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Procédé innovant de protection du bois

Le CEA/ARC-Nucléart de Grenoble a développé un nouveau procédé d'imprégnation du bois par résine pour stabiliser ses dimensions face aux variations d'humidité. Ce procédé, qui se limite à une simple opération d'autoclavage, vise à améliorer la durabilité du bois, notamment pour des applications extérieures et intérieures. L'innovation répond à la nécessité de remplacer les traitements chimiques traditionnels, souvent nocifs pour l'environnement et la santé.

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Procédé innovant de protection du bois

Le CEA/ARC-Nucléart de Grenoble a développé un nouveau procédé d'imprégnation du bois par résine pour stabiliser ses dimensions face aux variations d'humidité. Ce procédé, qui se limite à une simple opération d'autoclavage, vise à améliorer la durabilité du bois, notamment pour des applications extérieures et intérieures. L'innovation répond à la nécessité de remplacer les traitements chimiques traditionnels, souvent nocifs pour l'environnement et la santé.

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INNOVATION

Nouveau procédé de protection


du bois contre l’humidité
par Gilles CHAUMAT

Le CEA/ARC-Nucléart de Grenoble vient de développer un procédé d’impré-


gnation du bois par une résine afin de stabiliser ses dimensions lorsque celui-
ci est soumis à des variations hygrométriques importantes

blancs : érable, bouleau, tilleul, charme, sapin, pin) Site internet


et jusqu’à quelques années pour les plus résistantes [Link]
Gilles CHAUMAT est ingénieur de recherche
au laboratoire ARC-Nucléart au sein du CEA de (chêne, châtaignier, robinier, mélèze), exceptées
Grenoble. Il est chargé de développer de nou- pour certaines essences de bois exotiques particuliè-
veaux procédés de conservation du bois dans le rement résistantes (acajou, ébène, teck...) dont le
domaine du patrimoine culturel et dans le commerce est de plus en plus limité pour sauvegar-
domaine industriel pour la filière bois der les forêts tropicales.
En outre, les propriétés physico-chimiques du bois
sont fortement anisotropes et dépendent à la fois de
1. Contexte l’essence et des conditions de croissance de l’arbre
qui a fourni le bois. Nous avons donc à faire à un
La stabilisation du bois, notamment vis-à-vis des matériau fortement non reproductible.
intempéries extérieures, fait l’objet de nombreuses
recherches suite à des décisions qui viennent d’être Toutes ces raisons évoquées expliquent en partie
prises pour limiter, voire interdire des procédés de que le bois soit actuellement fortement concurrencé
stabilisation chimiques utilisés jusqu’à présent. Ces par des matériaux de synthèse plus stables et moins
techniques sont en effet reconnues pour être complexes dans leur comportement tels que l’alumi-
particulièrement dangereuses pour l’environnement nium, l’acier, le béton armé, les matières plastiques
et parfois aussi pour les personnes. comme le PVC.
Nous présentons dans ce dossier un procédé qui Le développement et l’industrialisation de nou-
vient d’être développé au CEA/ARC-Nucléart visant à veaux procédés de préservation et de stabilisation du
stabiliser le dimensionnel du bois lorsque celui-ci est bois constituent donc l’un des enjeux majeurs de la
soumis à des variations hygrométriques de l’air impor- filière bois pour les années à venir, en particulier pour
tantes. Le principal avantage de cette technique est sa les applications qui nécessitent une protection du
simplicité, car elle se limite à une simple opération bois vis-à-vis des agressions induites par l’humidité :
d’imprégnation en volume du bois par autoclavage. — pour des bois maintenus à l’extérieur : bardage,
Cette étude se poursuit actuellement orientée vers volet, fenêtre, porte, portail, et autres éléments de
deux applications potentielles : la stabilisation du par- menuiserie extérieure, piquets, pancartes, poteaux,
quet massif en bois et la menuiserie extérieure. mobilier de jardin, etc. ;
— pour des applications en intérieur : charpente,
1.1 Besoins mobilier (salle de bain et cuisine), parquet, etc. ;
Le bois est un matériau de structure très couram- — ouvrages d’art en bois (ponts, passerelles,
ment utilisé, en particulier dans les secteurs du bâti- structures, charpentes, etc.) ;
ment, de la décoration et de l’ameublement. Il — pièces en bois en contact avec l’eau de mer.
présente l’avantage d’être renouvelable et relative-
ment bon marché. Autant son utilisation est très lar- 1.2 Procédés industriels actuels
gement répandue pour des usages intérieurs
(charpente, menuiserie intérieure, mobilier, par- 1.2.1 Traitements de surface du bois
quets, plafonds, etc.), autant son usage extérieur est Dans le domaine de la préservation du bois, des
fortement limité à la fois par sa biodégradabilité résines, des vernis, des huiles, des lasures sont
(bactéries, champignons, algues et insectes) et son généralement utilisés. Ces produits contiennent sou-
instabilité dimensionnelle vis-à-vis de l’humidité. vent des matières grasses diverses, ainsi que des
Notamment, le bois issu des essences européen- polymères de synthèses hydrophobes ; les meilleurs
nes est naturellement peu résistant à l’extérieur. produits de préservation sont formulés à partir de
Sans aucun traitement, le bois est altéré en quelques polyuréthane [1] [2]. Cette famille de polymères
mois pour les essences les moins résistantes (bois est très connue pour sa bonne résistance à l’eau. Ces

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Par ailleurs, la plus grande limite de ce procédé


Anciens procédés vient du fait que l’intégralité physique du bois n’est
pas préservée pendant le traitement. En effet,
Les contraintes environnementales imposent l’hémicellulose est détruite au cours du traitement de
de substituer progressivement aux traitements manière irréversible. Les propriétés mécaniques du
traditionnels de préservation par voie chimique bois sont dégradées pendant le traitement, notam-
des procédés à la fois plus respectueux de l’envi- ment sa limite à la rupture rendant le bois plus cas-
ronnement, et moins critiques vis-à-vis de la sant et plus fragile. Plusieurs variantes de ce type de
santé publique. Les procédés traditionnels con- traitement ont été développées industriellement en
sistent à imprégner le bois à cœur avec des subs- faisant varier la température de traitement, la pres-
tances biocides généralement très toxiques. Les sion de vapeur d’eau dans l’enceinte ou en rajoutant
produits les plus utilisés étaient les sels de Cui- des additifs comme de l’huile (par exemple, de l’huile
vre-Chrome-Arsenic (procédé CCA) qui posent de lin naturellement fortement insaturée qui peut
un problème de retraitement des déchets et la participer à la polycondensation).
créosote (goudron issu du pétrole riche en pro-
duits aromatiques) qui est cancérigène et pol- 1.2.3 Greffage chimique du bois
luant du sol. La mise en œuvre de ces procédés
de traitement et le commerce des bois ainsi trai-
tés sont désormais fortement restreints, voire Toujours dans un contexte industriel, mais
pratiquement interdits en Europe et en Amérique parfois encore limitées à un niveau laboratoire,
du Nord. de nombreuses techniques reposant sur l’utilisa-
tion de résines réactives peuvent permettre le
greffage chimique des fonctions hydroxyles
résines sont couramment utilisées en tant que pro- ⎯ OH du bois qui sont à la fois responsables de
duits de préservation du bois sous forme d’oligomè- l’instabilité dimensionnelle du bois et de sa bio-
res ou pré-polymères de grandes tailles moléculaires dégradabilité.
(masses molaires supérieures à 1 000 g) qui
nécessitent l’emploi en général de solvants organi-
ques pour les mettre en œuvre sous forme d’un Les fonctions hydroxyles de la cellulose, de la
liquide suffisamment fluide (base white spirit). En lignine et des hémicelluloses sont les plus réactives
raison de la grande taille de ces molécules, il n’y a dans le bois et permettent un greffage chimique avec
pas de pénétration des principes actifs dans l’intimité création de liaisons covalentes entre le bois et une
de la microstructure des parois cellulaires du bois. En molécule « greffon ». Il existe dans la littérature plu-
outre, l’emploi des ces produits se limite à un simple sieurs grandes familles de fonction réactive suscepti-
traitement de surface dont la pénétration est généra- bles de réagir sur les groupements ( C ⎯ OH ) : les
lement très faible (< 1 mm) : ce type de procédé se formaldéhydes (formica : mélamine-formol), les
contente d’établir un film protecteur hydrophobe à anhydrides (acétylation ou estérification du bois) [5]
partir de polymères de synthèse adhérents à la sur- [6], l’alcool fulfuryl (fulfurisation du bois) [7], les iso-
face du bois. Ces traitements de surface ne sont pas cyanates (apparition de fonction uréthanne) [8] [9]
durables dans le temps : il est souvent nécessaire de et les époxydes (apparition des fonctions éther dans
« reconstituer » une nouvelle couche de résine pro- le bois).
tectrice tous les 3-5 ans pour du bois exposé aux À l’heure actuelle, seules les trois premières
intempéries en raison de son instabilité vis-à-vis du familles de composés font l’objet d’applications
rayonnement UV du soleil. industrielles ; les autres formulations sont encore à
un stade de mise au point en laboratoire. Malgré une
1.2.2 Traitement thermique bonne efficacité de traitement en terme de stabilisa-
tion du bois, la principale limite du greffage chimique
Dans le domaine industriel, l’état de l’art men- du bois est de manière générale la lourdeur des pro-
tionne l’emploi de procédés de traitement thermi- cédés mis en œuvre associée à des coûts de produc-
que ou de « torréfaction » pour stabiliser le bois tion élevés.
[3] [4]. Cette technique consiste à soumettre le Par définition, ces méthodes utilisent des réactifs
bois à un traitement thermique dans des condi- susceptibles de réagir sur l’hydrogène labile des
tions contrôlées afin de provoquer des réactions fonctions hydroxyles du bois ( C ⎯ OH ) ; par consé-
de thermocondensation au niveau de l’hémi- quent, ces produits sont généralement toxiques avec
celluloses du bois. un risque important de brûlure en cas de contact
avec les muqueuses ou la peau. Leur utilisation
Une opération de « torréfaction » est habituelle- nécessitera des mesures de prévention en terme de
ment réalisée sous atmosphère neutre ou réductrice sécurité très lourdes et parfois complètement prohi-
sur du bois plus ou moins séché, en soumettant bitives par rapport à ce que la filière bois peut sup-
celui-ci à une température supérieure à 180 ˚C porter.
pendant un temps suffisamment long pour que la
totalité de la masse du bois traité atteigne la tempé- Par exemple, l’utilisation de réactifs tel que les
rature de traitement. Les conditions opératoires isocyanates en grande quantité nécessiterait le
dépendent très fortement de la quantité et de la géo- classement de l’entreprise en classe SEVESO.
métrie des éléments de bois qu’il faut traiter dans
une étuve ; le moindre écart en température et/ou
en durée de traitement remet en cause l’homogé- Un autre inconvénient important des procédés de
néité du traitement sur le lot de bois considéré. greffage est la nécessité de « nettoyer » le bois

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avant utilisation et commercialisation des produits cissement de la résine est obtenu par sa polymé-
ainsi traités. En effet, il est nécessaire de retirer du risation radicalaire induite par l’action du
bois : rayonnement gamma. Ce rayonnement ionisant a le
pouvoir de pénétrer profondément dans le matériau,
— les réactifs en excès. Il est pratiquement impos-
ce qui assure une polymérisation homogène dans tout
sible de connaître à l’avance la quantité de fonctions
le volume de l’objet. La réaction de polymérisation
hydroxyles « disponibles » dans un volume de bois.
s’effectue dans un équipement spécifique appelé
Par conséquent, cette non-maîtrise de la stœchiomé-
« irradiateur » où est confinée la source de rayonne-
trie des réactions entre le produit réactif introduit
ment de Cobalt 60. La dose appliquée est en moyenne
dans le bois et les fonctions alcool du bois impose de
de l’ordre de 20 kGrays. Le Gray est une unité
mettre le réactif en excès ; excès qu’il faudra bien de dose d’irradiation
éliminer ou neutraliser à la fin du traitement de gref- Avantages et inconvénients du procédé de 1 Gray = 1 Joule de
fage proprement dit ; densification du bois : rayonnement déposé
dans 1 kg de matière
— d’importantes quantités de solvants organiques, — généralement, il y a une prise de poids impor-
généralement nocifs, voire toxique, qu’il est néces- tante selon l’essence de bois considéré. Bien que
saire d’utiliser pour imprégner le bois avec le réactif pour des bois très denses comme l’acajou ou le buis
considéré. Il n’est pas possible d’utiliser l’eau ou un l’imprégnation est difficile, les prises de masse peu-
alcool simple comme vecteur car ces produits juste- vent dépasser largement 50 % par rapport à la
ment sont suffisamment polaires pour réagir directe- masse initiale de l’objet pour des essences plus
ment avec le réactif qu’ils sont censés transporter au « poreuses » ;
sein du bois ; — au sujet de la couleur finale, il est observé un
— les produits de réaction quand ils existent. Pour léger brunissement du bois en raison de l’imprégna-
certains systèmes réactionnels l’opération de gref- tion du bois par la résine ;
fage du bois s’accompagne de produits de réaction — mais la principale limite du procédé reste en
non liés à la structure du bois. Dans le cas de l’acéty- premier lieu son coût et la lourdeur de sa mise en
lation par un anhydride d’acide, une estérification œuvre avec nécessité notamment de déplacer
d’une fonction alcool va libérer un acide carboxylique l’ensemble du bois traité vers un irradiateur
dans le bois qui pourra par la suite favoriser parado- industriel ;
xalement la dégradation chimique du bois en faisant — si le bois s’est bien imprégné, les propriétés
baisser artificiellement le pH interne du bois. mécaniques sont sensiblement améliorées avec
notamment un fort durcissement du bois et une con-
1.2.4 Densification du bois
solidation très efficace du matériau par rapport à son
état initial ;
Un dernier procédé de stabilisation du bois — le bois devient moins sensible aux infestations
connu à l’échelle industrielle, notamment dans le biologiques (attaque fongique, insectes, algues) en
domaine des parquets, consiste à « densifier » raison des quantités importantes de résine hydro-
le bois en utilisant des méthodes physiques phobe injectées pendant le traitement ;
d’irradiation pour polymériser in-situ un précur- — en revanche, le bois densifié reste toujours
seur de polymère liquide au sein de la porosité du aussi sensible à l’humidité, puisque le traitement n’a
bois [10] [11]. en rien modifier la composition chimique des princi-
paux constituants du bois : rien n’empêche celui-ci
Ces traitements sont utilisés par ARC-Nucléart de gonfler à nouveau en présence d’humidité.
pour consolider des vestiges en bois très dégradé du
patrimoine culturel : parquets historiques, mobilier 2. Procédé original
et statuaire.
de stabilisation dimension-
Le procédé comprend deux étapes distinctes
comme suit. nelle du bois
— L’imprégnation du bois par une résine 2.1 Principe
(durée quelques jours) : au préalable, l’objet à
traiter doit être sec. La présence d’eau empêcherait Après plusieurs années de recherche sur la stabili-
la polymérisation de la résine. L’objet est disposé sation dimensionnelle du bois, le laboratoire ARC-
dans un autoclave étanche. Dans un premier temps, Nucléart (CEA-Grenoble) propose un traitement non
un vide partiel permet d’extraire l’air contenu dans la réactif basé sur une simple imprégnation du bois.
porosité du bois ; ainsi lorsque la résine liquide
immerge l’objet, elle pénètre aisément dans le maté-
riau jusqu’à cœur. Cette technique d’imprégnation Le principe du traitement est de pouvoir rem-
par autoclavage assure une répartition homogène de placer, à l’état gonflé du bois, l’eau liée par une
la résine en profondeur, critère difficilement atteint résine extérieure qui contrairement à l’eau ne
par les techniques traditionnelles de trempage ou pourra pas s’évaporer.
d’injection par seringue. La résine choisie est généra-
lement une résine thermodurcissable faisant partie Le bois ainsi resterait artificiellement toujours dans
de la famille des « styrène-polyesters » ; des résines un état « semi-gonflé » (figure 1), ce qui assure une
thermoplastique comme les acryliques peuvent con- meilleure stabilité dimensionnelle. Ce procédé sur le
venir aussi. principe est assez proche du greffage chimique du
— La radiopolymérisation (durée : une bois, il vise à traiter la paroi cellulaire du bois et non
journée) : après avoir retiré l’objet du bain, le dur- pas seulement les lumens (figure 2). En revanche,

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Structure poreuse du bois

Agent gonflant (traits oranges) du bois et solvant (en vert)


d'une molécule capable d'établir des liaisons « hydrogène »
avec les constituants du bois

Faisceau de fibres

a b
c

a<c<b

a bois sec b bois gonflé c bois sec semi gonflé

Figure 1 – Principe de traitement de stabilisation dimensionnelle du bois

L’efficacité du traitement en terme de stabilisation


Paroi du bois du traitement repose sur le choix de la résine.
cellulaire Lumen Cette « résine stabilisante » doit vérifier plusieurs
conditions essentielles :
— la résine doit être capable de pénétrer dans
l’intimité de la paroi cellulaire pour pouvoir remplacer
une partie de l’eau liée. Le produit utilisé doit être
suffisamment polaire pour permettre sa diffusion
dans les porosités du bois de calibre compris entre 10
à 100 nm : cette polarité de la résine est nécessaire
pour que la molécule établisse des liaisons
« hydrogène » avec les fonctions hydroxyles
( C ⎯ OH ) disponibles du bois et permettre ainsi sa
diffusion dans la paroi cellulaire. La diffusion de la
résine dépendra aussi fortement de la structure de sa
molécule : les structures aliphatiques peu ramifiées
d’une longueur petite ou moyenne seront mieux
adaptées comparativement à des structures aromati-
Figure 2 – Microstructure d’un bois de hêtre dégradé ques ou des chaînes trop longues (poids moléculaire
qui permet de distinguer les lumens ou pores du bois supérieure à 10 000) ;
MEB : microscope élec- des parois cellulaires (MEB) — paradoxalement, il ne faut pas non plus que la
tronique à balayage
résine d’imprégnation soit trop polaire, car celle-ci
dans la nouvelle approche, les liaisons covalentes du doit rester strictement insoluble dans l’eau. En effet,
greffage sont substituées par des liaisons en cas d’exposition du bois à l’eau pluviale, l’effica-
« hydrogène » réversibles. Sur le plan pratique, une cité du traitement doit pouvoir être maintenue.
telle approche permet : Plusieurs formulations de résine vérifiant les critè-
— d’éviter l’utilisation de produits chimiques toxi- res précédents ont été identifiées dans les familles
ques, car contrairement au greffage, il ne devient des polyuréthannes et des polyalkylènes éther gly-
plus nécessaire de faire réagir un réactif sur les com- cols. Les meilleurs résultats ont été obtenus avec le
posés constitutifs du bois ; composé : poly tétraméthylène éther de glycol
— de conserver les propriétés intrinsèques du bois de taille moléculaire 650. Par la suite, nous nomme-
(propriétés mécaniques, aspect esthétique) contrai- rons cette molécule par l’abrégé PTMEG 650 [12].
rement aux procédés de torréfaction ; Ce produit est disponible commercialement à une
échelle industrielle ; il est très utilisé comme précur-
— d’utiliser les outils industriels d’imprégnation du
seur pour la formulation de certains polymères,
bois déjà existants. Ces techniques d’imprégnation
notamment pour les fibres textiles. La structure chi-
sont des procédés d’autoclavage du bois réalisés en
mique de la molécule de PTMEG 650 est la suivante :
deux étapes distinctes : une mise sous vide du bois
pour le dégazer suivie d’une immersion dans l’impré-
gnant sous forme liquide avec une surpression de HO ⎯ ( CH 2 ⎯ CH 2 ⎯ CH 2 ⎯ CH 2 ⎯ O ) n ⎯ H
quelques bars pour permettre une bonne diffusion de
la résine jusqu’au cœur du bois. avec n proche de 10.

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Tableau 1 – Exemples d’ASE relevés sur un échantillon de hêtre traité


au PTMEG après des cycles d’humidification/séchage
Nombre de cycle d’humidification/séchage 1 2 3 4 5 6 7
ASE (%) 68 64 60 63 64 61 62

2.2 Mise en œuvre alcool est thermodynamiquement plus stable qu’une


liaison « hydrogène » alcool-alcool.
L’imprégnation du bois pourra être réalisée selon la
technique d’autoclavage décrite précédemment,
mais il ne sera pas possible d’utiliser l’eau pure 3. Conclusion. Perspectives L’autoclavage est
le procédé « vide
comme vecteur de la résine car celle-ci est choisie pression » décrit dans
insoluble à l’eau. Nous utilisons un ternaire étha- Pour compléter l’étude, il serait bon de poursuivre le § 1.2.4 sur la densifi-
nol+eau+résine pour constituer le bain de traite- les expériences de lixiviation, mais en montant la cation du bois

ment. La présence d’eau permet de limiter les température au-dessus de 30 ˚C pour connaître les
quantités d’éthanol utilisées et surtout permet limites du procédé. Une application en extérieur
d’avoir un gonflement maximal du bois pendant la nécessite aussi une bonne résistance aux infestations
phase d’imprégnation. Il faut en effet que la struc- biologiques (algues, champignons, insectes). Des
ture du bois soit la plus « ouverte » possible pour essais sont en cours de réalisation par le laboratoire
atteindre la meilleure diffusion de la résine possible ARC-Nucléart pour connaître l’effet du traitement vis-
dans l’intimité des parois cellulaires. à-vis d’attaques de certaines sources fongiques,
particulièrement lignivores selon la norme internatio-
Afin de garantir une bonne cinétique de l’impré- nale EN 113. Le fait d’imprégner au niveau des
gnation, nous préconisons de chauffer l’autoclave à microfibrilles du bois une résine hydrophobe pourrait EN 113 : Produits de
60 ˚C. Les durées des deux étapes (mise sous vide, en effet gêner le développement des organismes préservation du bois.
imprégnation sous pression) sont déterminées selon Méthode d’essai pour
vivants. déterminer l’efficacité
la géométrie des objets en bois à traiter. protectrice vis-à-vis
En terme d’industrialisation du procédé, les appli- des champignons basi-
cations visées actuellement sont le parquet en bois, diomycétes lignivores.
2.3 Efficacité du traitement notamment le parquet massif à large lames
Détermination du seuil
d’efficacité
La stabilisation dimensionnelle du bois peut être particulièrement sensible à l’hygrométrie de l’air et
exprimée par le paramètre dénommé ASE (Anti l’application menuiserie extérieure (porte, fenê-
Shrinkage Efficiency). L’ASE est défini par l’équation tre, volet) qui nécessite aussi une très bonne stabili-
suivante : sation dimensionnelle du bois.
ASE(%) = 100(Sbois non traité − Sbois traité)/Sbois non traité
avec la définition suivante de S :
Sbois traité ou non (%) Références bibliographiques
= 100(Volumebois humide − Volumebois sec)/Volumebois sec

Le bois est séché en étuve à 60 ˚C pendant [1] MATSUSHITA ELECTRIC WORKS LTD. – Preparation of
24 heures et le bois est humidifié par immersion inorganic board having finished surface by laying woo-
dans l’eau à 20 ˚C pendant 24 heures pour des géo- den plate on core of urethane resin and binder, then
shaped and cold pressing. Brevet no 59088383, Japon
métries peu massives de l’ordre de quelques cm3. (1984).
Selon les conditions de séchage et d’humidification [2] PARK (S.B.). – Development of surface improvement
citées précédemment, le coefficient ASE d’un bois technique of Japanese larch flooring board. Journal of
traité selon le procédé est généralement supérieur à the Korean Wood Science and technology, 27(3), 31-38
50 %, même après plusieurs cycles d’humidification/ (1999).
séchage (tableau 1). [3] PERSENAIRE (O.) et DUBOIS (P.). – Procédé de traite-
ment d’un élément en bois. Brevet No EP 1 447 189,
Belgique (2005).
2.4 Limites
[4] WEILAND (J.J.). – Étude physico-chimique du traite-
Le procédé est en quelque sorte une variante du ment thermique du bois. Optimisation des paramètres
procédé de greffage, à la différence près que l’on du procédé de rétification ®. Thèse École des Mines de
remplace des liaisons covalentes irréversibles entre St. Étienne, 2000.
le bois et la résine par des liaisons « hydrogène » [5] HILL (C.A.S.) et OZMEN (N.). – Potential catalysts for
réversibles. Cette réversibilité constitue la princi- the acetylation of wood. Holzforschung, 54(3), 2000,
pp. 269-272.
pale limite du procédé de stabilisation. Même si la
résine est choisie insoluble dans l’eau, elle n’empê- [6] BECKERS (E.P.J.), MEIJER (M.) et MILITZ (H.). – Per-
formance of finishes on wood that is chemically modi-
che pas en cas d’immersion forcée du bois dans l’eau
fied by acetylation. Journal of Coating Technology,
sur une longue période à ce que l’eau diffuse à tra- 70(878), pp. 59-67 (1998).
vers la structure du bois pour établir des liaisons
[7] WESTIN (M.), LANDE (S.) et SCHNEIDER (M.). – Furfu-
« hydrogène » eau-bois au détriment des liaisons rylation of wood – Process, Properties and Commercial
« hydrogène » résine-bois. En effet, en raison de la Production – Proceedings of teh first European confer-
plus forte polarité de l’eau par rapport à une fonction ence on wood modification, Ghent, Belgium 3-4 April
alcool ( C ⎯ OH ) , une liaison « hydrogène » eau- 2003, pp. 289-306 (2003).

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[8] WEST (H.) et BANKS (W.B.). – Preparation of buthyl [11] SAUNDERS (C.B.), SINGH (A.) et al. – Electron beam
carbamates of wood. Wood and Cellulosics 1987 curing of aramid-fiber-reinforced composites. Radia-
pp. 135-142 Ellis Horwood limited Chichester.
tion Effects on Polymers, ACS Symposium Series 475,
[9] ROWELL (R.M.) et ELLIS (W.D.). – Chemical modifica- published by American Chemical Society, pp. 251-261
tion of wood : reaction of methyl isocyanate with
southern pine. Wood Science, 12(1), 52-58 (1979). (1991).
[10] LOPEZ (D.) et BURILLO (G.). – Gamma-ray irradiation [12] CHAUMAT (G.) et ALBINO (C.). – Procédé de stabilisa-
of polystyren in the presence of the cross-linking
agent. Radiation Effects on Polymers, ACS Symposium tion par imprégnation d’un substrat en un matériau
Series 475, published by American Chemical Society, comprenant du bois. Brevet No 05 06549 du 28 Juin
pp. 262-270 (1991). 2005.

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