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Bibliothèques électroniques et centrales : enjeux

Le document traite de l'évolution des bibliothèques, en mettant en avant l'importance croissante des ressources électroniques et des bibliothèques centrales pour les chercheurs. Il souligne la nécessité d'un interlocuteur physique, comme un bibliothécaire, malgré la tendance à l'autonomie dans la recherche documentaire. Enfin, il aborde les défis liés à la compréhension des coûts des ressources documentaires et à l'utilisation des services offerts par les bibliothèques centrales.

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Bibliothèques électroniques et centrales : enjeux

Le document traite de l'évolution des bibliothèques, en mettant en avant l'importance croissante des ressources électroniques et des bibliothèques centrales pour les chercheurs. Il souligne la nécessité d'un interlocuteur physique, comme un bibliothécaire, malgré la tendance à l'autonomie dans la recherche documentaire. Enfin, il aborde les défis liés à la compréhension des coûts des ressources documentaires et à l'utilisation des services offerts par les bibliothèques centrales.

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comme l’explique B.

Chevassus-au-Louis : […] ce qui apparaît maintenant, ce


sont les fonds documentaires virtuels en commun. Créer [des dossiers communs]
dans des réseaux d’ordinateurs de laboratoire, généralement sur un sujet, parce
que cela prend quand même un petit peu de temps d’aller chercher en ligne. Une
fois que vous avez récupéré le fichier, vous l’indexez en commun et tout le monde
peut accéder à ce fichier commun et, à la limite, lire en même temps le même
papier ce qui est un énorme avantage. Cela existe mais c’est souvent, en tout cas
pour ce que je connais, des outils non durables.

2.1.3. La bibliothèque électronique

Répondant idéalement à ce besoin d’accumuler la documentation à


proximité, l’irruption de la documentation électronique n’a pu que conforter les
chercheurs dans cette pratique.

Si les revues ou les bases de données payantes sont utiles aux chercheurs,
parallèlement, ils utilisent aussi beaucoup de documentation « gratuite » sur
Internet : pre-prints, actes de congrès ou de colloques, workshops, sommaires ou
résumés de revues, voire résultats de recherches documentaires directement
effectuées sur un moteur type Google.
En général, les ressources en ligne correspondent aux besoins des
chercheurs. B. Miroux explique : 99% des articles, nous les avons par le réseau. ;
J.-J. Benayoun : A part les bouquins, on a quasiment tout sur le web.
Ces bibliothèques virtuelles tendraient même, dans l’esprit de certains
scientifiques, à supplanter à terme les bibliothèques traditionnelles : des
bibliothèques virtuelles se mettent en place qui sont beaucoup plus puissantes que
le lieu, la bibliothèque dans un bâtiment. […] Nous avons donc accès par Internet
à une documentation qui est en général largement suffisante. Il est donc assez
rare, mais il arrive néanmoins, que nous soyons obligés d’aller dans un lieu, c’est-
à-dire une bibliothèque (B. Miroux). B. Chevassus-au-Louis confirme : Quand on
y va maintenant [à la bibliothèque], c’est parce qu’on n’a pas trouvé sur le net.

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Les intranets des institutions, quand ils existent, sont utilisés pour y trouver
des documents élaborés en interne.

Mais une grande confusion règne vis à vis de l’offre électronique. Les
frontières entre documentation gratuite et payante sont souvent floues. B. Miroux :
nous avons accès à une documentation qui est vaste, qui est gratuite (qui est
payante, mais c’est l’institution qui paye, ce n’est pas nous en tant qu’individus).
Le chercheur voit avant tout la pertinence du résultat de sa recherche
documentaire mais il n’a que très rarement conscience du travail de classement ou
d’ordonnancement des données qu’il peut y avoir en amont ; or les éditeurs de
revues ou de bases de données en ligne font souvent payer fort cher ce travail à
leurs clients.
Les coûts de la documentation électronique payante sont très souvent mal
connus. La question Avez-vous une idée du coût de ces revues ou de ces bases de
données ? suscite bien souvent des réponses très vagues : Je ne sais pas les coûts
(S. Berry) ; Aucune (J.-J. Benayoun) ; C’est cher, mais vraiment cher (Y. Colin de
Verdière) ; ce n’est pas donné ! (J.-M. Bertrand).
Si dans l’ensemble, ils sont conscients du coût élevé de la documentation
électronique, ils ne savent pas le chiffrer, l’important étant pour eux d’avoir cette
documentation à disposition. Or, ces coûts sont à chaque fois pris en charge par
l’autre grand type de bibliothèque identifié, celle que nous appellerons la
bibliothèque centrale, mais qui porte parfois le nom de bibliothèque d’Institut, ou
de bibliothèque universitaire dans le cadre de l’université.

2.2. La bibliothèque centrale

C’est d’abord par le biais de la documentation électronique payante, que la


bibliothèque centrale touche les chercheurs. Son rôle dans la fourniture et la
gestion des accès aux revues et aux bases de données payantes est connu de tous.
L. Manivel, par exemple, nous dit : à la BU, ils font de gros efforts pour avoir des
accords, pour mettre à disposition un maximum de documentation électronique.

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J.J. Benayoun ajoute : A Grenoble, tout ça a été mis en place et géré par les
bibliothécaires de la BU. S. Berry confirme : [Le bibliothécaire de la bibliothèque
centrale] connaît les nouveaux outils de recherche et de fourniture de documents et
puis, en même temps, [c’est] quelqu’un qui va gérer les problèmes avec les
providers, les fournisseurs d’accès aux bases de données.

La disparition progressive du personnel dans les bibliothèques de


laboratoire rend encore plus nécessaire cette présence d’un interlocuteur
« physique » : Finalement, la bibliothèque […] c’est celle où il y a quelqu’un : dès
qu’on cherche un interlocuteur, qu’on veut commander des livres, on s’adresse au
département (S. Berry).

Avant tout destinée aux étudiants, d’un fonctionnement totalement


indépendant de celle du laboratoire, la Bibliothèque centrale, ou la BU est donc
surtout considérée par les chercheurs comme un « dernier recours » : Les choses
sont très tranchées. Nous allons à la bibliothèque centrale à partir du moment où
notre fonds ne nous permet pas de répondre à une question (G. G. Aymonin).

2.2.1. L’offre documentaire de la bibliothèque


centrale

Les scientifiques ne viennent pas chercher à la bibliothèque centrale le


même type de documentation que dans leur bibliothèque de laboratoire. Depuis
que je suis là, j’ai dû y aller trois fois [à la centrale] ! On y va davantage quand on
commence quelque chose et qu’on a besoin d’une documentation générale, qui est
un peu nouvelle pour le service, et quand on ne possède pas les livres de référence,
qu’on n’a pas encore travaillé sur le sujet et qu’on n’y connaît pas grand chose. A
ce moment-là, c’est pour avoir une approche générale (O. Piquet).
Destinée à avoir une couverture documentaire plus large que les
bibliothèques de laboratoires, puisque aussi orientée vers les besoins des étudiants,
la bibliothèque centrale n’offre ni la souplesse d’utilisation, ni le même type de
documentation que les bibliothèques de proximité, les chercheurs y vont davantage

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pour se procurer des monographies, comme le rappelle M. Luong : La bibliothèque
centrale, c’est plus pour les livres que pour les articles scientifiques.

Les chercheurs ont différentes motivations pour aller à la bibliothèque


centrale. Soit ils y vont pour y trouver de la documentation ancienne (terme tout à
fait relatif suivant les disciplines, une revue ou un acte de colloque des années
1970 peut être considéré comme ancien) ; soit quand ils veulent élargir leurs
champs de recherche à une autre discipline ; ou encore pour feuilleter les ouvrages,
les revues, on n’a pas l’équivalent sur le net. On va plutôt directement au champ
d’intérêt, ce qui est une perte. On y va avec un esprit beaucoup moins ouvert que
par le passé (B. Chevassus-au-Louis) ; S. Fudral : on sait qu’on trouvera des
périodiques à explorer. Faute de moyens, certaines revues en ligne ne sont
accessibles qu’à la centrale : La bibliothèque centrale à des outils en ligne qu’on
n’a pas ici (M. Pignal).

2.2.2. Utilisation des services de la centrale

Outre la fourniture de documents signalés dans un catalogue, la


bibliothèque centrale propose un certain nombre de services, qui sont plus ou
moins exploités par les chercheurs.

La reprographie et le Prêt Entre Bibliothèques (PEB) sont utilisés par tous.


Néanmoins, le PEB pourrait disparaître à terme du fait de l’accroissement constant
des collections disponibles en ligne : Enfin si vous interviewez un bibliothécaire, il
vous dira que le volume de prêt via le petit papier d’échange interuniversitaire est
quasi mort (S. Fudral).

Le lieu bibliothèque, même peu fréquenté, demeure irremplaçable. O.


Piquet le décrit comme un endroit calme, ce qui est bien pour travailler. Pour moi,
c’est un lieu convivial avec des tables où on peut travailler et consulter les
ouvrages (J.-J. Benayoun).

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Il est souvent vécu comme un refuge, un endroit on l’on peut s’isoler pour
travailler tranquillement, loin des sollicitations du laboratoire : Le silence est une
condition pour travailler, ça reste très monastique (L. Manivel) ; Y. Colin de
Verdière : Pour moi une bibliothèque c’est un endroit tranquille pour travailler et
avoir de la documentation à portée : c’est l’un des endroits idéaux pour travailler.
C’est l’idée d’un endroit calme, avec des tables, avec accès aux documents, où
l’on est bien pour réfléchir ; S. Fudral : On a le livre à portée de main, il y a ce
qu’il faut, la table, l’ordinateur pour consulter les fichiers, on peut travailler très
bien. […] C’est un des rares endroits à l’université où vous pouvez travailler sans
être dérangé.

Autre intérêt, et non des moindres, de la centrale : la pérennisation des


données (S. Berry). Le rôle de conservation et d’archivage de la bibliothèque
centrale est en effet bien identifié, et son importance reconnue : pour les aspects
historiques et toutes les publications qui ne seraient pas disponibles sur Internet,
et pour les ouvrages de référence, ça me paraît important (S. Berry). M. Pignal
résume parfaitement ce rôle : c‘est notre point de départ de travail et normalement
quand tout va bien, c’est où va le rendu de notre travail pour être archivé.

Le rôle de la bibliothèque centrale est donc multiple :


- fournisseur de la documentation en dehors de leur champ de recherche : On y va
davantage quand on commence quelque chose et qu’on a besoin d’une
documentation générale, qui est un peu nouvelle pour le service, et quand on ne
possède pas les livres de référence, qu’on n’a pas encore travaillé sur le sujet et
qu’on n’y connaît pas grand chose. A ce moment-là, c’est pour avoir une approche
générale (O. Piquet) ;
- fournisseur et gestionnaire de la documentation électronique payante : pour nous,
la bibliothèque, c’est d’abord ce réseau interne qui donne accès à nos droits sur la
consultation des périodiques (B. Miroux) ;
- lieu de signalement, de conservation et de pérennisation des documents : A partir
du moment où quelque chose est fourni à la bibliothèque que ce soit articles ou

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ouvrages, le tout est qu’elle puisse le conserver et le rendre accessible au
maximum de personnes (O. Brosseau) ;
- lieu pratique, voire agréable, pour travailler : C’est l’idée d’un endroit calme,
avec des tables, avec accès aux documents, où l’on est bien pour réfléchir (Y.
Colin de Verdière) ;
- organisme payeur pour tout achat documentaire que les bibliothèques de
laboratoire ne peuvent seules prendre en charge : là où l’abonnement était trop
cher pour que nous l’ayons en ligne, il est localisé à la bibliothèque parce que ça
coûte moins cher (B. Miroux).
S. Berry résume parfaitement ces différents rôles : La bibliothèque centrale
de Saclay, pour moi c’est : le gestionnaire, l’interlocuteur pour la gestion des
abonnements électroniques ; c’est une grosse quantité d’ouvrages, et c’est utile
pour les vieux articles.

3. Le recours au bibliothécaire

Structure souvent imposante et lointaine aux yeux des chercheurs, la


bibliothèque centrale n’en présente pas moins l’avantage d’être « habitée » par une
équipe de bibliothécaires : Rentrer dans une bibliothèque et rencontrer, ce qui
devient rare, des bibliothécaires… (B. Chevassus-au-Louis).
Or, à quoi servent-ils ? En premier lieu, le bibliothécaire est un
interlocuteur privilégié pour l’acquisition de la documentation : le bibliothécaire
sert comme interlocuteur pour commander des ouvrages (J.-J. Benayoun).
Il peut être une aide pour la veille ou la recherche documentaire, bien qu’il
apparaisse bien souvent comme un dernier recours : Aujourd’hui, comme je
connais ces sources d’informations, j’utilise moins les bibliothécaires (O. Piquet).
Dans leur immense majorité, les chercheurs préfèrent en effet être
autonomes dans la conduite de leurs recherches documentaires, ainsi M. Luong :
les bibliothécaires, on y a recours si on ne peut pas faire autrement, sinon on
recherche nous-mêmes.

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De même la veille documentaire peut se faire entre collègues, comme
l’expliquent O. Brosseau : Une veille documentaire entre collègues se fait ; et, de
même, Y. Colin de Verdière : il y a des équipes qui s’organisent à l’intérieur de
l’équipe pour faire ça. La veille peut également se faire entre membres du même
réseau, ce qu’indique M. Luong : On n’a pas vraiment de veille… Cela passe par
les conférences, les workshops.
Certains préfèrent enfin travailler directement par le biais des alerteurs des
fournisseurs de documentation électronique en ligne, comme S. Berry : […] avec
les systèmes d’alertes des éditeurs qui permettent d’avoir des alertes sur certains
congrès directement dans ma boîte aux lettres.

Le recours au bibliothécaire pour la veille documentaire reste extrêmement


rare ou ponctuel : Nous avons des alertes par la bibliothécaire qui nous signale
des ouvrages (M. Pignal) ; cependant il reste d’une aide précieuse : c’est celui qui
trouve quand nous, on ne trouve pas (M. Pignal).

Le temps passé en recherches documentaires n’est pas négligeable dans le


travail des chercheurs, bien qu’ils le quantifient assez mal. A la question Avez-vous
une idée du temps que vous passez à la recherche documentaire ? O. Piquet
répond : En ce moment, j’y passe beaucoup de temps parce que je suis en train de
faire une biblio, donc j’y travaille dès que j’ai du temps de libre, mais autrement,
sur un projet, on y passe peut-être deux mois […]. M. Luong : C’est très variable.
A la question Combien de temps en moyenne ? S. Berry répond : Au moins
une demie journée par semaine. Trier les alertes par mail, regarder les sommaires
des journaux, du moins ceux dont je demande l’envoi, ça fait une demie journée
par semaine ; O. Brosseau : Au moins une heure, peut-être deux, par jour. B.
Chevassus-au-Louis : Je dirais environ trois, quatre heures par semaine. Y. Colin
de Verdière : C’est de l’ordre de quelques heures par semaine.

Le bibliothécaire renseigne, connaît et fait connaître les outils d’information


et de documentation. Il assure la nécessaire médiation entre les outils et/ou les
sources documentaires et le chercheur. Au niveau du personnel, il faut des gens qui

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puissent nous indiquer s’il existe des moteurs de recherche sophistiqués, et la
manière de les utiliser le plus efficacement possible, et aussi qui nous présentent
des sources d’informations, puisque nous ne pouvons pas tout connaître (M.
Luong).
On s’adresse à lui pour, par exemple, défricher un sujet : Si j’avais à faire
une recherche sur un autre domaine que ce sur quoi je travaille, je pense que
j’aurais à faire immédiatement à une bibliothécaire. Elle fait un lien entre
l’information de base et la personne (S. Berry).

Mais dès qu’il travaille dans son domaine, le chercheur préfère en général
éviter d’y avoir recours. S. Berry l’explique clairement : Donc sur cet aspect
recherche, j’ai l’impression que je n’ai pas tellement besoin d’une bibliothécaire.
B. Chevassus-au-Louis renchérit : on s’est adapté à l’usage direct avec les outils
d’exploration. Que j’aille dans une bibliothèque, que ce soit celle du Muséum ou
celle de mon centre de recherches, j’y vais avec l’idée de me débrouiller tout seul.
Et G. G. Aymonin d’abonder : Quand on peut faire [la recherche documentaire]
nous-mêmes, on la fait et quand on se retrouve bloqué dans nos recherches
bibliographiques, on se tourne vers la bibliothécaire.
Pourtant, paradoxalement, beaucoup de scientifiques s’accordent à dire que
les bibliothécaires ne sont pas assez nombreux, comme M. Luong : s’il y avait plus
de personnes disponibles à la bibliothèque centrale, on irait les voir plus souvent.

Le bibliothécaire, ou plutôt la bibliothécaire, car la profession est largement


féminisée dans les discours des chercheurs, ne rencontre qu’en de rares occasions
le scientifique, très attaché à son indépendance.
S. Berry souligne ainsi que le rapport avec les bibliothécaires est plutôt un
rapport de demande (des chercheurs vers les bibliothécaires) qu’un rapport de
fournisseur (des bibliothécaires vers les chercheurs) : […] je pense qu’elles
attendent qu’on vienne les chercher…. C’est plutôt une relation de demande
qu’une relation de fourniture.

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