Explication linéaire 1 : Acte I Scène 2
COMMENT, ALORS QU’ON S’ATTEND A LA NAISSANCE D’UN NOUVEL AMOUR ET A UNE SCENE DE
RETROUVAILLES, L’EXTRAIT ANNONCE-T-IL UN AMOUR CONTRARIE A TRAVERS LES JEUX DU COEUR
ET DE LA PAROLE ?
Le poète et dramaturge Alfred de Musset (1810-1857) a écrit On ne badine pas avec l’amour en 1854, à
l’âge de 24 ans. Cette pièce de théâtre met en scène deux personnages principaux, Camille et Perdican,
cousins et amis d’enfance. Ils se retrouvent après dix années de séparation au château de Baron, père de
Perdican. Celui-ci à l’intention de les marier. La scène 2 de l’acte I fait partie de la scène d’exposition ,
permettant de présenter les personnages.
LECTURE A VOIX HAUTE
Nous allons voir comment alors qu’on s’attend à une scène de retrouvailles et à la naissance d’un nouvel
amour, l’extrait annonce-t-il un amour contrarié à travers les jeux du coeur et de la parole. Dans un
premier temps, nous verrons des retrouvailles surprenantes de la ligne 1 à 19 puis le mécontentement du
baron de la ligne 20 à la fin.
MOUVEMENT 1 : DES RETROUVAILLES SURPRENANTES
Perdican entre d'un côté, Camille de l'autre.
LE BARON. Bonjour, mes enfants ; bonjour, ma chère Camille, mon cher Perdican ! Embrassez-moi, et
embrassez-vous.
PERDICAN. Bonjour, mon père, ma sœur bien-aimée ! Quel bonheur ! Que je suis heureux !
CAMILLE. Mon père et mon cousin, je vous salue.
PERDICAN. Comme te voilà grande, Camille ! Et belle comme le jour !
LE BARON. Quand as-tu quitté Paris, Perdican ?
PERDICAN. Mercredi, je crois, ou mardi. Comme te voilà métamorphosée en femme ! Je suis donc un
homme, moi ? Il me semble que c'est hier que je t'ai vue pas plus haute que cela.
LE BARON. Vous devez être fatigués ; la route est longue, et il fait chaud.
PERDICAN. Oh ! Mon Dieu, non. Regardez donc, mon père, comme Camille est jolie !
LE BARON. Allons, Camille, embrasse ton cousin.
CAMILLE. Excusez-moi.
LE BARON. Un compliment vaut un baiser ; embrasse-la, Perdican.
PERDICAN. Si ma cousine recule quand je lui tends la main, je vous dirai à mon tour : Excusez-moi ;
l'amour peut voler un baiser, mais non pas l'amitié.
CAMILLE. L'amitié ni l'amour ne doivent recevoir que ce qu'ils peuvent rendre.
⇒ Empressement du baron qui joue son rôle d’entremetteur et relance la discussion car il n’y a pas de
vrai dialogue.
→ C’est le premier à parler
→ Il pose les questions
→ Répliques courtes et rapides
→ Déterminants possessifs
Explication linéaire 1 : Acte I Scène 2 1
⇒ Enthousiasme de Perdican
→ Champ lexical mélioratif
⇒ Comportement de Camille
→ Registre formel
→ Ponctuation
→ Répliques rapides
→ Formule de politesse
→ Mise en retrait (phrases déclaratives = neutre)
→ 3 prises de parole (opposition avec le baron)
→ Elle reste froide et mesurée (religion)
→ Les retrouvailles sont décevantes avec une non réciprocité des sentiments.
⇒ Comportement de Perdican
→ Phrases exclamatives
→ Réponses courtes aux questions du baron / réponses courtes
→ Remarques sur Camille
→ Comparaison
→ Il complimente
→ Nostalgie de l’enfance et des retrouvailles
→ Changement de statut entre les deux
→ Apparition de sentiments amoureux
→ Pas de vrai dialogue
⇒ Réaction de Perdican
→ Marque de respect
→ Glissement sémantique entre amour et amitié
→ Maniement des mots plus facile / badinage
MOUVEMENT 2 : LE MECONTENTEMENT DU BARON
LE BARON, à maître Bridaine. Voilà un commencement de mauvais augure, hé ?
MAÎTRE BRIDAINE, au baron. Trop de pudeur est sans doute un défaut ; mais le mariage lève bien des
scrupules.
LE BARON, à maître Bridaine. Je suis choqué, - blessé ?. Cette réponse m'a déplu. ? Excusez-moi !
Avez-vous vu qu'elle a fait mine de se signer ? Venez ici que je vous parle. ? Cela m'est pénible au
dernier point. Ce moment, qui devait m'être si doux, est complètement gâté. ? Je suis vexé, piqué. ?
Diable ! Voilà qui est fort mauvais.
⇒ Réaction du baron à l’attitude de Perdican et Camille
→ Interjection / affirmation
→ Aparté entre les deux adultes
→ Pessimisme et déception du baron
Explication linéaire 1 : Acte I Scène 2 2
→ Mauvaise augure : tonalité tragique et exagération
⇒ Pessimisme de Bridaine
→ Répétition des phrases de Camille pour se moquer d’elle et de son éducation
→ Camille est religieuse = trop prude et timide
⇒ Importance que le baron se donne
→ Champ lexical de la vexation
→ Antithèse (”doux”/ “gâté”)
⇒ Le baron comique
→ Comique de parole (répliques/ phrases courtes)
→ Remise en question de l’autorité du baron
Cette scène d’exposition est essentielle pour comprendre comment l’intrigue se noue. Initialement prévue
par le Baron et Maître Bridaine comme un moment de grande félicité, les retrouvailles entre les cousins
leur échappent. Loin de se dérouler dans un cadre intime, elles sont données à voir en public. A
l’enthousiasme de Perdican répond la froideur de Camille. Le lecteur/ spectateur comprend alors que les
personnages sont diamétralement opposés. L’une est attirée par la religion, par le ciel, pendant que l’autre
est attirée par des choses plus ordinaires, par la terre. Dans la suite de la pièce, ce décalage va nourrir
l’amertume, la rancœur. Puis, le désir de vengeance de Perdican qui utilisera la jeune paysanne Rosette,
comme pièce de son stratagème.
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