de Christoffel par changement
de carte. Une connexion est dite sans torsion, ou à torsion nulle, si T ≡ 0. Cela
revient à dire que dans toute carte (Ω, φ) de M , Γkij = Γkji pour tous i, j, k.
192 10. CALCUL TENSORIEL ET CONNEXIONS LINÉAIRES

Définition 10.8. Soient M une variété et D une connexion sur M . La cour-


bure R de D est le C ∞ -champ de tenseurs 3-fois covariants et 1-fois contravariants
dont les composantes dans une carte (Ω, φ) sont les

l ∂Γlki ∂Γlji
Rijk (x) = ( )x − ( )x + Γljα (x)Γα l α
ki (x) − Γkα (x)Γji (x) ,
∂xj ∂xk
où les Γkij sont les symbôles de Christoffel de D dans (Ω, φ).
l
Le calcul pour démontrer que les Rijk sont bien les composants d’un champ de
tenseurs est plus compliqué que pour la torsion. Il reste néanmoins faisable. On
pourra aussi interpréter torsion et courbure de façon intrinsèque pour quotienter
ces calculs.
l l
La courbure vérifie la symétrie première Rijk = −Rikj en tout point d’une
carte et pour tous i, j, k, l. Elle vérifie d’autres symétries plus avancées comme avec
les identités de Bianchi de la Section 8.

6. Extension de la dérivation covariante aux champs de tenseurs


On montre que la dérivation covariante s’étend naturellement des champs de
vecteurs aux champs de tenseurs.
Théorème 10.8. La dérivation covariante par rapport à un vecteur X de
Tx (M ) s’étend de façon unique des champs différentiables de vecteurs à la catégorie
plus générale des champs différentiables de tenseurs. L’opérateur DX est alors to-
talement caractérisé par les quatre propriétés suivantes:
(1) Si f : M → R est différentiable, DX (f ) = X(f ),
(2) DX conserve la variance,
(3) DX est un opérateur de dérivation pour le produit tensoriel,
(4) DX commute avec la contraction.
Le point (2) signifie que si T est un champ différentiable de tenseurs de variance
v, alors DX T est un tenseur de variance v sur Tx (M ). Le point (3) signifie que si
T et T̃ sont deux champs différentiables de tenseurs, alors
DX (T ⊗ T̃ ) = (DX T ) ⊗ T̃ (x) + T (x) ⊗ (DX T̃ ) .
Le point (4) signifie que si T est un champ différentiable de tenseurs p-fois covariants
et q-fois contravariants de variance v, alors pour tout 1 ≤ k1 ≤ p et tout 1 ≤ k2 ≤ q,
DX Ckk12 T = Ckk12 DX T .


Pour simplifier l’écriture de ce qui va suivre, on suppose que les variances sont
ordonnées. Soit (Ω, φ) une carte de M de coordonnées associées (x1 , . . . , xn ), et
soient Γkij les symboles de Christoffel de la connexion D dans (Ω, φ). Si X =

X i ( ∂x i
)x , x ∈ Ω, et si T est un champ différentiable de tenseurs p-fois covariantes
j ...j
et q-fois contravariants de composantes Ti11...ipq dans (Ω, φ), alors

DX T = X i ∇i T (x) ,

7. UNE CONNEXION POUR DÉRIVER AUTANT QU’ON LE VEUT 193


où ∇i T (x) est le tenseur p-fois covariant et q-fois contravariant de Tx (M ) dont
les composantes dans (Ω, φ) sont données par la relation
j ...j
 j ...j ∂Ti11...ipq 
∇i T (x)i11...ipq = x
∂xi
p
j ...j
X
− Γα 1 q
iik (x)Ti1 ...ik−1 αik+1 ...ip (x) (10.2)
k=1
q
j ...j αjk+1 ...jq
X
+ Γjiαk (x)Ti11...ipk−1 (x) .
k=1
Pour les champs de vecteurs X et les champs de 1-formes η on retrouve bien
évidemment les formules
∂X j
∇i X (x)j = ( )x + Γjiα (x)X α (x) ,

∂xi
∂ηj
)x − Γα

∇i η (x)j = ( ij (x)ηα (x) .
∂xi
Les symboles de Christoffel apparaissent avec le signe + pour les indices contravari-
ants, et avec le signe − pour les indices covariants.
Définition 10.9. Soient M une variété, et D une connexion sur M . Si T est
un C k -champ de tenseurs p-fois covariants et q-fois contravariants sur M , on note
∇T le C k−1 -champ de tenseurs (p + 1)-fois covariants et q-fois contravariants sur
M défini par: pour tout x ∈ M , tous X1 , . . . , Xp+1 ∈ Tx (M ), et tous η1 , . . . , ηq ∈
Tx (M )⋆ ,
 
∇T (x). X1 , . . . , Xp+1 , η1 , . . . , ηq
 
= DX1 T . X2 , . . . , Xp+1 , η1 , . . . , ηq .
Ses composantes dans une carte sont données par la formule
j1 ...jq j1 ...jq
∇T i ...i = ∇i1 T i ...i ,
1 p+1 2 p+1
j1 ...jq
où ∇i1 T i2 ...ip+1 est comme dans la formule vue plus haut.

Par extension, et par récurrence, pour tout m ∈ N, on pose ∇m T = ∇ ∇m−1 T ,
avec la convention que ∇0 T = T . On a ainsi établie une nouvelle chaine de
dérivation.

7. Une connexion pour dériver autant qu’on le veut


Les connexions permettent de développer une théorie des différentielles d’ordres
supérieures sans passer par les tangents des tangents des tangents. On suppose
dans ce qui suit que la connexion est sans torsion (ce qui est le cas pour la
connexion de Levi-Civita du cas riemannien). Les symboles de Christoffel Γkij
sont donc symétriques en i, j. On peut alors regarder la “dérivée” d’ordre n
d’une fonction f : M → R comme un tenseur n-fois covariant ∇n f parfaitement
défini. Pour l’interpréter comme une dérivée d’ordre n il faut juste admettre que la
dérivée d’ordre n au sens classique euclidien va ici être perturbée par des dérivées
d’ordres inférieurs. Et dans toute cette approche on garde la très précieuse hérédité
∇n = ∇(∇n−1 ).
194 10. CALCUL TENSORIEL ET CONNEXIONS LINÉAIRES

La “dérivée” première de f : M → R en un point a ∈ M va donc être morale-


ment la 1-forme (ou le tenseur 1-fois covariant) notée ∇f (a) et qui, dans une carte
locale en a, a pour composantes
∂f 
(∇f )(a)i =
∂xi a
pour tout i = 1, . . . , n. Ici, pas de perturbation par des termes d’ordres inférieurs.
La “dérivée” seconde se regarde alors moralement comme le tenseur deux fois co-
variant, noté ∇2 f (a), et aussi appelé hessien de f en a, dont les composantes dans
une carte sont les
∂2f  ∂f 
∇2 f (a)ij = − Γkij (a)

a
,
∂xi ∂xj ∂xk a
où les Γkij sont les symboles de Christoffel de la connexion dans la carte et
∂2f  2
f ◦ φ−1 φ(a)

= Dij
∂xi ∂xj a
dans la carte (Ω, φ). La formule est symétrique en i, j puisqu’on a supposé la con-
nexion sans torsion. Les “dérivées secondes” sont ici perturbées par des “dérivées
premières”. On y gagne plus qu’on y perd car ∇2 f (a) est un tenseur parfaitement
défini et on sait donc, en un certain sens, “attraper” un objet que l’on peut re-
garder comme la “dérivée” seconde de f en a. Si on continue à dériver on atteint
la “dérivée” troisième ∇3 f = ∇(∇2 f ). Avec la formule tensorielle
∂Tij 
− Γα α

∇k T ij
= ki (a)Tαj (a) − Γkj (a)Tiα (a)
∂xk a
valable pour ∇T lorsque T est un tenseur deux fois covariant (c’est la formule
(10.2) dans le contexte des champs de tenseurs deux fois covariants), appliquée à
T = ∇2 f , on obtient ∇3 f (a) dont les composantes dans une carte sont les
∂3f ∂2f  ∂Γα ij  ∂f 
(∇3 f )ijk = − Γα

a ij (a) a
− a
∂xi ∂xj ∂xk ∂xα ∂xk ∂xk ∂xα a
∂2f  β ∂f 
− Γα
ik (a) + Γαik (a)Γαj (a)
∂xα ∂xj a ∂xβ a
∂2f  β ∂f 
− Γα
jk (a) + Γαjk (a)Γiα (a)
∂xi ∂xα a ∂xβ a
∂3f  α ∂2f  α ∂2f 
= − Γ ij (a) − Γ ik (a)
∂xi ∂xj ∂xk a ∂xα ∂xk a ∂xα ∂xj a
2
∂ f  β ∂f 
− Γα
jk (a) a
− Sijk (a)
∂xi ∂xα ∂xβ a
où
∂3f 3
f ◦ φ−1 φ(a)
 
a
= Dijk
∂xi ∂xj ∂xk
β
dans la carte (Ω, φ) et où les Sijk sont donnés par

β ∂Γβij  β β
Sijk (a) = − Γα α
ik (a)Γαj (a) − Γjk (a)Γiα (a) .
∂xk a
9. LA CONNEXION DE LEVI-CIVITA DU CAS RIEMANNIEN 195

Les “dérivées” troisièmes sont donc perturbées par des “dérivées” secondes et
premières, ce qui peut être gênant, mais on gagne néamnoins que ∇3 f (a) est un
tenseur parfaitement défini que l’on peut regarder moralement comme la “dérivée”
troisième de f en a. Les perturbations en “dérivées” secondes sont invariantes
par permutations de {i, j, k}. Ce n’est par contre plus le cas des perturbations
m m m m
premières. On a bien la symétrie Sijk = Sikj pour tous i, j, k, m mais Sijk ̸= Skji .
En fait on constate avec la formule de la Définition 10.8 que
m m m
Sijk − Skji = Rjki
pour tous i, j, k, m. La courbure intervient donc dans le défaut de symétrie des
perturbations premières. Rien de bien surprenant en géométrie différentielle si l’on
pense aux relations établies par Bochner et de Rham.

8. Les identités de Bianchi


Les identités de Bianchi sont des identités qui sont toujours satisfaites par la
courbure. N’importe quoi ne peut donc pas être courbure d’une connexion. Il y a
des contraintes.
Théorème 10.9. Soient M une variété, D une connexion sur M , et (Ω, φ)
une carte de M . On suppose (pour simplifier) que D est sans torsion. Alors:
(1) Première identité de Bianchi: pour tout x ∈ Ω, et tous i, j, k, l,
X
l
Rijk (x) = 0 ,
cycle {i,j,k}

(2) Seconde identité de Bianchi: pour tout x ∈ Ω, et tous i, j, k, l, m,


X
∇i R (x)lmjk = 0 ,


cycle {i,j,k}
X
où aijk = aijk + akij + ajki .
cycle {i,j,k}

9. La connexion de Levi-Civita du cas riemannien


Les variétés riemanniennes sont une catégorie importante de variétés. Elles
sont munies de connexions naturelles dites de Levi-Civita.
Définition 10.10. Une métrique riemannienne sur une variété M est un C ∞ -
champ de tenseurs deux fois covariants sur M qui définit en tout point x de M
un produit scalaire sur Tx (M ). Une variété riemannienne est un couple (M, g)
constitué d’une variété M et d’une métrique riemannienne g sur M .
Puisque tout produit scalaire est symétrique, si les gij sont les composantes de
g dans une carte de M , alors gij = gji . On montre “assez facilement” que toute
variété paracompacte possède une métrique riemannienne. On peut procéder par
recollements de métriques “euclidiennes” à partir de l’existence de partitions de
l’unité.
On sait mesurer la longeur des courbes C 1 (par suite aussi des courbes C 1 par
morceaux) sur une variété riemannienne. Si γ : [a, b] → M un chemin de classe C 1 ,
196 10. CALCUL TENSORIEL ET CONNEXIONS LINÉAIRES

on note dγ

dt t le vecteur tangent de Tγ(t) (M ) défini par: ∀f : M → R différentiable

 ′
au point γ(t), dt t .(f ) = f ◦ γ (t).

Définition 10.11. Soient (M, g) une variété riemannienne et γ : [a, b] → M


un chemin de classe C 1 . La longueur de γ, notée L(γ), est définie par
Z 1 r
 dγ dγ 
L(γ) = g γ(t) . ( )t , ( )t dt .
0 dt dt

Lorsque γ est seulement supposé de classe C 1 par morceaux, sa longueur est la


somme des longueurs des chemins de classe C 1 dont il est composé.

Les géodésiques sont (en un sens à préciser) les chemins qui réalisent la longueur
entre deux points d’une variété (les chemins de longueurs minimales). On donne le
résultat suivant sans preuve (même si celle-ci n’est pas hors de portée).

Théorème 10.10. Soient (M, g) une variété riemannienne, et x, y deux points


de M . Si Cxy désigne l’ensemble des chemins C 1 par morceaux d’extrémités x et
y, on pose
d(x, y) = inf L(γ) .
γ∈Cxy

Alors d : M ×M → R définit une distance sur M dont la topologie associée coı̈ncide


avec la topologie initiale de M .

Par suite, et puisque tout espace métrique est paracompact (théorème de


Stone), on obtient qu’une variété possède une métrique riemannienne si et seule-
ment si elle est paracompacte. On montre maintenant que toute variété riemanni-
enne possède une connexion naturelle privilégiée. Cette connexion est appelée la
connexion de Levi-Civita de g.

Théorème 10.11. Soit (M, g) une variété riemannienne. Il existe une unique
connexion sur M qui est sans torsion et pour laquelle la métrique g est à dérivée
covariante nulle. C’est par définition la connexion de Levi-Civita de g. Etant
donnés (Ω, φ) une carte de M de coordonnées associées (x1 , . . . , xn ), les symboles
de Christoffel de la connexion de Levi-Civita dans cette carte sont donnés par la
relation
1  ∂gmj ∂gmi ∂gij  mk
Γkij = + − g ,
2 ∂xi ∂xj ∂xm
où les gij et g ij désignent respectivement les composantes de g dans (Ω, φ), et les
composantes de la matrice inverse des gij (i.e g im gmj = δji pour tous i et j).

Démonstration. On montre tout d’abord l’unicité de la connexion, puis en-


suite son existence. Par définition,
∂gij
− Γm m

∇k g ij
= ki gmj − Γkj gim .
∂xk
On écrit que pour tous i, j, et k,
  
∇i g jk + ∇j g ik − ∇k g ij = 0 (10.3)
9. LA CONNEXION DE LEVI-CIVITA DU CAS RIEMANNIEN 197

Sachant que
∂gjk
− Γm m

∇i g jk
= ij gmk − Γik gjm
∂xi
∂gik
− Γm m

∇j g ik = jk gim − Γji gmk
∂xj
∂gij
− Γm m

∇k g ij = ki gmj − Γkj gim ,
∂xk
et sachant que la connexion est sans torsion, et donc que Γkij = Γkji pour tous i, j,
et k, on obtient à partir de (10.3) que
∂gjk ∂gik ∂gij
+ − = 2Γm
ij gmk .
∂xi ∂xj ∂xk
En contractant par g kl , il suit que
1  ∂gmj ∂gmi ∂gij  ml
Γlij = + − g ,
2 ∂xi ∂xj ∂xm
ce qui est l’expression des Γkij du théorème. D’où l’unicité de la connexion de Levi-
Civita. L’existence se prouve en partant de l’expression des Γkij , et en montrant
qu’ils se transforment bien par changement de cartes selon la relation de changement
des symbôles de Christoffel. A savoir
∂y k ∂ 2 xα ∂xα ∂xβ ∂y k
Γ̃kij = + Γγαβ .
∂xα ∂yi ∂yj ∂yi ∂yj ∂xγ
A partir de là, on voit que les Γkij définissent bien une connexion. Reste à vérifier
que cette connexion est bien sans torsion, et telle que ∇g = 0, ce qui ne pose aucun
problème. □
Au passage, dans la partie 2 de la preuve, on aura eu besoin d’utiliser le résultat
important suivant.
Lemme 10.1. Les g ij sont les composantes d’un C ∞ -champ de tenseurs deux
fois contravariants sur M . On note g −1 ce champ de tenseurs, désigné sous les
termes d’inverse du tenseur métrique. Il est lui aussi à dérivée covariante nulle,
au sens où tout comme pour g, ∇g −1 = 0.
Démonstration. On commence par montrer que les g ij sont les composantes
d’un C ∞ -champ de tenseurs deux fois contravariants sur M . Pour cela on montre
que les g ij changent comme le font les tenseurs deux fois contravariants par change-
ment de carte. Si (Ω, φ) et (Ω̃, ψ) sont deux cartes de M de coordonnées associées
(x1 , . . . , xn ) et (y1 , . . . , yn ), et si x est dans Ω ∩ Ω̃, alors, avec les notations usuelles,
∂xα ∂xβ
g̃ij (x) = gαβ (x)( )x ( )x
∂yi ∂yj
Notons
∂y i ∂y j
T ij (x) = g γδ (x)(
)x ( )x .
∂xγ ∂xδ
Par unicité de la matrice inverse, il nous suffit de montrer que pour tous i, j,
g̃im (x)T mj (x) = δij ,
198 10. CALCUL TENSORIEL ET CONNEXIONS LINÉAIRES

et on obtiendra que g̃ ij (x) = T ij (x), et donc la relation voulue. Or,


∂xα ∂xβ ∂y m ∂y j
g̃im (x)T mj (x) = gαβ (x)( )x ( )x g γδ (x)( )x ( )x ,
∂yi ∂ym ∂xγ ∂xδ
et on remarque que
∂xβ ∂y m
( )x ( )x = δγβ ,
∂ym ∂xγ
puis que gαβ (x)g βδ (x) = δαδ , et enfin, pour finir, que
∂xα ∂y j
( )x ( )x = δij .
∂yi ∂xα
On a donc bien que
∂y i ∂y j
g̃ ij (x) = g γδ (x)()x ( )x
∂xγ ∂xδ
et les g ij sont bien les composantes d’un C ∞ -champ de tenseurs g −1 deux fois
contravariants sur M . Reste maintenant à montrer que ∇g −1 = 0. Pour cela on
fixe (Ω, φ) une carte (quelconque) de M de coordonnées associées (x1 , . . . , xn ), et
on note δ le champ de tenseur 1-fois covariants et 1-fois contravariants sur Ω de
composantes les symbôles de Christoffel δij . Alors
δ = C21 g ⊗ g −1 .
Une première remarque simple est que ∇δ = 0. En effet,
∂δij
(∇k δ)ji (x) = ( )x − Γm j j m
ki (x)δm + Γkm (x)δi ,
∂xk
ce qui donne (∇k δ)ji (x) = 0. Une seconde remarque est que, puisque la dérivation
covariante commute avec la contraction et dérive par rapport au produit tensoriel,
et puisque ∇g = 0,
j
(∇k C21 g ⊗ g −1 )ji (x) = C21 (g ⊗ ∇k g −1 ) i (x)
αj
de sorte que giα (x) ∇k g −1 (x) = 0. En contractant par g im (x), on obtient que
mj
∇k g −1 (x) = 0
et donc que ∇g −1 = 0. D’où le lemme. □
La métrique riemannienne et la connexion de Levi-Civita permettent de con-
struire le laplacien riemannien par contraction. Le laplacien riemannien ∆g f d’une
fonction f : M → R de classe C 2 sur une variété riemannienne (encore appelé
opérateur de Laplace-Beltrami) est défini par ∆g = −C11 C22 ∇2 f ⊗ g −1 . Dans une
carte
∆g f = −g ij (∇2 f )ij
(10.4)
 2 
∂ f ∂f
= −g ij − Γkij ,
∂xi ∂xj ∂xk
où les Γkij sont les symbôles de Christoffel de la connexion de Levi-Civita de g dans
la carte. La convention de signe moins, qui assure que ses valeurs propres sont
positives, est l’opposée de la convention classique dans Rn .
CHAPITRE 11

Eléments de géométrie riemannienne

On traite dans ce dernier chapitre d’éléments de géométrie riemannienne sans


prétention à l’exhaustivité. Pour pouvoir aborder plusieurs aspects du sujet nous
renoncerons à démontrer la plupart des résultats présentés dans ce chapitre. Il s’agit
essentiellement ici d’une introduction aux problématiques et outils principaux de
la géométrie riemannienne.

1. Les différentes courbures d’une variété riemannienne


Soit (M, g) une variété riemannienne. La courbure R de la connexion de Levi-
Civita, champ de tenseurs 3-fois covariants et 1-fois contravariant, se décline en
différentes courbures avec le jeu des contractions. Pour la courbure de Riemann il
s’agit de descendre l’indice contravariant en utilisant la métrique pour obtenir un
champ de tenseurs 4-fois covariants. La courbure de Riemann Rmg de g est alors
le C ∞ -champ de tenseurs 4-fois covariants défini par la relation
Rmg = C11 (g ⊗ R) ,
où C11 est l’opérateur de contraction de la Définition 10.4. Dans une carte les
composantes Rijkl de Rmg sont données par la relation
α
Rijkl = giα Rjkl ,
l
où les Rijk sont les composantes dans la carte de la courbure R de la Définition
10.8. La courbure de Riemann vérifie un certain nombre de symétries. Exprimées
dans une carte: en tout point et pour tous i, j, k, l,
(i) (symétries premières) Rijkl = −Rijlk , Rijkl = −Rjikl et Rijkl = Rklij ,
(ii) (première identité de Bianchi) Rijkl + Riljk + Riklj = 0,
et il y a bien sûr la seconde identité de Bianchi qui, puisque g −1 est à dérivée
covariante nulle, s’écrit (∇i Rmg )jklm + (∇m Rmg )jkil + (∇l Rmg )jkmi = 0.
Par contraction de la courbure de Riemann avec g −1 on obtient la courbure de
Ricci Rcg de g. La courbure de Ricci de g est ainsi le C ∞ -champ de tenseurs 2-fois
covariants défini par
Rcg = C11 C32 Rmg ⊗ g −1
ou, de façon équivalente, par Rcg = C21 R. Dans une carte les composantes Rij de
Rcg sont données par la relation
Rij = Rαiβj g αβ ,
où les Rijkl sont les composantes de Rmg dans la carte. La courbure de Ricci Rcg
est symétrique: Rij = Rji en tout point et pour tous i, j dans une carte. Elle
est donc de même nature que la métrique. Une métrique riemannienne est dite
d’Einstein lorsqu’il existe λ ∈ R tel que Rcg = λg sur M .
199
200 11. ELÉMENTS DE GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE

Une dernière contraction avec g −1 permet de définir la courbure scalaire. La


courbure scalaire Sg de g est la fonction de classe C ∞ sur M donnée par
Sg = C11 C22 Rcg ⊗ g −1 .
Dans une carte, Sg = Rαβ g αβ .
Une dernière courbure, équivalente à la courbure de Riemann, est plus difficile
à appréhender. La courbure sectionnelle Kg de (M, g) est l’application
[
Kg : G2x M → R
x∈M

définie pour tout P ∈ G2x M par


Rmg (X, Y, X, Y )
Kg (P ) = ,
g(x).(X, X)g(x).(Y, Y ) − g(x).(xX, Y )2
où G2x M est l’ensemble des plans vectoriels de Tx (M ), donc l’ensemble des sous
espaces vectoriels de dimensions 2 de Tx (M ), et (X, Y ) est une base de P . On
vérifie sans difficulté particulière que Kg (P ) ne dépend pas du choix de la base
(X, Y ) de P . En particulier, si (X, Y ) est une base orthonormée de P pour g(x)
alors Kg (P ) = Rmg (X, Y, X, Y ). Les deux courbures Rmg et Kg , bien que de
différentes natures, sont équivalentes au sens où la connaissance de l’une entraı̂ne
la connaissance de l’autre.
D’autres courbures plus spécifiques, comme la courbure de Weyl, jouent un
rôle important en géométrie riemannienne. Si H et K sont deux tenseurs 2-fois
covariants et symétriques sur un espace vectoriel E, le produit de Kulkarni-Nomizu
H ⊙ K de H et K, symétrique en H et K, se définit comme étant le tenseur 4-fois
covariant sur E donné par
H ⊙ K(X, Y, Z, T ) = H(X, Z)K(Y, T ) + H(Y, T )K(X, Z)
− H(X, T )K(Y, Z) − H(Y, Z)K(X, T )
pour tous X, Y, Z, T ∈ E. La courbure de Weyl Wg de g et la courbure concirculaire
Zg de g sont les C ∞ -champs de tenseurs 4-fois covariant donnés en dimension n ≥ 3
par
1 Sg
Wg = Rmg − Rcg ⊙ g + g⊙g ,
n−2 2(n − 1)(n − 2)
Sg
Zg = Rmg − g⊙g .
2n(n − 1)
Dans une carte, les composantes Wijkl de Wg sont données par la formule
1
Wijkl = Rijkl − (Rik gjl + Rjl gik − Ril gjk − Rjk gil )
n−2
Sg
+ (gik gjl − gil gjk ) ,
(n − 1)(n − 2)
et les composantes Zijkl de Zg sont données par
Sg
Zijkl = Rijkl − (gik gjl − gil gjk )
n(n − 1)
2. COURBURES ET TOPOLOGIE 201

pour tous i, j, k, l. A cette liste on peut rajouter le tenseur d’Einstein


Sg
Eg = Rcg − g.
n
Ces différentes courbure permettent de caractériser différents états de la variété.
Une variété riemannienne (M, g) de dimension n ≥ 3 est ainsi d’Einstein si et
seulement si Eg = 0 en tout point (en tant que champ de tenseurs 2-fois covariants).
Lorsque la variété est d’Einstein, Sg est constante. Dans le même ordre d’idée, une
variété est conformément plate (n ≥ 4) si et seulement si Wg = 0 en tout point
(en tant que champ de tenseurs 4-fois covariants), où (M, g) est dite conformément
plate (ou encore localement conformément plate) si pour tout x ∈ M il existe Ω un
voisinage ouvert de x dans M et f : M → R une fonction C ∞ strictement positive
pour laquelle la métrique g̃ = f g est à courbure nulle sur Ω, à savoir telle que
Rmg̃ = 0 sur Ω. Les métriques g̃ qui sécrivent sous la forme g̃ = f g sont dites
conformes à g. et la courbure de Weyl est un invariant conforme au sens où si
g̃ = f g, alors Wg̃ = f Wg . Enfin Zg caractérise les variétés à courbure sectionnelle
constante (voir la Section 2).
Il est facile de définir un produit scalaire sur les champs de tenseurs 4-fois
covariants en posant ⟨T, T̃ ⟩g = C11 . . . C88 g −1 ⊗ g −1 ⊗ g −1 ⊗ g −1 ⊗ T ⊗ T̃ . Dans une
carte en un point x on a écrit ⟨T, T̃ ⟩g = g i1 j1 . . . g i4j4 Ti1 ...i4 T̃j1 ...j4 et si la carte est
normale en x (voir la Section 3) on a tout simplement écrit que
X
⟨T, T̃ ⟩g = Ti1 ...i4 T̃i1 ...i4 ,
i1 ,...,i4

une écriture qui permet facilement de constater qu’on a bien là un produit scalaire
sur les champs de tenseurs 4-fois covariants. On vérifie facilement à partir des
définitions ci-dessus que
1 Sg
Rmg = Wg + Eg ⊙ g + g⊙g (11.1)
n−2 2n(n − 1)
et que cette décomposition est orthogonale (deux à deux) dans l’espace des champs
de tenseurs 4-fois covariants (pour le produit scalaire que associé à g que l’on vient
de définir).

2. Courbures et topologie
Une des questions majeures de la géométrie riemannienne est d’obtenir des
propriétés différentielles ou topologiques sur une variété à partir de propriétés sur
ses courbures. La classification première concerne les variétés à courbure section-
nelle constante. Par définition une variété riemannienne (M, g) est dite à courbure
sectionnelle constante λ ∈ R si pour tout x ∈ M et tout P ∈ G2x M , Kg (P ) = λ.
On montre que g est à courbure sectionnelle constante si et seulement si Zg = 0
et dans ce cas g est aussi d’Einstein et n(n − 1)λ = Sg (qui est constante). En
raison de la décomposition orthogonale (11.1) de la Section 1, g est à courbure
sectionnelle constante si et seulement si g est à la fois d’Einstein et conformément
plate (en dimension deux g est à courbure sectionnelle constante si et seulement
si Sg est constante). Quitte à changer la métrique g par λg, avec λ > 0 un réel
convenablement choisi, on peut toujours se ramener au cas où Kg ∈ {−1, 0, +1}.
La complétude d’une variété riemannienne (M, g) fait référence à la complétude
pour la distance dg induite par g.
202 11. ELÉMENTS DE GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE

(i) L’espace euclidien (Rn , δ), avec donc la métrique euclidienne donnée par les
symboles de Kroenecker dans les coordonnées euclidiennes, est une variété rieman-
nienne complète simplement connexe à courbure sectionnelle constante nulle. On a
aussi Rmδ = 0.
(ii) La sphère (S n , g0 ) munie de sa métrique standard induite de la métrique
euclidienne de Rn+1 via le plongement canonique i : S n → Rn+1 , est une variété
compacte simplement connexe à courbure sectionnelle constante +1. Lue dans une
carte stéréographique la métrique g0 est donnée par
4
g0 (x)ij = δij
(1 + |x|2 )2
pour tous i, j ∈ {1, . . . , n}, où | · | est la norme euclidienne de Rn .
(iii) L’espace hyperbolique (Hn , g0 ) peut se définir de différentes fa c cons. On
choisit le modèle de la boule. Du point de vue différentiel on a alors Hn = B0 (1)
la boule unité de Rn , sa métrique g0 étant donnée par
4
g0 (x)ij = δij
(1 − |x|2 )2
pour tous i, j ∈ {1, . . . , n}, où | · | est la norme euclidienne de Rn . La variété
riemannienne (Hn , g0 ) est alors une variété complète simplement connexe à courbure
sectionnelle constante −1.
En fait, il s’agit des seules variétés complètes simoplement connexes à courbure
sectionnelle constante −1, 0 ou +1. Deux variétés (M, g) et (N, ĝ) sont dites
isométriques s’il existe un C ∞ -difféomorphisme φ : M → N qui préèrve les métriques
au sens de l’image réciproque de φ, et donc si

ĝ (φ(x)) . φ⋆ (x).(X), φ⋆ (x).(Y ) = g(x).(X, Y )
pour tout x ∈ M et tous X, Y ∈ Tx (M ). Le membre de gauche dans cette relation
se définit comme l’image réciproque de ĝ par φ notée φ⋆ ĝ. Avec le théorème de
Myers-Steenrod, φ est une isométrie riemannienne si et seulement si φ est une
isométrie pour les distances dg et dĝ associées à g et ĝ. Par ailleurs, la théorie du
revêtement universel, que nous n’aborderons pas ici, nous dit que toutes variété
est en un certain sens le quotient d’une variété simplement connexe. Classifier
les variétés simplement connexes c’est donc, à quotient près, classifier toutes les
variétés. La première classification (et essentiellement la seule qui soit complète si
l’on excepte les théorèmes de rigidité) concerne les variétés à courbure sectionnelle
constante.
Théorème 11.1 (Classification des variétés à courbure sectionnelle constante).
Soit (M, g) une variété riemannienne complète simplement connexe de dimension
n à courbure sectionnelle constante Kg ∈ {−1, 0, +1}. Si Kg = −1, (M, g) est
isométrique a l’espace hyperbolique (Hn , g0 ). Si Kg = 0, (M, g) est isométrique a
l’espace euclidien (Rn , δ). Si Kg = +1, (M, g) est nécessairement compacte et est
isométrique à la sphère standard (S n , g0 ).
Le phénomène de compacité en courbure positive intervient plus vite, en fait
dès la positivité de la courbure de Ricci. C’est l’objet du théorème de Myers. En
un certain sens, la positivité de la courbure de Ricci oblige la variété à se recourber
sur elle-même.
3. CARTES NORMALES 203

Théorème 11.2 (Théorème de Myers). Soit (M, g) une variété riemannienne


complète de dimension n. On suppose qu’il existe k > 0 tel que Rcg ≥ (n−1)k 2 g au
sens des formes bilinéaires. Alors M est compacte et son diamètre Dg (M ) vérifie
Dg (M ) ≤ πk .
La positivité de la courbure de Ricci dans le théorème de Myers signifie que
pour tout x ∈ M et tout X ∈ Tx (M ), Rcg (x).(X, X) ≤ (n − 1)k 2 g(x).(X, X).
Le diamètre Dg (M ) est par ailleurs naturellement défini comme le supremum sur
les x, y ∈ M des dg (x, y), où dg est la distance induite par g. En dimension 3, la
résolution de la conjecture de Poincaré par Perelman donne que la seule variété com-
pacte simplement connexe de dimension 3 est, à homéomophisme près, la sphère
S 3 . Une des conséquences notables de la théorie des revêtements universels, du
Théorème de Myers et du Théorème de Cartan-Hadamard tel qu’énoncé ci-dessous
est qu’il ne peut coexister sur une variété compacte une métrique à courbure sec-
tionnelle négative ou nulle et une métrique à courbre de Ricci strictement positive
(au sens des formes bilinéaires).
D’autres théorèmes notables concernant l’influence de la courbure sur la topolo-
gie des variétés riemanniennes existent bien sûr. On en citera deux, le premier étant
énoncé sous une forme plus faible que dans son énoncé premier.
Théorème 11.3 (Théorème de Cartan-Hadamard). Si (M, g) complète de di-
mension n est simplement connexe à courbure sectionnelle négative ou nulle, alors
M est difféomorphe à Rn .
Une variété complète simplement connexe de dimension n à courbure section-
nelle négative ou nulle n’est donc rien d’autre que Rn muni d’une métrique g
complète à courbure négative ou nulle. Dans l’autre exemple que nous avons choisi
de présenter, la conclusion renvoie à la sphère S n .
Théorème 11.4 (Théorème de la sphère 1/4-pincée). Si (M, g) compacte de
dimension n est simplement connexe à courbure sectionnelle 1/4-pincée, à savoir
telle que δ ≤ Kg ≤ ∆ avec δ > 14 ∆ > 0, alors M est homéomorphe à la sphère S n .
Dans le théorème de la sphère 1/4-pincée la question de savoir si on peut
remplacer l’homéomorphisme à S n par un difféomorphisme a longtemps été étudiée.
La question est rendue difficile par l’existence des structures exotiques dont on a
parlé à la Section 9 du Chapitre 7. La question a de façon remarquable reçu une
réponse positive par Brendle et Schoen en 2008 [Classification of manifolds with
weakly 1/4-pinched curvatures, Acta Mathematica, 200(1) :1D̄13, 2008].

3. Cartes normales
Les cartes normales sont un outil très utile en géométrie riemannienne. Etant
donnés (M, g) une variété riemannienne et x ∈ M un point de M , une carte (Ω, φ)
en x est dite normale en x si
gij (x) = δij et Γkij (x) = 0
pour tous i, j, k. Puisque g est à dérivée covariante nulle, cela revient encore à
demander que gij (x) = δij et ∂k gij (x) = 0 pour tous i, j, k (où ∂k gij (x) renvoie à
∂g
l’écriture exacte ( ∂xijk )x ). Le théorème suivant a lieu.
Théorème 11.5. En tout point d’une variété riemannienne il existe une carte
normale.
204 11. ELÉMENTS DE GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE

Il est impossible par contre d’être plus exigeant sur les ordres de nullité en x
sans condition supplémentaire. En effet la nullité des dérivées secondes de g en x
entraı̂ne de facto, comme on le voit avec les formules de la Définition 10.8, la nullité
de Rmg en x. Or Rmg est un objet universel qui ne dépend pas de sa lecture dans
une carte, donc impossible à annuler par une lecture dans une carte si Rmg (x) ̸= 0.
En particulier il est impossible de demander l’existence d’une carte en x qui serait
telle que gij = δij en tout point de la carte si Rmg n’est pas nulle au voisinage de
x. De façon surprenante, c’est en fait la seule obstruction.
Théorème 11.6. Soit (M, g) une variété riemannienne et x ∈ M . Il existe
une carte en x vérifiant gij = δij en tout point de la carte, et pour tous i, j, si et
seulement si Rmg = 0 au voisinage de x.
Le Théorème 11.5 se démontre sans grande difficulté avec le théorème d’inversion
locale (Théorème 2.12). Le théorème 11.6, lui, aura besoin du théorème de Frobe-
nius (Théorème 2.14) pour être démontré.
Sans rentrer dans les détails, l’application exponentielle en un point x0 est
un difféomorphisme local avec Rn qui redresse les géodésiques en ce point. Elle
fournit (ou plutôt l’application inverse) une carte normale x0 . Etant construite de
façon assez précise, elle possède plusieurs propriétés remarquables. Tout d’abord
elle envoie les boules centrées en x0 sur les boules centrées en 0 dans Rn et, par
ailleurs, les coefficients du développement de Taylor en x0 de la métrique dans cette
carte deviennent des polynômes universels en les dérivées covariantes du tenseur de
courbure en x0 . Le calcul des premiers termes donne le développement du théorème
suivant.
Théorème 11.7. La carte exponentielle en un point x0 , qui redresse les géodésiques
issues de x0 , envoie les boules Bx0 (r) dans M sur les boules B0 (r) dans Rn pour
r > 0 petit et, dans cette carte exponentielle en x0 ,
1 1
gij (x) = δij + Riαβj (x0 )xα xβ + Riαβj,γ xα xβ xγ + O(r4 ) (11.2)
3 6
pour tout x dans la carte, où les gij et Rijkl désignent respectivement les com-
posantes de g et Rmg dans la carte exponentielle en x0 , les xi sont les coordonnées
dans cette carte, n est la dimension de la variété, r est la distance euclidienne à 0
et, surtout, Rijkl,m = (∇m Rmg )ijkl .
Le Théorème 11.7 peut être utilisé tel quel, mais il est bien sûr un peu gênant
de ne pas avoir construit l’application exponentielle auparavant. On trouvera une
construction détaillée de l’application exponentielle dans la plupart des ouvrages de
géométrie riemanienne. Le développement (11.2) de la métrique dans la carte expo-
nentielle est par contre rarement discuté. Pour plus de détails sur ce développement
(et le calcul des termes d’ordre 4) on renvoie à Lee et Parker [The Yamabe Problem,
Bulletin of the American Mathematical Society, 17, 1, 1987].

4. L’intégrale riemannienne
Les variétés riemanniennes possèdent une mesure particulière au même titre
que Rn possède sa mesure naturelle de Lebesgue. Soient donc M une variété et
A = (Ωi , φi )i∈I un atlas de M , à savoir donc un sous atlas du C ∞ -atlas saturé de
M . On dit qu’une famille (Ωj , φj , ηj )j∈J est une partition de l’unité subordonnée
à l’atlas A si:
4. L’INTÉGRALE RIEMANNIENNE 205

(i) (ηj )j∈J est une partition de l’unité subordonnée au recouvrement (Ωi )i∈I ,
(ii) les ηj sont de classe C ∞ ,
(iii) (Ωj , φj )j∈J est un sous atlas de A,
(iv) pour tout j, Supp(ηj ) ⊂ Ωj .
On montre sans difficulté que pour tout atlas A de M il existe une partition de
l’unité qui lui est subordonnée. L’intégrale riemannienne se définit de la façon
suivante et on récupère toute la théorie de l’intégrale de Lebesgue.
Définition 11.1. Soit (M, g) une variété riemannienne de dimension n et
soit f : M → R une fonction continue à support compact dans M . Etant donné
A = (Ωi , φi )i∈I un atlas de M , on pose
Z XZ
ηj |g|f ◦ φ−1
p 
f dvg = j dx (11.3)
M j∈J φj (Ωj )

où (Ωj , φj , ηj )j∈J est une partition de l’unité subordonnée à A, |g| désigne le
déterminant de la matrice formée des composantes R de g dans (Ωj , φj ) et dx désigne
la mesure de Lebesgue de Rn . L’opération f → M f dvg définit alors une mesure de
Radon positive qui ne dépend ni du choix de l’atlas A ni du choix de la partition de
l’unité qui lui est subordonnée. L’intégrale et la mesure qui lui sont associée sont
respectivement appelées intégrale et mesure riemanniennes de (M, g).
La fonction f étant à support compact, la somme dans (11.3) est en fait finie
par définition des partitions de l’unité (Définition 6.18). En effet, si K = Supp(f ),
alors pour tout x ∈ K il existe Vx un ouvert contenant x et tel que Vx n’intersecte
qu’un nombre fini des supports Supp(ηj ). Comme K est compact il existe par
définitionSpremière
S des compacts (Définition 6.16) des x1 , . . . , xN ∈ K tels que
K ⊂ Vx1 · · · VxN . Donc K n’intersecte qu’un nombre fini des supports Supp(ηj )
et ainsi ηj f = 0 en tout point de Ωj sauf pour au plus un nombre fini de j.
L’affirmation la plus surprenante ici est tout de même que l’intégrale ne dépend
ni du choix de l’atlas A ni du choix de la partition de l’unité qui lui est subordonnée.
On la démontre comme suit. En tout premier lieu on remarque que si (Ω, φ) et
(Ω̃, ψ) sont deux cartes de M et si f : M → R est continue à support compact dans
Ω ∩ Ω̃ alors Z Z
p −1
p
|g|f ◦ ψ −1 dx ,
 
|g|f ◦ φ dx = (11.4)
φ(Ω) ψ(Ω̃)
où, dans le membre de gauche de (11.4), |g| désigne le déterminant de la matrice
formée des composantes de g dans (Ω, φ) et, dans le membre de droite de (11.4),
|g| désigne le déterminant de la matrice formée des composantes de g dans (Ω̃, ψ).
Pour le voir on note qu’en vertue des formules tensorielles (10.1), en tout point
x ∈ Ω ∩ Ω̃,
∂xα  ∂xβ 
g̃ij (x) = gαβ (x) ,
∂yi x ∂yi x
où les gij sont les composantes de g dans (Ω, φ), les g̃ij sont les composantes de g
dans (Ω̃, ψ), les xi sont les coordonnées associées à (Ω, φ) et les yi sont les coor-
données associées à (Ω̃, ψ). Par suite,
2
det g̃ij (x) = Jac φ ◦ ψ −1 ψ(x) × det gij ,
  

où le jacobien est comme à la Définition 2.4. La relation (11.4) est alors une
conséquence directe de la formule de changement de variables dans l’intégrale de
206 11. ELÉMENTS DE GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE

Lebesgue. Soient maintenant A, A′ deux atlas de M et (Ωi , φi , ηi )i∈I ainsi que


(Ω̃j , ψj , η̂j )j∈J deux partitions de l’unité respectivement subordonnées aux atlas A
et A′ . En vertue de (11.4),
Z Z
−1
ηi η̂j |g|f ◦ ψj−1 dx ,
p  p 
ηi η̂j |g|f ◦ φi dx = (11.5)
φ(Ωi ) ψj (Ω̃j )
P P
Comme i ηi = j η̂j = 1, on obtient avec (11.5) que
XZ XXZ
ηi |g|f ◦ φ−1 ηi η̂j |g|f ◦ φ−1
p  p 
i dx = i dx
i∈I φ(Ωi ) i∈I j∈J φ(Ωi )
XXZ
|g|f ◦ ψj−1 dx
p 
= ηi η̂j (11.6)
j∈J i∈I ψj (Ω̃j )
XZ
|g|f ◦ ψj−1 dx
p 
= η̂j
j∈J ψj (Ω̃j )

et (11.6) traduit bien l’indépendance de la définition de l’intégrale riemannienne


vis à vis du choix de l’atlas A et du choix de la partition de l’unité qui lui est
subordonnée.
La formule de Stokes pour les formes donne une formule d’intégration par par-
ties pour l’intégrale de Riemann.
Théorème 11.8 (Intégration par parties). Soit (M, g) une variété riemanni-
enne compacte de dimension n. Alors our toutes fonctions u, v ∈ C 2 (M ),
Z Z

(∆g u)vdvg = ∇u, ∇v dvg
M
ZM (11.7)
= u(∆g v)dvg ,
M
où ∆g est le laplacien riemannien défini en (10.4), ∇u et ∇v sont les champs de
tenseurs 1-fois covariants définis à la Section 7 du Chapitre 10 et ∇u, ∇v est le
produit scalaire ponctuel pour les tenseurs 1-fois covariants associé à g donné par
∇u, ∇v = C11 C22 g −1 ⊗ (∇u) ⊗ (∇v).


Une des conséquences remarquables du Théorème 11.8 est que pour toute fonc-
tion u de classe C 2 sur M , variété compacte, M (∆g u)dvg = 0. Ces résultats se
R

situent dans le cas sans bord.

5. L’algèbre des formes extérieures


Une forme multilinéaire sur un espace vectoriel E, donc une application mul-
tilinéaire φ : E p → R pour un certain p ∈ N⋆ , est dite alternée si pour toute
permutation σ de {1, . . . , p}, et tous u1 , . . . , up ∈ E,
φ(uσ(1) , . . . , uσ(p) ) = ε(σ)φ(u1 , . . . , up ) ,
où ε(σ) est le signe de la permutation σ. La notion de 1-forme alternée n’apporte
rien. Une 1-forme alternée est tout simplement une 1-forme. La spécificité des
p-formes alternées commence avec p ≥ 2. Pour p = 2, φ est alternée si pour tous
u1 , u2 ∈ E, φ(u1 , u2 ) = −φ(u2 , u1 ). En particulier, φ(u, u) = 0 pour tout u. Plus
généralement, si φ est une p-forme alternée, p ≥ 2, alors φ(u1 , . . . , up ) = 0 si pour
un i ̸= j, ui = uj (car le signe d’une permutation qui échange deux éléments, on
5. L’ALGÈBRE DES FORMES EXTÉRIEURES 207

parle de transposition, est −1) et donc, en particulier, φ(u1 , . . . , up ) = 0 si la famille


(u1 , . . . , up ) est liée. On en déduit que si E est de dimension finie n et si p > n,
alors la seule p-forme alternée sur E est la forme nulle.

L’espace Λp E des p-formes sur E est clairement un sous espace vectoriel de


l’espace L(E p ; R) des formes multilinéaires sur E × · · · × E (p fois). Si Φ ∈ L(E p ; R)
est une forme multilinéaire sur E × · · · × E (p fois) on définit l’antisymétrisé de Φ
comme étant la p-forme alternée sur E donnée par
X
AS(Φ).(u1 , . . . , up ) = ε(σ)Φ(uσ(1) , . . . , uσ(p) )
σ∈Pp

pour tous u1 , . . . , up ∈ E, où Pp est l’ensemble des permutations de {1, . . . , p} et


ε(σ) est le signe de σ. Sachant que ε(τ ◦ σ) = ε(τ )ε(σ) (et que τ ◦ Pp = Pp ) il est
facile de vérifier que AS(Φ) est bien alternée.

L’antisymétrisé permet de définir le produit extérieur d’une p-forme avec une


q-forme. Si η̂ est une p-forme sur E et si η̃ est une q-forme sur E on définit η̂ ∧ η̃
comme étant la (p + q)-forme sur E donnée par

(p + q)! 
η̂ ∧ η̃ = AS η̂ ⊗ η̃ , (11.8)
p!q!
où, dans le membre de droite, on regarde η̂ et η̃ comme des tenseurs p-fois et q-
fois covariants sur E (donc des formes multilinéaires sur E, ce qu’elles sont). Le
produit extérieur ∧ est alors bilinéaire, donc en particulier distributif sur l’addition,
associatif et il vérifie que η̂ ∧ η̃ = (−1)pq η̃ ∧ η̂ pour toute p-forme η̂ sur E et toute
q-forme η̃ sur E.

Si maintenant η1 , . . . , ηp sont des 1-formes sur E, on définit η1 ∧ · · · ∧ ηp comme


étant la p-forme sur E donnée par
 X  
η1 ∧ · · · ∧ ηp .(u1 , . . . , up ) = ε(σ)η1 uσ(1) . . . ηp uσ(p) , (11.9)
σ∈Pp

où, comme ci-dessus, Pp est l’ensemble des permutations de {1, . . . , p} et ε(σ) est le
signe de σ. Supposons maintenant que E est de dimension finie n et soit 1 ≤ p ≤ n.
Si (e1 , . . . , en ) est une base de E, et (e⋆1 , . . . , e⋆n ) est la base duale définie à la Section
2 du Chapitre 9, on vérifie facilement que
(
e⋆i1 ∧ · · · ∧ e⋆ip .(ej1 , . . . , ejp ) = 1 si (i1 , . . . , ip ) = (j1 , . . . , jp )
e⋆i1 ∧ · · · ∧ e⋆ip .(ej1 , . . . , ejp ) = 0 sinon

pour tous I1 , . . . , ip et tous j1 , . . . , jp ordonnés dans {1, . . . , n}, à savoir tels que
1 ≤ i1 < · · · < ip ≤ n et 1 ≤ j1 < · · · < jp ≤ n. La famille des e⋆i1 ∧ · · · ∧ e⋆ip
pour 1 ≤ i1 < · · · < ip ≤ n est donc une famille libre dans l’espace des p-formes.
Par multilinéarité elle est aussi génératrice. Et donc la famille des e⋆i1 ∧ · · · ∧ e⋆ip
pour 1 ≤ i1 < · · · < ip ≤ n est une base de Λp E. En particulier, l’espace Λp E des
p-formes alternées sur E est de dimension np si 1 ≤ p ≤ n et n est la dimension
de E.
208 11. ELÉMENTS DE GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE

6. Formes différentielles extérieures

Etant donnés une variété M de dimension n, x ∈ M et p ∈ {1, . . . , n}, on note


Λp Tx (M ) l’espace des p-formes alternées sur Tx (M ), puis
[
Λp M = Λp Tx (M )
x∈M
p
la réunion disjointe des Λ Tx (M ) pour x ∈ M . Si (Ω, φ) est une carte en x de
i
coordonnées associées xi , l’espace Λp Tx (M ) a pour base les dxix1 ∧ · · · ∧ dxxp où
i1 ip
1 ≤ i1 < · · · < ip ≤ n, où les dxx ∧ · · · ∧ dxx sont définis comme en (11.9).
La construction maintenant classique des fibrés au dessus d’une  variété donne
que Λp M a une structure naturelle de variété de dimension n + np , l’atlas a partir
S p

duquel cette structure est construite étant l’atlas des x∈Ω Λ Tx (M ), Φ où Φ(η)
est constitué des coordonnées de x dans (Ω, φ) suivies des coordonnées de η dans la
i
base des dxix1 ∧ · · · ∧ dxxp , 1 ≤ i1 < · · · < ip ≤ n. Si Π : Λp M → M est la projection
canonique qui à η ∈ Λp Tx (M ) associe Π(η) = x, on appelle p-forme différentielle
extérieure de classe C k sur M toute application η : M → Λp M de classe C k qui
véfifie Π ◦ η = IdM (l’identité de M ). On parle souvent de p-forme de classe C k
pour alléger la terminologie.
Soit Ωp M l’espace des p-formes qui sont de classe C ∞ sur M . L’opération de
différentiation extérieure, noté d, agit de Ωp M dans Ωp+1 M avec la convention que
Ω0 M est l’espace des fonctions de classe C ∞ sur M . Il est entiérement défini par
le fait que si f ∈ C ∞ (M ) alors df est tel que défini à la Section 4 du Chapitre 8,
par le fait que pour toute fonction f de classe C ∞ sur M , d(df ) = 0 et enfin par le
fait que
d η̂ ∧ η̃ = dη̂ ∧ η̃ + (−1)p η̂ ∧ dη̃


pour tout η̂ ∈ Ωp M et tout η̃ ∈ Ωq M , où les η̂(x) ∧ η̃(x) pour x ∈ M sont définis
comme en (11.8). Par suite, si
X
η= ηi1 ...ip dxi1 ∧ · · · ∧ dxip
i1 <···<ip

alors X
dη = dηi1 ...ip ∧ dxi1 ∧ · · · ∧ dxip . (11.10)
i1 <···<ip

On en déduit que pour tout η ∈ Ωp M , et tout p, d(dη) = 0. Donc d2 = 0 où


d2 = dd. Une p-forme η ∈ Ωp M est dite fermée si dη = 0 et exacte s’il existe
η̃ ∈ Ωp−1 M telle que η = dη̃. Le lemme de Poincaré stipule que toute forme fermée
est localement exacte.
Théorème 11.9 (Lemme de Poincaré). Soit M une variété et η ∈ Ωp M telle
que dη = 0. Pour tout x ∈ M il existe un voisinage ouvert U de x dans M et
η̃ ∈ Ωp−1 U une (p − 1)-forme de classe C ∞ sur U tels que η = dη̃ sur U .
Les variétés orientables de dimension n sont des variétés paracompactes pour
lesquelles il existe un sous atlas de l’atlas saturé dont tous les changements de
cartes ont des jacobiens positifs. Cela revient encore à dire que M possède une
n-forme ω qui ne s’annule jamais (on parle de forme volume). Toutes les variétés
ne sont pas orientables, c’est par exemple le cas de l’espace projectif en dimension
paire, mais lorsqu’une variété n’est pas orientable elle est le quotient à deux feuillets
6. FORMES DIFFÉRENTIELLES EXTÉRIEURES 209

d’une variété qui l’est (son revêtement orientable à deux feuillets), ce qui permet
de passer nombres de résultats démontrés dans le cas orientable sur le cas général.
Le revêtement orientable à deux feuillets de l’espace projectif de dimension paire
est par exemple la sphère de même dimension. Quand on a une orientation on peut
intégrer les n-formes à support compact. La formule de Stokes est une formule
d’intégration par parties importante qui, dans le cas sans bord que l’on considère ici,
stipule que si M est compacte de dimension n et orientable, alors l’intégrale de toute
n-forme exacte sur M est nulle. C’est cette formule, avec la théorie des revêtements
orientables à deux feuillets, qui permet d’obtenir la formule d’intégration par parties
du Théorème 11.8.
On se place maintenant dans le cadre riemannien pour définir la co-différentielle.
Etant donnée une variété riemannienne (M, g) l’opérateur de co-différentiation δ
agit sur les champs différentiables de tenseurs covariants, et donc aussi sur les p-
formes. Si T est un champs différentiables de tenseurs p-fois covariants sur M , avec
p ≥ 1, on définit δT comme état le champs de tenseurs (p − 1)-fois covariant sur M
donné par
δT = −C11 C22 g −1 ⊗ (∇T ) ,

(11.11)
où ∇T est comme à la Définition 10.9 et les Cij sont les opérateurs de contraction
tels que dans la Définition 10.4. Dans une carte, avec les notations usuelles pour
les composantes, on a donc
δT i1···p−1 = −g αβ ∇α T βi1···p−1
 

pour tous i, . . . , ip−1 dans {1, . . . , n}. En particulier, δT est de classe C k−1 si T est
de classe C k . Pour p = 1, donc si T est une 1-forme, alors δT est une fonction dont
l’expression dans une carte est δT = −g αβ (∇α T )β . Considérons maintenant le cas
des p-formes η avec p ≥ 2. Une p-forme étant aussi un champ de tenseurs p-fois
covariants (une application multilinéaire alternée est une application multilinéaire)
on peut considérer δη. Pour x ∈ M , et dans une carte normale en x,
n
 X ∂ηαi1 ...ip1 
δη (x)i1 ...ip−1 =− x
α=1
∂xα
pour tous i, . . . , ip−1 dans {1, . . . , n}. Par suite δη(x) est elle aussi alternée et donc,
si η est une p-forme, alors δη est une (p − 1)-forme. En conclusion, si η est une
p-forme de classe C k , p ≥ 1, alors δη est une (p − 1)-forme de classe C k−1 . Les
0-formes sont ici des fonctions, et par convention on pose que δf = 0 si f est une
fonction.
Toujours dans le cadre riemannien on peut définir le laplacien ∆g η des p-formes
deux fois différentiables. On pose
∆g η = (dδ + δd)η , (11.12)
où d est l’opérateur de différentiation extérieure (11.10) et δ est la co-différentielle
(11.11). Le laplacien ∆g η d’une p-forme η est une p-forme (qui a perdu deux degrés
de régularité). Pour les fonctions, ∆g f = δdf et on retrouve la formule (10.4).
Si T est un champ de tenseurs p-fois covariants sur M , on note T ♯ le champ de
tenseurs p-fois contravariants sur M donné par la série de contractions
T ♯ = C11 C23 . . . Cp2p−1 (g −1 ⊗ · · · ⊗ g −1 ⊗ T ) .
210 11. ELÉMENTS DE GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE

j1 ...jp
Dans une carte T ♯ = g i1 j1 . . . g ip jp Ti1 ...ip . On parle souvent d’isomorphisme
musical pour l’opérateur T → T ♯ . Supposons maintenant que M est orientée et
donc que l’on s’est donné une n-forme ωg sur M qui ne s’annule jamais (en tant que
n-forme). Donc ici n est la dimension de M . Si η est une p-forme sur M , l’adjoint
⋆η de η est la (n − p)-forme sur M définie par
1
⋆η = C11 . . . Cpp ωg × η ♯ ,

(11.13)
p!
où ωg et η sont regardées comme des champs de tenseurs. Dans une carte
1
⋆η i ...i = ωα1 ...αp ip+1 ...in η α1 ...αp ,

p+1 n p!
où les ωi1 ...in sont les composantes de ωg dans la carte et où les η i1 ...ip sont les
composantes de η ♯ dans la carte. On en déduit que ⋆η est bien une (n − p)-forme.
Clairement ⋆η est de classe C k si η est de classe C k . Si f est une fonction (donc
une 0-forme), ⋆f = f ωg .
L’espace des p-formes sur M possède un produit scalaire naturel en riemannien.
Si α et β sont deux p-formes sur M on définit le produit scalaire ponctuel (α, β) de
α et β par
1
α, β (x) = C11 . . . Cpp α(x) ⊗ β ♯ (x)

(11.14)
p!

pour tout x ∈ M . Dans une carte normale en x, α, β (x) = α(x)i1 ...ip β(x)i1 ...ip où
les α(x)i1 ...ip sont les composantes de α(x) dans la carte et où les β(x)i1 ...ip sont
les composantes de β ♯ (x) dans la carte.
Lemme 11.1. Soit (M, g) une variété riemannienne orientée de dimension n
et soit ωg la forme volume définissant son orientation. Alors
(i) pour tout p-forme α sur M , ⋆ ⋆ α = (−1)p(n−p) α,
(ii) pour toutes p-formes α et β sur M , α ∧ (⋆β) = (α, β)ωg ,
(iii) pour toute p-forme différentiable α sur M , δα = (−1)k(n,p) (⋆d⋆)α,
où k(n, p) = p + (p − 1)(n − p + 1), d est la différentielle (11.10), δ est la co-
différentielle (11.11), (·, ·) est le produit scalaire ponctuel (11.14), ∧ est le produit
extérieur (11.8) et ⋆ est l’adjoint (11.13). En particulier, ⋆ réalise un isomorphisme
de Ωp M sur Ωn−p M et δ 2 = 0 où δ 2 = δδ.
Le lemme fournit des relations structurelles importantes entre les différents
objets de cette section. Les relations (i)-(iii) se démontrent sans grandes diffi-
cultés. Pour (i) on pourra par exemple fixer x ∈ M , travailler dans une carte en
x dans laquelle ω1...n = 1 puis remarquer que la permutation qui envoie le n-uplet
(ip+1 , . . . , in , i1 , . . . , ip ) sur (i1 , . . . , in ) s’obtient en effectuant p permutations cir-
culaires successives. Le signe d’une permutation circulaire de Pn est (−1)n+1 . On
trouve donc comme signe (−1)(n+1)p et il reste à remarquer (n + 1)p est congru
à p(n − p) modulo 2 puisque le produit p(p + 1) est forcément pair. La bijection
⋆ : Ωp M → Ωn−p Ω est donnée par (i) avec ⋆−1 = ⋆ si p(n − p) est pair et ⋆−1 = −⋆
si p(n − p) est impair. L’identité δ 2 = 0 suit de l’identité d2 = 0 avec (i) et (iii) qui
permettent d’écrire que
δα = (−1)p (⋆−1 d⋆)α
pour toute p-forme différentiable α. Avec cette dernière relation on obtient la
commutation relative ⋆δ = (−1)p d⋆ sur les p-formes. Avec (i) et (iii) on obtient
7. THÉORIE DE DE RHAM 211

aussi que δ⋆ = (−1)p+1 ⋆ d sur les p-formes puisque k(n, n − p) + p(n − p) est congru
à p + 1 modulo 2. On en déduit que le laplacien ∆g défini en (11.12) commute avec
⋆ au sens où pour toute p-forme deux fois différentiable α, ∆g (⋆α) = ⋆(∆g α).
La formule de Stokes dont nous avons brièvement parlé un peu plus haut dans
cette section, dans le cas des variétés compactes orientées (sans bord), donne que
pour toute p-forme α de classe C 1 et toute (p + 1)-forme β de classe C 1 sur M ,
Z Z
(dα, β)ωg = (α, δβ)ωg , (11.15)
M M

où ωg est la n-forme volume qui donne l’orientation de M , n est la dimension de


M , (·, ·) est le produit scalaire ponctuel (11.14), d est la différentielle (11.10) et δ
est la co-différentielle (11.11). C’est cette formule qui donne dirèctement (11.7).

7. Théorie de de Rham
La théorie de de Rham développe un calcul différentiel sur les p-formes. Etant
donnée (M, g) une variété riemannienne compacte on dira qu’une p-forme α est
harmonique si ∆g α = 0, fermée si dα = 0 et co-fermée si δα = 0, où d, δ et ∆g ont
été définis en (11.10), (11.11) et (11.12).
Théorème 11.10. Soit (M, g) une variété riemannienne compacte. Une p-
forme de classe C 2 est harmonique si et seulement si elle est tout à la fois fermée
et co-fermée.
Le théorème est une conséquence simple de la formule (11.15) d’intégration par
parties dans le cas orientable et il se déduit par passage au revêtement orientable
à deux feuillets dans le cas non orientable. Si (M, g) est orientée de dimension n
et ωg est la n-forme volume qui donne l’orientation de M , on écrit avec (11.15) et
la définition (11.12) du laplacien sur les formes que pour toute p-forme α de classe
C 2 sur M ,
Z Z Z
  
∆g α, α ωg = dδα, α ωg + δdα, α ωg
M
ZM ZM
 
= δα, δα ωg + dα, dα ωg
M M

et on voit donc que ∆g α = 0 si et seulement si dα = 0 et δα = 0. Une p-forme


de classe C 2 sur une variété riemannienne compacte est donc harmonique si et
seulement si elle est tout à la fois fermée et co-fermée. On définit maintenant
Ker(∆pg ) = {η ∈ Ωp M / ∆g η = 0} ,
Im(dp−1 ) = η ∈ Ωp M / ∃η̂ ∈ Ωp−1 M, dη̂ = η

, (11.16)
Im(δ p+1 ) = η ∈ Ωp M / ∃η̂ ∈ Ωp+1 M, δ η̂ = η


avec la convention Im(dp−1 ) = {0} si p = 0, de sorte que Ker(∆pg ) est l’espace des
p-formes harmoniques, Im(dp−1 ) est l’espace des p-formes exactes (qui sécrivent
dη̂ pour un η̂ convenable) et Im(δ p+1 ) est l’espace des p-formes co-exactes (qui
sécrivent δ η̂ pour un η̂ convenable). Le théorème de de Rham, aussi parfois appelé
de Hodge-de Rham, s’énonce de la façon suivante. On en trouvera une preuve dans
l’ouvrage de de Rham [Differentiable manifolds, Springer, 1984].
212 11. ELÉMENTS DE GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE

Théorème 11.11 (Théorème de de Rham). Soit (M, g) une variété riemanni-


enne compacte de dimension n et 1 ≤ p ≤ n un entier. On a alors la décomposition
Ωp M = Ker(∆pg ) ⊕ Im(dp−1 ) ⊕ Im(δ p+1 ) (11.17)

et toute p-forme η de classe C sur M se décompose ainsi en η = α + dβ + δγ, où
α ∈ Ωp M est harmonique, β ∈ Ωp−1 M et γ ∈ Ωp+1 M .
Pour p = 0 on a encore une décomposition de de Rham, mais un peu plus
précise, toute fonction f de classe C ∞ sur M s’écrivant sous la forme f = C + δdu
où C est une constante convenable (donc harmonique) et u est une fonction C ∞
convenable (en particulier δdu est co-exacte). Le caractère directe de la somme
(11.17) dans le Théorème de de Rham 11.11 s’obtient facilement dans le cas ori-
entable en remarquant que la décomposition (11.17) est orthogonale pour le produit
scalaire global Z
⟨α, β⟩ = (α, β)ωg .
M
Avec (11.15) et le Théorème 11.10 on a en effet que si α ∈ Ωp M est harmonique,
β ∈ Ωp−1 M et γ ∈ Ωp+1 M alors
Z
⟨α, dβ⟩ = (α, dβ)ωg
M
Z
= (δα, β)ωg
M
=0
puisque α étant harmonique elle est aussi co-fermée. Avec les mêmes arguments
⟨α, δγ⟩ = 0. Enfin, toujours en utilisant (11.15), ⟨dβ, δγ⟩ = 0 puisque, au choix,
d2 = 0 ou δ 2 = 0.

8. L’approche de Bochner
Soit (M, g) une variété riemannienne et T un champ de tenseurs p-fois covari-
ants et q-fois contravariants sur M . On suppose que T est deux fois différentiable
sur M . On peut alors définir le laplacien brut ∆g T comme étant le champ de
tenseur p-fois covariants et q-fois contravariants dont les composantes dans une
carte sont données par
j1 ...jq j1 ...jq
∆g T i1 ...ip = −g αβ ∇2 T αβi1 ...ip (11.18)

pour tous i1 , . . . , ip , tous j1 , . . . , jq , en tout point de la carte et où ∇2 T = ∇(∇T )


et le gradient ∇ d’un champ de tenseur est donné à la Définition 10.9. En écriture
intrinsèque, qui montre donc l’indépendance de (11.18) par rapport au choix de la
carte, ∆g T = −C11 C22 g −1 ⊗ ∇2 T .
Le laplacien brut (11.18) agit en particulier sur les p-formes qui sont deux
fois différentiables dès lors qu’on les regarde comme des champs différentiables de
tenseurs p-fois covariants. Si η ∈ Ωp M et si x ∈ M , on obtient avec (10.2) que dans
une carte normale en x,
n p
 X  ∂ 2 ηi1 ...ip  X ∂Γβαis  
∆g η (x)i1 ...ip = − 2 x
− x
η(x)i1 ...is−1 βis+1 ...ip ,
α=1
∂xα s=1
∂xα
8. L’APPROCHE DE BOCHNER 213

où les Γkij sont les symboles de Christoffel dans la carte de la connexion de Levi-
Civita et les ηi1 ...ip sont les composantes de η dans la carte. Lorsque p = 0, donc
lorsque le laplacien brut opère sur les fonctions, on récupère le laplacien de Laplace-
Beltrami (10.4). Par contre, lorsque p = 1, on récupère une formule de Weitzenböck
non triviale reliant les deux laplaciens (11.18) et (11.12). Pour η ∈ Ω1 M on note
Rcg (η) la 1-forme de composantes dans une carte
Rcg (η)i = g αβ Riα ηβ , (11.19)
où les Ri j sont les composantes de la courbure de Ricci dans la carte. En écriture
intrinsèque, qui montre donc l’indépendance de (11.19) par rapport au choix de la
carte, Rcg (η) = C21 C32 g −1 ⊗ Rcg ⊗ η.
Théorème 11.12 (Formule de Weitzenböck pour les 1-formes). Soit (M, g)
une variété riemannienne et α une 1-forme différentiable sur M . Alors ∆g α =
∆g α + Rcg (α), où ∆g et ∆g sont donnés par (11.12) et (11.18) et Rcg (α) est
donné par (11.19).
On démontre brièvement le Théorème 11.12 dans ce qui suit. On fixe x ∈ M
quelconque. Par définition,
∂αj ∂αi  i
dα = − dx ⊗ dxj ,
∂xi ∂xj
(11.20)
∂αj
δα = −g ij − Γkij αk ,

∂xi
et si on choisit une carte normale en x alors, avec (11.20), on obtient que
n
X  ∂ 2 αm  ∂Γkmm  
dδα(x)i = − x
− x
αk (x) ,
m=1
∂xi ∂xm ∂xi
n
(11.21)
X  ∂ 2 αi  ∂ 2 αm  
δdα(x)i = − 2 x

m=1
∂xm ∂xm ∂xi x

pour tout i ∈ {1, . . . , n}, n la dimension de M , où les Γkij désignent les symboles
de Christoffel de la connexion de Levi-Civita dans la carte. On a encore, toujours
dans une carte normale en x,
n
 X  ∂ 2 αi  ∂Γkmi  
∆g α (x)i = − 2 x
− α (x)
x k
(11.22)
m=1
∂x m ∂x m

pour tout i ∈ {1, . . . , n}. On déduit des relations (11.21) et (11.22) que
n
  X  ∂Γkmm  ∂Γkmi  
∆g α (x)i − ∆g α (x)i = − αk (x) (11.23)
m=1
∂xi x ∂xm x

pour tout i ∈ {1, . . . , n}. Par ailleurs, et pour tous i, j, k, l, toujours dans une carte
normale en x,
i
∂Γijl  ∂Γijk 
Rjkl (x) = − (11.24)
∂xk x ∂xl x
i
en vertue de la formule de la Définition 10.8, où les Rjkl sont les composantes de
la courbure de la connexion de Levi-Civita de g dans la carte. Si les Rij sont les
composantes de la courbure de Ricci dans la carte (normale en x), en vertue des
214 11. ELÉMENTS DE GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE

symétries premières de la courbure de Riemann vues à la Section 1, on peut écrire


que R(x)ij = m R(x)jmim , et donc
P

n
X n
X
R(x)kmim α(x)k .

Rcg (α)(x)i = (11.25)
k=1 m=1

La formule de Weitzenböck du Théorème 11.12 suit des relations (11.23)-(11.25) et


le Théorème 11.12 est démontré.
Une des conséquences de la formule de Weitzenböck du Théorème 11.12 est le
théorème d’annulation suivant qui fut obtenu par Bochner au milieu des années
1940. La stratégie adoptée pour sa preuve illustre parfaitement ce que l’on appelle
maintenant couramment la méthode de Bochner: étant donnée une solution d’un
système différentiel d’origine géométrique, on cherche une identité de Weitzenböck
adaptée au système afin d’imposer, sous certaines hypothèse de courbure, la nullité
de la solution en question. Par courbure de Ricci strictement positive on entend en
tout point et au sens des formes bilinéaires.
Théorème 11.13. Une variété riemannienne compacte à courbure de Ricci
strictement positive ne possède pas de 1-forme harmonique non triviale. En d’autres
termes, et si (M, g) désigne une variété riemannienne compacte à courbure de Ricci
strictement positive, alors b1 (M ) = 0.
On démontre donc brièvement ce résultat dans ce qui suit. En tout premier
lieu on vérifie facilement que pour toute 1-forme α ∈ Ω1 M ,
1
∆g (α, α) = ∆g α, α − |∇α|2 ,

(11.26)
2
où (·, ·) est le produit scalaire ponctuel (11.14) sur les formes, où ∇α est donné par
la Définition 10.9 et où | · | est la norme ponctuelle associée à g donnée ici dans une
carte, pour les champs de tenseurs deux fois covariants, par |T | = Tij T ij où les T ij
sont les composantes dans la carte du champs de tenseurs contravariants T ♯ con-
struit via l’isomorphisme musical consistant à remonter les indices par contraction
simple avec g −1 (sur chaque indice). Avec la formule de Weitzenböck du Théorème
11.12 et (11.26) on obtient alors que
 1
∆g α, α = ∆g α, α + |∇α|2 + Rcg (α♯ , α♯ ) ,

(11.27)
2
où α♯ est maintenant un champ de vecteurs par remontée de l’indice via l’isomorphisme
musical. On a vu que l’intégrale du laplacien d’une fonction sur une variété rieman-
nienne compacte est toujours nulle. Par ailleurs, par compacité de M , et puisque
l’on suppose que Rcg est strictement positive, il existe K0 > 0 telle que Rcg ≥ K0 g.
Donc Rcg (α♯ , α♯ ) ≥ K0 |α|2 . En intégrant (11.27) sur M , et grâce à (11.15) et le
Théorème 11.10, on obtient que
Z Z
2
|∇α| dvg + Rcg (α♯ , α♯ )dvg = 0
M M

pour toute 1-forme harmonique sur M . Puisque les deux termes sont positif, et
puisque Rcg ≥ K0 g, on en déduit que |α|2 = 0. Donc α = 0 si α est une 1-forme
harmonique, et le théorème est démontré.
9. LE THÉORÈME DE GAUSS-BONNET 215

Une autre conséquence du Théorème 11.12 est la formule dite de Bochner-


Lichnerowicz-Weitzenböck pour les fonctions. Là il n’y a rien à démontrer. Le
Théorème 11.14 n’est rien d’autre que la formule (11.27) lorsque α = df .
Théorème 11.14 (Formule de Bochner-Lichnerowicz-Weitzenböck). Soit (M, g)
une variété riemannienne compacte et f : M → R une fonction deux fois différentiable
sur M . Alors
 1
∆g (df ), df = ∆g df, df + |∇2 f |2 + Rcg (df ♯ , df ♯ ) ,

2
où df ♯ est le champ de vecteurs sur M obtenu à partir de df via l’isomorphisme
musical.

9. Le théorème de Gauss-Bonnet
Soit M une variété de dimension n et soit 0 ≤ p ≤ n un entier. On note Ep M
le sous espace vectoriel de Ωp M constitué des p-formes fermées sur M . On sait que
d2 = 0. Donc Im(dp−1 ), défini en (11.16), est un sous espace vectoriel de Ep M . Le
p
pième groupe de cohomolgie de de Rham, noté HDR M , se définit comme l’espace
vectoriel quotient
p
HDR M = Ep M/Im(dp−1 ) .
On trouvera une preuve du résultat suivant dans l’ouvrage de Karoubi-Leruste
[Algebraic topology via differential geometry, London Mathematical Society, Cam-
bridge University Press, 1987].
Théorème 11.15. Soit M une variété compacte de dimension n. Pour tout
p
entier 0 ≤ p ≤ n, HDR M est de dimension finie.
Considérons maintenant le cas d’une variété riemannienne compacte (M, g) de
dimension n. Soit 0 ≤ p ≤ n un entier et soit η ∈ Ωp M une p-forme sur M .
Le Théorème 11.11 de de Rham donne une décomposition η = α + dβ + δγ, où
α ∈ Ωp M est harmonique, β ∈ Ωp−1 M et γ ∈ Ωp+1 M . Si on suppose maintenant
que η est fermée, et comme d2 = 0, on obtient avec le Théorème 11.10 que dδγ = 0.
Comme δ 2 = 0 d’après le Lemme 11.1, et puisque ∆g = dδ + δd, γ̂ = δγ est
harmonique. Par unicité de la décomposition de de Rham, δγ = 0. Par suite, à
toute p-forme fermée η est associée une unique p-forme harmonique α et une unique
p-forme exacte β̂ = dβ pour lesquelles η = α + β̂. En particulier, on a démontré le
théorème suivant.
Théorème 11.16. Soit (M, g) une variété riemannienne compacte de dimen-
p
sion n. Pour tout entier 0 ≤ p ≤ n, HDR M et Ker(∆pg ), défini en (11.16), sont
isomorphes.
Soient (M, g) compacte de dimension n et 0 ≤ p ≤ n un entier. En vertue
des Théorèmes 11.15 et 11.16, Ker(∆pg ) est de dimension finie. Le pième nombre
de Betti bp (M ) de (M, g) est alors défini comme étant la dimension de l’espace
p
vectoriel Ker(∆pg ) ou, ce qui revient ici au même, de l’espace HDR M:
bp (M ) = dim Ker(∆pg )

p  (11.28)
= dim HDR M .
Le pième nombre de Betti de (M, g) ne dépend donc pas de la structure rieman-
nienne de (M, g) mais a priori uniquement de la structure différentielle de M . En
particulier, si M1 et M2 sont difféomorphes, bp (M1 ) = bp (M2 ) pour tout p.
216 11. ELÉMENTS DE GÉOMÉTRIE RIEMANNIENNE

La caractéristique d’Euler-Poincaré χ(M ) d’une variété riemannienne compacte


(M, g) de dimension n est définie comme la somme altérnée des nombres de Betti
de (M, g):
Xn
χ(M ) = (−1)p bp (M ) , (11.29)
p=0

où les bP (M ) sont donnés par (11.28). Les bp (M ) sont des entiers dans N, χ(M ) ∈ Z.
On sait déjà que χ(M ) ne dépend que de la structure différentielle de M . En fait,
tout comme les nombres de Betti d’ailleurs, χ(M ) est un invariant topologique. On
trouvera une preuve de théorème ci-dessous dans l’ouvrage de Bredon [Topology
and Geometry, Springer-Verlag, 1993].
Théorème 11.17. Soient (M1 , g1 ) et (M2 , g2 ) deux variétés riemanniennes
compactes. Si M1 et M2 sont homéomorphes, alors χ(M1 ) = χ(M2 ).
En dimension impaire, la caractéristique d’Euler-Poincaré définie en (11.29)
est toujours nulle. On le voit facilement dans le cas orientable avec le Lemme
11.1 puisque ⋆ réalise alors un isomorphisme de Ωp M sur Ωn−p M . Comme de
plus ⋆ commute avec ∆g , l’adjoint ⋆ réalise en fait un isomorphisme de Ker(∆pg )
sur Ker(∆n−p
g ). Donc, bp (M ) = bn−p (M ). Il suit que, en dimension impaire,
χ(M ) = 0.
En dimension paire la caractéristique d’Euler-Poincaré est par contre un outil
particulièrement puissant de la géométrie riemannienne, la raison principale en
étant le Théorème de Gauss-Bonnet. Sous sa forme actuelle il est essentiellement
dû à Allendoerfer [The Euler number of a Riemannian manifold, American Journal
of Mathematics, 1940], Allendoerfer-Weil [The Gauss-Bonnet theorem for Riemann-
ian polyhedra, Transactions of the American Mathematical Society, 1943], Chern [A
simple intrinsic proof of the Gauss-Bonnet formula for closed Riemannian mani-
folds, Annals of Mathematics, 1944] et Fenchel [On total curvatures of Riemannian
manifolds, Journal of the London Mathematical Society, 1940].
Théorème 11.18 (Théorème de Gauss-Bonnet). La caractéristique d’Euler-
Poincaré d’une variété riemannienne compacte (M, g) de dimension n, avec n
pair, s’exprime comme l’intégrale d’un polynôme universel P en la courbure. Plus
précisemment, Z
1
χ(M ) = n n P dvg ,
2 ( 2 )!(2π)n/2 M
où, dans une carte,
X ε(σ)ε(τ ) Y
P = Rσ(i)σ(i+1)τ (i)τ (i+1) .
|g|
σ,τ ∈Pn i=1,3,...,n−1

Dans cette expression, Pn est le groupe des permutations de {1, . . . , n}, ε(σ) et ε(τ )
sont les signes des permutations σ et τ , |g| est le déterminant de la matrice des
composantes de g dans la carte et les Rijkl sont les composantes de la courbure de
Riemann Rmg dans la carte.
En d’autres termes, l’intégrale de P sur (M, g) est en fait un invariant topologique,
ce qui est remarquable. Dans la pratique on aimerait bien avoir une expression ex-
acte de P dans le Théorème 11.18. Elle existe en dimension 2, 4 et même 6. Le
9. LE THÉORÈME DE GAUSS-BONNET 217

calcul de P en dimension 4 est dû à Avez [Applications de la formule de Gauss-


Bonnet-Chern aux variétés à quatre dimensions, Compte Rendu de l’Académie des
Sciences de Paris, 1963] et, en dimension 6, il fut obtenu par Sakai [On eigen-
values of laplacian and curvature of Riemannian manifolds, Tohoku Mathematical
Journal, 1971] et Tanno [Euler characteristic of some six-dimensional Riemann-
ian manifolds, Kodai Mathematical Journal, 1984]. On se borne ici à donner les
formules explicites pour les dimensions 2 et 4.
Théorème 11.19 (Théorème de Gauss-Bonnet en dimensions 2 et 4). Soit
(M, g) une variété riemannienne compacte de dimension n. Si n = 2 alors
Z
1
χ(M ) = Sg dvg
4π M
et si n = 4, alors
Z  
1 1 2 1 2 2
χ(M ) = |W g | + S − |E g | ,
16π 2 M 2 12 g
où Sg est la courbure scalaire, Wg est la courbure de Weyl, Eg est le tenseur
d’Einstein tels que définis à la Section 1 et les normes | · | sont prises par rap-
port à g.
En ce qui concerne les normes ponctuelles | · | dans le Théorème 11.19, on a
|T | = Tijkl T ijkl dans une carte pour les champs de tenseurs 4-fois covariants et
|E| = Eij E ij pour les champs de tenseurs 2-fois covariantes, où les T ijkl et E ij
sont les composantes dans la carte des champs contravariants T ♯ et E ♯ construits
via l’isomorphisme musical consistant à remonter les indices par contraction simple
avec g −1 (sur chaque indice).
Les deux intégrales du Théorème 11.19 sont donc remarquablement des invari-
ants topologiques. En particulier, le résultat est particulièment marquant, quelque
soit la métrique riemannienne placée sur M , elles donnent le même entier. Pour
la sphère en dimension paire, χ(S 2n ) = 2. On pourra par ailleurs montrer que
χ(M1 × M2 ) = χ(M1 )χ(M2 ) (en particulier pour toute variété de dimension paire
obtenue comme produit de deux variétés de dimensions impaires, la caractéristique
d’Euler-Poincaré vaut 0. Cette propriété, le Théorème 11.19, la classification des
variétés à courbure sectionnelle constante et l’étude du passage au revêtement uni-
versel permettent de montrer que parmi toutes les métriques riemanniennes possi-
bles sur S 1 × S 3 , il n’existe pas de métrique qui soit d’Einstein.
Biographie - Quelques Ouvrages

Marcel Berger - Bernard Gostiaux, Differential Geometry: Manifolds, Curves,


and Surfaces, Springer-Verlag,1988.

Arthur L. Besse, Einstein Manifolds, Springer-Verlag, 1987.

Glen E. Bredon, Topology and Geometry, Springer-Verlag, 1993.

Henri Cartan, Cours de Calcul Différentiel, Hermann, 1982.

Isaac Chavel, Riemannian geometry: a modern introduction, Cambridge Univer-


sity Press, 1993.

Georges de Rham, Differentiable manifolds, Springer, 1984.

Sylvain Gallot - Dominique Hulin - Jacques Lafontaine, Riemannian Ge-


ometry, Springer-Verlag, 1993.

Emmanuel Hebey, Introduction à l’analyse non linéaire sur les variétés, Diderot
Editeur, 1997.

Morris W. Hirsch, Differential Topology, Springer-Verlag, 1976.

Max Karoubi - Christian Leruste, Algebraic topology via differential geometry,


London Mathematical Society, Cambridge University Press, 1987.

Shoshichi Kobayashi - Katsumi Nomizu, Foundations of differential geometry,


Vol. I et II, John Wiley & Sons, 1963.

Serge Lang, Introduction aux variétés différentiables, Dunod, 1962.

Charles-Michel Marle, Mesure et probabilités, Hermann, 1974.

R. Tyrrell Rockafellar, Convex Analysis, Princeton University Press, 1997.

Laurent Schwartz, Analyse - Topologie générale et analyse fonctionnelle, Her-


mann, 1970.

Michael Spivak, A comprehensive introduction to differential geometry, Tomes I


à V, Publish or Perish Inc., 1979.

219

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